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📚 Avis lecture – Nuances ubaines 📚

#Hashtag(s) : #Nouvelle , #Critique & analyse

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❤️ Coup de cœur ❤️

Ce recueil de Robert LePlana est un immense coup de cœur.
Dès les premières lignes, Robert nous révèle ce que l’on pense connaître. Mais, au fond, que maîtrisons-nous vraiment ?

Il déploie ses six merveilleux récits qui questionnent et explorent sur tant de notions avec un équilibre incroyable :
– Perdu sur l’Olympe : Le symbole d’une élite d’excellence que la famille Faure s’impose de façon presque tyrannique.
– La mère : La grâce et l’humanité d’une femme qui veille sur les oubliés de la société avec une générosité sans limite 🥹
– Une humble sentinelle : Une agente municipale anonyme attachée à son rôle qui veille sans que personne ne la voit 🥰
– Le messager : Un mystérieux individu qui distribue des encouragements et finit par déclencher une tempête où la bienveillance se transforme.
– Incivilités : L’absurdité d’une société si sécuritaire qu’elle en devient absurde, le tout teinté d’humour.
– Bleu minéral : Un miroir qui pose la question du destin et de qui écrit… ❤️

Elles m’ont toutes profondément touchée, chacune à leur manière, jusqu’à me prendre aux tripes pour Bleu Minéral qui a raisonné en moi de façon intense. Elle a été un immense coup de cœur comme je n’en ai jamais ressenti. Un de ceux qui vous bouleverse, qui vous retourne littéralement. Elle clôture le recueil magistralement.

Les nouvelles questionnent sur notre responsabilité, notre liberté, notre destinée, notre humanité, notre propre fatalité, nos systèmes instables, nos interprétations… Ne vous attendes pas à trouver toutes les réponses à vos questions, mais vous vous interrogerez sur vos certitudes.

Le plume de Robert est à la fois magique, élégante et sensible. Elle touche et offre une leçon de vie avec virtuosité. Robert a réalisé une œuvre magnifique avec ce recueil.

Nuances urbaines est à dévorer sans modération.
En résumé, foncez lire cette merveille ! ❤️

Résumé :
“L’aube se mit à flamboyer dans mon dos. Elle colorait le ciel devant moi d’un bleu minéral. Cette nuance éphémère qui accompagne le matin et le soir. Un mélange de naturel et d’illégitime. De hasard et de volonté.
Puis je la vis apparaître. La ville anonyme. Encore baignée d’obscurité, elle semblait unie, monolithique. Pourtant, je la devinais débordante de tous les possibles. Un royaume dont les contrastes se dévoileraient dès les premiers rayons du soleil. Pour l’instant, c’était un livre fermé. Dépourvu de sens. Il attendait sagement que je tourne ses pages pour que les destins qu’il renferme puissent finalement prendre forme.”


Six histoires à découvrir comme autant de facettes d’une ville sans nom. Des quartiers huppés d’où irradie un pouvoir étouffant à le rédemption dans les bas-fonds crasseux, une traversée urbaine à la rencontre d’individus aux prises avec leurs choix et leurs questions. Sont-ils maîtres de leur vie comme ils l’espèrent, ou y a-t-il quelques marionnettiste qui tire les ficelles ? Et si ce mystérieux personnages est l’effrayante réalité, qui donc tient la plume qui écrit l’histoire ?

 

INTERVIEW de PULSE NOIR

#Hashtag(s) : #Question , #Interview , #Positif

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Petite interview de PULSE NOIR à laquelle j’ai eu la chance de répondre.

Curieux de savoir ce que j’ai à dire concernant ma passion de la littérature noire, alors jetez-y un œil rapide 😉

Et si vous aimez les récits noirs (polar / thriller), checkez ceux présents sur leur site :

PULSE NOIR a pour vocation de donner de la visibilité aux auteurs du genre tel que moi, alors donnez leur de la force (et à nous aussi, auteurs passionnés) (y)

INTERVIEW :

Pulse Noir – Auteurs, Lecteurs & Romans Noirs

Pulse Noir – Auteurs, Lecteurs & Romans Noirs

Découvrez Pulse Noir, la communauté dédiée au polar, au thriller et au roman noir. Explorez les profils d'auteurs, les interviews, les livres et les univers sombres qui font vibrer la littérature noire.

🔗 pulsenoir.be

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⚔ Aesthetic Recueil de Nouvelles – Florilège Mélionnien : de Carmin et d’Airain ⚔

#Hashtag(s) : #Résumé , #À vendre , #Épique

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De l’amour au combat, il n’y a qu’un pas. Infime est la frontière entre ombre et lumière.
*****
Parcourir de multiples domaines. Rencontrer de jeunes guerriers qui se font un devoir de veiller sur leur peuple. Faire la connaissance d’êtres exceptionnels en quête de leur âme-sœur. Vibrer aux côtés de puissants individus dont le rôle est de maintenir l’équilibre. Frissonner aux côtés d’êtres différents qui luttent pour leur survie.
Des épreuves à surmonter, de terribles adversaires à affronter, des doutes à lever, la vérité à rechercher. Tout s’enchaîne au fil des douze nouvelles, entre victoires et défaites, joie et tristesse, lumière et ténèbres.

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LA PRESSION

#Hashtag(s) : #Positif , #Psychologie , #Question

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Tout auteur y a déjà été confronté.

La pression d’achever son récit pour pouvoir l’envoyer à un appel à manuscrits, ou celle de simplement vouloir le finir pour arriver au bout du chemin et avoir ce sentiment d’achèvement bien mérité après tout le mal que l’on s’est donné.

Cette pression peut être aussi bénéfique que contre-productive.

Elle nous motive à écrire même lorsque l’on n’en a pas envie, et ça, c’est positif.

Là où elle devient négative, c’est si elle nous fait bâcler le travail pour lequel on a tant sué. Ce n’est, hélas, pas donné à tous les auteurs de savoir écrire vite et bien.

Le truc, c’est qu’il faut se dire que si on loupe un appel à manuscrits, tant pis : d’autres suivront.

Oui, on veut achever son texte pour « en être débarrassé », se reposer ou directement passer à un autre. Mais quitte à s’être autant donné pour celui-ci, autant qu’il s’approche le plus possible de la perfection. La satisfaction n’en sera que plus grande et valorisante.

Il y a aussi la pression de la page blanche, à laquelle je reconnais être très peu soumis, mais j’ai de l’empathie pour ces auteurs qui passent des heures devant leur PC sans rien écrire. L’angoisse de faire du surplace, de n’arriver à rien, peut être très pesante psychologiquement.

Bref, cette pression, c’est comme une douleur chronique : il faut apprendre à vivre et avancer avec. À ne jamais oublier que l’écriture est avant tout une passion, pas une obligation — et ce serait dommage qu’elle le devienne 😉

Et il y a ceux, comme moi, qui se mettent la pression comme lecteurs.
Vouloir avancer dans sa lecture chaque jour car, oui, elle est géniale, mais aussi pour ne pas perdre le fil de l’histoire en espaçant sa lecture de trop de jours.

 

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Ce post a pour but de vous montrer les différentes options possibles avec Bookirama lors d’une publication.


Les sommaires

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Exemple média dans le texte

 
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jamais plus nous ne boirons si jeunes

#Hashtag(s) : #Autre

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Plus jamais vous ne  lirez si jeunes !

Et au bout du chemin, la Vie

#Hashtag(s) : #Autobiographie

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Un témoignage intime

Un récit authentique sur le parcours émotionnellement intense de la PMA, écrit avec la collaboration de Sandra Bensoussan, journaliste et écrivaine.

 
💫

Une histoire d’adoption

Adoptée à l’âge de 9 mois, Charoey partage comment son désir de maternité a réveillé des peurs et des doutes liés à son propre abandon.

 
🌟

Un message d’espoir

Une source d’inspiration pour toutes celles et ceux qui aspirent à fonder une famille, que ce soit par la PMA ou l’adoption.

site web : charoeyraoul.fr

 

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🌹⚔ Florilège Mélionnien : de Carmin et d’Airain ⚔🌹 c’est…

#Hashtag(s) : #Nouvelle , #À vendre , #Épique , #Épopée

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Tout est en image 😉

Disponible en auto-édition sur Amazon, au format broché, e-book et dans l’abonnement kindle ainsi qu’en broché avec goodies sur ma boutique en ligne (https://galatea-melion.sumupstore.com/) 

🥰🥰🥰

 

📚 Avis Lecture, Les monstre T2. Jamais un héros📚

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Les Monstres T2. Jamais un héros
❤❤❤❤❤

 

Si j’ai aimé le Tome 1, j’ai adoré ce Tome 2. J’ai été ravie de retrouver Joan et Nick ainsi que toute la bande. On démarre aussitôt aux côtés de Joan qui est la seule à se souvenir de l’autre version de la chronologie depuis qu’elle est parvenue à défaire le héros et à la réinitialiser.

Joan tente de reprendre le cour de sa vie, mais très rapidement elle est rattrapée et reprise en chasse. La chronologie place Nick sur sa route une fois de plus et il se retrouve embarqué malgré lui dans ces nouvelles péripéties.

J’aimais déjà Nick et Aaron dans le premier tome, et je les aime encore plus dans celui-ci 😍. Joan demeure une jeune femme un peu torturée, tiraillée entre sa part monstre et son côté humain.

Je n’en dévoilerai pas trop pour ne pas risquer le spoil, mais on découvre enfin qui est derrière tout cela. La vérité sur beaucoup de choses, mais aussi sur beaucoup de monde est dévoilée dans ce tome, et, surtout, on apprend enfin comment et pourquoi tout a commencé.

Il me tarde de savoir comment tout finira avec le Tome 3 !

En conclusion, un Tome 2 qui offre des révélations et qui se finit en vous laissant envie de découvrir la suite.

A lire absolument ! ❤❤❤❤❤

 

Résumé 

Parfois, pour l’emporter, un monstre vaut mieux qu’un héros. N’oublie pas la règle d’or : personne ne doit savoir ce que tu es. Jamais tu ne dois parler des monstres à qui que ce soit.
Tout portait à croire que c’était impossible, et voilà que Joan y est parvenue. Elle a réussi à réinitialiser la chronologie, à sauver les Hunt et à vaincre le héros des contes de son enfance. Mais à quel prix ? Elle seule se souvient de ce qui s’est passé.
A présent, Aaron, le monstre qu’elle avait fini par considérer comme un ami – si ce n’est pas plus -, est devenu son ennemi juré. Quant à Nick, le garçon qu’elle aimait en dépit de tout, il n’est plus qu’un adolescent ordinaire pour qui elle est une étrangère. Alors que la jeune fille s’était juré de ne plus jamais remettre les pieds dans le royaume des monstres, un tragique évènement va, contre tout attente, l’y contraindre.
Pire encore, Nick se retrouve obligé de fuir avec elle, tous deux étant pris en chasse par Aaron et les gardes de la Cour. Partout, le danger rôde. Si l’ancien héros est tout proche de découvrir ce que Joan lui a fait, la voyageuse temporelle, de son côté, apprend un terrible secret qui pourrait la mettre sur la piste de la femme à l’origine de tous ses problèmes. Pas une minute à perdre : il va falloir rassembler ses anciens alliés pour affronter le plus mortel des ennemis et sauver la chronologie elle-même.

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🖋Ecriture – Saga L’Ultime Gardienne T1🖋

#Hashtag(s) : #Vidéo , #En cours d'écriture

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L’Ultime Gardienne T1. De l’attirance à l’espérance

Je vous parle du Tome 1 de ma Saga en cours d’écriture en image.

En espérant vous donner envie de découvrir mon univers.

A très vite

🥰🥰

📚Avis lecture – La légende des royaumes📚

#Hashtag(s) : #Critique & analyse

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🥰Une agréable lecture🥰

C’est l’heure de découvrir mon retour sur “La légende des royaumes” publié aux Éditions Harlequin dans la collection Luna et qui contient 3 nouvelles : La chambre ensorcelée de Mercedes Lackey, La clé de Morgana de Rechel Lee, La magicienne de Catherine Asaro.

Avec ce recueil, j’ai découvert les plumes de ces trois auteures. Chacune d’elle vous emmène aux côtés d’héroïnes et de héros dans des univers emplis de magie, de passion, de devoir, de peur… Les trois sont plaisantes même si j’ai un petite préférence pour la première.

La chambre ensorcelée conte les aventures de Gwenhyver, une jeune noble, obligée de faire un mariage arrangé afin de protéger le royaume de son père. Elle fera face à son mari violent tout en savourant les précieux moments qu’elle passera aux côtés du Chevalier Atrémus dont elle est amoureuse depuis son enfance. Mais, lorsqu’il en va de sa vie et de la sécurité de son royaume, elle sera prête à tout et agira.

La clé de Morgania raconte comment Drussilla passe ses heures de travail à rêvasser. On oscille entre songe et réalité où l’opératrice de saisie se laisse emporter dans son rêve qui est alimenté par son fantasme pour l’ingénieur informaticien. Tout semble les pousser l’un vers l’autre.

La magicienne nous fait évoluer aux côtés d’Iris, une demoiselle qui se révèlera être bien plus puissante qu’elle ne le pense et surprendra tout le monde lorsqu’elle retrouvera l’héritier du royaume, présumé mort, et qui est devenu sourd, aveugle et muet depuis l’attaque qui a coûté la vie à ses parents. Dès cet instant, tout basculera pour eux puisqu’elle devra l’épouser pour régner avec lui.

Trois lecture agréables et facile à lire, bien que l’accroche ait été plus modérée pour le seconde en ce qui me concerne. Les personnages de la première retiennent bien l’attention, sans compter que j’ai bien aimé la chute finale et le système de magie de la troisième est plutôt bien recherché.

Une lecture agréable que je conseille.

*****
Résumé :
La chambre ensorcelée de Mercedes Lackey
Mariée de force au seigneur Britannie, Gwenhyver prépare un sortilège afin d’échapper à l’emprise de son cruel époux. Mais il lui faudra, pour réussir, accepter l’aide du valeureux Atrémus…

La Clé de Morgania de Rachel Lee
Pour sauver le royaume de son père, la princesse Drusilla doit retrouver la clé magique de Morgania. Au cours de sa quête, elle rencontre un mystérieux chevalier mais, persuadée de l’avoir déjà vue dans une autre vie, elle hésite à accepter son aide…

La magicienne de Catherine Asaro
Une apprentie magicienne, Iris entre en contact mental avec le prince héritier du Val d’Aron, que tout le monde croyait mort. Quand celui-ci est retrouvé aveugle, sourd et muet, elle entreprend de briser la malédiction qui l’a privé de ses sens…

*****

E.V.O.L.V.E (Tome 1, Chapitre 6)

#Hashtag(s) : #En cours d'écriture

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Chapitre 6 : Découverte

Grand Désert

Le sol semblait bouillir. Des flaques noirâtres maculaient la terre, et des bulles éclataient lentement, perçant la surface, projetant une matière semblable à de la boue. Les projections fumaient au contact de l’air, et consumaient le sol en retombant, comme si il s’agissait d’une sorte d’acide gélatineuse.

La mâchoire de Liz se décrocha et resta ouverte quelques secondes, ses yeux reflétant la terreur qui émanait de ce phénomène inconnu.
Quelques mois plus tôt, elle survolait le village Déformé qui surplombait fièrement les dunes, comme pour montrer à la nature qu’ils étaient toujours là, vivants.
Il ne restait que des ruines, des poutres massives, gravées de motifs étranges semblables à des dessins d’enfants qui constituaient autrefois les palissades du village, dorénavant disparaissant peu à peu dans cette mélasse couleur nuit qui consumait tout autour d’elle. Les dunes elles-mêmes s’écroulaient, venant nourrir le flot fumant de matière progressant inexorablement à l’intérieur des terres.

Le phénomène semblait se propager sur toute la côte du continent, formant une immense tache noire sur le littoral jusqu’à perte de vue
Une fumée jaune caressa les narines de l’Exploratrice et de son amie avec une odeur âcre, rappelant celle du souffre, de la cendre froide et du métal rouillé.

Liz se précipita dans le laboratoire en entrainant Khoée qui lâcha un « Héééi ? » de surprise tout en laissant tomber sa tasse dans sa course forcée et malhabile. Liz ferma la porte avec force et rapidité.
« Met ça ! » ordonna Liz en pointant du doigt un des masques de protection.

Elle enfila le sien en moins de dix secondes après avoir reconnu l’aspect lourd et jaunâtre, senti l’odeur de cette fumée, chargée en gaz hautement toxiques. L’odeur du pathogène.

« Haiiii ! Peupopa. » Lança Khoée dans un souffle désespéré, ses bras tendus vers Liz, les sourcils froncés, semblant comprendre la gravité de la situation, mais incapable d’agir pour se protéger. Elle avait bien le masque en main, mais ses tremblements suivis par des spasmes colériques l’empêchaient de l’enfiler de façon correcte.
« Putain Khoée, déconne pas ! » Hurla Liz en l’entrainant de force vers la combinaison de protection intégrale. Khoée lui répondit par une moue déterminée et colérique en se servant de tout son poids pour que Liz ne la traine pas plus loin.

« Si tu ne mets pas ce truc… »

Khoée repoussa le doigt de Liz tendu vers la combinaison ; le ton changea et devint beaucoup plus froid, bien que dépourvu d’agressivité.
« Je sais que ça te fait chier, mais si tu ne mets pas ce truc t’es morte tu comprends ça !? C’est soit ça, soit je t’enferme dans le sas ! »

Liz désigna les vitres en plexiglas que composaient la seconde partie du laboratoire, avec en son centre la table d’opération.
Le regard de Khoée changea. La peur, la colère, l’incompréhension, et finalement la résignation apparurent à tour de rôle. Elle se détendit, et Liz lui enfila la combinaison complète, pour être certaine qu’elle ne puisse pas l’enlever.

Lorsque la porte du laboratoire fut ouverte à nouveau, le ciel n’était plus visible, et la lumière du soleil était voilée d’un épais brouillard jaunâtre englobant le ballon sonde et les deux femmes. Liz se félicita d’avoir opté pour la combinaison pour protéger sa partenaire, et vérifia l’étanchéité de son masque avant de sortir du sas de confinement.
Elle s’avança rapidement vers la radio.

« Liz au rapport. Toute la côte est rongée par ce que je suppose être le pathogène. Il se répand comme un incendie. Fumées toxiques abondantes, visibilité nulle. Sur zone de mission dans H-1. »
Elle se retourna vers Khoée, qui peinait à marcher dans son nouvel accoutrement.
« Je vais à la sonde, toi tu vas voir les photos d’accord !? »

Khoée ne répondit pas, fixa Liz quelques instants un air de défi dans les yeux, laissant planer un silence gênant dans l’air vicié. Elle se recroquevilla légèrement et laissa échapper quelques éclats de rire saccadés, une main cachant maladroitement son visage amusé. Elle finit par se renfrogner en constatant le regard dur de l’Exploratrice, puis se décida à se diriger lentement vers le laboratoire sans poser plus de problèmes, ce qui soulagea Liz.
« Elle n’est pas une Exploratrice, elle va mourir si elle reste avec moi », pensa durement Liz tout en montant les barreaux de l’antenne métallique qui menait à la sonde.
Lorsqu’elle arriva aux derniers barreaux, la voix stridente de Khoée qui hurlait telle une alarme parvint à ses oreilles.
« Chié. » Lâcha la jeune femme, perchée au sommet du ballon sonde. Elle ignora sa compère, malgré la boule d’angoisse qui lui tenaillait l’estomac. Il lui fallait les données du ballon.

Elle se hissa rapidement sur la passerelle, pivota pour attraper la rambarde de sécurité, et s’assurer avec la corde et le mousqueton de son baudrier. Au centre de la petite plateforme, un immense écran affichait quantités d’informations sur la composition de l’air, les sources de chaleur terrestres, le relief, les courants aériens, la pression atmosphérique et bien d’autres . Toutes les données du ballon sonde étaient là.

« Ok. Toutes les infos H-4, et tout en H+24, c’est là, j’envoie en développement. » Murmura Liz, les sourcils froncés, concentrée sur sa mission. Une légère secousse agita le ballon sonde, comme si quelque chose venait de frotter contre la plate-forme principale.
Elle redescendit l’échelle deux fois plus vite qu’elle l’avait montée.
L’appareil , un mastodonte de la taille d’un moteur de locomotive, était déjà en train de sortir des stocks de photos en pagaille lorsque l’Exploratrice surgit dans le labo, et constata quelque chose qui lui déplut au plus haut point.
Khoée n’était pas là.
Liz se saisit du panneau de commandement du ballon sonde. Les capteurs révélaient la présence d’éléments rocheux en forme pointues, un relief extrêmement inégal, et surtout extrêmement haut. Incompréhensible, cette zone était un désert. Un désert de sable rouge. Sans aucune montagne, juste des dunes orangées striées de rouge sang, à perte de vue.
L’Exploratrice sortit du labo, la panique commençait à gagner son regard cherchant désespérément Khoée. Sa tignasse brune hirsute apparut à l’avant de la plateforme, à une bonne trentaine de mètres de sa partenaire.
Lorsque Liz regarda l’horizon, elle constata le problème. Des colonnes de sables s’élevaient à plusieurs centaines de mètres de hauteur, et semblaient s’être solidifiées pour finir par former un mur qui couvrait l’horizon saturé de panaches de fumée jaune.

Plus le ballon sonde se rapprochait de la zone de mission, plus les piliers de pierre friable étaient hauts, et menaçaient l’aéronef qui faisait déjà s’effondrer le haut de quelques colonnes à mesure que les secousses devenaient de plus en plus violentes.
Liz rentra dans le laboratoire en furie, et ordonna au ballon sonde un énorme effort pour les faire monter plus haut que ces piliers, à huit cent mètres d’altitude au-dessus de leur position. La flamme devint gigantesque, et les soufflets de la machinerie s’activèrent furieusement, gonflant lentement l’énorme ballon du dirigeable.

« Allez, donne tout c’que t’as mon bébé ! » Lança Liz entre ses dents, la mâchoire serrée en constatant les dégâts. Les chocs ne posaient pas le plus gros du problème, car les masses de sable se détachaient facilement de leurs sommets. Cependant, le sable tombait à l’intérieur de la plateforme, et l’alourdissait, l’entrainant inexorablement vers un crash, à la manière d’un navire qui se remplit d’eau, le ballon sonde allait faire naufrage si il ne remontait pas en altitude très vite. Khoée était toujours là-bas, et ne semblait pas déterminée à bouger.
Liz s’élança hors du laboratoire une nouvelle fois et attrapa Khoée, tétanisée, regardant l’horizon fixement.
« On bouge ! Allez, c’est pas compliqué à comprendre ça, bouge ou on va crever toutes les deux ! Khoée ! » Hurla Liz à plein poumons.

L’intéressée se tourna lentement vers l’Explorarice, comme si elle était en train de flotter, les yeux révulsés, et s’effondra dans ses bras.
« Oh merde ! » Lâcha Liz, décontenancée, un air horrifié sur le visage. Khoée était agitée de spasmes extrêmement violents, si bien qu’elle faillit la laisser tomber au sol à plusieurs reprises. Elle parvint à la traîner péniblement jusqu’au laboratoire, duquel elle verrouilla l’entrée après une grosse secousse qui, cette fois, arracha une partie du bardage de la plate-forme.

Le choc projeta les deux femmes sur le mur situé à l’autre extrémité de la pièce, mais dans un réflexe, Liz parvint à protéger Khoée en lui servant de bouclier lors de l’impact. Un craquement retentit derrière elle, et une douleur brûlante lui déchira le dos, puis elle retomba sur Khoée, toujours inconsciente, continuant sa crise de spasmes.
Elle hurla. Son bras était paralysé par la douleur qui transperçait le bas de sa nuque. Des gouttes de sueur froide perlant sur son front, et, la vision brouillée, elle s’attacha à Khoée, puis s’attacha à une des rambardes de sécurité du labo avant de s’écrouler au sol et d’être trimbalée par les secousses et le mouvement désordonné de la plate-forme.
Une ultime secousse envoya sa tempe taper contre le coté de son casque, et elle perdit connaissance à son tour.

Lorsqu’elle se réveilla, la nuit était tombée, et du sang séché recouvrait une partie de son visage. Il commençait à coaguler autour d’une plaie assez importante pour nécessiter quelques points de suture sur son arcade. Elle voulut se relever, mais la douleur dans son dos était si atroce qu’elle ne parvint qu’à tourner légèrement la tête vers le tas de débris qu’était devenu le ballon sonde. Le conteneur qui renfermait le laboratoire était éventré, et par le trou béant, Liz pouvait observer les débris et la carcasse de sa machine.
Le laboratoire était en miettes, mais par miracle, l’appareil photo était encore en route, et sortait des clichés à allure régulière. La table d’observation et d’opération était brisée en trois endroits. Par un malheureux hasard, la pointe paratonnerre du ballon sonde était tombé sur elle, réduisant à néant l’accès aux données du ballon sonde. La plate-forme disloquée gisait un peu plus loin, toujours rattaché à l’énorme dirigeable. Ce dernier ressemblait à la voile d’un bateau maudit, déchirée de toutes part de façon anarchique.
Des parties essentielles étaient hors de son champ de vision, l’ordinateur de bord contenait toutes les données confidentielles du ballon sonde, ainsi que la balise GPS et le signal de détresse à envoyer au Lieutenant-Colonel.

Liz grimaca, il lui fallait de l’aide. Elle tira sur le bout de corde rattachée à Khoée, et si elle put constater sa présence grâce au poids inerte qu’elle peinait à trainer, elle ne pouvait pas la voir, et n’obtint aucune réponse de la part de son amie.
Elle tenta de l’appeler une douzaine de fois, sans plus de succès que de s’abimer la voix. La chaleur était écrasante, sa gorge desséchée par la déshydratation la faisait suffoquer à chaque nouvelle tentative de respiration, et la douleur était si violente provoquait vertiges et nausées.
Liz perdit conscience une nouvelle fois, puis elle revint à elle, secouée par un léger mouvement de balancier. Ses mains et ses jambes étaient liés entre eux. Des taches floues aux formes relativement humaines se déplaçaient avec elle.
Elle sombra de nouveau dans l’inconscience.

Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle ne savait pas où elle se trouvait, mais ce n’était certainement pas le paradis. Une odeur de terre poussiéreuse, de renfermé et de moisi lui saisirent les narines. Elle vomit de la bile en quantité, et fut surprise de constater la bassine posée à côté de son lit. Si elle était prisonnière, alors elle était plutôt bien traitée, ce qui était bon signe, même si la prudence était de mise. Elle ne connaissait toujours pas l’identité de ces gens qui l’avait sortie du ballon sonde. Et où était passée Khoée ?
Un mouvement trop brusque lui rappela instantanément ses blessures, et la douleur dans son dos l’empêchait de bouger normalement. Des cataplasmes d’argile parsemaient son corps, et au fur et à mesure que ses yeux s’habituaient à la pénombre de la pièce, elle constata avec stupeur que son pied droit n’était plus qu’un moignon recouvert par de nombreux bandages tachés de sang.
Elle vomit à nouveau, avec la sensation de sentir le monde s’écrouler autour d’elle. Soudain, la corde rattachée à son baudrier s’agita doucement.
« Khoée ? T’es là ? » Hasarda Liz, la voix cassée par le manque d’eau et l’acidité de la bile.

– Wiiii. C’eeest biiiiien ma douce. Voilaaaa, on va aller au dodo, lui chuchota lentement une voix presque enfantine bien qu’étrangement caverneuse.
– Qui est là !? Où est Khoée ? Paniqua Liz.
– Nooooooon, arrêête bougeeeer ! Maaaal. Sage ‘vec Laxence hmmmm ?
Une porte s’ouvrit brusquement.
« Haaaaa ! Kékananééé ! » Lança une voix féminine éraillée d’un air enjoué.
Liz entendit des pas se rapprocher, puis une main, petite et potelée lui tâta les bras, la nuque et le front. Puis elle apparut dans son champ de vision.
De longs cheveux noirs encadraient son visage rond au petit nez aplati et au sourire éclatant qui laissait échapper quelques dents pointues au placement irrégulier. Derrière sa paire de vielles lunettes, son regard était si expressif que lorsque Liz le croisa, elle fut immédiatement rassurée. La Déformée qui se tenait en face d’elle semblait d’une gentillesse presque irréelle.
Elle attrapa la corde du baudrier de Liz, et entrepris de défaire le noeud . Lorsqu’elle eu terminée, Liz réussit enfin a regarder autour d’elle sans que la douleur ne la paralyse.

Celui qui était rattaché auparavant à son baudrier était massif, au moins deux mètres de haut pour plus d’une centaine de kilos. Son visage semblait gonflé tant il était imposant et rond. Ses yeux étaient presque fermés, et il ne semblait pas porter grand intérêt à ses compagnons, regardant un coup le plafond, un coup le sol, puis un mur.
La femme aux cheveux noirs qui avait détaché la corde, quant à elle, était petite et rondouillette, ses cheveux descendant jusqu’à ses genoux, une cicatrice de brulure lui recouvrait la moitié droite du cou, et Liz était prête à parier que ses vêtements en haillons en cachait la plus grosse partie.
Derrière ses deux interlocuteurs, un vieil homme se tenait debout, et observait Liz d’un air tantôt sévère, tantôt curieux, sans dire un mot, se frottant nerveusement les mains, et agitant ses sourcils broussailleux dans une pagaille d’émotions indéchiffrables, sa tête dodelinant quelquefois de droite à gauche.
La femme aux cheveux noirs s’approcha de Liz d’un air sérieux, malgré sa démarche maladroite. Elle planta ses yeux dans ceux de l’Exploratrice et, tout en se frottant frénétiquement le bras droit, elle demanda, sure d’elle.
« Hadine ? »
– Hein ? Répondit Liz, désorientée et abasourdie par l’étrangeté de la situation.
– Ha-Hhh-Hadine !? Répéta la femme en se concentrant d’avantage sur son élocution.

E.V.O.L.V.E (Tome 1, Chapitre 5)

#Hashtag(s) : #En cours d'écriture

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Chapitre 5 : Exploration

Forêt Aquatique.

La radio s’alluma automatiquement et émit un son strident par trois fois, ce qui réveilla Liz instantanément. Elle s’assit sur le plancher du ballon-sonde, les yeux plissés, lorsque la radio crépita.
« Unité C, Exploratrice Liz, à vous. »
Elle attrapa la radio d’un mouvement de bras rapide et précis, comme une réaction automatique.
– Au rapport mon Lieutenant. Que me vaut l’honneur de cet appel à une heure si matinale ? A vous, répondit la jeune femme d’un ton enjoué malgré ce réveil brutal.
– On a un problème dans le Grand Désert, Marcus est injoignable, mais sa balise est toujours active, et ne bouge pas. Sa dernière transmission rapportait des faits de combats chez les villages Déformés, ainsi qu’une vague de déplacements, divisées en deux groupes, l’un dans la direction de la Citadelle, l’autre du côté de la Centrale. J’ai averti mes contacts dans les institutions politiques des deux cités, elles sont en train de se préparer à une menace éventuelle. Votre mission sera de retrouver Marcus, et de le ramener au Rempart avec le plus d’informations possibles. Votre vision aérienne et votre connaissance du terrain vous confèrent un avantage non négligeable. Vous partez immédiatement. Des questions ? A vous.
– Les Déformés quittent leurs villages à cause des combats ? Demanda la jeune femme, étonnée, et pourquoi se dirigent-ils précisément vers les cités ? Ils nous ont toujours évités. A vous.
– Aucune explication claire, Marcus n’avait aucune idée de la menace, il m’a transmis le fait que les Villages avaient des traces de combats, mais qu’il ne pensait pas que ceux du Grand Désert étaient en mesure de faire autant de dégâts aux villages. Des idées à soumettre ? A vous.

Liz ne répondit pas. Un Prédateur ne serait jamais assez puissant pour faire plus de dégâts que ceux du Grand Désert. Un conflit interne ? Non. Il n’aurait concerné qu’un seul village, et les Déformés hors des Villages ne seraient pas concernés, alors pourquoi ce déplacement ? La voix du Lieutenant-Colonel la tira de sa réflexion.
– Marcus pensait également à une fuite, mais n’avait pas de visuel sur une quelconque menace. A vous.
– C’est l’explication que je trouve la plus rationnelle, mais elle ne nous apprend pas grand-chose. Et fuir vers un nouvel ennemi, c’est un suicide, pas une fuite, pourquoi ne sont-ils pas partis au sud ? A vous.
– Ils ne savent peut être pas que nous sommes ici, nous n’avons eu aucun contact avec eux depuis les Pluies Pourpres il y a plus de vingt-cinq ans. Cette information sur une fuite potentielle nous apprend que les villages sont probablement vides, et qu’ils contiennent très probablement des réponses. Cependant ! Interdiction formelle de poser le pied à terre. Si vous avez un visuel sur un élément suspect, ou étrange, vous transmettez l’information et vous dégagez, reçu ? A vous.
– Bien reçu mon Lieutenant, il me faut sa dernière position. A vous.
– Peupa…popeuaa !
– C’était quoi ce bruit ?! A vous ?
– Un oiseau mon Lieutenant, rien de grave, pas d’inquiétude. A vous.
– Ok, soupira Ed, je vous envoie le point de dernière émission, vous y serez dans moins de quarante-huit heures. Terminé
– Reçu mon Lieutenant, terminé, confirma Liz à la hâte.
La radio s’éteignit avec un nouveau crépitement.
Liz enleva sa main de la bouche de son amie qu’elle tenait à distance du micro de la radio, laissant apparaitre un large sourire. Sa silhouette bougeait d’une façon si désordonnée qu’on aurait pu la confondre avec celle d’une marionnette dirigée par un ivrogne avec le hoquet.
« Popaaap ?!! »
Elle s’avança vers Liz, sur la pointe des pieds, avec une démarche maladroite, les pieds rentrés vers l’intérieur, les bras repliés à la manière d’un t-Rex.
« Khoée…tu vas finir par me faire virer avec tes conneries ! » Explosa Liz, le doigt levé en guise d’avertissement.
L’intéressée rigola en se cachant le visage derrière ses mains, puis saisit l’avant-bras de Liz d’un geste approximatif mais déterminé pour le placer à l’arrière de sa tête. Elle agita son bras de manière à faire bouger la main de l’Exploratrice dans sa tignasse de cheveux bruns, puis leva finalement la tête d’un mouvement brusque, et planta ses yeux rieurs d’un noir profond dans ceux de Liz, un immense sourire sur le visage.
Liz caressa doucement ses cheveux bruns, et Khoée sembla se calmer, malgré ses mouvements toujours raides et saccadés. Un doux sourire apparut sur le visage de Liz et se refléta dans les yeux brillants de la jeune femme.
« Tu finiras toujours par m’avoir hein ? » Murmura Liz d’un air exaspéré en essayant de se défaire de son étreinte. Khoée gloussa de nouveau, et colla sa tête contre la poitrine de son amie, les yeux rieurs.
« Bon, on doit partir, on retourne dans le Grand Désert…il y a quelqu’un qu’on doit aider la bas, tu comprends ? Comme toi, il est tout seul et il a besoin d’aide. »
Khoée ne bougeait plus, et la regardait à présent avec un air ébahi, les sourcils froncés, ses grands yeux remplis de questionnements qu’elle n’arriverait jamais à formuler.

********

Liz l’avait vue pour la première fois alors qu’elle analysait des zones mortes du Grand Désert. Un soir, en analysant une suite de photographies prises depuis les airs, elle avait distingué une forme humaine, en chien de fusil, seule, au milieu du sable, à quelques kilomètres de sa position.
Lorsqu’elle était retournée sur le site, pensant récupérer des échantillons ADN de Déformé, elle la trouva, inconsciente, à moitié recouverte par le sable, dans un état de déshydratation morbide, avec un pouls très faible. A première vue, elle avait l’air normale. Elle devait avoir le même âge que l’Exploratrice, et aucune malformation n’était présente sur son corps ou son visage, brulé par le soleil. Son collier, une plaque semblable a celle des animaux domestiques, semblait indiquer son nom : « Khoée ».
Liz l’amena à bord du ballon sonde et préleva un échantillon d’ADN. Elle constata avec surprise que rien n’indiquait une mutation due au pathogène dans son génome. Elle contacta aussitôt le Lieutenant-Colonel.

Les ordres étaient simples. Interroger cette fille sur sa présence dans une zone aussi isolée, inhabitée et dangereuse du monde. Sa survie était importante, pourquoi rien n’apparaissait aux analyses si elle vivait chez les Déformés, et si elle ne vivait pas ici, alors d’ou venait-elle ? Liz attendit que sa patiente se réveille.
Deux jours plus tard, elle lui posa la question : « Qui est tu ? »
Ce à quoi Khoée répondit avec son traditionnel « Peupaaa », quelque peu ramolli par son réveil. Elle ne mit que quelques secondes pour agiter frénétiquement ses bras et ses jambes, la bouche déformée par la peur et commencer à hurler.
Liz eu beau se protéger les oreilles, la voix stridente de la jeune femme lui écorchait les tympans, si bien qu’elle vacillait, comme si son oreille interne était touchée. Cette impression fut confirmée lorsque qu’elle sentit un épais liquide chaud couler le long de son cou. En quelques secondes, elle fut complètement désorientée, et la panique s’emparra d’elle.
Dans un mouvement désespéré, elle libéra difficilement de ses liens la fille qui la fixait, ses yeux sombres remplis de colère et de larmes, toujours en train de crier, dans l’espoir qu’elle sa calme.
Malheureusement, lorsque le dernier lien fut détaché, elle se mit en position pour riposter par reflexe.
Une bonne chose vu la vitesse à laquelle un coup de poing imprévisible vint heurter son avant-bras, manquant de quelques centimètres sa tempe.
Elle déclencha un coup de pied pour qu’il aille taper les cotes de la fille, mais cette dernière bougeait d’une façon si imprévisible qu’elle la manqua alors qu’elle se ruait sur Liz.
Deux mains à l’allure de serres, les doigts raidis, lui griffèrent le visage, manquant de l’éborgner.

Elle tomba à la renverse, poussée par son adversaire qui s’effondra sur elle. Sa tête tapa lourdement le sol, et le front de Khoée rencontra brutalement son arcade sourcilière. Elle s’évanouit.
Lorsque Liz se réveilla, du sang séché sur le visage et du sang frais sur ses lèvres, Khoée était en train de la secouer. La haine et la colère qui transparaissaient auparavant sur son visage s’étaient transformées en inquiétude. Le nez de Liz était cassé, et la douleur lui tapait jusque dans les tempes. L’Exploratrice sonnée se remit debout, et Khoée se recroquevilla, honteuse, sous ses mains, accroupie dans un coin du ballon-sonde, lâchant de petits cris aigus par intermittence. Liz se dirigea vers elle d’un pas déterminé, la mâchoire serrée, mais réfréna son envie de la jeter par-dessus bord.
Elle devait rester vivante, c’était les ordres. Mais, manifestement, elle était Déformée, quoi d’autre pouvait expliquer ce comportement ? Le fait que rien ne soit visible sur les analyses était anormal. Peut-être qu’elle devait refaire des analyses, mais comment, maintenant qu’elle était détachée ? Et si c’était quelque chose de nouveau, une déformation due à un pathogène inconnu ? Et, par-dessus tout, pourquoi ne l’avait-elle pas tuée pendant qu’elle était inconsciente ?
Elle secoua la tête, abasourdie par autant de questions qui la paralysait. Elle se dirigea vers sa radio en surveillant Khoée du coin de l’œil, et transmit les derniers évènements à son supérieur.
Le haut-parleur grésilla furieusement : « Vous êtes blessée !? A vous ! »
– Rien de grave mon Lieutenant, elle avait l’air plus terrorisée que réellement agressive, je pense que cette attaque était une réaction due à son instinct. Mes blessures sont superficielles, elle m’aurait tuée si elle avait voulu. A vous.
– Son instinct ? Elle n’est pas comme nous ? Vous m’aviez transmis des analyses qui ne montraient rien d’anormal. Et comment ça elle aurait pu vous tuer ? Il me faut des informations plus claires, concentrez-vous. Qu’a-t-elle dit ? A vous, répondit Ed d’une voix dure.
– J’ai peut être fait une erreur dans mes analyses, j’ai dû manquer quelque chose. Elle n’a prononcé que des cris, elle ne semble pas connaitre de mots, ou alors je ne connais pas ce langage. Sa position ainsi que ses mouvements sont étranges, elle semble secouée de spasmes. Je pense à un choc post traumatique. J’ai également envisagé la possibilité qu’un second agent pathogène se développe. A vous.
– C’est une possibilité en effet, souffla le Lieutenant-Colonel, qu’avez-vous envisagé par rapport au sujet ? A vous.
– J’ai envisagé de vous transmettre les informations et d’attendre vos ordres, actuellement elle n’est pas agressive, elle est dans un coin de la pièce comme un chien battu. A vous.
Ed soupira, et marqua un long temps de silence.
« Vous refaites des analyses, vous me les renvoyez, si elle est Déformée, vous la tuez. Si vous détectez un autre pathogène, vous la tuez, et vous poursuivez vos études sur votre sujet une fois neutralisé. Des questions ? A vous. »
– Lieutenant, si cette personne est en état de choc post traumatique, la supprimer nous priverait d’informations, s’indigna Liz. A vous.
– Actuellement, c’est le post choc traumatique supposé -il appuya fortement ce mot- qui nous prive d’informations, dont on ignore par ailleurs l’importance. Si elle n’est pas agressive, vous pouvez essayer de la faire reparler, mais j’ai peu d’espoir concernant cette solution. Je ne peux qu’aiguiller votre choix, au vu des circonstances. Une initiative personnelle à me soumettre ? A vous.
Liz marqua en temps de pause, puis reprit.
– Je demande une semaine pour faire la réunion, en parler à l’équipe, refaire mes analyses et attendre un possible rétablissement du sujet. A vous.
– Semaine accordée. Terminé, répondit Ed d’un ton sec.
– Reçu, terminé, conclut timidement Liz.
La semaine passa bien trop vite pour que Liz arrive à comprendre quoi que ce soit aux analyses de sa patiente. En effet, elle avait comparé à nouveau le génome de Khoée avec un génome Déformé, et elle ne présentait aucune mutation due au pathogène. Même après des tests avec une cinquantaine d’échantillons Déformés, ses analyses étaient bonnes. Liz savait qu’elle avait affaire à quelque chose d’inconnu.
Elle compara alors son propre génome avec celui de sa patiente. A première vue, rien ne semblait poser de problème. Elle était Normée. Elle passa des nuits entières à essayer de comprendre quelle était la différence entre son génome et celui de son sujet, qui ne présentait pas de signes de rétablissement au niveau cognitif. Elle était toujours apeurée, mais tentait de communiquer avec Liz, en émettant des petits cris dont l’Exploratrice ne comprenait pas le sens, s’il y en avait un. Liz ne l’avait pas enfermée, ou entravée à nouveau. L’expérience de ses cris horribles l’avait convaincue de laisser Khoée déambuler sur le ballon-sonde, de toute manière, elle ne pouvait pas s’échapper, leur véhicule étant situé à plusieurs centaines de mètres du sol. Elle avait récupéré quelque uns de ses cheveux coupés très courts, ce qui lui avait permis de refaire des analyses ADN sans avoir à reprendre du sang à son sujet. Elle avait été rasée, ce qui indiquait un lien certain avec quelqu’un d’humain, qui l’avait probablement abandonnée.
Ce fut la veille de la réunion que Liz trouva la réponse à ses questions. Le chromosome 15 était porteur d’une anomalie. Deux gènes étaient absents, ce qui avait eu pour conséquence de faire muter d’autres gènes de cette partie du chromosome. La seule explication de cette délétion des gènes était une maladie génétique.
Elle n’était pas Déformée, seulement atteinte d’une pathologie rare, surement inconnue. Ce qui n’avait aucune utilité pour le Lieutenant-Colonel, ou le reste de son équipe. Il n’y avait pas de risques de contamination, une pathologie génétique n’est pas contagieuse. Mais les ordres étaient clairs, l’Equipe en avait décidé ainsi. Liz devait l’abandonner à une mort certaine. Les Explorateurs se devaient d’être des soldats raisonnables, quels que soit les sacrifices à faire pour accomplir leur mission, mais Liz rechignait. Quelque chose n’allait pas.
Elle avait déjà tué, enlever la vie faisait partie de leur entrainement. Cependant, elle sentait que le regard profond de cette fille cachait bien plus de choses qu’elle devait comprendre et étudier. Etudier cette pathologie n’allait pas constituer un fardeau, mais plutôt une nouvelle mission. Après tout, elle était complètement capable de travailler sur l’élaboration d’un traitement à cette pathologie.
Sa mission d’Exploratrice constituait une énorme part d’observation et de prises de photos, pour ensuite en faire des cartes sur lesquelles étaient visibles des zones de vie, de mort, de danger et de ressources exploitables. Rien ne l’empêchait de travailler sur le génome de Khoée en plus.
Et s’il était possible qu’elle parle ? Et si elle détenait des informations capitales, et que cette maladie était une manière de crypter un être humain, pour qu’il ne puisse pas parler ? Des faits similaires lui avaient été rapportés à la Suspendue, quelques mois plus tôt, et il était certain que quelqu’un avait été en contact récemment avec Khoée.
Il y avait son collier, et le fait qu’elle avait été rasée, qui constituaient des éléments flagrants de contacts. Restait à trouver qui l’avait abandonnée, et pour cela, il fallait qu’elle parle.
Elle saisit de nouveau la radio, presque tremblante.
« Exploratrice Liz, unité C, au rapport mon Lieutenant. Je vous envoie les analyses complémentaires de mon sujet. Elles mettent en évidence une pathologie génétique rare, ou inconnue. J’ai éliminé le sujet par conviction qu’il n’était pas utile. Terminé. »
Elle reposa le micro rapidement, le visage blême. Elle se retourna lentement vers Khoée, les yeux dans le vide. Elle venait de désobéir pour la première fois à un ordre du Lieutenant.

*******

L’aube se levait à présent, projetant ses couleurs verdâtres striées de rouges orangés acides entre les roseaux immenses de la Forêt Aquatique.
Les panneaux solaires du ballon-sonde brillèrent de mille feux lorsque qu’il changea de cap pour faire route vers le Grand Désert.

Il était magnifique. Dire que les premiers ballons sondes n’étaient que des petites alvéoles blanches capables de monter à seulement quelques centaines de mètres de hauteur, pensa Liz.
C’était à peine croyable à la vue de l’hexagone volant de plus de cinquante mètres de diamètre, soutenu par un ballon immense, lui-même relié à un petit ballon, qui servait de sonde.
Deux compartiments distincts à l’allure de bungalows étaient les seuls endroits habitables du ballon-sonde. Un pour vivre, avec une cuisine, un lit, un bureau, des toilettes, une salle de bain, le tout regroupé dans une douzaine de mètres carrés. Le second compartiment était bien plus imposant. C’était le labo, là où elle recevait les photos émises par l’appareil surpuissant, de sa propre création, placé sous la plateforme. Des piles de notes étaient entassées sur le bureau, et le tableau blanc était recouvert d’algorithmes.
Fioles, microscopes, scalpel, kits de survie, journal de bord, table d’opération : tout dans ce qui composait sa vie d’Exploratrice était dans ce compartiment du ballon-sonde. Une sorte de jardin secret pour scientifique, éclairé par un néon bleuté.
La plateforme était bardée de plusieurs rangées de panneaux solaires et lunaires, servant à l’alimentation de la flamme. La chaleur reçue par les panneaux solaires était transmise au système d’allumage, qui chauffait un enduit inflammable, et dont l’intensité était contrôlée par un système de soufflets, ce qui permettait au ballon de flotter à une hauteur d’une dizaine de kilomètres. Une immense turbine, dirigée par un gouvernail, située sous la plateforme lui permettait également de se déplacer assez précisément pour éviter les incroyables végétaux de la Forêt Aquatique.
Tout ici était immensément grand. Les plus hauts bâtiments de l’Ancienne faisaient pale figure devant ces végétaux si imposants que certains couvraient le ciel sur des dizaines de kilomètres carrés. Les arbres aux branches dures comme la roche, ornés de leurs feuillages aux allures préhistorique, regorgeants d’espèces animales encore inconnues et de fruits mutants laissèrent bientôt place à l’immense étendue émeraude qui faisait face à Liz et Khoée.
L’océan Atlantique avait maintenant un autre nom, qu’il portait à merveille : L’Antique. Une ruine d’océan. Une étendue d’eau poussiéreuse et si opaque que la lumière du soleil ne passait pas au travers. Sa couleur verdatre lui donnait un aspect si fantomatique que de nombreuses histoires glaçantes sur des navires aux allures de carcasses flottantes, habitées par des silhouettes aux airs de morts-vivants étaient souvent racontées par les adolescents de La Suspendue pour se faire peur.
Liz avait eu la chance d’apercevoir de très rares formes de vie sur L’Antique, grâce à son appareil. Bien que la surface de l’eau soit trouble, et que les informations sur les créatures marines étaient extrêmement limitées, des créatures semblables à des lions de mer, très élancés, à la manière des lévriers, avec un pelage noir, semblaient avoir établi une colonie près de la Vielle Ile, et se reposaient sur les rochers.
La nuit était belle, sans nuages. Elle semblait être une des seules choses immuables de cet univers. Un drap noir enveloppait tout, et, au fur et à mesure que les derniers rayons du soleil disparaissaient derrière l’horizon, le ballon-sonde atteignait peu à peu le rivage du Grand Désert. L’eau verte s’était transformée en un marais teinté d’orange. A certains endroits, des épaves de porte-avions rouillés recouverts de vase perçaient la surface de l’eau pour finir par être recouverts de mousse brune et de champignons. Liz avait également repéré des espèces de crustacés exceptionnellement grandes sur certaines de ces rives, malheureusement, sa mission n’était pas de ramasser des crevettes géantes pour les étudier.
Elle avala la capsule de nourriture hebdomadaire avec son café, et se posa à son poste d’observation matinal, songeuse. Khoée ouvrit un œil, et manqua de tomber du hamac que lui avait fabriqué Liz.
« Héhai…popeupeupa. » Lacha Khoée à voix basse, visiblement mal réveillée.
– Tiens, prend ton café, répondit Liz en la servant.
Khoée se frotta les yeux, puis saisit le café des deux mains, pour que ses mouvements incontrôlés ne le renverse pas, et vida sa tasse d’une traite, en essayant de refreiner ses tremblements. Elle reposa la tasse d’un mouvement sec, et tourna son attention vers l’Exploratrice plongée dans ses pensées.
La radio crépita.
« Message à tous les Explorateurs ! Les Déformés n’attaquent pas la Citadelle, mais des campements ont été érigés dans la zone explorée, et ont été repérés ce matin par des habitants du Fourbi. La Centrale à subit une attaque, et essuyé de lourdes pertes malgré avoir réussi à faire battre en retraite les Déformés, il apparait que nous n’étions pas préparés convenablement face à la menace réelle. Ils n’ont pas véritablement de formation militaire, mais sont plus nombreux, et très agressifs. N’allez pas vers la Citadelle, ou la Centrale. Je répète. Interdiction formelle de s’approcher de ces deux Cités Etats. »
Ed marqua un temps de pause.
« Exploratrice Liz. Vous devez retrouver Marcus coute que coute, les informations qu’il détient sont capitales. Personne ne comprend ce qu’il se passe, les dirigeants de la Centrale sont aux abois, et la cité n’est pas prête pour un siège, ça pourrait mal tourner. La Citadelle refuse d’envoyer ses troupes et préfère protéger le Fourbi face à la menace éventuelle. Dans combien de temps serez-vous sur zone ? A vous. »
– Sur zone dans quatre heures mon Lieutenant. A vous.
– Des que vous localisez Marcus ou quelque chose de suffisamment suspect pour mériter une intervention, vous transmettez l’information. Vous aurez de nouveaux ordres suivant l’évolution de la situation. Terminé.
– Bien reçu mon Lieutenant. Terminé.
La voix tendue de son supérieur n’annonçait rien de bon.
Lorsque le Grand Désert apparut, le paysage chaotique confirma les inquiétudes de Liz.

E.V.O.L.V.E (Tome 1, Chapitre 4)

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Chapitre 4 : Direction

La Souterraine

Son chapeau gris pale, brodé d’un fil doré « Stetson » était impeccable, et semblait venir d’une autre époque tant il contrastait avec le décor. Sa veste en cuir, où brillaient quelques médailles, ses bottes militaires et son treillis blanc taché de bleus verdâtres, ainsi que sa démarche rapide et assurée venait confirmer le fait qu’il n’avait rien à faire dans cet endroit.
Par terre étaient disposées des planches, pour la plupart pourries, de façon à ce que la boue n’empêche pas la circulation des rares habitants des environs. Des murs suintaient une matière visqueuse, semblable à de la bave, qui semblait provenir des pierres formant des amas cristallins qui défilaient dans le bord de son champ de vision.
Les couloirs étaient étroits, et pouvaient atteindre moins d’un mètre de large par endroits. Les galeries étaient nombreuses, creusées dans une roche granitique, et soutenues par d’immenses poutres métalliques prises dans la pierre, comme les racines d’un arbre.
L’air était chaud et humide. Evidemment, respirer sans un masque à oxygène était impossible, l’air était vicié, et très mal aéré. Une odeur rance et acide avait imprégné l’endroit.

L’écorce terrestre était devenue un refuge, puis un nid, et finalement, une fourmilière. Tout était réparti par niveaux, et chacune des quarante-six millions d’âmes qui peuplaient La Souterraine connaissaient leurs tâches quotidiennes selon leur emplacement de naissance.

Les ruines de l’Ancienne, New Delhi, étaient parsemées de campements aux airs paramilitaires qui couvraient les entrées de la cité. C’était le Premier.
Des miliciens améliorés étaient présents en masses, et la majorité portait le blason des Commandos, un ex-gang trans-humaniste aux activités plus ou moins douteuses qui cherchait à améliorer leur capacités physiques et sensorielles, avec comme unique objectif la survie et la protection des Nomades.
Les Nomades, eux, étaient dédiés à la recherche de ressources, ainsi qu’au repérage et à la gestion des mines d’Améthyste.
Tout ce qui était ramené du Premier devait passer par un contrôle de sécurité et une mise en quarantaine au Second, ou les Savants devaient identifier et archiver les objets ayant besoin de leur expertise. C’était aussi le pôle politique et juridique de la cité, les Dirigeants résidaient à l’Assemblée du Savoir, d’où émanaient toutes leurs décisions, tandis que les Gardiens jugeaient les criminels au temple des Justes.
Ensuite, le Troisième, le plus grand des étages, était consacré à l’exploitation des minéraux nécessaires à la fabrication d’énergie Oméga, qui étaient envoyées au laboratoire du Second pour être transformées, et stockées de nouveau au Troisième. Cet étage était un dédale de galeries immenses, et connaitre toutes les portes, trapes et ascenceurs relevait du miracle.

Le Quatrième était une prairie souterraine, un vrai bijou d’agronomie qui permettait aux habitants d’avoir des récoltes suffisantes pour non seulement nourrir la population mais également pour faire des réserves, ce qui permettait une capacité de survie non négligeable, et des échanges économiques. C’était cette prairie qui avait fait grimpé la population de la Souterraine en flèche, et avait permis son développement extrêmement rapide.
Le Cinquième, prévu pour le logement et le commerce de proximité des ouvriers, fut supplanté très rapidement par le Sixième, conçu pour les mêmes raisons. Puis les niveaux inférieurs furent créés.
Le Septième et le Huitième n’étaient pas une initiative des Dirigeants.
Les habitants les plus pauvres s’étaient mis en tête de creuser de nouvelles galeries eux même, afin de construire leurs habitations. Malheureusement, l’écroulement d’une artère principale du Sixième arriva bientôt, due à l’erreur d’un sans-abri un peu trop ambitieux. Les Dirigeants décidèrent alors d’appeler la population à contribution pour construire le Septième.
Les Commandos investirent beaucoup dans le projet, et si on salua leur geste généreux, ce ne fut que de courte durée. Au bout de deux mois après la fin de travaux bâclés, la première vague de disparitions de sans-abris sévissait déjà, mais cela ne se remarquait pas, car ils étaient vite supplantés par de nouveaux arrivants.
Six années après, les autorités trouvèrent le laboratoire des Commandos dans un endroit secret du Troisième, ainsi que des corps déformés, sur lesquels des expériences inhumaines avaient été menées. Certains n’étaient même plus identifiables, tant ils ressemblaient à des monstres.
Entre temps, pour échapper au gang, certains avaient creusé des galeries extrêmement rudimentaires et bien cachées, ou ils vivaient désormais en reclus. Ce fut la naissance du Huitième. On les voyait rarement monter jusqu’au Sixième, seulement pour acheter des stocks de nourriture avant de retourner se cacher. La grande majorité d’entre eux étaient reconnaissables aux mutilations, aux prothèses monstrueuses ou aux malformations qui marquaient leur corps déjà meurtri par leurs conditions de vie miséreuses.
Pourtant, l’homme au chapeau impeccable avançait, dans les galeries mal éclairées du Huitième, droit, sûr de lui, ses deux Makarovs sur ses côtés, harnachés à son buste. Son regard était vif, perçant, mais reflétait le calme. Sa barbe et sa longue moustache rousse lui bouffaient le visage. Il ne s’était pas rasé depuis quelques années maintenant. En même temps, avoir l’air propre au Huitième était non seulement inutile, mais risquait également de compromettre sa couverture. Ici, il n’était qu’un fou qui avait pour seul trèsor son couvre chef.
Une des galeries qu’il emprunta semblait être écroulée, et il s’arrêta devant l’amas de débris en tous genres qui trainaient sur le sol boueux, remua quelques décombres de vielles poutres en bois, quelques morceaux de toile, jeta un coup d’œil discret derrière lui, et souleva la trappe toujours couverte par un épais filet de camouflage. Cette dernière se referma automatiquement après son passage dans un cliquetis mélodieux qui indiquait la présence d’un verrou solide et inviolable.
Le passage était encore plus étroit que les galeries. C’était une cheminée d’au moins cinq mètres qu’il devait descendre à l’aide de la petite échelle taillée dans la roche. Il finit par déboucher sur une salle en forme de cloche, remplie de matériel informatique, éclairée par un lustre d’où émanait une lumière violette caractéristique de l’énergie Oméga.
Des câbles trainaient par terre et au plafond, quant aux murs, ils étaient recouverts d’un planisphère étrange, encore vierge par endroits, recouvert de fils de différentes couleurs, de punaises, de notes et autres gommettes.
Un petit escalier menait à une estrade, ou étaient disposés une chaise, un bureau, une étagère, un frigo, un réchaud, un lit et une table basse.
Le lieutenant-colonel Lyame était chez lui.
Il déposa ses courses fraichement achetées aux Producteurs du Quatrième, et posa ses deux armes sur le dossier de la chaise, avec précaution. Il s’assit, et fouilla dans le sac pour en sortir son contenu. Des conserves de légumes en tout genre, un jambon, des confitures, du pain, des pâtes, du lait, de la farine, des œufs, des capsules d’eau, une boite de cigarettes et de la bière. Il s’affaira à ranger sa nourriture et ses boissons dans le frigidaire, puis se dirigea, une aqua-capsule en bouche, vers les écrans, et la radio qui constituaient son centre de commandement.
Ceux qui étaient de simples Nomades n’avaient que quelques jours, tout au plus, pour effectuer leur mission avant de rentrer à La Souterraine. Leur objectif principal était de récupérer des ressources à l’extérieur de la cité, et de les ramener, avec, si possible, des informations sur les éventuelles mines exploitables de la région.
Cependant, son unité était composée de l’élite des Nomades. Des Explorateurs. Leur objectif était différent selon leur unité et leur position, et tous avaient leur domaine de compétence bien spécifique.
Recensement des espèces, disparues, en voie d’extinction, ou mutante ; analyse topographique au sol, et géographique depuis les airs, avec en option : observation du climat, et de la composition de l’atmosphère ; observation des zones d’activités hors clôtures, et renseignements sur les tribus Déformées ; prises d’échantillons spécifiques au sol, puis analyse de minéraux, végétaux et animaux mutants ; étude des différents écosystèmes, de leurs mutations et enfin ; élaboration d’un antidote stabilisant l’évolution du pathogène.
Voilà autant de missions que seuls trente Explorateurs devaient mener à bien.
Six unités de cinq Explorateurs, tous travaillant à un endroit spécifique du globe, mais en contact radio permanent avec le reste de leur unité.
Quant à lui, Edwin Johnson Lyame, il devait diriger ses troupes du mieux possible, depuis les tréfonds de la Souterraine, pour arriver à obtenir un maximum d’informations vitales à la survie de l’Humanité.
L’époque où il n’était qu’un jeune officier du Renseignement Mondial lui semblait lointaine à présent, mais il se rappelait avec une précision étonnante du jour de l’annonce de son départ pour la Souterraine. Il s’était senti fier, honoré de la confiance que le Sénat Global lui témoignait.
Il devait partir de rien, et tout construire pour une mission décisive. Le projet « E.V.O.L.V.E. » ayant dû être arrêté, du fait de la perte du Flotteur en 2081, ainsi que de la majeure partie de l’équipe, un nouveau projet devait remplacer l’ancien, malgré les efforts incroyables du professeur Falchet, ce dernier n’était plus en mesure de répondre aux attentes d’une telle mission.
Ed devait recruter des membres pour son équipe. Des personnes de confiance, capables, physiquement, mentalement et intellectuellement de remplir des missions spécifiques. La Souterraine n’était pas un endroit bénin pour établir un quartier général.
Pour commencer, sa planque était parfaite, ensuite, les meilleurs savants étaient à La Souterraine, et la capacité paramilitaire de la cité n’était pas négligeable. Il avait l’abri, et la main d’œuvre à proximité. De nombreux candidats se présentèrent, et le recrutement se termina rapidement, sans attirer l’attention, dans le plus grand secret.
Il avait toujours vu ça comme une chance, même après vingt années de service au Huitième, avec des reclus drogués, modifiés et agressifs pour seuls voisins, il le savait : si l’Humanité avait un espoir, c’était lui, et ses unités.
Tout n’avais pas été simple, loin de la même. La perte tragique de certains Explorateurs l’avait contraint à affiner son recrutement, pour essuyer le moins de sang possible sur sa conscience déjà bien entachée.
C’est lors du troisième recrutement qu’il avait rencontré Liz. Une des meilleures Exploratrice que cette planète abritait, sans aucun doute. Elle n’avait pas dix-huit ans quand elle s’était présentée à l’entretien. Pourtant, elle avait battu les records de deux des huit épreuves physiques, cinq records sur huit épreuves mentales, et elle avait le troisième meilleur quotient intellectuel de toutes ses recrues. Aussitôt, il l’engagea, et commença sa formation de deux ans sur le terrain. Elle avait été formée aux Sciences par une personne de sa famille, une personne importante, qui faisait partie de la cellule « E.V.O.L.V.E », le professeur Workensen, physicien, chimiste, éthologue, inventeur, géologue, philosophe et agronome. Un des plus grands scientifiques que le monde ait porté, souvent comparé à Einstein dans les années 2060, pour son travail sur l’extraction et la transformation de la citrine issue de l’améthyste, ayant permis la découverte de l’énergie Oméga.
Son arrière-petite-fille avait, de toute évidence, héritée des attributs intellectuels de son aïeul. A la fin de sa formation, après deux années de terrain avec un Explorateur aguerri, elle avait conçu un ballon sonde dirigeable, totalement autonome en énergie, et équipé d’appareils photos assez puissants pour cartographier la Terre depuis les airs, ce qui avait permis une avancée considérable des recherches, ainsi que la découverte des villages Déformés et d’espèces animales et végétales encore inconnues.
Le lieutenant-colonel alluma une cigarette, pris une énorme bouffée, et laissa la fumée s’échapper lentement de son nez et de sa bouche. Il était penseur.
Liz était devenue comme une fille pour lui, et lui comme un père pour elle. Les Explorateurs étaient une famille. La survie avait la faculté de rendre les liens entre humains extrêmement puissants, dans l’amour comme dans la haine. Lorsque les Explorateurs se retrouvaient seuls, en mission, avec pour seul contact avec le reste de leur équipe une radio, ces liens devenaient primordiaux, et indestructibles.
Une sonnerie sortit le militaire de ses songes. La radio de Marcus, Explorateur dont la mission était l’observation et le renseignement concernant les tribus Déformées du Grand Désert, était en train d’émettre. La réunion quotidienne n’était prévue que deux heures plus tard. Et Marcus était un soldat ponctuel, avisé, et un stratège militaire hors pair. Son appel n’avait rien de normal.
Ed se dirigea vers une console remplie de boutons, et appuya sur celui, clignotant, qui correspondait à la radio de l’Explorateur. La voix sèche, grave et tendue de Marcus résonna dans la salle.

-…state un déplacement anormal des populations Déformés. Des colonnes de plusieurs centaines d’individus semblent se diriger vers la Citadelle. Impossible de connaitre leurs intentions, mais cette formation rappelle celle d’une armée en marche rapide, ou un déplacement de réfugiés. D’après leur vitesse, j’estime leur arrivée d’ici soixante-douze minimum. De plus, les Déformés résidants hors des Villages semblent se regrouper, tout en se dirigeant vers la Centrale. Là encore, impossible de connaitre leurs intentions, aucune formation de déplacement n’est mise en place, c’est totalement anarchique, mais leur vitesse est conséquente. Je pense qu’ils seront à la Centrale d’ici quarante-huit heures maximum. A vous.
– Une idée de la cause de leurs déplacements ? A vous. Demanda son supérieur.
– Pour ceux du Grand Désert, je n’ai aucune explication à vous fournir, mais certains villages portent des traces de combats violents. Aucune idée sur ce qui a pu attaquer ces villages, mais ceux du Grand Désert auraient été incapables de faire des dégâts pareils. Je pense qu’il y a des réfugiés, mais je n’ai aucune certitude sur ce point. Il est également possible que les réfugiés soient tous morts, ou enrôlés de force dans une armée. A vous. Répondit Marcus à travers les enceintes qui grésillaient.
– Si des réfugiés Déformés se rendent à la Citadelle, ils ne trouveront que la mort. Et je pense qu’ils s’en doutent, c’est pour cela qu’ils ne sont jamais rentrés en contact…alors pourquoi se déplaceraient-ils maintenant, si ce n’est pour attaquer ? A vous.
– Pour fuir mon Lieutenant, annonça du tac au tac la voix du stratège. Mais je ne suis pas certain de leurs intentions, et je n’ai pas d’informations suffisantes pour identifier la menace. A vous.
– Bien, très bon boulot Marcus. Restez en dehors du conflit, ces informations sont suffisantes pour le moment. Et faites attention à vous. On se retrouve pour la réunion afin de trouver une solution avec le reste de votre équipe. Je vais contacter les autres, la réunion est avancée, dans H moins un. Terminé.
– Bien reçu, terminé.

La radio grésilla, et la transmission fut coupée. Sa cigarette, préalablement allumée, était déjà consumée d’un tiers. Il retira dessus, puis l’écrasa encore fumante dans le cendrier.
Il appuya sur un nouveau bouton, et pris la parole.

« Ceci est un message pour l’unité de Renseignements et d’Observation, réunion avancée à H moins un, ne soyez pas en retard les enfants ! Terminé. »

Puis il se laissa tomber, perplexe, sur l’assise de son fauteuil.
C’était la première fois que les Déformés quittaient leurs villages, il y avait forcément une raison. Et surtout, pourquoi marchaient-ils vers la Citadelle et la Centrale, après plusieurs dizaines d’années sans même une tentative de contact ?
Il espérait que Marcus trouve une réponse en moins d’une heure pour avoir de nouvelles informations lors de la réunion, mais il savait qu’il était impossible que l’Explorateur puisse y arriver. Et il lui avait demandé de rester prudent, hors du conflit.
Il se leva de nouveau, et s’approcha de l’énorme carte d’explorations.

Il analysa le planisphère une bonne dizaine de minutes, dans l’espoir de trouver une réponse dans l’amas de notes punaisées en annexes, sur le mur. Mais rien. Tout ce que son équipe avait rapporté n’expliquait en rien ce comportement nouveau. De plus, si les Déformés hors des Villages n’étaient pas responsables des attaques sur les Villages, alors qui ? Ou quoi ?

Aucun Gouvernant, de toutes les Cités-Etats du monde, n’étaient au courant de l’emplacement de ces villages, et seuls quelques dirigeants de la Centrale étaient au courant de leur existence. Ce n’était donc pas une attaque décidée par la Citadelle, ou la Centrale, ce qui aurait expliqué un mouvement en direction de ces villes.
Est-ce qu’un prédateur encore inconnu aurait pu déloger les Déformés de leurs villages ? Il en doutait fort. Les Déformés étaient les seuls habitants du Grand Désert, et ils étaient établis là depuis des dizaines d’années. Qu’une créature, ou même une meute de créatures mutantes puisse les faire fuir n’avait aucun sens.
Et quelle mission donner à ses troupes ? Est-ce qu’il n’était pas temps de regrouper les unités ? Non, ça ralentirait le rythme des explorations, et leur travail était fructueux, tous les jours des nouvelles arrivaient, avec des progrès dans chaque unité. La Centrale était satisfaite de leur travail, ils ne pouvaient pas se permettre de ralentir maintenant. Et puis, la Citadelle était lourdement armée, et la Centrale bien protégée. Ils n’avaient pas besoin d’équipe d’Explorateurs dans ce conflit. Mais qui d’autre qu’un Explorateur pouvait arriver à comprendre ce qui se passait. Et le regroupement des unités augmentait leurs capacités d’action et de réflexions.
L’heure passa très vite, au rythme des interrogations inextricables qui chahutaient les neurones du lieutenant-colonel Lyame. Il alluma une nouvelle cigarette, et s’assit de nouveau devant la console. Il appuya sur le bouton qui relayait ses communications à l’ensemble de l’unité Renseignement et Observation, afin qu’il puisse faire leurs réunions, une fois par semaine, dans des conditions optimales.
« Unité R/O, au rapport. » Annonça-il avec une voix protocolaire.

Une voix grave et féminine fut la première à répondre, suivie de près par ses camarades.
– Jess, au rapport mon Lieutenant.
– Sulvin, au rapport mon Lieutenant.
– Wilzon, au rapport mon Lieutenant.
– Mina, au rapport mon Lieutenant.
Un silence pesant s’installa, et se transforma, au fil des secondes, en malaise clairement visible sur le visage d’Edwin. La voix tremblante de Jess résonna dans la salle.
– Où est Marcus mon Lieutenant ? A vous.

E.V.O.L.V.E (Tome 1, Chapitre 3)

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Chapitre 3 : Déformation

Grand Désert

Le sol rougeâtre teinté d’ocres bougeait sous le poids des deux hommes, et rendait leur progression difficile. Celui qui ouvrait la marche planta sa canne dans le sable et s’arrêta. Son visage était recouvert d’un turban effiloché, mis soigneusement, de façon à ce qu’il soit protégé du vent. Sa tunique noire était recouverte de poussière qui s’échappait à chaque coup de vent, le faisant ressembler à un spectre dans une tempête.
Seuls ses deux iris d’un gris irréel étaient apparents, et scrutaient l’horizon d’un air inquiet.
Des buissons épineux en forme de dôme s’élevant à plusieurs dizaines de mètres de hauteur avaient poussés sur les ruines d’une ancienne civilisation, comme si des gratte-ciels végétaux avaient remplacés les constructions humaines.
C’était ces buissons qu’il craignait. Le vent se faisait de plus en plus violent, et arrachait quelques épines de ces végétaux gigantesques. Il savait que plus d’un de ses Frères étaient morts déchiquetés lors de tempêtes qui paraissaient innocentes, mais qui se révélaient dévastatrices, car chargées en épines de la taille d’un couteau.
Derrière lui, son compagnon suivait, son pantalon de lin grisâtre remonté quasiment aux aisselles.
Il était immense, au moins deux mètres et demi de haut, pour un petit mètre et demi de large. Sa tête ronde semblait posée directement sur ses énormes épaules carrées. Il avançait, sans autres protections qu’un poncho recouvert d’une cotte de maille trop petite qui lui couvrait la poitrine. Dans son dos, un meuble d’un bon mètre carré qui devait contenir leurs affaires était attaché, ce qui n’avait pas l’air de lui poser de problèmes. Bien que sa progression dans le sable soit lente, il cheminait tranquillement, son index gauche dans la bouche, et le droit levé au ciel, comme pour demander la parole.
Il arriva aux côtés de son partenaire et s’arrêta pour regarder d’un air distrait le paysage chaotique du Grand Désert.
Ses yeux bleus teintés de petites étincelles vertes étaient magnifiques, et son regard était celui d’un enfant, naïf, doux et innocent. Comme si un nourrisson était bloqué dans un corps de géant.
Il retira le doigt placé dans sa bouche, la laissa légèrement entrouverte d’un air étonné, puis parut se reprendre en sursaut. Il saisit alors l’homme au turban par le poignet, qui reprit sa canne en se laissant entrainer par le colosse sans poser la moindre question.
Il le conduisit à l’entrée d’un vieux bâtiment en ruine, dans le creux d’une dune. La tempête approchait, et lorsque la canne heurta la dalle en béton, l’homme au turban sembla se détendre.
Il tendit sa main tremblotante, à la recherche d’un appui, et trouva péniblement le vieux mur de pierres. De toute évidence, il ne voyait pas. Son compagnon gratta frénétiquement l’arrière de son crane en souriant, puis conduisit l’aveugle vers un coin de la pièce, ou il s’assit, manifestement épuisé.
« Merci Dony. » Murmura l’homme en train de défaire son turban, pendant que l’autre s’occupait déjà de combler l’entrée du bâtiment à l’aide de rochers et de pans de murs écroulés qui semblaient être faits de mousse tant il les trimbalait avec facilité.
Une fois l’entrée couverte, leur abri fut plongé le noir, faiblement éclairé par les interstices entre les rochers, ce qui ne les dérangea pas le moins du monde. L’abri était frais, coupé du vent chargé de chaleur, de sable et d’épines qui déferlait à l’extérieur en sifflant.
Lorsque le géant se rapprocha, légèrement courbé en avant pour ne pas heurter le plafond, son binôme avait quitté ses couches de vêtements et semblait avoir maigrit et rapetisser. Il était âgé d’une soixantaine d’années. Ses yeux étaient contournés par des cernes gonflés et de fins sourcils. Son nez bosselé avait été cassé plusieurs fois, et quelques vielles cicatrices lui marquaient la pommette et la joue gauche. Sa peau ressemblait à du cuir tanné, comme si il était resté au soleil depuis sa naissance. De ses omoplates sortaient deux excroissances, roses et nervurées.
Alors qu’il posait au sol un tapis sorti de sa sacoche, Dony s’affaira à se délester de son chargement, et sorti du meuble un réchaud, une lanterne, quelques bocaux remplis de vivres, puis commença a disposer les couverts pour l’heure du repas. Son compagnon quant à lui, choisissait avec soin ce qu’il allait préparer.
Ayant fini ces taches, le géant s’affala dans une position qui n’avait rien à envier aux plus grands empereurs romains, une main soutenant sa tête, et son index toujours tendu, semblant indiquer un des murs du bâtiment, pour aucune raison visible. Il resta la, en silence, son œil gauche légèrement déviant sur le côté, puis revenant à sa place initiale, avec un air penseur, son immense front plissé de rides, les sourcils relevés.
Une allumette craqua, et le réchaud fut allumé.
En quelques minutes, et de la fumée s’échappait déjà de la casserole, avec une odeur de haricots fermentés. L’aveugla ajouta quelques épices, et l’odeur ne s’améliora pas, mais il semblait y être habitué.
« Et voilà ! C’est prêt. » Dit-il après avoir longuement gouté son plat.
Il tendit sa main vers son compagnon, qui en retour lui tendit les assiettes pour qu’il puisse les servir.
Leurs gestes étaient précis, et semblaient couler de source, comme si une symbiose existait entre ces deux êtres hors du commun. Les louches de nourriture douteuse furent servies, et Dony avala son plat d’une bouchée, au sens littéral du terme, avant de boire d’un trait l’intégralité du pot d’eau, qu’il reposa en grinçant des dents, avec un petit « Hhmpf » de satisfaction.
Puis il reprit sa position, ses index rappelant dorénavant des vieux mouvements disco. Son partenaire, quant à lui, prenait son temps, en faisant attention à chacun de ses gestes.
Lorsqu’il eut finit son repas, il prit la parole d’un air déprimé.
« Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? Je ne sais pas pourquoi t’es v’nu avec moi Dony…y’avait que moi qui était banni. Je serai mort il y a de ça plusieurs semaines si tu n’étais pas là pour me guider… »
Dony passa un doigt dans une de ses narines, avant de le mettre à la bouche, puis de nouveau dressé dans les airs. Il grinça encore des dents, le regard dans le vide.
« Si j’avais survécu sans ton aide, ce qui est peu probable, je serai surement devenu fou à cause de la solitude. T’es un brave. J’sais pas ce qui va nous arriver, mais il est hors de question que nous mourrions dans ce désert. Il faut avertir les Normés. Ils n’ont pas conscience de ce qui se prépare…mais sais-tu seulement ou tu vas ? Tu es toujours arrivé à me protéger, mais il semblerait que l’orientation ne soit pas ton fort… » Dit-il en souriant.
Le géant se gratta l’arrière du crâne avec un rire tonitruant rappelant un dessin animé pour enfants.
« Heureux que ça te fasse rire, mais il faudrait être tout de même un peu plus sérieux. Nous manquons déjà de temps, et rester dans le Grand Désert nous rapproche plus de notre fin que de notre but…Lorsque nous marchons, je sens le sol sous ma canne devenir de plus en plus dur, nous sommes en train de le traverser, c’est certain, mais je n’ai aucune certitude concernant le chemin qu’il nous reste à parcourir. Et certaines de nos journées, j’ai la sensation de tourner en rond… »
« Nnhhhhhiiiiiié. »Répondit son compagnon en se mettant en tailleur difficilement, pour contempler ses mains sous tous les angles d’un air extrêmement concentré.
– Oui, je me doute que toi aussi tu t’inquiètes. Enchaina l’aveugle comme si il avait compris ce que voulais dire son ami, mais il nous faut persévérer. Et puis nous avons de la chance, pas un seul autre Banni n’a croisé notre route. Ceux qui survivent ici deviennent dangereux.
La luminosité baissait, indiquant l’arrivée imminente de la nuit, mais le vent continuait de souffler, et les cliquètements des épines contre la pierre résonnaient dans tout leur abri, donnant soudainement à la pièce une ambiance lugubre.
« Il va être l’heure de dormir Dony. Demain on reprend notre route, je sais que nous nous rapprochons, La Citadelle n’est plus très loin maintenant. »
Dit-il avec un air absent, un léger sourire acariâtre sur le visage, en repoussant son assiette vidée, les couverts soigneusement disposés à l’intérieur. Il inspira profondément.
C’était les mêmes paroles qu’il prononçait chaque soir, depuis déjà plusieurs semaines, ou quelques mois, et il était fatigué.
Est-ce que sa mission, prévenir les Normés de l’existence de la Nécrose était encore quelque chose de nécessaire ? Ou est-ce que cette chose puante qui faisait pourrir la terre avait déjà réussi à répandre ses spores assez loin pour toucher La Citadelle ? Est-ce qu’ils se rapprochaient réellement de La Citadelle, ou est-ce que c’était son esprit qui lui jouait des tours ? Est-ce que revenir au Village n’était pas la seule solution ? Une exécution rapide, propre valait elle mieux qu’une lente agonie dans le désert ?
Les Déformés l’avaient banni car prévenir les Normés étaient, selon eux, une trahison. Seuls les Normés avaient le pouvoir d’inventer une chose aussi destructrice que la Nécrose, disaient les Anciens. Il fut pris pour un traitre, et jeté dans le Grand Désert seul. S’il revenait, il serait mis à mort. Dony l’avait suivi, malgré les efforts des autres Déformés pour le retenir. Il était le Protecteur du Village.
Comment faisaient-ils pour inspirer un minimum de crainte aux Bannis maintenant que Dony n’était plus là ? Le Village devait être un champ de ruines à présent. Les Déformés n’avaient pas le combat pour vocation, seule comptait la survie, et, par extension, l’agriculture, la médecine et l’apprentissage des savoirs. A contrario, étaient Bannis tous les criminels des six Villages. Des Déformés agressifs, incontrôlables, certains étaient même attirés par le sang. Celui qui était le chef de leur milice, surnommé le Vampire, avait tué tous les Anciens de son Village car, d’après ses dires, il « avait soif de connaissances ». Ses victimes avaient été retrouvées vidées de leur sang. Et pas une seule trace d’hémoglobine ne maculait le parquet, seules de larges morsures situées sur différentes artères principales étaient visibles.
Un frisson parcourut la colonne vertébrale du non-voyant en repensant à ces évènements. Ou peut-être était-ce simplement dû à la baisse drastique de la température. Il s’emmitoufla dans sa couverture en laine. Le vent commençait à se calmer, et il se laissa porter par les doux sifflements filtrants à travers les rochers, pour arriver à enfin trouver le sommeil.
Un bruit sourd lui fit reprendre conscience, un second acheva de le réveiller. Quelqu’un, ou quelque chose, tapait contre les pierres entassées de leur abri, avec la ferme intention de rentrer, au vu de la violence des coups.
Dony était debout, devant l’entrée, poussant des cris inquiets, ses mains grattant son cou et le dessous de son menton.
« Huuuuuuuuuu…huuuuuuuu… »
Son compagnon lui toucha l’épaule, et Dony parut surprit. Il plaça un doigt dans sa bouche, et se lança dans un rugissement colérique tout en se mordant l’index, son front appuyé contre celui de son partenaire.
« Shhhhhhhh, dit l’aveugle en plaçant doucement ses mains sur la nuque du géant, calme toi, calme. Ce n’est rien. Se battre n’est pas nécessaire. » Enfin, je l’espère…ajouta-t-il en pensée, alors que le bruit sourd retentissait de nouveau contre les pierres, faisant tomber de la poussière du plafond.
Dony pris les mains du non voyant pour les poser sur ses oreilles. Il était sourd et muet, mais les vibrations émises par les chocs sur la pierre étaient en train de l’angoisser au plus haut point. Son regard, d’habitude fixe, perdu dans ses pensées, était devenu fuyant, et ses yeux enfantins ne reflétaient que la panique.
Une des lourdes pierres qui recouvrait l’entrée tomba au sol et éclata, envoyant des éclats de roche à travers la pièce. La lumière de l’aube éclairait désormais faiblement l’intérieur du bâtiment, et un visage humain couvert de poussière et de saletés jeta un coup d’œil rapide à l’intérieur.
« J’vois rien en d’dans. C’quoi c’bazar, zarb com’tout. Hier c’tait pas bouché. T’crois qu’les Déformés sont en d’dans ? Ou ptet’ que l’Fourbi est d’ja passé et les Rapaces ont tout bouché. » Demanda la voix claire d’un jeune homme.
– Si yavais des Déformés, tu s’rais d’ja mort, chibron qu’t’es. Répondit une seconde voix, plus grave, d’un ton agacé. Et les Rapaces ils marquent les endroits. Là ya pas d’marque, sont pas passés.
– J’entendais l’bruit j’te dis ! J’ai commencé à frapper, et y’avais une voix ! S’énerva le premier
– T’veux rentrer en d’dans pour vérifier ? Répondit d’un ton sarcastique le second.
– T’veux manger c’soir ou ben non ? Retourna son compère d’un ton égal. Bin faut aller voir en d’dans. Passeum’moi l’arme, j’vais en premier, t’suis.
– Pas question. C’mon arme, t’vas et j’te suis.
– Et si ya des Déformés en d’dans qui m’tuent ? J’pourrais pas m’défendre, tête de vide !
– C’moi qui t’défend ! T’sais pas tirer, tu loupes un poisson mort à deux pas ! Yeux de bousier !
La figure du non voyant apparut dans le mince faisceau de lumière qui éclairait l’abri. Les deux garçons étaient jeunes, entre dix et quinze ans, et sursautèrent en voyant l’homme aux yeux gris, avec une petite inspiration paniquée. Même sans la vue, la tonalité de leurs voix indiquait leur âge, mais aussi leur peur, et il se félicita d’être resté calme. Tuer ou blesser des enfants, affamés de surcroit, ne faisait pas parti de son credo. Le son d’une arbalète mise en joue dans sa direction le sortit de ses pensées et le ramena à la réalité.
« Bonjour, jeunes hommes, excusez-moi. Je m’appelle Henri. Merci de m’avoir secouru, sans vous je serais probablement mort d’ici quelques jours. Vous êtes mes sauveurs, je vous remercierai comme il se doit une fois que nous serons sortis de cet enfer.» Annonça-t-il avec un sourire radieux.
Dony se dirigea derrière son ami d’une démarche peu assurée. Il semblait encore terrorisé, les mains sous son menton. Lorsque son visage arriva dans la lumière, le garçon le plus jeune émit un petit miaulement apeuré, son binôme, quant à lui, tomba à la renverse en hurlant, tout en appuyant sur la détente de son arme. Le carreau parti très haut dans les airs, et vola au-dessus d’une dune de sable rouge dans un sifflement métallique.
« Huuuuuuuu…huuuuuuuuuu…huuuuuuuuuuu. »
– Tout va bien, tout va bien, répéta Henri à voix basse tandis que les enfants se relevaient, tout en posant discrètement une de ses mains sur la poitrine du géant, pour lui faire comprendre de rester dans l’ombre.
– C’est un Déformé ! Hurla le plus vieux des deux garçons, remettant l’arbalète en joue en direction de Dony, d’un air déterminé, le doigt sur la détente.
Henri s’interposa.
« Arrêtez ! Il est avec moi, je veux le livrer à La Citadelle ! »
– Avec toi ?! T’en es un aussi !? Répondit-il, en mettant de nouveau en joue Henri.
– Non, je l’ai capturé, je veux l’amener à La Citadelle, il peut être utile dans les champs !
– Les champs ? Ya pas d’ça à La Citadelle. Comment t’es arrivé ici, avec c’monstre, et pourquoi qu’y t’as pas mangé l’aut ? Pis t’viens d’où pour palabrer d’cte façon ? J’aime pas tes jactances, un aveugle qui capture un Déformé ! T’es pas du Fourbi, poursur ! Cria le plus jeune des deux, en brandissant son collier orné d’une plume noire. Paseuk’ on l’saurait c’genre de zarberies ! Tu viens d’où ? Demanda-t-il en faisant un effort qui semblait surhumain sur sa diction.
– Il n’est pas agressif, il est même plutôt docile. S’il n’y a pas de champ, il pourra servir aux travaux de force. C’est lui qui a mis ces rochers devant l’entrée, pour m’empêcher de le livrer je suppose. Vous m’avez sauvé la vie, et maintenant vous voulez ma mort ? Arrêtez, calmons nous, il nous faut discuter. Depuis quand n’avez-vous pas mangé ?
– Kesseuk’ sa peut’faire ? On mange si on remplit la mission. C’tout. Et là, trouver des ressources dans l’bazar, dit-il en désignant leur abri, c’est la mission.
– Vous avez donc réussi, puisque vous nous avez trouvés ! J’ai toutes mes affaires dans l’abri, Ils vous acclameront, mais si vous me tuez, ou me blessez, je ne suis pas sûr de pouvoir garantir votre sécurité. Je viens de La Centrale, je ne connais pas le Fourbi. Répondit Henri d’une voix forte, sûr de lui malgré son mensonge, car il savait que la Centrale était une ville assez importante et surtout assez éloignée de La Citadelle, a la fois connue de nom par les enfants, mais assez méconnue pour que les enfants le croient, a la différence du Fourbi et de La Citadelle.
Les enfants restèrent muets une dizaine de secondes en se regardant d’un air à la fois victorieux et inquiet. Le plus vieux reprit la parole d’un ton dur.
« Et comment qu’on fait maint’nant, poureut’ sortireud’ la ? Pis si lui il sort eud’d’dans, il va nous tuer, moi je dis ils le veulent pas vivant ! On le ramène mort ! »
– Moi il ne m’a rien fait, je pense que si je suis avec vous, rien ne nous arrivera. Je vais passer par le trou, il sortira de lui-même, je pense qu’il ne veut pas que je m’échappe. Et on arrivera jamais à le porter jusqu’à La Citadelle si il est mort, il est trop lourd.
Les deux enfants acquiescèrent, même si l’inquiétude se lisait sur leurs visages. Henri se hissa péniblement jusqu’au trou. Dony voulut l’aider à monter, mais il le repoussa discrètement pour que les deux enfants ne remarquent rien de suspect.
Lorsqu’Henri réussit à sortir de l’abri, il chuta d’un bon mètre, mais se releva aussitôt, en secouant sa tunique poussiéreuse. Ses malformations étaient parfaitement couvertes, et personne n’aurait pu soupçonner qu’il n’était pas Normé. Il passait pour un vieillard, aveugle, pauvre et sans défenses.
Dony repris ses hululements sinistres dès qu’il ne vit plus son compagnon. Sa tête immense ne passait même pas dans le trou par lequel Henri était sorti de l’abri. Lorsqu’il se mit à grogner en se mordant l’index, les deux garçons eurent un nouveau mouvement de recul.
Une bonne chose, au vu de la puissance avec laquelle les rochers qui recouvraient l’entrée furent éjectés, pour laisser le passage ouvert au géant furieux.
Le carreau d’arbalète vola, et se ficha dans son épaule droite, ce qui n’eut pas l’air de le déranger. Il marqua un petit temps de pause, en regardant le projectile dans son épaule, la bouche ouverte, puis il se dirigea d’un pas rageur vers celui qui tenait l’arbalète, et tentait de recharger tant bien que mal, tremblant, le visage blême.
Le géant attrapa l’arme des mains de l’adolescent sans efforts. Elle avait l’air d’un jouet dans ses paumes démesurées. Il serra le poing, et elle se fissura, puis explosa en plusieurs morceaux de bois.
« Hhmpf. » Lâcha Dony, manifestement satisfait du résultat.
Il regarda à nouveau le carreau planté dans sa chair. La cotte de mailles avait réduit le choc, et la pointe ne s’était enfoncée que de quelques centimètres dans sa peau. Il la retira avec un petit grognement, puis la rendit à son agresseur médusé, en souriant nerveusement, comme si il voulait s’excuser d’avoir détruit son arme.
Puis il retourna calmement auprès d’Henri.
« Vous voyez, il ne fera de mal à personne ! Voilà comment un pauvre vieillard aveugle comme moi a pu capturer un géant ! » Annonça-il triomphalement.
Une fléchette se ficha entre les omoplates de Dony, une seconde vola jusqu’au torse d’Henri, stupéfait, qui perdit connaissance, assommé par le venin. Deux fléchettes supplémentaires dans le torse du géant eurent finalement raison de lui, il s’effondra, inconscient.
Les Rapaces étaient arrivés.

E.V.O.L.V.E (Tome 1, Chapitre 2)

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Chapitre 2 : Eclaircissage

La Brulée

Le lance-flamme ne faiblissait pas, pourtant, la végétation semblait faite de pierres tant elle avait de mal à bruler. L’homme avançait doucement et prudemment, pour éviter qu’une épine ne transperce sa combinaison, ou pire, son corps. Sans parler du risque de tomber sur une de ces saloperies de plantes carnivore. Déjà cinq de ses collègues avaient perdus la vie face à ces monstres végétaux, et au moins une demi-douzaine d’autres avaient étés blessés.
Dire qu’il y a quelques années de ça, toute la population de La Brulée célébrait le retour des plantes, parlant même de signe divin, la fin de l’Age de Chute qu’ils disaient…s’ils avaient su à quel point ils se trompaient.
« Tout ça pour atteindre la Vielle Flèche des Anciens, la seule partie de toute la clôture où on trouve encore cette végétation de malheur. On ne connait même pas le but véritable…en tout cas, ça m’étonnerai que La Gouvernance veuille relancer le tourisme de masse. » Songea-il, un sourire nerveux sur le visage.
Les épines rougeoyaient, puis viraient au blanc avant de fondre, et de s’éclater au sol en petites billes éparses, comme si il s’agissait de métal en fusion. Des animaux ressemblant à des rongeurs, cachés sous les arbustes et autres feuillages détalaient à l’approche de la vague de feu qui déferlait sur leur abri.
Un second Eclaircisseur, avec un brassard noir au bras, indiquant un grade plus élevé, arriva aux côtés du premier, qui bougonnait encore contre la Gouvernance, et ses saletés de branches impossible à faire brûler.
« Hé, Luk. Arrête toi, c’l’heure d’la pause, c’bon, on r’prendra taleur ! » S’exclama le chef en lui donnant une tape amicale sur l’épaule.
Luk arrêta son engin, et partit sans même adresser une seule parole à son supérieur. Il s’assit au milieu de l’endroit qu’il avait fait brulé la veille, enleva son lourd casque, et souffla longuement. Il était fatigué de cet endroit, de ce travail, de La Gouvernance, de leurs secrets pour « le bien de la Cité ». Tout ce qu’il voulait en venant à La Brulée, il y a quinze années de ça, avec ses deux parents, c’était cultiver cette végétation qui reprenait vie. Puis ils avaient finis par payer le prix fort, en comprenant que cette végétation était non seulement très complexe à cultiver, mais surtout extrêmement dangereuse. Des espèces d’animaux sauvages avaient mutés, devenant plus agressifs, plus gros et plus robustes, ainsi que beaucoup d’espèces de plantes
Ce qui ressemblait à loup immense, avec des plaques osseuses semblables à celles d’un rhinocéros et la queue d’un reptile, hérissée de pointes, avait emporté son père alors qu’il travaillait au champ.
C’était la première fois qu’on voyait autre chose que des traces d’un Prédateur.
Luk n’avait que huit ans, et ils étaient arrivés à La Brulée seulement cinq mois auparavant.
Sa mère mourut quatre années après. Des vesses de loup mutantes avaient éclatées quelque part dans la végétation. Les spores portées par le vent étaient très agressives. Elles paralysèrent ses voies respiratoires, et elle mourut d’asphyxie en moins de cinq minutes après la première crise de toux. Son corps fut brulé sur place pour éviter de répandre l’infection, comme le voulait la procédure. Il alluma le bucher, et la regarda bruler une nuit entière, seul, jusqu’à ce que la Brigade des Orphelins le prenne sous leur aile.
Et voilà que maintenant, lui, brulait la végétation de La Brulée, qu’il devait à la base cultiver avec ses parents. Certes, les premiers temps, ça l’avait aidé à oublier, à se défouler contre ces choses immondes qui l’avaient privé de sa famille. Mais dorénavant, il se sentait seul, impuissant face au mur de ronces qui se dressait devant lui. Tout cela ne faisait plus aucun sens pour lui.
« On r’prend, la pause est terminée, tous à vos postes ! » Beugla le chef en agitant frénétiquement ses bras au loin.
Il souffla une nouvelle fois, pris une grande inspiration, puis remis son casque et repartit vers la zone encore rougeâtre et fumante dont il avait la charge. Le lance-flamme rugit, et aussitôt, et les plantes reprirent leur teinte blanche.
Soudain, quelque chose explosa et projeta une boule de gaz de plus de deux mètres de diamètre dans les airs. Par réflexe et par expérience, il avait réussi à reconnaitre la plante responsable de ce phénomène, Ecballium elaterium, ou concombre d’âne, ou du moins, sa version mutante. Cette plante répand ses graines dans l’air grâce à un gaz hautement inflammable lors de la floraison. En théorie, il ne pose pas de problème, sauf si vous le respirez trop longtemps, ou lorsqu’il rentre en contact avec un lance-flamme. C’était la première cause de décès chez les Eclaircisseurs.
Luk s’était jeté le plus loin possible en arrière. Il tomba durement sur son omoplate, et entendit un craquement sourd. Il gémit de douleur, mais réussit à se remettre sur pieds, l’épaule droite complètement démise et ses bottes quelque peu roussies, puis à marcher, bien que complètement désorienté, hors de portée de son lance-flamme qui prenait feu à son tour.
Alors que les autres Eclaircisseurs arrivaient en courant et hurlant, et que sa vision revenait à la normale, il remarqua quelque chose qui lui déplut au plus haut point : le réservoir d’énergie Oméga liquide de sa machine, bientôt en contact avec les flammes, au milieu d’au moins une vingtaine de concombres d’âne.
« Oh merde. »
Ce fut tout ce qu’il trouva à dire, les yeux écarquillés, avant de partir, clopinant et hurlant à ses collègues de faire demi-tour le plus vite possible. Lorsqu’il se trouva à leur niveau, à quelques dizaines de mètres de l’endroit de la première explosion, la seconde, bien plus terrible, se déclencha.
L’équipe au complet fut projetée sur au moins trois bons mètres de distance lorsque les flammes s’élevèrent comme une cathédrale dans le ciel, qui disparut d’un coup en un souffle furieux. L’impact au sol fut terrible, Luk sentit son épaule, déjà démise, casser complètement lorsque qu’une douleur aigue traversa son bras, et l’intégralité de son dos.
Il hurla, mais tenu bon. La douleur était si intense qu’il avait des sueurs froides, le visage extrêmement pale. Il n’était pas loin du malaise, mais réussit à se remettre sur pied avec l’aide de ses camarades.
Il n’était pas le seul à être blessé, sur les huit Eclaircisseurs de l’équipe, seuls trois étaient debout sans plus de problèmes que quelques ecchymoses. Les quatre autres, dont Luk, arrivèrent à se relever malgré leurs blessures. Le dernier de leurs équipiers gisait, inconscient, au sol. Sa tête avait heurté le sol, et il saignait légèrement d’une plaie à l’arrière de son crâne.
« Planteud’ merd’ ! » Pesta le chef, la cheville foulée, en s’appuyant sur son lance flamme pour tenir debout. « Faut qu’on rentre au Campement, l’a b’soin d’soins urgents. Et l’est pas l’seul j’crois ben… » Ajouta-t-il en regardant Luk, l’air inquiet.
– Et comment on fait hein !? On n’a pas de brancards, la moitié de l’équipe est blessée, et faudrait qu’on fasse les trois kilomètres de marche dans cet état ?! S’emporta Luk, appuyé sur un tronc d’arbre, en souffrance.
– On a l’radio, répondit le chef, y vont v’nir nous chercher ‘vekeul n’céssaire, reseut’ calme un m’ment, ‘longe toi s’tu veux.
– Rester calme ?! Hurla Luk en grimaçant, un œil fermé, de la sueur froide coulant sur ses tempes. Mais vous voulez quoi ? Qu’on se fasse buter par ses…saloperies, comme mes parents hein ? Cité de mort ! On va tous…y passer si on continue, vous comprenez ça les gars !? Et pourquoi !? Dites-moi…j’entends rien ! Mais c’est normal !! On ne sait pas, rien, pas une info ! On risque nos vies, sans raisons. Comptez plus sur m…
Luk ne finit pas sa phrase, il s’écroula sur le sol une nouvelle fois, inconscient. Les derniers mots qu’il entendit furent les cris de ses collègues répondant par l’affirmative à l’ordre incompréhensible donné par le chef.
Lorsqu’il se réveilla, la première sensation qui lui sauta à la gorge fut l’entrave. Son corps refusait de bouger, pourtant, aucun lien ne le rattachait au lit. Les minutes passèrent, puis les heures. Au moment où il crut pouvoir enfin être en capacité de lever le bras, une infirmière entra dans sa chambre, mais ne le remarqua pas.
« Bonjour ? » Lança Luk hasardeusement, la voix enrouée.
L’infirmière se retourna d’un coup sec, si surprise que sa bouche resta ouverte une seconde sans qu’un son n’en sorte.
« Bonjour, s’cuzez, répondit la jeune femme, vous allez ben ? »
– C’est plutôt vous qui êtes censée me le dire non ? C’est normal que j’arrive pas à bouger ?
– Oui, n’vous inquiétez pas, après être resté trois semaines dans l’coma c’normal, puis l’opération ‘range pas les choses, mais ça d’vrai r’venir d’ici une heure ou deux, le temps que…
Luk lui coupa aussitôt la parole.
« Attendez…trois semaines ? Et quelle opération ? »
– ‘Coutez, chuis pas l’médic, j’vais vous l’chercher y vous expliquera ça mieux qu’moi. Répondit-elle en agitant les bras, un brin de panique dans la voix.
Elle partit aussi vite qu’elle était apparue.
« Génial, pensa Luk, j’ai aucune idée de ce qui se passe, de ce qu’il s’est passé, et la seule personne qui rentre dans ma chambre, censée s’occuper de moi, à l’air d’avoir vu un Prédateur, alors que j’arrive à peine à bouger…qu’est-ce que c’est que ce bordel ? »
Quelques minutes passèrent, puis la porte grinça, laissant entrer une femme en blouse blanche, et un homme en costume que Luk ne connaissait que trop bien. Le Gouverneur Principal en personne.
« Bonjour m’sieur Aubert. Comment vous sentez vous ? » Demanda la médecin, souriante.
– Je ne sais pas ce qu’on m’a fait, ni ce qu’il s’est passé ces trois dernières semaines. Je ne peux pas bouger le moindre centimètre de mon corps, et la seule personne que je vois en me réveillant s’en va sans me donner d’explications, apeurée, pour vous chercher. Et vous ramenez le Gouverneur Principal avec vous, pour une raison que j’ignore. A votre avis, je me sens comment ? Répondit Luk froidement.
– Oui, vous avez besoin de réponses, je comprends, détendez-vous, je vais vous expliquer. Dit-elle d’une voix douce.
– Ya intérêt oui. Grogna Luk.
– Vous avez fait une chute qui a brisé votre omoplate, reprit le médecin, imperturbable, ainsi que votre clavicule. Ensuite, une seconde, plus grave, qui a brisé votre colonne vertébrale en deux endroits et fissurée sur plusieurs centimètres. Ca a comprimé votre moelle épinière. Vous étiez donc paralysé à votre arrivée. Nous avons retiré votre colonne vertébrale, que nous avons remplacée par une colonne de titane. Nous avons également remplacé votre omoplate, votre épaule, ainsi que votre bras. Vous n’arrivez donc pas à bouger pour le moment parce que votre corps est à la fois en train de sortir du coma, et de s’habituer au poids de sa nouvelle prothèse. D’ici douze à vingt-quatre heures, vous serez capable de vous déplacer, mais il faudra compter quelques semaines de rééducation avant de pouvoir commencer votre entrainement.
– Attendez, je tenais debout, je vous jure, je tenais debout !
– C’est l’adrénaline qui vous a fait tenir quelques secondes, et j’avoue que c’est assez impressionnant, mais c’est aussi ce qui vous a plongé dans le coma.
– Et vous avez dit mon entrainement ? Mon entrainement de quoi ? Et pourquoi vous m’avez soigné hein ? J’ai vu des gens mourir de blessures moins graves par manque de soins, alors pourquoi moi ? Demanda Luk, dégouté par ce qu’il venait d’entendre.
Le Gouverneur Principal, silencieux depuis le début de l’entretien, s’avança alors vers le patient et pris la parole.
« Monsieur Aubert. Votre supérieur nous a communiqué les doutes et les questionnements que vous vous posiez concernant votre mission d’Eclaircisseur. Vous ne saviez pas pourquoi vous risquiez votre vie, et j’en suis désolé, mais le devoir me contraint quelquefois au silence, pour le bien de la Cité. Cependant, je suis ravi du travail fourni par votre équipe. Il semblerait que la zone touchée par l’explosion ait ouvert un passage à travers la végétation. Nous sommes arrivés à l’Ancienne Flèche la semaine dernière grâce à vous, nous avons gagné des mois précieux sur notre emploi du temps.
– Et alors ? C’est pour ça qu’on me soigne ?
– En partie oui.
– En partie ?
-Vous êtes le fils de Tran Aubert, lui-même fils de la professeure Myriam Aubert, votre grand-mère, c’est exact ?
– Exact, je ne l’ai jamais connue, quel rapport avec l’Eclaircissage ? Demanda Luk, visiblement agacé par autant de mystères.
– J’y viens. Votre grand-mère faisait partie d’un groupe appelé « E.V.O.L.V.E », une cellule de crise destinée à protéger l’espèce humaine avant l’Age de Chute, et qui a œuvré à la protection de notre espèce après l’Age de Chute.
« Ouais bah ça à foiré. » pensa Luk. Le Gouverneur Principal continua sa tirade.
« Elle a disparu en 2081, avec son équipe, alors qu’elle était à bord du Flotteur, cependant, ses travaux, concernant le pathogène responsable des mutations sont censés être toujours dans les anciens locaux de la DGSE, qui employaient votre grand-mère. A côté de l’Ancienne Fleche. Et nous avons des raisons de penser que ces travaux peuvent nous apporter des réponses, peut-être même une solution au problème de la végétation. C’était le but véritable de l’Eclaircissage.
Votre père et votre mère vous ont appris les sciences, l’écrit et le parler des anciens. Nous savons que vous n’aurez pas la capacité scientifique d’exploiter les travaux de votre grand-mère, mais il nous reste quelques personnes qualifiées et capables de le faire, ce n’est pas le problème. Vous, vous avez les capacités pour réussir votre mission : repérer le local, trouver les documents et les ramener à La Brulée. Vous aurez deux jours de marche pour y arriver. Vous dirigerez une équipe de six soldats extrêmement bien armés et entrainés qui auront pour ordre de vous protéger. »
– Et si je refuse ?
– Mais ce n’est dans l’intérêt de personne enfin ! S’offusqua le Gouverneur Principal. Vous détestez cette végétation, au moins autant que tout le monde ! Cette mission peut nous permettre de changer la donne. De la détruire. D’explorer au-delà de la clôture. De cultiver, comme le souhaitaient vos parents et…
Luk coupa la parole de l’homme en costume sans une once d’hésitation ou de respect. Sa voix était si dure que tous savaient qu’il valait mieux qu’il ne soit pas en état de bouger.
– Ne parlez pas de mes parents. C’est La Gouvernance qui les a fait venir dans cet endroit maudit, avec vos belles paroles, et votre espoir stupide d’un soi-disant Jour Nouveau ! Vous dites que vous détestez la végétation ? Ha, c’est plus un signe divin maintenant ? Il vous a fallu quoi pour comprendre hein ? S’écria Luk, déjà essoufflé par l’effort, ce qui ne l’empêcha pas de continuer.
Trainer votre gros cul en dehors du Palais ? Perdre vos gardes du corps dans une attaque de Prédateurs ? Je ne pense pas. Vous n’avez aucune idée de ce que les gens vivent dehors. Votre Palais, c’est la véritable clôture. Parce qu’il y a trois semaines de ça, j’ai failli mourir, sur votre ordre, à l’intérieur de la clôture censée me protéger, comme mes parents ! Et vous, quand avez-vous risqué votre vie pour la dernière fois hein !? Demanda-t-il, un sourire méprisant sur le visage.
Vous ne faites qu’envoyer des gens à la mort, après vous les réparez, pour leur proposer d’autres missions à la con, et en plus, j’ai même pas les compétences pour exploiter les travaux de ma propre grand-mère selon vous ? Je refuse de continuer. Vous les voulez vraiment ? Vous voulez sauver le monde avec les travaux de ma grand-mère ? Allez-y, partez, et trouvez les, après tout, vous aussi vous savez écrire, lire et parler non ?
Alors, allez en enfer, vous et votre entrainement. Une fois que j’aurais fini ma rééducation, je m’en irai pour Le Rempart.
Luk serrait les dents, en sueur, les yeux injectés de sang. Tout son corps était tendu, si seulement il avait pu bouger ses bras, et décrocher la mâchoire de cet enfoiré de dirigeant sans scrupules, ça aurait été le plus beau jour de sa vie. Malheureusement, sa condition d’handicapé ne lui permettait que de passer pour un dément.
Le Gouverneur Principal ouvrit la bouche en fronçant ces sourcils hirsutes et grisonnants, le doigt levé, mais se ravisa. Il tourna les talons et sortit de la salle sans dire un mot, sous le regard médusé du médecin toujours présente.
« Vous y êtes peut être allé un peu fort non ? Vous devez montrer du respect aux Supérieurs, vous savez ? Ils nous ont toujours protégés…Monsieur Aubert ? » Chuchota la médecin, gênée par la situation.
– Allez-vous faire foutre. Fut la seule réponse qu’elle obtenu.

E.V.O.L.V.E (Tome 1, Chapitre 1)

Contenu complet

Chapitre 1 : 2105

La Citadelle.

Le terrain vague semblait désert, excepté les deux enfants et l’adulte qui leur faisait face. Un léger vent faisait flotter de la poussière rouge partout autour d’eux.
« Notre objectif, c’est l’partement R4 du troisième étage. On rentre, on cherche, on trouve, et on r’mène tout au Fourbi. Les lieux doiv’ être vides, ça fait deux semaines qu’on veille, ya pas eu d’entrées, ni de sortie. A vous de faire le job maintenant. »
Les deux enfants échangèrent un regard et un hochement de tête, puis s’en allèrent en silence. L’immeuble était éventré, une bonne partie des appartements, ou du moins ce qu’il en restait, étaient visibles de l’extérieur.
Leur cible était connue. Il vivait en ermite, mais ne semblait jamais manquer de rien. Quelques patrouilles du Fourbi avaient essayé de le sortir de là, pour récupérer ses ressources. Aucune n’était revenue. Pourtant, on le voyait chaque semaine faire sa réserve d’énergie Oméga. Et voilà deux semaines que personne n’avait de nouvelles de lui, et que son appartement demeurait silencieux.
C’était le moment de savoir ce qu’il se passait dans l’appartement. Voilà pourquoi le Fourbi faisait appel à eux, deux orphelins qui n’ont rien à perdre, et assez débrouillards pour comprendre que manger est la seule chose qui compte, et assez naïfs pour risquer leur vie pour les Rapaces.
« Wo ! Késtufé ! Fé noir ici, lumzi au lieu d’penser ! » Chuchota le plus âgé.
– Deux secondes, j’pense pas, j’chercheul plante, répondit le plus jeune au fouillant dans sa sacoche rapiécée.
La branche d’algue qu’il sortit de sa besace émit une lumière bleue, diffuse, mais suffisante pour discerner l’escalier pourri qui menait aux étages supérieurs. Des bouts de bois, de verre et de béton étaient étalés partout sur le sol de l’entrée. De nombreuses traces de sang maculaient les murs, et quelques bouts de carcasses manifestement humaines trainaient là, comme si un peintre abstrait avait été pris d’une folie créatrice mortelle.
« Tu crois kya des Déformés ? Ya keu pour faire c’genreu d’choses ! » Dit à voix basse le cadet.

– Des Déformés à coté d’la Citadelle. Pff. T’en a d’aut’ des histoires ? Allez, on monte, ‘tention aux trous.
Les planches craquaient sous le poids des deux enfants, mais aucune ne céda. Les couloirs de l’immeuble étaient déserts. Seul un cadavre les attendait devant le palier du troisième étage.
Son uniforme et son tatouage, une plume noire, montrait clairement son appartenance aux Rapaces. Sa tête pendait vers l’arrière, et son crane touchait son dos. Seul un bout de peau lui avait évité la décapitation.
Les enfants ignorèrent le corps et se dirigèrent discrètement vers l’appartement. L’aïné sortit une arbalète de son sac, et mis en joue la porte.
« Ouvre ça, doucement. » Ordonna-il d’un signe de tête.
Son cadet s’exécuta. Une seconde après l’ouverture, une odeur de moisi, de renfermé et de souffre agressa les narines des deux enfants. Le plus jeune eu un haut le cœur avant de se reprendre, et d’enfiler le masque qui pendait autour de son cou. Ils entrèrent, inquiets, bien que déterminés à accomplir leur mission.
L’entrée était délabrée. Le sol n’était qu’une dalle en béton, fissurée par endroit. Le papier peint qui recouvrait les murs était au sol, émietté dans un puzzle poussiéreux. Sur la droite, une entrée donnait sur la cuisine et le salon. Des livres par dizaines étaient disposés de façon anarchique sur une table et sur une vielle étagère. Des flacons, avec des inscriptions étranges, étaient rangés, bien plus strictement que les livres, une énorme cage en fer forgée, dont la porte semblait avoir été forcée de l’intérieur, était posée dans le coin de la pièce.
L’odeur était toujours plus forte, et semblait provenir d’une porte entrouverte qui donnait probablement sur une chambre.
En ouvrant, les deux enfants tombèrent nez à nez avec un autre cadavre, celui de l’ermite, allongé dans son lit, et probablement décédé de cause naturelle, une chose si rare pour l’époque que la vue du viellard dans son lit choqua bien plus les deux enfants que les cadavres qu’ils avaient vu en montant les étages de l’immeuble. Un nombre d’armes incalculable étaient accrochées aux murs, des épées, des couteaux, une hache, deux masses d’armes, une arme automatique, une douzaine de boites de munitions, un arc, une arbalète double coup, un grand stock de flèches, et un blaster Oméga.
Quelques livres trainaient par terre, mais un petit cahier se trouvait dans les mains de son propriétaire décédé. Les enfants restèrent bouche bée un instant, puis l’ainé s’adressa au plus jeune.
« Ya un trésor ici. Appelleul zot, on peut pas tout prendre. Dis leur ya rien à craindre, le pire, c’est l’scalier. »
Le garçon se dirigea vers une fenêtre, une pierre à la main, et la projeta en se couvrant le visage sur la vitre en piteux état qui explosa dans un fracas cristallin. Les Rapaces qui attendaient en bas ne tardèrent pas à sortir de leurs postes de tir, à l’affut. Le visage du chef se détendit une brève seconde lorsqu’il aperçut l’enfant leur faisant signe de monter.
En arrivant dans la chambre, l’équipe au complet resta bouche bée, comme les deux enfants quelques instants avant eux, devant cette scène incroyable. Un mort, naturel, avec un stock d’armes à faire rougir un armurier, c’était très loin d’être une chose que l’on voyait tous les jours, et bien que les Rapaces étaient plus vieux que les deux orphelins, c’était, pour la majorité d’entre eux, la première fois qu’ils voyaient un mort naturel. Ce privilège était normalement réservé aux Membres du Hall de la Communauté, les Dirigeants de la Citadelle. Dans le Fourbi, les plus vieux n’avaient pas leur place, et seuls les combattants les plus aguerris arrivaient a vivre au dela de quarantes années.
« Beau butin les tios. C’est pas ce à quoi j’pensais trouver mais ya de quoi contenter les gars de l’armurerie. Ya pas de bouf’ mais c’pas grave, on va vendre ça et racheter des stocks de conserves. Prenez ce qu’on laisse, c’pour vot’ paye. », lacha le chef en souriant.
En dix minutes, la chambre était quasiment vidée. Il ne restait que les livres, et quelques fioles sans contenu.
« Keski vont faire ‘vec tout ça ? » Demanda nerveusement le plus jeune.
– Y zon dis : Vendre le métal et acheter à manger.
– Pis ces ptis tubes pleins de liquides ‘vec des couleurs, keskeu c’était ? Moi j’donne pas un seul haricot si on m’refile ces choses-là, on dirait que c’viens pas d’not’ monde !
– S’en fiche, c’pas not’ problème. Rétorqua sèchement l’aîné. Nous on prend les livs pis on ramènera ça a la Taupe. Elle sra contente et on aura un repas c’soir.
Son frère acquiesça, et commença à vider l’étagère. Pendant que le second s’intéressait au carnet que le défunt gardait précieusement avec lui. Il lui arracha des mains, puis feuilleta quelques pages.
« Héba. Il devait y tenir pour s’accrocher autant à ce machin. Ya presque rien de marqué la d’dan. J’espereuk’ La Taupe trouvera des intérêts. Bon, t’as fini ? »
Le cadet regarda une dernière fois la pièce, puis hocha la tête sans dire un mot de plus.
« Faut pas rester là, c’pas sûr d’être hors clôture par ces heures, on repart au Fourbi. » Ajouta l’aîné avec un signe de la main.
Son frère lui emboita prestement le pas.
La nuit était déjà bien avancée, et la lune, bien que voilée par des nuages orangés, brillait assez pour que les deux garçons puissent se repérer et ils arrivèrent au Fourbi sans encombre.
Ils étaient enfin chez eux. Combien d’orphelins n’étaient jamais revenus de missions comme celle-ci ? Ils ne comptaient plus.
Les ruelles du bidonville étaient affreusement sales, et pourtant, cela ne semblait pas déranger grand monde. Des mendiants, des prostitués, des chasseurs de primes, des orphelins pillards, et quelques commerçants en boissons accomplissaient tous leurs besognes dans cette fange mécanique qu’était le Fourbi.

Les remparts en carcasses de porte-avions, de porte-contenairs, et autres structures métalliques dépassés renfermaient toute un système bien huilé d’habitations gérées par les Rapaces, qui servaient de police et de trafiquants. Malgré leurs activités illicites, les Dirigeants les laissaient faire pour plusieurs bonnes raisons. Les Rapaces s’occupaient de la collecte de ressources, d’informations, et géraient également les procès des affaires les plus banales. De plus, si La Citadelle devait subir une attaque, Les Rapaces avaient pour ordre de rassembler les habitants du Fourbi en âge de se battre et de défendre la Cité.
Les cinqs derniers étages du rempart métallique étaient appelé Le Nid, et étaient plus une caserne pour les Rapaces que de véritables habitations.

Les deux jeunes orpehlins cheminèrent dans le dédale de carcasses métalliques jonchant le sol pour arriver vers la place centrale, le Centre du Fourbi.
Soudain, deux mains se posèrent brusquement sur les épaules du plus vieux, qui fit volte-face en une demi seconde, la main sur la garde de son poignard, prêt à se battre contre son agresseur.
« Héééé ! caleum’ toi un peu non ? C’ek moi tsé ! », chantonna une voix féminine, une pointe de malice dans la voix.
– Bhara ! T’es folle, j’aurais pu t’envoyer ma lame danl’ vent’ ! Cervelle déformée va ! Répondit sévèrement le jeune homme légèrement vexé.
– Chuis contenteuk’ vous rentrez c’tout…parceuk’ c’pas toul’monde qui r’vient au cas où t’aurais oublié, cervelle déformée qu’t’es toi ! Renvoya la fille sans pour autant perdre son sourire. Z’avez trouvé quoi d’bien la bas ?
– C’était horrible, yavais des gens d’ici morts, et pis nous on sait pas trop à quoi ça sert skeu yavais la bas alors…
Un geste rapide et tendu de la main de l’aîné mis fin aux paroles du cadet.
« On doit rien dire, tout va a La Citadelle. Tout c’keu j’peux dire c’est qu’ils veulent racheter dla nourriture à la Communauté. Nous, on doit aller parler à La Taupe. C’t’ai bien d’te voir Bara, mais là on doit yaller, on a encore du travail. A plus tard. »

Les deux frères reprirent leur route, laissant de côté une jeune fille a l’air décontenancé.
Le Centre du Fourbi était une ruine circulaire faite en pierres. C’était le seul endroit du Fourbi qui demeurait propre, malgré sa taille. Un frigo trônait au centre de la place, comme éncastré dans le sol, et était constamment protégé par une brigade d’une douzaine d’hommes en treillis portant eux aussi l’insigne des Rapaces.
Les enfants passèrent le barage en montrant leur bracelets, et un soldat leur ouvrit la porte. C’était la l’entrée de La Citadelle.

Les souterrains étaient étroits, chauds et humides. Après quelques dizaines de mètres, la lumière devint plus forte, et la galerie s’ouvrait sur une vaste pièce pleine de métaux en tout genre. C’était là que l’on fabriquait les armes rudimentaires (épée, hache, couteaux, flèches…) pour le Fourbi et les armes de pointe pour la Communauté, lorsqu’une commande arrivait. Un deuxième barage de soldat les reconnus et les autorisa à passer d’un hochement de tête approbateur.
Une immense flaque de métal en fusion renvoyait des reflets orangés sur les murs, donnant à la pièce un aspect lugubre. De dos, un homme imposant travaillait à grand coups de marteau sur une pièce de métal destinée à devenir une arme. Son mouvement était parfaitement répété, précis et puissant.
Il se retourna, et trempa le fer chaud dans un bac d’eau froide. De la vapeur s’échappa furieusement du bac, puis l’arme fut déposée avec soin sur l’étal déjà bien rempli.
« Grosse journée Archie ?! » Cria un des deux garçons pour couvrir le bruit de la forge, tout en continuant son chemin.
Le forgeron leur répondit avec un salut amical, et un léger hochement de tête.
Quelques mètres après la forge, les enfants se dirigèrent vers un couloir qui semblait être un cul de sac. Le plus jeune s’accroupit, puis tira sur la trappe qui s’ouvrit sans un grincement. Les deux enfants disparurent dans le souterrain sans plus de bruits.
L’échelle descendue, et ils étaient arrivés chez La Taupe. Une grotte creusée dans l’argile, ou de nombreuses niches regorgeaient de livres en tous genres. Le silence qui régnait dans cet endroit était si intense que pas un des deux garçons n’ouvrit la bouche. Ils étaient enfin dans ce qu’ils considéraient le plus comme chez eux. Ils appréciaient déjà l’odeur du ragout, la chaleur de la grotte et le sentiment de sécurité qui en émanait.
Une voix tiraillée de vielle femme résonna contre les parois de la grotte.
« Ha ! Dan, Thom ! Je ne vous attendais plus ! J’ai bien cru que vous étiez restés hors clôture ! Venez, je suis derrière ! »
L’aîné s’avança vers le mur du fond, et appuya sur le rocher qui lui faisait face. Aussitôt, la pierre pivota et laissa un passage ouvert sur une grotte éclairée par une simple bougie, où était assise en tailleur La Taupe, un livre entre ses grandes jambes décharnées.
Elle ne portait qu’une tunique de lin et un manteau de fourrures, extrêmement rudimentaires. Sa peau était d’un gris blanchâtre inquiétant, pourtant, son sourire maternel renvoyait chez les deux enfants une joie qui faisait oublier son corps fatigué. Il ne lui restait que quelques fines mèches de cheveux blancs qui tombaient sur sa paire de lunettes, agrémentée de loupes et autres bibelots cliquetants et tombant sur les côtés. Ses yeux étaient petits, enfoncés, très sombres, mais son regard était étonnement doux.
La Taupe ferma le livre, en prenant soin de retenir la page, se leva et le posa sur un pupitre. Puis elle se tourna son visage anguleux vers les deux enfants.
« Alors, dit-elle d’une voix enjouée, qu’est ce qui a bien pu vous mettre en retard de la sorte ? Ce ne sont surement pas les livres, oh que non…vous n’êtes pas blessés au moins ? Il y a eu une attaque ?
– Non, tout va bien, c’est juste que cet endroit était vraiment très étrange. Répondit le plus âgé.
– Hmmmm. Si vous êtes ici, c’est qu’il y avait des livres ? Vous commencez à les connaitre pourtant, il n’y a rien d’étrange à cela, non, c’est autre chose. Il me faut des détails. Thom ?
Le plus jeune s’avança.
« Dis-moi, qu’as-tu vu la bas ? » Demanda doucement La Taupe.
– Yavais beaucoup d’morts. Pis yavais un gars chuis sur il était du Fourbi. Mais il avait plus de tête. Pis après on est allé dans l’partement, ça sentait la mort aussi. Mais une odeur différente, yavais moins d’sang. Alors on a vu l’ancien, il bougeait pu pis il avait un tout ptit liv ent’ ses mains. Mais c’est bizarre paskeu yavais preskeu rien d’crit d’sus.
Il marqua un temps de pause pour réfléchir, et ajouta :
« Yavais aussi plein d’tubes avec d’l’eau en couleur, ‘vec plein de couleurs, les Rapaces sont partis ‘vec, j’sais pas bien à quoi ça peut aider, moi si j’tai la Communauté, jeul boirai pas touca. »
– Et tu as bien raison ! En revanche, je te prierai de respecter le Langage. Ici, je garde le savoir parler des anciens, alors fait attention à tes paroles jeune homme, ou bien ils pourraient venir t’arracher la langue dans ton sommeil, lâcha La Taupe, un léger sourire en coin.
– Oui, c’est vrai, pardon, je suis désolé Madame Taupe. Répondit Thom en baissant les yeux.
– Haaa, voilà qui est nettement mieux, c’est bien, tu vois que tu peux y arriver si tu te concentre, dit-elle en passant une main décharnée dans les cheveux de l’enfant.
« Bien, donc, vous avez trouvé un petit livre, avec peu de choses écrites dedans, mais qu’un mort tenait entre ses mains. Montrez-moi. »
Dan sortit le journal de sa besace et le tendit à La Taupe. Elle effleura la couverture avec délicatesse.
« Il y a des lettres gravées dans le cuir, ça devait être un carnet important. « E. V. O. L. V. E ». Je ne comprends pas le sens de ces lettres, ça doit être un dialecte ancien, mais pas de chez nous, je dirais que ça vient du Nord. Voyons voir, de quand dates-tu petit journ… »
La Taupe ne finit pas sa phrase. Elle resta bouche bée et lu les quelques pages du journal en silence.
« Alors keseuk c’est ? » Demanda innocemment Thom.
Pour toute réponse, La Taupe planta ses yeux noirs dans les yeux de l’enfant. Thom y vit de l’espoir, de la tristesse, de la peur, mais surtout, quelque chose de très inhabituel chez elle : l’agitation. Elle semblait avoir perdu quarante ans en quelques minutes tant son énergie paraissait débordante.
« Une clé. » Répondit-elle dans un souffle.
– Jveux not’paye c’tout. Une clé ou un liv, pour nous c’pareil, n’a pas d’cof, n’sait pas lire. Nous faut à manger vite ! S’énerva Dan alors que La Taupe crapahutait frénétiquement d’une étagère à une autre.
Cette dernière s’arrêta net lorsque Dan eu terminé sa phrase.
« Surveille le Langage ! Tu ne comprends pas. Cette clé n’ouvre aucun coffre. Elle vient du passé, et peux rendre notre futur bien meilleur que ce présent miséreux… Ne parlez de ça à personne. Et évidemment que je vais vous payer, allez-vous installer, j’avais préparé du ragout comme convenu. » Répondit la vielle femme d’un air étrangement las.
« J’essaierai de comprendre vot’ bazar quand mon vent’ sra plein. Et mon langage c’est tout pareil qu’le vot’. Sauf que quand j’sors d’vot grotte, on m’comprend au moins. » Marmonna Dan en se dirigeant vers ce qui servait de cuisine à La Taupe.
« Mangez tant que vous le voulez les enfants, je suis désolée mais j’ai vraiment beaucoup de travail à présent. Merci pour votre aide. » Dit La Taupe en retournant dans ses étagères, à la recherche d’un livre qu’elle n’arrivait manifestement plus à trouver.
« Hé ! T’la trouve pas un peu dans l’zarb La Taupe ? » Chuchota Thom
– Plus que d’habitude t’veux dire ? Répondit Dan, la bouche remplie de ragout. Elle remue ses livs, sur’ment qu’elle range, ça doit ben lui arriver des fois.
– Normal’ment elle mange avec nous ! Insista Thom, l’air inquiet. Pis elle nous dis pas de tout manger…Le liv qu’on a ram’né, comment elle a dit dja ? Le carnet ?
Dan acquiesça, le regard planté dans son assiette.
« Héba chuis sur ya kekchose de zarb avec ce bazar. T’as vu sa tête quand elle a lu ? En plus elle nous a rien raconté de ct’histoire ! Pis c’est un liv, un carnet ou une clé ? »
Dan posa ses couverts, et repris du ragout.
– Moi l’histoire de c’liv, si ça la rendue folle, j’préfère pas la connaitre, c’est un coup à finir Déformé ça, poursur. En plus on a d’quoi manger, on l’a mérité. Alors mange et pose pas d’questions, le ragout est bon, et si tu m’le laisse jeul prend ! Répondit Dan tout en servant une copieuse ration de ragout à son frère.
Ils passèrent leur repas sans plus de discussions. Lorsqu’ils eurent finis, ils se rendirent compte que quelque chose n’allait pas. La Taupe était sortie. Et La Taupe ne sortait jamais.
« Là, c’est vrai qu’elle est dans l’zarb. » Pensa Dan, l’estomac enfin plein.
Les deux enfants sortirent précipitamment du souterrain, avec la ferme intention de savoir ce que faisait la vielle femme hors de sa grotte.
« Hé, les tios ! Lança une voix rocailleuse, keseuk La Taupe fait en dehors ? C’pas bien la, keseuk vous lui avez fait ? »
– Rien du tout Archie, poursur, on a ramené not’ butin, des livs comme elle aime, pis on a mangé et après elle était partie. Tsé ou elle va ?
– L’es partie en courant, en direction du Hall de la Communauté. Alors faites pas de baza…
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Les deux enfants se mirent à courir le plus vite possible, le Hall de la Communauté était à dix minutes de marche, si ils arrivaient à rattraper La Taupe, ils pourraient enfin savoir quel secret renfermait ces livres, et pourquoi elle, qui ne sortait même pas chercher sa nourriture, s’était empressée de partir sans même dire un mot ?
De plus, voir la Communauté, et tenter de rentrer à leur service – ce qui est bien plus reluisant que de faire des missions suicides pour le compte du Fourbi – c’était dorénavant possible.
« Après tout, pensa Dan, c’est nous qu’on les a ramené de c’t’endroit maudit ces livs, on mérite bien un peu plus qu’le ragout d’la vielle, aussi bon soitil ! »
La dalle en béton lâchait des nuages de poussière sur le passage des deux jeunes.
Thom était à bout de souffle, mais il suivait son frère les poumons en feu. Le regard de La Taupe après qu’elle ait lu ce carnet n’arrivait pas à quitter ses pensées.
« J’dois la rattraper, et savoir l’histoire, c’tout c’qui compte ! J’veux pas qu’l’ancienne nous cache un bazar monstre ! »
Enfin, le Hall de la Communauté apparut, et au bout de l’immense tunnel, les grandes grilles vert kaki, les miradors, les pickups armés de mitrailleuses lourdes et les soldats en uniforme se dessinaient devant l’immense bunker qu’était Le Hall de la Communauté. Au pied des marches, derrière les grilles, La Taupe se dirigeait, escortée, vers l’entrée du bunker.
Dan redoubla d’efforts, priant pour avoir encore une chance d’arriver à temps. Thom hurla en direction des grilles, attirant alors l’attention des gardes en patrouille. Un coup de feu partit. Dan chuta lourdement.
« Non ! Arrêtez ! Ils sont avec moi, pourquoi avez-vous tiré espèce d’inconscient !? » Hurla La Taupe, s’arrachant de l’emprise des gardes avec une énergie insoupçonnée.
Elle courut vers le blessé sans se soucier des gardes, des éclairs dans les yeux, se maudissant intérieurement de n’avoir pas préparé plus de ragout pour les retenir plus longtemps, ou de n’avoir pas trouvé les livres qu’elle cherchait assez rapidement.
Thom était déjà aux coté de son frère, hurlant et pleurant, le suppliant de se réveiller. La Taupe écarta l’enfant doucement pour saisir le poignet de Dan.
« Il est vivant…pour le moment, mais si on fait rien il va mourir dans quelques heures, alors toi, tu lâches ton arme, et vous le transportez à l’infirmerie ! » gronda la vielle femme en direction du responsable.
– Bien Madame…lâcha le soldat honteux.
« Thom, tu vas avec ton frère, il aura besoin de toi. »
– Mais…keseuk j’vé faire ‘vec lui ? Yva mourir ? Jveux pas La Taupe ! Faukeus soit toi qu’il l’aide !
– Calme-toi. Répondit-elle en posant une main sur son épaule. Le médecin est un ami à moi. Et ton frère a besoin de lui pour les soins du corps, et de toi pour le soin moral, crois-moi. Je viendrais te chercher une fois que j’en aurais terminé. »
– Non ! La Taupe, keskispasse ?! Keseuk le liv il t’a raconté ? Jveux savoir pourquoi tu coures partout en dehors d’la grotte, et pourquoi mon frère se fait tirer d’sus ! Hurla-t-il, des larmes ruisselant sur ses joues.
Elle lâcha l’enfant.
« Tu auras tes réponses quand je reviendrais te chercher, c’est promis. En attendant va avec ton frère, que tu sois avec moi à l’intérieur n’arrangera en rien la situation. »
Elle fit volte-face, puis se retourna une dernière fois vers Thom.
« Quand tu verras le médecin, dis-lui que vous êtes des amis d’Eliza, et tout ira bien. »
lle détourna le regard et partit, escortée par six gardes, et laissant l’enfant en pleurs suivre le cortège qui se dirigeaient vers le camp militaire dressé sur le flanc du bunker.
Un homme petit et trapu, au crâne dégarni et à la barbe grisonnante, en blouse blanche, courait déjà vers le blessé, accompagné par deux infirmiers.
« Nom d’une pute borgne, c’tait quoi encore que c’coup d’péteux ?! Et pourquoi jme r’trouve ‘vec un gosse à soigner ? – Les soldat désignèrent le coupable sans hésiter –
« Keskilafé l’tiot la ? Un vrai danger, poursur, c’est un Déformé sur’ment, ça s’voit ben à sa sixième jambe, hein idiot ?! » S’emporta l’homme d’une voix emplie de rage, tout en gifflant durement le soldat d’un revers de main. Ce dernier ne trouva rien a redire, et, la machoire endolorie, retourna a son poste en espérant que le médecin se contenterai d’une gifle pour sanction et n’irai pas tout raconter à son supérieur.
« Bon, c’pas grave on s’calme, soupira-il. Allongez le, voilà, on enlève les vêtements avec délicatesse autour de l’endroit où la balle a pénétré ok ? J’prépare le sédatif et on y va. »
Les infirmiers s’exécutèrent en silence.
« D’accord. La balle est restée à l’intérieur, par chance elle n’a pas touché de point vital, mais elle a dû casser au moins une cote, causant l’évanouissement. Faut la retirer sans faire de dégâts, nettoyer et recoudre ok ? Et priez pour que mon diagnostic soit bon et que son poumon ne soit pas perforé. »
Les infirmiers hochèrent la tête simultanément. Thom toussa. Les infirmiers restèrent stoïques, mais le médecin sursauta alors qu’il s’apprêtait à sédater le jeune homme.
« Nom d’une pu…oublie ça tiot. Kestufé ici, n’faut pas rester là tsé ? »
– C’mon frère, Dan, dit-il en le pointant du doigt. On est des amis d’Eliza. Ajouta-t-il d’une voix hésitante.
– Ha. Eliza hein ? Ça m’étonne pas, elle arrive toujours à se créer des ennuis. Rétorqua le médecin en prenant étonnament soin de prononcer correctement chacun de ses mots.
– La Taupe, s’créer des ennuis ? On doit pas parler d’la même. Répondit Thom interloqué.
– Pour que tu arrives ici, dans ma tente, avec ton frère blessé, disant que tu es un ami d’Eliza, une amie que je n’ai pas r’vu d’puis belle lurette, peu importe comment tu l’appelles, je suis certain qu’on parle bien de la même personne, répondit-il avec un sourire nostalgique. T’inquiète pas, j’vais m’occuper d’ton frangin, il va s’en sortir. Va dormir un peu derrière, yen a pour un moment.
Thom s’exécuta sans poser plus de questions, les émotions de cette journée l’avaient épuisé.
Il sombra dans un sommeil sans rêves.

📚Avis lecture – L’Empire des Loups📚

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😍Une excellente lecture😍

Voici mon retour sur “L’Empire des Loups” de Jean-Christophe Grangé publié chez Albin Michel.

C’est un excellent thriller noir que j’ai savouré du premier au dernier mot. L’auteur nous plonge au cœur de Paris, dans la petite Turquie, qui contient tout un univers clandestin que personne ne soupçonne. JC Grangé nous enveloppe de mystère et nous dait glisser dans l’histoire où chaque détail attise notre curiosité et accentue notre avidité d’en savoir plus. L’intrigue est haletante et complexe, la tension est maintenue du début à la fin.

D’un côté, nous suivons Anna Heymes, femme de Laurent Heymes, un haut fonctionnaire parisien. Elle est tourmentée par des hallucinations terrifiantes et commence à avoir des doutes sur sa vie, sa mémoire, son entourage… Elle finit par être persuadée d’être manipulée par son mari, le médecin, les forces de police…

De l’autre côté, on suit un jeune Capitaine, Paul Nerteaux, qui enquête sur les meurtres odieux de trois jeunes femmes turques clandestines. En quête de vérité, ce jeune capitaine comprend qu’il va avoir besoin d’un vieux loup de mer qui sache évoluer dans ces eaux troubles. Il va donc chercher un ancien flic à la retraite : Schiffer, qui ne possède pas la meilleure des réputations, mais qui détient ses entrée dans la petite Turquie.

Ces évènements ne semblent pas liés entre eux, mais la trame complexe qui se tisse va nous permettre de reconstituer le puzzle qui va tout lier. JC Grangé mène tout cela avec brio, le suspens est constant et les rebondissements ingénieux. Le cocktail est réussi : du sang, des complots, des manipulations, de la drogue… le tout sur fond de politique et de mafia.

Petit à petit, les personnages vont montrer leurs vrais visages. Tout un univers se révèle à nos yeux des bas-fonds de Paris jusqu’à l’Anatolie. Tout a commencé avec la peur, tout finira avec elle.

Un excellent thriller à savourer.

*****

Résumé :

Femme d’un haut fonctionnaire parisien, Anna souffre d’amnésie, d’hallucinations terrifiantes. Une psychiatre lui révèle qu’elle a subi une opération de chirurgie esthétique importante. Quand, où, pourquoi, de cela Anna ne se souvient pas…
Dans le Xe arrondissement de Paris, deux policiers sont chargés d’élucider les meurtres particulièrement horrible de trois Turques qui travaillaient dans les ateliers clandestins. L’un est un jeune inspecteur quasi débutant, l’autre un vieux routier du district, arraché à sa retraite.
Au cœur de l’enquête, “les loups gris”, une organisation turques d’extrême droite, mêlée à tous les trafics, des tueurs impitoyables. Leur piste va croiser celle d’Anna qui, petit à petit, retrouve son passé dans les lambeaux de sa mémoire.
Un chassé croisé sanglant, plein de bruits et de fureur, où proies et prédateurs, manipulés et manipulateurs se confondent dans les décors funèbres d’un Paris secret et d’un Istanbul de terreur, jusqu’au confins perdus de l’Anatolie.
Un thriller “à la Grangé” qui combine polar scientifique, polar classique et suspense politique dans un cocktail de terreur époustouflant.

*****

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Nouvelle vidéo : J’ai demandé à une IA de créer un site d’auteur… voilà le résultat !

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Créer un site d’auteur avec une IA ? Facile ! Mais est-ce vraiment une bonne idée ? 🤔
 
Dans cette vidéo, je teste un outil d’intelligence artificielle pour générer un site web d’autrice de fiction… et je te montre les limites cachées de ces solutions automatiques.
Tu verras que l’IA peut faire illusion, mais qu’elle ne remplace ni ton style, ni ta voix, ni ton univers.
 
👉 Ce qu’il manque ? De la cohérence, de l’émotion, du référencement, de l’accessibilité… et un œil humain pour tout relier !
 
 
📚 Je suis Wendy, alias WenDev, développeuse web spécialisée pour les auteurs de livres.
Je crée des sites uniques, pensés pour ton genre littéraire, ton lectorat et tes objectifs : vendre tes livres, te rendre visible, et incarner ton identité d’auteur·ice.
 
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00:00 – Intro
00:50 – Le prompte et la demande
01:54 – Petite précision sur ma démarche…
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12:15 – On débriefe ! Pourquoi l’IA ne suffit pas
13:26 – Comment je peux t’aider et conclusion
 
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Comment la personne peut-elle espérer s’accomplir ?

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L’accomplissement de la personne, un vaste sujet. Un sujet qui mérite que nous nous penchions un instant dessus. Un sujet qui, depuis le périple d’Ulysse pour rejoindre Ithaque, passionne les hommes. L’accomplissement de la personne, n’est-ce pas au fond un périple personnel vers son Ithaque intérieur, un voyage vers son moi profond ?

Un moi ipséitaire que l’on tente de découvrir ou de redécouvrir. Un moi qui donne un sens à l’existence, une conquête du « je » et du « tu ». L’accomplissement personnel, c’est un moi en dehors de moi, tout en étant en dedans de soi. C’est un moi qui a du sens.

Alors ici, la question se pose : Comment la personne peut-elle espérer s’accomplir ?

Nous y répondrons en étudiant l’accomplissement dans le pour soi et le pour autrui. Nous le verrons dans le domaine privé et le domaine public, dans ce que Hannah Arendt appelait la « vita contemplativa » et la « vita activa »¹.

I. L’accomplissement dans le pour soi

Au cours de cette première partie, nous allons nous attarder sur les moyens dont la personne dispose pour espérer s’accomplir dans le pour soi. Nous allons entrer dans le monde de la vita
contemplativa.

Cette vita contemplativa, bien que contemplative est avant tout une vie d’actions intérieures.
Le « pour soi » est ici un prélude au « pour l’autre ». Or, comment espérer s’accomplir sans se
connaître ou sans connaître le monde qui nous entoure ? De prime abord en prenant le recul, le
retrait nécessaire à l’introspection, la contemplation et l’étude.

Ce temps de facto privé, est le temps du loisir dans son antique acception d’activité ne servant pas à pourvoir à la nécessité du quotidien. Ce temps de vie est un moment pour l’élévation intellectuelle et morale. Par la skholé, comme jadis les grecs nommaient l’étude, l’homme peut avoir l’espoir de s’accomplir dans sa res cogitans.

En effet, Sénèque nous interpelle sur le fait que « le loisir sans étude est une mort de l’âme – une pierre tombale pour l’homme »². Cesser de se cultiver revient à cesser d’être au monde, cela est la première étape du sabotage de l’accomplissement de l’homme. La personne a le devoir de s’enrichir intellectuellement et moralement, car sans entretien de sa raison l’âme se meurt.

Si l’on cesse d’être au monde, c’est la fin du « pouvoir être ». Et de facto on annule le champ des possibilités qu’offrent la contemplation et l’introspection.

Contemplation qui permet à l’artiste, à l’explorateur et à l’homme en général de fixer ces parenthèses extatiques qui octroient la possibilité d’être dans l’accomplissement pour soi. Par la contemplation, Paul Cézanne a pu s’accomplir en figeant son regard, en figeant son moi dans le massif de la Sainte Victoire ; tout comme Eric Tabarly, qui en plongeant son regard dans l’horizon du rivage, ira voir par delà les Colonnes d’Hercules.

Enfin l’introspection, cette retraite nécessaire de soi en soi-même, offre de se recentrer sur son être dans son être, pour que s’opère l’aléthéia, le dévoilement de soi, pour entrer en « aperture » comme le dirait Ricoeur. « Aperture » qui ouvre la voie de l’accomplissement dans le pour autrui.

II. L’accomplissement dans le pour autrui

Je vous invite à poursuivre notre analyse des moyens dont dispose la personne pour espérer s’accomplir en nous penchant sur l’accomplissement dans le pour autrui, et dans la vita activa, la vie dite publique.

L’homme étant un animal politique selon l’aristotélicienne formule, il peut tenter de s’accomplir en trouvant sa place, son utilité dans la polis.L’homme n’est pas une machine, un outil. C’est pourquoi, cette utilité ne doit pas être comprise au travers du prisme de l’utilitaire, elle doit être regardée sous l’angle de la responsabilité, de la préoccupation pour autrui.

Nous entendons tous, ça et là, certaines personnes, à un moment donné de leur vie s’interroger sur le sens de leur emploi, de leur rôle social : « À quoi je sers ? » « Qui suis-je ? »

Ces interrogations légitimes se posent de plus en plus dans notre société moderne où la technicisation du travail (notre rôle dans la polis) tend à déshumaniser nos interactions.

Qui, du chef opérateur sur une hotline, ou de la puéricultrice est dans l’utilitaire ?

Qui, de la vendeuse de prêt-à-porter régie par la pression du chiffre ou du conseiller funéraire devant être attentif à l’autre, est dans la responsabilité ?

Il va de soi qu’un conseiller funéraire saura donner du sens à sa place dans la cité. Je ne suis pas sûr qu’un chef opérateur s’accomplisse dans un emploi si technique que le sens, l’éthique et la morale semblent être antagonistes à cet emploi purement utilitaire.

Pour espérer rejoindre son Ithaque personnel, l’homme doit agir en responsabilité et dans la préoccupation pour son altérité. Surtout si cette dernière est un enfant ou un jeune adolescent.

C’est pourquoi la paideia, la transmission, me paraît être capitale dans l’accomplissement de la personne.

En effet, éduquer, instruire c’est donner des connaissances, des sagesses et du soi à la personne que l’on a en face de soi. N’est-ce pas une preuve d’accomplissement pour un père ou pour un instituteur que de voir le fils ou l’élève évoluer selon les préceptes transmis ?

C’est dans cette transmission que le chef opérateur précédemment évoqué, peut espérer s’accomplir.

Parmi les moyens que possède la personne pour espérer s’accomplir, il y a également l’aide, le secours, la charité. C’est par cet acte de désintéressement que l’homme, abruti par le non-sens que lui propose la société moderne, devenue une bien piètre tragi-comédie indigne d’Eschylles, retrouvera du sens à ce pourquoi il est là. Je parle ici de désintéressement car, comme aurait pu le dire le philosophe et théologien espagnol Juan Luis Vives, ce que Dieu donne à chaque personne cela ne lui est pas donné à lui seul. Il ne peut donc pas y avoir de véritable piété sans aide ou bienfaisance mutuelle³.

Cela me fait dire que la charité désintéressée, c’est donner à Dieu par l’entremise du nécessiteux.

En effet, l’aide c’est se rapprocher de Dieu en se rapprochant de l’homme. Le secours est une préoccupation pour autrui faisant sortir l’homme de la banalité de son quotidien⁴. Et en cela, la
personne peut espérer s’accomplir.

Cette préoccupation non-banale me mène à vous parler des deux derniers moyens pour espèrer
s’accomplir, l’amour et l’acte de foi.

Nous avons vu que, par une préoccupation non-banale, la personne sortait de la banalité de son quotidien. C’est par cette sortie de la banalité ordinaire que la personne peut trouver les moyens de son accomplissement⁴. Parlons de l’amour maintenant, comme moyen d’espérer s’accomplir.
L’amour revêt d’abord un partie égoïque, voir dans l’autre un autre moi-même bien que l’autre soit
un étranger. Cependant, l’amour c’est aussi prendre la responsabilité d’une personne, qui à partir du
moment où cette personne est aimée, cesse d’être une chose parmi les choses mondaines. Elle cesse d’être réifiée pour devenir sujet.

Par l’expression des sentiments, et donc par la sortie de son moi, pour aller vers le toi s’opère la
subjectivité de la personne qui reçoit cet amour. L’amour devient alors une préoccupation non-
banale : une autre personne que moi-même compte dans ma vie. Cette personne est importante pour moi comme je suis important pour elle. Ce qui me confère une responsabilité pour un autre que moi, pour un être libre d’être ou de ne plus être dans ma mondanéité. C’est une responsabilité pour ce qui n’est pas de mon fait tel que pouvait le dire Emmanuel Levinas⁵.

L’amour est avant tout une éthique, il nous fait prendre conscience de l’autre en tant qu’être, nous
permettant donc d’être pour autrui.

Ainsi, c’est dans l’amour fondateur de bien des amitiés, de nombreuses romances, que notre
vendeuse en prêt-à-porter pourra, dans cette responsabilité, dans cette préoccupation non-banale, espérer s’accomplir. Elle cessera donc d’être dans l’utilitaire, pour être dans l’être. Tissera-t-elle de solides relations amicales ? Fondera-t-elle un foyer ?
S’accomplira-t-elle en offrant à un autre la vie ?

Ici, je voudrais poser une dernière question :
Et si pour espérer s’accomplir, la personne devait poser un acte de Foi ? Acte de Foi, qui est une éthique de la Foi. Éthique alliant l’amour désintéressé pour Dieu et l’amour en responsabilité pour l’autre, une action qui sort l’être de la banalité.

En effet, c’est par cet amour désintéressé pour Dieu que peut s’opérer l’ouverture. Laquelle fondera l’espoir de s’accomplir en Dieu. Pour illustrer mon propos, je voudrais vous parler d’une religieuse polonaise , qui devenue aveugle à 22 ans, parcourut l’Europe occidentale pour s’enquérir des techniques de communication pour aveugle déjà bien développées en France et en Allemagne. Mère Roza Czacka fondera par la suite la « Société pour le soin des aveugles » à Varsovie et adaptera l’alphabet Braille à la langue Polonaise.

La Bienheureuse n’hésitera pas, au péril de sa vie, à utiliser son couvent pour cacher des Résistants pendant l’annexion de la Pologne par les nazis. Mère Roza Czacka ne s’est-elle pas ici accomplie ? N’a-t-on pas ici un bel exemple de l’espoir d’accomplissement par un acte de Foi ? Acte d’une existence tournée vers Dieu, en ouverture sur le
monde pour autrui.

Nonobstant tout ce que nous venons de dire, la personne devra prendre en considération son caractère mortel. Marquée par une temporalité définie, elle devra par conséquent se hâter d’être et de vivre pour espérer s’accomplir.

Conclusion :

Nous avons vu que pour espérer s’accomplir, la personne pouvait dans un premier temps se chercher, étudier, être dans la contemplation pour devenir une ouverture et être au monde. Puis, nous nous sommes attardés sur le fait que pour espérer découvrir son Ithaque personnel l’homme devait être pour autrui.

En comprenant le paramètre temporel de son existence la personne sera de facto dans l’être.

C’est par cette compréhension de sa finitude terrestre, qui lui permettra une conscience introspective de soi et d’agir éthiquement dans la préoccupation pour autrui, l’amour, la foi et la raison et en trouvant le sens de son existence que la personne peut espérer s’accomplir. Car comme l’aurait dit Zénon de Kition : « l’homme conquiert le monde en se conquérant lui-même ».

Florian Marek

Bibliographie :
¹. Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, trad . Georges Fradier, coll. Biblio Essais, éd. Le Livre de poche, 2023.
₂. Sénèque, Lettres à Lucilius, éd. Edition Intégrale, 2022, Lettre n° LXXXII.
₃. Juan Luis Vives, El socorro de los pobres, langue espagnole, coll. Clásicos del pensamiento, éd.
Tecnos Editorial SA, 2007.
₄. Martin Heidegger, Être et Temps, trad. François Vezin coll. Tel, éd. Gallimard, 1968.
⁵. Emmanuel Levinas, Ethique et Infini, coll. Biblio Essais, éd. Le Livre de poche, p.91.

📚Avis lecture – Les mendiants des mers, Tome 1 : Le sceau de Ran📚

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🤩Une belle lecture🤩

C’est un roman de fantasy pour adultes. Le mystère et les légendes d’une ancienne race oubliée m’ont donné envie de découvrir cet univers.

On plonge directement aux côtés de Rol dont la vie tourne rapidement à la catastrophe. Il se retrouve chez Michal Psellos, un être sombre et malfaisant. Il y fait la connaissance de Rowen, une tueuse implacable, à la fois magnifique et énigmatique, que le maître des lieux utilise comme un jouet. La jeune femme ne laisse pas Rol indifférent, bien évidemment. Durant tout son séjour à Ascari, Psellos passe son temps à jouer avec eux jusqu’à ce que Rol et Rowen finissent par découvrir le terrible secret qui les lient…

Sur la seconde partie du livre, nous continuons de suivre Rol qui poursuit son évolution et qui retrouve la mer 💜.Car oui, c’est un marin avant tout… Sa vie n’en est pas plus calme pour autant, le sang continue de couler…

Dans ce premier volume, l’univers se met en place. Très rapidement, on comprend que Rol est bien différent. Après tout, il a été marqué du Sceau de Ran… Sa particularité se manifeste progressivement au fil du temps, celle-ci pouvant être accentuée par le cadeau de Psellos (empoisonné ou non, je ne l’ai pas encore déterminé…).

En résumé, malgré les termes techniques maritimes que je ne maîtrise pas (je n’ai absolument pas le pied marin 😝), j’ai apprécié mes péripéties de Rol qu’elles aient été terribles, joyeuses, renversantes, sanglantes, éblouissantes…
Ce premier volume se lit facilement. La fin nous laisse une très belle porte ouverte avec de nombreuses questions. Comment va continuer à évoluer Rol ? Quel choix fera-t-il ? Rowen réussira-t-elle sa quête ?
J’espère vraiment retrouver Gallico et Allias dans le second volume 💖, ce sont deux personnages que j’aime beaucoup.

Bref, une lecture qui pourrait vous tenter 😉.

*****

Résumé :

Dans un monde abandonné par son créateur a autrefois existé une race très ancienne, “Ceux d’Avant”, doués de pouvoir que l’humanité peut à peine imaginer. Selon certaines légendes, ils furent les derniers des anges. D’autres prétendent qu’ils étaient des démons. Rol Cortishane a grandi dans un petit village de pêcheurs isolé sans savoir quelle était au juste sa place dans le monde. Mais le sang de cette race depuis longtemps oubliée coule dans ses veines et va décider de sa destinéée. Marqué du Sceau de Ran, accusé de sorcellerie et de magie noire, Rol doit fuir son village et trouver refuge dans la Tour du mage Michal Psellos, un personnage sombre et effrayant qui règne en maître. Là, il sera formé pour devenir assassin, sous la direction de la séduisante mais trouble Rowen. Psellos utilise cette dernière comme un jouet, ce que Rol a beaucoup de mail à supporter.
Car la rencontre de Rol et Rowen n’est pas due au hasard, et tous deux vont bientôt découvrir le secret qu’ils partagent sur leur passé. Ce secret les conduira à prendre leur destin en main, un destin qu’ils devront tracer dans le sang…

*****

📚Avis lecture – Malevil📚

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💗 Une jolie pépite 💗

Science fiction post-apocalyptique publié au début des années 70, chef-d’œuvre de la littérature française qui réunit toutes les notions du genre.

J’avais découvert ce livre dans le cadre de ma scolarité au lycée, il y a environ 25 ans. D’ailleurs, merci à ma prof de français de seconde sans qui je n’aurais sûrement jamais lu cette merveille. Adolescente, je l’avais beaucoup apprécié. Aujourd’hui, l’envie de le redécouvrir en tant qu’adulte m’a poussée à le relire et je l’ai autant aimé, si pas plus qu’à l’époque.

J’ai été ravie de retrouver Emmanuel et ses amis d’enfance (petit faible pour Peyssou d’ailleurs 😉 que j’ai encore malgré les années). Le début du livre nous remonte dans l’enfance d’Emmanuel et c’est important, car sans cela, nous ne pourrions comprendre ce qui a forgé ce personnage exceptionnel auquel je me suis énormément attachée encore une fois, mais aussi les lien qui les unissent. Emmanuel est un homme charismatique, un brin manipulateur, mais très inspirant également. D’ailleurs, tous les personnages que l’on rencontre, quels qu’ils soient, sont profonds et superbement bien construits. Vous vous attacherez à tous les Malevilliens et même d’autres, mais je n’en dirai pas plus, car je ne voudrais pas trop en dévoiler 😉  .

Robert Merle fait bien plus que nous plonger dans l’histoire de cette petite bande de survivants qui tente de s’organiser et de survivre dans une campagne ravagée après le cataclysme qui a détruit le monde (enfin, on l’imagine. Car pour le reste du monde nous n’en saurons pas plus). L’auteur dissèque les rapports humains, ouvre de nombreuses questions sur la condition humaine, la sécurité, la spiritualité, l’organisation sociale des survivants… mais aussi sur la condition de la femme.

Une jolie pépite qui vous tiendra en haleine jusqu’au bout afin de connaître ce qu’il adviendra de chacun des personnages, qu’on les aime ou non, d’ailleurs. Car, ce qui est aussi remarquable, c’est que l’on veut savoir ce qu’il adviendra de chacun d’eux, même des plus antipathiques.

Bref, une pépite à lire absolument !

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Résumé :

Une guerre atomique dévaste la planète, et dans la France détruite un groupe de survivants s’organise en communauté sédentaire derrière les remparts d’une forteresse. Le groupe arrivera-t-il à surmonter les dangers qui naissent chaque jour de sa situation, de l’indiscipline de ses membres, de leurs différences idéologiques, et surtout des bandes armées qui convoitent leurs réserves et leur nid crénelé ?

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📚Avis lecture – Seul un monstre, Tome 1📚

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🤩 A lire, je recommande 🤩

Il conte l’histoire d’une jeune Sino-Britannique, nommée Joan, qui découvre ce qu’elle est : un monstre qui vole le temps aux humains pour voyager à travers les époques, mais aussi ce qu’est Nick, son amour de vacances : un héros. Et, le héros tue les monstres. Pourtant, malgré le fossé qui les sépare, tout semble vouloir les rapprocher.

Afin de sauver leur famille du carnage auquel elle a survécu avec Aaron, l’héritier déchu de la famille Olivier, ils se lancent dans une quête quasi impossible. Durant leur périple, on apprend ce que sont réellement les différentes familles de monstres, mais aussi qui est ce fameux héros.

Plusieurs personnages m’ont marquée : Aaron se révèle bien plus attachant qu’il n’y paraît, quant à Tom, il m’a touché en plein cœur lorsque j’ai découvert qui il était, ainsi que ses motivations. Et, pour Nick, j’ai fini le cœur brisé 😭.

La seconde moitié du roman, avec ses rebondissements et les révélations, est magistrale, et la fin de ce tome est poignante ! En effet, cette partie m’a littéralement prise aux tripes par ce qui s’y dévoile et comment ce tome se clôture (oui, j’ai eu la larmichette pour plusieurs passages, mais aussi à la fin 😥).

En conclusion, si la lecture de la première moitié a été un peu longue, j’ai totalement dévoré la seconde et j’ai été fauchée par la fin de ce tome !

A lire, je recommande !

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Résumé :

Pour Joan Chang-Hunt, les vacances s’annoncent idylliques. Elle est bien décidée à savourer tranquillement son séjour dans la famille un peu farfelue de sa mère à Londres. Elle adore son petit boulot au manoir de Holland House, où elle se rapproche peu à peu d’un autre passionné d’histoire, Nick. Mais rien de tout cela n’est en fait un hasard : quand, une nuit, un terrible drame se produit, l’été de la jeune fille vire au cauchemar.
Les Hunt ne sont pas simplement de grands excentriques, ce sont des créatures dotées de pouvoirs cachés aussi fascinants que terrifiants – l’un des douze clans qui règnent en secret sur la capitale. Le tueur de monstre des contes de son enfance n’est pas qu’un mythe, il existe bel et bien, et ne reculera devant rien pour abattre ceux qu’elle aime. Pire encore : c’est Nick, le garçon auquel elle a commencé à s’attacher. Pour sauver les siens d’une mort certaine, Joan va donc devoir s’allier avec l’héritier d’un clan ennemi, Aaron Olivier. Mais surtout, il va lui falloir accepter sa véritable nature.

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📚Avis lecture – Ma vie à l’infini📚

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💖Pépite coup de cœur💖

Ma vie à l’infini est le premier roman d’Adeline Tabary publié à Heaven Dream Editions.

Je connais depuis longtemps la plume d’Adeline qui est incroyable, et ce fût un vrai bonheur de la retrouver. La première vie de Maxime ne m’était pas inconnue et j’attendais avec impatience de la relire et, avec elle, découvrir les autres et retrouver Max, Lex, et la jolie Mathilde 💜💜💜. Et autant vous dire que Ma vie à l’infini est une vraie pépite, un régal que j’ai dévoré sans modération.

Les personnages sont profonds et attachants. On les retrouve au fil des cinq vies de Maxime avec leurs personnalités qui restent les mêmes. Au fil des recommencements, Adeline nous montre comment un choix, une action, un petit détail peut tout changer. Comment un grain de sable peut enrayer la machine, comment un intonation de voix peut tout faire basculer…

Adeline nous expose avec brio, d’une plume qui fait écho à votre âme et votre cœur, une réflexion sur la vie et tout ce qui peut la colorer dans toutes les nuances de gris, car rien n’est jamais tout blanc ou tout noir. A la question que l’on s’est tous posé au moins une fois dans notre vie : “Et si j’avais fait ci, ou choisi ça…”, Adeline nous offre un aperçu des possibilités avec les différentes vies de Maxime qui implique toujours le même trio, des âmes sœurs qui sont vouées à évoluer ensemble.

Les émotions, les rebondissements, les surprises sont au rendez-vous et vous tiennent en haleine du début à la fin. Aucune vie ne ressemble à une autre, mais toutes résonnent au plus profond de nous car elles sont offertes avec justesse. Une telle justesse, qu’elle fait écho à votre propre vie, à vos propres remises en question, vos émotions, vos doutes, vos certitudes…

Une expérience littéraire hors norme offerte par une auteure à la plume envoûtante et au talent exceptionnel. Et, la fin est un vrai coup de maître de l’auteure, elle est d’une justesse incroyable et parfaite.

En résumé : Foncez, à l’infini !

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Résumé :

Que feriez-vous si votre existence n’était qu’un éternel recommencement ? Vos choix seraient-ils différents ?
Je m’appelle Maxime, et ce matin, je me dirige vers un entretien d’embauche qui pourrait s’avérer crucial pour mon avenir. Je ne m’attendais pas à croiser la belle Mathilde, l’hôtesse d’accueil timide. Cette rencontre pourrait bouleverser ma vie, l’illuminer. Amour, succès professionnel, tout semble enfin me sourire. Mais le bonheur est éphémère et le rêve peut rapidement se muer en cauchemar.
Que serais-je devenu si j’avais su ? Aurais-je pris d’autres décisions, emprunté un chemin différent ? Et si le destin m’offrait une nouvelle chance, un véritable recommencement ?

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📚Avis lecture – Marquer les ombres, Tome 1📚

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❤ Pépite coup de cœur ❤

Ce tome 1 est un vrai coup de cœur que j’ai dévoré. Les chapitres s’enchaînent en lien soit avec Cyra soit avec Akos. Deux personnages que tout oppose, puisque Akos fait partie d’une des familles aisées de Thuvé, les Kereseth, tandis que Cyra est la sœur du dirigeant de leurs ennemis les Shotet, Ryzek Noavek.

Les Shotet et les Thuvétistes sont deux peuples qui occupent la même planète dirigée par Thuvé. Ces derniers sont décrits comme une nation de pacifistes tandis que les Shotet comme des guerriers sauvages. Ce sont surtout deux peuples dont les coutumes et les rites les opposent en tout point.

Je me suis très rapidement attachée à Akos et Cyra, même s’ils sont aux antipodes l’un de l’autre au début et que rien ne permettait de voir leur chemin se croiser jusqu’à ce qu’Akos soit amené au manoir des Noavek.

Ryzek est l’un des personnages que j’ai adoré détester, tout comme Vas. Il y en a également plein d’autres que j’ai beaucoup aimé : Aoseh, Teka, Cisi, Jorek, Ori… Quant à Sifa, je ne sais pas encore si je dois l’aimer ou la détester. Elle est à la fois fascinante et mystérieuse, mais surtout difficile à cerner.

Je n’en dévoilerai pas trop pour ne pas risquer le spoil, mais l’évolution des personnages et de leurs relations est un point que j’ai vraiment adoré dans cette histoire. Sans compter les secrets qui semblent présents dans les deux camps.

Cyra est une héroïne comme je les aime. Considérée comme dangereuse et menaçante (ce qu’elle est), sa personnalité est bien plus complexe et attachante que le donne les apparences. Quant à Akos, il est doux et chaleureux, mais se révèle bien plus sombre que Cyra par moment. Je me suis énormément attachée à ces deux personnages dès le début, ce qui m’a fait d’autant plus aimer leur évolution au fil du temps.

