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C’est un roman de fantasy pour adultes. Le mystère et les légendes d’une ancienne race oubliée m’ont donné envie de découvrir cet univers.
On plonge directement aux côtés de Rol dont la vie tourne rapidement à la catastrophe. Il se retrouve chez Michal Psellos, un être sombre et malfaisant. Il y fait la connaissance de Rowen, une tueuse implacable, à la fois magnifique et énigmatique, que le maître des lieux utilise comme un jouet. La jeune femme ne laisse pas Rol indifférent, bien évidemment. Durant tout son séjour à Ascari, Psellos passe son temps à jouer avec eux jusqu’à ce que Rol et Rowen finissent par découvrir le terrible secret qui les lient…
Sur la seconde partie du livre, nous continuons de suivre Rol qui poursuit son évolution et qui retrouve la mer 💜.Car oui, c’est un marin avant tout… Sa vie n’en est pas plus calme pour autant, le sang continue de couler…
Dans ce premier volume, l’univers se met en place. Très rapidement, on comprend que Rol est bien différent. Après tout, il a été marqué du Sceau de Ran… Sa particularité se manifeste progressivement au fil du temps, celle-ci pouvant être accentuée par le cadeau de Psellos (empoisonné ou non, je ne l’ai pas encore déterminé…).
En résumé, malgré les termes techniques maritimes que je ne maîtrise pas (je n’ai absolument pas le pied marin 😝), j’ai apprécié mes péripéties de Rol qu’elles aient été terribles, joyeuses, renversantes, sanglantes, éblouissantes…
Ce premier volume se lit facilement. La fin nous laisse une très belle porte ouverte avec de nombreuses questions. Comment va continuer à évoluer Rol ? Quel choix fera-t-il ? Rowen réussira-t-elle sa quête ?
J’espère vraiment retrouver Gallico et Allias dans le second volume 💖, ce sont deux personnages que j’aime beaucoup.
Il conte l’histoire d’une jeune Sino-Britannique, nommée Joan, qui découvre ce qu’elle est : un monstre qui vole le temps aux humains pour voyager à travers les époques, mais aussi ce qu’est Nick, son amour de vacances : un héros. Et, le héros tue les monstres. Pourtant, malgré le fossé qui les sépare, tout semble vouloir les rapprocher.
Afin de sauver leur famille du carnage auquel elle a survécu avec Aaron, l’héritier déchu de la famille Olivier, ils se lancent dans une quête quasi impossible. Durant leur périple, on apprend ce que sont réellement les différentes familles de monstres, mais aussi qui est ce fameux héros.
Plusieurs personnages m’ont marquée : Aaron se révèle bien plus attachant qu’il n’y paraît, quant à Tom, il m’a touché en plein cœur lorsque j’ai découvert qui il était, ainsi que ses motivations. Et, pour Nick, j’ai fini le cœur brisé 😭.
La seconde moitié du roman, avec ses rebondissements et les révélations, est magistrale, et la fin de ce tome est poignante ! En effet, cette partie m’a littéralement prise aux tripes par ce qui s’y dévoile et comment ce tome se clôture (oui, j’ai eu la larmichette pour plusieurs passages, mais aussi à la fin 😥).
En conclusion, si la lecture de la première moitié a été un peu longue, j’ai totalement dévoré la seconde et j’ai été fauchée par la fin de ce tome !
A lire, je recommande !
*****
Résumé :
Pour Joan Chang-Hunt, les vacances s’annoncent idylliques. Elle est bien décidée à savourer tranquillement son séjour dans la famille un peu farfelue de sa mère à Londres. Elle adore son petit boulot au manoir de Holland House, où elle se rapproche peu à peu d’un autre passionné d’histoire, Nick. Mais rien de tout cela n’est en fait un hasard : quand, une nuit, un terrible drame se produit, l’été de la jeune fille vire au cauchemar.
Les Hunt ne sont pas simplement de grands excentriques, ce sont des créatures dotées de pouvoirs cachés aussi fascinants que terrifiants – l’un des douze clans qui règnent en secret sur la capitale. Le tueur de monstre des contes de son enfance n’est pas qu’un mythe, il existe bel et bien, et ne reculera devant rien pour abattre ceux qu’elle aime. Pire encore : c’est Nick, le garçon auquel elle a commencé à s’attacher. Pour sauver les siens d’une mort certaine, Joan va donc devoir s’allier avec l’héritier d’un clan ennemi, Aaron Olivier. Mais surtout, il va lui falloir accepter sa véritable nature.
Dans le Tome 1 de L’engrange-Temps de Nell Pfeiffer aux éditions HachetteRomans, on y fait la connaissance de Sophie, une jeune femme issue d’une lignée de Tisseurs de Temps réputés : les Delapointe. C’est une demoiselle discrète qui apprécie de passer inaperçu. Elle reprend l’horlogerie de son père décédé prématurément.
Comme lui, elle répare, chouchoute et prend soin de tout un tas d’horloges magiques : les Horanimas, que ce soit montre à gousset, réveil, pendule… Elle maîtrise donc la chronolangue, langage qui permet de communiquer avec les Horanimas.
Mais, tous savent que ce ne sont pas les seules horloges magiques qui existence. Il y a un tas d’Horloges Prodigieuses aux pouvoirs plus ou moins incroyables ou même dangereux, dont les Engrange-Temps. Ceux-ci permettent de voyager dans le temps.
Sophie a une vie tranquille, bien rangée et le privilège de veiller sur toutes les Horanimas du palais de la famille royale comme son père le faisait avant elle. Mais, tout va basculer le jour où elle accepte d’aider Dimitri, le frère jumeau du roi.
Elle va vite comprendre que la famille royale renferme des secrets et que son père est bien loin de lui avoir tout enseigner. Mais surtout, elle va faire l’expérience qu’il n’est jamais bon de sortir de sa ligne temporelle, que jouer avec le temps peut vite devenir dangereux et avoir d’importantes répercussions.
Les mystères se dévoilent progressivement, la plume de l’auteure est très agréable. Les chapitres se parcourent aisément et l’univers est remarquable. J’ai énormément aimé Farandole, mais aussi le mystère autour des jumeaux…
En résumé, une très jolie histoire qui nous fait voyager dans le temps aux côtés des personnages, entre magie, science, légendes, rumeurs et complots. Et le plus, le visuel de la couverture est splendide (c’est d’ailleurs lui qui a accroché mon œil au début 😉), ainsi que celui de l’intérieur du livre. C’est avec plaisir que je suivrai les prochaines aventure de Sophie.
*****
Résumé :
En Grahenne, le temps a un pouvoir, et Sophie Delapointe ne le sait que trop bien. Car loin d’être une simple horlogère, Sophie est une chronolangue : elle parle aux Horanimas, ces horloges pourvues d’âmes, chargées de surveiller le palais et de prévenir les complots contre le royaume.
Le quotidien parfaitement rythmé de la jeune femme se dérègle le jour où Dimitri, le frère jumeau du roi, lui demande de réparer une engrange-Temps, une horloge magique extrêmement rare permettant de voyager dans le temps. Mue par le désir de revoir vivant son père, qui est décédé dans d’étranges circonstances, Sophie accepte d’aider le prince. Propulsée dans une aventure périlleuse à la cour royale, Sophie va réaliser à ses dépens qu’on ne joue pas avec les lois du temps sans en payer le prix…
Le dernier marthyr, T1. Inconfortable prophétie de Simon Maëro aux Editions Le Lys Bleu est sorti en cette année 2025. J’ai eu la chance de le découvrir avant qu’il ne paraissent et je remercie Simon pour la confiance qu’il m’a accordée en m’offrant ce privilège.
