Un recueil de récits écrits au pétrole plutôt qu’à l’encre, tant ils sont noirs, ça vous dit ?
Alors foncez sur celui-ci !
Nouvelles, extraits de romans et même poèmes : vous trouverez largement de quoi satisfaire votre appétit de lecteur avide d’histoires noires (polar, thriller, etc.).
Je ne fais pas la promo de cet ouvrage uniquement parce que l’un de mes récits s’y trouve 😉, mais parce qu’après lecture, je réalise le nombre de talents également présents. Des auteurs qui méritent d’être connus, et surtout d’être lus.
Vous aussi, soutenez-les et, surtout, gavez votre appétit de lecteur comme dans un buffet à volonté !
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Les Mots Parlants est un recueil de poésie engagée qui explore, avec intensité et lucidité, les grandes réalités humaines, sociales et morales de notre époque. À travers une écriture à la fois lyrique, directe et profondément émotive, l’auteure fait des mots une arme de dénonciation, mais aussi un outil de guérison et d’espérance.
L’ouvrage aborde des thématiques majeures telles que la fuite des cerveaux, l’injustice sociale, la déshumanisation, les violences sexuelles (notamment sur les mineurs), les discriminations sexistes, le mépris du mérite, la corruption, la crise des valeurs, les drames migratoires, les conflits fratricides, la condition féminine et la dégradation de la planète. Les poèmes interrogent également l’amitié, l’amour, la foi, la dignité humaine, la maternité, l’éducation et la responsabilité collective.
Les textes oscillent entre colère saine, révolte, compassion et tendresse. Certains poèmes rendent hommage aux victimes de tragédies humaines (crash de Mbanga-Pongo, migrants engloutis en Méditerranée, femmes violentées, enfants abusés), tandis que d’autres célèbrent la résilience, le courage féminin, la loyauté en amitié et la force de l’espérance.
L’ensemble du recueil se présente comme un miroir sans fard de la société, invitant le lecteur à la prise de conscience, à l’introspection et à l’action. Les Mots Parlants défend une poésie qui choque pour réveiller, nomme l’innommable, et redonne aux mots leur pouvoir éthique et humain, dans le but de restaurer ce qui fait l’essence même de l’humanité.
Parfois je redoute de grandir alors je vais voir mon ami Volcan. Il me rassure, me dit que tout est parfait, et m’encourage à cheminer. Il a beaucoup d’humour ! Toute cheminée qu’il est !
Au large, les petits et les grands mots s’évaporent dans le creux des vagues.
Dans l’eau salée, les histoires extraordinaires se conservent en légendes.
Au-dessus des mers , les étoiles tissent toutes les croyances.
En dessous des fonds marins, les nouvelles naissances émergent par le maître Feu.
Je Volcan je suis
Volcan, mon chouchou, est né dans l’océan Indien. Le jour de sa naissance, il tambourina si fort que les contractions de Terre sa mère, déclenchèrent des courants capables de secouer les habitants jusque dans les eaux les plus douces. “Je veux sortir !” Je veux sortir !”
Gigantesques, ces remous chahutaient Gobie* qui en perdait son sixième sens. Le malin bonheur d’Anguille s’amplifiait de le voir égaré. “Quel écervelé celui-là ! Voyons, ce n’est pas la première naissance Gobie ! A la moindre secousse, vous voilà déboussolé ! Une goutte de pluie sur Océan et ça vous emmêle les branchies ! ahahah !
“Moquez vous ! Passez votre rivière Anguille ! Perdu pour perdu, moi au moins je profite du spectacle !” Comme il tournait en rond sur lui-même, des crevettes aux ailes d’Isis argentées s’accrochaient à un manège que lui seul prenait pour se distraire et ne plus penser. Il voulait juste remonter la rivière. “Il arrive quand ce nouveau-né !?”
Le lieu et la date de son arrivée installaient ses parents, et tous les océaniens dans une confusion totale. On supposait que de ce rouleau, ou de celui-là, s’expulserait le petit. A gauche ! A droite ! Non voyons, là-bas devant ! Hum… plutôt derrière non ?
L’agacement prenait le pas sur l’impatience. Crabe, dérouilla ses pinces, les offrit à Terre, pour en extraire le petit. Soudain, comme s’il défiait cette assistance, gorgé de la soif de grandir déjà, il s’éjecta, comme catapulté des profondeurs douillettes de sa mère. Volcan est né !
Pour les heureux invités au cérémonial d’accueil du nouveau prince, ce fut un exercice périlleux, que d’adopter une attitude digne et honorable, tant il débordait déjà de partout de son berceau. Les gesticulations du petit défiaient leurs élégantes génuflexions.
Le télescopage entre Pieuvre et Hippocampe est à l’origine du premier fou rire des sages : elle se coiffait, lui, ajustait sa dhoti, quand une secousse les entremêla. Brassés par les remous, un combat burlesque les contraint à tourbillonner jusqu’à ce qu’ils se séparent, dépouillés d’un peu d’eux-mêmes. Aujourd’hui, Pieuvre recherche encore ses 8 escarpins. De son côté, Hippocampe s’obstine encore à soulever le sable dans l’espoir de retrouver les clés de sa grotte, tombées de sa poche suite à une pirouette qui le libéra de la belle octopode.