En conclusion, une pépite coup de cœur pour moi dont la fin me donne envie de dévorer le Tome 2 avec impatience.

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Résumé :

Dans une galaxie dominée par une fédération de neuf planètes, certains être possèdent un “don”, un pouvoir unique. Akos, de la pacifique nation de Thuvé, et Cyra, sœur du tyran qui gouverne les Shotet, sont de ceux-là. Mais leurs dons les rendent, eux plus que tout autre, à la fois puissants et vulnérables.
Tout dans leurs origines les oppose. Les obstacles entre leur peuples, entre leurs familles, sont dangereux et insurmontables. Pourtant, pour survivre, ils doivent s’aider – ou décider de se détruire.

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📚Avis lecture – Le croisement des parallèles📚

#Hashtag(s) : #Critique & analyse

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Une lecture sympathique

Avec Le croisement des parallèles de Patrick Nadaud et Bernard Varnoux publié aux édition Le livre et la plume, je sors de mes lectures habituelles puisque ce court roman à quatre mains retrace le quotidien de Philippe et Adrien.

Les chapitres s’enchaînent, alternant le parcours des deux hommes qui arpentent des chemins de vie presque à l’opposé l’une de l’autre.
D’un côté, Philippe vient au monde dans un cocon douillet avec une enfance de rêve et un avenir qui semble se tracer sans encombres. Il a une relation très profonde avec son père, Charles, auquel il est très attaché.
De l’autre, Adrien qui naît de “père inconnu” (officiellement), non prévu dans la vie de sa jeune mère. Il vivra ses premières années chez sa tante et son oncle. Deux personnes qui m’ont beaucoup touchée et que j’ai énormément apprécié.

Tout semble les mener vers des vies si différentes, au point que rien ne prédit qu’elles pourraient se croiser.
C’est d’ailleurs ce concept, offert dans le titre, que j’ai trouvé intéressant. Malgré tout, je regrette qu’il n’ait pas été plus approfondi au fil du livre. Je pense que le croisement des parallèles aurait mérité d’être exploité de façon plus développée et pas seulement sur la fin. J’aurai aimé en savoir un peu plus sur cette intersection improbable, mais aussi sur ce qu’elle a permis de faire naître.

La plume des deux auteurs est fluide et très agréable à lire. Le passage de l’une à l’autre se fait sans difficulté. On sent l’amour des mots qui les animent tous les deux même s’ils ont chacun leur style.
Le côté Philippe est écrit avec un peu trop de naïveté à mon goût, tandis que le récit d’Adrien est parfois un peu trop chaotique ce qui a entraîné un brin de confusion par instant, mais la vie d’Adrien est aussi plus complexe que celle de Philippe.

En conclusion, une lecture sympathique avec une excellente chute, un concept d’intrigue bien pensé, mais j’aurai aimé que celui-ci soit un peu plus développé.

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Résumé :

Dans cet écrit à quatre mains, deux hommes pudiques nous plongent dans leurs vies singulières. Rien ne présupposait que leurs trajectoires de vie, a priori parallèles, se croiseraient. Ni leur enfance, ni leur vie professionnelle.
Qu’ont-ils en commun ? Leur amour des mots, de la poésie et de la musique ? Leur souffrance d’un parent disparu ? Leur quête de reconnaissance de ce qu’ils ont accompli ?
Dans cette interrogation “Charles, le sais-tu ?”, Adrien et Philippe nous livrent leurs intimités.

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Podcast “Les clés de la créativité : je suis aussi auteure ! 💜 Découvre mon univers littéraire.

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Quand je ne crée pas des sites internet pour les auteurs, j’écris des livres !

En pleine écriture de mon 5e roman, je ne manque pas de parler de mes autres écrits ! 😁
 
Et l’année dernière, j’ai eu la chance d’être interviewée et enregistrée pour le podcast Les clés de la créativité de Thomas Piard, paru il y a quelques jours. Un grand merci pour cette belle expérience !
 
Découvre les coulisses de mon inspiration, mes romans et bien plus encore à travers les questions de Thomas : 
 
Et si toi aussi, tu veux être interviewé par Thomas, rendez-vous sur
🔗
Visiter le lien
www.linkedin.com
pour le contacter !
 
Bonne écoute ! 💜

Ton compte Instagram devient lisible par Google. Et non, ce n’est pas de la science-fiction. 🚀

#Hashtag(s) : #Autre

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Depuis le 10 juillet 2025, tes publications Instagram peuvent désormais apparaître dans les résultats de recherche Google 😱
Oui, tu as bien lu : tes posts Insta peuvent maintenant sortir sur Google (presque) comme un vrai site web. Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit : cela ne remplace PAS un site web, mais ça change quand-même la donne, parce que le web est en phase de devenir plus ouvert ! 💜

Tu vois le topo ?
👉 Ton compte Insta devient une vitrine publique, pas juste un carnet de bord de tes galères d’écriture ou un album photo de ton chat (et de ton livre !) pour tes abonnés.

🔍 Ce que ça change concrètement pour toi en tant qu’auteur·e :
Tu gagnes une nouvelle chance d’être trouvé·e par un lecteur, un libraire, un journaliste ou un futur fan fou amoureux de ton style… bref, tous les gens qui ne sont pas sur les réseaux (ou ceux qui y sont moins souvent).

Tu peux attirer du trafic vers ton site web (si tu en as un — sinon… coucou, c’est mon métier 😄)

Ton contenu Instagram commence à jouer dans la cour des grands : celle du référencement naturel, alias le fameux SEO !

➡️ Dans les slides, découvre comment bien référencer tes posts pour qu’ils soient visibles et lisibles par Google !

✨ Maintenant, considère ton compte Insta comme un mini-blog d’auteur
Tu n’as pas besoin de tout transformer. Mais poste avec l’idée que ton contenu peut maintenant toucher des inconnus via Google. C’est une porte d’entrée vers ton univers, ta plume, tes livres.

En gros, Instagram devient un outil de visibilité web, pas juste de réseau social. Une extension de ton identité d’auteur.

Et toi, tu le savais ? Tu vas changer ta manière de poster ou pas ? Dis-moi tout en commentaire ! 😁

📚Avis lecture – L’engrange-temps T1📚

#Hashtag(s) : #Critique & analyse

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😍 Une très jolie lecture 😍

Dans le Tome 1 de L’engrange-Temps de Nell Pfeiffer aux éditions HachetteRomans, on y fait la connaissance de Sophie, une jeune femme issue d’une lignée de Tisseurs de Temps réputés : les Delapointe. C’est une demoiselle discrète qui apprécie de passer inaperçu. Elle reprend l’horlogerie de son père décédé prématurément.

Comme lui, elle répare, chouchoute et prend soin de tout un tas d’horloges magiques : les Horanimas, que ce soit montre à gousset, réveil, pendule… Elle maîtrise donc la chronolangue, langage qui permet de communiquer avec les Horanimas.

Mais, tous savent que ce ne sont pas les seules horloges magiques qui existence. Il y a un tas d’Horloges Prodigieuses aux pouvoirs plus ou moins incroyables ou même dangereux, dont les Engrange-Temps. Ceux-ci permettent de voyager dans le temps.

Sophie a une vie tranquille, bien rangée et le privilège de veiller sur toutes les Horanimas du palais de la famille royale comme son père le faisait avant elle. Mais, tout va basculer le jour où elle accepte d’aider Dimitri, le frère jumeau du roi.

Elle va vite comprendre que la famille royale renferme des secrets et que son père est bien loin de lui avoir tout enseigner. Mais surtout, elle va faire l’expérience qu’il n’est jamais bon de sortir de sa ligne temporelle, que jouer avec le temps peut vite devenir dangereux et avoir d’importantes répercussions.

Les mystères se dévoilent progressivement, la plume de l’auteure est très agréable. Les chapitres se parcourent aisément et l’univers est remarquable. J’ai énormément aimé Farandole, mais aussi le mystère autour des jumeaux…

En résumé, une très jolie histoire qui nous fait voyager dans le temps aux côtés des personnages, entre magie, science, légendes, rumeurs et complots. Et le plus, le visuel de la couverture est splendide (c’est d’ailleurs lui qui a accroché mon œil au début 😉), ainsi que celui de l’intérieur du livre. C’est avec plaisir que je suivrai les prochaines aventure de Sophie.

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Résumé :

En Grahenne, le temps a un pouvoir, et Sophie Delapointe ne le sait que trop bien. Car loin d’être une simple horlogère, Sophie est une chronolangue : elle parle aux Horanimas, ces horloges pourvues d’âmes, chargées de surveiller le palais et de prévenir les complots contre le royaume.
Le quotidien parfaitement rythmé de la jeune femme se dérègle le jour où Dimitri, le frère jumeau du roi, lui demande de réparer une engrange-Temps, une horloge magique extrêmement rare permettant de voyager dans le temps. Mue par le désir de revoir vivant son père, qui est décédé dans d’étranges circonstances, Sophie accepte d’aider le prince. Propulsée dans une aventure périlleuse à la cour royale, Sophie va réaliser à ses dépens qu’on ne joue pas avec les lois du temps sans en payer le prix…

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Les formats d’images sur le web (et sur Bookirama !) 🖼️

#Hashtag(s) : #Autre

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Sais-tu qu’il n’est pas conseillé d’utiliser n’importe quel format d’image pour n’importe quel type d’image que tu mets dans ton site, ou sur le web d’une manière plus générale ?

Il en existe des tonnes et chaque format a son usage spécifique. Petit focus sur les plus utiles pour que tu puisses t’y retrouver…

💜 𝗟𝗲𝘀 𝗶𝗺𝗮𝗴𝗲𝘀 𝗺𝗮𝘁𝗿𝗶𝗰𝗶𝗲𝗹𝗹𝗲𝘀 : Composées d’une série de pixels (blocs de couleurs individuels). Ces pixels disposent d’une taille définie par rapport à leur résolution (basse ou haute). Quand ils sont étirés pour remplir l’espace qu’ils n’étaient pas censés occuper, ils se déforment, ce qui a un impact sur la netteté des images.

💜 𝗟𝗲𝘀 𝗶𝗺𝗮𝗴𝗲𝘀 𝘃𝗲𝗰𝘁𝗼𝗿𝗶𝗲𝗹𝗹𝗲𝘀 : Composées de segments liés entre eux par des formules mathématiques. Chaque élément de l’image a une place bien définie, ce qui empêche que l’image soit déformée. L’avantage est qu’elles sont adaptables à tous les formats.

💜 𝗤𝘂𝗲𝗹𝗾𝘂𝗲𝘀 𝗳𝗼𝗿𝗺𝗮𝘁𝘀 𝗱’𝗶𝗺𝗮𝗴𝗲𝘀 𝘂𝘁𝗶𝗹𝗲𝘀 :
1. Joint Photographic Experts Group (.jpeg ou .jpg)
2. Portable Network Graphics (.png)
3. Graphics Interchange Format (.gif)
4. Scalable Vector Graphics (.svg)
5. Webp (.webp)

Le savais-tu ? Y a-t-il d’autres formats dont tu souhaiterais connaître les détails et que je n’ai pas abordés ? Dis-moi tout en commentaires ! 😉

📚Avis lecture – Le dernier marthyr, T1. Inconfortable prophétie📚

#Hashtag(s) : #Critique & analyse

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😍 A lire absolument 😍

Le dernier marthyr, T1. Inconfortable prophétie de Simon Maëro aux Editions Le Lys Bleu est sorti en cette année 2025. J’ai eu la chance de le découvrir avant qu’il ne paraissent et je remercie Simon pour la confiance qu’il m’a accordée en m’offrant ce privilège.

On y découvre Christellent (Chris pour les intimes 😉), jeune homme au regard d’or, dernier des siens, qui s’évertue à survivre seul depuis son enfance dans l’une des villes les plus malfamées. Le dieu-guerrier Yahnskan, son mentor et unique ami, le prépare depuis toujours pour sa mission qui constitue l’unique but de son existence.

Les premières étapes de sa quête sont décrites dans une prophétie livrée par la déesse de la destinée, Feyhna. Et, pour réussir, il doit la suivre à la lettre. Première étape : trouver cinq compagnons d’armes qui devront réaliser cette quête avec lui jusqu’au bout. Point inconfortable… Et, ce n’est que le premier…

Nous découvrons donc Chris, mais aussi les différents compagnons de quête qui le rejoindront 😍. Le disciple du Chasseur ne cesse d’évoluer tant en personnalité qu’en puissance durant ce premier volet. Le groupe de mercenaires, aux personnalités et particularités très variées, sont tous très attachants; même si certains sont plus énigmatiques… N’est-ce pas, Circera ? 😉

Nous enchaînons questionnements, péripéties, doutes, mystères, peurs, espoirs, révélations… Simon nous emmène dans un vaste monde magnifiquement construit, empli de magie et de personnages profonds, avec des pointes d’humour très régulières (un vrai régal), au chant d’une plume qui joue avec le rythme des phrases.

Ce premier volet est un plaisir à lire, la fin est intense 😍, offrant des révélations qui ne donne qu’une envie : découvrir le Tome 2 !

A lire absolument !

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Résumé :

Christellan s’acharne à survivre afin de continuer à recevoir les enseignements de son mentor et unique ami, le dieu-guerrier Yahnskan, depuis que son panthéon l’a sauvé du désastre qui a marqué son enfance. Il se prépare pour la mission qui constitue l’unique but de son existence, décrite brièvement dans une prophétie obscure. Pour un élu formé par le Chasseur et guidé par la gardienne de la destinée, un quête considérée comme impossible l’est-elle vraiment ? Le champion choisi par la Myrhiade n’a apparemment rien à perdre… du moins, au début du voyage.

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Qui suis-je, mes écrits et moi

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EtherNoema ou Lapasseusesdhistoires ? Kesako ? Je suis une jeune autrice, on va dire bientôt 30 ( deux ans c’est large ! ^^), qui a commencé à douze ans par des poèmes puis des fanfictions et journaux intimes puis à créer des histoires originales par la suite.

 

Depuis 2021, après avoir écrit (toujours le cas aujourd’hui) des fanfictions sur UN DOS TRES avec Marta Ramos sur des carnets, j’ai découvert Wattpad, Noevel, Fanfictions.net et Scribay qui est maintenant l’Atelier des Auteurs.

 

Je vous passe les aventures en zigzagues d’un site à l’autre, puis de plus revenir car planning trop chargée et qu’aujourd’hui, je n’ai pas retenu la leçon :p

Il faut juste savoir que j’étais prédestinée à voguer dans les eaux arcs en ciels de magie, de bandes de copains prêt à tuer une créature sauf que via ADA (Ateliers des Auteurs), j’ai pu à force de vouloir répondre aux défis des autres, d’en proposer moi même, j’ai pu donc découvrir d’autres contrées.

Sciences-Fictions, futur en général, jeunesse, jeune adulte et même parfois de l’érotisme jusqu’à ma première longue histoire en ligne (55 chapitres environ) une darkromance sombre, très crus, très violente mais avec ce que j’incorpore aux maximums dans mes recettes : Une remise en question comme une morale, de l’espoir, de la paix après la douleur, parfois le poids du poids du passé et c’est déjà pas mal de cité ^^

J’ai découvert la Dark Romance par Nelra “Emprise Tome 1”.

Puis, après avoir mise de côté mon idée de roman jeunesse qui avait eu milles versions, un ok d’une ME et dont j’avais décidé d’écrire autre chose et que c’est toujours en pause, j’ai envoyé ma DarkRomance à 34 ME depuis Janvier parfois avec deux autres petits romans ayant de la romance.

Dix refus, d’autres sans nouvelles et une où j’attends le contrat pour discuter avant le rdv en visio dans le mois prochain. Pour trois textes avec du travail…Une maison d’ailleurs où le contrat permettra de voir si j’ai bien raison de me méfier d’après les avis du net.

En patientant, je me suis remis sur Kobo. J’y étais pour des petites nouvelles. J’ai donc mise en ligne sur Kobo :

“Voyage au bout de l’Enfer” et “Ma peine, ma haine” sous EtherNoema

Pour le moment, le premier est aussi sur Amazon KDP même pseudo. Bientôt version papier

Et le deuxième aussi.

Google play livre également, il y aura mes deux écrits.

 

Pour “Lapasseusesdhistoires”, sur Kobo, je n’ai pour le moment que mon recueil de poème “Les minutes sauvages”.

J’ai donc deux noms différents pour Ether, romance et tout genres de romances, un jour de l’érotique je verrais. L’autres donc pour les autres genres plus divers.

 

Etant nouvelle en autoéditon, je suis toujours à la recherche de lecteurs bien sûr mais surtout de commentaires pour savoir si malgré mes vérifications, la mise en page est ok comme les fautes ^^

 

Je suis sur Instagram et Thread “ethernoema_autrice” celui où je suis le plus active. Le lien de mon autre compte instagram dans la page profil.

PS: Je suis en ce moment en consultation de devis pour refaire ma couverture d’un ou deux de mes romans en vente. Je n’ai pas choisi encore un, en particulier. Si des graphistes sont présent, dans un style sombre, romance, mystère, m’écrire en Message privée ^^ 

Ici, je suis donc heureuse de partager mon petit parcours, mes liens de ventes avant celle de la boutique et donc de faire vivre le site juste né ! Je partagerais aussi mes écrits en cours prochainement !

Bonne journée à tous et vivre l’écriture, le partage ! 

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“Je n’ai pas besoin de site web, j’ai mes réseaux sociaux !” 🤳

#Hashtag(s) : #Autre

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C’est OK… mais laisse-moi te montrer quelques petites choses… Spoiler alerte : les deux sont complémentaires et remplissent des objectifs différents.

Cette remarque, je l’entends à chaque fois que je prospecte… 😜

Et pourtant, j’arrive à chaque fois à signer un devis pour un site internet à la personne qui me dit ça au départ !

Pourquoi ? 🤔

Un site web est complémentaire de tes réseaux sociaux !
C’est le point d’ancrage des personnes qui te cherchent sur internet et ce vers quoi tu peux renvoyer tes lecteurs qui te cherchent depuis les réseaux.

Sur tes RS, tu peux offrir un contenu varié et court, alors que ton site web est une vitrine permanente ouverte à tous !

C’est aussi un bon complément aux sites de vente où tes livres sont noyés dans la masse, qui te permet de te démarquer !

Alors, t’attends quoi pour me confier la création de ton site web littéraire ? 🤩 Rendez-vous en DM ou commentaire pour discuter te ton projet !

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👋🏻 Salut, moi, c’est Wendy, la webdev des auteur·e·s de livres ! 📖✍️

Tu as envie d’un site web pour tes activités littéraires, mais tu ne sais pas comment t’y prendre ou tu manques de temps ? Je suis là pour t’aider et te proposer des solutions adaptées à tes besoins, pour mettre en valeurs tes ouvrages et booster tes ventes ! Contacte-moi pour qu’on parle de ton projet ou rendez-vous sur www.wendev.fr.

Je publie régulièrement des astuces et infos sur la création de site internet et sur les bonnes pratiques du web.

Suis-moi pour ajouter une dose de tech dans ton univers littéraire !

 

wendybaque | Instagram, Facebook | Linktree

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Développeuse web front-end en freelance💻 Sites vitrines littréraires. 📖✍️

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💜Mes partenaires pro du monde littéraire au service de ton livre ! 📖

#Hashtag(s) : #Autre

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Laisse-moi de te parler de mes partenaires pro du quotidien ! Des personnes de confiance, avec les mêmes valeurs de partage et de bienveillance que moi, pour t’accompagner tout au long du processus créatif de tes livres !
 
💜 Elisa Avrain, coach littéraire et community manager, pour sublimer ta comm’ littéraire et booster ton roman
 
💜 Véronique Ribera, auteure, correctrice et accompagnatrice à l’écriture, pour corriger ton manuscrit et t’accompagner dans l’écriture
 
💜 Betty de Craies’dactions, pour un référencement au top de ton site web et la rédaction de tes textes en lignes
 
💜 Cindy de GraphArt’s pour ton identité visuelle, tes couvertures de livre, ta mise en page, ton logo et bien plus encore ! C’est l’alliée de ton image de marque en ligne !
 
💜 Le Bookstannuaire pour y référencer tes livres en autoédition et améliorer ta visibilité.
 
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Auteurs : pourquoi créer une newsletter ? ✍️✨

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Aujourd’hui, tu es peut-être déjà présent·e sur Instagram, Facebook, ou TikTok. Et c’est super. Mais si tu veux vraiment construire une relation durable avec tes lecteurs, la newsletter est un outil puissant, personnel et stratégique.

Voici pourquoi 👇

💌 Tu crées un lien direct, sans filtre
Les réseaux sociaux fonctionnent avec des algorithmes. Même si tu as 1000 abonnés, seul un petit pourcentage verra tes publications. Avec une newsletter, tu parles directement à tes lecteurs, dans leur boîte mail. Pas de filtre, pas de distraction. Juste toi et eux.

💌 Tu invites tes lecteurs dans les coulisses de ton univers
Ta newsletter peut devenir un espace intime et authentique où tu partages des morceaux de ton quotidien d’auteur : des extraits de ton prochain livre, des réflexions sur l’écriture, des anecdotes amusantes ou même des échecs. Tu montres l’envers du décor, et ça, tes lecteurs adorent.

💌 Tu prépares tes lancements de livres avec une audience déjà engagée
Quand vient le moment de sortir un nouveau roman, il est essentiel d’avoir une base de lecteurs prêts à te soutenir. Une newsletter bien construite te permet de mobiliser ta communauté, d’annoncer tes sorties, de proposer des précommandes et de recueillir des premiers avis.

💌 Tu peux promouvoir tes livres sans te sentir en train de forcer
Personne n’aime les messages de vente trop insistants. Mais une newsletter te permet de vendre en douceur, en racontant, en partageant, en créant du lien. Tu offres de la valeur à travers ton contenu, ce qui rend la promotion de tes livres naturelle et bien accueillie.

💡 En résumé : une newsletter, ce n’est pas juste un outil marketing. C’est une conversation privilégiée entre toi et ceux qui aiment te lire.

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📜Ecriture thématique – Thème Aube/Crépuscule📜

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Thème Aube/crépuscule – 100 mots max

Orion et Séléné

Orion est un enfant du jour, il puise sa force vitale dans la lumière du soleil. Séléné est une fille de la nuit et ne peut s’épanouir qu’à l’ombre de celle-ci. Deux êtres condamnés à évoluer l’un après l’autre sans jamais pouvoir se tenir côte à côte. Deux cœurs brisés ne pouvant qu’apercevoir son âme-sœur dormir le temps de son éveil.
Gaïa, déesse mère, voyant les amoureux dépérir, leur a octroyé deux moments deux moments précieux où ils pourraient s’unir : l’aube et le crépuscule. Deux météores lumineux où jour et nuit se côtoient le temps que chacun laisse place à l’autre.

GalatéaMélion

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La Gestion du Stress au Travail – Édition Auteur – La technique du carré

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Cher lecteur, aujourd’hui, j’ai décidé de te partager la méthode de respiration dite du CARRÉ afin de t’aider à mieux gérer ton stress au travail, mais aussi dans la vie de tous les jours. Cette méthode m’a été enseignée par une psychologue et peut s’appliquer dès un jeune âge et également en cas de crise d’angoisse.

Pour appliquer la méthode du carré, rien de plus simple ! Tu vas commencer par inspirer profondément pendant 4 secondes, puis tu vas expirer à fond sur 4 secondes également, et tu répètes l’opération. Cette méthode est très efficace pour se relaxer et relaxer son mental. Tu peux la répéter autant de fois que nécessaire ! 

Je te dis à très vite pour de nouvelles aventures livresques, et en attendant, prend bien soin de toi !

À bientôt,

Love,

May.

Chapitre 5 Le Vent-du-Nord

#Hashtag(s) : #En cours d'écriture

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Serment des Voiles Marchandes :

« Ce que je vends, je protège. Ce que je promets, je livre.
Si je trahis, que la mer me garde. »

Le Vent-du-Nord, long vaisseau à coque sombre et voiles blanches cerclées d’or terni, fendait le port de Nerhaël comme une bête silencieuse.

Son étrave sculptée, représentant une chimère marine aux crocs ouverts, semblait prête à mordre l’écume. Les cordages tendus vibraient encore du voyage, et le bois du pont portait l’odeur familière du sel, de la résine chauffée, et du cuir tanné. Des balises gravées de runes d’eau s’illuminaient doucement à la proue. Discrètes, mais anciennes. Ce navire appartenait à un autre âge de la mer.

La capitaine descendit d’un pas moins assuré que d’habitude sur les planches humides du quai, une main discrètement posée sur son flanc gauche.

Agathe Néraé, capitaine de la guilde des Voiles Marchandes.

Grande, l’allure habituellement affûtée d’un rapace en plein vol, elle marchait avec une raideur nouvelle. Comme si quelque chose dans ses côtes protestait à chaque mouvement. Son chapeau de capitaine, incliné juste ce qu’il faut pour ne jamais dissimuler son regard, portait une plume blanche prise dans une bague d’argent, mais la plume était tachée, et l’argent terni. Ses vêtements, chamarrés de teintes marines et de broderies céladon, sentaient l’embrun séché et les vents tropicaux, mais aussi quelque chose de plus âcre. De la poudre. Du sang séché. À sa hanche pendait une lame effilée, fine comme une langue d’écume, dont le pommeau gravé évoquait des vagues figées. La garde portait des traces sombres, récentes.

Sa rune d’eau brillait faiblement sous son gant droit, comme un reflet fugace dans un miroir de pluie.

Elle traversa la ville à pas mesurés.

Les pavés étaient encore tachés de noir, les volets clos, les murs striés de cendres. Des Arpenteurs en faction saluèrent son passage d’un hochement de tête sobre. Elle répondit cette fois, d’un geste las mais respectueux. Un enfant courait avec un seau, poursuivi par une vieille femme qui boitait. Des relents de fumée froide persistaient dans les ruelles.

Nerhaël pansait ses plaies, et Agathe reconnaissait ce parfum de ville blessée.

Quand elle poussa la porte de la Chope Brisée, l’odeur la frappa de plein fouet : viande grillée, oignons fondus au miel, pain croustillant, genièvre sec. Un souffle de chaleur, presque fraternel, lui monta au nez. Elle ferma les yeux un instant, inspira profondément.

Pour la première fois depuis des semaines, ses épaules se détendirent.

Avvallino l’attendait, accoudé au comptoir, une bouteille ouverte et deux verres prêts. Sa veste était encore maculée de cendres séchées.

— T’es en retard, Néraé.
— J’ai pris le temps de compter mes dents. Il m’en reste encore quelques-unes.

Il leva les yeux vers elle, et son expression changea. Le sourire s’effaça.

— Qu’est-ce qui t’est arrivé ?
— Rien qu’un bon repas et une nuit au sec ne puissent arranger.

Elle s’approcha, s’assit avec précaution et saisit le verre. Un léger tremblement agita sa main.

— Toujours ce tord-boyaux de genièvre noir…
— Je l’ai gardé au chaud pour toi. Mais cette fois, tu le bois lentement.

Elle sourit, brièvement. Il lui glissa un plat fumant : saucisses rôties, lentilles au sel de roche, oignons confits et un trait de jus brun épais. La fumée monta en volutes, mêlée à celle de la cheminée.

Ils mangèrent en silence un moment. Elle avalait chaque bouchée comme si c’était la première vraie nourriture depuis longtemps.

— Tu te rappelles de Valchev ? dit-elle finalement.
— Bien sûr. Toi qui gueulais des ordres avec ce torchon rouge au bout d’un bâton.
— Tu disais que ça ressemblait à un drapeau de blanchisseuse.
— Je le pense encore.

Il la regardait du coin de l’œil, attendant. Elle qui parlait toujours la première, qui menait toujours la danse, restait là à triturer sa fourchette.

— C’était plus simple à l’époque, dit-elle finalement.
— Qu’est-ce qui s’est compliqué, Agathe ?

Elle ne répondit pas tout de suite. Son regard se perdit vers la fenêtre, vers le port où son navire se balançait doucement.

— J’ai croisé des voiles. Noires. Loin au large.
— Des pillards ?
— Non. Trop organisées. Trop… silencieuses.

Elle se tourna vers lui, et il vit quelque chose qu’il n’avait jamais vu dans ses yeux : de l’incertitude.

— Elles me suivaient, Avvallino. Pas pour attaquer. Juste… pour observer.

Un silence s’installa. Le crépitement du feu dans l’âtre semblait soudain très fort.

— Et toi ? demanda-t-elle. Cette ville a l’air d’avoir goûté au tonnerre.
— On a eu de la visite. Le genre qu’on n’invite pas.

Avvallino posa son verre, observa le visage d’Agathe dans la lumière dansante. Les rides au coin de ses yeux s’étaient creusées, et cette façon qu’elle avait de regarder par-dessus son épaule, comme si les voiles noires pouvaient surgir à travers les murs… Il connaissait cette tension. Il l’avait vue chez d’autres. Chez ceux qui avaient touché à quelque chose de plus grand qu’eux.

— Monte, dit-il finalement. La chambre du fond. On parlera mieux là-haut.

Elle termina sa bouchée, se leva avec précaution. La lame à sa hanche tinta contre la rampe en bois.

Le bois grinça doucement sous leurs pas. Le couloir était sombre, feutré par les tapis élimés que Fiona avait posés là autrefois. Des lanternes à huile diffusaient une lumière dorée sur les murs.

Agathe suivait Avvallino de près, mais son regard fut attiré par une porte entrouverte. Une fragrance légère en émanait, mélange de fleurs séchées et d’une magie imperceptible, ancienne, presque vibrante.

À l’intérieur, deux silhouettes reposaient sur un lit large : Pearl et Fiona, endormies dans une intimité silencieuse. La jeune femme runée tenait la main de Fiona contre sa poitrine, ses cheveux blonds épars sur l’oreiller.

Agathe s’arrêta net.

Son souffle se coupa. Sa main libre se porta instinctivement à sa côte blessée, comme si une ancienne douleur se réveillait.

— Tu la connais ? demanda Avvallino à voix basse.

Elle resta immobile trop longtemps. Ses lèvres s’entrouvrirent, se refermèrent. Quand elle parla enfin, sa voix était étrangement sourde :

— Pearl…

Un battement. Un silence.

— Je l’ai croisée autrefois. Sur un pont de pierre, dans le sud. Elle n’était qu’une enfant, mais… elle brillait déjà. Comme une étoile trop proche de l’eau.

Sa main se crispa sur la rampe.

— Elle était seule ?
— Non. Il y avait… quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui n’aurait pas dû être là.

Avvallino la fixa intensément. Il connaissait ce ton chez elle, cette façon qu’elle avait de parler des choses qu’elle préférait taire.

— Agathe…
— Pas maintenant.

Elle se détourna brusquement de la porte, mais pas avant qu’il n’aperçoive quelque chose d’inhabituel sur son visage. De la culpabilité, peut-être. Ou du regret.

Il tendit la main et, doucement, la guida vers la chambre du fond.

La pièce au bout du couloir était leur havre depuis des années. Un refuge pour ceux qui avaient besoin de mots à huis clos. Les murs y étaient plus épais, doublés de laine et de liège. Une fenêtre étroite laissait deviner les premières étoiles sur la mer.

Il referma la porte, alluma une bougie au centre de la table. L’odeur du suif mêlée à celle du sel et du cuir remplit la pièce.

Agathe ôta son chapeau, révélant ses cheveux bruns tressés serré contre son crâne. Quelques mèches grises qu’il ne se souvenait pas avoir vues. Elle s’assit lentement, grimaça imperceptiblement.

— Alors ? Raconte-moi ce qui s’est passé ici.

Avvallino resta debout un moment, l’observant. Elle qui ne montrait jamais ses faiblesses semblait ce soir… humaine. Fatiguée. Inquiète.

— Ils étaient là à l’aube. Une voile noire, pas de pavillon. Un seul navire, mais plein à craquer. Des silhouettes masquées, armure d’os, magie que je n’avais jamais vue.

Il s’assit en face d’elle.

— Marcus a tenu les docks. Pearl était là, et d’autres. Ils ont repoussé l’attaque, mais…
— Mais ?
— Ils ne cherchaient pas à piller. Ils cherchaient quelque chose. Ou quelqu’un.

Agathe ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, ils étaient troubles.

— Ces voiles que j’ai croisées… elles descendaient vers le sud. Vers Letharielle.
— Tu crois qu’ils reviendront ?
— Je crois qu’ils ne sont jamais vraiment partis.

Un silence s’abattit entre eux. Dehors, le vent faisait grincer les volets.

Agathe fixait la flamme, ses doigts tapotant nerveusement la table. Avvallino attendait. Il la connaissait suffisamment pour savoir qu’elle arriverait aux vraies questions à son rythme.

— Cette fille, Pearl… commença-t-elle finalement. Elle a changé, depuis…
— Depuis quoi ?
— Depuis la dernière fois que je l’ai vue.

Le ton était étrange. Presque maternel. Avvallino haussa les sourcils.

— Tu ne m’as jamais parlé de l’avoir connue.
— Il y a beaucoup de choses dont je ne parle pas.

Elle but une gorgée de genièvre, grimaça.

— Elle ne sait pas, n’est-ce pas ? Ce qu’elle a fait ?
— Qu’est-ce qu’elle a fait, Agathe ?

Un long silence. Dehors, une mouette cria.

— Peut-être rien. Peut-être tout.

Elle se leva, alla à la fenêtre. Le port s’endormait, mais quelques navires montraient encore des lumières. Des veilleurs. Des inquiets.

— Reste cette nuit, dit Avvallino. Tu as l’air d’en avoir besoin.
— Les quais ne sont pas sûrs ?
— Les quais, peut-être. Mais toi, tu ne l’es pas.

Elle voulut protester, mais les mots se coincèrent dans sa gorge. Il avait raison. Pour la première fois depuis longtemps, Agathe Néraé ne se sentait pas invincible.

— D’accord. Mais demain matin…
— Demain matin, on parlera. De tout.

Elle hocha la tête, épuisée. Dans le couloir, une latte craqua. Un rêve agité, peut-être, derrière la porte voisine.

Le calme n’était qu’une respiration avant la tempête, et ils le savaient tous les deux.

L’aube glissa sur Nerhaël comme une caresse froide, teintant les pavés humides d’une lumière dorée et incertaine. Les premières fumées montaient des cheminées, mêlées aux dernières brumes de la nuit.

Dans la cuisine de la Chope Brisée, Avvallino s’activait déjà autour du fourneau. Ses gestes étaient précis, familiers, mais une raideur dans ses épaules trahissait les préoccupations qui l’avaient tenu éveillé une partie de la nuit. L’odeur du pain grillé et du thé fort remplaçait progressivement celle du genièvre de la veille.

Agathe descendit l’escalier, plus droite que la veille, mais ses yeux portaient encore les traces d’une nuit agitée. Elle avait remis son chapeau, renoué ses cheveux, mais quelque chose dans sa démarche trahissait une fatigue qu’elle n’arrivait plus tout à fait à masquer.

— Bien dormi ? demanda Avvallino sans se retourner.
— J’ai dormi. C’est déjà ça.

Elle s’assit à la table, accepta la tasse qu’il lui tendit. Le thé était fort, amer, exactement comme elle l’aimait.

— Fiona et Pearl ?
— Encore en haut. Pearl reprend des forces. Fiona veille.

Un silence s’installa. Agathe touillait son thé, perdue dans ses pensées. Avvallino finit par s’asseoir en face d’elle, croisant les bras.

— Alors ? Tu avais dit qu’on parlerait de tout.

Elle leva les yeux vers lui, sembla peser ses mots.

— Ces voiles noires que j’ai croisées… elles n’étaient pas seules. J’ai vu des signaux lumineux entre elles. Coordonnés. Quelqu’un les dirige.
— Tu penses à qui ?
— Quelqu’un qui a les moyens de mobiliser plusieurs navires, de les équiper, de les faire naviguer en formation. Quelqu’un qui s’intéresse à vos Porte-rune.

Avvallino se raidit.

— Nos Porte-rune ?

Elle le fixa par-dessus sa tasse, un demi-sourire ironique aux lèvres.

— Allons, vieux renard. Tu crois que j’ai traversé la moitié de l’océan pour boire ton genièvre ?

Elle but une gorgée, laissa le silence porter sa remarque.

— Pearl n’est pas la seule que tu abrites ici. Marcus non plus. Cette cité devient un refuge. La question est : pour qui fuyez-vous ?

Avant qu’il puisse répondre, des pas résonnèrent dans l’escalier. Légers, mais déterminés. Pearl apparut dans l’embrasure, Fiona sur ses talons. La jeune femme avait meilleure mine que la veille, mais ses yeux restaient cernés. Sa rune luisait faiblement sous sa chemise de lin.

Elle s’arrêta net en voyant Agathe.

Un long regard s’échangea entre elles. Reconnaissance mutuelle, méfiance, et quelque chose d’indéfinissable. Comme deux bêtes sauvages qui se jaugent.

— Pearl, dit Agathe d’une voix étrangement douce. Tu as grandi.

— Capitaine Néraé.

Le titre tomba comme une pierre dans l’eau. Froid, distant. Pearl ne bougea pas de l’embrasure.

— Tu peux t’asseoir, dit Avvallino. Elle ne mord pas.

— Ça dépend des jours, répliqua Agathe avec un sourire en coin.

**[Dialogue plus subtil et progressif]**

Pearl hésita, puis s’approcha lentement. Fiona resta debout derrière elle, une main protectrice sur son épaule. L’atmosphère était tendue, mais pas hostile. Plutôt… attentive.

— Tu étais là, dit Pearl finalement. Au pont d’Astherne.

Agathe ne répondit pas immédiatement. Elle fixait Pearl avec une expression indéchiffrable.

— J’étais là, confirma-t-elle. Et toi, tu n’étais qu’une gamine perdue dans quelque chose de plus grand qu’elle.
— Je n’étais pas perdue.
— Non ? Alors explique-moi ce qui s’est passé.

Pearl détourna le regard. Ses doigts se crispèrent sur sa tasse.

— Je… Je ne me souviens pas de tout. Il y avait du sang, des cris. Et puis cette lumière aveuglante. Quand je me suis réveillée, le pont était… fendu. En deux.
— Fendu, répéta Agathe doucement. Oui, c’est un mot.

Un silence inconfortable s’installa. Fiona resserra sa prise sur l’épaule de Pearl.

— Qu’est-ce que vous voulez exactement, capitaine ?

Agathe se leva, alla à la fenêtre. Le port de Nerhaël s’éveillait lentement, mais tout paraissait fragile, précaire.

— Ce que je veux… ce que je veux, c’est que les choses redeviennent simples. Mais ce n’est plus possible, n’est-ce pas ?

Elle se retourna vers eux, et son expression était sérieuse.

— Les attaques se multiplient. Pas seulement ici. Des îles entières se taisent. Des navires disparaissent. Et partout où je vais, j’entends parler de la même chose : des voiles noires, des créatures masquées, et toujours cette question : « Où sont les Porte-rune ? »

Pearl pâlit.

— Vous pensez qu’ils nous cherchent ?

— Je pense qu’ils vous ont trouvés.

Agathe retourna à la table, mais ne se rassit pas. Elle disparut un instant dans l’escalier, et redescendit avec un petit sac en cuir noir, finement ouvragé, orné de runes marines ciselées.

— Les Îles de Læthe m’ont confié quelque chose. Pour des moments comme celui-ci.

Elle posa le sac sur la table, devant eux. Avvallino haussa les sourcils.

— Tu ne distribues pas ce genre de cadeaux au hasard, Agathe.

— Non. Je ne le fais pas.

Elle dénoua le sac lentement, presque cérémonieusement. À l’intérieur : trois pierres plates, noires, gravées chacune d’un glyphe différent. L’une brillait faiblement d’un bleu humide. Une autre exhalait une chaleur sourde. La dernière semblait aspirer la lumière.

Pearl se pencha malgré elle. Sa rune réagit, pulsant plus fort.

— Pierres de lien, murmura-t-elle. Je croyais qu’elles avaient disparu.

— Quelques-unes restent. Pour les moments critiques.

Agathe caressa l’une des pierres du bout du doigt.

— Elles permettent de communiquer. Sur de grandes distances. Instantanément. Mais seulement entre ceux qui partagent… certaines capacités.

Le sous-entendu était clair. Pearl et Avvallino échangèrent un regard.

— Et en échange ? demanda Avvallino.

— En échange, vous ne serez plus seuls. Vous ferez partie d’un réseau. D’autres havres, d’autres Porte-rune. De l’information, de l’aide mutuelle.

Elle reprit les pierres, les remit dans le sac avec précaution.

— Mais aussi des responsabilités. Des devoirs. Des risques.

— Quels risques ? demanda Fiona.

Agathe fixa Pearl.

— Le risque de découvrir ce que tu as vraiment fait au pont d’Astherne. Et ce que ça signifie pour nous tous.

Pearl ferma les yeux, sa main cherchant instinctivement celle de Fiona.

— Et si on refuse ?

— Alors vous affrontez ce qui vient… seuls.

Un long silence s’installa. Dehors, les mouettes criaient au-dessus du port. La vie continuait, fragile et obstinée.

Finalement, Pearl ouvrit les yeux. Son regard était résolu, mais inquiet.

— Qu’est-ce que ça change, exactement ?

Agathe sourit pour la première fois depuis son arrivée. Un sourire triste, mais réel.

— Ça change que tu ne subis plus. Tu agis.

Pearl tendit la main vers le sac, hésita, puis le toucha du bout des doigts.

— Montre-moi comment ça marche.

Chapitre 4 Vision Onirique

#Hashtag(s) : #En cours d'écriture

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Des bruits sourds, comme étouffés par l’eau, montaient du rez-de-chaussée. Voix entrecoupées, tintement de verreries, chocs amortis de pas sur le bois. La taverne vivait encore, mais Pearl n’y était déjà plus.

Elle flottait quelque part entre deux souffles.

Une chaleur douce l’enveloppait, trop douce. Sa peau tremblait sous la sueur sèche. Sa rune palpitait faiblement. Une lueur pâle sous la crasse et le sang.

Elle voulait parler. Appeler Fiona. Mais seul un soupir rauque franchit ses lèvres.

Sa main chercha à bouger. Rien. Son esprit luttait pour revenir. Des éclairs de lucidité : la voix de Fiona, claire, inquiète, lointaine.

« Pearl… Tu m’entends ? » Un murmure. Une prière.

Elle sentit son propre poids disparaître soudain, comme happé. Son corps chutait. Doucement, lentement, dans la lumière. La chaleur devint blanche, aveuglante.

Elle crut reconnaître un parfum : celui de la mer, mêlé à celui du bois brûlé, du fer chaud et de l’herbe piétinée. Les traces de Nerhaël encore gravées dans ses sens.

Puis elle heurta un sol dur, froid. Pas de douleur. Juste une secousse.

La lumière s’éteignit.

Autour d’elle, tout était noir. Mais le sol sous son corps n’était pas rugueux. Il était lisse, presque parfait. Une surface translucide, comme du verre noir.

Elle cligna des yeux. Quelque chose luisait sous ses pieds.

Un battement.

Non, un frémissement.

Elle se pencha, vacillante. L’instinct de survie la faisait bouger à peine, comme une bête blessée.

Et là, sous la surface, elle vit.

Un œil. Gigantesque. Fermé.

Elle se figea, glacée.

Le silence était absolu. Et pourtant, elle entendit son propre cœur cogner dans sa poitrine. La rune à son poignet réagit faiblement, comme attirée par la présence.

L’œil s’ouvrit. Brutalement.

Une fente verticale noire, auréolée d’ombres mouvantes. Il la fixait. Il la voyait. Il attendait.

Pearl ne bougea pas. Elle n’avait même plus la force de fuir. Juste le souffle court, les mains crispées contre le sol. Une larme de rage glissa sur sa joue.

Elle avait peur. Elle le sut. Et lui aussi.

Un rire monta, lent, grinçant, comme raclé dans une gorge sans fond. Pas un rire d’homme. Pas un rire vivant.

« Tu m’as vu. »

La voix était partout, en elle, au-dessus, en dessous.

« Tu reviendras. »

L’œil se referma.

Le noir tomba.

Et Pearl, emportée par ce néant silencieux, perdit toute notion de temps.

Le sol glissa sous elle, et le souffle de l’air sembla retenir son rythme. Un frisson glacial traversa sa peau tandis que le silence se faisait plus dense, presque palpable.

Une voix douce, familière, perça le voile épais :

« Pearl… Respire… Je suis là… »

Le son venait de loin, comme filtré à travers l’eau, lent et étouffé. Son corps refusait d’obéir, alourdi comme une ancre. Un goût métallique de sang lui envahit la bouche, mêlé à l’âcre parfum du bois brûlé.

Sa rune palpitait faiblement, comme un battement de cœur incertain.

Peu à peu, un poids se leva de ses paupières. Elle sentit le grain rugueux du tissu sous sa joue, la chaleur douce d’une main qui pressait son front humide. Un souffle chaud effleura son oreille, porteur d’une promesse :

« Tiens bon, Pearl. Tu es plus forte que ça. »

Son regard s’accrocha à un halo flou, à la silhouette immobile d’une femme aux cheveux couleur de cuivre. Fiona. Autour d’elles, les murmures et les bruits lointains : des voix, un craquement, le tintement d’un verre posé sur la table. La taverne, toujours vivante en bas.

Les ombres de la nuit reculèrent peu à peu, et la lumière du matin filtra par une fenêtre. Pearl sentit son souffle revenir, irrégulier mais réel. Son corps répondait enfin, lentement, maladroitement. Sa gorge la brûlait, et chaque muscle protestait comme si elle avait combattu toute la nuit.

Elle ferma les yeux, puis les rouvrit, prête à reprendre la lutte, à se relever.

Une journée s’était écoulée depuis l’assaut sur les docks.

Le bastion des arpenteurs s’était refermé sur lui-même, comme un corps blessé.

Dehors, la pluie fine lessivait les pavés noircis, effaçant lentement le sang séché. Dedans, tout n’était que murmures, pas feutrés, et odeurs de fièvres contenues.

Dans l’infirmerie, l’air avait changé. Il portait à présent le parfum d’herbes brûlées, d’eaux infusées et de draps propres. Des tintements de verreries et le bruit discret de linges essorés accompagnaient les souffles inégaux des blessés.

Puis la porte s’ouvrit.

Pas d’urgence, pas d’éclat. Juste le grincement lent d’un bois ancien et une poussée d’air frais, chargé de l’odeur d’écorce mouillée et de rivière battante. Elle entra, seule.

Yssandra.

Drapée dans une cape d’un bleu de nuit profonde, ourlée d’un fil d’argent qui captait la lumière comme le givre, elle semblait glisser plus que marcher. Sa présence n’appelait ni regard ni révérence. Elle les imposait.

Sous la capuche abaissée, son visage paraissait avoir échappé au temps. Pas jeune, pas vieux. Juste… intact. Ses yeux, d’un bleu mouvant, fixèrent le corps fiévreux de Marcus.

Elle s’agenouilla sans un mot, effleurant son torse d’une main nue.

La rune d’eau, gravée dans son cou, s’illumina d’une lueur douce, presque paresseuse.

Une brume turquoise s’éleva de ses paumes, fluide comme un soupir de mer. Elle vibrait, vivante, froide mais enveloppante. L’air se chargea d’une humidité étrange, plus dense, comme dans les cavernes profondes ou les sanctuaires oubliés.

Le poison sous la peau de Marcus résista. Un instant.

Puis il recula, lentement, repoussé par la magie comme par un reflux implacable. Les veines pâlirent. La fièvre quitta le front en perles silencieuses. Un râle remonta de la gorge, suivi d’une toux, sèche mais pleine.

Marcus ouvrit un œil. Son regard, encore trouble, se posa sur elle avec un mélange de reconnaissance et de stupeur muette.

Yssandra ne dit rien. Elle avait vu ce regard cent fois.

Sans un mot, elle se releva. Son geste était net, son expression lisse. Puis elle se détourna, sa cape froissant à peine le silence.

Le claquement de ses bottes sur la pierre guida bientôt son escorte dans le couloir. Ils se formèrent derrière elle comme un seul corps, prêts avant d’être appelés.

Les Crocs du Déclin.

Six ombres suivaient la sienne.

— Këlis, Porte-rune de foudre, aux cheveux blancs hérissés comme une tempête prête à tomber. Son regard fuyait les murs ; ses doigts crépitaient, impatients.

— Barun, Porte-rune de terre, silhouette trapue et musculeuse, couvert de cuir durci et de boue séchée. Ses pas résonnaient comme des marteaux sur une enclume.

— Syrr, Porteuse de feu, silhouette fine et impassible, les yeux rougis par l’éclat intérieur de sa rune. Elle semblait brûler de l’intérieur, déjà ailleurs.

— Ifren, jeune manipulatrice de l’eau, ses gestes précis, son regard vide de crainte.

— Vaen, éclaireur, non-runé, dont le regard fouillait l’obscurité comme une lame cherche une faille. Deux dagues d’argent battant ses hanches à chaque pas.

— Et Durran, le silencieux, à la stature de muraille, dont l’œil gauche incrusté d’une rune rouge brillait faiblement, comme une braise au fond du crâne. On disait qu’il voyait les mouvements avant qu’ils ne se produisent.

Ils atteignirent la salle du Conseil, encore baignée de torpeur.

Les conseillers de Nerhaël, encore marqués par les débats de la veille, avaient laissé un arrière-goût amer dans l’air. Les longues heures de dissensions traînaient encore sur les visages. Les parchemins étaient froissés. Les plateaux, vides. L’air, sec et lourd d’un feu éteint.

Yssandra ne s’annonça pas.

Elle entra. Les autres la suivirent. Comme un bloc.

Le silence se fit naturellement, sans qu’un seul mot fût prononcé. Elle s’avança. Ses bottes claquèrent une fois. Puis plus rien.

Ses yeux balayèrent l’assemblée.

— Vous débattez. C’est bien.

Sa voix, grave, usée mais limpide, tomba comme une pluie froide sur un foyer tiède.

— Mais pendant ce temps, les Brumes se reforment.

Un murmure parcourut les bancs. Elle s’en désintéressa.

— La question n’est pas s’ils reviendront.

Elle s’arrêta. Sa voix se durcit.

— La question est : serons-nous prêts à les briser cette fois ?

Elle laissa le silence s’installer, puis ajouta, plus bas :

— … ou devrons-nous nous agenouiller, enfin, pour rejoindre les cendres.

Un silence de plomb s’abattit sur l’assemblée. Quelques conseillers échangèrent des regards inquiets. D’autres serrèrent les poings. Tous comprenaient qu’un nouveau chapitre venait de s’ouvrir.

Chapitre 3 La Chasse

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|Nerhaël|

Le ciel pâle de l’aube baignait Nerhaël d’une lumière grise, presque métallique.

Une brume fine rampait encore entre les ruelles, léchant les pavés souillés de sang. Autour des corps inertes, le silence n’était plus celui du combat, mais celui, plus lourd, de ce qui suit. Un silence que les souffles hachés des survivants et les plaintes des blessés n’arrivaient pas à briser.

Les visages des Porte-rune, couverts de cendres, d’éclats et de poussière, reflétaient une stupeur hébétée plus qu’une victoire. Ils étaient debout, mais vacillants. Vainqueurs, peut-être, mais à quel prix ?

Des civils sortaient prudemment des maisons éventrées, les yeux rougis, les bras serrés contre eux. Certains restaient figés, incapables de détacher leur regard des corps disloqués.

Le vent léger agitait les voiles noires d’un navire solitaire, amarré au quai principal. Sans un bruit, il se détachait lentement, glissant sur l’eau comme s’il ne pesait rien. Il s’éloignait dans la brume, effaçant son passage comme un souvenir qui refuse de s’imprimer.

Marcus rassembla les Porte-rune encore debout, leur souffle court, leurs regards vides. Il était pâle, l’épaule en sang, mais sa voix, elle, restait droite.

— Ceux d’entre vous qui n’ont pas été formés à tuer, vous avez une autre tâche. Allez vers les blessés. Stabilisez. Rassurez. Aucun ne doit mourir aujourd’hui.

Il désigna du menton les runes d’eau et de terre, puis ajouta :

— Formez des binômes. Cherchez dans les ruelles, dans les caves. On ne laisse personne à l’ombre.

Son regard glissa sur chacun, puis s’arrêta sur Pearl.

Un simple regard. Un ordre silencieux.

Elle acquiesça, le visage fermé, comme taillée dans une pierre blanche tachée de sang.

Pearl s’élança sans un mot, sans un regard pour Marcus. Elle fendait la fraîcheur matinale, muette, rapide, résolue. Ses bottes soulevaient des volutes de poussière grise, et derrière elle, la ville restait suspendue.

Elle ne regarda ni les blessés, ni les survivants. Chaque battement de cœur la poussait en avant. Vers la taverne. Vers Fiona. Vers les quelques âmes qu’elle espérait encore vivantes.

Pearl disparut au coin d’une ruelle. Marcus s’effondra lentement contre un pilier noirci, les paupières lourdes. La lumière blafarde de l’aube dansait autour de lui comme une dernière braise.

La chasse venait de commencer.

Et Nerhaël, encore engourdie, ne savait pas encore qu’elle portait l’odeur de la peur.

Le battant de la porte avait été déverrouillé dès les premiers cris.

À l’intérieur, la pénombre régnait encore, troublée seulement par la lueur des flammes qu’Avvallino entretenait avec soin sous le chaudron suspendu. L’air sentait le bois mouillé, le fer brûlé… et le bouillon au lard.

Fiona, les bras encore couverts de sang séché, était penchée sur Rima, étendue sur une table dégagée. La blessure à sa jambe s’était rouverte sous l’effort, mais la jeune fille serrait les dents, le regard rivé au plafond noirci. Ses mains tremblaient malgré elle.

— Ça va passer, murmura Fiona. Elle déchira une bande de toile propre avec les dents, puis resserra le pansement avec des gestes sûrs. Tu es en vie. C’est tout ce qui compte.

Rima hocha faiblement la tête. Elle ne pleurait pas. Plus maintenant.

Derrière elles, deux Porte-rune plus âgés avaient pris le relais de ceux tombés à l’extérieur.

Ils s’appelaient Maerwyn et Obren. Leurs runes étaient ternes, usées, mais leur présence rassurait. Solides comme des vieux chênes.

Ils distribuaient des ordres calmes, précis :

— Compresses d’eau. Pas trop froide. Gardez-les éveillés. Ce garçon-là a une fracture. Là, doucement.

Les blessés étaient nombreux. Des civils, deux Porte-rune inconscients, et un gamin d’à peine dix ans, en état de choc, que Fiona avait ramené dans ses bras.

Dans un coin, Avvallino versait le contenu d’un flacon ambré dans un grand pot de terre, où mijotait un bouillon épais et doré aux racines douces, éclats de lard fumé et feuilles de torra séchées, rehaussé d’un trait de vinaigre de pomme noir.

— C’est pas du raffiné, mais ça remet les jambes sous un homme, déclara-t-il sans lever les yeux.

Il tendit un bol fumant à Maerwyn, qui acquiesça d’un grognement approbateur.

Avvallino faisait aussi griller ses galettes de floume directement sur les pierres plates du foyer, les retournant à la main. Une odeur de noisette grillée emplissait lentement la pièce.

— Bois ça, Rima, dit Fiona, en lui glissant un bol entre les mains.

La jeune fille hésita, huma le liquide, puis but par petites gorgées.

Ses doigts cessèrent un instant de trembler.

Maerwyn s’approcha, posa une main rugueuse sur l’épaule de Fiona.

— Tu t’en es bien sortie. Continue comme ça.

Et pour la première fois depuis l’aube, Fiona sentit un souffle d’apaisement naître dans sa poitrine. Pas de triomphe. Juste… un peu de chaleur revenue.

Derrière la porte toujours close, le monde pouvait bien attendre encore quelques instants.

Les rues dévastées de la ville portuaire semblaient respirer dans un silence de mort.

Un souffle lourd, chargé de poussière, d’ombres et de sang froid.

Pearl avançait. Pas après pas. Son épée longue cognait contre sa hanche, trop lourde à porter, inutile à lever. Son bras droit pendait, fourbu, engourdi, sa rune éteinte comme une braise noyée.

Alors, elle dégaina sa petite dague, fine et bien affûtée, qu’elle portait au creux de la cuisse. Elle n’avait que ça. Une arme courte, modeste. Et ce qui lui restait de rage.

Un craquement de bois la fit pivoter. Là, à quelques pas, dans l’éclat mourant d’une lanterne suspendue, un homme fouillait une échoppe éventrée. Une forge, à en juger par les étincelles mortes sur l’enclume renversée. Le forgeron gisait là, face contre les braises, la peau noircie, l’arrière du crâne enfoncé.

Le pirate, dos tourné, était grand, lourd, accroupi comme un vautour.

Pearl bondit sans bruit. Sa gorge brûlait. Son souffle haché résonnait dans ses tempes. Elle se jeta sur lui sans avertissement.

Le choc fut brutal. Le pirate, surpris, trébucha mais ne tomba pas. Il se retourna d’un geste ample, balayant l’air d’un marteau volé à l’atelier. Pearl se baissa, manqua de peu d’y laisser le crâne.

Elle roula au sol, se releva avec maladresse, la dague tremblante dans sa main.

Le second coup faillit l’abattre. Elle recula, heurta un établi. Puis, dans un élan de désespoir, elle s’élança à nouveau sur lui, visa le flanc, planta la lame dans la chair.

Le pirate hurla. Il la repoussa violemment, mais elle tint bon, s’agrippant à sa tunique, enfonçant la lame encore, jusqu’à sentir le sang jaillir chaud sur sa paume.

Ils tombèrent ensemble, roulèrent au sol.

Pearl finit au-dessus. Elle leva la dague. Frappa. Une fois. Deux. Trois. Jusqu’à ce que l’homme s’immobilise. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que le silence et ses propres halètements.

Elle resta là, penchée sur le cadavre, incapable de bouger, la main crispée sur la poignée, les jambes en feu.

Son regard se perdit dans les braises mourantes de la forge.

Un cri d’enfant. Loin, mais pas assez pour l’ignorer.

Pearl se releva lentement, s’aidant d’un mur, les muscles tétanisés. Elle recracha du sang. Son sang ? Elle ne savait plus. Son ventre la lançait. Son épaule en sang pendait toujours.

Elle marcha.

Au détour d’un angle, elle la vit : une fillette traînée par un pirate famélique, le regard fou, un coutelas à la main.

Il n’eut pas le temps de la voir arriver.

Pearl fondit sur lui, lame courte en avant. Il se retourna trop tard.

La dague lui trancha la gorge. Une ligne nette, sanglante.

L’homme chancela. Elle le poussa d’un coup d’épaule. Il s’écroula sur les pavés.

L’enfant s’était recroquevillée contre un mur, muette, secouée de tremblements.

Pearl s’agenouilla près d’elle. Peinait à respirer. Une main sur sa propre cuisse, l’autre tendue vers la petite.

— C’est fini… tu vas aller… à la taverne. Tu sais où c’est ?

La fillette hocha la tête, les joues salies de larmes et de cendres.

Pearl l’aida à se redresser, essuya du revers de sa manche un filet de sang sur son front. Puis la laissa partir. Elle la regarda courir, petite silhouette brisée, vers une lumière lointaine.

Quand Pearl atteignit la taverne, son pas n’était plus qu’un glissement.

Le jour se levait franchement, mais sa vision dansait. Des taches noires dévoraient les bords de son regard.

Deux Porte-rune, l’épée à la main, la reconnurent.

— Pearl ?

Elle acquiesça d’un signe de tête à peine perceptible, puis s’effondra à genoux.

— Ouvrez.

La porte s’ouvrit. La chaleur en jaillit comme un baume.

Des odeurs de pain rassis, de bouillon, de bois brûlé. Des voix calmes, du mouvement.

Quelqu’un la rattrapa sous les épaules. Elle sentit des bras puissants l’aider à se redresser.

Elle fit trois pas. Un monde.

Puis la lumière du foyer l’enveloppa, et elle disparut à l’intérieur.

📚Avis lecture – La ville sans vent, Tome 1📚

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😍Une superbe découverte😍

C’est l’heure de découvrir mon retour sur le tome 1 de La ville sans vent d’Eléonore Devillepoix aux éditions HachetteRomans.
Le titre et la magnifique couverture ont attiré mon œil, sans compter que le résumé a piqué ma curiosité. Il n’en fallait pas plus pour me donner envie de découvrir cet univers. Hyperborée : une ville construite par son dirigeant, le Basileus, que l’on dit immortel et qui a vaincu et maudit les Amazones.

On y fait la rencontre de Lastyanax, un jeune mage talentueux qui va se retrouver propulsé dans les plus hautes sphères politiques du 7ème niveau d’Hyperborée juste après sa soutenance. A l’autre bout de la ville, c’est aux côtés d’Arka que nous évoluons. Une jeune Amazone qui cache ses origines afin de pouvoir entrer dans Hyperborée pour retrouver son père qui ferait partie des mages de cette ville et qui débute sa progression dans les bas-fonds du 1er niveau.

Les évènements se succèdent pour l’un et l’autre provoquant la croisée de leurs chemins et donc la formation de ce duo improbable. Entre mystères, meurtres, enquêtes, affrontements, le duo Lastyanax-Arka enchaîne les péripéties. J’ai beaucoup aimé ces deux personnages, leurs histoires respectives, mais aussi les enjeux qui se jouent pour chacun d’eux, sans compter le complet qui se monte et où, finalement on ne peut faire confiance à personne. Les autres personnages sont attachants ou détestables, ça dépend 😉.

J’ai adoré le dénouement de ce 1er tome et attend avec impatience de pouvoir découvrir le second de cette duologie. Je l’ai littéralement dévoré, la plume de l’auteur est un délice et se lit avec aisance. Les personnages et l’univers sont bien construits. Petit clin d’œil à Feuval et fon feveux fur la langue 😄, un régal !

Foncez, c’est une pépite !

*****

Résumé :

A dix-neuf ans, Lastyanax termine sa formation de mage et s’attend à devoir gravir un à un les échelons du pouvoir, quand le mystérieux meurtre de son mentor le propulse au plus haut niveau d’Hyperborée.
Son chemin, semé d’embûches politiques, va croiser celui d’Arka, une jeune guerrier à peine arrivée en ville et dotée d’un certain talent pour se sortir de situations périlleuses. Ça tombe bien, elle a tendance à les déclencher…
Lui recherche l’assassin de son maître, elle le père qu’elle n’a jamais connu. Lui a un avenir. Elle un passé.
Pour déjouer les complots qui menacent la ville sans vent, ils vont devoir s’apprivoiser.

*****

Bienvenue dans mon univers mêlant code & littérature ! 💻💜📖

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Bienvenue dans mon univers mêlant code & littérature !

Moi, c’est Wendy, alias WenDev, développeuse web freelance avec une spécialité bien à moi : j’aide les auteurs à briller sur le web.

Que tu écrives des romans, des essais, des poèmes ou des guides pratiques, ton site web est ta vitrine d’auteur·rice, et il mérite d’être aussi captivant que ton dernier chapitre !

Ce que je peux faire pour toi :

💻 Création de site web sur-mesure : élégant, clair, adapté à ton univers littéraire (même si tu es allergique au mot “technique”).

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Création de site internet pour auteur de livre : WenDev est spécialisée dans la conception de sites web littéraires pour promouvoir vos livres et votre univers.

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🧐 Audit de site existant : tu as déjà un site, mais tu sens qu’il rame, qu’il fait fuir tes visiteurs ou qu’il a besoin d’un petit lifting ? Je t’en dis les forces, les faiblesses, et comment l’améliorer.

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Ensemble, nous passerons en revue votre site en détail.

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Merci à Yohan pour cette super appli qu’est Bookirama et au plaisir de discuter avec chacun d’entre vous pour découvrir vos univers littéraires et de nouvelles lectures !

Enjoy ! 🤩

La Gestion du Stress au Travail – Édition Auteur – La Technique du Transat

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Bonjour, cher lecteur, aujourd’hui, j’ai décidé de te partager une technique de respiration et de détente qui m’a été enseignée par une psychologue. J’ai nommé, la technique du TRANSAT.

Cette technique est très simple à appliquer dès un jeune âge et est utile en cas de fort coup de stress par exemple. Pour se mettre en position du transat, rien de plus facile ! Tu vas t’asseoir au bord d’une chaise et te pencher, les bras levés, jusqu’à ce que ton dos touche le dossier de la chaise. Dans cette posture, tu peux t’apercevoir que ton plexus solaire est ouvert, que tu respires plus profondément et plus amplement. Cette technique est efficace lors de petits coups de stress comme lors de crises d’angoisse, n’hésite pas à l’utiliser au quotidien !

Dans un projet post, découvre également la technique du CARRÉ !

À très bientôt,

Love,

May.

📚Avis lecture – D’écailles et d’obscurité, T1. Obsidienne📚

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Une jolie lecture

D’écailles et d’obscurité, T1. Obsidienne de Gaëlle Maumont aux édition Gulfstream est un roman de fantasy médiéval Young Adult.

J’ai beaucoup aimé l’histoire dans l’ensemble même s’il y a quelques bémols.

Points positifs, une héroïne badass, indépendante, éprise de liberté, à la réplique parfois cinglante, capitaine de navire, rodée au maniement des armes, qui sait ce qu’elle veut, quitte à se brouiller avec le roi lui-même, mais loyale et avec des valeurs. Certes c’est une héroïne clichée, mais je l’ai appréciée malgré tout. J’ai beaucoup aimé Daérion, personnage un brin énigmatique puisque le mystère place toujours autour de lui, mais aussi son évolution tout au long de l’histoire. J’ai beaucoup apprécié la relation qui s’installe entre les deux.

Les dragons sont finalement peu présent, j’espère les voir un peu plus dans les prochains tomes. On n’entraperçoit le pauvre Mop que de temps en temps, pourtant il ne doit pas passer inaperçu… Le début commence très bien, on sent que quelque chose couve, des complots se mettent en place, des bêtes sauvages apparaissent, des affrontements sont présents. Par contre, je trouve dommage que l’intrigue se soit un peu éparpillée et se soit diluée sur le dernier quart. Il y aura peut-être des éclaircissements sur les tomes suivants.

Il est également dommage que, par instant, les répétitions soient aussi présentes, elles gâchent un brin le plaisir. Malgré tout, cela reste une histoire agréable, sympathique qui me donne envie de découvrir les tomes suivants. Je me suis attachée à Robyn et Daérion (et aussi aux autres 😉).

Un chouette roman que je conseille, avec un jaspage magnifique, l’écriture est fluide et agréable à lire, mais attention pour les exigeants, vous pourriez demeurer insatisfaits sur la longueur.

*****

Résumé :

“Alors qu’il achevait de graver ces mots dans la roche, l’homme espérait, dans dernier souffle, que la Prophétie ne serait pas oubliée, que la pierre la conserverait à l’abri, et les hommes dans leur mémoire. Il en allait de l’avenir du monde entier.”
Cinq cents ans plus tard, île de Kasmal, prémices de l’hiver.
Un océan ténébreux, d’étranges créatures remontées des profondeurs et de sanglantes attaques inexpliquées. Robyn n’ignore rien de ces signes macabres lorsqu’elle rentre dans son village natal d’Astaak après une longue campagne en mer. Dépourvue de magie mais Maître-Lame redoutable au combat, elle a appris à écouter son instinct. Sur le chemin, Robyn rencontre un jeune homme énigmatique : Daérion. Celui-ci suit les traces de l’invisible bête sanguinaire qui terrorise la populaire. Quand elle apprend que cette mystérieuse entité est à l’origine de la mort de ses parents, Robyn ne désire qu’un chose, la traquer et l’anéantir. Cette funeste quête de vengeance engage alors les compagnons d’armes dans un périple qui ne connaît qu’une seule destination, l’obscurité.

*****

Chapitre 2 Le fracas des lames

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Autour du puits, les civils s’étaient massés en silence, ou presque. Les plus jeunes pleuraient à moitié, blottis contre leurs mères. Les blessés gémissaient, soignés à la hâte par Rima, pâle mais déterminée, et par deux apprentis Porte-rune aux gestes encore maladroits. L’un avait la rune de l’eau. Il appliquait de la glace pour contenir les saignements. L’autre, une marque tellurique sur le front, murmurait des paroles de réconfort à un vieillard blessé. Fiona faisait la navette entre les enfants et les adultes, distribuant couvertures et mots doux. Elle tenait bon. Parce qu’elle devait tenir. Parce que Pearl était dehors.

Avvallino, lui, gardait l’entrée de la taverne, couteau de cuisine en main. Il ne parlait pas. Il observait. Le silence qu’il dégageait imposait le calme. Mais la peur rampait.

Et soudain, elle bondit.

Un hurlement. Puis deux. Une silhouette jaillit d’un toit effondré : un pirate crasseux, les yeux fous, hurlant un chant obscène. Il brandissait une machette et s’élança vers les civils. Avant même que quiconque ne réagisse, un second surgit derrière la foule, un poignard à la main, les yeux braqués sur une mère accroupie.

La panique éclata.

– ILS SONT LÀ ! hurla quelqu’un.

Le premier pirate courait déjà vers le puits. Il n’atteignit jamais sa cible. Avvallino l’intercepta sans un mot. Son bras fendit l’air : le couteau de cuisine se planta dans la gorge du brigand avec une précision chirurgicale. L’homme tomba à genoux, les mains sur sa plaie, et s’effondra dans un gargouillis.

Le second tenta de reculer, pris de panique. Les apprentis Porte-rune réagirent, un bouclier d’eau puissant vint déséquilibrer l’assaillant, le jetant à terre. Le garçon au front marqué tendit la main : une vrille de racines émergea du sol et enserra les jambes du pirate, le clouant au pavé. Rima se redressa, le front couvert de sueur.

– À couvert, vite !

Fiona aida les enfants à se recroqueviller sous une charrette renversée. Le calme revint, brutalement. Le pirate encore vivant grogna sous les liens végétaux, mais n’inspirait plus de peur.

Avvallino essuya lentement son couteau sur la tunique du mort.

– Si d’autres s’approchent, ils finiront comme lui.

Fiona lui lança un regard plein de gratitude mêlé d’inquiétude.

– Pearl va tenir, dit-elle doucement. Elle doit tenir.

Et dans le tumulte au loin, le hurlement d’une lame enflammée déchirait encore la nuit.

~~~

|Pearl L’Éclat Implacable|

Ils étaient six.

Six pirates hurlants, bardés de lames, le regard noyé dans la fureur et la folie.

Ils encerclèrent Pearl, pensant la noyer sous le nombre. Ils n’en eurent pas le temps.

Sa rune pulsait à son poignet droit comme un cœur trop plein, irradiant une lumière blanche qui, par instants, virait à l’or. Sa lame ruisselait d’éclats aveuglants. Ses yeux, d’ordinaire calmes, s’emplirent d’un feu ancien.

Elle inspira une seule fois, courte, tendue.

Puis elle attaqua.

La première frappe fut un trait de lumière. Un cou tranché, un corps effondré. Elle pivota sur elle-même, esquiva un coup, coupa net un bras qui volait encore lorsqu’elle transperça le second assaillant. Elle enchaînait avec une grâce presque irréelle. Comme si une volonté plus vaste dansait à travers elle. Son cri fendit l’air, une vibration pure qui fit trembler les vitres. La rune sur son poignet se mit à brûler.

Le troisième pirate voulut fuir. Pearl tendit la main : la lumière jaillit en un arc aveuglant, le frappa de plein fouet et l’enflamma de l’intérieur. Il chuta, un hurlement coincé dans la gorge.

Le quatrième eut juste le temps de lever son épée. Pearl le désarma d’un revers de poignet, se glissa sous sa garde, planta sa lame dans sa cage thoracique jusqu’à la garde. Un grondement sourd accompagna l’impact.

Les deux derniers s’élancèrent en même temps. Elle bondit entre eux, une explosion de lumière jaillit de son corps. Un dôme éphémère, brutal, les projeta à plusieurs pas.

Elle n’en laissa aucun se relever. Le silence se fit autour d’elle. Il ne restait que son souffle court. La lumière qui vibrait encore.

Autour d’elle, les Porte-rune ralentirent, figés. Un jeune au regard d’acier recula d’un pas. La femme au manteau de cuivre, celle de la terre, la fixa longuement, presque effrayée.

Et tous reculèrent d’un souffle, se souvenant des mots que Marcus murmurait parfois à voix basse :

« Vous ne la comprenez pas encore. Elle n’est pas juste douée. Elle est née de la rune. Elle est ce que nous avons peur de devenir. »

Et Pearl, les tempes bourdonnantes, ne vit rien de tout cela. Elle se tourna, sa lame encore fumante, et courut rejoindre Marcus.

~~~

|Marcus L’Écarlate|

Le duel continuait.

Marcus souffrait. Son épaule saignait abondamment. Chaque respiration brûlait dans sa poitrine. Mais il tenait.

Face à lui, la bête hurlait à la lune absente, la hache toujours levée, les muscles gonflés d’une rage insensée. Marcus para une nouvelle frappe. Le choc fit trembler son bras jusqu’à la clavicule. Il recula, feinta, tenta un revers. L’autre esquiva à peine. Il ne sentait rien. Rien d’humain dans ce colosse, sinon la haine.

– Tu vas tomber, Porte-rune ! cracha l’ennemi.

Marcus sourit, les dents rouges.

– Pas aujourd’hui.

La rune de feu s’embrasa. Sa lame s’allongea d’une langue incandescente. Il fit tournoyer son épée, décrivant des cercles de chaleur autour de lui.

Le pirate fonça.

Marcus pivota sur son pied arrière, le laissa s’engager, et au dernier instant, il glissa sous la hache. Tout son poids se projeta dans le mouvement. Sa lame fendit l’air en une trajectoire parfaite, chirurgicale, définitive. Le cou du monstre céda dans un shlak humide et sec à la fois.

La tête roula sur les pavés.

Le corps demeura debout une seconde, avant de s’écrouler dans un fracas sourd.

Soudain, au loin, des cris. De victoire, de peur, de stupeur.

Marcus se tenait là, ruisselant de sueur et de sang, le souffle court, sa rune encore rougeoyante.

Tous le regardaient. Même les Porte-rune. Pearl arriva juste à temps pour le voir se redresser et murmurer, presque pour lui-même :

– Alors c’est ça… une légende, hein ?

Ils se souvenaient, maintenant, pourquoi on l’appelait l’Écarlate.

~~~

Le combat était terminé.

Mais le silence, lui, pesait plus lourd que les cris. Pearl se tenait debout, au milieu des corps.

Ses bras pendaient le long de son corps, couverts de sang qui n’était pas le sien. Sa lame fumait encore, tiède.

Autour d’elle, tout semblait s’être figé. Comme si le monde, lui aussi, retenait son souffle.

Une odeur épaisse lui brûlait les narines : celle du fer, du cuir mouillé, des entrailles déchirées. Le sang couvrait les pavés en traînées noires, gluantes. Des morceaux de chair, de tissu, de vie… éparpillés comme des feuilles mortes.

Elle inspira, mais l’air avait changé. Il était lourd, saturé. Chaque respiration goûtait la mort. Son cœur cognait dans sa poitrine comme une bête enfermée. Ses tempes pulsaient.

Sa rune luisait encore faiblement. Un dernier battement de lumière blanche, puis plus rien. Éteinte. Elle baissa les yeux.

Le pirate qu’elle avait brûlé gisait là, les orbites vides, figées dans une expression de terreur pure. Il n’était plus qu’une carcasse noircie, une coquille vidée.

Ses doigts tremblèrent. Ce n’était pas la première fois. Elle avait tué avant. Elle était formée pour ça. Mais quelque chose, cette fois… quelque chose s’était ouvert en elle. Ou brisé.

Son regard glissa vers les autres corps. L’un avait le visage jeune. Trop jeune. Un duvet encore tendre au menton. Un autre avait gardé, même dans la mort, un air de surprise. Comme s’il n’avait jamais cru que ça finirait là. Pas comme ça.

Elle sentit sa gorge se serrer. Pas de larmes. Juste un nœud. Un vertige. Une solitude immense, glaciale, comme un gouffre qui s’ouvrait en elle.

Les sons revinrent lentement, étouffés :

Des pas qui couraient. Des gémissements au loin. Des cris d’appel. Mais Pearl n’écoutait plus.

Elle se laissa tomber à genoux, une main au sol, l’autre posée sur son front.

Un souffle. Deux.

Elle ferma les yeux. Dans le noir de ses paupières, la lumière avait laissé une trace. Comme une cicatrice de feu.

Elle se vit, l’espace d’un instant, de l’extérieur : une silhouette baignée de lumière, le regard incandescent, le geste implacable.

Et ce n’était pas elle. Pas vraiment. Quelque chose en elle se réveillait. Ou prenait trop de place. Elle n’en savait rien. Elle n’osa pas y penser plus.

Des mains se posèrent sur ses épaules. Des voix l’entouraient à nouveau.Quelqu’un l’appelait. Peut-être Fiona. Peut-être Agathe. Elle ne savait plus.

Pearl se redressa lentement, les traits figés, les yeux vides. Elle n’avait pas froid. Et pourtant, elle frissonnait.

~~~

 

📚Avis lecture – Poussière Fantôme📚

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😍 Une jolie découverte 😍

C’est la couverture qui m’a attiré en premier lieu pour Poussière Fantôme d’Emmanuel Chastellière aux Éditions ScriNéo. J’avais envie de me plonger dans un univers où les fantômes étaient présents et je n’ai pas été déçue.

C’est Elisabeth que nous rencontrons en premier, une jeune scientifique touchante et intelligente. Elle décède lors d’une expérience qui tourne mal. J’ai beaucoup aimé ce personnage très attachant, tout comme le charmant Archibald qui a le don de voir les fantômes et de dialoguer avec eux. Les autres personnages ne sont pas en reste pour autant, je les ai beaucoup appréciés aussi. Ulysse, ne change pas, je t’adore ! Emmanuel a su offrir une vraie présence et chacun d’eux apporte sa touche à l’ensemble.

Tous les éléments sont là : amour, amitié, mystères, complots, mensonges, tensions, dangers… L’action est présente tout comme les révélations et les rebondissements. La plume d’Emmanuel Chastellière est un vrai régal. Ce fût un plaisir de vivre ces aventures à leurs côtés même si j’aurai aimé que certains passages soient un peu plus développés, tout particulièrement concernant le Seuil.

J’ai adoré la notion de poussière fantôme, ainsi que les propriétés, qu’Emmanuel Chastellière a développées dans cette épopée, ainsi que la part de surnaturel présente tout au long, sans oublier l’histoire des différents lieux. Le choix de l’époque d’Halloween, de Montréal et du Canada sont parfait comme cadre pour ce roman fantastique qui saura ravir les jeunes et ceux qui le sont un peu moins, des adolescents aux adultes.

En résumé, si vous aimez les histoires avec des fantômes et des personnages variés, aux personnalités diverses, où sont présents les sciences et le surnaturel, mais aussi les complots et les trahisons, ce livre est à lire sans hésitation !

*****

Résumé :

Être guide touristique spécialisé dans les mystères du Montréal hanté n’est pas facile tous les jours ! Mais ça l’est encore moins quand on peut réellement converser avec les fantômes !
Depuis qu’Archibald a fait la rencontre d’Elizabeth McKenzie, jeune scientifique décédée dans des circonstances étranges en 1917, sa vie a basculé.
Déterminé à aider Elizabeth à lever le voile sur sa mort, Archie devra compter sur des amis parfois surprenants et percer les secrets de la poussière fantôme.
Car, les revenants, goules et autres spectres de la ville se montrant de plus en plus menaçants…
Et tout ça si possible sans trop se fatiguer !

*****

📚Avis lecture – La femme de ménage📚

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Coup de cœur

Le premier volume de La femme de ménage de Freida Mc Fadden aux Editions J’ai Lu est un vrai coup de cœur. J’ai dévoré cette merveille en 4 jours à peine. Une fois commencé, impossible de s’arrêter. C’est un thriller psy addictif, au rythme trépidant pour lequel tourner les pages se fait à plein régime.

Pour ne pas spoiler et gâcher le plaisir du suspens, j’en dévoilerai donc le moins possible (juste assez pour donner envie 😉). Le premier point fort, c’est le prologue qui vous hameçonne immédiatement. Vous comprenez tout de suite qu’un drame terrible vient de se produire : il y a un cadavre à l’étage. Mais, pour autant l’identité de l’infortuné(e) décédé(e) n’est pas dévoilée, ni même celle de la femme interrogée…

Ensuite, l’histoire revient 3 mois en arrière aux côtés de Milie, demoiselle en conditionnelle, qui se fait embauchée en tant que femme de ménage dans la prestigieuse villa de la richissime et influente famille des Winchester. Mais… La paradis et l’enfer ne sont pas forcément où vous le pensez, les apparences peuvent être trompeuses, les secrets sont omniprésents, et le mystère plane partout…

Je me suis laissée emporter par l’atmosphère emplie de suspens qui tient en haleine jusqu’au bout et pousse à tourner les pages encore et encore afin d’obtenir les dernières clés pour tout comprendre… Et oui, elle ne seront fournies dans leur totalité qu’à la fin…

Un seul mot à dire : Foncez !

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Résumé :

Chaque jour, Milie fait le ménage dans la belle maison des Winchester, une riche famille new-yorkaise. Elle récupère aussi leur fille à l’école et prépare les repas avant d’aller se coucher dans sa chambre, au grenier. Pour la jeune femme, ce nouveau travail est une chance inespérée. L’occasion de repartir à zéro. Mais, sous des dehors respectables, sa patronne se montre de plus en plus instable et toxique. Et puis, il y a aussi cette rumeur dérangeante qui court dans le quartier : madame Winchester aurait tenté de noyer sa fille il y a quelques années. Heureusement, le gentil et séduisant monsieur Winchester est là pour rendre la situation supportable. Mais le danger se tapit parfois sous des apparences trompeuses. Et lorsque Milie découvre que la porte de sa chambre mansardée ne ferme que de l’extérieur, il est peut-être déjà trop tard…

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Vidéo

🖋Ecriture, Mes avancées – Saga L’Ultime Gardienne T1🖋

#Hashtag(s) : #En cours d'écriture

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L’Ultime Gardienne T1. De l’attirance à l’espérance

“Lorsque le destin d’êtres exceptionnels se trouve mêler, les graines d’un nouvel espoir pourraient être parsemées”

Le premier tome de ma Saga est enfin dans une version aboutie. Il nécessitera une dernière réécriture, mais elle se fera lorsque j’aurai suffisamment avancé dans les tomes suivants. Pour l’instant, 6 volumes sont prévus.

Trois années, c’est le temps que ce premier bébé m’aura demandé. Oui, c’est mon tout premier abouti 🤭. Je me suis lancée pour la première fois dans l’écriture durant l’été 2021 avec cette histoire qui me trottait dans la tête depuis tant d’années. J’ai osé franchir le pas et poser les mots pour démarrer cette superbe aventure qu’est l’écriture 💖.

Un Teaser pour découvrir le 1er tome qui, je l’espère, saura donné envie. Désormais, il est temps de se mettre dans l’écriture du second tome 😊.

J’en dévoilerai plus sur l’univers de ma Saga – Hélaeryon – dans d’autres publications. Cet univers est très vaste et peuplé de nombreuses créature. Il sera probablement amené soit à évoluer, soit à voir peut-être naître d’autres histoires en plus de cette saga (rien n’est encore décidé 😉).

A très vite 🥰

📚Avis lecture – Animale T2. La prophétie de la Reine des Neiges📚

#Hashtag(s) : #Critique & analyse

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❤ Coup de cœur ❤

La prophétie de la Reine des Neiges est le second tome de la duologie Animale de Victor Dixen aux Éditions Gallimard. Si le Tome 1 m’a charmé, le Tome 2, lui, m’a littéralement conquise. C’est une suite magistrale. Un nouveau personnage énigmatique apparaît : La Reine des Neiges, terrible et mystérieuse femme. Bien évidemment, le tout est teinté de mythes et légendes nordiques 😍.

Nous y retrouvons nos personnages tant aimés, Blonde et Gaspard, mais aussi de nombreux autres. Je ne vous en dis pas plus pour vous laisser le plaisir de découvrir qui fera parti de l’aventure 😉.

Nous en apprenons un peu plus sur Gaspard 😍. J’ai trouvé cela d’autant plus agréable, son passé n’ayant pas été dévoilé dans le premier tome. Nous recroisons aussi ce maudit Charles et son détestable avocat, Ferrière 🤧. Oui, je les hais encore plus désormais ! Ils ne reculent devant rien, ces sa@l*** ! 🤧

De nouveaux personnages attachants font leur apparition : les bouquetières 😍, mais aussi le jeune Hans, d’autant plus touchant pour ceux qui sont écrivains en devenir, comme lui. D’autres, plus dangereux, certains plus mystérieux, s’offriront à vos yeux. De quoi nous subjuguer tout au long de ce périple fantastique.

Comme pour le premier tome, le suspens est magnifiquement ménagé, les révélations distillées aux moments opportuns. Cette suite m’a transportée de nouveau aux côtés de Blonde dans cette aventure palpitante qui m’a émue tant de fois, fait pleurer aussi, m’a révoltée, même scandalisée ou horrifiée par instant, mais sans jamais faire perdre totalement espoir. Elle nous tient en haleine du début à la fin et n’a de cesse de nous faire vibrer aux côtés des nombreux personnages profonds.

En résumé, un vrai coup de cœur 💗💗💗

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Résumé :

1833, sur une île perdue du Danemark. Elle s’appelle Blonde, il se nomme Gaspard. Elle est animale, il est fou d’elle. Le destin s’apprête à les arracher l’un à l’autre : ils sont victimes d’une prophétie qui bouleversera le monde à jamais. Blonde parviendra-t-elle à déjouer les plans de l’énigmatique Reine des neiges, avec pour seul allié un jeune écrivain nommé Andersen ?

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📚Avis lecture – Animale T1. La malédiction de Boucle d’or📚

#Hashtag(s) : #Critique & analyse

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❤ Coup ce cœur ❤

La malédiction de Boucle d’Or est le premier tome de la duologie Animale de Victor Dixen aux Éditions Gallimard. On y découvre Blonde, 17 ans, orpheline et pensionnaire permanente du couvent des Ursulines. Les sœurs lui ont donnée l’habitude de protéger ses yeux derrière des verres foncés, mais aussi de cacher son habituelle et magnifique chevelure blonde. Elle va faire deux rencontres qui vont bouleverser sa vie : celle d’un jeune apprenti tailleur de pierre, Gaspard, et celle d’un vieux commissaire à la retraite qui va soulever le voile de l’énigme qui enveloppe sa naissance.

Animale est une réécriture du conte de Boucle d’Or, ou plutôt comment tout a débuté ainsi que le suite. Mais, c’est bien plus encore ! C’est un véritable chef-d’œuvre dans lequel Victor Dixen a repris toute une mythologie nordique qu’il a remanié pour traiter l’aspect bestialité de ce conte.

Le suspens est bien ménagé, les révélations distillées à bon escient et aux moments opportuns, le tout avec une prose agréable. On y trouve de nombreux personnages, profonds, atypiques et divinement bien travaillés, qu’ils soient attachants ou détestables.

J’ai adoré Blonde qui n’a eu de cesse d’évoluer au fil des péripéties, mais aussi Gaspard, ce jeune apprenti, sans oublier son mentor, maître Grégorius 💜💜. Je l’ai énormément aimé, de plus en plus au fil des péripéties, tant par son caractère que par son histoire.

Dans les personnages atypiques et attachants, il ne faut pas oublié Mme Lune, la voyante un peu étrange, mais si généreuse. Et, bien évidemment, Gabrielle et Sven 💖.

A l’opposé, il y a ceux que j’ai détesté, que dis-je haïs ! Oui, Charles, je te hais ! Tout comme ton maudit avocat, cette crapule ! Je m’arrête là avant de me laisser emporter 😉.

J’ai été littéralement transportée aux côtés de Blonde dans cette aventure hors du commun qui m’a émue, fait rire, pleurer, parfois donner froid dans le dos, espérer, attendrie, révoltée, mais qui a su, surtout, me tenir en haleine jusqu’au bout.

Elle vient nous rappeler que les contes ne sont pas uniquement adressés qu’aux enfants et que, même adultes, nous pouvons, comme nos bambins, nous laisser enivrer par le récit émouvant de cette jolie blonde que nous connaissons plus ou moins.

Animale est un vrai coup de cœur pour moi qui suis une passionnée de fantastique et de fantasy, mais aussi de mythes et de légendes. Tout cela me rend d’autant plus impatiente de découvrir le tome suivant : La prophétie de la reine des neiges.

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Résumé :

1832. Blonde, dix-sept ans, est cloîtrée depuis toujours dans un couvent perdu au milieu des bois. Pourquoi les sœurs l’obligent-elle à couvrir ses cheveux d’or et à cacher sa beauté troublante derrière des lunettes sombres ? Qui sont ses parents, et que leur est-il arrivé ?
Alors qu’elle s’enfuit pour remonter le fil du passé, Blonde se découvre un versant obscur, une part animale : il y a au cœur de son histoire un terrible secret.

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La Gestion du Stress au Travail – Édition Auteur – La Méthode Pomodoro

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Cher lecteur, j’ai décidé de t’écrire aujourd’hui concernant la gestion du stress au travail en tant qu’auteur. 

Le stress est l’ennemi du bien et du bien-être, c’est pourquoi je vais te partager certaines techniques afin d’optimiser ton bien-être au travail. Aujourd’hui, nous commençons par la technique Pomodoro (tomate en italien).

La technique Pomodoro n’est pas une technique de gestion de stress en soi. C’est une technique de gestion du temps de travail qui permet d’être plus organisé, et donc, plus serein.

Cette technique est plutôt simple à appliquer et ne s’applique pas uniquement aux auteurs, elle peut s’appliquer pour étudier aussi, par exemple.

Tu vas mettre un timer de 25 minutes (il existe des sites internet qui appliquent directement la méthode Pomodoro) durant lesquelles tu vas te concentrer sur ton travail (écriture, relecture, mailing, planification…), puis, au bout de ces 25 minutes, tu vas mettre un timer de 5 minutes durant lesquelles tu fais ce que tu veux, boire un café, scroller sur les réseaux sociaux, tout ce qui peut te distraire. Tu répètes ceci encore 3 fois et au bout de la quatrième période de travail de 25 minutes, tu t’octroies une pause plus longue de 15 à 30 minutes (je conseille minimum 20-25 minutes pour bien décompresser). 

Cette technique m’a été enseignée par une psychologue dans le cadre de mon TDAH. Elle est également efficace pour des personnes qui ont besoin de s’imposer un cadre pour mieux progresser dans leur travail.

J’espère que ce post t’aura été utile et qu’il t’aura donné envie d’en lire plus !

À très bientôt !

Love,

May.

Erreur 1073 – Tropes et Présentation

#Hashtag(s) : #En cours d'écriture , #Autre

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Cher lecteur, aujourd’hui, j’ai décidé de te parler de ma dystopie YA disponible sur mon Wattpad : May_Pik, j’ai nommé : Erreur 1073.

Erreur 1073 est une dystopie avec pour thématiques principales, la quête de bonheur et de liberté et la lutte contre le système de castes.

Dans ce roman, les êtres humains sont divisés en castes selon leurs habilités définies à la naissance. Par exemple, une personne née avec un bon taux de fertilité et une bonne empathie sera un reproducteur. Nous allons alors suivre la jeune Valentine, unique reproductrice de son école depuis toujours. Elle est donc solitaire et renfermée, mais va pour la première fois de sa vie susciter l’intérêt d’un de ses camarades de classe, Marcus, un bureaucrate. Ils vont tous les deux découvrir qu’ils sont des anomalies souvent éliminées par le gouvernement et quittent leur Cassis natale pour se lancer à la recherche des Data Center détenant la mémoire de l’humanité. Valentine et Marcus vont alors faire de nombreuses découvertes concernant les anomalies jusqu’à arriver aux abords de Paris où se situent les Data Center. Cependant, tout ne se passe pas comme prévu et ce qui rimait avec belles rencontres va alors rimer avec Enfer sur Terre.

Je ne t’en dis pas plus afin de ne pas te spoiler. Si tu as envie de lire Erreur 1073, rendez-vous sur mon Wattpad : May_Pik !

À très bientôt !

Love, 

May.

 

Chapitre 1 : Lueurs d’albâtre

#Hashtag(s) : #En cours d'écriture

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« Il n’y a pas de maître des runes. Seulement des porteurs, et des survivants. »

Fragment de litanie oubliée

~~~

| Nerhaël, port occidental |

Le port de Nerhaël s’éveillait doucement sous une lumière pâle. Les premières voiles s’étaient détachées de l’horizon, glissant sur les eaux d’encre comme des fantômes matinaux. Pearl avançait sans but précis, sa cape rabattue contre le vent humide. Les pavés luisants reflétaient les lanternes encore suspendues aux auberges fermées, et une odeur mêlée de sel, de poisson et de bois brûlé flottait dans l’air.

Elle avait quitté la taverne avant l’aube, sans prévenir Fiona ni Marcus. Par besoin de silence, ou pour fuir les questions qu’elle sentait venir. Dans sa paume, la rune gravée vibrait doucement d’une lumière d’albâtre, comme un cœur étranger tapi sous la peau. Depuis son dernier songe, elle avait du mal à la faire taire.

Un marchand somnolent faisait rouler des tonneaux vers un entrepôt. Plus loin, deux enfants en haillons jouaient à faire semblant d’être des Porte-rune, traçant des glyphes dans la poussière avec des bâtons de bois.

Elle s’arrêta un instant près de l’un des docks, observant un vieux marin assis sur un tabouret, en train de réparer un filet. Il leva les yeux vers elle.

– Vous cherchez quelqu’un, p’tite flamme ?

Elle sourit à peine. Le surnom n’était pas rare depuis que sa rune s’était illuminée devant les siens. La lumière appelle les regards.

– Non. Juste… je regarde la ville s’éveiller.

Le vieux hocha la tête, comme si c’était une réponse valable. Puis il ajouta, d’un ton tranquille :

– Alors regardez bien. Y’aura pas toujours des matins calmes, ici.

Elle le fixa un instant, cherchant une note d’ironie, mais il s’était déjà replongé dans son ouvrage.

Une cloche sonna depuis la tour des Arpenteurs. L’heure du relais. Les patrouilles allaient changer. Elle y retrouverait sans doute Marcus, raide comme un bâton, à faire ses tours sans sourire. Un devoir, disait-il. Comme si le monde tenait debout par la seule volonté de ceux qui gardaient la ligne.

Pearl hésita. Ses pas la menèrent plus loin, vers les ruelles étroites bordées d’étals de fruits étranges, de potions marines et de charmes à demi-légaux. Des voix de vendeurs commençaient à jaillir, mêlées aux cris des goélands. Une jeune femme chantait dans une langue oubliée, accompagnée d’un instrument à cordes dissonant.

Et tout semblait paisible.

Les rues de Nerhaël s’étiraient dans un calme matinal presque trop parfait. Pearl longeait les quais, la tête légèrement penchée, le regard pris entre les voiles amarrées et les ombres des mâts qui s’étiraient sur les dalles. La ville n’était pas encore tout à fait éveillée. Juste un peu bruissante, comme si elle murmurait dans son sommeil.

Elle s’arrêta brièvement en apercevant ce navire sans nom, niché à l’écart, voile noire repliée, étrangement silencieux. Une marque gravée sur la proue, un cercle fendu, attira son œil.

Un souffle glacé effleura sa nuque. Elle fronça les sourcils.
Encore…

Mais elle secoua la tête.
Non. Pas maintenant. Pas toujours. Arrête de voir le mal partout, Pearl…

Elle détourna les yeux et reprit sa route, forçant son esprit à ne pas s’y attarder. Elle n’était pas en patrouille, pas en mission. Juste une Porte-rune fatiguée, juste une illusion.

Le pavé humide céda la place à des planches grinçantes lorsqu’elle monta le petit escalier menant à la taverne d’Avvallino. À travers les fenêtres, une lueur dorée filtrait déjà, et les sons familiers de casseroles qu’on heurte, de couteaux qu’on affûte et de voix endormies réveillèrent quelque chose en elle.

Un fumet gras de pain grillé, de ragoût d’écrevisses et d’herbes chaudes lui caressa les narines. Une odeur de vie. De foyer.

Son pas se fit plus lent. Une mèche de cheveux lui tomba devant les yeux. Elle ne la repoussa pas. Pour une fois, elle se surprit à ne pas se presser. Elle monta les trois dernières marches comme on rentrerait chez soi.

Elle poussa la porte.

– T’es revenue, toi, lança la voix rocailleuse d’Avvallino derrière son comptoir. J’allais envoyer un filet te chercher.

Il lui adressa un clin d’œil, les mains pleines de farine et le tablier taché de sauce. Dans l’âtre, un feu ronflait doucement. Fiona riait dans la cuisine en se chamaillant avec Rima à propos de la quantité de sel dans la marmite.

Le silence dans son cœur commença à se fissurer. Un coin de ses lèvres s’étira. Pas un sourire plein, non. Mais presque. Son éternel air taciturne faillit se dissiper.

Et alors,
les cloches.

Une. Deux. Trois. Urgentes. Frappées à toute volée depuis la tour du port.
Puis un cri.
Puis d’autres.

Le vacarme des bottes. Des lames. Du bois brisé.

Pearl se retourna vers la porte, son cœur déjà au pas de course.
Sa rune brûla violemment sous sa peau.
Cette fois, sans ambiguïté.

Nerhaël, encore ensommeillée, venait d’être éventrée.

~~~

Les cloches hurlaient, déchirant l’air calme comme un couteau la peau d’un fruit trop mûr.

Pearl resta figée un instant dans l’entrebâillement de la porte, le regard tendu vers l’extérieur, les muscles déjà prêts à bondir. Mais elle ne bougea pas.

Pas tout de suite.

Derrière elle, le silence avait chuté comme un voile de givre.
Avvallino s’était figé, un torchon suspendu dans la main, la vapeur du plat s’évanouissant doucement dans l’air froid. Son regard noir avait perdu toute chaleur.

– Ne fais pas la folle, grommela-t-il, d’un ton plus bas qu’un souffle. T’as pas à…

Il s’interrompit en croisant son regard. Il savait. Il savait qu’elle n’écouterait pas.

Fiona, debout dans l’embrasure de la cuisine, tenait toujours une louche. Ses doigts tremblaient à peine, mais c’était suffisant. À ses côtés, Rima semblait s’être réduite à une ombre, pâle et pétrifiée. Tous leurs regards, anxieux, la suivaient déjà.

Pearl inspira profondément. Une fois. Deux fois.

Puis elle tourna les talons et monta quatre à quatre l’escalier vers la chambre. Ses bottes frappaient le bois comme un glas.

Le coffre de voyage l’attendait au pied du lit, lourd, solide, marqué des routes qu’il avait déjà connues. Elle l’ouvrit d’un coup sec.

À l’intérieur : le gilet de cuir renforcé, la ceinture d’attache, les deux bracers gravés. Son équipement de Porte-rune. Elle les enfila sans un mot, les gestes nets, assurés, presque rituels. Chaque boucle refermait un peu plus la peur sous sa peau.

Dans un compartiment doublé de tissu sombre, reposait l’arme.

Le présent d’Angus.

Une lame droite, longue et élégante, ciselée de runes anciennes. Le métal, clair et profond, luisait doucement même dans l’ombre, comme s’il reflétait une lumière venue d’ailleurs.

Pearl la sortit lentement du fourreau. La lame vibra dans sa main. Et sa propre rune, gravée à la base de sa paume, s’embrasa d’un éclat d’albâtre. L’air sembla se figer un instant autour d’elle.

Elle descendit sans un mot.

Fiona voulut dire quelque chose, mais aucun son ne sortit.
Rima recula d’un pas, comme si la magie qu’elle portait irradiait quelque chose d’incompréhensible.

Avvallino la regarda passer, le poing serré. Les mâchoires nouées de colère contenue.

Mais il ne la retint pas.

La porte claqua derrière elle.

Et Pearl se mit à courir.

Les rues de Nerhaël vibraient du vacarme des cris, du bois qu’on fracassait, du métal contre le métal. Le ciel, encore lavé d’aube, semblait indifférent au carnage. Des silhouettes s’élançaient entre les bâtisses, des portes volaient en éclats, et les premières flammes grimpaient déjà sur une charpente, léchant le bois sec comme des langues affamées.

Au bout d’une allée, près du grand escalier menant aux docks, elle le vit.

Marcus.

Il était debout au milieu des débris, droit comme un menhir, torse nu sous un manteau déchiré. Sa carrure large imposait un calme presque brutal. Des cicatrices anciennes zébraient ses bras, mais c’était son regard qui frappait le plus, un gris profond, comme du silex mouillé. Impitoyable.

La rune de feu sur son poignet brillait d’un éclat féroce, tremblant presque de rage contenue. Des gerbes d’étincelles couraient déjà sur la lame qu’il tenait à deux mains. Un glaive épais, plus lourd que celui de Pearl, taillé pour fendre l’armure autant que les portes.

Quand leurs regards se croisèrent, il hocha simplement la tête.

– T’as pris ton temps, souffla-t-il, sans sourire.

– Je suis là maintenant, répondit Pearl. L’épée haute. Le souffle déjà court.

Un cri perça l’air.

Trois silhouettes en armure de cuir sombre surgirent depuis un escalier adjacent, visages dissimulés sous des foulards noirs. Sur leur tempe gauche, tatoué en rouge, l’emblème de la Fraternité des Brumes.

Ils fondaient déjà sur eux.

~~~

La ville hurlait.

Nerhaël, perle tranquille des côtes occidentales, s’était changée en piège de sang et de flammes.
Les premiers pirates, surgis des ombres, n’étaient plus des silhouettes furtives.
Ils formaient une meute brutale et disciplinée, déferlant depuis les docks comme une vague noire.
Ils bondissaient sur les étals, renversaient les charrettes, pourchassaient les civils sans la moindre hésitation.
Des corps heurtaient le pavé dans des gerbes de sang. Des portes volaient en éclats. Des enfants étaient arrachés à leur sommeil.
Les torches pleuvaient sur les toitures. Les bottes salies de sel et de violence piétinaient les rues.

Un cri aigu déchira l’air.

Pearl, postée à l’angle d’un passage en contrebas, l’aperçut : une femme traînée par les cheveux par deux hommes. Elle se débattait faiblement, le regard fixe de terreur. Non loin, un homme s’était effondré, abattu d’un coup de hache dans le dos alors qu’il tentait de fuir.

Pearl serra la garde de son arme.
– Je la vois, dit-elle à Marcus. On n’a pas le temps.

La Fraternité des Brumes ne pillait pas. Elle anéantissait.

Alors, Pearl et Marcus entrèrent dans la danse.

La lame runique de Pearl traçait dans l’air une courbe d’argent pur. Elle fendit la gorge d’un pirate d’un revers net. Un autre s’élança, elle para, glissa sur sa droite, planta sa lame dans le creux de sa hanche. Il hurla. Elle le fit taire.

À ses côtés, Marcus frappait comme un forgeron enragé.
Sa grande épée de feu décrivait des arcs rouges et dorés. Lorsqu’il frappa un pirate en pleine poitrine, la rune s’embrasa : le choc explosa en une gerbe de flammes, carbonisant les chairs, projetant deux autres assaillants au sol.

– T’as vu le navire ?! lança-t-il entre deux souffles.

– Voile noire. Cercle fendu. Aucun pavillon connu.

– Fraternité des Brumes, affirma Marcus. Ils viennent pas pour l’or. Ils viennent pour nous.

Et soudain. Un rugissement dans l’air.

Un Porte-rune fendit les cieux depuis les toits. Son manteau claquait dans son sillage. Il atterrit sur un groupe d’assaillants dans une explosion de vent tranchant, dispersant les corps comme des feuilles mortes.

Une seconde silhouette surgit : une femme vêtue de cuivre et de lin blanc. Elle ouvrit les bras vers le sol. D’un geste, elle invoqua la terre et des piliers de roche jaillirent pour dresser une barricade entre les civils en fuite et les pirates.

Un troisième Porte-rune apparut à l’angle d’une boutique effondrée. Jeune, le regard vide, les bras levés. Une onde de givre s’étira comme un souffle de mort, gelant les jambes d’une escouade ennemie.
Pearl fondit sur eux, lame au poing, sans ralentir.

La rue entière devint un champ de bataille surnaturel.
Flammes. Gel. Roches. Vent.
Les pouvoirs telluriques se libéraient sans retenue, chaque impact portait la colère d’un monde ancien réveillé.

Mais Pearl n’avait qu’un objectif.

Elle repéra la femme à nouveau, repoussée contre un mur de pierre, les mains en sang, à moitié inconsciente. Un des pirates levait déjà la lame.

– Pas elle, pas aujourd’hui.

Elle bondit, glissa sous une hallebarde, fendit un flanc, esquiva une masse. Le pirate s’était retourné, trop tard. Pearl enfonça sa lame dans sa clavicule, le repoussa d’un coup de genou, trancha la gorge du second.
La femme haletait, les yeux vides de larmes. Pearl lui attrapa le bras.

– Va. Le vieux Puits. Y a des Arpenteurs là-bas.

– M… merci…

Pearl n’attendit pas. Déjà d’autres ennemis arrivaient.

Et alors, il apparut.

Un chef.
Pas un simple pirate. Une montagne.
Six pieds et demi. Nu-torse malgré le froid du matin, le corps peint de glyphes rouges et noirs. Ses bras énormes semblaient gonflés de rage.
Il portait une hache d’abordage dans chaque main.
Ses yeux, jaunes, luisaient comme ceux d’un fauve.

Mais ce n’est pas cela qui fit reculer Pearl.

C’était la rune.

Au centre de son torse, dissimulée sous l’encre noire, une marque pulsait. Obscure. Vivante. Une rune tordue, fendue en son milieu, comme si elle luttait contre son propre porteur. Une rune d’ombre.

– MARCUS ! hurla-t-elle.

Trop tard.
La bête chargeait déjà.

Marcus ne bougea pas. Il planta ses pieds dans la terre noire et rugit à son tour. Sa rune s’embrasa, inondant sa lame d’une lumière incandescente.

Le choc fut titanesque.

Les haches du monstre frappèrent en croix. Marcus para. Un cri d’acier, une gerbe d’étincelles. Il fut repoussé de trois pas, grogna. Il contre-attaqua, fendit l’air, toucha. La hache gauche de l’ennemi vola en éclats.

Mais l’autre frappa Marcus à l’épaule.
Un coup violent, profond.

Le feu jaillit en retour.

Les deux géants se faisaient face.
Ils frappaient. Reculaient. Grognant. Saignant.
Leurs lames hurlaient des siècles de haine.
Et la rune noire du chef, elle guérissait ses plaies à vue d’œil. Comme si l’ombre buvait la douleur.

Pearl tenta de s’approcher.

Mais une salve ennemie la coupa net : six pirates fonçaient droit sur elle.
Elle jura, reprit sa garde, et se jeta dans la mêlée.

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PROLOGUE

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|Fragment scellé des Chroniques du Silencieux. Consigné dans les fondations closes de Letharielle. L’auteur n’a jamais reparu|

 

« Ils croient encore que le sol leur appartient.
Ils foulent les pierres mortes, ignorants du prix déjà payé, aveugles aux failles qui soupirent sous leurs pas.

Il fut un temps où les cités s’élevaient haut, fières, éclatantes, où la mer s’étendait, profonde et grise, jusqu’aux confins oubliés.
Mais l’avidité creuse plus profond que les racines, et le pouvoir dévore plus sûrement que le feu.

Ceux d’avant ont brisé la chair du monde. Ils ont sondé les lignes telluriques, cherché à tordre les fondations mêmes du continent, persuadés d’en extraire un savoir plus vaste que leur propre chair.
Mais ce qui sommeille sous la pierre ne se laisse ni nommer, ni dominer.

Quand ils sont tombés, la terre s’est ouverte, le ciel s’est assombri, et la mer elle-même a fui.
Le sel s’est déposé comme une plaie blanche sur les cendres encore chaudes, et là où s’étendaient les eaux, le désert s’est refermé.

Les cités d’avant sont devenues poussière, avalées par la brume et l’oubli.
Les cartes se sont effacées, les noms se sont tus.

Quelques enclaves s’accrochent encore aux cicatrices du monde, bâties sur le mensonge et la peur.
Letharielle, dressée sur les failles comme un funeste mirage.
Nerhaël, rongée par le vent salé, les os blanchis et les songes brisés.
La Fourche du Sel, carrefour fragile, où même la poussière murmure à qui sait écouter.

Ils l’appellent Haute Assemblée, comme s’il restait quelque chose à gouverner.
Les Sept se dressent, silhouettes figées, prétendant maintenir l’équilibre, mais même leurs voix se perdent dans les fractures du sol.

Les porteurs brandissent leurs Runes, gravées dans la chair, brûlées dans la pierre, ignorant qu’à chaque trait tracé, c’est un peu plus de mémoire ancienne qui saigne.

Ce qui dort en dessous n’a pas pardonné.
Et le monde, fissuré, se souvient mieux que les hommes. »

~~~

|Fragment des Chroniques du Silencieux — Récit tardif, transcrit dans l’ombre des conclaves interdits|

« Ceux d’en haut détournent le regard, croyant que le danger viendra du ciel ou des plaines mortes.
Ils ignorent encore ce que les montagnes du Sud renferment sous leur croûte craquelée.

Le sel ne s’y dépose pas. Le vent y meurt avant d’atteindre les cimes. Même les porteurs y craignent leurs propres traces.
Ce n’est pas la pierre seule qui y sommeille, mais les restes d’un serment oublié, scellé avant la chute des anciens.

Dans les cavernes effondrées, sous les falaises pelées, rampent des souvenirs plus anciens que la Haute Assemblée.
Certains racontent que les lignes telluriques s’y brisent comme du verre sous la paume d’un traître.
D’autres parlent d’une faille béante, trop profonde pour être mesurée, là où le monde se plie sur lui-même.
Mais tous se taisent quand la nuit tombe, car c’est là que flotte le Vell-Naüth.

On croit le ciel vide, on le croit immobile.
Pourtant, son ombre revient toujours, traînée noire suspendue dans les hauteurs, vêtement déchiré d’un deuil ancien.

Le Vell-Naüth ne parle pas.
Il ne frappe pas.
Mais il veille, immuable, patrouille d’un autre âge, traçant dans l’air froid un avertissement que seuls les porteurs endormis perçoivent encore.

Ce que l’on cache sous les montagnes, ce que l’on oublie dans les abîmes, il l’observe sans relâche.
Il compte les jours.
Il attend les failles.
Il n’y a pas de paix, tant que son ombre rôde. »

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Terre de Cendre

#Hashtag(s) : #En cours d'écriture

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Dans les terres fracturées de la Haute Assemblée, les Porte-rune sont les derniers à canaliser les lignes telluriques. Ils parlent à la pierre, à la cendre, au feu et parfois, à ce qui dort sous la surface.

Ici, la magie n’est ni douce, ni brillante.

Elle marque, consume, exige.
Elle lie les vivants aux secrets oubliés du sol.
Et parmi ceux qui la manient, Pearl n’a jamais cherché la lumière. Elle la porte malgré elle.

Ancienne orpheline devenue Arpenteur Blanc, Pearl patrouille les routes entre falaises, forêts et ports, là où le Conseil des Sept étend son autorité fragile. Sa rune luit d’un éclat doré, un don qu’elle ne comprend pas, une menace pour certains.

Lorsque les voix se mêlent aux songes, lorsque les morts chuchotent des noms interdits, Pearl comprend qu’elle n’est pas seulement porteuse d’une rune ancestrale. Elle est la clef d’un monde qui s’effondre.

Magie, trahison, fuite, amour et chute.

Bienvenue dans un univers où chaque mot brûle, et où les cendres ne sont jamais tout à fait froides.

Les différentes plateformes d’auto-édition

#Hashtag(s) : #Autre , #Éducatif

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Cher lecteur, aujourd’hui, j’ai décidé de te partager les différentes fonctionnalités que proposent les 3 principales plateformes d’auto-édition en ligne. 

Je vais donc parler d’Amazon KDP, de Librinova et de BoD.

J’ai précédemment été auto-éditée via Amazon KDP et ai décidé d’arrêter pour le moment pour certaines raisons que je vais mentionner dans ce post.

La plateforme Amazon KDP est gratuite et très simple d’accès, tu peux même y accéder avec les identifiants de ton compte Amazon si tu en as déjà un. Il y a plusieurs onglets dont le premier nommé “bibliothèque” qui répertorie tous tes livres publiés, mais également un bouton “créer” qui te permet de créer une nouvelle œuvre. Tu peux alors choisir de créer un e-book, un livre broché ou un livre relié. Selon le format que tu auras choisi, il est conseillé d’importer ton manuscrit au format PDF ou WORD/LibreOffice. L’un des problèmes majeurs que j’ai rencontrés dans la création de mes livres via KDP est la maquette. Je trouve que le site est très mal fait quant à la création de sa maquette ou l’importation de celle-ci. Tu peux également choisir le type de papier, la couleur (crème ou blanc)… Une fois toutes les étapes suivies, tu peux commander une ou plusieurs épreuves de ton roman. Et c’est là que viennent mes deux autres problèmes avec KDP. Tout d’abord, les livres ne sont pas imprimés en France (principalement en Pologne ou en Italie), et de plus, même si tu as validé ton épreuve, car tout était imprimé correctement, il arrive qu’il y ait des problèmes d’impression par la suite lorsque tu commandes des exemplaires d’auteur ou qu’un client commande directement via Amazon. Je ne dis pas que KDP est une mauvaise plateforme et elle est certainement adaptée à beaucoup de personnes, car facile d’utilisation en grande majorité, mais les raisons mentionnées précédemment font que je ne publierai plus via cette plateforme.

Je vais maintenant te parler de Librinova — moins en détail, car je n’ai jamais publié via cette plateforme — qui, contrairement à KDP, a un partenariat avec une imprimerie à côté de Lille, dans le nord de la France. Librinova n’est pas qu’une plateforme d’auto-édition, c’est également un guide et un support pour les auteurs en auto-édition. Librinova publie fréquemment des articles pour t’aider dans ton métier d’auteur, mais propose également un service de correction de manuscrit, par exemple. Je me suis renseignée auprès d’auteurs ayant déjà publié via Librinova et la qualité des livres semble supérieur à celle des livres publiés par KDP sans erreurs d’impressions ou autre. Alors, si tu veux t’auto-éditer simplement, avec l’aide de professionnels et voir tes livres imprimés en France, Librinova est peut-être fait pour toi. (Attention, l’auto-édition via Librinova a un coût !)

Maintenant, place à BoD. BoD est une plateforme d’auto-édition du même genre que Librinova. Les livres sont pour leur part imprimés en Allemagne, sinon, le fonctionnement est quasi identique à Librinova et les coûts également. À noter que BoD propose également des services tels que la correction ou la relecture du manuscrit. Je me suis renseigné auprès d’auteurs et l’impression par BoD semble être de qualité égale à celle par Librinova.

J’espère que ce post t’a été utile et qu’il répond aux questions que tu avais sur l’auto-édition via une plateforme en ligne.

N’hésite pas à me contacter si tu as des questions et à laisser un petit commentaire bienveillant !

À très bientôt,

Love,

May.

Des hommes de Laurent Maurignier

#Hashtag(s) : #Autre

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« Des hommes » de Laurent Maurignier, un livre qui pourrait être divisé en trois parties avec la fête comme élément déclencheur : le présent, avec Bernard dit « Feu de bois » qui offre à sa sœur Solange pour ses 60 ans et son départ à la retraite une broche or et diamants, lui ,le pauvre, le rebut qui vit aux dépens des autres et de la famille, un cadeau qui attise la suspicion et la jalousie ; le passé, qui resurgit, un souvenir qui vous dévore l’âme et perturbe vos nuits des années après, le syndrome post-traumatique, l’Algérie vécu en 1962 avec son lot d’atrocités, et Chafoui qui appelle la vengeance dans la tête de Bernard ; et l’avenir, avec cet argent qu’il avait gagné à la loterie, ce pactole confié à la mère parce qu’on n’avait pas atteint la majorité pour gérer ses sous, mais suffisamment grand pour combattre à côté des harkis sur une terre inconnue qu’on appelait l’autre France. Un récit poignant.

JALOUSIE

#Hashtag(s) : #Nouvelle , #Autre

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Petites Histoires De Guerre : Ivan Vetrograd

#Hashtag(s) : #À vendre , #Nouvelle

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Tw : Camp de la mort.

PETITES HISTOIRES DE GUERRE 

Part VII : Ivan Vetrograd

 

 

23 juillet 1944 – Aux abords du camp de Majdanek

 

Nous marchions depuis des heures vers Berlin, lentement, mais sûrement, la forêt de pins s’étendait devant nous, dense et silencieuse. Notre colonne de l’Armée rouge suivait le chemin de terre qui serpentait entre les arbres hauts, leurs troncs droits et réguliers, comme plantés par une main méticuleuse. Leurs branches basses balayaient le sol, tapissé d’aiguilles brunes et sèches. Cette agréable odeur de pétrichor, témoin de la pluie de la nuit dernière, embaumait l’air doux sous ce grand soleil bienvenu. Ne croisant pas d’Allemands, qui avaient fui, mes camarades et moi-même nous sentions plutôt détendus par cette belle journée qui commençait. Mais, mobilisé depuis un an pour la traduction de la langue allemande, j’allais faire une découverte qui me marquerait pour le restant de mon existence. 

 

Quelque chose clochait. Le silence nous mit d’abord la puce à l’oreille. Aucun oiseau, aucun écureuil, aucune vie. Pas même le bruissement d’une feuille. Juste le craquement de nos bottes sur les aiguilles mortes et le bourdonnement lointain des avions ennemis qui survolaient la région. Les effluves, la plus désagréable des sensations, arrivèrent par vagues, portés par le vent. Une puanteur sucrée, âcre, qui colla à l’arrière de ma gorge.

— Hm… grimaça le sergent Volkov, un ancien mineur du Donbass. Drôle d’odeur, ça sent le charbon brûlé. Mais pas tout à fait. 

 

Nous continuâmes à avancer, les yeux rivés sur la forêt. Les arbres semblaient se resserrer autour de nous, leurs branches formant une voûte sombre au-dessus de nos têtes. La lumière du jour filtrait à peine à travers les aiguilles, concevant des motifs mouvants sur le sol. Une fois à l’orée du bois, nous atteignîmes une clairière entretenue par les fascistes.

 

Les premiers barbelés apparurent, rouillés et tordus, comme des serpents métalliques enroulés autour des troncs. Ils s’étendaient à perte de vue, créant une barrière sinueuse entre les pins. Les Allemands avaient formé des chemins entre chaque rangée de grillage. Mais pour quoi faire ?

 

Une tour de garde se dressait à son orée, abandonnée et silencieuse. Son projecteur brisé pendait, pointé vers le sol, bougeant légèrement au gré du vent. Le bois de sa structure, gris et fissuré, supposait sa présence en ces lieux depuis des décennies.  

— Camps de prisonniers, murmura le capitaine Baranov, son pistolet TT à la main.  

 

Ma formation de topographe me permit de noter les détails. Au premier plan, des baraquements alignés au cordeau avec leurs toits de tôle ondulée rouillée. Ensuite, au loin, des cheminées de briques qui se dressaient vers le ciel, noircies par la suie. Enfin, des rails étroits menaient à un bâtiment en béton, massif et froid. Clairement pas un camp de base de la Wehrmacht. Le portail était ouvert, l’endroit, désert. Une inscription en fer forgé se détachait sur l’azur plombé : « Arbeit Macht Frei ».

D’abord, un soupçon imprégna l’atmosphère. Un relent sucré, épais, comme du cuir brûlé. Puis la nausée, une poigne invisible qui nous saisit la gorge. Volkov se frotta le nez, grignant. J’eus un haut-le-cœur. Nous étions entrés dans un lieu où l’air lui-même refusait d’être purifié. Chaque respiration devenait un choix entre vivre ou supporter une fois de plus cette pestilence. Des papiers – lettres, photos, passeports – jonchaient le sol. Je ramassai un portefeuille en cuir, usé et taché. À l’intérieur, un portrait de famille : un homme souriant, une femme en robe fleurie, deux petites filles avec des nattes. Leurs visages capturés dans un moment de bonheur. Que faisait ce document ici ? Étaient-ce des politiques de l’Ouest ?

— Ivan ! 

 

Volkov pointa son fusil vers une forme allongée près des barbelés. Un sac abandonné, pensai-je. Puis je vis les rayures. Je me figeai. L’air sembla peser sur ma poitrine. Un corps, trop maigre, comme vidé de son être avant même de mourir. Une mouche se posa sur son œil, indifférente. Moi, je ne parvenais plus à respirer. Baranov serra la mâchoire.

— Il a dû souffrir, celui-là…

 

Sa voix n’était qu’un souffle. À mon image, il n’arrivait pas à détourner le regard. Comme si, ainsi, nous lui devions quelque chose. Je m’agenouillai près du cadavre, dont les doigts agrippaient une petite boîte en fer, rouillée et bosselée. À l’intérieur, une mèche de cheveux blonds tressée en forme d’étoile. Chaque mise au jour se révélait pire que la précédente, et ce n’était que le début.

 

Les portes, grandes ouvertes, des baraquements vides, laissaient entrevoir des couchettes en bois qui s’empilaient sur quatre niveaux, si serrées qu’un homme ne pouvait se retourner. Des numéros y étaient incrustés, accompagnés de noms en yiddish, en polonais, en allemand.

— Des personnes ont dormi là-dedans ? C’est inhumain ! 

— Les Fritz ont de l’imagination quand il s’agit de faire souffrir, répondit Baranov, un soldat d’élite de notre groupe.

— Quel horr… 

 

L’on m’interrompit.

— Regardez. C’est marqué quoi, Ivan ?

 

Volkov tenait une gamelle en fer-blanc, rouillée et cabossée, au bord gravé. 

— « Propriété de la SS ». Les rats noirs étaient ici.

— On va les repousser jusqu’à Berlin et on les pendra haut et court, conclut Volkov.

 

Le bâtiment en béton attira mon attention. Celui qui accueillait les rails. Une cheminée massive se dressait derrière. La première pièce paraissait appartenir au régisseur de ce bloc. Sur le bureau se trouvait un album ouvert sur un cliché d’un nazi souriant, assis sur une montagne de lunettes. Au verso, une écriture enfantine : « Pour oncle Franz, qui nous protège des poux. Ta Käthe. » Les pages suivantes montraient des femmes nues alignées devant un photographe, numérotées au goudron sur la poitrine. À mesure que nous avancions, l’odeur devenait encore plus insoutenable, franchissant un nouveau palier dans l’horreur. Je nouai mon foulard sur mon nez, ce qui n’atténua en rien la puanteur. Les plus vieux grognards de la 69e Armée reculaient, pâles comme la mort. La porte du bâtiment grinça lorsqu’elle s’ouvrit. L’obscurité à l’intérieur, palpable, semblait absorber la lumière. Ma lampe torche révéla des murs couverts de crochets, des chariots métalliques alignés de la même manière que dans une usine, des traces de pas dans la poussière, petites, trop petites… Des enfants se tenaient ici… Une pensée terrifiée fila vers ma sœurette, qui revenait tout juste de l’Oural. Les Allemands n’étaient que des porcs, je songeai instantanément au massacre de Babi Yar, des milliers de personnes tuées en quelques heures… Peut-être des lâches et des planqués, mais soviétiques, tout comme nous.

 

La lumière de ma lampe balaya les cloisons. Des milliers d’entailles verticales striaient le béton, comme si des griffes géantes avaient essayé de s’arracher de cette prison. Je posai la main sur une marque, profonde, large comme trois doigts, réalisant soudain leur provenance : des traces d’ongles. Je reculai légèrement tandis que Volkov vomit bruyamment derrière moi. Son projecteur éclairait un coin de la pièce où s’empilaient des valises. 

Des noms d’enfants y étaient peints en lettres tremblées : « Ruth Berliner, 6 ans », « David Cohen, né le 12/04/1938 ». Une poupée en porcelaine gisait dans la poussière, son œil de verre reflétant notre stupéfaction.  

— Ils gardaient ça pour quoi ? murmura Baranov.  

 

Sa question resta sans réponse. Nous avançâmes comme des somnambules vers une porte métallique couverte d’inscriptions en allemand. « Zur Desinfektion ». Quelque chose n’allait pas dans cet endroit, nous en étions sûrs maintenant. Le sergent Volkov actionna un loquet. Le grincement révéla une pièce carrelée de blanc. Des pommeaux de douche alignés au plafond. Des bancs en bois. Et au sol… des cheveux. Une mer de cheveux, épaisse de vingt centimètres, tapissait tout l’espace. Bruns, blonds, roux, gris. Mêlés à des épingles, des barrettes, des rubans colorés. Je ramassai une natte coupée net, sa bandelette bleue encore nouée. 

— Hé, l’interprète, ça veut dire quoi, ce mot ?

— Four.

— Ah ! On va peut-être trouver des choses à manger ! articula Baranov d’une voix enjouée.

 

Mais très vite, mon camarade comprit son erreur. Nous longeâmes les rails. La chaleur augmentait à chaque pas. La pièce suivante contenait cinq fours en fonte, leurs portes grandes ouvertes. À l’intérieur de l’un d’eux, un squelette calciné formait une silhouette fœtale. Un crâne d’enfant, les dents de lait intactes, reposait sur une pelle à charbon. Mon camarade vomit immédiatement. Les traits crispés, les poings serrés, il chercha une prise pour ne pas s’effondrer. Volkov trébucha contre un tonneau débordant de cendres. Des fragments d’os scintillaient. 

— Ils… ils brûlaient… 

 

Sa voix se brisa. 

Un objet incongru accroché au mur attira mon regard. Un tableau noir, mentionnant des chiffres inscrits à la craie :  

 

14.07 : 1 428

15.07 : 1 506

16.07 : 1 392

 

Des initiales en bas : « H.K. » Un compteur. Je refusais d’y croire, mais il s’agissait du nombre quotidien de stücks « perdus » dans ce camp. Des morts, des personnes qui ne ressortiraient jamais d’ici. Un gémissement étouffé nous fit sursauter. Une main rachitique émergeait derrière un tas de sacs de jute. Le survivant, nu, au corps couvert de brûlures en forme de losanges, la marque du grillage électrique, murmura quelque chose en yiddish.  

— Qui es-tu ? Que fais-tu ici ? hurla Volkov.

 

Ses yeux se posèrent sur notre uniforme. Une lueur folle y dansa. Il pointa un doigt tremblant vers le plafond où pendait une pancarte en allemand.

— Silence ! Ordre ! Propreté ! Ils nous ont fait laver le sang, haleta-t-il dans un russe approximatif. Après chaque purge. Avec des brosses. Sous les balles. Pitié, sortez-nous d’ici…

 

Je voulais répondre. Lui dire qu’il était libre. Mais aucun mot ne vint. Ses mains s’agrippèrent à mon bras.

— Les enfants criaient plus fort quand… 

 

Un râle le traversa. Je perçus ses côtes saillantes sous ma paume. Baranov tira sa capsule de morphine.  

— Non, intervint le survivant en repoussant l’aiguille. Je ne veux plus être drogué !

— Va dehors, d’autres camarades s’occuperont de toi. Dis-leur tout ce que tu sais. 

 

Nous identifiâmes un bureau de commandement du superviseur des fours. En pagaille. Je sentis immédiatement une odeur d’encre et de papier mouillé. Un registre était posé là, comme abandonné en plein travail. Volkov passa une main frissonnante sur la couverture, et moi, je pris une profonde inspiration avant d’ouvrir le premier tiroir… Il contenait, cachée sous une pile de factures de la firme Topf & Söhne, une note que je ne pus m’empêcher de traduire à haute voix. 

— « Augmentation de la capacité à 1 800 unités/jour atteinte. Les nouveaux fours permettent de réduire le temps de combustion à 45 minutes par fournée. Le problème est que les résidus osseux obstruent les conduits. J’ai donc demandé au Sonderkommando 1005 un broyage plus fin. Je recommande d’instaurer un poste de nuit. Les juifs travaillent plus lentement à la lumière du jour, nos scientifiques l’ont prouvé. PS : Envoyer les 58 kg de dents en or de cette semaine à la Reichsbank. Régulariser l’absence de reçu du commando de transport. »

 

Tout ce théâtre était si bien ficelé, nous peinions à le croire. Certains d’entre nous laissaient déjà parler leur rage, frappaient les murs. 

— Comment ça se fait qu’on nous a pas dit pour cet endroit ? Il y a forcément quelqu’un qui savait ! cria l’un des nôtres.

 

Nous sortîmes du bâtiment vers une nouvelle zone. Celle des fosses, des corps enchevêtrés à moitié ensevelis, qu’ils avaient voulu cacher. Certains d’entre nous commencèrent à déterrer les cadavres. Un jeune troufion, pas plus de dix-huit ans, pleurait en extirpant une femme tenant encore son nourrisson. Leurs mains fusionnées par la mort.  

 

Je m’effondrai contre un bouleau. Son écorce portait des centaines de stigmates, dates, initiales, étoiles de David gravées avec des clous ou des dents. Une inscription en polonais disait : « Ils ont pris ma Sarah. Je pars la retrouver. »

 

Volkov me tendit un document trouvé dans le bureau du commandant.

— Traduis-moi tout ce que tu vois si tu veux bien. Ce qu’on a découvert doit être connu de tous. 

— C’est un tableau statistique. Le rendement mensuel de cet endroit. 200 kg de cheveux, 58 kg de dents en or, 1 440 litres de graisse corporelle. Au verso, il y a écrit : « Demander vingt nouvelles unités de Zyklon B. Efficacité diminuée à 97 % à cause des pleurs. » À cause des pleurs ? Vraiment ? Ils ont fait des recherches sur la douleur de pauvres personnes et leurs enfants pour s’en rendre compte ?! Ces ordures vont devoir payer !

— Ivan, on est tous enragés, intervint mon sergent, tentant de calmer ma colère qui montait, mais nous avons libéré ces gens, c’est terminé pour eux. 

 

Le vent s’engouffra dans les baraquements vides, faisant claquer des portes aux gonds tordus. Nous avancions en silence, nos pas écrasant des lunettes cassées, des bouts de dentiers en or, des éclats d’os que la pluie avait lessivés hors des fosses. Près des cuisines, un monticule attira notre regard, nous nous stoppâmes aussitôt, sans un bruit. Des milliers de chaussures s’élevaient en pyramide informe, brodequins d’hommes éventrés, petits souliers à boucles, sandales de femme à talons ébréchés. Volkov souleva une bottine d’enfant rouge, son cuir encore lustré par des mains maternelles.

— Ils triaient même ça ? s’étonna Alexei, un de nos gars.

— Je crois que nous avons découvert ce qu’il y a de pire chez les humains. Encore pire que le gaz moutarde de 1917.

 

Un gémissement étouffé répondit. Un visage tremblant émergea de la pile. Nous déblayâmes fébrilement les godillots moisis. Les côtes visibles d’une femme faiblement vêtue ressortaient comme les membrures d’une épave. Ses cheveux rasés laissaient paraître des croûtes purulentes. Elle serrait contre elle une fillette de trois ans, la tête enfouie dans son cou décharné.  

— Ne tirez pas, supplia-t-elle en polonais.  

 

Ses yeux s’agrandirent en voyant l’étoile rouge sur nos uniformes. D’un mouvement lent, elle tendit la main vers un tas de cendres voisin. Des fragments de dents humaines y scintillaient.  

— Ma famille… 

 

Baranov ôta sa vareuse pour envelopper la petite. Il tenta un sourire, un geste de douceur, mais son corps en était incapable. L’enfant ne pleurait pas. Elle avait cessé d’en être un. Ses yeux fixes me donnaient la nausée. Nous étions arrivés trop tard, je m’en voulais, nous nous baladions calmement dans la forêt ce matin, alors que ces gens souffraient le martyre. Les entrepôts ressemblaient à des musées maudits. Des montagnes de valises étiquetées « Juden » montaient jusqu’au plafond. Des piles de lunettes déformées par la chaleur composaient des sculptures grotesques. Dans un coin, des fûts métalliques portaient l’inscription « Zyklon B – Nur für Schädlingsbekämpfung ».  

 

Un de nos meilleurs tireurs, Piotr, ouvrit une malle en osier. Des jouets en tombèrent, ours en peluche mangés aux mites, poupées aux yeux arrachés, petits soldats de plomb alignés en formation d’attaque. Il s’écroula à genoux, empli d’une émotion que nous partagions tous.

— Restez groupés ! hurla Baranov.  

 

Sa voix se perdit dans l’écho des baraquements. Dans un bureau, nous découvrîmes des registres inondés d’encre violette. Des colonnes de noms rayés au tampon « Sonderbehandlung 14f13 » voisinaient avec des factures de la Topf und Söhne, pourvoyeur officiel des crématoires.  

 

Je trouvai un nouveau document à lire, une correspondance entre le commandant et un second qui semblait gérer les fournitures.

— « … Ces maudits cris ne s’arrêtent pas. Même quand on met les haut-parleurs à fond (du Wagner, comme toujours), ça traverse les murs. Le nouveau, Bauer, a vomi aujourd’hui quand un enfant lui a montré sa poupée. Faible ! Je rêve des cheveux. Ils poussent la nuit de mes manches. Demain, opération spéciale : 1 200 Hongrois du Bunker 5. Pourvu qu’il ne pleuve pas ; sous le soleil, la cendre pue davantage.  

PS : Envoie-moi d’autres chaussettes. Celles-ci sont pleines de sang. »

 

Un grattement métallique nous conduisit aux douches. Le capitaine braqua sa lampe sur les pommeaux factices. Sous les grilles d’évacuation, des ongles avaient creusé des sillons dans le béton.  

— Ici, murmura Volkov.  

 

Une trappe dissimulée sous des chiffons menait à une cave basse de plafond. L’air s’y révélait plus lourd. Des yeux brillèrent dans l’obscurité. Ils étaient six, blottis derrière des bidons de désinfectant. Le plus âgé, au visage ravagé par la gale, brandit un couteau fait d’une lame de rasoir et d’un manche en bois.  

— On ne se rendra pas, bande de porcs !   

 

Je levai les mains lentement.

— Nous sommes des soldats soviétiques. Vous êtes sauvés, on est venus pour vous. Baissez votre arme.

 

Le tranchant tomba. L’homme s’effondra en sanglots, dévoilant des chiffres bleuis sur son avant-bras. 

— A-7713… Ils ont gazé mes fils hier matin.  

 

Ses compagnons émergèrent comme des spectres. Une femme montra des seins ratatinés par la faim.

— Ils prenaient tout le lait pour les blessés de la Wehrmacht. 

 

Un adolescent exhiba une cicatrice en forme de rune SS. 

— Mes os les intéressaient. Pour faire du savon.

 

Nous les envoyâmes se reposer avec les autres survivants retrouvés un peu partout. Sous une planche du Block 7, je trouvai une boîte en fer abritant vingt-sept dents de lait. Enveloppée d’un papier portant un nom. « Malka, 5 ans, gardez-les pour le Petit Ange ». L’écriture était tremblante, le texte, déchirant.

 

Dans la cour, un bulldozer soviétique déterrait une fosse commune. Les lames soulevaient des strates de corps : en haut, des uniformes rayés encore intacts ; plus bas, des masses noircies soudées par la chaux. Un soldat trouva une bague enserrant deux phalanges. Il la glissa dans sa poche discrètement. Je n’osai rien dire, abasourdi par tout ce qui se passait autour de moi. Je lui en parlerais plus tard. Plus loin, dans un nouveau bloc, nous repérâmes une infirmerie… du moins, en apparence. Ce que nous vîmes nous ramena très vite à la réalité horrible dans laquelle nous pataugions. La porte grinçait. Une odeur âcre de phénol me frappa au visage. Je baissai ma lampe torche sur un sol jonché de seringues rouillées, leurs aiguilles tordues comme des griffes de démons. Des tables de dissection en acier s’alignaient sous des ampoules nues, leurs égouts bouchés par des touffes de cheveux gris.  

— Ne touchez à rien ! ordonna Volkov. 

Sa voix résonna entre les murs couverts de graphiques médicaux. Des courbes de température tracées partout sur des registres. Des schémas de squelettes annotés en Allemand. 

« Expérimentation 14 : hypothermie prolongée. Sujets : douze femmes (18-25 ans). Durée moyenne : 3 h 47. » 

 

Au fond de la salle, un bureau en chêne contrastait avec le chaos. Des tiroirs débordaient de fiches perforées. Je déchiffrai un en-tête : « Institut d’hygiène raciale – section Lublin ».  

— « Expérimentation 23 : Injection directe d’essence dans le ventricule cardiaque (10 sujets). Résultat : mort instantanée, mais gaspillage de matière (3 l/tête). » « Expérience 24 : Phénol dans le globe oculaire (5 femmes tziganes). Temps de survie : 8-14 minutes. Impraticable pour usage de masse. » « Expérience 25 : Hypothermie en bassin d’eau (-12 °C). Temps jusqu’au décès : 3 h 40. La mort arrive trop tardivement. »

 

Je conclus ma lecture sur une ultime horreur.

— « Le Zyklon B reste la méthode privilégiée. Demander nouvelle livraison urgente avant le 20/01/44. »

 

Volkov ouvre un classeur métallique. Des photos en tombent, des jumeaux attachés à des tables inclinées, leurs yeux injectés de sang. Soudain, un grincement. Sous le linoléum taché de mercurochrome étaient dissimulées des caisses en bois. 

À l’intérieur, des bouteilles étiquetées « Bayer – Phenol 10 % » se juxtaposaient avec des registres de décès. Chaque page portait un tampon : « Faiblesse cardiaque ». Je soulevai un carnet couvert de chiffres. Le SS-Oberarzt Franz von Bodmann y notait ses exigences.

— « Voici la liste des récoltes souhaitées du mois de février 1944. Les cheveux doivent avoir une longueur minimale de 20 cm. Merci de les emballer immédiatement après rasage dans des sacs no 5 (étiquetage : BRUN/BLOND/GRIS). Les dents en or doivent être extraites avec des pinces, merci de ne pas marteler pour éviter les pertes de matières premières. Les vêtements d’enfants doivent être livrés à l’Œuvre d’aide hivernale après désinsectisation. Il convient de trier les montures de lunettes par type de métal dans le Block 2, salle 21. Respectez l’étiquetage des boîtes. Comme d’habitude, toutes infractions des juifs doivent être signalées au médecin du camp. La sanction doit rester exemplaire et douloureuse pour mater ces esprits inférieurs. »

 

Sur la dernière page, une liste de commande adressée à IG Farben.

— « 500 kg de Zyklon B. Usage : désinfection des poux. Urgent, stock épuisé après traitement des convois no 45 à 48. »  

 

Un courant d’air nous fit sursauter. Derrière un rideau déchiré, une table d’accouchement rouillée portait encore des menottes en cuir. Sous le matelas pourri, une main momifiée tenait une peluche en loques. Nous rassemblâmes au crépuscule les quarante-sept survivants devant les fours éteints. 47 sur les 78 000 que les registres dénombraient. Une femme rasée prit la parole. Elle chanta le El Male Rahamim, les mots hébreux résonnant contre les murs couverts de suie. Les Soviétiques orthodoxes se signèrent. Les athées baissèrent la tête. Quand les camions sanitaires arrivèrent, aucun rescapé ne bougea. Tous restèrent assis dans les cendres, serrant des reliques impossibles, une photo jaunie, une mèche de cheveux, un bouton arraché à un pyjama. Je m’installai près du petit Piotr, toujours hébété. Dans la poussière à nos pieds, je traçai la carte du camp, baraquements, fours, fosses. Une géographie de l’enfer que nul manuel de topographie n’aurait pu imaginer. Tout était minutieusement pensé.

 

La nuit tomba sur un silence de catacombes. Les étoiles semblaient elles-mêmes se tenir à distance. Je restai assis jusqu’à l’aube, une poupée abandonnée sur les genoux, tandis que la forêt de pins bruissait de mille voix étouffées.

 

Les jours suivants se confondirent en une procession macabre. Nous parcourions les mêmes allées, fouillions les mêmes baraquements, comme si notre esprit refusait d’admettre l’ampleur de la machinerie. Les spécialistes du NKVD arrivèrent le troisième jour, équipés de caméras et de formulaires. Je devins leur ombre, traduisant les graffitis sur les murs, les notes griffonnées dans les registres, les murmures des survivants.  

 

Dans le Block 41, un géomètre de l’armée mesurait méthodiquement les fosses. 

— 300 mètres cubes de cendres humaines, annonça-t-il, sa voix résonnant dans le mégaphone. 1 700 kg de cheveux, 2 000 valises, 820 000 chaussures. 

Les chiffres tombaient comme des coups de tonnerre. Des soldats empilaient les preuves dans des caisses marquées « Tribunal militaire – Pièces à conviction ».  

 

Je trouvai Piotr assis devant le crématoire, une poupée sans bras posée sur ses genoux. 

— Ils m’ont ordonné de brûler les registres, marmonna-t-il. J’ai gardé ça.

 

Il tendit une photo carbonisée. On y voyait des enfants souriants devant un manège, leurs visages mangés par les flammes. Au dos, une inscription : « Pour mon fils Adam, 7 ans, qui adore les chevaux de bois. »

 

Au dernier moment, le vieil homme tatoué A-7713, qui se nommait Sergio, s’échappa de la zone des survivants. On le retrouva pendu à la cheminée du four crématoire, nu, les bras en croix. Dans sa main serrée, un morceau de papier : « Je vais compter les étoiles avec mes fils. »

 

L’on partit par une matinée de pluie cendrée. Notre colonne longea les barbelés qui conservaient des lambeaux de peau. Volkov vomit une dernière fois près du portail. Baranov, muet depuis trois jours, fixait l’horizon comme s’il y guettait une armée fantôme.  

 

Je glissai dans ma poche un objet trouvé dans les latrines SS, un stylo-plume gravé « À mon cher Heinrich, pour tes 40 ans. Maman ». Son encre violette avait signé des milliers d’ordres de mort.  

 

Dans le jardin du commandant nazi, un pommier ployait sous des fruits difformes. Alexei en croqua un. Son visage se décomposa : la chair avait le goût de savon et de cendre. 

— Ils arrosaient avec les eaux usées… réalisa-t-il en recrachant le tout.

 

Quelque part en Prusse-Orientale, la guerre continuait. Les canons tonnaient, les avions rugissaient, les hommes mouraient pour des kilomètres de terre boueuse. Mais ici, à Majdanek, le silence régnait. Un silence lourd de 78 000 voix éteintes, de rires d’enfants réduits au néant, de prières mêlées aux cendres qui collaient encore à nos bottes. Le camion nous attendait. J’avais envie de parler, mais ma gorge restait sèche. Mon regard dériva vers les rails. Un bouleau jeune poussait entre eux, ses feuilles déjà jaunies par la suie. La nature reprenait ses droits, indifférente à l’Histoire.

Dans ma poche, je sentais le poids du stylo nazi que j’avais ramassé. Pourquoi l’avais-je emporté ? Une preuve ? Un souvenir ? Une malédiction ?

Volkov posa une main sur mon épaule.

— Monte, mon ami.

 

Je grimpai dans le camion, le stylo toujours serré dans ma paume. Je n’arrivais pas à l’ouvrir. Nous refermâmes les grilles derrière nous. Mais Majdanek ne se refermerait jamais en nous.

 

La Fiancée Disparue – Tropes et Présentation

#Hashtag(s) : #En cours d'écriture , #Autre

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Cher lecteur, aujourd’hui, j’ai décidé de te parler d’un des premiers livres que j’ai écrits, j’ai nommé : La Fiancée Disparue.

La Fiancée Disparue est une novella de romantasy divisée en deux parties : La Fiancée Disparue et Le Royaume Maudit. 

Les thématiques principales de cette novella sont l’amour interdit, la disparition et la trahison, la quête de soi et de bonheur, et la lutte pour les droits des personnes membres de la communauté LGBTQIA+. 

Dans la première partie intitulée La Fiancée Disparue, tu pourras enquêter sur la disparition d’Éléonore, fiancée du dauphin de France, tandis que dans la seconde partie, j’approfondis la relation d’Éléonore avec Séraphina, son amie d’enfance et petite amie. Je ne te donne pas plus d’éléments concernant cette novella volontairement, car elle est riche et je ne veux pas te spoiler, mais ce que je peux te dire c’est qu’il y a une alternance de points de vue très immersive, avec des lettres, des extraits de journaux, de journal d’intime…

La Fiancée Disparue est disponible sur mon Wattpad : May_Pik. N’hésite pas à y faire un tour et me donner ton avis !

À très bientôt,

Love,

May.

Dangerous Love ( sur wattpad : lien de l’histoire : https://www.wattpad.com/story/392983066-dangerous-love-tome-1 )

#Hashtag(s) : #En cours d'écriture

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CE N’ÉTAIT PAS PRÉVU

7 h 30. House of Windsiar Nestor

Emma

Les yeux grands ouverts pointant vers le plafond, j’essaie d’assimiler mes souvenirs d’hier soir. Tout est dans le désordre dans ma tête, les événements de la veille sont en pagaille. Je suis restée allongée sur le lit durant encore cinq minutes de plus, avant de me lever discrètement. Je ne dois surtout pas le réveiller, sinon la situation risque de devenir encore plus gênante.

J’aperçois ma robe parterre, elle est complètement bousillée, impossible à porter. Je retrouve mes sous-vêtements getter dans un coin, je les prends puis les mets, même si cela me dégoûte. Sérieusement, qui porte ses sous-vêtements déjà utilisés ? Eh bien, moi, je viens de le faire et je n’en suis pas fière. J’avance jusqu’au placard qui se trouve juste en face du lit. Je l’ouvre puis prends un pull. C’est pour compenser ma robe qu’il a détruite. Après avoir mis le pull, je marche doucement jusqu’à la porte, mes escarpins en main. J’ouvre la porte de la chambre discrètement et sort, puis la referme derrière moi avec la plus grande discrétion possible.

Bon, maintenant, il ne reste plus qu’à rentrer chez moi. Soudain, une porte s’ouvre, une petite fille en sort, la pièce juste en face de moi. Des cheveux d’un noir corbeau couvrent sa tête, elle possède les mêmes yeux gris que son père. Son regard, posé sur moi, commence à me mettre mal à l’aise. Je finis par briser le silence.

– Salut, tu t’appelles comment ?

Eh bah Emma, tu ne sais plus comment faire une conversation ou quoi ?

Ouais, je sais que j’aurais dû dire autre chose, mais c’étaient les seuls mots qui m’aient traversé l’esprit.

– Bonjour, je m’appelle Leonora, toi ?

Ouf ! Elle m’a répondue. Bon, à présent, il faut poursuivre la conversation.

– Moi, je m’appelle Emma, je suis une amie à ton papa.

– Ah, d’accord, papa dort ?

– Oui.

Elle fronce les sourcils, une moue boudeuse se dessine sur son visage.

– Il avait promis de me faire des crêpes !

Oh. À cause de moi, elle n’aura pas ces crêpes ce matin. Devrais-je aller réveiller son père ? Non, je ne peux pas. Si, j’ai bien dit, si je le fais, il faudrait que je lui adresse la parole et je suis sûre et certaine que nous serons tous les deux mal à l’aise.

– Je peux te les faire à sa place si tu veux.

– Faire quoi ?

– Faire les crêpes.

Un grand sourire apparaît sur son joli visage. J’ai bien fait de le lui proposer, avec son sourire, elle ferait craquer n’importe qui.

– C’est vrai ? Tu vas vraiment me les faire ?

– Mais oui, montre-moi où est la cuisine pour que je te les fasse rapidement.

– D’accord, répondit-elle, l’air ravie.

Elle prend ma main dans la sienne puis se met à marcher vers les escaliers. Je la suis sans rien dire d’autre, non pas que je ne veuille pas parler, mais plutôt parce que la voir marcher avec cet enthousiasme me plait bien. Arrivé dans la cuisine, je remarque que tout est nouveau. C’est magnifique, les quittes de cuisine sont un mélange entre un style anglais et américain, cela rend la cuisine encore plus sophistiquée.

– Aller, je vais te faire les meilleures crêpes du monde !

Dis-je avec un grand sourire, ce qui la fit rire.

Je commence par préparer la pâte et la mets au frigo, puis je prépare une crème fouettée. Vous devez sûrement vous demander pourquoi je fais ça ? Eh bien, vous comprendrez à la fin. Ouais, je suis une vraie petite cachottière.

Quelques minutes plus tard, je sors la pâte du frigo, puis commence à faire cuire les crêpes. Après avoir fini de les préparer, je prends de la crème et dessine un smiley avec un grand sourire et le pose devant Leonora. J’ajoute des fraises pour faire les yeux. Leo me lance un regard puis à la crêpe avant d’éclater de rire. Ce qui a pour effet de me faire sourire.

– Voilà les meilleures crêpes du monde.

– Waouh, c’est magnifique !

Elle prend la crêpe dans ses mains et commence à la déguster. Et la chose que je voulais le plus réapparaît sur son visage, le sourire le plus radieux qui puisse exister dans le monde. En plus, avec ses deux petites fossettes qui apparaissent sur ses joues, ça la rend encore plus mignonne.

– C’est super bon, Emma !

– Je suis ravie que cela te plaise. Il est temps pour moi de rentrer, Leonora. Quand ton père se réveillera, dis-lui que j’ai adoré la nuit dernière et que je lui ai pris son pull.

– Tu peux m’appeler Leo, si tu veux. Pourquoi est-ce que tu dois partir, on est bien comme ça ?

Je prends un ton léger pour lui répondre, sans trop en dire non plus.

– Si je reste trop longtemps ici, ma famille va s’inquiéter pour moi.

– Est-ce que tu reviendras nous rendre visite ?

J’ai envie de lui dire oui, mais soyons honnêtes, je ne reviendrai jamais ici. Peut-être qu’on se croisera un jour, mais ce n’est certainement pas pour tout de suite et je ne veux surtout pas lui donner des faux espoirs.

– Je ne sais pas, Leo.

– Je vois, dit-elle avec une expression boudeuse sur le visage. Toi et mon père, vous êtes en couple, non ?

Holà, là, je ne m’y attendais pas. Avec ce visage tout mignon, je ne pensais pas qu’elle me poserait une question pareil.

– Euh, ton père et moi, on n’est pas en couple.

Je suis désolée, Leo, mais je ne suis ni en couple avec ton père et ne pense pas pouvoir revenir ici. J’ai juste couché avec lui, rien de plus.

Je descends du tabouret, puis prends mon sac avant de contourner la table et de venir déposer un bisou sur la joue de Leo. Je lui dis au revoir et part, en retenant une folle envie de revenir et de la serrer dans mes bras.

Quand je suis enfin en dehors de la propriété, j’appelle un taxi. Oui, j’ai bien dit propriété. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais cela ressemble à un manoir au temps de la première reine Élisabeth. La cour devant est magnifique, comme s’il y avait quelqu’un qui vient s’en occuper tous les mois.

J’ai couché avec qui, au juste ?

8 H 45. HOUSE OF BRAY

À mon arrivée à la maison, je me dirige directement vers ma chambre. Je ne veux absolument pas adresser la parole à ma mère, ni même la croiser. La question ne se pose pas trop, avoir 20 ans et vivre chez ses parents n’est pas facile. Car ils veulent toujours contrôler votre vie. Et moi, je veux de la liberté, qu’on me laisse faire mes propres choix, même si c’est de la merde après.

J’ouvre la porte de ma chambre, avant d’entrer, j’entends la voix de ma mère m’interpeller, comme si elle avait attendu mon retour depuis ce matin. Dois-je me retourner et l’écouter me sermonner comme si j’étais une gamine au lycée qui est rentrée après son couvre-feu, ou dois-je l’ignorer et entrer dans ma chambre ? Non, je ne vais pas l’ignorer, même si cela m’énerve. Je vais lui dire le fond de mes pensées, lui dire les quatre vérités. Elle doit comprendre que je ne pourrais jamais être la fille qu’elle veut que je sois, je ne serais jamais parfaite comme elle le souhaite.

– Bonjour à toi, maman.

– Emma, ne sois pas désagréable dès le matin. Où est-ce que tu étais hier soir ?

– Alors maintenant, dire bonjour à sa mère, c’est être désagréable ?

Je prends une grande inspiration, essaie de ne pas être violente dans mes paroles.

– Maman, je te rappelle que j’ai 20 ans et bientôt 21 ans. Ce qui signifie que je suis une adulte, je n’ai pas besoin de te dire tout ce que je fais dans ma vie. Et j’ai le droit de faire ce que je veux et où je le veux, sans te le dire.

– Pas tant que tu vivras sous ce toit !

Le regard posé sur le sien, j’essaie de contrôler la colère qui commence à m’envahir du mieux que je peux, mais c’est difficile.

– Donc, d’après TES mots, si je veux vivre ma vie sans que tu aies à la contrôler, je dois partir d’ici, c’est ça ? Eh bien, ne t’inquiète pas, je vais partir d’ici et on verra si ta loi va me suivre.

– Emma, arrête tes conneries, sérieusement, ça commence à me saouler !

– Ce ne sont pas des conneries, c’est ce que je vais faire.

J’entre dans ma chambre et claque ma porte, assez fort pour que cela l’énerve encore plus. En fait, j’aurais dû prendre cette décision depuis longtemps. Je me demande pourquoi, est-ce que je n’ai pas pris cette décision bien avant ?

Julia.

Oui, je suis restée juste pour elle, j’ai supporté les railleries de ma mère uniquement pour elle. Mais aujourd’hui, je n’en peux plus. Tout humain a des limites, et aujourd’hui, j’ai atteint la limite des choses que je peux supporter.

Tout ce que j’espère, c’est que Julia comprendra pourquoi j’ai pris cette décision.

21 H 42.

La journée s’est déroulée sans que j’aie eu besoin de sortir de ma chambre. À l’heure du repas, je ne suis pas descendue. Julia m’a apporté le déjeuner et le dîner dans ma chambre, m’évitant de croiser ma mère. Oui, toutes les deux, nous sommes vraiment en guerre.

J’ai occupé le reste de mon temps à lire, il fallait absolument que j’oublie Cheveux-blond et Leo. Oui, ces deux-là n’ont pas arrêté d’envahir mes pensées et de me troubler.

Soudain, mon téléphone sonne, je vois le nom de Kyle s’afficher. Je décide de répondre rapidement et attends qu’il commence à parler.

– Allô ?

– Emma Bray est à l’appareil, je t’écoute.

Il éclate de rire, je le suis juste après. Je ne sais pas ce qui m’a pris de rire comme ça, mais cela fait du bien de me lâcher comme ça.

– Alors, comment s’est passée ta soirée d’hier ?

C’est du Kyle tout cracher. Il ne me tourne pas en bourrique pour que je lui dise quelque chose, mais me pose directement la question.

Ouais, ce gars est sans gêne et c’est pour ça que c’est mon meilleur ami.

– Incroyable !

Je l’entends soupirer, il doit sûrement être agacé, et il doit avoir compris que je fais exprès.

– Ma chère Emma, je veux tous les détails de cette soirée.

– Pour la faire courte, j’ai couché avec un père célibataire hyper beau gosse, et je n’ai pas détester.

– QUOI ?

Et c’est parti pour un tour d’explication interminable.

– Tu as bien entendu, mon chou, je ne blague pas. J’ai vraiment réussi à le faire, sans m’en fuir à quatre pâtes.

– Attends ! Laisse-moi deux minutes pour assimiler toutes ces informations. Toi, Emma Elena Bray. Une jeune femme qui a un traumatisme contre les hommes, qui n’accepte pas qu’un homme s’approche plus d’un mètre d’elle, a réussi à coucher avec un homme inconnu. C’est ça ?

– Oui, Sherlock.

Je l’imagine sûrement en train de se passer les doigts dans les cheveux, essayant de croire ce que je lui ai dit.

– T’a-t-il laissé des marques ?

– Des marques de suçon ?

– Oui.

– Si c’est de ça que tu parles, oui. Il m’en a fait.

– Prends une photo de ton coup et envoie là.

Je m’exécute et lui envoie la photo. Il a continué à me poser beaucoup d’autres questions sur Adrian et sa fille, et j’ai dû y répondre. Je me suis endormi comme ça, sans éteindre mon téléphone, en espérant avoir une meilleure journée demain. De toute façon, qu’est-ce qui pourrait bien mal tourner ?

 

 

À suivre…

Mettre en place une routine d’écriture

#Hashtag(s) : #Autre , #Éducatif

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Cher lecteur, aujourd’hui, j’ai décidé de te partager une méthode (parmi tant d’autres) pour mettre en place une routine d’écriture pour un projet roman. 

Une routine d’écriture, ça sert à quoi ? Principalement à prendre l’habitude d’écrire et se dégager du temps, mais également à optimiser son temps d’écriture.

La première étape qui boost et motive, c’est celle de la planification de ses journées. En planifiant chacune de ses tâches et activités, on trouve plus facilement des créneaux pour écrire (même 20 minutes peuvent être bénéfiques !).

Une fois ton plan d’attaque défini, tu peux passer à la deuxième étape, le mindmaping / brainstorming. Mais, qu’est-ce que c’est ? C’est le fait de noter toutes les idées qui te passent par la tête, des plus abstraites aux plus concrètes.

Une fois toutes tes idées notées, tu peux passer au worldbuilding. C’est une version plus concrète et organisée du brainstorming. Tu vas détailler ton univers, tes personnages, tes lieux… Pour cela, tu peux t’aider de fiches personnages, lieux, te renseigner sur des religions et systèmes politiques déjà existants…

Ton worldbuilding est complet ? Parfait ! Tu peux passer à l’étape du chapitrage superficiel. Quésaco ? C’est le fait d’organiser ses chapitres sans rentrer dans les détails, tu agences dans les grandes lignes chaque chapitre pour te repérer et mieux te familiariser avec tes personnages, lieux, scènes…

Une fois la phase de chapitrage superficiel terminée, tu peux passer (c’est optionnel, mais cela peut réellement aider à agencer ses chapitres) à l’étape du chapitrage détaillé. C’est-à-dire que tu vas détailler du mieux que tu le peux chaque chapitre, chaque scène, tu peux même noter des idées de dialogues, de description, tout ce qui peut t’aider à rédiger ton chapitre plus tard.

Tu as traversé chaque étape avec brio ? Super ! Vient maintenant l’étape de l’écriture. Lance-toi dans ton premier jet sans regarder en arrière !

Ton premier jet est terminé ? Félicitations ! Maintenant commence une étape quelque peu fastidieuse, mais nécessaire et importante. Celle de la relecture, réécriture, bêta-lecture, correction orthographique et grammaticale. Mais, qu’est-ce que ça veut dire tout ça ? Dans mon cas, ce qui vient en premier, c’est la première relecture et réécriture pour gommer les premières incohérences et fautes. Ensuite, vient l’étape de la bêta-lecture. C’est-à-dire que tu vas recourir à un bêta-lecteur (professionnel ou non, à toi de choisir) qui va te donner tous les axes d’amélioration de ton manuscrit. Dans mon cas, après la bêta-lecture vient une nouvelle réécriture, une nouvelle relecture et une nouvelle réécriture pour finir par la relecture finale. (Tu peux recourir à plusieurs bêta-lecteurs et faire autant de relecture/réécriture que nécessaire !)

Ton texte est abouti ? Tu as fini ta réécriture ? Bravo ! Maintenant, plusieurs options s’offrent à toi : tu peux décider d’envoyer ton manuscrit à des maisons d’édition pour le soumettre à leur comité de lecture, ou bien, tu peux décider de t’auto-éditer ! 

Ce post a été écrit en toute bienveillance et dans le but de faire un résumé de la routine d’écriture que j’ai adoptée pour Ça a toujours été toi. Si tu as des questions, l’espace commentaire est à toi ! Si j’ai commis un impair, n’hésite pas à me le faire savoir, avec gentillesse bien sûr !

À très bientôt,

Love,

May.

Le monde de Gigi

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LE MONDE DE GIGI : ” Avec Le Monde de Gigi, William Maurer signe une œuvre qui ne ressemble à aucune autre ” (Fresh Mag Paris)

Bonjour,

Je m’appelle William Maurer,  j’ai 32 ans, je suis écrivain et je viens de m’inscrire sur ce nouveau réseau social dédié à la littérature pour soutenir ce que je considère comme une très belle initiative. Comme je me lance également dans la communication et la promotion de mes livres et que je veux me familiariser avec les réseaux sociaux, je vous présente mon second livre : “Le monde de Gigi”, un conte philosophique moderne léger et tragi-comique. 

Voici le résumé : 

Un pigeon et un chat nouent une amitié insolite à Paris, accusés de bouleverser l’équilibre naturel entre proie et prédateur. L’affaire est portée devant les tribunaux avec Gigi, une jeune fille précoce, comme avocate. Coupables ou innocents ? La question se complexifie lorsque les végétaux et les forces célestes s’en mêlent et qu’un ange nommé Hermès est appelé à témoigner…

Vous pouvez lire le premier chapitre sur mon site d’auteur : williammaurer.fr dans la rubrique “Textes” ainsi que l’interview que j’ai donnée dans l’émission “Paroles d’écrivain”  tout en bas de ce lien : ” https://williammaurer.fr/medias-interviews-articles/ “

N’hésitez pas à me laisser des commentaires, je les lirai et y répondrai avec grand plaisir ! 

Bonne littérature ! 

Vidéo

ETRE UNE OUTCAST

#Hashtag(s) : #Podcast

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Découvre ma storytelling ou je te dévoile pourquoi je suis une OUTCAST. Bonne écoute !

NOUVELLE FICTION COURTE

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SYNOPSIS
Une histoire banale d’interrelations qui démontre que la jalousie peut être exprimée et
ressentie par tous peu importe qui vous êtes et pour différents motifs.
Une bande de jeunes adultes d’origine sociale aisée vivant une vie oisive avec les
hormones en ébullition qu’ils assouvissent en couchant les uns avec les autres. Damian
20 ans sort avec Jessica 19 ans mais à déjà couché avec Laura 19 ans et Florence 18 ans,
Marcus 21 ans sort avec Laura mais a déjà couché avec Jessica et a interagis
sexuellement avec Florence. Un seul melting pot de coucheries multiples qui va générer
des tensions, des suspicions et des jalousies.
Parmi eux, seul Terry 28 ans le grand frère
de Damian n’ayant touché aucune des filles restera un fantasme pour elles car
évidemment l’inaccessible attire, mais c’est sans compter l’arrivée d’une nouvelle jeune
femme qui va venir tout bouleverser…

📚Avis lecture – La Contrée des Confins T2. Tomber plus bas📚

#Hashtag(s) : #Autre , #Critique & analyse

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💗 Une vraie pépite 💗

 

C’est le second volume de la duologie de Pierre Guerrin qui est disponible sur Amazon en auto-édition.

J’ai beaucoup aimé le tome 1, mais j’ai adoré le tome 2 😍. Ce fût un vrai bonheur de replonger dans l’univers de Pierre, de retrouver les personnages et de suivre leurs évolutions.
Les Retourneurs de Flammes ont fui et se sont réfugiés derrière leur immense portail infranchissable, mais ce n’est pas pour autant que les Frères Monarques Nitram et Niamor ne préparent pas des coups bas. En même temps, ils sont aussi les rois pour ce genre d’action fourbe.