On y découvre Christellent (Chris pour les intimes 😉), jeune homme au regard d’or, dernier des siens, qui s’évertue à survivre seul depuis son enfance dans l’une des villes les plus malfamées. Le dieu-guerrier Yahnskan, son mentor et unique ami, le prépare depuis toujours pour sa mission qui constitue l’unique but de son existence.
Les premières étapes de sa quête sont décrites dans une prophétie livrée par la déesse de la destinée, Feyhna. Et, pour réussir, il doit la suivre à la lettre. Première étape : trouver cinq compagnons d’armes qui devront réaliser cette quête avec lui jusqu’au bout. Point inconfortable… Et, ce n’est que le premier…
Nous découvrons donc Chris, mais aussi les différents compagnons de quête qui le rejoindront 😍. Le disciple du Chasseur ne cesse d’évoluer tant en personnalité qu’en puissance durant ce premier volet. Le groupe de mercenaires, aux personnalités et particularités très variées, sont tous très attachants; même si certains sont plus énigmatiques… N’est-ce pas, Circera ? 😉
Nous enchaînons questionnements, péripéties, doutes, mystères, peurs, espoirs, révélations… Simon nous emmène dans un vaste monde magnifiquement construit, empli de magie et de personnages profonds, avec des pointes d’humour très régulières (un vrai régal), au chant d’une plume qui joue avec le rythme des phrases.
Ce premier volet est un plaisir à lire, la fin est intense 😍, offrant des révélations qui ne donne qu’une envie : découvrir le Tome 2 !
A lire absolument !
*****
Résumé :
Christellan s’acharne à survivre afin de continuer à recevoir les enseignements de son mentor et unique ami, le dieu-guerrier Yahnskan, depuis que son panthéon l’a sauvé du désastre qui a marqué son enfance. Il se prépare pour la mission qui constitue l’unique but de son existence, décrite brièvement dans une prophétie obscure. Pour un élu formé par le Chasseur et guidé par la gardienne de la destinée, un quête considérée comme impossible l’est-elle vraiment ? Le champion choisi par la Myrhiade n’a apparemment rien à perdre… du moins, au début du voyage.
« Ce que je vends, je protège. Ce que je promets, je livre.
Si je trahis, que la mer me garde. »
—
Le Vent-du-Nord, long vaisseau à coque sombre et voiles blanches cerclées d’or terni, fendait le port de Nerhaël comme une bête silencieuse.
Son étrave sculptée, représentant une chimère marine aux crocs ouverts, semblait prête à mordre l’écume. Les cordages tendus vibraient encore du voyage, et le bois du pont portait l’odeur familière du sel, de la résine chauffée, et du cuir tanné. Des balises gravées de runes d’eau s’illuminaient doucement à la proue. Discrètes, mais anciennes. Ce navire appartenait à un autre âge de la mer.
La capitaine descendit d’un pas moins assuré que d’habitude sur les planches humides du quai, une main discrètement posée sur son flanc gauche.
Agathe Néraé, capitaine de la guilde des Voiles Marchandes.
Grande, l’allure habituellement affûtée d’un rapace en plein vol, elle marchait avec une raideur nouvelle. Comme si quelque chose dans ses côtes protestait à chaque mouvement. Son chapeau de capitaine, incliné juste ce qu’il faut pour ne jamais dissimuler son regard, portait une plume blanche prise dans une bague d’argent, mais la plume était tachée, et l’argent terni. Ses vêtements, chamarrés de teintes marines et de broderies céladon, sentaient l’embrun séché et les vents tropicaux, mais aussi quelque chose de plus âcre. De la poudre. Du sang séché. À sa hanche pendait une lame effilée, fine comme une langue d’écume, dont le pommeau gravé évoquait des vagues figées. La garde portait des traces sombres, récentes.
Sa rune d’eau brillait faiblement sous son gant droit, comme un reflet fugace dans un miroir de pluie.
Elle traversa la ville à pas mesurés.
Les pavés étaient encore tachés de noir, les volets clos, les murs striés de cendres. Des Arpenteurs en faction saluèrent son passage d’un hochement de tête sobre. Elle répondit cette fois, d’un geste las mais respectueux. Un enfant courait avec un seau, poursuivi par une vieille femme qui boitait. Des relents de fumée froide persistaient dans les ruelles.
Nerhaël pansait ses plaies, et Agathe reconnaissait ce parfum de ville blessée.
Quand elle poussa la porte de la Chope Brisée, l’odeur la frappa de plein fouet : viande grillée, oignons fondus au miel, pain croustillant, genièvre sec. Un souffle de chaleur, presque fraternel, lui monta au nez. Elle ferma les yeux un instant, inspira profondément.
Pour la première fois depuis des semaines, ses épaules se détendirent.
Avvallino l’attendait, accoudé au comptoir, une bouteille ouverte et deux verres prêts. Sa veste était encore maculée de cendres séchées.
— T’es en retard, Néraé.
— J’ai pris le temps de compter mes dents. Il m’en reste encore quelques-unes.
Il leva les yeux vers elle, et son expression changea. Le sourire s’effaça.
— Qu’est-ce qui t’est arrivé ?
— Rien qu’un bon repas et une nuit au sec ne puissent arranger.
Elle s’approcha, s’assit avec précaution et saisit le verre. Un léger tremblement agita sa main.
— Toujours ce tord-boyaux de genièvre noir…
— Je l’ai gardé au chaud pour toi. Mais cette fois, tu le bois lentement.
Elle sourit, brièvement. Il lui glissa un plat fumant : saucisses rôties, lentilles au sel de roche, oignons confits et un trait de jus brun épais. La fumée monta en volutes, mêlée à celle de la cheminée.
Ils mangèrent en silence un moment. Elle avalait chaque bouchée comme si c’était la première vraie nourriture depuis longtemps.
— Tu te rappelles de Valchev ? dit-elle finalement.
— Bien sûr. Toi qui gueulais des ordres avec ce torchon rouge au bout d’un bâton.
— Tu disais que ça ressemblait à un drapeau de blanchisseuse.
— Je le pense encore.
Il la regardait du coin de l’œil, attendant. Elle qui parlait toujours la première, qui menait toujours la danse, restait là à triturer sa fourchette.
— C’était plus simple à l’époque, dit-elle finalement.
— Qu’est-ce qui s’est compliqué, Agathe ?
Elle ne répondit pas tout de suite. Son regard se perdit vers la fenêtre, vers le port où son navire se balançait doucement.
— J’ai croisé des voiles. Noires. Loin au large.
— Des pillards ?
— Non. Trop organisées. Trop… silencieuses.
Elle se tourna vers lui, et il vit quelque chose qu’il n’avait jamais vu dans ses yeux : de l’incertitude.
— Elles me suivaient, Avvallino. Pas pour attaquer. Juste… pour observer.
Un silence s’installa. Le crépitement du feu dans l’âtre semblait soudain très fort.
— Et toi ? demanda-t-elle. Cette ville a l’air d’avoir goûté au tonnerre.
— On a eu de la visite. Le genre qu’on n’invite pas.
Avvallino posa son verre, observa le visage d’Agathe dans la lumière dansante. Les rides au coin de ses yeux s’étaient creusées, et cette façon qu’elle avait de regarder par-dessus son épaule, comme si les voiles noires pouvaient surgir à travers les murs… Il connaissait cette tension. Il l’avait vue chez d’autres. Chez ceux qui avaient touché à quelque chose de plus grand qu’eux.
— Monte, dit-il finalement. La chambre du fond. On parlera mieux là-haut.
Elle termina sa bouchée, se leva avec précaution. La lame à sa hanche tinta contre la rampe en bois.
Le bois grinça doucement sous leurs pas. Le couloir était sombre, feutré par les tapis élimés que Fiona avait posés là autrefois. Des lanternes à huile diffusaient une lumière dorée sur les murs.