Je Volcan je vois le ciel
Au fil de l’eau et du temps, encouragé par les bons soins vivifiants d’Océan, et, la douce affection de Terre, Volcan s’accomplissait. Ses parents lui réservaient les meilleurs espaces. Ses petites coulées de lave, ses petites miches molles, s’y déployaient pour prendre possession du vide tel un dragon architecte des nouvelles étendues. Il s’amusait à grandir.
Fêter ses anniversaires relevait d’une gigantesque entreprise. Combien de bougies sur le gâteau ? La plupart du temps, son père le vieillissait, quand sa mère le rajeunissait . Mais, ils finissaient toujours par s’accorder, pour ne pas être en retard dans l’organisation et l’orchestration des préparatifs. Les cartes d’invitation à graver sur la nacre des plus beaux coquillages, le choix du lieu, du gâteau, du cadeau, des algues-décoratives, des méduses-éclairées, des porcelaines-vaisselles , des galets de signalisation : beaucoup de tirets à cocher pour que tout soit prêt.
Un jour, Volcan sentit une douce chaleur lui caresser le haut de sa tête. Il pensa que le passage frétillant des raies sur ses grattons en était à l’origine. Pourtant, aucune de ses amies ne le frôlait ce jour-là. Sa coiffe, au soleil, aux étoiles, à la lune se révélait au monde du dessus. Maman, papa, je suis une île !
Volcan connut alors les bonheurs de l’amitié avec les vies uniques à son monde et aussi celles venues d’ailleurs. Certaines rencontres décoiffaient ses flancs, et d’autres lui donnaient des ailes.
Quand Fanjan* s’échoua sur ses côtes, épuisée par la force des cyclones, de mauvaise humeur, elle ne fit rien pour lui plaire : “Je te salue Volcan ! Ça manque un peu de vert ici, non ? Je m’installe ou je dégage ? “
“Tout doux fougère, fleuris un peu ta demande ! “
Fleurir… Fleurir… je lui demande de neiger moi !? D’abord, moi c’est Fanjan*. Je ne suis pas une vulgaire Fougère, pensa-t-elle contrariée. Elle gratta un peu son feuillage comme pour trouver de l’inspiration flatteuse et reprit d’un ton pincé : “Sire, votre beauté m’inspire ! Moi, déchue de mes espaces, catapultée sur les vôtres, agrippée sur vos coulées flamboyantes, je donnerai à vos rubis mon vert pour la vie. Je garnirai vos grisailles. Il est vrai que sans mon vert, vous êtes déjà beau”… Volcan éclata de rire : “Ah, ah, ah ! Le Sir’age de lave” ! Là, tu en fais un peu trop. Mais bon, c’est mieux, c’est plus doux.”
Attendri par l’énergie qu’elle déployait à vouloir le convaincre, il accueillait avec sagesse ses flatteries bien enflées. De la chlorophylle il en possédait déjà. Avec ou sans elle, les vies respiraient. “Tu m’as convaincu Fanjan. Tu peux rester. J’adore ton humour et tes grosses boucles ! Bienvenue !
Avec sa belle, Pétrel* revenait tous les ans pour agrandir sa tribu. Volcan lui réservait les plus hauts et plus douillets sommets, et veillait au confort du futur oisillon. Pour rendre hommage à sa bienveillance, Pétrel le consacra Parrain de toute sa descendance. A côté de son “Petit nuage volant”, par la procuration de sa seule présence, Volcan découvrait la légèreté, la liberté, qui s’immisçaient au cœur de ses coulées. A la nuit tombée, les deux amis se rejoignaient pour écouter d’une même oreille le rire des étoiles filantes, joyeuses de se croiser, et de s’endormir à nouveau.
Je Volcan tu me vois
De siècle en siècle, sa tribu s’étoffait, garnissait ses flancs et animait tous ses espaces.
Au lendemain d’une de ses coutumières éruptions, sournoisement, les premiers tourments capables d’écorcher ses vagues de lave surgissaient. La conscience lui révélait toutes les disparitions qu’entraînent ses incandescentes poussées.
“Je ne veux plus grandir!” Recroquevillé dans le plus profond de son magma, il s’interdit toute nouvelle poussée. Ses parents, désarmés par ce retranchement, firent appel à ses compagnons pour lui faire entendre raison. Lichen consulta la forêt. Sur sa mousse verte, inspiré par ses racines les plus profondes, il tricota avec des cheveux d’ange le texte. Au son d’une plume déterminée à pénétrer son âme, voilà ce qu’il dit :
“Volcan, tu es le seul à tracer le chemin que nous empruntons. Quand tes flancs deviennent trop petits pour te contenir, alors, contraint par ta nature, tu exploses pour te répandre. De notre côté, serein à l’idée de revenir plus fort, plus nombreux, nous nous transformons en poussière. Cette poudre nous contient, et grâce à ses pouvoirs magiques, mystérieux, nous revenons. Ta croissance perpétue la nôtre. Pour la survie de toutes nos espèces, ton droit a le devoir de s’accomplir, GRANDIS !
Des larmes gorgées du sentiment d’être utile au monde traçaient ses premières ravines. C’est ainsi que ce jour-là, il signa de son ancre rouge, son engagement à servir la Vie.