Les personnages sont toujours aussi attachants et profonds. Leur évolution se poursuit et nous voyageons tout au long de ce récit empli de péripéties et d’émotions. Nous apprenons à mieux connaître certains d’entre eux et en découvrons d’autres. Il y en a tellement que j’aime, mais Valdo demeure mon chouchou 💖 dans ce tome.

Les révélations sont aux rendez-vous tout comme les péripéties, les rebondissements qui vous feront passer par toutes les émotions. Les secrets qui entourent les deux frères monarques se révèlent, l’envers du décor se dévoile, les stratégies se construisent et on apprend à mieux connaître les différentes peuplades.

Dans ce tome, Pierre nous fait encore plus vibrer aux côtés de tous les personnages au fil de l’évolution de cette guerre qui ne sera pas sans sacrifices…

Un second volet qui vous tiendra en haleine encore plus que le premier et qui s’avale avec gloutonnerie. Oubliez la modération pour ce tome, c’est impossible, une fois que vous êtes lancé, vous ne voulez plus vous arrêter.

Un seul conseil : Foncez !

*****

Résumé : 
La paix désormais retrouvée, Valdo et Suki n’aspirent qu’à une chose : passer du temps ensemble. Malheureusement, la santé de Nazu décline et des tensions apparaissent dans l’équilibre fragile entre les différentes peuplades.
Et surtout, une interrogation obsède tout le monde. Que préparent les Retourneurs de Flammes, depuis qu’ils se sont retranchés derrière leur portail infranchissable ?
Tapu, tourmenté par le souvenir d’Enamor, s’entête à decouvrir ce que cachent les ennemis. Il plonge dans les secrets de la famille royale, jusqu’à ce qu’un attentat survienne, remettant en cause la survie de tout l’archipel.
Quel peuple sortira vainqueur de cette deuxième guerre inévitable ? Au prix de quels sacrifices ?
Alliances, mensonges, manipulations : tous les coups sont permis pour l’emporter.

*****

Être Homme

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Être Homme n’est qu’un tissu de conditions et de modalités. Nous sommes des hommes, parce que nous sommes dans ce monde, sur cette terre qui permet à l’âme humaine grâce aux impressions compréhensives du monde qui l’entoure, d’être humain.

Je ne suis pas sûr que des hommes, sur une autre planète avec un tout autre tissu de conditions et de modalités, puissent être encore considérés, comme des hommes.
Seront-ils confrontés aux mêmes impressions compréhensives ? Ces impressions entraînent une certaine compréhension et connaissance du monde environnant.

Nous sommes des hommes par notre environnement, en relation avec ce dernier. Cet environnement donné permet l’émergence de l’être humain.

Est-ce que des êtres humains évoluant dans un environnement autre que le nôtre seront dans deux ou trois générations encore des hommes ? Seront-ils autre chose ?

La Terre, n’est pas une prison elle est la condition sine qua non de notre humanité. Elle a une durée de vie, comme l’Homme qui d’une manière ou d’une autre s’éteindra. Il est illusoire de penser l’Homme, ailleurs que sur la Terre.

Florian Marek.

Recueil de nouvelles

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“Ne jamais faire confiance aux vivants” : un recueil mordant signé Madame Chat – 21 avril 2025
Une plume du Sud Grésivaudan, entre humour noir et récit de vie

Avec son titre évocateur Ne jamais faire confiance aux vivants, Madame Chat, pseudonyme de Thérèse Cigna, propose un recueil de nouvelles aussi grinçant que profondément humain. Paru le 21 avril 2025 aux éditions BoD – Books on Demand, cet ouvrage de 200 pages mêle humour noir, fragments de biographie et observations piquantes sur notre époque.

📚Avis lecture – La Contrée des Confins T1. Voler plus haut📚

#Hashtag(s) : #Autre , #Critique & analyse

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💗 Une vraie pépite 💗

C’est le premier volume de la duologie de Pierre Guerrin disponible en auto-édition sur Amazon. C’est un roman de fantasy Young Adult.

L’histoire est très bien construite et livrée d’une plume fluide et agréable qui vous fait plonger immédiatement dans l’univers. Nous y retrouvons les différentes peuplades qui le constituent en lien avec l’élément qu’elles maîtrisent. Elles sont toutes sous le joug des Retourneurs de Flammes qui ont gagné la guerre et qui régissent toute la Contrée en imposant leurs règles.

Les personnages sont très attachants et profonds. Nous suivons Suki et Valdo en alternance dans leurs quêtes : Suki qui part à la recherche de son frère disparu et Valdo qui fuit son peuple cruel. Son évolution à travers ce premier tome est vraiment celle que je préfère (Valdo demeurera à jamais mon chouchou, j’avoue 💗), même si nous en découvrons plusieurs autres qui sont tout aussi attachants que nos deux héros et que j’aime beaucoup également. Je n’en dévoilerai pas plus sur l’histoire pour ne pas risquer de spoiler 😉.

Dans ce premier tome, nous découvrons les différents peuples, leur mode de vie ou plutôt de survie pour certains, mais aussi des secrets. Plusieurs scènes poignantes sont présentes et vous font palpiter, vous brisent le cœur, vous attendrissent… Bref, Pierre nous fait voyager et vibrer aux côtés de tous les personnages au fil des péripéties où sont également abordées plusieurs valeurs importantes 💜.

Une jolie pépite qui vous tiendra en haleine au fil des chapitres qui s’avalent sans modération. Laissez-vous séduire par ce voyage aux côtés de Suki et Valdo, je vous garantis que vous ne le regretterez pas !

*****

Résumé :

La guerre a déchiré l’archipel de la Contrée des Confins. Les Retourneurs de Flammes sont sortis vainqueurs grâce à leur maîtrise du feu, après avoir exterminé leurs ennemis, les Fendeurs d’Écume, qui domptait l’eau. Depuis, tous les habitants des autres tribus vivent sous leur domination, dans un monde figé, dans lequel tout voyage est proscrit. Pourtant, un complot s’organise pour rassembler une résistance.
Dans une plaine gelée, une jeune Charmeuse de Glace nommée Suki part malgré elle à la recherche de son frère qui a disparu sans laisser de trace.
Valdo, de son côté, appartient au clan des Pisteurs du Ciel, redoutables alliés sans cœur des oppresseurs. À mesure qu’il grandit, l’adolescent gagne en lucidité sur ceux qui l’entourent, jusqu’au jour où il subit la cruauté et s’enfuit.
Tous deux suivent leur trajectoire à travers les territoires où les risques pullulent. L’une recherche la vérité sur sa famille, l’autre fuit son peuple.

*****

IMPULSION de Stella No

#Hashtag(s) : #Autre

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https://www.instagram.com/p/DLS1nzAMi9n/?igsh=MWU5NjkzazByNjM2Ng==

Le journal d’une vie : Amadea-Renata – Tropes et Présentation

#Hashtag(s) : #Autre

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Cher lecteur,

Aujourd’hui, j’ai décidé de te parler de ma novella Le journal d’une vie : Amadea-Renata. C’est un court roman écrit sous forme de journal intime d’une mère à son enfant à naître. 

Les thématiques principalement abordées sont la grossesse, le harcèlement/discrimination, et la découverte de soi. 

Dans cette novella, tu vas suivre l’histoire d’Amadea-Renata Rivera-Costa, née Amadea Rivera, princesse disparue du royaume de Potiri. Amadea-Renata a vécu toute son enfance dans un orphelinat du royaume d’Illa où elle subit du harcèlement et de la discrimination pour sa couleur de peau et sa provenance du royaume de Potiri. Adolescente, elle va faire la rencontre de la famille royale Potirus et découvrir qu’elle est la princesse héritière de Potiri, disparue quelques jours après sa naissance. Une nouvelle vie commence alors pour la jeune femme qui va enfin avoir droit à une famille et une réelle éducation. Cependant, les malheurs ne s’arrêtent pas là, car Amadea-Renata va alors vivre du harcèlement pour avoir vécu toute sa vie dans la classe sociale inférieure d’Illa. La haine qu’elle éprouve envers Giovanni, prince d’un royaume allié de Potiri va au fil des années se transformer en amitié puis en amour. Leur mariage est alors rapidement célébré et Amadea-Renata tombe enceinte, mais fait également une découverte qui lui donne envie de coucher sur le papier son histoire pour son enfant.

Ce court roman est disponible sur la plateforme WATTPAD (mon pseudo est May_Pik). N’hésite pas à aller le lire et me donner un avis !

J’espère que tu as apprécié ce post,

À bientôt,

Love,

May.

À cette fille !

#Hashtag(s) : #En cours d'écriture

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À Cette Fille

À toi ces mots, chère inconnue !
Même si je reste discret ;
Dans mon cœur vit ton reflet nu.
Vers les étoiles, ton secret.

Cet écrit te paraîtra fou,
Mais sache que je t’estime.
L’âme d’un poète se voue
À la beauté, son ultime.

La mienne, je la cherche encore !
Souvent, c’est la mélancolie
Qui révèle mon sombre décor.
À toi, mon cœur, sans folie !

Peut-être, n’aurai-je ton cœur.
Hélas ! Ce n’est le but que je vise.
Dans tes yeux, je trouve bonheur,
Et me voilà artiste, qui brise.

Comme le disent ceux qui espèrent.
Le temps passe et triste, j’admire
Ton pas léger, qui trouble, opère.
Aujourd’hui, ton charme m’attire.

Et je sens renaître cet art
Sublime. Ô chère, ton silence
M’apprend ! Et sais que nulle part,
Je n’oublie ta douce présence.

Un des plus beaux doux soupirs,
C’est d’écrire ton innocence.
J’avoue, ma belle, que ces désirs
Me hantent plus que l’aisance.

À toi ces mots, chère inconnue !
Même si je reste discret ;
Dans mon cœur vit ton reflet nu.
Vers les étoiles, ton secret.

L’argent ne fait pas le bonheur

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Le bonheur c’est, se départir du jugement, des passions qui troublent l’âme, tout en acceptant son destin. Ne se préoccuper que de ce qui dépend de soi, savoir s’estimer à sa juste valeur ni plus, ni moins. C’est également vivre dans le présent sans espoir pour demain. Mais aussi, vivre selon sa et la nature, le tout dans la constance de la vertu. Le bonheur c’est, le contentement de l’âme.

L’argent ne fait pas le bonheur, au contraire ceux qui mettent le bonheur dans l’argent finissent par tomber dans la passion de l’amour de la richesse. Mettre le bonheur dans l’argent, c’est prendre le risque de vivre dans un état de frustration permanente. Il n’y en aura jamais assez ! Et le jour où celui-ci n’est plus disponible, la dépression s’installe. L’argent pour pallier à la nécessité, oui. Mais pas pour être heureux.  Courir après lui, c’est devenir son esclave.

Vénale vanité !

L’eudaimonia ne s’achète pas !

Florian Marek.

Les différents types d’édition

#Hashtag(s) : #Éducatif , #Autre

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Cher lecteur, aujourd’hui, j’ai décidé de te parler d’un sujet parfois flou et complexe : les différents types d’éditions

Je vais tenter de vulgariser au plus pour que cet article soit accessible à tous. Sans plus attendre, voici les trois grands types d’éditions :

  • L’auto-édition (AE)
  • L’édition à compte d’auteur / participatif
  • L’édition à compte d’éditeur

L’auto-édition :

L’AE est un type d’édition jusqu’il y a peu encore méconnu et qui gagne en popularité ces dernières années. Avec ce mode d’édition, pas de maison d’édition, l’éditeur, c’est l’auteur. L’auteur a alors pour charge non seulement d’écrire son livre, de le relire/réécrire, corriger… mais également de faire tout le travail d’édition qui suit (maquette, mise en page, communication, déclaration à la BNF…). Bien évidemment, l’auteur n’est pas obligé de faire tout cela seul et peut faire appel à des professionnels pour l’épauler tout au long de son parcours (correcteur pro, bêta-lecteur pro, graphiste…). Contrairement aux idées reçues, un auteur en AE n’en est pas moins un auteur professionnel ! De très bons textes sont publiés en AE tous les ans. N’hésitez pas à lire les œuvres de R.Oncedor (dont sa saga Masques et Monstres qui est extraordinaire), Lucille Chaponnay et j’en passe !

L’édition à compte d’auteur / participatif :

L’édition à compte d’auteur / participatif, qu’est-ce que c’est ? C’est passer par un prestataire de service (aussi appelé maison d’édition à compte d’auteur / participatif) qui, en échange d’une certaine somme (souvent élevée), s’occupe du travail d’édition du livre (correction, mise en page, maquette, déclaration à la BNF) dans une certaine limite. Je vous parlerai plus amplement de mon expérience dans une ME à compte d’auteur si vous le souhaitez, mais il y a parfois un manque de professionnalisme et de communication avec ce type d’édition. Bien évidemment, cela ne veut pas dire que les auteurs sont mauvais, pour mon cas (je ne pense pas être une piètre auteure), je ne m’étais tout simplement pas renseignée sur les différents types d’éditions en ME avant de publier mon livre en ME à compte d’auteur. 

L’édition à compte d’éditeur :

L’édition à compte d’éditeur, quésaco ? C’est passer par une maison d’édition dite “classique” qui finance elle-même l’édition du livre (la correction, la mise en page, la maquette…) et qui fait également de la communication. Les auteurs édités en ME à compte d’éditeur ont souvent plus de crédits, notamment ceux édités en “grande ME” (Hachette, Gallimard, Harper Collins…) mais il ne faut pas oublier qu’un auteur est crédible, et ce, peu importe le type d’édition qu’il a choisi.

NB : un auteur est, selon Le Robert, “une personne qui écrit un livre”. Il n’y a pas besoin d’être édité pour être auteur !

Ce post a été écrit en toute bienveillance, si j’ai commis des impaires ou si je n’ai pas été claire concernant certains sujets, n’hésite pas à venir m’en parler !

À très bientôt,

Love, 

May.

● Chronique n° 17 ● Les nouvelles d’un ciel troublé

#Hashtag(s) : #Critique & analyse

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● Chronique n° 17 ● Les nouvelles d’un ciel troublé

C’est avec un grand plaisir que j’ai été sollicité il y a quelques jours par Florence Albertani pour découvrir son univers avec « Les nouvelles d’un ciel troublé ».

Ce recueil de 11 nouvelles m’a captivé tant par la qualité et l’élégance de l’écriture de son auteur que par les sujets sensibles et variés qui y sont abordés de manière brillante.
Les différents récits sont toujours accompagnés d’une morale qui nous oblige à nous remettre en question quant aux choix que nous pourrions être amenés à faire, aux jugements que nous pourrions porter sur autrui, mais surtout, elle nous mène à une authentique quête de soi.

Les idées explorées sont des sujets sensibles de notre société actuelle, nourrissant l’anxiété de beaucoup de personnes. Elles sont  toujours amenées avec talent dans des histoires sombres, captivantes et empreintes de fantaisie.

L’intrigue, la richesse des détails et la profondeur des personnages m’ont absorbé dans chaque nouvelle, leur donnant une dimension à la fois réaliste et psychologique. Florence Albertani a fait naître en moi un florilège d’émotions, qui m’a fait passer un très bon moment de lecture.

Note : 5/5

TW ⚠️ : ce livre aborde des thématiques sensibles – conseillé aux +18 ans

Ça a toujours été toi – Prologue

#Hashtag(s) : #À vendre , #Autre

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Cher lecteur, dans certains de mes précédents posts je t’ai parlé de Ça a toujours été toi, ma novella de romantasy publiée aux éditions Les 3 colonnes en décembre 2024. Aujourd’hui, j’ai décidé de te partager en exclusivité le prologue :

 

VIOLENTE CATASTROPHE RADIOACTIVE DANS L’ARCHIPEL D’OCÉINIUM

 

Mesdames et Messieurs, chers lecteurs, c’est avec un profond chagrin que nous vous annonçons ce jour la survenue de la plus grosse catastrophe radioactive de notre ère.

Hier soir, sur les coups de 18 H 30, dans la mine d’Uranium de l’île d’Astérion, alors que l’équipe de jour laissait place à l’équipe de soir, une violente déflagration a retenti, tuant tout être vivant sur une superficie de 20 km2.

Les cinq îles de l’archipel ont été touchées par les retombées radioactives de 6000 mSv. C’est un malheureux chiffre jamais atteint, surpassant les retombées de la catastrophe de Tchernobyl il y a près de six siècles.

Le verdict est sans appel, il n’y a aucune chance de survie pour les habitants de l’archipel d’Océinium avec laquelle nous avons perdu tout contact : les retombées radioactives sont telles qu’aucune technologie ne fonctionne sur place. Pour éviter toute contamination croisée, les gouvernements du monde entier ont pris la décision de ne pas envoyer de drones ou autres équipements sur place.

Une minute de silence mondiale aura lieu ce Samedi 6 Juillet à 18 H 30 pour rendre hommage aux victimes ayant péri dans cette catastrophe et à celles qui périront dans les jours et semaines à venir.

L’Équipe de À La Une souhaite adresser toutes ses condoléances aux familles des victimes se trouvant actuellement hors de l’archipel et n’ayant aucun moyen d’établir un dernier contact avec leurs proches.

Que toutes les âmes de l’archipel d’Océinium reposent en paix.

J’espère que cet extrait te donnera envie d’en connaître plus sur cette catastrophe radioactive et ses retombées. N’hésite pas à embarquer aux côtés d’Aloysia et Zéphaniel dans une histoire d’amour interdite mêlée de lutte contre les inégalités !

Ça a toujours été toi est disponible en librairie sur commande et sur tous les sites de vente de livres (FNAC, Cultura, Amazon, Decitre…)

À très bientôt !

Love,

May.

Supporter les droits des minorités dans les écrits

#Hashtag(s) : #À vendre , #Éducatif , #Autre

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Cher lecteur, aujourd’hui c’est un sujet plutôt sensible et qui me tient à cœur que je souhaite aborder avec toi.

J’ai nommé : Supporter les droits des minorités dans les écrits !

Pourquoi est-ce si important de supporter les droits des femmes, personnes racisées, personnes membres de la communauté LGBTQIA+, personnes porteuses de handicaps (parfois invisibles) et j’en passe ? Et, pourquoi est-ce que cela me tient tant à cœur ? 

Je vais tenter de répondre à ces questions de la manière la plus succincte possible tout en apportant une réponse complète. 

D’un point de vue sociétal, il est important, à mes yeux, de supporter les droits des minorités par l’écrit, car l’écrit est un moyen pacifique de militer pour l’égalité des droits. De plus, il est important, à mes yeux, d’inclure ces minorités dans les écrits afin d’habituer et d’éduquer les lecteurs à un monde inclusif. Cela peut passer par la lutte contre les inégalités dans un monde fantastique/fantasy (dans

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, Rosabella lutte contre les inégalités entre sorciers et non-sorciers, je fais alors référence à la lutte contre les inégalités entre personnes blanches et personnes racisées). Cela peut également passer par la lutte contre les inégalités entre les hommes et les femmes/personnes non-binaires/agenre…, ou bien par la lutte pour les droits des personnes membres de la communauté LGBTQIA+ ou même la lutte pour l’inclusivité pour les personnes porteuses de handicaps (parfois invisibles). 

Je ne suis bien évidemment pas une élève parfaite en la matière et n’utilise pas toujours un schéma aussi inclusif que je l’aimerais dans mes écrits, mais, si cela t’intéresse d’en savoir plus à propos de mes écrits inclusifs, n’hésite pas à lire De Sang et De Raison,

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Viens à moi - May Pik - Wattpad

Viens à moi - May Pik - Wattpad

Nerissa part en quête de la créature qui a enlevé sa mère et ses soeurs, sans savoir qu'elle va en tomber amoureuse...

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sur mon WATTPAD : May_Pik.

Maintenant, venons-en au point de vue personnel. Pourquoi est-ce que cette lutte contre les inégalités me tient tant à cœur ? À vrai dire, il y a plusieurs raisons, dont certaines que je vais garder pour moi car je ne suis pas prête à m’ouvrir complètement sur mes propres handicaps invisibles. Cependant, je vais tenter d’être le plus transparente et ouverte possible.

Concernant les inégalités personnes blanches/personnes racisées, je m’inspire beaucoup de l’actualité et de ce que je peux constater dans la vie de tous les jours. Je suis souvent révoltée de voir, par exemple, qu’une personne blanche a plus de chances de se voir employée qu’une personne racisée à compétences et diplômes égaux.

De plus, en tant que personne de sexe féminin, je suis confrontée quasi quotidiennement aux inégalités parfois si bien intégrées dans le cerveau des personnes qu’elle en devient invisible à leurs yeux (une femme ne peut pas porter de grosses charges, une femme doit forcément avoir des enfants pour être épanouie, une femme ne peut pas faire de travail manuel, une femme est trop sensible pour avoir une place de dirigeant…), et je ne vous cite que les inégalités les plus “douces”.

Par ailleurs, moi-même membre de la communauté LGBTQIA+ en tant que pansexuelle, j’en ai assez d’entendre que le fait d’être attiré par plus d’un genre n’est pas normal, que ce n’est qu’une phase, que ça me passera quand j’aurai trouvé l’homme idéal… Et puis, spoiler alert, si je termine ma vie avec un homme, je n’en serai pas moins pansexuelle. Je veux donc créer des relations LGBTQIA+ dans mes écrits pour militer pour la visibilité et les droits de cette communauté. 

Dernièrement, je trouve important de lutter pour les droits et l’inclusivité des personnes en situation de handicap (notamment de handicap invisible) car je suis moi-même porteuse de handicaps invisibles et que j’ai grandi aux côtés de mon grand frère porteur de TSA SDI (Trouble du Spectre de l’Autisme Sans Déficit Intellectuel) anciennement appelé Autisme Asperger (si vous êtes intéressés pour savoir pourquoi le terme d’Asperger n’est plus employé, n’hésitez pas à faire des recherches ou me contacter, je ferai un post à ce propos avec plaisir !). Mes parents ont dû se battre pour que mon frère puisse rester dans un cursus scolaire classique et il a dû se battre durant toute sa scolarité contre le harcèlement. Cela me semble être une minime contrepartie de lutter pour ses droits et ceux des personnes dans son cas. Je n’ai toujours pas écrit de personnages neurodivergents mais cela fait partie de mes projets à court ou moyen terme ! 

J’espère que ce post t’aura été utile et qu’il t’aura donné envie de lire plus de livres inclusifs !

N’hésite pas à partager des titres en commentaire !

À très bientôt,

Love,

May.

À Double Tranchant – Tropes et Présentation

#Hashtag(s) : #Autre , #À vendre

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Cher lecteur, aujourd’hui, j’ai décidé de te partager les tropes et une courte présentation d’À Double Tranchant, une novella que j’ai écrit en 2023. 

À Double Tranchant est une novella contemporaine qui a pour public principal les adolescents et jeunes adultes et se tient à Paris en 2014. Les thématiques principales sont le harcèlement scolaire, l’anorexie, la tentative de suicide et la quête de bonheur.

Cette novella est écrite sous une forme assez atypique. Elle alterne les points de vue de Cyndi par son journal intime et d’Ethan par ses échanges de SMS avec ses amis. Dans cette novella, tu peux donc suivre la lutte de Cyndi contre le harcèlement et son anorexie mentale, mais également le plan d’Ethan pour faire de sa vie un enfer. 

Le thème du harcèlement scolaire me touche tout particulièrement et me tient à cœur car j’ai moi-même subi du harcèlement durant ma scolarité. Je voulais donc montrer à travers cette nouvelle que le harcèlement, les moqueries… ont un effet ravageur sur les victimes, mais également qu’il est possible de tirer du positif de toute expérience négative, dont celle-ci. 

Tu as envie de découvrir comment Cyndi va affronter le plan machiavélique d’Ethan ? Rendez-vous sur mon Wattpad : May_Pik ! Tu préfères les formats papier ? Cette novella était précédemment auto-éditée via la plateforme KDP d’Amazon, il me reste encore quelques exemplaires auteurs, tu peux me contacter et je t’enverrai avec plaisir un exemplaire (dans la limite des stocks disponibles) !

J’espère que ces quelques phrases t’ont donné envie de replonger en 2014 !

À très bientôt,

Love,

May.

De Sang et De Raison – Tropes et Présentation

#Hashtag(s) : #Autre , #À vendre

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Cher lecteur, aujourd’hui, j’ai décidé de te partager les tropes et une petite présentation de De Sang et De Raison, mon premier roman. 

De Sang et De Raison est une fantasy YA (à partir de 12 ans) qui se tient dans une France sorcière. Les thématiques principales sont le mariage arrangé et la lutte contre le mal et les inégalités. 

Dans ce roman écrit à la troisième personne, tu peux suivre le personnage de Rosabella De Valençay, jeune sorcière de sang pur au pouvoir d’Interguise. Ce pouvoir est très rare parmi les sorciers et convoité par le mage noir qui sévit la France depuis des années. Rosabella se voit donc fiancée de force au fils de ce mage noir qui voit en cette union une possibilité de s’approprier la personne de Rosabella et ses pouvoirs. La jeune sorcière va non seulement devoir lutter contre ce mariage arrangé, mais également contre les forces du mal qui oppriment la France non-sorcière tout particulièrement.

N’hésite pas à te battre contre les forces du mal aux côtés de Rosabella dans De Sang et De Raison sur mon Wattpad : May_Pik. Tu préfères les formats papier ? Ce roman était précédemment auto-édité via la plateforme KDP d’Amazon, il me reste encore quelques exemplaires auteurs, tu peux me contacter et je t’enverrai avec plaisir un exemplaire broché ou relié !

J’espère que cette lecture t’a donné envie de plonger dans une France sorcière ! 

À très bientôt,

Love,

May.

PS : tu aimes écouter de la musique en lisant ? Tu peux retrouver ma playlist pour De Sang et De Raison sur

!

● Chronique n° 16 ● Blood of Hercules

#Hashtag(s) : #Critique & analyse

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● Chronique n° 16 ● Blood of Hercules

Cette lecture a eu raison de moi. Jasmine Mas m’a captivé dans un monde futur post-apocalyptique avec un worldbuilding extrêmement riche où règnent les dieux de la mythologie grecque sur leurs bâtards, les Spartiates immortels et les humains, là où les Titans sont dominés par l’Assemblée de la Mort.

On entre directement au cœur d’une histoire rythmée et dynamique avec Alexis et Charlie qui subissent de lourds traumatismes au sein d’une famille de tortionnaires. Livrés à eux-mêmes, Alexis mettra tout en œuvre pour mettre son petit frère à l’abri, y compris se sacrifier elle-même. Elle intégrera l’académie de la guerre où elle devra survivre à la torture ainsi qu’aux initiés qui ont toujours été entraînés depuis leur naissance en vue de devenir des spartiates.

J’ai découvert au cours du récit des longueurs que j’ai trouvées nécessaires au livre car elles ont apporté de la tension sur les épreuves que traverse la protagoniste et ont donné une réelle profondeur à l’histoire, surtout aux personnages tels que Charon et Auguste. J’aurais par contre aimé lire de belles retrouvailles entre Alexis et son petit frère, avec la confession de son identité.

J’ai adoré Alexis, qui est déterminée, combative, intelligente et loyale. Malgré ce qu’elle a traversé tout au long du récit, elle
restera fidèle à elle-même, aidée par sa meilleure amie Nyx qui apportera un peu de bonheur et de soutien au milieu de cet enfer qu’est le Défi rituel.

En dépit des révélations finales, c’est un enemies-to-lovers qui débutera, nous laissant sur une fin intense !

C’est un énorme coup de cœur pour moi ; j’attendrai le tome 2 qui paraîtra en octobre avec impatience !

Note : 5/5

⚠️ TW  : C’est une histoire sombre et d’une violence extrême avec des scènes de sexe explicites, destinée à un public averti 🔞

Ça a toujours été toi – Tropes et Pitch

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Bonjour à toi, cher lecteur. Aujourd’hui, j’ai décidé de partager avec toi les tropes (thématiques) de mon court roman Ça a toujours été toi, publié aux éditions Les 3 colonnes.

Comme tu peux le voir dans l’illustration du post, Ça a toujours été toi est une romantasy qui se tient dans un monde post-apocalyptique, à la suite d’une catastrophe radioactive sans précédent. À la suite de cette catastrophe, une nouvelle génération d’êtres humains née. Certains restent des êtres humaines “lambda”, dépourvus de pouvoirs magiques, tandis que d’autres développent des pouvoirs plus ou moins importants. Né alors un système de castes dans lequel la classe sociale est déterminée par les pouvoirs magiques. La famille royale originelle est composée de Maxinus, tous puissants qui se caractérisent physiquement par une chevelure rose. Leurs plus grands ministres et alliés sont les Magnos Alpha aux cheveux rouges, ou les Magnos Bêta. Moins la personne est pourvue de pouvoirs magiques, (Magnos Epsilon par exemple), plus son rang est bas dans la société. Jusqu’aux Paulins, aux cheveux bleus, les sans-pouvoir qui sont pour la plupart réduits en esclaves par les classes supérieures.

Dans Ça a toujours été toi, nous suivons les points de vue d’Aloysia, la princesse héritière du royaume d’Océinium et Maxinus, et de Zéphaniel, un jeune Paulin esclave d’une Duchesse. Leurs histoires vont se croiser pour ne plus jamais se dissocier et Aloysia, grande fervente de l’égalité pour tous, va militer aux côtés de Zéphaniel pour un gouvernement plus libre, sans système de castes. Leur amitié évoluera en amour interdit qui leur causera du tort, mais va également les rendre plus grands.

Tu aimes les romans courts YA (young adult – à partir de 12 ans) et les aventures mêlées de causes nobles et d’amour ?

Alors Ça a toujours été toi est fait pour toi !

Publié en décembre 2024 aux éditions Les 3 colonnes et désormais disponible sur commande en librairies et sur internet (FNAC, Cultura, Amazon…) !

Tu n’aimes pas la romantasy ? N’hésite pas à faire un tour sur ma page WATTPAD : May_Pik, j’y ai publié la plupart de mes écrits des 6 dernières années, il y a de la romantasy M/F ou F/F, de la fantasy, de la dystopie et de la romance sombre !

J’espère que ce petit post t’aura plu et donné envie de lire mes écrits !

À très bientôt !

Love,

May.

De l’amour de la solitude, premier essai de Florian Marek

#Hashtag(s) : #À vendre

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Florian Marek est chroniqueur et éditorialiste pour divers médias et notamment pour, la version francophone de

 

Tygodnik Solidarnosc hebdomadaire du syndicat polonais Solidarnosc.

 

Solitaire heureux, il vous propose ici son discours à l’esseulé, son éloge de la solitude.

 

Solitude, qu’il considère comme une amie, sa seule véritable amie.

 

« Seul tu es sorti des entrailles maternelles, seul tu rejoindras celles de la terre. »

 

Disponible ici : 

https://www.florianmarek-livres.fr/product/10495801/de-l-amour-de-la-solitude

Du stoïcisme par temps pandémiques

#Hashtag(s) : #À vendre

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De stoicismus in pandemicis temporibus – Du stoïcisme par temps pandémiques

 

Dans son deuxième essai Florian Marek chroniqueur, éditorialiste et philosophe traite, des années pandémiques que nous avons vécues.

Il interroge notre rapport à la mort, notre capacité à prendre du recul et à réfléchir. Il nous rappelle l’importance de la vie comme un vécu et non comme une unité de temps biologique.

Il met en exergue nos apories dans l’analyse de ce qui dépend ou ne dépend pas de nous.

Il nous exhorte à travailler notre apatheia c’est-à-dire notre faculté à maîtriser nos émotions.

Cet ouvrage, se veut être un testament pour les générations futures. Pour que plus jamais nous n’oublions que nous n’avons pas le droit de mettre en péril le devenir d’une génération, pour sauver une génération dont l’avenir se conjugue au passé.

Il vous propose donc, de prendre une dose de stoïcisme par temps pandémiques.

Disponible ici :

 

https://www.florianmarek-livres.fr/product/10495863/de-stoicismus-in-pandemicis-temporibus

Sur le temps, premier traité de Florian Marek

#Hashtag(s) : #À vendre

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Sur le temps,

 

Qu’est-ce que le temps ? Comment s’écoule-t’il ? L’usage linguistique que nous en faisons.

Le passé, le présent et le futur. La nostalgie et le temps dans la nature. La temporalité, la synchronicité. Le temps pour soi.

Autant de questions et de réflexions soulevées dans ce traité auxquelles le philosphe Florian Marek tente d’apporter une réponse stoïcienne.

 

Disponible ici :

 

https://www.florianmarek-livres.fr/product/11550896/sur-le-temps

De l’âme, deuxième traité de Florian Marek

#Hashtag(s) : #À vendre

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De l’âme :

Dans ce petit traité de l’âme, le philosophe Florian Marek, tend à apporter une définition stoïcienne de ce que peut être l’âme , ce feu qui habite nos corps. Cet ouvrage fait suite à son premier traité, sur le temps.

Disponible ici :

https://www.florianmarek-livres.fr/product/14872307/de-l-ame

The Blue Daggers – Extraits et Dossier de Soumission en ME

#Hashtag(s) : #Autre , #En cours d'écriture

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Bonjour à toi, cher lecteur. Si tu as lu mon précédent post sur The Blue Daggers, tu sais que j’ai écrit une dark romance que j’ai soumise en ME il y a environ trois semaines. Aujourd’hui, j’ai décidé de te partager quelques extraits exclusifs afin de mieux cerner mon œuvre, mais également de te donner envie de la lire, évidemment ! Je vous expliquerai aussi comment je soumets mes manuscrits en ME.

Extrait du chapitre 1 : TW mention de drogues dures et d’alcool

— Assieds-toi, reprend Alex en faisant de même, suivi d’Ashton puis de moi-même. Très bien. Comme je suis le plus loquace et le plus diplomatique de nous deux, je vais t’exposer les faits.

— Ma mère, qui a séjourné à Londres durant ses années de lycée et d’université, était amie avec feu Jason Moore. Elle a accumulé une dette de près de 500 000 livres envers lui et vous souhaitez désormais que je la rembourse, énoncé-je tel un discours préparé à l’avance.

— En résumé, oui, acquiesce le trentenaire. Cependant, c’est plus complexe que cela. Ta mère était en effet une très grande amie de Jason. Elle était jeune et influençable et il l’a vite embarquée dans nos affaires illicites. Néanmoins, ce qu’il n’a pas anticipé – ce que personne n’a anticipé – c’est qu’elle devienne rapidement accro à toutes sortes de drogues, dont l’alcool, l’héroïne et la cocaïne.

Extrait du chapitre 4 :

— Jolie jeune fille à vendre ? répété-je, prenant lentement mesure de ce qu’Ashton me déclare. Tu veux dire que vous baignez également dans le trafic d’êtres humains ? m’exclamé-je, ahurie.

— Hey, calmos minus. Nous, tout ce qu’on va faire, c’est voler des bijoux. Je ne compte pas te vendre à un vieux galeux !

Extrait du chapitre 8 : TW allusion à des actes de pédophilie

— Le requin, déclaré-je, de chaudes larmes coulant désormais le long de mes joues. C’est…c’était le copain de ma mère. De mes trois ans jusqu’à mes onze ans. (Je prends une grande inspiration dans l’espoir de me donner du courage.) Il…il m’a fait du mal.

Je prends plusieurs inspirations et expirations hachurées par mes pleurs et sert un peu plus fort les mains de mon hébergeur.

— Qu…quand j’étais enfant, il s’arrangeait souvent pour se trouver seul avec moi à l’heure du coucher.

Extrait du chapitre 11 :

— Ne dis plus jamais ça, murmure Ash en se saisissant de ma main libre pour la porter à ses lèvres. « It’s in the stars. It’s been written in the scars on our hearts. We’re not broken, just bent
And we can learn to love again
 ».

Extrait du chapitre 12 :  TW violence

— Un mot, petite Miller, raille le molosse avant d’à nouveau armer son poing pour me frapper dans les côtes.

— Va te faire foutre, réussis-je à articuler malgré la douleur qui irradie mon corps tout entier.

Extrait du chapitre 16 : 

— Je suis brisée, répété-je, empêchant Ash d’en dire plus. Tu as bien vu tout à l’heure, quand tu m’as aidé avec ma robe. Si je n’avais pas eu ce flash-back, on se serait embrassés non ?

— Azu’, susurre-t-il en attirant ma tête contre son cœur, même s’il avait fallu attendre des mois pour t’embrasser sans que tu n’aies peur j’aurais attendu.

Extrait du chapitre 21 : TW mention de sang et d’un personnage mourant

— Non ! pleuré-je en secouant l’homme qui a pris tant d’importance dans ma vie récemment. Non, reste avec nous ! Papa ! le supplié-je en me jetant sur son torse maculé de sang.

J’espère que ces quelques extraits t’auront éclairé sur la dynamique de ma dark romance !

Venons-en à la soumission de manuscrits en ME :

Tout d’abord, avant de soumettre un manuscrit en ME, assure-toi que ton manuscrit est le plus abouti possible. Cela passe par une relecture-réécriture, une bêta-lecture, une correction de l’orthographe, la grammaire, la syntaxe et j’en passe.

Puis, renseigne-toi sur la ligne éditoriale des ME, cela t’évitera d’être noyé sous des tonnes de refus. Par exemple, une ME qui ne publie que de la fantasy n’acceptera pas une romance historique.

Une fois que tu as trouvé la ou les ME susceptibles d’être intéressées par ton manuscrit, renseigne-toi sur la méthode d’envoi du manuscrit requise. Certaines ME n’étudient que les manuscrits reçus par voie postale, d’autres ceux reçus par mail, et d’autres, ceux reçus par un formulaire présent sur leur site internet. Fais bien attention à respecter ce mode d’envoi sous-peine que ton manuscrit ne soit pas étudié !

Maintenant, renseigne-toi bien sur le site de la ME afin de savoir avoir quoi accompagner ton manuscrit. Cela peut être un résumé sans spoilers, un synopsis complet avec spoilers, une lettre d’intention, une biographie et tant d’autres choses. Fais bien attention à envoyer tous les documents demandés sous peine que ton manuscrit ne soit pas étudié !

Enfin, viens le moment tant attendu, ton manuscrit est abouti, tu es certain qu’il respecte la ligne éditoriale de la ME visée, tu peux envoyer ton manuscrit et ses documents d’accompagnement !

Ceci est bien évidemment un guide court et résumé, n’hésitez pas à revenir vers moi pour de plus amples détails, je peux consacrer un post entier à la soumission de manuscrit en ME, voir, me concentrer sur une ME en particulier.

J’espère que ce post t’aura été utile et qu’il t’a donné envie de lire plus de The Blue Daggers.

À très bientôt !

Love,

May.

“Des passions” nouveau traité de Florian Marek

#Hashtag(s) : #À vendre , #Éducatif

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📣Chers amis,

j’ai la joie de vous annoncer que, mon nouveau traité est enfin disponible. J’y tente modestement d’apporter une définition stoïcienne des passions. 

Une définition en regard avec notre actualité et notre société tellement passionnellement correcte.

Vous pouvez le commander en cliquant sur le lien que je vous communique ci-après.

https://www.florianmarek-livres.fr/product/18906415/des-passions

Bien à vous,

Florian Marek.

Ça a toujours été toi – Présentation et Brainstorming

#Hashtag(s) : #Autre , #À vendre

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Bonjour ou bonsoir, chers lecteurs. Aujourd’hui, j’ai décidé de vous partager dans les grandes lignes mon parcours d’écriture pour Ça a toujours été toi. Avant toute chose, je vais vous présenter le roman dans les grandes lignes.

Ça a toujours été toi est né dans mon esprit il y a un peu plus d’un an. C’est un court roman ou novella de romantasy.

Le court roman ou novella se distingue d’un roman classique par sa longueur bien évidemment, mais également par son contenu, souvent plus rythmé, très immersif. 

La romantasy est un sous-genre de la fantasy. C’est un récit qui se déroule dans un monde imaginaire qui présente des caractéristiques surnaturelles, avec au cœur de l’intrigue, une romance.

Maintenant que cela est expliqué, je vais pouvoir vous pitcher Ça a toujours été toi.

Suite à une catastrophe radioactive sans précédent, l’archipel d’Océinium aurait dû se voir dépeuplée de toute sa faune et sa flore, êtres humains compris. Au lieu de cela, l’inimaginable s’est produit : une nouvelle génération aux pouvoirs magiques née. Les couleurs de cheveux classiques n’existent plus, laissant place à des couleurs vives, témoins de l’intensité des pouvoirs magiques de la personne qui les portent. Le bleu représente les Paulins, les sans-pouvoir, tandis que le rose représente les Maxinus, tous puissants. Dans cette novella, vous allez pouvoir suivre les POV (points-de-vue) distincts d’Aloysia, princesse héritière du royaume et Maxinus et de Zéphaniel, Paulin esclave d’une exécrable duchesse. Les vies d’Aloysia et Zéphaniel vont se mêler et faire naître un sentiment de révolte chez la jeune princesse qui va lutter aux côtés de son ami Paulin contre les inégalités entre classes sociales. Lors de cette lutte et de ces péripéties, les deux jeunes adultes vont devoir s’épauler et se battre pour faire valoir leur droit à s’aimer. 

Mais, alors, comment est née l’idée de cette catastrophe radioactive et de ces pouvoirs magiques discriminants ? À vrai dire, la réponse est plutôt simple. Je m’inspire énormément de notre société et de nos combats actuels dans mes livres.

Ensuite, comment est-ce que j’ai construit l’idée de cette novella et ses personnages ? On dit communément qu’il existe deux genres d’auteurs, les jardiniers et les architectes. Bien que je me rapproche plus souvent du jardinier, pour Ça a toujours été toi, j’ai ressenti le besoin de planifier mes chapitres, mes scènes… J’ai donc eu recours à des fiches personnages, des plans plus ou moins détaillés, une frise chronologique et à mon grand ami du nom de Pinterest.

Pinterest est un réseau social qui permet de créer des “tableaux” dans lesquels on peut enregistrer des “épingles”. À comprendre que c’est un réseau qui permet d’enregistrer des photos et vidéos inspirantes et de les organiser à sa guise. Je crée personnellement un tableau par projet littéraire. (N’hésite pas à aller faire un tour sur ma page Pinterest : May_Pik_author)

J’utilise également Canva pour me créer des templates de fiches personnages, frises chronologiques ou des moodboards.

N’hésitez pas à me poser des questions en commentaires, si vous souhaitez des précisions sur ma manière de planifier ou d’écrire, sur l’utilisation de Canva ou Pinterest, ou si vous avez des questions sur mon livre !

Ça a toujours été toi est disponible sur Amazon, Cultura, Fnac, Decitre… et en librairies sur commande. Vous pouvez également l’acheter au format e-book Kindle, Kobo ou Vivlio.

Je vous laisse sur ma citation de dédicace pour Ça a toujours été toi

« La supériorité est toujours odieuse. » Euripide

Passez une bonne fin de journée,

À très vite !

Love,

May.

The Blue Daggers – Introduction et Prologue

#Hashtag(s) : #En cours d'écriture

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Bonjour ou bonsoir à toi qui liras ces quelques lignes !

Comme je l’expliquais dans mon précédent post, je suis auteure de fantasy et de romance principalement. J’ai récemment soumis le manuscrit d’une dark romance en ME (maison d’édition) et souhaite vous partager mon parcours d’écriture et quelques extraits. 

La dark romance ou littéralement “romance sombre” est une romance qui traite de sujets sombres tels que les traumatismes infantiles ou la violence. Elle est donc destinée à un public averti et majeur ! Dans The Blue Daggers, il est donc question de surmonter ses traumatismes, mais également de viol(ence). J’indiquerai les TW (trigger warning) au début de chaque extrait qui en comportera.

Je vais également vous proposer une playlist de chansons à écouter pour vous mettre dans l’ambiance du roman. 

Sans plus attendre, voici la playlist liée à The Blue Daggers (disponible sur Spotify :

 

Dying On The Inside – Nessa Barrett

Good Girl – Isabel LaRosa

Let The World Burn – Chris Grey

Play With Fire – Sam Tinnesz, Yacht Money

Don’t Blame Me – Taylor Swift

Love Me – Ex Habit

WONDERLAND – Neoni

Cinderella’s Dead – EMELINE

Gasoline – Halsey

RUNRUNRUN – Dutch Melrose

Call Out My Name – The Weeknd

Him & I – G-Easy, Halsey

Labour – Paris Paloma

What It Means To Be A Girl – EMELINE

Trouble – Camylio

 

TW pour le prologue : mention de drogues dures.

Bonne lecture ! 

Dédicace : À toutes les gentilles filles à qui on a volé leur innocence…

Prologue

« Welcome to London ! »

             20 H 41. Mon taxi s’arrête enfin en face de mon immeuble. Mon appartement. Mon nouveau chez-moi. Seule. Le chauffeur m’aide aimablement à décharger mes deux immenses valises avant de me laisser seule sur le trottoir désert. Là, je prends une grande inspiration et souffle un grand coup avant d’entamer l’ascension des deux étages me séparant de ma future demeure – un petit studio meublé avec toilettes et salle d’eau sur le palier, mais cela sera toujours mieux que de vivre avec ma mère – où j’espère pouvoir m’octroyer une nuit de sommeil profond bien mérité.

            Je dois m’arrêter sur le palier du premier étage, à bout de souffle et dégoulinante de sueur. Alors que je prends mon courage à deux mains pour tenter de hisser mes deux bagages à l’étage supérieur, des bruits de pas provenant du second étage me mettent en état d’alerte maximale.

            Relax, Azu’, ce ne sont que tes voisins.

            Je reprends alors mon dur labeur et après quelques longues minutes qui me paraissent des heures, je me retrouve devant l’appartement numéro 6, une angoisse inexplicable me tiraillant l’estomac.

            Certainement l’angoisse naturelle de se retrouver face à l’inconnu…

            Après une énième inspiration profonde, je sors la petite clé récupérée à l’agence immobilière plus tôt de ma poche et l’enfonce dans la serrure qui émet un léger cliquettement.

            Et, c’est à cet instant que l’Enfer décide de s’abattre sur moi. Je n’ai pas besoin d’allumer la lumière pour constater la présence d’un homme dans ma pièce à vivre. Mon instinct me crie de m’enfuir au plus loin, cependant quelque chose chez cet inconnu me paraît presque familier. Je décide alors d’allumer la lumière pour prendre connaissance de ses traits.

— Bonsoir Azurine, souffle la voix rauque du jeune homme que je peux désormais détailler sans aucune retenue.

— Bonsoir … ? tenté-je, marchant sur des œufs.

— Ashton, se présente le jeune homme au physique imposant, m’adressant un sourire carnassier. Ashton Moore. Tu peux m’appeler Ash. Mais, me voilà malpoli, ajoute-t-il en se levant, m’imposant sa taille vertigineuse et sa carrure athlétique. Bienvenue à Londres, darling !

— Est-ce que je suis censée vous connaître ? osé-je demander face à tant d’enthousiasme.

— Ça, c’est à moi de le savoir et à toi de le découvrir, sourit-il énigmatique.

— Bien, que faites-vous chez moi ?

— Azurine, nous deux, nous ne sommes pas si différents. Nos enfances ont toutes les deux été chaotiques et nous avons tous les deux dû y faire face avec beaucoup de courage. Cependant, ce qui nous différencie, c’est notre entourage. Malsain pour ta part. Une vraie famille pour la mienne. (Il marque une pause, son sourire en coin creusant une fossette atrocement séduisante sur sa joue.) Et, vois-tu, ta mère a amoncelé des dettes envers mon père à l’époque à laquelle elle vivait à Londres. Dettes que tu vas désormais rembourser.

— Il doit y avoir erreur, ma mère n’est pas une sainte, mais elle n’a de dette envers personne, me défendis-je.

—  Toutes les preuves sont dans le dossier que j’ai posé sur ta table basse, reprend Ashton toujours aussi posément. Prends en connaissance et je te recontacterai d’ici à quelques jours, ajoute-t-il en se rapprochant dangereusement de moi, toujours plantée dans l’entrée du studio. Ce n’est pas la peine pour toi de chercher du travail, tu travailleras pour nous, reprend-il en replaçant une mèche blonde derrière mon oreille.

— Nous ? l’interrogé-je, interloquée.

— Bonne soirée, darling, conclut le jeune homme avant de quitter mon appartement sans un dernier regard en arrière.

            Je me laisse alors tomber sur le canapé convertible qui occupe la majorité de la pièce et prends doucement mesure de l’ampleur des quelques minutes précédentes. Alors, comme si mes membres ne m’appartenaient plus, je me saisis du dossier posé sur la petite table basse écaillée et parcours minutieusement chaque mot, chaque image, chaque preuve impliquant ma mère – alors âgée de 16 ans – dans des affaires de drogues dures.

            Impossible pour moi de rester assise là à ne rien faire. Je me mets alors à ranger mes affaires dans le peu de rangements que possède mon studio et entame ensuite un ménage approfondi, comme pour effacer toute trace de la venue de cet Ashton Moore. Comme si je pouvais me réveiller demain et avoir rêvé cet échange ubuesque.

            Finalement, alors que l’horloge murale affiche les 03 H 00 du matin, je finis par sombrer dans le sommeil, assommée par la fatigue physique et émotionnelle.

 

 

 

 

N’hésite pas à laisser un commentaire pour me donner un avis constructif sur ce prologue. Passe une bonne fin de journée. 

Love,

May.

Elodie

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Elodie est une charmante chatelaine bretonne,amoureuse des livres et de litterature sous toutes ses formea.

● Chronique n°15 ● La forge des secrets

#Hashtag(s) : #Critique & analyse

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● Chronique n°15 ● La forge des secrets

Dans ce roman fantasy, nous découvrons Ziva, une jeune forgeronne qui façonne des armes dans lesquelles elle insuffle de la magie pour leur donner à chacune des capacités uniques.
Les créations de Ziva seront convoitées par beaucoup, ainsi que par des personnes de pouvoir, grâce à sa renommée qui vante les mérites de son talent.
De sombres secrets dévoilés par une lame particulière bouleverseront le quotidien régulier et protecteur de la protagoniste et de sa jeune sœur Temra, ce qui les obligera à voyager à travers les royaumes pour échapper à une destinée funeste.

J’ai adoré la complémentarité des membres du petit groupe que forment Ziva, Temra, Petrick et Kellyn.
Les épreuves qui découleront de leurs aventures les aideront à tisser les liens indéfectibles d’une amitié sincère et émouvante, ce qui amènera une touche de légèreté au récit rythmé et dynamique de son auteure.

L’intrigue était excellente ; j’ai été emportée dans cette histoire dès les premières lignes grâce à la richesse de son univers, à son originalité ainsi qu’à la plume de Tricia Levensseller, légère et addictive.

J’ai trouvé l’évolution du slow burn tout à fait saisissant et en adéquation avec l’anxiété sociale dont souffre la protagoniste. Des maux d’aujourd’hui traités avec sérieux et bienveillance.

J’ai hâte de découvrir le dernier tome de cette duologie, « Le marteau de pouvoir ».

Note : 5/5

● Chronique n°14 ● Léo Mercier ou l’alchimie à Paris – Tome 1

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● Chronique n°14 ● Léo Mercier ou l’alchimie à Paris – Tome 1.

NYC m’a offert la possibilité de découvrir son roman qui m’a transporté à la fois dans le passé mais aussi au cœur de Paris.

J’ai découvert l’alchimie dans un univers passionnant au sein même de nos plus beaux patrimoines français.
Le récit est riche et détaillé ; l’environnement, les cours, les bases de l’alchimie, les énigmes, les grands noms de l’histoire de France jusqu’aux règles du jeu du tarot de l’alchimiste, rien n’est laissé au hasard grâce à la qualité d’écriture de son auteur qui a su entretenir le mystère au fil des chapitres pour nous mener à une fin qui nous donne déjà envie d’en savoir plus.

L’écriture de ce roman à la troisième personne m’a permis de ne pas trop me focaliser sur l’affection entre les personnages mais plutôt sur le côté historique et énigmatique de l’histoire.

J’ai été absolument conquise par les petites références à Da Vinci Code, Harry Potter, jusqu’aux cartes magiques du tarot qui m’ont personnellement ramené bien des années en arrière avec Sakura !

Ce livre est une petite merveille qui saura, je l’espère, vous faire voyager autant que moi.

Accessible à un jeune public (~13, 14 ans), il saura ravir les adolescents par son format court dans un univers magique et les adultes par l’action et son côté rythmé.

Note : 5 / 5 

● Chronique n°13 ● Le sanctuaire

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● Chronique n°13 ● Le sanctuaire

Le thème du sanctuaire et son concept de libertinage dans un club select où l’anonymat est primordial est intéressant.
Je n’ai cependant pas réussi à être happée par l’univers, qui manque à mon sens de détails.

J’ai trouvé la progression du récit trop rapide. J’aurais beaucoup aimé découvrir les personnages, me familiariser avec eux et comprendre qui ils sont, notamment Chase qui semble avoir un passé chaotique, avant de passer aux parties érotiques.

Je pense que l’aspect psychologique qui mène au BDSM pour l’article n’a pas été assez exploité ; c’est un sujet qui aurait été intéressant et aurait permis de comprendre les émotions du ou des personnages pratiquant.

Il est fait référence plusieurs fois au consentement, mais j’ai remarqué qu’il a  autant été mentionné que bafoué, ce qui est un gros point noir pour moi.

J’aurais aimé que les combats de boxe soient détaillés, lire quelques extraits de l’article de Chiara pour comprendre la quantité d’informations dévoilée, trouver plus de profondeur dans l’histoire, voir les personnages évoluer avec d’autres membres du Sanctuaire pour avoir les impressions d’autres adeptes.

Les multiples points de vue nous font vivre la même scène de deux points de vue différents, mais n’apportent rien d’autre au récit que des longueurs.

J’ai commencé réellement à apprécier ma lecture dès la révélation faite par Terrence sur l’article de Chiara, qui a amené les émotions que je ne trouvais pas avant. L’éloignement a permis de faire monter la tension des deux côtés et a rendu plus attrayantes leurs retrouvailles. Quel dommage qu’ils se soient retrouvés trop vite ; le pardon trop rapide a enlevé de la crédibilité aux émotions des personnages.

Note : 2/5

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● Chronique n°12 ● The Devil’s sons tome 5

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● Chronique n°12 ● The Devil’s sons T5

J’ai attendu ce dernier tome avec une impatience démesurée. Ce dernier est à la hauteur des quatre premiers, aussi saisissant du début à la fin. J’ai été captivée comme toujours par l’écriture de Chloé Wallerand.

L’intrigue est saisissante et les rebondissements nous tiennent en haleine tout au long du récit ; l’envie de découvrir les chapitres suivants était dévorante. L’intensité de chaque situation ne me donnait pas envie de mettre mon livre en pause.

Au fil du temps, les précédents tomes ont permis une immersion complète grâce à la qualité d’écriture de son auteure, la profondeur des personnages et qui, grâce à leur histoire respective, n’ont plus de secrets pour nous ; je dirais même qu’on fait un peu partie de leur famille, du gang finalement.

Les émotions multiples et variées sont présentes dans toute l’histoire.
La romance entre Avalone et Clark a pris un peu le dessus, mais l’esprit de famille dans les gangs est le même.
Bien que j’aurais peut-être apprécié retrouver un peu la complicité entre la fille du chef des Devil’s avec quelques-uns des membres, notamment Ty, j’ai tout de même été ravie de voir la qualité de leur relation amoureuse s’améliorer pour devenir quelque chose de plus sain.

Les Devil’s of the death ont mené un combat remarquable aux côtés de leurs alliés, parfois surprenants, contre les Bloodbro menés par Tarek. Cette guerre de gangs était très détaillée et bien équilibrée. Chloé Wallerand a pris son temps pour la fin de l’intrigue présente depuis le début et elle était à la hauteur des attentes que j’en avais.

J’ai été heureuse de découvrir que ce roman avait une fin digne de ce nom. Détaillée dans le temps, comme pour dire au revoir avec nostalgie à cette famille un peu loufoque et attendrissante, de manière progressive et sans frustration… du moins jusqu’aux dernières pages que j’ai tournées et qui ont retourné mon cœur…

La fin de cette saga était belle, j’ai adoré.
Je les relirai sans hésitation.

Note : 5/5

( TW ⚠️ 18+ ) 

● Chronique n°11 ● Emerly

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● Chronique n°11 ● Emerly

Je ne savais pas à quoi m’attendre de cette romance. Dès le début, on est transporté dans un monde où certains détails me font beaucoup penser aux Chroniques de Bridgerton, mais hormis une ou deux ressemblances, je dois admettre que ce qui m’a happé, c’est bien l’histoire curieuse des mariages arrangés entre le petit peuple avec la haute société et les rebondissements avec de multiples manipulations de toutes parts.

Marina M. L., au travers de sa plume, m’a frappé de tout un tas d’émotions. La profondeur des personnages m’a saisie, et surtout la personnalité douce mais forte et la combativité d’Emerly. Malgré la difficulté des débuts de son mariage, elle est restée fidèle à sa façon d’être.
Les épreuves que chacun des personnages traverse sont touchantes, mais le plus difficile émotionnellement sera la fin du livre. Je ne m’attendais pas du tout à ce revirement de situation et il a laissé mes émotions en lambeaux.

Les différents points de vue amènent des détails à l’histoire qui nous permettent d’assembler certaines pièces du puzzle et donc d’anticiper la réaction des personnages et de nous en imprégner davantage.

J’ai été absorbé par cette écriture tellement addictive, ce besoin de savoir comment pourraient bien terminer chacun des rebondissements et l’intrigue que je n’y ai trouvé aucune longueur et j’ai adoré ma lecture.

Emerly sera donc pour moi un gros coup de cœur.

Note : 5/5

(TW ⚠️ 18+ )

● Chronique n°10 ● Fallen Majesty tome 2

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● Chronique n°10 ● Fallen Majesty

L’immersion dans le Gang des Majesty avec Astoria & Callum s’est faite aussi facilement que pour le premier tome de la série. On découvrira aussi les traditions de deux royaumes, le Liechtenstein et la Suède.

Astoria & Callum deux personnages qui, en surface, semblent se détester, mais au fond, se sont partagé leur courage pour affronter les problèmes de l’autre.
Le couple est plutôt complémentaire malgré leurs caractères qui font des étincelles et leurs ego démesurés. J’ai beaucoup aimé ce duo.

Callum, le stratège à la mémoire éidétique, torturé par son passé compliqué à cause de son père toxique, m’a beaucoup touché. Les notes des consultations sont vraiment excellentes, elles permettent d’approfondir les personnages et plus particulièrement le prince héritier.
Astoria est intelligente, d’une loyauté sans faille, avec une force d’esprit qui pousse au respect et fait d’elle, à mon sens, le pilier du duo.

Je trouve qu’après toutes ces années à se chamailler, se chercher, se protéger et se soutenir à leur manière, chacun d’eux méritait sa fin heureuse.

Petit bémol sur ce second tome : je regrette réellement que l’histoire ait sensiblement la même trame que le premier tome, ce qui a rendu le récit un peu trop prévisible.

J’ai tout de même passé un bon moment avec le roman de Delinda Dane.

Note : 5/5

(  TW ⚠️ 18+ )

● Chronique n°9 ● Mad Majesty tome 1

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● Chronique n°9 ● Mad Majesty

Ce roman me faisait de l’œil. Après l’avoir beaucoup vu passer sur les réseaux sociaux ainsi que les retours positifs qui en découlaient, j’ai fini par me laisser tenter.

L’écriture de Delinda Dane est d’une fluidité remarquable ; elle nous emporte dès les premières pages dans cette romance contemporaine.

Basé sur la royauté anglaise, on découvre l’histoire d’un prince héritier du trône réfractaire à toutes les règles de la royauté, borné, source de nombreux scandales et qui paraît tout à fait égoïste en apparence, mais il cache bien des secrets qui nous tiendront en haleine jusqu’à la fin du roman.
Damian est un personnage complexe et torturé qui souffre de bien des manières et, nonobstant le masque qu’il met pour cacher sa fragilité et se protéger, il finira par tomber.
Esmée est la douceur, la bienveillance et la bonté incarnées, qui cache à la perfection un caractère et une force d’esprit incroyables.
En dépit de ce qu’elle vit au quotidien, elle gardera la tête haute et essaiera tant bien que mal de prouver à tous qu’une roturière peut aussi bien être capable de grandes choses.
J’ai beaucoup apprécié la romance qui naît entre ces deux personnages que tout oppose et qui, pourtant, avanceront main dans la main envers et contre tous.

Je suis passée par pas mal d’émotions au fil de ma lecture (surtout beaucoup d’irritation !) et je dois reconnaître que, malgré mes doutes, je suis heureuse d’avoir cédé à ma curiosité pour découvrir une très belle lecture.

Les Breaking News de Smith Whitaker (un petit clin d’œil aux Chroniques de Whistledown, l’anonymat en moins) ont ajouté un vrai plus au roman ; notamment cette sensation de vivre pleinement ce que représentent chacun des articles pour le couple royal et ainsi permettre de mieux comprendre les émotions des personnages.

Note : 5/5

( TW ⚠️ 18+ )

● Chronique n°8 ● Insomnia

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● Chronique n°8 ● Insomnia

Le style captivant de Léa Nemezia m’a fait découvrir son univers que j’ai adoré. Néanmoins, je m’attendais à quelque chose de plus sombre, basé un peu plus sur les sociétés secrètes universitaires, avec des secrets bien plus dangereux. Je pense que le récit aurait été plus prenant.
Je suis rapidement entrée dans l’histoire, avec l’envie d’en savoir plus sur Skyler, son entrée à Oxford, son stalker, mais aussi les secrets de sa famille.

Il y a quelques longueurs dans la première moitié du récit, mais toutes les pièces du puzzle qui s’imbriquent durant la seconde moitié sont captivantes.
Je suis un peu déçue que certains sujets n’aient pas été approfondis, notamment celui des hirondelles, l’histoire de l’héroïne avec ses parents et la menace qui la guette. Je me suis attendue, tout au long de la seconde partie, à une confrontation avec la Bratva qui n’est pas arrivée (dommage).

Les personnages sont intéressants, surtout Stan et son secret commun avec Edward, leur haine et leur côté torturé.
Skyler, quant à elle, a un lourd secret qui finalement n’est qu’une broutille pour le fils de diplomate, ce qui donne l’impression que le côté dangereux de la protagoniste est amoindri, et c’est dommage.

J’ai beaucoup aimé la romance, leur rencontre et la façon dont ils se sont liés, oubliés et retrouvés.

J’attendrai la suite pour connaître l’histoire d’Heather et Alexander et voir où l’auteure nous mènera, mais Insomnia n’est pas un coup de cœur que je relirai.

Note : 3/5

 

● Chronique n°7 ● Riversend

#Hashtag(s) : #Critique & analyse

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● Chronique n°7 ● Riversend

Riversend est une romance à suspense dont les pages se lisent et se dévorent grâce à la plume addictive d’Aimée Bianca.

C’est rapidement que j’ai été happé par cette histoire aux rebondissements multiples et imprévisibles de son auteure.

Les personnages sont complexes. Malgré son statut de princesse de la mafia, Beatriz a hérité de beaucoup de souffrances, de haine, d’indifférence, de tortures et de séquestrations. Ezekiel, lui, a dû faire face à un abandon sous X et à un deuil qui l’ont poussé à intégrer l’organisation pour devenir exécuteur et gravir les échelons. J’ai beaucoup aimé le fait que ce soit leur vengeance commune qui les rassemble.

Les multiples points de vue permettent d’approfondir la personnalité des personnages déjà bien détaillée et plus encore leur histoire.

La romance se développe doucement malgré un mariage arrangé et peu conventionnel. Les protagonistes prendront le temps de se détester au début, ce qui amène de la crédibilité au récit. Ils finiront par baisser les armes malgré les différences dans leur façon de vivre, leur caractère et leur personnalité, et feront front uni pour la fin de l’histoire qui m’aura fait passer par tout un tas d’émotions contradictoires.

Ce n’est pas un coup de cœur, car le début était agaçant, mais j’ai adoré cette lecture sombre au sein de la mafia de Riversend qui se lit plutôt vite, à mon grand regret.

 

Note : 4/5

 

Si vous avez aimé les Devil’s Sons, ce livre est fait pour vous !
(TW : ce livre aborde des thématiques sensibles – conseillé aux +18 ans ⚠️)

Mapie RFSERGENT

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Bonjour,

Je tiens juste à me présenter. Hier, je me suis inscrite, mais j’avoue que je n’ai pas encore compris le fonctionnement de cette application. Je l’essaie par une courte présentation de moi-même. J’ai 68 ans, depuis 3 ans, je suis retraitée de la fonction publique. J’ai quitté Marseille, pour une vie bucolique. Je vis dans un petit village du Gard, frontalier avec l’Ardèche.

J’ai toujours aimé écrire et cela depuis mon adolescence. Depuis mes quatorze ans, je tiens mon journal. Mais, j’écris des contes pour enfants et de la poésie.

Via cette application, je souhaite faire connaître mes écrits et recevoir des critiques constructives pour avancer. J’espère aussi rencontrer un éditeur qui pourrait être intéressé par ce que j’exprime. Lorsque, je parle d’éditeur, je tiens à préciser une maison d’édition à compte d’éditeur et non à compte d’auteur.

Mapie

 

● Chronique n°6 ● The South Girl tome 2

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● Chronique n°6 ● The South Girl 2

C’est une suite qui est bien plus sombre que le premier tome. L’esprit “found family”, qui prenait beaucoup de place dans le premier, est maintenant relégué au second plan pour mettre en avant les addictions et la romance. Il est aussi le tome de la seconde chance. L’humour et le sarcasme sont moins présents, ce qui a enlevé la légèreté des échanges. Les joutes verbales ne sont plus aussi percutantes, ce qui enlève du charisme aux personnages (Elvira, Ace, Abel), mais leur apporte une vulnérabilité qu’on ne voyait pas au départ.
L’intrigue manque de complexité, se qui a bridé le suspense, il n’a pas pu être pleinement développé et n’a jamais atteint son paroxysme; les recherches et l’enquête ont été trop mises de côté au profit d’autres thématiques qui, au début, étaient utiles et intéressantes, mais à force de répétitions, ont amené de la longueur au récit.
En revanche ce qui est advenu de l’agresseur ne devrait pas être un “bonus” à la fin de l’histoire, car il fait partie du thème central du roman et cela aurait ete une très bonne conclusion de toute cette enquête qui a engendré énormément de  souffrance.

Le départ d’Elias de l’histoire m’a surprise ; il méritait quelque chose de plus travaillé car il a été un pilier pour Elvira. Ils ont un passé commun ; cette fin n’était pas en adéquation avec la forte amitié qu’ils ont partagée pendant si longtemps, ça manque de crédibilité.

J’ai tout de même passé un agréable moment avec cette lecture. Mes émotions ont été mises à rude épreuve grâce à la plume de cette auteure qui a su jouer avec mes sentiments.

Cette duologie accueillera au mois de septembre “Hope is blue” pour compléter cette saga avec l’histoire de Cassie et Ace que je lirai bien volontiers, en espérant avoir les réponses aux questions que je me pose sur les personnages depuis le début de The South Girl.

Note : 4/5

(TW : ce livre aborde des thématiques sensibles – conseillé aux +18 ans ⚠️) 

● Chronique n°5 ● The South Girl tome 1

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● Chronique n°5 ● The South Girl 1

The South Girl est plein d’humour, de sarcasme et de joutes verbales exceptionnelles, ce qui m’a permis d’entrer très facilement dans l’histoire et de ressentir toutes leurs émotions.

Aya Estrela a cette plume hypnotisante qui a réussi à me captiver de la première ligne à la dernière.

Le premier tome a permis de mettre en place l’histoire, et les multiples points de vue d’affiner au fur et à mesure la personnalité des personnages pour leur donner plus de profondeur.
Elvira est cette héroïne badass mais torturée qui a su capturer le cœur des hockeyeurs de la King’s University. Malgré son vécu, elle fait toujours passer le bonheur des autres avant le sien, au point de se mettre en danger pour sortir son frère de prison et finit par avoir à cœur d’aider les victimes de viols à retrouver leur agresseur.

Au fur et à mesure que l’histoire prend place aux côtés de cette intrigue difficile, on apprend aussi à découvrir chacun des amis proches de la princesse des quartiers sud de Chicago.

Même si la romance entre Elvira et Abel est bien présente dans ce premier tome, je la trouve aussi importante que l’amitié qui les unit tous.

Secrets, trahisons, meurtre, deuil, suicides, homophobie, abandons, addictions, violences infantiles, viols (ou tentatives d’agression sexuelle) : leurs différents vécus les unissent et ils seront tous des soutiens les uns pour les autres, même s’ils ne savent pas toujours comment faire et qu’ils ont à tour de rôle fait des erreurs. Malgré tout, c’est ce qui donnera l’un des meilleurs found family que j’ai lus !

Cette histoire est poignante, parfois irritante, et la détresse d’Elvira lors de leur dernière soirée m’a profondément émue.
J’ai eu un gros coup de cœur pour The South Girl.

J’arrive pour le tome 2, détective Petrova !

Note : 5/5 

 

Bienvenue sur ma Page Auteure

#Hashtag(s) : #Autre

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Bonjour à toi qui liras ces quelques mots. Bienvenue sur ma Page Auteure !

Je viens de m’inscrire sur Bookirama et j’ai décidé de me présenter et présenter les différents types de posts que je ferai sur le site.

Je m’appelle Céline, mais mon nom de plume est May Pik. Je suis âgée de 25 ans et je suis passionnée de littérature depuis mon enfance. J’ai commencé à écrire des œuvres de fiction dès mon plus jeune âge, mais je n’ai commencé à les partager à un lectorat que beaucoup plus tard, durant le premier confinement. 

Aujourd’hui, j’ai décidé de partager ma passion pour la littérature de fiction sous plusieurs formes. Je vais bien évidemment partager mes écrits d’œuvres que j’ai achevées (nouvelles, novellas, romans), mais également partager des revues sur mes lectures (principalement de la fantasy et de la romance). Je posterai des extraits ou même des chapitres entiers, des moodboards, des citations et tout ce que je jugerai utile afin de vous faire connaître mon œuvre et les livres que j’apprécie.

Je vous laisse sur une petite citation m’ayant inspiré The Blue Daggers, une dark romance que j’ai soumise il y a quelques semaines en maison d’édition : Light is easy to love, show me your darkness…

À très bientôt,

Love,

May.

Voix d’un vécu – Poèmes de Amadou Dia

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Poème : Ce que l’enfance n’a pas dit

 

Sous les draps, la peur cousue,

Une voix s’éteint sans bruit.

L’ombre d’un geste qu’on déduit,

Et les cauchemars revenus.

 

Le jouet gît, tête arrachée,

Comme un aveu sans tribunal,

L’innocence sous un voile pâle

Qu’aucun pardon ne peut racheter.

 

On grandit courbé, bouche close,

Avec des silences tatoués,

Et dans le regard, la même chose :

Un cri qu’on n’a jamais pleuré.

 

> Extrait de Résilience Silencieuse, publié chez L’Harmattan

 


 

Note d’intention :

Ce poème traite de l’indicible, de ces blessures de l’enfance qui restent muettes mais visibles dans les regards d’adulte. Sans nommer, il évoque le silence, l’oubli, la résilience invisible.

 

● Chronique n°4 ● Woven by gold tome 2

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● Chronique n°4 ● Woven by gold

Le deuxième tome de Beasts of the briar est assurément le meilleur des deux. La plume d’Elisabeth Helen est addictive et fluide ; l’immersion dans ce second tome est totale et rapide, notamment grâce à son univers parfaitement détaillé. J’ai eu la sensation de vivre cette histoire.

Les informations qui sont distillées tout au long du récit donnent plus de profondeur aux personnages. On commence à comprendre leur personnalité, ce qui les rend d’autant plus attachants encore que dans Bonded by thorns.

L’histoire qui se dévoile reste imprévisible grâce aux plots twists qui sont superbes. On retrouve encore quelques petits détails inspirés du conte la Belle et la bête mais dans l’ensemble, on en est quand même très loin.

Les romances sont des slow burn et les scènes de SMUT sont très bien dosées ; elles n’entachent pas l’histoire, elles sont même nécessaires.

J’ai adoré ma lecture Woven by gold est pour le moment mon petit coup de cœur de la saga Beasts of the briar.
J’attends le printemps avec grande impatience.

Note : 5/5

(Attention aux TW, ne convient pas aux moins de 18 ans ⚠️)

● Chronique n°3 ● Bonded by thorns tome 1

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● Chronique n°3 ● Bonded by thorns 1

Cette romantasy inspirée de la Belle et la Bête, est originale malgré une difficulté à entrer dans l’histoire au début. Les petits détails qui la relient au conte de base m’ont aidé à m’accrocher jusqu’à ce que la lecture devienne addictive.

La plume de l’auteure est fluide et agréable. Le worldbuilding est riche, ce qui permet de se projeter comme si nous y étions.

Les personnages sont attachants. Rosalina  cache un petit caractère bien trempé derrière sa douceur et sa curiosité, et celui des princes reflète bien chacune des saisons qu’ils incarnent.

Les scènes de SMUT n’entachent pas l’histoire et ne prennent pas le dessus.

Au fur et à mesure de l’avancement de l’histoire, on s’éloigne du conte de la Belle et la Bête pour découvrir une intrigue aux rebondissements inattendus, ce qui rend la suite du livre totalement imprévisible.

Cette fin… qui appelle à lire le suivant, m’a bouleversée !

J’ai adoré cette lecture ; je ne regrette absolument pas de m’être accrochée.

Note : 4,5/5

( TW ⚠️ 18+ ) 

● Chronique n°2 ● Kings of sin 2

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● Chronique n°2 ● Kings of sin 2

J’ai beaucoup aimé le deuxième livre de Kings of Sin. L’histoire est très bien écrite et la plume fluide et agréable à lire.

Le caractère et le sarcasme d’Isabella, ainsi que sa façon de vivre, font d’elle un personnage intriguant et attendrissant. Ses doutes, son manque de confiance en elle, l’empêchent de parvenir à réaliser ses rêves.
J’aime beaucoup le fait que l’écriture de son livre occupe une place centrale dans ce roman. Le fait que Kai, personnage à qui tout sourit, doué dans tous les domaines (ou presque) et a la moralité irréprochable, soit autant attiré par elle que l’inverse montre une certaine complémentarité. Malgré son arrogance et son orgueil, ils arriveront chacun à utiliser les forces de l’autre pour accomplir leur projet.

Les scènes de SMUT étaient bien faites et ne prenaient pas le dessus sur l’histoire.

En conclusion, j’ai passé un bon moment avec cette lecture. Ce n’est pas un coup de cœur, mais elle a tout de ce qu’on attend d’une romance et reste tout de même superbe.

Note : 5/5

( TW ⚠️ 18+) 

● Chronique n°1 ● Heaven breaker

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● Chronique n°1 ● Heaven breaker

J’ai trouvé ce roman de science-fiction original, dans un monde chevaleresque. Après quelques difficultés d’immersion au début, l’histoire est devenue beaucoup plus fluide après une centaine de pages. Au fil de l’histoire, l’univers qui prend forme est riche en détails qui ont réussi à me surprendre.

On comprend dès le début qu’il s’agit d’une vengeance, menée par un petit bout de femme à la rage incommensurable. Ayant tout perdu, Synali est prête à sacrifier sa propre vie pour humilier le nom des nobles responsables de son plus grand malheur.

Une romance se développe doucement, ajoutant quelques touches de douceur au milieu de toute cette haine. Elle permet de voir une autre facette des personnages, mais reste au second plan pour permettre à Synali de rester entièrement concentrée sur sa vengeance et ses combats.

Les scènes d’action sont bien décrites et détaillées, les règles du combat sont originales, et l’écriture nous permet de les vivre comme si nous y étions.

J’ai adoré ma lecture, l’univers ainsi que l’histoire qui m’a tenue en haleine jusqu’au bout.

Je pense que ce sera une duologie ; j’attends Hellrunner avec une grande impatience !

Note : 4 / 5

( TW ⚠️ 16+ )

Ceci n’est pas… une histoire d’amours

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Je vous invite cordialement à lire un chapitre de mon premier roman, publié en 2021.

Pour une présentation plus élaborée et le lien vers le site marchand, c’est par ici : https://mariehelenedecanniere.com/ceci-nest-pas-une-histoire-damours/

 

[EXTRAIT]

 

Chapitre 1 – Complètement marteau

Ça fait plus d’une heure et demie que je me débats avec ce fichu marteau, et voilà que le manche décide tout simplement de se fendre. Terminée, ma partie de bricolage.

Le mur est tapissé de trous, petits et grands, de clous pliés en deux. Vraisemblablement, ils se moquent de moi. Le cadre que je voulais accrocher au mur, repose contre le fauteuil. Il n’a pas l’air pressé de monter là-haut, il a l’air bien là où il est.

Le téléphone me sort de mon moment de doute.

« Bonsoir mon chéri ! »

« Non, tout va bien. »

« Je bricole, là. Tout va pour le mieux. Le mur servirait d’illustration d’une infox sur la guerre en Syrie. Tu vois le tableau ? »

« Tu me connais, je ne baisse pas si vite les bras. Et puis j’ai encore toujours le marteau de ton père, alors tu penses… »

« Oui, c’est ça, je te raconterai la suite vendredi prochain. Bisou, à bientôt ! »

« Oh, j’oubliais, bien le bonjour à Sarah, évidemment. Oui, bisou… bisou, à bientôt ! »

Damien, mon fils, le sent toujours avant que je n’aie dit un traitre mot. Il le sent quand je vais bien, quand je suis morose, quand je suis fatiguée, quand je m’émeut. Et il le sent quand je m’énerve. Ça doit être une inclinaison dans ma voix, parce qu’au téléphone ce sixième sens à lui fonctionne encore mieux que quand nous nous rencontrons. Aujourd’hui encore, ses antennes m’ont trahie. Quoique, je ne suis pas sûre qu’il ait deviné que le marteau de son père vient de rendre l’âme.

Ça doit être une malédiction. Grégory m’a tant reproché de ne pas lui laisser le temps d’attaquer les petits et grands malheurs dans notre maison quand nous étions mariés, qu’il m’a fait cadeau du marteau dans l’espoir qu’un jour, il me mette dans tous mes états. C’est réussi, Grégory, bravo !

Ou alors c’est moi. Ça aussi, c’est possible. Je suis complètement marteau. Ma mère aura raison, finalement. C’est en tout cas le reproche qu’elle m’a envoyé à la figure lorsque je lui ai dit que je divorçais, il y a quoi… eh bien, il y a quinze ans, déjà ! C’est peut-être même l’anniversaire de ce jour, aujourd’hui, ce qui expliquerait le mauvaise farce de mon outil. Mais je n’oserais pas le jurer, c’est une date que j’ai préféré oublier.

J’ai préféré oublier bien des choses, au fil des années, il faut bien que je le reconnaisse. Après la débâcle de mon mariage avec Grégory, j’ai retenté ma chance en amour, sans grands succès. Sans aucun succès, même.

Par contre, de chaque relation il doit me rester un outil. J’ai cette drôle de tendance de garder des objets appartenant aux hommes qui me quittent. Correction : ceux que je quitte. Parce que souvent, c’est moi qui me suis fait la malle. Façon de parler, puisque coup sur coup je suis tombée sur des hommes qui venaient crécher temporairement chez moi. Des tentatives de bonheur en couple qui ont toutes tourné au vinaigre, l’une plus vite que l’autre. Le résultat final étant invariablement : retour à la case départ, à la solitude.

Le problème (si j’ose parler d’un problème, je ne suis pas sûre que ce soit de circonstance), il est là, le problème : cette solitude. Ne vous méprenez pas, je l’aime, ma solitude. Je m’y suis faite depuis le départ de Jean-François.

Lui, je l’avais rencontré lors d’un cours de tango. Nous partagions la passion de ces rythmes endiablés, du corps-à-corps sensuel, de la musique, de l’ambiance aux soirées sudaméricaines. Nous formions d’ailleurs un des couples les plus admirés.

Nous nous sommes retrouvés sous les mêmes draps. Quelques années de bonheur, rapidement suivies de quelques années de feux passant de l’orange au rouge à l’orange clignotant et brièvement au vert. Années épuisantes, pour moi en tout cas. J’en avais perdu tout ce qui pouvait me rester de joie de vivre. Mon côté guilleret s’était retranché loin derrière mes soucis.

Pour lui aussi, ces années de feux clignotants ont dû être épuisantes, j’imagine. En tout cas, il semblait soulagé quand il a rassemblé ses affaires qui trainaient chez moi pour les embarquer vite fait, quitter en marche arrière le parking devant ma maison, pour ne plus se retourner. Le feu était passé définitivement au rouge. Il a coupé court au contact. Je le comprends. Il est le seul homme qui ait entièrement disparu de ma vie depuis notre séparation. Pas mon genre, cette coupure absolue, mais il l’a voulu ainsi. J’ai encore toujours nos souliers de tango, les miens et les siens. Comme un souvenir qui me murmure : une histoire comme celle-là ne s’efface pas. Ils prennent la poussière au grenier. Je n’ai pas le cœur de m’en séparer.

Cela a été, somme toute, la tentative la plus sérieuse de me refaire une « vie à deux ». Les rencontres qui ont suivi n’ont jamais plus atteint ce niveau de proximité, de confiance, de connivence, d’entente. Plus jamais.

Oh, je suis retombée amoureuse. Pendant quelques années, j’ai eu la fâcheuse manie de tomber amoureuse d’hommes mariés. Que de souvenirs ! Je les arroserais bien d’un verre de vin…

Où en étais-je ? Ah oui, les hommes mariés ! J’en ai rencontré trois ou quatre. C’est-à-dire, j’ai eu une relation avec trois ou quatre des hommes mariés que j’ai rencontrés. Ou cinq peut-être, je ne me souviens pas exactement. C’était une phase dans ma vie, je crois.

Un jour, mon thérapeute m’a invitée à observer attentivement ce que cela m’apportait et ce que cela me coûtait de m’emberlificoter dans une relation avec un homme qui, visiblement, ne choisirait jamais de tenter la « vie à deux » qui m’avait déçue auprès des autres. Je n’avais pas trop envie de cet exercice, franchement.

Je me plaisais bien dans cet équilibre insolite. D’une part, je prenais la place que l’épouse ne voulait plus prendre. Cocktail d’érotisme et d’écoute attentive. Ils avaient l’art de parler d’eux-mêmes, ces hommes, et en même temps j’avais l’impression qu’ils ne le faisaient pas ou pas assez avec leurs épouses. Ils avaient l’art de faire l’amour, aussi. Je savais que cet aspect avait été rayé entièrement de leur vie de couple. Ou en tout cas, suffisamment pour les assoiffer au point qu’ils viennent s’abreuver à ma source.

D’autre part, je sauvegardais mon indépendance. Il était clair, en effet, que pas un seul ne ressentait l’envie ni le besoin de quitter sa femme. Chacun de ces maris « infidèles » étaient en réalité profondément tout le contraire d’infidèles : fidèles au point de parfois m’écœurer. Leur fidélité à leur épouse les poussait à être profondément infidèle à eux-mêmes.

Fondamentalement, je considère la fidélité à soi comme la voie par excellence pour atteindre réellement la fidélité à autrui. Conviction personnelle dont je faisais volontiers abstraction dans les bras de ces messieurs. Pourquoi, au fait ? Parce qu’ils aimaient goûter à l’abandon, à cette fidélité retrouvée envers leur désir masculin ? Parce qu’ils me chuchotaient combien le voyage de leurs mains le long de ma peau les ramenait à cette extase oubliée d’être le seigneur qui donne du plaisir à sa dame ?

Je jouissais, je crois, plus profondément de cet éclat dans leurs yeux d’hommes comblés d’érotisme que de la rencontre intime de nos corps. Encore que, je suis et je serai toujours quelque part une femme volagement érotique, sensuellement fascinée par le pèlerinage qu’est cette rencontre au plus près de moi et au plus près de l’autre, à travers les sens ouverts à tous les vents de l’amour physique.

Aï… j’ai pensé le mot qui me fripe… une femme… Resservons-nous un bon verre de vin, ma grande, nous avons touché au bas-fond de notre questionnement le plus déroutant.

« C’est quoi, être femme ? »

« Ne me pose pas la question, macrale, je ne connais pas la réponse. »

« Pardi, voilà qui ne peut être vrai, car si tu sais la poser, la question, c’est bien parce que la réponse somnole au fond de ton âme. »

La femme est-elle celle qui sait lier un homme à elle, au-delà même du reniement de sa sexualité masculine ? La femme est-elle celle qui s’oublie et s’immole aux feux de la sexualité de cet homme assoiffé de rencontre intime ? La femme peut-elle se définir ou s’inventer en l’absence de cet homme ? Dans cette solitude dont je me délecte volontiers, suis-je ou ne suis-je pas une femme ? Mon corps et ses atouts suffisent-ils à me reconnaître comme telle ?

Je me souviens que quand mes enfants sont nés et dans les mois où je leur ai donné le sein, la femme en moi me soufflait « voilà, tu es maman, voilà un destin de femme ». Et puis les nourrissons sont devenus bébés, ils se sont mis à marcher, à appeler « maman » cette femme qui jamais ne pourrait se résumer à ce titre superbe. Et la voix s’est estompée, les questionnements ont ressurgi. De plus belle, même.

« C’est quoi, être femme ? »

Une question qui me préoccupera toute ma vie, je crois, même si au fil du temps j’ai découvert ce que pour moi, ce n’est pas. J’ai vu si souvent les hommes et les femmes jouer au bras-de-fer. Jamais les protagonistes n’en sortent indemnes. Alors aujourd’hui, je suis plus que jamais convaincue qu’une relation ne pourra pour moi réellement se dessiner que si je ressens une véritable équivalence.

Nous ne naissons pas égaux, détrompez-vous. Nous naissons équivalents. Équivalence qui porte en son sein la promesse d’une relation sincère, solide, profonde, profondément belle et provocante. LA relation qui me permettra de redoubler de fidélité à moi-même, tout en redoublant de fidélité à mon amant.

Mais est-ce que je sais seulement l’être, fidèle ?

Un homme, un seul, est resté dans ma vie sans jamais disparaître entièrement de mon radar érotique. Marié, lui aussi. Quelque chose nous ramène invariablement l’un vers l’autre.

Pas une seule fois je ne lui ai fait la comédie. Mes jours les plus beaux comme les plus sombres, il les connaît, parfois même mieux que je ne les discerne moi-même. Comme un miroir, j’ai cette même place dans sa vie.

Je lui ai donné un surnom, pour le garder à l’abri d’une mégarde de ma part. Je ne veux en rien être la pierre d’achoppement de son couple bringuebalant. Il y en a tellement sans moi, de ces pierres, dans l’histoire de son couple. Et pourtant, je prendrais toute la sauce en pleine figure si certaines personnes découvraient ce lien qui est le nôtre.

De tous les hommes que j’ai connus, son âme est celle qui a le plus vécu, il m’apporte une magie sans pareille… je l’appellerai Merlin.

Merlin est mon amant. Je suis la maîtresse de Merlin.

Quand je rencontre un homme « libre », Merlin tire une petite révérence dans un silence fulgurant. Il fait place à ma nouvelle tentative de vivre un amour en couple. En quelques jours, en quelques mois, la liberté que j’attribuais au nouveau-venu s’avère illusoire. Je me blesse aux barreaux de la prison invisible qu’il trimbale. Je saigne en silence. Je mets fin à la nouvelle tentative.

Merlin sent.

Il sent le parfum du départ du monsieur. Le vent le lui porte, ce parfum, à mon avis. En général, une semaine plus tard tout au plus, il se retrouve sur le seuil de ma porte.

« On s’offre un petit café, Princesse ? »

De ses mains chaudes, il efface les dernières traces du passage de l’Autre. Ces traces qui résistent à la douche d’eau brûlante et au savon. Ces traces incrustées dans mes pores. Il ne lui faut que dix minutes, à Merlin, pour me ramener dans le pays qui est décidément le mien : celui de ses caresses.

Mes enfants savent sans savoir. Avant même que je n’accepte ce sort, ils m’ont dit que l’air vibre de ce flux invisible qui voyage entre Merlin et moi. Ils m’ont réveillée : selon eux, Merlin et moi étions les deux seuls à croire que ça ne se voyait pas.

Il y a des jours où je maudis cette vie cachée dans le silence du non-dit. Dans la vie officielle de Merlin, je n’existe pas. J’ai parfois des accès de panique : qui penserait donc à me prévenir s’il lui arrivait malheur, s’il ne pouvait pas lui-même me contacter ? Personne, je suppose. Je n’existe pas dans son univers public.

Parfois, je maudis cette petite voix hargneuse qui me dit en grinçant des dents que je ne suis qu’une miette tombée de table. Des jours orageux. J’en ai connu.

Et puis il y a des jours où je me sens comme un poisson dans l’eau. Des jours de soleil, en somme. Je sens à quel point l’espace de liberté qui m’entoure en toute chose me convient. Je suis confiante, parce que les sentiments qui tissent ce lien insolite entre Merlin et moi, sont vrais. Je bois du petit lait quand il me parle de son ressenti. Il se retrouve quand il passe me voir. Nous nous retrouvons quand nous faisons l’amour. Nous nous retrouvons quand nous parlons. Nous nous retrouvons dans nos silences partagés. Je me retrouve en lui, en somme, et lui en moi.

La différence entre les jours orageux et ensoleillés ? La réponse à cette question : ma solitude s’exalte-t-elle ou se morfond-elle ? Car oui, je l’aime, la solitude, j’en ai un besoin farouche.

Je pense que je ne sais pas comment mettre mon besoin de solitude à l’abri lorsque le Destin plante un homme dans mon salon, ma salle-de-bains, ma cuisine, mon jardin, mon garage, ma voiture, et j’en passe, des endroits. Je gère mal cette proximité qui m’étouffe bien vite.

Merlin ne se meut pas dans cette proximité. Pourtant, il est toujours là, à mes côtés. Plus fidèle que tous. Plus infidèle que tous, aussi. Il suffit que nous soyons l’un en face de l’autre pour que nous soyons tous deux fidèles à nous-mêmes. Le secret se cache là, je crois. Le secret de la longévité de ce lien insolite.

Avant de finir la bouteille de vin sur ces déambulations philosophiques dans mon univers amoureux, je ferais bien de terminer ce que j’ai commencé. Et puis merde, ma chaussure fera l’affaire. Et toc, vas-y que je t’enfonce violemment ce clou, au beau milieu du mur. Et hop, le cadre trouve enfin la place que je lui avais réservée.

Voilà, le tableau. La barque somnole au bord de la Lys, à la merci du doux regard de mon arrière-grand-mère, qui capte de ses pinceaux et de ses couleurs d’aquarelle le silence dans cette image, juste pour me l’envoyer à travers le temps qui s’égrène.

Voilà, maman. Je suis peut-être complètement marteau à tes yeux, mais j’ai quand-même fichtrement bien enfoncé ce clou. De ma chaussure, encore bien. Je parie que tu te retournes dans ta tombe. Tant pis. Ma vie n’est pas la tienne. Ta vie n’est pas la mienne. Je ne suis plus une petite fille. Crois-le ou non, je suis une femme.

Oui, finalement, je crois bien que je le suis : une femme.

Monsters – Tome 1 L’Eveil de l’Hybride

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Partie 1 : Est-ce un ange ?

 

Hôpital Saint Camille, Bry-sur-Marne, Paris, seize heures treize…

On entendait dans les couloirs des urgences, des cris anarchiques et étranglés d’une patiente, Noémie Ruggieri, vingt-deux ans, fraîchement amenée aux urgences à la suite d’un accident de la circulation ; État critique, dont une commotion cérébrale, de nombreuses fractures et contusions, moelle épinière gravement atteinte.

Elle fut prise en charge immédiatement, car elle avait perdu beaucoup de sang et des organes sensibles avaient été touchés.

Après 4 heures d’intervention, les médecins réussirent néanmoins à la stabiliser. Son état restait critique, mais si elle passait la nuit, alors ses chances de survie en serait multipliées.

Elle fut alors amenée en chambre, et l’ordre avait été donné qu’elle soit sous surveillance constante.

Son père, Thomas Ruggieri, un homme brun à la stature d’un colosse qui avait été appelé rapidement, et avait attendu tout ce temps était désormais à son chevet. Ce grand gaillard d’une quarantaine d’années semblait pourtant si fragile auprès de sa fille. Il lui serrait la main, lui parlait d’une voix tremblante, mais qui se voulait rassurante.

À vingt et une heures, la jeune infirmière d’origine asiatique, qui avait déjà fait moult allers-retours pour les soins de la jeune victime, était venue très gentiment lui indiquer que les visites se terminaient, et avec bienveillance, l’invita à aller se reposer et à revenir le lendemain.

Sa fille avait cessé de convulser, de crier, de pleurer… Et elle s’endormait, donc il préféra écouter les conseils de l’infirmière.

Il s’en alla, après avoir déposé un baiser tendre sur le front de sa « petite » et avoir adressé un sourire poli à la charmante nurse qui le lui rendit.

Presque minuit. Une voix douce et pénétrante sembla posséder l’entièreté de la chambre de la jeune convalescente.

Assise sur le bord du lit, la jeune infirmière aux jolis yeux en amande semblait s’adresser à elle.

« Encore des soins », pensait Noémie, dont les douleurs l’empêchaient de trouver le sommeil.

La morphine lui donnait la sensation d’être dans du coton, son corps était lourd et les possibilités de se mouvoir étaient plus que limitées.

Ses yeux injectés de sang la brûlaient et amenuisaient sa vision, posant un voile sombre partout où son regard se posait comme si elle était au fond d’un tunnel sombre. Le bourdonnement persistant dans ses oreilles lui procurait une sensation de vertige et une migraine continue. Les mots qu’elle peinait à entendre résonnaient dans sa tête. Tout était confus et sourd, ce qui la mettait dans un état de désorientation constant.

Elle sentit pourtant ses sensations changer soudainement…

Le tunnel sombre sembla s’auréoler de lumière, et même si le visage de l’infirmière restait relativement flou, les expressions de son visage reflétaient une bienveillance qui réconforta un peu Noémie.

Il en fut de même pour son ouïe. La sensation de migraine disparut, et les bourdonnements laissèrent place à un écho qui semblait presque irréel.

« Je dois rêver », songea alors la jeune femme alitée.

L’infirmière lui parlait d’une voix rassurante même si elle semblait à la fois lointaine et proche. Les mots eux, ne correspondaient pas vraiment au son réconfortant qu’elle entendait, pas toujours :

« Tout va bien se passer Noémie. Je suis ici pour prendre soin de toi. Tu vas enfin être délivrée. Je vais t’aider à quitter ce monde de douleur et te révéler enfin. »

La jeune Noémie, peinant à ouvrir ses paupières gonflées par le choc terrible de l’accident, se sentit soudain, en plus d’être complètement abasourdie par la morphine déjà administrée, désorientée par ce qu’elle entendait, ne sachant pas comment interpréter ces murmures. Était–elle sous l’influence des médicaments ? Cette voix était-elle réelle ?… Était-ce un ange ?

Elle redressa la tête autant qu’elle put, et distingua une silhouette à ses côtés. Dans la pénombre, se tenait une jeune femme aux longs cheveux noirs qui encadraient un visage lisse. En plissant ses yeux endoloris, elle croisa son regard étincelant. Qu’elle était cette expression ? Un mélange étonnant de douceur, et de détermination ? Tout semblait irréel dans la posture de cet être, et Noémie ne savait pas si elle pouvait, à ce moment précis, se fier à ses sens.

Elle n’était pas particulièrement croyante ou superstitieuse et, même si les vieilles histoires de ses parents ou autres récits modernes des youtubeurs sur le paranormal la faisaient souvent sourire, à ce moment précis, elle fut persuadée qu’un être mystique lui parlait. La seule chose qu’elle eut du mal à cerner était si elle comprenait bien le sens des mots qu’elle entendait : « Délivrée…. Quitter ce monde de douleur… Se révéler ». Les mots, prononcés lentement, lui auraient collé des frissons si les drogues ne faisaient pas autant effet, tant elle en percevait le double sens.

Lui voulait-elle du bien ? Ou allait-elle l’achever ici et maintenant ?

 « Qui êtes-vous ? Demanda-t-elle fébrilement, la voix tremblante.

  • Tout va bien, répondit chaleureusement la voix à ses côtés. Je suis ici pour toi Noémie ».

Pourtant, un sentiment trouble se déversa dans la tête de la jeune patiente. Un sentiment de réconfort dans la voix de l’ange à ses côtés, mais aussi un très, mauvais pressentiment l’envahirent. Comme si elle savait que quelque chose d’horrible allait lui arriver. Elle commença à se sentir piégée et, malgré tout ce flux négatif, un étrange soulagement coula dans ses veines, lui procurant une chaleur remontant de son ventre à sa poitrine.

« Vais-je mourir ?… Osa-t-elle alors. Vous allez me tuer n’est-ce-pas ? ».

Des larmes s’échappèrent des yeux enflés de Noémie sans que celle-ci ne puisse les contrôler.

C’est la deuxième fois aujourd’hui qu’elle se sentait aussi perturbée. Une coïncidence frappante ou l’ironie du sort pensa-t-elle.

Elle n’osa pas appeler à l’aide. À quoi bon ? De plus, la sonnette d’appel lui semblait si loin. Elle sentait la fin arriver. Elle ignorait juste quand et comment. Elle avait l’impression que son instinct lui ordonnait de fuir, mais que sa raison lui demandait de rester. Dans tous les cas, son corps n’y pouvait rien.

Sa confusion ne cessait de croître. Que faire ? Rien… Rien ne lui était possible dans son état.

L’ange sourit tendrement, mais ne trahit aucunement sa détermination à lui prendre la vie, elle, si meurtrie, mais semblant enfin se résigner à ce qui l’attendait.

« Avant de partir, je voudrais juste connaître votre nom », pleura doucement la condamnée.

Dans un dernier geste de tendresse, la soignante laissa glisser une caresse sur la joue de Noémie, affichant pour la dernière fois au regard de la jeune femme un sourire empreint de douceur. Elle se pencha doucement au-dessus de Noémie. Une étrange fumée bleuâtre s’échappa de ses lèvres entrouvertes et envahit la bouche de la jeune femme allongée. Le doux poison pénétra dans chaque cellule de son corps.

« Anako… Mon nom est Anako… », sourit la nurse, accompagnant Noémie à son dernier souffle.

Le regard de Noémie se voila puis elle perdit connaissance avant que la mort ne l’emporte inexorablement.

L’ange de la mort quitta lentement la pièce pendant que le moniteur lançait désormais l’alerte du décès de la jeune femme.

Une larme discrète s’écoula de son visage malgré la satisfaction du travail accompli.

D’autres soignants, n’ayant pas remarqué la présence de l’infirmière aux abords de la chambre, s’affairèrent au plus vite auprès de la patiente amenée plus tôt dans la soirée.

Ils tentèrent en vain de la réanimer. Une heure du matin, l’heure fatidique du décès fut annoncée par le médecin dans une résignation, mais aussi une incompréhension relative. Qu’avait-il bien pu se passer pour qu’elle décline si soudainement ? Visiblement, son état était loin d’être si stable que les examens l’avaient laissé présager.

Une voix vint soudainement ramener Anako à la réalité…

– « ANAKO !!! La chambre 203 a besoin de son traitement !!! Je peux te laisser t’en occuper ? » demanda alors Vanessa, une collègue de son service.

– Bien sûr, répondit Anako affichant un sourire courtois à sa collègue. Je m’en occupe tout de suite.

La jeune infirmière reprit son travail, comme si rien d’autre ne s’était passé. La sombre tâche qu’elle venait d’accomplir semblait déjà loin derrière elle.

Elle alla prendre le chariot à médicaments pour se diriger vers la chambre 203, lorsque le brancard portant le corps couvert de Noémie Ruggieri passa devant elle.

Anako suivit le trajet mortuaire de la jeune décédée, stoïque, puis reprit son activité, comme si tout ce qui était arrivé n’était qu’un entracte dans une pièce de théâtre morbide.

Des miracles ça existe

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Un livre, un jour Rachel Paquet • 1 min •

Bonjour mon nom est Rachel Paquet, j’ai écrit un livre mon cheminement avec mon deuil et durant la maladie de ma sœur, elle avait un message à livrer , elle rêvait d’écrire un livre pour aider les autres et je l’ai fait pour elle Des miracles ça existe le titre de mon livre, il peut être commander au éditions de la francophonie j’aimerais que l’histoire de moi et ma sœur aide le plus de monde possible je serai très reconnaissante si vous en preniez compte et vous en procurer pour votre librairie

•Martine croyait au miracle de sa guérison, mais elle nous a montrer qu’un miracle n’est pas seulement ce que l’on croit ce sont les petites chose de tout le jours, qu’on peut considérer des miracles mon e-mail est

rachelpaquet2017@hotmail.com, ma maison d’édition c’est numéro sans frais 1-833-212-9840

et e-mail info@editionsfrancophonie.com merci de croire en mon livre et de

Mindfulness et Art-Thérapie

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Mindfulness 

et Art Thérapie

 

“La combinaison de la pleine conscience et de l’art-thérapie offre un outil puissant d’auto-exploration, gestion du stress et promotion de la santé mentale et émotionnelle.

Il contribue également à préserver les fonctions cognitives et à maintenir un esprit actif.

En plus d’être un passe-temps incroyablement satisfaisant.”

 

Explorer les profondeurs du bien-être :

Pleine conscience et art-thérapie à travers des gribouillages dirigés.

 

Dans un monde en constante évolution, il est facile de se sentir dépassé par le stress et les pressions quotidiennes. C’est là que la pleine conscience et l’art-thérapie à travers le gribouillage guidé agissent comme des phares dans la tempête, offrant un havre de paix et de guérison pour l’esprit et l’âme.

 

La pleine attention, ou pleine conscience, est une pratique ancienne qui trouve ses racines dans la méditation bouddhiste. Il vous invite à être pleinement présent au moment présent, à observer les pensées, les émotions et les sensations corporelles sans juger. Cette pratique a été largement étudiée et reconnue pour ses nombreux bienfaits sur la santé mentale, notamment la réduction du stress, de l’anxiété et de la dépression.

 

D’autre part, l’art-thérapie à travers des gribouillages dirigés est une forme d’expression artistique qui permet de libérer des émotions refoulées et d’explorer les profondeurs de l’inconscient par le simple fait de dessiner des gribouillis.

 

Lorsque la pleine conscience et l’art-thérapie sont combinées à travers des gribouillages guidés, une synergie magique se produit qui ouvre la porte à une transformation profonde et durable. En étant pleinement conscients de nos pensées et de nos émotions lorsque nous dessinons, nous pouvons observer les motifs récurrents qui se manifestent sur le papier, révélant ainsi des aspects cachés de notre être intérieur.

 

Le processus de dessin devient alors une méditation en mouvement, une danse subtile entre conscience et inconscient, où chaque coup de crayon devient une exploration de soi. Les griffonnages deviennent le langage de l’âme, nous permettant de donner forme à ce qui est indescriptible, de guérir ce qui est blessé et de libérer ce qui est emprisonné.

 

De plus, cette pratique offre de nombreux bienfaits supplémentaires pour la santé mentale et physique. Il aide à améliorer la concentration et la mémoire, renforce la confiance en soi et l’estime de soi et encourage la créativité et l’expression personnelle. Des études ont montré que l’art-thérapie peut contribuer à réduire le risque de troubles neurologiques liés au vieillissement, offrant ainsi une protection contre le déclin cognitif.

 

Cela devient également un passe-temps délicieux, une façon agréable de passer le temps tout en nous plongeant dans la créativité et l’exploration de soi. C’est l’occasion de se déconnecter de l’agitation quotidienne et de se plonger dans le flux du moment présent, en trouvant joie et satisfaction à chaque coup de crayon.

 

Grâce à cette pratique, nous apprenons à nous connecter plus profondément avec nous-mêmes, à écouter notre intuition et à cultiver un sentiment de paix intérieure qui transcende les turbulences extérieures. Nous découvrons que la véritable guérison réside dans notre capacité à embrasser toutes les parties de nous-mêmes, même les plus sombres et les plus douloureuses.

 

En fin de compte, la pleine conscience combinée à l’art-thérapie à travers le gribouillage guidé nous rappelle que la guérison est un voyage intérieur, une recherche de sens et de connexion avec notre essence la plus profonde. C’est un rappel doux mais puissant de notre capacité innée à transformer la souffrance en beauté et à trouver la lumière même dans les moments les plus sombres.

 

Mode d’utilisation:

 

Matériel:Stylo noir

 

Chaque page de ce livre présente un projet unique.

Votre objectif est de remplir chaque case de gribouillages ou de petites illustrations.

 

Cette activité est parfaite pour occuper vos mains lors de conversations téléphoniques, de réunions ou de cours. S’occuper les mains aide à rester attentif.

 

Ce livre vous propose une activité créative et ludique qui stimule votre imagination tout en vous permettant de rester concentré.

 

Amusez-vous à explorer ces pages et laissez libre cours à votre créativité !

 

**Conseil de l’auteur :** La seule limitation est d’essayer de créer un monde différent d’une case à l’autre. Il s’agit de remplir le quadrillage avec tout ce qui vous vient à l’esprit.

 

Les grilles vierges en fin de manuel vous permettent de laisser libre cours à votre imagination, de créer votre propre motif.

 

Regardez la vidéo explicative sur YouTube

 

 

 

 

 

Manuel de Formation EFT, tapping

Contenu complet

Manuel de Formation

 

Technique de Libération Émotionnelle

EFT « Tapping »

 

Apprenez la méthode et résolvez 

vos problèmes en 2 minutes.

 

Ce manuel contient toutes les informations nécessaires pour apprendre et pratiquer la Technique de Libération Émotionnelle, EFT (Tapping).

C’est une méthode très efficace et très simple à utiliser. 

Une fois la technique apprise, vous obtiendrez des résultats en 2 minutes. 

 

Dites adieu à l’anxiété, la tristesse, aux phobies, aux blocages émotionnels, aux mauvaises habitudes, aux croyances limitantes et aux schémas de pensées perturbatrices et/ou toxiques, débloquez vos traumatismes… Surmontez la perte d’un être cher. Vivez en paix.

 

Née à Orléans, Lucie Bardot est perpétuellement à la recherche de nouvelles techniques permettant d’adoucir la vie.  Souhaitant pouvoir aider au mieux ses clients, elle étudie constamment, à la recherche de nouvelles thérapies.

Son premier livre « Pensez, créez et réalisez-vous » a eu un certain impact sur ses lecteurs.

Lucie est très curieuse et porte un fort intérêt à l’amélioration de la condition de vie humaine.

Parmi ses formations, il convient de souligner qu’elle est Hypnothérapeute, praticienne en PNL et en EFT.

 

Sommaire

 

Page 13 Mon expérience avec l’EFT

Page 17 L’histoire de l’EFT

Page 18 Comment fonctionne l’EFT ?

Page 20 Pourquoi utiliser le tapping ?

Page 23 Préambule à la préparation

Page 25 Formuler le problème

Page 28 Quels sont les points de tapping ?

Page 30 La préparation

Page 31 La Séquence

Page 33 La gamme des 9 actions

Page 35 Mesurer les changements

 

 

Page 36 Quelle note donneriez-vous à 

                        votre mal-être?

Page 37 Répéter la séquence

Page 38 La recette de base

Page 40        Ça ne marche pas, qu’est ce qui ne

va pas ? 

Page 45 En savoir plus sur les méridiens 

Page 51        Tapoter sur soi comme substitut

Page 53 Conclusion

Page 57 Fiche technique 

                      «Recette de base»

Page 61 10 Fiches à découper

 

 

Mon expérience avec l’EFT

C’est en 2013 que j’ai entendu parler pour la première fois du tapping. C’est sur YouTube que j’ai vu les vidéos d’une célèbre thérapeute en EFT, Pascaline Jouis. Je l’ai contactée et elle a eu l’immense gentillesse de me proposer un appel vidéo pour me donner plus d’informations sur cette technique.

J’ai lu le manuel EFT de Gary Craig, qu’elle m’a envoyé. J’ai pratiqué sur moi et ce fut incroyable. J’ai invité mes proches à en faire de même, et pour eux également les résultats ont été bluffants.

Quelques années plus tard, j’ai suivi une formation professionnelle diplômante en EFT, pour compléter mes connaissances.

C’est une technique très puissante et efficace, qui vous soulagera en seulement 2 minutes. C’est le temps nécessaire à la réalisation du processus. 

 

Cela semble impossible ? Essayez et vous verrez.

Avec le tapping, je me suis débarrassée du mal des transports. En voyage, j’étais la fille typique, avec un sac plastique, vomissant dans tous les transports. Il m’a suffit d’une séquence avec la recette de base d’EFT, et ce fut terminé. Je n’ai plus jamais eu de nausée en voyage. J’ai voyagé en avion, en bateau, en bus, en voiture, et je n’ai plus jamais eu le mal des transports depuis 10 ans. Je dois ajouter que non seulement j’étais malade en avion, mais en plus, j’avais peur de voler dans cet immeuble horizontal. J’ai donc travaillé sur ma peur de voler. Mon travail a été mis à l’épreuve, car lors d’un vol, je me suis retrouvée au milieu d’un orage. On aurait dit que l’avion allait se démanteler, mais rien. 

Je n’ai pas été malade et je n’ai pas eu peur non plus, ce qui m’a permis de m’occuper de ma fille en toute sérénité. 

Je me suis également retrouvée au milieu

 

d’une tempête, en pleine mer, dans un petit bateau, pendant 6 heures. Nous avons failli couler mais rien, pas même une petite nausée.

Je me suis aussi débarrassée de mon agoraphobie. Je peux désormais aller aux concerts et aux soirées sans ressentir la moindre anxiété. Je ne suis plus claustrophobe. Vous pouvez m’enfermer où vous voulez, je n’ai plus cette sensation d’étouffer. Je me suis également débarrassée de ma terreur des araignées, (arachnophobie) et de nombreux autres sentiments désagréables qui m’empêchaient de vivre en paix.

Parmi mes proches ayant pratiqué l’EFT, les résultats ont été: la suppression de la peur de la scène, de la peur des serpents. Résolution de diverses difficultés relationnelles et sociales, de problèmes d’apprentissage scolaire, de problèmes avec des collègues

 

 

des difficultés à se confronter à son patron,… et tout cela en seulement :

2 minutes pour chaque problème. 

 

 

 

“La cause de toutes les émotions négatives

est une interruption

du système énergétique du corps.

 

L’histoire de l’EFT (ou tapping)

Au début des années 90, Gary Craig développe l’EFT.

De nombreux concepts qui sous-tendent l’EFT proviennent de la formation de Gary en programmation neurolinguistique (PNL) et en thérapie des champs de pensée (TFT) avec son créateur, le Dr Roger Callahan. Le TFT consiste en l’utilisation de 10 ou 15 routines de tapotement individualisées (algorithmes). L’EFT diffère du TFT en ce sens car il utilise une seule routine de tapotements, la “recette de base”, et qu’elle est utilisée pour TOUS les problèmes physiques et émotionnels. Grâce à sa simplicité, nous pouvons tous apprendre et utiliser la technique rapidement et facilement.

 

Comment fonctionne l’EFT ?

En « syntonisant » avec l’émotion, la pensée ou le sentiment négatif, tout en effectuant la séquence de tapotements sur les points énergétiques: l’équilibre est rétabli dans le flux énergétique du corps.

L’existence d’un blocage ou d’une interférence dans le système énergétique entraîne un fardeau physiologique. Le tapotement sert à libérer les blocages auxquels nous pouvons accéder lorsque nous sommes à l’écoute du problème ou d’une circonstance émotionnellement perturbante.

Ce qui nous soulage n’est rien d’autre que la combinaison de tapotements tout en réfléchissant au problème.

En libérant ce blocage énergétique, l’expression gênante et négative de l’émotion est équilibrée et neutralisée. Lorsque cela se produit, la circonstance en question ne nous affecte plus, quels que soient nos efforts pour retrouver l’émotion.

 

Le souvenir demeure mais il n’a plus de charge émotionnelle.

Généralement, le résultat est permanent puisqu’à mesure que la perception change, de nouveaux changements cognitifs apparaissent suite à l’application de l’EFT. C’est pourquoi c’est un outil de guérison idéal pour réaliser des changements personnels profonds et durables, car il nous aide réellement à libérer les émotions et sentiments négatifs, refoulés et nocifs.

Je dis normalement, car nous n’avons peut-être pas abordé toutes les parties concernées. Lorsque tel est le cas, nous pouvons nous retrouver avec des traces d’émotions négatives non traitées, puis elles réapparaissent d’une manière quelque peu différentes.

Dans ce cas, nous revenons tout simplement au traitement de cet autre aspect, de cette autre partie.

 

Pourquoi utiliser le tapping ?

Le tapping est un outil de guérison personnel que nous pouvons utiliser pour améliorer toute forme de condition humaine, tant physique qu’émotionnelle. Le processus est totalement naturel, inoffensif, polyvalent, facile à apprendre et à appliquer. 

Avec une utilisation appropriée de l’EFT, des améliorations impressionnantes ont été obtenues dans une grande variété de problèmes, y compris, ceux mentionnés ci-dessous, mais sans s’y limiter, :

 

DÉVELOPPEMENT PERSONNEL


* Abondance et prospérité

* Force de volonté
* Poids et image de soi

* Parler en public

* Intuition

* Pensées Limitantes

* Performance

 

* Solution de problèmes
* Amour propre

* Apprentissage

* Créativité

* Sports

* Mauvaises habitudes

* Petites choses

 

 

 

DÉFIS ÉMOTIONNELS

 

*Comportement de l’enfant et/ou de l’ado.
* Conflits

* Perte d’un être aimé
* Contrôle de la colère
* Contrôle du stress
* Dépression/anxiété
* Insomnie
* Traumatisme grave
* Dépendances
* Abus sexuel

* Peur de voler
* Phobies

* Échec amoureux

 

 

MALADIES PHYSIQUES

 

* Allergies

* Mal de transport
* Migraine
* Contrôle de la douleur
* Fatigue chronique
* Hypertension
* Fibromyalgie

 

À DISTANCE

 

* Animal de compagnie

* Enfants en bas âge

 

 

 

 

 

Une pensée ou un souvenir

active un déséquilibre du système énergétique du corps qui se traduit par : Une douleur physique ou psychologique.

 

 

Préambule à la préparation

Il faut d’abord anticiper une éventuelle inversion psychologique.

Je m’explique : vous est-il déjà arrivé de devoir vous battre contre vous-même ? Autrement dit, vous souhaitez perdre du poids mais votre corps réclame du gras et du chocolat. Vous ne voulez pas vous ronger les ongles mais vous les mangez. Vous souhaitez arrêter de fumer de votre propre chef, pour votre bien, mais vous continuez à fumer.

C’est comme s’il y avait deux entités en vous qui tirent chacune dans leur propre direction. C’est totalement contre-productif.

Pour lutter contre cette inversion psychologique, ou plutôt, l’auto-sabotage: il existe deux « Points Sensibles » qu’il faut stimuler avant de commencer votre thérapie. Les deux ont la même utilité, il suffit de travailler avec l’un des deux et peu importe celui que vous allez utiliser. Pour le trouver, vous devez localiser le creux à la base de votre 

 

gorge avec vos doigts. C’est comme un “U” encadré par le sternum et les clavicules. Placez la paume de votre main juste en dessous de ce « U » avec vos doigts à l’horizontal, pointant vers la droite s’il s’agit de votre main gauche ou vers la gauche s’il s’agit de votre main droite. Nous recherchons le haut de votre pectoral. Si vous appuyez avec la pointe de vos doigts sur cette zone, vous trouverez un « Point Sensible ». Ce point est un phare de concentration lymphatique, donc, si vous frottez intensément, vous devriez ressentir de la douleur. C’est pourquoi nous l’appelons aussi « point douloureux ».

N’ayez pas peur: La douleur n’est pas signe d’une mauvaise action, au contraire, si vous le massez, la douleur finira par être soulagée.

 

Donc, pour annuler la possible inversion psychologique, vous devrez masser ce point ou le tapoter doucement, en répétant votre phrase 3 fois.

Mais quelle phrase ? Nous y venons.

 

Pensez, créez et réalisez-vous

Contenu complet


Sommaire

 

Prologue

 

Méthodologie

 

Remerciement

 

1ère partie    p 22

 

– Les contraires créent.

– Les difficultés que nous rencontrons au cours de notre vie nous permettent d’avancer.

– Remplacer le négatif par du positif. 

– Pour pouvoir vous faire plaisir il faut d’abord vous connaître.

– C’est grâce à nos moments de frustration que nous grandissons.

– L’état de frustration nous aide à nous connaître et à nous construire.

– La faiblesse des preneurs de Pouvoir

 

Récapitulatif de la 1ère partie 

 

 

2ème partie  p 34

 

– Quel est le « sens » de votre vie ? 

– Aimez-vous, prenez contact avec votre corps…

– Lorsque je perds pied, je me recentre sur moi-même.

– Je ne suis pas égoïste, je ne pense pas qu’aux autres, c’est tout !!!

– J’ai le plein « pouvoir » sur ma vie.

– Ne vous coupez surtout pas de la réalité du monde.

– Ne vous prononcez pas trop rapidement.

 

Récapitulatif de la 2ème partie

 

3ème partie   p 44

 

– Apprenez à suivre votre intuition.

Utilisez votre instinct, il sera votre meilleur allié.

– Prenez le temps de vivre !!!!

L’important est de faire une chose à la fois et surtout de la faire en toute conscience.

– Nos angoisses sont la preuve que nous sommes en vie.

– Nous ne sommes pas des justiciers.  

– Ce monde est le vôtre.

– N’en faites pas trop.

– Porter des vêtements ? C’est évident…

N’oublions pas que sous ses vêtements, il y a un corps, le nôtre.

 

Récapitulatif de la 3ème partie

 

4ème partie  p 58

 

– C’est comme ça.

– J’accepte et je suis à l’écoute de mes petits maux quotidiens. 

– Il n’est pas nécessaire d’avoir un avis sur tout.

– Je fais la différence entre ma vérité et la réalité.

– Il y a une différence entre se nourrir et se remplir.

– Ne vous laissez pas envahir par des émotions qui ne vous appartiennent pas.

– Respecter l’environnement, c’est le révéler, le faire vivre, l’aimer….

 

Récapitulatif de la 4ème partie

 

 

 

5ème partie  p 72

 

– Pourquoi accordons-nous de l’importance aux paroles venant de personnes pour qui nous n’avons aucune estime ?

– Pour évoluer, il faut aussi savoir regarder en arrière…

– Il est bon de remercier.

– Ne vous dévoilez pas entièrement trop facilement. 

– Soyez  en accord avec votre environnement.  

– Faites quotidiennement des petits exercices.

– Simplifiez-vous la vie, arrêtez de vous torturer.

 

Récapitulatif de la 5ème partie

 

6ème partie  p 88

 

– Éclairez votre chemin.

– Ne doutez pas de vous. Vous êtes juste réceptif au plaisir de « l’autre ».

– Les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent être ?

– L’autre est comme un miroir.

– Qui suis-je ? 

– Soyez à l’écoute des remarques de vos proches, ne vous braquez pas.   

– Posez-vous des questions.

 

Récapitulatif de la 6ème partie

 

 

7ème partie  p 104

 

– Pourquoi crier quand « l’autre » n’est pas sourd ? Le fait de crier vous décrédibilise.

– Prenez fréquemment conscience de chacune des parties de votre corps.

– Sans effort, pas de réconfort.

– Montrez l’exemple.

– Les trois tamis : la véracité des faits, la bonté qui s’en dégage et l’utilité de le répéter.

– L’énergie positive existe et elle est plus puissante que l’énergie négative.

– Ayez foi en la vie.

 

Récapitulatif de la 7ème partie

 

8ème partie  p 116

 

– Trop d’info, tue l’info.

– Pardonnez, vous verrez…

– Vous aurez remarqué combien certaines choses sont récurrentes dans votre vie ?

– Être une bonne personne ne signifie pas que vous devez dire « Oui » à tout, sans discuter. 

– Seul le temps est capable de comprendre combien l’Amour est important

– « Je » n’est pas un jeu.

– Il reste du chemin entre la Compréhension et l’Application.

 

Récapitulatif de la 8ème partie

 

Bonus  p 130

 

– La PNL pour travailler sur vos douleurs

– Créer votre futur

– Apprendre à canaliser le désir sexuel pour donner un coup de pouce à vos projets.

 

Prologue

 

Pourquoi ce titre ?

 

Parce qu’avant de pouvoir créer et réaliser ce qui fera de vous une personne épanouie et heureuse, il est tout d’abord important de se défaire de nos mauvaises habitudes de pensée, car très souvent celles-ci nous parasitent. 

Elles monopolisent notre énergie en la souillant nous empêchant d’avancer et d’évoluer.

Il est maintenant temps de vous prendre en main, et de faire un vrai travail de fond.

 

Cet ouvrage vous accompagnera et vous guidera sur ce chemin qui vous fera grandir et vous apaisera.

 

Pourquoi ce livre ?

 

Un jour j’ai lu une liste des 150 choses à faire avant de mourir. Publier un livre en faisait partie. 

Tout le monde est capable d’écrire et de publier un livre, maintenant le véritable enjeu est que ce livre fasse passer un bon moment au lecteur, qu’il lui apporte vraiment quelque chose de bon.

Si mon modeste petit ouvrage permet ne serait-ce qu’à une seule personne d’atteindre ses objectifs et d’être heureuse, ce sera déjà ça. Mais j’espère sincèrement que celui-ci laissera une empreinte en chacun de mes lecteurs. 

 

C’est au cours de ma psychothérapie que j’ai commencé à ressentir le besoin d’écrire. Je me suis aperçue que l’écriture m’aidait à rendre mes pensées plus concrètes, à les rendre  plus précises, car en mettant des mots sur mes pensées, en cherchant à construire des phrases plus accessibles, je m’en imprégne également plus facilement.

Les réflexions qui s’y trouvent proviennent directement de mon travail personnel. 

L’ordre dans lequel vous pourrez lire mes pensées journalières est resté tel quel. J’ai volontairement choisi de ne pas le modifier. 

J’ai également ajouté de nombreux outils m’ayant permis de transformer ma vie. Je n’ai rien inventé. J’ai simplement lu et étudié la plupart des ouvrages consacrés au développement personnel, suivi de nombreuses formations, et d’après ma mise en pratique de chacune de ces techniques, j’ai fait une sélection des meilleures pour moi. Je vous les dévoile de façon à ce que vous puissiez rapidement les mettre en pratique, car ces ouvrages sont très souvent abstraits et nous laissent un peu seule à l’heure de les tester. J’ai donc procédé à un regroupement de plusieurs techniques, vous dévoilant des exercices simples, vous permettant d’obtenir rapidement des résultats.

Un mélange de PNL, de psychologie basique ainsi que des approches différentes en relation directe avec la loi de l’attraction.

 

Comment en suis-je arrivée là?

 

Je ne vais pas m’étendre sur ma première période de vie. Je dirais seulement que j’ai eu une enfance très douloureuse, plus ou moins partie à l’âge de 16 ans du domicile familiale, la maman de mon premier compagnon, Marie-Luce, m’a fait découvrir un livre, “l’énergie cosmique, cette puissance qui est en vous”, de Joseph Murphy. Cela m’a donné beaucoup d’espoir, j’ai commencé à penser que mes rêves étaient réalisables. De nouvelles perspectives se sont alors ouvertes à moi. C’est à l’âge de 18 ans que j’ai réellement pris mon destin en main. J’avais des rêves et je comptais bien les réaliser. 

À 25 ans j’avais tout ce dont j’avais rêvé, j’étais mariée, propriétaire de ma maison, je conduisais une belle voiture cabriolet, je travaillais pour une très grande entreprise, grâce à laquelle je bénéficiais de nombreux avantages et surtout la sécurité de l’emploi, bref le pack complet selon mes critères du moment.

Mais c’est alors que j’ai perdu l’équilibre, je ne savais plus quoi faire, j’avais atteint mes objectifs mais ne savais pas comment en profiter et surtout je n’avais plus d’objectif à atteindre. C’était comme-si le sol s’effondrait sous mes pieds, je n’avais plus d’appui. Je n’avais plus de raison de me battre pour quoi que ce soit. C’est à ce moment-là que j’ai sombré dans la dépression.

J’ai alors décidé d’entreprendre une psychothérapie. J’ai travaillé sur moi pendant 3 ans à raison d’un rendez-vous par semaine et ça m’a changé la vie.

C’est au cours de la troisième année de thérapie, avec plus de maturité et de recul que j’ai commencé à 

 

mettre par écrit mes pensées, les leçons que je tirais de ce travail.

J’ai alors écrit une première ébauche de ce livre. Puis je suis partie vivre en Andalousie, j’ai eu ma fille, je suis partie vivre au Panamá, j’ai pris en gérance un camping, j’ai divorcé, et seule avec ma fille de 3 ans j’ai monté un “hostal”. Retour en France avec ma fille et un nouveau compagnon, travail, achat d’une nouvelle maison en ruine, travaux, naissance de mon petit garçon, vente de la maison et de toutes nos affaires, pour partir vivre en camping-car et voyager en famille pendant 6 mois, retour en Andalousie. 10 ans sont passés….

 

Au cours de ces 10 années je me suis aussi formée, j’ai obtenu un diplôme de naturopathe, je suis devenue maître Reiki, j’ai aussi passé un diplôme de praticienne en EFT, et me suis diplômée comme praticienne en Hypnothérapie et PNL. 

J’ai parallèlement également étudié de nombreuses méthodes d’aide au développement personnel. 

 

Bref, je n’ai pas perdu mon temps. 

Je décide alors de reprendre l’ébauche de mon livre, avec encore plus d’apprentissage à partager, plus de maturité et surtout avec une méthode, un système de pensée approuvé afin d’obtenir tout ce que vous désirez.

 

Vous trouverez dans cet ouvrage les différents outils qui m’ont été utiles. Des exercices simples et pratiques qui changeront votre quotidien, et qui transformeront votre vie.

 

Tout y est, de la psychologie, à de la PNL, un chapitre dévoilant une astuce peu connue mais très puissante des lois de l’attraction….

 

Bref, cet ouvrage est un tout-en-un.

 

Je vous souhaite une excellente lecture et une vie merveilleuse. 

 

L’objectif de ce livre est de vous aider à définir et à accomplir vos rêves. De vous aider à pouvoir enfin mettre en pratique toutes ces méthodes qui vous permettent d’atteindre vos objectifs. Il ne s’agit pas de vous faire prendre le pouvoir sur quoi que ce soit, le contrôle n’a rien de salutaire. Mais plutôt de vous aider à lâcher prise et à vous connaître, à vous aimer, et même, de vous aider à vivre votre vie quotidienne avec plus de légèreté.

 Il s’agit simplement de vous faire prendre conscience du pouvoir qui est en vous, de votre pouvoir.

 

Si ce livre est entre vos mains, 

C’est la preuve que tout est possible.

 

En effet, lorsque j’ai commencé à écrire mes pensées, telles que vous pouvez les lire aujourd’hui, l’objectif était très personnel, un peu à la manière d’un journal intime, un recueil.  

Puis, j’ai commencé  à partager mes idées avec mon entourage, et je me suis aperçue que celles-ci pouvaient aider d’autres personnes à la recherche d’une vie meilleure, à la recherche de paix intérieure. 

 

Ce livre suscite un questionnement personnel chez le lecteur, ce qui le rend interactif. 

 

Nous sommes tous différents, il n’y a pas de pensée unique et le fait que vous vous posiez vos propres questions, entraînera votre propre évolution. 

 

Méthodologie

 

Deux méthodes s’offrent à vous.

 

Les thèmes abordés ne respectent aucun ordre particulier, pour une lecture plus légère.

Vous pouvez choisir votre méthode, alterner entre les deux ou bien même inventer la vôtre.

 

Vous êtes maître de votre évolution.

 

1ère méthode : lecture classique, vous lisez thème par thème dans l’ordre ou bien même dans le désordre, et commencez à vous imprégner de certains d’entre eux.

Je recommande un thème par jour.

 

2ème méthode : vous choisissez dans le livre un thème sur lequel vous  méditerez une semaine au minimum. 

Lorsque vous l’avez choisi, prenez note de vos premières impressions à ce sujet.

Puis, quand vous vous sentirez éclairé ou bien même imprégné par ce thème, prenez de nouvelles notes. Vous constaterez par vous-même une certaine évolution dans votre façon de penser.

 

Certains sujets nécessitent beaucoup plus de temps que d’autres pour être intégré, des mois, voire des années….

Ne prenez pas peur, chaque chose se fera à votre rythme, il n’arrivera rien que vous ne désirez pas.

Le but n’est pas de changer du tout au tout, ne vous attendez pas non plus à ce que la mise en pratique de vos nouvelles façons de penser se fasse du jour au lendemain, ce serait trop facile…

En effet, votre raisonnement doit s’associer à une ou plusieurs expériences pour pouvoir s’inscrire en vous.

Lorsque vous n’adhèrez pas à un sujet, n’insistez pas trop, ce n’est peut-être pas le moment pour vous…

Passez à un autre sujet, tout en le gardant à l’esprit.

 

Afin que chacune des pensées s’imprègnent bien en vous, je vous ai fait un rappel, toutes les 7 pensées.

 

Je prie toutes les lectrices de m’excuser pour avoir choisi la simplicité et ne pas avoir précisé, à chaque fois que cela aurait été nécessaire, le possible accord au féminin. 

Merci d’avance pour votre compréhension.

 

Maux à panser histoire d’avancer

 

Mots à penser, à faim d’évoluer

 

Je remercie mon psychothérapeute pour son accompagnement et son aide. 

Et je remercie également la vie de m’avoir offert les opportunités nécessaires à l’élévation de mon niveau de conscience.

 

 

 

  • 1ère partie  –

 

– Les contraires créent.

– Les difficultés que nous rencontrons au cours de notre vie nous permettent d’avancer.

– Remplacer le négatif par du positif. 

– Pour pouvoir vous faire plaisir il faut d’abord vous connaître.

– C’est grâce à nos moments de frustration que nous grandissons.

– L’état de frustration nous aide à nous connaître et à nous construire.

– La faiblesse des preneurs de Pouvoir

 

Récapitulatif de la 1ère partie 

 

Les contraires créent.

 

Comment connaître les bienfaits du bien si l’on ne connaît pas les méfaits du mal ? 

Je m’explique. Tant que vous ne connaissez pas la méchanceté, il est difficile de reconnaître la bonté. Tant que vous ne connaissez pas le mensonge, il vous sera difficile d’apprécier réellement quand une personne vous dit la vérité. 

C’est une fois la douleur passée, que vous apprécierez  de vous sentir mieux…

Nous ne serions pas libres, s’il n’y avait pas de limite fixée et si enfreindre ces limites n’était pas sanctionné.

 

Par exemple, nous nous plaignons fréquemment de la répression routière. Mais si elle n’existait pas, nous ne pourrions même pas prendre notre véhicule tellement il serait dangereux de conduire, car si chacun devait déterminer ses propres limites, elles seraient toutes très différentes. 

Imaginez ce que seraient nos rues si aucune règle de vie en communauté n’était établie ?

Nous serions libres de faire ce que nous désirons, mais finalement, nous serions prisonniers car le comportement de certains seraient incontrôlable et imprévisible.  

Nous avons besoin d’un minimum de limites. Et ce sont ces limites qui nous permettent une certaine liberté.

Je pourrais vous donner beaucoup d’exemples, mais je ne veux pas faire tout le travail toute seule, alors je vous laisse continuer à en trouver par vous-même, car tout à un contraire, et sans ces contraires, ces « tout » n’existeraient pas. 

 

Les difficultés que nous rencontrons au cours de notre vie nous permettent d’avancer.

 

Alors acceptez les difficultés comme elles viennent et essayez de comprendre la raison pour laquelle cette situation vous touche tant et surtout pourquoi cette situation est difficile à surmonter et à supporter pour vous.

 

Après avoir compris et assimilé le « pourquoi » de cette difficulté, vous ne vous retrouverez plus dans cette situation, du moins, vous ne percevrez plus la difficulté de la même façon. 

Car lorsque vous connaîtrez la raison de votre « fragilité » ou « sensibilité », il vous sera beaucoup plus facile, de garder la tête froide, de rester paisible, indifférent.

 

Je ne dis pas que vous ne connaîtrez plus la souffrance, mais vous la comprendrez et cela la rendra beaucoup plus supportable et vous n’aurez pas la sensation de perdre pied.

 

Recherchez un ou des exemples dans votre vie, il y a forcément des situations qui par le passé vous ont mises dans l’embarras, vous ont rendu triste ou même vous ont mis en colère et qui pourtant au jour d’aujourd’hui vous laisse totalement indifférent. 

 

Remplacer le négatif par du positif. 

 

Lorsque vous vient une envie de critiquer, de vous plaindre, d’être médisant corrigez au plus vite vos pensées et remplacez-les par des pensées positives. 

 

En effet, vous n’obtiendrez rien de bon en critiquant ou en vous plaignant. 

Cela  ne changera en rien la situation et vous perdrez votre temps avec des pensées désagréables ou du moins qui vous laisseront une sensation de mal être. 

 

Stoppez net vos pensées.

Mais n’en restez pas là, car l’univers n’aime pas le vide, il s’empressera de le combler avec le même type d’énergie. 

 

Alors remplissez cet espace avec de belles pensées, des pensées positives ou, tout simplement, en demandant pardon pour vos pensées et en pardonnant l’autre pour son attitude. 

 

Ex: “Je te pardonne du fond du cœur pour ton attitude qui ne définit en rien ce que tu es. 

Et je me pardonne d’avoir eu ce sentiment envers toi”. 

“Je t’accepte comme tu es et je m’accepte comme je suis.”

 

Vous verrez, la sensation de bien-être est bluffante. Vous deviendrez accros à cet exercice. 

 

Pour pouvoir vous faire plaisir il faut d’abord vous connaître.

 

En effet, comment pouvez-vous bien choisir ce que vous désirez dans la vie si vous ne vous connaissez pas ?

Comment vous faire plaisir si vous ne vous connaissez pas ? Avez-vous déjà essayé de faire plaisir à un inconnu ? Pas évident, non?

 

Il est déjà très souvent difficile de tomber juste lorsque l’on fait un cadeau à un proche, alors, à une personne que l’on ne connaît pas ou peu…

 

Vous connaissez sûrement le casse-tête chronique à chaque évènement où vous devez faire un cadeau, noël, anniversaire… 

 

Alors prêtez beaucoup d’attention à Vos désirs, à Vos envies, à ce que Vous êtes, cela vous sera très utile. Et ne tombez pas dans le piège… Nous nous approprions trop souvent les désirs des autres. 

 

C’est grâce à nos moments de frustration que nous grandissons.

 

La frustration permet de se retrouver face à soi-même. 

Elle nous aide à déterminer nos limites.

Imaginons la frustration comme un mur, puis des murs qui se construisent, chaque fois plus solides, ces murs ne vous enferment pas, bien au contraire, ils vous aident à vous construire.

Ils sont la base de votre foyer, de votre évolution.

Ne vous sentez-vous pas beaucoup plus en sécurité, plus sûr, dans une maison avec des murs en brique, que dans une maison avec des murs en paille?

J’en connais trois, qui l’ont bien compris…

Et celui qui a eu la maison la plus solide, était bien celui qui avait le plus transpirer et souffert…

 

L’état de frustration nous aide à nous connaître et à nous construire.

 

En effet, la frustration nous met face à nous-même, comme face à un miroir.

Ce qui nous permet de nous différencier des autres. 

Sans cela, on ne se rencontre pas, on ne se connaît pas et donc, on ne peut pas vraiment apprécier ce que nous offre la vie.

Nous vivons  par procuration à travers les plaisirs ou les peines de notre entourage.

 

Acceptons la frustration comme un outil nous permettant d’évoluer.

 

Au fond de la mer, la vie est légère de Lucrezia Lerro

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Lucrezia Lerro

 

Au fond de la mer

la vie est légère

Roman

Titre original : Sul fondo del mare c’è una vita leggera

Traduit de l’italien par Murielle Hervé-Morier

Collection L’Écharpe blanche

L’Écharpe d’Iris

 

 

Première partie

 

J’aime les militaires parce qu’ils parlent peu et marchent les uns derrière les autres. Ils sont différents de moi. Moi, je n’ai aucune règle et je ne marche jamais à la queue leu leu, je ne suis jamais à la remorque de quelqu’un et tous les jours, je fais les mêmes choses ; les deux, trois trucs qui ne m’énervent pas. Par moments, je ressens une souffrance si forte à l’intérieur que je parle tout seul. C’est seulement la nuit que je me sens capable d’arrêter, de pouvoir penser sans avoir honte. Il n’existe aucune raison à ce que je fais ; l’ordre, j’ignore ce que c’est, en plus, je ne me couche jamais à la même heure, parfois, je m’endors en plein après-midi, ou alors en matinée. À l’inverse, les militaires, ça oui, ils sont ordonnés, ils marchent au pas et ils respectent les horaires du matin au soir. Ils ont leur propre discipline et à la fin on les libère. Moi par contre, je reste ici et je parle, je peine à respirer et c’est pour ça que je parle mal… je parle et je bafouille, je fais plein d’erreurs quand je m’exprime, mais qu’est-ce que je peux y faire ? Et je bouffe, je me gave parce que je ne sais pas quoi faire d’autre dans la journée. Ici, il ne se passe jamais rien et je suis désœuvré. C’est seulement en hiver que, de temps à autre, je vais à la mer, je mets les pieds dans l’eau et je chante.

Une fois, j’ai même vu une sirène, elle chantait, elle aussi, mais elle ne chantait certainement pas pour moi. J’aime rester les pieds dans l’eau en attendant qu’elle se pointe alors que les vagues me lèchent. Je le sais bien qu’au fond de la mer, il y a une vie plus légère. Quelque chose m’attire dans la mer.

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Début du livre Au fond de la mer, la vie est légère de Lucrezia Lerro.

Nouveauté disponible via https://www.lecharpediris.fr/product/13162051/au-fond-de-la-mer-la-vie-est-legere-lucrezia-lerro

Etat d’âme

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Ça fera bientôt un an,

Bientôt un an déjà…

On ne se voyait pas beaucoup, pourtant

On n’avait pas besoin de ça,

Ce n’était pas important,

On était toujours là.

 

L’amour simple, celui qu’on ne consomme pas

Celui qui ne consume rien

Mais l’amour avec un grand A

Celui qui fait du bien

Simplement un grand A

Un grand A comme le tien…

 

Tu aurais au moins pu me laisser,

Quelques bonnes raisons de te détester,

Juste quelques bricoles,

Ni trop graves, ni trop folles

Mais ç’aurait peut-être pu m’aider,

Pour arrêter de souffrir, pour cesser de pleurer,

 

Promis on se reverra, enfin, je veux y croire,

Là où il n’y a ni jour, ni heure, ni seconde,

Aucun jugement, aucune honte, aucune gloire

Dans cet univers hors du regard du monde.

Tu me manques tellement, mais ça, tu dois le savoir.

Alors j’arrête de pleurer, car déjà, je t’entends qui me grondes.

 

Ne cherchez pas une structure à ces mots, il n’y en a pas vraiment ; quelques rimes bancales, je ne dirais même pas que c’est un poème, mais c’est le reflet de ce que je pense de la vie à l’heure où je le rédige : imperfection, décalage, injustice.

D’ordinaire, je n’écris que des fictions, mon “moi” restant gentiment tapi là où je le range, à l’abri des regards; mais ce texte, c’est mon humeur du moment, il y a un an bientôt, quelqu’un que j’aimais profondément est parti, et j’ai du mal à passer le cap. J’avais envie de recouvrir la douleur d’une série de mots, comme un cataplasme, un onguent… un cri impudique, peut-être. Je ne sais pas ce que je dois en attendre, ni même s’il y a quelque chose à en attendre, mais j’ai encore lâché quelques millilitres d’eau salée, et on dit que ça fait du bien… 

Mal de casque.

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Mal de casque.

 

— Et mon cheval ?

Je voyais bien que le boucher s’en foutait. Il recousait, lentement, en faisant bien attention à ne pas piquer les doigts de l’infirmière qui nettoyait et graissait l’aiguille à chaque point. Elle n’avait pas de gants la pauvrette, mais sa main ne tremblait pas. C’est elle qui m’a répondu.

— Le brancardier a pris votre carabine, c’est un paysan de par chez moi…

Le boucher l’a coupée, de sa voix monocorde déjà tristement célèbre. Il a arrêté son geste.

— Silence, mademoiselle, je suis à un millimètre de la fémorale, taisez-vous, pour une fois que le blessé ne hurle pas. Reprenons.

Un paysan brancardier. Il a achevé mon Sidney proprement, adieu mon joli cob australien. C’est bien, il n’a plus mal, pas comme moi, sang d’là ! J’espère que le Boche qui nous a mitraillés crèvera dans son abri, tout seul avec sa Hotchkiss. Et le ventre ouvert, salopard ! Le boucher aura bientôt terminé, il aura un peu de mon sang sur sa blouse, pour foutre la trouille au prochain blessé avant de le faire hurler.

— Terminé. Terminé. Mademoiselle, allez nous chercher des cigarettes, je dois parler au caporal, vous nettoierez pendant ce temps-là. Et faites attendre.

Il me tourne le dos, s’affaire à un lavabo, retourne ses gants pis les jette. L’infirmière revient, elle nous allume les cigarettes et nous les fourre au bec. Elle est fichtrement jolie maintenant que la lumière électrique la claire en plein. Le boucher s’assoit sur un tabouret, face à moi, je me redresse sur les coudes. Ça tire, de Dieu d’là !

— D’où êtes-vous, caporal ?

— Aillevillers, en Haute-Saône, mais tout près de Plombières par les bois.

— Je vois. Une vallée reculée au pied des Vosges, quelques fermes isolées et des mariages entre cousins ? Mademoiselle, utilisez ce produit anglais, là, la bouteille jaune, liqueur de lord Dakin, vous voyez ? Faites une irrigation de la plaie avec ça avant de panser.

Elle répond docilement, sa voix prend déjà l’causer monocorde du boucher.

— Bien docteur. Irrigation de la plaie.

— Caporal, alors ces cousines ? Savez-vous si certaines ont la même chose que vous ? Sur les jambes ? Sur les cuisses ? Ne rougissez pas, nom de dieu ! Vous avez déjà vu leurs jambes, non ?

J’avais même vu plus que ça de certaines, à la Semouse, et dans l’étang près des forges, au frais creux de l’été, et pis à la Chaudeau, sous le pont, avec la Parisienne de chez Lanker qui avait peur de la bête dans la rivière…

— La peau de serpent ? Non, docteur.

— Il n’y a que vous ?

— Il y a mon oncle, oui, il en a sur les reins, le bas du dos. Quand ça le gratte il y met du saindoux, pis du miel, j’crois bien.

— Intéressant. Et aucune fille ou femme n’en a ?

J’ai pas répondu. Il aura qu’à demander au docteur Bolmont, il les voit lui les femmes d’Aillevillers. « Toutes et à tout âge ! », comme il se vante au bistrot. L’infirmière, pas de sa faute, me fait un mal de chien, cré nom, ça doit se voir, vu comment le boucher me regarde. Il refait son compte d’ampoules de morphine avec les paysans durs au mal.

— Vous êtes caporal, donc vous savez lire. Je vais bientôt vous écrire, pour cette histoire de peau, ça m’intéresse. Vous irez voir les gens là-bas, et vous leur poserez mes questions.

— Moi ?

— Oui. C’est votre deuxième blessure. Vous rentrez à la maison.

— Oye ouah ! Pas de ça docteur, j’aurai bougrement honte de rentrer avec juste une balle dans la cuisse, nenni ma foi ! Pas d’os, pas d’artères, bon dieu, je reste ici à me battre !

Le boucher m’a regardé droit dans les yeux, j’étais grandement furieux, la fumée de la cigarette me revenait dans l’œil, en me piquant encore plus l’envie de me relever. Il avait déjà cédé, je le voyais bien. L’infirmière avait fini, il me restait à trouver un cheval pour reprendre ma sacoche d’estafette.

— Bougre d’âne ! Comme vous voulez. Si le capitaine vous garde, ça le concerne. Je vous écrirai quand même mes questions. Voyez avec le sergent à la sortie, pour avoir un pantalon neuf.

 

* * *

 

Patrouille de nuit, pas tout à fait dans le no man’s land comme disent les Angliches. On a passé les ruines, les fils à ronces, mais là-bas c’est les gouillats et la rivière, et puis le pont, ou c’qu’il en reste, tenu par les Boches depuis ce matin. Ils ont foncé sur le derrière des « Sammies » et avec une grosse canonnade, les ont coupés de la ligne et rabattus vers les champs en haut de Fismette. C’était facile avec ces pauvres Américains qui veulent oublier leur guerre. Y a des blessés chez les gars de Pennsylvanie, de c’qu’on sait, mais il doivent passer par le pont pour rejoindre les ambulances avancées. On va aller voir si on peut chasser les Boches, cette nuit. Le lieutenant a combiné avec les artilleurs. Il a souvent les chocottes, mais c’te nuit il est avec nous. Il s’agit de ramper, et faut reconnaître que c’est un vrai serpent, il me suit sans plus de bruit qu’un orvet. On s’approche, on est dans la vue des sentinelles ennemies.

C’est le moment pour les prises de guerre de se rappeler à mes bons souvenirs.

Hier on a trouvé une cave sous une ferme en ruine, et des bocaux de haricots blancs, ceux que je préfère, les lingots du nord. Mais voilà, faut que les musiciens répètent, comme dit Thiébaud. De c’coup là, j’suis une vraie mitrailleuse, rien à faire. À chaque rafale, le lieutenant en rajoute une, et souffle :

« Taisez-vous, mais taisez-vous, Baudouin ! »

Je sens que Poinsard va éclater de rire. Heureusement, on arrive à « la carriole », un truc en béton qui vient sûrement du pont, quand le génie l’a fait exploser en 14. Le lieutenant regarde par-dessus ce parapet bien placé, je ne sais pas s’il voit bien les Boches, mais il a l’air d’avoir une idée.

— Qui nage bien ? Vous, Baudouin ?

— Oui, mon lieutenant, et je ferai moins de bruit qu’en rampant, pas vrai ?

— Traversez, il faut savoir comment ils sont embusqués de l’autre côté. Et vous, Poinsard, arrêtez de rigoler et montez par les ruines, avec deux autres, ralliez les Amerloques et prévenez-les : À minuit pile, le sixième enverra trois ou quatre obus dans l’eau, à l’ouest du pont. Ce sera le moment. On prendra le pont avec les « Sammies ». Baudouin, avez-vous une montre ?

— Oui, je la mets dans ma toile cirée, avec mon pistolet.

— Bien, allez ! En chemise et grouillez-vous. Poinsard ?

— On y va, lieutenant, on y va !

La Vesle était froide, mais pas autant que la lune en hiver. J’ai remonté un peu le courant, histoire de me camoufler dans les remous du moulin. Je n’ai rien senti venir, mais d’un coup, elle était là, sinueuse et caressante, chuchotant dans mon oreille.

— Tu as menti au docteur, paysan, cela va te coûter une vache.

Je n’ai même pas sursauté. Elle s’enroulait autour de moi, plus fluide que l’eau, plus câline que l’été et plus douce que la blaude en soie de Besançon de ma mère…

— Une vache ? Une bique, une géline, oui, même pas, un niaud ! Peute écailleuse, tu serais vite en cage s’il te voyait. Qu’est-ce que tu veux, la Vouivre ? On m’attend.

Elle m’entraînait vers le fond, je distinguais par instant son corps ondoyant, ses courbes lascives, dans la lumière rouge venue de son front. L’eau était chaude, ses ailes incandescentes m’effleuraient, ses cuisses embrasées m’enserraient… elle voulait encore et toujours la même chose, elle savait comment l’avoir, comment me posséder.

— On m’attend, la Vouivre. Rends-moi mes habits et reviens demain…

— Quand tu seras mort ?

Elle me fixe de ses beaux yeux de perle, son escarboucle bat doucement, à la façon d’un cœur rouge, et sa bouche cherche la mienne…

— On m’attend, rends-moi…

— Oui, je t’attends, viens…

 

* * *

 

— Tu vois. Sans moi tu serais mort, regarde bien !

Les Boches sont là, vingt soldats tout en noir, serrés en bloc, avec leurs casques recouverts de toile, la tête de mort, les lettres KPz… les soldats d’élite du KronPrinz. Et avec eux, six hommes en longs manteaux plus clairs, dispersés alentours, portant une lance au bout enflammé et une grande bouille dans le dos, comme pour le lait. Mais j’avais vu ça sur des dessins interdits venus en douce de Vauquois, c’est du feu grégeois, un lanceur de flammes mortelles.

Ma compagne serpentine me remet la tête sous son aile, et nous glissons vers la Vesle, invisibles dans les joncs et le coassement lancinant des grébeusses. Elle m’a tout enlevé, ma chemise, mon ceinturon, ma montre et mon pistolet. Je sens l’eau atteindre mes jambes.

— Arrête voir, arrête voir ! Mes copains, Poinsard, Thiébaud et les autres ! Rends-moi mes habits ! Il est tard si faut ! J’ai meilleur temps de mourir ! C’est la minuit, la Vouivre, dis-moi ? Tu sais le temps des hommes ! Dis-moi ?

— Oui, c’est la minuit, mon dernier né, tu veux mourir et me laisser seule ?

— Non, je veux… je sais pas, des hommes vont mourir par ma faute, d’où je suis qu’un beuillot sous tes caresses.

Un coup de départ nous arrive, les obus montent. Un tir plongeant. Compte à trois et ils seront là, sur nous !

— Trop tard, laisse-moi maintenant, je dois les sauver, je sais pas comment !

Je vais me jeter sur eux comme le tavin sur le taureau, leur prendre une arme pour piquer au mieux. Je cours vers le pont en breuillant, le premier obus arrive, il fait un long feu dans l’eau. Tout soudain un droit-vent me plaque au sol, et ça passe au-dessus de moi. Une flamme terrible, avec le bruit d’un gros foyard qui s’abat ! Le pont explose, les obus du sixième tonnent en chapelet. Je m’envole et je me sens projeté dans l’eau, dans la Vesle. Tout au fond. Ça me fait mal dans la poitrine comme la beugne d’un sabot…

 

* * *

 

— Bon dieu, qu’est-ce tu fous à poil ? Habille-toi, c’est pas fini !

La voix est lointaine, mais familière, l’accent de chez nous…

— Thiébaud ?

La voix se rapproche.

— Non, chaud busard, c’est Clémenceau ! Les Boches se sont fait sauter, on sait pas quoi ! Ils sont retranchés autour du moulin d’aval. Le lieutenant m’a envoyé t’chercher pasqu’il t’a vu tomber à la flotte.

— Oui, je…

— Allez, tout ton barda est là, rejoins-nous fissa, paysan !

Et il s’enfonce dans la nuit. La bataille crépite de l’autre côté du pont. Le feu n’est pas éteint. Je retrouve mon ceinturon, mon pistolet, mes croquenots, il me faut du temps, mes oreilles sifflent et j’ai les doigts naisis. J’coiffe enfin ma bourguignotte en grimpant sur les débris du pont. Deux « Sammies » sont là, planqués derrière des tas de pierres. Ils me regardent en rigolant, ils ont l’air fin avec leurs casques plats achetés aux Angliches. Des balles couinent par au-dessus de nous, je me jette à l’abri.

— C’est toi, homme poisson. On attend toi. Suis-nous. Suivez-nous ?

— Je vous suis, les gars.

Sur le tablier du pont, on a de l’eau jusqu’aux mollets. Mon pied se prend dans quelque chose de chaud. Devant moi, les Pennsylvaniens ne bougent plus.

— Es-tu mort, mon dernier né ?

— C’est toi qui…

Bien sûr c’est elle, la Vouivre, qui d’autre vole et crache le feu. Le lieutenant m’a vu tomber à l’eau, l’a-t-il donc vu aussi, c’te serpentine ?

— Tu vois, la Vouivre, je suis pas mort, tu m’as sauvé. Comment te remercier ?

— Tu l’as déjà fait, tu m’as ouvert les yeux. Adieu.

— Adieu ? Mais où tu vas ?

— Là où l’homme ne sait pas que le monde est à lui.

L’eau s’est refroidie d’un coup, les soldats ont trébuché en jurant. La guerre les appelait, je les suivais. On a rejoint des uniformes, là, en retrait derrière un pan de mur. Le lieutenant avait remisé sa bourguignotte pour coiffer son képi.

— Baudouin, nom de dieu ! Qu’est-ce que vous avez foutu ? Vous avez fait sauter les Boches ? Vous étiez à poil !

— Mon lieutenant, j’ai été pris dans des remous, j’ai perdu mes affaires. J’ai fait comme j’ai pu.

— Bon, le régiment arrive, on est relevés en attendant de partir sur la Marne. Rejoignez Poinsard au moulin d’aval. Et…

Il se cale face à moi en rebeuillant que les sous-offs n’entendent pas. Je le devine qu’il va parler. Il a vu quelque chose.

— Baudouin, j’ai vu… j’ai cru voir… avez-vous vu quelque chose ?

— Mon lieutenant, je n’avais plus d’arme, j’ai couru pour en voler une, et je crois qu’un obus du sixième a touché des munitions sur le pont, de ce coup là.

— Vous croyez ?

— J’suis un caporal, mon lieutenant. Et ma foi je crois en Dieu.

— Foutu Comtois ! Allez rejoindre Poinsard qu’on en finisse avec les Bavarois.

Les Bavarois en question s’étaient laissé prendre en ratte par les deux sergents et nous autres, et depuis la voie de chemin de fer par une compagnie du dix-septième chasseurs. Ils voulaient pas se rendre, comptant sur les hommes en noir, p’têt bien. Alors j’ai réfléchi, et c’était pas difficile, j’ai breuillé vers Wetzell, l’Alsacien.

— Wetzell, dis leur qu’les soldats noirs du Kronprinz ont bresillé !

— Quoi ?

— Ils ont brûlé !

Et j’ai pris un coup sur la caboche, un t’ché coup qui sonnait comme le grand bourdon de Luxeuil.

 

* * *

 

Ça m’arrive encore d’y penser. De regretter de ne pas lui avoir demandé. Pas faute d’en avoir envie, comme ce matin, quand on est allé tous les deux ramasser les sacs de phosphate vides, en bas de la haie. Il y en avait deux un peu plus loin, pris dans les fils de ronces et déniapés par la rosée. J’ai vu qu’il avait ce regard clair braqué sur l’horizon, sur des choses qui me dépassaient, qui m’auraient sans doute envoûté. Ça brillait dans l’ombre de sa casquette, ça brillait comme des perles. Sûrement qu’il allait rien dire.

Mais il a parlé, en se baissant à ma hauteur, et en levant à demi le bras, pour désigner d’un index crochu les deux sacs.

— Regarde voir, ça me rappelle les Allemands morts dans les barbelés, au Markstein.

— C’est toi qui les avais tués, grand-père ?

Il s’est redressé, les poings aux hanches, il gardait la tête baissée, comme s’il vérifiait la bonne répartition des grains de phosphate semés la veille.

— Non, pas ceux-là. Mais une fois avec Sidney, c’était mon cheval, un joli cob australien…

— Comme le Gamin ?

— Non, bien plus petit que le Gamin, et bien plus rapide, je portais des ordres importants dans une sacoche, vers Reims, beau temps clair, pas trop de bois, tout à découvert dans c’te plaine à blé. Alors j’allais vite, ensuite j’allais doucement, tu vois, et puis je tirais à droite, je feintais à gauche. T’as d’jà vu les tchevreûs ? Ah non, t’es trop petit pour la chasse encore.

— C’est quoi ça un tchevreû ?

— Un chevreuil, un cul-blanc, qu’on dit des fois. Bien fait pour la fuite, bien fait pour la marmite. Bon alors je galopais, et parfois ça sifflait. Des balles, pas que l’vent ! Et une fois, juste devant moi, dans le même chemin, pfiout ! Aux oreilles ! Sidney a fait un écart pour éviter le tireur, c’était un jeune homme, du coup, une estafette comme moi mais à vélo. Il était tombé. Et il réarmait pour me reviser ! Mais moi j’avais pas besoin de réarmer, et c’était lui ou moi, tu comprends ?

— Un duel, grand-père ?

— C’est ça. Et Sidney il comprenait ça, il se tenait droit, sans bouger d’un poil, comme s’il visait lui aussi. Après ça j’ai pris le coup de carabine du jeune homme, mais c’était rien, dans le gras des côtes du bas. J’ai pris aussi son courrier et j’ai trissé.

— Et c’est vrai que tu as une balle dans ta tête ?

— C’était plus tard, j’en ai aucun souvenir. C’te balle, elle est pu là, mais j’ai un bout d’acier de casque entre l’os et la cervelle, comme qui dirait un de ces éteuillons sous la laine des moutons, t’sé ? Ça me donne un drôle de mal de casque.

Il s’est passé la main derrière l’oreille, glissant les doigts sous sa casquette.

— Quand ça m’greville là-d’dans, j’ai l’impression que je vois des choses, des belles choses étranges…

Il regardait vers l’ouest, par-delà les bois du Lyaumont, non, un peu en-dessous, vers les forges ou vers la Chaudeau. Une petite cloche a retenti, ding, ding, du côté de la ferme.

— On remonte, c’est le dix-heures. Du lard, des œufs, un coup de vinaigre dans la poêle, et du gros pain. Pis si la Marie sort aux poules, on piquera un coup de rouge, tout petit.

— D’accord !

— Et après on descendra beuiller les génisses à la mouille, pis on ira à la Chaudeau.

— Ça s’appelle comme ça parce qu’il y a de l’eau qui est chaude ?

— Ça arrivait… avant ta grand-mère.

Aucune idée du sens de c’te réponse, je suis trop petit encore, c’est c’que j’me dis. Grand-mère a fait refroidir l’eau ? Y a des mystères sous sa casquette, pas juste un bout d’acier. Ses yeux qui voient loin regardent la ferme, après les cerisiers.

— J’te montrerai la source chaude. Quand tu s’ras plus grand, t’y mèneras ta bonne amie. Tu prendras ta besace, pour si t’as faim. Et puis on prendra aussi une lampe et on attendra la nuit, pour voir…

— Pour voir quoi, grand-père ?

Il s’est arrêté. Il souriait, puis il s’est baissé pour se gratter la jambe avant de repartir.

— Pour voir si quelqu’un vient.

 

Alban, l’enfant prodige tome 1: Naissance du pouvoir suprême

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CHAPITRE 1

Dimanche 13 juin 1993, minuit

  Une nuit où la lune brillait de mille éclats. La luminosité qu’elle apportait était spectaculaire. Elle luisait haut dans le ciel et les étoiles scintillaient étrangement. Ce n’étaient que de petits détails et personne ne semblait s’en soucier, excepté un homme de grande carrure. Il portait une longue cape noire et des habits sombres. Il avait un regard sinistre et froid. Son visage était démuni de sourire. Tout laissait croire, dans son apparence, que seule la méchanceté se dégageait de cet individu. Tout le monde le traitait de monstre. Il aimait passer pour un malfaisant. En réalité, il détenait le titre de grand mage noir, un être dépourvu de sentiment, l’un des plus grands mages noirs que la terre ait jamais porté. Il s’appelait Titan, mais ce n’était qu’un surnom. Il ne fallait jamais prononcer son vrai nom, car il détestait l’entendre résonner à ses oreilles. De toute façon, rares étaient ceux qui le connaissaient vraiment et qui demeuraient encore vivants pour le dire. Quiconque avait proféré ce mot interdit résidait désormais au fond d’une tombe avec des vers qui le rongeaient.

Il semblait attendre quelqu’un ou quelque chose, peut-être un événement auquel il voulait assister. Il guettait la voûte céleste, comme si un spectacle allait s’y manifester.

   Puis, son visage afficha un sourire narquois. Apparemment, ce qu’il escomptait se produisit. En effet, le ciel sembla s’assombrir et bientôt, de gros nuages se formèrent. D’un côté, des gros nuages noirs et de l’autre côté, des blancs, peu nombreux et minuscules. Ils se mirent à se rapprocher hâtivement, s’ils continuaient à ce rythme-là, ils allaient se heurter de plein fouet. Pourtant, au moment où ils risquaient de se percuter, un éclair déchira le firmament tout entier. Les clairs se mirent à grandir et à s’étaler, jusqu’à engloutir les sombres. Puis, dans un long sifflement, tout redevint calme et paisible.

   Titan se retourna subitement, manquant de se déplacer la colonne vertébrale dans la précipitation. Il ne paraissait plus réjoui du tout. Il marchait maintenant dans le silence. Seuls le bruit de sa cape qui volait au vent et celui de ses pas troublaient la tranquillité.

   Il tourna au coin de la rue Mouftard et avança vers un immense portail en fer. Cette porte de métal n’avait pas fière allure. Il s’arrêta net devant les grilles qui paraissaient ordinaires, un peu effrayantes à cause de leur peinture noire miroitante. Cependant, un détail manquait et non des moindres, puisqu’il ne disposait d’aucune poignée. Titan avait pourtant l’air bien décidé à vouloir l’ouvrir pour entrer dans l’effroyable jardin qui se tenait derrière les barreaux. Comment allait-il y parvenir ? Peut-être tenterait-il de l’escalader ? Impossible, il s’avérait trop haut et les pointes aiguisées à son extrémité trop acérées. De plus, les barres horizontales qui l’ornaient se révélaient extrêmement glissantes. Pas de point d’appui pour se hisser par-dessus. À première vue, il n’existait aucun moyen pour s’y infiltrer. Le grand mage noir fixait cet obstacle, sur son visage ne transparaissait aucune inquiétude. Il ne semblait pas se poser de questions. Il paraissait sûr de s’introduire à l’intérieur. Il savait exactement où il se rendait. Il passa sa main gauche en demi-cercle sur la grille sans la toucher. Et il prononça distinctement :

— Ouvre-toi, Titan, couronné chef des mages noirs, te l’ordonne.

   Après quelques instants, pendant lesquels le portail ne sembla pas vouloir bouger, il s’entrebâilla enfin devant l’homme, très lentement, en grinçant atrocement. Toutefois, Titan ne s’en souciait pas, cela ne le dérangeait pas le moins du monde. Il resta un moment à fixer l’espace qui s’offrait à lui. Il se décida finalement à passer le seuil et à s’engouffrer dans ce qui paraissait être : « Le jardin des ombres ». Il s’appelait ainsi, car c’était l’endroit le plus sombre et le plus inquiétant de la ville. Ce lieu effrayant ne disposait d’aucune herbe, d’aucun arbre garni. Telle, la belle verdure des vastes jardins les jours de beau temps, où le soleil tape sur les champs verdoyants. Au printemps, quand les oiseaux chantent le bonheur qu’ils respirent en comtemplant la palette de couleurs magnifiques de cette gracieuse nature. Ce parc n’avait rien de toutes ces somptueuses descriptions. Absolument rien de comparable, à l’intérieur se tenait un espace très différent. Des roses rouges fanées s’étalaient partout avec leurs épines très pointues et aiguisées, prêtes à s’enfoncer profondément dans la chair. Il n’y avait pas de pelouse fraîche, mais uniquement de mauvaises herbes coupantes et desséchées. Les arbres effrayaient les passants, surtout la nuit. Pas la moindre feuille verte sur leurs ramures ni aucune feuillaison. Jamais ils n’en avaient possédé, même pas une seule. Le bois se présentait nu, sans habillage, et cela, quelle que fût la saison. Parfois, certains habitants jugeaient qu’avec la brise, ils semblaient vivants. Mais ce soir-là, ils remuaient comme jamais, néanmoins pas au rythme du vent, ils s’agitaient dans tous les sens. Leurs branches craquaient étrangement. Cela ressemblait à une effroyable symphonie. Ce vacarme était difficile à supporter, pourtant, Titan n’y faisait pas attention. Il s’avança vers une petite porte en marbre noir à peine visible, dissimulée derrière de longs feuillages bruns tombant jusqu’au sol, peu de gens soupçonnaient son existence. Il écarta le rideau naturel du revers de sa main gauche et prononça une phrase incompréhensible pour quiconque, car seuls les mages noirs comprenaient ce langage. Heureusement, les autres individus ne pouvaient reproduire ces mots assemblés en une longueur inimaginable et complètement illogique. Sinon, ils auraient pu être imprudents et décider de s’aventurer dans cet abominable lieu. La voix de Titan, était encore plus effrayante que lors de ces propos précédents, énoncés en français. Son timbre stoppa net les arbres qui s’immobilisèrent. Le silence était tel que si une mouche volait, les voisins les plus proches auraient pu l’entendre de loin. Mais cela ne dura pas longtemps. La porte s’ouvrit dans un fracas assourdissant. Titan pénétra par l’un des nombreux accès qui menaient dans ce que beaucoup surnommaient l’enfer.

