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9 - 12 minutes de temps de lectureMode de lectureMes iles de Lérins

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                     Nouvelle     Mes Iles de Lérins

SYNOPSIS :

Un lieu magique hors du temps, une balade sur les Îles de Lérins à Cannes, de mon enfance à mon adolescence et à l’âge adulte.
Imprégnez vous de la douceur, des senteurs et sons pour une immersion vers des sensations d’ envies d’être là ici et maintenant.

Chapitre I :Prologue.

Je suis née il  en 1956 dans un pays de cocagne, là où les cigales cymbalisent et où est né mon accent chantant, sur les collines dominant la lumineuse baie de Cannes.

Du plus loin que je me souvienne il y a un endroit qui m’a Touché au cœur.

À regarder comme cela, oh ! Peuchère cela peut vous sembler banal.
Deux petites îles posées dans la baie de Cannes.
À peine à 20 mn en bateau.
Elles sont allongées presque côte à côte en parallèle du littoral.
Enfant je les voyais comme deux jolies baleines endormies entre le bleu du ciel et de la mer.
Ce sont les iles de Lérins.

Qui y est allé, en est revenu enchanté.
Qui n’y a pas encore posé le pied, j’espère, qu’à travers ces humbles mots, aura envie de les découvrir, de s’y laisser enchanter.

La première île, la plus grande, Sainte Marguerite de plus  de trois km de long et moins d’un km de large.
On y trouve le Fort Royal édifié, en 1617, par le Duc de Guise et la légende du Masque de fer, qui y aurait été emprisonné.

La deuxième Saint-Honorat.
De plus d’un km de long  et à peine la moitié de large, elle abrite un monastère de moines cisterciens qui cultivent la vigne et font un bon vin.
Un havre de paix.
Les iles de Lérins sont domaines protégés, sans voitures.

Chapitre II : Vers une île.

J’ai 7 ans, petite gringalette, cheveux noirs bouclés, peau dorée, yeux bruns , je réalise fan de chichourle qu’aujourd’hui avec papa et maman, nous allons à l’île Sainte Marguerite.
J’y arrive par la mer en navette, la traversée sur l’eau qui clapote est excitante, le ciel bleu pur dans lequel tournoient mouettes et goélands majestueux, m’écarquillent les yeux.
La côte s’éloigne, l’île se rapproche.
Le bateau accoste sur une terre sauvage.

C’est, de tous mes sens… sens dessus dessous, que je commence le voyage.

Les yeux éblouis, le ciel bleu azur, l’eau transparente vert pâle, la ligne des pins d’Alep d’un vert profond, tordus par les éléments, enracinés dans cette terre de Provence si particulière, rouge orangée, mon cœur exulte.

Nous prenons le sentier sablonneux qui traverse l’île dans sa largeur, c’est l’allée des eucalyptus, je pense que c’est de là que me vient mon amour des arbres.
Ces eucalyptus géants, centenaires, dont l’écorce s’écaille en longs rubans blancs nacrés, dont les feuilles élancées d’un vert doux et leurs fruits en forme de cônes bleutés, embaument l’air chaud, vibrant de leurs fragrances  camphrées, pour une pitchounette telle que moi c’est l’ivresse olfactive.

De part et d’autre de ce chemin s’étend la forêt méditerranéenne, chênes verts, myrtes, pins d’Alep, cystes, oliviers.
Une senteur de garrigue marine.
Les cigales chantent de bon cœur et enchantent nos esgourdes.
L’air est chaud, la brise marine à peine perceptible.
Je suis si petite, que ce foisonnement de couleur, de senteur, de bruissement me tourne un peu la tête.
Avec mes parents j’arrive de l’autre côté de l’île, la mer scintillante apparaît. Je suis au lieu dit « Les pierres  plates », nommées ainsi par les Cannois.
Une succession de criques rocheuses plus ou moins grandes, parsemées de grandes roches plates où nous aimons nous installer.
Les criques sont surplombées par les tortueux pins d’Alep.
Pour la pitchounette rêveuse que je suis, ils sont crocodiles, serpents, éléphants… Je les aime.

J’ai le sentiment d’être à l’autre bout du monde dans ce lieu sauvage, préservé.
En face,  l’île Saint Honnorat, entre les deux des voiliers et petits bateaux se balancent au gré de la houle.