Agathe suivait Avvallino de près, mais son regard fut attiré par une porte entrouverte. Une fragrance légère en émanait, mélange de fleurs séchées et d’une magie imperceptible, ancienne, presque vibrante.
À l’intérieur, deux silhouettes reposaient sur un lit large : Pearl et Fiona, endormies dans une intimité silencieuse. La jeune femme runée tenait la main de Fiona contre sa poitrine, ses cheveux blonds épars sur l’oreiller.
Agathe s’arrêta net.
Son souffle se coupa. Sa main libre se porta instinctivement à sa côte blessée, comme si une ancienne douleur se réveillait.
— Tu la connais ? demanda Avvallino à voix basse.
Elle resta immobile trop longtemps. Ses lèvres s’entrouvrirent, se refermèrent. Quand elle parla enfin, sa voix était étrangement sourde :
— Pearl…
Un battement. Un silence.
— Je l’ai croisée autrefois. Sur un pont de pierre, dans le sud. Elle n’était qu’une enfant, mais… elle brillait déjà. Comme une étoile trop proche de l’eau.
Sa main se crispa sur la rampe.
— Elle était seule ?
— Non. Il y avait… quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui n’aurait pas dû être là.
Avvallino la fixa intensément. Il connaissait ce ton chez elle, cette façon qu’elle avait de parler des choses qu’elle préférait taire.
— Agathe…
— Pas maintenant.
Elle se détourna brusquement de la porte, mais pas avant qu’il n’aperçoive quelque chose d’inhabituel sur son visage. De la culpabilité, peut-être. Ou du regret.
Il tendit la main et, doucement, la guida vers la chambre du fond.
—
La pièce au bout du couloir était leur havre depuis des années. Un refuge pour ceux qui avaient besoin de mots à huis clos. Les murs y étaient plus épais, doublés de laine et de liège. Une fenêtre étroite laissait deviner les premières étoiles sur la mer.
Il referma la porte, alluma une bougie au centre de la table. L’odeur du suif mêlée à celle du sel et du cuir remplit la pièce.
Agathe ôta son chapeau, révélant ses cheveux bruns tressés serré contre son crâne. Quelques mèches grises qu’il ne se souvenait pas avoir vues. Elle s’assit lentement, grimaça imperceptiblement.
— Alors ? Raconte-moi ce qui s’est passé ici.
Avvallino resta debout un moment, l’observant. Elle qui ne montrait jamais ses faiblesses semblait ce soir… humaine. Fatiguée. Inquiète.
— Ils étaient là à l’aube. Une voile noire, pas de pavillon. Un seul navire, mais plein à craquer. Des silhouettes masquées, armure d’os, magie que je n’avais jamais vue.
Il s’assit en face d’elle.
— Marcus a tenu les docks. Pearl était là, et d’autres. Ils ont repoussé l’attaque, mais…
— Mais ?
— Ils ne cherchaient pas à piller. Ils cherchaient quelque chose. Ou quelqu’un.
Agathe ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, ils étaient troubles.
— Ces voiles que j’ai croisées… elles descendaient vers le sud. Vers Letharielle.
— Tu crois qu’ils reviendront ?
— Je crois qu’ils ne sont jamais vraiment partis.
Un silence s’abattit entre eux. Dehors, le vent faisait grincer les volets.
Agathe fixait la flamme, ses doigts tapotant nerveusement la table. Avvallino attendait. Il la connaissait suffisamment pour savoir qu’elle arriverait aux vraies questions à son rythme.
— Cette fille, Pearl… commença-t-elle finalement. Elle a changé, depuis…
— Depuis quoi ?
— Depuis la dernière fois que je l’ai vue.
Le ton était étrange. Presque maternel. Avvallino haussa les sourcils.
— Tu ne m’as jamais parlé de l’avoir connue.
— Il y a beaucoup de choses dont je ne parle pas.
Elle but une gorgée de genièvre, grimaça.
— Elle ne sait pas, n’est-ce pas ? Ce qu’elle a fait ?
— Qu’est-ce qu’elle a fait, Agathe ?
Un long silence. Dehors, une mouette cria.
— Peut-être rien. Peut-être tout.
Elle se leva, alla à la fenêtre. Le port s’endormait, mais quelques navires montraient encore des lumières. Des veilleurs. Des inquiets.
— Reste cette nuit, dit Avvallino. Tu as l’air d’en avoir besoin.
— Les quais ne sont pas sûrs ?
— Les quais, peut-être. Mais toi, tu ne l’es pas.
Elle voulut protester, mais les mots se coincèrent dans sa gorge. Il avait raison. Pour la première fois depuis longtemps, Agathe Néraé ne se sentait pas invincible.
— D’accord. Mais demain matin…
— Demain matin, on parlera. De tout.
Elle hocha la tête, épuisée. Dans le couloir, une latte craqua. Un rêve agité, peut-être, derrière la porte voisine.
Le calme n’était qu’une respiration avant la tempête, et ils le savaient tous les deux.
—
L’aube glissa sur Nerhaël comme une caresse froide, teintant les pavés humides d’une lumière dorée et incertaine. Les premières fumées montaient des cheminées, mêlées aux dernières brumes de la nuit.
Dans la cuisine de la Chope Brisée, Avvallino s’activait déjà autour du fourneau. Ses gestes étaient précis, familiers, mais une raideur dans ses épaules trahissait les préoccupations qui l’avaient tenu éveillé une partie de la nuit. L’odeur du pain grillé et du thé fort remplaçait progressivement celle du genièvre de la veille.
Agathe descendit l’escalier, plus droite que la veille, mais ses yeux portaient encore les traces d’une nuit agitée. Elle avait remis son chapeau, renoué ses cheveux, mais quelque chose dans sa démarche trahissait une fatigue qu’elle n’arrivait plus tout à fait à masquer.
— Bien dormi ? demanda Avvallino sans se retourner.
— J’ai dormi. C’est déjà ça.
Elle s’assit à la table, accepta la tasse qu’il lui tendit. Le thé était fort, amer, exactement comme elle l’aimait.
— Fiona et Pearl ?
— Encore en haut. Pearl reprend des forces. Fiona veille.
Un silence s’installa. Agathe touillait son thé, perdue dans ses pensées. Avvallino finit par s’asseoir en face d’elle, croisant les bras.
— Alors ? Tu avais dit qu’on parlerait de tout.
Elle leva les yeux vers lui, sembla peser ses mots.
— Ces voiles noires que j’ai croisées… elles n’étaient pas seules. J’ai vu des signaux lumineux entre elles. Coordonnés. Quelqu’un les dirige.
— Tu penses à qui ?
— Quelqu’un qui a les moyens de mobiliser plusieurs navires, de les équiper, de les faire naviguer en formation. Quelqu’un qui s’intéresse à vos Porte-rune.
Avvallino se raidit.
— Nos Porte-rune ?
Elle le fixa par-dessus sa tasse, un demi-sourire ironique aux lèvres.
— Allons, vieux renard. Tu crois que j’ai traversé la moitié de l’océan pour boire ton genièvre ?
Elle but une gorgée, laissa le silence porter sa remarque.
— Pearl n’est pas la seule que tu abrites ici. Marcus non plus. Cette cité devient un refuge. La question est : pour qui fuyez-vous ?
Avant qu’il puisse répondre, des pas résonnèrent dans l’escalier. Légers, mais déterminés. Pearl apparut dans l’embrasure, Fiona sur ses talons. La jeune femme avait meilleure mine que la veille, mais ses yeux restaient cernés. Sa rune luisait faiblement sous sa chemise de lin.
Elle s’arrêta net en voyant Agathe.
Un long regard s’échangea entre elles. Reconnaissance mutuelle, méfiance, et quelque chose d’indéfinissable. Comme deux bêtes sauvages qui se jaugent.