Je Volcan j’aime.
Il prit alors son rôle au sérieux, et décidait de mieux s’organiser, et de confier certaines missions à ses amis.
Zéphyr, l’esprit vif et cocasse, était chargé de lui transmettre les dernières nouvelles, de rafraîchir les anciennes et, surtout de lui annoncer la liste des demandes d’autorisations d’entrée sur son territoire.
Une complicité joyeuse les liaient. Dans leur gosier, les actualités, croustillaient de railleries.
Tu sais pas la dernière ? Paille En Queue vient de battre Papangue* avec son plus haut vol.
Ha ha ha ! ça ne m’étonne pas ! Il veut toujours monter plus haut que sa queue ! Cette quête lui vaudra bien un alunissage.
Rafales de rires : un festin aux ingrédients capables d’affronter toutes les famines.
Depuis quelques lunes, Volcan s’impatientait de revoir Zéphyr dans l’espoir d’obtenir des informations sur la grande verte, cette inconnue, si gracieuse, si élancée qu’il apercevait du haut de ses cirques. Trop de points d’interrogation sans réponse le harcelaient. “Qui est-elle ? Comment s’appelle-t-elle ? N’est-elle que de passage ? À quel singulier pinceau doit-elle toutes ces nuances de vert ? “
Il s’attendait à ce qu’elle figure sur la liste des demandes d’asile, mais, mystère. Comme le barreau démissionnaire d’une échelle qui laisse un vide infranchissable, cette absence froissa sa bonne humeur. “Pourquoi n’ai-je pas osé lui en toucher quelques murmures ? Je ris de moi ! Suis-je sot, à espérer mille choses qui m’échappent ?” Fouillant dans ses souvenirs, son esprit sautillait de mirages en images pour la retrouver.
Avant le retour de Zéphyr, plusieurs lunes taquinèrent sa curiosité inassouvie.
Hey Foufou ! Tu rêves ou quoi ?
Oh, Zéphir, quel bon souffle t’amène mon ami ? Sur quelles nouvelles ta brise poétise ce matin ?
Et bien, rien de bien croustillant à se mettre sur le gril mon Dalon ! Tornade se prépare à nous décoiffer ! Quelle teigne à vouloir décourager nos peignes. Ah ah ah ! Avoue, celle-là elle défrise ?
Volcan ne riait pas, il pensait aux mots qu’il allait postillonner pour tenter d’obtenir des informations sur la grande verte.
Ok, je vois, la plaisanterie, ne t’habille pas ce jour. Tu t’endors ou quoi ? Le conseil des sages attend tes validations aux demandes d’asile de nombreuses tribus !
Oui, je m’y suis penché, et justement, avec qui bavardais-tu, au bord de mes ravines ?
Tuit tuit et Tamarin ?
non, non, eux je les connais, la Grande Verte !
Je ne vois pas…
Quand même Zéphyr, élancée, la classe, gracieuse, ondoyante, grande, très grande, verte, très verte, des verts de toutes les couleurs…
ah, ouiiii, Kanna ! Hum…On dirait qu’elle te fait de l’effet la pimbêche. Hahaha tu rougis !
Pas du tout, c’est du rouge de contrariété ! Elle s’installe sur mon île, et, elle n’apparaît pas sur ta liste.
C’est un oubli, c’est le graton qui se moque de la lave ! Tu as quand même beaucoup de retard dans l’examen des demandes d’asile.
Kanna tu dis…? J’aime ce nom. Je le rajoute du coup ! Juste Kanna ?
Sucre !
Kanna Sucre, ok…une demande de plus.
Zéphyr virevolte, prends congés de son ami, et chantonne d’un revers de brise :
Kanna, tes verts sur mes flancs c’est l’odeur de mon printemps, ton voile sur mes hanches, mon cœur vers le tien se lance.
Un peu agacé par ces taquineries, Volcan n’en demeura pas moins joyeux, et examina toutes les demandes d’autorisation.
“Voyons voir, les familles, Margouillat, Zoizo La Vierge, Lendormi, Le Bois De Jolicoeur, Kanna Sucre… Boum ! A la lecture de son nom, son cœur cogna fort, très fort. Il veut sortir pour te rejoindre Kanna, pensa t-il exalté.
Enivré par une multitude d’émotions qui piquaient son coeur il consentit à toutes les demandes :
Je valide ! Oui, oui, oui et Oui ! Je dis oui ! Mes terres comme des bras qui vous embrassent, s’ouvrent pour vous, posez vos ancres !
Dans ses yeux, toutes les lumières, tous les nuages, servaient la beauté de Kanna. Volcan était amoureux.
Alors qu’il s’apprêtait à lui déclarer sa flamme, la peur de la voir disparaître dans ses bras ardents surgit. Comment l’aimer sans être torturé par ces jours, ces nuits, ces milliers d’instants présents à ne respirer que pour la revoir.
En quête de contenir sa nature,Volcan n’en devenait que plus violent. Sa fureur menaçait une fois de plus les espèces encore vulnérables. Ses engagements désertaient sa conscience car son amour pour Kanna banissait l’acceptation de son absence. Celles de Mousse, Lichen Fougère, il pouvait les envisager comme une graine enfouie, que l’on guette dans la joie, jusqu’au jour de son retour magique à la surface.