CHAPITRE 2

Dimanche 13 juin 1993, minuit cinq

   Les pas de Titan résonnaient dans un long couloir, en enfer, le sol et les murs s’avéraient être en pierre. Dans la pénombre, difficile de dire exactement quelle en était la matière. Mais la roche renvoyait le bruit de cette allure pressante à travers cet interminable corridor sombre et froid. Il s’enfonçait de plus en plus dans l’obscurité. Les rochers des remparts étaient d’un noir de jais. Ces énormes blocs semblaient si fragiles et pourtant ils étaient très robustes. Des hommes ou plutôt des mages noirs avaient tenté durant des siècles de percer un passage, ils pensaient découvrir des trésors cachés. Leurs aspects déformés, certains endroits creux et d’autres bossus lui donnaient une allure étrange. D’innombrables trous crevaient la façade. Ils ressemblaient à une énorme météorite dans laquelle des gens auraient taillé un tunnel pour pouvoir y faire une galerie. Il se trouvait que ce n’était pas une supposition parmi tant d’autres, il s’agissait réellement d’un objet venu de l’espace. Il s’était révélé si gigantesque que Satan, le premier grand mage noir, avait décidé de le façonner ainsi, le jour où il avait entrepris d’établir ses quartiers dans les profondeurs de la terre.

   Titan continuait à cheminer dans les ténèbres. Soudain, au loin, il distingua une faible lueur. Ses pas commençaient à retentir derrière lui. La lumière s’amplifiait davantage, le bout du couloir semblait proche. Il perçut alors, à l’extrémité du souterrain, des voix humaines qui discutaient. Ils ne paraissaient pas entendre les pas de Titan approcher, plongés dans leur conversation, ils continuaient à parler tranquillement. Tellement pris dans leurs bavardages, ils ne virent pas le grand mage noir apparaître. Les trois individus, assis sur les dalles en pierre noire polie, ne remarquèrent pas l’arrivée de leur maître dans la pièce. L’un d’eux, courbé en deux sur le sol, s’appelait Tork, un être stupide et sans cervelle. Il s’esclaffait sans gêne devant les blagues de Morgan. Ce dernier se moquait du danger, il ne pensait qu’à s’amuser, mais ses jeux pouvaient en déranger certains. Car sa distraction favorite était d’attraper un rat et de le vider entièrement de son sang et de ses organes. Ensuite, il disait à cet idiot de Tork de l’offrir à leur chef. Celui-ci, agacé de cette stupide coutume, faisait dévorer cet immonde repas à Tork qui riait bêtement, très content que son maître lui offrît quelque chose.

   N’ayant toujours pas repéré Titan à l’embrasure de la porte, Morgan poursuivait, essayant d’imiter leur chef en colère. Ce qui était fréquent, vu l’intelligence et l’excellente servitude que lui apportaient ses larbins.

   Nauriac, allongé sur le sol, râlait à cause du vacarme que produisaient ses compagnons ; gros paresseux, il passait la plupart de son temps à dormir.

— Oh ! La ferme, Nauriac, viens plutôt rire avec nous de cet affreux Titan qui crie comme un coq. Cot, Cot, Cot… à longueur de journée, plaisanta Morgan.

   Il plaça ses mains sous ses bras, en tapant du pied et bougeant la tête d’avant en arrière pour imiter le roi de la basse-cour.

   Nauriac releva lentement la tête pour dire à Morgan d’arrêter ses âneries et de le laisser se reposer. À ce moment-là, il aperçut, derrière son ami, le visage menaçant et crispé de Titan. Nauriac devint pâle et tout tremblant, il leva le doigt pour prévenir les deux autres que leur maître se trouvait avec eux. Mais Morgan croyant qu’il s’effrayait de son audace, affirma d’un air heureux, fier de lui, le torse bombé :

— Mais oui, je sais, cher ami, je possède un talent incontestable. Si, au lieu de dormir à tout bout de champ, tu suivais mon exemple, tu pourrais sans doute avoir une petite chance de m’égaler. Il faut savoir prendre des risques dans la vie. Je ne pense pas que c’est comme ça que tu réussiras, mon vieux.

   Quand Tork s’arrêta enfin de glousser, en se relevant pour reprendre un peu sa respiration, il entrevit à son tour le grand mage noir bouillonnant de colère derrière Morgan. Il devint brusquement silencieux, les yeux fixés sur son maître. Morgan savait parfaitement que quand cet abruti se mettait à se tordre de rire, personne ne pouvait le stopper. Sauf Titan. Il perçut alors un raclement de gorge suivi d’un souffle glacial qui le parcourut tout le long de sa nuque, jusqu’à se répandre dans l’ensemble de son corps. Sans même examiner derrière lui, il sut qu’il se trouvait là, en train de le fixer, hors de lui. Se retournant lentement, il sentit le sol se dérober sous ses pieds. La terre semblait tourner à la vitesse de la lumière et quand il se retrouva nez à nez avec son patron, son cœur parut s’arrêter. En admettant qu’il en possédât un. Après tout, sûrement en avait-il un comme tout le monde, mais le sien devait être noir, recouvert de méchanceté. Titan s’étira de toute sa hauteur en fixant son pitoyable serviteur d’un regard foudroyant, et prononça distinctement :

— Toi, immonde petit être, te moquerais-tu de moi ? Oserais-tu défier ma colère ? Prosterne-toi devant moi, le tout puissant mage noir, car aujourd’hui, ma fureur est terrible. Certes, je viens d’apprendre il y a quelques jours à peine que l’ancien grand mage noir Mortan est mort, me léguant ses pouvoirs. Mais à l’heure où je vous parle, bougre d’idiots, la plus puissante force du monde est en train de naître. Le pouvoir suprême se révèle pour la treizième fois, vous savez ce que cela signifie : le don unique, mélange de mal et de bien. Ne pouvant être détruit que par les deux parties, cet affreux sage et moi-même. Donc, la guerre semble être en marche, nous ne pouvons admettre que le bien s’empare de cette puissance. Alors, allons prendre ce bébé, si petit, mais si précieux. Rallions-le à notre cause. Ensemble, relevez-vous et marchez avec moi vers le chemin de la vengeance. Ce soir, c’est notre jour de gloire, c’est le moment de prendre de l’avance sur le bien et de l’anéantir.

   Les serviteurs dévisagèrent leur maître avec stupeur. N’osant le contredire, ils restèrent cois et ne firent aucun commentaire, surtout qu’au vu de la scène précédente, ils se trouvaient en mauvaise posture. Ils savaient que Titan se vengerait de cet affront, mais en attendant, ils le suivraient. Ils se redressèrent, car ils s’étaient tous agenouillés devant lui, et crièrent d’une seule et même voix :

— Maître, où vous irez, nous irons. Nous vous servirons jusqu’à notre dernier souffle, tel est notre serment. À bas le bien, et vive le mal !

   Titan se retourna, faisant claquer sa cape. Il partit d’un pas pressé et décidé, ses esclaves sur ses talons, bien rangés en file indienne.

CHAPITRE 3

Dimanche 13 juin 1993, minuit huit

   Au même moment, dans une petite allée étroite et isolée, dans un coin sombre de la rue d’Aristot située à Verlant, une femme aux longs cheveux châtains allait donner naissance à l’être le plus exceptionnel jamais conçu. Elle était belle malgré les circonstances. Elle possédait des yeux d’un vert émeraude et de petites oreilles légèrement décollées, des doigts longs et fins, une bouche délicate avec des lèvres toujours roses, de jolies petites fossettes sous ses yeux en amande. Elle disposait de la carrure d’une princesse, elle semblait éclatante de vie, en d’autres circonstances, elle aurait souri. Elle paraissait plutôt petite et très mince. Elle se révélait si menue que les gens pouvaient distinguer ses côtes sous sa peau bronzée. Avant qu’elle ne soit enceinte bien sûr. Cette femme dans la souffrance grimaçait, allongée par terre entre deux poubelles. Ce n’était pas un lieu très confortable pour donner vie à un enfant.

   Un homme se tenait agenouillé à ses côtés, lui tenant fermement la main droite. Une stature plutôt grande, avec des cheveux bruns et des yeux bleus. Un nez un peu crochu. Une peau mate. Il était mal rasé. Il semblait fatigué, le visage pâle et les traits tirés. Les cheveux tout ébouriffés, il ressemblait à une personne qui ne dormait pas depuis des semaines. Il arborait la carrure d’un boxeur, toujours les poings serrés quand il se mettait en colère ou stressait. Ce qui paraissait être le cas ce soir-là, mais peut-être cela venait-il de sa courte carrière de boxeur amateur au lycée ? Il avait une petite tache de naissance sur la joue droite.

   Cet homme et cette femme se nommaient : Rose et Robert Milford.

   Un événement vint rompre le silence. Un long hurlement que Rose émit. Son mari se précipita vers elle pour lui mettre un morceau de bois entre les dents, car il ne fallait pas qu’ils soient repérés. Beaucoup de mages noirs ne souhaitaient pas la venue au monde de cet enfant.

   Robert se releva d’un bond, il venait d’entendre un bruit de pas, d’abord très lointain, mais qui se dirigeait rapidement vers eux. Rose aussi distingua ces claquements, son visage se crispa subitement.

— Nous sommes fichus, dit l’homme paniqué, je crois qu’ils arrivent. Ils vont attendre que notre enfant naisse, après quoi ils nous tueront et partiront avec notre fils.

   Le visage de sa femme refléta un mélange de terreur et de douleur. Robert qui, pris de panique, réalisa que pendant quelques instants, il avait oublié la présence de son épouse, s’avança vers elle. Il lui agrippa la main fermement et lui murmura, délicatement et avec tendresse :

— Je suis désolé, ma chérie, je ne voulais pas t’effrayer. Je sais que ça semble difficile pour toi d’accoucher dans de telles conditions, mais ils approchent. Je te demande de me pardonner si j’ai failli à ma promesse, cependant je tiendrai ma parole. Je te défendrai jusqu’à donner ma vie, nous nous battrons pour sauver notre enfant. Sois courageuse et garde en tête que je t’aime et t’aimerai toujours, mon ange.

   Il lui baisa la main, les larmes aux yeux. Elle pleurait, peut-être à cause de la douleur, du courage ou de l’amour que lui portait son mari.

— Oui, d’accord, mon cœur, je t’aime, prononça Rose d’une petite voix.

   Tout se bousculait dans sa tête, elle allait mourir sans pouvoir prendre son enfant dans ses bras. Une catastrophe pour leurs familles, plus d’héritier. C’était ce que les mages noirs voulaient le plus au monde. Elle et son mari le savaient bien. Les bruits de pas se rapprochaient précipitamment. Les amoureux s’enlacèrent et se donnèrent leur dernier baiser avant la mort.

   Les foulées retentissaient sur le sol en pierre. Les mêmes pavés où Rose était allongée. Elle sentait les dalles vibrer à chaque enjambée. Elle pressentit qu’il devait y avoir deux personnes ou peut-être plus, car elle percevait des pas précipités et d’autres plus lents. Difficile de deviner le nombre de gens qui approchaient, à cause de l’écho.

   Robert avait les mains moites. Les individus se devinaient à proximité, ils pouvaient maintenant entendre le souffle haletant des nouveaux arrivants. Une ombre apparut au coin de la rue. Il serra les poings, prêt à se battre.

CHAPITRE 4

Dimanche 13 juin 1993, minuit dix

— Ce sont eux ! s’écria Robert.

   Après une courte réflexion, il reprit :

— Non, impossible, il ne viendrait pas seul et il se déplace rarement sans soutien. Ça m’étonnerait qu’il n’apparaisse pas en personne, il n’enverrait jamais un de ses serviteurs à sa place.

— Il me semble avoir discerné plusieurs pas, répondit Rose, inquiète.

— Finalement, je ne crois pas que ce soit les mages noirs. Ils ne seraient pas là si tôt. Normalement, ils ne devraient être au courant que depuis quelques minutes, peut-être même qu’ils ne savent encore rien. Ce qui serait une chance supplémentaire pour nous. Mais de toute façon, même s’ils en sont informés, le temps qu’ils s’organisent et qu’ils arrivent, nous serons, j’espère, déjà loin, répliqua Robert.

— Pas eux ? Tu crois ? Alors qui est-ce ? interrogea sa femme.

   Plongés dans leur conversation, ils n’aperçurent pas la silhouette qui se cachait dans la pénombre à quelques mètres d’eux. Dès qu’ils la distinguèrent, ils sursautèrent.

   L’individu dissimulé dans l’ombre fit un pas en avant et ils découvrirent son visage à la lueur du réverbère. Un homme de petite taille, avec un ventre bien rond et des épaules carrées. Il était chauve avec une petite barbe blanche. Des yeux marron très clair. Il détenait de fines rides sur le front et de grosses joues boursouflées. La sueur coulait de son front à grosses gouttes. Il sortit un mouchoir de la poche intérieure de sa robe et leur sourit. Rose lui rendit son sourire et lui dit d’une voix soulagée :

— Bonsoir, père Léon, je me doutais bien que vous nous rejoindriez.

— Je ne manquerais cet événement pour rien au monde. Je me trouvais présent à ta naissance, Robert, en tant qu’assistant du père Joseph. Comment avez-vous pu penser un seul instant que je ne viendrais pas ?

— Excuse-nous père Léon. Je savais que vous alliez apparaître, mais je ne pensais pas que vous seriez là si vite, vu que vous ignoriez notre position. Avant que vous vous dévoiliez, nous avons d’abord cru que les mages noirs venaient nous tuer et prendre notre enfant, s’exclama Robert, paniqué.

— Pardonnez-moi, cher ami. Pourquoi n’ai-je pas prévenu de mon arrivée ? Comment ai-je pu être aussi stupide ? Je n’ose imaginer la frayeur que vous avez pu ressentir. Mea culpa. Par chance, je suis…

   Un bruit provenant de derrière les poubelles l’interrompit. Ils sursautèrent au tintement assourdissant d’un couvercle en fer qui tombe. Ils retinrent leur souffle et Rose repensa aux nombreux pas entendus. Quand le père Léon avait surgi seul, elle avait pensé à un écho, à présent, ce fracas l’effrayait.

   Elle fixa son mari, elle lisait sur son visage une expression inquiète. En le découvrant ainsi, elle se rappela le jour où ils avaient appris qu’elle portait l’enfant que tout le monde attendait. Mais son attitude à ce moment-là se mêlait d’inquiétude et de bonheur. Tandis que ce soir, il ressemblait à une personne extrêmement anxieuse. Elle ne pouvait supporter de voir son époux dans cet état. Elle détourna les yeux pour les poser sur le père Léon. Ce qu’elle découvrit fut très surprenant. Il souriait en direction de l’endroit d’où provenait le vacarme. Ce dernier constata que Rose l’observait. Il s’arrêta brusquement de sourire en pensant qu’il omettait un point capital. Il s’avança vers elle et lui parla d’une voix rassurante :

— Oh ! Suis-je bête. Avec toute cette agitation et ce stress, j’ai complètement oublié de vous présenter mon assistant, frère Jean.

   Changeant soudain de ton, il s’adressa à l’homme qui attendait, apeuré, dans l’ombre.

— Mais voyons, mon cher, ne sois pas empoté, viens près de moi, invita le père Léon avec impatience.

   Rose et Robert observèrent attentivement le coin sombre, s’attendant à apercevoir le frère Jean, mais rien ne se passa. Ils se retournèrent vers le père Léon, ils s’inquiétaient, car ils vivaient dans l’angoisse permanente depuis qu’ils avaient appris que Rose était enceinte de cet être exceptionnel. Ils prirent peur que quelqu’un ne vînt enlever leur enfant pour en faire un monstre.

   Le père Léon interrompit les pensées obscures du couple.

— Je vous prie de l’excuser, il se montre très timide et depuis que je lui ai confié cette mission, il vit dans la crainte.

   Il se retourna pour s’adresser à son assistant.

— Allez, viens, il ne t’arrivera rien. Il faut que tu m’aides à mettre cet enfant au monde. Ensuite, nous les cacherons, lui et sa famille. Ils seront en sécurité à l’abbaye, où ils ne risqueront plus rien. Bon, tu sors maintenant et presto.

   Le frère Jean quitta alors la pénombre. C’était un jeune homme d’environ vingt-cinq ans. Il se révélait grand et maigre. Il portait la tonsure et apparemment des cheveux châtains comme le laissaient paraître ses larges sourcils épais et touffus. Il disposait d’un long nez pointu. Autrefois, certains de ses camarades de classe l’appelaient « l’oiseau », car, il faisait penser à un volatile. Ses joues creuses et son teint pâle étaient éclairés par des lèvres plutôt roses. Ce qui pouvait parfois choquer certaines personnes qui le croisaient. Cependant, cela était extrêmement rare, car il ne sortait pas souvent. Il restait confiné dans l’enceinte de l’abbaye à longueur de journée.

   Robert s’approcha doucement de lui pour le rassurer :

— Bonsoir ! Je me présente, Robert Milford, content de vous rencontrer, frère Jean.

   Celui-ci fixait avec des yeux écarquillés l’homme qui lui tendait la main. Robert espérait qu’il lui serre la main en retour. Mais cet homme ne le fit pas et le dévisageait comme s’il était face à un extraterrestre. Il crut qu’il était effrayé, donc il l’interrogea :

— Pourquoi me fixez-vous comme ça ? Je ne vais pas vous manger. Vous n’avez quand même pas peur de moi ? Si ?

   Le père Léon ricana :

— Il ne vous répondra pas, il est muet depuis quatre ans.

— Comment est-ce arrivé ?

— Ben, commença le père Léon, il se rendait…

— ARGHH !!!

   Un cri de douleur l’interrompit, et tous se retournèrent. Rose hurlait de douleur. Elle serrait son poing gauche jusqu’à enfoncer ses ongles dans la paume de sa main. De la droite, elle tenait fermement sa belle robe vert émeraude offerte par son mari. Parce qu’il trouvait qu’elle allait parfaitement avec ses yeux et il s’avérait qu’il avait raison. En effet, la robe, à quelques nuances près, possédait la même couleur que ses iris.

   Son mari se précipita pour lui mettre un morceau de bois entre les dents. Père Léon, agenouillé à côté de Rose, lui dit solennellement en se relevant :

— C’est l’heure. Le travail commence. L’enfant arrive.

CHAPITRE 5

Dimanche 13 juin 1993, minuit treize

   Le visage de Rose pâlit tout à coup. Bien sûr, elle savait qu’elle allait accoucher, mais elle aurait préféré que cela survienne plus tard. Elle avait un mauvais pressentiment au fond d’elle. Elle devinait que les mages noirs les retrouveraient n’importe où. Ils ne lâcheraient pas l’affaire, ils voulaient cet enfant. Ils iraient jusqu’au bout et ne reculeraient devant rien. Elle redoutait d’être séparée de son fils.

— Il faut y aller maintenant. Robert, tu t’occupes de l’empêcher de crier comme tu peux. Il est capital de faire le moins de bruit possible. Frère Jean, prends l’eau, les serviettes et tout le matériel qui se trouve près de la poubelle. Allez vite, cria père Léon dans un moment de panique. Et toi, Rose, il va falloir te préparer à pousser, et surtout, n’oublie pas de respirer, en suivant l’enseignement de notre brave Solaris. Dommage que l’enfant naisse plus tôt que prévu, sinon elle t’aurait assistée dans cette lourde tâche.

   Déjà qu’il paraissait difficile d’accoucher dans la rue, sans soins médicaux, alors quand vous deviez mettre au monde un nouveau-né qui attirait toutes les convoitises… Tous étaient énormément stressés. Robert s’agitait, il n’arrêtait pas de changer de position. Un coup, il s’asseyait en tailleur, la tête entre ses mains, puis il se mettait à genoux. La plupart du temps, il s’accroupissait, regardait tout autour de lui et tendait l’oreille pour essayer d’entendre si quelqu’un approchait.

   Frère Jean n’arrêtait pas de faire craquer ses doigts ou de tapoter nerveusement sur ses cuisses. Le père Léon, lui, paraissait le plus détendu de tous. Son secret : se concentrer sur l’accouchement en essayant d’oublier le danger et la menace qui pesaient sur eux.

— Allez, maintenant il faut pousser, encouragea père Léon.

   Rose refusait, mais malheureusement elle y était obligée. Elle prit une profonde inspiration et poussa aussi fort qu’elle pouvait. Elle savait que c’était la procédure habituelle que le père Léon lui ordonne de pousser ou de souffler. Cependant, cela l’agaçait et pour couronner le tout, son mari, comme tous les époux, répétait stupidement tout ce que le père Léon disait. Mais un ton plus haut et plus vite. Ce qui énervait davantage Rose. Cela ne paraissait pas assez difficile, il fallait qu’il en rajoute. Comme si c’était lui qui accouchait !

   Rose agrippa Robert par le col de sa chemise, se hissa légèrement et lui lança méchamment :

— Je ne suis pas sourde, je t’en prie, tais-toi.

   Elle se laissa retomber lourdement sur le sol.

   Il prit un air sérieux et compréhensible.

— D’accord, chérie, pardon, je voulais juste t’aider.

— Je sais, mais tu m’aiderais plus en te taisant, mon cœur.

   Robert lui sourit tendrement en lui caressant la main.

Le visage du père Léon s’illumina.

— Je commence à voir la tête, allez, un dernier effort, poussez à fond. Le plus fort possible. Soufflez, soufflez, soufflez… Maintenant, poussez, poussez, poussez, allez… le voilà…

   Le père Léon resta figé, les yeux grands ouverts. Rose épuisée, ne remarqua pas son expression, fort heureusement. Robert, lui, oui et s’inquiéta :

— Quoi ? Que se passe-t-il ? Il y a un problème ? C’est normal qu’il ne pleure pas ?

   Rose releva la tête avec les dernières forces qui lui restaient.

— Qu’y a-t-il ? Mon bébé, il va bien ? demanda-t-elle, haletante.

   Le père Léon, dans la panique, ne prit pas le temps de leur répondre. Il ordonna à frère Jean :

— Vite, apporte-moi les ciseaux pour que je coupe le cordon, prends la couverture aussi.

   Ce dernier se précipita, il avait tout aperçu. Il savait que l’enfant que tout le monde attendait était mort. Au teint blanchâtre du nourrisson, il pouvait deviner que cela faisait plusieurs heures, voire plusieurs jours. Leur espoir s’anéantit, le mal allait englober leur monde pour plusieurs siècles. Le grand mage blanc précédent avait rendu l’âme deux jours auparavant. De plus, chose rare, il se trouvait que c’était le grand-père de l’enfant. Si aucun autre ne prenait sa succession, le bien était détruit. Le mal gagnerait. Cet enfant se révélait être le treizième grand mage blanc, plus puissant que tous les autres. Impossible d’imaginer qu’il fût décédé.

   Frère Jean tendit les ciseaux, les larmes aux yeux.

   Rose et Robert comprirent la situation à la mine triste et abattue de frère Jean et de père Léon et s’effondrèrent en pleurs.

   Le père Léon coupa le cordon, séparant ainsi la mère et son enfant. À cet instant, une chose incroyable et impensable se produisit. Les doigts du bébé bougèrent légèrement, son ventre se mit à se soulever et s’abaisser. Son cœur commença à battre, l’enfant ouvrit les yeux. De somptueux yeux bleu azur étincelants. Sa peau reprit une couleur normale. Père Léon sourit et tendit le nouveau-né à ses parents :

— Voici l’enfant prodige, il paraît vivant et en bonne santé. Nous pouvons appeler ça un miracle.

   Les parents du petit pleuraient à chaudes larmes, mais cette fois de bonheur. Rose prit son fils dans ses bras et le serra tendrement en le berçant. Robert passa sa main gauche sur le visage de son garçon et de la droite, il soutint la tête de sa femme. Il embrassa avec douceur son enfant sur le front et lui sourit. Le bébé le regarda et lui rendit son sourire. Il s’avérait incroyablement éveillé, surtout pour un nourrisson qui était encore mort quelques instants plus tôt.

   Robert se redressa subitement :

— Avec toute cette agitation, nous n’avons pas vraiment pensé au prénom.

— Si, moi j’y ai réfléchi, je souhaite l’appeler « Alban ». Qu’en dites-vous, Alban, c’est bien ? répliqua Rose.

   Robert sourit à sa femme :

— Oui, Alban, ça me plaît bien.

   Frère Jean et père Léon acquiescèrent d’un signe de tête, l’air réjoui. Tout allait bien, ils en avaient presque oublié la menace. Cela ne dura pas longtemps, des bruits de pas vinrent troubler le silence. Des pas décidés. Cette fois, plus aucun doute, les mages noirs arrivaient, il fallait agir et vite. Sinon, tout était fini.

CHAPITRE 6

Dimanche 13 juin 1993, minuit vingt

Comment faire ? Rose était encore trop faible pour pouvoir courir, elle les retarderait plus qu’autre chose. Père Léon ne pouvait pas prendre le risque. Il fallait réfléchir très vite, mais Robert fut le plus rapide. Pendant que les pas approchaient de plus en plus, il exposa son plan aux autres :

– Ma femme ne pourra pas suivre. Donc, si elle vient et qu’ils nous rattrapent, ils sauront que l’enfant est né et que nous l’avons caché. Je vais rester ici avec elle pour tromper les apparences. Père Léon partira devant pour mettre mon fils à l’abri, nous vous rejoindrons plus tard. Frère Jean, vous vous tiendrez en retrait derrière, mais assez éloigné pour que, s’ils vous saisissent, ils ne voient pas Alban leur échapper. Si ce cas-là arrive, vous garderez votre calme. Ils vous interrogeront, mais quand ils comprendront que cela ne sert à rien, nous aurons gagné un peu plus de temps.

   Père Léon prit l’enfant des bras de Rose ; elle l’embrassa tendrement et ajouta, à l’adresse de père Léon :

— Nous nous retrouverons à la chapelle, où ils ne pourront pénétrer. À tout à l’heure.

   Robert caressa le front de son petit garçon. Père Léon partit en courant en serrant Alban contre sa poitrine, emmitouflé dans la couverture fournie par son assistant.

   Le couple regarda s’éloigner leur bébé. Avant que Robert ne dise quoi que ce soit, frère Jean, acquiesça d’un signe de tête en guise d’approbation et il s’esquiva en marchant hâtivement dans la même direction que père Léon.

   Il se retourna une dernière fois pour faire un signe de la main aux parents avant de disparaître. Robert pivota vers sa femme et lui sourit :

– Ne t’inquiète pas, tout ira bien, notre fils va être mis à l’abri et nous le verrons plus tard. Pour l’instant, tenons-nous sereins et attendons.

   Rose lui rendit son sourire et lui prit la main.

— Je ne m’en fais pas, le plus important est que nous soyons ensemble. Espérons que tout se passera bien, que nos amis mèneront notre petit Alban au refuge. Tu sais, je…

   Un cri l’interrompit ; c’était le grand mage noir qui criait contre ses serviteurs.

   Titan, dans une rage noire, insultait les abrutis qui étaient sous ses ordres.

— Vous êtes vraiment stupides. Je vous chuchote depuis tout à l’heure de ne pas faire de bruit et de rester tranquilles. Et toi, imbécile profond, hurla-t-il en s’adressant à Tork, tu me marches sur le pied. Comment as-tu osé ? Bougre d’idiot, crétin absolu !

   Ce dernier, agenouillé devant son chef, pleurnichait presque :

— Pardon, pardon, excusez-moi, ça n’arrivera plus, je suis désolé. Maître, soyez indulgent, épargnez-moi.

   Le grand mage noir le foudroya du regard. Les deux autres magors savaient que leur coéquipier n’aurait pas dû ajouter cette dernière phrase. Le patron détestait que les gens lui demandent clémence. Ils connaissaient la sentence qui lui serait infligée. Titan tendit sa main gauche au-dessus du front de son larbin. Il courba légèrement ses doigts, comme s’il tenait une boule au creux de sa main.

   Tork, qui venait de comprendre ce qui allait lui arriver, blêmit tout à coup. Déjà qu’il était très pâle, comme tous les magors. Cette blancheur semblait surtout due au manque de soleil, car ils sortaient le plus souvent au cours de la nuit et voyaient rarement la lumière du jour. Ils possédaient des yeux colorés soit de noir, soit de rouge.

   Titan contracta ses muscles et des ondes rouges, pratiquement invisibles à l’œil, jaillirent de sa main et s’abattirent sur le front du pauvre Tork. Au moment où le maléfice le heurta, le partisan se tordit de douleur. Sans pouvoir crier, il souffrait intérieurement. Du sang sortait de son nez, de ses oreilles et de ses yeux. Son cerveau allait exploser sous les vibrations que lui lançait son maître. Pour amplifier sa douleur, Titan avec son autre main serra son cœur de l’intérieur. Il ne pouvait toujours pas hurler, car son chef maintenait sa langue immobile. Il tremblait et se tortillait dans tous les sens. Le grand mage noir relâcha un peu la prise, jusqu’à reposer ses mains le long de son corps en interrompant le sortilège.

   Il lui marmonna, comme si rien ne s’était produit :

— Maintenant, tu te relèves et tu te tais. Je ne veux plus entendre un son sortir de ta bouche à moins que je ne t’y autorise. Compris ?

   Tork se redressa difficilement, en acceptant la punition sans poser un regard sur son maître. Il se remit avec difficulté dans le rang, prêt à repartir.

— Bien, nous pouvons continuer à présent ? interrogea Titan.

— Oui, maître, répondirent en chœur Morgan et Nauriac.

— Tork ? questionna le grand mage noir.

   Surpris qu’il lui adresse la parole, il sursauta et s’empressa de dire :

— Euh… Oui maître, oui Titan, le plus grand des plus grands.

   Ils reprirent leur route, l’un derrière l’autre. En tête, Titan marchait avec empressement. Leurs pas résonnaient bruyamment sur les dalles. Il espérait que si jamais ces abrutis qui luttaient pour le bien entendaient leur marche, ils paniqueraient et commettraient une erreur fatale.

   Ils virent enfin le bout de la rue. Dès qu’ils émergèrent de l’obscurité, ils aperçurent le couple au milieu de l’allée.

   Il dit à ses serviteurs :

— Nous allons attendre que l’enfant naisse et nous l’emporterons. Ils ne sont que deux, ils ne pourront pas fuir. Postez-vous autour d’eux et empêchez-les de tenter quoi que ce soit. Notre triomphe est proche.

   Ils se placèrent en cercle derrière Rose et Robert qui paraissaient effrayés. Qu’allait-il advenir d’eux quand ils apprendraient que l’enfant était né et avait été mis en sécurité, là où ils ne pourraient l’atteindre ?

CHAPITRE 7

Dimanche 13 juin 1993, minuit trente

   Père Léon continuait sa course dans la ruelle sombre. Il se retourna. Plus personne derrière lui. Mais où se cachait frère Jean ? Il s’inquiéta, se demandant s’il ne lui était rien arrivé de grave. Peut-être se trouvait-il entre les griffes des mages noirs ? Il posa les yeux sur l’enfant, qui le regardait sans ciller. Maintenant qu’il le voyait de plus près, il distingua la même petite tache de naissance que son père, sur sa joue droite. Sauf que la sienne paraissait beaucoup moins visible. Il l’apercevait à peine, semblable à un point écrit au stylo. Avec le temps, sans doute doublerait-elle de volume, comme celle de son géniteur. Ce bébé semblait tellement petit qu’il avait du mal à imaginer que ce garçonnet possédait un si grand pouvoir…

   Plongé dans ses pensées, il ne remarqua pas tout de suite le bruit de pas qui se dirigeait vers eux. Pris de panique, il chercha un endroit où se dissimuler. Il aperçut un petit coin plus sombre que le reste de l’allée. À cet endroit se trouvaient quatre grosses poubelles cylindriques en fer. Il s’accroupit entre elles. De la rue, ils ne pourraient pas le repérer, car il faisait trop noir. Lui, en revanche, suivait tout ce qui pouvait s’y passer, en regardant entre deux poubelles. Il se tapit dans la pénombre, juste à temps. La personne qui s’approchait déboula en trombe du coin de la rue voisine. L’homme courait et s’arrêta brusquement. Les mains posées sur les genoux, légèrement courbé, il semblait essoufflé. Père Léon le reconnut alors et s’en réjouit. Il chuchota à l’homme :

— Frère Jean, frère Jean, enfin te voilà…

   Il allait sortir de sa cachette, quand il s’aperçut que son ami, ayant identifié sa voix, s’avançait en agitant les bras dans tous les sens comme pour prévenir d’un danger, il avait l’air effrayé. Frère Jean le rejoignit laborieusement, car il ne distinguait rien.

— Que se passe-t-il ? Pourquoi galopes-tu comme ça ? demanda père Léon en sachant parfaitement qu’il ne lui répondrait pas.

   Son compagnon pointa du doigt l’endroit d’où il venait, et ses yeux se remplirent de terreur. Père Léon abaissa le bras de son assistant. Il lui fit comprendre qu’il comprenait de quoi il voulait parler. Les mages noirs arrivaient. Frère Jean tremblait. Ils lui faisaient très peur depuis qu’il avait eu affaire à eux, ils l’avaient torturé et enfermé pendant trois jours. Sans aucune raison, juste pour s’amuser. Cela faisait partie de leur nature, cela représentait un jeu pour eux.

   Père Léon posa sa main droite sur l’épaule de son disciple. Il le regarda avec tristesse. Il imaginait ce qu’il pouvait ressentir et en fut peiné.

   Ils entendirent au loin, les pas des ennemis qui se rapprochaient à grande vitesse. Père Léon regarda l’enfant qui le fixait inlassablement, sans détourner son attention. En fait, depuis qu’il se trouvait dans ses bras, le petit l’observait sans discontinuer. Entendant les pas, le bébé se mit à pleurer.

— Chut ! Chut ! S’il te plaît, ne pleure pas, supplia-t-il, embarrassé.

   Alban cessa aussitôt de geindre. Père Léon se tourna vers son assistant et lui demanda :

— Peux-tu le prendre ? Je vais me mettre devant vous pour éviter qu’ils vous voient ; s’ils y parviennent quand même, je pourrai tenter quelque chose et vous aurez le temps de fuir. Tu mettras le petit en sécurité, si ça se passe mal, promis ?

   Père Léon scruta frère Jean avec insistance. Ce dernier donna son approbation. Quand son supérieur lui tendit le rejeton, celui-ci arrêta de contempler père Léon et tourna ses yeux vers frère Jean avant même d’échoir dans ses bras.

— Fais attention, les voilà. Je les perçois, ils sont proches. Ils ont sûrement entendu le bébé crier.

— D’acc… D’accord, fais… fais atten… attention toi auss… aussi, répliqua frère Jean en bégayant.

   Père Léon le dévisagea, abasourdi :

— Comment se fait-il que tu parles ? Pourquoi maintenant ? Ça fait tellement longtemps que tu n’as pas prononcé un mot.

— Je… je ne sais p… pas, rétorqua-il, quand j’ai po… posé m… mon regard sur l’en… l’enfant, j’ai eu… une… vague de cha… chaleur et je me suis m… mis à par… parler s… sans m’en rendre compte. C… c’est mer… merveilleux.

   Père Léon regarda le petit, il était né depuis une vingtaine de minutes environ et il avait déjà fait un miracle.

   Les magors surgirent au bout de la rue. Père Léon et frère Jean retinrent leur souffle.

— Ils sont où ? Toi aussi, tu as entendu un bébé pleurer ? s’exclama Morgan.

— Oui, c’est ce que j’ai cru, mais je n’en suis pas sûr, dit Nauriac en bâillant.

   Il marchait en raclant les pieds, les yeux ensommeillés.

— De toute façon, nous tenons les parents. Ils nous diront bien où est l’enfant, sinon…

   Morgan tapa son poing dans sa paume gauche et l’enfonça très fort dans le creux de sa main. Il ajouta, avec un sourire ironique :

— Nous allons les tuer, les écrabouiller. Décampons, ils ne sont pas ici. Espérons que nous attraperons le nourrisson avant qu’ils le cachent.

— Oui, tu as raison, après, nous pourrons rentrer dormir, râla Nauriac.

— Tu m’énerves, tu ne penses qu’à ton appétit grandissant et ton sommeil quasi permanent, cria Morgan en s’éloignant de l’autre côté de la rue.

   Nauriac le suivit nonchalamment.

Père Léon et frère Jean, qui avaient retenu leur respiration autant que possible jusque-là, éclatèrent. Ils avaient eu beaucoup de mal à éviter de respirer pour ne pas être surpris.

   Père Léon rompit le silence qui s’était installé :

— Ce n’est pas vrai, ils ont découvert le pot aux roses. Pauvres Robert et Rose, c’est de ma faute. Pourquoi avoir permis ce plan stupide ? Il faut aller les sauver.

   Frère Jean l’en empêcha en le retenant par le bras.

— Non… il f… faut que nous me… mettions le pe… petit à l’abr… l’abri. Il f… faut s’en te… te… tenir au pl… plan

   Père Léon consentit, les larmes aux yeux :

— Tu as raison, c’est juste un moment de panique. Emmenons le petit à la chapelle, et si ses parents ne viennent pas dans les deux heures qui suivent, nous le confierons à sa grand-mère qui s’occupera de lui en leur absence.

   Il ne voulait pas admettre que Robert et sa femme devaient sûrement être éteints ou que cela ne saurait tarder. Il espérait qu’ils pourraient trouver un moyen de s’échapper. Père Léon et frère Jean se regardèrent, compatissants à leur malheur, et reprirent leur chemin en direction de la chapelle.

CHAPITRE 8

Dimanche 13 juin 1993, minuit quarante-cinq

   Ils arrivèrent tous les trois à destination. Ils se trouvaient devant le petit portail au bout du sentier. Ils voyaient la chapelle sur les hauteurs, au sommet de la piste recouverte de dalles en pierre.

   Père Léon ouvrit le portail qui grinça légèrement. Leurs pas résonnèrent dans la montée, un léger vent caressait leur visage. Alban, toujours blotti dans les bras de frère Jean, observait partout autour de lui. Il avait l’air triste, comme s’il avait compris que ses parents n’étaient plus de ce monde. Encore quelques efforts et ils atteindraient la lourde porte. Personne n’osait parler. Ils avaient un peu froid et hâte d’entrer se réchauffer près du feu. Enfin, ils touchaient au but. Au moment où ils posaient les pieds sur le palier, la lumière en haut du porche s’illumina. Frère Jean leva les yeux, stupéfait.

— Q… qui a all… allumé ?

   En effet, cela s’avérait curieux, car c’était une très vieille veilleuse qui ne s’embrasait qu’à l’aide d’une allumette. Père Léon, moins surpris que son assistant, contempla le nourrisson et lui chuchota tendrement, en se penchant vers lui.

— Tu as raison, nous n’y voyons pas grand-chose, je te remercie d’avoir éclairé.

   Frère Jean, la bouche grande ouverte, pointa son doigt vers l’enfant. Avant d’avoir pu prononcer un mot, père Léon ajouta à l’oreille de son second, comme un secret :

— Oui, je sais, c’est impressionnant, mais il va falloir nous y habituer.

   Frère Jean resta bouche bée, ne croyant toujours pas au miracle auquel il venait d’assister. Il dévisagea l’enfant avec étonnement, pendant que son supérieur déverrouillait le battant avec une grande clé toute rouillée.

— Eh b… ben, p… pas croy… croyable ! s’exclama frère Jean avant de pénétrer dans la demeure.

   Une vague de chaleur les enveloppa. Ils ne s’étaient pas rendu compte qu’il faisait si frais dehors, avant de franchir le seuil. Même l’été sur les hauteurs de la ville, il ne faisait pas très chaud, par rapport à la rue où ils se trouvaient, quelques minutes plus tôt. Le froid était plus intense en altitude. Sûrement était-ce dû à la proximité d’un des accès à l’enfer au centre de l’agglomération.

   Un homme se tenait agenouillé devant la cheminée. Il était petit et maigre, le crâne dégarni. Il portait une robe marron foncé tenue par une corde. Il avait les oreilles décollées et très grandes. Il ressemblait à Dumbo, le petit éléphant dans le dessin animé. L’individu se retourna en entendant la porte se fermer. Il possédait un long nez crochu et des yeux marron très clair.

— Ah ! C’est vous ! Alors tout s’est bien passé ? lança-t-il d’une voix aiguë.

   Remarquant que personne ne lui répondait et que tous baissaient la tête, il ajouta :

— Je vois l’enfant, je le trouve très mignon. Oh ! Qu’il est beau ce bout de chou, s’exclama-t-il en déviant de la conversation. Mais où sont Robert et Rose ? Ils arrivent après ?

   Il observa Alban, en attendant qu’ils lui assurent que tout allait bien. Père Léon essaya de s’exprimer sans faire trembler sa voix :

— Non, frère Michel, ça ne s’est pas déroulé comme nous l’aurions voulu. Robert et sa femme ont été capturés par les mages noirs. Ils doivent certainement avoir été tués maintenant.

   Frère Michel baissa la tête et s’excusa, avant de fondre en larmes :

— Oh ! Désolé, je l’ignorais. Pauvre petit.

— Tu ne pouvais pas le deviner. Allez, ça va aller, rassura père Léon à frère Michel. Où sont frère Laurent et frère Pierre ? demanda-t-il.

— Frère Laurent se trouve dans la cuisine et frère Pierre dans la cave ; il range, organise et fait l’inventaire des bouteilles de vin pour la fête, mais…

   Il se tut, comprenant que la cérémonie n’aurait pas lieu, et se remit à pleurer de plus belle en songeant à ses amis décédés.

— Va me les chercher et si tu possèdes assez de courage pour ça, tu dois leur annoncer la mauvaise nouvelle. Moi, je ne crois pas que j’en aurai la force.

   Frère Michel approuva et déguerpit dans le couloir. Père Léon s’effondra sur le divan :

— Donne-moi le bébé, frère Jean. Tu pourrais aller lui préparer un biberon ? Il doit avoir faim.

— D’acc… d’accord, affirma-t-il en empruntant à son tour le même couloir que son collègue.

   Frère Michel réapparut quelques minutes plus tard avec frère Laurent et frère Pierre, en larmes derrière lui.

— Oh ! Mon ami, quelle horreur ! s’écria un des deux individus, plutôt enrobé, il s’avança vers père Léon qui sursauta à son entrée dans la pièce.

  Frère Laurent, qui venait d’apparaître, arborait des cheveux châtains, la coupe au bol, des yeux noisette, de grosses joues rouges, bien rondes. Son nez ressemblait à une patate. Sa large bouche était recouverte de chocolat. Frère Laurent s’avérait être un excellent cuisinier, mais il était tellement gourmand qu’il mangeait une grande partie de ce qu’il confectionnait. Un bon cuisinier goûte toujours ses plats pour, par la suite, pouvoir les améliorer, invoquait-il pour sa défense.

   Il se jeta dans les bras de père Léon qui venait de se lever. Surpris par le poids, il faillit retomber sur le canapé, il mit le bras pour protéger le nouveau-né.

— Allons, allons, un grand gaillard comme toi, pleurer ainsi. Reprends-toi, voyons, nous devons rester calmes et garder notre sang-froid pour l’enfant.

— Oui, tu as raison… Oh ! Le beau bébé, s’écria-t-il, remarquant enfin Alban.

— Faites voir, pleurnicha frère Pierre qui n’avait pas osé s’exprimer jusque-là.

   Il arborait des cheveux blonds et frisés avec une coupe au carré, des yeux bleu foncé, des joues creuses, un nez légèrement aplati. Il s’occupait des archives de la chapelle. Il était très organisé et aimait bien le rangement.

   Il s’avança d’un air solennel et jeta un rapide coup d’œil au nourrisson.

— C’est vrai qu’il est mignon, affirma-t-il en s’éclaircissant la voix, essayant de ne pas éclater en sanglots.

   Père Léon allait s’adresser à frère Pierre quand il fut interrompu par frère Jean qui déboula dans la pièce, sans s’apercevoir de la présence de ses confrères.

— Ç… ça… y… est… père… Lé… Léon. J’ai le bib… biberon.

   Tous, sauf père Léon qui savait déjà que frère Jean avait recouvré l’usage de la parole, restèrent abasourdis. Ils fixèrent leur ami qui parut gêné de la situation, car il voulait le leur apprendre autrement et dans d’autres circonstances.

— Oh ! Mais tu parles ! s’étonna frère Laurent.

— Incroyable ! renchérit frère Michel.

— Comment est-ce arrivé ? sollicita frère Pierre.

   En guise de réponse, leur camarade pointa du doigt le bébé.

— Je n’y crois pas. Je savais qu’il serait puissant, mais pas à ce point, s’exclama frère Pierre.

   Un bruit fracassant interrompit la conversation. Une silhouette noire apparut sur le pas de la porte. Ils ne pouvaient voir son visage, car premièrement, la lumière de la lanterne s’était éteinte avec le vent. Et deuxièmement, la personne était encapuchonnée.

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Nouveau monde

Contenu complet

Synopsis:

Arya, 32 ans, célibataire, se réveille la tête embrumée. Mais où est-elle ? Et qui est cet homme à ses côtés ? Elle comprend rapidement que le gouvernement les a enlevé pour les intégrer dans un lieu inconnu et secret afin de sauver l’humanité. Accompagnés de 8 autres personnes, ils explorent leur nouvel environnement et essaient de s’y adapter. En menant l’enquête, ils devinent où ils se situent. Mais réussiront-ils à franchir les falaises qui délimitent le site où ils se trouvent ? Et surtout, la vraie question est, vu le contexte mondial actuel, en ont-ils vraiment envie ? Que vont-ils apprendre les uns des autres et quelles découvertes les attendent dans ce nouveau monde ?

 

 

NOUVEAU MONDE

Chapitre 1: Mike


J’ouvre les yeux. Il fait noir. Allongée sur le dos, je n’arrive pas à me réveiller. J’essaie d’émerger de mon sommeil mais mes paupières se referment plusieurs fois et ma tête me fait mal. Comme un lendemain de fête. Est-ce que j’ai bu hier soir ? Malgré mes efforts, je ne me souviens pas. Désorientée, je frissonne de froid. Je me tourne et me recroqueville afin de me réchauffer. Je découvre alors que je ne suis pas dans mon lit mais à même le sol. Il est dur, rugueux et je suis gelée. Où suis-je ? Je me fige mais reste calme, luttant contre la peur qui commence à m’envahir. Ma vue s’’habitue doucement à la pénombre et je distingue des murs. Des reliefs se dessinent peu à peu et je réalise que j’observe les parois d’une grotte. Je me perds dans mes pensées et me rappelle d’une escapade avec mes amis où nous avions dormi dans une caverne après avoir allumé un feu de camp et mangé des grillades. Mais je ne sens pas l’odeur de fumée froide sur mes vêtements et c’était il y a bien longtemps. Je devais avoir une vingtaine d’années. Aujourd’hui, à 32 ans, ma vie a bien évoluée. Un léger bruit me ramène à la réalité. Mes sens en alerte, je me concentre sur mon environnement et je l’entends. Une respiration… Je prends conscience que je ne suis pas seule dans cet endroit, il y a quelqu’un juste derrière moi. Je sens alors une main se poser sur ma taille. Même si ce geste est tendre et délicat, je ne peux plus bouger, je suis paralysée. Etant célibataire, je n’attends de caresses de personne. Qui est-ce ? Je redouble d’efforts mais il m’est toujours impossible de me rappeler de ma soirée. Quel jour sommes-nous ? Dois-je aller travailler ?


Le boulot. Je suis professeur des écoles. Cette pensée aide mon cerveau à se reconnecter et ma mémoire revient ! Hier, c’était le dernier jour de classe avec mes CM2 avant les grandes vacances d’été. Nous avons passé la matinée à faire des jeux de société puis regardé un film l’après-midi. Un groupe vraiment sympathique cette année, avec un climat d’entraide comme je n’avais jamais pu instaurer dans mes autres classes. Pourtant, l’année avait très mal démarrée… Tiago, le petit chef de la bande, voulait diriger tout le monde. Mais petit à petit, j’ai réussi à trouver une place à chaque élève. Ma directrice, Séléna, m’a même félicité du travail que j’ai réalisé avec lui tout au long de l’année. Puis, juste avant que je ne quitte l’école, vers 17h30, alors que nous finissions notre dernier café de l’année scolaire ensemble, dans une école complètement vide, son enthousiasme s’est évanoui et elle m’a dit d’un air très sérieux :

  • Je pense que tu vas passer les meilleurs vacances de ta vie. Ça sera difficile mais tu es prête! 

Je lui ai alors demandé pourquoi elle me disait ça :

  • Prête pour quoi?

Elle m’a fixé sans rien dire pendant un moment. Elle avait l’air heureuse pour moi et triste à la fois.. Elle m’observait comme si nous n’allions jamais nous revoir… Elle me cachait quelque chose. Une grande fatigue s’est alors abattue sur moi. J’ai cligné des yeux plusieurs fois pour lutter contre cet épuisement soudain. Elle m’a alors pris la main, et m’a murmuré:

  • Prête pour une nouvelle vie, un nouveau monde. Ne m’en veux pas et sauve-nous. Mike t’aidera, tu te réveilleras auprès de lui…

Et puis, plus rien… Je me suis endormie…


Je n’ai donc jamais quitté l’école. Pourtant, je suis certaine que je n’y suis plus… Ma tête me fait toujours mal mais j’ai retrouvé mes esprits… Je suis persuadée que Séléna m’a drogué. Mais pourquoi ? Quelle est cette histoire de nouveau monde ? Et qui est Mike ? La main est toujours posée sur ma taille et je sens maintenant le souffle chaud de la respiration sur ma nuque. Ne pas paniquer et réfléchir… Suis-je en danger ? Non, je ne pense pas. Et si c’était lui ? J’essaie de trouver le courage de parler. Je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche que la personne derrière moi murmure :

  • Arya ?

Une voix d’homme. Comment connait-il mon prénom ? Alors je tente :

  • Mike ?
  • Oui…

C’est lui. Ma peur s’est évanouie. Je suis soulagée et me sens même rassurée de ne pas être seule dans cet endroit inconnu. Mike t’aidera, tu te réveilleras auprès de lui… Les derniers mots de Séléna. Séléna est quelqu’un de bien, tant dans son travail que dans sa vie privée et je lui fais confiance. Enfin, je crois, elle m’a quand même drogué !

Je me tourne doucement vers lui. Il retire sa main. Je me sens étrangement bien, alors que je suis en face d’un inconnu dont je connais seulement le prénom, et dans le noir qui plus est !!! Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ? Mes yeux s’étant habitués à cet environnement sombre, je distingue maintenant sa silhouette. Son visage n’est qu’à quelques centimètres du mien. Que dire ? J’ai tellement de questions… Il me devance :

  • Tu sais où nous sommes ?
  • On dirait une grotte.

J’observe de nouveau les alentours. Je distingue les détails des parois, et plus loin derrière nos pieds, une ouverture légèrement lumineuse. C’est bien ça, nous sommes dans une caverne. Je ne vois quasiment aucune étoile, le jour va bientôt se lever. Mike se redresse tranquillement et me tend la main pour m’aider à me mettre debout. Puis il avance vers l’entrée de la grotte. Je décide de le suivre. Mais comment suis-je arrivée là ? Depuis l’ouverture, la vue est époustouflante. J’adore la nature, les paysages. Mon attention est focalisée sur ce que je vois. Un lac se tient plus loin devant nous en contrebas, au centre de ce qui ressemble à une immense prairie. C’est la pleine lune. Elle se reflète dans l’eau bleutée. Tout autour, une forêt dense est encerclée de falaises. Nous restons là sans rien dire, un long moment, à observer les alentours jusqu’à ce que le ciel s’éclaircisse un peu. Le silence laisse doucement place au chant des oiseaux. C’est une magnifique journée et les rayons du soleil sur ma peau commencent à me réchauffer. Je l’observe. Il est brun, les cheveux en bataille. Nos regards se croisent. Il a les yeux d’un bleu océan remplis de mystère :

  • C’est magnifique… Ce lieu à l’air tellement sauvage ! Et il y a des espèces d’arbres que je ne connais pas…
  • Je ne les reconnais pas toutes non plus.
  • Moi je devrais, c’est ma spécialité, je suis scientifique en botanique. Et toi Arya ?
  • Je suis professeur des écoles. Mais je n’entends aucun cri d’enfants ici pour le moment… Comment connais-tu mon prénom ?
  • C’est une de mes connaissances, hier, qui m’a tenu un discours un peu étrange. Je travaille seul mais mes serres et laboratoires de recherches sont ouverts à certaines personnes qui ont une autorisation spéciale. Solène en fait partie, je n’ai jamais su pourquoi. Elle m’a rendu visite hier après-midi afin d’avoir des informations sur mes dernières avancées sur l’un de mes projets.
  • Solène… Et qu’est-ce qu’elle t-a dit d’étrange ?
  • Nous étions en train de boire un thé préparé avec l’une de mes dernières trouvailles, quand je me suis senti faiblir. Elle m’a alors dit que j’étais prêt pour le nouveau monde, et que j’y rencontrerai Arya. Puis je me suis endormi…
  • Pour te réveiller ici ! Toi aussi tu as été drogué ! Hier, j’ai bu un café avec Selena, ma directrice, et comme toi, elle m’a dit que j’étais prête, que je te rencontrerai et que tu allais m’aider…
  • Séléna ? Tu penses que Solène et Séléna sont une seule et même personne ?
  • Je ne sais pas… D’où viens-tu ?
  • D’une petite ville située à côté de Toulouse. Et toi ?
  • J’habite près de Tarbes, à environ une heure de Toulouse… Nous ne devons pas être très loin de chez nous.

Je me mets alors à fouiller mes poches pour sortir mon portable. Il affiche 3h33. Qu’est-ce que c’est que ce délire ? Il n’est pas à la bonne heure… Il ne me reste que douze pour cent de batterie et le réseau affiche : aucun service. J’essaie en vain d’ouvrir une application pour nous situer. Rien ne fonctionne.

Mike prend également le sien et me dit :

  • Plus de batterie…

Puis quelques secondes plus tard, il ajoute :

  • Regarde !

Je tourne la tête et découvre ce qu’il pointe du doigt. Contre le mur juste derrière nous se trouvent deux sacs à dos…


Chapitre 2 : Le GRAND PROJET

Je remarque tout de suite mon prénom sur une étiquette accrochée à l’un des deux sacs. Je m’approche et l’ouvre délicatement, avec appréhension, tandis que Mike se saisit de l’autre sac à dos. A l’intérieur, je trouve seulement une feuille de papier, pliée en deux. Une lettre. Je reconnais immédiatement l’écriture et la signature en bas de la page. Cette lettre a été écrite de la main de Séléna, ma directrice :

Arya,

Comme tu le sais déjà, le monde va mal.  Ce que tu ne sais pas, c’est que la quatrième guerre mondiale est sur le point d’éclater, et avec les dernières avancées biologiques et technologiques, elle sera la plus dévastatrice de toute l’histoire. L’espèce humaine pourrait même ne pas y survivre.

Même si nous partageons notre quotidien depuis deux ans, tu ne sais en fait rien de mon vrai travail. Mon poste de directrice n’est qu’une couverture. J’ai souvent eu envie de t’en dire plus, mais ce n’était pas possible, formellement interdit. Aujourd’hui, je peux enfin te révéler la vérité !

Je travaille pour le gouvernement, plus précisément sur le GRAND PROJET, depuis de nombreuses années. Pour résumer, celui-ci consiste à sélectionner un échantillon de la population mondiale et à l’insérer dans un lieu tenu secret afin d’éviter l’extinction de notre espèce. L’Homme pourra alors reconstruire un nouveau monde dans un environnement éloigné et jusqu’à présent préservé. Je t’ai choisis. Et ce pour plusieurs raisons.

Nous avions besoin d’un enseignant. Les critères étaient stricts et tu les avais tous ! Calme mais dynamique, qui a le sens du relationnel et aime le travail d’équipe mais autonome et dégourdie, créative, curieuse, compréhensive et à l’écoute. C’est tout toi !! Et ton côté aventurière, protectrice de l’environnement et sans attache facilitera ton intégration dans ta nouvelle vie et la préservation de ce cadre naturel. C’est également moi qui ai sélectionné Mike, ton binôme. Il est botaniste et je n’ai aucun doute sur le fait que vous allez très bien vous entendre.
Ensemble, retrouvez les autres et cherchez le refuge, seul endroit créé par l’homme dans ce lieu. Vous trouverez à l’intérieur ce dont vous aurez besoin pour démarrer votre nouvelle vie. Comme tu dois être en train de le réaliser, il n’y a pas de retour en arrière possible. Il n’y aura pas d’autres lettres, ni aucune intervention du gouvernement dans ce lieu inconnu du reste du monde, cela serait trop risqué. Si tu lis cette lettre en ce moment c’est que le plan d’urgence à été déclenché, et que les dix personnes devant intégrer le GRAND PROJET ont été arraché à leur vie pour être amenés ici, car la guerre ne pouvait plus être contenue et à éclaté au grand jour. Toute trace du GRAND PROJET a déjà été effacé et notre service gouvernemental dissout, afin que personne ne sache que vous êtes là.. Je vous souhaites bonne chance dans votre nouveau monde, prenez en soin.

Séléna.

Solène et Séléna sont bien une seule et même personne. Je ne sais pas trop quoi penser. Je n’arrive pas à mettre de mots sur ce que je ressens. Un mélange de tristesse et d’excitation ? Je relève la tête, Mike a toujours les yeux rivé sur sa propre lettre. Je me perds dans mes pensées… Un nouveau monde, une nouvelle vie, ici, avec lui, et huit autres personnes que je ne connais pas. Dans un environnement inconnu également, avec un refuge certainement caché quelque part au milieu de cette immense forêt. Par quoi commencer ? Qu’y a t-il dans ce refuge ? De quoi avons nous réellement besoin ? Qui sont les autres ? Et ce Mike, puis-je vraiment lui faire confiance ? Et pourquoi vouloir sauver l’espèce humaine alors qu’elle est en train de détruire notre planète et de s’entretuer ? Est-ce un genre de dernière chance, pour tout recommencer d’une meilleure façon ? Est-ce vraiment possible ? L’appréhension est en train de m’envahir… Et si nous échouons, que se passera t-il ? Nous disparaitrons, tout simplement ? Et si nous survivons mais que la guerre arrive jusqu’à nous ? S’il y a des survivants, ne devrions-nous pas partir à leur recherche ? Devons-nous vraiment rester ici ? Que vont vouloir faire les autres ? Est-ce que Mike à les mêmes informations que moi dans sa lettre ?

Je vois à son regard lorsqu’il relève la tête qu’il se pose autant de questions que moi.

Je lui demande :

  • Séléna, ou plutôt Solène, te parle aussi du GRAND PROJET ?
  • Oui.

Il me tend alors sa lettre. Je lui passe la mienne avant d’entamer la lecture :

Mike,

Comme tu le sais déjà, le monde va mal.  Ce que tu ne sais pas, c’est que la quatrième guerre mondiale est sur le point d’éclater, et avec les dernières avancées biologiques et technologiques, elle sera la plus dévastatrice de toute l’histoire. L’espèce humaine pourrait même ne pas y survivre. Avec les résultats de tes dernières recherches, tu es bien placé pour le savoir.

Si je ne t’ai jamais parlé de mon travail, depuis quelques mois que nous nous connaissons, c’est parce que celui-ci est classé confidentiel.

Je travaille pour le gouvernement, plus précisément sur le GRAND PROJET, depuis de nombreuses années. Pour résumer, celui-ci consiste à sélectionner un échantillon de la population mondiale et à l’insérer dans un lieu tenu secret afin d’éviter l’extinction de notre espèce. L’Homme pourra alors reconstruire un nouveau monde dans un environnement éloigné et jusqu’à présent préservé. Je t’ai choisis. Et ce pour plusieurs raisons.

Nous avions besoin d’un scientifique, qui connait bien la botanique et les animaux. Les critères étaient stricts et tu les avais tous ! Sérieux, appliqué, investis et toujours à la recherche de nouveaux projets. Aimant partager tes découvertes et informer le monde, tout en le préservant. C’est tout toi !! Et ton côté sans attache facilitera ton intégration dans ta nouvelle vie et la préservation de ce cadre naturel. C’est également moi qui ai sélectionné Arya, ton binôme. Elle est professeur des écoles et je n’ai aucun doute sur le fait que vous allez très bien vous entendre.

Ensemble, retrouvez les autres et cherchez le refuge, seul endroit créé par l’homme dans ce lieu. Vous trouverez à l’intérieur ce dont vous aurez besoin pour démarrer votre nouvelle vie. Comme tu dois être en train de le réaliser, il n’y a pas de retour en arrière possible. Il n’y aura pas d’autres lettres, ni aucune intervention du gouvernement dans ce lieu inconnu du reste du monde, cela serait trop risqué. Si tu lis cette lettre en ce moment c’est que le plan d’urgence à été déclenché, et que les dix personnes devant intégrer le GRAND PROJET ont été arraché à leur vie pour être amenés ici, car la guerre ne pouvait plus être contenue et à éclaté au grand jour. Toute trace du GRAND PROJET a déjà été effacé et notre service gouvernemental dissout, afin que personne ne sache que vous êtes là.. Je vous souhaites bonne chance dans votre nouveau monde, prenez en soin.

Solène.

A quelques différences près, nous avons eu la même lettre, avec les mêmes informations. Mike tient dans sa main un bloc-notes et un stylo qu’il vient de sortir de son sac à dos. Je regarde de nouveau dans le mien, il n’y a rien. Pourquoi lui a t-il eu un carnet ?

L’invasion des Omégaliens

Contenu complet

L’invasion des Omégaliens

Maxime Beauvineau

L’invasion

des

Omégaliens

À ma mère, elle, qui m’ a toujours encourager.

Préface

PROLOGUE

L’univers est vaste, très vaste… Pour autant, il existe des chances pour que nous soyons pas seule…

Il existait à l’autre bout de l’univers, une grande planète, la vie était bien développée. Elle s’appela Oméga.

Les êtres peuplant cette planète étaient très respectueux de la nature, ils avaient tout fait pour rendre la vie harmonieuse le plus possible.

Mais, ce n’était pas le cas de celle-ci.

Tout se passa normalement pendant des nombreuses années, les êtres composant cette planète vivaient heureux, sous la protection de leur reine bien-aimé.

Ils vivaient tellement bien, qu’ils ce sont reproduit de plus en plus, mais un jour, la planète se rebella contre eux…

Et la vie ne devint bientôt plus possible, les catastrophes naturelles se produisaient en série, sans que les savants n’en comprennent la raison.

La planète était sur le point de s’éteindre, la reine devait trouver la solution pour sauver son peuple… Et un jour, elle trouva… Si la vie sur leur planète n’était plus possible, alors il fallait en trouver une autre… Et enfin, ce fut le cas. Cette planète s’appelait : « Terre ».

EPISODE I

Une rencontre inattendue

Que y a-t-il de mieux qu’une vie simple et sans problème ? Loin de tous soucis, certes un peu ennuyeuse, mais si tranquille.

C’était la vie que d’Alexandre Duval avait choisie et cela lui allait parfaitement. Mais pour lui, les choses allaient bientôt changer…

Il était environ onze heure du matin, quand le réveil du téléphone d’Alex se mit à sonner, comme chaque jour et c’était comme cela depuis longtemps…

Les rayons du soleil chaud, traversaient les volets de la fenêtre de la chambre du jeune homme de vingt-cinq ans.

Celui-ci se leva avec difficulté de son lit, il tituba pour sortir de sa chambre, se dirigeant vers sa petite salle de bain.

Après plusieurs minutes de lavage, Alex sortit de la douche, il était enfin réveiller, il s’habilla en vitesse et se dirigea vers sa cuisine ouverte à la salle à manger et salon.

Il mangea un bout, et se dirigea vers la sortie de son appartement et passa la porte.

On était mercredi ce jour là, en plein milieu de l’été, il faisait très chaud.

Le soleil tapait fortement sur la tête d’Alex, qui commençait à transpirer, celui-ci voulait se rende à l’un de ses magasins « geek » préférés. Enfin, c’était le cas depuis environ un mois, vu qu’il avait ouvert à ce moment là.

Il y avait de tout : mangas, comics, figurines, des cartes Yu Gi Oh, Pokémon, Magic… Et même un coin « borne d’arcade ».

Alex s’arrêta devant une vitrine de magasin de jouet (l’un de ses péchés mignon ), observant les belles figurines de DBZ. Mais il devait être fort, car on été la fin du mois. Et Alex était sans emploi depuis un moment…

Alex se regarda quelques secondes au travers le reflet, et vit son visage banale.

Il était ni trop rond, ni trop carré, par contre Alex était imberbe, il avait les yeux bleus et les cheveux brun et assez court et pas vraiment coiffés.

Ce n’était pas un jeune homme très souriant, il était très souvent dans sa bulle.

Il était également de taille moyenne, d’un poids moyen, bref, un jeune homme qu’on ne remarqué pas.

Il portait un tee-shirt avec le symbole de Super-Man (son super héros préféré), un jean assortie et une paire de baskets Nike blanches.

Sans même qu’il ne s’en rende compte, Alex était déjà arrivé à destination.

Sur l’enseigne on pouvait lire : « Geek Island », le magasin se situé à Soissons, en plein centre ville.

La ville était petite, si situant dans le nord de la France.

Le centre-ville se composer que de maisons à la taille modeste, de petites boutiques et de restaurants et également de quelques immeubles. Il n’y avait qu’un seul cinéma.

Alex aimé regardé la vitrine, il y avait des figurines, des répliques d’épées et autres katanas.*1

Quelque chose intrigua le jeune homme, l’un des spots clignotaient plusieurs secondes, puis remarchaient normalement.

Alex pénétra dans le magasin, il fut accueilli par sa propriétaire avec un grand sourire, comme chaque semaine.

Salut Francine, comment tu vas aujourd’hui ? demanda Alex.

– Comme un mercredi, mon grand ! répondit Francise Larose d’un ton joyeux.

C’était une femme de cinquante six ans, blonde, avec des mèches blanches, ses cheveux qui descendaient en bas de son dos, d’une coupe parfaite et aux yeux verts.

Elle était de taille moyenne, son corps était fin, elle avait des rides commencé à lui apparaître son visage.

Alex souriait d’un air gêné, car sa vision était troublé par la très généreuse poitrine de Francine, qui était parfaitement mise en valeur à la fois par un beau décolleté plongeant et un beau collier en argent en forme de cœur qui était positionné pile au milieu de celle-ci.

Francine était toujours bien habillée, elle portait le plus souvent une belle robe d’une couleur vive. Pour l’occasion, celle-ci était d’un rouge éclatant.

– Désolé, Alex, mais je n’ai pas de nouveauté cette semaine, affirma Francine.

– Pas grave, je vais me contenté de faire un tour… répondit Alex, toujours troublé.

Il s’avança dans les allées du magasin, vers les rayons qu’il préférait, celui des figurines… Se situant vers le fond à droite.

Sur les étagères sur la gauche se trouvaient les comics, mangas, et romans.

Puis le jeune homme se dirigea vers les bornes d’arcades situées vers l’entrée.

Quand soudainement, il se cogna contre une jeune femme, celle-ci fit tomber ses papiers au sol.

Alex se précipita pour l’aider à les ramassés, mais au même moment, la jeune femme se releva et les deux se cogèrent la tête dans un paf assourdissent.

La douleur fut très forte, Alex se releva, avec des étourdissements, tant dis que la jeune femme était également sonnée.

C’est alors que leur regard se croisèrent, Alex fut comme foudroyer, il sentit son cœur cogner dans sa poitrine, il eut une bouffé de chaleur.

Alex ne pouvait détourner son regard d’elle, elle avait les yeux marrons d’une profondeur abyssale.

La jeune femme d’une vingtaine d’année, en ce que Alex pouvait observer, elle avait un beau visage au tient mâte, des beaux cheveux noirs frisés, assez long et parfaitement coiffés.

Puis Alex posa son regard sur le bas du corps de la jeune femme, il remarqua qu’elle petite ( un mètre cinquante-cinq ).

Elle était mince, voire très mince, elle portait un chemisier blanc, un jean et une paire de baskets Adidas noires.

– Je te présente Marlène Rodrigues, ma nouvelle vendeuse ! Dit Francine d’un ton joyeux en s’approchant de Marlène.

Le visage de Marlène devint rouge comme une tomate, elle avait un sourire gêné.

– Salut… Répondit Alex gêné lui aussi.

– Et… Eeeeeh, en parlant de ça, je recherche un deuxième vendeur… Tu ne connaîtrais pas quelqu’un ? demanda Francine.

– Euuuh, non, désolé… répondit Alex toujours intimidé.

– Appel-moi, si jamais tu trouvais une personne…

– D’accord… Bon, je dois y aller, il va être midi !

– Ah oui, tu as raison, on va fermer pour ce midi, on se dit à la prochaine mon grand.

Alex remarqua que Francine avait un sourire étrange, quand il quitta le magasin.

Sur tout le chemin du retour, une fois qu’il était rentré chez lui, Alex ne pouvait pas s’empêcher de penser à Marlène…

Ça été le cas tout le reste de la journée, il n’avait rien manger le midi, c’était la même chose le soir…

Toute la nuit, Alex pensa à Marlène, il tourna dans tous les sens dans son lit, il ne parvenait pas à trouver le sommeil.

Quand soudainement, il eu une idée, c’était pas une chose qu’il aurait faite normalement, mais il se dit que c’était le meilleur moyen de se rapprocher de Marlène.

Alex sentit alors une pointe d’excitation monter en lui, mais en regardant l’heure et voyant qu’il était qu’une heure du matin, il se dit que la nuit serait encore très longue…

Il était huit heure du matin, quand Alex se leva ( il avait à peine dormi ), pour autant, le jeune homme était en pleine forme, excité même ! Il savait ce qu’il lui rester à faire…

Il attrapa son téléphone de sa table de nuit, il alla dans ses contacts et appela Francine.

Le téléphone se mit à sonner pendant plusieurs secondes, puis soudainement Francine décrocha :

Alex ? Tu te lèves jamais à cette heure d’habitude ? Dit-elle d’une voix très étonnée.

Oui je sais ! Répondit Alex, encore dans l’excitation, il reprit :

– Mais j’ai bien réfléchis et j’ai trouver quelqu’un qui serait intéressé par ton offre !

Ah oui ? Et c’est qui ? Demanda la femme d’un ton joyeux, surpris et presque rassurée.

– MOI !

QUOI ? Mais je croyais que ce genre de travaille ne t’intéresserais pas ? demanda Francine abasourdit.

– Oh… Hésita Alex, avant de répondre :

– Il y a longtemps que je recherche un job et c’est un peu juste en ce moment ( ce qui était vrai )… Et je me dis que si ça se trouve ce boulot pourrait me plaire ( ce qui était faux )…

Il eut quelques secondes de blanc, puis Francine reprit la conversation et dit :

D’accord, vu que je trouve personne pour le moment, je te prends à l’essaie !

Quand il entendit cela, le sang lui monta aux joues, son cœur cogna dans sa poitrine, il prit une grande inspiration et répondit :

– Cool, quand je peux venir pour signer mon contrat ?

Pourquoi pas ce matin ? Vers les dix heures ?

– OK ! A tout de suite !

Alex raccrocha le téléphone, peut-être un peu vite, en y repensant plus tard…

D’un seul coup, Alex avait une faim de loup, il courait en direction de sa cuisine, prit une pomme dans sa corbeille de fruits, un yaourt dans son frigo et du jus d’orange.

Il mangea tout cela en quelques minutes, et parti à la douche. Toujours Marlène à l’esprit.

Une fois la douche terminer, il s’habilla en moins deux minutes, et quitta son appartement au pas de course.

Alex était remonter à bloc, il savait qu’il prenait un risque d’être déçu, mais si on ne prends pas de risque en amour, dans quel autre domaine en prendre ?

EPISODE II

Le job de l’amour

Alex arriva dix minutes en avance, le stress monta en lui, quelques goûtes de sueur coulaient sur son front.

Il rentra, accueilli toute de suite par Francine un avec grand sourire, le stress grimpa d’un seul coup, Francine l’indiqua le comptoir du magasin.

– Tu es en avance, c’est bien ! Affirma Francine ravie, elle reprit :

– Viens ! Tu vas signer ton contrat, c’est un CDD de six moi, avec un essai de trois mois.

Alex très ravi suivit Francine, après avoir signé, il rentra chez lui, son travail commencé à partir du lundi suivant à huit heure du matin.

Alex était très impatient de commencer, toute le reste de la semaine il repensa à Marlène…

Le lundi arriva vite, il se leva vers les six heures trente, pris son petit-déjeuner, se lava en deux deux, pour l’occasion il porta une chemise et l’un de ses rares pantalon. Et parti vers les sept heures quinze…

Il arriva vers les sept heures trente devant l’enseigne, Alex toujours impatient, il devait attendre l’arrivée de Francine…

Soudainement, Marlène arriva, elle portait le même genre de vêtement que la dernière fois que Alex l’avait vu et en plus elle avait un sac à main.

Celui-ci en la voyant, sentit son cœur faire un bond.

– Ah ! C’est toi ! dit-il en stress.

– Tu… Tu es en avance… répondit Marlène qui était en stress également.

– Oui, disons…

Alex marqua une pause, cherchant ses mots, il reprit :

– Que je voulais faire bonne impression pour mon premier jour…

– Ah d’accord… C’est… Bien ! répondit la jeune femme, toujours aussi stressé.

– Et sinon, tu es contente de ton travail ici ? demanda Alex, cherchant à trouver un sujet de conversation.

– Ah oui ! Francine est ultra sympa !

Marlène se tût un moment, puis avec beaucoup de difficulté demanda :

– Et toi tu dois être content de commencer à bosser ici ?

– Oh oui ! Répondit Alex en stress, il ne voulait pas qu’elle découvre ses véritables raisons d’avoir postulé pour ce boulot. Du moins, pour le moment…

Alex s’apprêta à répondre, quand soudainement, Francine fit son apparition avec un grand sourire.

– Je vois que vous sympathisez tous les deux ! dit-elle d’un ton joyeux.

– Bon, si on entré ? demanda-t-elle, avant d’ouvrir le rideau de fer, ainsi que la porte et ils entrèrent.

À peine rentrer, Francine s’adressa à Marlène lui indiquant qu’elle devait formé Alex les deux prochaines semaines, ce qu’il lui aller très bien.

La matinée se passa sans problème, Alex comprenait très bien, même s’il fut envoûter par Marlène et eut du mal à l’écouter…

Mais le midi venant, Alex s’aperçut qu’il avait oublier de prendre un déjeuner, du coup Marlène lui proposa de partager le sien. Une occasion inespérée de se rapprochait en mangeant ensemble.

Ils mangeaient ensemble dans l’arrière boutique, il y avait une petite salle de pause avec tout ce qu’il fallait pour manger, ainsi que des casiers.

Alex se lancé pour commencer une conversation, il dit :

– Merci, j’étais tellement nerveux à l’idée d’être en retard, que j’en ai oublier de prendre une gamelle…

– Oh c’est rien… C’est normale, en plus, je comprends ce que c’est d’être nerveux son premier jour… Répondit Marlène en rougissant.

– Tu es gentille…

– Merci…

– Au fait, Tu as des passions ? Ou des loisirs ?

– Moi ? Pourquoi tu demandes ça ? Demanda la jeune femme intriguée par cette question.

Marlène était de plus en plus rouge.

– Oh… Pour faire plus ample connaissance, c’est normale, on est collègue maintenant, répondit Alex mal à l’aise.

– Oui tu as raison… J’aime bien le shopping, sortir entre fille…

Alex était un peu déçu de sa réponse, il espéré qu’ils aient des points en commun.

– Et aussi les mangas et les jeux-vidéos ! s’exclama Marlène d’un seul coup, après quelques secondes de silence, ce qui fit sursauté Alex.

– Ah cool, moi aussi j’adore ça les mangas et les jeux-vidéos…

Le jeune homme sentit son cœur battre la chamade, il se dit que cette jeune femme était faite pour lui et peut être même que c’était le destin qu’il les avaient réunis !

– Je m’en serait douter, tu viens ici toutes les semaines… Ah ah ah ah ! Dit Marlène qui se mit à éclater de rire.

Elle était presque prise d’un fous rire, ce qui fit rire également Alex.

– Au fait, tu a quel âge ? demanda Alex au bout d’un moment.

– Vingt-trois ans et toi ? répondit Marlène.

– Vingt-cinq ans.

Le reste du repas se passa tranquillement, Alex était aux anges, il avait passé le meilleur déjeuné de sa vie !

Le soir arriva vite et comme ils n’avaient pas beaucoup de clients, ils purent partir trente minutes plutôt.

Chacun partis de son côté, Alex était tout heureux de sa journée, il n’espérait pas qu’elle puisse aussi bien se passer.

Ne voulant pas brusquer les choses avec Marlène, Alex se contenta de la conversation qu’il avait eu le midi, c’est pour cela qu’il ne proposa pas à Marlène l’accompagner.

Il rentra chez lui le sourire aux lèvres, toujours Marlène à l’esprit…

Il faisait encore jour, la chaleur était moins forte à cette heure de la journée, ce qui était très agréable pour Alex.

Il ne se passa rien de spécial les semaines qui suivirent, la relation avec Marlène évoluèrent juste un peu…

Mais un soir en quittant le magasin, Alex prit son courage à deux mains et proposa à Marlène de l’accompagner chez elle, celle-ci accepta volontiers.

Alex sentit son stress qui monta d’un seul coup, il transpira à grosses goûtes, puis au moment d’arriver à l’entrée de l’immeuble de l’appartement de Marlène, il dit:

– Tu… Voudrais bien venir dîner chez moi demain soir ?

– En tout bien tout honneur ? Bien-sûr… se reprit-il, ne voulant pas que ses paroles furent mal comprises.

Il eut quelques secondes de silence, les pires secondes de la vie d’Alex…

– Oui… Finit par répondre Marlène d’une voix toujours aussi timide, qui fit toujours autant fondre Alex.

En attendant cette réponse, Il eut l’impression que son cœur allait s’arracher de sa poitrine, tellement qu’il était heureux, mais la seule émotion qui transparaissait chez lui, était un léger sourire.

– OK… Tu peux me donner ton num, histoire que je puisse organisé la soirée de demain, afin qu’elle soit parfaite ? Demanda Alex au passage. Il savait bien y faire pour bien présenter les choses.

– Heuu… Oui, si tu comptes préparer un dîner aux chandelles, j’ai hâte de voir ça… Répondit Marlène avec un soupçon de malice dans la voix.

Ils s’échangèrent leurs numéros et Alex fit demi-tour et rentra heureux chez lui. Son plan avait marché, il n’y croyait pas, c’était la première fois de sa vie qu’il réussissait quelque chose comme cela.

Le jour suivant passa très vite, Alex le matin avait tout préparer pour le soir, l’excitation grimpa à chaque minutes qui approchait du rendez-vous.

Le soir venue, Alex et Marlène rentrèrent ensemble, ils arrivaient au palier de la porte de l’appartement d’ Alex, celui-ci l’ouvrit et laissa Marlène entrer.

– Ooooh ! S’exclama t-elle en voyant la décoration que Alex lui avait préparer…

Il y avait quelques bougies à piles, la table était mise, avec une nappe blanche. Un vase était mit au milieu de celle-ci.

– Je vois que tu as fait un beau effort pour notre premier rendez-vous ! Dit Marlène avec joie.

– C’est rien… Répondit le jeune homme gêner, surtout par rapport à cette pauvre déco.

– Tu plaisante, tu as dû tout faire ce matin ? Demanda la jeune femme.

– Je me suis lever une heure avant, répondit le jeune homme.

– Oh ! Quelle romantique ! Je suis impressionné !

– Merci… Je te fais visiter ?

– Avec plaisir !

Seulement vu la taille de l’appartement, il y avait peu de chose à visiter. Mais Marlène s’arrêta devant trois étagères remplis de mangas, comics et figurines…

– Oh mon dieu, tu es vrai geek ma parole ! S’exclama-t-elle.

– J’ai déjà vu des collection dix fois plus grande que la mienne. Répondit Alex un peu gêné.

– OK… Dit Marlène perplexe.

Le reste de la soirée se passa extrêmement bien, Alex sentit que le courant passé entre lui et Marlène.

Une fois que Alex était allongé dans son lit, le jeune homme repensa à ces dernières semaines qui s’était écouler.

C’était très étonnant de sa part qu’il accepte ce genre de travaille, car ce n’était pas du tout son domaine.

Et en plus, pour faire plus ample connaissance avec une jeune femme. Mais elle n’était pas n’importe qui, c’était Marlène.

La femme parfaite, Alex aurait tout fait pour apprendre à la connaître. Et quoi de mieux que de travailler tous les jours pour arriver à cette fin.

Alex ne regretté pas son choix la moindre seconde, pour lui, c’était la meilleure décision de sa vie.

Les mois qui suivirent, les deux jeunes gens commençaient à sortir ensemble. Ils passaient de plus en plus de temps ensemble, Alex était aux anges. Il espéré que cela dure le plus longtemps possible…

Ils passèrent presque tous les week-ends ensembles, enfin, quand ils en avaient de libres.

Ils allaient au cinéma, faire du shopping, manger aux restaurants,…

Un vendredi soir, Alex envoya un message à Marlène pour que celle-ci vienne chez lui. Celui-ci avait préparé un autre dîner surprise.

Une heure plus tard, Marlène sonna à la porte d’Alex, il lui ouvrit et cette fois, l’appartement était magnifiquement décorer.

Il y avait des vraies bougies, la table était décorer également de plusieurs roses rouges.

– La dernière fois je n’avais pas eu le temps de faire mieux ! Dit-il le sourire aux lèvres.

– Tu es un vrai romantique ! s’exclama Marlène qui était aux anges.

Le repas se passe dans la meilleure des ambiances, les deux amoureux étaient en phase.

Alex sentit l’excitation monter en lui, une chaleur monta jusqu’à ses joues. Il eut une immense envie de Marlène, il était prêt à lui sauter littéralement dessus.

Une fois sortit de table, il s’avança vers elle, la saisit aux hanches, son regard pénétra le sien et l’embrassa. Ils s’étaient déjà embrasser plusieurs fois au cours de leur relation, mais jamais comme cela.

C’était de toute évidence, du fait que Alex et Marlène avaient fait abstinence durant ces deux derniers mois, que leur excitation avaient grimper à son paroxysme durant tout ce temps…

Ils passèrent une nuit de folie, réveillant certains voisins, la meilleure nuit de leurs vies !

Le soleil était lever depuis de nombreuses heures, quand les deux amoureux se réveiller…

– Aaaah ! Bailla Marlène et s’étirait.

– Tu as bien dormi ? demanda Alex d’une voix tendre.

Marlène se tourna vers Alex, elle avait les yeux qui brillaient, celui-ci souriait, son cœur battait la chamade. Il sentait un intense bonheur.

Marlène resta silencieuse pendant quelques secondes puis répondit ;

– Merveilleusement bien mon chéri !

Il eu plusieurs secondes de silence, puis Marlène demanda d’un ton presque nerveux :

– Que compte tu faire maintenant ?

– C’est à dire ? demanda Alex toujours dans le coaltar.

– Maintenant que tu as eu ce que tu voulais ? Tu ne vas pas rester au magasin ?

Alex sentit son sang se glacer, il n’avait pas imaginer que Marlène puisse avoir compris son plan et d’accepter de sortir avec lui !

– Tu… Savais ce que j’avais en tête ? demanda-t-il nerveusement.

– Oui ! Bien-sûr je ne suis pas né de la dernière pluie tu sais ?

– Oui je sais, mais pourquoi accepter de sortir avec moi alors ?

– Je suis très timide comme tu as pu le voir, j’espérais que tu tente quelque chose pour sortir avec moi.

Quand tu as postuler comme vendeur, alors que cela fait des semaines que Francine cherche un autre vendeur sans que cela ne t’intéresse… Pas besoin d’être Sherlock Homes pour comprendre ton plan.

– Je ne comprends pas bien, tu es contente que j’ai fait tout cela, uniquement pour me rapprochait de toi ?

– J’ai trouvé cela très osé ! J’étais très impressionné, je m’y attendais pas à cela !

– Quoi ?! j’en reviens pas ! J’ai cru que tu m’en voudrais !

Alex fut totalement abasourdit par les révélations de Marlène.

– Non, t’inquiète, sinon, j’aurais jamais accepter de sortir avec toi… Répondit Marlène d’une voix tendre, ce qui rendit Alex très émus.

– Mais ma question tiens toujours, que compte tu faire maintenant ?Demanda Marlène.

– Je vais finir ce mois par respect pour Francine, mais après, je la quitterai. Puis j’irais cherché ailleurs du travail.

– OK, tu cherches où en vrai ?

– J’étais dans l’électronique avant, mais l’entreprise dans la quelle je bosser ne prenait pas en CDI.

– Pourquoi ne pas rester ? Francine va te garder en CDI j’en suis sûr.

Alex réfléchit quelques secondes avant de répondre, pourquoi ne pas rester dans le magasin ?

– Désolé, mais ce job n’est pas pour moi… Mais cela m’empêche pas de continuer de venir comme avant, comme ça je passerai te voir, finit-il par répondre.

– OK…

Alex sentit la déception dans la voix de Marlène, il faillit lui dire quelque chose pour la réconforter, mais cela n’était pas nécessaire, Marlène l’embrassa tendrement.

Il se dit qu’il était un veinard d’avoir trouver quelqu’un comme elle. Il espéré que leur histoire dure longtemps, voire pourquoi pas, pour toujours…

Ils passèrent le reste du week-end ensembles, le meilleur week-end de la vie d’Alex !

Malheureusement deux jours est si vite passé, il fallait bien retourner au boulot…

Mais pour Alex, il lui rester environ un mois à passé au Geek Island.

La journée commença comme les autres jours, sauf que Alex arriva main dans la main avec Marlène, ils avaient le sourire aux lèvres.

Pour Alex c’était comme si tout était beau et joyeux, même les pires clients le rendait heureux.

Mais soudainement, en plein milieu de l’après-midi, toutes les lumières du magasin se mirent à clignoter…

– Mais qu’est-ce qui se passe ? demanda Marlène en stress.

– Aucune idée… On dirait un champs électromagnétique ! Répondit Alex qui se mit à paniquer d’un seul coup.

– C’est quoi ça ?

– Un effet électrique qui détraques les appareilles électroniques et électroniques…

– Mais qu’est-ce qui provoque ce genre d’effets ?

– Un électro-aimant par un exemple !

– Francine, tu as déjà vu ça ici ? Demanda Alex.

– Non… Répondit Francine, mais Alex remarqua qu’elle était mal à l’aise, comme si elle caché quelque chose.

– Si, souvenez-vous, une fois nos téléphones ne captés plus ! Rappela Marlène à Francine, celle-ci ne répondit rien.

– Un champs machin chose peut faire cela ? demanda Marlène en s’adressant à Alex.

– Oui, mais… répondit Alex, qui fut interrompu par les lumières qui se mirent à remarcher subitement.

Le reste de la journée se passa sans autre problème, Alex et Marlène repartirent ensemble.

– Francine nous cache quelque chose, j’en suis sûr ! Affirma Alex avec conviction.

– Mais pourquoi elle ferait ça ? demanda Marlène perplexe.

– Je ne sais pas… C’est vraiment bizarre… Mais il se passe quelque chose dans ce magasin…

– Et qu’est-ce qu’on va faire ?

– On doit y réfléchir… demain soir allons prendre un verre, histoire d’y penser à tête reposer.

– D’accord, mais on dirait une excuse pour prendre un verre ensemble, répondit Marlène d’un ton de malice dans la voix.

La nuit, Alex repensa à ce qui s’était passé, se demandant comment agir ?

Le demain soir arriva très vite, sans qu’aucun autre phénomène du même genre arriva comme la veille.

Alex et Marlène allaient dans le café au coin de la rue.

À peine entrer, ils sentirent une bonne odeur de café chaud, mais aussi une désagréable odeur d’alcool.

Après s’être assis à une table et après avoir commandé, Alex se mit à parler le premier :

– Ces phénomènes électromagnétiques ne sont pas naturelles, il y a aucun transfo ou des trucs avec des bobines dans le coin…

– Mais de quoi veux-tu parler ? Tu penses à quoi exactement ?

– Aucune idée… Répondit Alex perplexe, il se frotta le menton.

Après avoir bien bu leurs boissons, Alex reprit la parole, il sembla sérieux, ce qui étonna Marlène :

– Il est clair que Francine nous caches quelque chose, on doit enquêter nous même pour découvrir ce qui en retourne !

– Mais pourquoi ? S’étonna Marlène.

– Je ne veux pas qu’il t’arrive quelque chose !

– Qu’est-ce que tu racontes ? Que veux tu qu’il m’arrive avec ces phénomènes électriques bizarres ?

– Si ça en pire, ça peut devenir dangereux !

– Sérieux ?

– Oui !

– Mais si Francine cache quelque chose, faudra être discret… Comment va t-on faire ?

– Le midi elle est pas là, c’est là qu’on enquêteras…

– OK, qu’est-ce qui se passera si on découvre quelque chose de vraiment chaud ?

– Aucune idée… Répondit Alex avec de l’hésitation de la voix, il reprit d’un ton plus déterminer encore :

– Mais on ne peux pas rester sans rien faire, il faut agir !

EPISODE III

Le mystère du Geek Island

La veille qui précédée leur enquête avec Marlène au Geek Island, Alex resta une grande partie de la nuit éveiller à cogiter.

Il se demanda ce que pouvait caché ses phénomènes électromagnétiques…

Cela pouvait être tant de choses… Alex mit de côté une machine que Francine cacherait.

Il était peu probable que ça soit un transformateur dans le coin, car il n’y avait pas ce genre d’appareil à proximité du Geek Island.

Alex réfléchissait pendant encore des longues minutes, mais sans rien trouver…

Puis au bout d’un long moment de réflexion, Alex s’endormit enfin…

Le matin quand son téléphone sonna, le réveille fut rude, Alex eut du mal à sortir de son lit.

Il avançait avec difficulté pour se diriger vers la salle de bain, mais heureusement sa douche le réveilla.

Il avait besoin d’énergie, vu sa tâche qu’il l’attendait, son cerveau devait être fonctionnel.

Après s’être habillé, une fois son petit-déjeuné pris, Alex sortit de son appartement. Il était déterminer à trouver ce que cachait Francine.

La matinée se passe sans aucun souci, puis quand le midi arriva,

Alex et Marlène attendirent que Francine parte déjeuner pour commencer leur enquête.

Ils étaient dans la salle de pause. Assis l’un en face de l’autre, il y avait une odeur de nourriture froide qui flottait dans les airs.

Le problème que les deux amoureux rencontraient, c’est quoi chercher ? Ils n’avaient pas la moindre idée de ce qui pouvait être à l’origine de tout cela…

– Je suppose que n’a aucun matos pour détecter des phénomènes magnétiques ? demanda Marlène perplexe.

– Non, c’est plutôt le job d’un électricien, moi j’étais dans l’électronique à la base, ça n’a rien à voir… répondit Alex.

– Alors qu’est-ce qu’on va faire ?

Alex réfléchit quelques secondes, puis demanda :

– Les phénomènes ont lieu partout dans le magasin ?

– Oui, des fois les lumières ont déjà clignotaient ici… répondit Marlène qui semblait s’être soudainement souvenu de cette anecdote.

– On dirait que c’est alternant… ça veut dire que ce n’est pas naturel !

À quoi tu penses, pas à un fantôme j’espère ? Marlène était devenue subitement blanche comme neige.

– Me dit pas que tu crois aux fantômes ? s’étonna Alex d’un ton presque moqueur, qui ne se serait jamais douter de cela.

– Si ! Confirma Marlène qui n’apprécier pas le ton d’Alex, pour elle ce sujet semblait sérieux.

– Désoler chérie, je ne voulais pas te contrarier… Mais je ne crois pas que ça soit des fantômes… dit Alex sincèrement, il se mit à réfléchir quelques secondes, il reprit :

– Je ne sais pas ce que ça peut être, mais si cette chose doit apparaître et disparaître…

– Comment ça ? s’exclama Marlène qui semblait ne pas comprendre où voulait en venir Alex.

– Je sais que c’est étrange, mais si ces phénomènes sont alternant, c’est que quelque chose doit apparaître et disparaître quelque part dans le magasin.

– Mais comment est-ce possible ?

– Aucune idée… Mais cette chose doit apparaître dans un endroit où tu ne dois jamais aller…

– Mais à part l’arrière boutique, il y a pas d’autres pièces ! Marlène était très perplexe face aux suppositions d’Alex.

À ta connaissance, il doit avoir une pièce que Francine t’as cachées l’existence, vu qu’il est clair qu’elle cache se qui passe ici.

– Mais c’est petit ici, je l’aurai vu forcément ! répliqua Marlène qui commencer à s’énerver.

– Hummm… hésita Alex qui était perplexe.

Alex se mit à réfléchir pendant plusieurs secondes, qui paraissaient interminable… Puis soudainement, il leva le doigt signifiant qu’il venait d’avoir une idée, Marlène sursauta, il s’exclama avec triomphe :

– On est d’accord que ces phénomènes sont électromagnétiques, donc, les objets en métaux seront attirés par ça, comme pour un aimant ! Du coup… Alex se leva de table et alla à son casier se situant au fond de la pièce et pris son porte-feuille.

– Où veux tu en venir ? l’interrompit Marlène de plus en plus perplexe.

À ça ! répondit Alex en sortant une pièce d’un euro avec un grand sourire, comme s’il venait de résoudre le plus grand mystère de l’univers.

Il la posa au sol sur la tranche, mais il ne passa rien… Marlène était sans voix, l’air perdue et elle regarda Alex comme si celui était devenue fou.

– Et que devait-il se passé au juste ? Demanda-t-elle intriguée.

– Rien pour le moment, mais on va attendre que le phénomène se reproduise et logiquement cette pièce sera attirée et nous pourrons localisé ce qui est à l’origine des phénomènes, répondit Alex toujours aussi sûr de lui.

– Ah OK ! Pas mal comme idée ! se réjouis Marlène avec un éclat lumineux dans les yeux. Puis après plusieurs secondes, elle reprit :

– Sauf si aucun phénomène se produit… finit-elle par dire d’un ton plus prudent.

– Faut attendre… On verra bien.

Plusieurs minutes s’écoulaient où il ne se passa rien, au moment où Marlène voulait arrêter, subitement, les lumières de la pièce se mirent à clignoter…

La pièce fusa en roulant, vers l’arrière de la salle de pause, elle se figea contre une rangé de casiers.

– Mais c’est quoi ce bordel ? s’exclama Marlène très surprise par ce qu’elle voyait.

– Hmmm… Il doit avoir quelque chose derrière ! répondit Alex d’une voix excitée.

– Derrière ? Tu veux dire derrière les cassiers ? demanda Marlène totalement abasourdit.

– Non, plutôt derrière ce mur ! Il faut virer ces casiers !

Les deux amoureux, se mirent à déplacer la ranger de casiers, après une minutes ou deux d’efforts incroyable, surtout pour Alex qui n’était pas physique comme personne, ils parvenaient à bouger les casiers.

– Aaaah ! La vache ! dit Alex à bout de souffle en transpirant à grosses gouttes.

– Je… Préférerai transpirer sous la couette perso ! répondit Marlène dans une grosse respiration. Alex resta bouche-bée par cette réponse inattendue de Marlène.

C’est avec stupeur qu’ils découvrirent une porte sans poignet, Alex avait un sourire un petit peu trop victorieux au goût de Marlène.

– Et maintenant ? demanda-t-elle.

– Il faut un couteau pour ouvrir cette porte.

Marlène partir chercher son couteau dans l’évier se trouvant à la droite de la pièce, tandis que la pièce d’Alex était coller à la porte.

Marlène revint son couteau à la main, elle le tendit à Alex qui le saisit.

Il se dirigea devant la porte et enfonça le couteau dans le trou de la porte et le tourna à l’intérieur. Il eut un cliquetis, puis la porte s’ouvrit, la pièce d’Alex roula à l’intérieur de l’ouverture, sans que celui ne puisse rien faire…

Derrière la porte se cacha des escaliers fait de pierres, qui défendirent dans une pièce sombre…

– Qu’est-ce qu’on fait ? demanda Marlène qui commencé à paniquer.

– On y va ensemble ? suggéra Alex en lui tendant la main, elle la saisie et ensembles, ils descendirent les escaliers vers l’inconnue…

On pouvait entendre les bruits métallique de la pièce tomber en bas de la pièce inconnue.

Plus ils descendaient, en avançant prudemment à cause de l’obscurité, plus il descendaient, plus une étrange lumière bleu apparaissait…

– Mais c’est quoi ce bordel ?! s’exclama Marlène qui paniqua totalement.

– Aucune idée ! répondit Alex qui lui aussi paniqué, mais il tenta de ne pas le montrer à Marlène, il voulait ne pas la faire paniquer encore plus.

Après plusieurs minutes de descente, ils arrivaient enfin à destination, dans une petite pièce froide.

Les murs étaient en pierres sombres, les coins de la pièce étaient remplis de toiles daraignées.

Il y avait un ancien tableau électrique au fond à droite, le sol était poussiéreux.

Mais ce qu’ils virent leur devant eux, leurs glaçaient le sang, il y avait une étrange petite sphère bleu étincelante qui flottait dans les airs…

– Mais c’est quoi ça ?! s’exclama Marlène.

– Aucune idée, mais cette chose n’est pas normal ! Personne n’a jamais vu ça !! répondit Alex pris de panique, les yeux écarquillaient.

– Bienvenue dans mon cauchemar ! dit une voix familière, en l’entendant Alex et Marlène sursautaient, puis se retournaient en levant la tête et découvrirent Francine en haut des escaliers…

EPISODE IV

Le portail dimensionnel

Marlène, Alex et Francine se tenaient autour de la sphère, ils gardaient plusieurs mètres de distance avec elle…

– Dis-nous ce que c’est cette chose ? demanda Alex voulant le fin mot de cette histoire de fou.

– Mais j’en sais rien ! s’exclama Francine à bout de nerf, tout ce que je sais c’est que ce machin est apparu il y a plusieurs semaines et que c’est lui qui déclenche tous ces phénomènes électriques !!

Alex resta silencieux, réfléchissant à ce que pouvait être cette chose, mais aucune idée lui venue.

– Mais qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? demanda Marlène en panique.

– Je ne sais pas ! J’ai essayé de fermer la porte et de mettre les casiers devant pour essayer d’isoler ce truc, mais ça n’a pas marcher ! affirma Francine.

– Il est clair que les autorités ne pourrons rien faire contre ça ! s’exclama Alex.

– C’est sûr, mais ça nous dit pas quoi faire… répondit Marlène d’un ton désespéré.

– Déjà, il faut remonter à l’étage, on réfléchira à tête reposer, conseilla Francine.

– OK… Alex n’eut pas le temps de finir sa phrase, car la sphère se mit à réagir, elle grossissait de plusieurs centièmes, la pièce d’Alex que tout le monde avait oublier, fut attiré vers elle. Subitement, la pièce fut aspirer à l’intérieur de la sphère.

Tous restaient abasourdit par ce qui se passé devant leurs yeux. Alex s’approcha par curiosité, Marlène lui hurla de reculer, mais trop tard, un autre phénomène se produisit, un rayon d’énergie bleu sortit de la sphère et toucha Alex de plein fouet !

Le rayon toucha le torse d’Alex, il ne ressentit comme une petite décharge électrique, il fut projeté en arrière sur plusieurs mètres, atterrissant contre un mur en pierre.

La violence du choc terrorisa Marlène et Francine, mais après quelques secondes, Marlène se précipita vers le corps inanimé d’Alex…

Alex revit tous ces derniers mois en boucle, la rencontre avec Marlène, sa début de relation avec elle, tous ses moments heureux passés auprès d’elle, mais subitement, tout changea… Il eut cette fameuse sphère étrange… Qu’est-ce que cela pouvait-il bien être ? Alex en avait pas la moindre idée… Puis quelque chose s’était passé récemment mais quoi ? Il ne savait plus… Tout ce dont il se rappelé c’était qu’il se trouver devant, puis… Puis quoi ? Le trou noir…

Tous se bouscula dans sa tête, tout n’était plus que des images qui défilaient, cela lui paraissait confus, il n’y avait plus de sens dans tout cela.

Puis soudainement, Alex se réveilla, tout était flou autour de lui, il n’avait pas la moindre idée où il pouvait être… Tout ce qu’il savait c’était qu’il était dans un lit, allongé, il y avait quelque chose lui entoura la tête, quelque chose qui le serrer.

C’était à peine s’il parvenait à bouger, sa tête lui faisait terriblement souffrir… Cela le rendait fou, il souffrait sans savoir pourquoi ?

Soudainement, il entendit une voix qui ne connaissait pas, elle l’appela, il tourna la tête avec difficulté vers elle.

Alex n’aperçut qu’une silhouette s’approchait de lui, elle dit :

– Monsieur, monsieur, tout va bien, vous êtes à l’hôpital de Soissons.

Alex ne saisit pas tout de ce que disait la silhouette, il resta silencieux, tentant de reprendre contenance.

– Vous êtes rester deux jours inconscient et vous avez également un léger traumatisme crânien, mais vous allez bien, reprit la voix.

Quand il entendit « traumatisme crânien », Alex sentit son cœur faire un bond. Mais il respira un grand coup, quand il se rendit compte que ce n’était rien de trop grave.

Sa vision commençait à aller mieux, la silhouette devint plus net, il s’agissait d’un docteur. Facilement reconnaissable à cause de sa blouse, c’était un homme âgé d’une quarantaine d’années, il souriait à Alex, celui-ci était abasourdit par les propos du docteur… Comment pouvait-il être inconscient depuis deux jours ?

Soudainement, Alex se rappela, il revoyait le rayon d’énergie arrivait droit sur lui…

D’un seul coup, il eut un flash, il se mit à sourire subitement, le médecin le regarda étrangement.

– Vous me comprenez ? demanda-t-il.

– Oui, désolé j’étais ailleurs… répondit Alex d’un air gêné, et on m’a trouver où ?

– Au magasin le Geek Island, vous vous souvenez de quelque chose ?

Alex ne répondit pas tout de suite, il savait que Francine et Marlène l’avaient déplacer, ils ne voulait pas que le docteur en sache trop. Car il savait très bien qu’il serait pris pour un fou. Après plusieurs secondes de réflexion, il répondit :

– Heuu… Non… Désolé… Il savait que le médecin serait suspicieux par rapport à ce temps beaucoup trop long avant de répondre, mais peu importé.

– D’accord, vous devez savoir, qu’on vous avez reçu une puissante décharge électrique qui aurait dû vous tuer ! Mais par miracle, vous n’avez rien.

Cette fois Alex était choqué par cette révélation, ce que le docteur remarqua aussitôt.

Alex toucha son corps et sentit des bandages sur son ventre, comment pouvait-il être encore vivant ?

Il sentit comme si sa tête aller exploser à cause de toutes ces questions qui lui trotter dans la tête.

Alors qu’il était dans ses pensées, on frappa à la porte, Alex dit « entrez », puis la porte s’ouvrit, Marlène entra, il retrouva directement le sourire.

– Oh mon dieeeeeu ! Mon amour tu t’es réveillé !! hurla-t-elle les larmes aux yeux.

Marlène sauta dans les bras de Alex, celui-ci commençait à ne plus respirer à cause de la pression, elle l’embrassa, puis relâcha son étreinte.

– Mon cœur, comment tu vas ? demanda-t-elle.

– Bien, merci de ta visite ! répondit Alex avec émotion.

– Bon, je vais vous laisser en amoureux, dit le docteur en quittant la chambre.

Une fois celui-ci partit, Alex indiqua à Marlène de s’approchait de lui, ce qu’elle fit sans comprendre pourquoi. Alex chuchota à l’oreille de Marlène pour être bien sûr que personne n’entende, d’un air triomphant :

– Je sais ce que c’est cette sphère…

– Ah et c’est quoi ?

– Un portail dimensionnel !

La voix d’Alex s’était élever de plusieurs octaves.

– QUOI ?!!

L’exclamation de Marlène fit sursauté Alex et on pouvait entendre quelque chose tombé au sol dans le couloir…

– Chuuuut moins fort !

Marlène se calma aussitôt et leur conservation reprit son cours, ils continuaient de parler le moins fort possible.

– Comment tu le sais ? ça pourrait être autre chose ?

– Réfléchit à tout ce qui s’est passé, ma pièce a été aspirer, quelque chose est sorti de la sphère également, que veux-tu que ça soit d’autre ?

– Bah chais pas ! Mais là, ça ressemble à de la SF !

– Oui je sais ! Mais je suis presque sûr de moi ! Alex se tût quelques secondes avant de reprendre :

– Le danger c’est que d’autres choses peuvent en sortir…

– Tu veux dire… Mais Marlène ne pu terminer sa phrase, elle fut interrompu par quelqu’un qui frappa à la porte.

C’était Francine derrière la porte, elle avait les larmes aux yeux, elle s’approcha du lit d’Alex et dit d’un air désolé :

– Je suis vraiment désolé de ce qui t’arrive !

– Ce n’est rien… Répondit Alex gravement.

Plusieurs minutes se passaient où Alex expliqua ces suppositions concernant la sphère à Francine, qui resta médusée.

– Et si tu as raison, on peut faire quoi ? demanda-t-elle.

– Aucune idée… répondit Alex dépité.

– On verra ça plus tard, tu dois te reposer chérie ! affirma Marlène d’une voix inquiète.

– Ta copine a raison, je te donne tout le temps que tu as besoin pour t’en remettre, ajouta Francine.

Alex savait qu’elle disait cela à cause de son sentiment de culpabilité, mais cela lui réchauffa tout de même le cœur.

– OK… finit par répondre Alex.

– Je vais veillai sur toi mon cœur ! dit Marlène tendrement.

– Tu es sûr ? demanda Alex perplexe, du fait qu’ils étaient ensembles il n’ y a moins de trois mois.

– Quelqu’un doit t’aider en cas de soucis, je suis la mieux placer pour cela !

– D’accord ! concéda Alex.

Alex et Marlène rentrèrent ensemble chez lui, une fois arrivé à destination, Marlène accompagna Alex jusqu’à son lit.

Le soir venue, Marlène était revenue avec des affaires à elle pour plusieurs semaines, ce qui surprit Alex. Ne pensant pas qu’elle resterai jours et nuit avec lui… Mais ne voulant pas lui faire de peine, il ne lui disait rien…

Le lendemain matin Alex se réveilla avec un mal de tête incroyable, le docteur lui avait prescrit des comprimés pour la tête, qui alla prendre dans sa cuisine. Puis il se rendit dans la salle de bain et il s’arrêta devant son miroir, voulant savoir qu’elle tête il avait depuis son accident.

C’est sans surprise qu’il vit un visage blafard, des traits tirés, un bandage lui recouvrant tout le crâne.

En retirant son haut de pyjama, il remarqua un autre bandage recouvrant son torse. Il se demanda comment cela est-il possible qu’il soit encore en vie ?

Après une bonne douche, il retourna dans sa chambre, maintenant c’était devenue la sienne mais aussi celle à Marlène… Il s’habilla, pendant que Marlène se leva.

Puis le midi arrivant, les deux amoureux le passa ensembles. Marlène avait préparer des pâtes aux beurres, n’étant pas une très bonne cuisinière.

– Ça va mieux mon cœur ? demanda-t-elle, toujours aussi inquiète à son sujet.

– Mieux… Grâce à mon médicament… répondit Alex avec difficulté, tu comptes ne pas travailler aujourd’hui ?

– Oui, tant que tu ne seras pas guéri, je reste avec toi. Francine est d’accord, elle m’accorde quelques jours de RTT.

– OK…

Alex se douta que si Francine avait consentit à cela, ce n’est pas par hasard, elle devait culpabiliser.

Il eut un silence gênant, puis Marlène reprit la conversation et dit d’un ton grave :

– Tu sais quand je t’ai vu par-terre avec tout ce sang qui coulé, j’ai cru te perdre…

Alex resta silencieux après cette révélation, il ne s’était pas douté de ce que Marlène avait pu vivre au moment de l’accident…

Le reste du repas se passa dans un calme étrange, puis Alex tendit la main pour attraper une bouteille de coca, mais elle était un peu trop loin, il demanda :

– Chérie, tu peux me passé le co… Mais il fut interrompu par une chose incroyable, dépassant tout ce qu’il s’était passé jusqu’à présent, la bouteille de coca se déplaça d’elle-même jusqu’à lui…

EPISODE V

Les pouvoirs extraordinaires d’Alex

Les semaines qui suivirent Alex commençait à guérir, mais malgré tout, quelque chose le troubla et c’était peu dire…

Il avait reçu un pouvoir extraordinaire, un pouvoir comme ceux qu’il avait déjà mainte et mainte fois vus dans des comics, BD, série TV, etc.

La télékinésie !

Cela était forcément lié à la sphère, comment ? Alex en n’avait aucune idée…

Alex ne comprenait rien à tout cela, on aurait dit qu’il était plonger dans un rêve…

Quitte à avoir un pouvoir, même si on ne comprenait pas comment on l’avait eu, il fallait tenter de le maîtriser. C’était ce que Alex s’était essayer à faire.

Il avait d’abord tenter de faire venir à lui des petits objets, style la télécommande. Puis des plus gros, comme un gros livre, puis sa tour d’ordinateur.

Cela lui avait pris beaucoup de temps avant de déplacer les plus gros.

Alex était fière d’y arriver, s’entraîner lui permettait de bien s’occuper pendant sa convalescence. Il avait même reprit des couleurs, il se sentait en forme.

Alex était en train de s’entraîner le bras tendus, quand soudainement, Marlène arriva derrière lui, le toucha à l’épaule, celui-ci sursauta.

Son téléphone qui léviter de quelques centimètres au dessus du sol, tomba violemment.

– Merde ! Hurla-t-il.

Il se retourna vers Marlène, la main sur le cœur, celle-ci leva les main en signe qu’elle était désolé.

– Qu’est-ce qu’il y a chérie ? Demanda-t-il.

– Rien de spécial, je voulais juste te dire bonjour, répondit Marlène avec un grand sourire.

Elle s’approcha de lui et lui donna un petit bisous sur la bouche, Alex s’était habitué à sa présence toute la journée. Même la voire en pyjama ne le gêné plus.

– Au fait, tu as l’air de maîtriser ton pouvoir, c’est vraiment extraordinaire ! Affirma Marlène toujours avec un grand sourire.

– Oui, même si je ne comprends toujours pas comment j’ai pu obtenir ce pouvoir ? Répondit Alex perplexe.

– Un vrai mystère lié avec cette sphère étrange…

– Dis moi, tu as l’air guéri ? Reprit Marlène.

– Presque, ça me fait penser, maintenant que je vais mieux, tu n’es plus obliger de rester avec moi.

– Tu en a marre de moi ? Demanda Marlène, dont la voix trahissait l’inquiétude de ce que aller répondre Alex.

– Non c’est pas ça, mais tu as ton appart et ton job, répondit Alex calmement.

– C’est vrai, je vais voir avec Francine, si je reprend reprend le boulot, je pars de chez toi dans la foulée.

Alex sentit le soulagement dans les yeux de Marlène après ce qu’il avait répondu.

Il s’approcha d’elle la saisit par la taille et l’embrassa tendrement et lui chuchota à l’oreille :

– Tu vas quand même me manquer bébé !

Alex sentit sa copine frissonné dans ses bras, il la relâcha, puis il se dirigea vers la salle de bain.

– Tu ne veux pas que je vienne avec toi ? Demanda Marlène dans un souffle, visiblement encore toute chamboulée.

– On va éviter de tomber, ça serait dommage qu’on finisse tous les deux à l’hôpital ! Répondit Alex d’un ton malicieux.

Une fois à l’intérieur de la salle de bain, Alex se regarda dans le miroir et vit un reflet d’un visage qui avait reprit des couleurs.

Après plusieurs minutes de lavage, Alex sortit de la salle de bain, il se dirigea dans sa chambre et s’habilla.

Marlène à son tour fit de même, Alex de son côté se vautra dans son canapé.

Plusieurs minutes se passaient sans que rien de spécial n’arrive, Marlène revint vers son mec et se blottit contre lui.

Soudainement, le téléphone de Alex (qui été resté au sol) sonna, Alex se leva brutalement, ce qui fit tomber Marlène du canapé.

Alex prit son téléphone et décrocha, il reconnut la voix paniqué de Francine :

Désolé de te dérangé, mais je ne savais pas qui appeler !

– Qu’est-ce qui se passe ? Répondit Alex dont le stress avait grimpé d’un seul coup.

Viens vite au magasin !! Je ne peux pas t’en dire plus là !

Francine raccrocha, Alex revint vers Marlène avec une expression de panique, ce qu’elle remarqua aussitôt. Elle savait que c’était le signe qu’un malheur se prépara…

Une quarantaine de minutes plus tard, les deux amoureux se retrouvèrent devant le Geek Island.

Une chose les frappaient en arrivant, le magasin était fermé, mais le rideau de fer n’était pas baissé.

Marlène avait un double de clé donné par Francine, ils entrèrent, toutes les lumières du magasin clignotaient, mais aussi les bornes d’arcades se mirent toute seule en marche…

On se croirait à l’intérieur d’une maison hanté, Alex et Marlène se prirent la main, totalement paniqué par ce qu’ils voyaient.

Ne voyant Francine nulle part, ils déduisaient qu’elle se trouvé au sous sol…

Ils traversaient le magasin, arrivé à la salle de pause, la porte cachée était grande ouverte, ils avancèrent ensemble et descendirent les escaliers.

– Francine ! Francine ! Appela Alex, mais il n’y avait aucune réponse…

Alex et Marlène arrivaient enfin en bas et la chose qu’ils découvrirent leur glaça le sang…

La sphère s’était transformé, elle s’était aplatie formant un disque parfait. Qui tourné dans le sens des aiguilles d’une montre, à l’intérieur il y avait une spiral qui suivait le sens de rotation du disque d’énergie.

Il en sortait des arcs électriques, un spectacle terrifiant…

– Mais qu’est-ce qui se passe ici ? Demanda Alex en panique.

– J’en sais rien, ça a changer, maintenant, c’est devenu cette chose horrible, qui détraque tout dans mon magasin !! Répondit Francine terrifié.

Alex se tourna vers elle, qu’il n’avait même pas remarqué en arrivant, il remarqua la blancheur de sa peau, elle semblait avoir prit dix ans.

– Je crois que j’avais raison, c’est bien un portail dimensionnel ! Affirma-t-il.

– OK, mais ça ne change pas le problème ! Répondit Marlène d’une voix tremblante, alors que quelques gouttes de sueur défoulaient sur son front.

– Je sais, mais on ne peut rien y faire… Répondit Alex désemparé.

– Faut bien tenté quelque chose ! S’exclama Marlène.

– J’ai peur que quelque chose en sorte !

– Comme un alien ?

– Oui !

Alex se mit à réfléchir intensément, puis après plusieurs secondes, il se tourna vers Francine et demanda :

– Tu l’as vus faire d’autre truc ? Comme grandir ?

– Heeeeu…. Non !

– OK !

Alex était perdu, aucune idée lui vint, on ne pouvait pas arrêter cette chose, les autorités ne pouvaient rien faire, mais le truc, c’est qu’il ne voyait aucune autre solution.

Il se tourna de nouveau vers Francine et s’apprêta à lui dire quelque chose, mais fut interrompu par le portail…

Celui-ci se mit à grossir de plusieurs centimètres, les arcs électriques redoublés de puissance.

À présent le portail était suffisamment gros pour faire passé un objet, comme un ordinateur et sa tour qui va avec.

Et c’était bien le cas, quelque chose qui ressemblait à une jambe, franchissait le portail dimensionnel, sous les yeux terrifier de tout le monde. Puis une deuxième en sortit…

Puis enfin quelque chose qui ressemblait à une tête et un corps passa le portail, qui entra dans notre monde.

L’être se tenait devant Francine, Marlène et Alex, il était baissé, puis soudainement, il se relava doucement…

Cette chose était de taille humaine, il portait une étrange armure, d’un métal inconnu et d’un design futuriste, qui le recouvrait de la tête jusqu’au pied, elle était rouge.

Il les regardaient avec des yeux rouges étincelants, comme ceux d’un rebot, peut être en était-il un ?

Il portait également une arme, ressemblant à un fusil, mais d’une technologie bien plus avançait…

Alex était abasourdit, terrifié, cela ne pouvait être vrai, c’était un rêve, il n’y avait pas d’autres explications.

Pourtant, cet étrange être venu d’ailleurs, semblait bien vivant, aussi réel que lui ou ses amis…

Comment tout cela était-il possible ? Aucune idée, de toute façon, l’heure n’était pas à la réflexion, mais à l’action. Le seul problème, c’était que ses jambes refusaient de bouger…

Soudainement, la créature se mouva, tout le monde reculaient de plusieurs pas, puis l’être pointa son arme, prêt à faire feu !

EPISODE VI

L’être venu d’ailleurs

Personne ne pût rien faire quand la créature extraterrestre tira sans somation, la détonation résonna, brisant le mur du son.

Le projectile fusa, cela ressemblait à un laser rouge, à peine perfectible à cause de sa vitesse…

Il toucha Francine de plein fouet, entre les deux yeux, son corps fut projeter en arrière, tel une poupée désarticulée. Son corps retomba lourdement au sol.

Marlène et Alex étaient figés sur place devant ce spectacle d’horreur et se mirent à hurler comme des damnés.

Alex ne savait plus quoi faire et cela était normal, comment réagir face à une telle créature?

Puis la créature pointa son arme vers Marlène, c’est alors que sans réfléchir une seconde de plus, Alex fonça sur la créature, il se mit devant, mais elle leva son arme au dessus la tête d’Alex. elle le frappa en plein visage.

Celui-ci tomba au sol comme une pierre, le visage en sang, la créature pointa son fusil pour en finir…

Alex savait que sa derrière heure était venue, une vie bien courte…

Il sentit la terreur envahir son être. Par réflexe, Alex mit ses mains en opposition, la créature tira, mais étrangement son projectile une fois arrivé sur les mains d’Alex, fut stopper et revint vers elle.

Qui fut toucher dans le plastron de son armure, elle vacilla, laissa tomber son arme.

Sans hésiter une seconde, Alex se releva, se précipita et la récupéra, il la dirigea vers la créature, qui ne pût rien faire. Alex appuya sur la détente (ressemblant étrangement à une détente d’un fusil humain ), le projectile fusa sur l’extraterrestre et le toucha de nouveau au même endroit.

Il s’écroula totalement inerte. Alex n’en revenait pas de ce qu’il venait de faire, il avait réussit à abattre un extraterrestre !

Son corps fuma, il y avait des gros trous dans son plastron, Alex s’approcha du corps de l’alien et l’observa quelques secondes et vit qu’il était bien mort.

Puis il tituba vers Marlène, sa vision se troubla, il avait oublier qu’il tenait encore le fusil, qu’il laissa retomber lourdement au sol, Marlène était en larme au dessus du corps de Francine.

Alex en voyant ce qui resta de Francine, il eut des hauts le cœur, la pauvre avait sa cervelle qui recouvrait le sol, celle-ci était entourée du sang de Francine…

Marlène se tourna vers Alex et lui sauta au cou, celui-ci fut déséquilibré, puis retrouva son équilibre, il serra fort sa copine, puis quelques secondes plus tard, il relâcha son étreinte.

– On doit bouger d’ici ! Dit-il d’un ton paniqué encore sous le choc.

Ils remontèrent jusqu’au magasin, Alex se posa sur une chaise, il sentit des étourdissements à cause de sa perte abondante de sang.

– Qu’est-ce qu’on fait ? Demanda Marlène en panique.

Alex avait les idées embrouillés, il prit quelques secondes avant de répondre et il dit :

– On doit… Appeler la police, on ne peut pas laisser le corps de Francine comme cela !

– Tu as dit toi même que la police ne pourrait rien faire face à ces créatures !

– Oui, mais on n’a plus le choix! En plus, si cette chose a pu débarqué, d’autres viendrons !

– Tu… N’as pas tord… Mais, cela ne change pas le problème, qu’est-ce qu’on va faire si on se fait envahir ?

– Les Terriens doivent défendre leur planète ! Répondit Alex, dont la voix était devenue plus assurée.

– Oui, mais comment ? Car vu leurs technologies, on est pas dans la merde !

– J’en sais rien ! C’est à notre gouvernement d’agir ! C’est pas à nous deux qu’on pourras sauver la Terre ! s’emporta Alex.

Il eut un blanc pesant qui dura quelques secondes, puis Marlène se leva et alla chercher une trousse de secours.

Elle soigna Alex comme elle pouvait, puis elle dit d’un ton affolé :

– Mon dieu, tu saignes beaucoup ! Dire que tu viens à peine de sortir de l’hôpital !

– Je sais… Répondit Alex d’un ton las.

– Au fait, merci de m’avoir sauver ! dit Marlène d’un ton reconnaissant.

– Je le referai si nécessaire…

Marlène serra la main d’Alex, le regardant avec tendresse, puis ajouta :

– Il faut aussi appeler les urgences, je crois que ta blessure est un peu plus grave que ça en à l’air.

– OK… D’abord Francine !

Marlène sortit du magasin pour pouvoir appeler la police, ainsi que les urgences.

Pendant que Alex resta à l’intérieur, il repensa à tout ce qu’il s’était passé, une chose lui apparut comme étant une évidence, c’était que à partir de ce moment là, que les événement allaient s’accélérer…

Et que bientôt le monde, tel qu’il le connaissait, allait peut être se terminer.

EPISODE VII

Le commissaire LaDur

Une étrange affaire venait d’être attribué au commissaire LaDur.

L’homme avait été appelé dans l’après-midi, un mercredi par une jeune femme, qui était de toute évidence en panique.

Mais ce n’était pas cela la chose étrange dans cette affaire, c’était que sa patronne venait de se faire assassiner, mais la jeune femme n’avait pas voulu en dire plus au téléphone.

Tout cela était bien louche et en plus de vingt ans dans la police, c’était la première fois que le commissaire L aDur était autant stupéfait. D’autant que à Soissons des affaires de meurtres étaient très rares…

LaDur savait bien que la jeune femme était innocente, il sentait une vraie détresse dans sa voix, mais qu’elle refuse d’en dire plus était vraiment étrange…

Le commissaire partit en direction de la scène de crime, il était accompagné d’une équipe.

C’était en début de soirée que LaDur arriva sur les lieux, et à peine sortit de sa voiture, quelque chose le frappa immédiatement, toutes les lumières étaient en train de clignotaient, certaines même, explosaient…

Marlène arriva à l’intérieur du magasin accompagné d’un policier, Alex se retourna vers eux et fut surprit par l’apparence de celui-ci, on aurait dit le cliché du flic.

Il était gros, l’air sévère, de taille moyenne, brun avec quelques cheveux gris, pour ceux qu’il lui resté sur le crâne, ses yeux étaient marrons, il avait un long nez. Et surtout une grosse moustache hirsute.

– C’est quoi ce bordel ?! S’exclama le commissaire LaDur en stress, mais qui resté grave.

– Je vais vous montrer ! Répondit Marlène stressé.

– Où est le corps ? Je veux que vous m’expliquiez tout !

Marlène et LaDur partirent en direction du sous-sol, pendant que Alex resta dans la salle de pause.

Il se demandait quelle serait la suite des événements, comment empêcher une possible invasion extraterrestre ? Le gouvernement n’avait aucun moyen d’agir…

Alex repensa au cadavre de Francine, une larme coula sur sa joue, c’est à alors qu’il sentit la rage monté en lui, ainsi qu’une immense haine envers ses maudits aliens.

Subitement, de la vaisselle se trouvant à l’intérieur du lavabo, se mit à se soulever dans les airs, puis retomba soudainement dans un fracas.

Alex avait qu’une seule chose à l’esprit, venger Francine !

Après une minute où Alex était plonger dans ses réflexions, Marlène et LaDur revenaient du sous-sol. Alex sursauta.

LaDur sembla plus de choqué par ce qu’il avait vu, Alex remarqua son visage blanc comme neige.

– Mon dieu ! Mais c’est quoi ce bordel ? S’exclama-t-il.

– Vous voulez parler de l’alien ? Demanda Alex d’un ton fatigué par le sang qu’il avait perdu.

– Oui… Répondit-il.

– Il vient du portail que vous avez vu !

– OK, mais il faut agir…

– Oui, c’est à vous de faire votre boulot ! S’emporta Alex.

– Je ne suis qu’un simple flic, je ne suis pas compétant pour ce genre de situation…

– Mais qu’est-ce qu’on va faire alors ? Demanda Marlène à bout de nerf.

Il eut quelques secondes de silence, où LaDur semblait être en intense réflexion, puis il reprit :

– On va commencer par emmener le corps de votre patronne, puis il faudra caché l’alien au badauds.

– D’accord… Mais comment vous allez faire ? Demanda Alex perplexe.

– Je m’en charge, ne vous inquiétez pas… Éluda LaDur, mais vous deux vous allez devoirs venir avec moi pour être interrogé.

– Mais pourquoi ? Vous savez bien qu’on n’a pas tuer Francine. Répliqua Marlène dont le ton s’était élever.

– Faut bien que je fasse mon job, en plus, je dois faire comme si s’était une vraie enquête. On ne doit pas suspecter quelque chose,

le publique ne doit pas être mis au courant, je veux éviter toute panique le plus longtemps possible.

Il eut quelques secondes de silence, pendant que LaDur réfléchit, puis il reprit :

– Les détailles de l’affaire doivent rester confidentiel, la moindre fuite et les médias vont s’en donner à cœur joie !

LaDur semblait se dirigeait vers la sortie, puis revint sur ses pas, se tourna de nouveau vers Marlène et Alex pour dire :

– Également, je dois vous interrogez sur tout ce que vous savez afin de pouvoir en référé à qui de droit…

Alex était de plus en plus faible, mais il lui resté un peu de clairvoyance, il se demanda de qui voulait parlait LaDur par « de qui de droit ».

– Oh mon dieu ! Chéri, on t’as complètement oublier, il faut que ailles à l’hôpital en urgence ! S’exclama Marlène en panique.

– Je crois que tu as raison… Mais et toi, tu compte y aller toute seule ? Répondit Alex d’une voix faible.

– Oui, t’inquiète pas pour moi.

– Une fois que vous serrais soignés, rejoignez-nous au commissariat, dit LaDur.

Alex était en train de se faire recoudre par un médecin, quand soudainement, il reçut un message, il regarda son téléphone et vit qu’il s’agissait de Marlène :

BB, j’espère que tu vas bien ? LaDur insiste pour que tu nous rejoignes au plus vite au commissariat, désolé…

Il lu avec attention le message, il leva les yeux vers le médecin et dit :

Désolé, mais je dois y aller, pouvez-vous vous dépêcher ?

– J’ai presque fini et vous pourrais y aller, mais faites attention, votre blessure prendra plusieurs semaines à cicatriser, répondit le médecin qui semblait savoir ce que avait Alex en tête.

Celui-ci ne répondit rien, il se contenta de sourire, une fois que le docteur avait fini, Alex se leva de la table de patient, et se dirigea vers la sortie de l’hôpital.

Il était vingt et une heure quand Alex arriva au commissariat, on l’emmena au bureau de LaDur.

Quand la porte s’ouvrit, la première chose qu’il vit était Marlène assise, faisant face à LaDur.

– Bien, vous voilà enfin M Duval… Dit LaDur d’un ton presque brutal.

Alex ne savant pas quoi répondre, se contenta de prendre place à côté de Marlène. À peine assit, il sentit une étrange tension…

– Que vous voulez-vous savoir de plus ? Demanda Alex.

– Tout ce que vous savez ! Répondit LaDur.

– L’ennuie, c’est que je sais rien de plus…

– Votre petite amie m’a déjà raconté tout ce qu’elle savait, mais si vous pouvez m’en dire plus sur la chose qui a tuer madame Larose, cela m’aiderai beaucoup.

– Mais je n’en sais pas plus sur cette chose…

Alex réfléchit quelques secondes, puis reprit :

– Tout ce que je peux vous dire, c’est que je pense que la créature qui a tué Francine doit être un éclaireur, il est possible qu’une armée d’alien viennent nous attaquer.

À ces mots, Marlène se tourna vers Alex, l’air terrifié…

– Je vois… si vous avez raison, il nous falloir agir au plus vite… Mais LaDur ne pût terminer sa phrase, il fut interrompu par son téléphone portable qui se mit à sonner.

Il décrocha, Alex et Marlène se regardaient perplexe, tout ce qu’il capté de sa conversation était des « oui », « quoi », « je vois », comme des mauvaises répliques de mauvais films.

Puis LaDur raccrocha le téléphone, puis s’adressa de nouveau à eux :

– L’ autopsie de la créature a commencé, vous voulais voir ce que le médecin légiste à trouver ?

Alex regarda LaDur comme s’il venait d’une autre planète, puis après plusieurs secondes de silence, il répondit :

– Mais je croyais qu’il fallait garder cette affaire secrète ?

– Oui, c’est pour ça que j’ai demandé au médecin, qui est un ami, de m’appeler uniquement sur mon portable perso. Les appels d’ici laissent des traces.

– OK, je veux bien voir ce que votre ami à trouver…

– Moi aussi ! Répondit Marlène qui semblait avoir l’impression d’être mise de côté.

Bien, suivez-moi !

Après plusieurs minutes de marche dans des longs couloirs et un ascenseur, ils arrivaient à la morgue.

Au milieu de la pièce à l’éclairage de néons blancs, se trouvait un homme en blouse, se tenant au dessus d’une table de dissection.

Dessus se trouvait quelque chose qui avait été recouvert par un drap blanc.

Alex savait qu’il s’agissait de la créature, il s’approchait avec inquiétude, suivit des autres.

– J’ai fait ce que tu m’a dit Franck, mais cette chose est vraiment incroyable… dit le médecin avec stupeur.

– D’accord, que as-tu découverts ? demanda LaDur.

Le médecin enleva le drap, en dessous, comme prévu, il y avait bien la créature…

Mais son casque était retirer, son visage était bien celui d’un alien, comme on pouvait le voir de la SF.

Gris, chauve, des oreilles pointues et petites, il avait les yeux fermés. Le reste de son corps était toujours recouvert par son armure,

Il eut plusieurs secondes de silence, puis Marlène prit la parole la première, brisant la glace :

– Il est vraiment dégelasse !

Il eut un autre silence, puis LaDur reprit la parole avec de la gène dans la voix :

– Bref, qu’est-ce que tu peux me dire de plus sur cette créature Robert ?

– Déjà son amure est clairement faite d’un métal inconnu de la Terre. Ensuite, il est clair que cette chose a été tué par son propre arme… Le médecin s’approcha du corps de la créature et montra les trous qu’avait fait les tirs du fusil.

– Aucune arme actuelle aurait pu transpercé le métal de cette armure. J’ai bien regardé la technologie son arme, j’ai rien vue de comparable… reprit le docteur.

– Je vois… répondit LaDur perplexe.

Alex resta silencieux, l’air très gêné, car il y avait une chose qu’il n’avait pas dite à LaDur… Et il n’y avait pas pensé que le médecin légiste remarquerait très sûrement que l’un des tirs avait été renvoyer contre la créature. Il serait difficile de l’expliqué…

Mais le truc, c’était que Alex ne pouvait pas parlé de son pouvoir à LaDur, car celui-ci ne le croirait pas.

– On dirait que l’angle de cette impact, fit le médecin en pointant l’un des trous, correspond à un renvois de son projectile, que je ne m’explique pas…

Alex sentit son cœur s’arrêter dans sa poitrine.

– C’est vraiment bizarre… répondit LaDur en se tournant vers Marlène et Alex, qui devenaient rouge comme des tomates.

– Il y a une dernière chose… reprit Robert, je n’ai pas réussit à retirer l’armure de cette chose, mais bizarrement le casque, j’ai très facilement réussit…

À ces mots, Alex eut des vertiges, Marlène le rattrapa, elle regarda LaDur l’air de dire : « c’est bon pour l’instant ». Celui-ci regarda sa montre et dit:

– Bon, vous deux, rentrez-chez vous, je vous appels si j’ai besoin de vous.

Quelques heures plus tard, une fois qu’il était rentrer chez lui, LaDur alla se vautra dans son canapé. Il était complètement épuiser. Cette journée a été un véritable enfer, rien de ce qui s’était passé n’avait de sens pour lui, le simple flic… D’une petite ville, comme Soissons qui plus est.

LaDur repensa à tout ce qu’il s’était passé, jamais de sa vie il aurait imaginé vivre un truc pareille.

Il fallait qu’il parvienne à n’y plus y penser et qu’il aille se reposer.

LaDur alla se coucher, c’était à peine s’il trouver la force de retirer ses vêtements, Et il s’effondra dans son lit.

Il ne pouvait pas effacer de son esprit le visage de l’alien, comment une telle chose pouvait-elle exister ?

LaDur tenta de l’effacer de son esprit, il fallait qu’il pense à autre chose, il ferma les yeux, tentant de faire le vide dans son esprit.

Et après quelques minutes, il y parvint, cette fois ses pensés se concentraient vers ce jeune homme… Ce qui n’était guère mieux, cet Alexandre Duval, n’était pas quelqu’un d’ordinaire. Il caché des secrets, le flic en lui le savait.

Sa copine et lui avaient été rester évasif sur comment ils avaient réussit à tuer l’extraterrestre.

LaDur savait qu’ils caché une chose très importante, il fallait qu’il découvre quoi !

C’était pour cela qu’il les avaient fait assister à l’autopsie de l’alien. Il voulait voir le réactions face aux contestations du légiste.

Et il avait vu juste, les deux amoureux étaient devenus si rouges face aux explications de Robert quant aux impacts mystérieux sur le plastron de l’alien, qu’ils auraient pût sévir de balise.

LaDur se retourna, il sentit le sommeil l’envahir.

Il y avait une autre raison à cela, il savait que la coopération de ces amoureux l’aiderai dans son enquête, donc, pour cela, il fallait leur donner des éléments de l’avancement de l’enquête.

LaDur s’endormit quelques secondes après avoir pensé à l’expression de culpabilité sur le visage d’Alex et de Marlène.

Il était vingt-trois heures, quand les deux amoureux étaient enfin rentré chez eux…

Ils s’étaient directement couché, tous les deux épuisés.

Une fois sous la couette bien chaude, Alex se tourna vers sa copine et dit :

– Merci d’être intervenue, j’ai cru que LaDur allait me tuer rien que avec son regard…

– Mais chéri, tu es trop fatigué, on aurait pas pût rester plus longtemps, répondit Marlène avec douceur.

– Oui c’est clair, mais je voulais éviter qu’il commence à nous poser des questions sur comment j’ai tuer la créature…

– Bon, chéri, si on dormait ? J’en peux plus, vraiment…

Alex fit oui de la tête et à peine qu’il ferma les yeux, il tombait immédiatement dans les bras de Morphée…

Ses rêves étaient tournés tous autour de la même chose, le portail, Alex le voyait très clairement.

Et son rêve pris une note plus grave, quand il vit une armée de créature traverser le portail, attaquant la ville. Détruisant tout sur leur passage et un projectile laser, venant de nulle-part fusait sur Marlène, sans qu’il puisse rien faire…

Alex se réveilla en hurlant, il avait les yeux écarquillaient par la terreur, il tremblait de tout son corps.

La sueur lui coulait de partout, il sentit son cœur cognait dans sa poitrine.

Marlène, elle aussi se réveilla en sursaut, réveillé par les hurlements d’Alex.

– QU’EST-CE QUI SE PASSE ?!!! Hurla-t-elle de terreur.

Alex reprit son souffle, se tourna vers Marlène, et répondit d’une voix tremblante :

– J’ai… ffffait un terrible cauchemar !

– OK, raconte-moi.

– J’ai rêvé que la terre se faisait envahir par les extraterrestres ! Alex eut une hésitation dans sa voix.

– On dirait que tu me dis pas tout, raconte le reste… Dit Marlène d’un ton pressant.

Alex était bouche-bée par la clairvoyance de sa copine, il répondit :

– Tu te faisais tuer !

Marlène ouvra la bouche pour répondre quelque chose, mais aucun mot ne sortie, elle regarda avec douceur Alex et lui dit finalement :

– C’est qu’un rêve, tu ne dois pas stresser par rapport à tout ce qui s’est passé…

Alex se doutait que Marlène essayer de le rassurer, mais elle ne croyait pas vraiment à ce qu’elle disait, comme si elle pressentait que son rêve allait se réaliser…

Après un blanc de quelques secondes, Alex reprit la parole et dit :

– Demain, il faut que j’aille au Geek Island, je dois vérifier

quelque chose…

– Si tu veux, mais je crois qu’il y aura la police par tout, vu qu’il y a eu crime, répondit Marlène.

Alex se tut et réfléchit quelques secondes pour trouver une solution à ce problème et demanda :

-Tu as le num de LaDur ?

– Oui, il me l’a donné en cas de besoin, c’est son num perso.

– Ça tombe bien, nous allons avoir besoin de lui pour passer les flics.

– D’accord, je l’appellerait demain matin, maintenant, si on dormait un peu ?

– Oui…

Le soleil traversa le store de la chambre d’Alex et Marlène, les réveillant tous les deux.

Après s’être lever, Alex se dirigea dans la salle de bain, pendant que Marlène appela LaDur.

Une heure plus tard, Marlène et Alex passaient par dessus les bandes de la police, sans que personne ne réagissent.

Ils entrèrent dans le magasin et se redirent au sous-sol et la première chose qu’ils virent étaient le portail qui avait doublé de taille…

C’était ce que redoutait Alex, il sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine.

– Qu’est-ce qu’on fait ? Demanda Marlène.

– Aucune idée… Répondit Alex d’un voix éteinte.

Il eut plusieurs secondes de silence, pendant les quelles Alex réfléchit à quoi faire, puis il leva la tête et dit d’un ton presque triomphant :

– Je vais jeter un coup d’œil !

– Tu veux plonger dans le portail ? Demanda Marlène dans le ton de la plaisanterie.

– Oui !

– Tu déconnes, j’espère, c’est trop dangereux !

– C’est risqué, je sais, mais on n’a pas d’autre choix, si on veut voir ce qu’il en est !

– Mais si il y a pas d’oxygène de l’autre côté ?

– Je vais retenir ma respiration, je passe la tête quelques secondes, le temps de voir ce qui se passe de l’autre côté.

– T’es fou ! C’est trop dangereux ! S’exclama Marlène prise de panique.

– Je sais que c’est dangereux, mais on n’a pas le choix, tu n’as qu’a me retenir si tu veux !

Il eut quelques secondes de silence, puis Marlène céda finalement, mais juste avant de se lancer, elle dit :

– Tu regardes deux secondes et tu reviens !

Alex fit oui de la tête, il prit une grande inspiration et se dirigea vers le portail.

Puis se pencha vers lui, pendant que Marlène lui attrapa le tee-shirt, Alex retint son souffle et passa la tête au travers du portail…

Il sentit comme s’il plongé dans l’eau, mais sans être mouillé, il avait comme une sensation glacé qui pénétra son visage.

Une seconde à peine après avoir passé la tête, le temps d’apercevoir des mélanges de couleurs, et des étoiles qui défoliaient à une vitesse vertigineuses, il se trouva de l’autre côté du portail. Alex avait la nausée, mais la sensation disparut presque aussi tôt.

À peine qu’il avait franchit le portail, Alex sentit une énorme baisse de la température.

La première chose qu’il vit était un monde sombre, il y avait très peu de lumière. Seulement quelques rayons de soleil qui traverser de épais nuages noires… Ce monde n’était que désert de roche et de sable.

Au loin, Alex vit des éclairs éclataient, ils étaient violets, en contre bas, il vit la chose qu’il redouté le plus, quelque chose qui approchait, cela ressemblait à une armée…

Il était totalement en panique à cause de tout ce qu’il avait vu de ce monde effroyable !

À des kilomètres plus bas, se trouvait trois cylindres identiques et quelque chose frappa Alex, un rayon d’énergie sortait de chacun d’entre eux, les trois rayons se touchaient et étaient dirigeaient vers lui et se concentrant au même endroit.

Il était clair que ses rayons formé le portail, la preuve était qu’en baissant la tête, Alex pouvait voir ces rayons être connecter directement au portail.

Alex repassa de l’autre côté du portail, et pût enfin respirer à nouveau, il souffla un grand coup et sentit l’air remplir ses poumons.

Il lui fallait plusieurs secondes pour assimiler tout ce qu’il avait vu dans l’autre monde, puis il se tourna vers Marlène et lui raconta tout…

L’expression de son visage transpiré la peur et le choc, puis après plusieurs secondes de silence, Alex reprit la parole et dit d’un ton déterminer :

– Je pense que les cylindres que j’ai vu sont des générateurs de portail, je pense que si on les détruits, le portail disparaîtra et qu’on empêchera l’invasion !

– Ça fait beaucoup de suppositions… Répondit Marlène dubitative.

– Oui je sais, mais quand on voit ces rayons se concentrer au même endroit, juste là où il y a le portail, ça parait évident que ces cylindres sont des générateurs de portail.

– Et du coup tu penses qu’il faut détruire ces générateurs ? Demanda Marlène.

– Oui, mais pour cela il nous faudra l’aide de LaDur !

– Pourquoi LaDur ?

Alex réfléchit avant de répondre, il avait une idée derrière la tête, mais il ne voulait pas inquiéter Marlène, puis il dit :

– C’est un peu long à t’expliquer, tout ce que je te demande c’est de l’appeler.

Marlène regarda Alex d’un air suspicieux, mais céda tout de même à sa roquette et se saisit de son téléphone et se dirigea en haut du magasin pour appeler LaDur…

Il était onze-heure du matin quand Marlène et Alex arrivaient au commissariat, à peine qu’ils franchissaient la porte et furent accueillit par LaDur.

Ils allaient tout de suite à son bureau, Alex raconta tout ce qu’il avait vu dans l’autre dimension.

Il était totalement choqué par ces propos, lui paraissant complètement fou.

Puis il y eut quelques secondes de silence, puis Alex reprit la parole d’un ton grave :

– Si on détruit les générateurs de portail, il va peut-être disparaître et on empêchera l’invasion !

LaDur ne répondit pas tout de suite, il semblait de tenter d’assimiler toutes les informations qu’il venait d’entendre, puis il demanda enfin :

– Bien, mais comment vous compter faire ça ?

– Je pense qu’il y a qu’une seule solution, il faut pénétrer dans ce monde et détruire ces générateurs, répondit Alex d’un air déterminé.

– Mais comment vous-voulez faire ? Demanda Ladur.

– Je pense qu’il n’y que moi pour le faire…

– QUOI T’ES PAS FOU !! S’exclama Marlène en panique.

– Votre petit-amie a raison, vous vous feriez tuer ! Ajouta LaDur d’un ton plus calme.

– Peut-être, mais je suis le seul qui a une défense contre eux… Répondit Alex toujours aussi déterminé.

LaDur regarda Alex comme s’il était fou, celui-ci ne réagissait pas, se tourna vers Marlène, qui sut à l’instant ce qu’il avait en tête, son désaccord se lisait dans l’expression de son visage.

Mais cela n’arrêta pas Alex, il savait qu’il devait le faire pour convaincre LaDur, quitte à ce que celui-ci devienne fou en voyant ce qu’il fait…

Alex ferma les yeux se concentra, mais rien se passa… LaDur regarda de travers Alex, puis soudainement, son pistolet sortit de son étuis et flotta au dessus de lui !

Il recula avec son fauteuil sur plusieurs mètres, il avait les yeux écarquillaient, le visage pâle, de la sueur lui coulait au front.

– C’EST QU… QUOI CE BORDEL !! Hurla-t-il.

– Je vous le disait… J’ai un pouvoir qui peut me protéger ! Répondit Alex toujours sérieux.

Tant dit que le pistolet de LaDur se reposa sur son bureau en douceur.

– Je vois… C’est complètement fou…Reprit LaDur.

– Je sais, mais c’est comme ça que j’ai renvoyé le laser du fusil de la créature, expliqua Alex, il se tût un petit moment, puis il reprit ;

– J’ai ce pouvoir à cause d’un accident avec le portail, j’ai été blesser et deux jours plus tard, je me suis réveillé avec ce pouvoir, je me l’explique pas…

LaDur resta silencieux, il semblait comprendre tout ce que impliqua les révélations d’Alex. Puis après plusieurs secondes de silence, le temps qu’il assimile ces révélations, il reprit la parole et demanda :

– Mais quel est votre plan du coup ? Si vous y allez comme cela, même avec vos pouvoirs, vous allez mourir…

– L’armure ! Il me faut l’armure.

– QUOI ? S’exclama Marlène toujours en panique.

– Je comprends, vous voulez mettre l’amure et vous infiltrer dans l’autre monde, vous faire passé pour l’une de ces créatures… Affirma LaDur qui commençait à comprendre.

– Oui c’est ça… Confirma Alex.

– C’est ça ton plan ? C’est de la folie !!! S’exclama Marlène.

– Je sais bébé, mais il y a rien d’autre à tenter… Répondit Alex sans conviction.

– Mais, si vous échouez, il va nous falloir un plan de rechange, ont devras se préparer à l’invasion… Affirma LaDur.

– Je vous fais confiance pour cela ! Répondit Alex avec insincérité.

– Très bien ! Je vous laisses l’armure, suivez-moi !

Alex sentit la réticence de LaDur à son plan, mais cela n’était pas le plus important pour lui, le plus important était d’essayer d’empêcher l’invasion qui se préparer…

LaDur, Alex et Marlène se dirigeaient dans le couloir du commissariat pour aller jusqu’à la morgue, quand soudainement, Marlène attrapa le bras de Alex, le stoppant.

– Attends ! Tu es sûr de ce que tu fais ? Demanda-t-elle sur les nerfs.

Alex se retourna vers elle et vit son inquiétude dans son regard, il voulait la réconforter, mais il savait que quoi qu’il dise, cela ne changerait rien. Alors après quelques secondes de réflexions, il répondit :

– Je sais que c’est risqué, mais il n’a pas d’autre solution, j’ai une chance de tout arrêter, si jamais je parviens à m’approcher des générateurs.

– Mais si jamais tu y arrivais, le portail disparaîtrai ?

– Oui, je l’espère…

– Comment ferait-tu pour revenir ici ?

Alex se tut, il était surprit par cette question, il n’y avait pas réfléchit à cela… Effectivement, s’il arrivait à détruire les générateurs, il serait bloqué dans l’autre monde…

Et il ne savait pas quoi répondre à Marlène, il l’a regarda droit dans les yeux, pris une profonde respiration et répondit :

– Je dois prendre ce risque, c’est le monde qui est en jeu…

Marlène allait objecter quelque chose, quand soudainement, LaDur leur fit signe qu’il avait marre d’attendre et de reprendre la route…

Quelques minutes plus tard, Marlène, LaDur et Alex étaient arrivés à la morgue.

Elle était vide, il y avait juste au centre, une table de dissection, LaDur s’avança, suivit de Marlène et d’ Alex.

Alex en s’approchant pouvait voir parfaitement un corps caché par un drap et pouvait deviner qu’il s’agissait de la créature.

– Alors comment comptez-vous faire ? demanda LaDur septique.

– J’en sais rien… répondit Alex hésitant.

Marlène semblait retrouver le sourire, si Alex ne savait pas comment enlever l’armure, il ne pourrait pas partir…

Alex s’approcha de la créature, il la regarda de haut en bas, tentant de comprendre le fonctionnement de l’armure. Mais il ne comprit rien…

Il fit même le tour de la créature, mais sans toujours rien comprendre, puis se plaça au milieu de l’alien, observant attentivement les détail de l’armure…

L’armure était réellement d’une technologie avancé, bien supérieur à celle de la Terre.

Alex voyait des milliers de petits mécanismes recouvrant l’intégralité de l’armure.

Sans réfléchir plus longtemps, il appuya sur le centre du plastron, c’était un geste totalement instinctif.

Pendant plusieurs secondes rien ne se passa, puis subitement, Alex eu des flash et des sons qui passaient à toutes vitesse dans sa tête, comme des vidéos qui défilaient à vitesse accélérée.

Il ne comprit rien à ce qu’il voyait ou entendait, tout aller trop vite pour lui, il reconnut seulement vaguement les visages de Marlène, de Francine et de… Lui même !

Cela ressemblait aux derniers instants de l’alien, puis le film se rembobina. On aurait dit que l’armure avait enregistré tous les moments de vie de la créature depuis qu’elle l’avait mise et ensuite l’avait transmit directement au cerveau d’Alex…

Cela était complètement fou, mais c’était à l’évidence ce qui s’était passé…

Alex eu des vertiges sous les yeux inquiet de LaDur et de Marlène, puis se reprit presque immédiatement, soudainement, des bruits de mécanismes se firent entendre.

L’armure se déverrouilla et le plastron se souleva, laissant apparaître le corps de l’extraterrestre. On pouvait distingué des énormes trous correspondant aux impacts des lasers.

Le reste de l’armure se déverrouilla également, chaque pièces se détachaient l’une de l’autre. Il ne resté plus qu’a enlever l’armure de la créature.

– Co…Comment vous avez fait ? demanda LaDur sous le choc.

– Aucune idée, j’ai fait par instinct, répondit Alex tout simplement.

– Bon, il nous reste plus qu’a tout emballer, mais il va falloir être prudent, il faut éviter tout soupçon, répondit LaDur toujours autant surpris.

Une heure passa, LaDur, Marlène et Alex étaient arrivés au Geek Island.

Ils descendirent directement au sous-sol, LaDur portait deux sac de sport, il était suivit d’Alex et de Marlène.

Une fois en bas, il posa ses deux sac, Alex s’approcha de lui, très nerveux…

– Il vous reste plus qu’à mettre cette armure ! Dit LaDur en ouvrant les sacs, à l’intérieur, il y avait l’amure et le fusil.

Après plusieurs quelques secondes, Alex enfila le haut de l’armure avec l’aide de LaDur, le mécanismes se mit en route, comme l’armure de Iron Man et les différentes parties s’emboîtaient les unes avec les autres automatiquement. Elle s’ajusta même à sa taille.

Puis le même processus se répéta pour le bas de l’armure.

– J’ai vraiment l’impression d’être dans un jeu vidéo ! affirma Alex avec un sourire qu’il ne pouvait réprimer, ce qui eu pour effet de lui baisser le stress.

– Je ne crois pas que la situation ça propice au rire, réprimanda LaDur d’un ton sévère.

– Je sais… répondit Alex en levant les yeux au ciel.

Puis après quelques secondes de silence gênant, Alex se tourna vers Marlène, faisant des bruits de robot et lui demanda :

– Chérie, tu peux me donner le casque ?

Celle-ci ne répondit pas, elle se contenta de lui passer le casque, Alex le mit sur la tête, complétant l’attirail.

Étrangement son casque n’afficher aucune donné, comme Alex l’aurait imaginé, il voyait seulement ce qu’il l’entouré avec un filtre rouge. Peut-être était-il en panne ?

– Vous m’entendez ? demanda Alex, d’une voix robotisée.

– Très bien ! répondit LaDur.

Marlène resta silencieuse, Alex ramassa le fusil et se tourna vers le portail, mais subitement, Marlène l’interpella :

– CHERIE ! ATTENDS !

Alex s’immobilisa et se tourna vers elle. Il la fixé dans les yeux, l’émotion commençait à monter en lui.

– Comment s’ouvre ce truc ? demanda-t-il pour lui-même, agacé.

Il appuya partout sur son casque, soudainement, Alex appuya sur un bouton se trouvant sur le côté.

Le devant du casque s’ouvrit comme une visière, cela faisait pensé au casque de Iron Man, il ne pût s’empêcher de sourire de nouveau.

Mais en voyant les larmes coulaient sur les joues de Marlène, son sourire s’estompa directement.

– N’y va pas, c’est trop dangereux, je sais bien que le monde est en jeu, mais je m’en fou ! S’exclama Marlène, d’une voix tremblante.

Alex ne sût pas quoi répondre, une part de lui ne voulait pas partir et prendre Marlène dans ses bras. Mais une autre part, plus forte, savait qu’il n’avait pas le choix…

Alors, il prit une grande respiration et répondit :

– Je ferai tout pour revenir, toi, de ton côté, je sais que t’en sortira ! Car tu es forte !

Marlène fendit en larme, c’est alors que Alex l’attrapa par la taille, la ramena vers lui et l’embrassa tendrement.

Puis il relâcha son étreinte, se retourna, Alex savait qu’il devait ne plus se retourner et franchir le portail. Car sinon, il n’aurait pas la force. Mais ce fut la chose la plus dure qu’il lui était donné de faire…

Il avança d’un pas, puis d’un second et d’un dernier, juste à quelques centimètres du portail, il ressentit un mélange de peur, mais aussi de fierté et de bonheur, grâce à Marlène. Malgré qu’il doive la quitter, il était heureux de la voir rencontrer.

Son cœur battait la chamade, il respira en grand coup, puis, stoppa son mouvement, sans se retourner, il dit d’une voix suffisamment forte pour être sûr d’être bien compris :

– JE T’AIME !

Puis, il franchit le portail…

EPISODE VIII

Une étrange dimension

Alex avait à peine avait franchit le portail, qu’il fit une chute de plusieurs mètres, il était totalement surpris par ce qu’il lui arrivé…

Le jeune homme n’avait pas imaginé cela quand il avait passé que la tête il y a quelques heures au part avant…

Le choc de l’atterrissage fut très violant, dans un bruit assourdissant, le sable se souleva dans les airs, il eut un énorme trou dans le sol, là où il avait atterris.

Alex se releva doucement, observant les alentours, quelque chose le troubla, il n’avait pas prit en compte la distance entre lui et les générateurs…

De là où il était, il ne les virent pas, tout ce qu’il pût voir, c’était la partie basse d’un canyon, à au moins un jour et demi de marche.

Il y avait une chose étrange, que Alex venait de remarquer, c’était qu’il n’avait pas l’impression que la gravité ici était différente par rapport à la Terre. De même qu’il respiré parfaitement bien, qu’il ne sentit pas la baisse de température, peut-être qu’il devait tout cela à son armure ?

Devant lui les lieux étaient de plus en plus sombres, car on s’approchait des canyons.

Alors Alex avançait prudemment, il fit quelques pas et il marcha sur quelque chose de dur, il baissa les yeux et vit sa pièce d’un euro.

Il l’avait complètement oublier, il la ramassa, cela lui fit penser à Marlène…

Alex chercha un endroit où la ranger, il tenait à la garder avec lui, c’était le seul lien qu’il avait avec la Terre et Marlène…

Marlène… Allait-il la revoir un jour ? Il n’en avait aucune idée…

Alex fouilla partout sur son armure un endroit ranger sa pièce, mais il en trouva aucun. L’armure n’avait aucun rangement…

Puis soudainement, en appuyant sur l’une des jambières, il eut un bruit métallique et une petite trappe s’ouvrit, en coulissant, sur l’une des hanches d’Alex, c’était un emplacement pour un pistolet laser. Alex déposa sa pièce et la trappe se referma automatiquement, dans le même bruit métallique qu’à l’ouverture.

Cette armure était vraiment pleines de fonctionnalités cachées, que Alex avait hâte de découvrir.

Alex avançait prudemment, mais bizarrement, alors que devant lui il n’y avait que l’obscurité, grâce à son casque, il parvenait à y voir presque normalement. Sans qu’il puisse en savoir la raison.

Il pointa son arme devant lui, tout en marchant droit devant, se demandant qu’elle genre de créature pouvait vivre dans cet horrible monde…

Le danger pouvait surgir de nulle-part, Alex se tenait prêt, seulement le hic et il n’y avait pas pensé avant de franchir le portail, c’était qu’il ne savait pas tirer, ni même se battre… Cela allait devenir vite un gros problème. Il devait compté que sur sa télékinésie…

Alex avança, devant lui se trouvait des énormes rochers de plusieurs mètres de haut, très pointus sur leurs sommets.

Et c’était un endroit très sombre, le stress monta en Alex, son cœur cogna dans sa poitrine.

Il s’attendait à être attaqué à tout moment, il pointa son fusil à droite et à gauche, mais pour le moment, rien…

Soudainement, des bruits de pas se firent entendre, Alex se tourna vers leur direction, ils s’approchaient de plus en plus.

Puis d’un seul coup, une dizaine de monstres firent leur apparition, il étaient immenses.

Plusieurs mètres de hauts, ressemblant à des trolls, la peau grise, des yeux reptiliens, chauves et l’air très agressifs et des petites oreilles pointues.

Leurs corps étaient massifs, ils faisaient plusieurs mètres de hauts.

Ils portaient des morceaux d’armure, à la technologie beaucoup moins avancé que l’armure d’Alex.

C’était la même chose pour leurs armes, cela leur donné vraiment une allure de troll sorti d’un JDR (Jeu De Rôle).

Alex n’en revenait pas, pour lui, tout cela n’avait aucun sens.

Mais cela ne lui empêcher pas d’être terrorisé…

Alex sentit son cœur battre de plus en plus vite, la sueur perlait sur son visage, au travers son casque, un premier monstre l’attaqua.

Alex tira instinctivement sur le monstre, qui ne pût rien faire pour éviter la salve laser, qui le toucha en pleine tête.

Il s’écroula au sol, dans un bruit assourdissant, à peine absorbé par le sable. Un deuxième tenta sa chance, mais Alex tira avant qu’il puisse faire quoi que ce soit et le tua sur le coup.

Mais le troisième arriva sur le flan droit d’Alex, qui dû faire une roulade sur la gauche pour éviter une étrange une massue gigantesque, avec des pics. Fait d’un étrange métal, dont la partie contondante était électrifiée.

Du sable fut projeter dans les airs quand celle-ci percuta le sol violemment, là où se trouvé Alex il y a quelques instants. Puis le monstre tenta d’écraser Alex avant que celui-ci se relève.

Cette fois c’était fini, Alex ne pourrait pas éviter la massue, il avait mis en opposition son fusil, mais au moment de toucher sa tête, le même phénomène que contre l’autre créature se reproduisit…

L’arme du monstre fut bloqué, puis revint vers lui, mais celui-ci parvint à la stopper in-extrémise, avant qu’elle n’atteigne son crâne.

Le monstre tenta une nouvelle fois d’écraser Alex, mais fut tuer avant par celui-ci, à coup de projectiles lasers.

Alex se releva le plus vite possible, juste à temps pour éviter une immense lame étrange. Dont la partie tranchante était faite d’une énergie ressemblant à un laser.

Alex esquiva en reculant, et répliqua de suite, tuant le monstre.

Les dernières créatures voyant cela, s’enfuirent en courant, Alex ne comprit rien à ce qu’il s’était passé…

Comment avait-il fait pour réussir l’exploit de tuer ces créatures immenses, alors qu’il n’avait jamais reçu le moindre entraînement aux armes et au combat ?

Alex sentit encore son cœur cogné dans sa poitrine, la sueur coulé à flot au visage, il regarda le corps des monstres.

En y repensant, ils étaient très semblable à la créature venue du portail, mais ceux-ci étaient plus grand et avaient l’air plus sauvage.

Alex reprit la route, cela faisait peut être trente ou quarante minutes qu’il était parti.

Alex se demanda qu’elle genre de créature allait l’attaquer cette fois, il avança toujours son arme pointé devant lui.

Mais pour le moment rien, il se contenta d’avancer, comme cela pendant plusieurs minutes…

Puis après presque une heure de marche, Alex déboucha dans un grand désert…

Le ciel était complètement dégagé, la différence de température était radicale, Alex passa d’une température douce, à une chaleur extrême.

Au loin, il parvint à voir le canyon où se trouvait les générateurs, mais il devait encore y parvenir, il était encore à au moins un jour de marche… Et puis il faudrait encore réussir l’escalader. Et cela était encore loin d’être gagner…

Alex continué sa progression dans le désert, il avait l’impression qu’il n’atteindrait jamais le canyon…

Son pied s’enfonça dans le sable, ce qui rendait sa progression encore plus difficile.

Une autre heure passa et Alex n’avait pas l’impression de progressé beaucoup, le canyon lui semblait encore très loin… Il ne savait pas depuis combien de temps il marcha dans le désert…

Il sentit la fatigue monter en lui, il crut qu’il allait cuir de l’intérieur à cause de la chaleur, puis soudainement, il s’arrêta de marcher quelques secondes, afin de reprendre son souffle. C’est à ce moment que quelque chose sortie de terre !

La chose était immense, rapide et dangereuse, elle attaqua Alex, celui-ci resta paralysé par la peur quand il vit ce que c’était…

Un serpent géant !

Il était noir, très agressif, il fondit directement sur Alex, qui eut à pas peine le temps de faire une roulade sur côté pour l’éviter .

La créature replongea dans le sable, tendit que Alex se mit à courir en zigzague, afin d’échapper au serpent.

Mais celui-ci revint de sous la terre, juste devant lui, qui tira par reflex, mais son laser rebondit sur les écailles du monstre…

Alex resta sur place, paralysé par la peur, cette fois il était fichu… Comment allait-il tuer cette chose ?

Le serpent ouvra la gueule, faisant apparaître ses crochets acérés, il fondit de nouveau sur le jeune homme, qui esquiva de justesse en faisant roulade sur le côté.

Et il se releva le plus rapidement possible et s’enfuit en courant, mais la créature le poursuivit avec une vitesse folle !

Elle tenta de gober Alex, qui zigzagua pour l’éviter, le serpent tenta une première fois à droite, rata, puis une deuxième fois à gauche, mais Alex esquiva encore, mais perdu son fusil dans son mouvement.

Alex courut devant lui sans se retourner, il avait le souffle court, il entendit le serpent était encore sur ses talons.

Soudainement, le monstre plongea une nouvelle fois dans la terre, mais cette fois, il apparut sous Alex…

Celui-ci sauta de justesse par reflex, dans sa surprise, il parvenait à faire un bond de plusieurs mètres de haut, mais le serpent déploya son corps et ouvrit grand la gueule pour le gober.

Alex sentit ses battement de cœur accéléré, au dernier moment, il parvint à faire une pirouette dans les airs et à éviter la gueule du serpent se refermer sur lui.