— Pearl, dit Agathe d’une voix étrangement douce. Tu as grandi.
— Capitaine Néraé.
Le titre tomba comme une pierre dans l’eau. Froid, distant. Pearl ne bougea pas de l’embrasure.
— Tu peux t’asseoir, dit Avvallino. Elle ne mord pas.
— Ça dépend des jours, répliqua Agathe avec un sourire en coin.
**[Dialogue plus subtil et progressif]**
Pearl hésita, puis s’approcha lentement. Fiona resta debout derrière elle, une main protectrice sur son épaule. L’atmosphère était tendue, mais pas hostile. Plutôt… attentive.
— Tu étais là, dit Pearl finalement. Au pont d’Astherne.
Agathe ne répondit pas immédiatement. Elle fixait Pearl avec une expression indéchiffrable.
— J’étais là, confirma-t-elle. Et toi, tu n’étais qu’une gamine perdue dans quelque chose de plus grand qu’elle.
— Je n’étais pas perdue.
— Non ? Alors explique-moi ce qui s’est passé.
Pearl détourna le regard. Ses doigts se crispèrent sur sa tasse.
— Je… Je ne me souviens pas de tout. Il y avait du sang, des cris. Et puis cette lumière aveuglante. Quand je me suis réveillée, le pont était… fendu. En deux.
— Fendu, répéta Agathe doucement. Oui, c’est un mot.
Un silence inconfortable s’installa. Fiona resserra sa prise sur l’épaule de Pearl.
— Qu’est-ce que vous voulez exactement, capitaine ?
Agathe se leva, alla à la fenêtre. Le port de Nerhaël s’éveillait lentement, mais tout paraissait fragile, précaire.
— Ce que je veux… ce que je veux, c’est que les choses redeviennent simples. Mais ce n’est plus possible, n’est-ce pas ?
Elle se retourna vers eux, et son expression était sérieuse.
— Les attaques se multiplient. Pas seulement ici. Des îles entières se taisent. Des navires disparaissent. Et partout où je vais, j’entends parler de la même chose : des voiles noires, des créatures masquées, et toujours cette question : « Où sont les Porte-rune ? »
Pearl pâlit.
— Vous pensez qu’ils nous cherchent ?
— Je pense qu’ils vous ont trouvés.
Agathe retourna à la table, mais ne se rassit pas. Elle disparut un instant dans l’escalier, et redescendit avec un petit sac en cuir noir, finement ouvragé, orné de runes marines ciselées.
— Les Îles de Læthe m’ont confié quelque chose. Pour des moments comme celui-ci.
Elle posa le sac sur la table, devant eux. Avvallino haussa les sourcils.
— Tu ne distribues pas ce genre de cadeaux au hasard, Agathe.
— Non. Je ne le fais pas.
Elle dénoua le sac lentement, presque cérémonieusement. À l’intérieur : trois pierres plates, noires, gravées chacune d’un glyphe différent. L’une brillait faiblement d’un bleu humide. Une autre exhalait une chaleur sourde. La dernière semblait aspirer la lumière.
Pearl se pencha malgré elle. Sa rune réagit, pulsant plus fort.
— Pierres de lien, murmura-t-elle. Je croyais qu’elles avaient disparu.
— Quelques-unes restent. Pour les moments critiques.
Agathe caressa l’une des pierres du bout du doigt.
— Elles permettent de communiquer. Sur de grandes distances. Instantanément. Mais seulement entre ceux qui partagent… certaines capacités.
Le sous-entendu était clair. Pearl et Avvallino échangèrent un regard.
— Et en échange ? demanda Avvallino.
— En échange, vous ne serez plus seuls. Vous ferez partie d’un réseau. D’autres havres, d’autres Porte-rune. De l’information, de l’aide mutuelle.
Elle reprit les pierres, les remit dans le sac avec précaution.
— Mais aussi des responsabilités. Des devoirs. Des risques.
— Quels risques ? demanda Fiona.
Agathe fixa Pearl.
— Le risque de découvrir ce que tu as vraiment fait au pont d’Astherne. Et ce que ça signifie pour nous tous.
Pearl ferma les yeux, sa main cherchant instinctivement celle de Fiona.
— Et si on refuse ?
— Alors vous affrontez ce qui vient… seuls.
Un long silence s’installa. Dehors, les mouettes criaient au-dessus du port. La vie continuait, fragile et obstinée.
Finalement, Pearl ouvrit les yeux. Son regard était résolu, mais inquiet.
— Qu’est-ce que ça change, exactement ?
Agathe sourit pour la première fois depuis son arrivée. Un sourire triste, mais réel.
— Ça change que tu ne subis plus. Tu agis.
Pearl tendit la main vers le sac, hésita, puis le toucha du bout des doigts.
Des bruits sourds, comme étouffés par l’eau, montaient du rez-de-chaussée. Voix entrecoupées, tintement de verreries, chocs amortis de pas sur le bois. La taverne vivait encore, mais Pearl n’y était déjà plus.
Elle flottait quelque part entre deux souffles.
Une chaleur douce l’enveloppait, trop douce. Sa peau tremblait sous la sueur sèche. Sa rune palpitait faiblement. Une lueur pâle sous la crasse et le sang.
Elle voulait parler. Appeler Fiona. Mais seul un soupir rauque franchit ses lèvres.
Sa main chercha à bouger. Rien. Son esprit luttait pour revenir. Des éclairs de lucidité : la voix de Fiona, claire, inquiète, lointaine.
« Pearl… Tu m’entends ? » Un murmure. Une prière.
Elle sentit son propre poids disparaître soudain, comme happé. Son corps chutait. Doucement, lentement, dans la lumière. La chaleur devint blanche, aveuglante.
Elle crut reconnaître un parfum : celui de la mer, mêlé à celui du bois brûlé, du fer chaud et de l’herbe piétinée. Les traces de Nerhaël encore gravées dans ses sens.
Puis elle heurta un sol dur, froid. Pas de douleur. Juste une secousse.
La lumière s’éteignit.
Autour d’elle, tout était noir. Mais le sol sous son corps n’était pas rugueux. Il était lisse, presque parfait. Une surface translucide, comme du verre noir.
Elle cligna des yeux. Quelque chose luisait sous ses pieds.
Un battement.
Non, un frémissement.
Elle se pencha, vacillante. L’instinct de survie la faisait bouger à peine, comme une bête blessée.
Et là, sous la surface, elle vit.
Un œil. Gigantesque. Fermé.
Elle se figea, glacée.
Le silence était absolu. Et pourtant, elle entendit son propre cœur cogner dans sa poitrine. La rune à son poignet réagit faiblement, comme attirée par la présence.
L’œil s’ouvrit. Brutalement.
Une fente verticale noire, auréolée d’ombres mouvantes. Il la fixait. Il la voyait. Il attendait.
Pearl ne bougea pas. Elle n’avait même plus la force de fuir. Juste le souffle court, les mains crispées contre le sol. Une larme de rage glissa sur sa joue.
Elle avait peur. Elle le sut. Et lui aussi.
Un rire monta, lent, grinçant, comme raclé dans une gorge sans fond. Pas un rire d’homme. Pas un rire vivant.
« Tu m’as vu. »
La voix était partout, en elle, au-dessus, en dessous.
« Tu reviendras. »
L’œil se referma.
Le noir tomba.
Et Pearl, emportée par ce néant silencieux, perdit toute notion de temps.
Le sol glissa sous elle, et le souffle de l’air sembla retenir son rythme. Un frisson glacial traversa sa peau tandis que le silence se faisait plus dense, presque palpable.
Une voix douce, familière, perça le voile épais :
« Pearl… Respire… Je suis là… »
Le son venait de loin, comme filtré à travers l’eau, lent et étouffé. Son corps refusait d’obéir, alourdi comme une ancre. Un goût métallique de sang lui envahit la bouche, mêlé à l’âcre parfum du bois brûlé.