En maillot je fonce dans un trou d’eau entre les roches, et telle une éthologue en herbe je passe des heures à observer la mini faune marine dans cette petite bassine naturelle.
Les arapèdes, coquillages à chapeau chinois, collées au rocher, papa en décolle une petite au couteau, j’y aperçois une ventouse ressemblant à la chaire d’un escargot, papa la sort avec son canif et la mange, je suis horrifiée. Pauvre de nous jamais je ne mangerai cela !
Je retourne à mes observations.
Les tentacules roses d’une petite anémone de mer dansent au flux et reflux de l’eau dans la cavité rocheuse, c’est hypnotisant.
Un ravissant minuscule crabe sort de sa cachette, il se déplace latéralement, vif, rapide, zou voici qu’il disparaît sous la roche.
Un bernard-l’hermite affublé d’une coquille à perruque d’algues vertes ondulantes inspecte les lieux, de minuscules bigorneaux avec une jolie coquille en ellipse vert sombre s’accrochent à la roche.
Sur le fond se trouvent de petits coquillages, des morceaux de verre polis, telles des émeraudes, joyaux des mers,  des petits galets de jolies formes.
Je ramasse ces trésors, pour ma boîte à souvenir. Dès que je l’entre ouvre,  les couleurs, les odeurs, m’envahissent, j’ai le sentiment d’être de cette terre-là.

Chapitre  III : Son et lumière.

J’ai 10 ans, mon tonton nous fait la surprise avec ma petite cousine d’aller assister à un spectacle qui restera gravé à jamais dans ma mémoire.
Le tonton nous embarque de nuit sur la navette des îles de Lérins.
Les deux petites étions excitées et aux anges.
Nous allions assister au son et lumière de l’île Sainte Marguerite.
Du bateau qui longe l’île commence l’émerveillement. De la musique, des lumières de couleurs  éclaboussent le bas du fort Royal. L’histoire de l’île Sainte Marguerite nous est contée d’une belle voix.
La visite se poursuit, une fois accosté, la lumière se révèle au fur et à mesure de notre avancée vers le Fort Royal. C’est intimidant, étonnant, mystérieux.
Nous apprenons l’histoire du masque de fer emprisonné ici, cela fait un peu peur.
L’ambiance est particulière, la chaleur monte du sol, les effluves végétales sont prégnantes, la mise en scène « son et lumière » est féerique.
Pleines de sommeil, la tête emplie d’images, de son, de sensations nous retournons vers Cannes sur une mer d’huile sombre, parsemée du reflet d’étoiles et de la lune bienveillante.

Chapitre IV :A fleur de peau

J’ai 15 ans, longue, sportive brunette avec mes copains copines, nous aimons passer une journée à l’île sainte Marguerite.
Une bande de joyeux drilles, sportifs.
Nous sommes tous d’ici, nous aimons nos îles.
C’était un temps où les poubelles étaient des paniers en fil de fer, accrochées aux pins.
Idéales pour des parties endiablées de basket-ball.
Nos pauvres cigalettes aux alentours avaient pris la poudre d’escampette.
S’ensuivait la baignade délicieuse dans l’onde bleue rafraîchissante.
Les posidonies, longues herbes marines,  sanctuaire naturel de la faune marine forment de grands tapis verts sombres, elles sont le poumon de la Méditerranée.
Toujours cette sensation de bout du monde, d’un lieu exceptionnel que nous chérissions.
Du haut de notre adolescence  cette île était LA nôtre.
Nous aimions la balade le long du sentier de randonnée qui fait le tour de l’île.
Nous évoquions les émotions de notre enfance, de nos premiers pas sur cette île, chacun avec son ressenti, son histoire.
Sous l’ombre des pins et chênes nous progressions, parfois jacassant, souvent silencieux, à l’écoute, yeux grands ouverts à cette nature sauvage.
À l’Est de l’île, à sa pointe nous avions trouvé de tristes bâtisses, des blockhaus vestiges d’un passé pas si lointain.
Il paraît qu’ils n’ont pas servi faute de canons. Tant mieux !
Ils sont devenus un terrain de jeu, nous faisions des parties de cache-cache à l’intérieur.
L’âge des premiers émois, l’éveil de nouveaux sens, des  mains qui se frôlent dans le noir, des mots chuchotés, des lèvres effleurées.

Les iles pour les petits Cannois, c’est aussi ces instants suspendus.

Chapitre V : Sérénité

Je suis adulte, c’est ma période île Saint Honnorat, l’île des moines cisterciens avec leur monastère et leurs vignes.
Étant jeune j’y suis peu allée.
Quel dommage !
Elle est merveilleuse cette île.
Depuis, j’en profite.