Puis Alex retomba pied joins dans quelque chose de mou, il s’aperçut avec stupeur qu’il s’enfonça jusqu’au genou. Il était tomber dans des sables mouvants…

Cette fois il était totalement à la merci de la créature, qui lui rester plus qu’à en finir avec lui…

Le serpent déploya son corps de nouveau pour gober Alex, il planta ses crochets sur son casque, qui résista, pour le moment…

Alex savait que son casque ne résisterait pas longtemps sous la forte pression de la mâchoire de la créature…

Des fissures commençaient à se former sur le casque, encore une minute ou deux et celui-ci se briserait avec le crâne d’Alex…

Alex sentit que la fin était proche, il ne voyait aucune solution pour s’en sortir…

C’est alors qu’il repensa à son fusil, il devait le faire venir à lui, mais il n’avait jamais réussit à faire venir un objet sans le voir, comment réussir un telle prouesse ?

Le serpent enfonça d’avantage ses crochets, les fissures grandissaient plus en plus, bientôt ça serait la fin pour Alex…

Celui-ci fit le vide dans son esprit, se concentra sur son fusil, subitement, l’arme fusa dans ses bras et il l’enfonça dans la gueule du serpent et tira.

Son crâne éclata en morceaux, des bouts de cervelles giclaient partout. Le reste de son corps s’enfonça dans le sable mouvant.

Alex avait réussit, il ne savait pas comment, mais il l’avait fait !

Il sentit que son pouvoir augmenta, il sentit comme une énergie circuler dans ses veines…

Mais une question demeura, comment sortir des sables mouvants ?

Alex était totalement bloqué dans les sables mouvants, il s’enfonça de plus en plus, il regarda autour de lui tentant de trouver quelque chose au quel s’accrochait, mais il n’y avait rien, à part du sable…

Cette fois il était enfonçait jusqu’au torse, Alex savait que la mort allait bientôt le prendre… Soudainement, il entendit des bruits venant du ciel.

Le jeune homme regarda au dessus de lui et vit une sorte d’oiseau très gros.

L’oiseau commença à descendre vers lui, mais plus il s’approchait, plus une chose le frappa… Ce n’était pas un oiseau, non, mais on aurait plutôt dit une chauve-sourie géante !

Elle fondit sur Alex, qui tira, mais la créature esquiva le laser, cela était une réaction incroyablement inattendue pour un animal, mais plus rien surprenait le jeune homme, depuis qu’il avait franchis le portail.

La chauve-sourie attrapa Alex avec ses serres acérées, et l’arracha aux sables mouvants et s’envola avec sa proie.

La créature prit en plus en plus d’altitude, à telle point que Alex se demanda où elle compté encore aller ?

Alex sentit la peur monté en lui, mais savait qu’il devait réagir vite.

Heureusement pour lui, il n’avait pas lâcher son fusil, mais il ne pût qu’utilisé un seul bras, car la créature serrer trop ses épaules avec ses puissantes griffes. Et malgré le poids de l’arme, Alex parvenait à l’a soulever…

Juste avant que la chauve-sourie prenne trop d’altitude, il tira.

Le laser avait réussit à transpercé l’une de ses gigantesques ailes.

La créature lâcha immédiatement Alex, qui fit tout même une grande chute.

Il tomba sur plusieurs mètres, il était totalement terrorisé, quand subitement, un câble sortit de son avant bras, sans que celui-ci ne comprenait ce qui se passé…

Au bout du câble se trouvait un piton en forme de u, qui perça la parois rocheuse du canyon et s’enfonça sur plusieurs centimètres. Le câble se tendit, le tout maintenait Alex au dessus du vide.

Alex fut remonter automatiquement et assez rapidement jusqu’à quelques centimètres du piton.

Alex resta suspendu au bout du câble, il ressentit le poids de son arme, malgré l’armure.

Il chercha un moyen de ranger son fusil, le lâcher ne lui plaisait pas. Il pourrait en avoir encore besoin et s’il se faisait surprendre sans par des créatures en armure, cela pourrait lui coûter la vie…

Alex de sa main valide, chercha partout sur son armure un emplacement pour son fusil, comme il en avait trouvé pour sa pièce. Et par chance, après quelques secondes à faire glisser son arme à chaque centimètres carré de son armure, le dos de celui-ci était aimanté. Et son fusil se colla à lui.

Puis, il leva la tête et vit qu’il était presque au sommet, il grimpa les quelques mètres qui lui resté et enfin il atteint son objectif.

Alex était en sueur, son cœur battait encore la chamade, il n’osait pas regarder en bas, il se demandait comment il avait pu réussit un tel exploit ?

Alex était de nouveau sous un ciel sombre, il sentit la baisse net de température. Ce monde était vraiment des plus étrange…

Alex fit volt-face et c’est là que ses yeux se posèrent vers les trois générateurs.

Ils étaient identiques, c’était des cylindres de plusieurs mètres de haut, qui tenaient avec un trépied. En observant de plus près, Alex remarqua quelque chose qui le troubla, il y avait de sortes de sondes, juste en dessous d’eux, qui traversé la terre.

Des sortes de canon étaient fixer au sommet de chaque générateurs, ils étaient pointaient parfaitement horizontalement.

Les trois rayons d’énergie, que Alex avait vu il y a quelques heures, se dirigeaient de l’autre côté du canyon.

Alex était très impressionné par ce qu’il voyait, les générateurs étaient encore plus incroyable de près.

Il ne pût s’empêcher de s’en approcher, il tendit la main pour en touché un… Mais à peine avait-il avancé sa main à quelques centimètres des générateurs, qu’il fut projeté en arrière par une force invisible et il reçut une puissante décharge électrique, qui le brûla de l’intérieur. Il tomba sur le dos, sa vision était brouillé comme l’image d’une vieille TV. C’était l’effet que produisait la décharge électrique sur les lentilles à l’intérieur de son casque.

Alex se releva difficilement, se demandant ce qui a bien pu se passer ?

En regardant de nouveau les générateurs, (sa vision redevint normal), Alex vit une lumière violette les entourant et se reflétant contre le métal des générateurs. Il comprit alors de quoi il s’agissait, c’était des boucliers de protection.

Il devait donc les couper pour pouvoir détruire les générateurs, mais comment y arriver ?

Alex était en intense réflexions, quand il fut interrompu par une voix robotisée qui l’interpella, la chose presque effrayante pour lui, c’était qu’il comprenait ce qu’on lui disait…

– Hé toi ! Qu’est-ce que tu fous là ? Demanda la voix d’un ton brusque.

Alex était paralysé par la peur, il n’osait pas se retourner, mais comment cette créature pouvait-elle parler sa langue, à moins que ça soit lui qui comprenait la langue de l’extraterrestre ? C’était impossible !

Le jeune homme fut comme sonné par toutes les questions qui se trottaient dans la tête. Il n’arrivait pas à trouver une explication satisfaisante à ses questions.

– Hé c’est à toi que je cause, qu’est-ce que tu fou ici ? Relança la voix.

Alex sursauta, interrompu dans ses réflexions, il prit une grande inspiration et se retourna lentement, pour faire face à son interlocuteur.

C’était bien un alien, en armure comme lui, mais parfaitement intact.

Il s’approcha d’Alex, il sembla très suspicieux, il pointa son arme sur lui.

Alex recula de quelques centimètres, il fallait qu’il lui réponde quelque chose, n’importe quoi, il devait ne pas se faire repéré…

Il tenta d’être le plus naturel possible et dit :

– Je suis désolé, je suis nouveau…

La créature regarda Alex de façon étrange, il fit un mouvement de tête comme les chiens et répondit :

– Nouveau ? Tu es arrivé depuis quand ? on m’a pas prévenue !

Alex était en panique, il devait trouvé quelque chose à répondre et vite ! Il réfléchit à toute vitesse, puis un flash lui vint et il répondit avec hâte :

– On m’a envoyer en éclaireur sur la Terre et je viens à peine de rentrer…

Alex sentit son cœur cogner dans sa poitrine, la créature resta silencieuse quelques secondes, des secondes très longues, Alex espéré qu’il goberait son histoire… Enfin il répondit :

– Ah OK ! Désolé… Il baissa son arme, et alors, ils sont comment ces humains ? Demanda-t-il curieux.

Alex souffla un bon coup, heureux qu’il avait tout gober, il répondit d’un air le plus détacher possible :

– Vraiment facile à tuer !

La créature se mit à esclaffait de rire, Alex s’approcha de lui, comme si de rien n’était et demanda :

– Et toi, tu gardes ces générateurs ?

– Oui, seul ici depuis des mois… Répondit l’alien d’un ton las.

– Je vois… Et tu peux m’expliquer comment ça marche ?

– Pourquoi tu veux savoir ça ? Demanda-t-il de nouveau méfiant.

– Oh, comme je suis nouveau, j’essaye de comprendre un maximum de choses… Répondit Alex nerveusement, espèrent que l’autre ne remarqua rien.

– Ah oui, tu as raison, mais j’y connais pas grand chose, tout ce que je sais, c’est que ces machins génèrent le gros portail d’où tu viens.

Alex se tourna vers le bout de canyon et vit au loin le portail flottant à quelques mètres au dessus du sol et les rayons qui étaient reliés à lui, il était gigantesque, c’était beau.

Mais Alex ne pouvait s’empêcher de penser à l’armée en approche, le temps lui était compté… Il n’en avait pas appris plus sur les générateurs… Il se retourna vers l’alien, il demanda, espèrent en savoir plus :

– Et ces boucliers ? Tu sais comment ils sont alimentés ?

– Les boucliers ? Comment es-tu au courant de ça ?

– Je me suis trop approchait des générateurs tout à l’heure…

– AH AH AH ! Ça m’ait arrivé à mon premier jour ! S’esclaffa bruyamment l’alien.

Il y eut quelques secondes de silence, puis la créature reprit :

– J’ai posé la question, mais on m’a juste dit que je devais gardé ce lieu et de ne pas posé de question.

Alex était déçu, puis il pensa à une chose, il demanda avec appréhension, car c’était sa derrière chance :

– C’est qui ton chef ?

– Il est commandant dans la flotte royale, pourquoi ?

Mais Alex ne pût poser d’autres questions, car il fut interrompu par un bruit assourdissant venant du ciel.

Celui-ci s’assombrit encore d’avantage, Alex leva la tête et vit une masse sombre…

– C’es… C’est quoi ça ? Demanda-t-il effrayé.

– Le vaisseau mère ! S’ils sont là, c’est que le moment est enfin arrivé… Répondit extraterrestre d’un ton presque malsain.

Alex ne pût poser la moindre question, car il eut un bruit assourdissant de mécanismes et une ouverture géante en forme de cercle parfait apparue au milieu, de ce qui apparaissait être sous le vaisseau…

Et soudainement une lumière bleu en sortit, Alex n’était pas aveuglé malgré la puissance de celle-ci.

Mais c’est alors qu’une chose terrifiante et horrible se passa, sans qu’il puisse faire quoi que ce soit…

Il fut désintégré, son corps entier disparu, s’évaporant en fine particules…

EPISODE IX

La Résistance

Cela faisait déjà presque une journée que Alex avait franchit le portail, mais celui-ci n’avait pas disparu, ni même diminué de taille, au contraire, il avait presque triplé…

Que était-il arrivait à Alex ? Était-il encore vivant ? Marlène en avait aucune idée…

Tout ce qu’elle savait c’était qu’il était en ce moment même dans un monde hostile. La seule chose qui réconforta un peu Marlène était que Alex était équipé d’une armure à la technologie futuriste, d’un fusil laser et surtout et c’était sa plus puissante arme, sa télékinésie !

Ses pensés étaient toutes tournés vers lui, elle s’inquiétait énormément pour le jeune homme…

La jeune femme fut ramener vers la réalité par LaDur qui l’interpella :

– Vous m’écoutez ? Je vous parle mademoiselle !

Marlène leva les yeux vers ceux de LaDur, qui avait toujours le regard aussi dur.

– Oh… heuu… Oui, désolé, j’étais dans mes pensés… Répondit Marlène mal à l’aise.

– D’accord, il se fait tard… Répondit LaDur en regardant sa montre, il était déjà presque vingt-deux heure.

– Heu, je peux vous demandez quelque chose ?

– Bien-sûr, mademoiselle…

– C’est justement de ça que j’aimerai vous parlez, je souhaiterai que vous arrêtiez de m’appeler comme ça.

– Vous appelez comment ? Demanda LaDur qui semblait ne pas savoir où voulait en venir Marlène.

– Appelez-moi Marlène, je préférerai !

– D’accord, Marlène, bref, j’aimerai vous parlez de quelque chose avant que vous rentriez chez vous…

Marlène sentit son cœur battre un peu plus fort, elle se doutait que ce qu’aller dire LaDur n’allait pas lui plaire…

– Si votre petit-ami n’arrivait pas à détruire les générateurs, il faudra se préparer à l’invasion des aliens, dit finalement LaDur.

Marlène souffla un coup, LaDur le remarqua et la regarda bizarrement.

Après quelques secondes de silence, Marlène reprit la conversation et demanda intrigué :

– D’accord, mais que comptez-vous faire ?

– Je me charge de tout, dit LaDur qui semblait être sûr de lui, on ne peut pas attendre que votre copain revienne sans rien faire. Car s’il échouait, le monde serait perdu…

Marlène resta silencieuse, repensant au jeune homme qu’elle aimait, son cœur se serra.

Dix minutes plus tard, elle quitta le commissariat, il faisait nuit noire, la lune était pleine, Marlène paniqué à l’idée de rentrer seule, mais heureusement pour elle, son « appartement » était à peine dix minutes du commissariat.

Tout le long du chemin, ses pensés étaient toutes tournés vers Alex, elle se demanda si elle allait bien le revoir un jour ?

Sans qu’elle ne se rende compte, Marlène arriva à destination, elle franchit la porte de l’immeuble et pénétra à l’intérieur. Elle monta à l’étage, ouvrit la porte et entra à l’intérieur de l’appartement, qui était vide.

Marlène alluma la lumière, elle se trouva dans le salon d’Alex, maintenant, elle considérait l’appartement d’Alex comme le sien.

Mais sans lui, cet appartement avait perdu son âme, il était triste, Marlène s’approcha d’une étagère et prit un manga et s’assit sur le canapé. Puis elle ouvrit le manga et fondit en larme, c’ était le trop plein d’émotion.

Marlène, après avoir pleuré deux bonnes minutes, posa le manga sur la table basse, en face d’elle et parti se couché, exténué…

Marlène dormait depuis un moment, quand elle fut réveillé par un bisous sur sa joue, il s’agissait d’Alex.

Il lui sourit, la regarda dans les yeux, elle fondit en larme, elle n’y croyait pas. Cela devait être un rêve, mais elle voulait absolument que cela soit la réalité…

– J’ai réussit à détruire les générateurs, le monde est sauver, on restera ensemble pour toujours… lui disait Alex.

Le cœur de Marlène fit un bond, elle l’embrassa et… Et un bruit lointain la gêna. Elle se demanda ce que cela pouvait-il être ?

Le son devenait plus en plus fort, puis soudainement, elle se réveilla…

Marlène était très déçu, une larme coula sur ses joues, elle se tourna et comprit que le son venait de son téléphone, qu’elle saisit. Marlène vit que LaDur l’appeler, elle décrocha.

Désolé, je dois vous réveiller ? Demanda-t-il d’une voix désolée.

– Hein ? Heeeeu… Oui… Répondit Marlène sincèrement, qu’est-ce qui se passe ?

Il faut que vous veniez au magasin, des scientifiques vont arriver vers les neuf heures.

Marlène regarde l’heure et vit qu’il était que huit heure du matin, elle se demanda pourquoi elle devenait venir ?

– Pourquoi je dois venir ? Les scientifiques ont besoin de moi ?

Ils auront besoin toutes les informations que vous avez sur le portail.

OK, j’arrive !

Une fois ces mots dit, Marlène raccrocha et se leva, se demandant ce que des scientifiques pouvaient faire de plus ?

Plusieurs minutes passèrent, le temps pour Marlène de se laver et de s’habiller, puis la jeune femme partit.

Une quinzaine de minutes plus tard, elle arriva à destination, LaDur était déjà à l’attendre devant le magasin.

– Vous voilà, vous êtes en avance, il est à peine huit heure quinze, dit-il avec un léger sourire.

– Oui, je sais, mais c’est pas très loin de chez moi, alors dites moi ce que vont faire ces scientifiques ? Demanda Marlène, qui était presser d’en finir.

LaDur semblait hésiter avant de répondre :

– Je ne sais pas trop, mais ils vont chercher un moyen de faire disparaître le portail…

– Mais et Alex ? S’exclama Marlène prise de panique.

– Je sais bien, mais il était volontaire et s’il a fait ça, c’était pour sauver la Terre, il connaissait les risques.

– Mais pourquoi avoir appeler des scientifiques, alors que Alex venait à peine de partir ? S’emporta Marlène, qui ne supporté pas ce que avait fait LaDur.

– Calmez-vous, j’y suis pour rien… Répondit LaDur d’un air désolé, mais ce sont les ordres de mes supérieurs.

– Mais je croyais que vous gériez la situation ?

Marlène était de plus en plus énervé, elle serra les poings, se demandant bien à quoi pouvait servir LaDur ? Elle pensait qu’il était en charge de tout, mais elle se trompé…

La tension monta d’un cran, LaDur garda son calme, ce qui énerva encore plus Marlène, il eut quelques secondes de silence, puis il reprit :

– Je vous l’ai dit, je suis qu’un simple flic, je n’ai pas les moyens de sauver le monde…

– Je vois…

Marlène commençait à douter très sérieusement de LaDur, il était totalement dépassé par la situation…

– Je suis désolé… Dit finalement LaDur d’un ton grave.

Marlène ne sut pas quoi répondre, c’était la première fois que LaDur s’excuser, se montrant moins dur, plus humain…

Marlène et LaDur restaient silencieux pendant plusieurs secondes, puis LaDur reprit la parole et dit, tout en regardant sa montre :

– Il est huit heure trente, ils ne devraient plus tarder…

Marlène et LaDur attendirent, restant silencieux, la tension monta encore d’un cran…

Puis après presque trente minutes d’attente, un utilitaire arriva enfin, se gara devant le Geek Island.

Deux hommes en sortirent, ils étaient vêtus de blouses blanches, ils se dirigeait vers Marlène, qui les accueillis avec un sourire forcé.

– Bonjour mademoiselle, comment allez-vous ? Demanda l’un des scientifiques.

– Évitez de m’appeler comme ça ! Tempêta Marlène de mauvaise humeur.

– Très bien ! Répondit l’autre homme d’un air gêner.

– Évitons de s’énerver, intervint LaDur, voulant empêcher qu’une dispute éclate.

– Que voulez-vous savoir exactement ? Demanda Marlène qui s’impatienta.

– Tout ce que vous savez à propos des portails, afin de mieux appréhender la situation, répondit le premier scientifique.

– J’ai déjà expliquer tout à monsieur LaDur, ils ne vous a rien expliqué ?

– Bien-sûr , mais, ils nous faut votre point de vue, afin de compléter ce qu’on a déjà.

– OK…

Marlène leur raconta tout ce qu’elle savait, puis les deux hommes partirent en direction du magasin.

Une heure passa, puis enfin les deux scientifique revenaient du magasin. Il avait l’air perplexe, l’un des deux prit la parole :

– On a fait tous les tests possibles, malheureusement, on n’a trouvé aucune solution pour faire disparaître ce portail.

Marlène ne pouvait s’empêcher d’être soulagé, elle savait les conséquences que cela impliqués, mais pour elle le plus important était que Alex puisse revenir de l’autre monde.

– Qu’est-ce qu’on va faire ? Demanda-t-elle une fois que les scientifiques étaient partis.

– On va devoir se préparer à l’arrivé des aliens, on vas devoir faire appel à l’armée, répondit LaDur.

Marlène resta silencieuse, ne sachant plus quoi répondre, pour elle, la situation devenait plus en plus incontrôlable…

Marlène rentra chez elle, elle sentit le stress monter en elle, se demandant comment les choses allaient se passer… Comment une petite ville comme Soissons, allaient pouvoir se défendre contre une invasion d’extraterrestres ?

Elle n’avait plus qu’à espéré que Alex détruise les générateurs, afin que la Terre soit sauvée.

Au bout d’une quinzaine de minutes, Marlène était arrivé à destination.

Elle se posa sur le canapé, épuisé par toutes ses émotions, elle repensa encore à Alex…

Le reste de la journée, Marlène la passa à l’appartement, car de toute façon, elle n’avait plus rien à faire à l’extérieur.

Le soir venu, Marlène se coucha tôt, son moral était à zéro…

Ses rêves furent remplis d’aliens attaquant la Terre, elle voyait des centaines de corps joncher le sol…

Marlène se réveilla en sursaut, il était tôt le matin, il y avait que quelques rayons de soleil qui traversaient les volets de sa chambre.

Elle se réveilla avec difficulté de son lit, et partit en direction de la salle de bain.

Elle se leva et s’habilla, mais une question se posa, qu’est-ce qu’elle allait bien pouvoir faire ?

Il n’avait rien qu’elle puisse faire concernant le portail, elle n’avait plus de travail, son petit-copain était dans un autre monde, il ne lui resté plus rien à faire de ses journées…

Pour Marlène, ses journées seraient très longues, car jusqu’à présent, elle savait toujours comment les occuper, grâce à son travail et même les week-ends. Mais là, c’était la première fois de sa vie, qu’elle se retrouvait dans cette situation…

Tout ce qui lui resté à faire était d’attendre l’invasion extraterrestres dans la plus grande terreur.

Le reste de la semaine s’écoula , sans que rien se passe, Marlène passa son temps avachit dans le canapé à regarder la TV, des émissions de télé-réalité débiles, qu’elle détesté. Mais comme elle avait rien d’autre à faire, elle resta scotché devant…

Puis un jour, en zappant, Marlène tomba sur les informations en continu, elle tomba sur un reportage en direct, et la chose qui la frappa était qu’il s’agissait de Soissons !

Alors que la chaîne était une national, les chances de voir un reportage sur Soissons était de zéro.

Où pouvait y voir des tanks, des soldats arrivant au centre-ville, Marlène était stupéfaite par ce qu’elle vit.

Elle sentit son cœur cogné dans sa poitrine, elle se redressa, monta le son.

Le reporter dit:

Le Président à ordonner à l’armée de débarquer pour faire face à une situation gravissime, qu’il n’a pas préciser… Il demande, également, aux citoyens de rester confinés chez eux…

Marlène coupa la télévision avant même que le reporter finisse sa phrase.

Elle se leva du canapé et se dirigea vers l’extérieur de son appartement.

La première chose que Marlène remarqua était que les rues étaient déserte, cela était anormale à cette heure.

Une quarantaine de minutes plus tard, Marlène arriva à destination et ce qu’elle vit l’a terrifia.

Il y avait des soldats partout autour du magasin, armé jusqu’au dent, il y avait également des barricades placés à quelques mètres du magasin, qui l’entourer.

Plusieurs soldats semblaient être occupé à installer quelque chose sur les murs du magasin, mais Marlène ne comprit pas de quoi il s’agissait.

Elle resta bouche-bée devant tout cela, la jeune femme resta figé sur place, perdu dans ses pensés, à tel point qu’elle n’entendit pas ce qui venait derrière elle…

Des bruits de quelque chose de lourd ce fit entendre, quelque chose faisait tremblé le sol.

Des bruits de moteur non commun, ce bruit était plus en plus proche, l’engin s’approcha lentement de Marlène, sans que celle-ci ne réagisse.

Puis juste avant que celui l’écrase, elle fut attrapé par le bras et ramener sur le trottoir.

Marlène se tourna vers la personne l’ayant attrapé, elle avait l’air terrifié… Il s’agissait de LaDur.

– Qu’est-ce que vous faites ici ? Demanda celui-ci intrigué.

Mais Marlène ne répondit pas, elle tourna la tête vers la route pour voir un tank continuer son chemin.

– Je vous parle, Marlène ! Insista LaDur d’un ton sec.

– J’ai vus les infos ! Répondit Marlène toujours sous le choc.

– Je vois, ne restez pas ici, la population est confiné !

– Je bougerai pas d’ici ! Rétorqua Marlène le ton ferme.

– Les choses vont devenir très dangereuse, il faut pas que vous restiez ici !

– Je sais bien, mais il est hors de question que je me planque alors que la Terre est en danger ! Trancha Marlène de plus en plus énervé.

– Moins fort ! S’exclama LaDur, il s’approcha de Marlène, se baissa et lui chuchota à l’oreille :

– La population est au courant de rien pour l’instant, le Président va faire un discours pour tout révélé, il cherche à éviter que la panique se propage et que des émeutes éclatent. Et cela le plus longtemps possible.

Marlène resta silencieuse quelques secondes, elle comprenait pourquoi le Président faisait cela, mais elle resta tout de même déterminer à rester.

LaDur se redressa, son regard sévère pointé sur Marlène.

– OK, mais je reste quand même ! Dit-elle finalement.

– Très bien, c’est votre vie et vous êtes suffisamment grande pour savoir ce que vous voulez, en plus, vous connaissez tout de cette histoire, votre aide peut nous aider, répondit LaDur en reprenant sa voix normale, pas très convaincu. Mais il commencé à connaître Marlène, il savait qu’il était inutile de discuter avec elle, une fois que sa décision était prise. Et il respecté cela chez elle.

– Dites-moi ce qui se passe exactement ? Demanda Marlène perplexe par ce qu’elle voyait.

– Ils sont en train d’installer des pièges explosifs autour du bâtiment, quand les extraterrestres sortirons du magasin, cela déclenchera les explosifs.

Marlène resta silencieuse par ces explications, elle sentit le stress monté en elle…

– Si vous voulez rester, il va falloir apprendre à vous défendre contre ces montres, affirma LaDur, au bout d’un moment, ce qui fit sursauté Marlène, qui était plongé dans ses pensés.

– Que voulez-vous dire ? Demanda-t-elle curieuse.

LaDur sortit son pistolet de son étuis et le tendit vers elle, qui le regarda d’un air perplexe.

– Prenez le ! Je vais vous appendre à vous en servir, c’est maintenant que les choses sérieuses commencent ! Dit LaDur déterminé.

EPISODE X

Infiltration

Il eut un léger bruit d’un générateur qui démarra, une lumière bleu s’alluma, éclairant un vaste couloir.

Puis des particules apparurent, se mirent à tournoyer à l’intérieur d’un immense socle, puis enfin, deux silhouettes se matérialisaient, parmi elles… Alex…

Alex eut des étourdissements, à peine sortit du socle, qui faisait plusieurs mètres de diamètres. il tomba sur ses genoux, sur un sol métallique.

Se demandant où pouvait-il bien se trouvé ? Ses souvenirs étaient flous…

Il ne savait plus comment il était arrivé là, les derniers souvenirs qui lui resté, était une conversation qu’il avait eu avec un soldat alien.

Alex se releva avec difficulté, il avança en titubant dans ce long couloir, sans savoir où allait…

Sa vision était trouble, puis après quelques mètres, il s’arrêta en se retenant de tomber, à l’aide d’une main qu’il appuya contre un mur métallique. Il crut qu’il allait vomir, mais que c’était-il passé ?

Jamais de sa vie il avait ressentit de telles nausées, c’était pas du genre à aimé les sensations fortes.

Il respira avec intensité, sa vision devint plus normale, même si elle n’était pas encore parfaite.

Alex se releva, tournant la tête à droite et à gauche et vit des étranges murs noirs, il se demanda encore où il pouvait bien être ?

En y réfléchissant, cette endroit ressemblait à un vaisseau spatial, comme on pouvait en voir dans ses films de SF préférés.

C’est à ce moment, qu’un souvenir lui revint, le souvenir de ce que avait dit l’extraterrestre , « le vaisseau mère ».

Puis tout lui revint, il se souvint cette puissante lumière bleu, il pensait que la mort allait le prendre, mais en réalité, il était réapparut.

Il avait été téléporté dans ce vaisseau ! Exactement comme certains films de SF.

La curiosité l’emportant, Alex s’approcha un peu plus des murs et les observant plus en détail, il remarqua qu’il y avait des symboles étranges sculpté à l’intérieur. Mais le plus étrange, pour Alex, c’était qu’ils lui étaient familier… Comment cela était-il possible ? Il en avait aucune idée…

Alex regarda le plafond et vit qu’il y avait un tube lumineux, fixé au centre de celui-ci (ressemblant à nos tubes fluorescent), éclairant d’un blanc pâle et d’autres suivaient jusqu’au bout couloir.

Ce qui troubla beaucoup Alex, qui fut plongé dans d’intenses réflexions, se posant mille questions…

Alex fut interrompu dans ses réflexions par une voix devenue familière.

– Hé ! Tu vas où ? demanda le garde des générateurs.

Alex se retourna, surpris par la présence de l’extraterrestre, mais avec réflexion, il se dit que c’était logique.

Il s’avança dans sa direction, puis répondit :

– Aucune idée, la téléportation m’a désorienté… J’ai cru comprendre qu’on était dans le vaisseau mère ?

– Oui, c’est ça ! Si il est là, c’est que l’invasion va commencer !

Les révélations de l’extraterrestre terrifia Alex, il ne se douté pas que les aliens arriveraient aussi vite, de ce qu’il en avait pu en voir. Il fallait qu’il se dépêche de trouver l’endroit où il pourrait désactivé les boucliers protégeant les générateurs.

Alex chercha un moyen de soutirait l’information au garde, sans qu’il ne se doute de quelque chose.

Mais il y avait une chose qui lui revint subitement, un détail que lui avait dit l’extraterrestre, il lui avait parlé « du commandant de la flotte royal », ce qui signifier qu’une seule chose…

– Tu as déjà travaillé ici ? finit par demander Alex, qui commencé à refaire le puzzle.

– Oui, avant qu’on m’affecte aux générateurs, répondit le garde.

Alex réfléchit quelques secondes, il commençait à faire les déductions, il demanda :

– Donc, tu as déjà vu le…

– La reine, oui une seule fois… répondit le garde.

Les déductions d’Alex étaient les bonnes, cela signifié que le commandant devait se trouvé quelque part à bord de ce vaisseau.

– Tu peux me dire où se trouve ton chef ? Demanda Alex, qui sentait qu’il se rapprochait de son but, il sentit son cœur cogné dans sa poitrine à cause de l’excitation.

– Tu n’as qu’a me suivre, je dois le trouver aussi, vu que si j’étais téléporté, c’est que mon affectation est terminé. Il doit m’affecter ailleurs.

Alex ne pouvait s’empêcher de sourire sous son casque, il s’approcha de plus en plus de son objectif. Une fois qu’il trouverai le commandant, il ne lui resterai plus qu’une chose à faire… S’arranger pour que celui lui indique la salle des générateurs de boucliers, protégeant les générateurs de portail !

– Suis-moi ! dit le garde en emboîtant le pas.

Alex le suivit, ils traversaient un très long couloir, au bout de celui-ci ils tournaient à droite, puis continuer tout droit.

Ils croisèrent de temps en temps d’autres gardes, qui portaient exactement la même armure.

Puis enfin, ils arrivaient devant une porte métallique, Alex pensa qu’il s’agissait d’un ascenseur.

Le garde se mit devant et porte s’ouvrit automatiquement dans un léger vrombissement et l’intérieur de la pièce faisait pensé à l’intérieur d’un ascenseur.

Le garde entra, suivit par Alex, la créature se tourna vers lui et dit :

– C’est à l’étage suivant, puis il appuya sur l’un des boutons se trouvant juste au dessus du premier, il eut un léger vrombissement et l’ascenseur démarra.

Après environ une minute d’ascension, l’ascenseur arriva à destination, Alex et le garde en sortit.

Ils traversaient un autre grand couloir, puis ils tournaient sur la droite à un croisement.

Puis enfin, ils arrivaient devant une porte, le garde se plaça devant et celle-ci s’ouvrit automatiquement sans presque de bruit, elle se souleva et entra dans le mur. Alex espéré qu’il s’agissait de la salle des générateurs de boucliers…

Mais ce n’était pas le cas, à l’intérieur se trouvait une grande pièce étrange.

La pièce était presque vide, à part à ce qui s’apparentait à un étrange cercueil en métal au fond de celle-ci.

Alex et le garde entra, Alex resta choqué par ce qu’il vit, mais surtout il se demanda pourquoi le garde l’avait emmener dans une pièce vide ?

– Mais qu’est-ce qu’on fait ici ? Je croyais qu’on devais aller voir ton commandant ? Demanda Alex perplexe.

– Il est là-bas dans sa cuve régénératrice, répondit le garde en pointant le drôle de cercueil.

Alex se tût, s’il posait des questions sur la cuve, cela serait suspect s’il posait des questions sur un sujet qu’il était censé savoir, il se contenta d’attendre en se demandant ce qu’il allait bien se passer…

En y regardant de plus près, Alex remarqua que la cuve avait sur son dessus une petite lumière rouge.

Puis subitement, elle s’éteignit et presque instantanément une deuxième s’alluma en vert. Puis la cuve s’ouvrit, plus exactement une sorte de sas coulissa vers le bas. Découvrant une silhouette allongé à l’intérieur de la cuve, qui en sortit après quelques secondes.

Alex ne vit que le dos de la créature qui venait de sortir de la cuve.

Il était chauve, avec des petites oreilles pointus, comme l’autre extraterrestre que Alex avait tué. Il portait une cape noire et Alex vit également de grosses épaulières.

La créature prit alors quelque chose dans la cuve, il s’agissait d’un casque, qu’il mit sur sa tête.

La créature se retourna et Alex pût voir le reste de son corps… Et avec son armure, la créature était bien plus impressionnante que les gardes. Notamment, grâce à ses grandes épaulières et de sa cape.

Alex remarqua quelque chose d’étrange qui était incrusté dans l’avant-bras du commandant, une sorte de cristal bleu. Ou plutôt de gemme, de la taille d’une bille.

Alex se demanda bien à quoi pouvait-elle servir ?

Le commandant se tourna vers le garde, celui-ci lui se tenait droit comme un i. Il tapa son poing contre son plastron, puis il tendit le bras. Alex tenta de reproduire la même chose, mais avec une grande difficulté.

Le commandant fit le même geste que le garde et dit :

– Vous voilà soldat, bien, je vais maintenant vous affecter à la surveillance de la salle des machines.

– Bien ! Répondit le garde.

– Et que faites vous ici ? Demanda le commandant en se tournant vers Alex, qui ne sût quoi répondre.

Le commandant s’approcha de lui, il l’observé de la tête jusqu’au pied. Alex sentit son cœur cogné dans sa poitrine, il sentait que s’il ne répondait pas quelque chose et vite, les choses pourraient brusquement déraper…

– Il est nouveau, dit le garde, il ne sait pas où aller.

– Très bien, dis-moi, je peux savoir ce qui est arrivé à ton casque ?

Alex resta silencieux, intimidé par le commandant, alors il ne pouvait en dire la raison…

– Je… Reviens d’une mission d’éclaireur sur la Terre… Et en rentrant j’ai croisé des monstres… finit-il par répondre dans un souffle.

– Je vois, vous penserais à le changer, ordonna le commandant.

– À… Vos ordres commandant ! répondit Alex dont le cœur allait bientôt exploser.

– Suivez-moi ! dit le commandant, qui s’avança vers la sortie, suivit par Alex et le garde.

Ils rebrousser le chemin, jusqu’au croisement que Alex et le garde venaient de passé, puis tourner à gauche.

Ils traversaient tout le couloir, Alex tenta de faire baisser sa tension tout le long du trajet.

Ils arrivaient enfin à destination, devant une porte et une chose troubla Alex, il était capable de comprendre ce qu’il était inscrit au dessus de la porte.

Il lisait :

« Salle des Machines ».

Alex sentit son cœur faire un bon dans sa poitrine, il y était enfin là où il le souhaité, il ne lui resté plus qu’à trouvé un moyen de rentrer dans la salle.

Le garde se positionna devant la porte, Alex fit la même chose, mais lui prit l’autre coté de la porte.

Mais en regardant le garde de plus près, il remarqua que celui-ci tenait son arme, mais lui, la garda collé à son dos. Alors il prit son fusil et resta immobile.

Le commandant s’approcha de la porte et dit :

– Je vais faire mon inspection !

Alex sentit son excitation monter d’un cran, il y était presque…

Le commandant tendit l’un de ses bras, celui où se trouvé la gemme bleu, devant un panneau se trouvant à côté de la porte.

Une lumière bleu sortit alors d’une lentille, scannant la gemme et la porte s’ouvrit comme l’autre la précédente.

Alex ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil à l’intérieur de la pièce.

Celle-ci était assez grande, plus que la précédente, il y avait des machines de partout, comme Alex pouvait s’y attendre. Ainsi que des voyants multicolores au fond de la pièce sur une parois.

Mais la pièce était surtout remplis de levier activant ou désactivant des générateurs.

Et il ne fallut pas longtemps à Alex pour repérer celui où il était inscrit au dessus : « Boucliers Portail ».

Ça y été, il resté plus qu’à Alex à trouver le moyen de baisser ce levier et sa mission serait enfin terminer.

La tension était à son paroxysme, le commandant entra dans la pièce et fit son tour d’inspection.

Alex savait qu’il devait agir vite, il ferma les yeux se concentra sur la gemme, cette pierre bleu était tout ce qui compté pour lui à cet instant…

Au moment où le commandant ressorti de la pièce, Alex se concentra à fond.

Et quand le commandant passa à côté d’Alex, qui était toujours tourné vers la pièce, sa gemme fut alors décroché de son avant-bras. Et fusa dans la main gauche qui tenait le fusil ( la partie garde de main, la partie qui se situant juste avant le canon).

Alex avait du mal à maintenir la gemme, car celui-ci devait en même temps tenir le fusil et la dissimuler à l’intérieur de la paume de sa main. Ce qui faisait que Alex devait maintenir collé la gemme contre le fusil.

Alex se tourna comme si de rien n’était, le garde ne sembla pas avoir remarqué quoi que ce soit, car il était resté tourner dos à la porte.

Tant dit que le commandant s’éloigna, retournant là d’où il venait, Alex attendit qu’il soit loin avant de faire quoi que ce soit d’autre…

Mais une question se posa, quelle serait la suite de son plan ?

Alex devait trouver le moyen d’éloigner le garde afin de pouvoir pénétrer dans la salle.

Il réfléchit pendant plusieurs secondes sans rien trouver, il ne voyait pas ce qu’il pouvait faire à peine un mètre du garde sans se faire repérer…

Puis, Alex eut un déclic, il pouvait utilisé sa télékinésie, il lui fallait trouver comment utiliser son pouvoir.

Il ne pouvait pas faire venir un objet vers lui pour assommer le garde, alors il devait trouver un objet à casser pour distraire le garde.

Mais comment ?

Alex ne savait même pas s’il était capable d’une telle prouesse…

Il lui resté plus qu’à essayer, il ferma les yeux, il fit le vide dans son esprit, tentant de trouver un objet se trouvant les parages, mais il en avait aucun…

Puis, les tubes lumineux apparurent alors dans l’esprit d’Alex, il savait qu’il étaient partout dans le vaisseau. Il serait plus facile de se concentrer sur eux, plutôt que de chercher des objets au hasard…

Alex fit le vide dans son esprit, il rassembla chacune de ses pensées vers les tubes lumineux.

Il se concentra sur l’idée de les détruire, au moins un, mais après plusieurs secondes à se concentrer dessus, rien ne se produisit…

Alex sentit la colère monter en lui, il ne savait pas comment casser ces tubes. Cela l’énerva encore plus, il sentit son cœur augmenté l’allure, le stress monta en lui.

Les images de Marlène se faisant massacré par les aliens s’insinua dans l’esprit d’Alex. Une sueur froide coula derrière sa nuque, Alex sentit une rage monter en lui.

Il fallait qu’il réussisse à détruire ces tubes, alors soudainement, il eut un flash, Alex savait enfin ce qu’il lui resté à faire…

Alex concentra toute sa colère, toute sa frustration sur l’un des tubes le plus proche et la seconde qui suivit, il eut un grand bruit de verre qui éclate. Suivi de celui d’étincelles résonnant dans le couloir.

Alex savait qu’il venait de réussir. Il sentit une montée d’excitation, il y était presque…

Quand le garde entendit cela, il se précipita vers la direction de ce vacarme, laissant enfin seul Alex.

Celui-ci attendit que l’extraterrestre soit suffisamment éloigné pour se dirigeait vers la porte.

Alex sentit son cœur cogné dans sa poitrine, il s’approcha du panneau de la porte et y mit la gemme devant, la porte s’ouvrit automatiquement.

Alex entra, ça y été, il lui resté plus qu’à baisser le levier correspondant à l’alimentation des boucliers.

À chaque pas qu’il faisait, Alex sentait les battements de son cœur s’accélérer.

Quand il fut à environ un mètre du levier, Alex tendit déjà le bras, cette fois il y était enfin…

Il baissa le levier, ce qui eut pour effet immédiat d’éteindre le voyant se trouvant juste en dessous. Alex savait que cela avait marché, cela ressemblait au fonctionnement de la technologie Terrienne.

L’excitation à son paroxysme, Alex quitta la pièce marchant à un rythme accéléré.

Il ne resta plus qu’à Alex à retourner à l’ascenseur, puis de rependre le téléporteur…

Une fois dans le couloir, Alex se débarrassa de la gemme, puis se dirigea vers l’ascenseur, quand subitement, il fut interrompu par une voix qu’il connaissait bien maintenant :

– TOI ! Tu pensez peut-être t’en tirer comme ça ? hurla le commandant.

Le sang d’Alex se glaça, il se figea sur place, paralyser par la terreur…

Alex se retourna lentement, le commandant et le garde se trouvaient devant lui, leurs armes pointer sur lui.

Le commandant avait un fusil différent du garde, celui-ci avait un canon plus gros et des boutons sur le côté.

Il savait que tout était fichu, alors qu’il était si prês du but…

Alex sentit une immense frustration monter en lui.

– Rends-toi ! Traître ! s’exclama le commandant.

Alex était coincé, il le savait, à deux contre un, il ne pourrait rien faire…

Au moment où le commandant s’approcha d’Alex, le garde tira, il sembla ne pas l’avoir fait exprès.

Alex par reflex mit son bras devant son visage, son pouvoir se déclencha et le laser revint sur le garde.

Le garde évita le laser in-extrémise en baissant la tête, le projectile continua sa course dans le couloir.

– Tu vas voir ! hurla le commandant.

Le commandant appuya sur l’un des boutons de son fusil, Alex ne comprit rien à ce qu’il faisait, de toute façon, il n’aurait pas le temps d’essayer…

Car le commandant appuya sur la détente de son arme et un projectile électrique en sortit et fusa sur Alex sans que celui-ci puisse faire quoi que ce soit…

Il le reçu de plein de fouet, Alex prit une puissante décharge électrique.

Alex sentit comme si son corps brûler de l’intérieur, son cri de douleur résonna dans le couloir. Sa vison se brouilla comme précédemment. Puis il s’effondra dans un bruit assourdissant, inconscient…

Alex reprit connaissance, sa vision était toujours trouble malgré son casque.

Lentement il retrouva sa vision, il reconnut l’ascenseur qu’il avait prit avec le garde.

Alex remarqua qu’il était à genoux, ses bras étaient attacher par le devant avec des sortes menottes épaisses, faite d’un métal que Alex ne connaissait pas.

Il sentit encore les douleur des brûlures des décharges électriques, le jeune homme leva la tête et vit le garde à sa gauche et le commandant à sa droite. Il le savait, cette fois c’était la fin pour lui…

Marlène, Ladur, ses parents et le reste de l’humanité était condamné…

Alex était désespéré, il ne savait pas où on le conduisait, mais où que cela soit, c’était sans nulle doute vers une mort certaine…

L’ascenseur s’immobilisa, la porte s’ouvrit, le garde et le commandant souleva Alex en le saisissant par les aisselles. Puis ils traversaient un nouveau couloir.

Après deux à trois minutes de marche, ils arrivaient devant une double-porte, garder par deux soldats armaient de fusils.

Ils s’écartaient pour laisser passer le commandant, garde et Alex, la double-porte s’ouvrit avec un léger vrombissement.

Ils entraient, l’intérieur étaient immense, Alex en était surpris par la taille.

Au centre de celle-ci se trouvait un trône fait de métal, différent des autres, de couleur noir.

Assis dessus, un alien, c’était l’un des extraterrestres de ce monde. Mais celui-ci était différent, on aurait dit une femme…

Elle avait des longs cheveux ! Comme une humaine !

Ils étaient soyeux, noirs. Même sa peau était différente des autres autochtones, elle avait des reflets argentés.

L’alien avait corps fin, des yeux uniformément noirs, Alex la trouvé belle, malgré qu’elle ne soit pas humaine…

Elle portait une armure, mais pas intégrale comme les autres, elle avait un plastrons et des épaulières, fait du même métal que les armures des soldats.

Elle avait également une protection sur son entre-jambe, ainsi qu’aux genoux jusqu’aux pieds. La femme alien porté aussi une chose sur sa tête, que Alex n’avait pas tout de suite remarqué, une étrange couronne, d’une matière translucide, sertie de gemmes multicolores. Il venait de comprendre qui elle était…

La reine porta une cape blanche, Alex remarque une autre chose était collé à droite de son bassin, un cylindre métallique, d’une couleur argent.

Il y avait deux gardes des deux côtés du trône, armé de fusil, mais Alex remarque qu’il avaient également quelque chose de collé à sur leurs bassins. Un étrange objet, ressemblant à un manche de cuter noir. Leurs armures étaient semblables à celle du commandant.

la reine posa son regard sur Alex, qui sentit une hostilité envers lui.

Le commandant et le garde emmena Alex devant le trône et le força à se mettre à genoux.

– Que se passe-t-il, commandant ? Demanda la reine à la fois surprise et intriguée.

– Majesté, cet individu s’est introduit dans la salle des machines, il a réussit à me subtiliser ma gemme. Il semblerai qui soit doté de pouvoirs de télékinésie… répondit le commandant.

La reine était bouche-bée par les révélations du commandant, puis elle ordonna :

– Très bien, vous pouvez disposer…

Le commandant et le garde quittèrent la pièce.

– Bien, qu’on lui retire son casque ! reprit la reine, les deux gardes s’approchaient d’Alex, qui sentit la panique le submerger.

Les deux gardes le tenait en joue, mais celui-ci ne compté pas bouger.

Ils arrivaient derrière Alex et l’un deux posa ses mains sur son casque et lui enleva…

La reine fut très surprise quand elle vit le visage d’Alex, celui-ci cru que son cœur allait sortir de sa poitrine.

– Un humain, comme c’est inattendu… dit-elle d’un ton trop aimable pour être sincère, je me présente, je m’appelle Céléstia Oméga V et je te souhaite la bienvenue dans la dimension du chaos !

EPISODE XI

L’entraînement de Marlène

Cela faisait déjà plusieurs jours que Alex avait franchit le portail, Marlène était de plus en plus inquiète pour lui…

Il était tôt ce matin là, quand son téléphone se mit à vibrer, la jeune femme tâtonna pour le trouver.

Elle n’était pas bien réveiller, elle finit par le saisir et lu le message, celui-ci provenait de LaDur :

On se donne RDV dans une heure au parking du commissariat, pour votre entraînement !

La jeune femme relu deux fois avant de comprendre ce qu’il était écrit, puis d’un seul coup, elle se leva de son lit, complètement réveiller par l’adrénaline.

Au bout de dix minutes, Marlène sortit de la salle de bain et alla prendre son petit-déjeuné.

La jeune femme était toute excité, elle attendait depuis plusieurs jours au moment où elle pourrait commencer l’entraînement au tir.

Mais elle était également stresser…

Une fois son petit-déjeuné terminer, Marlène se dirigea vers sa chambre et sortit quelque chose de sa commande. Le pistolet que lui avait donné LaDur.

Au bout d’une dizaine de minutes de marche, Marlène arriva à destination.

Elle attendit plusieurs longues minutes l’arrivée de LaDur, elle était très en avance.

La jeune femme regarda sa montre à plusieurs reprises, mais l’homme d’une quarantaine d’années se faisait désirer.

Puis après encore quelques minutes d’attente, il arriva enfin, il avait l’air toujours aussi dur.

– Vous êtes là depuis longtemps ? Demanda-t-il un peu mal à l’aise.

– Depuis environ quarante minutes, répondit la jeune femme, qui commençait à avoir mal aux pieds, à force de rester debout à entendre.

– Fallait pas arriver si tôt, rétorqua LaDur.

– J’étais presser de commencer ! Répondit la jeune femme.

– Bon, très bien, on y va !

– Au fait, pourquoi ne pas le faire ici ? Demanda Marlène intriguée.

– Je n’ai pas le droit de faire ça, il faut rester discret ! Répondit le flic avec impatience.

LaDur commencer à avancer, suivit par Marlène, ils marchaient quelques minutes, puis ils arrivaient devant une voiture de la police.

LaDur ouvrit la porte passager et Marlène entra dans la voiture.

Au bout de quelques secondes, le moteur vrombit et le voiture commença à rouler.

Tout le long de la route, LaDur resta presque silencieux, ce qui mit très mal à l’aise Marlène. Elle remarqua qu’ils quittaient la ville.

Ils se dirigeaient vers Crouy.

Après plusieurs minutes de trajet, ils arrivaient à destination, LaDur gara sa voiture et coupa de le contact.

Marlène sortit de la voiture, respirant un bon air frais, loin de la ville.

Ils se trouvaient sur un champ.

Au bout de quelques secondes, LaDur fit son apparaissions devant la jeune femme, avec des bouteilles vides de bière.

Marlène ne pouvait pas s’empêcher de sourire en s’imaginant LaDur buvant toutes ces bouteilles, devant totalement ivre. Cela le rendait un peu plus humain, aux yeux de la jeune femme.

– Bon, on va pouvoir commencer, dit LaDur.

– OK, on va tirer sur ses bouteilles ? demanda Marlène.

– À votre avis ? Rétorqua le flic, toujours peu aimable.

Marlène répondit par des yeux monter au ciel, l’homme se dirigea sur plusieurs mètres, avant de poser les bouteilles, bien aligner.

Une fois qu’il venait de les poser, LaDur revint vers la jeune femme, puis il se tourna vers les bouteilles.

– Bon, le plus important pour tirer, c’est de bien respirer ! dit-il d’un ton assuré.

LaDur sortit un pistolet de son étuis, il visa et dit :

– Démonstration !

À ces mots, l’homme tira, le coup de feu résonna à travers le champs, et sa balle pulvérisa l’une des bouteilles. Puis LaDur se retourna vers la jeune femme, qui était très impressionner.

– Bon, à votre tour, dit LaDur.

Marlène sortit son arme de son sac à main, posa son sac, ses mains tremblantes.

– Non, essayez de vous calmer, conseilla le flic.

– Je vais essayer, répondit la jeune femme qui sentit son cœur battre la chamade.

Marlène respira un grand coup, puis leva son pistolet, puis tira, mais ses mains tremblaient encore. La balle fusa, mais elle finit sa course à une vingtaines de mètres de sa cible.

– Bon, recommencez encore une fois, prenez votre temps, dit Ladur qui avait une voix plus apaiser, ce qui déstressa un peu Marlène.

La jeune femme refit le même geste, mais cette fois, ses mains tremblaient un peu moins, du coup, la balle passa seulement à une dizaine de mètres de sa cible.

Mais au bout du troisième essaie, elle réussit à exploser la bouteille.

Et puis virent les autres, Marlène sentit une chaleur monter en elle, elle commença à y arriver. Elle venait de réussir une chose qu’elle ne pensait pas être possible.

– Très bien ! dit LaDur enthousiaste.

Marlène lui sourit, le flic lui rendit un léger sourire, puis il regarda sa montre et dit :

– Bon, on va renter, on se fera un autre entraînement la semaine prochaine.

Marlène regarda LaDur avec une pointe de déception, maintenant qu’elle commençait à y arriver, elle voulait continuer dans cet élan.

LaDur et Marlène rentrèrent en ville, toujours avec le même silence qu’à l’aller…

Puis une fois arriver au commissariat, Marlène sortit de la voiture et dit au revoir à LaDur, puis enfin quitta les lieux.

Tout le long du chemin de retour, Marlène repensa à sa séance de tir avec LaDur.

Elle avait hâte de recommencer, cela lui permettait d’occuper son esprit et de moins penser à Alex.

Mais une fois l’entraînement finit, la reste de la journée de Marlène était longue, car c’était la seule chose qu’elle avait à faire ces temps-ci.

Mais bientôt, pour la jeune femme, les choses allaient changer…

EPISODE XII

Réunion de crise

Si il y avait une chose que LaDur détester, était du perdre du temps dans des réunions interminables et inutiles.

Et le temps justement, c’est ce que qu’il manqué en ce moment… Car l’humanité se préparer à l’invasion d’alien éminente.

Et une réunion, c’était à sa qu’il devait se convier, en tant que commissaire de police.

Il se leva tôt ce jour là, comme chaque jours depuis des années, à cause de son métier.

Le commissaire se leva avec difficulté et c’était le cas depuis qu’il avait vu un cadavre d’alien…

Si un jour où lui aurait dit que des créatures venant de l’espace attaquerait la Terre, il aurait bien ris au nez de la personne lui aurait raconter ça !

L’homme vivait seul dans un petit appartement, il n’avait ni enfant, ni femme et cella lui allait très bien. Car la seule chose qui compta pour lui était son travail.

Mais ces derniers temps, ce boulot n’avait plus aucun sens pour lui, il était totalement dépasser par les événements…

LaDur se lava les dents en repensant à ses monstres, la peur que cela lui inspiré, il revoyait en rêve le portail devant de plus en plus gros.

Une fois terminer son lavage de dents, sa douche, l’homme s’habilla en vitesse, de son habituel uniforme.

Sa réunion avait lieu à la mairie à quatorze heure.

Une fois qu’il finit de prendre son petit-déjeuné, l’homme quitta son appartement.

Et alla à son travail et comme il vivait dans un appartement que l’État lui mit à disposions à proximité de son lieu de travail, cela lui prit pas plus deux minutes pour y arriver.

Il passa le reste de sa matinée à faire de la paperasse… Puis trente minutes avant le début de la réunion, le commissaire partit en direction de la mairie. Il détesté être en retard…

La tension était palpable à l’intérieur de la salle de réunion de la mairie.

Elle était immense, pouvant contenir une cinquantaine de personne facilement.

Il y avait des dorures sur les murs, des tableaux d’arts,… Bref, la pièce était à toute point de vue, incroyable. Même impressionnante.

Il faisait une chaleur à crever, le soleil taper contre les bais-vitrés.

Le maire présidé la réunion, il était assit au bout d’une grande table fait de chêne. Qui était brillait grâce à du verni et parfaitement cirée.

Le maire était accompagné de son adjoint, de conseillés municipaux, mais et c’était la première fois pour le quadragénaire, maire d’une petite ville, du premier ministre et d’un colonel.

Ils étaient tous assis autour du maire, celui-ci commencé déjà à transpirer.

La situation dans laquelle il se trouvé était exceptionnelle, incroyable même, surtout pour un maire d’une petite ville…

Il prit la parole :

– Bonjour à tous, je suis honoré de la présence du premier ministre, ainsi d’un grand colonel de l’armée de terre dans ma petite ville.

Il eut quelques secondes de silence et le maire reprit :

– Dommage que ça soit en pareille circonstance, pour moi cette situation est plus qu’incroyable…

– Monsieur le maire et si vous commenciez ? Suggéra son adjoint.

– Vous avez raison, répondit le maire d’un ton décidé, comme je le disait la situation est incroyable, je dirais même plus, critique.

Le maire se racla la gorge et reprit :

– Comme vous le savez, les scientifiques dépêcher au Geek Island, n’ont pas pu trouver le moyen de faire disparaître le portail. Du coup, nous avons plus choix…

Il eut un nouveau moment de silence, puis le maire reprit :

– L’armée, par ordre du président a débarquer en ville, ils ont placés des explosifs qui se déclencheront au moment ou l’un des aliens sortira du magasin.

Des barricades ont été placer autour du magasin, ainsi des hommes, prêt à faire feu au cas l’une de ces créatures seraient encore vivante après l’explosion.

Il eut encore des secondes de silence, puis l’un des conseillés prit la parole et demanda :

– Et si les armures des ces montres résiste aux explosions, nous faisons quoi ?

– Nous avons analyser la structures des armures de ces aliens, il semblerait quelles soit faite d’un métal inconnu, répondit le maire d’un ton nerveux.

– Ma question tiens toujours, monsieur le maire, insista le conseillé.

– Je vais vous répondre, la structure des amures sont fait de métal ultra résistants, aucun calibre d’arme à feu les perceraient, mais il semblerait qu’il y ait une faiblesse au niveau de leurs yeux.

Les personnes autour de la table sembla reprendre espoir, puis le maire reprit la parole :

– J’aimerai attiré votre attention vers cet écran se trouvant face à moi. Tout le monde se tourna vers l’écran plat se trouvant au fond de la pièce.

Le maire appuya sur une télécommande se trouvant à côté de lui et qui alluma la télévision, un plan des armures des aliens s’afficha.

– Regardez le plan de cette armure, dit le maire, si on zoom dessus… il appuya sur un autre bouton et il eut un zoom sur les yeux de l’armure.

– Si on arrive à détruire leurs yeux, on pourra peut-être les tuer, reprit-il.

Il eut encore un nouveau silence, l’assistance sembla être plus en plus retrouver une nouvelle énergie.

Puis l’un des autres conseillés reprit la parole, il parla d’un ton grave :

– Mais comment faire pour réussir l’exploit de détruire leurs yeux ?

– Nous leur lanceront des grenades à brouillage électroniques, ce qui devrait les éblouir, répondit le colonel, qui était très silencieux jusqu’à maintenant.

– Et si nous parvenons pas a les repousser, qu’est-ce que nous allons faire ? Demanda un troisième conseillés.

Cette fois, il eut un plus long silence, la tension revenait d’un seul coup dans la salle…

Le maire se tourna vers le premier ministre et le colonel, qui le regardèrent d’un air nerveux, mais ce fut le premier ministre qui prit la parole et dit d’un ton grave :

– Le président à décider en cas d’échec, le tir d’une ogive nucléaire !

Il eut un silence glaçant autour de la table, qui dura plusieurs longues secondes…

Puis soudain, quelqu’un reprit la parole, une voix grave, presque brusque :

– Et pour les habitants ? Demanda LaDur.

– Malheureusement, on ne pourra pas les évacuer tous, répondit le maire d’un ton navré.

– Il faudra espérer qu’on en arriva pas là, dit le premier ministre.

– Qu’est-ce qui se passera si votre bombe ne les tuent pas, vous aurais tuer des milliers de gens pour rien, sans parler des radiations ! S’exclama LaDur indigné.

– Malheureusement, c’est la seule solution qui nous restes en cas d’impossibilité de les repousser… Répondit le premier ministre.

– Alors il faudra espéré que Alex parvienne à faire disparaître le portail, dit LaDur d’un ton grave, presque désespéré.

– Oui, il reste ce jeune homme, parti de l’autre côté du portail… Dit le maire, mais il nous faut bien penser au pire, et il faut penser à la survie du reste de l’humanité…

À ces mots, la réunion prit fin, tout le monde quittèrent la salle, LaDur sortit le premier, presser de partir.

Une fois à l’extérieur, LaDur se dit qu’il ne pouvait pas laisser Marlène ne pas être mise au courant. Malgré que cette réunion soit des plus confidentielle. Il ne pouvait pas s’empêcher de penser à la jeune femme… Il devait se l’avouer, le flic commença à avoir de l’affection pour elle,

LaDur prit son portable et tapa un message, qu’il envoya :

C’est pour vous dire, qu’ils comptent envoyer une bombe nucléaire si jamais ils ne parvenaient pas à repousser les aliens, il faudra vous préparez à vous mettre à l’abri !

Il remit son téléphone dans sa poche, puis il reprit sa route se dirigeant chez lui.

Quelques minutes plus tard, le téléphone sonna, LaDur le sortit et lu le message qui venait de Marlène :

OMG ! Ils sont sérieux, où vous voulez-vous que j’aille !!!!

LaDur s’attendait à cette réponse, il aurait savoir quoi répondre, mais il en avait aucune idée…

Il répondu tout de même :

Désolé, il faudra espéré que leur plan marche, je vous expliquerait tout demain, si ça vous intéresse.

Ladur eut à peine le temps de rentrer dans sa voiture, qu’il reçu une réponse de Marlène :

Bien-sûr que ça m’intéresse ! Á demain, bonne soirée à vous !

LaDur lu ce dernier message, encore une fois il s’attendait à cette réponse.

Décidément, cette fille avait du cran et cela plaisait à LaDur, maintenant, il fallait garder espoir, avec un peu de chance, leur plan marcherait…

LaDur le savait, il y avait une infime chance que cela marche, mais que leur resté-t-il ?

Bientôt l’humanité allait peut être subir sa propre destruction et si cela devait arriver, LaDur combattrait jusqu’à la mort… Car c’était la seule chose qu’il savait faire.

EPISODE XIII

La première vague

Cela faisait déjà plusieurs semaines que Alex avait franchit le portail, il manqua énormément à Marlène, elle pensa à lui à chaque instants de la journée…

La seule chose qui l’aider à tenir sans lui, c’était de se battre, ces derniers jours, Marlène les passèrent à s’entraîner à l’utilisation d’armes à feu. Entraînement reçu par LaDur.

Mais la jeune femme venait d’apprendre une terrible nouvelle part LaDur la veille… Une chose qui changea tout, comme pouvait-elle faire pour survivre à un bombardement nucléaire ?

Marlène décida d’y pas penser, fallait qu’elle reste positive, mais cela lui demanda un gros effort, elle devait se concentrer sur son entraînement.

LaDur lui indiqua que l’entraînement du jour serait le dernier, car il lui enseigner tout ce qu’il savait.

Marlène se rendit dans le parking du commissariat pour y attendre Ladur…

Le flic arriva deux minutes plus tard, ils partirent en voiture jusqu’à Crouy,

Une fois les bouteilles mise en place, l’entraînement commença…

Marlène tira sur les cibles sans aucune difficulté.

À cet instant, elle était devenue une véritable pros de la gâchette.

Et elle savait qu’elle le devait à LaDur, ses précieux conseilles l’avait aider.

« Vous devez bien respirer, la respiration est la clé d’un bon tireur », c’était les mots qui lui répéta en boucle.

Après deux heures d’entraînement passèrent, puis Marlène rentra chez elle. Sur tout le long du chemin, ses pensés étaient orientés vers Alex, mais aussi à la peur que lui inspiré l’arrivée éminente des extraterrestres…

Une fois chez elle, Marlène se posa sur son canapé et alluma la télévision pour se détendre un peu, mais en vain…

Car sur toutes les chaînes on ne faisait que de parler de l’invasion extraterrestre qui se préparer…

Au moment où Marlène allait éteindre la télévision, elle tomba sur le reportage en direct devant le Geek Island…

Elle reposa tout de suite la télécommande et fixa son attention sur le

reportage en question.

C’était une femme d’une quarantaine d’années qui s’approcha du magasin, il y avait des soldats entourant les lieux. La femme se dirigea vers l’un des hommes en uniforme et demanda dans le ton de l’excitation :

Monsieur le soldat, pouvez-vous me dire ce qui se passe ?

Mais l’homme ne répondit rien, la journaliste insista sans obtenir de réponse, alors elle s’adressa aux téléspectateurs :

Appartement les événements semble s’accélérer, peut-être que le portail s’emballe ! Je ne sais pas, mais vous pouvez voir qu’autour de moi, il y a des mouvements de partout, c’est la panique !

Le cameramen filma des soldats se poster devant le magasin et ainsi que des policiers, se préparant à quelque chose… Parmi eux… LaDur !

Que Marlène reconnut immédiatement, elle éteignit la télévision sur le champs et l’appela.

Le téléphone sonna plusieurs secondes sans qu’il décroche, alors elle raccrocha son téléphone et se précipita vers sa chambre.

Marlène sortit un pistolet d’une commode se trouvant à côté du lit. Puis elle le rangea dans son sac à main et se précipita vers la porte d’entrée, puis enfin quitta l’appartement.

Une vingtaine de minutes plus tard, Marlène arriva au centre-ville, elle cherche du regard LaDur sans le trouvé… Tour ce qu’elle vit étaient des centaines d’hommes et de femmes en uniforme, des policiers et des soldats s’affairant de tous les sens.

Marlène ne voyant toujours pas LaDur, elle décida de crier son nom, mais sans toujours aucune de réponse…

Soudainement, une main attrapa le bras de Marlène et la tira vers l’arrière. La jeune femme fut ramener sur un trottoir, elle se tourna vers la personne l’ayant attraper et vit que c’était LaDur…

Celui-ci sembla énervé et effrayer à la fois, cette réaction était dû par sa présence au centre-ville. Et Marlène remarqua une autre chose, LaDur porta un gilet par balle.

– Qu’est-ce que vous foutez ici ? Demanda-t-il brusquement.

Marlène sous le coup de la surprise ne répondit pas tout de suite, puis après quelques secondes de silence, elle dit d’un sec :

– À votre avis ? J’ai vu la télé, je veux savoir ce qui se passe ici !

LaDur relâcha la pression sur le bras de Marlène et répondit dans un ton plus calme :

– Bon, puisque que je sais que vous allez pas partir tant que vous ne saurez pas, je vais vous le dire… LaDur se tût quelques secondes, le temps de reprendre sa respiration après s’être énervé et reprit la parole :

– Le portail fait des siennes, on peur que les aliens débarquent ! Maintenant, partez, fuyez la ville !

Marlène était bouche-bée après ces révélations, elle sentit la terreur monter elle.

De la sueur commencé à couler sur son visage, son cœur battait la chamade.

Marlène s’était préparer à cela pendant plusieurs jours, mais elle redouter que ce jour arrive…

Mais on y été, elle ne pouvait plus espéré que Alex les sauves tous, elle ne pouvait pas non se cacher, elle irait où de toutes les façons ?

Marlène regarda LaDur droit dans les yeux et répondit :

– Je ne partirai pas !

LaDur fut surprit par cette réponse, il savait qu’elle était du genre têtu, mais pas inconsciente tout de même, il la regarda également et lui répondit d’un ton grave :

– Non, vous ne pouvez pas rester, c’est trop dangereux ! Je ne veux pas que vous creviez ici !

Marlène ne pouvait pas rester insensible aux mots de Ladur, cela la touché beaucoup, surtout venant d’un homme comme lui…

Elle ne se douté pas qu’il puisse tenir aussi fort à elle. Mais malgré tout, elle pourrait pas partir…

– Désolé mais je reste ! Je me suis pas entraîner pour rien ! Dit-elle d’un ton ferme. Malgré l’émotion qui en train de monter elle…

LaDur resta bouche-bée devant la réponse inattendue de Marlène, après quelques secondes de silence, il répondit tout aussi ferment :

– Écoutez, si je vous entraîner c’était où cas où, mais là c’est vraiment trop dangereux, vous… Ladur fut ininterrompu par une explosion… Il n’était plus temps pour la discussion, les aliens étaient là…

C’était la façade du Geek Island qui explosa, les vitrines volèrent en éclat, ainsi que la porte d’entrée.

Une épaisse fumée, mélanger à de la poussière se répandirent là où l’explosion avait eu lieu, on n’y voyait rien…

Au même moment, LaDur prit Marlène par le bras et l’entraîna loin du magasin.

Il se mit à courir, assez vite malgré son poids, Marlène était entraîner sans pouvoir réagir, sans comprendre ce qu’il faisait…

Puis après plusieurs mètres de course, LaDur s’arrêta, il se trouvé devant sa voiture de fonction. Marlène ne comprit toujours rien à ce qui se passé, elle était totalement en panique.

– Qu’est-ce que vous faites ? Finit-elle par demander.

– Fallait… D’abord qu’on s’éloigne du danger… Répondit LaDur essoufflé et en panique. Alors que des gouttes de sueur qui perlaient sur son front, mais il y a ceci que je voudrait récupérer…

Il sortit de son coffre de voiture, un fusil à pompe, qu’il chargea, Marlène voyant ça, fit de même et sortit son pistolet et le chargea également.

– Ne restez pas planter là ! Planquez-vous derrière la voiture ! Hurla LaDur.

Ce que fit tout de suite Marlène, rejointe par Ladur, ils observaient ce qui resta du Geek Island…

Celui-ci était toujours à moitié dissimulé par un écran de fumée. Mais qui commença à s’évaporer…

Une dizaine de silhouettes étaient cachés par la fumée, mais qui était de plus en plus visible, au fur à mesure que celle-ci disparaissait…

Une dizaine de soldats et de policiers se tenaient prêt à les recevoir, bien caché par les barricades.

Les soldats étaient tous armés de fusils FAMAS, les policiers eux, de MP5. Ils pointaient leurs armes pointaient vers les créatures.

Lentement, la fumée se volatilisa, laissant apparaître les créature derrière…

Puis quelques secondes plus tard, la fumée avait complètement disparue… Ils étaient là, les aliens, l’un d’entre eux était différent, Plus grand, plus impressionnant.

Il avait des épaulières plus grosses et le reste de son armure également, elle était proportionnelle à sa carrure. Il portait également une cape, mais aussi… un canon à la place du bras droit!

Cette fois il n’y avait plus de doute possible, les extraterrestres étaient bien là, l’espoir que tout ceci soit un rêve s’estompa immédiatement.

Le monde allait bientôt basculer dans la terreur, l’humanité allait peut-être s’éteindre ?

Mais pas sans combattre!

Sans attendre une seconde de plus, les soldats, ainsi que les policiers balancèrent tous en même temps des grenades par dessus les barricades.

Mais une fois sur le sol, elle n’explosa pas comme des grenades classiques, après leurs détonations, des particules métalliques microscopiques sortirent de ce qui rester des grenades.

Les extraterrestres semblaient déstabiliser, comme paralyser, les particules brouillaient leurs visions. Comme cela était prévu par le colonel.

– FEU ! Hurla le commandant, l’homme était bien caché derrière un tank, se trouvant à des centaines de mètres du magasin.

Tous se mirent a tirer en même temps, les balles fusaient par milliers sur les créatures.

Elles atteignirent leurs cibles, le casque de chacun des extraterrestres, plus exactement, leurs yeux…

Les tires dura plusieurs secondes sans s’arrêter, puis le son des fusils se stoppaient, ils avaient vider leurs chargeurs.

Mais c’était avec stupeur, qu’ils découvrirent qu’il y avait que des micros-fissures sur leurs yeux de leurs casques. Malgré qu’ils venaient de vider leurs chargeurs…

Leurs yeux étaient bien plus résistants que prévu, les canons des fusils fumaient encore, quand les aliens se mirent à bouger, les effets des grenades venait de se stopper…

– REPLIS ! Hurla le commandant, tous les hommes et femmes en uniformes se retirèrent.

Puis avant même que les aliens ne puissent faire quoi que ce soit, le tank tira, un gigantesque obus fusa vers eux.

Il eut une énorme explosion, bien plus puissante que la précédente, presque tout le magasin partit en fumée, ainsi que les barricades.

Un épais nuage de fumée recouvrit ce qui resté du Geek Island, tous espéré que cette fois les extraterrestres étaient bien morts…

Marlène qui cru que son cœur allait s’arrêter, était recroquevillé, elle se demanda si finalement, elle n’aurait pas dû rester sagement chez elle ?

Elle ne sentait pas de taille fasse à ces monstres, la jeune femme prier intérieurement pour les aliens soient morts.

Marlène sortit lentement la tête de derrière la voiture, son corps trembla frénétiquement.

La fumée était encore là, on n’y voyait toujours rien… Mais lentement, elle commença à se dissiper…

Bientôt, elle serait plus là, mais seulement, on pouvait distinguer des mouvements au travers de la fumée…

Des pas se firent entendre, puis il eut une détonation, un laser traversa l’écran de fumée et fusa dans la rue, pour finir sa course sur le visage du commandant, qui venait à peine de sortir la tête de derrière le tank pour voir ce qui s’était passé…

Son crâne explosa littéralement, des morceaux de cervelles furent éparpiller dans tous les sens.

Le reste de son corps retomba lourdement au sol, la panique se rependit partout dans les lieux…

D’autres tirs résonnaient, les soldats et les policiers tentèrent de s’enfuir, mais en vain.

Plusieurs d’entre eux furent abattus, certains purent s’échapper in-extrémise.

Ils coururent tout en s’abaissant, évitant les lasers, se cachant derrière des immeubles ou des maisons. Mais les extraterrestres, qui pour le moment ne bougeaient plus, allait bientôt sortir de derrière la fumée. Qui s’était presque évaporée. Ils étaient tous intact, comme si rien ne s’était passé.

C’était le plus gros d’entre eux qui s’avançait en premier, suivit par les autres, il fit quelques pas, puis s’immobilisa en tendant son canon…

C’est alors qu’une chose incroyable se produisit, sous les yeux écarquillaient des personnes encore vivantes…

Le gros alien appuya sur l’un des bouton de son bras et une boule d’énergie violette fit son apparition à l’intérieur de son canon. Elle grossit lentement, des arcs électriques commençaient en jaillir…

La boule grossie encore et encore, jusqu’à presque sortir du canon, puis le gros alien appuya sur l’un des autres boutons de son arme.

L’énorme boule d’énergie fut alors expulser du canon, comme un projectile, fusant vers le tank.

Quand celle-ci rentra en contact du tank, il explosa dans une énorme déflagration.

Il se souleva de terre, le goudron fut arracher, puis il retomba lourdement, là où il était, faisant trembler le sol, le fissurant, partout autour de lui.

Le choc fut si violant que toutes les vitres de sa voiture volèrent en éclat.

Heureusement pour lui, LaDur était caché derrière recroquevillé, il entendit quelques secondes, puis il se releva d’un seul bon.

LaDur qui était en panique total, chercha des yeux Marlène, qui la vit recroquevillé presque sous ce qui resté de sa voiture.

Il la prit par son bras, la souleva et commença à courir, son fusil dans l’autre main, le plus vite et le plus loin possible des lieux…

– ALLEZ ! BOUGEZ-VOUS ! Hurla-t-il à Marlène qui sembla paralysé par la peur.

Celle-ci le regarda d’un air ahuri, puis la seconde qui suivit, elle commença à rependre contenance, la jeune femme se mit à accéléré le mouvement.

Des lasers sifflaient au dessus de leurs têtes, LaDur lâcha le bras de Marlène, il se tourna vers elle et hurla :

– ‘Faut qu’on se sépare, ça s’ra plus dur pour eux de nous tirer dessus !

La jeune femme ne répondit pas, elle se contenta d’acquiescer, puis se dirigea vers la droite, pendant que LaDur alla vers la gauche.

Leurs poursuivant continuer de tirer, mais la stratégie des deux humains marcha, leurs projectiles ne les atteignirent pas…

Le plus gros d’entre eux, s’arrêta alors les autres firent de même.

Il sembla être leur chef leur fit des signes étranges, tout en leur parlant dans une langue inconnue. La seconde qui suivie, les aliens se séparèrent, cinq partirent avec le chef et les cinq autres partirent dans la direction opposer.

Le chef hurla à ses hommes d’autres instructions et la seconde qui suivie, ils accéléraient le pas.

Marlène zigzagua pour éviter les lasers, les tirs étaient de plus concentré sur elle, mais elle garda une bonne avance sur ses poursuivants.

Il y avait trois aliens qui étaient à plusieurs mètres d’elle, ils tiraient encore dessus, mais celle-ci évita encore les projectiles.

Marlène tenta de réfléchir afin de trouver le moyen de semer ses poursuivant, mais la terreur l’empêcher d’y arriver. Elle commença même se fatiguer…

La sueur dégoulina de partout, son cœur allait bientôt sortir de sa poitrine. Cette fois, elle sentit que ça serait bientôt la fin…

Un tir passa à quelques centimètres de son épaule, Marlène se mit alors à courir à l’opposé de celui-ci.

Mais un autre laser passa à quelques centimètres de son autre côté, Marlène regarda par-dessus son épaule et vit les cinq extraterrestres toujours sur ses talons.

Elle fallait qu’elle parvienne à les semer, mais comment ? La jeune femme n’en avait toujours aucune idée…

Marlène tenta un tir désespéré par dessus son épaule, mais qui n’atteignit pas sa cible.

Elle parvenait tout de même à remonter la rue, mais les aliens commença à la rattraper…

Soudainement, d’autres tirs venaient en face d’elle, mais pas ceux des créatures, mais c’était celui-ci des soldats.

Un combat s’engagea entre eux, profitant de cette diversion inespéré,

Marlène prit la fuite à l’opposé d’eux.

Marlène entendit les tirs derrière elle, mais elle savait que les soldats ne pourrait pas tenir longtemps…

Marlène continué de courir le plus vite qu’elle pouvait, malgré la fatigue de plus en plus forte, mais subitement, quelque chose passa au dessus d’elle.

Le projectile atterrir à quelques mètres de la jeune femme, au contact du sol, il explosa.

L’explosion fut d’une puissance gigantesque, Marlène reçu des gravats sur elle.

Marlène s’immobilisa sur place, tremblante de peur, de la sueur coula en grosses gouttes.

Marlène tourna la tête lentement et vit l’alien au bras canon, alors elle s’enfuit se dirigeant vers le bâtiment le plus proche d’elle. Il fallait qu’elle se mette à l’abri.

À quelques mètres de sa position se trouva un centre commercial, Marlène fonça vers lui…

Elle arriva enfin devant l’entrée, quand soudainement, celle-ci explosa, l’arrêtant dans sa course. Elle fut aveuglé par la déflagration.

Les éclats de verres brûlant que consistaient la porte furent projeter vers Marlène. Qui ne pouvait pas les éviter, tout ce qu’elle eut le temps de faire, c’était de mettre ses bras devant son visage.

Les bouts de verres la transperça à plusieurs endroits, les épaules et les jambes, les blessures n’étaient pas très grave, mais elle saigna beaucoup. Mais elle était aussi brûler assez gravement, la jeune femme hurla à cause de toute cette douleur.

Marlène sans avoir à se retourner, savait que c’était cet alien au bras-canon, cette fois l’explosion n’était pas très puissance… Il avait dû utiliser son arme au minimum de sa puissance.

Marlène reprit contenance, malgré l’intense souffrance, elle zigzagua pour tenter d’éviter un autre tire. Puis, Marlène pénétra à l’intérieur du centre commercial.

Il était immense, sur plusieurs étages, à peine entrer, la jeune femme vit des tas de rayons de marchandises variés…

L’intérieur du centre commercial était éclairé faiblement par des néons, Marlène continua de courir, mais le chef des aliens était seulement à quelques mètres derrière d’elle…

Il eut un nouveau tir, l’explosion, peu puissante, se produisit à une dizaine de mètres derrière Marlène.

Ce qui la propulsa au sol, atterrissant dans un fracas assourdissant. Dans sa chute, Marlène lâcha son pistolet, qui glissa au sol sur plusieurs mètres… Elle était sonné, cette fois elle était fichu…

Soudainement, un bras la souleva de terre, Marlène leva la tête et vit LaDur, l’expression de panique déformant son visage, de la sueur lui avait coulé dessus. Même sa moustache était devenue collante.

– ALLEZ DEBOUT ! ON BOUGE ! Hurla-t-il.

Ils courraient dans les allées du centre commercial, alors que des pas lourd se fit entendre derrière eux…

LaDur et Marlène se retrouvèrent caché dans l’allée la plus éloigné de l’entrée du centre commercial.

– Co… Comment vous avez fait pour semer les aliens ? Demanda Marlène intrigué.

– CHUT ! Répondit LaDur dans un ton sec, avec ceci ! LaDur montra son fusil à Marlène.

– Ça les ralentis ! Reprit-il.

Marlène reprit sa respiration, réfléchissant à ce qui fallait faire, LaDur souffla un bon coup et dit d’un ton toujours aussi brusque ;

– Il qu’on se sépare, mais ne sortez pas dehors, les créatures à l’extérieur vont vous cueillir !

– D’accord, mais il me faut mon flingue, il est resté à l’entrée…

Au moment où LaDur allait répondre, il fut interrompu par des pas qui s’approchaient d’eux…

Marlène retourna sur ses pas, essayant de faire le moins de bruit possible, tant dit que LaDur alla à l’opposé d’elle.

Les pas de l’alien semblaient s’éloigner de Marlène, peut-être que la créature était partit en direction de LaDur ? Et si tel était le cas, Marlène devrait alors se dépêcher…

LaDur marcha en faisant le moins de bruit possible, il tenait son fusil bien serrer dans ses mains.

Le commissaire savait comment faire face tous sortes de personnes dangereuse d’habitude, mais c’était la première fois de sa vie, en tant que flic, qu’il était totalement impuissant, il était dans un flou total…

L’homme n’avait jamais imaginé que cela puisse arrivé un jour, d’ailleurs, ces histoires d’envahisseurs n’étaient pas sa tasse de thé. Personnellement, il ne croyait pas aux petits-hommes verts, mais là, il y était en plein dedans… Comment faire pour s’en sortir ?

Donc, Ladur devait être le plus prudent possible, en espèrent que l’alien ne tombe pas sur lui… Il sentit la terreur grimper d’un seul coup.

Seulement, le flic n’était pas très chanceux, car il entendit des pas s’approchaient de lui…

Marlène y était presque, son arme était à quelques mètres d’elle, elle accéléra le pas…

LaDur commença à reculer doucement, mais le pas s’entendirent plus en plus fort, l’homme serra la détente de son fusil, mais bientôt la créature serait face à lui…

Marlène attrapa son pistolet, et fit demi-tour, elle se dirigea vers les pas…

Le chef des aliens faisait face à LaDur, celui-ci, le cœur cognant dans poitrine, pointa son fusil vers le monstre…

Marlène accéléra le pas, ses mains qui tenaient l’arme tremblaient…

Mais soudainement, Marlène entendit des coups de feu…

LaDur tira à plusieurs reprises sur l’alien, celui-ci s’immobilisa, sa tête bascula en arrière à chaque fois que les plombs le touchèrent.

Des micros-fissures commençaient à apparaître sur les yeux de la créature.

Le flic tira encore, encore et encore, l’alien resta figé sur place, à chaque nouveau tir. La fissure devant plus en plus grande… Mais bientôt, LaDur serait à court de munition…

Marlène courut pour rejoindre LaDur, elle avait du mal à respirer, tellement son cœur cogna dans sa poitrine. Les deux ennemis étaient à une dizaine de mètres d’elle…

Il eut un cliquetis qui retentit, LaDur était à court de munition, le chef des aliens, qui avait la tête basculé en arrière, la redressa lentement…

Puis il tendit son canon vers LaDur, qui était paralyser par la peur…

Marlène y était enfin, ses mains trembla encore frénétiquement, elle respira d’un seul coup, elle ferma les yeux, tendit son arme…

Lentement, ses bras trembla de moins en moins fort, puis ils s’arrêta complètement. Puis Marlène ouvrit de nouveau les yeux, l’air déterminer.

Pour la première fois de sa vie, Marlène était sur le point de faire quelque chose de vraiment extraordinaire pour elle… Une chose qu’elle n’avait jamais imaginé faire…

La créature chargea son arme, quand subitement, un cri perçant se fit entendre :

– HE TOI !! Hurla Marlène à plein poumon.

L’alien se retourna et la jeune femme tira, la balle fusa, tournoyant sur elle-même à toute vitesse.

Elle atteignit sa cible, explosa l’un des yeux du casque du monstre.

Les éclats de son œil volèrent dans les airs, le chef des aliens sembla déstabiliser…

Du sang violet coula à flot dans l’orbite du véritable œil de la créature. Un trou apparaissait là où se trouvait l’œil rouge de son casque.

Soudainement, LaDur reprit contenance, profitant du fait que la créature soit affaiblie pour passer à l’action.

Il frappa le monstre à coup de crosse en plein dans son orbite, l’enfonçant presque à moitié.

Le chef des aliens vacilla, puis s’écroula lourdement sur le sol, mort.

Marlène avait réussit, elle n’en revenait pas, la jeune femme sentit de intense chaleur monter en elle.

– Bon, maintenant qu’il est mort, on fait quoi ? Demanda LaDur.

Marlène regarda le cadavre du monstre, puis son regard se posa sur Ladur, l’air dubitative.

Puis soudainement, la jeune femme eut un flash, elle regarda de nouveau LaDur avec un léger sourire aux lèvres.

– Il faut que je mette cette armure ! Finit-elle par dire.

– Vous êtes folle ? Demanda LaDur qui la regarda d’un air incrédule.

– J’ai pas le choix, c’est le seul moyen de tuer ces choses !

LaDur ne répondit rien, il ne savait pas quoi dire, puis au moment où Marlène se baissa, il la retenue en attrapant son débardeur.

– Attendez, il faut d’abord que vous soigniez vos blessure, dit-il d’un ton inquiet.

– Oui, vous avez raison, répondit la jeune femme, qui regarda ses plaies avec inquiétude.

– Bon, il faut aller au rayon pharmacie, dit LaDur.

Une vingtaine de minutes plus tard, Ladur finit de prodiguer ses soins à Marlène. Qui était recouverte de bandages, puis les deux repartirent vers le cadavre de la créature.

– Bon, voyons-voir… Dit Marlène songeuse.

La jeune femme s’abaissa, observant l’armure, des flash d’Alex posant la paume de sa main sur le plastron de l’autre armure, lui revint.

Elle fit la même chose, il se passa rien pendant quelques secondes, puis subitement, des images s’insinuèrent dans son esprit…

Marlène cru qu’elle allait tomber dans les pommes, elle fut rattraper par LaDur.

– Est-ce que vous allez-bien ? Demanda-t-il inquiet.

– Mon dieu, j’ai reçu tous les souvenirs de cette chose directement dans mon cerveau, répondit Marlène d’une voix tremblante.

– Quoi ? Mais comment c’est possible ? Demanda LaDur choqué.

– Je… ne sais pas… Mon dieu, Alex a dû subir ça aussi, sans m’en parler…

– Il ne voulait sûrement pas vous inquiéter… On a pas le temps pour ça ! Allez-y mettez ce truc!

LaDur avait raison, Marlène devrait remettre son questionnement à plus tard, maintenant, elle savait comment marcher cette armure.

Après quelques minutes, Marlène, avec l’aide de LaDur, finit d’enfiler l’armure.

– Et pour le casque ? Demanda LaDur.

– Je pense qu’il est trop abîmer pour qu’il serve à quelque chose, répondit Marlène d’un ton navré.

– Et maintenant ?

– Il faut… Marlène fut interrompu par des bruits de pas qui se firent entendre à l’entrée du centre commercial.

Qui se trouvé à l’opposé de leur position, Marlène se plaça devant LaDur.

LaDur ramassa le pistolet que Marlène venait de laisser par-terre, juste à côté de son sac.

Les deux personnes se dirigeaient vers la sortie lentement, quand soudainement, des tirs fusaient sur eux…

Ils s’abaissèrent juste à temps, évitant les lasers, Marlène répliqua instantanément.

Son premier tir traversa la pièce touchant de plein fouet l’alien se trouvant à quelques mètres d’elle.

Celui-ci fut projeter dans les rayons, qui tombèrent en se renversant comme des dominos.

Un deuxième monstre débarqua à l’intérieur du centre commercial, il ne pût rien faire, lui fut lui aussi toucher par une boule d’énergie.

Projeter sur plusieurs mètres, retombant lourdement sur le sol, mort.

Marlène n’en revenait pas, c’était comme si l’armure lui avait transmit toutes les capacités de l’alien qui la porté…

LaDur, lui était bouche-bée par ce qu’il venait d’assister.

Lui et Marlène sortir du centre commercial, Marlène était devant, le bras-canon tendu.

Ce qu’elle vit était un décor de guerre, des cratères de partout, des cadavres jonchant le sol, certains d’entre eux, étaient en morceaux.

Ce qui resté du tank fumer encore, Marlène regarda dans toutes les directions pour s’assurer qu’elle ne voyait pas la présence d’extraterrestres.

Elle pensa qu’ils étaient tous morts, mais la chose étranges c’est qu’elle savait que les deux qu’elle venait de tuer, était loin d’être les seules… Or il n’y avait pas de cadavres d’aliens… Où pouvait-il bien être ?

Soudainement, trois extraterrestres arrivaient sur la droite, deux autres sur la gauche…

Marlène tira une première salve sur ceux de droite, les explosant tous en même temps. Leurs corps furent projeter dans les airs, retombant à des centaine de mètres de l’explosion, morts. Ceux de gauche reçurent la même sentence.

Il ne resta peu de chose de leurs corps, puis d’un seul coup, deux autres aliens débarquèrent dans la rue.

La jeune femme se tourna brusquement vers eux, sa cape virevolter dans les airs à cause de son geste brusque, tel un de ses super-héros préféré d’Alex.

Marlène tira ses deux salves d’une puissance plus faible que ses tirs précédents, tuant sur le coup les deux aliens.

Cette fois, elle le savait, ils étaient tous morts, mais la jeune femme était sûr que c’était qu’un début. D’autres arrivaient tôt ou tard…

LaDur rejoignit Marlène, il était stupéfait par ce spectacle incroyable.

– Ils sont tous morts ? Demanda-t-il avec espoir.

– Ceux là oui, mais ce n’est qu’un début, Alex a parler d’une armée et là, ils étaient qu’une dizaine à tout cassé, répondit Marlène d’un ton inquiet.

– Merde ! Une armée ? Comment va-t-on faire ?

La panique s’entendit dans le son de la voix du commissaire, c’était la première fois depuis qu’elle le connaissait, que Marlène le vit comme ça… Elle ne sût pas comment lui redonner courage, car elle même sentit le désespoir l’envahir de plus en plus.

Mais il ne fallait pas abandonner comme cela, il fallait se battre jusqu’au bout ! Et espérer que Alex les sauves tous.

Marlène regarda LaDur droit dans les yeux et répondit d’un ton déterminer :

– Prenez l’un de leur fusil, c’est le seul moyen que nous ayons pour les tuer !

– OK…

– On va se défendre comme on le pourra et espéré que Alex réussisse ! Il faut récupérer les autres fusils et les donner aux soldats et aux policiers encore vivants.

Après quelques minutes à rassembler les armes, LaDur et Marlène se reposaient, car la fatigue commença à se faire sentir…

– Vous voyez des flics ou des soldats quelques part ? Demanda LaDur.

– Non, j’espère qu’ils ne sont pas tous morts… S’inquiéta Marlène.

Qui regarda un peu partout pour vérifier si elle n’en vit pas l’un, mais sans résultat…

Soudainement, trois personnes arrivaient vers eux, deux femmes et un homme. Plus exactement, deux femmes soldats et un policier.

– Mon dieu, seul eux ont survécus? s’alarma Marlène.

Les personnes en uniforme arrivaient à leur rencontre, ils éraient épuisés, mais sans égratignures.

– Mais qu’est-ce que il s’est passé ici ? demanda le policier dont la voix était suraiguë.

Ladur prit la parole et expliqua tout, le policier et les soldats écoutaient tout le récit avec une expression crédule.

– Ils nous faut des renforts, si d’autres arrivent, dit l’une des femmes.

– Vous avez raison, acquiesça LaDur.

– Pour la civile, demanda l’autre soldat.

– Vous avez entendu ce que je vous ais raconter ? Elle a tuer tous ces créatures, il faut qu’elle reste ! Répondit LaDur d’un ton catégorique.

– Très bien, je vais tenter d’entrer en contact avec mes supérieurs pour les renforts, dit la première soldat.

Il était déjà plus de treize-heure maintenant, la faim, la soif, la fatigue commença à se faire sentir pour tout le monde…

Tout le monde se réfugia dans le centre commercial et se dirigeaient vers la cafétéria.

Là-bas, ils trouvèrent de quoi manger et ils se reposaient.

– Quel est le plan ? Demanda l’un des soldats.

La femme était en train de manger un steak, LaDur répondit :

– Il faudra tenir les lieux comme on pourra…

– Il faudra espéré que les renforts arrivent vite et nombreux, dit l’homme.

– Oui… répondit LaDur dont l’inquiétude s’entendit dans la voix.

– Il faudra installé des barricades improviser, dit la femme.

– Vous avez raison, répondit LaDur d’un songeur, si on finissait de manger ?

Le reste du repas se passa dans le calme, puis ils retournèrent à l’extérieur, chacun étaient armés de fusil laser, prêt au combat.

Bientôt, une nouvelle bataille commencerait, avec leurs armes, les soldats et les policiers, ainsi que Marlène et Ladur pourraient faire face.

Mais Marlène le savait bien, cela ne serait pas suffisamment contre une armée…

Quoi qu’il arrive, elle se battrai jusqu’à la mort, si il le fallait, car c’était la seule chose qu’elle pouvait faire.

EPISODE XIV

La reine Céléstia Oméga V

Il y avait bien longtemps que ses sujets avaient besoin d’elle… Chaque jour qui passé, les morts s’accumuler…

La reine avait charger ses savants pour une solution pour s’enfuir d’Oméga.

Ils travaillaient avec acharnement, mais malgré cela, sans rien trouvé.

Puis un jour, ils trouvèrent…

Ils décidèrent d’inventé une machine pouvant crée des portails dimensionnelles.

Et après plusieurs années de recherches et de travaille très éreintant, ils parvenaient enfin au but.

Il ne resté plus qu’à préparer le voyage, et un léger détail, les Terriens ne se laisseraient pas piquer leur planète comme cela.

Mais ils étaient rien face à la puissance des Omégaliens.

Des années plus tard, la reine était sur le point d’envahir ce nouveau monde…

Le palais trembla encore ce jour là, un bout de plafond s’écroula en plein milieu de la gigantesque salle du trône.

La reine sursauta sur son trône d’un métal noir, quand soudainement, la double-porte s’ouvrit.

Un Omégalien entra, il était vieux, on pouvait le voir à ses rides et à sa longue barde blanche.

Il était vêtus d’une longue robe marron, d’une cape noire à capuche.

Il marcha lentement, aider d’un long bâton, son dos voûté.

– Altesse, nous devons partir… Le palais risque de s’effondrer… Dit le vieil alien.

– Je sais… Répondit la reine d’un ton las.

C’était avec une immense tristesse, que la reine se leva de son trône et suivit son serviteur.

Ils marchaient pendant plusieurs minutes, traversant un long couloir aux murs fait du même métal noir que le trône de Céléstia. Puis au bout de celui-ci, ils s’arrêtaient devant une autre gigantesque double-porte.

Elle s’ouvrit automatiquement, les deux Omégaliens la franchir.

Ils étaient maintenant à l’extérieur du palais, la reine regarda le ciel et vit des éclairs violets éclataient.

Elle sentit le sol trembler, son serviteur l’attendit et lui demanda de continuer à le suivre.

Les deux Omégaliens marchaient encore plus minutes, traversant une grande coure.

Dont la végétation avaient presque disparue, ils croisèrent plusieurs sujets de la reine, qui s’inclinèrent à la voyant.

Puis enfin ils arrivaient en plein milieu d’une grand place, devant eux

se trouvait un immense vaisseau.

Il était rectangulaire, noir, il dépassé la taille de plusieurs immeubles.

Il était d’un design futuriste, des symboles étranges étaient sculptés par endroits.

Il avait deux gigantesque ailes et plusieurs réacteurs à l’arrière, l’avant quant à lui, disposer des plusieurs canons lasers.

Il tenait au sol grâce à quatre immenses trains d’atterrissage, ils ressemblaient à des pattes d’insectes géants.

– Il est prêt votre altesse, dit le serviteur de la reine.

– Très bien, répondit Céléstia dont la voix était toujours aussi triste.

Elle se tourna une dernière fois vers son palais, celui-ci était immense, du même métal noir que le trône.

Il y avait quatre grande tour, dont les rebords étaient faits de pics immenses, qui ondulaient. Le toit de celui était également pointu.

Puis Céléstia suivit son serviteur vers le vaisseau, le sas s’ouvrit à leur arrivé.

L’ouverture était immense, suffisamment grande pour faire rentrer une vingtaines d’Omégaliens en même temps.

Ils pénétrèrent à l’intérieur, celui-ci était encore plus incroyable que l’extérieur.

Il y avait des couloirs immenses, des soldats s’affairaient dans tous les sens.

Le serviteur reprit la route, suivit par la reine, ils marchaient au travers les couloirs pendant plusieurs longues minutes…

Puis enfin, ils arrivaient devant une autre double-porte, garder par des soldats.

Qui les laissaient passé, la porte s’ouvrit, laissant apparaître une nouvelle salle du trône, Avec la réplique du trône.

– Exactement comme votre ancienne salle du trône, majesté, dit le serviteur d’un air satisfait.

– Oui… Répondit toujours aussi tristement la reine Céléstia.

– Maintenant, ici sera votre nouvelle demeure.

Le vaisseau commença à prendre de l’attitude, puis il décolla complètement

Les années se succédaient, le vaisseau resta tout son temps au dessus de la terre.

Évitant comme cela le climat hostile et autres catastrophes naturelles…

Le vaisseau avait récupérer le maximum l’Omégalien, les autres serait sauver une fois la Terre prise…

Puis un jour, une chose inattendue se passa… Une chose que même la reine ne pût anticiper.

La venue d’être venant de la Terre, pour contrarier ses plans…

Le plus incroyable, c’était que cet humain avait réussit à traverser le portail, survivre dans ce monde hostile et surtout à pénétrer dans le vaisseau.

Comment un tel être pouvait-il réussir un tel exploit ? Ce n’était pas possible !

Pourtant cet être se tenait devant elle, cela l’intriguer énormément.

Il fallait qu’elle sache comment cet humain avait fait…

La reine regarda l’humain devant elle, il fallait qu’elle l’interroge pour découvrir tout sur lui…

EPISODE XV

Les révélations

Alex le savait, c’était un jeune homme mort, tôt ou tard, la reine le ferrait exécuter…

Une fois mort, plus rien ne pourrait sauver la Terre, tous les habitants se ferait tuer… Marlène, LaDur, sa famille, ils se feraient tous massacrer… Alex sentit son cœur se serrer à cette pensée…

Mais pour le moment, celle-ci le regarda avec mépris et même haine.

Elle lui faisait peur, son cœur battait la chamade, de la sueur dégoulina de partout.

Ses pensés allaient toutes vers Marlène, il espéré très fortement qu’elle soit saine et sauve.

La reine Céléstia sembla songeuse d’un seul coup, elle sembla réfléchir, puis après plusieurs secondes de silence, elle prit la parole et demanda intriguée :

– J’ai pleins de questions qui me trottent dans ma tête, humain… Comment as-tu fait pour récupérer cette armure, pénétrer dans mon vaisseau ? Et appartement tu possèdes un pouvoir de télékinésie.

Alex la regarda incrédule, il ne s’attendait pas à ces questions, il était persuader qu’elle le ferait exécuter à la seconde où elle aurait ouvrir la bouche.

– Alors humain ! Réponds-moi, comment as-tu fais ? insista Céléstia en haussant le ton.

Alex ne sût quoi faire, mais si cette reine alien voulait connaître les détailles de son récit, pourquoi pas répondre ? Il se dit qu’il devait gagner un maximum de temps, pour tenter de trouver une solution pour s’échapper.

Alex prit une grande inspiration et dit avec la voix la plus calme qu’il pouvait malgré la situation :

– Pour… L’armure, je l’ai récupérer sur le cadavre de l’un de vos soldat…

Céléstia était surprise par la réponse d’Alex, cela lui sembla impossible qu’un simple humain puisse tuer l’un de ses sujets…

– TU MENS ! Comment un vulgaire humain pourrait tuer l’un d’entre nous ? S’exclama-t-elle hors d’elle.

– M… mon pouvoir s’est déclencher… répondit Alex dont la voix trembla.

– Ta télékinésie ? Comment un humain est-il capable d’avoir ce genre de pouvoir ?

Il eut un petit moment de silence, puis Céléstia pointa l’un de ses long doigt fin sur Alex. Elle possédait des très longs ongles noirs, ressemblant presque à des griffes.

– Comment cela se fait que tu as obtenu ses pouvoirs ? demanda-t-elle toujours aussi curieuse.

Alex ne répondit pas tout de suite, car lui-même n’en savait rien, du moins, il n’avait qu’une idée à cette question… Cela devait avoir un lien avec le portail et son accident…

Il reprit une bonne inspiration et dit enfin :

– Je… ne sais pas trop… Ça doit… Avoir un rapport avec le portail, il… Mais il fut interrompu par son interlocutrice qui s ‘exclama :

– Le portail t’as dû t’envoyer un rayon d’énergie ! C’est bien cela ?

Alex fit oui de la tête, la reine était bouche-bée, elle resta silencieuse pendant plusieurs secondes, puis dit enfin :

– Je vais t’expliquer quelque chose sur notre monde, humain… La dimension du chaos ne porte ce nom par hasard. Il y a bien longtemps, nous les Omégaliens, vivaient heureux dans une planète luxuriante.

Alex écouta attentivement les explications de la reine, ce qui lui donnait le temps de trouver le moyen de s’échapper…

Il la fixa dans les yeux, tout en réfléchissant, mais pour le moment, il ne trouva aucune idée…

La reine reprit la parole :

– Mais quand l’un d’entre nous, meure, son corps se décharge de toute l’énergie électrique contenue à l’intérieur de celui-ci.

– Quoi ? Interrompit Alex incrédule, il ne s’attendait pas à cette explication surréaliste de la reine.

– Et oui humain. Nous les Omégaliens, nous sommes pas si différent de vous, du moins biologiquement, répondit Céléstia d’un ton dédaigneux. Elle reprit :

– Tu dois savoir qu’un corps humain est une machine bio-électrique, du courant électrique traverse votre corps. Mais pour nous c’est différent, nos corps peut générer en moyenne dix fois plus de courant électrique. Donc, je vais en revenir à mon explication concernant le fonctionnement de notre planète.

Quand l’un d’entre nous, meure, la planète aspire toute son énergie, c’est comme cela qu’elle marche.

– Qu’elle marche ? Votre planète aspire l’énergie contenue dans le corps de l’un d’entre vous pour s’alimenter ? Demanda Alex toujours aussi incrédule fur à mesure des explications de la reine.

– C’est exactement cela, bon, laisse moi finir, je reprends… Donc, notre planète aspire l’énergie d’un Omégalien à sa mort. Mais vue la puissance contenue à l’intérieur de son corps, cela prend des centaines d’années pour que celui-ci soit complètement décharger de son énergie.

Jusqu’ici ça allait, mais au fur à mesure des années, nous nous sommes multiplier à une vitesse incroyable. Du coup, la planète a aspirer de plus en plus d’énergie, tellement, que son noyau est devenue instable.

Ce qui déclencha des catastrophes climatiques…

Il eut un nouveau moment de silence, Alex en profita pour chercher un moyen de s’échapper, sans rien trouver… Le problème était ses épaisses menottes.

– Les morts ce sont enchaîner, mais à chaque nouveau mort, la planète aspiré encore plus d’énergie, devenant encore plus instable… Maintenant, ce monde est sur le point de s’éteindre !

Alex commença à comprendre là où venait en venir la reine.

– Il fallait donc trouver une solution, alors j’ai eu l’idée de la constriction des générateurs de portail. Puis après l’observation de plusieurs planètes, une seule pouvait nous convenir, reprit la reine. La Terre est parfaite pour nous, je vous ais observé pendant des centaines d’années. Vous êtes si primitif, vous ne méritez pas cette planète, alors nous allons vous la prendre.

– Ça explique tout ! s’exclama Alex, dont la colère commença à monter en lui…

– Et oui, mais attends, je n’ai pas terminer mon histoire, je pense avoir compris comment tu as obtenu tes pouvoirs, répondit Céléstia.

– Ah oui, expliquez-moi ça, altesse ? demanda Alex sur le ton de

l’ironie.

– Merci mon petit être humain, alors d’abord je vais t’expliquer comment marche les générateurs, cela te permettra de tout comprendre :

C’est assez simple, chaque générateur aspire l’énergie de nos cadavres qui sont enterrer.

En fait, les générateurs sont doter de sondes, elles mêmes doter d’aiguilles qui piquent les corps et aspirent leurs énergies. C’est cette énergie qui crée le portail.

Quand tu as reçu de plein fouet cette décharge d’énergie, cela a dû te surcharger en courant électrique.

Quand la reine vit l’expression d’incompréhension du visage d’Alex, elle dit :

– Tu vois, comme je te l’ais dit, un corps humain produit du courant électrique. Mais vous les humains, vous en produisaient rien en

comparaison de nous !

Le cerveau d’un être humain produit le courant électrique de votre corps.Vos neurones plus exactement et c’est cela qui vous permet d’utiliser vos capacités cérébrales. Comme nous, sauf que nous, nos capacités cérébrales sont dix plus grandes que les vôtres. Ce qui explique que nos corps génèrent environ dix fois plus de courant électrique.

Mais la décharge que tu as reçu a surchargé ton corps et ton cerveau en courant électrique. Ce qui a démultiplier tes capacités cérébrales !

Voilà qui explique ta télékinésie ! Cela aurait tuer n’importe quelqu’un être humain, mais pas toi !

Alex était totalement abasourdit par ces révélations, maintenant tout devint clair, ou presque…

La reine sembla à la fois surprise et également incrédule par le fait que Alex soit encore vivant malgré la puissance énergique qu’il s’était pris.

Céléstia leva un doigt, les deux gardes se tenant de chaque côtés d’Alex, prirent les sortes de cuter se trouvant collé à leur bassin et appuya sur l’unique bouton. Quelque chose d’incroyable se passa, une chose que Alex ne s’imagina pas possible malgré leur technologie… Une sorte de lame sortit de leur cuter, ressemblant à un mélange de laser et de flammes. De couleur mélangeant l’orange et le rouge. Cela ressembler aux sabres lasers de Star Wars.

Les gardes plaçaient leurs lames au niveau du coup d’Alex, les croisant comme un ciseau.

Alex sentit la chaleur des lames, il transpira comme vache qui pisse, mais sa sueur n’était pas seulement dû à la chaleur…

– Il y a une chose qui m’intrigue, comme tu as fait pour être ici ? Demanda Céléstia.

Alex reprit sa respiration, tentant de garder son calme, il répondit :

– J’ai été téléporter avec l’un de vos soldat.

– Hummm, intéressent, quelle incroyable coïncidence, mais maintenant, tu vas mourir…

On y été, la fin d’Alex, il fallait qu’il trouve une solution, il devait gagner encore un peu de temps…

Il réfléchissait à toute vitesse, la seule chose qu’il lui venait était de faire parler encore la reine.

– J… J’aimerai… Savoir pourquoi vous avez choisit la terre, permis toutes les autres dans l’univers ? Demanda-t-il dans l’empressement.

– Je te l’ais dit, il y a longtemps que je vous observe et votre planète est la seule qui nous conviennes.

– Je vois, vous pensez vraiment que la Terre va vous laissez prendre sa planète ? Demanda Alex sur le ton du défi, il releva lentement la tête, il voulait lui faire face.

– Vous n’êtes rien, on vous écrasera en quelques heures… Répondit la reine d’un ton supérieur. D’ailleurs, mon armée est déjà débarquer à l’heure qui l’est !

Alex sentit une rage monter elle, maintenant, il comprit enfin ce qu’il devait faire… Sa colère l’aiderai à utiliser sa télékinésie…

Il pensa à Marlène se faisant massacrer par les Omégaliens, il fallait qu’il la sauve…

– Vous sous-estimé les terriens, on sait se défendre ! Hurla-t-il, il fallait qu’il provoque la reine, afin de la poussé à sortir de ses gongs. Comme cela, elle oublierait ses ordres et resterai concentrer sur lui…

– La terre est à nous depuis des millénaires et elle le restera ! Hurla-t-il.

– Vous vous croyez tellement plus légitime à vivre sur la Terre ? Alors que vous l’avez presque détruite ! S’emporta la reine.

Le plan d’Alex commença à porter ces fruits, il fallait qu’il continu dans son élan.

– Peut-être, mais on vous la laissera jamais à des créatures de votre espèces ! Hurla-t-il, cette fois sa rage était à son paroxysme.

Son visage en était déformé, ses veines avaient doublé de volume, son cœur cogna dans sa poitrine. Il sentit son pouvoir couler dans ses veines, circuler partout à l’intérieur de lui…

– SALE PETIT INSTECTE!! TU N’EST RIEN !! Hurla de rage la reine. Son cri résonna dans toute la pièce, faisant même sursauté ses gardes.

– Je vais prendre un plaisir immense à massacrer chaque personne de ta planète, je vais massacré tous tes amis, tes parents !! Hurla de nouveau Céléstia.

En hurlant, la reine laissa apparaître des dents pointus, tel ceux d’un animal.

Alex de son côté, laissa sa rage exploser, il sentit une puissante énergie circulant dans tout son être… Dans un cri assourdissant, Alex relâcha toute cette énergie, une puissante onde psychique fut projeter par tout son corps.

Les deux gardes furent propulser sur plusieurs mètres, glissant sur le sol.

Puis avant même qu’ils puissent se relever, Alex se concentra sur leur épées laser qui s’étaient échapper de leurs mains.

Il en fit venir une vers lui, celle-ci flotta dans les airs, il activa la lame, puis la fit fusé dans sa direction.

Elle tournoya dans les airs, puis elle vint couper ses menottes. Puis le jeune homme la ramassa, car celle-ci était tomber à ses pieds.

La reine insista à ce spectacle avec stupeur, mêler d’une certaine admiration.

Les gardes de la reine se relevèrent doucement, encore sonné, celui désarmé ne pût faire quoi ce soit, Alex se releva, se précipita sur lui l’épée en avant. D’un seul coup de lame, il le transperça de part en part, l’Omégalien s’écroula au sol, mort.

Le deuxième sortit le fusil qu’il avait posé derrière son dos pour prendre son épée.

Il tira à plusieurs reprise sur Alex qui eut à peine le temps d’opposé son épée par réflexe. Le projectile laser vint s’écraser contre la lame.

Alex n’eut pas le temps de réfléchir à ce que cela signifier, il devait contrer d’autres tirs…

Il en contra deux autres, puis fonça sur le garde, celui-ci n’eut pas le temps de réagir.

Alex fendit les airs avec son épée, coupant en deux le fusil du garde, puis trancha le ventre de celui-ci.

Il s’effondra sur le sol, mort, l’alien avait une profonde entaille chauffée à blanc en plein milieu de son plastron.

Alex se tourna vers la reine, son regard était remplis de haine, Céléstia avait exactement le même…

Elle se leva de son trône, prit le cylindre collé à son bassin, puis elle le pointa devant elle. D’un léger geste, la reine appuya sur l’unique bouton se trouvant dessus.

Le cylindre s’allongea, une grande lame fit son apparaissions, devant électrifiée, à l’instar de la masse de l’autre créature que Alex avait combattu. À l’autre extrémité, se trouvé une pic.

En y regardant de plus prêt, ce cylindre ressemblait à une lance, Alex commença à faire des pas sur le côté.

La reine fit la même chose, les deux firent des cercles autour de la pièce, s’apprêtant à se sauter dessus, comme des animaux.

Bientôt, le combat allait commencer, un combat qui déciderait du destin de l’humanité…

EPISODE XVI

Confrontation

De ses yeux bleus, Alex fixa son ennemie droit dans les siens, la reine fit de même avec ses yeux uniformément noirs. Ils se renvoyaient des regards plein de haine.

Ils continuaient de faire des cercles autour de la salle du trône, gardant la même distance entre eux.

La reine pointa sa lance vers Alex, qui se mit en garde, Céléstia fit tournoyer sa lance au dessus elle. Alex était perturbé par ce qu’il voyait.

Puis soudainement, la reine fit d’étranges pas, comme des pas de danse. Elle tourna sur elle-même, tout en faisant tournoyer sa lance autour d’elle, puis fit quelques pas de gazelle en direction d’Alex, surpris.

La cape de la reine virevolta dans les sens, on aurait dit un spectacle, certes un spectacle dangereux, mais élégant.

C’est alors, qu’elle attaqua, son coup de lance était rapide, fusant vers Alex, qui ne pût qu’opposé son épée par réflexe, car il était surpris par la vitesse de la reine.

Il eut un bruit métallique résonnant dans la pièce. Des étincelle se produisaient au contact des deux lames, ainsi que des arcs électriques.

C’était le début du combat, qui serait des plus sanglant…

Les coups de la reine était rapide, très rapide, chacun d’entre étaient également précis. À tel point, que Alex avait du mal à tous les contrer…

Céléstia tenta à plusieurs reprise d’embrocher Alex avec sa lance, de temps en temps, elle fit d’autres pas de danse en faisant tournoyer sa lance à très grande vitesse, afin de déstabiliser le jeune homme.

Alex avait de plus en plus du mal à contrer ou a esquiver les coups.

Un coup de lance particulièrement vicieux faillit le décapiter, il baissa in-extrémise la tête.

Le jeune homme fit quelques pas en arrière, restant sur ses gardes, la sueur coula à flot sur tout son corps.

Alex ne savait pas comment toucher son ennemie, il fallait qu’il trouve une faille dans la garde de Céléstia. L’ennuie, c’était qu’elle n’en avait aucune…

Céléstia tenta une nouvelle attaque, que Alex évita encore à la dernier seconde. Le jeune homme commençait à fatiguer, ce qui ne sembla pas être le cas de la reine.

Si les choses continuer comme cela, Alex se ferait tuer…

Céléstia le savait, elle domina son adversaire, elle prit un énorme plaisir à ce combat, d’autant qu’il y avait longtemps qu’elle n’avait pas combattue…

Alex dû éviter plusieurs coups rapides de la reine, qui s’esclaffa bruyamment.

Il s’abaissa in-extrémise pour éviter un nouveau coup de lance, cette fois celui-ci venait de l’autre extrémité. Le jeune homme perdit une mèche de cheveux.

Alex décida de faire d’autre pas sur le côté, pour tenter de se retrouver sur le flanc de Céléstia. Mais sans succès, car celle-ci fit une pirouette pour se retrouver face à lui de nouveau.

Céléstia fit de nouveau tournoya de nouveau sa lance, la passant d’une main à l’autre, puis fit de nouveaux pas de danse en direction d’Alex.

Celui-ci recula, il s’éloigna le plus qu’il pouvait d’elle, il recula, recula, recula et recula encore… Le jeune homme se trouva dos à la double-porte…

Celle-ci s’ouvrit brusquement, les deux gardes se trouvant derrière furent surpris.

– ROMPEZ ! Hurla la reine, IL EST À MOI !!

Les gardes t’excusèrent et quittèrent le couloir, pendant ce temps là, Alex recula encore, il pénétra dans le couloir…

La reine s’approcha lentement de sa proie, cette fois, elle s’était piéger toute seule… Un petit coup d’estoc et c’était fini…

Sans attendre plus longtemps, c’est ce qu’elle tenta, mais Alex parvenait à la contrer in-extrémise.

Il fit glisser sa lance contre la parois du vaisseau avec le plat de la lame, la pointe de sa lance gratta un peu du mur.

Alex recula encore de quelques centimètres, Céléstia s’approcha de lui, toujours aussi lentement…

Alex devait tenter quelque chose, il ne devait pas laisser la reine s’approcher trop de lui. Alors il décida d’attaquer le premier, il leva son épée au dessus la tête et fonça sur elle…

Le fou, il fonça sur elle, la reine savait qui lui rester plus qu’à l’embrocher…

C’est ce qu’elle fit, mais au dernier moment, Alex dévia son épée sur le côté. Mais la reine parvint tout de même à opposer le manche de sa lance.

Des nouveaux étincelles jaillir de la lame d’Alex, puis subitement, la reine fit dévier l’épée sur le côté avec sa lance. Faisant tourner ses bras, cela déstabilisa le jeune homme.

La reine dévia la lame d’Alex de plus en plus sur le côté, celui-ci avait plus en plus du mal à résister…

Puis soudainement, Alex fut désarmer, son épée glissa sur le sol, la lame rentra à l’intérieur du manche.

Alex était mort cette fois et très rapidement il sentit quelque se planter dans son plastron.

Il baissa les yeux et avec horreur le pic de la lance de la reine, perçant son plastron, le fissurant…

Mais le jeune homme ne sembla pas blesser, la reine se trouva au bout de la lance. Elle était tourner à lui, car son mouvement pour le transpercé lui obliger à se retourner.

La reine tourna la tête le sourire aux lèvres, Alex était sous le choc de l’estoque.

– Je vais t’apprendre quelque sur moi, petit humain… Dit la reine d’un ton narquois.

La reine tendit l’autre main, Alex était surpris ce qu’il vit, ne comprit rien à ce qu’elle faisait…

Puis soudainement, Alex fut projeter, il fut décrocher du pic et il traversa la couloir à toute vitesse.

Le jeune homme atterrissait contre le panneau d’une porte, l’écrasant sous le choc.

Sa tête cogna également violemment la parois, son corps glissa contre, il fut sonner…

Alex sentit quelque de chaud couler derrière sa tête, sa vision se troubla.

Alex entendit de pas s’approcha lentement, il savait que c’était Céléstia… Elle venait pour l’achever…

– Tu sais mon petit humain, tu n’es pas le seul à avoir des pouvoirs de télékinésie, affirma la reine. Tu sais, je ne suis pas reine pour rien… Seul un individu sur mille possède de ce genre de capacité extraordinaire. Et c’est mon cas !

C’était à peine si Alex l’entendit, il se sentit partir… La reine était maintenant à moins d’un mètre de lui…

Il fallait qu’il bouge, il le savait, mais c’était sans succès…

Puis soudainement, Alex parvint à bouger, il se laissa tomber sur le sol et rampa… Alors que Céléstia était presque devant lui…

Alex rampa tentant d’atteindre la porte, celle-ci s’ouvrit, le panneau étant cassé.

Il pénétra dans la pièce, mais à peine rentrer, Alex ne bougea plus, il était au bord de l’évanouissement…

La reine entra à son tour dans la pièce, elle vit le corps étendu d’Alex…

Elle ne voulait pas l’achever trop vite, elle voulait s’amuser encore un peu avec avant d’en finir…

D’un geste nonchalant, Céléstia fit décollé le jeune homme du sol, puis baissa le doigt, celui-ci s’écrasa violemment contre le sol. Il eut un craquement horrible au contact contre celui-ci. Le nez d’Alex fut briser.

Son sang se rependit sur le sol, mais il était trop faible pour crier, malgré la douleur insoutenable.

Puis de nouveau, la reine fit un geste du doigt et Alex se souleva du sol. Puis elle fit tourner son doigt et le corps d’Alex se tourna vers elle.

– Tu es un bon jouet, petit humain ! S’exclama Céléstia.

Elle écarta la main et les bras et les jambes d’Alex s’écartaient, il commença à sentir une immense douleur provenant de ses muscles et tendons.

– Tu vas bientôt mourir ! Enchaîna la reine au bord de l’extase.

Alex hurla à la mort, cette torture était insupportable, pourquoi cette créature démoniaque ne l’achever pas ?

– Hummm, que c’est bon à mes oreilles ! Vas-y continu de cirer ! S’exclama la reine d’un presque pervers dans sa voix.

Elle continua d’écarter les bras d’Alex, jusqu’à entendre des craquement dû aux muscles et tendons commençant à s’arracher.

– Bon… Si on en finissez ? Demanda-t-elle, toujours aussi joyeuse.

Cette fois c’était fini, Alex était sur le point de mourir, il le savait… Ses pensés se dirigeaient vers Marlène…

Alex entendit quelque chose tomber par-terre, faisant un bruit métallique. Il ne savait pas quoi cela pouvait être, mais cela n’avait pas beaucoup d’importance.

La vision d’Alex devint plus en plus floue, des points noirs apparaissaient, il n’avait jamais ressentit une telle douleur…

La reine regarda Alex avec un énorme plaisir dans ses yeux, comme un lion sur le point de dévorer sa proie.

La seconde qui suivit, Alex sentit une intense douleur dans chacun de ses membres.

Il hurla, son cri résonnant dans la pièce beaucoup plus petite que la salle du trône.

La douleur était à son paroxysme, Alex ne souhaiter qu’une seul chose… La mort… Puis c’est à ce moment précis, qu’une chose incroyable se passa…

Alex sentit comme si son sa conscience quitta son corps, il ne ressentit plus aucune douleur… D’ailleurs il ne ressentit plus rien du tout…

Sa conscience voyagea à la vitesse de la lumière, traversant l’univers… Puis arriva à l’intérieur d’une planète, que Alex reconnue… La Terre…

Puis continua à voyager de ville en ville, jusqu à une petite ville du nord de la France…

Il vit… Marlène… Elle était en plein milieu d’une bataille. Il pénétra alors dans sa tête. Alex sentit alors une connexion s’établir entre eux…

Mais qu’es-ce qui se passe ?! Demanda la voix de Marlène dans la tête d’Alex. Dont la conscience était revenue à l’intérieur de son esprit.

– Je ne sais pas… On dirait une connexion télépathique… Répondit mentalement Alex dans le ton de l’incompréhension.

Mais comment c’est possible ? Demanda la jeune femme abasourdit.

– Pas le temps ! Là je suis un peu occupé… Je ne sais pas comment me sortir d’une mauvaise situation…

De quelle situation ? S’inquiéta Marlène.

Pas le temps de t’expliquer ! Je dois trouver le moyen de m’en sortir…

– D’accord, tu veux que je t’aide comment ?

– Je ne sais pas !

Soudainement, Alex fut ramener à la situation présente, la reine lui parla :

– Tu as fait une drôle de tête, j’ai cru tu étais mort. Heureusement, tu es encore là, ça serait trop tôt…

– Je… Ne… Mourrai pas tout de suite… Répondit Alex d’une faible voix.

Alex sentit un regain d’énergie, il ne savait d’où elle venait, mais peu importait… Il comptait pas mourir sans se battre !

C’est alors que Alex vit quelque chose qui brilla, il baissa les yeux, c’était la seule chose qu’il pouvait faire, car il était paralysé par le pouvoir de Céléstia.

C’était une pièce, sa pièce… Qui avait dû tomber de son armure, celle-ci devait être bien endommagé après la violence des coups qu’elle avait subie.

Alex regarda derrière la reine et des commandes sur un cockpit. Il comprit alors où il se trouvait…

Derrière Céléstia se trouva également une verrière, on pouvait distingué des nuages sombres au travers…

Alex remarqua parmi les commandes, des leviers, l’un d’eux s’appelant : « Boucliers ».

Il eut alors un flash lumineux, il savait ce qu’il lui rester à faire…

Alex ferma les yeux et se concentra sur sa pièce, qui parvenait à faire léviter de quelques centimètres du sol…

Puis très lentement, il la fit venir lui, puis la faire s’élever derrière son dos.

Il lui resta une dernière chose à faire… Cela n’allait pas être facile…

– On dirait que tu prépares quelque chose ? Demanda la reine intrigué par ce qu’il faisait.

– Vous… pensez que je peux faire quelque chose comme cela ? Demanda-t-il avec une certaine ironie dans la voix.

– Tu me prend pour une idiote ?!! S’exclama Céléstia qui perdit patience.

La reine propulsa Alex au travers la pièce, celui-ci se cogna contre la parois à l’autre bout. La pièce retomba au même moment.

Puis Alex fut ramener vers la reine, sonné…

Il se concentra de nouveau sur la pièce, celle-ci flotta de nouveau derrière lui.

Alex devait gagner du temps, il se concentra en espérant rentrer de nouveau avec Marlène…

Il ne se passa rien pour le moment, puis soudainement, il entendit la voix de Marlène dans sa tête…

C’est toi chéri ? Comment tu vas ? Demanda-t-elle inquiète.

– Bien ! Écoute, j’ai besoin de toi ! Répondit Alex dans l’empressement.

Tu as besoin de quoi ?

– Je sais que tu dois être occupé, mais j’ai besoin que parvienne jusqu’au portail !

Quoi ?

– Écoute et m’interromps pas, on a pas beaucoup de temps !!

OK…

Il faut que tu tirs quelque de puissant au travers le portail !

Alex eut à peine le temps de terminer sa phrase que sa connexion avec Marlène se stoppa…

– Bon, je vais en finir avec toi ! S’exclama la reine.

Alex sentit un pression sur tout son corps, la reine s’approcha de lui, sa lance brandit…

– Vous… êtes pas… Très courageuse ! Hurla-t-il.

C’était la seule chose qui lui venue, la reine s’immobilisa. Elle le fixa avec une rage immense.

– Que veut-tu dire ? Demanda-t-elle.

– Me… tuer comme ça, sans que je puisse faire quoi de ce soit… répondit Alex.

– Tu voudrais que je te libère ? Tu rêve ! Tu as ta chance, tu ne fait pas le poids face à moi !

– Vous avez raison… Vous êtes bien plus fort que moi… Mais ce n’est pas tout la force…

– Ah oui ? Et que y a-t-il d’autre ? Demanda la reine avec curiosité.

– Une… chose qui s’appelle l’humanité…

Alex s’était concentrer sur sa pièce tout le long qu’il parlait à la reine, il la fit tourner sur la tranche à toute vitesse…

Il ne resta qu’une seule chose à faire… Et espéré que Marlène réussisse…

Il était déjà plus de quinze heure quand une nouvelle bataille commença dans la petite ville de Soissons.

Les Omégaliens avaient débarquer par centaine, malgré les renforts de l’armée, la situation devenait désespéré…

La technologie des aliens dépasser largement celui des humains et le nombre des extraterrestres étaient bien supérieur.

Malgré tout, il y avait un petit espoir de victoire et ce petit espoir était incarné par une jeune femme… Son nom était Marlène.

La jeune femme était doté d’une armure très puissante, qui lui permettait de tuer bien d’entre eux…

Marlène venait d’entrer en contact télépathique avec Alex, mais si celle-ci ne savait comment cela était possible, cela lui avait redonné le courage de se battre ! Car maintenant, elle le savait vivant et de plus, celui-ci avait un plan…

Et lui avait donner une mission très importante, Marlène était déterminer à y arriver.

Mais il y avait un hic, une centaine d’Omégaliens se trouver entre le portail et elle…

La jeune femme se caché derrière un immeuble, elle subissait des rafale de tirs.

À côté d’elle se trouvé LaDur, son visage était fermé, il transpira abondement.

Marlène se tourna vers lui et dit d’un ton stresser :

– LaDur je vais avoir besoin de vous !

– Comment ça ? Demanda-t-il intrigué.

– Il faut que vous fassiez une diversion, j’ai besoin de passer ! Répondit la jeune femme.

– Comment ça passé ?

– Pour aller jusqu’au portail, ne cherchez pas à comprendre !

LaDur acquiesça sans rien dire, puis il fonça fusil laser en main, sortant de sa cachette.

Il hurla de rage, tirant en rafale, Marlène de son côté, savait ce qu’elle lui rester à faire…

Elle chargea son canon, une boule d’énergie apparue alors à l’intérieur de celui-ci.

LaDur parvint à abattre plusieurs Omégaliens, puis il se réfugia dans une pharmacie. Une vingtaines extraterrestres le poursuivit, Marlène chargea encore son arme…

Puis enfin, elle sortit de sa cachette et tira, la boule fusa sur une dizaine d’aliens.

L’explosion fut d’une puissance gigantesque, ils furent tous tuer sur le coup.

Marlène tira à plusieurs reprise sur une dizaine d’autres Omégaliens, les tuant tous.

Puis la jeune femme courut à toute vitesse vers ce qui rester du Geek Island.

D’autres créatures se mirent sur la route de Marlène, ils tiraient tous en même temps.

Pour éviter les projectiles, Marlène fit une roulade, puis tira à son tour. Elle abattit deux Omégaliens d’un seul coup, puis deux autres dans la foulée.

Enfin, les obstacle étaient tous morts, il ne resté plus qu’à Marlène à traverser la rue et de pénétrer dans le Geek Island.

La jeune femme se mit à accéléré le pas, au bout de quelques secondes, elle arriva devant ce qui était auparavant l’entrée du magasin.

Marlène, prudente, entra, le magasin qu’elle connaissait, n’exista plus… Il y avait des gravas partout, les rayons étaient tous au sol, en morceaux.

C’était la même chose pour les bornes d’arcades, de la poussière flotta dans tout le magasin.

Marlène marcha toujours aussi prudemment, ses pieds écrasa des gravas, celui-ci craqua légèrement. Elle progressa, arrivant vers l’arrière boutique.

C’est à ce moment qu’elle se souvenait du premier jour d’Alex… Le jeune homme avait postuler à un poste de vendeur, uniquement pour faire sa connaissance. C’était étrange de pensé qu’il y a encore trois mois, les choses étaient des plus normales. On pouvait même dire, génial. Et à cet instant, c’était la guerre…

Marlène revint à l’instant présent, elle avait sa mission à accomplir.

La jeune femme progressa vers le fond de la pièce, là se trouvé l’entrée de la cave.

Marlène vit avec stupeur, que la porte qui dissimuler l’entrée, était parti en fumée.

Il y avait des traces de brûles tout autour du dormant, il s’agissait de l’œuvre des Omégaliens, cela ne faisait aucun doute.

Marlène descendit les escaliers menant à la cave, grâce à son armure, elle était protéger par le froid.

Au bout de quelques secondes de descente, Marlène était en bas, devant le portail… Qui faisait presque la taille de la pièce, à ce moment là…

Marlène savait ce qu’elle allait faire, il garda ses distances avec le portail et dirigea son bras-canon vers lui.

Elle chargea l’arme, une boule commença à apparaître à l’intérieur du canon, comme à chaque fois…

La boule grossie, grossie, encore et encore, jusqu’à devenir énorme. Aussi grosse que Marlène…

Alex était toujours suspendu au dessus du sol, la reine allait bientôt en finir avec lui…

La pièce tourna de plus en plus vite, il fallait qu’il l’envoie… Mais vite, la reine s’approchait dangereusement de lui, lance en main.

– Vous… Ne serez jamais… Ce que c’est… D’être… HUMAIN ! Hurla-t-il.

Marlène s’immobilisa, l’air décontenancé, c’est à ce moment, que la pièce fusa sur elle…

La reine évita facilement la pièce en penchant légèrement la tête, la pièce continua sa route vers le cockpit du vaisseau.

Il eut grand BAM ! Qui résonna dans la pièce, des arcs électrique jaillissaient là où s’était planter la pièce.

Pile en dessous du levier des boucliers protégeant le vaisseau.

La reine se retourna horrifié par ce qu’elle vit, dans sa décontraction, elle lâcha l’emprise qu’elle avait sur Alex. Celui-ci tomba violemment au sol.

Céléstia se retourna rageuse, regardant avec encore plus de haine le jeune homme.

– C’était sa ton plan ? C’est complètement inutile ! Hurla-t-elle.

Alex se releva doucement, avec difficulté, tremblant de douleur.

Mais quand il leva la tête pour faire face à la reine, il lui sourit… D’un sourire victorieux…

La reine devint encore plus enragé, elle se précipita vers lui, sa lance tendu, lame en avant.

Mais c’est à ce moment, qu’une puissante lumière violette traversa la verrière.

Elle éblouissait Alex, la reine se retourna, se figeant sur place…

C’est alors qu’une gigantesque explosion se produisit, la déflagration souffla la verrière, ainsi que le cockpit.

Alex eut à peine le temps de sauter au sol, les flammes dévoraient tout sur son passage…

Le vaisseau commençait à pencher dangereusement, Alex sentit qu’il glissa.

Une alarme retentit dans la pièce, Alex glissa de plus en plus, au fur et à mesure que le vaisseau pencha.

Puis soudainement, le vaisseau pencha à la verticale, Alex fut alors aspirer par le trou béant, là où se trouver la verrière…

Il commença sa chut dans le vide, tombant à une vitesse affolante, tout son corps fut frapper le vent.

Il crut que son cœur allait lâcher, il hurla à s’en faire exploser les cordes vocales.

Tandis que le vaisseau tomba en piqué vers le sol, en dessous se trouver les générateurs de portail.

Oui, les boucliers des générateurs étaient de nouveau actif, mais il résisterai difficilement à un vaisseau de la taille de dix immeubles de vingt étages.

Quand le vaisseau s’écrasa, l’explosion était si puissante, qu’elle balaya tout sur son passage. La déflagration atteignit les nuages, Alex, de son point de vue, il y avait une gigantesque boule de feu qui lui arrivait dessus…

Par réflexe, il mit ses bras devant son visage, mais in-extrémise, il fut envelopper par une bulle invisible et quand les flammes l’atteignirent, Alex était sain et sauf… Il sentit tout de même la chaleur des flammes…

Il resté tout de même un détail, l’atterrissage, cela lui serait quelque peu préjudiciable…

Comment éviter cela ? Alex n’avait pas beaucoup de temps pour trouver une solution…

Le sol s’approcha à grande vitesse, Alex était fichu, il le savait… Dans un dernier geste de désespoir, il mit ses mains pour amortir le choc de l’atterrissage.

Alors c’est à cet instant précis, qu’une nouvelle chose se produisit, la bulle l’entourant se renforça…

Mais cela n’empêcha pas la gravité de faire son travail, le choc de l’atterrissage fut d’une violence immense…

La terre se souleva jusqu’au ciel, retombant comme de la pluie… Ainsi que des bouts de métaux…

Il ne resta plus grand chose du vaisseau, qu’une simple épave fumante, des tas de métal, entasser les uns sur les autres…

Le tout reposant dans un gigantesque cratère fumant, soudainement, une main sortit de la décharge, la main ganté par une pièce d’armure rouge…

Il s’agissait d’Alex, vivant, grâce à sa bulle mental de protection… Un véritable miracle…

Alex tenta se sortir des décombres du vaisseau, avec difficulté, il attrapa un énorme bout de métal et l’envoya loin de lui. Puis, il fit de même avec un deuxième, puis un troisième, puis un quatrième et enfin un cinquième.

Puis enfin, Alex fut totalement libérer des décombres du vaisseau, il regarda avec surprise son corps, il n’avait pas d’autres blessures… Un vrai miracle songea t-il.

Il se tourna et vit l’horizon, le portail était certes encore là, mais avait déjà diminué de moitié.

Alex savait qu’il ne serait bientôt plus là, il fallait qu’il se dépêche, avant que celui-ci disparaisse totalement.

Au moment où il commença à se diriger vers le bord du canyon, il entendit des bruits de pas…

Il se retourna et vit avec stupeur la reine, vivante…

Elle était blesser, mais bien vivante, comment cela était-ce possible, Alex n’en avait aucune idée… Peut-être sa télékinésie ?

Les blessures de la reine étaient nombreuses, elle saigna abondement du visage, la moitié de celui-ci était brûler. Ses cheveux étaient dans tous les sens. Sa couronne n’était plus sur sa tête, il lui manqua une épaulière, d’ailleurs, ce qui lui resté de son armure était fissuré de partout. Là où son épaule était nue, elle avait une profonde entaille.

La précieuse cape de la reine était également à moitié carboniser, celle-ci regarda Alex avec toute la haine qu’elle pouvait.

Le jeune homme remarqua, qu’elle n’avait plus sa lance, Céléstia se dirigea vers lui en boitant…

Alex vit quelque chose briller sur le sol, en y regardant de plus près, il remarqua la lance juste aux pieds de la reine, qui sembla trop blesser pour l’avoir remarquer…

Alex saisit sa chance, il se concentra, dirigeant sa main devant lui, Céléstia fut surprise par ce geste et s’immobilisa.

Le jeune homme était au bout du rouleau, la bulle qu’il avait faite apparaître était malgré lui, pour sa survie était presque tout ce qui resté de ses pouvoirs… Mais là, il devait se concentrer, faire appel aux dernière force qu’il lui rester…

La reine le regarda avec curiosité, puis subitement, elle comprit… Elle regarda autour d’elle et vit sa lance à ses pieds… Celle-ci commencer à trembler…

Céléstia tenta de la ramasser, mais trop tard, celle-ci glissa au sol, alors la reine se mit à courir malgré la douleur.

D’un geste de la main, Alex saisit la lance et la tendit devant lui… La reine Céléstia vint s’embrocher dessus.

Puis Alex sortit la lance du corps de la reine, celle-ci vacilla, son regard devint vitreux, enfin la reine s’écroula sur la sol…

Alex s’approcha du corps de la reine, il la regarda, c’était la fin d’une centaine d’années de règne.

Alex devait se dépêcher, le portail avait encore bien diminuer de taille…

C’est alors que quelque chose traversa l’esprit du jeune homme, il n’avait plus son casque, pourtant, il ne souffrait pas du manque d’oxygène. Mais c’était pas le moment de se poser des question, son temps lui était compté…

Alex courut le plus vite possible, ses muscles lui faisaient mal, mais il diminua pas sa vitesse.

Au bout de quelques mètres, il arriva devant un hic, Alex se trouva devant la parois du cratère.

Il devait le remonter, alors s’aida de sa lance pour escalader la parois.

Cela lui prit plusieurs minutes pour grimper complètement le cratère. Puis Alex courut de nouveau et au bout de plusieurs minutes, il arriva au bord du canyon.

Le portail s’était encore rétrécie de plusieurs mètres, Alex devait encore descendre la parois du canyon.

Alex réfléchit comment il pouvait descendre, au bout de plusieurs minutes, il eut une idée. Un peu risquer, mais c’était à tenter… Mais il n’avait pas d’autre solution…

Il planta la lance dans le sol, par le pic, il regarda son avant-bras, il rechercha un bouton… Le jeune homme le trouva…

Alex pointa son avant-bras vers le sol et appuya sur le bouton, le grappin fut alors projeter et le piton s’accrocha au sol.

Alex récupéra sa lance, puis s’élança dans le vide, le câble se déroula sur plusieurs mètres, puis se stoppa dans un bruit métallique.

Il était encore à une bonne centaine de mètres du sol, il savait ce qu’il lui rester à faire…

De son autre main, Alex coupa le câble et il fit une chute vertigineuse…

Alex se concentra encore pour faire apparaître la bulle protectrice, au bout de quelques seconde, il y arriva.

Le choc de l’atterrissage fut d’une violence forte, mais rien en comparaison de l’autre atterrissage.

Alex leva la tête et ne vit pas le portail, mais le soleil lui tapa sur la tête, il savait qu’il lui faudrait des heures pour l’atteindre, à conduction de courir et de couper au maximum, il espéré qu’il soit encore là quand il serait arriver…

Le jeune homme devait ne pas perdre la moindre seconde, il courut

comme un dératé.

Chaque mouvements lui faisait mal, mais toutes ses pensés se dirigeaient vers Marlène, c’était son unique source d’énergie.

Après environ trente minutes de course, Alex entendit des bruits venant du ciel… Il s’immobilisa, il transpirer déjà à grosses gouttes, le visage rouge, il leva la tête.

C’était la chauve-souris de l’autre fois, Alex la reconnue grâce son aile trouée.

Il n’avait vraiment pas de temps à perdre, il serra le poing, il attendit qu’elle vienne vers lui…

Alors que Alex sentit son cœur cogné dans sa poitrine, la sueur dégoulinant de partout, il était essouffler. Il sentit son pouvoir de nouveau circuler dans ses veines, alors que son sang palpita. La chauve-souris commença à piquer vers lui…

C’est que Alex avait attendu, il leva une main au ciel, la créature se trouva à quelques mètres de lui, arrivant à toute vitesse.

Mais soudainement, la chauve-souris fut comme serrer par une force invisible, puis chuta, s’écrasant sur le sol, à une centaine de mètres d’Alex.

Puis Alex continua sa route en courant, devant lui se trouvait les sables mouvants qu’il connaissait bien.

Ils les évita, puis continua sa course, il lui fallait des longues minutes pour arriver aux rochers pointus.

Après environ quarante minutes de course, Alex arriva à destination.

Il s’arrêta quelques secondes, de plus en plus essouffler, le temps de réfléchir à comment couper, il devait gagner un maximum de temps. Car le jeune homme savait que le portail allait bientôt disparaître…

Sa décision était prise, en coupant à plein milieu des rochers, cela lui ferrait gagner environ deux heures. Mais une question se posa, est-ce que l’armée des Omégaliens serait encore là ?

Et si c’était le cas, Alex serait dans un véritable bourbier…

Alex reprit sa courses, sans rencontrer de danger… Puis quelques minutes à traverser les rochers, il y était enfin…

À moins d’une centaine de mètre de lui, se trouvait le portail, du portail, moins ce qu’il en rester…

Celui-ci avait presque disparu, à tel point, qu’il était très haut dans le ciel…

Mais soudainement, Alex entendit quelque chose sous la terre, quelque chose qui approcha…

Alex serra sa lance, il sentit le danger, les bruits devenait de plus en plus fort.

Puis subitement, quelque chose sortit de sous la terre, plus précisément du sable, celui-ci fut alors projeter partout dans les airs.

Mais le jeune homme vit alors que la chose qui sortit de la terre, n’était en réalité plus d’une…

Ils étaient une trentaine, de la taille d’un chiot, poilus, blanc… Mais surtout, ils ressemblaient à des araignées géantes.

Alex était phobique de ces bestioles, mais il n’avait pas le temps à perdre avec elles.

Les créatures aranéides se mirent à encercler le jeune homme, celui-ci décida d’attaquer, il ne voulait leur laisser le temps d’agir.

D’un coup de lance rapide, Alex transperça l’une des araignées, puis il fit de même avec deux autres. Trois autres créatures lui sautaient dessus, celui-ci les coupaient en deux, d’un seul coup de lance, avant qu’elles n’arrivent à sa porter.

Alex tournoya dans tous les sens, telle la reine, puis planta sa lance sur des créatures, la clouant sur le sol.

Puis fit encore une pirouette, tournant dans un autre sens et planta deux autres araignées. Il répéta les mêmes gestes pour en tuer trois autres.

Mais Alex commença à s’épuiser, il utilisa son pouvoir pour en faire voler une dizaine.

Mais c’était tout ce qu’il pouvait faire… La fatigue le submergea, la sueur coula à flot.

Les créatures fonçaient toute en même temps sur Alex, qui balaya le sol de sa lance, il en trancha plusieurs, mais certaines, parvenait à s’accrochait sur son armure…

La panique l’envahis, c’était le pire qui pouvait lui arriver, c’était ce qu’il redouter le plus…

Alex planta sa lance sur le sol, il commença à arracher les créatures de son armure. Mais elle était vraiment nombreuses, elles commençaient à grimper le long de son armure…

Alors subitement, le jeune homme se mit à se rouler sur le sol, tentant d’en écraser le maximum. Mais il ne parvint qu’en tuer que deux ou trois.

Alors Alex roula encore, écrasant une ou deux autres araignées. Mais les autres tenaient bon.

Alex se relava d’un bond, il tenta d’arracher encore d’autres créatures, mais les autres grimpaient encore un peu plus…

Il fallait qu’il trouve le moyen d’en finir avec elles, il n’avait plus de temps à perdre… C’est alors que le jeune homme vit sa lance, et il eut une idée…

Il prit sa lance et sa la planta du côté de la lame électrifiée, le courant électrique le grilla sur place dans un cri assourdissant, mais avait aussi pour effet de tuer toutes les créatures arachnides. Son corps fuma, les brûlures devaient être nomes, c’était la même chose pour la douleur, mais Alex sentit qu’il n’avait pas d’autres choix…

Ça y été, Alex avait réussit, il ne lui rester plus qu’à reprendre sa route et vite, il avait perdu bien trop de temps comme cela.

Alex continua sa route, mais au bout de quelques mètres, il s’arrêta, devant lui, se trouvait des morceaux de cadavres.

C’était tout ce qu’il resté de l’armée des Omégaliens, en y regardant de plus près, Alex remarqua des traces de pas se dirigeant vers les rochers.

Mais que c’était-il passé ? Alex n’avait pas le temps de réfléchir plus longtemps…

Mais au moment de se diriger vers le portail, un hurlement le stoppa, il se retourna et vit l’un des monstres l’ayant attaquer à son arrivé dans la dimension du chaos.

Alex vit du sang violet sur la massue du monstre, il comprit alors ce qui s’était passer…

L’armée des Omégaliens furent massacrer par les monstres primitifs, ceux qui avaient survécus aux massacre s’étaient échapper.

Cela avait dû se produire au moment où le portail avait commencer à disparaître. Les monstres primitifs en avait profiter pour attaquer les Omégaliens bloquer…

Le monstre observa Alex, il sembla prêt à attaquer, mais il n’en fit rien…

Ce qui étonna drôlement Alex, mais y réfléchissant, dans le chemin du retour, il n’avait pas était attaquer. C’était sûrement dû à un certain respect qu’ils leur montrer ou d’une certaine crainte ?

Le monstre quitta les lieux sans rien dire, Alex se tourna vers le portail, comment l’atteindre ? Il ne lui resta que quelques minutes…

Il regarda la lance qu’il tenait dans sa main et une idée lui traversa la tête.

Jouer au saut à la perche, Alex recula de plusieurs mètres, afin de prendre de l’élan…

Alex se mit à courir, de plus en plus vite et au dernier moment, il planta sa lance dans le sol, il fut un bon spectaculaire.

Il lâcha sa lance, ses pieds vers l’avant, puis au moment où ils traversaient le portail, Alex fit appel à la télékinésie et sa lance fut arracher du sol. Pour atterrir dans sa main. Le portail disparu juste au moment où Alex le franchit…

Alex l’avait fait, cela lui sembla presque impossible de revenir de ce monde hostile…

Il le savait au moment même où il avait franchir le portail pour venir dans ce monde, mais par miracle, il venait de réussir l’impossible…

Maintenant, tout de ce qu’il devait faire, c’était d’espéré que les Omégaliens de l’autre côté du portail ne seraient pas très nombreux…

EPISODE XVII

En mauvaise posture

Il y avait des corps d’Omégaliens partout dans la cave, le portail avait diminué de moitié sa taille. Alex devait avoir réussit, mais où était-il passé ?

Marlène n’en avait aucune idée, tout ce qu’elle savait c’était que les générateurs de portail étaient détruits, que Alex avait réussi sa mission. Le portail allait bientôt disparaître.

Il ne resté plus qu’à tuer les Omégaliens encore sur Terre et tout serait fini…

Marlène ne pouvait pas rester dans la cave plus longtemps, il n’y avait plus d’aliens qui traversaient le portail. Il fallait qu’elle remonte aider les autres.

Cela la gêna, car cela équivalait à ne pas savoir si Alex aller revenir ou pas…

Mais la jeune femme n’avait pas le choix, elle le savait, les autres avaient besoin d’elle.

Marlène regarda le portail une dernière fois avec espoir, mais la seule qu’elle constata que celui-ci avait encore bien diminuer, puis remonta les escaliers menant à l’extérieur.

Une des premières choses qu’elle sentit était la baisse de la température, ce qui signifier qu’il était dans les dix-huit heures passés. Marlène

La jeune femme remarqua une trentaine de nouveaux corps jonchant le sol. La plupart, des soldats…

Elle fit révulser par ce qu’elle voyait, il fallait que cela cesse. Marlène courrait pour tenter de trouver et tuer les derniers Omégaliens.

La jeune femme regarda de tous côtés afin de savoir s’ils étaient pas cacher quelque part… Mais rien…

Marlène avançait lentement, prudente, puis au bout de quelques minutes à avancer sans trouver personne… Que ça soit un survivant ou un extraterrestre, elle se demanda où pouvaient-ils bien être ? Ils ne pouvaient pas être tous mort ?

Puis une chose frappa Marlène, où pouvait bien être LaDur ? Pas mort, ce n’était pas possible ?

Marlène se rappela l’a voir vue courir comme un dératé pour faire diversion, mais où ? Elle n’en avait aucune idée…

Marlène commença à remonter la rue à la recherche d’une trace menant à LaDur. Tour ce qu’elle vit étaient des corps d’Alien ou de soldats ou bien de policiers…

Soudainement, un flash vint à Marlène, elle revoyait LaDur se diriger à sa gauche au moment où elle partit vers le Geek Island.

Quelque part… Vers… Les boutiques ! Se dit-elle.

Alors la jeune femme courra vers les boutique, elle commença également à crier « LADUR !» Mais sans avoir de réponse…

Par conséquent, Marlène continua ses recherches vers les petits commerces.

Au bout d’un moment, elle entendit un crament, elle s’immobilisa pour localiser le bruit.

C’était une petite pharmacie que Marlène connaissait bien, pour y être aller plusieurs fois.

La jeune femme courut vers sa direction, puis au bout quelques mètres, Marlène entendit des coups de feu, plus précisément, des lasers…

Marlène accéléra le pas, son cœur battant la chamade, au bout de quelques secondes, elle fut devant l’entrée de la pharmacie.

Celle-ci était complètement détruite, des morceaux de vitres joncher le sol.

Marlène tenait le bouton de tir de son bras-canon, avançant prudemment à l’intérieur du commerce…

Elle regardant à droite et à gauche, sans rien voir, elle continua de progresser, quand soudainement, elle tendit d’autre tirs de laser…

Marlène se précipita vers la directions des bruits, prête à faire feu à tout moment…

Au moment où elle arriva devant les comptoirs, elle vit les cadavres de plusieurs Omégaliens…

Leurs corps fumaient encore, subitement, LaDur sortit de derrière la caisse.

Marlène cria à cause de la surprise, puis au bout d’une seconde, elle baissa son arme, soulager.

– Marlène ! Hurla LaDur soulagé lui aussi.

– Vous sain et sauf… Lui répondit la jeune femme les larmes aux yeux.

– Oui, j’ai eu de la chance… Au fait, vous avez réussis ce que vous vouliez faire ?

– Oui…

Marlène raconta ce qu’elle avait fait et également elle lui parla du portail. Sa réaction fut alors immédiate, il cria de joie. Puis après quelques secondes de silence, il dit avec inquiétude dans la voix :

– Il doit en rester dehors, il faut être prudent !

– Vous avez raison, confirma Marlène.

C’est à ce moment que des bruits de pas se firent entendre, Marlène se retourna et vit trois Omégaliens.

Ils tiraient en même temps, Marlène n’eut pas le temps de réagir, elle fut toucher au bras-canon, des arcs électriques en jaillissaient. Elle tomba au sol, LaDur tira à son tour, il parvint à abattre un, mais l’autre lui tira dessus, le touchant à l’épaule.

Il tomba derrière le comptoir, Marlène se releva d’un bon et ramassa de son autre main le fusil du cadavre de l’Omégalien.

Elle abattit les deux autres, puis elle sauta par dessus le comptoir, en regardant le sang qui coula de l’épaule de LaDur, le visage de Marlène perdit sa couleur.

– Vous saignez beaucoup ! S’écria Marlène.

– Je sais… Répondit LaDur d’un ton faible.

– Il faut stopper le saignement !

– Les… Autres vont débarquer ! On ne peut rester ici !

– Il faut vous soignez !

– Mais… Les aliens !

Marlène resta silencieuse quelques secondes pour réfléchir à la meilleure choses à faire.

Après quelques secondes de réflexion, elle mit le fusil sur son dos en le passant sous sa cape, puis elle attrapa LaDur par son col de son uniforme.

Marlène le traîna jusqu’à l’arrière boutique, se trouvant à quelques mètres du comptoir.

Une fois arrivé à destination, Marlène lâcha LaDur, elle regardant autour d’elle pour trouver de quoi le soigner. Les lieux étaient petits, étroit même.

Après quelques minutes de recherche, Marlène revint vers LaDur, dont le sang coula à flot.

Il fallait qu’elle se débarrasse de son canon cassé pour soigner le policier, heureusement, il y avait un bouton. Elle appuya dessus, le canon tomba au sol dans un bruit sourd.

Cela prit alors plusieurs longues minutes pour Marlène de prodiguer les premiers soins à Ladur, d’autant qu’elle y connaissait presque rien…

– Merci… On fait quoi maintenant ? Demanda LaDur toujours aussi faible.

– Vous restez cachez ! Répondit la jeune femme d’un ton stresser.

– Et vous ?

– Je vais restez avec vous ! Je vous ne laisserez pas !

– Mais votre canon ? Il est pas foutu ?

– Si mais j’ai un fusil et je vais me poster derrière le comptoir, c’est une bonne position !

– Mais…

Marlène interrompit LaDur, en se tournant vers lui et dit d’un ton décider :

– C’est vous qui m’avez tous appris !

Marlène quitta la pièce et arriva derrière le comptoir.

Elle s’allongea, elle mit un coup de poing au travers celui-ci.

Marlène sortit son poing du trou, celui-ci était suffisamment gros pour placer le canon de son arme. La jeune femme était prête…

Mais pendant plusieurs longues minutes, rien ne se passa…

Marlène garda le doigt serrer sur la détente, des tas de pensés s’insinuaient en elle, notamment l’image d’Alex, la jeune femme ne pouvait pas s’empêcher d’espérer qu’il revienne.

Elle pense à ses parents, bien à l’abri en ce moment, elle espéré que les choses reste comme cela.

Il fallait que la jeune femme s’en sorte, il fallait qu’elle réussisse à tuer ces créatures, pour éviter le pire…

Mais au fond d’elle-même, Marlène savait qu’elle avait qu’une petite chance d’y arriver… Seule face à peut-être une trentaine, voire plus d’extraterrestres…

Plusieurs minutes passaient, sans que rien n’arrivait, pas la moindre trace d’extraterrestres.

Soudainement, des bruits de pas se firent entendre, Marlène serra la détente de son fusil…

Cinq Omégaliens entrèrent dans la pharmacie, s’approchant lentement, Marlène attendit qu’il soient suffisamment proche pour tirer…

La seconde qui suivit, il eut une détonation, Marlène tira, l’un des aliens fut toucher sur le bas du corps, il tomba lourdement au sol.

Avant même qu’ils puissent faire quoi ce soit, deux autres furent toucher par des lasers.

À peine avaient-il toucher le sol, les deux autres tiraient dans la direction de Marlène. Leurs projectiles traversaient le comptoir, mais sans toucher la jeune femme.

Marlène roula sur le côté, puis se leva d’un bon, tirant en rafle, tuant les deux autres Omégaliens.

Elle se cacha de nouveau, se demandant combien était encore les créatures ? La jeune femme savait qu’elle ne pourrait pas rester derrière ce comptoir trop longtemps…

Mais elle ne pouvait se résoudre de quitter LaDur, d’un seul coup, Marlène entendit de nouveaux bruits de pas… Bien plus nombreux…

Une dizaine d’Omégaliens débarquaient dans la pharmacie, ils tirèrent en rafale sur le comptoir. Les lasers transperçaient de toute part le comptoir, comme du gruyère.

Par miracle, Marlène ne fut pas toucher.

Elle attendit que les tirs cesse, pour sortir de derrière le comptoir et tirer en rafale.

Elle parvint à tuer deux Omégaliens, mais dû s’abaisser pour éviter une pluie de lasers.

Marlène se colla dos au comptoir, entendit les extraterrestre s’approchait d’elle… Elle sortit et tira encore, abattant un autre, mais il eut un cliquetis signifiant qu’elle n’avait plus de munition… Alors elle s’abaissa d’un seul coup, évitant plusieurs tirs.

Cette fois Marlène le savait, elle était fichu, les Omégaliens allaient l’achever…

Et Alex ? Que était-il devenu ? Mort sûrement… À cette pensé, Marlène sentit des larmes lui coulaient sur sa joue.

Les extraterrestres s’approchaient lentement du comptoir, prudent, mais voyant qu’ils ne reçurent pas d’autres tirs, accélérant le pas.

L’un d’eux prit des deux mains le comptoir et le souleva du sol et le balança. Le meuble retomba avec fracas sur le sol.

Marlène était à découvert, à la merci de ses ennemis, les Omégaliens la viser, ils étaient sur le point de tirer…

La jeune femme recula lentement, leva les mains, elle trembla de peur. Peut-être qu’elle ne souffrirait pas ?

C’est au moment où l’Omégalien allait tirer, que quelque chose d’incroyable se produisit…

Toutes les créatures devant Marlène furent propulser dans les airs, celui qui s’apprêter à tirer, fut également propulser, mais il passa par-dessus la jeune femme.

Celle-ci resta bouche-bée, ne comprenant pas ce qui se passa…

Puis après quelques secondes d’incompréhension, Marlène vit que quelqu’un se trouver au seuil de ce qui resté de l’entrée de la pharmacie…

Quelqu’un qu’elle ne pensa plus revoir… C’est à peine si elle le reconnut.

Son armure était bien endommagée, lui aussi d’ailleurs… Son nez était cassé et son visage avait l’air fatiguer.

Il était armé d’une étrange lance, Marlène ne comprit rien, ce ne pouvait-être vrai ?

Mais quand elle vit Alex entrer dans la pharmacie, qu’il lui souriait avec des larmes aux yeux, elle savait que c’était vrai !

Marlène était sur le bord de l’évanouissement, elle avait du mal à supporter toutes ses émotions…

Mais la jeune femme se reprit, elle voulait se jeter sur le cou du jeune homme, mais elle avait les jambes en coton, il lui était impossible de faire le moindre mouvement.

Alex s’approcha d’elle doucement, planta sa lance au sol et une fois arriver suffisamment près d’elle, l’attrapa par la taille et l’embrassa tendrement.

EPISODE XVIII

Un retour inattendu

Alex était bel et bien de retour, plus personne n’y croyait vraiment, mais ils se trompaient…

Il était dans les bras de Marlène, qui pleurait à chaude larme, lui-même avait les larmes aux yeux, l’émotion était à son paroxysme.

Après plusieurs minutes d’étreinte, Alex relâcha la jeune femme, puis demanda d’un ton inquiet :

– Où est passé LaDur ?

– Juste ici ! répondit l’intéressé, dont la voix résonna vers l’arrière boutique.

Alex fut soulager, Marlène se tourna vers lui et demanda soucieuse :

– Et pour le portail ?

– Il a disparu, répondit Alex le sourire aux lèvres.

Il eut quelques secondes de silence, puis Alex reprit la parole :

– Bon, je te laisse ici, j’en aurai pour pas longtemps…

– Tu vas où ? demanda Marlène inquiète.

– Il faut en finir avec ces créatures ! répondit l’intéressé.

– Mais t’es fou, ils sont sûrement encore une bonne trentaine dehors et toi tu es seul !

– T’inquiète pas, il reste quelques policiers et soldats encore vivants.

Alex donna un bisous à Marlène et fit volte-face, il récupéra sa lance et se dirigea vers l’extérieur.

Il serra sa lance et franchit l’entrée, alors que Marlène le regarda partir sans un mot.

Une fois un pied à l’extérieur, Alex sentit les premiers rayson orangés du soleil sur son visage, le jeune homme vit une trentaine d’Omégaliens lui arrivaient dessus… Comme l’avait prédit Marlène…

Alex avait un plan, qu’il avait mis en place avec les policiers et les soldats.

Il courait vers le sud, poursuivit pas les Omégaliens, comme il l’avait prévu.

Une fois arrivait au bout de la rue, il eut des tirs, mais opposé à Alex. C’était les policiers et les soldats, comme prévu, ils se tenaient caché derrière l’angle d’un immeuble.

Seulement, il se passa une chose que Alex n’avait pas prévu, les Omégaliens se séparèrent en deux.

La moitié d’entre eux fonçaient sur les hommes et femmes en uniforme et l’autre sur lui.

La bataille finale commença, il fallait que les humains l’emporte, sinon, Soissons risquerait de subir une attaque nucléaire…

Alex se retrouva à combattre une quinzaine d’extraterrestres, ils l’encerclait…

Alex tenait sa lance prêt à embrocher le premier Omégalien se trouvant sur sa route.

Il activa sa bulle de protection, seulement il n’était pas sûr qu’elle tiendrait face à autant d’ennemis… Cela dépendrait de sa résistance mental…

Les Omégaliens tiraient tous en même temps, à chaque impact de laser, Alex sentit comme des coups de poignards directement dans son cerveau.

Mais résister, il fallait qu’il résiste, le jeune homme fonça sur ses ennemis avec un cri rageur.

Plusieurs tirs passaient au dessus de la tête d’Alex, celui-ci arriva devant l’une des créatures.

Il l’embrocha sans que celui-ci en puisse rien faire, retira sa lance de son corps, et fit une pirouette pour en transpercer un deuxième.

Puis il reçu de plein fouet plusieurs tirs, les lasers s’écrasaient sur sa bulle.

Alex commença à faiblir, s’il continuait à subir des tirs comme cela, sa bulle ne résisterai pas longtemps…

Alex effectua quelques pirouette supplémentaire, d’une agilité incroyable, malgré son armure et embrocha, trancha, transperça plusieurs Omégaliens.

La fatigue commença à se faire sentir, ce qui n’a rangea rien à sa bulle…

Les tirs étaient de plus en plus précis et chaque nouveau impact était comme un nouveau coup de poignard.

Plus la fatigue étant de plus en plus forte, les coups de lance d’Alex était de moins en moins précis. Il commençait à rater ses cibles.

La sueur dégoulina partout sur son corps, Alex parvint à tuer deux autres Omégaliens, puis il s’arrêta net.

Ils étaient trop nombreux pour lui, son cœur cogna dans sa poitrine, son souffle devint plus en plus fort.

Alex avait même du mal à respirer, il planta sa lance sur le sol, les extraterrestres tiraient tous en même temps.

La bulle allait bientôt céder, mais une chose encore plus terrible se produisit, les cris et les tirs des humains se stopper…

Alors que le nombre d’alien face à Alex était déjà énorme, mais une dizaine d’autres venaient en renfort.

Cette fois Alex se retrouva seul, il était fichu, sa bulle ne résisterait pas à une vingtaines d’Omégaliens…

Ils tiraient en rafale, Alex commençait à saigner du nez, tellement qu’il se trouvait à bout de souffle…

C’est à cet instant que sa bulle éclata, Alex fut alors projeter par l’onde psychique qui en résulta.

Il tomba au sol, les Omégaliens commençaient à l’encercler pour l’achever…

Alex se releva doucement, il poussa un cri rageur, laissant exploser le reste de son pouvoir.

Certains Omégaliens furent alors projeter par l’onde psychique, mais cela était loin d’être suffisant.

C’était de la poudre aux yeux, une dernière action avec de mourir…

Les créatures allaient achever le jeune homme, quand soudainement, un cri résonna dans la rue.

Le cri d’une jeune femme, hurlant le nom d’Alex, celui-ci tourna la tête dans sa direction… Et Marlène, arme à la main courant vers lui…

Alex en était bouche-bée, cette jeune femme était folle, elle se ferait tuer.

Les Omégaliens se retournèrent tous en même temps, les tirs fusaient vers la jeune femme…

Elle fit des roulade pour éviter les lasers et répliqua, elle tua deux autres Omégaliens.

Mais ceux qui restaient tiraient en rafale, Alex voyant sa hurla :

– NOOOOOOOOOOON !!!

Il sentit une nouvelle énergie circuler dans ses veines, il tendit son bras vers Marlène, le jeune homme devait la protéger…

Au moment où des tirs allaient la toucher, ils furent écraser pas quelque l’entourant…

C’était une bulle de protection, celle-ci fut très surprise, la jeune femme ne sembla pas comprendre ce qui se passa…

Mais cela ne lui empêcha pas de tirer sur les créatures, elle parvint à en tuer trois autres.

Alex en profita pour récupérer sa lance et se mit à courir dans la mêlée, il transperça un ennemi en pleine tête, alors que celui-ci était retourner, occupé à tirer.

Le sang violet gicla, Alex retira sa lance, l’Omégalien tomba au sol lourdement.

Le combat faisait rage depuis des longues minutes, mais bientôt, Marlène et Alex se retrouverait en difficulté…

La fatigue allait bientôt les submerger, les Omégaliens étaient toujours bien plus nombreux qu’eux…

De plus Marlène allait bientôt manquer de munition, Alex sentit ses forces l’abandonner…

La bulle de Marlène allait bientôt céder, car Alex était épuisé, à bout…

Cette fois les choses étaient bien terminer…

Marlène et Alex tenta de fuir, mais ils avaient du mal à éviter les tirs ennemis.