Sa rune palpitait faiblement, comme un battement de cœur incertain.
Peu à peu, un poids se leva de ses paupières. Elle sentit le grain rugueux du tissu sous sa joue, la chaleur douce d’une main qui pressait son front humide. Un souffle chaud effleura son oreille, porteur d’une promesse :
« Tiens bon, Pearl. Tu es plus forte que ça. »
Son regard s’accrocha à un halo flou, à la silhouette immobile d’une femme aux cheveux couleur de cuivre. Fiona. Autour d’elles, les murmures et les bruits lointains : des voix, un craquement, le tintement d’un verre posé sur la table. La taverne, toujours vivante en bas.
Les ombres de la nuit reculèrent peu à peu, et la lumière du matin filtra par une fenêtre. Pearl sentit son souffle revenir, irrégulier mais réel. Son corps répondait enfin, lentement, maladroitement. Sa gorge la brûlait, et chaque muscle protestait comme si elle avait combattu toute la nuit.
Elle ferma les yeux, puis les rouvrit, prête à reprendre la lutte, à se relever.
—
Une journée s’était écoulée depuis l’assaut sur les docks.
Le bastion des arpenteurs s’était refermé sur lui-même, comme un corps blessé.
Dehors, la pluie fine lessivait les pavés noircis, effaçant lentement le sang séché. Dedans, tout n’était que murmures, pas feutrés, et odeurs de fièvres contenues.
Dans l’infirmerie, l’air avait changé. Il portait à présent le parfum d’herbes brûlées, d’eaux infusées et de draps propres. Des tintements de verreries et le bruit discret de linges essorés accompagnaient les souffles inégaux des blessés.
Puis la porte s’ouvrit.
Pas d’urgence, pas d’éclat. Juste le grincement lent d’un bois ancien et une poussée d’air frais, chargé de l’odeur d’écorce mouillée et de rivière battante. Elle entra, seule.
Yssandra.
Drapée dans une cape d’un bleu de nuit profonde, ourlée d’un fil d’argent qui captait la lumière comme le givre, elle semblait glisser plus que marcher. Sa présence n’appelait ni regard ni révérence. Elle les imposait.
Sous la capuche abaissée, son visage paraissait avoir échappé au temps. Pas jeune, pas vieux. Juste… intact. Ses yeux, d’un bleu mouvant, fixèrent le corps fiévreux de Marcus.
Elle s’agenouilla sans un mot, effleurant son torse d’une main nue.
La rune d’eau, gravée dans son cou, s’illumina d’une lueur douce, presque paresseuse.
Une brume turquoise s’éleva de ses paumes, fluide comme un soupir de mer. Elle vibrait, vivante, froide mais enveloppante. L’air se chargea d’une humidité étrange, plus dense, comme dans les cavernes profondes ou les sanctuaires oubliés.
Le poison sous la peau de Marcus résista. Un instant.
Puis il recula, lentement, repoussé par la magie comme par un reflux implacable. Les veines pâlirent. La fièvre quitta le front en perles silencieuses. Un râle remonta de la gorge, suivi d’une toux, sèche mais pleine.
Marcus ouvrit un œil. Son regard, encore trouble, se posa sur elle avec un mélange de reconnaissance et de stupeur muette.
Yssandra ne dit rien. Elle avait vu ce regard cent fois.
Sans un mot, elle se releva. Son geste était net, son expression lisse. Puis elle se détourna, sa cape froissant à peine le silence.
Le claquement de ses bottes sur la pierre guida bientôt son escorte dans le couloir. Ils se formèrent derrière elle comme un seul corps, prêts avant d’être appelés.
Les Crocs du Déclin.
Six ombres suivaient la sienne.
— Këlis, Porte-rune de foudre, aux cheveux blancs hérissés comme une tempête prête à tomber. Son regard fuyait les murs ; ses doigts crépitaient, impatients.
— Barun, Porte-rune de terre, silhouette trapue et musculeuse, couvert de cuir durci et de boue séchée. Ses pas résonnaient comme des marteaux sur une enclume.
— Syrr, Porteuse de feu, silhouette fine et impassible, les yeux rougis par l’éclat intérieur de sa rune. Elle semblait brûler de l’intérieur, déjà ailleurs.
— Ifren, jeune manipulatrice de l’eau, ses gestes précis, son regard vide de crainte.
— Vaen, éclaireur, non-runé, dont le regard fouillait l’obscurité comme une lame cherche une faille. Deux dagues d’argent battant ses hanches à chaque pas.
— Et Durran, le silencieux, à la stature de muraille, dont l’œil gauche incrusté d’une rune rouge brillait faiblement, comme une braise au fond du crâne. On disait qu’il voyait les mouvements avant qu’ils ne se produisent.
Ils atteignirent la salle du Conseil, encore baignée de torpeur.
Les conseillers de Nerhaël, encore marqués par les débats de la veille, avaient laissé un arrière-goût amer dans l’air. Les longues heures de dissensions traînaient encore sur les visages. Les parchemins étaient froissés. Les plateaux, vides. L’air, sec et lourd d’un feu éteint.
Yssandra ne s’annonça pas.
Elle entra. Les autres la suivirent. Comme un bloc.
Le silence se fit naturellement, sans qu’un seul mot fût prononcé. Elle s’avança. Ses bottes claquèrent une fois. Puis plus rien.
Ses yeux balayèrent l’assemblée.
— Vous débattez. C’est bien.
Sa voix, grave, usée mais limpide, tomba comme une pluie froide sur un foyer tiède.
— Mais pendant ce temps, les Brumes se reforment.
Un murmure parcourut les bancs. Elle s’en désintéressa.
— La question n’est pas s’ils reviendront.
Elle s’arrêta. Sa voix se durcit.
— La question est : serons-nous prêts à les briser cette fois ?
Elle laissa le silence s’installer, puis ajouta, plus bas :
— … ou devrons-nous nous agenouiller, enfin, pour rejoindre les cendres.
Un silence de plomb s’abattit sur l’assemblée. Quelques conseillers échangèrent des regards inquiets. D’autres serrèrent les poings. Tous comprenaient qu’un nouveau chapitre venait de s’ouvrir.
Le ciel pâle de l’aube baignait Nerhaël d’une lumière grise, presque métallique.
Une brume fine rampait encore entre les ruelles, léchant les pavés souillés de sang. Autour des corps inertes, le silence n’était plus celui du combat, mais celui, plus lourd, de ce qui suit. Un silence que les souffles hachés des survivants et les plaintes des blessés n’arrivaient pas à briser.
Les visages des Porte-rune, couverts de cendres, d’éclats et de poussière, reflétaient une stupeur hébétée plus qu’une victoire. Ils étaient debout, mais vacillants. Vainqueurs, peut-être, mais à quel prix ?
Des civils sortaient prudemment des maisons éventrées, les yeux rougis, les bras serrés contre eux. Certains restaient figés, incapables de détacher leur regard des corps disloqués.
Le vent léger agitait les voiles noires d’un navire solitaire, amarré au quai principal. Sans un bruit, il se détachait lentement, glissant sur l’eau comme s’il ne pesait rien. Il s’éloignait dans la brume, effaçant son passage comme un souvenir qui refuse de s’imprimer.
Marcus rassembla les Porte-rune encore debout, leur souffle court, leurs regards vides. Il était pâle, l’épaule en sang, mais sa voix, elle, restait droite.
— Ceux d’entre vous qui n’ont pas été formés à tuer, vous avez une autre tâche. Allez vers les blessés. Stabilisez. Rassurez. Aucun ne doit mourir aujourd’hui.