Zéphyr s’appliquait plus que jamais dans son rôle de messager. Il ne manquait pas de rapporter à Volcan toutes les inquiétudes de ses amis, et tentait de le convaincre de mettre fin à son isolement.
Ton amour pour Kanna menace toutes les espèces y compris la sienne. Elle s’inquiète pour toi :
“Le chant de mes voiles n’apaise donc pas ses peurs ? Connaît-il ma solitude afin qu’elle soulage la sienne ? Il ne croit donc pas à mon éternité. Ses flammes ne consumeront jamais notre amour, mais il ne le sait pas. Dans mon royaume, nos ancêtres nous l’enseignent avant même que le sol nous retienne.”
Tu vois, elle t’aime aussi, mais les cordes de ton violon sont dangereuses et nous mettent en péril.
Je refuse ce bonheur composé de la douleur du manque, tu comprends ça Zéphyr ? Je n’ai pas le courage de supporter l’idée du temps qui sépare. Mais toi ! Toi, tu n’es que du vent qui ne s’attache à rien et certainement pas au temps !
La rage dans ses crevasses, Volcan prit les clés du palais des Silences pour s’y réfugier.
Silence Malicieu l’incita à goûter aux plaisirs de la colère. Il avait le pouvoir d’atténuer la douleur de ses déchirures. L’inconvénient c’est que cette anesthésie ne durait que peu de temps avant que les souffrances reviennent.
Silence Sérieux le gronda pour lui rappeler ses engagements. Plutôt que de l’apaiser, ses reproches l’empoisonnaient.
Silence Sage, lui révélait qu’en lui le bon et le beau se cueille dans l’instant présent. Mais, le vacarme dans l’esprit troublé de Volcan écrasait cette vérité.
Silence Naturel eut l’idée de le distraire et de confier cette mission à La Pâture*. Comme hypnotisé par une forme d’insouciance imposée, Volcan se mit à observer les ailes bleues argentées de son ami le papillon qu’il connaissait déjà chenille. “Quelle idée de construire une chrysalide, de s’y enfermer, tout ça, pour la déchirer et ressortir” songea Volcan. Ses battements d’ailes atténuaient ses brûlures. Cette scène lui révéla alors la valeur du temps et des épreuves pour connaître la joie de s’accomplir. La Pâture* en a connu des éclipses songea t-il. Son vol n’en est que plus admirable… Disparaître et renaître… À quel prix je m’épargne la douleur de voir disparaître Kanna ? Je me condamne ainsi à errer comme une éternelle chenille qui rampe comme mes coulées pour étouffer mes désirs. Alors qu’une seconde à vivre cet amour m’offre l’éternité du souvenir et fertilise la terre pour son retour.
La fulgurance de cette révélation désintégra tous les bourreaux de ses élans amoureux. D’un revers de lave, il se réfugia dans le palais du Silence Romantique pour rebondir, comme un enfant sur les battements de son cœur tendu jusqu’à ce qu’il rejoigne Kanna.
Sur son chemin, contents de le revoir, tous ses amis l’acclamaient dans une frénésie joyeuse, pour mieux s’évanouir sous sa cape, ce calice précieux pour leur sommeil fertile.
De son côté, Kanna commanda à ses émeraudes de soigner leurs éclats. Une multitude de nuances de verts jaillit de sa sève pour anoblir sa parure.
A quelques mètres l’un de l’autre, émerveillés par leurs beautés en mouvement, de crépitements en murmures, Volcan et Kanna s’unirent en offrande pour la Vie.
Aujourd’hui encore, des petits gratons caramels dévalent les pentes au grès de Zéphyr qui les chahute pour entendre leurs rires grésiller sur la plaine des sables.
Marie-Line Triponey
*Gobie est une espèce de poissons d’eau douce que l’on trouve sur l’île de la Réunion.
*Fanjan est une fougère arborescente endémique de la Réunion.
*Pétrel est un oiseau marin endémique de la Réunion.
*Papangue est un rapace endémique de la Réunion.
*La Pâture est un papillon endémique de la Réunion.
Muse qui susurre à mes oreilles,
Des mots et des vers sans pareil,
Me permettant de créer des merveilles,
Jamais je ne veux perdre ton aura de miel.
Tu inspires de jour comme de nuit,
Que le soleil brille ou que la lune luit,
Grâce à toi, mon esprit jamais ne s’ennuie,
Et mes doigts toujours en délivre le fruit.
Muse, jamais tu ne dois m’abandonner,
Ta divine essence toujours je vénèrerai,
Sans ton souffle, mon âme dépérirait,
Ma vie durant, je serai ton obligée.
Orion est un puissant enfant du jour,
Le soleil guide ses pas, toujours.
Dans sa lumière, il puise toute sa force,
Avec son déclin, son sommeil s’amorce.
Séléné est une douce fille de la nuit,
Qui évolue à l’ombre de celle-ci.
Sous la lumière lunaire, elle s’épanouit,
Et s’endort lorsque la nuit s’évanouit.
L’un après l’autre, ils doivent évoluer,
Sans jamais pouvoir se parler, se saluer.
Tout comme jour et nuit s’enchaînent,
Leurs éveils solitaires s’alternent.