Les Omégaliens les encerclaient de nouveau, ils n’avaient plus aucune échappatoire…

C’est alors que des cris rageurs se firent entendre, ils semblaient venir de nulle part…

Alex et Marlène tournèrent la tête ensemble et virent, non pas des personnes en uniforme, mais des civiles… Ils étaient une cinquantaine…

Courant vers eux, certains armé de fusils lasers, trouver sûrement sur la route, d’autres de battes, de fourches, de club de golfes…

C’était inespéré, ces gens étaient censés être confiner chez eux, mais leur volonté de défendre la Terre était la plus forte.

Alex sentit une nouvelle énergie circuler de nouveau dans son corps, un regain de volonté !

Il fallait qu’il les protèges tous, ces braves gens n’étaient pas protéger, surtout que la plupart ne pourraient pas faire grand chose avec leurs armes.

La quantité d’énergie pour protéger tout le monde serait tellement grande, qui n’en resterait plus assez pour Alex. Mais il s’en ficher… Le plus important pour lui, était les autres.

Il se concentra intensément et sentit son énergie se vider totalement, le reste son pouvoir devait être parfaitement répartit entre tous les personnes…

Et la seconde qui suivit, une bulle de protection apparue alors autour de chaque personnes. Les projectiles lasers s’écraser contre elles, les Soissonnais entrèrent dans la mêlée dans un fracas assourdissant.

Les coups de battes, de club de golf, de pioches retentirent dans la rue.

Les armes contondantes parvenaient à peine à faire des micros-fissures aux casques des Omégaliens…

Mais les tirs de lasers tua trois ou quatre extraterrestres.

Alex qui était vider de tous ses pouvoirs, se battait comme il pouvait, tuant un maximum d’Omégaliens.

Il en transperça plusieurs avec sa lance, dont la lame électrifiée se refléta dans les rayons du soleil qui se coucher. Donnant un spectacle à la fois beau et horrible. Il en décapita deux, leurs têtes volèrent sur une vingtaine de mètres, le jeune homme tournoya dans tous les sens pour éviter les tirs. Telle la reine.

Marlène jeta son fusil qui n’avait plus de munition, et en prit un autre se trouvant près d’un cadavre d’Omégalien.

– RAMASSEZ LES FUSILS ! Hurla Alex en s’en faire décoller les poumons.

C’est que firent les civils et ils se mirent à tirer en rafales sur les créatures, les tuant l’un après les autres…

La bataille était presque finie, les Omégaliens encore vivant, reculèrent de plus en plus, submerger par le surnombre des humains.

Il eut encore quelques tires, mais bientôt les bruits se stoppaient complètement… C’était enfin terminer, c’était la victoire des humains.

Une victoire collective, dans l’énergie du désespoir.

C’était le début de la nuit quand tous les secours étaient arrivaient sur les lieux, ainsi que les véhicules des morgues, de ceux du journal télé.

Et pour ce qui était des morts, ils étaient nombreux, que ça soit ceux des soldats, des policiers ou même ceux des Omégaliens…

Alex, Marlène et LaDur étaient en train de se faire examiner par des médecins.

Alex et Marlène avait dû retirer leurs armures, Marlène avait des bandages coloré de rouge, ses blessures s’étaient ré-ouvertes lors de ses nombres combats… D’ailleurs celle-ci était allongé sur un brancard, les médecins craignaient qu’elle perde connaissance avec le sang qu’elle avait perdu.

Les blessures d’Alex étaient surtout interne, ses muscles, ses tendons étaient déchirer.

– Mon cœur tu es dans un sale état, s’inquiéta Marlène d’une voix faible à cause de sa fatigue.

– Toi aussi bébé, on vas se faire soigner et après on pourra dormir tranquillement, répondit Alex dont la voix était également faible.

Alex et Marlène se tenait la main, ils se tenaient côte à côte, à plein milieu de la rue.

– Au fait… Je ne vous ais pas remercier… dit LaDur dont la voix était tout aussi faible.

Le policier était entrain de se faire soigner par un médecin, il était allongé dans une ambulance. Celle-ci se trouvé non loin d’Alex et de Marlène.

– Pas la peine, pensez à vous faire bien soigner, répondit Alex surprit par les propos du commissaire.

Après que Alex eut terminer ses soins, il ressemblait littéralement à une momie avec ses bandages. Il se leva et alla vers LaDur.

Il lui serra la main en souriant, celui-ci fut également surpris par ce geste. L’homme d’une quarantaine d’années lui rendit son sourire.

Puis Alex sortit de son ambulance, les portes de celle-ci se referma et elle démarra.

Petit à petit, les corps furent enlever des lieux, seule quelques ambulance restaient sur place et les journalistes de la télévision.

Et également une poignée des personnes qui étaient venus en aide à Alex et à Marlène.

Ils venaient à la rencontre d’Alex le sourire aux lèvres, lui serrant chaleureusement la main, ainsi qu’à Marlène.

Celui-ci ne sût comment réagir, il était très gêner, c’était la même chose pour Marlène.

Soudainement, des journalistes venaient à leur tour, non pas pour lui serrer la main, mais pour l’interroger, évidement…

– Monsieur… Comment déjà ? Demanda une femme micro à la main.

– Alexandre Duval, répondit Alex gêné.

– Très bien, avez-vous un commentaire à faire ? Vous venez tout de même de sauver le monde !

– Heuuuu…. hésita Alex.

– Vous n’avez pas de chose à dire aux téléspectateurs du monde entier ?

Alex regarda la caméra pointer sur lui, il sentit ses joues devenir encore plus rouges.

Après plusieurs secondes de silence gênant, il répondit :

– Bah… Bonsoir à tous…

C’était les seules mots qui sortirent de sa bouche, la journaliste le regarda avec un mélange d’incompréhension et d’amusement.

Puis elle se tourna vers le cameraman et commença à parler aux téléspectateurs. Mais Alex ne l’écouter pas, il se tourna vers sa petite-amie, la regardant avec amour… Ils étaient enfin réunis et cela n’était pas gagner…

Mais pour Alex, l’essentiel, c’était d’être près de celle qu’il aimé…

Marlène lui rendit un regard de braise.

– Bébé, il y a une chose que j’aimerai te dire, dit Marlène.

– Quoi ? demanda l’intéressé.

– Je t’aime !

Alex ne sût pas quoi répondre, il était sous le choque de ses mots, il sentit une larme lui coulait sur la joue. Il sourit à Marlène, qui lui rendit son sourire.

Bientôt la rue serait complètement déserte, Alex et Marlène seraient envoyer à l’hôpital.

Ils leurs fraudaient plusieurs semaines pour se remettre de leurs blessures…

La ville de Soissons, quant à elle, lui faudrait plusieurs mois, pour être de nouveau sur pied…

Cette petite ville, connue par peu de personne, a été le théâtre d’un spectacle terrible.

Le monde à faillit disparaître ce jour là, et le monde se rappellera de celle et celui qui l’on sauver…

Bien que le jeune homme appeler Alexandre Duval ne souhaiter pas du tous ces honneurs.

Pour lui, une vie simple et sans soucis était ce qu’il y avait de mieux. Mais malheureusement pour lui, ce ne serait plus le cas maintenant.

Épilogue

Les semaines passaient pendant les quelles Alex et Marlène furent soigner à l’hôpital…

Alex lui de son côté, il avait des bandages de partout, mais surtout, il avait une atèle sur son nez cassé, ce qui lui donner une drôle de voix.

Marlène, en ce qui la concerner, était également recouverte de bandages.

Pendant leur séjour là-bas, ils étaient aller voir beaucoup de fois LaDur dans sa chambre personnelle.

Celui-ci se remettait doucement de sa blessure, mais grâce à l’intervention de Marlène, il avait éviter le pire.

Une fois sorti, ils décidèrent d’aller rendre visite à une personne qui leur était cher… Une personne sans qui leur rencontre n’aurait pas eu lieu…

Le soleil se coucha lentement, ses rayons orangés venaient se refléter sur la tombe en granit de Francine.

Alex et Marlène se tenant devant, main dans la main, ils étaient encore recouvert de bandages.

Ils se recueillaient en silence pendant plusieurs minutes, puis Marlène prit la parole en se tournant vers Alex et demanda :

– Dis chérie ? Tu penses qu’elle savait ce qu’il y avait entre nous deux ?

Alex surprit par cette question, regarda Marlène d’un air intrigué et répondit :

– Bah oui…

– Non, je veux dire, quand elle t’as embauché, elle savait ce que tu ressentais pour moi et c’est pour cela qu’elle accepter de te prendre ?

– C’est possible, ça expliquerait pas mal de chose…

Ils restaient silencieux encore plusieurs secondes, puis Alex demanda :

– Tu vas faire quoi maintenant ?

– De quoi tu veux parler ? demanda Marlène intriguée par cette question.

– Maintenant qu’il y a plus de magasin ?

– Ah oui… aucune idée…

Il eut un nouveau silence de quelques secondes, puis Marlène reprit :

– Bon, si on y aller, j’ai jamais aimé les cimetières ?

– OK…

Les deux amoureux quittèrent le cimetières, main dans la main. Ils empruntèrent le trottoir, puis ils se dirigeaient vers le centre-ville.

Au bout d’un moment de marche, Marlène demanda d’un ton intrigué :

– Au fait, il y a quelque chose qui intrigue…

Alex sursauta, le jeune homme était perdu dans ses pensés, il répondit :

– Vas-y.

– Ça concerne l’armure, je me demandais comment cela fait que j’ai eu tous les souvenirs de la créature qui la porter ?

Alex ne répondit pas tout de suite, il réfléchit quelques secondes, puis il eut un flash et répondit d’une voix excité :

– Aaaah, ça explique tout !

C’était au tour de Marlène de sursauté, Alex s’excusa et dit :

– La même chose m’ais arrivé, j’ai eu tous ses souvenirs de l’alien dont j’ai pris l’armure…

– Oui, c’est bien ce que je pensé, je me demandais pourquoi tu m’en avais pas parler ?

– Je ne voulais pas t’inquiéter, bref, je parie que le casque garde en mémoire tous les souvenirs de son porteur. Dès que quelqu’un touche le plastron, cette personne reçoit tous les souvenirs de son ancien propriétaire. Mais aussi ses capacités, qui reste graver dans la mémoire de chaque personne. La reine m’a dit que les Omégaliens n’étaient pas différents de nous au niveau biologique.

Marlène resta bouche-bée par ses explications, des moins étranges, pour ce qu’elle la concerner.

– C’est pour ça que je comprenais tous ce qu’ils disaient ! reprit Alex d’un ton jovial.

Ils marchaient depuis quelques minutes dans le silence, quand soudainement, Marlène demanda intrigué :

– Comment ça se fait que tu as pu entrer en communication télépathique avec moi, l’autre fois ?

– Hmmm ? répondit Alex, qui semblait songeur et après quelques secondes de réflexion, il répondit :

– C’est sûrement, que tous les deux on été très proches émotionnellement, du coup, quand j’étais sur le point de mourir, une connexion mental s’est ouverte entre nous à ce moment là.

Marlène sourit à Alex, elle sembla très heureuse de cette réponse.

Après plusieurs minutes de marche, les deux amoureux avaient remonter tout le trottoir et étaient arriver devant un tournant.

– Et maintenant on fait quoi ? demanda Marlène.

Alex la regarda droit dans les yeux et répondit simplement :

– Et si on rentré à la maison ?

FIN

1Sabre Japonais

L’invasion des Omégaliens

Contenu complet

L’invasion des Omégaliens

Maxime Beauvineau

L’invasion

des

Omégaliens

 

À ma mère, elle, qui m’ a toujours encourager.

Préface

PROLOGUE

L’univers est vaste, très vaste… Pour autant, il existe des chances pour que nous soyons pas seule…

Il existait à l’autre bout de l’univers, une grande planète, la vie était bien développée. Elle s’appela Oméga.

Les êtres peuplant cette planète étaient très respectueux de la nature, ils avaient tout fait pour rendre la vie harmonieuse le plus possible.

Mais, ce n’était pas le cas de celle-ci.

Tout se passa normalement pendant des nombreuses années, les êtres composant cette planète vivaient heureux, sous la protection de leur reine bien-aimé.

Ils vivaient tellement bien, qu’ils ce sont reproduit de plus en plus, mais un jour, la planète se rebella contre eux…

Et la vie ne devint bientôt plus possible, les catastrophes naturelles se produisaient en série, sans que les savants n’en comprennent la raison.

La planète était sur le point de s’éteindre, la reine devait trouver la solution pour sauver son peuple… Et un jour, elle trouva… Si la vie sur leur planète n’était plus possible, alors il fallait en trouver une autre… Et enfin, ce fut le cas. Cette planète s’appelait : « Terre ».

EPISODE I

Une rencontre inattendue

 

Que y a-t-il de mieux qu’une vie simple et sans problème ? Loin de tous soucis, certes un peu ennuyeuse, mais si tranquille.

C’était la vie que d’Alexandre Duval avait choisie et cela lui allait parfaitement. Mais pour lui, les choses allaient bientôt changer…

Il était environ onze heure du matin, quand le réveil du téléphone d’Alex se mit à sonner, comme chaque jour et c’était comme cela depuis longtemps…

Les rayons du soleil chaud, traversaient les volets de la fenêtre de la chambre du jeune homme de vingt-cinq ans.

Celui-ci se leva avec difficulté de son lit, il tituba pour sortir de sa chambre, se dirigeant vers sa petite salle de bain.

Après plusieurs minutes de lavage, Alex sortit de la douche, il était enfin réveiller, il s’habilla en vitesse et se dirigea vers sa cuisine ouverte à la salle à manger et salon.

Il mangea un bout, et se dirigea vers la sortie de son appartement et passa la porte.

On était mercredi ce jour là, en plein milieu de l’été, il faisait très chaud.

Le soleil tapait fortement sur la tête d’Alex, qui commençait à transpirer, celui-ci voulait se rende à l’un de ses magasins « geek » préférés. Enfin, c’était le cas depuis environ un mois, vu qu’il avait ouvert à ce moment là.

Il y avait de tout : mangas, comics, figurines, des cartes Yu Gi Oh, Pokémon, Magic… Et même un coin « borne d’arcade ».

Alex s’arrêta devant une vitrine de magasin de jouet (l’un de ses péchés mignon ), observant les belles figurines de DBZ. Mais il devait être fort, car on été la fin du mois. Et Alex était sans emploi depuis un moment…

Alex se regarda quelques secondes au travers le reflet, et vit son visage banale.

Il était ni trop rond, ni trop carré, par contre Alex était imberbe, il avait les yeux bleus et les cheveux brun et assez court et pas vraiment coiffés.

Ce n’était pas un jeune homme très souriant, il était très souvent dans sa bulle.

Il était également de taille moyenne, d’un poids moyen, bref, un jeune homme qu’on ne remarqué pas.

Il portait un tee-shirt avec le symbole de Super-Man (son super héros préféré), un jean assortie et une paire de baskets Nike blanches.

Sans même qu’il ne s’en rende compte, Alex était déjà arrivé à destination.

Sur l’enseigne on pouvait lire : « Geek Island », le magasin se situé à Soissons, en plein centre ville.

La ville était petite, si situant dans le nord de la France.

Le centre-ville se composer que de maisons à la taille modeste, de petites boutiques et de restaurants et également de quelques immeubles. Il n’y avait qu’un seul cinéma.

Alex aimé regardé la vitrine, il y avait des figurines, des répliques d’épées et autres katanas.*1

Quelque chose intrigua le jeune homme, l’un des spots clignotaient plusieurs secondes, puis remarchaient normalement.

Alex pénétra dans le magasin, il fut accueilli par sa propriétaire avec un grand sourire, comme chaque semaine.

Salut Francine, comment tu vas aujourd’hui ? demanda Alex.

– Comme un mercredi, mon grand ! répondit Francise Larose d’un ton joyeux.

C’était une femme de cinquante six ans, blonde, avec des mèches blanches, ses cheveux qui descendaient en bas de son dos, d’une coupe parfaite et aux yeux verts.

Elle était de taille moyenne, son corps était fin, elle avait des rides commencé à lui apparaître son visage.

Alex souriait d’un air gêné, car sa vision était troublé par la très généreuse poitrine de Francine, qui était parfaitement mise en valeur à la fois par un beau décolleté plongeant et un beau collier en argent en forme de cœur qui était positionné pile au milieu de celle-ci.

Francine était toujours bien habillée, elle portait le plus souvent une belle robe d’une couleur vive. Pour l’occasion, celle-ci était d’un rouge éclatant.

– Désolé, Alex, mais je n’ai pas de nouveauté cette semaine, affirma Francine.

– Pas grave, je vais me contenté de faire un tour… répondit Alex, toujours troublé.

Il s’avança dans les allées du magasin, vers les rayons qu’il préférait, celui des figurines… Se situant vers le fond à droite.

Sur les étagères sur la gauche se trouvaient les comics, mangas, et romans.

Puis le jeune homme se dirigea vers les bornes d’arcades situées vers l’entrée.

Quand soudainement, il se cogna contre une jeune femme, celle-ci fit tomber ses papiers au sol.

Alex se précipita pour l’aider à les ramassés, mais au même moment, la jeune femme se releva et les deux se cogèrent la tête dans un paf assourdissent.

La douleur fut très forte, Alex se releva, avec des étourdissements, tant dis que la jeune femme était également sonnée.

C’est alors que leur regard se croisèrent, Alex fut comme foudroyer, il sentit son cœur cogner dans sa poitrine, il eut une bouffé de chaleur.

Alex ne pouvait détourner son regard d’elle, elle avait les yeux marrons d’une profondeur abyssale.

La jeune femme d’une vingtaine d’année, en ce que Alex pouvait observer, elle avait un beau visage au tient mâte, des beaux cheveux noirs frisés, assez long et parfaitement coiffés.

Puis Alex posa son regard sur le bas du corps de la jeune femme, il remarqua qu’elle petite ( un mètre cinquante-cinq ).

Elle était mince, voire très mince, elle portait un chemisier blanc, un jean et une paire de baskets Adidas noires.

– Je te présente Marlène Rodrigues, ma nouvelle vendeuse ! Dit Francine d’un ton joyeux en s’approchant de Marlène.

Le visage de Marlène devint rouge comme une tomate, elle avait un sourire gêné.

– Salut… Répondit Alex gêné lui aussi.

– Et… Eeeeeh, en parlant de ça, je recherche un deuxième vendeur… Tu ne connaîtrais pas quelqu’un ? demanda Francine.

– Euuuh, non, désolé… répondit Alex toujours intimidé.

– Appel-moi, si jamais tu trouvais une personne…

– D’accord… Bon, je dois y aller, il va être midi !

– Ah oui, tu as raison, on va fermer pour ce midi, on se dit à la prochaine mon grand.

Alex remarqua que Francine avait un sourire étrange, quand il quitta le magasin.

Sur tout le chemin du retour, une fois qu’il était rentré chez lui, Alex ne pouvait pas s’empêcher de penser à Marlène…

Ça été le cas tout le reste de la journée, il n’avait rien manger le midi, c’était la même chose le soir…

Toute la nuit, Alex pensa à Marlène, il tourna dans tous les sens dans son lit, il ne parvenait pas à trouver le sommeil.

Quand soudainement, il eu une idée, c’était pas une chose qu’il aurait faite normalement, mais il se dit que c’était le meilleur moyen de se rapprocher de Marlène.

Alex sentit alors une pointe d’excitation monter en lui, mais en regardant l’heure et voyant qu’il était qu’une heure du matin, il se dit que la nuit serait encore très longue…

 

Il était huit heure du matin, quand Alex se leva ( il avait à peine dormi ), pour autant, le jeune homme était en pleine forme, excité même ! Il savait ce qu’il lui rester à faire…

Il attrapa son téléphone de sa table de nuit, il alla dans ses contacts et appela Francine.

Le téléphone se mit à sonner pendant plusieurs secondes, puis soudainement Francine décrocha :

Alex ? Tu te lèves jamais à cette heure d’habitude ? Dit-elle d’une voix très étonnée.

Oui je sais ! Répondit Alex, encore dans l’excitation, il reprit :

– Mais j’ai bien réfléchis et j’ai trouver quelqu’un qui serait intéressé par ton offre !

Ah oui ? Et c’est qui ? Demanda la femme d’un ton joyeux, surpris et presque rassurée.

– MOI !

QUOI ? Mais je croyais que ce genre de travaille ne t’intéresserais pas ? demanda Francine abasourdit.

– Oh… Hésita Alex, avant de répondre :

– Il y a longtemps que je recherche un job et c’est un peu juste en ce moment ( ce qui était vrai )… Et je me dis que si ça se trouve ce boulot pourrait me plaire ( ce qui était faux )…

Il eut quelques secondes de blanc, puis Francine reprit la conversation et dit :

D’accord, vu que je trouve personne pour le moment, je te prends à l’essaie !

Quand il entendit cela, le sang lui monta aux joues, son cœur cogna dans sa poitrine, il prit une grande inspiration et répondit :

– Cool, quand je peux venir pour signer mon contrat ?

Pourquoi pas ce matin ? Vers les dix heures ?

– OK ! A tout de suite !

Alex raccrocha le téléphone, peut-être un peu vite, en y repensant plus tard…

D’un seul coup, Alex avait une faim de loup, il courait en direction de sa cuisine, prit une pomme dans sa corbeille de fruits, un yaourt dans son frigo et du jus d’orange.

Il mangea tout cela en quelques minutes, et parti à la douche. Toujours Marlène à l’esprit.

Une fois la douche terminer, il s’habilla en moins deux minutes, et quitta son appartement au pas de course.

Alex était remonter à bloc, il savait qu’il prenait un risque d’être déçu, mais si on ne prends pas de risque en amour, dans quel autre domaine en prendre ?

 

EPISODE II

Le job de l’amour

Alex arriva dix minutes en avance, le stress monta en lui, quelques goûtes de sueur coulaient sur son front.

Il rentra, accueilli toute de suite par Francine un avec grand sourire, le stress grimpa d’un seul coup, Francine l’indiqua le comptoir du magasin.

– Tu es en avance, c’est bien ! Affirma Francine ravie, elle reprit :

– Viens ! Tu vas signer ton contrat, c’est un CDD de six moi, avec un essai de trois mois.

Alex très ravi suivit Francine, après avoir signé, il rentra chez lui, son travail commencé à partir du lundi suivant à huit heure du matin.

Alex était très impatient de commencer, toute le reste de la semaine il repensa à Marlène…

Le lundi arriva vite, il se leva vers les six heures trente, pris son petit-déjeuner, se lava en deux deux, pour l’occasion il porta une chemise et l’un de ses rares pantalon. Et parti vers les sept heures quinze…

Il arriva vers les sept heures trente devant l’enseigne, Alex toujours impatient, il devait attendre l’arrivée de Francine…

Soudainement, Marlène arriva, elle portait le même genre de vêtement que la dernière fois que Alex l’avait vu et en plus elle avait un sac à main.

Celui-ci en la voyant, sentit son cœur faire un bond.

– Ah ! C’est toi ! dit-il en stress.

– Tu… Tu es en avance… répondit Marlène qui était en stress également.

– Oui, disons…

Alex marqua une pause, cherchant ses mots, il reprit :

– Que je voulais faire bonne impression pour mon premier jour…

– Ah d’accord… C’est… Bien ! répondit la jeune femme, toujours aussi stressé.

– Et sinon, tu es contente de ton travail ici ? demanda Alex, cherchant à trouver un sujet de conversation.

– Ah oui ! Francine est ultra sympa !

Marlène se tût un moment, puis avec beaucoup de difficulté demanda :

– Et toi tu dois être content de commencer à bosser ici ?

– Oh oui ! Répondit Alex en stress, il ne voulait pas qu’elle découvre ses véritables raisons d’avoir postulé pour ce boulot. Du moins, pour le moment…

Alex s’apprêta à répondre, quand soudainement, Francine fit son apparition avec un grand sourire.

– Je vois que vous sympathisez tous les deux ! dit-elle d’un ton joyeux.

– Bon, si on entré ? demanda-t-elle, avant d’ouvrir le rideau de fer, ainsi que la porte et ils entrèrent.

À peine rentrer, Francine s’adressa à Marlène lui indiquant qu’elle devait formé Alex les deux prochaines semaines, ce qu’il lui aller très bien.

La matinée se passa sans problème, Alex comprenait très bien, même s’il fut envoûter par Marlène et eut du mal à l’écouter…

Mais le midi venant, Alex s’aperçut qu’il avait oublier de prendre un déjeuner, du coup Marlène lui proposa de partager le sien. Une occasion inespérée de se rapprochait en mangeant ensemble.

Ils mangeaient ensemble dans l’arrière boutique, il y avait une petite salle de pause avec tout ce qu’il fallait pour manger, ainsi que des casiers.

Alex se lancé pour commencer une conversation, il dit :

– Merci, j’étais tellement nerveux à l’idée d’être en retard, que j’en ai oublier de prendre une gamelle…

– Oh c’est rien… C’est normale, en plus, je comprends ce que c’est d’être nerveux son premier jour… Répondit Marlène en rougissant.

– Tu es gentille…

– Merci…

– Au fait, Tu as des passions ? Ou des loisirs ?

– Moi ? Pourquoi tu demandes ça ? Demanda la jeune femme intriguée par cette question.

Marlène était de plus en plus rouge.

– Oh… Pour faire plus ample connaissance, c’est normale, on est collègue maintenant, répondit Alex mal à l’aise.

– Oui tu as raison… J’aime bien le shopping, sortir entre fille…

Alex était un peu déçu de sa réponse, il espéré qu’ils aient des points en commun.

– Et aussi les mangas et les jeux-vidéos ! s’exclama Marlène d’un seul coup, après quelques secondes de silence, ce qui fit sursauté Alex.

– Ah cool, moi aussi j’adore ça les mangas et les jeux-vidéos…

Le jeune homme sentit son cœur battre la chamade, il se dit que cette jeune femme était faite pour lui et peut être même que c’était le destin qu’il les avaient réunis !

– Je m’en serait douter, tu viens ici toutes les semaines… Ah ah ah ah ! Dit Marlène qui se mit à éclater de rire.

Elle était presque prise d’un fous rire, ce qui fit rire également Alex.

– Au fait, tu a quel âge ? demanda Alex au bout d’un moment.

– Vingt-trois ans et toi ? répondit Marlène.

– Vingt-cinq ans.

Le reste du repas se passa tranquillement, Alex était aux anges, il avait passé le meilleur déjeuné de sa vie !

Le soir arriva vite et comme ils n’avaient pas beaucoup de clients, ils purent partir trente minutes plutôt.

Chacun partis de son côté, Alex était tout heureux de sa journée, il n’espérait pas qu’elle puisse aussi bien se passer.

Ne voulant pas brusquer les choses avec Marlène, Alex se contenta de la conversation qu’il avait eu le midi, c’est pour cela qu’il ne proposa pas à Marlène l’accompagner.

Il rentra chez lui le sourire aux lèvres, toujours Marlène à l’esprit…

Il faisait encore jour, la chaleur était moins forte à cette heure de la journée, ce qui était très agréable pour Alex.

Il ne se passa rien de spécial les semaines qui suivirent, la relation avec Marlène évoluèrent juste un peu…

Mais un soir en quittant le magasin, Alex prit son courage à deux mains et proposa à Marlène de l’accompagner chez elle, celle-ci accepta volontiers.

Alex sentit son stress qui monta d’un seul coup, il transpira à grosses goûtes, puis au moment d’arriver à l’entrée de l’immeuble de l’appartement de Marlène, il dit:

– Tu… Voudrais bien venir dîner chez moi demain soir ?

– En tout bien tout honneur ? Bien-sûr… se reprit-il, ne voulant pas que ses paroles furent mal comprises.

Il eut quelques secondes de silence, les pires secondes de la vie d’Alex…

– Oui… Finit par répondre Marlène d’une voix toujours aussi timide, qui fit toujours autant fondre Alex.

En attendant cette réponse, Il eut l’impression que son cœur allait s’arracher de sa poitrine, tellement qu’il était heureux, mais la seule émotion qui transparaissait chez lui, était un léger sourire.

– OK… Tu peux me donner ton num, histoire que je puisse organisé la soirée de demain, afin qu’elle soit parfaite ? Demanda Alex au passage. Il savait bien y faire pour bien présenter les choses.

– Heuu… Oui, si tu comptes préparer un dîner aux chandelles, j’ai hâte de voir ça… Répondit Marlène avec un soupçon de malice dans la voix.

Ils s’échangèrent leurs numéros et Alex fit demi-tour et rentra heureux chez lui. Son plan avait marché, il n’y croyait pas, c’était la première fois de sa vie qu’il réussissait quelque chose comme cela.

Le jour suivant passa très vite, Alex le matin avait tout préparer pour le soir, l’excitation grimpa à chaque minutes qui approchait du rendez-vous.

Le soir venue, Alex et Marlène rentrèrent ensemble, ils arrivaient au palier de la porte de l’appartement d’ Alex, celui-ci l’ouvrit et laissa Marlène entrer.

– Ooooh ! S’exclama t-elle en voyant la décoration que Alex lui avait préparer…

Il y avait quelques bougies à piles, la table était mise, avec une nappe blanche. Un vase était mit au milieu de celle-ci.

– Je vois que tu as fait un beau effort pour notre premier rendez-vous ! Dit Marlène avec joie.

– C’est rien… Répondit le jeune homme gêner, surtout par rapport à cette pauvre déco.

– Tu plaisante, tu as dû tout faire ce matin ? Demanda la jeune femme.

– Je me suis lever une heure avant, répondit le jeune homme.

– Oh ! Quelle romantique ! Je suis impressionné !

– Merci… Je te fais visiter ?

– Avec plaisir !

Seulement vu la taille de l’appartement, il y avait peu de chose à visiter. Mais Marlène s’arrêta devant trois étagères remplis de mangas, comics et figurines…

– Oh mon dieu, tu es vrai geek ma parole ! S’exclama-t-elle.

– J’ai déjà vu des collection dix fois plus grande que la mienne. Répondit Alex un peu gêné.

– OK… Dit Marlène perplexe.

Le reste de la soirée se passa extrêmement bien, Alex sentit que le courant passé entre lui et Marlène.

Une fois que Alex était allongé dans son lit, le jeune homme repensa à ces dernières semaines qui s’était écouler.

C’était très étonnant de sa part qu’il accepte ce genre de travaille, car ce n’était pas du tout son domaine.

Et en plus, pour faire plus ample connaissance avec une jeune femme. Mais elle n’était pas n’importe qui, c’était Marlène.

La femme parfaite, Alex aurait tout fait pour apprendre à la connaître. Et quoi de mieux que de travailler tous les jours pour arriver à cette fin.

Alex ne regretté pas son choix la moindre seconde, pour lui, c’était la meilleure décision de sa vie.

Les mois qui suivirent, les deux jeunes gens commençaient à sortir ensemble. Ils passaient de plus en plus de temps ensemble, Alex était aux anges. Il espéré que cela dure le plus longtemps possible…

Ils passèrent presque tous les week-ends ensembles, enfin, quand ils en avaient de libres.

Ils allaient au cinéma, faire du shopping, manger aux restaurants,…

Un vendredi soir, Alex envoya un message à Marlène pour que celle-ci vienne chez lui. Celui-ci avait préparé un autre dîner surprise.

Une heure plus tard, Marlène sonna à la porte d’Alex, il lui ouvrit et cette fois, l’appartement était magnifiquement décorer.

Il y avait des vraies bougies, la table était décorer également de plusieurs roses rouges.

– La dernière fois je n’avais pas eu le temps de faire mieux ! Dit-il le sourire aux lèvres.

– Tu es un vrai romantique ! s’exclama Marlène qui était aux anges.

Le repas se passe dans la meilleure des ambiances, les deux amoureux étaient en phase.

Alex sentit l’excitation monter en lui, une chaleur monta jusqu’à ses joues. Il eut une immense envie de Marlène, il était prêt à lui sauter littéralement dessus.

Une fois sortit de table, il s’avança vers elle, la saisit aux hanches, son regard pénétra le sien et l’embrassa. Ils s’étaient déjà embrasser plusieurs fois au cours de leur relation, mais jamais comme cela.

C’était de toute évidence, du fait que Alex et Marlène avaient fait abstinence durant ces deux derniers mois, que leur excitation avaient grimper à son paroxysme durant tout ce temps…

Ils passèrent une nuit de folie, réveillant certains voisins, la meilleure nuit de leurs vies !

 

Le soleil était lever depuis de nombreuses heures, quand les deux amoureux se réveiller…

– Aaaah ! Bailla Marlène et s’étirait.

– Tu as bien dormi ? demanda Alex d’une voix tendre.

Marlène se tourna vers Alex, elle avait les yeux qui brillaient, celui-ci souriait, son cœur battait la chamade. Il sentait un intense bonheur.

Marlène resta silencieuse pendant quelques secondes puis répondit ;

– Merveilleusement bien mon chéri !

Il eu plusieurs secondes de silence, puis Marlène demanda d’un ton presque nerveux :

– Que compte tu faire maintenant ?

– C’est à dire ? demanda Alex toujours dans le coaltar.

– Maintenant que tu as eu ce que tu voulais ? Tu ne vas pas rester au magasin ?

Alex sentit son sang se glacer, il n’avait pas imaginer que Marlène puisse avoir compris son plan et d’accepter de sortir avec lui !

– Tu… Savais ce que j’avais en tête ? demanda-t-il nerveusement.

– Oui ! Bien-sûr je ne suis pas né de la dernière pluie tu sais ?

– Oui je sais, mais pourquoi accepter de sortir avec moi alors ?

– Je suis très timide comme tu as pu le voir, j’espérais que tu tente quelque chose pour sortir avec moi.

Quand tu as postuler comme vendeur, alors que cela fait des semaines que Francine cherche un autre vendeur sans que cela ne t’intéresse… Pas besoin d’être Sherlock Homes pour comprendre ton plan.

– Je ne comprends pas bien, tu es contente que j’ai fait tout cela, uniquement pour me rapprochait de toi ?

– J’ai trouvé cela très osé ! J’étais très impressionné, je m’y attendais pas à cela !

– Quoi ?! j’en reviens pas ! J’ai cru que tu m’en voudrais !

Alex fut totalement abasourdit par les révélations de Marlène.

– Non, t’inquiète, sinon, j’aurais jamais accepter de sortir avec toi… Répondit Marlène d’une voix tendre, ce qui rendit Alex très émus.

– Mais ma question tiens toujours, que compte tu faire maintenant ?Demanda Marlène.

– Je vais finir ce mois par respect pour Francine, mais après, je la quitterai. Puis j’irais cherché ailleurs du travail.

– OK, tu cherches où en vrai ?

– J’étais dans l’électronique avant, mais l’entreprise dans la quelle je bosser ne prenait pas en CDI.

– Pourquoi ne pas rester ? Francine va te garder en CDI j’en suis sûr.

Alex réfléchit quelques secondes avant de répondre, pourquoi ne pas rester dans le magasin ?

– Désolé, mais ce job n’est pas pour moi… Mais cela m’empêche pas de continuer de venir comme avant, comme ça je passerai te voir, finit-il par répondre.

– OK…

Alex sentit la déception dans la voix de Marlène, il faillit lui dire quelque chose pour la réconforter, mais cela n’était pas nécessaire, Marlène l’embrassa tendrement.

Il se dit qu’il était un veinard d’avoir trouver quelqu’un comme elle. Il espéré que leur histoire dure longtemps, voire pourquoi pas, pour toujours…

Ils passèrent le reste du week-end ensembles, le meilleur week-end de la vie d’Alex !

Malheureusement deux jours est si vite passé, il fallait bien retourner au boulot…

Mais pour Alex, il lui rester environ un mois à passé au Geek Island.

La journée commença comme les autres jours, sauf que Alex arriva main dans la main avec Marlène, ils avaient le sourire aux lèvres.

Pour Alex c’était comme si tout était beau et joyeux, même les pires clients le rendait heureux.

Mais soudainement, en plein milieu de l’après-midi, toutes les lumières du magasin se mirent à clignoter…

– Mais qu’est-ce qui se passe ? demanda Marlène en stress.

– Aucune idée… On dirait un champs électromagnétique ! Répondit Alex qui se mit à paniquer d’un seul coup.

– C’est quoi ça ?

– Un effet électrique qui détraques les appareilles électroniques et électroniques…

– Mais qu’est-ce qui provoque ce genre d’effets ?

– Un électro-aimant par un exemple !

– Francine, tu as déjà vu ça ici ? Demanda Alex.

– Non… Répondit Francine, mais Alex remarqua qu’elle était mal à l’aise, comme si elle caché quelque chose.

– Si, souvenez-vous, une fois nos téléphones ne captés plus ! Rappela Marlène à Francine, celle-ci ne répondit rien.

– Un champs machin chose peut faire cela ? demanda Marlène en s’adressant à Alex.

– Oui, mais… répondit Alex, qui fut interrompu par les lumières qui se mirent à remarcher subitement.

Le reste de la journée se passa sans autre problème, Alex et Marlène repartirent ensemble.

– Francine nous cache quelque chose, j’en suis sûr ! Affirma Alex avec conviction.

– Mais pourquoi elle ferait ça ? demanda Marlène perplexe.

– Je ne sais pas… C’est vraiment bizarre… Mais il se passe quelque chose dans ce magasin…

– Et qu’est-ce qu’on va faire ?

– On doit y réfléchir… demain soir allons prendre un verre, histoire d’y penser à tête reposer.

– D’accord, mais on dirait une excuse pour prendre un verre ensemble, répondit Marlène d’un ton de malice dans la voix.

La nuit, Alex repensa à ce qui s’était passé, se demandant comment agir ?

Le demain soir arriva très vite, sans qu’aucun autre phénomène du même genre arriva comme la veille.

Alex et Marlène allaient dans le café au coin de la rue.

À peine entrer, ils sentirent une bonne odeur de café chaud, mais aussi une désagréable odeur d’alcool.

Après s’être assis à une table et après avoir commandé, Alex se mit à parler le premier :

– Ces phénomènes électromagnétiques ne sont pas naturelles, il y a aucun transfo ou des trucs avec des bobines dans le coin…

– Mais de quoi veux-tu parler ? Tu penses à quoi exactement ?

– Aucune idée… Répondit Alex perplexe, il se frotta le menton.

Après avoir bien bu leurs boissons, Alex reprit la parole, il sembla sérieux, ce qui étonna Marlène :

– Il est clair que Francine nous caches quelque chose, on doit enquêter nous même pour découvrir ce qui en retourne !

– Mais pourquoi ? S’étonna Marlène.

– Je ne veux pas qu’il t’arrive quelque chose !

– Qu’est-ce que tu racontes ? Que veux tu qu’il m’arrive avec ces phénomènes électriques bizarres ?

– Si ça en pire, ça peut devenir dangereux !

– Sérieux ?

– Oui !

– Mais si Francine cache quelque chose, faudra être discret… Comment va t-on faire ?

– Le midi elle est pas là, c’est là qu’on enquêteras…

– OK, qu’est-ce qui se passera si on découvre quelque chose de vraiment chaud ?

– Aucune idée… Répondit Alex avec de l’hésitation de la voix, il reprit d’un ton plus déterminer encore :

– Mais on ne peux pas rester sans rien faire, il faut agir !

EPISODE III

Le mystère du Geek Island

La veille qui précédée leur enquête avec Marlène au Geek Island, Alex resta une grande partie de la nuit éveiller à cogiter.

Il se demanda ce que pouvait caché ses phénomènes électromagnétiques…

Cela pouvait être tant de choses… Alex mit de côté une machine que Francine cacherait.

Il était peu probable que ça soit un transformateur dans le coin, car il n’y avait pas ce genre d’appareil à proximité du Geek Island.

Alex réfléchissait pendant encore des longues minutes, mais sans rien trouver…

Puis au bout d’un long moment de réflexion, Alex s’endormit enfin…

Le matin quand son téléphone sonna, le réveille fut rude, Alex eut du mal à sortir de son lit.

Il avançait avec difficulté pour se diriger vers la salle de bain, mais heureusement sa douche le réveilla.

Il avait besoin d’énergie, vu sa tâche qu’il l’attendait, son cerveau devait être fonctionnel.

Après s’être habillé, une fois son petit-déjeuné pris, Alex sortit de son appartement. Il était déterminer à trouver ce que cachait Francine.

La matinée se passe sans aucun souci, puis quand le midi arriva,

Alex et Marlène attendirent que Francine parte déjeuner pour commencer leur enquête.

Ils étaient dans la salle de pause. Assis l’un en face de l’autre, il y avait une odeur de nourriture froide qui flottait dans les airs.

Le problème que les deux amoureux rencontraient, c’est quoi chercher ? Ils n’avaient pas la moindre idée de ce qui pouvait être à l’origine de tout cela…

– Je suppose que n’a aucun matos pour détecter des phénomènes magnétiques ? demanda Marlène perplexe.

– Non, c’est plutôt le job d’un électricien, moi j’étais dans l’électronique à la base, ça n’a rien à voir… répondit Alex.

– Alors qu’est-ce qu’on va faire ?

Alex réfléchit quelques secondes, puis demanda :

– Les phénomènes ont lieu partout dans le magasin ?

– Oui, des fois les lumières ont déjà clignotaient ici… répondit Marlène qui semblait s’être soudainement souvenu de cette anecdote.

– On dirait que c’est alternant… ça veut dire que ce n’est pas naturel !

À quoi tu penses, pas à un fantôme j’espère ? Marlène était devenue subitement blanche comme neige.

– Me dit pas que tu crois aux fantômes ? s’étonna Alex d’un ton presque moqueur, qui ne se serait jamais douter de cela.

– Si ! Confirma Marlène qui n’apprécier pas le ton d’Alex, pour elle ce sujet semblait sérieux.

– Désoler chérie, je ne voulais pas te contrarier… Mais je ne crois pas que ça soit des fantômes… dit Alex sincèrement, il se mit à réfléchir quelques secondes, il reprit :

– Je ne sais pas ce que ça peut être, mais si cette chose doit apparaître et disparaître…

– Comment ça ? s’exclama Marlène qui semblait ne pas comprendre où voulait en venir Alex.

– Je sais que c’est étrange, mais si ces phénomènes sont alternant, c’est que quelque chose doit apparaître et disparaître quelque part dans le magasin.

– Mais comment est-ce possible ?

– Aucune idée… Mais cette chose doit apparaître dans un endroit où tu ne dois jamais aller…

– Mais à part l’arrière boutique, il y a pas d’autres pièces ! Marlène était très perplexe face aux suppositions d’Alex.

À ta connaissance, il doit avoir une pièce que Francine t’as cachées l’existence, vu qu’il est clair qu’elle cache se qui passe ici.

– Mais c’est petit ici, je l’aurai vu forcément ! répliqua Marlène qui commencer à s’énerver.

– Hummm… hésita Alex qui était perplexe.

Alex se mit à réfléchir pendant plusieurs secondes, qui paraissaient interminable… Puis soudainement, il leva le doigt signifiant qu’il venait d’avoir une idée, Marlène sursauta, il s’exclama avec triomphe :

– On est d’accord que ces phénomènes sont électromagnétiques, donc, les objets en métaux seront attirés par ça, comme pour un aimant ! Du coup… Alex se leva de table et alla à son casier se situant au fond de la pièce et pris son porte-feuille.

– Où veux tu en venir ? l’interrompit Marlène de plus en plus perplexe.

À ça ! répondit Alex en sortant une pièce d’un euro avec un grand sourire, comme s’il venait de résoudre le plus grand mystère de l’univers.

Il la posa au sol sur la tranche, mais il ne passa rien… Marlène était sans voix, l’air perdue et elle regarda Alex comme si celui était devenue fou.

– Et que devait-il se passé au juste ? Demanda-t-elle intriguée.

– Rien pour le moment, mais on va attendre que le phénomène se reproduise et logiquement cette pièce sera attirée et nous pourrons localisé ce qui est à l’origine des phénomènes, répondit Alex toujours aussi sûr de lui.

– Ah OK ! Pas mal comme idée ! se réjouis Marlène avec un éclat lumineux dans les yeux. Puis après plusieurs secondes, elle reprit :

– Sauf si aucun phénomène se produit… finit-elle par dire d’un ton plus prudent.

– Faut attendre… On verra bien.

Plusieurs minutes s’écoulaient où il ne se passa rien, au moment où Marlène voulait arrêter, subitement, les lumières de la pièce se mirent à clignoter…

La pièce fusa en roulant, vers l’arrière de la salle de pause, elle se figea contre une rangé de casiers.

– Mais c’est quoi ce bordel ? s’exclama Marlène très surprise par ce qu’elle voyait.

– Hmmm… Il doit avoir quelque chose derrière ! répondit Alex d’une voix excitée.

– Derrière ? Tu veux dire derrière les cassiers ? demanda Marlène totalement abasourdit.

– Non, plutôt derrière ce mur ! Il faut virer ces casiers !

Les deux amoureux, se mirent à déplacer la ranger de casiers, après une minutes ou deux d’efforts incroyable, surtout pour Alex qui n’était pas physique comme personne, ils parvenaient à bouger les casiers.

– Aaaah ! La vache ! dit Alex à bout de souffle en transpirant à grosses gouttes.

– Je… Préférerai transpirer sous la couette perso ! répondit Marlène dans une grosse respiration. Alex resta bouche-bée par cette réponse inattendue de Marlène.

C’est avec stupeur qu’ils découvrirent une porte sans poignet, Alex avait un sourire un petit peu trop victorieux au goût de Marlène.

– Et maintenant ? demanda-t-elle.

– Il faut un couteau pour ouvrir cette porte.

Marlène partir chercher son couteau dans l’évier se trouvant à la droite de la pièce, tandis que la pièce d’Alex était coller à la porte.

Marlène revint son couteau à la main, elle le tendit à Alex qui le saisit.

Il se dirigea devant la porte et enfonça le couteau dans le trou de la porte et le tourna à l’intérieur. Il eut un cliquetis, puis la porte s’ouvrit, la pièce d’Alex roula à l’intérieur de l’ouverture, sans que celui ne puisse rien faire…

Derrière la porte se cacha des escaliers fait de pierres, qui défendirent dans une pièce sombre…

– Qu’est-ce qu’on fait ? demanda Marlène qui commencé à paniquer.

– On y va ensemble ? suggéra Alex en lui tendant la main, elle la saisie et ensembles, ils descendirent les escaliers vers l’inconnue…

On pouvait entendre les bruits métallique de la pièce tomber en bas de la pièce inconnue.

Plus ils descendaient, en avançant prudemment à cause de l’obscurité, plus il descendaient, plus une étrange lumière bleu apparaissait…

– Mais c’est quoi ce bordel ?! s’exclama Marlène qui paniqua totalement.

– Aucune idée ! répondit Alex qui lui aussi paniqué, mais il tenta de ne pas le montrer à Marlène, il voulait ne pas la faire paniquer encore plus.

Après plusieurs minutes de descente, ils arrivaient enfin à destination, dans une petite pièce froide.

Les murs étaient en pierres sombres, les coins de la pièce étaient remplis de toiles daraignées.

Il y avait un ancien tableau électrique au fond à droite, le sol était poussiéreux.

Mais ce qu’ils virent leur devant eux, leurs glaçaient le sang, il y avait une étrange petite sphère bleu étincelante qui flottait dans les airs…

– Mais c’est quoi ça ?! s’exclama Marlène.

– Aucune idée, mais cette chose n’est pas normal ! Personne n’a jamais vu ça !! répondit Alex pris de panique, les yeux écarquillaient.

– Bienvenue dans mon cauchemar ! dit une voix familière, en l’entendant Alex et Marlène sursautaient, puis se retournaient en levant la tête et découvrirent Francine en haut des escaliers…

EPISODE IV

Le portail dimensionnel

Marlène, Alex et Francine se tenaient autour de la sphère, ils gardaient plusieurs mètres de distance avec elle…

– Dis-nous ce que c’est cette chose ? demanda Alex voulant le fin mot de cette histoire de fou.

– Mais j’en sais rien ! s’exclama Francine à bout de nerf, tout ce que je sais c’est que ce machin est apparu il y a plusieurs semaines et que c’est lui qui déclenche tous ces phénomènes électriques !!

Alex resta silencieux, réfléchissant à ce que pouvait être cette chose, mais aucune idée lui venue.

– Mais qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? demanda Marlène en panique.

– Je ne sais pas ! J’ai essayé de fermer la porte et de mettre les casiers devant pour essayer d’isoler ce truc, mais ça n’a pas marcher ! affirma Francine.

– Il est clair que les autorités ne pourrons rien faire contre ça ! s’exclama Alex.

– C’est sûr, mais ça nous dit pas quoi faire… répondit Marlène d’un ton désespéré.

– Déjà, il faut remonter à l’étage, on réfléchira à tête reposer, conseilla Francine.

– OK… Alex n’eut pas le temps de finir sa phrase, car la sphère se mit à réagir, elle grossissait de plusieurs centièmes, la pièce d’Alex que tout le monde avait oublier, fut attiré vers elle. Subitement, la pièce fut aspirer à l’intérieur de la sphère.

Tous restaient abasourdit par ce qui se passé devant leurs yeux. Alex s’approcha par curiosité, Marlène lui hurla de reculer, mais trop tard, un autre phénomène se produisit, un rayon d’énergie bleu sortit de la sphère et toucha Alex de plein fouet !

Le rayon toucha le torse d’Alex, il ne ressentit comme une petite décharge électrique, il fut projeté en arrière sur plusieurs mètres, atterrissant contre un mur en pierre.

La violence du choc terrorisa Marlène et Francine, mais après quelques secondes, Marlène se précipita vers le corps inanimé d’Alex…

Alex revit tous ces derniers mois en boucle, la rencontre avec Marlène, sa début de relation avec elle, tous ses moments heureux passés auprès d’elle, mais subitement, tout changea… Il eut cette fameuse sphère étrange… Qu’est-ce que cela pouvait-il bien être ? Alex en avait pas la moindre idée… Puis quelque chose s’était passé récemment mais quoi ? Il ne savait plus… Tout ce dont il se rappelé c’était qu’il se trouver devant, puis… Puis quoi ? Le trou noir…

Tous se bouscula dans sa tête, tout n’était plus que des images qui défilaient, cela lui paraissait confus, il n’y avait plus de sens dans tout cela.

Puis soudainement, Alex se réveilla, tout était flou autour de lui, il n’avait pas la moindre idée où il pouvait être… Tout ce qu’il savait c’était qu’il était dans un lit, allongé, il y avait quelque chose lui entoura la tête, quelque chose qui le serrer.

C’était à peine s’il parvenait à bouger, sa tête lui faisait terriblement souffrir… Cela le rendait fou, il souffrait sans savoir pourquoi ?

Soudainement, il entendit une voix qui ne connaissait pas, elle l’appela, il tourna la tête avec difficulté vers elle.

Alex n’aperçut qu’une silhouette s’approchait de lui, elle dit :

– Monsieur, monsieur, tout va bien, vous êtes à l’hôpital de Soissons.

Alex ne saisit pas tout de ce que disait la silhouette, il resta silencieux, tentant de reprendre contenance.

– Vous êtes rester deux jours inconscient et vous avez également un léger traumatisme crânien, mais vous allez bien, reprit la voix.

Quand il entendit « traumatisme crânien », Alex sentit son cœur faire un bond. Mais il respira un grand coup, quand il se rendit compte que ce n’était rien de trop grave.

Sa vision commençait à aller mieux, la silhouette devint plus net, il s’agissait d’un docteur. Facilement reconnaissable à cause de sa blouse, c’était un homme âgé d’une quarantaine d’années, il souriait à Alex, celui-ci était abasourdit par les propos du docteur… Comment pouvait-il être inconscient depuis deux jours ?

Soudainement, Alex se rappela, il revoyait le rayon d’énergie arrivait droit sur lui…

D’un seul coup, il eut un flash, il se mit à sourire subitement, le médecin le regarda étrangement.

– Vous me comprenez ? demanda-t-il.

– Oui, désolé j’étais ailleurs… répondit Alex d’un air gêné, et on m’a trouver où ?

– Au magasin le Geek Island, vous vous souvenez de quelque chose ?

Alex ne répondit pas tout de suite, il savait que Francine et Marlène l’avaient déplacer, ils ne voulait pas que le docteur en sache trop. Car il savait très bien qu’il serait pris pour un fou. Après plusieurs secondes de réflexion, il répondit :

– Heuu… Non… Désolé… Il savait que le médecin serait suspicieux par rapport à ce temps beaucoup trop long avant de répondre, mais peu importé.

– D’accord, vous devez savoir, qu’on vous avez reçu une puissante décharge électrique qui aurait dû vous tuer ! Mais par miracle, vous n’avez rien.

Cette fois Alex était choqué par cette révélation, ce que le docteur remarqua aussitôt.

Alex toucha son corps et sentit des bandages sur son ventre, comment pouvait-il être encore vivant ?

Il sentit comme si sa tête aller exploser à cause de toutes ces questions qui lui trotter dans la tête.

Alors qu’il était dans ses pensées, on frappa à la porte, Alex dit « entrez », puis la porte s’ouvrit, Marlène entra, il retrouva directement le sourire.

– Oh mon dieeeeeu ! Mon amour tu t’es réveillé !! hurla-t-elle les larmes aux yeux.

Marlène sauta dans les bras de Alex, celui-ci commençait à ne plus respirer à cause de la pression, elle l’embrassa, puis relâcha son étreinte.

– Mon cœur, comment tu vas ? demanda-t-elle.

– Bien, merci de ta visite ! répondit Alex avec émotion.

– Bon, je vais vous laisser en amoureux, dit le docteur en quittant la chambre.

Une fois celui-ci partit, Alex indiqua à Marlène de s’approchait de lui, ce qu’elle fit sans comprendre pourquoi. Alex chuchota à l’oreille de Marlène pour être bien sûr que personne n’entende, d’un air triomphant :

– Je sais ce que c’est cette sphère…

– Ah et c’est quoi ?

– Un portail dimensionnel !

La voix d’Alex s’était élever de plusieurs octaves.

– QUOI ?!!

L’exclamation de Marlène fit sursauté Alex et on pouvait entendre quelque chose tombé au sol dans le couloir…

– Chuuuut moins fort !

Marlène se calma aussitôt et leur conservation reprit son cours, ils continuaient de parler le moins fort possible.

– Comment tu le sais ? ça pourrait être autre chose ?

– Réfléchit à tout ce qui s’est passé, ma pièce a été aspirer, quelque chose est sorti de la sphère également, que veux-tu que ça soit d’autre ?

– Bah chais pas ! Mais là, ça ressemble à de la SF !

– Oui je sais ! Mais je suis presque sûr de moi ! Alex se tût quelques secondes avant de reprendre :

– Le danger c’est que d’autres choses peuvent en sortir…

– Tu veux dire… Mais Marlène ne pu terminer sa phrase, elle fut interrompu par quelqu’un qui frappa à la porte.

C’était Francine derrière la porte, elle avait les larmes aux yeux, elle s’approcha du lit d’Alex et dit d’un air désolé :

– Je suis vraiment désolé de ce qui t’arrive !

– Ce n’est rien… Répondit Alex gravement.

Plusieurs minutes se passaient où Alex expliqua ces suppositions concernant la sphère à Francine, qui resta médusée.

– Et si tu as raison, on peut faire quoi ? demanda-t-elle.

– Aucune idée… répondit Alex dépité.

– On verra ça plus tard, tu dois te reposer chérie ! affirma Marlène d’une voix inquiète.

– Ta copine a raison, je te donne tout le temps que tu as besoin pour t’en remettre, ajouta Francine.

Alex savait qu’elle disait cela à cause de son sentiment de culpabilité, mais cela lui réchauffa tout de même le cœur.

– OK… finit par répondre Alex.

– Je vais veillai sur toi mon cœur ! dit Marlène tendrement.

– Tu es sûr ? demanda Alex perplexe, du fait qu’ils étaient ensembles il n’ y a moins de trois mois.

– Quelqu’un doit t’aider en cas de soucis, je suis la mieux placer pour cela !

– D’accord ! concéda Alex.

Alex et Marlène rentrèrent ensemble chez lui, une fois arrivé à destination, Marlène accompagna Alex jusqu’à son lit.

Le soir venue, Marlène était revenue avec des affaires à elle pour plusieurs semaines, ce qui surprit Alex. Ne pensant pas qu’elle resterai jours et nuit avec lui… Mais ne voulant pas lui faire de peine, il ne lui disait rien…

Le lendemain matin Alex se réveilla avec un mal de tête incroyable, le docteur lui avait prescrit des comprimés pour la tête, qui alla prendre dans sa cuisine. Puis il se rendit dans la salle de bain et il s’arrêta devant son miroir, voulant savoir qu’elle tête il avait depuis son accident.

C’est sans surprise qu’il vit un visage blafard, des traits tirés, un bandage lui recouvrant tout le crâne.

En retirant son haut de pyjama, il remarqua un autre bandage recouvrant son torse. Il se demanda comment cela est-il possible qu’il soit encore en vie ?

Après une bonne douche, il retourna dans sa chambre, maintenant c’était devenue la sienne mais aussi celle à Marlène… Il s’habilla, pendant que Marlène se leva.

Puis le midi arrivant, les deux amoureux le passa ensembles. Marlène avait préparer des pâtes aux beurres, n’étant pas une très bonne cuisinière.

– Ça va mieux mon cœur ? demanda-t-elle, toujours aussi inquiète à son sujet.

– Mieux… Grâce à mon médicament… répondit Alex avec difficulté, tu comptes ne pas travailler aujourd’hui ?

– Oui, tant que tu ne seras pas guéri, je reste avec toi. Francine est d’accord, elle m’accorde quelques jours de RTT.

– OK…

Alex se douta que si Francine avait consentit à cela, ce n’est pas par hasard, elle devait culpabiliser.

Il eut un silence gênant, puis Marlène reprit la conversation et dit d’un ton grave :

– Tu sais quand je t’ai vu par-terre avec tout ce sang qui coulé, j’ai cru te perdre…

Alex resta silencieux après cette révélation, il ne s’était pas douté de ce que Marlène avait pu vivre au moment de l’accident…

Le reste du repas se passa dans un calme étrange, puis Alex tendit la main pour attraper une bouteille de coca, mais elle était un peu trop loin, il demanda :

– Chérie, tu peux me passé le co… Mais il fut interrompu par une chose incroyable, dépassant tout ce qu’il s’était passé jusqu’à présent, la bouteille de coca se déplaça d’elle-même jusqu’à lui…

EPISODE V

Les pouvoirs extraordinaires d’Alex

Les semaines qui suivirent Alex commençait à guérir, mais malgré tout, quelque chose le troubla et c’était peu dire…

Il avait reçu un pouvoir extraordinaire, un pouvoir comme ceux qu’il avait déjà mainte et mainte fois vus dans des comics, BD, série TV, etc.

La télékinésie !

Cela était forcément lié à la sphère, comment ? Alex en n’avait aucune idée…

Alex ne comprenait rien à tout cela, on aurait dit qu’il était plonger dans un rêve…

Quitte à avoir un pouvoir, même si on ne comprenait pas comment on l’avait eu, il fallait tenter de le maîtriser. C’était ce que Alex s’était essayer à faire.

Il avait d’abord tenter de faire venir à lui des petits objets, style la télécommande. Puis des plus gros, comme un gros livre, puis sa tour d’ordinateur.

Cela lui avait pris beaucoup de temps avant de déplacer les plus gros.

Alex était fière d’y arriver, s’entraîner lui permettait de bien s’occuper pendant sa convalescence. Il avait même reprit des couleurs, il se sentait en forme.

Alex était en train de s’entraîner le bras tendus, quand soudainement, Marlène arriva derrière lui, le toucha à l’épaule, celui-ci sursauta.

Son téléphone qui léviter de quelques centimètres au dessus du sol, tomba violemment.

– Merde ! Hurla-t-il.

Il se retourna vers Marlène, la main sur le cœur, celle-ci leva les main en signe qu’elle était désolé.

– Qu’est-ce qu’il y a chérie ? Demanda-t-il.

– Rien de spécial, je voulais juste te dire bonjour, répondit Marlène avec un grand sourire.

Elle s’approcha de lui et lui donna un petit bisous sur la bouche, Alex s’était habitué à sa présence toute la journée. Même la voire en pyjama ne le gêné plus.

– Au fait, tu as l’air de maîtriser ton pouvoir, c’est vraiment extraordinaire ! Affirma Marlène toujours avec un grand sourire.

– Oui, même si je ne comprends toujours pas comment j’ai pu obtenir ce pouvoir ? Répondit Alex perplexe.

– Un vrai mystère lié avec cette sphère étrange…

– Dis moi, tu as l’air guéri ? Reprit Marlène.

– Presque, ça me fait penser, maintenant que je vais mieux, tu n’es plus obliger de rester avec moi.

– Tu en a marre de moi ? Demanda Marlène, dont la voix trahissait l’inquiétude de ce que aller répondre Alex.

– Non c’est pas ça, mais tu as ton appart et ton job, répondit Alex calmement.

– C’est vrai, je vais voir avec Francine, si je reprend reprend le boulot, je pars de chez toi dans la foulée.

Alex sentit le soulagement dans les yeux de Marlène après ce qu’il avait répondu.

Il s’approcha d’elle la saisit par la taille et l’embrassa tendrement et lui chuchota à l’oreille :

– Tu vas quand même me manquer bébé !

Alex sentit sa copine frissonné dans ses bras, il la relâcha, puis il se dirigea vers la salle de bain.

– Tu ne veux pas que je vienne avec toi ? Demanda Marlène dans un souffle, visiblement encore toute chamboulée.

– On va éviter de tomber, ça serait dommage qu’on finisse tous les deux à l’hôpital ! Répondit Alex d’un ton malicieux.

Une fois à l’intérieur de la salle de bain, Alex se regarda dans le miroir et vit un reflet d’un visage qui avait reprit des couleurs.

Après plusieurs minutes de lavage, Alex sortit de la salle de bain, il se dirigea dans sa chambre et s’habilla.

Marlène à son tour fit de même, Alex de son côté se vautra dans son canapé.

Plusieurs minutes se passaient sans que rien de spécial n’arrive, Marlène revint vers son mec et se blottit contre lui.

Soudainement, le téléphone de Alex (qui été resté au sol) sonna, Alex se leva brutalement, ce qui fit tomber Marlène du canapé.

Alex prit son téléphone et décrocha, il reconnut la voix paniqué de Francine :

Désolé de te dérangé, mais je ne savais pas qui appeler !

– Qu’est-ce qui se passe ? Répondit Alex dont le stress avait grimpé d’un seul coup.

Viens vite au magasin !! Je ne peux pas t’en dire plus là !

Francine raccrocha, Alex revint vers Marlène avec une expression de panique, ce qu’elle remarqua aussitôt. Elle savait que c’était le signe qu’un malheur se prépara…

Une quarantaine de minutes plus tard, les deux amoureux se retrouvèrent devant le Geek Island.

Une chose les frappaient en arrivant, le magasin était fermé, mais le rideau de fer n’était pas baissé.

Marlène avait un double de clé donné par Francine, ils entrèrent, toutes les lumières du magasin clignotaient, mais aussi les bornes d’arcades se mirent toute seule en marche…

On se croirait à l’intérieur d’une maison hanté, Alex et Marlène se prirent la main, totalement paniqué par ce qu’ils voyaient.

Ne voyant Francine nulle part, ils déduisaient qu’elle se trouvé au sous sol…

Ils traversaient le magasin, arrivé à la salle de pause, la porte cachée était grande ouverte, ils avancèrent ensemble et descendirent les escaliers.

– Francine ! Francine ! Appela Alex, mais il n’y avait aucune réponse…

Alex et Marlène arrivaient enfin en bas et la chose qu’ils découvrirent leur glaça le sang…

La sphère s’était transformé, elle s’était aplatie formant un disque parfait. Qui tourné dans le sens des aiguilles d’une montre, à l’intérieur il y avait une spiral qui suivait le sens de rotation du disque d’énergie.

Il en sortait des arcs électriques, un spectacle terrifiant…

– Mais qu’est-ce qui se passe ici ? Demanda Alex en panique.

– J’en sais rien, ça a changer, maintenant, c’est devenu cette chose horrible, qui détraque tout dans mon magasin !! Répondit Francine terrifié.

Alex se tourna vers elle, qu’il n’avait même pas remarqué en arrivant, il remarqua la blancheur de sa peau, elle semblait avoir prit dix ans.

– Je crois que j’avais raison, c’est bien un portail dimensionnel ! Affirma-t-il.

– OK, mais ça ne change pas le problème ! Répondit Marlène d’une voix tremblante, alors que quelques gouttes de sueur défoulaient sur son front.

– Je sais, mais on ne peut rien y faire… Répondit Alex désemparé.

– Faut bien tenté quelque chose ! S’exclama Marlène.

– J’ai peur que quelque chose en sorte !

– Comme un alien ?

– Oui !

Alex se mit à réfléchir intensément, puis après plusieurs secondes, il se tourna vers Francine et demanda :

– Tu l’as vus faire d’autre truc ? Comme grandir ?

– Heeeeu…. Non !

– OK !

Alex était perdu, aucune idée lui vint, on ne pouvait pas arrêter cette chose, les autorités ne pouvaient rien faire, mais le truc, c’est qu’il ne voyait aucune autre solution.

Il se tourna de nouveau vers Francine et s’apprêta à lui dire quelque chose, mais fut interrompu par le portail…

Celui-ci se mit à grossir de plusieurs centimètres, les arcs électriques redoublés de puissance.

À présent le portail était suffisamment gros pour faire passé un objet, comme un ordinateur et sa tour qui va avec.

Et c’était bien le cas, quelque chose qui ressemblait à une jambe, franchissait le portail dimensionnel, sous les yeux terrifier de tout le monde. Puis une deuxième en sortit…

Puis enfin quelque chose qui ressemblait à une tête et un corps passa le portail, qui entra dans notre monde.

L’être se tenait devant Francine, Marlène et Alex, il était baissé, puis soudainement, il se relava doucement…

Cette chose était de taille humaine, il portait une étrange armure, d’un métal inconnu et d’un design futuriste, qui le recouvrait de la tête jusqu’au pied, elle était rouge.

Il les regardaient avec des yeux rouges étincelants, comme ceux d’un rebot, peut être en était-il un ?

Il portait également une arme, ressemblant à un fusil, mais d’une technologie bien plus avançait…

Alex était abasourdit, terrifié, cela ne pouvait être vrai, c’était un rêve, il n’y avait pas d’autres explications.

Pourtant, cet étrange être venu d’ailleurs, semblait bien vivant, aussi réel que lui ou ses amis…

Comment tout cela était-il possible ? Aucune idée, de toute façon, l’heure n’était pas à la réflexion, mais à l’action. Le seul problème, c’était que ses jambes refusaient de bouger…

Soudainement, la créature se mouva, tout le monde reculaient de plusieurs pas, puis l’être pointa son arme, prêt à faire feu !

EPISODE VI

L’être venu d’ailleurs

Personne ne pût rien faire quand la créature extraterrestre tira sans somation, la détonation résonna, brisant le mur du son.

Le projectile fusa, cela ressemblait à un laser rouge, à peine perfectible à cause de sa vitesse…

Il toucha Francine de plein fouet, entre les deux yeux, son corps fut projeter en arrière, tel une poupée désarticulée. Son corps retomba lourdement au sol.

Marlène et Alex étaient figés sur place devant ce spectacle d’horreur et se mirent à hurler comme des damnés.

Alex ne savait plus quoi faire et cela était normal, comment réagir face à une telle créature?

Puis la créature pointa son arme vers Marlène, c’est alors que sans réfléchir une seconde de plus, Alex fonça sur la créature, il se mit devant, mais elle leva son arme au dessus la tête d’Alex. elle le frappa en plein visage.

Celui-ci tomba au sol comme une pierre, le visage en sang, la créature pointa son fusil pour en finir…

Alex savait que sa derrière heure était venue, une vie bien courte…

Il sentit la terreur envahir son être. Par réflexe, Alex mit ses mains en opposition, la créature tira, mais étrangement son projectile une fois arrivé sur les mains d’Alex, fut stopper et revint vers elle.

Qui fut toucher dans le plastron de son armure, elle vacilla, laissa tomber son arme.

Sans hésiter une seconde, Alex se releva, se précipita et la récupéra, il la dirigea vers la créature, qui ne pût rien faire. Alex appuya sur la détente (ressemblant étrangement à une détente d’un fusil humain ), le projectile fusa sur l’extraterrestre et le toucha de nouveau au même endroit.

Il s’écroula totalement inerte. Alex n’en revenait pas de ce qu’il venait de faire, il avait réussit à abattre un extraterrestre !

Son corps fuma, il y avait des gros trous dans son plastron, Alex s’approcha du corps de l’alien et l’observa quelques secondes et vit qu’il était bien mort.

Puis il tituba vers Marlène, sa vision se troubla, il avait oublier qu’il tenait encore le fusil, qu’il laissa retomber lourdement au sol, Marlène était en larme au dessus du corps de Francine.

Alex en voyant ce qui resta de Francine, il eut des hauts le cœur, la pauvre avait sa cervelle qui recouvrait le sol, celle-ci était entourée du sang de Francine…

Marlène se tourna vers Alex et lui sauta au cou, celui-ci fut déséquilibré, puis retrouva son équilibre, il serra fort sa copine, puis quelques secondes plus tard, il relâcha son étreinte.

– On doit bouger d’ici ! Dit-il d’un ton paniqué encore sous le choc.

Ils remontèrent jusqu’au magasin, Alex se posa sur une chaise, il sentit des étourdissements à cause de sa perte abondante de sang.

– Qu’est-ce qu’on fait ? Demanda Marlène en panique.

Alex avait les idées embrouillés, il prit quelques secondes avant de répondre et il dit :

– On doit… Appeler la police, on ne peut pas laisser le corps de Francine comme cela !

– Tu as dit toi même que la police ne pourrait rien faire face à ces créatures !

– Oui, mais on n’a plus le choix! En plus, si cette chose a pu débarqué, d’autres viendrons !

– Tu… N’as pas tord… Mais, cela ne change pas le problème, qu’est-ce qu’on va faire si on se fait envahir ?

– Les Terriens doivent défendre leur planète ! Répondit Alex, dont la voix était devenue plus assurée.

– Oui, mais comment ? Car vu leurs technologies, on est pas dans la merde !

– J’en sais rien ! C’est à notre gouvernement d’agir ! C’est pas à nous deux qu’on pourras sauver la Terre ! s’emporta Alex.

Il eut un blanc pesant qui dura quelques secondes, puis Marlène se leva et alla chercher une trousse de secours.

Elle soigna Alex comme elle pouvait, puis elle dit d’un ton affolé :

– Mon dieu, tu saignes beaucoup ! Dire que tu viens à peine de sortir de l’hôpital !

– Je sais… Répondit Alex d’un ton las.

– Au fait, merci de m’avoir sauver ! dit Marlène d’un ton reconnaissant.

– Je le referai si nécessaire…

Marlène serra la main d’Alex, le regardant avec tendresse, puis ajouta :

– Il faut aussi appeler les urgences, je crois que ta blessure est un peu plus grave que ça en à l’air.

– OK… D’abord Francine !

Marlène sortit du magasin pour pouvoir appeler la police, ainsi que les urgences.

Pendant que Alex resta à l’intérieur, il repensa à tout ce qu’il s’était passé, une chose lui apparut comme étant une évidence, c’était que à partir de ce moment là, que les événement allaient s’accélérer…

Et que bientôt le monde, tel qu’il le connaissait, allait peut être se terminer.

EPISODE VII

Le commissaire LaDur

Une étrange affaire venait d’être attribué au commissaire LaDur.

L’homme avait été appelé dans l’après-midi, un mercredi par une jeune femme, qui était de toute évidence en panique.

Mais ce n’était pas cela la chose étrange dans cette affaire, c’était que sa patronne venait de se faire assassiner, mais la jeune femme n’avait pas voulu en dire plus au téléphone.

Tout cela était bien louche et en plus de vingt ans dans la police, c’était la première fois que le commissaire L aDur était autant stupéfait. D’autant que à Soissons des affaires de meurtres étaient très rares…

LaDur savait bien que la jeune femme était innocente, il sentait une vraie détresse dans sa voix, mais qu’elle refuse d’en dire plus était vraiment étrange…

Le commissaire partit en direction de la scène de crime, il était accompagné d’une équipe.

C’était en début de soirée que LaDur arriva sur les lieux, et à peine sortit de sa voiture, quelque chose le frappa immédiatement, toutes les lumières étaient en train de clignotaient, certaines même, explosaient…

Marlène arriva à l’intérieur du magasin accompagné d’un policier, Alex se retourna vers eux et fut surprit par l’apparence de celui-ci, on aurait dit le cliché du flic.

Il était gros, l’air sévère, de taille moyenne, brun avec quelques cheveux gris, pour ceux qu’il lui resté sur le crâne, ses yeux étaient marrons, il avait un long nez. Et surtout une grosse moustache hirsute.

– C’est quoi ce bordel ?! S’exclama le commissaire LaDur en stress, mais qui resté grave.

– Je vais vous montrer ! Répondit Marlène stressé.

– Où est le corps ? Je veux que vous m’expliquiez tout !

Marlène et LaDur partirent en direction du sous-sol, pendant que Alex resta dans la salle de pause.

Il se demandait quelle serait la suite des événements, comment empêcher une possible invasion extraterrestre ? Le gouvernement n’avait aucun moyen d’agir…

Alex repensa au cadavre de Francine, une larme coula sur sa joue, c’est à alors qu’il sentit la rage monté en lui, ainsi qu’une immense haine envers ses maudits aliens.

Subitement, de la vaisselle se trouvant à l’intérieur du lavabo, se mit à se soulever dans les airs, puis retomba soudainement dans un fracas.

Alex avait qu’une seule chose à l’esprit, venger Francine !

Après une minute où Alex était plonger dans ses réflexions, Marlène et LaDur revenaient du sous-sol. Alex sursauta.

LaDur sembla plus de choqué par ce qu’il avait vu, Alex remarqua son visage blanc comme neige.

– Mon dieu ! Mais c’est quoi ce bordel ? S’exclama-t-il.

– Vous voulez parler de l’alien ? Demanda Alex d’un ton fatigué par le sang qu’il avait perdu.

– Oui… Répondit-il.

– Il vient du portail que vous avez vu !

– OK, mais il faut agir…

– Oui, c’est à vous de faire votre boulot ! S’emporta Alex.

– Je ne suis qu’un simple flic, je ne suis pas compétant pour ce genre de situation…

– Mais qu’est-ce qu’on va faire alors ? Demanda Marlène à bout de nerf.

Il eut quelques secondes de silence, où LaDur semblait être en intense réflexion, puis il reprit :

– On va commencer par emmener le corps de votre patronne, puis il faudra caché l’alien au badauds.

– D’accord… Mais comment vous allez faire ? Demanda Alex perplexe.

– Je m’en charge, ne vous inquiétez pas… Éluda LaDur, mais vous deux vous allez devoirs venir avec moi pour être interrogé.

– Mais pourquoi ? Vous savez bien qu’on n’a pas tuer Francine. Répliqua Marlène dont le ton s’était élever.

– Faut bien que je fasse mon job, en plus, je dois faire comme si s’était une vraie enquête. On ne doit pas suspecter quelque chose,

le publique ne doit pas être mis au courant, je veux éviter toute panique le plus longtemps possible.

Il eut quelques secondes de silence, pendant que LaDur réfléchit, puis il reprit :

– Les détailles de l’affaire doivent rester confidentiel, la moindre fuite et les médias vont s’en donner à cœur joie !

LaDur semblait se dirigeait vers la sortie, puis revint sur ses pas, se tourna de nouveau vers Marlène et Alex pour dire :

– Également, je dois vous interrogez sur tout ce que vous savez afin de pouvoir en référé à qui de droit…

Alex était de plus en plus faible, mais il lui resté un peu de clairvoyance, il se demanda de qui voulait parlait LaDur par « de qui de droit ».

– Oh mon dieu ! Chéri, on t’as complètement oublier, il faut que ailles à l’hôpital en urgence ! S’exclama Marlène en panique.

– Je crois que tu as raison… Mais et toi, tu compte y aller toute seule ? Répondit Alex d’une voix faible.

– Oui, t’inquiète pas pour moi.

– Une fois que vous serrais soignés, rejoignez-nous au commissariat, dit LaDur.

Alex était en train de se faire recoudre par un médecin, quand soudainement, il reçut un message, il regarda son téléphone et vit qu’il s’agissait de Marlène :

BB, j’espère que tu vas bien ? LaDur insiste pour que tu nous rejoignes au plus vite au commissariat, désolé…

Il lu avec attention le message, il leva les yeux vers le médecin et dit :

Désolé, mais je dois y aller, pouvez-vous vous dépêcher ?

– J’ai presque fini et vous pourrais y aller, mais faites attention, votre blessure prendra plusieurs semaines à cicatriser, répondit le médecin qui semblait savoir ce que avait Alex en tête.

Celui-ci ne répondit rien, il se contenta de sourire, une fois que le docteur avait fini, Alex se leva de la table de patient, et se dirigea vers la sortie de l’hôpital.

Il était vingt et une heure quand Alex arriva au commissariat, on l’emmena au bureau de LaDur.

Quand la porte s’ouvrit, la première chose qu’il vit était Marlène assise, faisant face à LaDur.

– Bien, vous voilà enfin M Duval… Dit LaDur d’un ton presque brutal.

Alex ne savant pas quoi répondre, se contenta de prendre place à côté de Marlène. À peine assit, il sentit une étrange tension…

– Que vous voulez-vous savoir de plus ? Demanda Alex.

– Tout ce que vous savez ! Répondit LaDur.

– L’ennuie, c’est que je sais rien de plus…

– Votre petite amie m’a déjà raconté tout ce qu’elle savait, mais si vous pouvez m’en dire plus sur la chose qui a tuer madame Larose, cela m’aiderai beaucoup.

– Mais je n’en sais pas plus sur cette chose…

Alex réfléchit quelques secondes, puis reprit :

– Tout ce que je peux vous dire, c’est que je pense que la créature qui a tué Francine doit être un éclaireur, il est possible qu’une armée d’alien viennent nous attaquer.

À ces mots, Marlène se tourna vers Alex, l’air terrifié…

– Je vois… si vous avez raison, il nous falloir agir au plus vite… Mais LaDur ne pût terminer sa phrase, il fut interrompu par son téléphone portable qui se mit à sonner.

Il décrocha, Alex et Marlène se regardaient perplexe, tout ce qu’il capté de sa conversation était des « oui », « quoi », « je vois », comme des mauvaises répliques de mauvais films.

Puis LaDur raccrocha le téléphone, puis s’adressa de nouveau à eux :

– L’ autopsie de la créature a commencé, vous voulais voir ce que le médecin légiste à trouver ?

Alex regarda LaDur comme s’il venait d’une autre planète, puis après plusieurs secondes de silence, il répondit :

– Mais je croyais qu’il fallait garder cette affaire secrète ?

– Oui, c’est pour ça que j’ai demandé au médecin, qui est un ami, de m’appeler uniquement sur mon portable perso. Les appels d’ici laissent des traces.

– OK, je veux bien voir ce que votre ami à trouver…

– Moi aussi ! Répondit Marlène qui semblait avoir l’impression d’être mise de côté.

Bien, suivez-moi !

Après plusieurs minutes de marche dans des longs couloirs et un ascenseur, ils arrivaient à la morgue.

Au milieu de la pièce à l’éclairage de néons blancs, se trouvait un homme en blouse, se tenant au dessus d’une table de dissection.

Dessus se trouvait quelque chose qui avait été recouvert par un drap blanc.

Alex savait qu’il s’agissait de la créature, il s’approchait avec inquiétude, suivit des autres.

– J’ai fait ce que tu m’a dit Franck, mais cette chose est vraiment incroyable… dit le médecin avec stupeur.

– D’accord, que as-tu découverts ? demanda LaDur.

Le médecin enleva le drap, en dessous, comme prévu, il y avait bien la créature…

Mais son casque était retirer, son visage était bien celui d’un alien, comme on pouvait le voir de la SF.

Gris, chauve, des oreilles pointues et petites, il avait les yeux fermés. Le reste de son corps était toujours recouvert par son armure,

Il eut plusieurs secondes de silence, puis Marlène prit la parole la première, brisant la glace :

– Il est vraiment dégelasse !

Il eut un autre silence, puis LaDur reprit la parole avec de la gène dans la voix :

– Bref, qu’est-ce que tu peux me dire de plus sur cette créature Robert ?

– Déjà son amure est clairement faite d’un métal inconnu de la Terre. Ensuite, il est clair que cette chose a été tué par son propre arme… Le médecin s’approcha du corps de la créature et montra les trous qu’avait fait les tirs du fusil.

– Aucune arme actuelle aurait pu transpercé le métal de cette armure. J’ai bien regardé la technologie son arme, j’ai rien vue de comparable… reprit le docteur.

– Je vois… répondit LaDur perplexe.

Alex resta silencieux, l’air très gêné, car il y avait une chose qu’il n’avait pas dite à LaDur… Et il n’y avait pas pensé que le médecin légiste remarquerait très sûrement que l’un des tirs avait été renvoyer contre la créature. Il serait difficile de l’expliqué…

Mais le truc, c’était que Alex ne pouvait pas parlé de son pouvoir à LaDur, car celui-ci ne le croirait pas.

– On dirait que l’angle de cette impact, fit le médecin en pointant l’un des trous, correspond à un renvois de son projectile, que je ne m’explique pas…

Alex sentit son cœur s’arrêter dans sa poitrine.

– C’est vraiment bizarre… répondit LaDur en se tournant vers Marlène et Alex, qui devenaient rouge comme des tomates.

– Il y a une dernière chose… reprit Robert, je n’ai pas réussit à retirer l’armure de cette chose, mais bizarrement le casque, j’ai très facilement réussit…

À ces mots, Alex eut des vertiges, Marlène le rattrapa, elle regarda LaDur l’air de dire : « c’est bon pour l’instant ». Celui-ci regarda sa montre et dit:

– Bon, vous deux, rentrez-chez vous, je vous appels si j’ai besoin de vous.

Quelques heures plus tard, une fois qu’il était rentrer chez lui, LaDur alla se vautra dans son canapé. Il était complètement épuiser. Cette journée a été un véritable enfer, rien de ce qui s’était passé n’avait de sens pour lui, le simple flic… D’une petite ville, comme Soissons qui plus est.

LaDur repensa à tout ce qu’il s’était passé, jamais de sa vie il aurait imaginé vivre un truc pareille.

Il fallait qu’il parvienne à n’y plus y penser et qu’il aille se reposer.

LaDur alla se coucher, c’était à peine s’il trouver la force de retirer ses vêtements, Et il s’effondra dans son lit.

Il ne pouvait pas effacer de son esprit le visage de l’alien, comment une telle chose pouvait-elle exister ?

LaDur tenta de l’effacer de son esprit, il fallait qu’il pense à autre chose, il ferma les yeux, tentant de faire le vide dans son esprit.

Et après quelques minutes, il y parvint, cette fois ses pensés se concentraient vers ce jeune homme… Ce qui n’était guère mieux, cet Alexandre Duval, n’était pas quelqu’un d’ordinaire. Il caché des secrets, le flic en lui le savait.

Sa copine et lui avaient été rester évasif sur comment ils avaient réussit à tuer l’extraterrestre.

LaDur savait qu’ils caché une chose très importante, il fallait qu’il découvre quoi !

C’était pour cela qu’il les avaient fait assister à l’autopsie de l’alien. Il voulait voir le réactions face aux contestations du légiste.

Et il avait vu juste, les deux amoureux étaient devenus si rouges face aux explications de Robert quant aux impacts mystérieux sur le plastron de l’alien, qu’ils auraient pût sévir de balise.

LaDur se retourna, il sentit le sommeil l’envahir.

Il y avait une autre raison à cela, il savait que la coopération de ces amoureux l’aiderai dans son enquête, donc, pour cela, il fallait leur donner des éléments de l’avancement de l’enquête.

LaDur s’endormit quelques secondes après avoir pensé à l’expression de culpabilité sur le visage d’Alex et de Marlène.

Il était vingt-trois heures, quand les deux amoureux étaient enfin rentré chez eux…

Ils s’étaient directement couché, tous les deux épuisés.

Une fois sous la couette bien chaude, Alex se tourna vers sa copine et dit :

– Merci d’être intervenue, j’ai cru que LaDur allait me tuer rien que avec son regard…

– Mais chéri, tu es trop fatigué, on aurait pas pût rester plus longtemps, répondit Marlène avec douceur.

– Oui c’est clair, mais je voulais éviter qu’il commence à nous poser des questions sur comment j’ai tuer la créature…

– Bon, chéri, si on dormait ? J’en peux plus, vraiment…

Alex fit oui de la tête et à peine qu’il ferma les yeux, il tombait immédiatement dans les bras de Morphée…

Ses rêves étaient tournés tous autour de la même chose, le portail, Alex le voyait très clairement.

Et son rêve pris une note plus grave, quand il vit une armée de créature traverser le portail, attaquant la ville. Détruisant tout sur leur passage et un projectile laser, venant de nulle-part fusait sur Marlène, sans qu’il puisse rien faire…

Alex se réveilla en hurlant, il avait les yeux écarquillaient par la terreur, il tremblait de tout son corps.

La sueur lui coulait de partout, il sentit son cœur cognait dans sa poitrine.

Marlène, elle aussi se réveilla en sursaut, réveillé par les hurlements d’Alex.

– QU’EST-CE QUI SE PASSE ?!!! Hurla-t-elle de terreur.

Alex reprit son souffle, se tourna vers Marlène, et répondit d’une voix tremblante :

– J’ai… ffffait un terrible cauchemar !

– OK, raconte-moi.

– J’ai rêvé que la terre se faisait envahir par les extraterrestres ! Alex eut une hésitation dans sa voix.

– On dirait que tu me dis pas tout, raconte le reste… Dit Marlène d’un ton pressant.

Alex était bouche-bée par la clairvoyance de sa copine, il répondit :

– Tu te faisais tuer !

Marlène ouvra la bouche pour répondre quelque chose, mais aucun mot ne sortie, elle regarda avec douceur Alex et lui dit finalement :

– C’est qu’un rêve, tu ne dois pas stresser par rapport à tout ce qui s’est passé…

Alex se doutait que Marlène essayer de le rassurer, mais elle ne croyait pas vraiment à ce qu’elle disait, comme si elle pressentait que son rêve allait se réaliser…

Après un blanc de quelques secondes, Alex reprit la parole et dit :

– Demain, il faut que j’aille au Geek Island, je dois vérifier

quelque chose…

– Si tu veux, mais je crois qu’il y aura la police par tout, vu qu’il y a eu crime, répondit Marlène.

Alex se tut et réfléchit quelques secondes pour trouver une solution à ce problème et demanda :

-Tu as le num de LaDur ?

– Oui, il me l’a donné en cas de besoin, c’est son num perso.

– Ça tombe bien, nous allons avoir besoin de lui pour passer les flics.

– D’accord, je l’appellerait demain matin, maintenant, si on dormait un peu ?

– Oui…

Le soleil traversa le store de la chambre d’Alex et Marlène, les réveillant tous les deux.

Après s’être lever, Alex se dirigea dans la salle de bain, pendant que Marlène appela LaDur.

Une heure plus tard, Marlène et Alex passaient par dessus les bandes de la police, sans que personne ne réagissent.

Ils entrèrent dans le magasin et se redirent au sous-sol et la première chose qu’ils virent étaient le portail qui avait doublé de taille…

C’était ce que redoutait Alex, il sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine.

– Qu’est-ce qu’on fait ? Demanda Marlène.

– Aucune idée… Répondit Alex d’un voix éteinte.

Il eut plusieurs secondes de silence, pendant les quelles Alex réfléchit à quoi faire, puis il leva la tête et dit d’un ton presque triomphant :

– Je vais jeter un coup d’œil !

– Tu veux plonger dans le portail ? Demanda Marlène dans le ton de la plaisanterie.

– Oui !

– Tu déconnes, j’espère, c’est trop dangereux !

– C’est risqué, je sais, mais on n’a pas d’autre choix, si on veut voir ce qu’il en est !

– Mais si il y a pas d’oxygène de l’autre côté ?

– Je vais retenir ma respiration, je passe la tête quelques secondes, le temps de voir ce qui se passe de l’autre côté.

– T’es fou ! C’est trop dangereux ! S’exclama Marlène prise de panique.

– Je sais que c’est dangereux, mais on n’a pas le choix, tu n’as qu’a me retenir si tu veux !

Il eut quelques secondes de silence, puis Marlène céda finalement, mais juste avant de se lancer, elle dit :

– Tu regardes deux secondes et tu reviens !

Alex fit oui de la tête, il prit une grande inspiration et se dirigea vers le portail.

Puis se pencha vers lui, pendant que Marlène lui attrapa le tee-shirt, Alex retint son souffle et passa la tête au travers du portail…

Il sentit comme s’il plongé dans l’eau, mais sans être mouillé, il avait comme une sensation glacé qui pénétra son visage.

Une seconde à peine après avoir passé la tête, le temps d’apercevoir des mélanges de couleurs, et des étoiles qui défoliaient à une vitesse vertigineuses, il se trouva de l’autre côté du portail. Alex avait la nausée, mais la sensation disparut presque aussi tôt.

À peine qu’il avait franchit le portail, Alex sentit une énorme baisse de la température.

La première chose qu’il vit était un monde sombre, il y avait très peu de lumière. Seulement quelques rayons de soleil qui traverser de épais nuages noires… Ce monde n’était que désert de roche et de sable.

Au loin, Alex vit des éclairs éclataient, ils étaient violets, en contre bas, il vit la chose qu’il redouté le plus, quelque chose qui approchait, cela ressemblait à une armée…

Il était totalement en panique à cause de tout ce qu’il avait vu de ce monde effroyable !

À des kilomètres plus bas, se trouvait trois cylindres identiques et quelque chose frappa Alex, un rayon d’énergie sortait de chacun d’entre eux, les trois rayons se touchaient et étaient dirigeaient vers lui et se concentrant au même endroit.

Il était clair que ses rayons formé le portail, la preuve était qu’en baissant la tête, Alex pouvait voir ces rayons être connecter directement au portail.

Alex repassa de l’autre côté du portail, et pût enfin respirer à nouveau, il souffla un grand coup et sentit l’air remplir ses poumons.

Il lui fallait plusieurs secondes pour assimiler tout ce qu’il avait vu dans l’autre monde, puis il se tourna vers Marlène et lui raconta tout…

L’expression de son visage transpiré la peur et le choc, puis après plusieurs secondes de silence, Alex reprit la parole et dit d’un ton déterminer :

– Je pense que les cylindres que j’ai vu sont des générateurs de portail, je pense que si on les détruits, le portail disparaîtra et qu’on empêchera l’invasion !

– Ça fait beaucoup de suppositions… Répondit Marlène dubitative.

– Oui je sais, mais quand on voit ces rayons se concentrer au même endroit, juste là où il y a le portail, ça parait évident que ces cylindres sont des générateurs de portail.

– Et du coup tu penses qu’il faut détruire ces générateurs ? Demanda Marlène.

– Oui, mais pour cela il nous faudra l’aide de LaDur !

– Pourquoi LaDur ?

Alex réfléchit avant de répondre, il avait une idée derrière la tête, mais il ne voulait pas inquiéter Marlène, puis il dit :

– C’est un peu long à t’expliquer, tout ce que je te demande c’est de l’appeler.

Marlène regarda Alex d’un air suspicieux, mais céda tout de même à sa roquette et se saisit de son téléphone et se dirigea en haut du magasin pour appeler LaDur…

Il était onze-heure du matin quand Marlène et Alex arrivaient au commissariat, à peine qu’ils franchissaient la porte et furent accueillit par LaDur.

Ils allaient tout de suite à son bureau, Alex raconta tout ce qu’il avait vu dans l’autre dimension.

Il était totalement choqué par ces propos, lui paraissant complètement fou.

Puis il y eut quelques secondes de silence, puis Alex reprit la parole d’un ton grave :

– Si on détruit les générateurs de portail, il va peut-être disparaître et on empêchera l’invasion !

LaDur ne répondit pas tout de suite, il semblait de tenter d’assimiler toutes les informations qu’il venait d’entendre, puis il demanda enfin :

– Bien, mais comment vous compter faire ça ?

– Je pense qu’il y a qu’une seule solution, il faut pénétrer dans ce monde et détruire ces générateurs, répondit Alex d’un air déterminé.

– Mais comment vous-voulez faire ? Demanda Ladur.

– Je pense qu’il n’y que moi pour le faire…

– QUOI T’ES PAS FOU !! S’exclama Marlène en panique.

– Votre petit-amie a raison, vous vous feriez tuer ! Ajouta LaDur d’un ton plus calme.

– Peut-être, mais je suis le seul qui a une défense contre eux… Répondit Alex toujours aussi déterminé.

LaDur regarda Alex comme s’il était fou, celui-ci ne réagissait pas, se tourna vers Marlène, qui sut à l’instant ce qu’il avait en tête, son désaccord se lisait dans l’expression de son visage.

Mais cela n’arrêta pas Alex, il savait qu’il devait le faire pour convaincre LaDur, quitte à ce que celui-ci devienne fou en voyant ce qu’il fait…

Alex ferma les yeux se concentra, mais rien se passa… LaDur regarda de travers Alex, puis soudainement, son pistolet sortit de son étuis et flotta au dessus de lui !

Il recula avec son fauteuil sur plusieurs mètres, il avait les yeux écarquillaient, le visage pâle, de la sueur lui coulait au front.

– C’EST QU… QUOI CE BORDEL !! Hurla-t-il.

– Je vous le disait… J’ai un pouvoir qui peut me protéger ! Répondit Alex toujours sérieux.

Tant dit que le pistolet de LaDur se reposa sur son bureau en douceur.

– Je vois… C’est complètement fou…Reprit LaDur.

– Je sais, mais c’est comme ça que j’ai renvoyé le laser du fusil de la créature, expliqua Alex, il se tût un petit moment, puis il reprit ;

– J’ai ce pouvoir à cause d’un accident avec le portail, j’ai été blesser et deux jours plus tard, je me suis réveillé avec ce pouvoir, je me l’explique pas…

LaDur resta silencieux, il semblait comprendre tout ce que impliqua les révélations d’Alex. Puis après plusieurs secondes de silence, le temps qu’il assimile ces révélations, il reprit la parole et demanda :

– Mais quel est votre plan du coup ? Si vous y allez comme cela, même avec vos pouvoirs, vous allez mourir…

– L’armure ! Il me faut l’armure.

– QUOI ? S’exclama Marlène toujours en panique.

– Je comprends, vous voulez mettre l’amure et vous infiltrer dans l’autre monde, vous faire passé pour l’une de ces créatures… Affirma LaDur qui commençait à comprendre.

– Oui c’est ça… Confirma Alex.

– C’est ça ton plan ? C’est de la folie !!! S’exclama Marlène.

– Je sais bébé, mais il y a rien d’autre à tenter… Répondit Alex sans conviction.

– Mais, si vous échouez, il va nous falloir un plan de rechange, ont devras se préparer à l’invasion… Affirma LaDur.

– Je vous fais confiance pour cela ! Répondit Alex avec insincérité.

– Très bien ! Je vous laisses l’armure, suivez-moi !

Alex sentit la réticence de LaDur à son plan, mais cela n’était pas le plus important pour lui, le plus important était d’essayer d’empêcher l’invasion qui se préparer…

LaDur, Alex et Marlène se dirigeaient dans le couloir du commissariat pour aller jusqu’à la morgue, quand soudainement, Marlène attrapa le bras de Alex, le stoppant.

– Attends ! Tu es sûr de ce que tu fais ? Demanda-t-elle sur les nerfs.

Alex se retourna vers elle et vit son inquiétude dans son regard, il voulait la réconforter, mais il savait que quoi qu’il dise, cela ne changerait rien. Alors après quelques secondes de réflexions, il répondit :

– Je sais que c’est risqué, mais il n’a pas d’autre solution, j’ai une chance de tout arrêter, si jamais je parviens à m’approcher des générateurs.

– Mais si jamais tu y arrivais, le portail disparaîtrai ?

– Oui, je l’espère…

– Comment ferait-tu pour revenir ici ?

Alex se tut, il était surprit par cette question, il n’y avait pas réfléchit à cela… Effectivement, s’il arrivait à détruire les générateurs, il serait bloqué dans l’autre monde…

Et il ne savait pas quoi répondre à Marlène, il l’a regarda droit dans les yeux, pris une profonde respiration et répondit :

– Je dois prendre ce risque, c’est le monde qui est en jeu…

Marlène allait objecter quelque chose, quand soudainement, LaDur leur fit signe qu’il avait marre d’attendre et de reprendre la route…

Quelques minutes plus tard, Marlène, LaDur et Alex étaient arrivés à la morgue.

Elle était vide, il y avait juste au centre, une table de dissection, LaDur s’avança, suivit de Marlène et d’ Alex.

Alex en s’approchant pouvait voir parfaitement un corps caché par un drap et pouvait deviner qu’il s’agissait de la créature.

– Alors comment comptez-vous faire ? demanda LaDur septique.

– J’en sais rien… répondit Alex hésitant.

Marlène semblait retrouver le sourire, si Alex ne savait pas comment enlever l’armure, il ne pourrait pas partir…

Alex s’approcha de la créature, il la regarda de haut en bas, tentant de comprendre le fonctionnement de l’armure. Mais il ne comprit rien…

Il fit même le tour de la créature, mais sans toujours rien comprendre, puis se plaça au milieu de l’alien, observant attentivement les détail de l’armure…

L’armure était réellement d’une technologie avancé, bien supérieur à celle de la Terre.

Alex voyait des milliers de petits mécanismes recouvrant l’intégralité de l’armure.

Sans réfléchir plus longtemps, il appuya sur le centre du plastron, c’était un geste totalement instinctif.

Pendant plusieurs secondes rien ne se passa, puis subitement, Alex eu des flash et des sons qui passaient à toutes vitesse dans sa tête, comme des vidéos qui défilaient à vitesse accélérée.

Il ne comprit rien à ce qu’il voyait ou entendait, tout aller trop vite pour lui, il reconnut seulement vaguement les visages de Marlène, de Francine et de… Lui même !

Cela ressemblait aux derniers instants de l’alien, puis le film se rembobina. On aurait dit que l’armure avait enregistré tous les moments de vie de la créature depuis qu’elle l’avait mise et ensuite l’avait transmit directement au cerveau d’Alex…

Cela était complètement fou, mais c’était à l’évidence ce qui s’était passé…

Alex eu des vertiges sous les yeux inquiet de LaDur et de Marlène, puis se reprit presque immédiatement, soudainement, des bruits de mécanismes se firent entendre.

L’armure se déverrouilla et le plastron se souleva, laissant apparaître le corps de l’extraterrestre. On pouvait distingué des énormes trous correspondant aux impacts des lasers.

Le reste de l’armure se déverrouilla également, chaque pièces se détachaient l’une de l’autre. Il ne resté plus qu’a enlever l’armure de la créature.

– Co…Comment vous avez fait ? demanda LaDur sous le choc.

– Aucune idée, j’ai fait par instinct, répondit Alex tout simplement.

– Bon, il nous reste plus qu’a tout emballer, mais il va falloir être prudent, il faut éviter tout soupçon, répondit LaDur toujours autant surpris.

Une heure passa, LaDur, Marlène et Alex étaient arrivés au Geek Island.

Ils descendirent directement au sous-sol, LaDur portait deux sac de sport, il était suivit d’Alex et de Marlène.

Une fois en bas, il posa ses deux sac, Alex s’approcha de lui, très nerveux…

– Il vous reste plus qu’à mettre cette armure ! Dit LaDur en ouvrant les sacs, à l’intérieur, il y avait l’amure et le fusil.

Après plusieurs quelques secondes, Alex enfila le haut de l’armure avec l’aide de LaDur, le mécanismes se mit en route, comme l’armure de Iron Man et les différentes parties s’emboîtaient les unes avec les autres automatiquement. Elle s’ajusta même à sa taille.

Puis le même processus se répéta pour le bas de l’armure.

– J’ai vraiment l’impression d’être dans un jeu vidéo ! affirma Alex avec un sourire qu’il ne pouvait réprimer, ce qui eu pour effet de lui baisser le stress.

– Je ne crois pas que la situation ça propice au rire, réprimanda LaDur d’un ton sévère.

– Je sais… répondit Alex en levant les yeux au ciel.

Puis après quelques secondes de silence gênant, Alex se tourna vers Marlène, faisant des bruits de robot et lui demanda :

– Chérie, tu peux me donner le casque ?

Celle-ci ne répondit pas, elle se contenta de lui passer le casque, Alex le mit sur la tête, complétant l’attirail.

Étrangement son casque n’afficher aucune donné, comme Alex l’aurait imaginé, il voyait seulement ce qu’il l’entouré avec un filtre rouge. Peut-être était-il en panne ?

– Vous m’entendez ? demanda Alex, d’une voix robotisée.

– Très bien ! répondit LaDur.

Marlène resta silencieuse, Alex ramassa le fusil et se tourna vers le portail, mais subitement, Marlène l’interpella :

– CHERIE ! ATTENDS !

Alex s’immobilisa et se tourna vers elle. Il la fixé dans les yeux, l’émotion commençait à monter en lui.

– Comment s’ouvre ce truc ? demanda-t-il pour lui-même, agacé.

Il appuya partout sur son casque, soudainement, Alex appuya sur un bouton se trouvant sur le côté.

Le devant du casque s’ouvrit comme une visière, cela faisait pensé au casque de Iron Man, il ne pût s’empêcher de sourire de nouveau.

Mais en voyant les larmes coulaient sur les joues de Marlène, son sourire s’estompa directement.

– N’y va pas, c’est trop dangereux, je sais bien que le monde est en jeu, mais je m’en fou ! S’exclama Marlène, d’une voix tremblante.

Alex ne sût pas quoi répondre, une part de lui ne voulait pas partir et prendre Marlène dans ses bras. Mais une autre part, plus forte, savait qu’il n’avait pas le choix…

Alors, il prit une grande respiration et répondit :

– Je ferai tout pour revenir, toi, de ton côté, je sais que t’en sortira ! Car tu es forte !

Marlène fendit en larme, c’est alors que Alex l’attrapa par la taille, la ramena vers lui et l’embrassa tendrement.

Puis il relâcha son étreinte, se retourna, Alex savait qu’il devait ne plus se retourner et franchir le portail. Car sinon, il n’aurait pas la force. Mais ce fut la chose la plus dure qu’il lui était donné de faire…

Il avança d’un pas, puis d’un second et d’un dernier, juste à quelques centimètres du portail, il ressentit un mélange de peur, mais aussi de fierté et de bonheur, grâce à Marlène. Malgré qu’il doive la quitter, il était heureux de la voir rencontrer.

Son cœur battait la chamade, il respira en grand coup, puis, stoppa son mouvement, sans se retourner, il dit d’une voix suffisamment forte pour être sûr d’être bien compris :

– JE T’AIME !

Puis, il franchit le portail…

EPISODE VIII

Une étrange dimension

Alex avait à peine avait franchit le portail, qu’il fit une chute de plusieurs mètres, il était totalement surpris par ce qu’il lui arrivé…

Le jeune homme n’avait pas imaginé cela quand il avait passé que la tête il y a quelques heures au part avant…

Le choc de l’atterrissage fut très violant, dans un bruit assourdissant, le sable se souleva dans les airs, il eut un énorme trou dans le sol, là où il avait atterris.

Alex se releva doucement, observant les alentours, quelque chose le troubla, il n’avait pas prit en compte la distance entre lui et les générateurs…

De là où il était, il ne les virent pas, tout ce qu’il pût voir, c’était la partie basse d’un canyon, à au moins un jour et demi de marche.

Il y avait une chose étrange, que Alex venait de remarquer, c’était qu’il n’avait pas l’impression que la gravité ici était différente par rapport à la Terre. De même qu’il respiré parfaitement bien, qu’il ne sentit pas la baisse de température, peut-être qu’il devait tout cela à son armure ?

Devant lui les lieux étaient de plus en plus sombres, car on s’approchait des canyons.

Alors Alex avançait prudemment, il fit quelques pas et il marcha sur quelque chose de dur, il baissa les yeux et vit sa pièce d’un euro.

Il l’avait complètement oublier, il la ramassa, cela lui fit penser à Marlène…

Alex chercha un endroit où la ranger, il tenait à la garder avec lui, c’était le seul lien qu’il avait avec la Terre et Marlène…

Marlène… Allait-il la revoir un jour ? Il n’en avait aucune idée…

Alex fouilla partout sur son armure un endroit ranger sa pièce, mais il en trouva aucun. L’armure n’avait aucun rangement…

Puis soudainement, en appuyant sur l’une des jambières, il eut un bruit métallique et une petite trappe s’ouvrit, en coulissant, sur l’une des hanches d’Alex, c’était un emplacement pour un pistolet laser. Alex déposa sa pièce et la trappe se referma automatiquement, dans le même bruit métallique qu’à l’ouverture.

Cette armure était vraiment pleines de fonctionnalités cachées, que Alex avait hâte de découvrir.

Alex avançait prudemment, mais bizarrement, alors que devant lui il n’y avait que l’obscurité, grâce à son casque, il parvenait à y voir presque normalement. Sans qu’il puisse en savoir la raison.

Il pointa son arme devant lui, tout en marchant droit devant, se demandant qu’elle genre de créature pouvait vivre dans cet horrible monde…

Le danger pouvait surgir de nulle-part, Alex se tenait prêt, seulement le hic et il n’y avait pas pensé avant de franchir le portail, c’était qu’il ne savait pas tirer, ni même se battre… Cela allait devenir vite un gros problème. Il devait compté que sur sa télékinésie…

Alex avança, devant lui se trouvait des énormes rochers de plusieurs mètres de haut, très pointus sur leurs sommets.

Et c’était un endroit très sombre, le stress monta en Alex, son cœur cogna dans sa poitrine.

Il s’attendait à être attaqué à tout moment, il pointa son fusil à droite et à gauche, mais pour le moment, rien…

Soudainement, des bruits de pas se firent entendre, Alex se tourna vers leur direction, ils s’approchaient de plus en plus.

Puis d’un seul coup, une dizaine de monstres firent leur apparition, il étaient immenses.

Plusieurs mètres de hauts, ressemblant à des trolls, la peau grise, des yeux reptiliens, chauves et l’air très agressifs et des petites oreilles pointues.

Leurs corps étaient massifs, ils faisaient plusieurs mètres de hauts.

Ils portaient des morceaux d’armure, à la technologie beaucoup moins avancé que l’armure d’Alex.

C’était la même chose pour leurs armes, cela leur donné vraiment une allure de troll sorti d’un JDR (Jeu De Rôle).

Alex n’en revenait pas, pour lui, tout cela n’avait aucun sens.

Mais cela ne lui empêcher pas d’être terrorisé…

Alex sentit son cœur battre de plus en plus vite, la sueur perlait sur son visage, au travers son casque, un premier monstre l’attaqua.

Alex tira instinctivement sur le monstre, qui ne pût rien faire pour éviter la salve laser, qui le toucha en pleine tête.

Il s’écroula au sol, dans un bruit assourdissant, à peine absorbé par le sable. Un deuxième tenta sa chance, mais Alex tira avant qu’il puisse faire quoi que ce soit et le tua sur le coup.

Mais le troisième arriva sur le flan droit d’Alex, qui dû faire une roulade sur la gauche pour éviter une étrange une massue gigantesque, avec des pics. Fait d’un étrange métal, dont la partie contondante était électrifiée.

Du sable fut projeter dans les airs quand celle-ci percuta le sol violemment, là où se trouvé Alex il y a quelques instants. Puis le monstre tenta d’écraser Alex avant que celui-ci se relève.

Cette fois c’était fini, Alex ne pourrait pas éviter la massue, il avait mis en opposition son fusil, mais au moment de toucher sa tête, le même phénomène que contre l’autre créature se reproduisit…

L’arme du monstre fut bloqué, puis revint vers lui, mais celui-ci parvint à la stopper in-extrémise, avant qu’elle n’atteigne son crâne.

Le monstre tenta une nouvelle fois d’écraser Alex, mais fut tuer avant par celui-ci, à coup de projectiles lasers.

Alex se releva le plus vite possible, juste à temps pour éviter une immense lame étrange. Dont la partie tranchante était faite d’une énergie ressemblant à un laser.

Alex esquiva en reculant, et répliqua de suite, tuant le monstre.

Les dernières créatures voyant cela, s’enfuirent en courant, Alex ne comprit rien à ce qu’il s’était passé…

Comment avait-il fait pour réussir l’exploit de tuer ces créatures immenses, alors qu’il n’avait jamais reçu le moindre entraînement aux armes et au combat ?

Alex sentit encore son cœur cogné dans sa poitrine, la sueur coulé à flot au visage, il regarda le corps des monstres.

En y repensant, ils étaient très semblable à la créature venue du portail, mais ceux-ci étaient plus grand et avaient l’air plus sauvage.

Alex reprit la route, cela faisait peut être trente ou quarante minutes qu’il était parti.

Alex se demanda qu’elle genre de créature allait l’attaquer cette fois, il avança toujours son arme pointé devant lui.

Mais pour le moment rien, il se contenta d’avancer, comme cela pendant plusieurs minutes…

Puis après presque une heure de marche, Alex déboucha dans un grand désert…

Le ciel était complètement dégagé, la différence de température était radicale, Alex passa d’une température douce, à une chaleur extrême.

Au loin, il parvint à voir le canyon où se trouvait les générateurs, mais il devait encore y parvenir, il était encore à au moins un jour de marche… Et puis il faudrait encore réussir l’escalader. Et cela était encore loin d’être gagner…

Alex continué sa progression dans le désert, il avait l’impression qu’il n’atteindrait jamais le canyon…

Son pied s’enfonça dans le sable, ce qui rendait sa progression encore plus difficile.

Une autre heure passa et Alex n’avait pas l’impression de progressé beaucoup, le canyon lui semblait encore très loin… Il ne savait pas depuis combien de temps il marcha dans le désert…

Il sentit la fatigue monter en lui, il crut qu’il allait cuir de l’intérieur à cause de la chaleur, puis soudainement, il s’arrêta de marcher quelques secondes, afin de reprendre son souffle. C’est à ce moment que quelque chose sortie de terre !

La chose était immense, rapide et dangereuse, elle attaqua Alex, celui-ci resta paralysé par la peur quand il vit ce que c’était…

Un serpent géant !

Il était noir, très agressif, il fondit directement sur Alex, qui eut à pas peine le temps de faire une roulade sur côté pour l’éviter .

La créature replongea dans le sable, tendit que Alex se mit à courir en zigzague, afin d’échapper au serpent.

Mais celui-ci revint de sous la terre, juste devant lui, qui tira par reflex, mais son laser rebondit sur les écailles du monstre…

Alex resta sur place, paralysé par la peur, cette fois il était fichu… Comment allait-il tuer cette chose ?

Le serpent ouvra la gueule, faisant apparaître ses crochets acérés, il fondit de nouveau sur le jeune homme, qui esquiva de justesse en faisant roulade sur le côté.

Et il se releva le plus rapidement possible et s’enfuit en courant, mais la créature le poursuivit avec une vitesse folle !

Elle tenta de gober Alex, qui zigzagua pour l’éviter, le serpent tenta une première fois à droite, rata, puis une deuxième fois à gauche, mais Alex esquiva encore, mais perdu son fusil dans son mouvement.

Alex courut devant lui sans se retourner, il avait le souffle court, il entendit le serpent était encore sur ses talons.

Soudainement, le monstre plongea une nouvelle fois dans la terre, mais cette fois, il apparut sous Alex…

Celui-ci sauta de justesse par reflex, dans sa surprise, il parvenait à faire un bond de plusieurs mètres de haut, mais le serpent déploya son corps et ouvrit grand la gueule pour le gober.

Alex sentit ses battement de cœur accéléré, au dernier moment, il parvint à faire une pirouette dans les airs et à éviter la gueule du serpent se refermer sur lui.

Puis Alex retomba pied joins dans quelque chose de mou, il s’aperçut avec stupeur qu’il s’enfonça jusqu’au genou. Il était tomber dans des sables mouvants…

Cette fois il était totalement à la merci de la créature, qui lui rester plus qu’à en finir avec lui…

Le serpent déploya son corps de nouveau pour gober Alex, il planta ses crochets sur son casque, qui résista, pour le moment…

Alex savait que son casque ne résisterait pas longtemps sous la forte pression de la mâchoire de la créature…

Des fissures commençaient à se former sur le casque, encore une minute ou deux et celui-ci se briserait avec le crâne d’Alex…

Alex sentit que la fin était proche, il ne voyait aucune solution pour s’en sortir…

C’est alors qu’il repensa à son fusil, il devait le faire venir à lui, mais il n’avait jamais réussit à faire venir un objet sans le voir, comment réussir un telle prouesse ?

Le serpent enfonça d’avantage ses crochets, les fissures grandissaient plus en plus, bientôt ça serait la fin pour Alex…

Celui-ci fit le vide dans son esprit, se concentra sur son fusil, subitement, l’arme fusa dans ses bras et il l’enfonça dans la gueule du serpent et tira.

Son crâne éclata en morceaux, des bouts de cervelles giclaient partout. Le reste de son corps s’enfonça dans le sable mouvant.

Alex avait réussit, il ne savait pas comment, mais il l’avait fait !

Il sentit que son pouvoir augmenta, il sentit comme une énergie circuler dans ses veines…

Mais une question demeura, comment sortir des sables mouvants ?

Alex était totalement bloqué dans les sables mouvants, il s’enfonça de plus en plus, il regarda autour de lui tentant de trouver quelque chose au quel s’accrochait, mais il n’y avait rien, à part du sable…

Cette fois il était enfonçait jusqu’au torse, Alex savait que la mort allait bientôt le prendre… Soudainement, il entendit des bruits venant du ciel.

Le jeune homme regarda au dessus de lui et vit une sorte d’oiseau très gros.

L’oiseau commença à descendre vers lui, mais plus il s’approchait, plus une chose le frappa… Ce n’était pas un oiseau, non, mais on aurait plutôt dit une chauve-sourie géante !

Elle fondit sur Alex, qui tira, mais la créature esquiva le laser, cela était une réaction incroyablement inattendue pour un animal, mais plus rien surprenait le jeune homme, depuis qu’il avait franchis le portail.

La chauve-sourie attrapa Alex avec ses serres acérées, et l’arracha aux sables mouvants et s’envola avec sa proie.

La créature prit en plus en plus d’altitude, à telle point que Alex se demanda où elle compté encore aller ?

Alex sentit la peur monté en lui, mais savait qu’il devait réagir vite.

Heureusement pour lui, il n’avait pas lâcher son fusil, mais il ne pût qu’utilisé un seul bras, car la créature serrer trop ses épaules avec ses puissantes griffes. Et malgré le poids de l’arme, Alex parvenait à l’a soulever…

Juste avant que la chauve-sourie prenne trop d’altitude, il tira.

Le laser avait réussit à transpercé l’une de ses gigantesques ailes.

La créature lâcha immédiatement Alex, qui fit tout même une grande chute.

Il tomba sur plusieurs mètres, il était totalement terrorisé, quand subitement, un câble sortit de son avant bras, sans que celui-ci ne comprenait ce qui se passé…

Au bout du câble se trouvait un piton en forme de u, qui perça la parois rocheuse du canyon et s’enfonça sur plusieurs centimètres. Le câble se tendit, le tout maintenait Alex au dessus du vide.

Alex fut remonter automatiquement et assez rapidement jusqu’à quelques centimètres du piton.

Alex resta suspendu au bout du câble, il ressentit le poids de son arme, malgré l’armure.

Il chercha un moyen de ranger son fusil, le lâcher ne lui plaisait pas. Il pourrait en avoir encore besoin et s’il se faisait surprendre sans par des créatures en armure, cela pourrait lui coûter la vie…

Alex de sa main valide, chercha partout sur son armure un emplacement pour son fusil, comme il en avait trouvé pour sa pièce. Et par chance, après quelques secondes à faire glisser son arme à chaque centimètres carré de son armure, le dos de celui-ci était aimanté. Et son fusil se colla à lui.

Puis, il leva la tête et vit qu’il était presque au sommet, il grimpa les quelques mètres qui lui resté et enfin il atteint son objectif.

Alex était en sueur, son cœur battait encore la chamade, il n’osait pas regarder en bas, il se demandait comment il avait pu réussit un tel exploit ?

Alex était de nouveau sous un ciel sombre, il sentit la baisse net de température. Ce monde était vraiment des plus étrange…

Alex fit volt-face et c’est là que ses yeux se posèrent vers les trois générateurs.

Ils étaient identiques, c’était des cylindres de plusieurs mètres de haut, qui tenaient avec un trépied. En observant de plus près, Alex remarqua quelque chose qui le troubla, il y avait de sortes de sondes, juste en dessous d’eux, qui traversé la terre.

Des sortes de canon étaient fixer au sommet de chaque générateurs, ils étaient pointaient parfaitement horizontalement.

Les trois rayons d’énergie, que Alex avait vu il y a quelques heures, se dirigeaient de l’autre côté du canyon.

Alex était très impressionné par ce qu’il voyait, les générateurs étaient encore plus incroyable de près.

Il ne pût s’empêcher de s’en approcher, il tendit la main pour en touché un… Mais à peine avait-il avancé sa main à quelques centimètres des générateurs, qu’il fut projeté en arrière par une force invisible et il reçut une puissante décharge électrique, qui le brûla de l’intérieur. Il tomba sur le dos, sa vision était brouillé comme l’image d’une vieille TV. C’était l’effet que produisait la décharge électrique sur les lentilles à l’intérieur de son casque.

Alex se releva difficilement, se demandant ce qui a bien pu se passer ?

En regardant de nouveau les générateurs, (sa vision redevint normal), Alex vit une lumière violette les entourant et se reflétant contre le métal des générateurs. Il comprit alors de quoi il s’agissait, c’était des boucliers de protection.

Il devait donc les couper pour pouvoir détruire les générateurs, mais comment y arriver ?

Alex était en intense réflexions, quand il fut interrompu par une voix robotisée qui l’interpella, la chose presque effrayante pour lui, c’était qu’il comprenait ce qu’on lui disait…

– Hé toi ! Qu’est-ce que tu fous là ? Demanda la voix d’un ton brusque.

Alex était paralysé par la peur, il n’osait pas se retourner, mais comment cette créature pouvait-elle parler sa langue, à moins que ça soit lui qui comprenait la langue de l’extraterrestre ? C’était impossible !

Le jeune homme fut comme sonné par toutes les questions qui se trottaient dans la tête. Il n’arrivait pas à trouver une explication satisfaisante à ses questions.

– Hé c’est à toi que je cause, qu’est-ce que tu fou ici ? Relança la voix.

Alex sursauta, interrompu dans ses réflexions, il prit une grande inspiration et se retourna lentement, pour faire face à son interlocuteur.

C’était bien un alien, en armure comme lui, mais parfaitement intact.

Il s’approcha d’Alex, il sembla très suspicieux, il pointa son arme sur lui.

Alex recula de quelques centimètres, il fallait qu’il lui réponde quelque chose, n’importe quoi, il devait ne pas se faire repéré…

Il tenta d’être le plus naturel possible et dit :

– Je suis désolé, je suis nouveau…

La créature regarda Alex de façon étrange, il fit un mouvement de tête comme les chiens et répondit :

– Nouveau ? Tu es arrivé depuis quand ? on m’a pas prévenue !

Alex était en panique, il devait trouvé quelque chose à répondre et vite ! Il réfléchit à toute vitesse, puis un flash lui vint et il répondit avec hâte :

– On m’a envoyer en éclaireur sur la Terre et je viens à peine de rentrer…

Alex sentit son cœur cogner dans sa poitrine, la créature resta silencieuse quelques secondes, des secondes très longues, Alex espéré qu’il goberait son histoire… Enfin il répondit :

– Ah OK ! Désolé… Il baissa son arme, et alors, ils sont comment ces humains ? Demanda-t-il curieux.

Alex souffla un bon coup, heureux qu’il avait tout gober, il répondit d’un air le plus détacher possible :

– Vraiment facile à tuer !

La créature se mit à esclaffait de rire, Alex s’approcha de lui, comme si de rien n’était et demanda :

– Et toi, tu gardes ces générateurs ?

– Oui, seul ici depuis des mois… Répondit l’alien d’un ton las.

– Je vois… Et tu peux m’expliquer comment ça marche ?

– Pourquoi tu veux savoir ça ? Demanda-t-il de nouveau méfiant.

– Oh, comme je suis nouveau, j’essaye de comprendre un maximum de choses… Répondit Alex nerveusement, espèrent que l’autre ne remarqua rien.

– Ah oui, tu as raison, mais j’y connais pas grand chose, tout ce que je sais, c’est que ces machins génèrent le gros portail d’où tu viens.

Alex se tourna vers le bout de canyon et vit au loin le portail flottant à quelques mètres au dessus du sol et les rayons qui étaient reliés à lui, il était gigantesque, c’était beau.

Mais Alex ne pouvait s’empêcher de penser à l’armée en approche, le temps lui était compté… Il n’en avait pas appris plus sur les générateurs… Il se retourna vers l’alien, il demanda, espèrent en savoir plus :

– Et ces boucliers ? Tu sais comment ils sont alimentés ?

– Les boucliers ? Comment es-tu au courant de ça ?

– Je me suis trop approchait des générateurs tout à l’heure…

– AH AH AH ! Ça m’ait arrivé à mon premier jour ! S’esclaffa bruyamment l’alien.

Il y eut quelques secondes de silence, puis la créature reprit :

– J’ai posé la question, mais on m’a juste dit que je devais gardé ce lieu et de ne pas posé de question.

Alex était déçu, puis il pensa à une chose, il demanda avec appréhension, car c’était sa derrière chance :

– C’est qui ton chef ?

– Il est commandant dans la flotte royale, pourquoi ?

Mais Alex ne pût poser d’autres questions, car il fut interrompu par un bruit assourdissant venant du ciel.

Celui-ci s’assombrit encore d’avantage, Alex leva la tête et vit une masse sombre…

– C’es… C’est quoi ça ? Demanda-t-il effrayé.

– Le vaisseau mère ! S’ils sont là, c’est que le moment est enfin arrivé… Répondit extraterrestre d’un ton presque malsain.

Alex ne pût poser la moindre question, car il eut un bruit assourdissant de mécanismes et une ouverture géante en forme de cercle parfait apparue au milieu, de ce qui apparaissait être sous le vaisseau…

Et soudainement une lumière bleu en sortit, Alex n’était pas aveuglé malgré la puissance de celle-ci.

Mais c’est alors qu’une chose terrifiante et horrible se passa, sans qu’il puisse faire quoi que ce soit…

Il fut désintégré, son corps entier disparu, s’évaporant en fine particules…

EPISODE IX

La Résistance

Cela faisait déjà presque une journée que Alex avait franchit le portail, mais celui-ci n’avait pas disparu, ni même diminué de taille, au contraire, il avait presque triplé…

Que était-il arrivait à Alex ? Était-il encore vivant ? Marlène en avait aucune idée…

Tout ce qu’elle savait c’était qu’il était en ce moment même dans un monde hostile. La seule chose qui réconforta un peu Marlène était que Alex était équipé d’une armure à la technologie futuriste, d’un fusil laser et surtout et c’était sa plus puissante arme, sa télékinésie !

Ses pensés étaient toutes tournés vers lui, elle s’inquiétait énormément pour le jeune homme…

La jeune femme fut ramener vers la réalité par LaDur qui l’interpella :

– Vous m’écoutez ? Je vous parle mademoiselle !

Marlène leva les yeux vers ceux de LaDur, qui avait toujours le regard aussi dur.

– Oh… heuu… Oui, désolé, j’étais dans mes pensés… Répondit Marlène mal à l’aise.

– D’accord, il se fait tard… Répondit LaDur en regardant sa montre, il était déjà presque vingt-deux heure.

– Heu, je peux vous demandez quelque chose ?

– Bien-sûr, mademoiselle…

– C’est justement de ça que j’aimerai vous parlez, je souhaiterai que vous arrêtiez de m’appeler comme ça.

– Vous appelez comment ? Demanda LaDur qui semblait ne pas savoir où voulait en venir Marlène.

– Appelez-moi Marlène, je préférerai !

– D’accord, Marlène, bref, j’aimerai vous parlez de quelque chose avant que vous rentriez chez vous…

Marlène sentit son cœur battre un peu plus fort, elle se doutait que ce qu’aller dire LaDur n’allait pas lui plaire…

– Si votre petit-ami n’arrivait pas à détruire les générateurs, il faudra se préparer à l’invasion des aliens, dit finalement LaDur.

Marlène souffla un coup, LaDur le remarqua et la regarda bizarrement.

Après quelques secondes de silence, Marlène reprit la conversation et demanda intrigué :

– D’accord, mais que comptez-vous faire ?

– Je me charge de tout, dit LaDur qui semblait être sûr de lui, on ne peut pas attendre que votre copain revienne sans rien faire. Car s’il échouait, le monde serait perdu…

Marlène resta silencieuse, repensant au jeune homme qu’elle aimait, son cœur se serra.

Dix minutes plus tard, elle quitta le commissariat, il faisait nuit noire, la lune était pleine, Marlène paniqué à l’idée de rentrer seule, mais heureusement pour elle, son « appartement » était à peine dix minutes du commissariat.

Tout le long du chemin, ses pensés étaient toutes tournés vers Alex, elle se demanda si elle allait bien le revoir un jour ?

Sans qu’elle ne se rende compte, Marlène arriva à destination, elle franchit la porte de l’immeuble et pénétra à l’intérieur. Elle monta à l’étage, ouvrit la porte et entra à l’intérieur de l’appartement, qui était vide.

Marlène alluma la lumière, elle se trouva dans le salon d’Alex, maintenant, elle considérait l’appartement d’Alex comme le sien.

Mais sans lui, cet appartement avait perdu son âme, il était triste, Marlène s’approcha d’une étagère et prit un manga et s’assit sur le canapé. Puis elle ouvrit le manga et fondit en larme, c’ était le trop plein d’émotion.

Marlène, après avoir pleuré deux bonnes minutes, posa le manga sur la table basse, en face d’elle et parti se couché, exténué…

Marlène dormait depuis un moment, quand elle fut réveillé par un bisous sur sa joue, il s’agissait d’Alex.

Il lui sourit, la regarda dans les yeux, elle fondit en larme, elle n’y croyait pas. Cela devait être un rêve, mais elle voulait absolument que cela soit la réalité…

– J’ai réussit à détruire les générateurs, le monde est sauver, on restera ensemble pour toujours… lui disait Alex.

Le cœur de Marlène fit un bond, elle l’embrassa et… Et un bruit lointain la gêna. Elle se demanda ce que cela pouvait-il être ?

Le son devenait plus en plus fort, puis soudainement, elle se réveilla…

Marlène était très déçu, une larme coula sur ses joues, elle se tourna et comprit que le son venait de son téléphone, qu’elle saisit. Marlène vit que LaDur l’appeler, elle décrocha.

Désolé, je dois vous réveiller ? Demanda-t-il d’une voix désolée.

– Hein ? Heeeeu… Oui… Répondit Marlène sincèrement, qu’est-ce qui se passe ?

Il faut que vous veniez au magasin, des scientifiques vont arriver vers les neuf heures.

Marlène regarde l’heure et vit qu’il était que huit heure du matin, elle se demanda pourquoi elle devenait venir ?

– Pourquoi je dois venir ? Les scientifiques ont besoin de moi ?

Ils auront besoin toutes les informations que vous avez sur le portail.

OK, j’arrive !

Une fois ces mots dit, Marlène raccrocha et se leva, se demandant ce que des scientifiques pouvaient faire de plus ?

Plusieurs minutes passèrent, le temps pour Marlène de se laver et de s’habiller, puis la jeune femme partit.

Une quinzaine de minutes plus tard, elle arriva à destination, LaDur était déjà à l’attendre devant le magasin.

– Vous voilà, vous êtes en avance, il est à peine huit heure quinze, dit-il avec un léger sourire.

– Oui, je sais, mais c’est pas très loin de chez moi, alors dites moi ce que vont faire ces scientifiques ? Demanda Marlène, qui était presser d’en finir.

LaDur semblait hésiter avant de répondre :

– Je ne sais pas trop, mais ils vont chercher un moyen de faire disparaître le portail…

– Mais et Alex ? S’exclama Marlène prise de panique.

– Je sais bien, mais il était volontaire et s’il a fait ça, c’était pour sauver la Terre, il connaissait les risques.

– Mais pourquoi avoir appeler des scientifiques, alors que Alex venait à peine de partir ? S’emporta Marlène, qui ne supporté pas ce que avait fait LaDur.

– Calmez-vous, j’y suis pour rien… Répondit LaDur d’un air désolé, mais ce sont les ordres de mes supérieurs.

– Mais je croyais que vous gériez la situation ?

Marlène était de plus en plus énervé, elle serra les poings, se demandant bien à quoi pouvait servir LaDur ? Elle pensait qu’il était en charge de tout, mais elle se trompé…

La tension monta d’un cran, LaDur garda son calme, ce qui énerva encore plus Marlène, il eut quelques secondes de silence, puis il reprit :

– Je vous l’ai dit, je suis qu’un simple flic, je n’ai pas les moyens de sauver le monde…

– Je vois…

Marlène commençait à douter très sérieusement de LaDur, il était totalement dépassé par la situation…

– Je suis désolé… Dit finalement LaDur d’un ton grave.

Marlène ne sut pas quoi répondre, c’était la première fois que LaDur s’excuser, se montrant moins dur, plus humain…

Marlène et LaDur restaient silencieux pendant plusieurs secondes, puis LaDur reprit la parole et dit, tout en regardant sa montre :

– Il est huit heure trente, ils ne devraient plus tarder…

Marlène et LaDur attendirent, restant silencieux, la tension monta encore d’un cran…

Puis après presque trente minutes d’attente, un utilitaire arriva enfin, se gara devant le Geek Island.

Deux hommes en sortirent, ils étaient vêtus de blouses blanches, ils se dirigeait vers Marlène, qui les accueillis avec un sourire forcé.

– Bonjour mademoiselle, comment allez-vous ? Demanda l’un des scientifiques.

– Évitez de m’appeler comme ça ! Tempêta Marlène de mauvaise humeur.

– Très bien ! Répondit l’autre homme d’un air gêner.

– Évitons de s’énerver, intervint LaDur, voulant empêcher qu’une dispute éclate.

– Que voulez-vous savoir exactement ? Demanda Marlène qui s’impatienta.

– Tout ce que vous savez à propos des portails, afin de mieux appréhender la situation, répondit le premier scientifique.

– J’ai déjà expliquer tout à monsieur LaDur, ils ne vous a rien expliqué ?

– Bien-sûr , mais, ils nous faut votre point de vue, afin de compléter ce qu’on a déjà.

– OK…

Marlène leur raconta tout ce qu’elle savait, puis les deux hommes partirent en direction du magasin.

Une heure passa, puis enfin les deux scientifique revenaient du magasin. Il avait l’air perplexe, l’un des deux prit la parole :

– On a fait tous les tests possibles, malheureusement, on n’a trouvé aucune solution pour faire disparaître ce portail.

Marlène ne pouvait s’empêcher d’être soulagé, elle savait les conséquences que cela impliqués, mais pour elle le plus important était que Alex puisse revenir de l’autre monde.

– Qu’est-ce qu’on va faire ? Demanda-t-elle une fois que les scientifiques étaient partis.

– On va devoir se préparer à l’arrivé des aliens, on vas devoir faire appel à l’armée, répondit LaDur.

Marlène resta silencieuse, ne sachant plus quoi répondre, pour elle, la situation devenait plus en plus incontrôlable…

Marlène rentra chez elle, elle sentit le stress monter en elle, se demandant comment les choses allaient se passer… Comment une petite ville comme Soissons, allaient pouvoir se défendre contre une invasion d’extraterrestres ?

Elle n’avait plus qu’à espéré que Alex détruise les générateurs, afin que la Terre soit sauvée.

Au bout d’une quinzaine de minutes, Marlène était arrivé à destination.

Elle se posa sur le canapé, épuisé par toutes ses émotions, elle repensa encore à Alex…

Le reste de la journée, Marlène la passa à l’appartement, car de toute façon, elle n’avait plus rien à faire à l’extérieur.

Le soir venu, Marlène se coucha tôt, son moral était à zéro…

Ses rêves furent remplis d’aliens attaquant la Terre, elle voyait des centaines de corps joncher le sol…

Marlène se réveilla en sursaut, il était tôt le matin, il y avait que quelques rayons de soleil qui traversaient les volets de sa chambre.

Elle se réveilla avec difficulté de son lit, et partit en direction de la salle de bain.

Elle se leva et s’habilla, mais une question se posa, qu’est-ce qu’elle allait bien pouvoir faire ?

Il n’avait rien qu’elle puisse faire concernant le portail, elle n’avait plus de travail, son petit-copain était dans un autre monde, il ne lui resté plus rien à faire de ses journées…

Pour Marlène, ses journées seraient très longues, car jusqu’à présent, elle savait toujours comment les occuper, grâce à son travail et même les week-ends. Mais là, c’était la première fois de sa vie, qu’elle se retrouvait dans cette situation…

Tout ce qui lui resté à faire était d’attendre l’invasion extraterrestres dans la plus grande terreur.

Le reste de la semaine s’écoula , sans que rien se passe, Marlène passa son temps avachit dans le canapé à regarder la TV, des émissions de télé-réalité débiles, qu’elle détesté. Mais comme elle avait rien d’autre à faire, elle resta scotché devant…

Puis un jour, en zappant, Marlène tomba sur les informations en continu, elle tomba sur un reportage en direct, et la chose qui la frappa était qu’il s’agissait de Soissons !

Alors que la chaîne était une national, les chances de voir un reportage sur Soissons était de zéro.

Où pouvait y voir des tanks, des soldats arrivant au centre-ville, Marlène était stupéfaite par ce qu’elle vit.

Elle sentit son cœur cogné dans sa poitrine, elle se redressa, monta le son.

Le reporter dit:

Le Président à ordonner à l’armée de débarquer pour faire face à une situation gravissime, qu’il n’a pas préciser… Il demande, également, aux citoyens de rester confinés chez eux…

Marlène coupa la télévision avant même que le reporter finisse sa phrase.

Elle se leva du canapé et se dirigea vers l’extérieur de son appartement.

La première chose que Marlène remarqua était que les rues étaient déserte, cela était anormale à cette heure.

 

Une quarantaine de minutes plus tard, Marlène arriva à destination et ce qu’elle vit l’a terrifia.

Il y avait des soldats partout autour du magasin, armé jusqu’au dent, il y avait également des barricades placés à quelques mètres du magasin, qui l’entourer.

Plusieurs soldats semblaient être occupé à installer quelque chose sur les murs du magasin, mais Marlène ne comprit pas de quoi il s’agissait.

Elle resta bouche-bée devant tout cela, la jeune femme resta figé sur place, perdu dans ses pensés, à tel point qu’elle n’entendit pas ce qui venait derrière elle…

Des bruits de quelque chose de lourd ce fit entendre, quelque chose faisait tremblé le sol.

Des bruits de moteur non commun, ce bruit était plus en plus proche, l’engin s’approcha lentement de Marlène, sans que celle-ci ne réagisse.

Puis juste avant que celui l’écrase, elle fut attrapé par le bras et ramener sur le trottoir.

Marlène se tourna vers la personne l’ayant attrapé, elle avait l’air terrifié… Il s’agissait de LaDur.

– Qu’est-ce que vous faites ici ? Demanda celui-ci intrigué.

Mais Marlène ne répondit pas, elle tourna la tête vers la route pour voir un tank continuer son chemin.

– Je vous parle, Marlène ! Insista LaDur d’un ton sec.

– J’ai vus les infos ! Répondit Marlène toujours sous le choc.

– Je vois, ne restez pas ici, la population est confiné !

– Je bougerai pas d’ici ! Rétorqua Marlène le ton ferme.

– Les choses vont devenir très dangereuse, il faut pas que vous restiez ici !

– Je sais bien, mais il est hors de question que je me planque alors que la Terre est en danger ! Trancha Marlène de plus en plus énervé.

– Moins fort ! S’exclama LaDur, il s’approcha de Marlène, se baissa et lui chuchota à l’oreille :

– La population est au courant de rien pour l’instant, le Président va faire un discours pour tout révélé, il cherche à éviter que la panique se propage et que des émeutes éclatent. Et cela le plus longtemps possible.

Marlène resta silencieuse quelques secondes, elle comprenait pourquoi le Président faisait cela, mais elle resta tout de même déterminer à rester.

LaDur se redressa, son regard sévère pointé sur Marlène.

– OK, mais je reste quand même ! Dit-elle finalement.

– Très bien, c’est votre vie et vous êtes suffisamment grande pour savoir ce que vous voulez, en plus, vous connaissez tout de cette histoire, votre aide peut nous aider, répondit LaDur en reprenant sa voix normale, pas très convaincu. Mais il commencé à connaître Marlène, il savait qu’il était inutile de discuter avec elle, une fois que sa décision était prise. Et il respecté cela chez elle.

– Dites-moi ce qui se passe exactement ? Demanda Marlène perplexe par ce qu’elle voyait.

– Ils sont en train d’installer des pièges explosifs autour du bâtiment, quand les extraterrestres sortirons du magasin, cela déclenchera les explosifs.

Marlène resta silencieuse par ces explications, elle sentit le stress monté en elle…

– Si vous voulez rester, il va falloir apprendre à vous défendre contre ces montres, affirma LaDur, au bout d’un moment, ce qui fit sursauté Marlène, qui était plongé dans ses pensés.

– Que voulez-vous dire ? Demanda-t-elle curieuse.

LaDur sortit son pistolet de son étuis et le tendit vers elle, qui le regarda d’un air perplexe.

– Prenez le ! Je vais vous appendre à vous en servir, c’est maintenant que les choses sérieuses commencent ! Dit LaDur déterminé.

EPISODE X

Infiltration

Il eut un léger bruit d’un générateur qui démarra, une lumière bleu s’alluma, éclairant un vaste couloir.

Puis des particules apparurent, se mirent à tournoyer à l’intérieur d’un immense socle, puis enfin, deux silhouettes se matérialisaient, parmi elles… Alex…

Alex eut des étourdissements, à peine sortit du socle, qui faisait plusieurs mètres de diamètres. il tomba sur ses genoux, sur un sol métallique.

Se demandant où pouvait-il bien se trouvé ? Ses souvenirs étaient flous…

Il ne savait plus comment il était arrivé là, les derniers souvenirs qui lui resté, était une conversation qu’il avait eu avec un soldat alien.

Alex se releva avec difficulté, il avança en titubant dans ce long couloir, sans savoir où allait…

Sa vision était trouble, puis après quelques mètres, il s’arrêta en se retenant de tomber, à l’aide d’une main qu’il appuya contre un mur métallique. Il crut qu’il allait vomir, mais que c’était-il passé ?

Jamais de sa vie il avait ressentit de telles nausées, c’était pas du genre à aimé les sensations fortes.

Il respira avec intensité, sa vision devint plus normale, même si elle n’était pas encore parfaite.

Alex se releva, tournant la tête à droite et à gauche et vit des étranges murs noirs, il se demanda encore où il pouvait bien être ?

En y réfléchissant, cette endroit ressemblait à un vaisseau spatial, comme on pouvait en voir dans ses films de SF préférés.

C’est à ce moment, qu’un souvenir lui revint, le souvenir de ce que avait dit l’extraterrestre , « le vaisseau mère ».

Puis tout lui revint, il se souvint cette puissante lumière bleu, il pensait que la mort allait le prendre, mais en réalité, il était réapparut.

Il avait été téléporté dans ce vaisseau ! Exactement comme certains films de SF.

La curiosité l’emportant, Alex s’approcha un peu plus des murs et les observant plus en détail, il remarqua qu’il y avait des symboles étranges sculpté à l’intérieur. Mais le plus étrange, pour Alex, c’était qu’ils lui étaient familier… Comment cela était-il possible ? Il en avait aucune idée…

Alex regarda le plafond et vit qu’il y avait un tube lumineux, fixé au centre de celui-ci (ressemblant à nos tubes fluorescent), éclairant d’un blanc pâle et d’autres suivaient jusqu’au bout couloir.

Ce qui troubla beaucoup Alex, qui fut plongé dans d’intenses réflexions, se posant mille questions…

Alex fut interrompu dans ses réflexions par une voix devenue familière.

– Hé ! Tu vas où ? demanda le garde des générateurs.

Alex se retourna, surpris par la présence de l’extraterrestre, mais avec réflexion, il se dit que c’était logique.

Il s’avança dans sa direction, puis répondit :

– Aucune idée, la téléportation m’a désorienté… J’ai cru comprendre qu’on était dans le vaisseau mère ?

– Oui, c’est ça ! Si il est là, c’est que l’invasion va commencer !

Les révélations de l’extraterrestre terrifia Alex, il ne se douté pas que les aliens arriveraient aussi vite, de ce qu’il en avait pu en voir. Il fallait qu’il se dépêche de trouver l’endroit où il pourrait désactivé les boucliers protégeant les générateurs.

Alex chercha un moyen de soutirait l’information au garde, sans qu’il ne se doute de quelque chose.

Mais il y avait une chose qui lui revint subitement, un détail que lui avait dit l’extraterrestre, il lui avait parlé « du commandant de la flotte royal », ce qui signifier qu’une seule chose…

– Tu as déjà travaillé ici ? finit par demander Alex, qui commencé à refaire le puzzle.

– Oui, avant qu’on m’affecte aux générateurs, répondit le garde.

Alex réfléchit quelques secondes, il commençait à faire les déductions, il demanda :

– Donc, tu as déjà vu le…

– La reine, oui une seule fois… répondit le garde.

Les déductions d’Alex étaient les bonnes, cela signifié que le commandant devait se trouvé quelque part à bord de ce vaisseau.

– Tu peux me dire où se trouve ton chef ? Demanda Alex, qui sentait qu’il se rapprochait de son but, il sentit son cœur cogné dans sa poitrine à cause de l’excitation.

– Tu n’as qu’a me suivre, je dois le trouver aussi, vu que si j’étais téléporté, c’est que mon affectation est terminé. Il doit m’affecter ailleurs.

Alex ne pouvait s’empêcher de sourire sous son casque, il s’approcha de plus en plus de son objectif. Une fois qu’il trouverai le commandant, il ne lui resterai plus qu’une chose à faire… S’arranger pour que celui lui indique la salle des générateurs de boucliers, protégeant les générateurs de portail !

– Suis-moi ! dit le garde en emboîtant le pas.

Alex le suivit, ils traversaient un très long couloir, au bout de celui-ci ils tournaient à droite, puis continuer tout droit.

Ils croisèrent de temps en temps d’autres gardes, qui portaient exactement la même armure.

Puis enfin, ils arrivaient devant une porte métallique, Alex pensa qu’il s’agissait d’un ascenseur.

Le garde se mit devant et porte s’ouvrit automatiquement dans un léger vrombissement et l’intérieur de la pièce faisait pensé à l’intérieur d’un ascenseur.

Le garde entra, suivit par Alex, la créature se tourna vers lui et dit :

– C’est à l’étage suivant, puis il appuya sur l’un des boutons se trouvant juste au dessus du premier, il eut un léger vrombissement et l’ascenseur démarra.

Après environ une minute d’ascension, l’ascenseur arriva à destination, Alex et le garde en sortit.

Ils traversaient un autre grand couloir, puis ils tournaient sur la droite à un croisement.

Puis enfin, ils arrivaient devant une porte, le garde se plaça devant et celle-ci s’ouvrit automatiquement sans presque de bruit, elle se souleva et entra dans le mur. Alex espéré qu’il s’agissait de la salle des générateurs de boucliers…

Mais ce n’était pas le cas, à l’intérieur se trouvait une grande pièce étrange.

La pièce était presque vide, à part à ce qui s’apparentait à un étrange cercueil en métal au fond de celle-ci.

Alex et le garde entra, Alex resta choqué par ce qu’il vit, mais surtout il se demanda pourquoi le garde l’avait emmener dans une pièce vide ?

– Mais qu’est-ce qu’on fait ici ? Je croyais qu’on devais aller voir ton commandant ? Demanda Alex perplexe.

– Il est là-bas dans sa cuve régénératrice, répondit le garde en pointant le drôle de cercueil.

Alex se tût, s’il posait des questions sur la cuve, cela serait suspect s’il posait des questions sur un sujet qu’il était censé savoir, il se contenta d’attendre en se demandant ce qu’il allait bien se passer…

En y regardant de plus près, Alex remarqua que la cuve avait sur son dessus une petite lumière rouge.

Puis subitement, elle s’éteignit et presque instantanément une deuxième s’alluma en vert. Puis la cuve s’ouvrit, plus exactement une sorte de sas coulissa vers le bas. Découvrant une silhouette allongé à l’intérieur de la cuve, qui en sortit après quelques secondes.

Alex ne vit que le dos de la créature qui venait de sortir de la cuve.

Il était chauve, avec des petites oreilles pointus, comme l’autre extraterrestre que Alex avait tué. Il portait une cape noire et Alex vit également de grosses épaulières.

La créature prit alors quelque chose dans la cuve, il s’agissait d’un casque, qu’il mit sur sa tête.

La créature se retourna et Alex pût voir le reste de son corps… Et avec son armure, la créature était bien plus impressionnante que les gardes. Notamment, grâce à ses grandes épaulières et de sa cape.

Alex remarqua quelque chose d’étrange qui était incrusté dans l’avant-bras du commandant, une sorte de cristal bleu. Ou plutôt de gemme, de la taille d’une bille.

Alex se demanda bien à quoi pouvait-elle servir ?

Le commandant se tourna vers le garde, celui-ci lui se tenait droit comme un i. Il tapa son poing contre son plastron, puis il tendit le bras. Alex tenta de reproduire la même chose, mais avec une grande difficulté.

Le commandant fit le même geste que le garde et dit :

– Vous voilà soldat, bien, je vais maintenant vous affecter à la surveillance de la salle des machines.

– Bien ! Répondit le garde.

– Et que faites vous ici ? Demanda le commandant en se tournant vers Alex, qui ne sût quoi répondre.

Le commandant s’approcha de lui, il l’observé de la tête jusqu’au pied. Alex sentit son cœur cogné dans sa poitrine, il sentait que s’il ne répondait pas quelque chose et vite, les choses pourraient brusquement déraper…

– Il est nouveau, dit le garde, il ne sait pas où aller.

– Très bien, dis-moi, je peux savoir ce qui est arrivé à ton casque ?

Alex resta silencieux, intimidé par le commandant, alors il ne pouvait en dire la raison…

– Je… Reviens d’une mission d’éclaireur sur la Terre… Et en rentrant j’ai croisé des monstres… finit-il par répondre dans un souffle.

– Je vois, vous penserais à le changer, ordonna le commandant.

– À… Vos ordres commandant ! répondit Alex dont le cœur allait bientôt exploser.

– Suivez-moi ! dit le commandant, qui s’avança vers la sortie, suivit par Alex et le garde.

Ils rebrousser le chemin, jusqu’au croisement que Alex et le garde venaient de passé, puis tourner à gauche.

Ils traversaient tout le couloir, Alex tenta de faire baisser sa tension tout le long du trajet.

Ils arrivaient enfin à destination, devant une porte et une chose troubla Alex, il était capable de comprendre ce qu’il était inscrit au dessus de la porte.

Il lisait :

« Salle des Machines ».

Alex sentit son cœur faire un bon dans sa poitrine, il y était enfin là où il le souhaité, il ne lui resté plus qu’à trouvé un moyen de rentrer dans la salle.

Le garde se positionna devant la porte, Alex fit la même chose, mais lui prit l’autre coté de la porte.

Mais en regardant le garde de plus près, il remarqua que celui-ci tenait son arme, mais lui, la garda collé à son dos. Alors il prit son fusil et resta immobile.

Le commandant s’approcha de la porte et dit :

– Je vais faire mon inspection !

Alex sentit son excitation monter d’un cran, il y était presque…

Le commandant tendit l’un de ses bras, celui où se trouvé la gemme bleu, devant un panneau se trouvant à côté de la porte.

Une lumière bleu sortit alors d’une lentille, scannant la gemme et la porte s’ouvrit comme l’autre la précédente.

Alex ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil à l’intérieur de la pièce.

Celle-ci était assez grande, plus que la précédente, il y avait des machines de partout, comme Alex pouvait s’y attendre. Ainsi que des voyants multicolores au fond de la pièce sur une parois.

Mais la pièce était surtout remplis de levier activant ou désactivant des générateurs.

Et il ne fallut pas longtemps à Alex pour repérer celui où il était inscrit au dessus : « Boucliers Portail ».

Ça y été, il resté plus qu’à Alex à trouver le moyen de baisser ce levier et sa mission serait enfin terminer.

La tension était à son paroxysme, le commandant entra dans la pièce et fit son tour d’inspection.

Alex savait qu’il devait agir vite, il ferma les yeux se concentra sur la gemme, cette pierre bleu était tout ce qui compté pour lui à cet instant…

Au moment où le commandant ressorti de la pièce, Alex se concentra à fond.

Et quand le commandant passa à côté d’Alex, qui était toujours tourné vers la pièce, sa gemme fut alors décroché de son avant-bras. Et fusa dans la main gauche qui tenait le fusil ( la partie garde de main, la partie qui se situant juste avant le canon).

Alex avait du mal à maintenir la gemme, car celui-ci devait en même temps tenir le fusil et la dissimuler à l’intérieur de la paume de sa main. Ce qui faisait que Alex devait maintenir collé la gemme contre le fusil.

Alex se tourna comme si de rien n’était, le garde ne sembla pas avoir remarqué quoi que ce soit, car il était resté tourner dos à la porte.

Tant dit que le commandant s’éloigna, retournant là d’où il venait, Alex attendit qu’il soit loin avant de faire quoi que ce soit d’autre…

Mais une question se posa, quelle serait la suite de son plan ?

Alex devait trouver le moyen d’éloigner le garde afin de pouvoir pénétrer dans la salle.

Il réfléchit pendant plusieurs secondes sans rien trouver, il ne voyait pas ce qu’il pouvait faire à peine un mètre du garde sans se faire repérer…

Puis, Alex eut un déclic, il pouvait utilisé sa télékinésie, il lui fallait trouver comment utiliser son pouvoir.

Il ne pouvait pas faire venir un objet vers lui pour assommer le garde, alors il devait trouver un objet à casser pour distraire le garde.

Mais comment ?

Alex ne savait même pas s’il était capable d’une telle prouesse…

Il lui resté plus qu’à essayer, il ferma les yeux, il fit le vide dans son esprit, tentant de trouver un objet se trouvant les parages, mais il en avait aucun…

Puis, les tubes lumineux apparurent alors dans l’esprit d’Alex, il savait qu’il étaient partout dans le vaisseau. Il serait plus facile de se concentrer sur eux, plutôt que de chercher des objets au hasard…

Alex fit le vide dans son esprit, il rassembla chacune de ses pensées vers les tubes lumineux.

Il se concentra sur l’idée de les détruire, au moins un, mais après plusieurs secondes à se concentrer dessus, rien ne se produisit…

Alex sentit la colère monter en lui, il ne savait pas comment casser ces tubes. Cela l’énerva encore plus, il sentit son cœur augmenté l’allure, le stress monta en lui.

Les images de Marlène se faisant massacré par les aliens s’insinua dans l’esprit d’Alex. Une sueur froide coula derrière sa nuque, Alex sentit une rage monter en lui.

Il fallait qu’il réussisse à détruire ces tubes, alors soudainement, il eut un flash, Alex savait enfin ce qu’il lui resté à faire…

Alex concentra toute sa colère, toute sa frustration sur l’un des tubes le plus proche et la seconde qui suivit, il eut un grand bruit de verre qui éclate. Suivi de celui d’étincelles résonnant dans le couloir.

Alex savait qu’il venait de réussir. Il sentit une montée d’excitation, il y était presque…

Quand le garde entendit cela, il se précipita vers la direction de ce vacarme, laissant enfin seul Alex.

Celui-ci attendit que l’extraterrestre soit suffisamment éloigné pour se dirigeait vers la porte.

Alex sentit son cœur cogné dans sa poitrine, il s’approcha du panneau de la porte et y mit la gemme devant, la porte s’ouvrit automatiquement.

Alex entra, ça y été, il lui resté plus qu’à baisser le levier correspondant à l’alimentation des boucliers.

À chaque pas qu’il faisait, Alex sentait les battements de son cœur s’accélérer.

Quand il fut à environ un mètre du levier, Alex tendit déjà le bras, cette fois il y était enfin…

Il baissa le levier, ce qui eut pour effet immédiat d’éteindre le voyant se trouvant juste en dessous. Alex savait que cela avait marché, cela ressemblait au fonctionnement de la technologie Terrienne.

L’excitation à son paroxysme, Alex quitta la pièce marchant à un rythme accéléré.

Il ne resta plus qu’à Alex à retourner à l’ascenseur, puis de rependre le téléporteur…

Une fois dans le couloir, Alex se débarrassa de la gemme, puis se dirigea vers l’ascenseur, quand subitement, il fut interrompu par une voix qu’il connaissait bien maintenant :

– TOI ! Tu pensez peut-être t’en tirer comme ça ? hurla le commandant.

Le sang d’Alex se glaça, il se figea sur place, paralyser par la terreur…

Alex se retourna lentement, le commandant et le garde se trouvaient devant lui, leurs armes pointer sur lui.

Le commandant avait un fusil différent du garde, celui-ci avait un canon plus gros et des boutons sur le côté.

Il savait que tout était fichu, alors qu’il était si prês du but…

Alex sentit une immense frustration monter en lui.

– Rends-toi ! Traître ! s’exclama le commandant.

Alex était coincé, il le savait, à deux contre un, il ne pourrait rien faire…

Au moment où le commandant s’approcha d’Alex, le garde tira, il sembla ne pas l’avoir fait exprès.

Alex par reflex mit son bras devant son visage, son pouvoir se déclencha et le laser revint sur le garde.

Le garde évita le laser in-extrémise en baissant la tête, le projectile continua sa course dans le couloir.

– Tu vas voir ! hurla le commandant.

Le commandant appuya sur l’un des boutons de son fusil, Alex ne comprit rien à ce qu’il faisait, de toute façon, il n’aurait pas le temps d’essayer…

Car le commandant appuya sur la détente de son arme et un projectile électrique en sortit et fusa sur Alex sans que celui-ci puisse faire quoi que ce soit…

Il le reçu de plein de fouet, Alex prit une puissante décharge électrique.

Alex sentit comme si son corps brûler de l’intérieur, son cri de douleur résonna dans le couloir. Sa vison se brouilla comme précédemment. Puis il s’effondra dans un bruit assourdissant, inconscient…

 

Alex reprit connaissance, sa vision était toujours trouble malgré son casque.

Lentement il retrouva sa vision, il reconnut l’ascenseur qu’il avait prit avec le garde.

Alex remarqua qu’il était à genoux, ses bras étaient attacher par le devant avec des sortes menottes épaisses, faite d’un métal que Alex ne connaissait pas.

Il sentit encore les douleur des brûlures des décharges électriques, le jeune homme leva la tête et vit le garde à sa gauche et le commandant à sa droite. Il le savait, cette fois c’était la fin pour lui…

Marlène, Ladur, ses parents et le reste de l’humanité était condamné…

Alex était désespéré, il ne savait pas où on le conduisait, mais où que cela soit, c’était sans nulle doute vers une mort certaine…

L’ascenseur s’immobilisa, la porte s’ouvrit, le garde et le commandant souleva Alex en le saisissant par les aisselles. Puis ils traversaient un nouveau couloir.

Après deux à trois minutes de marche, ils arrivaient devant une double-porte, garder par deux soldats armaient de fusils.

Ils s’écartaient pour laisser passer le commandant, garde et Alex, la double-porte s’ouvrit avec un léger vrombissement.

Ils entraient, l’intérieur étaient immense, Alex en était surpris par la taille.

Au centre de celle-ci se trouvait un trône fait de métal, différent des autres, de couleur noir.

Assis dessus, un alien, c’était l’un des extraterrestres de ce monde. Mais celui-ci était différent, on aurait dit une femme…

Elle avait des longs cheveux ! Comme une humaine !

Ils étaient soyeux, noirs. Même sa peau était différente des autres autochtones, elle avait des reflets argentés.

L’alien avait corps fin, des yeux uniformément noirs, Alex la trouvé belle, malgré qu’elle ne soit pas humaine…

Elle portait une armure, mais pas intégrale comme les autres, elle avait un plastrons et des épaulières, fait du même métal que les armures des soldats.

Elle avait également une protection sur son entre-jambe, ainsi qu’aux genoux jusqu’aux pieds. La femme alien porté aussi une chose sur sa tête, que Alex n’avait pas tout de suite remarqué, une étrange couronne, d’une matière translucide, sertie de gemmes multicolores. Il venait de comprendre qui elle était…

La reine porta une cape blanche, Alex remarque une autre chose était collé à droite de son bassin, un cylindre métallique, d’une couleur argent.

Il y avait deux gardes des deux côtés du trône, armé de fusil, mais Alex remarque qu’il avaient également quelque chose de collé à sur leurs bassins. Un étrange objet, ressemblant à un manche de cuter noir. Leurs armures étaient semblables à celle du commandant.

la reine posa son regard sur Alex, qui sentit une hostilité envers lui.

Le commandant et le garde emmena Alex devant le trône et le força à se mettre à genoux.

– Que se passe-t-il, commandant ? Demanda la reine à la fois surprise et intriguée.

– Majesté, cet individu s’est introduit dans la salle des machines, il a réussit à me subtiliser ma gemme. Il semblerai qui soit doté de pouvoirs de télékinésie… répondit le commandant.

La reine était bouche-bée par les révélations du commandant, puis elle ordonna :

– Très bien, vous pouvez disposer…

Le commandant et le garde quittèrent la pièce.

– Bien, qu’on lui retire son casque ! reprit la reine, les deux gardes s’approchaient d’Alex, qui sentit la panique le submerger.

Les deux gardes le tenait en joue, mais celui-ci ne compté pas bouger.

Ils arrivaient derrière Alex et l’un deux posa ses mains sur son casque et lui enleva…

La reine fut très surprise quand elle vit le visage d’Alex, celui-ci cru que son cœur allait sortir de sa poitrine.

– Un humain, comme c’est inattendu… dit-elle d’un ton trop aimable pour être sincère, je me présente, je m’appelle Céléstia Oméga V et je te souhaite la bienvenue dans la dimension du chaos !

EPISODE XI

L’entraînement de Marlène

Cela faisait déjà plusieurs jours que Alex avait franchit le portail, Marlène était de plus en plus inquiète pour lui…

Il était tôt ce matin là, quand son téléphone se mit à vibrer, la jeune femme tâtonna pour le trouver.

Elle n’était pas bien réveiller, elle finit par le saisir et lu le message, celui-ci provenait de LaDur :

On se donne RDV dans une heure au parking du commissariat, pour votre entraînement !

La jeune femme relu deux fois avant de comprendre ce qu’il était écrit, puis d’un seul coup, elle se leva de son lit, complètement réveiller par l’adrénaline.

Au bout de dix minutes, Marlène sortit de la salle de bain et alla prendre son petit-déjeuné.

La jeune femme était toute excité, elle attendait depuis plusieurs jours au moment où elle pourrait commencer l’entraînement au tir.

Mais elle était également stresser…

Une fois son petit-déjeuné terminer, Marlène se dirigea vers sa chambre et sortit quelque chose de sa commande. Le pistolet que lui avait donné LaDur.

Au bout d’une dizaine de minutes de marche, Marlène arriva à destination.

Elle attendit plusieurs longues minutes l’arrivée de LaDur, elle était très en avance.

La jeune femme regarda sa montre à plusieurs reprises, mais l’homme d’une quarantaine d’années se faisait désirer.

Puis après encore quelques minutes d’attente, il arriva enfin, il avait l’air toujours aussi dur.

– Vous êtes là depuis longtemps ? Demanda-t-il un peu mal à l’aise.

– Depuis environ quarante minutes, répondit la jeune femme, qui commençait à avoir mal aux pieds, à force de rester debout à entendre.

– Fallait pas arriver si tôt, rétorqua LaDur.

– J’étais presser de commencer ! Répondit la jeune femme.

– Bon, très bien, on y va !

– Au fait, pourquoi ne pas le faire ici ? Demanda Marlène intriguée.

– Je n’ai pas le droit de faire ça, il faut rester discret ! Répondit le flic avec impatience.

LaDur commencer à avancer, suivit par Marlène, ils marchaient quelques minutes, puis ils arrivaient devant une voiture de la police.

LaDur ouvrit la porte passager et Marlène entra dans la voiture.

Au bout de quelques secondes, le moteur vrombit et le voiture commença à rouler.

Tout le long de la route, LaDur resta presque silencieux, ce qui mit très mal à l’aise Marlène. Elle remarqua qu’ils quittaient la ville.

Ils se dirigeaient vers Crouy.

Après plusieurs minutes de trajet, ils arrivaient à destination, LaDur gara sa voiture et coupa de le contact.

Marlène sortit de la voiture, respirant un bon air frais, loin de la ville.

Ils se trouvaient sur un champ.

Au bout de quelques secondes, LaDur fit son apparaissions devant la jeune femme, avec des bouteilles vides de bière.

Marlène ne pouvait pas s’empêcher de sourire en s’imaginant LaDur buvant toutes ces bouteilles, devant totalement ivre. Cela le rendait un peu plus humain, aux yeux de la jeune femme.

– Bon, on va pouvoir commencer, dit LaDur.

– OK, on va tirer sur ses bouteilles ? demanda Marlène.

– À votre avis ? Rétorqua le flic, toujours peu aimable.

Marlène répondit par des yeux monter au ciel, l’homme se dirigea sur plusieurs mètres, avant de poser les bouteilles, bien aligner.

Une fois qu’il venait de les poser, LaDur revint vers la jeune femme, puis il se tourna vers les bouteilles.

– Bon, le plus important pour tirer, c’est de bien respirer ! dit-il d’un ton assuré.

LaDur sortit un pistolet de son étuis, il visa et dit :

– Démonstration !

À ces mots, l’homme tira, le coup de feu résonna à travers le champs, et sa balle pulvérisa l’une des bouteilles. Puis LaDur se retourna vers la jeune femme, qui était très impressionner.

– Bon, à votre tour, dit LaDur.

Marlène sortit son arme de son sac à main, posa son sac, ses mains tremblantes.

– Non, essayez de vous calmer, conseilla le flic.

– Je vais essayer, répondit la jeune femme qui sentit son cœur battre la chamade.

Marlène respira un grand coup, puis leva son pistolet, puis tira, mais ses mains tremblaient encore. La balle fusa, mais elle finit sa course à une vingtaines de mètres de sa cible.

– Bon, recommencez encore une fois, prenez votre temps, dit Ladur qui avait une voix plus apaiser, ce qui déstressa un peu Marlène.

La jeune femme refit le même geste, mais cette fois, ses mains tremblaient un peu moins, du coup, la balle passa seulement à une dizaine de mètres de sa cible.

Mais au bout du troisième essaie, elle réussit à exploser la bouteille.

Et puis virent les autres, Marlène sentit une chaleur monter en elle, elle commença à y arriver. Elle venait de réussir une chose qu’elle ne pensait pas être possible.

– Très bien ! dit LaDur enthousiaste.

Marlène lui sourit, le flic lui rendit un léger sourire, puis il regarda sa montre et dit :

– Bon, on va renter, on se fera un autre entraînement la semaine prochaine.