Il désigna du menton les runes d’eau et de terre, puis ajouta :
— Formez des binômes. Cherchez dans les ruelles, dans les caves. On ne laisse personne à l’ombre.
Son regard glissa sur chacun, puis s’arrêta sur Pearl.
Un simple regard. Un ordre silencieux.
Elle acquiesça, le visage fermé, comme taillée dans une pierre blanche tachée de sang.
Pearl s’élança sans un mot, sans un regard pour Marcus. Elle fendait la fraîcheur matinale, muette, rapide, résolue. Ses bottes soulevaient des volutes de poussière grise, et derrière elle, la ville restait suspendue.
Elle ne regarda ni les blessés, ni les survivants. Chaque battement de cœur la poussait en avant. Vers la taverne. Vers Fiona. Vers les quelques âmes qu’elle espérait encore vivantes.
Pearl disparut au coin d’une ruelle. Marcus s’effondra lentement contre un pilier noirci, les paupières lourdes. La lumière blafarde de l’aube dansait autour de lui comme une dernière braise.
La chasse venait de commencer.
Et Nerhaël, encore engourdie, ne savait pas encore qu’elle portait l’odeur de la peur.
—
Le battant de la porte avait été déverrouillé dès les premiers cris.
À l’intérieur, la pénombre régnait encore, troublée seulement par la lueur des flammes qu’Avvallino entretenait avec soin sous le chaudron suspendu. L’air sentait le bois mouillé, le fer brûlé… et le bouillon au lard.
Fiona, les bras encore couverts de sang séché, était penchée sur Rima, étendue sur une table dégagée. La blessure à sa jambe s’était rouverte sous l’effort, mais la jeune fille serrait les dents, le regard rivé au plafond noirci. Ses mains tremblaient malgré elle.
— Ça va passer, murmura Fiona. Elle déchira une bande de toile propre avec les dents, puis resserra le pansement avec des gestes sûrs. Tu es en vie. C’est tout ce qui compte.
Rima hocha faiblement la tête. Elle ne pleurait pas. Plus maintenant.
Derrière elles, deux Porte-rune plus âgés avaient pris le relais de ceux tombés à l’extérieur.
Ils s’appelaient Maerwyn et Obren. Leurs runes étaient ternes, usées, mais leur présence rassurait. Solides comme des vieux chênes.
Ils distribuaient des ordres calmes, précis :
— Compresses d’eau. Pas trop froide. Gardez-les éveillés. Ce garçon-là a une fracture. Là, doucement.
Les blessés étaient nombreux. Des civils, deux Porte-rune inconscients, et un gamin d’à peine dix ans, en état de choc, que Fiona avait ramené dans ses bras.
Dans un coin, Avvallino versait le contenu d’un flacon ambré dans un grand pot de terre, où mijotait un bouillon épais et doré aux racines douces, éclats de lard fumé et feuilles de torra séchées, rehaussé d’un trait de vinaigre de pomme noir.
— C’est pas du raffiné, mais ça remet les jambes sous un homme, déclara-t-il sans lever les yeux.
Il tendit un bol fumant à Maerwyn, qui acquiesça d’un grognement approbateur.
Avvallino faisait aussi griller ses galettes de floume directement sur les pierres plates du foyer, les retournant à la main. Une odeur de noisette grillée emplissait lentement la pièce.
— Bois ça, Rima, dit Fiona, en lui glissant un bol entre les mains.
La jeune fille hésita, huma le liquide, puis but par petites gorgées.
Ses doigts cessèrent un instant de trembler.
Maerwyn s’approcha, posa une main rugueuse sur l’épaule de Fiona.
— Tu t’en es bien sortie. Continue comme ça.
Et pour la première fois depuis l’aube, Fiona sentit un souffle d’apaisement naître dans sa poitrine. Pas de triomphe. Juste… un peu de chaleur revenue.
Derrière la porte toujours close, le monde pouvait bien attendre encore quelques instants.
—
Les rues dévastées de la ville portuaire semblaient respirer dans un silence de mort.
Un souffle lourd, chargé de poussière, d’ombres et de sang froid.
Pearl avançait. Pas après pas. Son épée longue cognait contre sa hanche, trop lourde à porter, inutile à lever. Son bras droit pendait, fourbu, engourdi, sa rune éteinte comme une braise noyée.
Alors, elle dégaina sa petite dague, fine et bien affûtée, qu’elle portait au creux de la cuisse. Elle n’avait que ça. Une arme courte, modeste. Et ce qui lui restait de rage.
Un craquement de bois la fit pivoter. Là, à quelques pas, dans l’éclat mourant d’une lanterne suspendue, un homme fouillait une échoppe éventrée. Une forge, à en juger par les étincelles mortes sur l’enclume renversée. Le forgeron gisait là, face contre les braises, la peau noircie, l’arrière du crâne enfoncé.
Le pirate, dos tourné, était grand, lourd, accroupi comme un vautour.
Pearl bondit sans bruit. Sa gorge brûlait. Son souffle haché résonnait dans ses tempes. Elle se jeta sur lui sans avertissement.
Le choc fut brutal. Le pirate, surpris, trébucha mais ne tomba pas. Il se retourna d’un geste ample, balayant l’air d’un marteau volé à l’atelier. Pearl se baissa, manqua de peu d’y laisser le crâne.
Elle roula au sol, se releva avec maladresse, la dague tremblante dans sa main.
Le second coup faillit l’abattre. Elle recula, heurta un établi. Puis, dans un élan de désespoir, elle s’élança à nouveau sur lui, visa le flanc, planta la lame dans la chair.
Le pirate hurla. Il la repoussa violemment, mais elle tint bon, s’agrippant à sa tunique, enfonçant la lame encore, jusqu’à sentir le sang jaillir chaud sur sa paume.
Ils tombèrent ensemble, roulèrent au sol.
Pearl finit au-dessus. Elle leva la dague. Frappa. Une fois. Deux. Trois. Jusqu’à ce que l’homme s’immobilise. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que le silence et ses propres halètements.
Elle resta là, penchée sur le cadavre, incapable de bouger, la main crispée sur la poignée, les jambes en feu.
Son regard se perdit dans les braises mourantes de la forge.
Un cri d’enfant. Loin, mais pas assez pour l’ignorer.
Pearl se releva lentement, s’aidant d’un mur, les muscles tétanisés. Elle recracha du sang. Son sang ? Elle ne savait plus. Son ventre la lançait. Son épaule en sang pendait toujours.
Elle marcha.
Au détour d’un angle, elle la vit : une fillette traînée par un pirate famélique, le regard fou, un coutelas à la main.
Il n’eut pas le temps de la voir arriver.
Pearl fondit sur lui, lame courte en avant. Il se retourna trop tard.
La dague lui trancha la gorge. Une ligne nette, sanglante.
L’homme chancela. Elle le poussa d’un coup d’épaule. Il s’écroula sur les pavés.
L’enfant s’était recroquevillée contre un mur, muette, secouée de tremblements.
Pearl s’agenouilla près d’elle. Peinait à respirer. Une main sur sa propre cuisse, l’autre tendue vers la petite.
— C’est fini… tu vas aller… à la taverne. Tu sais où c’est ?
La fillette hocha la tête, les joues salies de larmes et de cendres.
Pearl l’aida à se redresser, essuya du revers de sa manche un filet de sang sur son front. Puis la laissa partir. Elle la regarda courir, petite silhouette brisée, vers une lumière lointaine.
Quand Pearl atteignit la taverne, son pas n’était plus qu’un glissement.
Le jour se levait franchement, mais sa vision dansait. Des taches noires dévoraient les bords de son regard.
Deux Porte-rune, l’épée à la main, la reconnurent.
— Pearl ?
Elle acquiesça d’un signe de tête à peine perceptible, puis s’effondra à genoux.
— Ouvrez.