Côte à côte, ils ne peuvent se tenir,
Condamnés à voir l’être aimé dormir.
Si longtemps, ils se sont ainsi observés,
De la douleur, ils n’ont pu se préserver.
Le sommeil de l’âme sœur,
A fini par briser leur cœur.
De ne pouvoir jamais s’unir,
Ils ont commencé à dépérir.
Ne pouvant abandonner les amoureux,
Gaïa leur a offert deux moments précieux,
Deux magnifiques météores lumineux,
Où jour et nuit se côtoient parmi les cieux.
Le temps que chacun laisse place au suivant,
Les amoureux peuvent enfin se sentir vivants,
Éveillés, ensembles, durant ces deux instants,
L’aube et le crépuscule deviennent leur temps.
L’un s’éveillant avent que l’autre ne s’endorme,
Leur permettant enfin de découvrir les formes,
De l’âme sœur tant aimée et si longtemps désirée,
De pouvoir enfin caresser et serrer l’être tant admiré.
Tu es le premier que j’ai osé attirer,
En posant sur toi un regard enflammé,
Jamais auparavant je n’avais admiré,
Une autre âme en étant si déterminée.
Ton attention j’ai fini par obtenir,
Vers moi tu as commencé à venir,
Mon cœur avait envie de te retenir,
Mais, ma timidité m’a fait m’abstenir.
Nous avons fait doucement connaissance,
Pour la première fois de mon existence,
Je souhaitais découvrir tes fragrances,
Et le mot unir prenait tout son importance.
Mais, ce n’est pas moi que tu as choisie,
Vers elle tu as finalement tourné ta vie,
Pensant ton existence emplie de poésie,
Sur mon propre chemin j’ai donc poursuivi.
Nos parcours se sont inlassablement frôlés,
Comme s’ils devaient se rapprocher,
Cherchant perpétuellement à s’enrouler,
Pour l’un à l’autre tenter de s’accrocher.
Ton aventure à ses côtés,
Ne s’est finalement pas avérée,
Être l’idylle de toute beauté,
Dans laquelle elle t’avait attiré.
Vers moi tu es finalement revenu,
Ton être me cherchant ardemment,
Mais, mon cœur n’était pas parvenu,
À se remettre de cet évènement.
Alors que tu souhaitais corriger,
Ce mauvais choix du passé,
Mon âme était encore trop affligée,
Pour parvenir à le discerner.
Par peur de souffrir je n’ai pas su attraper,
Cette nouvelle chance d’être à tes côtés,
Comme une idiote j’ai laissé m’échapper,
La seule chance de réaliser cette éventualité.
Des croisements sont-ils encore accessibles,
Pour que nos chemins un jour s’entremêlent.
La crainte que désormais cela soit impossible,
Devient une vérité de plus en plus formelle.
Désormais, il n’est guère possible,
D’espérer pouvoir réaliser cette union,
Nos chemins semblent si inaccessibles,
Pour laisser une place à la communion.
Nos cœurs battront-ils un jour à l’unisson ?
Nous pardonner, est-il un espoir envolé ?
Ressentirons-nous un jour ce frisson ?
Ou, l’amour continuera-t-il à nous frôler ?
Ce que le censé prouve N’est pas toujours Ce que les sens éprouvent.
Faire couler l’ancre, Comme le sang s’écoule.
Et jeter l’ancre, Le temps que le temps s’écoule.
Qui dit que le temps s’écoule ? Celui qui dit que les sens se prouvent.
Nous bougeons dans l’immobile, Même le temps se fatigue.
Rien ne s’écoule, Rien ne tourne, Rien ne s’éprouve, Rien ne s’ancre.
Tout se dévoile, Faites-vous du sang d’ancre, Hissez les voiles.
Le temps aigri :
Le temps est gris, Même sous le soleil. Le temps aigri,
Même sous le sommeil. Les temps des écrits, Me tiennes en éveil
Le temps est volant, Même sous les secondes. Le temps des violons, Chuchotent chaque ondes. Le temps est violent, Quand le tonnerre gronde.
Le temps des muses, À passé son âge . Le temps qu’on s’amuse, À tourné la page. Le temps est une buse, Enfermé dans une cage.
Âpre prendre :
Celui qui comprend, Tutoie les profondeurs.
Celui qui apprend, Joue en apesanteur.
Apprendre, c’est acquérir une connaissance, Comprendre, c’est intégrer son essence.
Les leçons de la vie gravent nos âmes, Bien plus que les mots sur une page.
On ne peut enseigner
Seulement ce que l’on sait, Ce que l’on a compris, en réalité, toujours se tait.
La vie est le plus grand enseignant, et la mort, son ultime leçon.
Jupe Pie Terre :
Perdu sur cette terre, La magie opère,
En trouvant nos repères Et ce qui va de pair.
Des sentiers de terre, Longés de murs en pierres.
En faire son cimetière ? Enfer sa misère !
Comme Icare et son père, Dans un dédale de calcaire.
Défier le Dieu solaire, Et partir par les airs !
Le pain et le vin que Dieu donnait :
J’ai du dédain pour mon dédain. Un crayon pour mon dessin, Du pain chaud au levain Et du vin italien.
À quoi sert de souffrir, Si personne me comprends ? À quoi sert de courir, L’univers est si grand !