Marlène regarda LaDur avec une pointe de déception, maintenant qu’elle commençait à y arriver, elle voulait continuer dans cet élan.

LaDur et Marlène rentrèrent en ville, toujours avec le même silence qu’à l’aller…

Puis une fois arriver au commissariat, Marlène sortit de la voiture et dit au revoir à LaDur, puis enfin quitta les lieux.

Tout le long du chemin de retour, Marlène repensa à sa séance de tir avec LaDur.

Elle avait hâte de recommencer, cela lui permettait d’occuper son esprit et de moins penser à Alex.

Mais une fois l’entraînement finit, la reste de la journée de Marlène était longue, car c’était la seule chose qu’elle avait à faire ces temps-ci.

Mais bientôt, pour la jeune femme, les choses allaient changer…

EPISODE XII

Réunion de crise

Si il y avait une chose que LaDur détester, était du perdre du temps dans des réunions interminables et inutiles.

Et le temps justement, c’est ce que qu’il manqué en ce moment… Car l’humanité se préparer à l’invasion d’alien éminente.

Et une réunion, c’était à sa qu’il devait se convier, en tant que commissaire de police.

Il se leva tôt ce jour là, comme chaque jours depuis des années, à cause de son métier.

Le commissaire se leva avec difficulté et c’était le cas depuis qu’il avait vu un cadavre d’alien…

Si un jour où lui aurait dit que des créatures venant de l’espace attaquerait la Terre, il aurait bien ris au nez de la personne lui aurait raconter ça !

L’homme vivait seul dans un petit appartement, il n’avait ni enfant, ni femme et cella lui allait très bien. Car la seule chose qui compta pour lui était son travail.

Mais ces derniers temps, ce boulot n’avait plus aucun sens pour lui, il était totalement dépasser par les événements…

LaDur se lava les dents en repensant à ses monstres, la peur que cela lui inspiré, il revoyait en rêve le portail devant de plus en plus gros.

Une fois terminer son lavage de dents, sa douche, l’homme s’habilla en vitesse, de son habituel uniforme.

Sa réunion avait lieu à la mairie à quatorze heure.

Une fois qu’il finit de prendre son petit-déjeuné, l’homme quitta son appartement.

Et alla à son travail et comme il vivait dans un appartement que l’État lui mit à disposions à proximité de son lieu de travail, cela lui prit pas plus deux minutes pour y arriver.

Il passa le reste de sa matinée à faire de la paperasse… Puis trente minutes avant le début de la réunion, le commissaire partit en direction de la mairie. Il détesté être en retard…

La tension était palpable à l’intérieur de la salle de réunion de la mairie.

Elle était immense, pouvant contenir une cinquantaine de personne facilement.

Il y avait des dorures sur les murs, des tableaux d’arts,… Bref, la pièce était à toute point de vue, incroyable. Même impressionnante.

Il faisait une chaleur à crever, le soleil taper contre les bais-vitrés.

Le maire présidé la réunion, il était assit au bout d’une grande table fait de chêne. Qui était brillait grâce à du verni et parfaitement cirée.

Le maire était accompagné de son adjoint, de conseillés municipaux, mais et c’était la première fois pour le quadragénaire, maire d’une petite ville, du premier ministre et d’un colonel.

Ils étaient tous assis autour du maire, celui-ci commencé déjà à transpirer.

La situation dans laquelle il se trouvé était exceptionnelle, incroyable même, surtout pour un maire d’une petite ville…

Il prit la parole :

– Bonjour à tous, je suis honoré de la présence du premier ministre, ainsi d’un grand colonel de l’armée de terre dans ma petite ville.

Il eut quelques secondes de silence et le maire reprit :

– Dommage que ça soit en pareille circonstance, pour moi cette situation est plus qu’incroyable…

– Monsieur le maire et si vous commenciez ? Suggéra son adjoint.

– Vous avez raison, répondit le maire d’un ton décidé, comme je le disait la situation est incroyable, je dirais même plus, critique.

Le maire se racla la gorge et reprit :

– Comme vous le savez, les scientifiques dépêcher au Geek Island, n’ont pas pu trouver le moyen de faire disparaître le portail. Du coup, nous avons plus choix…

Il eut un nouveau moment de silence, puis le maire reprit :

– L’armée, par ordre du président a débarquer en ville, ils ont placés des explosifs qui se déclencheront au moment ou l’un des aliens sortira du magasin.

Des barricades ont été placer autour du magasin, ainsi des hommes, prêt à faire feu au cas l’une de ces créatures seraient encore vivante après l’explosion.

Il eut encore des secondes de silence, puis l’un des conseillés prit la parole et demanda :

– Et si les armures des ces montres résiste aux explosions, nous faisons quoi ?

– Nous avons analyser la structures des armures de ces aliens, il semblerait quelles soit faite d’un métal inconnu, répondit le maire d’un ton nerveux.

– Ma question tiens toujours, monsieur le maire, insista le conseillé.

– Je vais vous répondre, la structure des amures sont fait de métal ultra résistants, aucun calibre d’arme à feu les perceraient, mais il semblerait qu’il y ait une faiblesse au niveau de leurs yeux.

Les personnes autour de la table sembla reprendre espoir, puis le maire reprit la parole :

– J’aimerai attiré votre attention vers cet écran se trouvant face à moi. Tout le monde se tourna vers l’écran plat se trouvant au fond de la pièce.

Le maire appuya sur une télécommande se trouvant à côté de lui et qui alluma la télévision, un plan des armures des aliens s’afficha.

– Regardez le plan de cette armure, dit le maire, si on zoom dessus… il appuya sur un autre bouton et il eut un zoom sur les yeux de l’armure.

– Si on arrive à détruire leurs yeux, on pourra peut-être les tuer, reprit-il.

Il eut encore un nouveau silence, l’assistance sembla être plus en plus retrouver une nouvelle énergie.

Puis l’un des autres conseillés reprit la parole, il parla d’un ton grave :

– Mais comment faire pour réussir l’exploit de détruire leurs yeux ?

– Nous leur lanceront des grenades à brouillage électroniques, ce qui devrait les éblouir, répondit le colonel, qui était très silencieux jusqu’à maintenant.

– Et si nous parvenons pas a les repousser, qu’est-ce que nous allons faire ? Demanda un troisième conseillés.

Cette fois, il eut un plus long silence, la tension revenait d’un seul coup dans la salle…

Le maire se tourna vers le premier ministre et le colonel, qui le regardèrent d’un air nerveux, mais ce fut le premier ministre qui prit la parole et dit d’un ton grave :

– Le président à décider en cas d’échec, le tir d’une ogive nucléaire !

Il eut un silence glaçant autour de la table, qui dura plusieurs longues secondes…

Puis soudain, quelqu’un reprit la parole, une voix grave, presque brusque :

– Et pour les habitants ? Demanda LaDur.

– Malheureusement, on ne pourra pas les évacuer tous, répondit le maire d’un ton navré.

– Il faudra espérer qu’on en arriva pas là, dit le premier ministre.

– Qu’est-ce qui se passera si votre bombe ne les tuent pas, vous aurais tuer des milliers de gens pour rien, sans parler des radiations ! S’exclama LaDur indigné.

– Malheureusement, c’est la seule solution qui nous restes en cas d’impossibilité de les repousser… Répondit le premier ministre.

– Alors il faudra espéré que Alex parvienne à faire disparaître le portail, dit LaDur d’un ton grave, presque désespéré.

– Oui, il reste ce jeune homme, parti de l’autre côté du portail… Dit le maire, mais il nous faut bien penser au pire, et il faut penser à la survie du reste de l’humanité…

À ces mots, la réunion prit fin, tout le monde quittèrent la salle, LaDur sortit le premier, presser de partir.

Une fois à l’extérieur, LaDur se dit qu’il ne pouvait pas laisser Marlène ne pas être mise au courant. Malgré que cette réunion soit des plus confidentielle. Il ne pouvait pas s’empêcher de penser à la jeune femme… Il devait se l’avouer, le flic commença à avoir de l’affection pour elle,

LaDur prit son portable et tapa un message, qu’il envoya :

C’est pour vous dire, qu’ils comptent envoyer une bombe nucléaire si jamais ils ne parvenaient pas à repousser les aliens, il faudra vous préparez à vous mettre à l’abri !

Il remit son téléphone dans sa poche, puis il reprit sa route se dirigeant chez lui.

Quelques minutes plus tard, le téléphone sonna, LaDur le sortit et lu le message qui venait de Marlène :

OMG ! Ils sont sérieux, où vous voulez-vous que j’aille !!!!

LaDur s’attendait à cette réponse, il aurait savoir quoi répondre, mais il en avait aucune idée…

Il répondu tout de même :

Désolé, il faudra espéré que leur plan marche, je vous expliquerait tout demain, si ça vous intéresse.

Ladur eut à peine le temps de rentrer dans sa voiture, qu’il reçu une réponse de Marlène :

Bien-sûr que ça m’intéresse ! Á demain, bonne soirée à vous !

LaDur lu ce dernier message, encore une fois il s’attendait à cette réponse.

Décidément, cette fille avait du cran et cela plaisait à LaDur, maintenant, il fallait garder espoir, avec un peu de chance, leur plan marcherait…

LaDur le savait, il y avait une infime chance que cela marche, mais que leur resté-t-il ?

Bientôt l’humanité allait peut être subir sa propre destruction et si cela devait arriver, LaDur combattrait jusqu’à la mort… Car c’était la seule chose qu’il savait faire.

EPISODE XIII

La première vague

Cela faisait déjà plusieurs semaines que Alex avait franchit le portail, il manqua énormément à Marlène, elle pensa à lui à chaque instants de la journée…

La seule chose qui l’aider à tenir sans lui, c’était de se battre, ces derniers jours, Marlène les passèrent à s’entraîner à l’utilisation d’armes à feu. Entraînement reçu par LaDur.

Mais la jeune femme venait d’apprendre une terrible nouvelle part LaDur la veille… Une chose qui changea tout, comme pouvait-elle faire pour survivre à un bombardement nucléaire ?

Marlène décida d’y pas penser, fallait qu’elle reste positive, mais cela lui demanda un gros effort, elle devait se concentrer sur son entraînement.

LaDur lui indiqua que l’entraînement du jour serait le dernier, car il lui enseigner tout ce qu’il savait.

Marlène se rendit dans le parking du commissariat pour y attendre Ladur…

Le flic arriva deux minutes plus tard, ils partirent en voiture jusqu’à Crouy,

Une fois les bouteilles mise en place, l’entraînement commença…

Marlène tira sur les cibles sans aucune difficulté.

À cet instant, elle était devenue une véritable pros de la gâchette.

Et elle savait qu’elle le devait à LaDur, ses précieux conseilles l’avait aider.

« Vous devez bien respirer, la respiration est la clé d’un bon tireur », c’était les mots qui lui répéta en boucle.

Après deux heures d’entraînement passèrent, puis Marlène rentra chez elle. Sur tout le long du chemin, ses pensés étaient orientés vers Alex, mais aussi à la peur que lui inspiré l’arrivée éminente des extraterrestres…

Une fois chez elle, Marlène se posa sur son canapé et alluma la télévision pour se détendre un peu, mais en vain…

Car sur toutes les chaînes on ne faisait que de parler de l’invasion extraterrestre qui se préparer…

Au moment où Marlène allait éteindre la télévision, elle tomba sur le reportage en direct devant le Geek Island…

Elle reposa tout de suite la télécommande et fixa son attention sur le

reportage en question.

C’était une femme d’une quarantaine d’années qui s’approcha du magasin, il y avait des soldats entourant les lieux. La femme se dirigea vers l’un des hommes en uniforme et demanda dans le ton de l’excitation :

Monsieur le soldat, pouvez-vous me dire ce qui se passe ?

Mais l’homme ne répondit rien, la journaliste insista sans obtenir de réponse, alors elle s’adressa aux téléspectateurs :

Appartement les événements semble s’accélérer, peut-être que le portail s’emballe ! Je ne sais pas, mais vous pouvez voir qu’autour de moi, il y a des mouvements de partout, c’est la panique !

Le cameramen filma des soldats se poster devant le magasin et ainsi que des policiers, se préparant à quelque chose… Parmi eux… LaDur !

Que Marlène reconnut immédiatement, elle éteignit la télévision sur le champs et l’appela.

Le téléphone sonna plusieurs secondes sans qu’il décroche, alors elle raccrocha son téléphone et se précipita vers sa chambre.

Marlène sortit un pistolet d’une commode se trouvant à côté du lit. Puis elle le rangea dans son sac à main et se précipita vers la porte d’entrée, puis enfin quitta l’appartement.

Une vingtaine de minutes plus tard, Marlène arriva au centre-ville, elle cherche du regard LaDur sans le trouvé… Tour ce qu’elle vit étaient des centaines d’hommes et de femmes en uniforme, des policiers et des soldats s’affairant de tous les sens.

Marlène ne voyant toujours pas LaDur, elle décida de crier son nom, mais sans toujours aucune de réponse…

Soudainement, une main attrapa le bras de Marlène et la tira vers l’arrière. La jeune femme fut ramener sur un trottoir, elle se tourna vers la personne l’ayant attraper et vit que c’était LaDur…

Celui-ci sembla énervé et effrayer à la fois, cette réaction était dû par sa présence au centre-ville. Et Marlène remarqua une autre chose, LaDur porta un gilet par balle.

– Qu’est-ce que vous foutez ici ? Demanda-t-il brusquement.

Marlène sous le coup de la surprise ne répondit pas tout de suite, puis après quelques secondes de silence, elle dit d’un sec :

– À votre avis ? J’ai vu la télé, je veux savoir ce qui se passe ici !

LaDur relâcha la pression sur le bras de Marlène et répondit dans un ton plus calme :

– Bon, puisque que je sais que vous allez pas partir tant que vous ne saurez pas, je vais vous le dire… LaDur se tût quelques secondes, le temps de reprendre sa respiration après s’être énervé et reprit la parole :

– Le portail fait des siennes, on peur que les aliens débarquent ! Maintenant, partez, fuyez la ville !

Marlène était bouche-bée après ces révélations, elle sentit la terreur monter elle.

De la sueur commencé à couler sur son visage, son cœur battait la chamade.

Marlène s’était préparer à cela pendant plusieurs jours, mais elle redouter que ce jour arrive…

Mais on y été, elle ne pouvait plus espéré que Alex les sauves tous, elle ne pouvait pas non se cacher, elle irait où de toutes les façons ?

Marlène regarda LaDur droit dans les yeux et répondit :

– Je ne partirai pas !

LaDur fut surprit par cette réponse, il savait qu’elle était du genre têtu, mais pas inconsciente tout de même, il la regarda également et lui répondit d’un ton grave :

– Non, vous ne pouvez pas rester, c’est trop dangereux ! Je ne veux pas que vous creviez ici !

Marlène ne pouvait pas rester insensible aux mots de Ladur, cela la touché beaucoup, surtout venant d’un homme comme lui…

Elle ne se douté pas qu’il puisse tenir aussi fort à elle. Mais malgré tout, elle pourrait pas partir…

– Désolé mais je reste ! Je me suis pas entraîner pour rien ! Dit-elle d’un ton ferme. Malgré l’émotion qui en train de monter elle…

LaDur resta bouche-bée devant la réponse inattendue de Marlène, après quelques secondes de silence, il répondit tout aussi ferment :

– Écoutez, si je vous entraîner c’était où cas où, mais là c’est vraiment trop dangereux, vous… Ladur fut ininterrompu par une explosion… Il n’était plus temps pour la discussion, les aliens étaient là…

C’était la façade du Geek Island qui explosa, les vitrines volèrent en éclat, ainsi que la porte d’entrée.

Une épaisse fumée, mélanger à de la poussière se répandirent là où l’explosion avait eu lieu, on n’y voyait rien…

Au même moment, LaDur prit Marlène par le bras et l’entraîna loin du magasin.

Il se mit à courir, assez vite malgré son poids, Marlène était entraîner sans pouvoir réagir, sans comprendre ce qu’il faisait…

Puis après plusieurs mètres de course, LaDur s’arrêta, il se trouvé devant sa voiture de fonction. Marlène ne comprit toujours rien à ce qui se passé, elle était totalement en panique.

– Qu’est-ce que vous faites ? Finit-elle par demander.

– Fallait… D’abord qu’on s’éloigne du danger… Répondit LaDur essoufflé et en panique. Alors que des gouttes de sueur qui perlaient sur son front, mais il y a ceci que je voudrait récupérer…

Il sortit de son coffre de voiture, un fusil à pompe, qu’il chargea, Marlène voyant ça, fit de même et sortit son pistolet et le chargea également.

– Ne restez pas planter là ! Planquez-vous derrière la voiture ! Hurla LaDur.

Ce que fit tout de suite Marlène, rejointe par Ladur, ils observaient ce qui resta du Geek Island…

Celui-ci était toujours à moitié dissimulé par un écran de fumée. Mais qui commença à s’évaporer…

Une dizaine de silhouettes étaient cachés par la fumée, mais qui était de plus en plus visible, au fur à mesure que celle-ci disparaissait…

Une dizaine de soldats et de policiers se tenaient prêt à les recevoir, bien caché par les barricades.

Les soldats étaient tous armés de fusils FAMAS, les policiers eux, de MP5. Ils pointaient leurs armes pointaient vers les créatures.

Lentement, la fumée se volatilisa, laissant apparaître les créature derrière…

Puis quelques secondes plus tard, la fumée avait complètement disparue… Ils étaient là, les aliens, l’un d’entre eux était différent, Plus grand, plus impressionnant.

Il avait des épaulières plus grosses et le reste de son armure également, elle était proportionnelle à sa carrure. Il portait également une cape, mais aussi… un canon à la place du bras droit!

Cette fois il n’y avait plus de doute possible, les extraterrestres étaient bien là, l’espoir que tout ceci soit un rêve s’estompa immédiatement.

Le monde allait bientôt basculer dans la terreur, l’humanité allait peut-être s’éteindre ?

Mais pas sans combattre!

Sans attendre une seconde de plus, les soldats, ainsi que les policiers balancèrent tous en même temps des grenades par dessus les barricades.

Mais une fois sur le sol, elle n’explosa pas comme des grenades classiques, après leurs détonations, des particules métalliques microscopiques sortirent de ce qui rester des grenades.

Les extraterrestres semblaient déstabiliser, comme paralyser, les particules brouillaient leurs visions. Comme cela était prévu par le colonel.

– FEU ! Hurla le commandant, l’homme était bien caché derrière un tank, se trouvant à des centaines de mètres du magasin.

Tous se mirent a tirer en même temps, les balles fusaient par milliers sur les créatures.

Elles atteignirent leurs cibles, le casque de chacun des extraterrestres, plus exactement, leurs yeux…

Les tires dura plusieurs secondes sans s’arrêter, puis le son des fusils se stoppaient, ils avaient vider leurs chargeurs.

Mais c’était avec stupeur, qu’ils découvrirent qu’il y avait que des micros-fissures sur leurs yeux de leurs casques. Malgré qu’ils venaient de vider leurs chargeurs…

Leurs yeux étaient bien plus résistants que prévu, les canons des fusils fumaient encore, quand les aliens se mirent à bouger, les effets des grenades venait de se stopper…

– REPLIS ! Hurla le commandant, tous les hommes et femmes en uniformes se retirèrent.

Puis avant même que les aliens ne puissent faire quoi que ce soit, le tank tira, un gigantesque obus fusa vers eux.

Il eut une énorme explosion, bien plus puissante que la précédente, presque tout le magasin partit en fumée, ainsi que les barricades.

Un épais nuage de fumée recouvrit ce qui resté du Geek Island, tous espéré que cette fois les extraterrestres étaient bien morts…

Marlène qui cru que son cœur allait s’arrêter, était recroquevillé, elle se demanda si finalement, elle n’aurait pas dû rester sagement chez elle ?

Elle ne sentait pas de taille fasse à ces monstres, la jeune femme prier intérieurement pour les aliens soient morts.

Marlène sortit lentement la tête de derrière la voiture, son corps trembla frénétiquement.

La fumée était encore là, on n’y voyait toujours rien… Mais lentement, elle commença à se dissiper…

Bientôt, elle serait plus là, mais seulement, on pouvait distinguer des mouvements au travers de la fumée…

Des pas se firent entendre, puis il eut une détonation, un laser traversa l’écran de fumée et fusa dans la rue, pour finir sa course sur le visage du commandant, qui venait à peine de sortir la tête de derrière le tank pour voir ce qui s’était passé…

Son crâne explosa littéralement, des morceaux de cervelles furent éparpiller dans tous les sens.

Le reste de son corps retomba lourdement au sol, la panique se rependit partout dans les lieux…

D’autres tirs résonnaient, les soldats et les policiers tentèrent de s’enfuir, mais en vain.

Plusieurs d’entre eux furent abattus, certains purent s’échapper in-extrémise.

Ils coururent tout en s’abaissant, évitant les lasers, se cachant derrière des immeubles ou des maisons. Mais les extraterrestres, qui pour le moment ne bougeaient plus, allait bientôt sortir de derrière la fumée. Qui s’était presque évaporée. Ils étaient tous intact, comme si rien ne s’était passé.

C’était le plus gros d’entre eux qui s’avançait en premier, suivit par les autres, il fit quelques pas, puis s’immobilisa en tendant son canon…

C’est alors qu’une chose incroyable se produisit, sous les yeux écarquillaient des personnes encore vivantes…

Le gros alien appuya sur l’un des bouton de son bras et une boule d’énergie violette fit son apparition à l’intérieur de son canon. Elle grossit lentement, des arcs électriques commençaient en jaillir…

La boule grossie encore et encore, jusqu’à presque sortir du canon, puis le gros alien appuya sur l’un des autres boutons de son arme.

L’énorme boule d’énergie fut alors expulser du canon, comme un projectile, fusant vers le tank.

Quand celle-ci rentra en contact du tank, il explosa dans une énorme déflagration.

Il se souleva de terre, le goudron fut arracher, puis il retomba lourdement, là où il était, faisant trembler le sol, le fissurant, partout autour de lui.

Le choc fut si violant que toutes les vitres de sa voiture volèrent en éclat.

Heureusement pour lui, LaDur était caché derrière recroquevillé, il entendit quelques secondes, puis il se releva d’un seul bon.

LaDur qui était en panique total, chercha des yeux Marlène, qui la vit recroquevillé presque sous ce qui resté de sa voiture.

Il la prit par son bras, la souleva et commença à courir, son fusil dans l’autre main, le plus vite et le plus loin possible des lieux…

– ALLEZ ! BOUGEZ-VOUS ! Hurla-t-il à Marlène qui sembla paralysé par la peur.

Celle-ci le regarda d’un air ahuri, puis la seconde qui suivit, elle commença à rependre contenance, la jeune femme se mit à accéléré le mouvement.

Des lasers sifflaient au dessus de leurs têtes, LaDur lâcha le bras de Marlène, il se tourna vers elle et hurla :

– ‘Faut qu’on se sépare, ça s’ra plus dur pour eux de nous tirer dessus !

La jeune femme ne répondit pas, elle se contenta d’acquiescer, puis se dirigea vers la droite, pendant que LaDur alla vers la gauche.

Leurs poursuivant continuer de tirer, mais la stratégie des deux humains marcha, leurs projectiles ne les atteignirent pas…

Le plus gros d’entre eux, s’arrêta alors les autres firent de même.

Il sembla être leur chef leur fit des signes étranges, tout en leur parlant dans une langue inconnue. La seconde qui suivie, les aliens se séparèrent, cinq partirent avec le chef et les cinq autres partirent dans la direction opposer.

Le chef hurla à ses hommes d’autres instructions et la seconde qui suivie, ils accéléraient le pas.

Marlène zigzagua pour éviter les lasers, les tirs étaient de plus concentré sur elle, mais elle garda une bonne avance sur ses poursuivants.

Il y avait trois aliens qui étaient à plusieurs mètres d’elle, ils tiraient encore dessus, mais celle-ci évita encore les projectiles.

Marlène tenta de réfléchir afin de trouver le moyen de semer ses poursuivant, mais la terreur l’empêcher d’y arriver. Elle commença même se fatiguer…

La sueur dégoulina de partout, son cœur allait bientôt sortir de sa poitrine. Cette fois, elle sentit que ça serait bientôt la fin…

Un tir passa à quelques centimètres de son épaule, Marlène se mit alors à courir à l’opposé de celui-ci.

Mais un autre laser passa à quelques centimètres de son autre côté, Marlène regarda par-dessus son épaule et vit les cinq extraterrestres toujours sur ses talons.

Elle fallait qu’elle parvienne à les semer, mais comment ? La jeune femme n’en avait toujours aucune idée…

Marlène tenta un tir désespéré par dessus son épaule, mais qui n’atteignit pas sa cible.

Elle parvenait tout de même à remonter la rue, mais les aliens commença à la rattraper…

Soudainement, d’autres tirs venaient en face d’elle, mais pas ceux des créatures, mais c’était celui-ci des soldats.

Un combat s’engagea entre eux, profitant de cette diversion inespéré,

Marlène prit la fuite à l’opposé d’eux.

Marlène entendit les tirs derrière elle, mais elle savait que les soldats ne pourrait pas tenir longtemps…

Marlène continué de courir le plus vite qu’elle pouvait, malgré la fatigue de plus en plus forte, mais subitement, quelque chose passa au dessus d’elle.

Le projectile atterrir à quelques mètres de la jeune femme, au contact du sol, il explosa.

L’explosion fut d’une puissance gigantesque, Marlène reçu des gravats sur elle.

Marlène s’immobilisa sur place, tremblante de peur, de la sueur coula en grosses gouttes.

Marlène tourna la tête lentement et vit l’alien au bras canon, alors elle s’enfuit se dirigeant vers le bâtiment le plus proche d’elle. Il fallait qu’elle se mette à l’abri.

À quelques mètres de sa position se trouva un centre commercial, Marlène fonça vers lui…

Elle arriva enfin devant l’entrée, quand soudainement, celle-ci explosa, l’arrêtant dans sa course. Elle fut aveuglé par la déflagration.

Les éclats de verres brûlant que consistaient la porte furent projeter vers Marlène. Qui ne pouvait pas les éviter, tout ce qu’elle eut le temps de faire, c’était de mettre ses bras devant son visage.

Les bouts de verres la transperça à plusieurs endroits, les épaules et les jambes, les blessures n’étaient pas très grave, mais elle saigna beaucoup. Mais elle était aussi brûler assez gravement, la jeune femme hurla à cause de toute cette douleur.

Marlène sans avoir à se retourner, savait que c’était cet alien au bras-canon, cette fois l’explosion n’était pas très puissance… Il avait dû utiliser son arme au minimum de sa puissance.

Marlène reprit contenance, malgré l’intense souffrance, elle zigzagua pour tenter d’éviter un autre tire. Puis, Marlène pénétra à l’intérieur du centre commercial.

Il était immense, sur plusieurs étages, à peine entrer, la jeune femme vit des tas de rayons de marchandises variés…

L’intérieur du centre commercial était éclairé faiblement par des néons, Marlène continua de courir, mais le chef des aliens était seulement à quelques mètres derrière d’elle…

Il eut un nouveau tir, l’explosion, peu puissante, se produisit à une dizaine de mètres derrière Marlène.

Ce qui la propulsa au sol, atterrissant dans un fracas assourdissant. Dans sa chute, Marlène lâcha son pistolet, qui glissa au sol sur plusieurs mètres… Elle était sonné, cette fois elle était fichu…

Soudainement, un bras la souleva de terre, Marlène leva la tête et vit LaDur, l’expression de panique déformant son visage, de la sueur lui avait coulé dessus. Même sa moustache était devenue collante.

– ALLEZ DEBOUT ! ON BOUGE ! Hurla-t-il.

Ils courraient dans les allées du centre commercial, alors que des pas lourd se fit entendre derrière eux…

LaDur et Marlène se retrouvèrent caché dans l’allée la plus éloigné de l’entrée du centre commercial.

– Co… Comment vous avez fait pour semer les aliens ? Demanda Marlène intrigué.

– CHUT ! Répondit LaDur dans un ton sec, avec ceci ! LaDur montra son fusil à Marlène.

– Ça les ralentis ! Reprit-il.

Marlène reprit sa respiration, réfléchissant à ce qui fallait faire, LaDur souffla un bon coup et dit d’un ton toujours aussi brusque ;

– Il qu’on se sépare, mais ne sortez pas dehors, les créatures à l’extérieur vont vous cueillir !

– D’accord, mais il me faut mon flingue, il est resté à l’entrée…

Au moment où LaDur allait répondre, il fut interrompu par des pas qui s’approchaient d’eux…

Marlène retourna sur ses pas, essayant de faire le moins de bruit possible, tant dit que LaDur alla à l’opposé d’elle.

Les pas de l’alien semblaient s’éloigner de Marlène, peut-être que la créature était partit en direction de LaDur ? Et si tel était le cas, Marlène devrait alors se dépêcher…

LaDur marcha en faisant le moins de bruit possible, il tenait son fusil bien serrer dans ses mains.

Le commissaire savait comment faire face tous sortes de personnes dangereuse d’habitude, mais c’était la première fois de sa vie, en tant que flic, qu’il était totalement impuissant, il était dans un flou total…

L’homme n’avait jamais imaginé que cela puisse arrivé un jour, d’ailleurs, ces histoires d’envahisseurs n’étaient pas sa tasse de thé. Personnellement, il ne croyait pas aux petits-hommes verts, mais là, il y était en plein dedans… Comment faire pour s’en sortir ?

Donc, Ladur devait être le plus prudent possible, en espèrent que l’alien ne tombe pas sur lui… Il sentit la terreur grimper d’un seul coup.

Seulement, le flic n’était pas très chanceux, car il entendit des pas s’approchaient de lui…

Marlène y était presque, son arme était à quelques mètres d’elle, elle accéléra le pas…

LaDur commença à reculer doucement, mais le pas s’entendirent plus en plus fort, l’homme serra la détente de son fusil, mais bientôt la créature serait face à lui…

Marlène attrapa son pistolet, et fit demi-tour, elle se dirigea vers les pas…

Le chef des aliens faisait face à LaDur, celui-ci, le cœur cognant dans poitrine, pointa son fusil vers le monstre…

Marlène accéléra le pas, ses mains qui tenaient l’arme tremblaient…

Mais soudainement, Marlène entendit des coups de feu…

LaDur tira à plusieurs reprises sur l’alien, celui-ci s’immobilisa, sa tête bascula en arrière à chaque fois que les plombs le touchèrent.

Des micros-fissures commençaient à apparaître sur les yeux de la créature.

Le flic tira encore, encore et encore, l’alien resta figé sur place, à chaque nouveau tir. La fissure devant plus en plus grande… Mais bientôt, LaDur serait à court de munition…

Marlène courut pour rejoindre LaDur, elle avait du mal à respirer, tellement son cœur cogna dans sa poitrine. Les deux ennemis étaient à une dizaine de mètres d’elle…

Il eut un cliquetis qui retentit, LaDur était à court de munition, le chef des aliens, qui avait la tête basculé en arrière, la redressa lentement…

Puis il tendit son canon vers LaDur, qui était paralyser par la peur…

Marlène y était enfin, ses mains trembla encore frénétiquement, elle respira d’un seul coup, elle ferma les yeux, tendit son arme…

Lentement, ses bras trembla de moins en moins fort, puis ils s’arrêta complètement. Puis Marlène ouvrit de nouveau les yeux, l’air déterminer.

Pour la première fois de sa vie, Marlène était sur le point de faire quelque chose de vraiment extraordinaire pour elle… Une chose qu’elle n’avait jamais imaginé faire…

La créature chargea son arme, quand subitement, un cri perçant se fit entendre :

– HE TOI !! Hurla Marlène à plein poumon.

L’alien se retourna et la jeune femme tira, la balle fusa, tournoyant sur elle-même à toute vitesse.

Elle atteignit sa cible, explosa l’un des yeux du casque du monstre.

Les éclats de son œil volèrent dans les airs, le chef des aliens sembla déstabiliser…

Du sang violet coula à flot dans l’orbite du véritable œil de la créature. Un trou apparaissait là où se trouvait l’œil rouge de son casque.

Soudainement, LaDur reprit contenance, profitant du fait que la créature soit affaiblie pour passer à l’action.

Il frappa le monstre à coup de crosse en plein dans son orbite, l’enfonçant presque à moitié.

Le chef des aliens vacilla, puis s’écroula lourdement sur le sol, mort.

Marlène avait réussit, elle n’en revenait pas, la jeune femme sentit de intense chaleur monter en elle.

– Bon, maintenant qu’il est mort, on fait quoi ? Demanda LaDur.

Marlène regarda le cadavre du monstre, puis son regard se posa sur Ladur, l’air dubitative.

Puis soudainement, la jeune femme eut un flash, elle regarda de nouveau LaDur avec un léger sourire aux lèvres.

– Il faut que je mette cette armure ! Finit-elle par dire.

– Vous êtes folle ? Demanda LaDur qui la regarda d’un air incrédule.

– J’ai pas le choix, c’est le seul moyen de tuer ces choses !

LaDur ne répondit rien, il ne savait pas quoi dire, puis au moment où Marlène se baissa, il la retenue en attrapant son débardeur.

– Attendez, il faut d’abord que vous soigniez vos blessure, dit-il d’un ton inquiet.

– Oui, vous avez raison, répondit la jeune femme, qui regarda ses plaies avec inquiétude.

– Bon, il faut aller au rayon pharmacie, dit LaDur.

Une vingtaine de minutes plus tard, Ladur finit de prodiguer ses soins à Marlène. Qui était recouverte de bandages, puis les deux repartirent vers le cadavre de la créature.

– Bon, voyons-voir… Dit Marlène songeuse.

La jeune femme s’abaissa, observant l’armure, des flash d’Alex posant la paume de sa main sur le plastron de l’autre armure, lui revint.

Elle fit la même chose, il se passa rien pendant quelques secondes, puis subitement, des images s’insinuèrent dans son esprit…

Marlène cru qu’elle allait tomber dans les pommes, elle fut rattraper par LaDur.

– Est-ce que vous allez-bien ? Demanda-t-il inquiet.

– Mon dieu, j’ai reçu tous les souvenirs de cette chose directement dans mon cerveau, répondit Marlène d’une voix tremblante.

– Quoi ? Mais comment c’est possible ? Demanda LaDur choqué.

– Je… ne sais pas… Mon dieu, Alex a dû subir ça aussi, sans m’en parler…

– Il ne voulait sûrement pas vous inquiéter… On a pas le temps pour ça ! Allez-y mettez ce truc!

LaDur avait raison, Marlène devrait remettre son questionnement à plus tard, maintenant, elle savait comment marcher cette armure.

Après quelques minutes, Marlène, avec l’aide de LaDur, finit d’enfiler l’armure.

– Et pour le casque ? Demanda LaDur.

– Je pense qu’il est trop abîmer pour qu’il serve à quelque chose, répondit Marlène d’un ton navré.

– Et maintenant ?

– Il faut… Marlène fut interrompu par des bruits de pas qui se firent entendre à l’entrée du centre commercial.

Qui se trouvé à l’opposé de leur position, Marlène se plaça devant LaDur.

LaDur ramassa le pistolet que Marlène venait de laisser par-terre, juste à côté de son sac.

Les deux personnes se dirigeaient vers la sortie lentement, quand soudainement, des tirs fusaient sur eux…

Ils s’abaissèrent juste à temps, évitant les lasers, Marlène répliqua instantanément.

Son premier tir traversa la pièce touchant de plein fouet l’alien se trouvant à quelques mètres d’elle.

Celui-ci fut projeter dans les rayons, qui tombèrent en se renversant comme des dominos.

Un deuxième monstre débarqua à l’intérieur du centre commercial, il ne pût rien faire, lui fut lui aussi toucher par une boule d’énergie.

Projeter sur plusieurs mètres, retombant lourdement sur le sol, mort.

Marlène n’en revenait pas, c’était comme si l’armure lui avait transmit toutes les capacités de l’alien qui la porté…

LaDur, lui était bouche-bée par ce qu’il venait d’assister.

Lui et Marlène sortir du centre commercial, Marlène était devant, le bras-canon tendu.

Ce qu’elle vit était un décor de guerre, des cratères de partout, des cadavres jonchant le sol, certains d’entre eux, étaient en morceaux.

Ce qui resté du tank fumer encore, Marlène regarda dans toutes les directions pour s’assurer qu’elle ne voyait pas la présence d’extraterrestres.

Elle pensa qu’ils étaient tous morts, mais la chose étranges c’est qu’elle savait que les deux qu’elle venait de tuer, était loin d’être les seules… Or il n’y avait pas de cadavres d’aliens… Où pouvait-il bien être ?

Soudainement, trois extraterrestres arrivaient sur la droite, deux autres sur la gauche…

Marlène tira une première salve sur ceux de droite, les explosant tous en même temps. Leurs corps furent projeter dans les airs, retombant à des centaine de mètres de l’explosion, morts. Ceux de gauche reçurent la même sentence.

Il ne resta peu de chose de leurs corps, puis d’un seul coup, deux autres aliens débarquèrent dans la rue.

La jeune femme se tourna brusquement vers eux, sa cape virevolter dans les airs à cause de son geste brusque, tel un de ses super-héros préféré d’Alex.

Marlène tira ses deux salves d’une puissance plus faible que ses tirs précédents, tuant sur le coup les deux aliens.

Cette fois, elle le savait, ils étaient tous morts, mais la jeune femme était sûr que c’était qu’un début. D’autres arrivaient tôt ou tard…

LaDur rejoignit Marlène, il était stupéfait par ce spectacle incroyable.

– Ils sont tous morts ? Demanda-t-il avec espoir.

– Ceux là oui, mais ce n’est qu’un début, Alex a parler d’une armée et là, ils étaient qu’une dizaine à tout cassé, répondit Marlène d’un ton inquiet.

– Merde ! Une armée ? Comment va-t-on faire ?

La panique s’entendit dans le son de la voix du commissaire, c’était la première fois depuis qu’elle le connaissait, que Marlène le vit comme ça… Elle ne sût pas comment lui redonner courage, car elle même sentit le désespoir l’envahir de plus en plus.

Mais il ne fallait pas abandonner comme cela, il fallait se battre jusqu’au bout ! Et espérer que Alex les sauves tous.

Marlène regarda LaDur droit dans les yeux et répondit d’un ton déterminer :

– Prenez l’un de leur fusil, c’est le seul moyen que nous ayons pour les tuer !

– OK…

– On va se défendre comme on le pourra et espéré que Alex réussisse ! Il faut récupérer les autres fusils et les donner aux soldats et aux policiers encore vivants.

Après quelques minutes à rassembler les armes, LaDur et Marlène se reposaient, car la fatigue commença à se faire sentir…

– Vous voyez des flics ou des soldats quelques part ? Demanda LaDur.

– Non, j’espère qu’ils ne sont pas tous morts… S’inquiéta Marlène.

Qui regarda un peu partout pour vérifier si elle n’en vit pas l’un, mais sans résultat…

Soudainement, trois personnes arrivaient vers eux, deux femmes et un homme. Plus exactement, deux femmes soldats et un policier.

– Mon dieu, seul eux ont survécus? s’alarma Marlène.

Les personnes en uniforme arrivaient à leur rencontre, ils éraient épuisés, mais sans égratignures.

– Mais qu’est-ce que il s’est passé ici ? demanda le policier dont la voix était suraiguë.

Ladur prit la parole et expliqua tout, le policier et les soldats écoutaient tout le récit avec une expression crédule.

– Ils nous faut des renforts, si d’autres arrivent, dit l’une des femmes.

– Vous avez raison, acquiesça LaDur.

– Pour la civile, demanda l’autre soldat.

– Vous avez entendu ce que je vous ais raconter ? Elle a tuer tous ces créatures, il faut qu’elle reste ! Répondit LaDur d’un ton catégorique.

– Très bien, je vais tenter d’entrer en contact avec mes supérieurs pour les renforts, dit la première soldat.

Il était déjà plus de treize-heure maintenant, la faim, la soif, la fatigue commença à se faire sentir pour tout le monde…

Tout le monde se réfugia dans le centre commercial et se dirigeaient vers la cafétéria.

Là-bas, ils trouvèrent de quoi manger et ils se reposaient.

– Quel est le plan ? Demanda l’un des soldats.

La femme était en train de manger un steak, LaDur répondit :

– Il faudra tenir les lieux comme on pourra…

– Il faudra espéré que les renforts arrivent vite et nombreux, dit l’homme.

– Oui… répondit LaDur dont l’inquiétude s’entendit dans la voix.

– Il faudra installé des barricades improviser, dit la femme.

– Vous avez raison, répondit LaDur d’un songeur, si on finissait de manger ?

Le reste du repas se passa dans le calme, puis ils retournèrent à l’extérieur, chacun étaient armés de fusil laser, prêt au combat.

Bientôt, une nouvelle bataille commencerait, avec leurs armes, les soldats et les policiers, ainsi que Marlène et Ladur pourraient faire face.

Mais Marlène le savait bien, cela ne serait pas suffisamment contre une armée…

Quoi qu’il arrive, elle se battrai jusqu’à la mort, si il le fallait, car c’était la seule chose qu’elle pouvait faire.

EPISODE XIV

La reine Céléstia Oméga V

Il y avait bien longtemps que ses sujets avaient besoin d’elle… Chaque jour qui passé, les morts s’accumuler…

La reine avait charger ses savants pour une solution pour s’enfuir d’Oméga.

Ils travaillaient avec acharnement, mais malgré cela, sans rien trouvé.

Puis un jour, ils trouvèrent…

Ils décidèrent d’inventé une machine pouvant crée des portails dimensionnelles.

Et après plusieurs années de recherches et de travaille très éreintant, ils parvenaient enfin au but.

Il ne resté plus qu’à préparer le voyage, et un léger détail, les Terriens ne se laisseraient pas piquer leur planète comme cela.

Mais ils étaient rien face à la puissance des Omégaliens.

Des années plus tard, la reine était sur le point d’envahir ce nouveau monde…

Le palais trembla encore ce jour là, un bout de plafond s’écroula en plein milieu de la gigantesque salle du trône.

La reine sursauta sur son trône d’un métal noir, quand soudainement, la double-porte s’ouvrit.

Un Omégalien entra, il était vieux, on pouvait le voir à ses rides et à sa longue barde blanche.

Il était vêtus d’une longue robe marron, d’une cape noire à capuche.

Il marcha lentement, aider d’un long bâton, son dos voûté.

– Altesse, nous devons partir… Le palais risque de s’effondrer… Dit le vieil alien.

– Je sais… Répondit la reine d’un ton las.

C’était avec une immense tristesse, que la reine se leva de son trône et suivit son serviteur.

Ils marchaient pendant plusieurs minutes, traversant un long couloir aux murs fait du même métal noir que le trône de Céléstia. Puis au bout de celui-ci, ils s’arrêtaient devant une autre gigantesque double-porte.

Elle s’ouvrit automatiquement, les deux Omégaliens la franchir.

Ils étaient maintenant à l’extérieur du palais, la reine regarda le ciel et vit des éclairs violets éclataient.

Elle sentit le sol trembler, son serviteur l’attendit et lui demanda de continuer à le suivre.

Les deux Omégaliens marchaient encore plus minutes, traversant une grande coure.

Dont la végétation avaient presque disparue, ils croisèrent plusieurs sujets de la reine, qui s’inclinèrent à la voyant.

Puis enfin ils arrivaient en plein milieu d’une grand place, devant eux

se trouvait un immense vaisseau.

Il était rectangulaire, noir, il dépassé la taille de plusieurs immeubles.

Il était d’un design futuriste, des symboles étranges étaient sculptés par endroits.

Il avait deux gigantesque ailes et plusieurs réacteurs à l’arrière, l’avant quant à lui, disposer des plusieurs canons lasers.

Il tenait au sol grâce à quatre immenses trains d’atterrissage, ils ressemblaient à des pattes d’insectes géants.

– Il est prêt votre altesse, dit le serviteur de la reine.

– Très bien, répondit Céléstia dont la voix était toujours aussi triste.

Elle se tourna une dernière fois vers son palais, celui-ci était immense, du même métal noir que le trône.

Il y avait quatre grande tour, dont les rebords étaient faits de pics immenses, qui ondulaient. Le toit de celui était également pointu.

Puis Céléstia suivit son serviteur vers le vaisseau, le sas s’ouvrit à leur arrivé.

L’ouverture était immense, suffisamment grande pour faire rentrer une vingtaines d’Omégaliens en même temps.

Ils pénétrèrent à l’intérieur, celui-ci était encore plus incroyable que l’extérieur.

Il y avait des couloirs immenses, des soldats s’affairaient dans tous les sens.

Le serviteur reprit la route, suivit par la reine, ils marchaient au travers les couloirs pendant plusieurs longues minutes…

Puis enfin, ils arrivaient devant une autre double-porte, garder par des soldats.

Qui les laissaient passé, la porte s’ouvrit, laissant apparaître une nouvelle salle du trône, Avec la réplique du trône.

– Exactement comme votre ancienne salle du trône, majesté, dit le serviteur d’un air satisfait.

– Oui… Répondit toujours aussi tristement la reine Céléstia.

– Maintenant, ici sera votre nouvelle demeure.

Le vaisseau commença à prendre de l’attitude, puis il décolla complètement

Les années se succédaient, le vaisseau resta tout son temps au dessus de la terre.

Évitant comme cela le climat hostile et autres catastrophes naturelles…

Le vaisseau avait récupérer le maximum l’Omégalien, les autres serait sauver une fois la Terre prise…

Puis un jour, une chose inattendue se passa… Une chose que même la reine ne pût anticiper.

La venue d’être venant de la Terre, pour contrarier ses plans…

Le plus incroyable, c’était que cet humain avait réussit à traverser le portail, survivre dans ce monde hostile et surtout à pénétrer dans le vaisseau.

Comment un tel être pouvait-il réussir un tel exploit ? Ce n’était pas possible !

Pourtant cet être se tenait devant elle, cela l’intriguer énormément.

Il fallait qu’elle sache comment cet humain avait fait…

La reine regarda l’humain devant elle, il fallait qu’elle l’interroge pour découvrir tout sur lui…

EPISODE XV

Les révélations

Alex le savait, c’était un jeune homme mort, tôt ou tard, la reine le ferrait exécuter…

Une fois mort, plus rien ne pourrait sauver la Terre, tous les habitants se ferait tuer… Marlène, LaDur, sa famille, ils se feraient tous massacrer… Alex sentit son cœur se serrer à cette pensée…

Mais pour le moment, celle-ci le regarda avec mépris et même haine.

Elle lui faisait peur, son cœur battait la chamade, de la sueur dégoulina de partout.

Ses pensés allaient toutes vers Marlène, il espéré très fortement qu’elle soit saine et sauve.

La reine Céléstia sembla songeuse d’un seul coup, elle sembla réfléchir, puis après plusieurs secondes de silence, elle prit la parole et demanda intriguée :

– J’ai pleins de questions qui me trottent dans ma tête, humain… Comment as-tu fait pour récupérer cette armure, pénétrer dans mon vaisseau ? Et appartement tu possèdes un pouvoir de télékinésie.

Alex la regarda incrédule, il ne s’attendait pas à ces questions, il était persuader qu’elle le ferait exécuter à la seconde où elle aurait ouvrir la bouche.

– Alors humain ! Réponds-moi, comment as-tu fais ? insista Céléstia en haussant le ton.

Alex ne sût quoi faire, mais si cette reine alien voulait connaître les détailles de son récit, pourquoi pas répondre ? Il se dit qu’il devait gagner un maximum de temps, pour tenter de trouver une solution pour s’échapper.

Alex prit une grande inspiration et dit avec la voix la plus calme qu’il pouvait malgré la situation :

– Pour… L’armure, je l’ai récupérer sur le cadavre de l’un de vos soldat…

Céléstia était surprise par la réponse d’Alex, cela lui sembla impossible qu’un simple humain puisse tuer l’un de ses sujets…

– TU MENS ! Comment un vulgaire humain pourrait tuer l’un d’entre nous ? S’exclama-t-elle hors d’elle.

– M… mon pouvoir s’est déclencher… répondit Alex dont la voix trembla.

– Ta télékinésie ? Comment un humain est-il capable d’avoir ce genre de pouvoir ?

Il eut un petit moment de silence, puis Céléstia pointa l’un de ses long doigt fin sur Alex. Elle possédait des très longs ongles noirs, ressemblant presque à des griffes.

– Comment cela se fait que tu as obtenu ses pouvoirs ? demanda-t-elle toujours aussi curieuse.

Alex ne répondit pas tout de suite, car lui-même n’en savait rien, du moins, il n’avait qu’une idée à cette question… Cela devait avoir un lien avec le portail et son accident…

Il reprit une bonne inspiration et dit enfin :

– Je… ne sais pas trop… Ça doit… Avoir un rapport avec le portail, il… Mais il fut interrompu par son interlocutrice qui s ‘exclama :

– Le portail t’as dû t’envoyer un rayon d’énergie ! C’est bien cela ?

Alex fit oui de la tête, la reine était bouche-bée, elle resta silencieuse pendant plusieurs secondes, puis dit enfin :

– Je vais t’expliquer quelque chose sur notre monde, humain… La dimension du chaos ne porte ce nom par hasard. Il y a bien longtemps, nous les Omégaliens, vivaient heureux dans une planète luxuriante.

Alex écouta attentivement les explications de la reine, ce qui lui donnait le temps de trouver le moyen de s’échapper…

Il la fixa dans les yeux, tout en réfléchissant, mais pour le moment, il ne trouva aucune idée…

La reine reprit la parole :

– Mais quand l’un d’entre nous, meure, son corps se décharge de toute l’énergie électrique contenue à l’intérieur de celui-ci.

– Quoi ? Interrompit Alex incrédule, il ne s’attendait pas à cette explication surréaliste de la reine.

– Et oui humain. Nous les Omégaliens, nous sommes pas si différent de vous, du moins biologiquement, répondit Céléstia d’un ton dédaigneux. Elle reprit :

– Tu dois savoir qu’un corps humain est une machine bio-électrique, du courant électrique traverse votre corps. Mais pour nous c’est différent, nos corps peut générer en moyenne dix fois plus de courant électrique. Donc, je vais en revenir à mon explication concernant le fonctionnement de notre planète.

Quand l’un d’entre nous, meure, la planète aspire toute son énergie, c’est comme cela qu’elle marche.

– Qu’elle marche ? Votre planète aspire l’énergie contenue dans le corps de l’un d’entre vous pour s’alimenter ? Demanda Alex toujours aussi incrédule fur à mesure des explications de la reine.

– C’est exactement cela, bon, laisse moi finir, je reprends… Donc, notre planète aspire l’énergie d’un Omégalien à sa mort. Mais vue la puissance contenue à l’intérieur de son corps, cela prend des centaines d’années pour que celui-ci soit complètement décharger de son énergie.

Jusqu’ici ça allait, mais au fur à mesure des années, nous nous sommes multiplier à une vitesse incroyable. Du coup, la planète a aspirer de plus en plus d’énergie, tellement, que son noyau est devenue instable.

Ce qui déclencha des catastrophes climatiques…

Il eut un nouveau moment de silence, Alex en profita pour chercher un moyen de s’échapper, sans rien trouver… Le problème était ses épaisses menottes.

– Les morts ce sont enchaîner, mais à chaque nouveau mort, la planète aspiré encore plus d’énergie, devenant encore plus instable… Maintenant, ce monde est sur le point de s’éteindre !

Alex commença à comprendre là où venait en venir la reine.

– Il fallait donc trouver une solution, alors j’ai eu l’idée de la constriction des générateurs de portail. Puis après l’observation de plusieurs planètes, une seule pouvait nous convenir, reprit la reine. La Terre est parfaite pour nous, je vous ais observé pendant des centaines d’années. Vous êtes si primitif, vous ne méritez pas cette planète, alors nous allons vous la prendre.

– Ça explique tout ! s’exclama Alex, dont la colère commença à monter en lui…

– Et oui, mais attends, je n’ai pas terminer mon histoire, je pense avoir compris comment tu as obtenu tes pouvoirs, répondit Céléstia.

– Ah oui, expliquez-moi ça, altesse ? demanda Alex sur le ton de

l’ironie.

– Merci mon petit être humain, alors d’abord je vais t’expliquer comment marche les générateurs, cela te permettra de tout comprendre :

C’est assez simple, chaque générateur aspire l’énergie de nos cadavres qui sont enterrer.

En fait, les générateurs sont doter de sondes, elles mêmes doter d’aiguilles qui piquent les corps et aspirent leurs énergies. C’est cette énergie qui crée le portail.

Quand tu as reçu de plein fouet cette décharge d’énergie, cela a dû te surcharger en courant électrique.

Quand la reine vit l’expression d’incompréhension du visage d’Alex, elle dit :

– Tu vois, comme je te l’ais dit, un corps humain produit du courant électrique. Mais vous les humains, vous en produisaient rien en

comparaison de nous !

Le cerveau d’un être humain produit le courant électrique de votre corps.Vos neurones plus exactement et c’est cela qui vous permet d’utiliser vos capacités cérébrales. Comme nous, sauf que nous, nos capacités cérébrales sont dix plus grandes que les vôtres. Ce qui explique que nos corps génèrent environ dix fois plus de courant électrique.

Mais la décharge que tu as reçu a surchargé ton corps et ton cerveau en courant électrique. Ce qui a démultiplier tes capacités cérébrales !

Voilà qui explique ta télékinésie ! Cela aurait tuer n’importe quelqu’un être humain, mais pas toi !

Alex était totalement abasourdit par ces révélations, maintenant tout devint clair, ou presque…

La reine sembla à la fois surprise et également incrédule par le fait que Alex soit encore vivant malgré la puissance énergique qu’il s’était pris.

Céléstia leva un doigt, les deux gardes se tenant de chaque côtés d’Alex, prirent les sortes de cuter se trouvant collé à leur bassin et appuya sur l’unique bouton. Quelque chose d’incroyable se passa, une chose que Alex ne s’imagina pas possible malgré leur technologie… Une sorte de lame sortit de leur cuter, ressemblant à un mélange de laser et de flammes. De couleur mélangeant l’orange et le rouge. Cela ressembler aux sabres lasers de Star Wars.

Les gardes plaçaient leurs lames au niveau du coup d’Alex, les croisant comme un ciseau.

Alex sentit la chaleur des lames, il transpira comme vache qui pisse, mais sa sueur n’était pas seulement dû à la chaleur…

– Il y a une chose qui m’intrigue, comme tu as fait pour être ici ? Demanda Céléstia.

Alex reprit sa respiration, tentant de garder son calme, il répondit :

– J’ai été téléporter avec l’un de vos soldat.

– Hummm, intéressent, quelle incroyable coïncidence, mais maintenant, tu vas mourir…

On y été, la fin d’Alex, il fallait qu’il trouve une solution, il devait gagner encore un peu de temps…

Il réfléchissait à toute vitesse, la seule chose qu’il lui venait était de faire parler encore la reine.

– J… J’aimerai… Savoir pourquoi vous avez choisit la terre, permis toutes les autres dans l’univers ? Demanda-t-il dans l’empressement.

– Je te l’ais dit, il y a longtemps que je vous observe et votre planète est la seule qui nous conviennes.

– Je vois, vous pensez vraiment que la Terre va vous laissez prendre sa planète ? Demanda Alex sur le ton du défi, il releva lentement la tête, il voulait lui faire face.

– Vous n’êtes rien, on vous écrasera en quelques heures… Répondit la reine d’un ton supérieur. D’ailleurs, mon armée est déjà débarquer à l’heure qui l’est !

Alex sentit une rage monter elle, maintenant, il comprit enfin ce qu’il devait faire… Sa colère l’aiderai à utiliser sa télékinésie…

Il pensa à Marlène se faisant massacrer par les Omégaliens, il fallait qu’il la sauve…

– Vous sous-estimé les terriens, on sait se défendre ! Hurla-t-il, il fallait qu’il provoque la reine, afin de la poussé à sortir de ses gongs. Comme cela, elle oublierait ses ordres et resterai concentrer sur lui…

– La terre est à nous depuis des millénaires et elle le restera ! Hurla-t-il.

– Vous vous croyez tellement plus légitime à vivre sur la Terre ? Alors que vous l’avez presque détruite ! S’emporta la reine.

Le plan d’Alex commença à porter ces fruits, il fallait qu’il continu dans son élan.

– Peut-être, mais on vous la laissera jamais à des créatures de votre espèces ! Hurla-t-il, cette fois sa rage était à son paroxysme.

Son visage en était déformé, ses veines avaient doublé de volume, son cœur cogna dans sa poitrine. Il sentit son pouvoir couler dans ses veines, circuler partout à l’intérieur de lui…

– SALE PETIT INSTECTE!! TU N’EST RIEN !! Hurla de rage la reine. Son cri résonna dans toute la pièce, faisant même sursauté ses gardes.

– Je vais prendre un plaisir immense à massacrer chaque personne de ta planète, je vais massacré tous tes amis, tes parents !! Hurla de nouveau Céléstia.

En hurlant, la reine laissa apparaître des dents pointus, tel ceux d’un animal.

Alex de son côté, laissa sa rage exploser, il sentit une puissante énergie circulant dans tout son être… Dans un cri assourdissant, Alex relâcha toute cette énergie, une puissante onde psychique fut projeter par tout son corps.

Les deux gardes furent propulser sur plusieurs mètres, glissant sur le sol.

Puis avant même qu’ils puissent se relever, Alex se concentra sur leur épées laser qui s’étaient échapper de leurs mains.

Il en fit venir une vers lui, celle-ci flotta dans les airs, il activa la lame, puis la fit fusé dans sa direction.

Elle tournoya dans les airs, puis elle vint couper ses menottes. Puis le jeune homme la ramassa, car celle-ci était tomber à ses pieds.

La reine insista à ce spectacle avec stupeur, mêler d’une certaine admiration.

Les gardes de la reine se relevèrent doucement, encore sonné, celui désarmé ne pût faire quoi ce soit, Alex se releva, se précipita sur lui l’épée en avant. D’un seul coup de lame, il le transperça de part en part, l’Omégalien s’écroula au sol, mort.

Le deuxième sortit le fusil qu’il avait posé derrière son dos pour prendre son épée.

Il tira à plusieurs reprise sur Alex qui eut à peine le temps d’opposé son épée par réflexe. Le projectile laser vint s’écraser contre la lame.

Alex n’eut pas le temps de réfléchir à ce que cela signifier, il devait contrer d’autres tirs…

Il en contra deux autres, puis fonça sur le garde, celui-ci n’eut pas le temps de réagir.

Alex fendit les airs avec son épée, coupant en deux le fusil du garde, puis trancha le ventre de celui-ci.

Il s’effondra sur le sol, mort, l’alien avait une profonde entaille chauffée à blanc en plein milieu de son plastron.

Alex se tourna vers la reine, son regard était remplis de haine, Céléstia avait exactement le même…

Elle se leva de son trône, prit le cylindre collé à son bassin, puis elle le pointa devant elle. D’un léger geste, la reine appuya sur l’unique bouton se trouvant dessus.

Le cylindre s’allongea, une grande lame fit son apparaissions, devant électrifiée, à l’instar de la masse de l’autre créature que Alex avait combattu. À l’autre extrémité, se trouvé une pic.

En y regardant de plus prêt, ce cylindre ressemblait à une lance, Alex commença à faire des pas sur le côté.

La reine fit la même chose, les deux firent des cercles autour de la pièce, s’apprêtant à se sauter dessus, comme des animaux.

Bientôt, le combat allait commencer, un combat qui déciderait du destin de l’humanité…

EPISODE XVI

Confrontation

De ses yeux bleus, Alex fixa son ennemie droit dans les siens, la reine fit de même avec ses yeux uniformément noirs. Ils se renvoyaient des regards plein de haine.

Ils continuaient de faire des cercles autour de la salle du trône, gardant la même distance entre eux.

La reine pointa sa lance vers Alex, qui se mit en garde, Céléstia fit tournoyer sa lance au dessus elle. Alex était perturbé par ce qu’il voyait.

Puis soudainement, la reine fit d’étranges pas, comme des pas de danse. Elle tourna sur elle-même, tout en faisant tournoyer sa lance autour d’elle, puis fit quelques pas de gazelle en direction d’Alex, surpris.

La cape de la reine virevolta dans les sens, on aurait dit un spectacle, certes un spectacle dangereux, mais élégant.

C’est alors, qu’elle attaqua, son coup de lance était rapide, fusant vers Alex, qui ne pût qu’opposé son épée par réflexe, car il était surpris par la vitesse de la reine.

Il eut un bruit métallique résonnant dans la pièce. Des étincelle se produisaient au contact des deux lames, ainsi que des arcs électriques.

C’était le début du combat, qui serait des plus sanglant…

Les coups de la reine était rapide, très rapide, chacun d’entre étaient également précis. À tel point, que Alex avait du mal à tous les contrer…

Céléstia tenta à plusieurs reprise d’embrocher Alex avec sa lance, de temps en temps, elle fit d’autres pas de danse en faisant tournoyer sa lance à très grande vitesse, afin de déstabiliser le jeune homme.

Alex avait de plus en plus du mal à contrer ou a esquiver les coups.

Un coup de lance particulièrement vicieux faillit le décapiter, il baissa in-extrémise la tête.

Le jeune homme fit quelques pas en arrière, restant sur ses gardes, la sueur coula à flot sur tout son corps.

Alex ne savait pas comment toucher son ennemie, il fallait qu’il trouve une faille dans la garde de Céléstia. L’ennuie, c’était qu’elle n’en avait aucune…

Céléstia tenta une nouvelle attaque, que Alex évita encore à la dernier seconde. Le jeune homme commençait à fatiguer, ce qui ne sembla pas être le cas de la reine.

Si les choses continuer comme cela, Alex se ferait tuer…

Céléstia le savait, elle domina son adversaire, elle prit un énorme plaisir à ce combat, d’autant qu’il y avait longtemps qu’elle n’avait pas combattue…

Alex dû éviter plusieurs coups rapides de la reine, qui s’esclaffa bruyamment.

Il s’abaissa in-extrémise pour éviter un nouveau coup de lance, cette fois celui-ci venait de l’autre extrémité. Le jeune homme perdit une mèche de cheveux.

Alex décida de faire d’autre pas sur le côté, pour tenter de se retrouver sur le flanc de Céléstia. Mais sans succès, car celle-ci fit une pirouette pour se retrouver face à lui de nouveau.

Céléstia fit de nouveau tournoya de nouveau sa lance, la passant d’une main à l’autre, puis fit de nouveaux pas de danse en direction d’Alex.

Celui-ci recula, il s’éloigna le plus qu’il pouvait d’elle, il recula, recula, recula et recula encore… Le jeune homme se trouva dos à la double-porte…

Celle-ci s’ouvrit brusquement, les deux gardes se trouvant derrière furent surpris.

– ROMPEZ ! Hurla la reine, IL EST À MOI !!

Les gardes t’excusèrent et quittèrent le couloir, pendant ce temps là, Alex recula encore, il pénétra dans le couloir…

La reine s’approcha lentement de sa proie, cette fois, elle s’était piéger toute seule… Un petit coup d’estoc et c’était fini…

Sans attendre plus longtemps, c’est ce qu’elle tenta, mais Alex parvenait à la contrer in-extrémise.

Il fit glisser sa lance contre la parois du vaisseau avec le plat de la lame, la pointe de sa lance gratta un peu du mur.

Alex recula encore de quelques centimètres, Céléstia s’approcha de lui, toujours aussi lentement…

Alex devait tenter quelque chose, il ne devait pas laisser la reine s’approcher trop de lui. Alors il décida d’attaquer le premier, il leva son épée au dessus la tête et fonça sur elle…

Le fou, il fonça sur elle, la reine savait qui lui rester plus qu’à l’embrocher…

C’est ce qu’elle fit, mais au dernier moment, Alex dévia son épée sur le côté. Mais la reine parvint tout de même à opposer le manche de sa lance.

Des nouveaux étincelles jaillir de la lame d’Alex, puis subitement, la reine fit dévier l’épée sur le côté avec sa lance. Faisant tourner ses bras, cela déstabilisa le jeune homme.

La reine dévia la lame d’Alex de plus en plus sur le côté, celui-ci avait plus en plus du mal à résister…

Puis soudainement, Alex fut désarmer, son épée glissa sur le sol, la lame rentra à l’intérieur du manche.

Alex était mort cette fois et très rapidement il sentit quelque se planter dans son plastron.

Il baissa les yeux et avec horreur le pic de la lance de la reine, perçant son plastron, le fissurant…

Mais le jeune homme ne sembla pas blesser, la reine se trouva au bout de la lance. Elle était tourner à lui, car son mouvement pour le transpercé lui obliger à se retourner.

La reine tourna la tête le sourire aux lèvres, Alex était sous le choc de l’estoque.

– Je vais t’apprendre quelque sur moi, petit humain… Dit la reine d’un ton narquois.

La reine tendit l’autre main, Alex était surpris ce qu’il vit, ne comprit rien à ce qu’elle faisait…

Puis soudainement, Alex fut projeter, il fut décrocher du pic et il traversa la couloir à toute vitesse.

Le jeune homme atterrissait contre le panneau d’une porte, l’écrasant sous le choc.

Sa tête cogna également violemment la parois, son corps glissa contre, il fut sonner…

Alex sentit quelque de chaud couler derrière sa tête, sa vision se troubla.

Alex entendit de pas s’approcha lentement, il savait que c’était Céléstia… Elle venait pour l’achever…

– Tu sais mon petit humain, tu n’es pas le seul à avoir des pouvoirs de télékinésie, affirma la reine. Tu sais, je ne suis pas reine pour rien… Seul un individu sur mille possède de ce genre de capacité extraordinaire. Et c’est mon cas !

C’était à peine si Alex l’entendit, il se sentit partir… La reine était maintenant à moins d’un mètre de lui…

Il fallait qu’il bouge, il le savait, mais c’était sans succès…

Puis soudainement, Alex parvint à bouger, il se laissa tomber sur le sol et rampa… Alors que Céléstia était presque devant lui…

Alex rampa tentant d’atteindre la porte, celle-ci s’ouvrit, le panneau étant cassé.

Il pénétra dans la pièce, mais à peine rentrer, Alex ne bougea plus, il était au bord de l’évanouissement…

La reine entra à son tour dans la pièce, elle vit le corps étendu d’Alex…

Elle ne voulait pas l’achever trop vite, elle voulait s’amuser encore un peu avec avant d’en finir…

D’un geste nonchalant, Céléstia fit décollé le jeune homme du sol, puis baissa le doigt, celui-ci s’écrasa violemment contre le sol. Il eut un craquement horrible au contact contre celui-ci. Le nez d’Alex fut briser.

Son sang se rependit sur le sol, mais il était trop faible pour crier, malgré la douleur insoutenable.

Puis de nouveau, la reine fit un geste du doigt et Alex se souleva du sol. Puis elle fit tourner son doigt et le corps d’Alex se tourna vers elle.

– Tu es un bon jouet, petit humain ! S’exclama Céléstia.

Elle écarta la main et les bras et les jambes d’Alex s’écartaient, il commença à sentir une immense douleur provenant de ses muscles et tendons.

– Tu vas bientôt mourir ! Enchaîna la reine au bord de l’extase.

Alex hurla à la mort, cette torture était insupportable, pourquoi cette créature démoniaque ne l’achever pas ?

– Hummm, que c’est bon à mes oreilles ! Vas-y continu de cirer ! S’exclama la reine d’un presque pervers dans sa voix.

Elle continua d’écarter les bras d’Alex, jusqu’à entendre des craquement dû aux muscles et tendons commençant à s’arracher.

– Bon… Si on en finissez ? Demanda-t-elle, toujours aussi joyeuse.

Cette fois c’était fini, Alex était sur le point de mourir, il le savait… Ses pensés se dirigeaient vers Marlène…

Alex entendit quelque chose tomber par-terre, faisant un bruit métallique. Il ne savait pas quoi cela pouvait être, mais cela n’avait pas beaucoup d’importance.

La vision d’Alex devint plus en plus floue, des points noirs apparaissaient, il n’avait jamais ressentit une telle douleur…

La reine regarda Alex avec un énorme plaisir dans ses yeux, comme un lion sur le point de dévorer sa proie.

La seconde qui suivit, Alex sentit une intense douleur dans chacun de ses membres.

Il hurla, son cri résonnant dans la pièce beaucoup plus petite que la salle du trône.

La douleur était à son paroxysme, Alex ne souhaiter qu’une seul chose… La mort… Puis c’est à ce moment précis, qu’une chose incroyable se passa…

Alex sentit comme si son sa conscience quitta son corps, il ne ressentit plus aucune douleur… D’ailleurs il ne ressentit plus rien du tout…

Sa conscience voyagea à la vitesse de la lumière, traversant l’univers… Puis arriva à l’intérieur d’une planète, que Alex reconnue… La Terre…

Puis continua à voyager de ville en ville, jusqu à une petite ville du nord de la France…

Il vit… Marlène… Elle était en plein milieu d’une bataille. Il pénétra alors dans sa tête. Alex sentit alors une connexion s’établir entre eux…

Mais qu’es-ce qui se passe ?! Demanda la voix de Marlène dans la tête d’Alex. Dont la conscience était revenue à l’intérieur de son esprit.

– Je ne sais pas… On dirait une connexion télépathique… Répondit mentalement Alex dans le ton de l’incompréhension.

Mais comment c’est possible ? Demanda la jeune femme abasourdit.

– Pas le temps ! Là je suis un peu occupé… Je ne sais pas comment me sortir d’une mauvaise situation…

De quelle situation ? S’inquiéta Marlène.

Pas le temps de t’expliquer ! Je dois trouver le moyen de m’en sortir…

– D’accord, tu veux que je t’aide comment ?

– Je ne sais pas !

Soudainement, Alex fut ramener à la situation présente, la reine lui parla :

– Tu as fait une drôle de tête, j’ai cru tu étais mort. Heureusement, tu es encore là, ça serait trop tôt…

– Je… Ne… Mourrai pas tout de suite… Répondit Alex d’une faible voix.

Alex sentit un regain d’énergie, il ne savait d’où elle venait, mais peu importait… Il comptait pas mourir sans se battre !

C’est alors que Alex vit quelque chose qui brilla, il baissa les yeux, c’était la seule chose qu’il pouvait faire, car il était paralysé par le pouvoir de Céléstia.

C’était une pièce, sa pièce… Qui avait dû tomber de son armure, celle-ci devait être bien endommagé après la violence des coups qu’elle avait subie.

Alex regarda derrière la reine et des commandes sur un cockpit. Il comprit alors où il se trouvait…

Derrière Céléstia se trouva également une verrière, on pouvait distingué des nuages sombres au travers…

Alex remarqua parmi les commandes, des leviers, l’un d’eux s’appelant : « Boucliers ».

Il eut alors un flash lumineux, il savait ce qu’il lui rester à faire…

Alex ferma les yeux et se concentra sur sa pièce, qui parvenait à faire léviter de quelques centimètres du sol…

Puis très lentement, il la fit venir lui, puis la faire s’élever derrière son dos.

Il lui resta une dernière chose à faire… Cela n’allait pas être facile…

– On dirait que tu prépares quelque chose ? Demanda la reine intrigué par ce qu’il faisait.

– Vous… pensez que je peux faire quelque chose comme cela ? Demanda-t-il avec une certaine ironie dans la voix.

– Tu me prend pour une idiote ?!! S’exclama Céléstia qui perdit patience.

La reine propulsa Alex au travers la pièce, celui-ci se cogna contre la parois à l’autre bout. La pièce retomba au même moment.

Puis Alex fut ramener vers la reine, sonné…

Il se concentra de nouveau sur la pièce, celle-ci flotta de nouveau derrière lui.

Alex devait gagner du temps, il se concentra en espérant rentrer de nouveau avec Marlène…

Il ne se passa rien pour le moment, puis soudainement, il entendit la voix de Marlène dans sa tête…

C’est toi chéri ? Comment tu vas ? Demanda-t-elle inquiète.

– Bien ! Écoute, j’ai besoin de toi ! Répondit Alex dans l’empressement.

Tu as besoin de quoi ?

– Je sais que tu dois être occupé, mais j’ai besoin que parvienne jusqu’au portail !

Quoi ?

– Écoute et m’interromps pas, on a pas beaucoup de temps !!

OK…

Il faut que tu tirs quelque de puissant au travers le portail !

Alex eut à peine le temps de terminer sa phrase que sa connexion avec Marlène se stoppa…

– Bon, je vais en finir avec toi ! S’exclama la reine.

Alex sentit un pression sur tout son corps, la reine s’approcha de lui, sa lance brandit…

– Vous… êtes pas… Très courageuse ! Hurla-t-il.

C’était la seule chose qui lui venue, la reine s’immobilisa. Elle le fixa avec une rage immense.

– Que veut-tu dire ? Demanda-t-elle.

– Me… tuer comme ça, sans que je puisse faire quoi de ce soit… répondit Alex.

– Tu voudrais que je te libère ? Tu rêve ! Tu as ta chance, tu ne fait pas le poids face à moi !

– Vous avez raison… Vous êtes bien plus fort que moi… Mais ce n’est pas tout la force…

– Ah oui ? Et que y a-t-il d’autre ? Demanda la reine avec curiosité.

– Une… chose qui s’appelle l’humanité…

Alex s’était concentrer sur sa pièce tout le long qu’il parlait à la reine, il la fit tourner sur la tranche à toute vitesse…

Il ne resta qu’une seule chose à faire… Et espéré que Marlène réussisse…

Il était déjà plus de quinze heure quand une nouvelle bataille commença dans la petite ville de Soissons.

Les Omégaliens avaient débarquer par centaine, malgré les renforts de l’armée, la situation devenait désespéré…

La technologie des aliens dépasser largement celui des humains et le nombre des extraterrestres étaient bien supérieur.

Malgré tout, il y avait un petit espoir de victoire et ce petit espoir était incarné par une jeune femme… Son nom était Marlène.

La jeune femme était doté d’une armure très puissante, qui lui permettait de tuer bien d’entre eux…

Marlène venait d’entrer en contact télépathique avec Alex, mais si celle-ci ne savait comment cela était possible, cela lui avait redonné le courage de se battre ! Car maintenant, elle le savait vivant et de plus, celui-ci avait un plan…

Et lui avait donner une mission très importante, Marlène était déterminer à y arriver.

Mais il y avait un hic, une centaine d’Omégaliens se trouver entre le portail et elle…

La jeune femme se caché derrière un immeuble, elle subissait des rafale de tirs.

À côté d’elle se trouvé LaDur, son visage était fermé, il transpira abondement.

Marlène se tourna vers lui et dit d’un ton stresser :

– LaDur je vais avoir besoin de vous !

– Comment ça ? Demanda-t-il intrigué.

– Il faut que vous fassiez une diversion, j’ai besoin de passer ! Répondit la jeune femme.

– Comment ça passé ?

– Pour aller jusqu’au portail, ne cherchez pas à comprendre !

LaDur acquiesça sans rien dire, puis il fonça fusil laser en main, sortant de sa cachette.

Il hurla de rage, tirant en rafale, Marlène de son côté, savait ce qu’elle lui rester à faire…

Elle chargea son canon, une boule d’énergie apparue alors à l’intérieur de celui-ci.

LaDur parvint à abattre plusieurs Omégaliens, puis il se réfugia dans une pharmacie. Une vingtaines extraterrestres le poursuivit, Marlène chargea encore son arme…

Puis enfin, elle sortit de sa cachette et tira, la boule fusa sur une dizaine d’aliens.

L’explosion fut d’une puissance gigantesque, ils furent tous tuer sur le coup.

Marlène tira à plusieurs reprise sur une dizaine d’autres Omégaliens, les tuant tous.

Puis la jeune femme courut à toute vitesse vers ce qui rester du Geek Island.

D’autres créatures se mirent sur la route de Marlène, ils tiraient tous en même temps.

Pour éviter les projectiles, Marlène fit une roulade, puis tira à son tour. Elle abattit deux Omégaliens d’un seul coup, puis deux autres dans la foulée.

Enfin, les obstacle étaient tous morts, il ne resté plus qu’à Marlène à traverser la rue et de pénétrer dans le Geek Island.

La jeune femme se mit à accéléré le pas, au bout de quelques secondes, elle arriva devant ce qui était auparavant l’entrée du magasin.

Marlène, prudente, entra, le magasin qu’elle connaissait, n’exista plus… Il y avait des gravas partout, les rayons étaient tous au sol, en morceaux.

C’était la même chose pour les bornes d’arcades, de la poussière flotta dans tout le magasin.

Marlène marcha toujours aussi prudemment, ses pieds écrasa des gravas, celui-ci craqua légèrement. Elle progressa, arrivant vers l’arrière boutique.

C’est à ce moment qu’elle se souvenait du premier jour d’Alex… Le jeune homme avait postuler à un poste de vendeur, uniquement pour faire sa connaissance. C’était étrange de pensé qu’il y a encore trois mois, les choses étaient des plus normales. On pouvait même dire, génial. Et à cet instant, c’était la guerre…

Marlène revint à l’instant présent, elle avait sa mission à accomplir.

La jeune femme progressa vers le fond de la pièce, là se trouvé l’entrée de la cave.

Marlène vit avec stupeur, que la porte qui dissimuler l’entrée, était parti en fumée.

Il y avait des traces de brûles tout autour du dormant, il s’agissait de l’œuvre des Omégaliens, cela ne faisait aucun doute.

Marlène descendit les escaliers menant à la cave, grâce à son armure, elle était protéger par le froid.

Au bout de quelques secondes de descente, Marlène était en bas, devant le portail… Qui faisait presque la taille de la pièce, à ce moment là…

Marlène savait ce qu’elle allait faire, il garda ses distances avec le portail et dirigea son bras-canon vers lui.

Elle chargea l’arme, une boule commença à apparaître à l’intérieur du canon, comme à chaque fois…

La boule grossie, grossie, encore et encore, jusqu’à devenir énorme. Aussi grosse que Marlène…

Alex était toujours suspendu au dessus du sol, la reine allait bientôt en finir avec lui…

La pièce tourna de plus en plus vite, il fallait qu’il l’envoie… Mais vite, la reine s’approchait dangereusement de lui, lance en main.

– Vous… Ne serez jamais… Ce que c’est… D’être… HUMAIN ! Hurla-t-il.

Marlène s’immobilisa, l’air décontenancé, c’est à ce moment, que la pièce fusa sur elle…

La reine évita facilement la pièce en penchant légèrement la tête, la pièce continua sa route vers le cockpit du vaisseau.

Il eut grand BAM ! Qui résonna dans la pièce, des arcs électrique jaillissaient là où s’était planter la pièce.

Pile en dessous du levier des boucliers protégeant le vaisseau.

La reine se retourna horrifié par ce qu’elle vit, dans sa décontraction, elle lâcha l’emprise qu’elle avait sur Alex. Celui-ci tomba violemment au sol.

Céléstia se retourna rageuse, regardant avec encore plus de haine le jeune homme.

– C’était sa ton plan ? C’est complètement inutile ! Hurla-t-elle.

Alex se releva doucement, avec difficulté, tremblant de douleur.

Mais quand il leva la tête pour faire face à la reine, il lui sourit… D’un sourire victorieux…

La reine devint encore plus enragé, elle se précipita vers lui, sa lance tendu, lame en avant.

Mais c’est à ce moment, qu’une puissante lumière violette traversa la verrière.

Elle éblouissait Alex, la reine se retourna, se figeant sur place…

C’est alors qu’une gigantesque explosion se produisit, la déflagration souffla la verrière, ainsi que le cockpit.

Alex eut à peine le temps de sauter au sol, les flammes dévoraient tout sur son passage…

Le vaisseau commençait à pencher dangereusement, Alex sentit qu’il glissa.

Une alarme retentit dans la pièce, Alex glissa de plus en plus, au fur et à mesure que le vaisseau pencha.

Puis soudainement, le vaisseau pencha à la verticale, Alex fut alors aspirer par le trou béant, là où se trouver la verrière…

Il commença sa chut dans le vide, tombant à une vitesse affolante, tout son corps fut frapper le vent.

Il crut que son cœur allait lâcher, il hurla à s’en faire exploser les cordes vocales.

Tandis que le vaisseau tomba en piqué vers le sol, en dessous se trouver les générateurs de portail.

Oui, les boucliers des générateurs étaient de nouveau actif, mais il résisterai difficilement à un vaisseau de la taille de dix immeubles de vingt étages.

Quand le vaisseau s’écrasa, l’explosion était si puissante, qu’elle balaya tout sur son passage. La déflagration atteignit les nuages, Alex, de son point de vue, il y avait une gigantesque boule de feu qui lui arrivait dessus…

Par réflexe, il mit ses bras devant son visage, mais in-extrémise, il fut envelopper par une bulle invisible et quand les flammes l’atteignirent, Alex était sain et sauf… Il sentit tout de même la chaleur des flammes…

Il resté tout de même un détail, l’atterrissage, cela lui serait quelque peu préjudiciable…

Comment éviter cela ? Alex n’avait pas beaucoup de temps pour trouver une solution…

Le sol s’approcha à grande vitesse, Alex était fichu, il le savait… Dans un dernier geste de désespoir, il mit ses mains pour amortir le choc de l’atterrissage.

Alors c’est à cet instant précis, qu’une nouvelle chose se produisit, la bulle l’entourant se renforça…

Mais cela n’empêcha pas la gravité de faire son travail, le choc de l’atterrissage fut d’une violence immense…

La terre se souleva jusqu’au ciel, retombant comme de la pluie… Ainsi que des bouts de métaux…

Il ne resta plus grand chose du vaisseau, qu’une simple épave fumante, des tas de métal, entasser les uns sur les autres…

Le tout reposant dans un gigantesque cratère fumant, soudainement, une main sortit de la décharge, la main ganté par une pièce d’armure rouge…

Il s’agissait d’Alex, vivant, grâce à sa bulle mental de protection… Un véritable miracle…

Alex tenta se sortir des décombres du vaisseau, avec difficulté, il attrapa un énorme bout de métal et l’envoya loin de lui. Puis, il fit de même avec un deuxième, puis un troisième, puis un quatrième et enfin un cinquième.

Puis enfin, Alex fut totalement libérer des décombres du vaisseau, il regarda avec surprise son corps, il n’avait pas d’autres blessures… Un vrai miracle songea t-il.

Il se tourna et vit l’horizon, le portail était certes encore là, mais avait déjà diminué de moitié.

Alex savait qu’il ne serait bientôt plus là, il fallait qu’il se dépêche, avant que celui-ci disparaisse totalement.

Au moment où il commença à se diriger vers le bord du canyon, il entendit des bruits de pas…

Il se retourna et vit avec stupeur la reine, vivante…

Elle était blesser, mais bien vivante, comment cela était-ce possible, Alex n’en avait aucune idée… Peut-être sa télékinésie ?

Les blessures de la reine étaient nombreuses, elle saigna abondement du visage, la moitié de celui-ci était brûler. Ses cheveux étaient dans tous les sens. Sa couronne n’était plus sur sa tête, il lui manqua une épaulière, d’ailleurs, ce qui lui resté de son armure était fissuré de partout. Là où son épaule était nue, elle avait une profonde entaille.

La précieuse cape de la reine était également à moitié carboniser, celle-ci regarda Alex avec toute la haine qu’elle pouvait.

Le jeune homme remarqua, qu’elle n’avait plus sa lance, Céléstia se dirigea vers lui en boitant…

Alex vit quelque chose briller sur le sol, en y regardant de plus près, il remarqua la lance juste aux pieds de la reine, qui sembla trop blesser pour l’avoir remarquer…

Alex saisit sa chance, il se concentra, dirigeant sa main devant lui, Céléstia fut surprise par ce geste et s’immobilisa.

Le jeune homme était au bout du rouleau, la bulle qu’il avait faite apparaître était malgré lui, pour sa survie était presque tout ce qui resté de ses pouvoirs… Mais là, il devait se concentrer, faire appel aux dernière force qu’il lui rester…

La reine le regarda avec curiosité, puis subitement, elle comprit… Elle regarda autour d’elle et vit sa lance à ses pieds… Celle-ci commencer à trembler…

Céléstia tenta de la ramasser, mais trop tard, celle-ci glissa au sol, alors la reine se mit à courir malgré la douleur.

D’un geste de la main, Alex saisit la lance et la tendit devant lui… La reine Céléstia vint s’embrocher dessus.

Puis Alex sortit la lance du corps de la reine, celle-ci vacilla, son regard devint vitreux, enfin la reine s’écroula sur la sol…

Alex s’approcha du corps de la reine, il la regarda, c’était la fin d’une centaine d’années de règne.

Alex devait se dépêcher, le portail avait encore bien diminuer de taille…

C’est alors que quelque chose traversa l’esprit du jeune homme, il n’avait plus son casque, pourtant, il ne souffrait pas du manque d’oxygène. Mais c’était pas le moment de se poser des question, son temps lui était compté…

Alex courut le plus vite possible, ses muscles lui faisaient mal, mais il diminua pas sa vitesse.

Au bout de quelques mètres, il arriva devant un hic, Alex se trouva devant la parois du cratère.

Il devait le remonter, alors s’aida de sa lance pour escalader la parois.

Cela lui prit plusieurs minutes pour grimper complètement le cratère. Puis Alex courut de nouveau et au bout de plusieurs minutes, il arriva au bord du canyon.

Le portail s’était encore rétrécie de plusieurs mètres, Alex devait encore descendre la parois du canyon.

Alex réfléchit comment il pouvait descendre, au bout de plusieurs minutes, il eut une idée. Un peu risquer, mais c’était à tenter… Mais il n’avait pas d’autre solution…

Il planta la lance dans le sol, par le pic, il regarda son avant-bras, il rechercha un bouton… Le jeune homme le trouva…

Alex pointa son avant-bras vers le sol et appuya sur le bouton, le grappin fut alors projeter et le piton s’accrocha au sol.

Alex récupéra sa lance, puis s’élança dans le vide, le câble se déroula sur plusieurs mètres, puis se stoppa dans un bruit métallique.

Il était encore à une bonne centaine de mètres du sol, il savait ce qu’il lui rester à faire…

De son autre main, Alex coupa le câble et il fit une chute vertigineuse…

Alex se concentra encore pour faire apparaître la bulle protectrice, au bout de quelques seconde, il y arriva.

Le choc de l’atterrissage fut d’une violence forte, mais rien en comparaison de l’autre atterrissage.

Alex leva la tête et ne vit pas le portail, mais le soleil lui tapa sur la tête, il savait qu’il lui faudrait des heures pour l’atteindre, à conduction de courir et de couper au maximum, il espéré qu’il soit encore là quand il serait arriver…

Le jeune homme devait ne pas perdre la moindre seconde, il courut

comme un dératé.

Chaque mouvements lui faisait mal, mais toutes ses pensés se dirigeaient vers Marlène, c’était son unique source d’énergie.

Après environ trente minutes de course, Alex entendit des bruits venant du ciel… Il s’immobilisa, il transpirer déjà à grosses gouttes, le visage rouge, il leva la tête.

C’était la chauve-souris de l’autre fois, Alex la reconnue grâce son aile trouée.

Il n’avait vraiment pas de temps à perdre, il serra le poing, il attendit qu’elle vienne vers lui…

Alors que Alex sentit son cœur cogné dans sa poitrine, la sueur dégoulinant de partout, il était essouffler. Il sentit son pouvoir de nouveau circuler dans ses veines, alors que son sang palpita. La chauve-souris commença à piquer vers lui…

C’est que Alex avait attendu, il leva une main au ciel, la créature se trouva à quelques mètres de lui, arrivant à toute vitesse.

Mais soudainement, la chauve-souris fut comme serrer par une force invisible, puis chuta, s’écrasant sur le sol, à une centaine de mètres d’Alex.

Puis Alex continua sa route en courant, devant lui se trouvait les sables mouvants qu’il connaissait bien.

Ils les évita, puis continua sa course, il lui fallait des longues minutes pour arriver aux rochers pointus.

Après environ quarante minutes de course, Alex arriva à destination.

Il s’arrêta quelques secondes, de plus en plus essouffler, le temps de réfléchir à comment couper, il devait gagner un maximum de temps. Car le jeune homme savait que le portail allait bientôt disparaître…

Sa décision était prise, en coupant à plein milieu des rochers, cela lui ferrait gagner environ deux heures. Mais une question se posa, est-ce que l’armée des Omégaliens serait encore là ?

Et si c’était le cas, Alex serait dans un véritable bourbier…

Alex reprit sa courses, sans rencontrer de danger… Puis quelques minutes à traverser les rochers, il y était enfin…

À moins d’une centaine de mètre de lui, se trouvait le portail, du portail, moins ce qu’il en rester…

Celui-ci avait presque disparu, à tel point, qu’il était très haut dans le ciel…

Mais soudainement, Alex entendit quelque chose sous la terre, quelque chose qui approcha…

Alex serra sa lance, il sentit le danger, les bruits devenait de plus en plus fort.

Puis subitement, quelque chose sortit de sous la terre, plus précisément du sable, celui-ci fut alors projeter partout dans les airs.

Mais le jeune homme vit alors que la chose qui sortit de la terre, n’était en réalité plus d’une…

Ils étaient une trentaine, de la taille d’un chiot, poilus, blanc… Mais surtout, ils ressemblaient à des araignées géantes.

Alex était phobique de ces bestioles, mais il n’avait pas le temps à perdre avec elles.

Les créatures aranéides se mirent à encercler le jeune homme, celui-ci décida d’attaquer, il ne voulait leur laisser le temps d’agir.

D’un coup de lance rapide, Alex transperça l’une des araignées, puis il fit de même avec deux autres. Trois autres créatures lui sautaient dessus, celui-ci les coupaient en deux, d’un seul coup de lance, avant qu’elles n’arrivent à sa porter.

Alex tournoya dans tous les sens, telle la reine, puis planta sa lance sur des créatures, la clouant sur le sol.

Puis fit encore une pirouette, tournant dans un autre sens et planta deux autres araignées. Il répéta les mêmes gestes pour en tuer trois autres.

Mais Alex commença à s’épuiser, il utilisa son pouvoir pour en faire voler une dizaine.

Mais c’était tout ce qu’il pouvait faire… La fatigue le submergea, la sueur coula à flot.

Les créatures fonçaient toute en même temps sur Alex, qui balaya le sol de sa lance, il en trancha plusieurs, mais certaines, parvenait à s’accrochait sur son armure…

La panique l’envahis, c’était le pire qui pouvait lui arriver, c’était ce qu’il redouter le plus…

Alex planta sa lance sur le sol, il commença à arracher les créatures de son armure. Mais elle était vraiment nombreuses, elles commençaient à grimper le long de son armure…

Alors subitement, le jeune homme se mit à se rouler sur le sol, tentant d’en écraser le maximum. Mais il ne parvint qu’en tuer que deux ou trois.

Alors Alex roula encore, écrasant une ou deux autres araignées. Mais les autres tenaient bon.

Alex se relava d’un bond, il tenta d’arracher encore d’autres créatures, mais les autres grimpaient encore un peu plus…

Il fallait qu’il trouve le moyen d’en finir avec elles, il n’avait plus de temps à perdre… C’est alors que le jeune homme vit sa lance, et il eut une idée…

Il prit sa lance et sa la planta du côté de la lame électrifiée, le courant électrique le grilla sur place dans un cri assourdissant, mais avait aussi pour effet de tuer toutes les créatures arachnides. Son corps fuma, les brûlures devaient être nomes, c’était la même chose pour la douleur, mais Alex sentit qu’il n’avait pas d’autres choix…

Ça y été, Alex avait réussit, il ne lui rester plus qu’à reprendre sa route et vite, il avait perdu bien trop de temps comme cela.

Alex continua sa route, mais au bout de quelques mètres, il s’arrêta, devant lui, se trouvait des morceaux de cadavres.

C’était tout ce qu’il resté de l’armée des Omégaliens, en y regardant de plus près, Alex remarqua des traces de pas se dirigeant vers les rochers.

Mais que c’était-il passé ? Alex n’avait pas le temps de réfléchir plus longtemps…

Mais au moment de se diriger vers le portail, un hurlement le stoppa, il se retourna et vit l’un des monstres l’ayant attaquer à son arrivé dans la dimension du chaos.

Alex vit du sang violet sur la massue du monstre, il comprit alors ce qui s’était passer…

L’armée des Omégaliens furent massacrer par les monstres primitifs, ceux qui avaient survécus aux massacre s’étaient échapper.

Cela avait dû se produire au moment où le portail avait commencer à disparaître. Les monstres primitifs en avait profiter pour attaquer les Omégaliens bloquer…

Le monstre observa Alex, il sembla prêt à attaquer, mais il n’en fit rien…

Ce qui étonna drôlement Alex, mais y réfléchissant, dans le chemin du retour, il n’avait pas était attaquer. C’était sûrement dû à un certain respect qu’ils leur montrer ou d’une certaine crainte ?

Le monstre quitta les lieux sans rien dire, Alex se tourna vers le portail, comment l’atteindre ? Il ne lui resta que quelques minutes…

Il regarda la lance qu’il tenait dans sa main et une idée lui traversa la tête.

Jouer au saut à la perche, Alex recula de plusieurs mètres, afin de prendre de l’élan…

Alex se mit à courir, de plus en plus vite et au dernier moment, il planta sa lance dans le sol, il fut un bon spectaculaire.

Il lâcha sa lance, ses pieds vers l’avant, puis au moment où ils traversaient le portail, Alex fit appel à la télékinésie et sa lance fut arracher du sol. Pour atterrir dans sa main. Le portail disparu juste au moment où Alex le franchit…

Alex l’avait fait, cela lui sembla presque impossible de revenir de ce monde hostile…

Il le savait au moment même où il avait franchir le portail pour venir dans ce monde, mais par miracle, il venait de réussir l’impossible…

Maintenant, tout de ce qu’il devait faire, c’était d’espéré que les Omégaliens de l’autre côté du portail ne seraient pas très nombreux…

EPISODE XVII

En mauvaise posture

Il y avait des corps d’Omégaliens partout dans la cave, le portail avait diminué de moitié sa taille. Alex devait avoir réussit, mais où était-il passé ?

Marlène n’en avait aucune idée, tout ce qu’elle savait c’était que les générateurs de portail étaient détruits, que Alex avait réussi sa mission. Le portail allait bientôt disparaître.

Il ne resté plus qu’à tuer les Omégaliens encore sur Terre et tout serait fini…

Marlène ne pouvait pas rester dans la cave plus longtemps, il n’y avait plus d’aliens qui traversaient le portail. Il fallait qu’elle remonte aider les autres.

Cela la gêna, car cela équivalait à ne pas savoir si Alex aller revenir ou pas…

Mais la jeune femme n’avait pas le choix, elle le savait, les autres avaient besoin d’elle.

Marlène regarda le portail une dernière fois avec espoir, mais la seule qu’elle constata que celui-ci avait encore bien diminuer, puis remonta les escaliers menant à l’extérieur.

Une des premières choses qu’elle sentit était la baisse de la température, ce qui signifier qu’il était dans les dix-huit heures passés. Marlène

La jeune femme remarqua une trentaine de nouveaux corps jonchant le sol. La plupart, des soldats…

Elle fit révulser par ce qu’elle voyait, il fallait que cela cesse. Marlène courrait pour tenter de trouver et tuer les derniers Omégaliens.

La jeune femme regarda de tous côtés afin de savoir s’ils étaient pas cacher quelque part… Mais rien…

Marlène avançait lentement, prudente, puis au bout de quelques minutes à avancer sans trouver personne… Que ça soit un survivant ou un extraterrestre, elle se demanda où pouvaient-ils bien être ? Ils ne pouvaient pas être tous mort ?

Puis une chose frappa Marlène, où pouvait bien être LaDur ? Pas mort, ce n’était pas possible ?

Marlène se rappela l’a voir vue courir comme un dératé pour faire diversion, mais où ? Elle n’en avait aucune idée…

Marlène commença à remonter la rue à la recherche d’une trace menant à LaDur. Tour ce qu’elle vit étaient des corps d’Alien ou de soldats ou bien de policiers…

Soudainement, un flash vint à Marlène, elle revoyait LaDur se diriger à sa gauche au moment où elle partit vers le Geek Island.

Quelque part… Vers… Les boutiques ! Se dit-elle.

Alors la jeune femme courra vers les boutique, elle commença également à crier « LADUR !» Mais sans avoir de réponse…

Par conséquent, Marlène continua ses recherches vers les petits commerces.

Au bout d’un moment, elle entendit un crament, elle s’immobilisa pour localiser le bruit.

C’était une petite pharmacie que Marlène connaissait bien, pour y être aller plusieurs fois.

La jeune femme courut vers sa direction, puis au bout quelques mètres, Marlène entendit des coups de feu, plus précisément, des lasers…

Marlène accéléra le pas, son cœur battant la chamade, au bout de quelques secondes, elle fut devant l’entrée de la pharmacie.

Celle-ci était complètement détruite, des morceaux de vitres joncher le sol.

Marlène tenait le bouton de tir de son bras-canon, avançant prudemment à l’intérieur du commerce…

Elle regardant à droite et à gauche, sans rien voir, elle continua de progresser, quand soudainement, elle tendit d’autre tirs de laser…

Marlène se précipita vers la directions des bruits, prête à faire feu à tout moment…

Au moment où elle arriva devant les comptoirs, elle vit les cadavres de plusieurs Omégaliens…

Leurs corps fumaient encore, subitement, LaDur sortit de derrière la caisse.

Marlène cria à cause de la surprise, puis au bout d’une seconde, elle baissa son arme, soulager.

– Marlène ! Hurla LaDur soulagé lui aussi.

– Vous sain et sauf… Lui répondit la jeune femme les larmes aux yeux.

– Oui, j’ai eu de la chance… Au fait, vous avez réussis ce que vous vouliez faire ?

– Oui…

Marlène raconta ce qu’elle avait fait et également elle lui parla du portail. Sa réaction fut alors immédiate, il cria de joie. Puis après quelques secondes de silence, il dit avec inquiétude dans la voix :

– Il doit en rester dehors, il faut être prudent !

– Vous avez raison, confirma Marlène.

C’est à ce moment que des bruits de pas se firent entendre, Marlène se retourna et vit trois Omégaliens.

Ils tiraient en même temps, Marlène n’eut pas le temps de réagir, elle fut toucher au bras-canon, des arcs électriques en jaillissaient. Elle tomba au sol, LaDur tira à son tour, il parvint à abattre un, mais l’autre lui tira dessus, le touchant à l’épaule.

Il tomba derrière le comptoir, Marlène se releva d’un bon et ramassa de son autre main le fusil du cadavre de l’Omégalien.

Elle abattit les deux autres, puis elle sauta par dessus le comptoir, en regardant le sang qui coula de l’épaule de LaDur, le visage de Marlène perdit sa couleur.

– Vous saignez beaucoup ! S’écria Marlène.

– Je sais… Répondit LaDur d’un ton faible.

– Il faut stopper le saignement !

– Les… Autres vont débarquer ! On ne peut rester ici !

– Il faut vous soignez !

– Mais… Les aliens !

Marlène resta silencieuse quelques secondes pour réfléchir à la meilleure choses à faire.

Après quelques secondes de réflexion, elle mit le fusil sur son dos en le passant sous sa cape, puis elle attrapa LaDur par son col de son uniforme.

Marlène le traîna jusqu’à l’arrière boutique, se trouvant à quelques mètres du comptoir.

Une fois arrivé à destination, Marlène lâcha LaDur, elle regardant autour d’elle pour trouver de quoi le soigner. Les lieux étaient petits, étroit même.

Après quelques minutes de recherche, Marlène revint vers LaDur, dont le sang coula à flot.

Il fallait qu’elle se débarrasse de son canon cassé pour soigner le policier, heureusement, il y avait un bouton. Elle appuya dessus, le canon tomba au sol dans un bruit sourd.

Cela prit alors plusieurs longues minutes pour Marlène de prodiguer les premiers soins à Ladur, d’autant qu’elle y connaissait presque rien…

– Merci… On fait quoi maintenant ? Demanda LaDur toujours aussi faible.

– Vous restez cachez ! Répondit la jeune femme d’un ton stresser.

– Et vous ?

– Je vais restez avec vous ! Je vous ne laisserez pas !

– Mais votre canon ? Il est pas foutu ?

– Si mais j’ai un fusil et je vais me poster derrière le comptoir, c’est une bonne position !

– Mais…

Marlène interrompit LaDur, en se tournant vers lui et dit d’un ton décider :

– C’est vous qui m’avez tous appris !

Marlène quitta la pièce et arriva derrière le comptoir.

Elle s’allongea, elle mit un coup de poing au travers celui-ci.

Marlène sortit son poing du trou, celui-ci était suffisamment gros pour placer le canon de son arme. La jeune femme était prête…

Mais pendant plusieurs longues minutes, rien ne se passa…

Marlène garda le doigt serrer sur la détente, des tas de pensés s’insinuaient en elle, notamment l’image d’Alex, la jeune femme ne pouvait pas s’empêcher d’espérer qu’il revienne.

Elle pense à ses parents, bien à l’abri en ce moment, elle espéré que les choses reste comme cela.

Il fallait que la jeune femme s’en sorte, il fallait qu’elle réussisse à tuer ces créatures, pour éviter le pire…

Mais au fond d’elle-même, Marlène savait qu’elle avait qu’une petite chance d’y arriver… Seule face à peut-être une trentaine, voire plus d’extraterrestres…

Plusieurs minutes passaient, sans que rien n’arrivait, pas la moindre trace d’extraterrestres.

Soudainement, des bruits de pas se firent entendre, Marlène serra la détente de son fusil…

Cinq Omégaliens entrèrent dans la pharmacie, s’approchant lentement, Marlène attendit qu’il soient suffisamment proche pour tirer…

La seconde qui suivit, il eut une détonation, Marlène tira, l’un des aliens fut toucher sur le bas du corps, il tomba lourdement au sol.

Avant même qu’ils puissent faire quoi ce soit, deux autres furent toucher par des lasers.

À peine avaient-il toucher le sol, les deux autres tiraient dans la direction de Marlène. Leurs projectiles traversaient le comptoir, mais sans toucher la jeune femme.

Marlène roula sur le côté, puis se leva d’un bon, tirant en rafle, tuant les deux autres Omégaliens.

Elle se cacha de nouveau, se demandant combien était encore les créatures ? La jeune femme savait qu’elle ne pourrait pas rester derrière ce comptoir trop longtemps…

Mais elle ne pouvait se résoudre de quitter LaDur, d’un seul coup, Marlène entendit de nouveaux bruits de pas… Bien plus nombreux…

Une dizaine d’Omégaliens débarquaient dans la pharmacie, ils tirèrent en rafale sur le comptoir. Les lasers transperçaient de toute part le comptoir, comme du gruyère.

Par miracle, Marlène ne fut pas toucher.

Elle attendit que les tirs cesse, pour sortir de derrière le comptoir et tirer en rafale.

Elle parvint à tuer deux Omégaliens, mais dû s’abaisser pour éviter une pluie de lasers.

Marlène se colla dos au comptoir, entendit les extraterrestre s’approchait d’elle… Elle sortit et tira encore, abattant un autre, mais il eut un cliquetis signifiant qu’elle n’avait plus de munition… Alors elle s’abaissa d’un seul coup, évitant plusieurs tirs.

Cette fois Marlène le savait, elle était fichu, les Omégaliens allaient l’achever…

Et Alex ? Que était-il devenu ? Mort sûrement… À cette pensé, Marlène sentit des larmes lui coulaient sur sa joue.

Les extraterrestres s’approchaient lentement du comptoir, prudent, mais voyant qu’ils ne reçurent pas d’autres tirs, accélérant le pas.

L’un d’eux prit des deux mains le comptoir et le souleva du sol et le balança. Le meuble retomba avec fracas sur le sol.

Marlène était à découvert, à la merci de ses ennemis, les Omégaliens la viser, ils étaient sur le point de tirer…

La jeune femme recula lentement, leva les mains, elle trembla de peur. Peut-être qu’elle ne souffrirait pas ?

C’est au moment où l’Omégalien allait tirer, que quelque chose d’incroyable se produisit…

Toutes les créatures devant Marlène furent propulser dans les airs, celui qui s’apprêter à tirer, fut également propulser, mais il passa par-dessus la jeune femme.

Celle-ci resta bouche-bée, ne comprenant pas ce qui se passa…

Puis après quelques secondes d’incompréhension, Marlène vit que quelqu’un se trouver au seuil de ce qui resté de l’entrée de la pharmacie…

Quelqu’un qu’elle ne pensa plus revoir… C’est à peine si elle le reconnut.

Son armure était bien endommagée, lui aussi d’ailleurs… Son nez était cassé et son visage avait l’air fatiguer.

Il était armé d’une étrange lance, Marlène ne comprit rien, ce ne pouvait-être vrai ?

Mais quand elle vit Alex entrer dans la pharmacie, qu’il lui souriait avec des larmes aux yeux, elle savait que c’était vrai !

Marlène était sur le bord de l’évanouissement, elle avait du mal à supporter toutes ses émotions…

Mais la jeune femme se reprit, elle voulait se jeter sur le cou du jeune homme, mais elle avait les jambes en coton, il lui était impossible de faire le moindre mouvement.

Alex s’approcha d’elle doucement, planta sa lance au sol et une fois arriver suffisamment près d’elle, l’attrapa par la taille et l’embrassa tendrement.

EPISODE XVIII

Un retour inattendu

Alex était bel et bien de retour, plus personne n’y croyait vraiment, mais ils se trompaient…

Il était dans les bras de Marlène, qui pleurait à chaude larme, lui-même avait les larmes aux yeux, l’émotion était à son paroxysme.

Après plusieurs minutes d’étreinte, Alex relâcha la jeune femme, puis demanda d’un ton inquiet :

– Où est passé LaDur ?

– Juste ici ! répondit l’intéressé, dont la voix résonna vers l’arrière boutique.

Alex fut soulager, Marlène se tourna vers lui et demanda soucieuse :

– Et pour le portail ?

– Il a disparu, répondit Alex le sourire aux lèvres.

Il eut quelques secondes de silence, puis Alex reprit la parole :

– Bon, je te laisse ici, j’en aurai pour pas longtemps…

– Tu vas où ? demanda Marlène inquiète.

– Il faut en finir avec ces créatures ! répondit l’intéressé.

– Mais t’es fou, ils sont sûrement encore une bonne trentaine dehors et toi tu es seul !

– T’inquiète pas, il reste quelques policiers et soldats encore vivants.

Alex donna un bisous à Marlène et fit volte-face, il récupéra sa lance et se dirigea vers l’extérieur.

Il serra sa lance et franchit l’entrée, alors que Marlène le regarda partir sans un mot.

Une fois un pied à l’extérieur, Alex sentit les premiers rayson orangés du soleil sur son visage, le jeune homme vit une trentaine d’Omégaliens lui arrivaient dessus… Comme l’avait prédit Marlène…

Alex avait un plan, qu’il avait mis en place avec les policiers et les soldats.

Il courait vers le sud, poursuivit pas les Omégaliens, comme il l’avait prévu.

Une fois arrivait au bout de la rue, il eut des tirs, mais opposé à Alex. C’était les policiers et les soldats, comme prévu, ils se tenaient caché derrière l’angle d’un immeuble.

Seulement, il se passa une chose que Alex n’avait pas prévu, les Omégaliens se séparèrent en deux.

La moitié d’entre eux fonçaient sur les hommes et femmes en uniforme et l’autre sur lui.

La bataille finale commença, il fallait que les humains l’emporte, sinon, Soissons risquerait de subir une attaque nucléaire…

Alex se retrouva à combattre une quinzaine d’extraterrestres, ils l’encerclait…

Alex tenait sa lance prêt à embrocher le premier Omégalien se trouvant sur sa route.

Il activa sa bulle de protection, seulement il n’était pas sûr qu’elle tiendrait face à autant d’ennemis… Cela dépendrait de sa résistance mental…

Les Omégaliens tiraient tous en même temps, à chaque impact de laser, Alex sentit comme des coups de poignards directement dans son cerveau.

Mais résister, il fallait qu’il résiste, le jeune homme fonça sur ses ennemis avec un cri rageur.

Plusieurs tirs passaient au dessus de la tête d’Alex, celui-ci arriva devant l’une des créatures.

Il l’embrocha sans que celui-ci en puisse rien faire, retira sa lance de son corps, et fit une pirouette pour en transpercer un deuxième.

Puis il reçu de plein fouet plusieurs tirs, les lasers s’écrasaient sur sa bulle.

Alex commença à faiblir, s’il continuait à subir des tirs comme cela, sa bulle ne résisterai pas longtemps…

Alex effectua quelques pirouette supplémentaire, d’une agilité incroyable, malgré son armure et embrocha, trancha, transperça plusieurs Omégaliens.

La fatigue commença à se faire sentir, ce qui n’a rangea rien à sa bulle…

Les tirs étaient de plus en plus précis et chaque nouveau impact était comme un nouveau coup de poignard.

Plus la fatigue étant de plus en plus forte, les coups de lance d’Alex était de moins en moins précis. Il commençait à rater ses cibles.

La sueur dégoulina partout sur son corps, Alex parvint à tuer deux autres Omégaliens, puis il s’arrêta net.

Ils étaient trop nombreux pour lui, son cœur cogna dans sa poitrine, son souffle devint plus en plus fort.

Alex avait même du mal à respirer, il planta sa lance sur le sol, les extraterrestres tiraient tous en même temps.

La bulle allait bientôt céder, mais une chose encore plus terrible se produisit, les cris et les tirs des humains se stopper…

Alors que le nombre d’alien face à Alex était déjà énorme, mais une dizaine d’autres venaient en renfort.

Cette fois Alex se retrouva seul, il était fichu, sa bulle ne résisterait pas à une vingtaines d’Omégaliens…

Ils tiraient en rafale, Alex commençait à saigner du nez, tellement qu’il se trouvait à bout de souffle…

C’est à cet instant que sa bulle éclata, Alex fut alors projeter par l’onde psychique qui en résulta.

Il tomba au sol, les Omégaliens commençaient à l’encercler pour l’achever…

Alex se releva doucement, il poussa un cri rageur, laissant exploser le reste de son pouvoir.

Certains Omégaliens furent alors projeter par l’onde psychique, mais cela était loin d’être suffisant.

C’était de la poudre aux yeux, une dernière action avec de mourir…

Les créatures allaient achever le jeune homme, quand soudainement, un cri résonna dans la rue.

Le cri d’une jeune femme, hurlant le nom d’Alex, celui-ci tourna la tête dans sa direction… Et Marlène, arme à la main courant vers lui…

Alex en était bouche-bée, cette jeune femme était folle, elle se ferait tuer.

Les Omégaliens se retournèrent tous en même temps, les tirs fusaient vers la jeune femme…

Elle fit des roulade pour éviter les lasers et répliqua, elle tua deux autres Omégaliens.

Mais ceux qui restaient tiraient en rafale, Alex voyant sa hurla :

– NOOOOOOOOOOON !!!

Il sentit une nouvelle énergie circuler dans ses veines, il tendit son bras vers Marlène, le jeune homme devait la protéger…

Au moment où des tirs allaient la toucher, ils furent écraser pas quelque l’entourant…

C’était une bulle de protection, celle-ci fut très surprise, la jeune femme ne sembla pas comprendre ce qui se passa…

Mais cela ne lui empêcha pas de tirer sur les créatures, elle parvint à en tuer trois autres.

Alex en profita pour récupérer sa lance et se mit à courir dans la mêlée, il transperça un ennemi en pleine tête, alors que celui-ci était retourner, occupé à tirer.

Le sang violet gicla, Alex retira sa lance, l’Omégalien tomba au sol lourdement.

Le combat faisait rage depuis des longues minutes, mais bientôt, Marlène et Alex se retrouverait en difficulté…

La fatigue allait bientôt les submerger, les Omégaliens étaient toujours bien plus nombreux qu’eux…

De plus Marlène allait bientôt manquer de munition, Alex sentit ses forces l’abandonner…

La bulle de Marlène allait bientôt céder, car Alex était épuisé, à bout…

Cette fois les choses étaient bien terminer…

Marlène et Alex tenta de fuir, mais ils avaient du mal à éviter les tirs ennemis.

Les Omégaliens les encerclaient de nouveau, ils n’avaient plus aucune échappatoire…

C’est alors que des cris rageurs se firent entendre, ils semblaient venir de nulle part…

Alex et Marlène tournèrent la tête ensemble et virent, non pas des personnes en uniforme, mais des civiles… Ils étaient une cinquantaine…

Courant vers eux, certains armé de fusils lasers, trouver sûrement sur la route, d’autres de battes, de fourches, de club de golfes…

C’était inespéré, ces gens étaient censés être confiner chez eux, mais leur volonté de défendre la Terre était la plus forte.

Alex sentit une nouvelle énergie circuler de nouveau dans son corps, un regain de volonté !

Il fallait qu’il les protèges tous, ces braves gens n’étaient pas protéger, surtout que la plupart ne pourraient pas faire grand chose avec leurs armes.

La quantité d’énergie pour protéger tout le monde serait tellement grande, qui n’en resterait plus assez pour Alex. Mais il s’en ficher… Le plus important pour lui, était les autres.

Il se concentra intensément et sentit son énergie se vider totalement, le reste son pouvoir devait être parfaitement répartit entre tous les personnes…

Et la seconde qui suivit, une bulle de protection apparue alors autour de chaque personnes. Les projectiles lasers s’écraser contre elles, les Soissonnais entrèrent dans la mêlée dans un fracas assourdissant.

Les coups de battes, de club de golf, de pioches retentirent dans la rue.

Les armes contondantes parvenaient à peine à faire des micros-fissures aux casques des Omégaliens…

Mais les tirs de lasers tua trois ou quatre extraterrestres.

Alex qui était vider de tous ses pouvoirs, se battait comme il pouvait, tuant un maximum d’Omégaliens.

Il en transperça plusieurs avec sa lance, dont la lame électrifiée se refléta dans les rayons du soleil qui se coucher. Donnant un spectacle à la fois beau et horrible. Il en décapita deux, leurs têtes volèrent sur une vingtaine de mètres, le jeune homme tournoya dans tous les sens pour éviter les tirs. Telle la reine.

Marlène jeta son fusil qui n’avait plus de munition, et en prit un autre se trouvant près d’un cadavre d’Omégalien.

– RAMASSEZ LES FUSILS ! Hurla Alex en s’en faire décoller les poumons.

C’est que firent les civils et ils se mirent à tirer en rafales sur les créatures, les tuant l’un après les autres…

La bataille était presque finie, les Omégaliens encore vivant, reculèrent de plus en plus, submerger par le surnombre des humains.

Il eut encore quelques tires, mais bientôt les bruits se stoppaient complètement… C’était enfin terminer, c’était la victoire des humains.

Une victoire collective, dans l’énergie du désespoir.

C’était le début de la nuit quand tous les secours étaient arrivaient sur les lieux, ainsi que les véhicules des morgues, de ceux du journal télé.

Et pour ce qui était des morts, ils étaient nombreux, que ça soit ceux des soldats, des policiers ou même ceux des Omégaliens…

Alex, Marlène et LaDur étaient en train de se faire examiner par des médecins.

Alex et Marlène avait dû retirer leurs armures, Marlène avait des bandages coloré de rouge, ses blessures s’étaient ré-ouvertes lors de ses nombres combats… D’ailleurs celle-ci était allongé sur un brancard, les médecins craignaient qu’elle perde connaissance avec le sang qu’elle avait perdu.

Les blessures d’Alex étaient surtout interne, ses muscles, ses tendons étaient déchirer.

– Mon cœur tu es dans un sale état, s’inquiéta Marlène d’une voix faible à cause de sa fatigue.

– Toi aussi bébé, on vas se faire soigner et après on pourra dormir tranquillement, répondit Alex dont la voix était également faible.

Alex et Marlène se tenait la main, ils se tenaient côte à côte, à plein milieu de la rue.

– Au fait… Je ne vous ais pas remercier… dit LaDur dont la voix était tout aussi faible.

Le policier était entrain de se faire soigner par un médecin, il était allongé dans une ambulance. Celle-ci se trouvé non loin d’Alex et de Marlène.

– Pas la peine, pensez à vous faire bien soigner, répondit Alex surprit par les propos du commissaire.

Après que Alex eut terminer ses soins, il ressemblait littéralement à une momie avec ses bandages. Il se leva et alla vers LaDur.

Il lui serra la main en souriant, celui-ci fut également surpris par ce geste. L’homme d’une quarantaine d’années lui rendit son sourire.

Puis Alex sortit de son ambulance, les portes de celle-ci se referma et elle démarra.

Petit à petit, les corps furent enlever des lieux, seule quelques ambulance restaient sur place et les journalistes de la télévision.

Et également une poignée des personnes qui étaient venus en aide à Alex et à Marlène.

Ils venaient à la rencontre d’Alex le sourire aux lèvres, lui serrant chaleureusement la main, ainsi qu’à Marlène.

Celui-ci ne sût comment réagir, il était très gêner, c’était la même chose pour Marlène.

Soudainement, des journalistes venaient à leur tour, non pas pour lui serrer la main, mais pour l’interroger, évidement…

– Monsieur… Comment déjà ? Demanda une femme micro à la main.

– Alexandre Duval, répondit Alex gêné.

– Très bien, avez-vous un commentaire à faire ? Vous venez tout de même de sauver le monde !

– Heuuuu…. hésita Alex.

– Vous n’avez pas de chose à dire aux téléspectateurs du monde entier ?

Alex regarda la caméra pointer sur lui, il sentit ses joues devenir encore plus rouges.

Après plusieurs secondes de silence gênant, il répondit :

– Bah… Bonsoir à tous…

C’était les seules mots qui sortirent de sa bouche, la journaliste le regarda avec un mélange d’incompréhension et d’amusement.

Puis elle se tourna vers le cameraman et commença à parler aux téléspectateurs. Mais Alex ne l’écouter pas, il se tourna vers sa petite-amie, la regardant avec amour… Ils étaient enfin réunis et cela n’était pas gagner…

Mais pour Alex, l’essentiel, c’était d’être près de celle qu’il aimé…

Marlène lui rendit un regard de braise.

– Bébé, il y a une chose que j’aimerai te dire, dit Marlène.

– Quoi ? demanda l’intéressé.

– Je t’aime !

Alex ne sût pas quoi répondre, il était sous le choque de ses mots, il sentit une larme lui coulait sur la joue. Il sourit à Marlène, qui lui rendit son sourire.

Bientôt la rue serait complètement déserte, Alex et Marlène seraient envoyer à l’hôpital.

Ils leurs fraudaient plusieurs semaines pour se remettre de leurs blessures…

La ville de Soissons, quant à elle, lui faudrait plusieurs mois, pour être de nouveau sur pied…

Cette petite ville, connue par peu de personne, a été le théâtre d’un spectacle terrible.

Le monde à faillit disparaître ce jour là, et le monde se rappellera de celle et celui qui l’on sauver…

Bien que le jeune homme appeler Alexandre Duval ne souhaiter pas du tous ces honneurs.

Pour lui, une vie simple et sans soucis était ce qu’il y avait de mieux. Mais malheureusement pour lui, ce ne serait plus le cas maintenant.

Épilogue

Les semaines passaient pendant les quelles Alex et Marlène furent soigner à l’hôpital…

Alex lui de son côté, il avait des bandages de partout, mais surtout, il avait une atèle sur son nez cassé, ce qui lui donner une drôle de voix.

Marlène, en ce qui la concerner, était également recouverte de bandages.

Pendant leur séjour là-bas, ils étaient aller voir beaucoup de fois LaDur dans sa chambre personnelle.

Celui-ci se remettait doucement de sa blessure, mais grâce à l’intervention de Marlène, il avait éviter le pire.

Une fois sorti, ils décidèrent d’aller rendre visite à une personne qui leur était cher… Une personne sans qui leur rencontre n’aurait pas eu lieu…

Le soleil se coucha lentement, ses rayons orangés venaient se refléter sur la tombe en granit de Francine.

Alex et Marlène se tenant devant, main dans la main, ils étaient encore recouvert de bandages.

Ils se recueillaient en silence pendant plusieurs minutes, puis Marlène prit la parole en se tournant vers Alex et demanda :

– Dis chérie ? Tu penses qu’elle savait ce qu’il y avait entre nous deux ?

Alex surprit par cette question, regarda Marlène d’un air intrigué et répondit :

– Bah oui…

– Non, je veux dire, quand elle t’as embauché, elle savait ce que tu ressentais pour moi et c’est pour cela qu’elle accepter de te prendre ?

– C’est possible, ça expliquerait pas mal de chose…

Ils restaient silencieux encore plusieurs secondes, puis Alex demanda :

– Tu vas faire quoi maintenant ?

– De quoi tu veux parler ? demanda Marlène intriguée par cette question.

– Maintenant qu’il y a plus de magasin ?

– Ah oui… aucune idée…

Il eut un nouveau silence de quelques secondes, puis Marlène reprit :

– Bon, si on y aller, j’ai jamais aimé les cimetières ?

– OK…

Les deux amoureux quittèrent le cimetières, main dans la main. Ils empruntèrent le trottoir, puis ils se dirigeaient vers le centre-ville.

Au bout d’un moment de marche, Marlène demanda d’un ton intrigué :

– Au fait, il y a quelque chose qui intrigue…

Alex sursauta, le jeune homme était perdu dans ses pensés, il répondit :

– Vas-y.

– Ça concerne l’armure, je me demandais comment cela fait que j’ai eu tous les souvenirs de la créature qui la porter ?

Alex ne répondit pas tout de suite, il réfléchit quelques secondes, puis il eut un flash et répondit d’une voix excité :

– Aaaah, ça explique tout !

C’était au tour de Marlène de sursauté, Alex s’excusa et dit :

– La même chose m’ais arrivé, j’ai eu tous ses souvenirs de l’alien dont j’ai pris l’armure…

– Oui, c’est bien ce que je pensé, je me demandais pourquoi tu m’en avais pas parler ?

– Je ne voulais pas t’inquiéter, bref, je parie que le casque garde en mémoire tous les souvenirs de son porteur. Dès que quelqu’un touche le plastron, cette personne reçoit tous les souvenirs de son ancien propriétaire. Mais aussi ses capacités, qui reste graver dans la mémoire de chaque personne. La reine m’a dit que les Omégaliens n’étaient pas différents de nous au niveau biologique.

Marlène resta bouche-bée par ses explications, des moins étranges, pour ce qu’elle la concerner.

– C’est pour ça que je comprenais tous ce qu’ils disaient ! reprit Alex d’un ton jovial.

Ils marchaient depuis quelques minutes dans le silence, quand soudainement, Marlène demanda intrigué :

– Comment ça se fait que tu as pu entrer en communication télépathique avec moi, l’autre fois ?

– Hmmm ? répondit Alex, qui semblait songeur et après quelques secondes de réflexion, il répondit :

– C’est sûrement, que tous les deux on été très proches émotionnellement, du coup, quand j’étais sur le point de mourir, une connexion mental s’est ouverte entre nous à ce moment là.

Marlène sourit à Alex, elle sembla très heureuse de cette réponse.

Après plusieurs minutes de marche, les deux amoureux avaient remonter tout le trottoir et étaient arriver devant un tournant.

– Et maintenant on fait quoi ? demanda Marlène.

Alex la regarda droit dans les yeux et répondit simplement :

– Et si on rentré à la maison ?

FIN

1Sabre Japonais

MOI HPI ma quête du Graal

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287 de QI, c’est le score atteint par Gabriel de Boissier,  qui relaté son parcours dans cette autobiographie. De cobaye consentant, cherchant à tout prix à gravir les échelons de l’intellect,  à formateur qui tente d’apporter son aide aux autres très hauts potentiels, la route est longue. Accompagné par un Institut canadien spécialisé dans les neurosciences,  il risque sa vie à la poursuite de son graal. Gabriel se bat des années durant pour comprendre sa différence, affrontant la solitude qui découle des expériences et entraînements intenses qu’il subit, avant de finalement trouver son équilibre.  Ce livre est un récit saisissant sur la quête de la consécration ultime: l’accomplissement; comme il retrace le cheminement de son auteur.

la planète d’Enzo

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Album illustré pour enfants de 5 à 8 ans.

Enzo est un petit garçon rêveur et hyperactif. Il a ce qu’on appelle un TDAH. Il se sent nul à l’école et est l’objet de nombreuses moqueries. C’est pareil pour Evann qui est dyslexique. Ensemble, ils se soutiennent dans leurs difficultés et face à la méchanceté de leurs camarades.

Ce que personne n’imagine, c’est que ces deux enfants sont très doués dans certaines activités. Auront-ils la possibilité de le prouver à toute la classe ?

Livre invitant à la tolérance pour lutter contre le harcèlement.

Disponible sur Amazon en version brochée (couverture souple), et en version reliée (couverture cartonnée) en librairie et sur notre boutique en ligne.

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le royaume de Séraphin

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En quittant la Terre, Timéo arrive au royaume de Séraphin. Il découvre qu’il a, comme tous les enfants du royaume, un superpouvoir et une mission à accomplir. Arriveront-ils tous à redonner le sourire à leurs familles restées sur la Terre ? Suivez-les dans leurs aventures, souriez avec eux et émerveillez-vous de la vie.

Grâce à des personnages qui leur ressemblent et des petits héros aux pouvoirs magiques, Mélodie Ducoeur et Mangoo entrainent les enfants dans un monde imaginaire où le sourire vient remplacer les peurs et les pleurs.

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le royaume de Séraphin – tome 2

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Pour les enfants et adolescents à partir de 9 ans

Dans le premier tome, vous avez suivi les aventures de Dimitri, un jeune garçon victime de harcèlement en raison de sa différence. Dans ce nouveau roman, vous allez découvrir Clara, une petite fille malade fascinée par les rennes. Sa maman aimerait l’emmener en Laponie pour Noël, mais en aura-t-elle le temps ?

Au royaume de Séraphin, Clara est déjà très attendue en raison de son superpouvoir spécial, et la fête de Noël se prépare en coulisse. Mais attention, une sombre menace risque de venir tout gâcher. Les adolescents arriveront-ils à rétablir l’ordre et à mener à bien l’opération Kingo qu’ils organisent en secret ?

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le royaume de Séraphin – tome 1

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Pour les enfants et adolescents à partir de 9 ans

Harcelé depuis sa petite enfance en raison de sa différence, Dimitri, dix ans, décide d’en finir avec la vie en sautant d’un pont. Contre toute attente, il se retrouve alors dans un univers parallèle : le royaume de Séraphin. Regrettant son geste et doté d’un superpouvoir, il va tout tenter pour redonner le sourire à sa maman, dévastée depuis sa disparition. Mais y parviendra-t-il malgré ses troubles ? Meurtri par des années de persécution, arrivera-t-il à prendre confiance en lui et à s’unir aux autres adolescents pour défendre le royaume ?

Abordant les thèmes du harcèlement et de la perte d’un être cher, le royaume de Séraphin est une ode à la vie et une invitation au respect de l’autre dans la différence.

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Noël au royaume de Séraphin

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Un émouvant voyage au pays du Père Noël.

Florence pensait démarrer une vie meilleure en emménageant au Hayon, une ferme biologique où cohabitent plusieurs personnes d’horizons bien différents. Mais en apprenant que sa fille est gravement malade, ses projets se retrouvent chamboulés. Elle aimerait exaucer son vœu et l’emmener en Laponie à l’occasion des fêtes de fin d’année. S’engage alors une véritable course contre la montre. Florence aura-t-elle le temps de réaliser le rêve de sa fille  avant qu’elle ne quitte la Terre alors qu’au royaume de Séraphin, un univers haut perché dans le ciel, cette gamine est très attendue en raison de son superpouvoir ?

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le royaume de Séraphin

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Harcelé en raison de son TDAH (trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité), Dimitri s’est jeté d’un pont pour échapper à ses souffrances, laissant derrière lui une mère dévastée. Lorsqu’il se réveille au royaume de Séraphin, un lieu perché haut dans le ciel où règnent la douceur et la bienveillance, il rencontre Timéo, un chérubin qui n’a connu que le ventre de sa mère, et Lucas, dont la disparition tragique a profondément bouleversé la vie de ses parents.

Alors qu’il manque encore de confiance en lui, Dimitri se voit confier une mission de la plus haute importance. Soutenu par ses nouveaux compagnons ailés, parviendra-t-il à redonner le sourire à sa famille restée sur Terre ?

Abordant les thèmes difficiles du harcèlement et de la perte d’un enfant, Le Royaume de Séraphin est un récit rayonnant d’optimisme qui apaise, réconforte et redonne foi en l’humain.

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3 Nuits (Extrait)

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Le Peintre

 

 

 

 

L’art imite la vie.

Par son œuvre, l’artiste la célèbre.

Poètes, peintres et autres troubadours de l’art viennent sublimer quelque chose de la nature.

Être artiste, c’est fixer l’unité du vivant sur le support de son choix.

Tout ça, ce ne sont que des poncifs de pseudo-intellectuels analysant une pratique qu’ils ne comprennent pas !

C’est du moins, ce que penserait Thomas P. s’il devait s’exprimer sur la question. Selon lui, l’art tient plus de la mort que du vivant. Peindre a toujours été pour lui le meurtre de son sujet. Un artiste ne s’attarde sur une œuvre, ne la concrétise, que pour lui survivre.

 D’autres en feront par la suite une espèce d’éloge funèbre célébrant cette vie figée et annihilée par les poils rêches de ses pinceaux.

 On créer afin d’espérer ne pas mourir, avait-il l’habitude de dire. Oui, l’art fait partie de la vie, mais seulement dans son rapport à la mort. Tous ces portraits célèbres qui ornent nos musées ou certaines collections privées ne sont que des clichés de cadavres en devenir. Ils sont pris au piège d’une toile dont ils ne peuvent s’extirper. En peignant la Joconde, Léonard a tué son modèle pour ne laisser à la postérité que l’instantané d’un corps sans vie. Figer une âme sur une toile, c’est lui faire acquérir cette éternité que nous promettent les religions, mais que peut seul attribuer l’art. Peindre c’est rendre immortel, ôter la vie de son sujet, en capturer l’essence. Seuls les morts peuvent devenir éternels. Les vivants, eux, n’ont que la fertilisation de la terre comme horizon. Voilà sa conception de l’art ! Tout peintre qu’il est, il se sait n’être qu’un artisan de mort. Les artistes sont la seule espèce d’homme dont le travail mortuaire est célébré avec autant de vigueur, de passion. Alors qu’ils ne sont rien de plus que des thanatopracteurs sans cadavres.

Toutes ses vues de l’esprit ont fait que Thomas P. s’est toujours refusé à peindre des portraits. Mon Dieu, que la tentation était pourtant grande ! Toutes ces femmes rêvant d’être couchées sur une toile afin de pouvoir dans leurs vieux jours glorifier la beauté qui fut la leur, tous ces hommes avides de pouvoirs et de représentations qui s’imaginaient prenant la pose dans une mise en scène illustrant leur soi-disant domination… On n’imagine pas les sommes que certains sont prêts à dépenser pour combler une faille narcissique.

Mais il a toujours refusé.

Hors de question pour lui de souscrire à la déchéance des autres par pur profit. Il avait assez à faire avec celle qui lui était propre. Thomas P. était donc de ceux qu’on nomme « peintre surréaliste » simplement du fait qu’il ne souhaitait pas baser son art sur ce que lui montraient ses yeux, mais plutôt sur ce qui errait dans le dédale de sa cervelle. On pourrait croire qu’un homme avec une telle considération de l’art, un tel rapport avec la mort, aurait peint exclusivement des sujets macabres, lugubres, mais il n’en est rien. Certes, certaines de ses réalisations transpiraient d’une mélancolie de cimetière, mais elles n’étaient pas dominantes. La plupart de ses œuvres étaient au contraire on ne peut plus lumineuses. Elles évoquaient un idéal inatteignable grâce à des nuances pastel aussi clair qu’un lever de soleil caché derrière un voile de brouillard. Sa série Éther, faite de paysages et de saynète de la vie quotidienne vue au travers d’un prisme qui diluait la réalité, fait partie de ses réalisations les plus reconnues. La seule qui connut un succès fulgurant à chacune des expositions la mettant en scène.

Malheureusement si le nom de Thomas P. est aujourd’hui passé à la postérité, ce n’est pas pour ces œuvres éblouissantes qui réchauffaient le regard de ceux qui les découvraient pour la première fois. Non, son nom est devenu synonyme de folie, d’un artiste qui s’est perdu dans le labyrinthe de ces conceptions artistiques.

Tout bascula l’hiver 1895.

Thomas P. venait juste de quitter une modeste chambre de bonne qu’il avait du mal à payer dans le centre de Leghenthop. Le décès de son père d’une maladie du sang qui l’avait emporté lors d’une nuit fiévreuse lui avait offert une échappatoire. Thomas, fils unique, avait hérité — en plus d’un pécule qu’il ne parviendrait pas à épuiser — du domaine familial situé à 50 kilomètres de la grande ville. Le domaine Vespar (du nom de sa défunte mère) était une énorme bâtisse qui aurait dû accueillir domestiques, femme et enfants, mais qui, dorénavant, se retrouvait habitée par un homme seul.

Son unique volonté était d’avoir un endroit où peindre et un lit où rêver. Un homme pour une quinzaine de pièces. Voilà qui ne manqua pas d’attirer les convoitises. On essaya de lui racheter le domaine, de le marier avec les filles des propriétaires voisins et même, pour flatter son égo, de transformer la résidence en une retraite pour artiste. Mais là encore, il refusa. Pas pour une quelconque raison d’honneur filiale qui voudrait garder vaille que vaille un vestige de sa famille, non, loin de là. Il avait depuis très longtemps quitté le nid familial. Sa mère était morte à sa naissance et son père était un despote qui avait eu un fils juste pour avoir un héritier dont il pourrait disposer à sa guise. Thomas avait pris la fuite à sa dix-septième année lorsque son père engagea un précepteur pour lui apprendre à gérer le domaine et à en faire une exploitation tabatière (« le tabac, c’est l’avenir. D’ici quelques années les gens payeront rubis sur l’ongle pour avoir de quoi fumer » prophétisait son paternel). La nouvelle du décès de son père lui permit uniquement de se dire qu’il se retrouvait avec un logement gratuit. Rien de plus. Si Thomas avait refusé toutes les tentatives pour faire de lui quelqu’un, c’est parce que le domaine lui assurait la tranquillité dont il avait besoin. Personne ne viendrait toutes les semaines le déranger pour quémander un loyer. De plus, éloigné comme il l’était de la ville, les demandeurs de portrait en tout genre, les distractions inutiles, tout cela était mis à distance. Il ne restait que lui et son désir de peindre.

Il avait donc pris ses quartiers dans une des chambres prévues pour les domestiques et avait fait de la chambre de maître son atelier. Ce grand espace plein de boiseries sculptées avec son manteau de cheminée en marbre et ses tentures en soie de Chine était devenu son antre. Les tapisseries étaient parsemées d’éclaboussures de peinture ou découpées par endroit quand il décidait de les utiliser pour donner de la texture à une toile ; les rideaux avaient été arrachés pour favoriser la lumière ; le lit, les meubles avaient été réduits en pièces pour servir de combustibles afin de chauffer cette énorme pièce toujours trop froide à son goût. Thomas ne quittait que très rarement le domaine. Il passait son temps à peindre encore et toujours. Peindre, toujours peindre. On ignore combien de toile il réalisa lors de cette période. On ne peut que tirer des conclusions en fonctions des achats qu’il effectuait en ville afin de se réapprovisionner en toiles, en pigments et en pinceaux. Pourquoi ? Simplement parce que toutes ces productions de l’époque ont connu le même destin que les meubles de la chambre de maître. On pense qu’il cherchait à réaliser une œuvre toute particulière et qu’il s’échina à y parvenir en essayant encore et toujours d’arriver à concrétiser sa vision, mais chaque réalisation n’était qu’un aveu d’échec et finissait dans les cendres. Quel était son sujet de l’époque ? Nul ne le sait.

Lors d’une de ces journées où il partait en quête de matériel dans la grande ville, il décida de s’accorder une « distraction ». Après avoir écumé quincaillerie, menuiserie, et droguerie, il fit une halte à l’Auberge Rouge. Le genre d’établissement qui offre à l’homme la possibilité de sombrer dans l’ivresse moyennant quelques menues monnaies, mais aussi, s’il le souhaite de profiter des plaisirs de la chair. Voir des deux. À condition toutefois que le premier vice ne vienne pas ternir le second. Pas de coup tordu avec les filles où vous pouviez être sûr d’être évacué avec force de l’établissement et que vous y laisserez plus que votre argent. Ce n’était pas parce que l’auberge offrait du vice qu’il fallait pour autant se montrer discourtois avec celles qui faisaient le sacrifice de leur corps pour vous satisfaire. Voilà le credo qu’imposait Marthe, femme grosse et laide responsable de l’endroit. Si Thomas avait cherché à fuir Leghenthop, c’était aussi, admettait-il à contrecœur, parce qu’il avait de plus en plus de mal à ne pas se laisser distraire par les plaisirs que lui promettait Dionysos. La volupté que lui offrait l’alcool avait pour effet de le rendre plus créatif. Pas plus doué — l’alcool ne fait pas ce genre d’effet — mais cela faisait tomber plus promptement certaines barrières qui en temps normal demandait du temps pour céder. On réfléchissait moins. En tout cas, lui réfléchissait moins et se mettait alors à peindre d’instinct, se laissant guider par ce qui voulait émerger de la toile plutôt que par sa volonté d’artiste. Mais c’était un vice dans lequel il semblait se perdre de plus en plus. L’alcool, qui au début n’était qu’un autre outil qu’il utilisait, commençait petit à petit à devenir une fin en soi. Et ça, c’était hors de question. S’il devait pour cela s’en priver et se rendre la tâche plus ardue, tant pis. Mais ce soir, ses jambes lourdes d’avoir déambuler dans les ruelles crasseuses et enfumées de la ville, avaient fait naitre en lui l’envie d’un verre.

 « Un verre et un seul », s’était-il promis en poussant la porte de l’auberge.

 Il l’avait savouré seul, dans le coin le plus reculé encore libre, regardant un vieil homme à la voix rauque jouer un morceau entrainant sur un antique piano qui aurait demandé à être accordé. Au-dessus de celui-ci, sur le balcon, un quatuor de femmes discutait entre elles. Leurs corsets serrés au point de rendre la respiration difficile pour mettre en valeur une poitrine plus opulente qu’elle ne l’était en réalité, ne laissaient aucun doute sur leur rôle dans l’établissement. L’homme cherchait à attirer leur attention, et pensait qu’un chant lubrique vantant « leur humide caverne où il fait bon vivre » allait lui permettre d’atteindre son but. Mais en dépit de sa voix assez mélodieuse, c’est surtout la bourse qu’il portait à la ceinture qui incita Marthe à envoyer une des filles à sa rencontre. Elle se contenta de leur jeter un regard que personne d’autre ne sembla percevoir. Les femmes échangèrent quelques mots et négocièrent entre elles. La scène avait quelque chose d’hypnotisant pour Thomas. Il s’éblouissait du fait que personne ne s’apercevait que tout cela n’était que tractation et initiative commerciale. Le fait que cet homme finisse par croire que son idée avait fait mouche, qu’il avait réussi à attirer une femme grâce à son « charme » plutôt que de simplement lui proposer une passe, voilà qui tenait du génie. Il est toujours bon de flatter l’égo de l’homme pour alléger sa bourse. Voilà ce que Marthe avait enseigné à ses filles. Et voilà aussi pourquoi elle tenait à ce qu’on les respecte. Elles ne traitaient pas les clients comme de vulgaires michetons, ne les attiraient pas — comme ces « putes des rues » — vers le premier coin isolé pour lui faire cracher sa semence entre des cuisses sales et bien souvent pleines de morpions. Il fallait donc que le respect soit réciproque.

Au bout de quelques secondes, une des travailleuses se détacha du groupe suspendu au balcon. Elle réajusta son corset, en déboutonna un bouton et lissa de ses mains ses longs cheveux auburn. De sa table, Thomas l’observait. Bien qu’étant de dos pour lui, elle semblait séduisante. La robe dans laquelle elle était drapée ne laissait pas entrevoir les formes de son corps, mais toute sa gestuelle respirait la sensualité. Ses mouvements étaient lents, décomposés et exécutés avec la grâce d’un félin. Elle possédait une maîtrise parfaite de son anatomie et des relations qui liaient les différentes parties de son corps. Un ballet à elle seule, pensa Thomas, qui ne put s’empêcher de jalouser le destin réservé au chanteur lubrique. Tandis qu’elle se retournait enfin, révélant un visage à la beauté lunaire, ses traits se gravèrent dans l’esprit de Thomas. Comme si un habile chirurgien traçait de son scalpel sa silhouette sur sa rétine. Il eut l’impression de la voir se mouvoir au ralenti, telle Séléné rejoignant la couche de l’horizon. Sa chevelure volcanique enveloppait un visage pâle et lisse comme le marbre de Thassos[1] serti par deux petites prunelles d’yeux qu’on aurait crus taillés dans de la tourmaline. Un visage qui dégageait quelque chose de surnaturel. Rien sur Terre ne pouvait en être à l’origine, et encore moins un acte aussi simple et barbare que celui d’un homme pénétrant la « caverne humide » d’une femme. Elle devait être de nature divine ou diabolique, mais certainement pas d’ascendance humaine. Il y avait chez celle qui offrait ses charmes dans une auberge pour soulards et mâles en manque d’amour, l’essence de ce que recherche tout portraitiste. Un défi, une beauté qui ne semble pas devoir exister, impossibles à reproduire par de simples artifices, impossibles à sacrifier sur une toile. Une vision capable de vous emmener dans les abysses de la folie. Ses pieds, engoncés dans des sandales souillées de crasse et de bière, donnaient l’impression de survoler les marches plutôt que d’y prendre réellement appuie. Les yeux rivés sur le musicien d’opérette, elle détourna (à peine l’espace d’une seconde) son regard, et croisa celui de l’observateur silencieux qui la contemplait. Fantasme ou réalité, toujours est-il que Thomas fut convaincu d’entrevoir un sourire naitre sur ce masque de marbre. Et c’était tout ce qu’il lui fallait. Du haut de ces trente années, Thomas n’avait jamais eu l’occasion — ou plutôt le courage — de succomber au plaisir charnel. Une étrange peur d’être méjugé sur sa condition d’homme de par son inexpérience finissait toujours par étouffer son désir dans l’œuf ou dans un bout de tissu souillé de semence. Un sourire et il en tomba donc éperdument amoureux. Nul besoin davantage. Il suffisait qu’une femme lui témoigne la moindre considération pour que son cœur vacille et se mette à chanter des cantiques à son adresse. Les âmes les plus poétiques sont parfois celles à qui Amour fait défaut.

La réalité étant bien souvent dénuée du lyrisme dont l’homme la pare dans sa prose, sa bien-aimée se retrouva un battement de cœur plus tard sur les genoux rachitiques du vieillard derrière le piano. Il assiégeait son corset de ses doigts jaunis par le tabac pour libérer sa poitrine de son entrave. Au bout de quelques minutes d’acharnement, il exposa triomphalement son tribut aux yeux de tous. Dans un rire sonore et gras venu des fosses infernales, il plongea sa tête entre les seins impudiquement mis au jour.

Thomas, rendu fiévreux par ce spectacle, ressentit alors une douleur aiguë. Ce n’est qu’en baissant son regard vers le verre qu’il tenait, qu’il s’aperçut que celui-ci avait été réduit en de tranchants éclats figés dans la paume de sa main. Sur la table, de lourdes gouttes de sang venaient se mêler à l’alcool ambré, créant le motif d’une aube macabre. Il esquissa une grimace de douleur et d’une main tremblante, retira un gros éclat enfoncé entre son pouce et son index. La plaie était nette, profonde, exhibant une couche de chair qui n’est jamais censée paraître. La sensation de froid qui se répandait dans ses doigts avait quelque chose d’envoutant…

— Bah alors, mon beau ! Qu’est-ce que tu nous as fait là ? C’est pas comme ça qu’on est censé se servir d’un verre. Fais voir ta mimine à

Thomas n’avait pas vu la grosse femme arrivée. Avant qu’il ait le temps de dire quoi que ce soit, elle enveloppa sa main dans un mouchoir dont il préférait ignorer l’origine des taches.

— Qu’est-ce qui t’a mis dans cet état, mon mignon ?

« Je… », commença Thomas.

— Si tu te sens seul, je peux t’envoyer une fille. Elle prendra soin de toi et de ta petite main blessée. Mes filles sont capables de tout guérir.

Thomas leva les yeux de sa main et croisa ceux de Marthe. Il y avait quelque chose de lubrique, de sale dans son regard. Marthe sembla se figer quelques secondes avec cette grimace sur le visage. Puis, un petit sourire commença à naitre sur ses lèvres. Il vint atténuer cette impression et redonna à la tenancière un visage plus amical, plus vendeur. Comme si ses traits s’adaptaient à son interlocuteur. Un gloussement venant de l’endroit où le piano s’était dorénavant tût, sorti Thomas de son observation. La rousse angélique tirait le satyre vieillissant de son tabouret en le soutenant d’un bras. Cette vision éveilla en lui une émotion qu’il ne comprit pas et, aussi brusque qu’un éclair par une nuit orageuse, il dégagea sa main de celle de Marthe, saisi le matériel qu’il avait acheté, et sans un mot sorti de l’auberge comme si le diable était à ses trousses.

Dehors, la nuit avait recouvert le monde. Il pleuvait à verse et en quelques secondes Thomas sentit la morsure du froid traverser ses vêtements et envelopper sa peau. Il se hâta dans le fiacre le plus proche sans même se soucier de savoir si celui-ci était libre ou non. Fort heureusement pour lui, personne ne le fouetta de ses gants ou de sa canne en l’exhortant à déguerpir.

« Au domaine Vespar », hurla-t-il au cocher. Le cuir des rênes claqua dans l’air et le cortège se mit en marche. La clameur de la ville céda rapidement le pas à la tranquillité de la petite route de terre conduisant au domaine. Derrière les fenêtres du fiacre, Thomas voyait la Lune briller dans un ciel dénué de nuages. Son image seulement entrecoupée par la silhouette des arbres, la masquant telles des ombres chinoises à mesure que la calèche s’enfonçait dans le bois. Bercé par les soubresauts irréguliers, l’esprit de Thomas se dilata. Un semblant de calme après l’orage envahit son être. Même la froide douleur de sa plaie s’atténua. Ce retour de la sérénité rendit ses paupières lourdes. Thomas cala son dos dans le cuir rembourré du siège et ferma les yeux. Lui qui avait espéré pouvoir se détendre en prenant un verre à l’auberge. Encore un projet que tu n’as pas su mener à terme, pensa-t-il. Sans qu’il le désire, l’image de cette femme à la chevelure incandescente surgit dans son esprit et…

— Nous sommes arrivés, Monsieur !

La voix, haut perchée, le fit sursauter et il se ressaisit aussitôt.

Le cocher, remercié et payé, les sabots qui tiraient le fiacre s’éloignèrent de lui en martelant les graviers de l’allée qui menait au domaine. Il resta seul devant l’énorme bâtisse qui dorénavant lui appartenait.

La Demeure Vespar.

Un monstre de pierre doté d’une multitude d’yeux inquisiteurs qui semblaient aussi anciens que la Lune dont ils reflétaient l’éclat. Un lieu à même d’exciter les écrivains romantiques anglais. Ils auraient imaginé celui-ci entouré d’un brouillard surnaturel que rien n’est capable de chasser. Un labyrinthe de pièces vides où la seule âme en vie finirait par se perdre, rejoignant ainsi les reflets éthérés de mémoire qui errent au rythme de l’antique horloge suspendue à l’entrée. La demeure aurait sa propre humeur, sa propre météo. Un vent glacial surgissant sans raison apparente au détour d’un couloir ; des portes se fermant avec violence, comme si Eurus[2] lui-même déferlait en ces murs… Et, par une nuit comme celle-ci, le propriétaire des lieux serait pris d’une fièvre lui faisant entendre pas, échos et murmures là où seul le silence devrait régner. Il prierait en psalmodiant d’anciens cantiques afin de survivre à la nuit, suppliant que les rayons du soleil viennent chasser la folie qui le guette. Quand enfin l’astre du jour viendrait, il apporterait la délivrance. Du moins pour un temps. Chaque nuit de ce genre, l’âme de notre cher locataire s’effriterait davantage. Peu à peu, sa raison deviendrait aussi intangible que les créatures convoquées par son imagination lors de ces veillées mortifères.

Mais non, rien de tout cela.

Ce n’est qu’une bâtisse vide, silencieuse, triste comme le sont les choses inanimées. Un lieu que même les âmes errantes semblent éviter. Son refuge à lui. Peut-être pas le lieu le plus adéquat pour vivre, mais aucun n’est plus propice pour peindre. Et c’est tout ce qui importe se dit Thomas en montant les quelques marches qui le séparent de la porte d’entrée.

Comme bien des soirs, il n’est pas d’humeur à présider une tablée de 18 places vides pour diner. La faim modeste, il se contente d’attraper un fruit en cuisine. Il se rend alors compte que sa main est toujours emmitouflée dans le mouchoir sale de Marthe. Il le retire. Le sang a noirci en son centre avant de se diffuser en un rouge de plus en plus clair. Un soleil en négatif, un trou noir qui suce la vie, pense-t-il. Serrant la main, il ressent une petite douleur qui le fait grimacer.

« Vas-tu m’empêcher de peindre ? », demande Thomas à sa plaie.

Son estomac est relégué au second plan et il repose la pomme qu’il vient de saisir. En cette nuit qui a démarré sous d’aussi mauvais auspices, il veut avoir une réponse. Savoir s’il a une raison de plus de se maudire, lui et ses lubies qui le détournent de son travail. Ses pas, bien que légers, résonnent dans la bâtisse silencieuse comme le tonnerre un soir de tempête. Son atelier est plongé dans l’obscurité, mais il parvient tout de même à discerner les contours du chevalet. Après avoir allumé quelques bougies afin d’y voir plus clair, il reste prostré devant ce dernier. Il ferme les yeux pour convoquer une image à reproduire. L’obscurité fait aussitôt rejaillir le souvenir de cette chevelure incandescente.

— Non, hors de question

Thomas chasse cette vision. Dans une vaine tentative pour orienter son imaginaire, il repense à son sang se mêlant à l’alcool pour créer un motif aussi vaporeux qu’énigmatique. Mais instantanément, l’image du mouchoir taché de sang surgit. Le soleil noir s’inscrit dans son esprit. Et avant qu’il s’en rende compte, celui-ci associe l’astre sombre à deux petits joyaux enténébrés. Ses yeux…

Soudain, elle est là.

Entière dans son absence. Drapée dans des guenilles injurieuses pour la beauté qu’elles enveloppent.

L’image avait saisi l’instant parfait : quand elle avait tourné son regard vers lui ; juste avant que ne naisse un sourire…

Devait-il faire fi de toutes ses considérations artistiques et exorciser ces traits qui le hantent sur sa toile ? Suffisait-il d’une femme entrevue pour qu’il remette en cause ce qui le définissait en tant qu’artiste ?

Non, il n’était pas prêt à faire une telle concession.

« Maudit sois-tu », lâcha-t-il pour lui-même devant la toile vierge qui lui faisait face.

Cette blancheur excita ses nerfs plus qu’elle n’aurait dû le faire et Thomas la frappa du plat de sa main meurtrie. Une tache projetée de sang vint souiller le vide, témoignage vivant d’un artiste frustré. Tandis qu’il quitte la pièce sans prendre la peine de souffler les bougies, de fines rigoles de sang chutent de la tâche principale. Les sillons rougeoyants figurent une multitude de larmes. Enfin, pas tout à fait… Celles-ci sont soumises à l’apesanteur. Elles ne font que couler. Elles n’ont pas vocation à refluer. Et pourtant, c’est ce que font certaines d’entre elles sur la toile.

Ainsi commença la longue et ultime nuit de Thomas.

 Sa tentative avortée de produire quelque chose ne lui laissa qu’une seule alternative concevable : aller se coucher et attendre de demain de meilleures dispositions. Les nuits ont toujours été pour lui uniquement le vecteur le conduisant à un autre jour. Une espèce de voyage dans le temps, d’ellipse lui permettant d’avancer vers un moment plus fécond pour son travail. Son lieu de sommeil était sommaire. Il ne servait qu’à fuir le temps, inutile donc de faire dans la surenchère. Ce fut d’ailleurs une des raisons qui le poussa à s’installer dans une ancienne « chambre » de domestique. Le terme de « cellule » (à l’instar de celle de certains moines) aurait été plus adéquat vu le dépouillement de celle-ci. Si quelque visiteur venait à pénétrer ici, il ne pourrait se douter que la pièce est occupée tant celle-ci est figée. Le seul meuble de la pièce — une modeste commode — est recouvert d’une épaisse couche de poussière. Dans l’angle du mur sud-est, une tisseuse a jugé bon d’établir ses quartiers. Le vieux sommier craque lorsque Thomas s’allonge et le bruit se répercute sur les murs de l’étroite pièce avant de s’avouer vaincu par le silence qui pèse en ces lieux. Un silence que semble chérir le nouveau propriétaire. Mais en tendant l’oreille, Thomas entend comme un léger bourdonnement. Le son est on ne peut plus faible. À tel point qu’il doute un moment que ce soit autre chose que son ouïe qui lui joue un tour. Il décide de ne pas en faire cas. Un souffle sur la bougie plonge la pièce dans les ténèbres. Thomas ferme les yeux en attendant que le sommeil vienne le happer. Dans l’obscurité, le son perdure et semble presque plus sonore. De longues minutes, il espère l’arrivée du silence. En vain. Sa volonté ne parvenant pas à ignorer ce bruit parasite, sa main tâtonne dans le noir à la recherche des allumettes posées sur la chaise qui lui sert de chevet. Sa main bute contre un angle et sa plaie vient se rappeler à lui. Il grogne dans le noir avant de finir par trouver ce qu’il cherche. Thomas gratte une allumette et la pièce s’enflamme. Rien. Aucune âme damnée ne gratte les murs, aucune branche difforme ne frotte la fenêtre pour demander refuge.

 Il y a pourtant quelque chose ici, se dit-il.

Thomas se concentre sur le bruit et lorsqu’il pense en avoir repéré la source, tend l’allumette sur le point de s’éteindre dans sa direction. Trop tard, lui dit une brulure au niveau de ses doigts tandis que la pièce replonge dans la nuit. Une autre allumette et cette fois, il voit celle qui est venue lui tenir compagnie pour la nuit. Dans la toile — presque invisible tant les fils de soie la composant sont fins —, une mouche grasse bat frénétiquement des ailes. Réflexe de survie aussi vain que désespéré. Son seul espoir serait de parvenir à s’arracher les membres pour se défaire de ce piège à la géométrie mortelle. Elle n’y parviendra pas, mais ne se résignera pas pour autant. Thomas ne la voit pas, mais il sait que la sournoise prédatrice va bientôt venir planter ses crocs venimeux dans ce gesticulant repas. Comme lui, elle a été tirée de son repos et son nocturne visiteur va faire les frais de son inopinée venue. Tandis que celui-ci commencera alors lentement à se liquéfier, les gesticulations inutiles cesseront. Les muscles devenant soupe sous l’effet des sucs gastriques de la chasseresse. Thomas, dans une pensée insidieuse qui ne le quittera plus pendant de longues heures, se demande : Et toi, dans quelle toile es-tu pris au piège? Il réalise le double sens du mot lorsque la flamme commence à faiblir et que l’allumette meurt entre ses doigts.

De ce moment jusqu’aux premières lueurs du jour, il ne fit qu’une seule et unique chose. Fermer les yeux puis finir par les réouvrir en soupirant. Fermer, ouvrir, fermer, ouvrir, fermer, ouvrir, fermer…

D’intrusifs rayons finissent par percer les fenêtres et leurs léchures chaudes et non consenties auront raison de sa tentative de repos. Il finit par s’extirper de ses draps, les maudissant de ne lui avoir apporté aucun réconfort, aucune échappatoire. Car c’est bien cela qu’il recherchait. Une issue à cette hantise qui est en train de l’envahir. Il passe devant son atelier sans y prêter la moindre attention. Il sait d’avance qu’il n’y mettra pas les pieds. Il s’y refuse. Thomas a beau accuser le coup d’une nuit sans sommeil, il n’est pas encore prêt à se résigner. Il sent pourtant qu’une autre volonté que la sienne cherche à s’exprimer au travers de sa main, voulant à tout prix réaliser un portrait que lui se refuse à faire. Thomas passe la journée en automate. Aucune volonté dans ses actions, juste une routine qui s’exprime et le guide. D’un pas pesant, il descend les marches le conduisant à l’étage inférieur. Le bois craque sous son poids et le bruit résonne sur les murs avant de venir heurter sa boite crânienne. Une douleur lancinante grandit derrière ses yeux et la luminosité du salon n’arrange pas la chose. D’un geste maladroit, Thomas tente de tirer les lourds rideaux. Il doit s’y reprendre à quatre fois avant de parvenir à plonger la pièce dans une obscurité plus supportable. Il passe en revue les différents courriers posés sur la grande table en chêne du salon. De sempiternelles invitations à des soirées mondaines, des lettres se voulant une tentative de séduction de la part de femmes ou de pères ayant entendu parler de cet homme vivant seul dans une demeure faite pour accueillir femme et enfants… Ironique, comment ceux qui cherchent à se couper du monde finissent invariablement par devenir un centre de gravité. Il ne fait pourtant aucun effort pour paraître intéressé ni même intéressant. Un instant il se demande ce qui fait de lui un trophée à posséder. Est-ce le nom de son père et la valeur marchande qui en découle ? Voit-on en lui une chose brisée attendant d’être réparée ? Ou est-ce son art qu’on aime et envie à travers lui ? Peu importe, finit-il par penser. Et de la même façon qu’il préfère ne pas se répondre, il ne répondra pas à ces courriers. Son silence, voilà la seule chose qu’il est prêt à offrir. L’imposante horloge vient mettre un terme à sa tâche et il réalise avec stupeur qu’elle sonne 16 h.

Comment est-ce possible? Suis-je sorti beaucoup plus tard que je le pensais de ce maudit lit? Où est donc passée ma matinée?

Sa stupéfaction ne dure pas longtemps et il apprécie finalement cette fissure dans laquelle le temps s’est échappé. Le poids des heures disparues vient augmenter la sensation de fatigue qui ne l’a pas quitté depuis la veille. Résigné et surtout plein d’espoir, il remonte avec difficultés l’escalier. La tâche lui semble beaucoup plus difficile qu’elle ne devrait l’être. Chacun de ses pas nécessite un effort qu’il a du mal à fournir. Les planches de bois elles-mêmes restent silencieuses, comme si elle contemplait une réalisation humaine d’exception. Ou peut-être, sa respiration hachée couvre-t-elle le grincement des marches… Tel un mortel parvenu au sommet de l’Olympe, il se retourne une fois arrivé en haut.

 Jamais plus je ne pourrais accomplir une telle chose, pense-t-il sans comprendre pourquoi.

 Il se cramponne à la rambarde, prends le temps de reprendre son souffle. Deux, trois minutes passent et les grandes goulées happant l’air cèdent la place à une respiration plus calme.

— Quelques pas jusqu’à la chambre et tu pourras enfin dormir.

Thomas s’élance et ragaillardit par la perspective du sommeil qui l’attend, il presse le pas. Il se force à ne pas diminuer le rythme quand, derrière lui, aux pieds des marches cyclopéennes qu’il vient de gravir, l’horloge sonne 18 h. Cette vieille chose a fini, elle aussi, par perdre la notion du temps. En passant devant son atelier, il y risque un œil, mais les ténèbres ont déjà englouti la pièce et rien ne s’offre à son regard. Pas même la blancheur immaculée de la toile en attente. Rien ne résiste à la nuit, pense-t-il en arrivant dans sa chambre. Il tâtonne comme un aveugle dans la pièce obscure, se refusant à prendre la peine de chercher bougies et allumettes. Son pied droit vient buter contre quelque chose et d’une main mal assurée, Thomas palpe les ténèbres. Aussitôt que ses doigts établissent le contact, il comprend que c’est son lit qui lui fait face et comme une marionnette dont on coupe les fils, tout son corps tombe en avant pour venir s’écraser dans ses draps.

Ai-je été un jour plus fatigué que cette nuit?

Il connaît la réponse, mais l’énoncer ne ferait que renforcer l’incompréhension qui s’insinue en lui. Alors, il ferme les yeux. Il la voit, en haut de marches qui semblent se démultiplier. Trésor inatteignable. Feu sacré que même Prométhée n’aurait osé subtiliser. Beauté enveloppée de guenilles. Souillon angélique. Muse attendant son art.

— Non !

 Thomas hurle le mot à la face de l’obscurité en ouvrant les yeux.

— Ne peux-tu pas me laisser en paix ? Ne peux-tu pas me laisser dormir ?

Rien ni personne ne lui répond. Tu es seul, sombre idiot! Seul avec tes pensées. Aucune échappatoire!

Cette idée le terrifie. Comment échapper à soi-même ? Il se redresse et dans la pièce sombre et silencieuse se maudit d’avoir proscrit l’alcool de cette maison. Oui, c’est un vice dans lequel il aimait se vautrer avec allégresse, mais c’est aussi un emplâtre qui parfois permet de croire, l’espace d’un instant, que certains problèmes se résolvent d’eux-mêmes. Thomas reste de longues minutes assis, les jambes pendantes à l’extérieur de son lit. Se rallonger ou se résigner à devoir encore survivre à cette nuit ? Il n’arrive pas à trouver de réponse. Des minutes ou des heures passent tandis qu’il scrute d’un regard vide un invisible devant lui.

 C’est alors qu’il l’entend. Il y a quelqu’un dans la maison.

 Un gloussement rauque monte et roule timidement depuis le salon. Le sang de Thomas ne se glace pas. Au contraire, il se met à circuler plus vite et soudain la fatigue n’est plus. Ne reste que l’appréhension et l’excitation du danger. Il se lève d’un bond en prenant soin de ne pas faire le moindre bruit. Sur le seuil de sa chambre, il s’arrête et tend l’oreille.

Je connais ce bruit se dit-il, sans parvenir pour autant à resituer d’où celui-ci lui est familier.

 Il avance vers l’escalier et le son se fait plus distinct. Thomas regarde les marches et comme si cela pouvait avoir un quelconque effet, leur impose de ne pas émettre le moindre son. Avec une extrême lenteur, il effleure de la plante du pied la première marche. Il inspire et retenant l’air dans ses poumons, pose le pied et tout son poids sur la marche qui ne manque pas de se faire entendre. Le grincement interrompt cette espèce de croassement qui venait du salon. Thomas attend, immobile, mais plus aucun son ne résonne dans la bâtisse. Dans un réflexe dont il ignore l’origine, il dévale à toute vitesse les marches. Il en manque une et se rattrape de justesse à la rambarde. Le rire se fait alors à nouveau entendre. Il est puissant, gras et sonore. Il ne semble plus venir uniquement du salon, mais de tout autour de Thomas. L’image d’un piano jailli et l’association se fait enfin dans son esprit.

— C’est ce vieux débris de l’auberge ! Ce salopard est venu me narguer jusque chez moi.

Furieux, il descend les marches deux par deux et se précipite dans le salon

« Sortez de chez moi ! » hurle-t-il, les poings serrés prêts à s’abattre sur la face ridée de son visiteur. La pièce est vide, plus rien n’y résonne si ce n’est le tic-tac lancinant de l’horloge. Toujours alerte, Thomas s’avance vers la cheminée centrale et saisit le tisonnier. Il le serre à s’en faire blanchir les phalanges.