De l’embarcadère de Saint-Honorat nous voyons en face l’île Sainte Marguerite, et la baie de Cannes s’épanouir sous nos yeux émerveillés.
Avec mon mari, nous traversons l’île dans sa largeur, les sentiers sablonneux sont la réplique botanique de l’autre île, senteur, douceur.
Nous découvrons des parcelles de vigne, avec parfois des frères cisterciens en plein travail.
C’est dépaysant de trouver cette végétation sur une petite île.
La balade se poursuit, nos cigalettes sont au rendez-vous.
Arrivés de l’autre côté de l’île le panorama est époustouflant, la mer à perte de vue.
Du bord de notre île, appuyés sur le tronc d’un pin presque allongé  peut être fatigué des vents d’hiver, nous sommes plongés dans l’infini horizon marin.
Sur le chemin nous croisons d’adorables petites chapelles du Xe siècle, un four à boulet de canon de l’époque napoléonienne.
Cette île est plus petite, mais regorge de curiosités.
En longeant le sentier du bord de mer vers l’Est, nous arrivons sur une allée plantée de palmiers, de parterre de géraniums, d’oliviers, de lauriers roses.

Au fond se dévoile le monastère cistercien.
Une sensation d’être allé très loin en terre étrangère.

Notre crique préférée se situe en contrebas, cachée par une végétation dense.
Là se trouve mon petit paradis, une succession de trois mini-criques, avec une petite plage de galets en camaïeux gris. Un épais tapis de posidonies séchées nous accueille, tel un matelas gris naturel, moelleux, étrange, à l’odeur un peu iodée.
De pique-nique, en siestounes bercées par le clapotis des vaguelettes, de baignades dans l’onde claire, fraîche sous le cagnard… le paradis je vous dis !
Le monastère n’est pas ouvert à la visite, mais on peut y faire des retraites.
La boutique de souvenirs, ne m’a pas laissé une grande impression.
L’abbaye de Saint Honnorat est somptueuse, on y accède par un petit sentier clos, bordé à sa gauche d’une glycine ancienne qui croule sous les grappes fleuries mauves aux effluves sucrées et de pimpants rosiers grimpants.
L’entrée avec son péristyle en arc de cercle ouvragé nous accueille et nous enchante, avant d’entrer dans l’abbaye.

Comme beaucoup d’entre nous j’ai été confrontée à un deuil, celui de mon papa dont je n’arrivais pas à m’apaiser.
Je suis entrée dans ce sanctuaire majestueux, il y régnait une pénombre réconfortante et surtout un silence absolu, j’ai ressenti un bien-être immense, le repos du corps, enfin, se fait sentir.
Je fonds en larmes, je suis apaisée (je ne suis pas croyante).
Ce lieu m’a empli par son calme, son silence, sa fraîcheur, sa beauté.
Il y a des lieux qui vous bouleversent.
Pour chacun d’entre nous il est unique.

À côté sur le bord de l’eau s’élève, une tour carrée fortifiée du XIIe siècle de plusieurs étages, restaurée.
Mon deuxième lieu de bien-être.
Au dernier étage, se trouve une terrasse face à l’horizon, la mer à perte de vue.
Le silence, le vent, le bruit des vagues, des oiseaux de mer, la brise, la douceur du soleil, tout cela, pour moi, contribue à l’instant, celui où je suis moi face à moi.
L’île de Saint-Honorat est un joyau bien préservé.

Chapitre VI :Epilogue.
Cannes et ses Îles de Lérins, un écrin que nous chérissons.

Dans mon enfance l’embarcadère pour les iles était dans Cannes au vieux port à côté de l’actuel palais des festivals (qui n’existait pas).

On pouvait prendre un billet pour les deux îles et donc aller facilement d’une île à l’autre.
De nos jours l’embarcadère se trouve de l’autre côté du nouveau port au quai Laubeuf avec un immense parking.
Il n’est plus possible de faire les deux îles avec le même billet.
Deux compagnies privées se partagent les trajets, l’île Sainte Marguerite possède sa compagnie, et Saint Honorat la sienne : celles des moines.
C’est le progrès…

Ce qui restera et je l’espère immuable, c’est le côté préservé et sauvage de ces lieux uniques.

J’emmènerai mes petits-enfants au « son et lumières » de Sainte Marguerite.

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Jean François VAUTRIN
4 mois il y a

Magnifique texte qui nous immerge tendrement dans la sérénité de ces deux îles magiques… si loin, si près.
Merci.

Michel
Michel
4 mois il y a

superbe!

Christine Ramus
Christine Ramus
4 mois il y a
Répondre à  Michel

Je me répète, mais j’adore. Je crois que pour les provençaux que nous sommes, tu ne peux pas nous faire plus de plaisir en décrivant ses merveilleuses îles. Merci

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