Je demande aux Muses Pourquoi plus rien ne m’amuse. Cœur endurci par Méduse, Mon âme meurtrie s’y refuse.
Les enfants ont des âmes de poètes. Les poètes ont des âmes d’enfants. Mes paroles sont muettes, Mes silences sont bruyants.
Le sol se tisse :
Je bois les larmes du saule Que sa liqueur me saoul
Je dépose l’arme au sol Demande à la luciole
D’éclairer cette dame sans col Qui dort sur les lames du sol
Je regarde ses seins Elle a le cœur sein
Et moi l’âme folle
Des ailes aimant :
Connaître le firmament, Comprendre les éléments.
Silencieusement, Soigneusement, Dangereusement.
Comme l’étreinte des amants. La lumière de feu,
Qui tombe nue, De la nue,
Dans un torrent d’air Et un courant d’éclairs.
Entre dans l’antre, Jusque dans le ventre
De la terre Et fait naître,
La poussière des êtres, Le bois du hêtre, L’élève et le maître,
Pour tout connaître Des ailes aimant.
Le royaume sans mythe :
Les mythes sont des bêtises, Disent ce qui méprisent. Les mythes sont ridicules, Disent les incrédules.
Sachez que les mythes, Ont toujours le mérite, De bâtir des empires, Et transforment le pollen en cire
Pas de mythe, Pas de rite, Pas de mérite, Pas de titre.
Pas de meilleure, Pas de pire. Par ailleurs Il faut le dire,
Sans mythe, Tout devient vraiment Faux.
La roue tchin :
La roue tourne Soit disant La routine Me séduisant
Tourner en rond, Une pensée au vigneron, Encore un goutte de vin, Une histoire sans fin.
Un cadran, sans contour, Me tourne autour, Comme les corbeaux et les vautours Je compte les tours,
Une minute comme un an. L’ennuie m’accablant, Je résiste en baillant, Je regarde les passants
Dormir sans sommeil, Me réveiller sans rêve.
Manger sans faim, Avaler ma fierté.
Pleurer sans chagrin, Rire sans raison.
Danser sans mouvement, M’arrêter en courant.
Écouter sans oreilles, C’est entendre sans pareil.
Voir sans regarder, C’est peu être espérer.
Tousse ce vent :
Dès l’heure du soleil levant, Désireux de prendre ce que la vie me vend. Dès truqués, me desservant, Déchiré. C’est éprouvant.
Désillusion, quand je suis devant. Des fois et même bien trop souvent, Des pacotilles, du vent. Dès à présent, dorénavant,
Dès qu’elle me parlera je ne ferai pas comme avant, Décision prise je lui dirai que c’est trop décevant. Des mensonges et des leurres, ça c’était avant. Désormais je crée moi-même en rêvant.
Le cœur à vide :
J’ai les yeux bleus, comme le ciel en été. Triste comme si je n’étais Qu’un oiseau sans ailes. J’avance dans la vie sans elle.
Une âme en peine Toujours à moitié pleine. Les yeux dans le vide, Inspiré par Ovide.
Seul comme une forêt sans bêtes, Et on s’embête Oh oui on s’ennuie Comme un ciel sans nuit. Plus une étoile dans les yeux,
Comme le ciel en été. Triste comme si je n’étais Qu’un oiseau sans vie. Je n’écris pas par envie,
Mais car je suis en vie. Sans écouter mes envies, Comme Ovide l’écrivit : « À tous les amoureux, la solitude est dangereuse.»
L’affaire du crime de l’éthique (mari de la vérité) :
Le roman accuse. Les mots récusent, La police d’écriture dévoile les preuves. La vérité est veuve.
Alors elle pleure des chefs-d’œuvre. Les journaux se meuvent Autour de l’affaire, aujourd’hui les rimes Sont les armes du crime !
La nouvelle est suspectée. La vérité s’accable, Elle crie «La poésie est coupable ! Et le mobile est abject.»
« J’ai un alibi » Se défend la poésie « Comme chaque soir ivre, Je lisais des livres »
La bibliothèque témoigne, Le marque-page s’éloigne, Il a quelque chose à cacher… Il sait très bien à quel chapitre le crime s’est passé.
Le lecteur juge, il donne le verdict. La sanction sera stricte ! Le marque-page est complice ! Il sera remplacé par des post-it !
Et la poésie est jugée coupable, Elle finira en cabane à livre avec les fables, Pour le meurtre de l’éthique. Comme la loi l’indique.
Qu’est-ce qu’une pensée ?
Une fleur trop vite fanée. Une vapeur qui vient puis s’écarte, Juste un château et Descartes.
Je suis donc je pense, Chaque plaie que je panse. Entre bref et longtemps,
Elle est un fil que l’on tend. Coupé par les Moires, Un souvenir, une mémoire,
Une douleur, un espoir, Une douceur, une histoire. Chaque pensée est futile,
Bon ou mauvais fût-il, L’homme qui la eut, Elle finira perdue.
Lézard triste :
Peindre avec les mots, Un stylo comme pinceau Et de la magie comme tableau.
Des couleurs qui chantent, Des peintures biens vivantes Pour des natures mortes.
En noir et blanc, D’écrire les couleurs, Des cris de douleurs.