La porte s’ouvrit. La chaleur en jaillit comme un baume.
Des odeurs de pain rassis, de bouillon, de bois brûlé. Des voix calmes, du mouvement.
Quelqu’un la rattrapa sous les épaules. Elle sentit des bras puissants l’aider à se redresser.
Elle fit trois pas. Un monde.
Puis la lumière du foyer l’enveloppa, et elle disparut à l’intérieur.
C’est l’heure de découvrir mon retour sur le tome 1 de La ville sans vent d’Eléonore Devillepoix aux éditions HachetteRomans.
Le titre et la magnifique couverture ont attiré mon œil, sans compter que le résumé a piqué ma curiosité. Il n’en fallait pas plus pour me donner envie de découvrir cet univers. Hyperborée : une ville construite par son dirigeant, le Basileus, que l’on dit immortel et qui a vaincu et maudit les Amazones.
On y fait la rencontre de Lastyanax, un jeune mage talentueux qui va se retrouver propulsé dans les plus hautes sphères politiques du 7ème niveau d’Hyperborée juste après sa soutenance. A l’autre bout de la ville, c’est aux côtés d’Arka que nous évoluons. Une jeune Amazone qui cache ses origines afin de pouvoir entrer dans Hyperborée pour retrouver son père qui ferait partie des mages de cette ville et qui débute sa progression dans les bas-fonds du 1er niveau.
Les évènements se succèdent pour l’un et l’autre provoquant la croisée de leurs chemins et donc la formation de ce duo improbable. Entre mystères, meurtres, enquêtes, affrontements, le duo Lastyanax-Arka enchaîne les péripéties. J’ai beaucoup aimé ces deux personnages, leurs histoires respectives, mais aussi les enjeux qui se jouent pour chacun d’eux, sans compter le complet qui se monte et où, finalement on ne peut faire confiance à personne. Les autres personnages sont attachants ou détestables, ça dépend 😉.
J’ai adoré le dénouement de ce 1er tome et attend avec impatience de pouvoir découvrir le second de cette duologie. Je l’ai littéralement dévoré, la plume de l’auteur est un délice et se lit avec aisance. Les personnages et l’univers sont bien construits. Petit clin d’œil à Feuval et fon feveux fur la langue 😄, un régal !
Foncez, c’est une pépite !
*****
Résumé :
A dix-neuf ans, Lastyanax termine sa formation de mage et s’attend à devoir gravir un à un les échelons du pouvoir, quand le mystérieux meurtre de son mentor le propulse au plus haut niveau d’Hyperborée.
Son chemin, semé d’embûches politiques, va croiser celui d’Arka, une jeune guerrier à peine arrivée en ville et dotée d’un certain talent pour se sortir de situations périlleuses. Ça tombe bien, elle a tendance à les déclencher…
Lui recherche l’assassin de son maître, elle le père qu’elle n’a jamais connu. Lui a un avenir. Elle un passé.
Pour déjouer les complots qui menacent la ville sans vent, ils vont devoir s’apprivoiser.
D’écailles et d’obscurité, T1. Obsidienne de Gaëlle Maumont aux édition Gulfstream est un roman de fantasy médiéval Young Adult.
J’ai beaucoup aimé l’histoire dans l’ensemble même s’il y a quelques bémols.
Points positifs, une héroïne badass, indépendante, éprise de liberté, à la réplique parfois cinglante, capitaine de navire, rodée au maniement des armes, qui sait ce qu’elle veut, quitte à se brouiller avec le roi lui-même, mais loyale et avec des valeurs. Certes c’est une héroïne clichée, mais je l’ai appréciée malgré tout. J’ai beaucoup aimé Daérion, personnage un brin énigmatique puisque le mystère place toujours autour de lui, mais aussi son évolution tout au long de l’histoire. J’ai beaucoup apprécié la relation qui s’installe entre les deux.
Les dragons sont finalement peu présent, j’espère les voir un peu plus dans les prochains tomes. On n’entraperçoit le pauvre Mop que de temps en temps, pourtant il ne doit pas passer inaperçu… Le début commence très bien, on sent que quelque chose couve, des complots se mettent en place, des bêtes sauvages apparaissent, des affrontements sont présents. Par contre, je trouve dommage que l’intrigue se soit un peu éparpillée et se soit diluée sur le dernier quart. Il y aura peut-être des éclaircissements sur les tomes suivants.
Il est également dommage que, par instant, les répétitions soient aussi présentes, elles gâchent un brin le plaisir. Malgré tout, cela reste une histoire agréable, sympathique qui me donne envie de découvrir les tomes suivants. Je me suis attachée à Robyn et Daérion (et aussi aux autres 😉).
Un chouette roman que je conseille, avec un jaspage magnifique, l’écriture est fluide et agréable à lire, mais attention pour les exigeants, vous pourriez demeurer insatisfaits sur la longueur.
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Résumé :
“Alors qu’il achevait de graver ces mots dans la roche, l’homme espérait, dans dernier souffle, que la Prophétie ne serait pas oubliée, que la pierre la conserverait à l’abri, et les hommes dans leur mémoire. Il en allait de l’avenir du monde entier.”
Cinq cents ans plus tard, île de Kasmal, prémices de l’hiver.
Un océan ténébreux, d’étranges créatures remontées des profondeurs et de sanglantes attaques inexpliquées. Robyn n’ignore rien de ces signes macabres lorsqu’elle rentre dans son village natal d’Astaak après une longue campagne en mer. Dépourvue de magie mais Maître-Lame redoutable au combat, elle a appris à écouter son instinct. Sur le chemin, Robyn rencontre un jeune homme énigmatique : Daérion. Celui-ci suit les traces de l’invisible bête sanguinaire qui terrorise la populaire. Quand elle apprend que cette mystérieuse entité est à l’origine de la mort de ses parents, Robyn ne désire qu’un chose, la traquer et l’anéantir. Cette funeste quête de vengeance engage alors les compagnons d’armes dans un périple qui ne connaît qu’une seule destination, l’obscurité.
Autour du puits, les civils s’étaient massés en silence, ou presque. Les plus jeunes pleuraient à moitié, blottis contre leurs mères. Les blessés gémissaient, soignés à la hâte par Rima, pâle mais déterminée, et par deux apprentis Porte-rune aux gestes encore maladroits. L’un avait la rune de l’eau. Il appliquait de la glace pour contenir les saignements. L’autre, une marque tellurique sur le front, murmurait des paroles de réconfort à un vieillard blessé. Fiona faisait la navette entre les enfants et les adultes, distribuant couvertures et mots doux. Elle tenait bon. Parce qu’elle devait tenir. Parce que Pearl était dehors.
Avvallino, lui, gardait l’entrée de la taverne, couteau de cuisine en main. Il ne parlait pas. Il observait. Le silence qu’il dégageait imposait le calme. Mais la peur rampait.
Et soudain, elle bondit.
Un hurlement. Puis deux. Une silhouette jaillit d’un toit effondré : un pirate crasseux, les yeux fous, hurlant un chant obscène. Il brandissait une machette et s’élança vers les civils. Avant même que quiconque ne réagisse, un second surgit derrière la foule, un poignard à la main, les yeux braqués sur une mère accroupie.
La panique éclata.
– ILS SONT LÀ ! hurla quelqu’un.
Le premier pirate courait déjà vers le puits. Il n’atteignit jamais sa cible. Avvallino l’intercepta sans un mot. Son bras fendit l’air : le couteau de cuisine se planta dans la gorge du brigand avec une précision chirurgicale. L’homme tomba à genoux, les mains sur sa plaie, et s’effondra dans un gargouillis.
Le second tenta de reculer, pris de panique. Les apprentis Porte-rune réagirent, un bouclier d’eau puissant vint déséquilibrer l’assaillant, le jetant à terre. Le garçon au front marqué tendit la main : une vrille de racines émergea du sol et enserra les jambes du pirate, le clouant au pavé. Rima se redressa, le front couvert de sueur.