Des palettes monotones Tracées sur des feuilles d’automne, Au rythme du monotone.
Chaque nouvelle page Comme une nouveau cépage. Chaque nouvelle ratures
Comme une nouvelle aventure. Et le dernier point Comme une histoire sans fin.
Le mat se teint
Le matin a chassé la nuit, Il murmure sa douce mélodie. La couleur du ciel se teinte, Le ciel et le soleil en étreinte.
Bientôt son bleu fera rougir de colère, Les vagues écumeuses de la mer. Mes yeux endormis s’ouvrent, La vie ensevelie se découvre.
Un souvenir flou de mes rêves, Il est temps que je me lève. L’odeur du café dans cette tasse, Le rêve, par la réalité se remplace.
Ou peut-être l’inverse, Sous les effets de l’ivresse, Après un sommeil de promesses, Âpre est le soleil de sagesse.
Douce heure de douze heures :
À mille lieux, Le soleil à son milieu. Le grand Astre à son midi Entre le début et l’infini.
Le soleil quand la nuit dort est Sans pareil sur un fil doré, En équilibre. Et qui libre,
Sur son char, Du tôt au tard. Il est clair Et éclair.
Les anges au ciel : Uriel, Raphaël, Raguel, Michael, Sariel, Phanuel et Gabriel.
La nuée de la nuit :
La nuit est issue de l’ombre. Elle porte son tissu de nombres, Car les étoiles content le temps, Comme le rythme compte les temps.
Le reflet de la lune sur l’étang. Cette femme de son corps s’étant, Son regard si jeune s’éteint. Mon cœur à jeun se teint.
Les mystères se fuient des yeux, Les bruits se chuchotent entre eux. La jeunesse dans les rêves des vieux, Et la vieillesse dans les braises du feu.
Entre la veille et le lendemain. Une chanson sans refrain. La nuit passe son chemin, Doucement et sans chagrin.
Dans les sentiers obscur. Entre le passé et le futur. Qu’est ce que la nuit murmure ? La venue du jour, bien sûr !
Pas que
“J’adore Pâques parce que c’est le seul jour de l’année où les chocolats, ils sont gratuits”
Après un sourire, Que lui dire ? Lui mentir ? A vrai dire,
Sous le masque des sourires, Se dissimule le pire. Une douce illusion d’un jour, Sous le sourire de l’amour.
Si seulement je connaissais, Seulement l’ombre de la vérité. Rien n’est gratuit, tout est donné. Rien n’est offert, tout se paie.
La vérité est cruelle, Au prix de mes prunelles. En effet tôt ou tard, Tout se paie même les regards.
La vérité c’est le pire des mensonges. Je ne me connais qu’en songe. Je ne me connais ni moi-même ni les autres. Ni le seigneur, ni ses apôtres
C’est en cherchant que je me perds. Aux creux des mots et des vers. Comme des vagues, Tout reste vague.
Le savoir est amer, Comme l’écume de la mer Des questions sans cesse éternelles Des réponses toujours nouvelles.
Beaucoup de déceptions, Et de nouvelles questions. Tout le monde a des opinions, Sur les textes de la chanson.
Toujours nuancées. Car les avis sont faits pour changer. La vérité n’a pas de contraire, Ni de retour en arrière.
La destiné en cépée. La vie est un brouillard épais, Un jeu de cap et d’épée. On gagne les guerres pas les paix,
Je me perd dans les jeux, Pour oublier mon “je”. La vie c’est nous contre nous, Qui finira à genoux ?
Rê créer :
Mon cœur à l’heure du minuit, Du Midi au midi.
Quand on me demande si ca va Je dis que ça va.
Je ne me demande jamais ça à moi-même. Je me contente d’écrire des poèmes.
Je ne crois ni aux enfers ni au paradis, Ni même à la vie.
Je ne crois plus en l’homme, Je ne crois plus en Dieu.
Le Christ a racheter nos péchés, je me souviens Pour une bouchée de pain.
Il me les a revendus au prix fort. La vie m’a jetée un sort.
Je regarde en moi-même, quand je sort. Je rêve de la mort, quand je dors.
Entouré, je me sens encore plus seul, Que six j’étais seul
J’attends mon heure. Patient. Je suis mon médecin et mon patient.
Je me pose des questions existentielles, Le réponses se valent toutes entre elles.
Je ferme les yeux, je vois le néant, J’ouvre les yeux, je vois le néant.
Je ne crois plus qu’en la création, En l’action à réaction.
Alors je créer Avec un tableau une craie
Sur le noir du malheur Le visage du bonheur.
Comme le cancre que je suis.
Sombre :
Elle se montre au soleil et se cache dans l’ombre. Toujours sans couleur, sans odeur, sombre. Seule ou en surnombre. Elle me suit toujours, De nuit comme de jour.
Je devine son regard, Et son mutisme bavard. Elle se multiplie comme du pain. Et se cache dans les nocturnes de Chopin.
Noire comme une boule de suie. Toujours là où je suis. Et je suis là où elle est.
Elle me rend beau et laid. À mon corps elle est scellée, J’aimerais m’en échapper grâce à un cheval ailé.
L’incarnerais-je en enfer ? Noué avec des chaînes en fer.
L’emporterais-je au paradis ? Même où le soleil irradie !
Elle sera avec moi-même dans le néant, Au-delà des frontières de Canaan.
Terre promise, Pour le peuple de Moïse. Dans le livre des nombres.
Face à moi, elle remporte cette partie d’hombre. Elle me suivra outre-tombe. Mon nombre.
Pourrir juste pour rire
Vouloir guérir, Par le gai rire. Vouloir courir, Vers mon derniers soupir. Accepter à l’âge de venir.
Que mon futur soit souvenir, Que ma tortue soit sans pire, Que parole soit sans dire, Que mon bonheur soit sans jouir. Ne jamais naître toujours mourir, Ne jamais être toujours vivre.
Décliner et m’épanouir, Toujours revenir, Toujours partir. Vite entré, Vite sortir, Vite enterré, Vite finir.
Les éthers
Il y a plus d’éternels, Dans un éternel, Que dans deux éternels.
Est terre, Ni elle Ni moi, Ne m’émois Ni le chaud Ni le froid.
Les terres de miel, Ne valent pas Les toiles du ciel. Le début n’en fini pas, La fin déjà, Arrive à grands pas.
Aimer la vie Comme la mort Et la mort Comme l’amour
Car l’amour est éternel Comme la mort
Pas une étincelle
Comme le corps
Le bleu est notre couleur primaire, celle de notre planète. C’est la couleur première, quand la Terre n’était encore qu’océans. Quand il se colore discrètement de jaune, le bleu devient sapin, teinte de l’hiver. Quand il vire au blanc, il est couleur de la montagne, de la neige fraîche, de la neige éternelle. Lorsqu’il se fait rosé, le bleu est celui de l’aube et du crépuscule. Il est la flamme à sa source. Symbole de froideur, il est alors la plus brûlante des couleurs chaudes.
Il réunit ciel et mer, quand l’un se reflète dans l’autre, et que les deux deviennent, sous le soleil, turquoise. Il est, à l’horizon, le bleu de Prusse, l’indigo, le marine ou le bleu-gris qui signe l’approche de l’orage.
Teinté de noir, il emplit la nuit quand la lumière du monde s’est retirée.
Quand nous nous l’approprions, le bleu devient symbole politique. Il est la puissance, la couleur des armées de Clovis, celle du bleu roi dont se drape Louis XIV, celle du sang des Nobles et de leurs armoiries.
Mais le bleu sait aussi être révolutionnaire. C’est celui de notre drapeau tricolore, qui, avec le rouge est aussi le symbole de la ville de Paris. C’est la clarté, la liberté qu’entre-aperçoit le prisonnier claquemuré à la Bastille.
Le bleu est parfois guerrier. Il est le « bleu horizon » des costumes de la première guerre mondiale, celui de « la ligne bleue des Vosges ». C’est ce bleu qui dessine nos frontières.
Puis, cette couleur redevient celle de la paix, de l’Europe, de son drapeau, tel un ciel étoilé. C’est la couleur de l’Organisation des Nations Unies.
Le bleu nous égalise. C’est celui des jeans que nous portons tous, la couleur du labeur, du bleu de travail des ouvriers, notre entrée dans la modernité.
Ce bleu qui nous vêt est aussi le miroir de nos états d’âme. Ce sont des bleus de souffrance, sur nos peaux et dans nos êtres, qui nous marquent corps et esprit. Quand il se fait musique et nous accompagne dans nos tristesses et nos désespoirs, le bleu s’internationalise pour devenir le blues.
Le bleu est porteur de multiples sens et d’une longue histoire. Il désigne pourtant aussi le débutant, le novice. Associé aux bas, il se fait, sous la plume de Molière, intellectuel au point d’en être ridicule.
Il est couleur du rêve, du nuage qui se dissipe, de l’espoir, le bleu de l’encre des mots qui disent nos maux, le bleu des feuilles dont Colette faisait usage pour éviter le trac de la page blanche. Il est la signature des chefs d’œuvre de Klein, singuliers dans leurs similarités. Il devient alors matière, et le support de nos émotions picturales. Il est le symbole virginal des madones de Giotto.
Si le bleu nous parle, nous enchante, nous touche, il est aussi celui de notre colère, lorsque notre visage en prend la couleur.
Il dénonce notre peur, quand nous en devenons bleus. Il est la couleur du froid, quand le sang ne circule plus dans nos extrémités, couleur de la mort, quand la vie se retire de nos corps.
Mais le bleu sait aussi être profondément joyeux. C’est la couleur et la douceur des yeux amusés de ma grand-mère. C’est celle de la Grèce et de ses îles, celle de l’azur infini, celle de la turquoise, de la marine, de la vague qui nous emporte et nous emmène, nous fait glisser, voguer vers d’autres rivages, tantôt dense et profond, tantôt reflet ou transparence.
Sur la peau des figues, des prunes, des mûres que nous cueillons à même les arbres, sur les pétales des bleuets, des lilas et des iris bleus, s’invitent toutes ses nuances. Le bleu réjouit alors nos papilles, nos perceptions olfactives autant que visuelles, et nous rend heureux.
Un adjectif de quatre lettres, une syllabe, retranscrivent une infinité de sensations et de sentiments, racontent une longue histoire qui nous accompagne et nous construit.
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