– À couvert, vite !
Fiona aida les enfants à se recroqueviller sous une charrette renversée. Le calme revint, brutalement. Le pirate encore vivant grogna sous les liens végétaux, mais n’inspirait plus de peur.
Avvallino essuya lentement son couteau sur la tunique du mort.
– Si d’autres s’approchent, ils finiront comme lui.
Fiona lui lança un regard plein de gratitude mêlé d’inquiétude.
– Pearl va tenir, dit-elle doucement. Elle doit tenir.
Et dans le tumulte au loin, le hurlement d’une lame enflammée déchirait encore la nuit.
~~~
|Pearl L’Éclat Implacable|
Ils étaient six.
Six pirates hurlants, bardés de lames, le regard noyé dans la fureur et la folie.
Ils encerclèrent Pearl, pensant la noyer sous le nombre. Ils n’en eurent pas le temps.
Sa rune pulsait à son poignet droit comme un cœur trop plein, irradiant une lumière blanche qui, par instants, virait à l’or. Sa lame ruisselait d’éclats aveuglants. Ses yeux, d’ordinaire calmes, s’emplirent d’un feu ancien.
Elle inspira une seule fois, courte, tendue.
Puis elle attaqua.
La première frappe fut un trait de lumière. Un cou tranché, un corps effondré. Elle pivota sur elle-même, esquiva un coup, coupa net un bras qui volait encore lorsqu’elle transperça le second assaillant. Elle enchaînait avec une grâce presque irréelle. Comme si une volonté plus vaste dansait à travers elle. Son cri fendit l’air, une vibration pure qui fit trembler les vitres. La rune sur son poignet se mit à brûler.
Le troisième pirate voulut fuir. Pearl tendit la main : la lumière jaillit en un arc aveuglant, le frappa de plein fouet et l’enflamma de l’intérieur. Il chuta, un hurlement coincé dans la gorge.
Le quatrième eut juste le temps de lever son épée. Pearl le désarma d’un revers de poignet, se glissa sous sa garde, planta sa lame dans sa cage thoracique jusqu’à la garde. Un grondement sourd accompagna l’impact.
Les deux derniers s’élancèrent en même temps. Elle bondit entre eux, une explosion de lumière jaillit de son corps. Un dôme éphémère, brutal, les projeta à plusieurs pas.
Elle n’en laissa aucun se relever. Le silence se fit autour d’elle. Il ne restait que son souffle court. La lumière qui vibrait encore.
Autour d’elle, les Porte-rune ralentirent, figés. Un jeune au regard d’acier recula d’un pas. La femme au manteau de cuivre, celle de la terre, la fixa longuement, presque effrayée.
Et tous reculèrent d’un souffle, se souvenant des mots que Marcus murmurait parfois à voix basse :
« Vous ne la comprenez pas encore. Elle n’est pas juste douée. Elle est née de la rune. Elle est ce que nous avons peur de devenir. »
Et Pearl, les tempes bourdonnantes, ne vit rien de tout cela. Elle se tourna, sa lame encore fumante, et courut rejoindre Marcus.
~~~
|Marcus L’Écarlate|
Le duel continuait.
Marcus souffrait. Son épaule saignait abondamment. Chaque respiration brûlait dans sa poitrine. Mais il tenait.
Face à lui, la bête hurlait à la lune absente, la hache toujours levée, les muscles gonflés d’une rage insensée. Marcus para une nouvelle frappe. Le choc fit trembler son bras jusqu’à la clavicule. Il recula, feinta, tenta un revers. L’autre esquiva à peine. Il ne sentait rien. Rien d’humain dans ce colosse, sinon la haine.
– Tu vas tomber, Porte-rune ! cracha l’ennemi.
Marcus sourit, les dents rouges.
– Pas aujourd’hui.
La rune de feu s’embrasa. Sa lame s’allongea d’une langue incandescente. Il fit tournoyer son épée, décrivant des cercles de chaleur autour de lui.
Le pirate fonça.
Marcus pivota sur son pied arrière, le laissa s’engager, et au dernier instant, il glissa sous la hache. Tout son poids se projeta dans le mouvement. Sa lame fendit l’air en une trajectoire parfaite, chirurgicale, définitive. Le cou du monstre céda dans un shlak humide et sec à la fois.
La tête roula sur les pavés.
Le corps demeura debout une seconde, avant de s’écrouler dans un fracas sourd.
Soudain, au loin, des cris. De victoire, de peur, de stupeur.
Marcus se tenait là, ruisselant de sueur et de sang, le souffle court, sa rune encore rougeoyante.
Tous le regardaient. Même les Porte-rune. Pearl arriva juste à temps pour le voir se redresser et murmurer, presque pour lui-même :
– Alors c’est ça… une légende, hein ?
Ils se souvenaient, maintenant, pourquoi on l’appelait l’Écarlate.
~~~
Le combat était terminé.
Mais le silence, lui, pesait plus lourd que les cris. Pearl se tenait debout, au milieu des corps.
Ses bras pendaient le long de son corps, couverts de sang qui n’était pas le sien. Sa lame fumait encore, tiède.
Autour d’elle, tout semblait s’être figé. Comme si le monde, lui aussi, retenait son souffle.
Une odeur épaisse lui brûlait les narines : celle du fer, du cuir mouillé, des entrailles déchirées. Le sang couvrait les pavés en traînées noires, gluantes. Des morceaux de chair, de tissu, de vie… éparpillés comme des feuilles mortes.
Elle inspira, mais l’air avait changé. Il était lourd, saturé. Chaque respiration goûtait la mort. Son cœur cognait dans sa poitrine comme une bête enfermée. Ses tempes pulsaient.
Sa rune luisait encore faiblement. Un dernier battement de lumière blanche, puis plus rien. Éteinte. Elle baissa les yeux.
Le pirate qu’elle avait brûlé gisait là, les orbites vides, figées dans une expression de terreur pure. Il n’était plus qu’une carcasse noircie, une coquille vidée.
Ses doigts tremblèrent. Ce n’était pas la première fois. Elle avait tué avant. Elle était formée pour ça. Mais quelque chose, cette fois… quelque chose s’était ouvert en elle. Ou brisé.
Son regard glissa vers les autres corps. L’un avait le visage jeune. Trop jeune. Un duvet encore tendre au menton. Un autre avait gardé, même dans la mort, un air de surprise. Comme s’il n’avait jamais cru que ça finirait là. Pas comme ça.
Elle sentit sa gorge se serrer. Pas de larmes. Juste un nœud. Un vertige. Une solitude immense, glaciale, comme un gouffre qui s’ouvrait en elle.
Les sons revinrent lentement, étouffés :
Des pas qui couraient. Des gémissements au loin. Des cris d’appel. Mais Pearl n’écoutait plus.
Elle se laissa tomber à genoux, une main au sol, l’autre posée sur son front.
Un souffle. Deux.
Elle ferma les yeux. Dans le noir de ses paupières, la lumière avait laissé une trace. Comme une cicatrice de feu.
Elle se vit, l’espace d’un instant, de l’extérieur : une silhouette baignée de lumière, le regard incandescent, le geste implacable.
Et ce n’était pas elle. Pas vraiment. Quelque chose en elle se réveillait. Ou prenait trop de place. Elle n’en savait rien. Elle n’osa pas y penser plus.
Des mains se posèrent sur ses épaules. Des voix l’entouraient à nouveau.Quelqu’un l’appelait. Peut-être Fiona. Peut-être Agathe. Elle ne savait plus.
Pearl se redressa lentement, les traits figés, les yeux vides. Elle n’avait pas froid. Et pourtant, elle frissonnait.
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