— Je te trouverais où que tu sois !

Thomas fait minutieusement le tour de chacune des pièces du rez-de-chaussée avant de se rendre à l’évidence. Il n’y a personne d’autre que lui ici. Si jamais visiteur il y eut, celui-ci a depuis pris congé des lieux.

Ton manque de sommeil te joue peut-être des tours? Il faudrait peut-être lenvisager, non? Non. Je suis sûr de ce que jai entendu. Ce rire moqueur C’était forcément lui qui me narguait. Te narguer? Mais de quoi?

« De l’avoir possédé », lâche-t-il à voix haute.

Donc, c’est ça que tu veux. L’avoir? Te plonger toi aussi dans son accueillante poitrine?

— Non, je veux juste la peindre.

Nous y voilà! Enfin, tu le reconnais.

— C’est hors de question. Je ne le ferais pas. Inutile de chercher à m’influencer.

À qui adresses-tu ces mots?

— Mon dieu… Faut que je dorme. Je suis en train de…

Thomas ne finit pas sa phrase. Il faut juste qu’il puisse dormir. S’il y parvient, tout rentrera dans l’ordre. Une bonne nuit de sommeil et sa vie reprendra son cours normal. Loin de cette idée contre nature de portrait, loin d’elle et du fantôme qui erre dans son esprit.

Ce n’est que lorsqu’il arrive à sa chambre qu’il réalise qu’il tient encore le tisonnier. Il le pose contre son chevet. À portée de main, juste au cas où. Il se décide à éclairer la pièce pour vérifier que celle-ci est déserte. Il craque une allumette et allume une bougie. Il la promène sur toute la circonférence de la pièce. Le tour complet, il n’arrive pas à savoir s’il doit se réjouir ou non. L’absence d’une présence en ces murs signifie que la folie le guette. Qu’elle s’empare peu à peu de lui. Son esprit, confus, aurait presque souhaité que la flamme vienne illuminer le visage en parchemin du vieux soulard, tapi dans un coin de la chambre, grimaçant d’un sourire sardonique. Mais non, rien. La tension qui l’avait envahi le quitte et un bâillement venu du plus profond de son corps lui déforme le visage. Il étire son bras pour attraper la couverture et ressent une douleur sourde. Tout son corps est en proie à l’ankylose. Alors qu’il tente de caler son crâne dans un oreiller qui lui paraît bien trop dur, l’horloge sonne 18 h.

Quelle est donc cette folie, se demande-t-il en soufflant la bougie

— Si tu te sens seul, je peux t’envoyer une fille.

Thomas réouvre les yeux. A-t-il vraiment entendu les mots ou les a-t-il seulement imaginés ? Dans la mer d’encre qu’est sa chambrée, il reste un instant immobile. Il ne bouge pas d’un cil, cesse de respirer et concentre son ouïe sur le silence. La main prête à saisir le tisonnier au moindre son étranger…

D’un seul coup, il sursaute comme un diable hors de sa boite quand le carillon de l’horloge résonne à nouveau, marquant une heure qui est pourtant déjà passée.

— Ça suffit !

Thomas attrape le tisonnier.

Il connaît sa cible et cette fois, elle ne lui échappera pas. Dos à la porte d’entrée, il fait face à son adversaire. Elle se croit certainement hors d’atteinte, perchée dans sa tour d’ivoire à nous imposer sa marche immuable. Détrompe-toi, pense Thomas en lui lançant son arme de fortune au visage. Il manque sa cible de peu et le tisonnier rebondit sur le sol. Un nouvel essai, qui ce coup-ci fait mouche. L’adversaire chute et vient s’écraser avec fracas contre le sol. Son intégrité ne semble pas avoir subi de dégâts et la machinerie infernale continue sa rythmique. Ramassant le tisonnier, Thomas lève le bras au-dessus de sa tête et s’apprête à frapper avec fureur. Soudain, son visage à elle apparaît et son bras se fige. L’image se brouille, se déforme pour revêtir les traits du vieillard salace. Il croit, l’espace d’un instant, entendre son rire démoniaque, mais avant d’en être sûr, il abat violemment le tisonnier. Le bois vole en éclats et ce qui figure le crâne de la chose s’ouvre, laissant apparaître un cerveau fait de rouages, de courroies et de pistons métalliques. Une roue crantée tourne dans le vide, bien décidée à ne pas s’avouer vaincue. Pris de rage, Thomas frappe encore et encore l’antique horloge, répandant ses organes qui rebondissent sur le sol dans un ultime cri métallique.

 Malgré la douleur qu’il ressent dans ses muscles, Thomas continue de faire pleuvoir les coups. Même quand il ne reste plus rien de l’objet et que le tisonnier bute contre le parquet, y laissant de profondes cicatrices.

 Haletant, les muscles en feu, Thomas admire son œuvre. Il a vaincu le temps, l’a réduit à néant.

 Le silence n’est plus troublé que par la pluie battante qui frappe les fenêtres. La nuit a retrouvé son calme. Plus aucun carillon funeste ne viendra le troubler alors qu’il tente de trouver le repos, de retrouver sa vie. La satisfaction du meurtre accompli fait naitre un mince sourire sur ses lèvres. Un sourire mauvais, plein de violence. Mais pour le moment, sa rage est repue.

 Thomas lâche le tisonnier, et sans même un regard de pitié pour ce qu’il vient de détruire, il s’avance vers l’escalier. Il va pouvoir enfin dormir. Il le sent. Dormir et ensuite il faudrait qu’il pense à se nourrir. Depuis quand n’a-t-il pas pris le temps de manger ? Deux jours ? Trois ? Il n’arrive pas à savoir, mais la douleur creuse qu’il ressent à l’estomac laisse entendre que cela fait bien trop longtemps. Il va y remédier. Mais d’abord, dormir. Aussi longtemps qu’il le pourra.

Thomas monte lentement les marches. Son coup de folie meurtrière lui a ôté le peu de force qu’il lui restait. Peu importe, il le fallait. En haut des marches, il perçoit un halo de lumière venant de sa chambre ou peut-être de son atelier. Aurais-je oublié d’éteindre une bougie? Il ne peut plus se fier à sa mémoire. Son cerveau en proie à la fatigue ne fait plus cas de la logique et ses souvenirs, ses pensées sont aussi déconstruits que le cadavre de l’horloge au rez-de-chaussée. Il ne cherche donc aucune logique au fait que quand il parvient à l’étage, il réalise que c’est la lumière du jour qui jaillit des pièces entrouvertes. Il aura suffi d’une montée d’escalier pour que l’astre lunaire cède la place au soleil. Ses pas traînent sur le sol en le conduisant à sa chambre. Lorsqu’il passe le seuil, un bruit venant des profondeurs de l’entrée en contrebas se fait entendre.

Tic-tac, tic-tac, tic-tac…

— Je suis en train de devenir fou.

C’est un simple constat. Ses mots ne suscitent aucune réaction, aucun sentiment. Thomas continue d’avancer vers son lit. Le repos, enfin…

Et l’horloge sonne 18 h.

Avant qu’il puisse anticiper la chute, ses genoux cèdent et Thomas s’écroule sur le sol. Un spasme de désespoir remonte le long de sa gorge, et les larmes envahissent ses yeux. La tête dans les mains, il s’adosse contre le sommier du lit. À défaut de dormir, peut-être pourrais-tu mourir? Quel meilleur repos que celui de la tombe? Il réfléchit un instant à la proposition, pense à la façon dont il pourrait la mettre en œuvre. L’image de son corps suspendu par une corde là où trône l’horloge passe devant son regard brouillé par les larmes. Puis une autre vision passe et se fige. Il passe une main devant ses yeux. Ça ne peut pas être vrai. Pourtant, la vision ne bouge pas. Statique et implacable, elle lui fait face. Sa chevelure auburn semble flottée dans l’encadrement de la porte. Son corps nu irradie la pièce alors que de lèvres qui ne se meuvent pas, elle dit : Peins-moi! Viens à moi!

 

Ignorant la façon dont il y est parvenu, Thomas se retrouve devant l’Auberge Rouge. Un fiacre s’éloigne alors que la pluie martèle son crâne. À travers la porte de l’établissement, des rires et des cris de joie lui parviennent. Comment peuvent-ils rire? Est-ce de moi?

Avec violence, il pousse la porte et pénètre dans l’auberge. Personne n’arrête de vivre à son entrée, aucun regard ne se tourne vers lui. Il est aussi invisible que le vent qui s’engouffre par la porte ouverte. Tu n’es même pas assez important pour être l’objet de railleries, pense-t-il à contrecœur. Il embrasse la pièce d’un regard à la recherche de celle qui a pris possession de son esprit. De nombreuses filles errent nonchalamment parmi les clients. Un groupe de femmes observe la bassecour du balcon, mais aucune trace de celle qu’il recherche. Thomas repère la grosse Marthe derrière le bar. Elle sert un jeune marin dont le regard est plongé tout entier dans le décolleté de la tenancière. Son verre rempli, Marthe trempe un doigt dans la mousse de la bière qui monte doucement vers le bord avant de l’enfourner dans sa bouche grossière en adressant un clin d’œil au marin. Thomas, qui avance en observant la scène, se demande : « pourquoi se fait-il que de plus en plus d’hommes trouvent la vulgarité séduisante ? ». Le jeu de séduction n’est pas achevé quand il arrive au comptoir, mais il s’en moque et interpelle Marthe sans détour.

— Je cherche une de vos filles.

Marthe lui lance un regard noir tandis qu’elle se détourne du jeune homme.

— Elles sont toutes autour de toi, mon mignon. Il te suffit de faire ton choix.

Thomas s’appuie sur le bar de tout son poids et Marthe perçoit quelque chose qui la fait s’approcher de lui. Toute rancœur a quitté son visage.

— Bah alors, qu’est-ce qui t’arrive ?

« Je vous l’ai dit, je recherche une fille. Et ne me dites pas de regarder autour de moi. Elle n’y est pas. Je l’aurais reconnu. », lui répond Thomas en détournant son regard.

— Elle est peut-être simplement déjà prise. Dis-moi à quoi elle ressemble.

Thomas ressent une colère illégitime montée en lui en imaginant la femme entre les mains d’un autre homme.

« Elle a la peau très claire, une chevelure au couleur de l’aube. » Marthe lui jette un regard en biais et il se reprend.

« Une rousse. La dernière fois que je suis venu, il y a quelques jours, elle était là, assise sur les genoux d’un vieil homme jouant du piano », lui dit-il en indiquant l’instrument.

— Ah oui, je crois que je te reconnais. Tu as une mine de déterré mon garçon, tu le sais ? T’es le p’tit gars qui est parti en trombe après s’être blessé à la main n’est-ce pas ? T’as du bol d’avoir payé à l’ Nous n’aurions pas le même genre de discussion sinon.

D’un geste de la main qui chasse l’air, Thomas lui fait comprendre que toutes ces simagrées ne l’intéressent pas.

« La fille », se contente-t-il de demander.

La main de Marthe vient alors se poser sur une des siennes.

— Je suis désolé de te dire ça mon grand, mais la fille dont tu parles, Lili, nous a quitté il y une quinzaine de jours.

La réponse lui paraît si incongrue, que dans un premier temps, il ne réagit pas. Il a peut-être perdu la notion du temps, mais cela ne peut tout simplement pas être vrai. Sa dernière visite ne remonte pas à 15 jours. Il n’aurait pas pu tenir aussi longtemps sans dormir. Impossible.

« Vous devez vous tromper. J’étais là il y a moins d’une semaine. Vous devez confondre avec une autre de vos filles. »

— J’aimerais te dire que c’est le cas, mais ces dernières années une seule et unique rousse a vécu ici. Et c’était cette chère Lili. C’est triste de partir si jeune, si brutalement. On ne sait même pas vraiment ce qui lui est arrivé. Elle s’est juste endormie, sans ne plus jamais se réveiller. Peut-être un genre de fièvre ? Va savoir…

Marthe ne le remarque pas, mais Thomas ne l’écoute pas vraiment. Il dégage sa main de celle de Marthe et en regarde la paume. La plaie encore ouverte et suintante il y a peu a dorénavant laissé place à une longue boursouflure blanche. Elle est entièrement cicatrisée.

« Mon Dieu, mais qu’est-ce que c’est que tout ça », lâche Thomas la mâchoire serrée.

— La vie, tout simplement. Les gens comme nous ne font pas long feu. La maladie, la violence, la faim… trop de dangers nous guettent pour que notre vie s’éternise.

L’esprit de Thomas essaye d’emboiter les pièces qui se présentent à lui, mais ne parvient pas à en percer le sens. Lui qui ne parvient plus à dormir ; elle, Lili, qui s’endort pour ne plus se réveiller. Cette ironie peut-elle être sans signification ? Comment va-t-il se débarrasser de son spectre maintenant ? Il était venu avec l’espoir qu’elle accepte de poser pour lui. Il avait fini par se résoudre à peindre son portrait. Il avait compris qu’il ne pourrait retrouver la paix que s’il s’acquittait de cette tâche. Et maintenant, voilà qu’elle n’est plus. À jamais insaisissable. L’image qu’il a d’elle est idéalisée par la fatigue et sa vision d’artiste… impossible de lui rendre justice en se fiant uniquement à sa mémoire. Il ne pourra jamais la recréer. Comment une femme à qui il n’a jamais parlé peut-elle le hanter ? Elle t’a souri! Tout sest joué dans ce sourire

« J’aurais dû lui parler… » murmure Thomas.

Il ne se rend compte de l’avoir dit à voix haute que lorsque Marthe lui répond : « Il n’est peut-être pas trop tard pour ça ».

— Où se trouve sa tombe ?

Marthe recule et attrape un torchon qu’elle frotte sans raison contre le bois du bar. Elle évite soigneusement le regard de Thomas.

« Il n’y a pas de tombes pour les gens comme elle. Pas de service funéraire, pas de sépulture, personne pour s’occuper de faire ça bien. Les gens se moquent de nous. Nous… Mes filles ne leur sont utiles que l’espace d’un instant. Un moment pendant lequel les hommes oublient leur vie merdique avant de repartir comme si de rien n’était. Ignorant le sacrifice que font ces filles. Ignorant ce que cela peut avoir d’abject, de sentir leur ventre gonflé de bière et plein de poils sur leur corps docile ; se moquant de la violence, de la douleur provenant de leurs violents coups de boutoir qu’ils pensent à même de nous apporter du plaisir. Rien dans cette vie ne les épargne… crois-tu vraiment que la mort va leur offrir une sépulture ? »

Marthe se détourne soudainement. Thomas est convaincu que c’est afin de cacher, à lui et aux autres clients, un regard qui s’embue. Elle doit rester imperturbable, forte pour toutes les filles qui dépendent d’elle. Elle a beau être une femme du peuple, elle sait que la moindre fissure sera exploitée par les soiffards qui vont et viennent dans l’établissement. Même un jeunot comme le marin — probablement aussi puceau qu’innocent — cherchera à profiter de la moindre de ses faiblesses.

— Qu’est-elle devenue dans ce cas ?

« Elle a rejoint les autres. Celles qui sont parties avant elle. », lui répond Marthe qui lui tourne toujours le dos.

— Je ne comprends pas.

« L’arrière-cour… Je les enterre dans l’arrière-cour. De cette façon, je peux continuer à veiller sur elles. J’aime à penser qu’elles auraient voulu qu’il en soit ainsi. »

Thomas reste silencieux. Lorsqu’après quelques secondes, Marthe se retourne, Thomas voit, dans une fulgurance qui ne dure qu’un battement de cil, son vrai visage. Celui d’une femme marquée par la vie, mais qui garde espoir de pouvoir en donner un peu à celles qu’elle appelle « ses filles ». Une femme dont la carrure imposante cache un cœur qui ne l’est pas moins. Sa vulgarité, cette immonde lubricité dans le regard, tout cela n’est qu’un masque. Une armure dont elle se pare pour protéger celles dont elle s’estime responsable. Un sentiment de culpabilité envahi Thomas alors qu’il réalise sa propension a rapidement jugé autrui. Celle-là même dont il se plaint d’être parfois victime. Il va pour dire quelque chose, mais déjà Marthe reprend son visage de matrone.

— Viens, suis-moi.

Il longe le bar pour la rejoindre et alors que Marthe se faufile entre les tables remplies de clients, des mains calleuses, d’autres pleines de suie, saisissent son arrière-train. Marthe ne bronche pas, mais Thomas ne parvient pas à se retenir d’envoyer un regard assassin à chacun de ses palpeurs sans retenue. Ils arrivent enfin à une petite porte dont le chambranle en bois s’effrite dangereusement. Marthe l’ouvre et doit tirer avec vigueur sur sa poignée pour contrecarrer le fait que celle-ci frotte contre le sol. L’arrière-cour ressemble à un modeste jardin mal entretenu. Aucun n’artifice, si ce n’est un chêne dont les branches nues sont fouettées par le vent. Marthe s’enfonce dans le petit jardin, et bientôt, Thomas discerne une dizaine de monticules de terre alignés contre le mur de brique qui enserre l’espace. L’un d’eux est moins tassé que les autres, et c’est devant celui-ci que la tenancière s’arrête.

— J’ai fait au mieux pour qu’elle soit bien. Je l’ai coiffée, nettoyée, et enveloppée dans des draps. Je n’y connais pas grand-chose en bondieuserie, mais j’ai dit quelques mots en souvenir d’elle. C’était une gentille fille. Perdue comme beaucoup, mais gentille.

Tandis que Marthe évoque le souvenir de Lili, Thomas s’agenouille devant l’ultime demeure de sa muse en devenir qui n’est plus. Il pose une main sur l’amas de terre. Quelque chose vient s’insinuer dans son cerveau à ce contact. Une pensée aussi insidieuse qu’un ver dans un fruit pourri. Il ferme les yeux. Couvrant le vent, la pluie, la clameur provenant de l’auberge et les mots de Marthe, il entend : Peins-moi!

Il se rappelle être resté un moment dans le jardin. Il avait ensuite suivi Marthe à l’intérieur et après une hésitation feinte, avait accepté le verre qu’elle lui avait offert. Il avait par contre refusé sa proposition d’une autre fille. Marthe s’était montrée prévenante avec lui, douce, malgré le masque obscène dont elle ne s’était plus séparée. Pour ce qui est du reste, mystère. Avait-il pris plus d’un verre ? Qu’avait-il fait avant de se retrouver ici ? Ses vêtements gisent sur le sol. Sales et détrempés. Il se tient debout, nu comme au premier jour. L’horloge qu’il a pulvérisée est suspendue intacte au-dessus de lui, approchant du moment où elle sonnera 18 h. D’un coup d’œil, il aperçoit des empreintes de pas mouillées montant vers l’étage supérieur. Les siennes ? Déboussolé et de plus en plus en proie à une folie qu’il ne comprend pas, Thomas se laisse tomber sur le sol, ses mains arrêtant de justesse sa chute avant que sa tête ne rencontre le parquet. Une douleur vive se rappelle à lui. Une douleur qui vient de l’extrémité de ses mains. Il baisse un regard inquiet vers elles. Ses doigts et ses ongles sont recouverts de terre. Par endroit, certains n’ont pas résisté et la fine protection qui recouvrait l’hyponychium[3] a disparu. La chair à vif est recouverte d’un mélange de sang et de terre. « Et tout autour de lui, ne règne que peine et souffrance. Les ténèbres l’enveloppent. Il est chez lui».

— Tout cela n’a aucun sens.

Thomas se relève péniblement, ses jambes tremblent sous lui. Cela ne vient pas de la fatigue, mais de la peur qui se répand dans l’esprit de ceux qui savent que leur raison s’étiole. Aux pieds des marches, ses vêtements trônent souillés de pluie et d’autre chose. Une matière visqueuse qui luit sous les pâles rayons de lune qui percent par les grandes fenêtres du salon. Une voix en lui lui dit qu’il ne veut pas savoir ce qu’est cette autre matière. La voir accentue l’effroi qui monte en lui sans qu’il parvienne à comprendre pourquoi. Il se détourne et tente de se concentrer sur les traces de pas sur le sol. En avançant en parallèle, il réalise qu’elles correspondent à sa physionomie. Qu’a-t-il donc été faire ? Les muscles et les nerfs tendus, raides comme un corps sans vie, il suit les traces laissées par un autre lui. Il prend un soin tout particulier à ne pas marcher dessus, les évitant comme s’il s’agissait d’un acide à même de lui ronger les chairs. Thomas n’entend pas les marches grincer sous son poids au fur et à mesure qu’il les gravit, trop obnubilé par un sentiment qui se renforce à chacun de ses pas. Ce n’est plus de la peur. Non, c’est autre chose. Quelque chose qui le pousse vers l’avant alors qu’il sent pourtant que le plus sain serait de rebrousser chemin. Un mélange malsain de curiosité, d’excitation et de… d’envie!

Des ombres dansantes s’échappent de son atelier, là où ses pas le mènent. Sur le seuil, la lumière qui émane d’un nombre indécent de bougies, lui agresse la rétine. Il détourne instinctivement le regard. Trop de lumière ici. Laisse donc tout cela. Va dormir!

Non, il doit savoir à quoi correspond toute cette folie. Après une longue inspiration, Thomas fait donc face à son atelier. Sa vue se brouille à cause de l’éclat qui imprègne toute la pièce. Il se fige, et attend que ses yeux s’adaptent. Des formes émergent peu à peu, se dotant de contours de plus en plus nets. Il aimerait qu’il en soi de même pour sa mémoire, mais rien ne lui revient. Encore quelques secondes et tout deviendra clair…

 La vision qui lui fait face chasse cette considération avec la violence d’un fouet qui claque dans l’air.

— Qu’est-ce que…

«Les ténèbres lenveloppent. Il est chez lui. Plus de raison, elle na pas sa place ici. En ces terres, la folie s’étend sur tous les horizons, elle imprègne lair quil respire, suinte des pores de sa peau. Contemple, ô homme, la dernière demeure, le pays où lespoir se meurt!»

Ce qui lui reste d’esprit ne remarque pas la toile et la tache de sang en son centre. Le motif qu’elle dessine en clair-obscur d’un sang plus ou moins sec par endroit ; les centaines de fines et délicates veines qui chutent pour finir par une légère courbure ; l’espace vierge que son contour dessine… Il ne voit rien de tout cela.

 Pas plus qu’il ne remarque la silencieuse tisseuse qui le toise depuis son lit de soie. Unique spectatrice de la folie à venir dont les trois paires d’yeux ne saisiront pas la portée. Hôte mortelle et impassible, elle attend que vienne le prochain visiteur. Un autre que celui-ci. Celui-ci, en plus d’être bien trop grand pour elle, est la proie d’autre chose. Ce qui focalise l’attention de Thomas est ailleurs. Ses yeux sont obnubilés par ce qui git sur une méridienne dont il ne se sert jamais.

 Caché sous une masse blanche et tachée de terre, linceul de fortune dont les renflements ne laissent pas de doute possible concernant la nature de ce qu’il recouvre, repose un corps.

Son corps!

Sous l’autel improvisé, une flaque noire comme le cosmos s’étend doucement. Il comprend soudain ce qui a réduit ses doigts en charpie. Il a creusé la terre de ses mains nues pour la délivrer de cette funeste étreinte. Mais cette révélation ne lui apporte rien. Une multitude d’autres questions se bousculent dans sa tête. Comment a-t-il pu quitter l’auberge avec son larcin ? Comment est-il rentré ? Quelqu’un l’a-t-il vu ou reconnu ? Le recherche-t-on ? Est-ce que, d’ici l’aube, une foule pleine de colère et armée de fourche va venir lui demander rétribution ? Et la plus importante. La seule qui compte vraiment. La question qui bute et rebondit dans sa boite crânienne, s’amplifiant jusqu’à devenir douloureuse : Pourquoi a-t-il fait cela ?

Thomas scrute le reflet des ombres projetées par les flammes qui danse sur le corps emmailloté dans des draps souillés d’une matière noirâtre. La même qu’il avait vue luire sur ses vêtements. Malgré l’appréhension et le dégout qu’évoque la substance, il tend la main vers les draps. Elle ne tremble pas, s’aperçoit-il.

Juste avant que ces doigts meurtris n’effleurent le tissu ; il arrête son geste. Une image de la belle endormie surgissant de son brouillard de draps avec la vélocité d’un fauve, le visage déformé par un cri inaudible, traverse son esprit. L’image reste, mais ses doigts reprennent leur course et soudain la frénésie les emporte. Ils démaillotent, se débattent pour mettre à jour ce qui aurait dû paisiblement reposer sous un amas de terre, près de ses sœurs d’infortunes. Les doigts de Thomas se remettent à saigner, laissant des auréoles rougeâtres sur le linceul. Ôtant un premier drap, puis un second, les maux de Marthe lui reviennent : « J’ai fait au mieux pour qu’elle soit bien». D’un ultime geste dont il ne perçoit pas la théâtralité, il jette le dernier drap en l’air. Il flotte quelques secondes puis chute, lentement, vers le sol.

La mâchoire de Thomas se crispe, et un relent remonte des profondeurs d’un estomac qui se contracte sur du vide. Il voudrait détourner le regard, mais il ne parvient pas à bouger.

Le froid qui fait trembler les vivants a permis au corps de garder une allure « humaine » bien que celle-ci tienne d’une sorte de parodie, de caricature. Les organes, muscles et tissus graisseux ont perdu de leur densité. Il ne reste qu’une fine couche de peau qui fait saillir chaque os, chaque aspérité de ce qui nous constitue, mais qui est, de notre vivant, dissimulé par une enveloppe plus ou moins charnue. Ici, pas de superflu. Juste un corps taillé à la serpe, un squelette qui échoue à se cacher.

 Thomas comprend enfin. Le liquide sombre, visqueux, à l’odeur âcre, mais étrangement supportable est constitué de tout ce qui n’était plus nécessaire. Il fait un pas en arrière en réalisant avec dégout qu’il suinte de chacun des orifices de la jeune femme qui n’est plus. Il recule encore, craignant que cette mort qui s’écoule et se répand soit contagieuse, qu’elle cherche d’autre territoire à conquérir.

 La peau et sa couleur ivoire qui l’avaient tant marqué tirent dorénavant sur un vert fade, délavé. Par endroit, de petites taches noires — coup de pinceaux anarchiques et inutiles d’un artiste qui se pense flamboyant — marbres la peau comme de petits cancers.

 La mort qui corrompt la vie, pense-t-il.

 La chevelure flamboyante n’est plus qu’un entrelacs de cheveux hirsutes imbibés de terre, leur couleur sanguine ayant cédé, elle aussi, à l’obscurité…

 Un sentiment de honte s’empare de lui lorsque ses yeux — après s’être posés sur une poitrine qui n’a plus aucune autre substance que celle d’une baudruche vide — descendent vers la vallée morte et broussailleuse qui cache une grotte où plus aucun homme ne trouvera refuge. Thomas hésite un instant. Puis, avec précaution, comme s’il avait peur que cette esquisse de vie ne s’anime sous ses yeux et agrippe son poignet de doigts plus froids que l’hiver au-dehors, il tend une main tremblante afin de recouvrir l’intimité de celle qui autrefois se faisait appeler Lili.

 Ce qui le révulse au plus haut point, c’est que, malgré la vie qui n’est plus, malgré la corruption de la mort, elle reste une des plus belles choses qu’il lui fut donné de voir. De telles choses ne devraient pas arriver.

« Peins-moi ».

Est-ce un mirage dû à l’éclairage, ou les lèvres que la mort avait scellées, viennent-elles réellement de s’entrouvrir ?

La seconde possibilité exhorte les jambes de Thomas à prendre la fuite, mais il se contente de reculer de quelques pas. Son dos vient buter contre le petit meuble sur lequel attendait sa palette, et celle-ci s’écrase par terre dans un bruit sourd, éclaboussant le sol de fines gouttelettes multicolore. Il n’y prête aucune attention. Son esprit vient de se perdre dans la toile qui vient d’envahir son champ visuel. Il voit enfin l’étrange tache rouge et noir au centre. Il penche légèrement la tête et réalise, sous cet angle, que le vide que la tâche entoure préfigure une forme bien particulière. La forme de ce visage qu’il s’est si longtemps refusé à peindre. Tu as refusé de peindre la vie sous prétexte que cela reviendrait à la figer dans une posture immortelle, que c’était comme la vider de sa substance, comme voler cette vie qui la rendait unique… Tout cela n’a plus cure dorénavant…

« Peins-moi », entend-il à nouveau et cette fois, il est sûr d’avoir vu la défunte bouche se mouvoir.

Si peindre la vie c’est figuré la mort, que créeront des coups de pinceau figurant une morte?

Perdu dans la tache que son sang a créée en la dotant d’une forme qui n’a rien de naturel, Thomas admire ses différentes teintes, ses nuances. Dans ce dégradé, c’est un symbole que son œil perçoit, la vie et la mort qui se mêlent, s’épousent. Du sang au néant… Jamais aucune peinture n’aurait pu donner un tel résultat. Cette façon dont le sang séché et noir vient donner volume et corps au reste de sa chevelure, c’est…

« Peins-la » s’entend-il prononcer.

Une chose en lui vient de céder. Thomas regarde ses mains ouvertes devant lui ; le corps inerte de cette femme qui hante ce qui aurait dû être son sommeil ; la toile et la forme ensanglantés qu’elle abrite, puis il ferme les yeux. Soudain, elle est là, dans l’Auberge Rouge que le monde a désertée. Seule, belle, rayonnante à en rendre jaloux l’astre solaire. Elle se tourne vers lui avec sur les lèvres un sourire qui ensorcelle, puis elle se fige. Statue de chair dont seule la chevelure est mue par un vent qui ne souffle point.

— Magnifique !

Les yeux toujours clos, Thomas gratte la toile de ses doigts à vif. Il ravale la douleur. La pulpe de ses doigts devient ses pinceaux. Le sang, son apprêt, sa peinture. Il sent la douleur vive d’un ongle cédant sous la friction et une grimace de douleur déforme son visage alors qu’il continue à gratter le lin. Tant mieux. Moins de risque de percer la toile, pense-t-il. Quand il réouvre enfin les yeux, la masse rouge et brouillonne qu’il voit ne le satisfait pas. Le sang n’a pas encore toutes les nuances que le temps finira par lui donner. Tout cela manque de profondeur, d’ombres…

Des gouttes de sang suintent de la chair de ses doigts mise à nue, produisant un imperceptible floc-floc sur le sol. Thomas tourne son visage vers le corps couché sur la méridienne. Tandis qu’il s’en approche doucement, le nom « Lili » s’échappe de ses lèvres. Au travers d’yeux que la douleur a quelque peu embués, il a l’impression que la coloration verdâtre du corps s’est atténuée. Il a besoin d’elle s’il veut réussir à lui rendre justice, besoin de ce qui faisait la vie en elle… Sans y réfléchir, Thomas plonge ses doigts dans la substance noire agglomérée sous le corps de Lili. Son contact est étrangement moins froid que ce à quoi il s’attendait. La mort peut-elle être plus chaleureuse qu’on ne le pense? L’odeur du liquide lui monte aux narines. L’effluve rance tapisse sa cloison nasale, s’insinue dans son esprit, et il sent un vertige soudain l’envahir. Un vertige, mais aussi une certaine euphorie…

Se dressant devant la toile, il s’apprête à refermer les yeux, mais remarque qu’il n’en a pas besoin. Le fantôme du souvenir de Lili est gravé sur sa rétine. À tel point qu’il est persuadé, que la jeune femme se tient là à peine à quelques mètres, prenant la pose pour lui. Il n’ose battre des cils de peur qu’elle ne vienne à disparaître. Alors, il la fixe, tandis que des larmes coulent de ses yeux qui demandent un répit. Ses mains pleines de putréfaction badigeonnent la toile, tracent des courbures, créent des contours, répandent des ombres, sculptent la vie dans l’inerte océan rouge. La sécheresse arrive et Thomas replonge des mains affamées dans la flaque d’ébène, projette des dizaines d’éclats de liquide sur la toile qui s’y fixent comme autant d’étoiles en négatif. Son sang se mêle à la substance et en change la texture, lui permettant d’apporter toujours plus de nuance au portrait.

 Sans s’en rendre compte, il délaisse l’image gravée sur ses pupilles et tourne la tête vers le corps endormi de Lili. Le rouge de sa chevelure est plus clair que la nuance reproduite sur le tableau, il faut l’éclaircir. Il doit aussi retranscrire la coloration sanguine de ses lèvres légèrement entrouvertes. Habité par la tâche, l’œuvre qu’il parachève, il saisit un couteau à peindre dont les bords sont recouverts de fines dents acérées. Il le plonge dans sa main droite, réouvrant une chair pourtant cicatrisée. Son corps se crispe sous la douleur quand le couteau bute contre quelque chose de dur. L’os? Peu importe se dit-il, détaché. Le sang s’amoncelle dans sa main en coupe, et Thomas y plonge ses doigts pour les alimenter de ce pigment si particulier. Il ne le remarque pas, mais, si sous le corps de la défunte une auréole noire se répand, sous lui, autour de ses pieds nus, c’est une flaque écarlate qui s’élargit de plus en plus.

— Voilà qui est mieux. La tonalité est plus proche de ta couleur. Tu ne trouves pas ? J’aurais tellement aimé que tu puisses te voir. Si seulement je n’avais pas tant tardé à te peindre. Tout ça pour de sacrosaints principes qui n’avaient de crédit qu’à mes yeux… Il faut rajouter un peu de noir par ici. Je prends un peu de toi… Voilà, on touche au but.

Quelque chose dans cette pensée le rassure. Sa tête tourne de plus en plus, sa vue se brouille. Certainement à cause de ce méphitique liquide. Il est temps d’en finir!

Il regrette de n’avoir pas fait un portrait de plain-pied, de tout ce corps à la beauté si imparfaitement parfaite. Cette effroyable symétrie qui tient plus du tigre[4] que de la femme. Il aurait aimé peindre le doux renflement de ses seins fermes et nourriciers, figé ce moment précis, là ! Oui, celui-ci ! Cet instant juste après que les poumons se remplissent d’air et avant qu’il ne le laisse s’échapper dans un souffle. À une autre occasion peut-être ? Peut-être acceptera-t-elle à nouveau de poser pour lui.

Finis donc ce que tu as commencé. Ne vois-tu pas qu’elle s’impatiente?

Thomas remarque en effet d’imperceptibles mouvements, de ceux qui trahissent la fatigue d’un corps soumis à la lenteur de l’artiste. On dit que Dieu a créé le monde en six jours. Voilà bien la plus grande preuve que ce n’était pas un artiste !

À la décharge de Thomas, le vertige qu’il ressent l’oblige à se concentrer. Ce qui ne l’aide pas pour peindre…

Il a manqué à plusieurs reprises de perdre l’équilibre dont une aurait pu le voir s’effondrer sur le sol s’il ne s’était, de justesse, rattrapé à un meuble ou autre chose.

Il n’a pas fait vraiment attention. L’important c’est que la chute ait été évitée. Autour de lui, l’espace lui avait alors donné l’impression de changer. Comme si les ombres avaient pris une autre substance, qu’elles s’étaient déformées, allongées. Bougeant comme si elles cherchaient à fuir… Il avait alors tourné la tête vers Lili, se demandant avec inquiétude si l’éclairage n’avait pas modifié les traits qu’il tentait de reproduire. Il n’en était rien. Elle était toujours là, allongée. Elle le regardait de ses yeux noirs et hypnotiques. Lui souriant en attendant qu’il la libère de son immobilité. Étrangement, les flammes semblaient illuminer encore davantage son visage.

— J’ai presque fini !

Le sourire de Lili s’élargit, et révèle une dentition droite qui tire sur le gris.

Mon Dieu, la chaleur devient de plus en plus étouffante…

Subtilement, l’espace hors de la toile se floute…

Thomas baisse une tête qui dodeline vers sa main. Elle déborde de son sang. Il y trempe les doigts et quand il se redresse, son corps tangue.

Soudain, la toile finit elle aussi par devenir floue. La lumière faiblit malgré des ombres qui dansent avec toujours plus de fougue. Puis vinrent les ténèbres.

Thomas s’effondre.

Une chaleur réconfortante flotte autour de lui quand il reprend conscience. Sa joue trempe dans un sang qui commence à s’épaissir. Elle émet un son humide quand il la décolle du sol en tentant de se relever. Il n’y arrive pas. Plus assez de force. La pièce baigne dans une lumière chaude, comme éclairée par un doux soleil d’été. Il lève la tête et, entre les flammes, aperçoit le tableau au-dessus de lui. Prosterné devant lui comme certains devant d’autres illusions, il sourit. Il est achevé ! Dans ce cadre blanc, fixée pour l’éternité dans toute la gloire de sa beauté, la flamboyante Lili éclipserait le jour lui-même.

J’ai réussi! Je tai peint!

Elle le regarde, les yeux pleins d’un amour qui n’a pu s’exprimer. Son sourire exprime aussi bien la joie de l’avoir connu que la détresse de le voir mourir sans naitre.

 Sublime Eve… née de mes doigts, de mon sang.

Thomas se sent faible et lutte pour empêcher ses paupières de se clore. Il est si fatigué… même respirer devient un effort qu’il n’arrive que difficilement à produire.

— Chut… endors-toi maintenant, repose-toi. Tu l’as mérité mon amour.

Il tente de prononcer un mot, mais n’y parviens pas. Merci résonne dans sa tête juste avant que son esprit s’éteigne. Son corps se détend… un feu salvateur l’envahit et le sommeil vient… enfin…

 Loin de lui, dans un monde dont il a fini par s’échapper, une impassible horloge martèle un carillon. Elle sonne 18 h.

L’incendie dura trois jours.

 Trois jours pendant lesquels une foule toujours plus importante de badauds venait regarder la demeure Vespar être la proie des flammes. Ils s’attroupaient, drapés dans leurs plus belles étoffes, recouvrant leur nez d’un mouchoir afin de ne pas être gênées dans leur contemplation par l’odeur âcre de la fumée.

— Toutes ces toiles qu’ils emportent avec lui, quel dommage !

— Ça reste à voir. Des années qu’on n’avait rien vu de lui. Qui sait quelle folie peut peindre un homme qui se coupe ainsi du monde ?

— Eh bien, nous ne le serons jamais.

— Au moins est-il mort d’une façon flamboyante !

— Vous êtes intenable, mon cher ! N’avez-vous pas de cœur ?

— Bien sûr que si voyons ! Mais pas pour un homme, enfin, un « artiste » qui se croyait trop bien pour ne serait-ce que répondre aux avances de ma tendre Juliette.

— Tout cela est si triste…

— Si vous le dites. Venez, allons donc prendre un verre chez moi. Le spectacle de la mort est finalement plus lassant qu’on pourrait le croire.

— Excellente idée ! Vous ai-je dit que je l’avais croisé il y a peu ? Il m’est rentré dedans en sortant d’une auberge, se tordant les mains, le regard d’un fou en fuite. Mon dieu… Il avait peut-être un problème d’alcool ? Pauvre homme !

— Il est surtout plus mort que pauvre maintenant !

— Vincent ! Voyons !

Quand les flammes eurent fini de se nourrir, et que ne s’élevait de la demeure plus qu’une mince fumée blanche, ce qu’on y découvrit n’a toujours pas pu être clairement expliqué.

À l’étage, couché sur le sol, au centre d’une large tache noire, gisait le corps de Thomas. Entièrement carbonisé, jusqu’à laisser, par endroit, apparaître le blanc luisant et gras de l’os.

En lieu et place d’un corps crispé et figé dans la douleur, il était en position fœtale comme si les flammes qui le dévoraient n’avaient été qu’un songe pendant son sommeil. Mais ce n’était pas le plus troublant. Ce qui encore aujourd’hui pose question, c’est cette toile, intacte !

La bâtisse entière avait été la proie des flammes. On ne trouva rien qui n’en est pas subi les assauts. Pourtant, là où, semble-t-il, le feu avait brulé avec le plus d’ardeur, trônait fièrement ce tableau, faisant même l’injure de ne pas être noircie de fumée. Certains diront par la suite que s’il émanait bien une étrange odeur de celui-ci, elle n’avait rien à voir avec celle que laisse un feu.

À cette étrangeté — qui aurait pourtant suffi à rendre le tableau célèbre, ou du moins à lui assurer une certaine réputation —, il fallait y ajouter la nature de son sujet.

 Un portrait, plus vrai que nature, d’une belle ingénue à la chevelure rousse.

Le réalisme dont le peintre avait fait preuve était tel, qu’on avait l’impression de voir la vie se refléter dans les pupilles noires de la jeune femme.

Son regard semblait vous suivre et sondez votre âme jusqu’à ses confins les plus profonds ; deux abysses dans lesquels on aimerait se perdre, quitte à ne jamais en revenir…

Sa chevelure aux reflets de lave avait si minutieusement été travaillée, que par moments, si vous la regardiez assez longtemps, elle vous semblait ondulée… Comme sous la caresse d’une brise, soufflant dans sa prison de lin.

Sur les lèvres de la jeune femme se dessinait un sourire qui cachait un secret. Un rictus troublant, aussi carnassier que rassurant, aussi glaçant que séduisant.

Une représentation de l’inexprimable.

Un indicible que même les anges ne peuvent connaître.

Un secret que seuls les morts peuvent entendre.

 

 

 

FIN

 

[1] Marbre blanc extrait en Grèce, il présente d’infimes variations et est considéré comme un des marbres les plus immaculés du monde.

[2] Eurus était un des dieux du vent (ou Anémoi) de la mythologie grecque. Représentant le vent automnal d’est, Euros était un vent froid et violent. Parmi ses frères, on trouve notamment Borée, le vent hivernal du nord, Notos, le vent pluvieux du sud, et enfin Zéphyr, la douce brise printanière venant de l’ouest.

[3] Bande de peau recouverte par l’ongle.

[4] Allusion au poème Tigre, de William Blake : Tigre, Tigre ! Ton éclair luit/Dans les forêts de la nuit/Quelle main, quel œil immortel/Osèrent fabriquer ton effrayante symétrie ?

La Prison de Verre – Derrière les apparences Tome 2

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Chapitre 1

Michaël ne pouvait s’empêcher de fixer le cercueil qui dominait l’autel de l’église. A l’intérieur, sa mère Sylvia gisait, le visage émacié par un long combat contre le cancer. Le jeune homme s’avança lentement et la contempla, les yeux embués de larmes. Il se pencha doucement et lui déposa un baiser sur le front.

– Pardonne-moi, maman. J’aurais tellement voulu te sauver, mais je n’ai pas réussi.

Il sentit une main se poser sur son épaule. Il se retourna et vit son père. Jean Blanchart, un banquier respecté, avait du mal à contenir son émotion. Il semblait anéanti et vacillait sur ses jambes. Le regard hanté par le chagrin, il ne pouvait détacher ses yeux de la femme allongée dans le cercueil. C’était l’amour de sa vie, sa compagne depuis plus de quarante ans.

Michaël le prit dans ses bras et le conduisit sur le banc du premier rang. Il balaya du regard l’église et il remarqua que son oncle Filipe, le seul frère survivant de sa mère, était présent. Il remarqua aussi la présence de son ami d’enfance Mario. Celui-ci était accompagné de son père Salvatore. Assis à côté d’eux, deux hommes dont le visage lui disait vaguement quelque chose l’observaient mais il ne parvint pas à les identifier. Il s’assit à côté de son père et le prêtre commença son homélie.

Quand l’office se termina, des porteurs emportèrent le cercueil vers le corbillard et les personnes présentes les suivirent en silence. Ils arrivèrent au petit cimetière du village. Jean avait du mal à avancer mais Michaël était là pour le soutenir. Son père chancelait sur ses jambes et, au moment où Michaël crut qu’il allait tomber, une main attrapa le bras de Jean et le passa derrière son cou. C’était Mario.

Michaël le regarda avec reconnaissance. Mario lui fit un faible sourire. Malgré les événements terrifiants qu’ils avaient connus dans leur enfance, Mario et lui étaient restés très proches. Il était soulagé de ne pas devoir affronter cette épreuve tout seul. Ils atteignirent enfin l’endroit où Sylvia Giorno reposerait pour l’éternité.

Le prêtre fit une dernière prière et ce fut tout. Mais au moment où l’on fit descendre le cercueil, Jean s’effondra complètement. Michaël et Mario le portèrent jusqu’à la voiture qui se trouvait près de l’entrée du cimetière et l’allongèrent sur le siège arrière. Michaël examina son père et constata qu’il était en état de choc.

Il vit son oncle approcher, l’air inquiet, et lui demanda s’il pouvait s’occuper de la suite sans lui. Il préférait conduire son père à l’hôpital. Filipe acquiesça et retourna vers la famille et les amis en deuil. Mario s’installa au volant et Michaël resta près de son père. Jean avait perdu connaissance et semblait marmonner des mots incompréhensibles. Michaël lui tenait la main et tentait de le rassurer. Ils arrivèrent à l’hôpital et Mario se précipita vers les urgences. Quelques secondes plus tard, quatre urgentistes arrivèrent avec une civière et emmenèrent Jean aux urgences. Michaël resta un instant pétrifié, comme si ses jambes refusaient de lui obéir. Mais Mario le prit par le bras et l’entraîna à sa suite.

Jean fut installé dans une chambre et les infirmières s’affairaient autour de lui. Le pauvre homme était en piteux état. Un médecin arriva et examina le patient. Il écouta un instant son cœur et prit un air soucieux. Il donna des instructions aux infirmières et Jean fut emmené.

Michaël commença à paniquer. Il attrapa le médecin par le bras et lui demanda des explications. Le médecin le regarda d’un air navré.

– Je crains que votre père n’ait fait un infarctus. Il va falloir l’opérer d’urgence.

Michaël lâcha lentement le bras du médecin. Sa tête se mit à tourner et il sentit qu’il allait perdre connaissance. Heureusement, Mario le rattrapa et l’installa sur une des chaises de plastique qui se trouvait dans le couloir.

– Courage, mon pote, ça va aller. Je suis sûr que tout va bien se passer. Je reste avec toi. Ton père est un battant, il va s’en sortir.

Michaël reprenait doucement ses esprits. Il serra la main de son ami avec reconnaissance. Mario alla lui chercher un verre d’eau et ils s’installèrent dans la salle d’attente. Mario observait Michaël avec inquiétude. Son ami de toujours avait beaucoup changé. Il avait toujours été solide, un vrai colosse avec son nez aquilin et ses cheveux noirs. Mais aujourd’hui, il semblait voûté et vieilli. Ses cheveux avaient blanchi et il avait perdu du poids. Il paraissait perdu dans ses pensées et Mario décida de ne pas le déranger. Ces dernières années, ils n’avaient pas eu beaucoup l’occasion de se voir. Il savait que Michaël avait obtenu son diplôme de médecine et qu’il était devenu un excellent chirurgien. Il avait même été le témoin de son mariage avec une jolie blonde du nom d’Emma. Mais il remarqua que Michaël ne portait plus son alliance. Il n’osa pas lui poser de questions cependant. Ce n’était vraiment pas le moment. Il se contenta donc d’attendre en silence.

Quelques heures plus tard, ils virent un médecin arriver. Michaël se leva et le docteur lui sourit.

– Votre père a fait un petit infarctus mais l’opération s’est bien passée. Il va devoir rester quelques jours à l’hôpital mais je suis optimiste.

Le jeune homme poussa un soupir de soulagement. Il demanda s’il pouvait aller voir son père mais le médecin lui conseilla de revenir le lendemain.

– Votre père a besoin de repos. Dès qu’il sera réveillé, nous vous avertirons.

Les deux hommes quittèrent donc l’hôpital et Mario lui demanda s’il voulait rejoindre la veillée organisée pour sa mère. Mais celui-ci refusa. Il ne voulait voir personne. Il demanda donc à Mario de le déposer chez lui. Mario acquiesça.

Ecriture Dangereuse tome 3

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Chapitre 1

 

Noir. Tout était noir. Dans le silence absolu, Marie entendait des personnes murmurer son nom à son oreille. Elle aurait aimé leur répondre mais elle n’arrivait pas à ouvrir les yeux. Que se passait-il ? Marie ne se souvenait pas de grand-chose. Elle était allongée sur un matelas extrêmement dur et elle sentait quelque chose à l’intérieur de son nez qui la dérangeait. Elle sentait une main serrer la sienne et une femme semblait pleurer en l’appelant. Avec toute la volonté qu’elle put rassembler, Marie finit par ouvrir doucement les yeux. A ce moment, une femme blonde, les yeux cernés et rougis, se pencha sur elle et lui dit :

 – Marie, ma chérie ! Enfin ! Tu es réveillée !

La femme se tourna sans lâcher la main de Marie et se mit à crier :

 -S’il vous plaît, un médecin !

Marie ne comprenait pas. Qui était cette femme ? Et pourquoi criait-elle ainsi ? La femme se tourna de nouveau vers elle et lui sourit tendrement.

 – Je suis si contente que tu sois enfin réveillée, ma chérie. Tu nous as fait très peur, tu sais. Comment te sens-tu ?

Marie allait ouvrir la bouche quand un homme à la peau mate et aux cheveux noirs pénétra dans la chambre. Il abordait un grand sourire et lui dit :

-Alors, princesse, on fait des frayeurs à son vieux père ?

Marie ne savait pas quoi répondre. En fait, Marie ne reconnaissait pas ces gens qui, si elle avait bien saisi, étaient ses parents. Un médecin arriva et lui aussi souri aussi. Il s’approcha d’elle, vérifia ses constantes sur les appareils installés à côté de son lit, et se mit à parler à Mr et Mme Torres. Marie avait entendu le médecin prononcer leur nom. Après quelques minutes de discussion, les trois personnes revinrent vers la jeune fille qui restait toujours silencieuse. La femme lui demanda de nouveau comment elle se sentait. C’est là que Marie répondit avec étonnement :

 -Qui êtes-vous ? Sur ses mots, les yeux de la femme s’agrandirent et elle porta la main sur sa bouche grande ouverte. L’homme qui l’avait appelé princesse fronça les sourcils et se tourna sur le praticien en quête d’explication. Le médecin se rapprocha de Marie. Gentiment, il se mit à lui poser des questions.

-De quoi te souviens-tu ? Tu sais comment tu t’appelles ? Tu sais ce qu’il t’est arrivé ?

Marie ne savait pas quoi répondre à part qu’elle se souvenait de son prénom. Le reste semblait plongé dans le noir. Non, elle ne savait pas qui étaient ces gens, et non elle ne savait pas comment elle avait fini à l’hôpital. Voyant son regard se remplir de larmes, le médecin laissa la jeune fille se reposer et demanda aux parents s’ils pouvaient le suivre dans le couloir. Se retrouvant seule, Marie essaya vainement de faire remonter les souvenirs mais, pour l’instant, rien ne lui venait.

Pourtant, elle éprouvait une peur intense et inexpliquée, comme si elle se sentait menacée par quelque chose de maléfique. Elle se sentait comme épiée, surveillée par quelque chose ou quelqu’un qu’elle ne pouvait pas voir. Elle essaya de calmer son angoisse en se disant qu’elle devait imaginer tout ça et que son état psychologique devait être la conséquence de la raison de son hospitalisation.

Pendant que ses parents parlaient au docteur, Marie essaya doucement de se redresser sur son lit mais dès qu’elle se souleva, sa tête se mit à tourner et l’envie de vomir se fit sentir. Elle se recoucha et porta doucement la main sur sa tête. Elle sentit alors un énorme bandage. Elle avait dû se blesser et se fracturer le crâne. Cela expliquait peut-être pourquoi elle ne se souvenait de rien. Tournant lentement la tête vers le couloir, elle vit ses parents revenir dans la chambre. Ils semblaient inquiets. Sa mère s’installa dans un fauteuil à côté de sa table de chevet et son père vint s’asseoir à l’autre bout du lit. Ils la regardèrent un instant sans rien dire et Marie commença à se sentir mal à l’aise.

 -Que se passe-t-il ? demanda-t-elle.

Son père la regarda d’un air inquiet et soupira.

 -Marie, tu as fait une mauvaise chute chez ton amie Amélie. Sa mère nous a raconté qu’elle avait entendu crier dans la chambre de sa fille et qu’elle t’avait trouvé étendue sur le sol et que tu saignais à l’arrière de la tête. Amélie lui aurait dit que tu t’étais prise les pieds dans le tapis de sa chambre et que tu serais tombée en arrière. Elle a essayé de te rattraper mais elle n’a pas été assez rapide. Ta tête a cogné contre le coin de son bureau. Comme tu ne reprenais pas connaissance, sa mère a appelé une ambulance et est venue nous prévenir. A ton arrivée, tu es tombée dans le coma. Nous avons prié tous les jours, ta mère et moi, pour que tu nous reviennes. Nous sommes heureux que tu sois enfin réveillée. Quant à ton amnésie, le docteur pense que c’est consécutif à la fracture crânienne que tu as subie. D’après lui, ta mémoire pourrait revenir n’importe quand. Tu es quand même restée un mois dans le coma. Il te faudra du temps pour récupérer. Mais je suis sûr que tout ira bien, je te le promets.

Marie ne savait pas quoi dire. Elle ne se souvenait pas de sa mésaventure et encore moins d’une certaine Amélie. Pourtant, ce nom résonnait comme un écho dans sa mémoire. Mais quand elle essaya de se rappeler d’où elle le connaissait, le souvenir semblait s’éloigner. Marie soupira d’exaspération. Sa mère la rassura en lui disant qu’elle était sûre que les choses reviendraient à la normale en temps voulu et que pour l’instant Marie devait se reposer. Voyant que leur fille semblait fatiguée, Arturo et Evelyne décidèrent de rentrer à la maison en promettant à Marie de revenir le lendemain matin. Ils étaient épuisés, ayant veillé leur fille depuis son accident. Ils l’embrassèrent tendrement et sortirent de la chambre.

Se retrouvant de nouveau seule, Marie regarda autour d’elle. Son visage pâle se reflétait sur la vitre de sa chambre. Elle regarda par la fenêtre un moment et sentit qu’elle allait de nouveau s’assoupir. Au moment où elle se sentait envahir par le sommeil, un mouvement derrière la vitre attira son attention. Marie se concentra sur ce mouvement et finit par comprendre ce qu’elle voyait. Derrière la vitre, un visage blafard avec un sourire effrayant l’observait, immobile, l’air de la narguer. Marie était tétanisée. Elle ferma les yeux très forts, en priant pour que ce ne soit qu’une hallucination. Quand elle les rouvrit, le visage avait disparu. Soulagée, elle regarda encore un moment la vitre mais, mis à part le soleil couchant, elle ne distinguait plus rien. Elle finit donc par s’endormir.

Ecriture Dangereuse tome 2

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La salle d’étude était vide. Chargée de ses cours, Marie Torres s’avançait doucement dans la pièce. Elle aimait faire ses devoirs dans ce lieu silencieux, propice à la réflexion. L’année dernière, elle avait réussi avec succès sa sixième année et était maintenant inscrite au Collège Notre Dame de la Grâce, section littéraire. Son aventure de l’an dernier n’avait en aucun cas entamé son enthousiasme pour l’écriture, bien du contraire. Après sa victoire au concours des écrivains en herbe, elle avait passé une partie de l’été à écrire de nombreuses nouvelles, ce qui lui avait laissé peu de temps à passer avec sa meilleure amie, Amélie. Bien sûr, elles passaient encore du temps ensemble, mais leur relation avait évolué vers une amitié un peu plus distante. Marie mettait ça sur le compte de son art mais Amélie avait trouvé son amie changée depuis l’histoire des gitans. Donc, bien qu’inscrite à la même école, elles ne passaient plus tout leur temps libre ensemble, Amélie s’étant inscrite dans la section informatique. Marie aurait pu faire ses devoirs à la maison, l’école se trouvant seulement à deux kilomètres de son domicile, mais depuis son intérêt pour ses racines gitanes, sa relation avec ses parents était un peu tendue. Eux qui avaient tout fait pour ne plus avoir affaire avec ce monde voyait leur fille s’y intéresser un peu trop à leur goût. A peine passé la porte de la maison, son père revenait sans arrêt au même sujet: son intérêt excessif sur les gitans et surtout sur leur magie. Deux semaines après la rentrée scolaire, ils avaient eu une énorme dispute. C’était un samedi matin. Évelyne, la mère de Marie, avait fait le ménage dans la chambre de sa fille. Passant l’aspirateur sous son lit, elle avait découvert une petite boîte en bois sculptée de drôle de symboles et y avait trouvé des objets bizarres, ainsi qu’une panoplie de mèches de cheveux enroulés dans de petits rubans, et un grimoire effrayant avec un diable sur la couverture. Elle en avait parlé à Arturo, le père de Marie. Monsieur Torres, découvrant le contenu de la boîte, s’était mis dans une colère noire et avait eu une terrible dispute avec Marie. Elle tenta de lui expliquer que ce n’était que de la curiosité, sans plus, mais son père ne le voyait pas du même œil. Étant catholique, son père lui avait intimé de se débarrasser de ces objets sans attendre. Pour calmer la situation, Marie s’était débarrassée de la boîte, mais elle ne l’avait pas jetée, évidemment. Elle s’était contentée de la cacher dans le fond de son casier d’école. Depuis, ses parents surveillaient ses moindres faits et gestes, à la recherche de la plus petite trace de rituel de magie gitane. Marie avait pensé qu’ils seraient plus compréhensifs à ce sujet, mais son père avait objecté qu’il y avait une sacrée différence entre s’intéresser à ses racines et pratiquer la magie. N’ayant rien à objecter, Marie avait décidé de laisser son drôle de passe-temps un peu de côté et de se concentrer sur ses études. Elle s’installa au dernier banc, étala ses cours et commença ses devoirs. Son ancien professeur, Monsieur Basselier, lui avait conseillé de continuer dans l’écriture car elle avait un don exceptionnel dans ce domaine. Son nouveau professeur, par contre, la trouvait moyenne, à la limite du médiocre. Marie ne le supportait pas! Ce monsieur Lewis et son air supérieur! Toujours à critiquer, à vous rabaisser en public! Mais Marie n’avait pas l’intention de le laisser gagner. Elle lui prouverait qu’elle pouvait être une excellente romancière et ne s’arrêterait pas tant qu’il n’aurait pas reconnu son erreur à son sujet. Plongée dans ses réflexions, elle n’entendit pas la porte s’ouvrir. Une main se posa sur son épaule et Marie sursauta. C’était Amélie. Son amie lui sourit: – Je t’ai bien eue! dit-elle en s’esclaffant. -Ha!ha!ha! lui répondit Marie sur un ton maussade. Très drôle, Amélie. Mais là tu vois, je travaille. Amélie s’installa sur la chaise à côté en soupirant. – Tu n’es pas drôle, Marie. Avant toute cette histoire, on riait toujours ensemble. Aujourd’hui, je n’arrive plus à t’arracher un seul petit sourire. Qu’est-ce qu’il t’arrive? Tu sais, tu peux tout me dire. Tu es toujours ma meilleure amie! Tu le sais, non? Marie soupira et posa son stylo. Elle aurait bien voulu expliquer à Amélie les disputes continuelles qu’elle avait avec ses parents, mais elle savait pertinemment qu’Amélie leur donnerait raison. Elle l’avait elle-même mise en garde contre ce genre de pratique lorsque Marie lui avait montré sa boîte à malice l’été dernier. C’est pourquoi elle lui répondit: – T’inquiète pas, tout va bien. C’est juste ce nouveau prof, ce Lewis. Je ne le supporte pas! Monsieur je-sais-tout qui sait et fait mieux que tout le monde! Je lui ai rendu l’histoire avec laquelle j’ai gagné le concours et il m’a juste répondu qu’ici on était plus à la maternelle. Quel culot! Je sais que ce n’était pas du Stephen King, mais quand même, il exagère!

– Et si tu t’accordais une petite pause, proposa Amélie. Viens chez moi ce soir! On est vendredi, c’est la soirée de l’étrange sur Sy Fy. Tu sais, ça me manque un peu, nos soirées pyjamas. Marie regarda son amie, les larmes aux yeux. – A moi aussi, tu sais. Mais depuis cette histoire, ma vie a changé du tout au tout. Je ne sais même plus qui je suis vraiment. Je suppose qu’une petite pause me ferais du bien.

Amélie se leva et attrapa son amie par les épaules, la serrant fort contre elle. -Amies pour la vie? Demanda-t-elle. -Amies pour la vie, lui répondit Marie. Elle ramassa ses affaires, les mis dans son sac et emprunta le chemin du retour avec son amie, riant et s’amusant, comme autrefois. Marie était soulagée de voir que rien n’avait changé entre elles.

Ecriture Dangereuse tome 1

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Il faisait nuit noire. Dans sa chambre, petite mais cosy, Marie avait du mal à trouver le sommeil. Demain, elle allait enfin pouvoir réaliser le rêve de sa vie. Cela faisait six ans maintenant qu’elle s’entraînait pour être la meilleure écrivaine de son école. Son ordinateur, en état de veille, vieil ami de longue date sur lequel elle avait enregistré tant d’histoires, illuminait la pièce de sa douce lueur bleutée. Enfin le concours des sélections pour le meilleur écrivain scolaire arrivait. L’événement tant attendu! Son récit était terminé depuis une semaine déjà, mais elle n’avait pas pu s’empêcher de le lire et le relire, scrutant chaque mot à la recherche de la moindre faute d’orthographe, du moindre mauvais accord de grammaire et fini par le trouver acceptable. Ho! bien sûr, elle avait toujours été douée pour écrire des histoires, et elle en avait publié quelques-unes dans le petit journal local de son lycée, mais rien de bien exceptionnel. C’est pourquoi elle attendait beaucoup de ce concours et espérait bien être remarquée par les représentants des maisons d’éditions de la région.

Amélie, sa meilleure amie, la seule d’ailleurs qui avait eu le privilège de lire ses écrits jusqu’à présent, l’avait rassurée à nombreuses reprises, lui assurant qu’elle avait un talent naturel pour captiver les lecteurs, les plonger dans ses histoires fantastiques, et lui avait assuré qu’elle allait certainement gagner haut la main le concours. Sur ces pensées rassurantes, elle finit par s’endormir et fit un rêve étrange. Dans ce rêve, une vieille dame lui conseillait de ne pas participer à ce concours et que si elle le faisait, une malédiction tomberait sur sa famille. Au moment où Marie allait lui demander ce qu’elle entendait par là, la sonnerie de son réveil lui annonça qu’il était temps de se lever.

Elle s’assit doucement sur son lit et chaussa ses pantoufles. Quel drôle de rêve… et cette étrange vieille femme… Au rez-de-chaussée, sa mère lui cria que le déjeuner était servi. Marie s’habilla rapidement et descendit les escaliers en courant, le concours occupant de nouveau son esprit, le rêve déjà oublié.

-“Tu as bien dormi ma chérie?”, lui demanda sa mère en lui servant une énorme assiette de crêpes fourrées à la myrtille, ses préférées. La bouche déjà remplie, Marie lui fit signe que oui. Son manuscrit, enfermé dans sa sacoche préférée, attendait sur le meuble d’entrée et Marie n’avait qu’une seule envie, s’en emparer et courir jusqu’à l’arrêt de bus où l’attendait Amélie. Sans finir son repas, elle salua ses parents, attrapa son sac et couru jusqu’à l’entrée, quand sa mère l’appela. Pressée, la main sur la poignée de la porte d’entrée, Marie l’entendit lui rappeler que son père et sa mère sortaient ce soir et que s’ils n’étaient pas encore rentrés quand elle reviendrait du collège, elle pouvait rester en compagnie d’Amélie. C’est vrai qu’en plus d’être meilleures amies depuis la maternelle, elles étaient aussi voisines, ce qui était très pratique pour les soirées pyjamas. Dehors, le soleil éclatant était annonceur d’une très belle journée. Marie se sentait bien et quand elle rejoignit son amie, elle avait un grand sourire aux lèvres et serrait son sac contre elle comme s’il contenait un trésor précieux.

– Je suppose que c’est ton chef-d’œuvre, lui dit Amélie en souriant. Devant le regard maussade que Marie lui jeta, Amélie s’empressa d’ajouter : – Je plaisante Marie, je sais que ce concours représente beaucoup pour toi! Tu verras, tout se passera bien.

Marie retrouva instantanément le sourire. Elle était excitée mais aussi très anxieuse. Le bus se faisait attendre. Marie se rappela soudain le rêve qu’elle avait fait cette nuit. Elle décida de le partager avec son amie et lui demanda ce que cela pouvait bien signifier. – Je ne sais pas trop, dit Amélie. Je suppose que ça doit être le stress du concours. En tout cas, c’est étrange comme rêve. A ce moment-là, le bus arriva et les filles s’installèrent à leurs places habituelles, tout au fond du véhicule. Là, elles pouvaient parler de tout sans se faire entendre de personne. Marie restait songeuse. Ce rêve était si bizarre et pourtant le visage de la vieille femme lui avait paru familier, alors qu’elle ne connaissait personne d’autres de sa famille que ses propres parents. En effet, les parents de la jeune fille lui avaient dit que leurs parents respectifs n’étaient plus de ce monde et ce bien avant sa naissance. Elle ne savait rien de plus sur leurs origines même si elle avait remarqué qu’avec ses cheveux noir ébène et sa peau mate, elle était un peu différente des filles de son école et de son quartier.

Le collège était en vue et Marie et Amélie sortirent du bus en saluant monsieur Vittorio, le gentil retraité qui assurait la sécurité du passage piéton pour les élèves de l’école. Marie le connaissait depuis la maternelle mais elle n’avait jamais réalisé à quel point monsieur Vittorio lui ressemblait. Il avait les mêmes cheveux sombres et le même teint mat qu’elle-même. S’arrêtant au milieu du passage piéton, elle s’approcha du retraité. Monsieur Vittorio, voyant la fillette s’approcher, leva son panneau “STOP” et l’entraina vers le trottoir. -Marie! Tu devrais être plus prudente, lui dit-il doucement. La route est dangereuse. Marie lui sourit timidement. -Monsieur Vittorio, puis-je vous poser une question ? Le vieil homme la regarda, étonné mais l’invita à s’exprimer. De quelle origine êtes-vous ? J’ai remarqué certaines similitudes entre nous et je me demandais si peut-être nous partagions des origines communes. Monsieur Vittorio lui sourit et lui répondit que oui, effectivement, ils se ressemblaient. Il lui apprit qu’il n’avait pas vraiment de nationalité car il était de descendance gitane, mais que sa famille venait d’Espagne. Marie allait lui demander ce qu’était un gitan quand la sonnerie du collège retentit. Amélie lui tira sur le bras et l’entraîna à l’intérieur du bâtiment. -Dépêche-toi Marie! Le concours commence dans dix minutes! Ce n’est pas le moment d’être en retard! Elles se rendirent en courant dans la salle de conférence du collège et arrivèrent au moment où le professeur du club d’écriture, Monsieur Basselier ouvrait les portes de la salle. – Bonjour les filles, dit-il. Alors Marie, prête pour le grand jour ? Marie, souriante, lui assura qu’elle était “boostée à bloc”, ce qui fit rire le professeur. La grande salle était vivement éclairée et Marie et Amélie remarquèrent que les représentants des maisons d’éditions étaient déjà installés à la place des jurys. Devant le regard effrayé de Marie, Amélie la rassura une nouvelle fois. – ça va aller Marie, ton histoire est parfaite. La meilleure que tu aies écrites jusqu’à présent. Alors, relax. Marie se détendit un peu et alla s’installer au premier rang, d’où elle pouvait voir le podium. La place idéale, personne pour lui boucher la vue. De là, elle pourrait entendre les résultats du concours sans le brouhaha habituel que faisaient la plupart des élèves de son école. Amélie s’installa à ses côtés et lui serra la main en signe de soutien. Les élèves et les professeurs affluèrent dans la salle et bientôt plus un siège ne fût libre. Le directeur de l’école, Monsieur Smith, monta sur l’estrade, régla le micro et entama son discours. -Bonjour messieurs du jury, mes chers professeurs et bonjour à vous tous, chers élèves du collège Notre Dame des Grâces! Bienvenue à notre grand concours des écrivains en herbes. Dans quelques instants, chaque participant pourra présenter son histoire au jury ainsi qu’à notre public et le grand gagnant se verra récompensé par l’édition de son histoire dans la maison d’édition de son choix. Bonne chance à tous!

Le public applaudit et le directeur commença l’appel. Marie était la dernière sur une liste de dix participants. Elle respira profondément. Au moins, elle ne passait pas la première. Un jeune garçon blond s’avança et commença son récit qui relatait d’une étude primaire sur la guerre de Sécessions et Marie se détendit en écoutant sa voix monotone, tandis qu’il débitait son histoire. Elle finit par s’endormir et refit le même rêve dans lequel la vieille dame la mettait en garde. Puis, au lointain, elle entendit quelqu’un crier son nom ; -Hein ? Elle sentit qu’on lui secouait le bras et elle ouvrit les yeux. C’était Amélie. – Marie! C’est ton tour. Marie, paniquée, se leva d’un bond et courut jusqu’au podium et failli même tomber sur la première marche. Elle se rattrapa de justesse et se rendit devant le micro. La public, attentif, attendait qu’elle raconte son histoire. Sur son siège Amélie leva les deux pouces en signe d’encouragements. Marie prit une profonde inspiration et commença donc son récit. Elle n’en était pas encore à la moitié qu’un étudiant s’effondra soudain dans la salle, prit de convulsions. Le directeur, ainsi que les professeurs se précipitèrent vers le jeune homme. Il était pris de spasmes et avait les yeux retournés. Il poussait des cris perçant de douleurs et du sang se mit à lui sortir des oreilles. – Appelez donc une ambulance! s’écria Monsieur Basselier qui soutenait la tête de l’élève pour éviter qu’il ne se blesse. Tous les élèves étaient rassemblés autour du jeune homme et les regards étaient inquiets. Les professeurs firent évacuer la salle et le directeur, ainsi que les membres du jury restèrent auprès de l’élève souffrant. Il avait arrêté de hurler mais sanglotait en se plaignant que ses oreilles le faisaient souffrir.

L’ambulance arriva dans l’allée du collège et le jeune homme fut emmené à l’hôpital, sous les regards médusés des autres élèves. Marie, tétanisée, était restée sur le podium, son manuscrit pendant au bout de la main. Que s’était-il passé ? Amélie rejoignit son amie et l’emmena dans la cour principale. -Pauvre garçon, dit cette dernière. Je n’ai jamais rien vu de si horrible. Et ces cris! Je pense que je vais en faire des cauchemars cette nuit. Marie ne répondit pas. Elle était toujours choquée par ce qu’il venait de se produire. Tout allait à merveille et au moment précis où la gloire était à sa portée, cette catastrophe était arrivée. Elle n’avait même pas eu le temps de lire son histoire jusqu’au bout. Bien sûr, elle était désolée pour son camarade de classe, mais elle était aussi déçue car à cause de cet imprévu, le concours allait certainement être annulé, sinon reporté. Décidément, la journée ne s’annonçait pas aussi belle qu’elle l’avait imaginé.

Les 100 Petites Histoires du Soir – Pour frissonner de plaisir!

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La boite

Marc avait toujours été fasciné par les objets anciens et mystérieux. Il aimait chiner dans les brocantes et les vide-greniers à la recherche de trésors cachés. Un jour, il tomba sur une petite boîte en bois sculpté, ornée de symboles étranges. Le vendeur lui dit qu’elle venait d’un pays lointain et qu’elle était très ancienne. Il lui demanda 10 euros pour la boîte. Marc n’hésita pas et sortit son portefeuille.

Il rentra chez lui, impatient de découvrir ce que contenait la boîte. Il la posa sur la table du salon et l’examina attentivement. Il remarqua qu’il y avait une serrure, mais pas de clé. Il essaya de forcer le couvercle, mais il ne bougea pas. Il se dit qu’il devait y avoir un mécanisme secret pour l’ouvrir. Il se mit à chercher un bouton, un levier, une encoche, quelque chose qui pourrait déclencher l’ouverture.

Il passa des heures à manipuler la boîte, sans succès. Il commença à se sentir frustré et obsédé par la boîte. Il ne pensait plus qu’à elle, il oubliait de manger, de dormir, de travailler. Il se renferma sur lui-même, ignorant les appels de ses amis et de sa famille. Il ne voulait plus voir personne, il voulait juste ouvrir la boîte.

Un soir, alors qu’il était seul dans son appartement, il entendit un déclic. Il regarda la boîte et vit que le couvercle s’était entrouvert. Il se précipita vers la table et souleva le couvercle avec fébrilité. Il découvrit alors ce qu’il y avait à l’intérieur : une paire d’yeux humains, qui le fixèrent avec terreur.

Il poussa un cri d’horreur et lâcha la boîte. Il recula en trébuchant sur une chaise et tomba par terre. Il se releva et courut vers la porte d’entrée, mais elle était verrouillée. Il se retourna et vit que la boîte était toujours sur la table, mais qu’elle était maintenant fermée. Il entendit un rire sinistre qui semblait venir de la boîte.

Il comprit alors qu’il avait commis une terrible erreur en ouvrant la boîte. Il venait de libérer une force maléfique qui le condamnait à un sort pire que la mort. Il se mit à pleurer et à supplier, mais il n’y avait personne pour l’entendre.

La boîte s’ouvrit à nouveau, lentement…

La Prison de Verre – Derrière le miroir Tome 1

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La prison de verre

Derrière le miroir

Tome 1

 

Chapitre 1

 

Les monstres n’existent pas.

Du moins, c’est ce que j’avais toujours cru jusque-là. Mais avant de vous conter mon histoire, je dois vous expliquer le contexte dans lequel ma famille est passée d’une charmante bourgade du nom de Bruz en France à une misérable et terrifiante maison de coron située dans un petit village de Belgique. Je m’appelle Michaël Blanchart et, à l’époque, j’étais un adolescent de dix-sept ans passionné d’histoire. J’adorais lire des romans historiques mais j’étais également passionné par le paranormal. Bizarre ? Peut-être, mais j’étais fait ainsi. J’étais aussi très introverti, ce qui n’était pas pratique pour se faire des amis, je l’avoue. Du haut de mon mètre quatre-vingts, j’avais tendance à intimider mes camarades, mais cette impression ne durait pas dès qu’ils se rendaient compte de ma timidité maladive. Le nez toujours dans mes bouquins, je m’étais donc forgé la réputation d’un géant solitaire. Un géant affublé d’une longue chevelure noire, d’un nez aquilin et des yeux bleu azur. Avant de quitter Bruz, j’étais inscrit dans une école catholique privée du nom de Providence. Mon père, Jean Blanchart, Français de naissance, travaillait au Crédit Agricole de Bruz. Il adorait son travail. Malheureusement, m’avait-il expliqué un soir, quand vous êtes performant, et mon père l’était, vous avez des problèmes avec ceux qui veulent en faire le moins possible et vous finissez par les gêner. Dix années ont suffi à mon père pour comprendre que seuls les « piranhas », comme il les appelait, s’en sortaient. Bien que la banque ait mis toute une politique en place pour le bien-être au travail, le bureau des ressources humaines était bien trop éloigné du terrain pour défendre efficacement ceux qui mettaient toute leur énergie et leur temps au service du client. Ainsi, après une décennie d’heures supplémentaires, de pressions quotidiennes et d’exigences de plus en plus sollicitées, mon père avait fini par craquer. Il était rentré un soir, la mine sombre et les yeux rougis, et avait annoncé à ma mère qu’il allait démissionner. Il avait l’air si vieux, si fragile que j’en ai eu le cœur serré. A quarante-deux ans, ses tempes étaient déjà grisonnantes et il paraissait usé. Lui qui avait toujours été d’une nature enjouée, qui aimait rire et était d’un naturel optimiste m’a paru ce soir-là comme éteint. Je me souviens l’avoir vu s’asseoir en silence à la table de la cuisine, mettre son visage dans ses mains et fondre en larmes.

De toute ma vie, je ne l’avais jamais vu dans cet état. Mais il est vrai que quand on est jeune, on ne remarque pas toujours quand une personne va mal. Et comme mon père était toujours de bonne humeur quand il rentrait du travail, je ne m’étais jamais demandé si tout allait bien pour lui en général. J’étais dans le salon en train de faire mes devoirs et je voyais donc la cuisine. Ma mère, qui était en train de préparer le dîner, n’avait pas répondu mais s’était avancée vers mon père et l’avait serré dans ses bras. Il avait l’air si désemparé que j’allais me lever pour le rejoindre mais je vis ma mère secouer la tête, m’intimant de rester à ma place. Tout en caressant doucement ses cheveux, elle le laissa s’épancher dans ses bras et quand ses sanglots se transformèrent en simples reniflements, elle lui donna un mouchoir et le rassura en lui promettant que tout allait s’arranger. Ils trouveraient une solution ensemble, comme ils l’avaient toujours fait. Elle était ainsi, ma mère. Toujours positive, toujours aimante, toujours disponible. Italienne de naissance, ma mère Sylvia Giorno était femme au foyer depuis ma venue au monde. Avant de rencontrer mon père, elle vivait en Belgique, dans un village appelé Péronnes Charbonnage. Elle venait d’une famille nombreuse d’immigrés italiens qui avaient travaillé dans les mines de charbon. Heureusement, c’était bien après l’horrible accident du Bois du Cazier, où plus de deux cent trente mineurs avaient péri dans un incendie souterrain. Son père et sa mère avaient mis tout en œuvre pour scolariser leurs quatre enfants, et quand ma mère eut terminé ses études secondaires, elle décida de s’inscrire aux Beaux-arts de Paris et quitta donc son pays natal pour suivre ses cours, logeant dans un petit appartement partagé avec d’autres étudiants. C’est là qu’elle le rencontra. Il faisait un Master en sciences juridiques et financières. Ils eurent le coup de foudre immédiat. Oui, c’est un peu fleur bleue, mais c’est ainsi que mes parents m’ont toujours raconté leur rencontre. Et quand je les revois dans mes souvenirs, après tant d’années de mariage, je me dis qu’ils avaient raison. Que c’était ça le grand amour. Quand mon père fut enfin calmé, il sembla remarquer ma présence et se força à sourire en me demandant : -Alors, comment tu vas champion ? Comme d’habitude, il essayait de me rassurer. Je me levais et allais l’embrasser. Nous avions une très belle relation, lui et moi. Je lui répondis que tout allait bien et lui retournais la question. Il devait voir l’inquiétude sur mon visage car il se leva et me serra dans ses bras en m’assurant qu’il était simplement fatigué. Une voix se fit entendre à l’autre bout de la maison. Ma mère se dirigea vers la chambre d’amis où se trouvait mon grand-père Antonio, que j’appelais Nonno. Mon grand-père vivait avec nous depuis le décès de sa femme, il y a de cela plus de vingt ans. Je n’ai pas eu la chance de la connaître mais mon Nonno m’en avait si souvent parlé que je me sentais proche d’elle sans l’avoir jamais vu.

D’après ce que ma mère m’avait raconté, sa mère Giulia était partie au marché et sur le chemin du retour, elle avait été percutée par un chauffard qui était sous l’emprise de l’alcool. Le choc l’avait tuée sur le coup. Mon grand-père ne s’en était jamais remis. Et quand il tomba malade, ma mère décida de mettre sa petite maison de coron en location et installa son père chez nous. Je me dirigeais également vers la chambre et vis que mon grand-père était assis dans son fauteuil et regardait ma mère d’un air interrogateur. Il avait dû entendre mon père pleurer et semblait inquiet. Ma mère le rassura et lui demanda s’il voulait se joindre à nous pour le dîner, ce qu’il accepta avec joie. Quand il était dans une de ses bonnes journées, comme il les appelait, il aimait partager notre compagnie autour d’un bon plat et nos conversations étaient assez animées. Lui aussi était un féru d’histoires et il n’était pas rare que je passe la soirée entière à discuter avec lui de tout et de rien mais surtout des sujets qui me passionnaient. Quand il rejoignit la cuisine avec ma mère, mon père se leva instantanément et lui avança une chaise pour qu’il s’y installe. J’aimais voir mon grand-père sourire. C’était plutôt rare à cette époque, son emphysème pulmonaire s’étant aggravé avec les années. Mais malgré ses souffrances, il était solide. Jamais il ne se plaignait et surtout il nous aimait. Rien ne lui faisait plus plaisir que de passer du temps avec nous. Il considérait mon père comme son propre fils et était toujours à l’écoute quand mon père lui demandait conseil. Ce soir-là, nous dînâmes dans la bonne humeur et le repas terminé, ma mère me demanda d’aller finir mes devoirs dans ma chambre. Je me doutais que mes parents voulaient parler de la situation avec mon grand-père donc je pris mon sac de cours, embrassai ma petite famille et montai dans ma chambre. Je laissai néanmoins ma porte entr’ouverte dans l’espoir de capter quelques bribes de la conversation mais ma mère dut se douter de mon stratagème car elle avait refermé la porte menant au salon. Je m’installai donc à mon bureau et entrepris de me concentrer sur mon devoir de mathématiques. Après plus de deux heures d’efforts, je fermai mon cahier et entendis la voix de mes parents souhaiter une bonne nuit à mon grand-père. Ils montèrent à l’étage et j’entendis frapper à ma porte. Mon père et ma mère entrèrent, me demandant si j’avais fini mon travail et m’embrassèrent avant de regagner leur chambre. Ils ne me dirent rien de plus ce soir-là, mais leur expression me faisait dire que notre vie était sur le point de changer. Aujourd’hui, je me rends compte que j’étais loin de savoir à quel point. Plongé dans mes pensées, je me mis en pyjama et allai me coucher. Cette nuit-là, mon sommeil fut rempli de cauchemars mais quand je me réveillai le lendemain, je n’avais plus aucun souvenir de ceux-ci. La semaine qui suivit cette soirée se passa normalement. J’allai à l’école et mon père, ayant écrit sa lettre de démission le soir même où il avait annoncé sa décision à ma mère, était parti au travail pour clôturer certains dossiers qui exigeaient sa présence. Ma mère avait accompagné mon grand-père à l’hôpital pour un examen de routine. Le vendredi, quand mon père rentra à la maison, il me demanda de rejoindre ma mère et mon grand-père dans le salon. Je descendis donc de ma chambre et allai m’installer sur le canapé. Mon père m’annonça qu’au vu de la situation, ils avaient décidé, ma mère et lui, de retourner en Belgique dans la maison de mon grand-père. Mes parents attendaient de voir ma réaction mais je ne savais pas quoi répondre. Devant mon silence, ils m’expliquèrent que leur situation financière ne nous permettait plus de vivre à Bruz et que le temps que mon père retrouve un emploi, mon grand-père lui avait proposé d’aller vivre dans sa maison, ce qui donnerait du temps à mes parents pour se remettre sur pieds.

Voyant que je ne répondais toujours pas, mon grand-père tenta de me rassurer en m’expliquant que la Belgique n’était pas si différente de la France et qu’il était sûr que je serais beaucoup plus épanoui à la campagne. Sincèrement, je n’y voyais pas d’objections. Je leur dis donc que j’étais d’accord et ils parurent tous soulagés, ce qui me fit sourire. Mon grand-père me prit dans ses bras et m’embrassa en me disant que j’étais un bon garçon. Ma mère aussi était ravie. Mon père paraissait soulagé et me promit que tout cela serait temporaire et que c’était pour moi l’occasion de visiter un autre pays. Sur cette nouvelle, je regagnai ma chambre sans rien dire d’autre. La Belgique. Je ne connaissais rien de ce pays. Je me dirigeai donc vers mon ordinateur et fis une recherche. Quand le résultat s’afficha, je remarquai que c’était un tout petit pays à côté de notre chère France. Je tapai le nom du village de mon grand-père et tombai sur quelques images de petites maisons et d’étendues de champs. Ce n’était pas Bruz, c’est sûr. Mais je n’étais pas difficile. Après tout, ce n’était pas comme si j’avais une vie sociale et des amis à quitter. Rappelez-vous, j’étais le géant solitaire. En plus, j’étais curieux de voir l’endroit où ma mère avait grandi. C’est donc serein que je me couchai ce soir-là.

Le lendemain, je me rendis donc au secrétariat de mon école pour leur annoncer notre départ prochain et je fus étonné de voir la réaction des élèves de ma classe qui m’organisèrent dans la semaine un pot de départ en me souhaitant bonne chance dans ma nouvelle vie. J’ai toujours cru qu’ils me prenaient pour quelqu’un d’étrange et je me rendis compte à ce moment-là qu’ils allaient me manquer. Cependant, cela me rassura aussi. Si je n’étais pas le bizarre de service, mon entrée dans une autre école devrait bien se passer. Quand la fin du mois arriva, mon père revint avec une excellente nouvelle. Notre maison s’était vendue à un très bon prix, ce qui nous permettrait de subvenir à nos besoins pendant un temps. Le lundi suivant, ma mère m’annonça qu’il était temps que j’emballe mes affaires car nous partions à la fin de la semaine. Je passai donc mes journées à empiler mes vêtements et mes livres dans plusieurs valises et aidai mon père à charger la camionnette qu’il avait louée en vue du déménagement. Ma mère emballa la vaisselle et fit les valises de mon grand-père, s’assurant de ne rien oublier. Dans l’après-midi, nous prîmes la route, mon père au volant de la camionnette et ma mère, mon Nonno et moi-même dans notre voiture. Le trajet promettait d’être long. D’après le GPS, nous étions à presque sept cents kilomètres de notre destination. Lorsque nous arrivâmes à hauteur de Paris, mon père s’engagea sur un petit parking qui jouxtait un restaurant italien. Ma mère se gara juste à côté de la camionnette et nous profitâmes de cet arrêt pour nous restaurer et surtout pour soulager nos vessies. Le repas fut convivial, les plats excellents et lorsque le serveur nous apporta l’addition, ma mère en profita pour s’occuper de son père. Il avait l’air épuisé par le voyage et ma mère s’inquiéta de son teint pâle mais il la rassura. Tout allait bien et il était heureux de revenir chez lui. Nous reprîmes donc la route. Plusieurs heures plus tard, nous arrivâmes enfin à destination.

Mon père se gara devant la maison, suivi de ma mère. Mon grand-père regardait d’un air satisfait la façade brune aux briques sales, laissant traîner son regard sur la demeure. Je ne fus pas aussi enthousiaste que lui. La maison avait l’air minuscule et semblait laissée à l’abandon. Les fenêtres étaient sales et ressemblaient à des yeux qui nous regardaient d’un air mauvais, comme si nous étions responsables de son état. Le toit était en pente aiguë fait de tuiles flamandes. La porte d’entrée avait vraiment besoin d’un bon coup de peinture. Il faisait sombre à l’intérieur, malgré le soleil éclatant dans le ciel. Un vrai taudis. La vérité, c’est que cette maison me mettait mal à l’aise et quand ma mère introduisit la clé dans la serrure, je fus parcouru par un frisson glacé qui remonta le long de ma colonne vertébrale, faisant dresser mes cheveux sur ma nuque. C’était ridicule bien sûr. Cette maison était vieille et mal entretenue mais rien ne pouvait me laisser croire que je risquais quoi que ce soit sous son toit. Pourtant, en pénétrant dans la maison, mon malaise persista. La pièce de devant était minuscule. Composée d’une énorme cheminée aux proportions grotesques, elle ne devait cependant pas dépasser les huit mètres carrés. Nous avançâmes et tombâmes sur un minuscule couloir où se dressait un escalier qui permettait de monter à l’étage. S’ensuivait une autre pièce un peu plus spacieuse où trônait au fond une minuscule cuisine et une autre porte donnant sur une salle de douche. Ma mère installa son père sur un vieux canapé laissé par les anciens locataires et me demanda d’aller inspecter les chambres. Je montai doucement les escaliers, comme sur la défensive. Il faisait vraiment sombre malgré les luminaires. J’arrivai sur le palier et constatai que l’étage ne comportait que deux petites chambres de plus ou moins dix mètres carrés chacune. Elles étaient vides mais le sol était poussiéreux et les vitres salies par de nombreuses intempéries. Le papier peint fané était d’un marron foncé avec de petites striures blanches. Le sol était couvert d’un vieux linoléum gris. Il était clair que personne n’avait fait le ménage depuis un bout de temps. L’autre chambre était identique. Même papier peint, même linoléum. Je revins sur le palier et, regardant par la petite fenêtre qui éclairait peu le couloir, je remarquai une corde pendant du plafond. Je la saisis et tirai dessus doucement. Un escalier escamotable se déplia en grinçant et un carré d’obscurité apparut. Je montai prudemment les marches et passai la tête par la trappe. C’était un grenier. Il devait bien faire la surface des deux chambres du dessous. Je montai le restant des marches et regardai autour de moi. La pièce avait certainement été aménagée en chambre supplémentaire mais elle n’était guère plus accueillante avec son papier peint orange garni de grosses fleurs brunâtres. Le tapis était jauni aux endroits où s’étaient trouvés d’anciens meubles. Le sol était revêtu d’un vieux linoléum marron usé par les années. La pièce comportait un placard exigu qui devait certainement servir de fourre-tout. Il était vide également. Un petit velux laissait passer quelques rayons de soleil mais la vitre était tellement sale que la lumière avait du mal à filtrer. En retournant vers l’échelle, j’eus une étrange sensation. Comme une impression d’être observé. Je me retournai mais, évidemment, il n’y avait personne. Je redescendis l’échelle et repassai par le petit palier quand je constatai que les portes des chambres étaient grandes ouvertes. Je fus un instant déstabilisé car j’étais certain d’avoir refermé derrière mon passage mais je décidai de ne pas m’attarder sur le sujet. Après tout, j’avais peut-être oublié de refermer les portes. Je descendis l’escalier en direction du rez-de-chaussée et rejoignis mes parents dans le             « salon».

Là aussi, le papier peint était affreux et le sol tellement sale qu’il était impossible de savoir sur quoi nous marchions. On aurait dit une étable. Je décrivis les chambres à ma mère qui soupira. Nous allions devoir faire un grand ménage avant de commencer à vider la camionnette. Mon père avait déjà sorti des brosses, des serpillières et des seaux et commençait à les remplir au robinet de la cuisine. Je partis un instant à la recherche de mon grand-père et le retrouvai à l’arrière de la maison. Sur le côté de la cuisine, une porte camouflée par un énorme rideau en velours donnait sur un petit potager où rien n’avait poussé depuis longtemps. Assis sur un banc en pierre moussue, mon Nonno contemplait l’état du jardin. Des mauvaises herbes avaient envahi tout le terrain. Un pommier malade trônait au milieu. On voyait encore des lambeaux de corde qui avaient dû appartenir à une balançoire pendre au bout d’une des plus grosses branches de l’arbre. Nonno me remarqua et m’invita à le rejoindre. Il avait vraiment l’air malade, pourtant il se tenait droit et souriait. Il avait vécu plus de vingt ans dans cette maison. Revenir ici devait remuer beaucoup de souvenirs et lui donner l’impression d’être plus proche de ma grand-mère. Au fond du jardin, quelques rosiers en piteux état se balançaient doucement dans la brise légère. Je lui demandai s’il avait besoin de quelque chose mais il me conseilla d’aller aider ma mère pour le ménage. Prendre l’air lui suffisait pour l’instant. Je n’insistai pas et retournai dans la cuisine où mon père était déjà en train d’astiquer le sol à grands coups de balai-brosse.

-Courage, champion ! me dit-il quand il vit ma mine déconfite devant l’ampleur du travail qui nous attendait. Tu verras qu’une fois remise en ordre, nous serons bien installés. Bien sûr, il faudra effectuer quelques travaux de rénovation mais quand ce sera fini, nous aurons une splendide demeure, je te le promets.

Je lui souris sans rien répondre, pris un seau d’eau savonneuse et m’attaquai à la pièce de devant. Le nettoyage du rez-de-chaussée dura le reste de la journée. Je découvris que sous l’énorme crasse du sol se cachait un carrelage couleur rouille. Ma mère avait récuré la cuisinière et nettoyé toutes les armoires. Elle finissait le frigo et alla chercher quelques cartons dans la camionnette. Elle rangea quelques assiettes et couverts, ainsi que quelques verres dans les armoires. Quand elle eut terminé, elle alla chercher son père dans le jardin et l’installa de nouveau dans le salon. Nous étions épuisés et affamés. Mon père proposa à ma mère d’aller faire quelques courses à la supérette du coin pour le souper. Ils partirent donc, me laissant veiller sur mon grand-père. Celui-ci s’était endormi sur le petit canapé, épuisé par le voyage. J’en profitai pour sortir une chaise de jardin qui se trouvait à l’entrée de la camionnette et m’installai à ses côtés. Je commençai à somnoler quand j’entendis soudain de petits grattements. Au début, le bruit était plutôt discret mais plus je tendais l’oreille, plus le grattement s’intensifiait.

-Super, me dis-je. Il doit y avoir une belle colonie de rongeurs dans les murs.

J’allais me lever pour chercher d’où venait le bruit quand la porte d’entrée s’ouvrit sur mes parents, les bras chargés de provisions. Je m’empressai d’aller aider ma mère et déposai les courses sur le plan de travail de la cuisine. Mon père alla chercher les casseroles que ma mère avait oubliées dans la camionnette et nous préparâmes le dîner. J’allais réveiller mon grand-père quand j’entendis encore ce grattement insistant. Je me tournai vers mon père, l’œil interrogateur.

-Tu n’as rien entendu ? lui demandai-je.

Mon père tendit l’oreille mais le grattement avait cessé.

-Non, je n’entends rien de spécial, me répondit-il. Tu dois être fatigué. Viens manger et ensuite, nous irons chercher les matelas gonflables.

Je réveillai mon grand-père et lui apportai un bol fumant de minestrone et des petits pains à la mortadelle. Nous mangeâmes en silence. Quand nous eûmes fini de manger, ma mère alla faire la vaisselle et mon père et moi sortîmes les matelas. Mon grand-père préféra rester sur le canapé. Ma mère alla lui chercher une épaisse couverture et un coussin moelleux et l’installa le plus confortablement possible. Puis elle distribua à chacun une couverture et un oreiller et nous nous installâmes chacun dans une pièce. Je logeai dans la pièce de devant. Souhaitant bonne nuit à ma famille, j’allai m’allonger, un bouquin à la main. J’étais épuisé, mais je n’arrivais pas à m’endormir. Je tendis l’oreille mais n’entendis rien de spécial. Je consultai mon GSM et constatai qu’il était déjà vingt-trois heures. Je posai donc le livre près de mon oreiller et fermai les yeux. J’entendis la voix de mes parents pendant quelques minutes puis je finis par m’endormir.

 

Le lendemain matin, je fus réveillé par la voix de mon grand-père qui semblait venir du jardin. Je consultai l’heure sur mon GSM et vis qu’il était déjà huit heures. Je me levai péniblement et me dirigeai vers la cuisine. À travers la fenêtre, je vis mon Nonno en grande conversation avec un vieil homme au visage buriné, habillé d’une chemise blanche, d’une vieille salopette en velours marron et d’une sorte de béret marron également. Je les observai un moment et quand je les entendis rire, je finis par me diriger vers la salle d’eau, dans l’espoir de pouvoir nettoyer la sueur du travail de la veille. Tout en me savonnant, j’entendis par la petite fenêtre ouverte de la pièce les rires de mon Nonno et du vieil homme. Ils devaient certainement se connaître. Sortant de la douche, je tombai sur ma mère qui était en train de préparer le petit déjeuner. Je l’embrassai sur la joue et lui demandai si elle avait bien dormi.

-Comme un loir, me répondit-elle en riant. J’ai les articulations qui craquent comme des biscottes, mais sinon tout va bien.

Mon père nous rejoignit quelques minutes plus tard, les cheveux en bataille et les yeux encore collés par le sommeil. Ma mère lui tendit une tasse de café noir. À ma grande stupéfaction, elle m’en tendit une également.

-Juste pour cette fois, dit-elle pour se justifier. Nous avons encore une énorme journée qui nous attend.

Je pris la tasse en souriant. Je n’avais pas le droit de boire du café car ma mère estimait que j’étais encore trop jeune pour me shooter à la caféine. Mais avant d’avoir pu porter la tasse à mes lèvres, elle y ajouta une bonne rasade de lait et un morceau de sucre. Je la regardai, étonné, et tout le monde se mit à rire.

Ma chère maman ! Ce qu’elle me manque aujourd’hui.

Elle alla chercher mon grand-père en lui apportant une tasse de café et discuta un moment avec l’inconnu qui se dressait devant notre jardin. Je pouvais les voir de la fenêtre. Je vis à sa réaction qu’elle venait de reconnaître son interlocuteur car, à un moment donné, elle passa la porte du jardin et serra le vieil homme dans ses bras. Elle l’invita à entrer et lui servit également un café noir. Le vieil homme nous salua, mon père et moi, et s’assit sur le canapé, suivi de mon grand-père. Ma mère fit les présentations. Vittorio Rizzoli était notre voisin. Il habitait la maison juste en face de la nôtre. C’était un grand ami de mon grand-père et également un ancien collègue de travail. Quand il avait vu le camion de déménagement se garer la veille devant chez lui, il avait constaté avec plaisir que son ami Antonio était revenu au pays. Il s’était donc levé de bonne heure pour lui souhaiter la bienvenue et nous proposa de l’aide pour nous installer. Sa femme et lui avaient deux fils robustes qui ne demandaient pas mieux que de nous prêter main forte. Il nous raconta que les locataires précédents n’étaient malheureusement pas des gens très propres et qu’il avait vu, impuissant, la maison de son ami se dégrader d’années en années. Nous acceptâmes sa proposition de bon cœur et une heure plus tard, nous vîmes deux solides gaillards habillés de salopettes en jeans et de T-shirts, chaussés de bottes de jardinage nous attendre près de la camionnette. Mon père leur ouvrit la porte et les salua chaleureusement. Ils se présentèrent. Sylvio et Salvatore. Du fond de la cuisine, ma mère, à l’évocation de ces prénoms, nous rejoignit et étreignit les deux hommes dans ses bras.

-Mon dieu, mon dieu ! dit-elle. Comme vous avez changé !

Il était clair qu’elle les connaissait depuis longtemps. Elle m’expliqua que les frères étaient ses amis d’enfance. Elle me présenta également et les deux hommes me serrèrent la main en complimentant ma mère d’avoir eu un beau jeune homme comme moi, ce qui me fit rougir sur le champ. Ils m’informèrent qu’ils avaient également deux fils chacun qui étaient du même âge que moi et que je les rencontrerais très vite. J’étais un peu embarrassé mais heureux de voir que ces gens étaient aussi chaleureux. Sans plus attendre, ils se mirent au travail, munis de tout un équipement de nettoyage professionnel et se dirigèrent vers les escaliers menant à l’étage. Sylvio monta immédiatement. Salvatore, par contre, eut un moment d’hésitation qui n’échappa pas à mon attention. Quand il se rendit compte que je le regardais, il me sourit en m’expliquant qu’il n’avait jamais aimé monter à l’étage. J’allais lui demander pourquoi mais ma mère m’appela et Salvatore commença à monter les marches sans me répondre. Elle avait commencé le nettoyage des vitres et me demanda de passer un torchon humide sur les plafonds et les murs pour en retirer la poussière et les toiles d’araignées qui s’y étaient accumulées. Je me mis donc au travail.

Quand j’eus terminé, je lui demandai ce que je pouvais faire d’autre et elle me suggéra d’aller voir si les frères n’avaient pas besoin d’aide à l’étage. Je montai donc les marches et me mis à la recherche de Salvatore. Je le trouvai dans le grenier. La lumière y était plus vive grâce à un nettoyage intensif de la vitre et je vis que Salvatore avait déjà bien avancé dans le récurage du sol. Quand je m’approchai de lui, il eut un sursaut et son regard se figea un instant, mais quand il constata que ce n’était que moi, il me sourit et me demanda si j’avais besoin d’aide. Je lui répondis que non et que c’était plutôt le contraire que j’étais venu proposer. Il accepta et nous nous mîmes au travail. Tout en frottant les boiseries du grenier, je décidai d’engager la conversation. Il m’apprit qu’il habitait la maison voisine de celle de son père et que lui et son frère avaient monté une boîte de nettoyage professionnel, ce qui expliquait les nombreuses machines à vapeur qu’ils possédaient.

J’orientai la conversation vers leur enfance commune avec ma mère. Il m’expliqua qu’ils se connaissaient depuis toujours et qu’il leur arrivait souvent de jouer l’un chez l’autre, leurs parents respectifs étant de très bons amis. Il me raconta quelques anecdotes de leur enfance, les jeux, les dîners, les bêtises qu’ils avaient faites, et se dit attristé quand ma mère avait décidé de quitter le pays pour aller faire ses études en France. De la façon dont il en parlait, je pense que Salvatore avait certainement eu le béguin pour ma mère dans son adolescence. Ce que je trouvais compréhensible. Ma mère était aussi jolie que gentille et elle était aussi très douée en art. Elle pouvait vous peindre des tableaux extraordinaires en l’espace d’une journée. Mais quand j’évoquai sa remarque sur le fait qu’il n’aimait pas monter à l’étage, son visage se rembrunit et il devint silencieux. Comme j’insistai, il me répondit d’un air sombre que toutes les maisons avaient leur secret et leur bizarrerie et que je ne devrais pas trop m’inquiéter. Mais je voyais bien qu’il ne me disait pas tout. Pourtant, voyant le malaise sur son visage, je décidai de ne pas insister. Il était clair qu’il n’était pas prêt à me révéler les sombres secrets de cette maison. À cet instant, Sylvio informa son frère qu’il avait terminé les deux petites chambres et qu’il descendait aider mon père à installer le mobilier dans la maison. Ayant terminé également, je me dirigeai vers l’échelle quand je surpris Salvatore jetant un coup d’œil inquiet au placard du grenier. Je ne dis rien mais je commençai vaguement à me demander la raison de son malaise. Il me suivit sans tarder et nous allâmes rejoindre Sylvio et mon père. À la fin de la journée, la maison avait l’air bien plus habitable qu’à notre arrivée. Quelqu’un frappa à la porte et ma mère alla ouvrir. Une vieille dame portant une énorme casserole fumante franchit le seuil et se présenta. Elle s’appelait Herminia et était la femme de Vittorio. Elle était venue nous souhaiter la bienvenue et nous avait préparé un délicieux repas pour fêter le retour d’Antonio et de sa famille dans leur maison. Ma mère la remercia et prit la casserole qu’elle déposa dans la cuisine. Maintenant que les meubles étaient installés, la maison semblait plus confortable et nous pûmes tous nous installer autour de la table de la salle à manger. Le repas se passa dans la joie des retrouvailles et quand Vittorio et sa famille s’en retournèrent chez eux, mon grand-père semblait si heureux que je me souviens m’être dit que la décision de revenir chez lui avait été la meilleure. Mais ça, c’était avant que des événements de plus en plus terrifiants ne nous arrivent. Ce soir-là, néanmoins, j’étais heureux d’être ici, notre nouveau chez nous. Nous allâmes nous coucher car le lendemain, nous devions monter les meubles des chambres à coucher à l’étage. Je souhaitai bonne nuit à ma famille et je m’effondrai sur mon matelas. Je m’endormis immédiatement.

 

 

 

 

 

Chapitre 2

Le lendemain, je me levai de bonne heure et entrepris de préparer le petit déjeuner. Je voulais faire plaisir à ma mère et l’idée d’avoir enfin un lit pour dormir ce soir m’enchantait énormément. La pièce de devant était remplie de caisses contenant nos vêtements et accessoires de décoration ainsi que nos lits démontés. Je bus un chocolat chaud quand ma mère se leva. Elle m’embrassa et me demanda si j’étais prêt à avoir ma nouvelle chambre. Je lui répondis avec enthousiasme mais quand elle m’annonça qu’elle et mon père avaient décidé de me laisser la chambre située au grenier, mon sang se figea. Le souvenir du regard de Salvatore vers le placard me revint en mémoire. Ma mère remarqua mon trouble et me demanda s’il y avait un problème. Je lui répondis que non, que c’était parfait. Après tout, mis à part l’inquiétude de Salvatore et les petits grattements entendus le premier jour de notre arrivée, je n’avais rien constaté d’inquiétant. Mais pourtant, l’idée d’être seul dans cette grande pièce lugubre me donnait des frissons. Mais je ne voulais pas inquiéter ma mère avec ce genre d’inepties donc, après avoir dévoré mes tartines, je me mis à monter le mobilier de ma chambre avec l’aide de Sylvio qui était arrivé pile poil au moment où mes parents finissaient de déjeuner. Heureusement qu’il était costaud, ce gars. La trappe était étroite et il fallut trouver toutes les astuces possibles pour pouvoir passer tous les meubles que je possédais. Une fois tout au sol, nous commençâmes par monter le lit. Nous passâmes au bureau et l’installâmes juste à côté. Je posai la caisse qui contenait mon ordinateur sur le bureau. S’ensuivit la bibliothèque munie de plusieurs colonnes et les nombreuses caisses de livres que je possédais. À la vue de tous ces bouquins, Sylvio émit un sifflement admiratif et me félicita pour cette énorme collection. Il aurait bien aimé que ses fils en fassent autant. Malheureusement, à son grand désarroi, ils préféraient les jeux vidéo. Quand je lui proposai de faire un dressing avec le placard, il hésita un instant, puis accepta. Il démonta donc la porte et regarda l’intérieur pour se faire une idée des dimensions des étagères qu’il allait disposer. En sortant de là, il semblait un peu mal à l’aise. Je lui demandai si tout allait bien. Pas de problème, me dit-il. Je vais te faire ça en quelques heures. Sur ce, il descendit l’échelle et je me dirigeai vers le placard. Il n’avait rien de particulier, si ce n’est cette impression de claustrophobie et le froid glacial qui s’en dégageait. Pourtant, il faisait bien trente-deux degrés dehors. -Bizarre, me dis-je. Avant que j’aie eu le temps de m’appesantir sur ces phénomènes, ma mère m’appela pour le dîner. Je descendis donc les rejoindre quand j’entendis de nouveau ces grattements. Cette fois, je localisai leur source. Cela venait du placard. Je regardai à l’intérieur mais ne vis rien de spécial. Encore une fois, je me dis que ça devait grouiller de rongeurs dans les murs. Je tendis l’oreille mais il n’y avait plus aucun bruit. Des rongeurs. Certainement. L’après-midi fut encore bien chargé. Sylvio s’attelait sur les étagères de mon placard et ma mère était occupée à récurer la salle de douche. Mon père passa les coups de fils indispensables lors d’un déménagement. Il avait relevé les compteurs d’eau et d’électricité et les avait communiqués aux services concernés. Il était maintenant en ligne avec l’administration communale pour un rendez-vous concernant notre changement d’adresse. Cela avait l’air de prendre du temps. Je le vis soupirer d’agacement. N’ayant plus rien à faire pour l’instant, je m’installai à côté de mon grand-père et lui demandai s’il avait besoin de quelque chose. Il me demanda un verre d’eau et je me levai pour le servir quand je remarquai la porte de la cuisine grande ouverte. M’avançant pour la refermer, je ressentis une sensation de froid et, sous mes yeux ébahis, la porte se referma toute seule.

Comment cela était-il possible ?

Il n’y avait pas un seul souffle de vent à l’extérieur. L’air devint glacé et je vis mon souffle se matérialiser devant ma bouche. Quoi ? Je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Soudain, je ressentis une étrange sensation dans l’estomac, comme si je m’apprêtais à rendre mon chocolat chaud du matin. Je me dirigeai lentement vers la salle de douche et m’effondrai devant le cabinet de toilette. La tête me tournait. Ma mère, qui était occupée à nettoyer la cabine de douche, lâcha son éponge et vint s’accroupir à côté de moi.

-Qu’est-ce qu’il t’arrive ? me demanda-t-elle, inquiète.

Je ne pus lui répondre. Un énorme jet de vomis jaillit de ma bouche et je finis par perdre connaissance.

Avant de perdre totalement conscience, je crus voir des silhouettes sombres juste derrière ma mère.

Je l’entendis crier mon nom mais j’étais fixé sur ces ombres.

Puis, tout devint noir.

Quand je repris conscience, j’étais allongé dans le canapé du salon, ma mère assise à mes côtés.

Mon grand-père et mon père, ainsi que les fils de Vittorio étaient assis autour de la table de la salle à manger et me regardaient avec inquiétude.

Ma mère me demanda comment je me sentais.

Je voulus me redresser mais elle me força à me recoucher.

J’entendis des coups à la porte et je vis mon père revenir avec Herminia, la femme de Vittorio.

Elle m’observa un instant et me fit boire un verre d’eau avec une poudre blanche à l’intérieur.

-Ne t’inquiète pas, me dit-elle. Ce n’est que du bicarbonate de soude. Ça va soulager tes nausées et te remettre sur pieds. Tu as dû faire une insolation à cause de la chaleur et des efforts pour monter les meubles. Tu devrais te reposer. Je suis sûre que tu te sentiras beaucoup mieux demain.

Je regardai mes parents et ils me firent signe pour me faire comprendre qu’ils étaient d’accord. Je me levai donc doucement et me dirigeai vers les escaliers. En arrivant sur la première marche, mon regard fut attiré par une porte que je n’avais pas encore remarquée. Elle se trouvait sous les escaliers et semblait à peine perceptible, se fondant presque dans le mur. Je demandai à mon père ce que c’était. Il me répondit que c’était certainement le sous-sol et que si je le voulais, nous irions vérifier demain matin. Sans rien ajouter, je leur souhaitai bonne soirée à tous et montai doucement les marches. Je me sentais encore un peu nauséeux et j’avais l’impression d’être vidé de toute mon énergie. Quand j’arrivai à l’échelle, j’eus un instant d’hésitation. Maintenant que le soir était tombé, le grenier était vraiment très sombre. Néanmoins, j’allumai la lampe de poche de mon téléphone portable et commençai à monter l’échelle, pas à pas, puis passai la tête par la trappe pour inspecter les lieux. Je ne vis rien de spécial et je montai donc m’allonger dans mon lit. J’allumai ma petite lampe de chevet et remontai ma couette jusqu’au cou. J’allais m’endormir quand j’entendis de nouveau ce bruit de grattements. Mes cheveux se dressèrent sur ma tête et je restai immobile. Tendant l’oreille, j’écoutai si le grattement se reproduirait mais ça ne fut pas le cas. Saleté de souris ! me dis-je. J’écoutai encore un moment puis, harassé de fatigue, je finis par m’endormir. Je ne savais pas depuis combien de temps je dormais quand j’ouvris les yeux, pris de frissons. J’ignorais ce qui m’avait tiré du sommeil mais je remarquai qu’il faisait étrangement froid dans ma chambre. Mon souffle faisait une espèce de nuage autour de ma bouche. Je restai immobile, pris d’une peur irrationnelle. Je constatai que ma lampe de chevet était éteinte. Je tendis le bras à la recherche de mon téléphone mais ne le trouvai pas. Je me relevai doucement et un bruit me fit sursauter. J’écoutai plus attentivement, cherchant son origine. Les yeux agrandis par la peur, j’allumai ma lampe et regardai autour de moi. Rien. Pourtant, j’aurais juré avoir entendu du bruit ! J’attendis un moment, tendant l’oreille mais seul le silence me répondit. Je décidai de me recoucher.

J’allongeai le bras vers l’interrupteur de ma lampe quand j’entendis le parquet craquer. J’étais tétanisé. On aurait dit que quelqu’un ou quelque chose se déplaçait dans la pièce. Je me levai doucement de mon lit et regardai de nouveau dans tous les coins de la pièce mais je ne vis rien de spécial. Je trouvai mon portable sur mon bureau et le repris. J’avais dû le laisser là quand j’avais mis mon pyjama. J’allais retourner me coucher quand je sentis un souffle glacé sur mon cou. Je me retournai brusquement, m’attendant à tomber nez à nez avec une immonde créature. Mais là encore, je ne pus que constater qu’il n’y avait que moi dans la chambre. Je fus tenté de descendre réveiller mes parents mais la journée avait été longue et je ne voulais pas les déranger. J’attendis encore quelques minutes mais rien d’autre ne se produisit. Tremblant de peur, je regagnai mon lit, remontant la couverture jusqu’au dessus de ma tête. Je maudis mon imagination trop fertile. J’avais laissé la lumière allumée. Les minutes passèrent et je finis par somnoler. Soudain, les grattements reprirent de plus belle. Je restai tétanisé sous la couverture, ayant trop peur pour regarder. Le bruit s’accentua puis cessa brusquement. Plus j’y pensais et plus ces bruits me faisaient penser à des ongles crissant sur le plancher. Je n’osais pas sortir la tête de la couverture. Au moment où je me disais qu’il était ridicule d’avoir peur de quelques rongeurs, je sentis comme un poids au bout de mon lit. L’impression que quelqu’un s’était assis sur mes pieds et m’empêchait de remuer. Glacé de terreur, je n’osais pas bouger. Cela dura un moment puis la sensation de poids disparut. Je risquai un œil en dehors de ma couverture et regardai peureusement au bout de mon lit. Il n’y avait rien. Je me levai de nouveau de mon lit et alla voir jusqu’au placard. J’avais la main sur la poignée, prêt à ouvrir, puis la relâchai. Quelque chose me disait que ce ne serait pas une bonne idée d’ouvrir cette porte. Surtout que j’étais seul et qu’il faisait nuit. J’attendis un peu pour voir si les phénomènes allaient se répéter mais quoi qu’il se fût passé, c’était apparemment fini. Je me remis donc au lit, remis ma couverture et observai encore un moment la porte de ce fichu placard. La fatigue finit par l’emporter. Je m’endormis et rien d’autre ne vint me perturber cette nuit-là. Le lendemain matin, je me levai avec la tête lourde. Je m’assis sur mon lit et cherchai à chausser mes pantoufles mais mes pieds ne rencontrèrent que le vieux linoléum. Je me levai et regardai en dessous de mon lit. Rien. Je me mis en quête de mes pantoufles et les retrouvai juste devant le placard. En me dirigeant vers elles, je butai contre l’un de mes livres. Je regardai ma bibliothèque et constatai avec stupéfaction que mes bouquins que j’avais rangés la veille sur mes étagères étaient maintenant disposés sur mon bureau et sur le sol. J’étais interloqué. Je me dirigeai doucement vers mes pantoufles, les chaussai et restai un moment à observer ce désordre. Puis, sans m’attarder sur ces événements, je remis mes livres sur ma bibliothèque, pris mon GSM et me dirigeai vers l’échelle quand j’entendis comme un ricanement lointain. Je me figeai et attendis un instant, la main sur la rampe. La sueur sur mon front s’était glacée. Je n’osais pas bouger. J’attendis de voir si cela allait recommencer mais plus rien ne se manifesta. Je commençai à descendre les barreaux de l’échelle quand j’entendis encore de petits bruits. Je passai la tête par la trappe et constatai que ma couette était tombée en bas de mon lit. C’en était trop ! Pas question de rester là-haut tout seul. Sans attendre, je descendis en vitesse les marches et me dirigeai vers la chambre de mes parents. J’ouvris la porte et constatai que leur lit était vide. Je descendis donc les escaliers en ayant l’impression désagréable d’être suivi. Arrivé au bas des marches, je faillis percuter mon père de plein fouet.

-Ola, champion ! me dit-il. Tu es pressé, dis-donc ! Tu as failli me faire tomber ! Bien dormi ?

Je racontai à mon père ma découverte matinale et lui expliquai les bruits entendus dans ma chambre. Il m’écouta et quand je lui demandai ce qu’il pensait de tout ça, il haussa les épaules et me répondit qu’il ne savait pas quoi dire. Je le suivis dans la cuisine où étaient déjà installés mon Nonno et ma mère. Mon grand-père me questionna du regard et je lui racontai les phénomènes de la veille ainsi que le désordre et les bruits de ce matin dans ma chambre. Ma mère m’écouta également et me dit que j’avais certainement dû faire une crise de somnambulisme, sinon comment expliquer tout cela ? Je me tournai vers mon grand-père, attendant qu’il ajoute quelque chose mais il se contenta de boire son café en silence. Je m’installai donc à la table et mordis dans un croissant, mes pensées revenant sans cesse à ce maudit placard. Ma mère m’informa qu’elle m’avait inscrit à l’Athénée Royal et que je commençais les cours la semaine suivante. Elle me demanda donc de m’habiller pour aller chercher mes fournitures scolaires ainsi que quelques tenues vestimentaires. Je bus donc mon chocolat chaud et me dirigeai vers l’étage quand mon grand-père m’interpela.

-Attends, mon grand ! me dit-il. Je n’ai pas eu l’occasion de voir ta chambre. Je peux venir avec toi?

Il se leva et me suivit dans les escaliers. Je n’étais pas sûr qu’il puisse monter l’échelle mais il m’épata en la grimpant rapidement. Il fit le tour de la pièce et s’arrêta devant le placard. Il s’en approcha et mit sa main sur la poignée de la porte. J’aurais voulu lui dire de ne pas ouvrir mais il tira dessus et se retrouva devant un vrai carnage. Les étagères que Salvatore m’avait installées la veille étaient à terre. Mon grand-père s’avança et son pied heurta une dizaine de vis éparpillées sur le sol. Je m’avançai également, regardant ce carnage d’un air dubitatif. Comment cela avait-il pu arriver ? Je regardai les étagères. Elles n’étaient pas abîmées. On aurait dit que quelqu’un avait passé son temps à retirer toutes les vis et les avait rassemblées au milieu du placard, juste devant le tas d’étagères. Je regardai mon grand-père, les yeux apeurés. Lui aussi semblait perplexe. Il me connaissait assez bien pour ne pas me demander si c’était de mon fait. Il se tourna vers moi et me demanda si j’avais entendu quoi que ce soit après m’être finalement endormi. Je lui répondis que non. Même si cela semblait impossible, je n’avais pas entendu les étagères se détacher des murs et tomber sur le plancher. Il réfléchit encore un moment et me demanda de ne pas en parler à ma mère. Il ne voulait pas l’inquiéter pour rien. Quand je lui demandai s’il savait ce qu’il se passait, il me répondit simplement qu’il était temps pour lui d’aller rendre visite au prêtre de notre paroisse. Il m’attendit, le temps que je m’habille et nous descendîmes en gardant cet épisode pour nous. Ma mère m’attendait devant la porte d’entrée. Elle demanda à mon grand-père s’il voulait nous accompagner, mais celui-ci refusa poliment. Avec un regard appuyé, il informa ma mère qu’il allait rendre visite au Père Rosso. Mon père s’était attaqué au petit jardin et nous souhaita une bonne journée. Quand je montai dans la voiture, mon grand-père me salua et se dirigea vers le bout de la rue. Ma mère le salua et tourna en direction de La Louvière. Nous passâmes un bel après-midi à faire du shopping dans les rues de La Louvière. Je dus admettre que l’endroit me plaisait bien. Nous allâmes manger une glace et, passant devant un petit cinéma de quartier, ma mère me proposa d’aller voir un film. Je n’étais pas pressé de regagner notre domicile donc, nous nous dirigeâmes vers l’accueil et nous passâmes un bon moment à rire devant un film parlant de Minions, de petites créatures jaunes en salopettes bleues, parlant un langage étrange et dont la fonction était d’aider un célèbre criminel dans ses mauvais plans.

La séance terminée, nous regagnâmes la voiture. Installé au volant, ma mère m’observa un moment et me demanda si tout allait bien. Je me rappelai ce que m’avait dit mon Nonno et je lui répondis que j’avais juste besoin de temps pour m’adapter. Elle me sourit et me promit que tout irait bien. J’aurais tant aimé la croire. Je ne répondis rien et nous rentrâmes à la maison. Quand je rejoignis mon grand-père dans le salon, il était en pleine conversation avec mon père à propos des plantations prévues pour le potager. Je me dirigeai vers le jardin et constatai que mon père avait bien avancé. Les mauvaises herbes avaient disparu, le pommier malade avait été abattu et les rosiers taillés. Il avait nettoyé la cour et le dallage avait un aspect lisse et propre. Il avait retourné un bon carré de terre et l’avait déjà préparé pour les plantations à venir. Mon grand-père me rejoignit dans le jardin.

-Ton père est habile de ses mains, me dit-il. Tu vois, l’habit ne fait pas toujours le moine. Qui se serait douté qu’un banquier était si habile en jardinage ?

J’admirai le travail de mon père quand je sentis quelque chose se glisser dans ma main. Je baissai les yeux vers ma main et observai l’objet que mon Nonno y avait glissé. C’était un petit crucifix. Je regardai mon grand-père et celui-ci me conseilla de l’accrocher au-dessus de la porte de mon placard.

À ce moment-là, ma mère sortit nous rejoindre et je m’empressai de ranger la croix dans la poche de mon jeans.

Elle enlaça son père et lui demanda s’il était satisfait du travail de son beau-fils.

Il lui répondit que c’était une véritable œuvre d’art et ils rirent tous les deux de bon cœur.

Mon père nous rejoignit et leva les bras en signe de victoire, ce qui nous fit tous rire aux éclats.

Ce soir-là, j’empruntai un clou et un marteau et entrepris d’accrocher le crucifix au-dessus de la porte du placard.

Je regardai ensuite le résultat et me dis que ça devait faire l’affaire.

Je rejoignis mes parents dans le salon. Ils regardaient les informations.

Je m’installai à côté de mon grand-père. Il me regarda et je hochai la tête à sa question silencieuse.

Il me sourit et me tapota la jambe en signe d’encouragement.

Tout irait bien.

Quand le journal télévisé se termina, ma mère se leva, s’étira et annonça qu’elle allait se coucher.

Elle proposa à mon grand-père de l’installer mais il lui répondit qu’il voulait passer un peu de temps avec moi avant la rentrée scolaire et me demanda si je pouvais m’en charger moi-même.

J’acceptai et mes parents montèrent donc se coucher.

Une publicité vantant les mérites d’un liquide vaisselle révolutionnaire envahit l’écran.

Je restai silencieux un moment, attendant de voir si mon grand-père allait m’expliquer pour le crucifix.

Cependant, quand il prit la parole, il me demanda de lui apporter la photographie qui se trouvait sur le buffet de la salle à manger.

Je lui rapportai et il la regarda longuement.Il passa un doigt noueux sur le portrait.

-C’est ma Giulia, me dit-il. Ma chère épouse. Je sais que je t’ai déjà beaucoup parlé d’elle mais je n’ai jamais eu l’occasion de te montrer à quel point elle était belle.

Je regardai la photographie et dus admettre que ma mère lui ressemblait énormément.

Il la regarda encore un instant, puis posa le cadre sur la table de salon.

Il se tourna vers moi et se mit à me parler très vite.

-Tu dois m’écouter, mon petit. Tant que nous sommes seuls, j’aimerais te parler de cette maison. Je pense que tu as déjà remarqué quelques bizarreries. Il y a des choses que tu devrais savoir mais je sais que ta mère m’en voudra énormément si elle apprenait que je t’ai parlé de ça. Surtout qu’elle ignore aussi une bonne partie de la vérité. Alors, promets-moi de garder tout ceci pour toi, d’accord ?

Je ne savais pas comment réagir mais je sentis la main de mon grand-père serrer mon poignet et je promis.

Il me regarda un instant dans les yeux, comme pour s’assurer que je ne mentais pas, puis il me demanda d’aller chercher un album photo. Il m’informa qu’il était caché à l’intérieur de la grosse cheminée de la pièce de devant. Devant mon air dubitatif (qui irait cacher un album photo dans une cheminée ?), il insista en agitant le bras vers la pièce de devant. Je me dirigeai donc vers cette grotesque construction et me penchai pour regarder à l’intérieur. Je ne vis rien au début et m’apprêtai à l’annoncer à mon grand-père quand, en passant la main à l’intérieur du conduit, je sentis un objet dur enveloppé dans un morceau de tissu. Je sortis l’objet et l’apportai à mon Nonno. Il le prit délicatement et commença à dénouer la ficelle qui retenait le tissu. Un vieil album en cuir craquelé apparut. Il n’avait rien de particulier, mis à part qu’il paraissait très vieux. Mon grand-père me demanda de m’asseoir à côté de lui et se mit à tourner les pages. Des photos en noirs et blancs se succédaient sur le carton jauni par le temps. Sur la première, on pouvait y voir mon grand-père, ma grand-mère et ma mère entourée de ses trois petits frères. Je savais que ma mère n’était pas fille unique mais elle ne me parlait jamais de ses frères. Je remarquai que les deux plus jeunes étaient jumeaux. Mon grand-père se rapprocha et commença les présentations.

-Ce beau jeune homme, c’est moi, me dit-il en souriant.

Je lui souris aussi.

-Elle c’est ma Giulia, ta Nonna. A côté d’elle, c’est ta mère, évidemment. Et là ce sont mes fils. Filipe, et nos jumeaux Julio et Roberto. Ils devaient avoir cinq ans sur cette photo. C’était un peu après notre arrivée. C’est notre voisin Vittorio qui l’a prise avec un appareil photo que ses parents lui avaient offert quand il avait émigré avec sa famille. On a dû rester immobile comme des arbres pendant qu’il prenait la photo. Ce n’était pas la technologie d’aujourd’hui, pourtant c’était déjà pas mal du tout.

Sur la photo suivante, on pouvait voir ma mère entourée de ses trois frères. La photo était joliment décorée d’un ruban qui entourait tout le cadre. Une photo d’école, évidemment.

Sur la troisième photo, on pouvait voir que mes oncles avaient bien grandi. Ils devaient avoir au moins quinze ans. C’était de solides gaillards bien bâtis. Les jumeaux se tenaient par les épaules et leur frère aîné se tenait derrière eux, le sourire aux lèvres.

Sur la quatrième photo, on voyait toujours les frères ensemble mais les sourires avaient disparu.

Quand je regardai mon grand-père, il m’encouragea à regarder le reste de l’album.

Je tournai donc les pages et remarquai que les frères jumeaux, autrefois costauds et souriants, étaient devenus maigres et leurs yeux étaient comme éteints. Leur grand frère était également sur la photo mais se tenait un peu éloigné d’eux. Aucun n’abordait de sourire.

La photo qui suivait représentait les deux jeunes hommes dans une sorte d’hôpital que je ne connaissais pas. Les deux hommes paraissaient sous-alimentés et même sur cette vieille photo, on pouvait voir que leurs tenues étaient sales. Ils ne souriaient pas là non plus.

Un détail me perturba. L’appareil devait avoir un défaut car l’un des jumeaux paraissait presque transparent alors que l’autre était plus net.

Les deux dernières photos représentaient une famille habillée de noir autour de deux cercueils identiques. Une photo de chaque jumeau était collée en dessous et leur nom, leur date de naissance et de mort étaient inscrits d’une écriture tremblante et presque illisible. Apparemment, ils étaient morts à seulement six mois d’intervalle.

La seule autre photographie qui se trouvait sur la dernière page de l’album était en couleur et je vis qu’elle me représentait. Je devais avoir trois mois. L’inscription en dessous confirma mon idée.

Michaël Julio Roberto Blanchart.

Mon nom complet.

Je ne savais même pas leur signification jusqu’à ce jour.

Je regardai mon grand-père.

Il ferma doucement l’album, se renfonça dans son canapé, tendit l’oreille pour voir si mes parents dormaient et commença son histoire.

 

Le récit d’Antonio

Antonio s’installa confortablement dans son fauteuil. Son emphysème le faisait souffrir de plus en plus. Il savait au fond de lui qu’il n’en avait plus pour longtemps. C’est pourquoi, quand il avait remarqué que son petit-fils semblait tourmenté, il se douta que tout recommençait. Il se devait de le mettre en garde contre le mal qui rongeait sa demeure. Ne pas lui en parler risquait de le mettre en danger. Il avait espéré que les années auraient effacé la malédiction de sa maison, les locataires successifs ne s’étant jamais plaints d’aucuns phénomènes bizarres, mais il s’était trompé. Lui aussi avait entendu les grattements et la nuit, il lui avait semblé voir des ombres se promener dans la maison. Il avait mis tout cela sur le compte de la culpabilité et du chagrin, son retour ayant fait remonter de mauvais souvenirs. Mais quand Michaël commença à signaler ces petits incidents, et surtout quand il vit l’état dans lequel s’était retrouvé le placard, il n’eut plus aucun doute. Ça recommençait.

Et dire que tout cela n’était que le résultat de l’ignorance et de l’innocence d’enfants cherchant simplement à expérimenter des jeux un peu trop dangereux pour leur âge.

Il n’avait pas été assez vigilant.

Et le fait qu’il travaillait quatorze heures par jour à la mine n’était pas une excuse.

Ses fils avaient été livrés à eux-mêmes quand Sylvia était partie pour la France.

Ho ! Il n’en voulait pas à sa fille. Il était même fier qu’elle ait pu entrer à l’université. La première fille de la famille qui faisait des études d’art, qui n’aurait pas été fier ?

Mais son départ avait provoqué de grands changements au sein de leur famille. Leur mère Giulia était tombée malade et avait souvent des pertes de conscience. Il était devenu difficile pour elle de s’occuper de leurs fils sans la présence de sa fille aînée. Antonio, accaparé par son travail, ne lui avait pas été d’une grande aide. Essayant de garder un œil sur ses garçons, il n’avait pas pu éviter le malheur qui leur tomba dessus. Son ami Vittorio connaissait les mêmes soucis avec ses deux fils. Les gamins étaient souvent ensemble et cherchaient un peu d’amusement dans ce monde si insipide. Mis à part les heures d’école, ils n’avaient pas grand-chose pour se changer les idées. Aucune famille ne possédait de télévision. Ils leur arrivaient donc souvent de se rassembler tous les cinq dans la chambre des deux frères pour jouer aux cartes, se raconter des histoires ou s’entraider pour leurs devoirs. Cela avait commencé comme un jeu. Un jeu de gosses innocents. Un jeu de gosses inconscients. Ce jour fatidique où leur vie avait changé du tout au tout, ils avaient eu l’idée stupide de grimper sur la toiture de leur maison en passant par le velux de la chambre et de voir qui pourrait aller d’un coin à l’autre de la toiture. Les enfants de Vittorio, plus adroits, avaient réussi sans peine leur exploit. Filipe avait aussi fait le tour de la toiture, suivi de Roberto. Cependant, Julio n’eut pas le courage de se lancer. Il souffrait d’une terrible phobie du vide mais avait accompagné son frère. Ils étaient inséparables, comme tous les jumeaux qu’Antonio avait connus jusqu’à ce jour. Ne voulant pas passer pour un trouillard aux yeux de ses camarades, mais surtout à ceux de son frère, il s’était décidé à traverser à petits pas le toit en pente. Arrivant vers le bas, il commença à remonter lentement sous les encouragements de Roberto quand le malheur se produisit. Il était presque arrivé en haut de la toiture quand une tuile se détacha et le fit glisser. Roberto, aidé des trois autres garçons, avait tenté de rattraper son frère, manquant sa main de quelques centimètres. Il avait plut la veille et les tuiles étaient encore toutes humides. Avant qu’il ne puisse atteindre Julio, d’autres tuiles se détachèrent et Julio, déséquilibré, chuta d’une hauteur de huit mètres. Sa tête heurta le trottoir avec un bruit sourd. Il ne mourut pas mais fut hospitalisé pendant de longs mois dans le service des traumatismes crâniens. Il resta quelques mois dans le coma. Quand il se réveilla enfin, il arrivait à peine à parler et avait du mal à tenir sur ses jambes. Il se plaignait souvent de douloureux maux de tête et d’acouphènes. Il avait l’impression que quelqu’un murmurait dans ses oreilles. Après une année de rééducation, il fut autorisé à rentrer à la maison. Quand Roberto avait appris la nouvelle, il avait été transporté de joie ! Cela faisait un an qu’il était séparé de son frère et il n’avait pas eu souvent l’occasion de lui rendre visite car il s’occupait de sa mère qui faisait de plus en plus de crises. Filipe avait trouvé un emploi dans une usine et travaillait plus de dix heures par jour. Sa mère avait besoin d’une surveillance constante et Roberto n’osait pas la laisser seule trop longtemps. Le retour de Julio était synonyme de joie. Par conséquent, quand son frère réintégra le cocon familial, Roberto remarqua immédiatement que son frère n’était plus vraiment lui-même. Il agissait parfois bizarrement et il lui arrivait souvent de parler tout seul dans la maison ou lors de ses rares sorties dans leur petit jardin. Les jeunes du quartier avaient fini par s’éloigner de lui car il leur faisait peur. Quand ils passaient devant la maison, Julio était souvent assis sur le banc de pierre et semblait regarder dans le vide. Il ne répondait pas quand ses anciens camarades lui demandaient des nouvelles et se contentait de les fixer avec un regard étrange. Il fut donc évité par la plupart de leurs amis communs.

Mais Roberto ne pouvait se résoudre à abandonner son frère. Ils étaient unis depuis leur vie utérine et rien ne pourrait jamais les séparer. Donc, quand son frère cessa sans raison de s’alimenter, Roberto fit pareil. Quand Julio ne voulut plus qu’on l’aide à se laver, hurlant que l’eau le brûlait, Roberto arrêta également de se doucher. Il pensait que Julio verrait là un soutien et un réconfort qui pourraient le mener vers le chemin de la guérison.

Mais les choses se mirent à empirer. En effet, Julio commença à avoir des comportements dangereux. Il déambulait parfois dans la maison, armé d’un couteau et semblait parler à quelqu’un que personne d’autre que lui ne voyait ou n’entendait. Les seuls amis qui venaient encore prendre de ses nouvelles étaient Sylvio et Salvatore. Ils se sentaient coupables de l’état de Julio et tenaient à se montrer présents. Néanmoins, eux aussi avaient remarqué le comportement étrange de Julio.

Un soir, alors que Julio s’était enfermé dans la chambre du grenier, Roberto était allé chercher de l’aide chez ses amis. Il redoutait que Julio ne se précipite par le velux pour mettre fin à ses souffrances. Il leur expliqua que son frère lui avait avoué qu’un démon lui intimait de tuer toute sa famille et que cette chose ne le laissait jamais en paix.

– Il lui avait donné un crucifix et de l’eau bénite qu’il avait volé à l’église voisine de chez eux dit-il,  mais ça n’avait pas suffit.

Julio continuait à entendre cette voix dans sa tête et il lui arrivait souvent de rester dans un état de torpeur pendant des jours entiers, comme s’il n’était plus qu’une coquille vide, sans âme. Même son regard était étrange dans ces moments-là. Il était plus sombre et semblait habité par autre chose que Julio. Roberto avait également constaté que Julio avait souvent des ecchymoses et des griffures qui apparaissaient sans raison apparentes sur son corps. Il était d’une pâleur et d’une maigreur terrifiantes.

Roberto avait essayé de convaincre son père que quelque chose n’allait pas chez Julio et qu’il devait le faire ré- hospitaliser mais Antonio avait mis tout cela sur le fait que son fils avait eu une fracture du crâne et que les médecins lui avaient prédit que Julio ne serait peut-être plus le même homme qu’avant.

Constatant que son père ne voulait pas admettre qu’il y avait quelque chose de sombre chez Julio, Roberto s’était absenté un moment de la maison pour se rendre chez le Père Rosso, dans l’espoir que celui-ci puisse aider son frère et aussi raisonner son père. Il expliqua au saint homme toutes les choses étranges qui se passaient dans leur chambre depuis le retour de son frère. Les craquements sur le plancher alors qu’ils étaient tous les deux allongés dans leur lit, le froid incessant dans la pièce même par journée caniculaire, les objets qui semblaient se déplacer tout seuls, les ombres qui semblaient voyager sur les murs, les grattements qui semblaient provenir de leur placard, mais surtout la voix que son frère entendait dans sa tête, cette voix qui lui intimait de tuer toute sa famille.

C’est alors qu’il admit même avoir entendu cette voix. Un jour où Julio était resté dans sa chambre, Roberto, s’inquiétant de la maigreur de son frère, lui avait monté une assiette de raviolis. Cela faisait plusieurs jours que Julio n’avait rien mangé ni bu. Il était au pied de l’échelle quand il avait entendu son frère parler. Habitué à cela, il avait commencé à monter les barreaux quand il entendit une voix caverneuse répondre à Julio. Sur le coup, il était resté tétanisé au bas de l’échelle. Il se dit qu’il avait du imaginé le phénomène mais quand il commença à monter l’échelle, il entendit de nouveau cette voix dire à son frère que Roberto arrivait et qu’il reviendrait le voir plus tard. Quand il était arrivé en haut, son frère était assis dans le placard et le fixait d’un air sombre. Roberto lui avait demandé à qui il parlait mais son frère n’avait pas répondu.

Il s’était contenté de le regarder de ce regard sombre et lointain. Il lui avait donc laissé l’assiette et était descendu précipitamment au rez-de-chaussée pour prévenir Antonio. Son père l’avait écouté et avait mis cet événement sur le compte du stress et de l’inquiétude que Roberto avait pour son frère. La seule explication que son père lui avait donnée était que Julio avait pu changer sa voix pour se donner le change.

Le Père Rosso l’avait écouté avec attention et lui avait promis de venir le lendemain matin pour rendre visite à Julio et tenter de l’aider du mieux qu’il le pouvait. Il avait aussi promis à Roberto de bénir la maison si cela pouvait calmer ses peurs.

Pourtant, Roberto n’était pas dupe. Le Père Rosso devait se dire la même chose qu’Antonio ; que le comportement de Julio était le résultat de sa chute du toit de la maison et de sa longue convalescence.

Quand il fut rentré, sa mère était prostrée dans le canapé, apeurée par quelque chose qu’elle n’avait pas su lui expliquer. Elle se signa plusieurs fois et lui indiqua du doigt le plafond vers la chambre de son frère. Roberto avait cherché son père mais celui-ci était parti au travail. Il était donc courageusement monté à l’étage mais quand il voulut se rendre dans la chambre, il remarqua que l’échelle escamotable avait été remontée et qu’il lui était impossible d’y monter. Il cria après Julio mais celui-ci avait l’air de se disputer avec quelqu’un. Il hurlait que non, il ne le ferait pas, qu’il préférait mourir.

Puis, il se mit à hurler comme quelqu’un qui subissait les pires tortures.

Roberto était alors parti chercher de l’aide auprès de Sylvio et Salvatore. Quand ils arrivèrent à l’étage, Julio poussait des hurlements d’agonie. Salvatore était alors descendu pour aller prendre l’échelle qui se trouvait dans la cour et était revenu presque aussitôt. Cependant, les hurlements avaient cessés et avaient laissé la place à une série de gargouillis atroces.

Sylvio essayait d’aider Roberto à atteindre la corde de la chambre en le prenant sur ses épaules. Il finit par l’attraper et monta les marches précipitamment. Salvatore et Sylvio se regardèrent d’un air sombre et, avant qu’ils ne commencent à monter l’échelle, entendirent Roberto hurler le nom de son frère.

Ils se précipitèrent et restèrent pétrifiés devant le spectacle horrible qui se déroulait devant leurs yeux. Julio, les yeux exorbités et la langue violette, pendait au bout d’un nœud coulant qui était attaché sur une des poutres apparentes du plafond du petit placard. Roberto était agenouillé devant son frère et hurlait son nom. Les frères essayèrent de décrocher Julio, mais celui-ci était trop haut, ses pieds se trouvant à cinquante centimètres du sol. Aucune chaise ne se trouvait dans le réduit. Comment avait-il pu s’y pendre sans prendre d’appui ?

C’est une question que personne n’osa prononcer à voix haute. Sylvio proposa à Salvatore de le soulever sur ses épaules et, sortant un canif de sa poche, commença à découper la corde qui retenait Julio. Sachant qu’il était trop tard, il se dépêcha de délivrer la dépouille de son ami. Après quelques minutes d’effort, elle atterrit sur le plancher dans un bruit sourd. Roberto se jeta sur lui et criait son nom mais l’angle de son cou indiquait aux fils de Vittorio qu’il n’y avait plus rien à faire. Ils en firent part à leur ami. Roberto serra alors son frère dans ses bras et se mit à pleurer hystériquement.

Alerté par ses hurlements, des voisins avaient appelés la police. Quand les forces de l’ordre étaient arrivées sur place, elles ne purent que constater le décès de Julio. Elles durent employer la force pour obliger Roberto à lâcher le cadavre et demandèrent à Sylvio et Salvatore de l’emmener au rez-de-chaussée. Ils descendirent donc auprès de Giulia et Salvatore courut jusqu’à la mine pour annoncer la terrible nouvelle à Antonio. Heureusement, il vit son père en premier et lui raconta les événements. Vittorio, le regard assombri, annonça la tragédie à son ami. Salvatore observa Antonio écouter son père. A mesure que celui-ci l’écoutait, il vit le visage d’Antonio se décomposer et le vit s’effondrer au sol. Des mineurs qui les entouraient se précipitèrent pour relever leur camarade. Il reprit conscience mais n’arrivait pas à admettre qu’il avait perdu son fils. Il se mit sur ses jambes et commença à remonter le chemin vers sa maison, suivi de près par Vittorio et Salvatore.

Quand il arriva devant chez lui, la police était déjà sur place et Antonio s’arrêta devant un sac mortuaire qui trônait au milieu du salon. Il voulut s’approcher mais un policier lui barra le chemin.

-C’est mon fils ! lui avait crié Antonio en hurlant. Puis, sans force, il avait répété: -C’est mon fils.

Roberto était assis à côté de sa mère. Il se tenait courbé, les bras pendant entre ses jambes, les yeux dans le vague, encore sous le choc. Antonio s’approcha de lui en demandant des explications mais Roberto ne lui répondit pas. Le choc l’avait rendu catatonique.

Il n’y eut pas d’enquête, la mort de Julio étant considérée comme un suicide au vu de ses antécédents psychiatriques. La famille fut peu questionnée sur les raisons de cet acte et le corps de Julio fut rendu à la famille pour l’enterrement. Et la vie reprit son cours pour tout le monde, sauf pour Roberto.

A la suite du suicide de son frère, il commença à délirer, à raconter à sa famille, ainsi qu’à son entourage que Julio était toujours là et qu’il venait souvent le voir pendant la nuit. Il racontait à qui le voulait que son frère avait élu domicile dans le placard de sa chambre et qu’il lui avait promit de rester avec lui. Ayant peur pour sa santé mentale, Antonio avait fait interner son fils dans un centre psychiatrique situé à Manage.

Malheureusement, l’état de Roberto se dégradait progressivement. Les premiers mois de son internement, les surveillants avaient remarqué qu’il parlait souvent tout seul, ce qui ne les avait pas surpris. Cependant, une nuit, un surveillant eut l’impression que quelqu’un était avec Roberto. Il avait donc ouvert la cellule mais avait constaté que Roberto était seul. Il mit ça sur le compte du stress ; travailler avec des barjos toute la journée n’était pas fait pour lui ; mais il aurait juré un instant que Roberto n’était pas seul. Il alla même jusqu’à regarder sous le lit et dans le placard de la chambre mais n’avait rien trouvé. Roberto l’avait regardé sans broncher et n’avait même pas cherché à s’enfuir. Heureusement car si cela avait été le cas, ce surveillant aurait été renvoyé pour négligence. Roberto s’était contenté de regarder le surveillant d’un regard éteint et n’avait pas fait un seul mouvement dans sa direction, sauf quand le gardien s’était approché du placard.

Cependant, le surveillant avait ouvert l’armoire et n’avait rien trouvé d’autre que les vêtements que son patient portait lors de son internement. Il referma donc le placard et se dirigeait vers la porte quand Roberto lui fit une étrange requête. Il demanda au surveillant s’il avait un appareil photo. L’hôpital en possédait un et il revint donc avec l’appareil. Roberto lui demanda de le prendre en photo avec son frère. Ne voulant pas le contrarier, le surveillant s’exécuta. Il prit la photo et la donna à Roberto en lui précisant que celle-ci ne s’afficherait que dans quelques minutes. Mais ce que Roberto lui répondit le marqua à tout jamais. Car quand la photo commença à apparaître, le gardien remarqua que quelque chose se tenait à côté de Roberto. Quand la photographie fut nette, Roberto montra l’apparition qui se trouvait juste à côté de lui. Et ce qu’il dit au gardien sembla le ravir.

-Tu vois ? C’est mon frère Julio ! dit-il en pointant le doigt sur la forme noire qui était assise à coté de lui.

Le gardien, décontenancé, la peur suintant par tous les pores de sa peau, sortit précipitamment de la chambre et ferma à double tour la porte. Il ne signala pas l’événement et il ne revient jamais travailler. Le lendemain de l’incident, il téléphona à l’établissement et donna sa démission pour raison de santé.

La dernière fois qu’Antonio était allé voir son fils, il n’avait presque plus rien d’humain. Il refusait depuis des mois de se nourrir et, un soir de novembre, finit par succomber à une crise cardiaque. Un surveillant les avait appelés pour leur annoncer la nouvelle. Antonio, accompagné de Vittorio, était parti signer les documents nécessaires et récupérer le peu d’affaire que Roberto avait pu emporter. En regardant dans le sac transparent, il avait aperçu la photo de Roberto et ne put s’empêcher de remarquer la silhouette qui se tenait à ses côtés. Il l’observa attentivement et du admettre qu’elle ressemblait énormément à Julio. Il mit la photo dans sa poche et garda ce secret pour lui.

S’en suivit l’enterrement. Les jumeaux étaient enfin réunis. La cérémonie terminée, Antonio, Giulia et Filipe étaient rentrés à la maison. Aucun d’entre eux n’avait pensé prévenir Sylvia des événements. Elle l’apprit bien plus tard par Filipe, le jour de la naissance de Michaël. Le choc fut rude et c’est pourquoi elle donna les prénoms de ses frères à son fils, comme une sorte d’hommage pour leur vie si vite écourtée. Filipe lui avait parlé de l’accident de Julio et de son suicide, ainsi que la dépression mortelle de Roberto.

Peu de temps après, sa mère se fit renverser par une voiture. Bien que le conducteur fût en état d’ivresse, il avait affirmé que la dame s’était jetée sous les roues de sa voiture. Il fut quand même condamné mais Antonio et Filipe connaissaient la vérité. Leur mère délirait encore plus depuis la mort de ses fils et disait qu’elle pouvait les entendre crier après elle. Giulia avait voulut rejoindre ses fils. L’enterrement et les formalités terminés, Filipe avait quitté la Belgique, épuisé par tant de tragédies et son père n’eut plus jamais de nouvelles de lui.

Il était donc resté seul dans cette maison vide et malgré les visites assidues de son voisin et ami de toujours, sa santé commença également à se détériorer. Cela avait commencé par d’horribles cauchemars et des réveils soudains au milieu de la nuit. La maison qui avait toujours résonné de rires joyeux s’était peu à peu transformée en un tombeau silencieux. Puis il avait commencé à entendre des grattements. Ceux-ci provenaient généralement de la chambre des jumeaux mais pouvaient aussi se manifester dans d’autres pièces de la maison. Antonio avait mis cela sur le compte du chagrin. Mais plus le temps passait, plus les manifestations étranges se multipliaient. Il entendait des voix, des rires, des pleurs, des cris. Il voyait des ombres, des formes, des visages. Il sentait des présences, des frôlements, des souffles. Il était persuadé que ses fils étaient revenus le hanter.

Cependant, il se réveillait souvent la nuit avec l’impression d’être observé. Il lui était même arrivé de voir des ombres se balader dans la maison. Il y faisait toujours glacial, même les jours d’été. Les objets aussi avaient tendance à changer de place. Il en avait parlé avec Vittorio et se demandait s’il ne perdait pas la tête. Voyant la santé aussi bien physique que mentale de son ami se dégrader, Vittorio avait appelé Sylvia et l’avait mise au courant de l’état de son père. Il était sûr que si Antonio quittait cet endroit maudit, sa santé ne s’en porterait que mieux. C’est ainsi qu’un jour d’été, Antonio, aidé par Vittorio, Herminia et ses deux fils, avait emballé quelques effets personnels et s’était installé dans la maison de sa fille. Avant de partir, il avait caché l’album photo dans la cheminée. Pourquoi ?  Il l’ignorait mais une voix lui disait qu’il en aurait besoin un jour.

Au moment où ils avaient démarré, Antonio avait jeté un dernier coup d’œil par la vitre de la voiture et avait cru apercevoir deux ombres derrières la fenêtre de son ancienne chambre. Elles semblaient l’observer sans bouger. Antonio avait frissonné mais n’avait rien dit. Qui l’aurait cru, de toute manière ? Les fantômes, ça n’existait pas. Du moins, pas d’après la Sainte Bible. Il avait décidé de laisser son passé douloureux derrière lui et s’était concentré sur sa nouvelle vie avec sa fille, son beau-fils et leur nouveau-né, Michaël. Malgré sa santé défaillante, il avait passé les vingt années les plus heureuses de sa vie.

Mais c’était fini. Le passé avait fini par le rattraper. Et maintenant, il se devait de prévenir son petit-fils pour le protéger. C’était, il le pensait, sa dernière mission avant de rejoindre sa famille là où vont tous les défunts.

Son histoire terminée, Antonio avait regardé son petit-fils et avait attendu sa réaction. Le gamin semblait choqué mais avait l’air aussi soulagé. C’était un gamin solide. Quand il s’était tourné vers son grand-père, il avait un air décidé.

-Grand-père, je sais ce qu’il faut faire ! dit-il avec conviction.

Antonio avait repris espoir et l’avait écouté à son tour.

 

 

 

 

 

Chapitre 3

Quand mon grand-père eut terminé son histoire, je fus pris d’un accès de terreur mais aussi d’un immense soulagement. Contrairement à ce que je pensais, tous ces événements étaient bien réels. Je ne perdais pas la raison. Je demandais donc à mon grand-père comment s’y prendre pour arrêter ces phénomènes. Il me regarda d’un air malheureux et m’avoua qu’il n’en avait aucune idée. Il avait espéré que tout était fini, sinon il ne nous aurait jamais invités à séjourner dans cette demeure. Vittorio gérait lui-même la venue des locataires et envoyait le loyer sur le compte de mon grand-père. Il n’avait jamais signalé aucune manifestation et Antonio ne lui avait jamais demandé non plus. Je lus la tristesse dans ses yeux mais je le rassurais en lui promettant de trouver une solution. Il me serra la main en m’implorant d’être prudent. Je lui promis et l’aidais à monter les marches et à s’installer dans son lit. Avant de monter dans ma chambre, j’entendis mon Nonno m’appeler. Je me retournais et attendit mais il s’était endormi. Avouer tous ses secrets avait dû être éprouvant pour lui. Mais j’étais heureux qu’il l’ait fait car je sais aujourd’hui qu’il a fait de son mieux pour me protéger. Je l’observais donc encore un moment puis m’apprêtais à monter l’échelle conduisant à ma chambre. La chambre des jumeaux. C’était une pièce mansardée avec deux lits séparés par une commode. Sur les murs, il y avait des posters de footballeurs et de chanteurs italiens. Je passais devant la chambre de mes parents et entendis les ronflements de mon père. J’allais monter l’échelle quand j’entendis une porte s’ouvrir. Je restais un instant sans bouger et je fus soulagé d’entendre la voix de ma mère me demandant si tout allait bien. Je me tournais vers elle en lui disant que grand-père s’était endormi et que j’allais me coucher. Comme la rentrée était proche, je voulais être en forme pour mon premier jour. Elle me souhaita donc bonne nuit et alla se recoucher. Je montais donc et inspectais la pièce. Rien à signaler, tout était à sa place. Je jetais un coup d’œil au crucifix et constatais qu’il était toujours au-dessus de la porte du placard. Cette nuit-là fut calme et je m’endormis sans problème. Le lundi arriva sans aucun phénomène à signaler. Puisque le crucifix avait rempli son office, je commençais à me dire que le calme reviendrait dans nos vies. Je me levais de bonne heure, m’habillais et pris mon cartable. Je descendis dans la cuisine. Ma mère était déjà debout et me préparait mon déjeuner. Je me mis à table et lui demandais ce qu’elle avait prévu pour la journée. Elle m’annonça qu’elle allait faire quelques emplettes avec mon père car ils envisageaient de changer le papier peint des murs et me demanda de rentrer tout de suite après les cours. Je l’embrassais et me dirigeais vers l’arrêt de bus qui se situait pratiquement devant la maison. Quatre garçons s’y trouvaient déjà. Quand j’arrivais à leur hauteur, ils se présentèrent. C’étaient les fils de Salvatore et Sylvio, Mario et Massimo et leurs cousins Lucas et Pietro. Leurs pères leurs avaient demandé de veiller sur moi pour ma première journée d’école. J’étais assez content. Ils avaient l’air sympa et le courant passa immédiatement entre nous. Ils me demandèrent ce que je pensais de ma nouvelle demeure mais ne sachant que répondre, j’haussais les épaules en leur répondant que c’était pas mal. Le bus arriva. Nous montâmes et nous dirigeâmes vers l’arrière. Mario me montra le fonctionnement de ma carte de bus et après avoir validé mon ticket, je m’installais à leur côté. Massimo me regardait avec curiosité. Il ne lui fallut pas longtemps pour me demander comment était la vie en France, les cours que j’y avais suivi et si les françaises étaient plus jolies que les filles d’ici. J’étais rouge comme une tomate. Fichue timidité. Son frère Mario, voyant mon embarras, demanda à Massimo de me lâcher un peu et celui-ci se calma, un grand sourire sur le visage. Arrivé devant l’école, ils m’accompagnèrent au secrétariat où je fis mon inscription. La secrétaire me donna mon emploi du temps.

Mario m’observa et m’annonça que nous étions dans la même classe. Je fus soulagé. J’avais au moins quelqu’un que je connaissais pour mon premier jour. Nous arrivâmes en classe et, après les présentations habituelles, nous commençâmes avec une de mes matières préférées, le latin. Sur le temps de midi, après avoir mangé, il me fit visiter l’établissement. C’était un immense bâtiment rempli de couloirs. J’espérais me familiariser rapidement avec ce dédale de couloirs. Quel labyrinthe ! Il dut voir mon trouble car il me prit par les épaules et me dit : T’inquiète pas, l’ami. On s’y habitue vite. N’est-ce pas un mini Poudlard avec ses rangées interminables d’escaliers, ses grandes allées et ses nombreuses classes ? Il abordait un sourire malicieux et je compris aussitôt que nous étions amis. A la fin de cette première journée, je faisais donc partie de la bande. Mario était très intelligent et me proposa de me remettre en ordre pour les cours que j’avais manqué. J’acceptais et l’invitais donc chez moi en début de soirée. Il parut hésiter mais me promit d’être là. De retour à la maison, ma mère était déjà en train de préparer le dîner. Elle me demanda comment s’était passée ma journée. Je lui parlais de mes amis et elle parut heureuse de voir que je m’adaptais bien. Je l’informais que Mario passerait chez nous ce soir. Mon père arriva à ce moment-là, les bras chargés de rouleaux de papiers peints. Mes parents avaient passé la journée à feuilleter des catalogues et avaient choisi un papier peint de couleur beige doré, espérant donner plus de luminosité à la pièce. Il déposa le tout sur la table de la salle à manger et me lança un catalogue pour que je puisse choisir les tons de ma chambre. Je jetais un coup d’œil sur la couverture et vis que ça venait d’un magasin appelé Leroy Merlin.

En attendant mon repas, je feuilletais le catalogue, à la recherche d’une couleur qui, je l’espérais, donnerait un peu de chaleur à ma chambre, la rendrait moins lugubre. Je finis par choisir un ton bleu assez neutre et le montrai à mon père. Il regarda et me dit que c’était pas mal. Les assiettes arrivèrent. Mon père posa les rouleaux de papier peint à même le sol et se mit à manger comme un affamé. Je le regardais certainement d’un drôle d’air car quand il croisa mon regard, il se mit à rire. Je ris également. Il était très drôle avec la moustache de sauce tomate qu’il avait autour de la bouche. Ma mère alla chercher mon grand-père dans sa chambre. Elle m’informa que Nonno n’avait pas eu une bonne journée et qu’elle était restée auprès de lui, laissant mon père s’occuper du papier peint. J’attendis de les voir arriver quand, soudain, des hurlements terribles se firent entendre. Nous nous précipitâmes vers les marches mais avant que l’un d’entre nous n’atteigne le haut de l’escalier, la porte de la chambre s’ouvrit et ma mère s’effondra sur le seuil. Mon père se lança directement vers elle. Il lui prit la tête dans les mains et l’appela doucement en lui caressant les cheveux. Par la porte entr’ouverte, je vis ce qui l’avait fait défaillir et mon cœur s’emballa. Je passai par-dessus mes parents et m’approchai doucement du lit. Couché sur le côté, mon grand-père avait les yeux vitreux et écarquillés par la peur. Au bout de son poignet pendait un chapelet. Sa main était toujours serrée autour de la petite croix qui y pendait. La réalité me frappa de plein fouet. Nonno, mon grand-père, mon meilleur ami, venait de nous quitter. Je restai immobile, le regard fixé sur son visage. La gorge nouée, je n’arrivai pas à bouger. Ma mère revint doucement à elle et se mit à pleurer hystériquement. Mon père la serra contre lui et m’appela. Voyant que je ne réagissais pas, il m’appela de nouveau et je dus me forcer à détourner le regard du visage horrifié de mon Nonno pour le regarder. “Appelle le docteur”, me dit-il. Devant mon regard perdu, il me demanda de nouveau de passer l’appel au médecin pour faire constater le décès. Il me tendit son téléphone et je lui pris d’une main tremblante. J’étais comme dans un état second. Je fis défiler les contacts et tombai sur le bon numéro. La sonnerie retentit quelques secondes et une dame me répondit. Je lui expliquai la situation et elle me répondit : “Le docteur sera là dans les vingt prochaines minutes.” Je raccrochai sans rien dire. Ma mère était toujours au sol, dans les bras de mon père et semblait ne pas pouvoir se relever. Je rejoignis mon Nonno et attendis, lui prenant la main, lui parlant doucement dans l’espoir qu’il puisse encore m’entendre. Les larmes coulant sur mon visage, je remarquai quelque chose dépassant de son oreiller. Je tendis la main et mes doigts touchèrent un bout de papier. Je tirai doucement dessus et vis qu’il s’agissait d’une enveloppe. Je l’ouvris et pus y apercevoir quelques pages pliées à l’intérieur, ainsi que des photographies. La sonnerie de la porte retentit et je m’empressai de mettre l’enveloppe dans la poche de mon jeans. Mon père alla ouvrir et remonta avec le docteur. Le médecin s’approcha du lit, plaça mon Nonno sur le dos, lui prit le poignet à la recherche d’un quelconque pouls, mit son oreille sur sa poitrine et se releva en soupirant. C’était fini. Il ferma les yeux du mort et nous adressa ses plus sincères condoléances. Il quitta la pièce et aida mon père à conduire ma mère au rez-de-chaussée. Je n’avais pas envie de descendre. Je voulais encore rester près de lui, avant qu’on vienne nous l’enlever. Je pris donc l’unique chaise qui se trouvait dans la pièce et le veillai pendant quelques heures. Je crois que ce fut pour moi le jour le plus douloureux de ma vie. Encore aujourd’hui, l’évocation de ce souvenir me brise le cœur aussi atrocement que ce jour maudit. A un moment donné, j’entendis des pas dans les escaliers.

Après quelques minutes, Vittorio passa la porte. Il était suivi de sa femme et de ses fils. Ils me présentèrent leurs respects et Vittorio se dirigea vers mon grand-père. Je sortis de la pièce. Je voulais le laisser dire au revoir à son ami de toujours. Je descendis donc les marches et tombai sur Mario. Il me demanda comment j’allais. Je me retournai pour lui répondre mais la tête me tourna et je fus pris de vertiges. Je repris mes esprits, la voix de Mario répétant mon nom avec insistance. J’étais allongé sur le sol. Je me relevai avec l’aide de mon ami et me dirigeai vers le salon. Ma mère était allongée dans le canapé. Le docteur venait de lui administrer un calmant et mon père lui tenait la main, assis à son chevet. Il avait les yeux rougis mais restait silencieux. Il se devait de rester fort, pour ma mère, pour moi, pour lui. Il m’aperçut et me fit signe de le rejoindre mais je secouai la tête. Mario m’attrapa par les épaules et dit à mon père que nous allions prendre l’air dans la rue un moment. Mon père y consentit et je me laissai entraîner par mon ami. L’air frais de la soirée me remit un peu les idées en place. Mario se dirigea vers le jardin de son grand-père et je le suivis, m’installant sur le même petit banc de pierre que possédait ma maison. Nous restâmes un long moment sans parler, puis Mario me demanda ce qu’il s’était passé. Au lieu de lui répondre, je pris l’enveloppe de ma poche et en sortis son contenu. Je distinguai une écriture tremblante qui recouvrait les pages et commençait par le nom de ma mère. Je compris que cette lettre lui était adressée. En regardant les photographies, je me rendis compte qu’elles ne provenaient pas de l’album photo que mon grand-père m’avait montré. Il y en avait une bonne vingtaine. Je les regardai l’une après l’autre. L’horreur m’envahit doucement. Voyant mon visage blêmir, Mario regarda également les photographies et lui aussi devint pâle comme la mort. Il porta sa main à la croix qu’il portait autour du cou et se signa plusieurs fois… Les photographies représentaient mon grand-père lors de sa vie solitaire. On pouvait voir de manière successive plusieurs silhouettes se rapprocher de plus en plus de lui. Sur la dernière photo, on distinguait parfaitement deux visages juste derrière lui. Et ces visages étaient reconnaissables entre tous. C’était les jumeaux. Leurs yeux semblaient exprimer une terreur sans nom. Leurs bouches étaient ouvertes sur un cri silencieux. En y regardant de plus près, on pouvait voir qu’une autre entité se trouvait derrière eux. La photographie avait été prise dans le petit palier de l’étage. En haut sur la droite, on pouvait voir l’escalier escamotable. A son pied se tenait une ombre noire. De longs bras. De longues jambes. Sa tête paraissait être deux fois plus grosse que la normale. Mais le plus terrifiant était sa face. La photo ne montrait que le bas de son visage mais ce que l’on y apercevait était terrifiant. Une énorme gueule se détachait de ce faciès rugueux comme le cuir. Sa bouche semblait étirée de manière grotesque et révélait une rangée de dents acérées et pointues. Mario me demanda ce que tout cela voulait dire. Ne sachant que lui répondre, je lui racontai… l’histoire que mon grand-père m’avait contée la veille. Il m’écouta attentivement sans m’interrompre une seule fois. Quand j’eus fini, il resta silencieux un moment, semblant réfléchir.

Il se leva et se dirigea vers la maison de son grand-père. Je l’attendis un moment et le vis revenir avec un petit papier à la main. Inscrit d’une écriture bien nette, se trouvait un numéro de téléphone. Je le regardais un instant sans savoir quoi dire et il me précisa que c’était le numéro de téléphone du Père Rosso. Je ne veux pas t’effrayer mec, me dit-il, mais ce qui se passe chez vous n’est pas normal. C’est maléfique. Ce qui vit chez vous n’est pas humain et je pense que cette chose est dangereuse. On devrait aller voir le Père Rosso et lui montrer les photos. Je le regardais, les yeux pleins de détresse et glissai le morceau de papier dans ma poche, sans rien ajouter. Une ambulance arriva devant chez nous et je vis quatre brancardiers monter avec une civière. Je me levai et me rapprochai de la porte d’entrée. Quelques minutes plus tard, ils descendirent avec le corps de mon Nonno. Au moment de le charger dans l’ambulance, le bras de mon grand-père glissa de la couverture qui le recouvrait. Je m’approchai pour la remettre avant qu’un des ambulanciers ne puisse réagir et arrachai le chapelet qui se trouvait encore dans sa main. J’eus du mal à le détacher et remarquai alors que la croix semblait coller à sa main et avait laissé une trace de brûlure sur sa paume. Je regardais cette marque, troublé, mais avant d’avoir le temps d’interpréter ce que je voyais, je sentis qu’on me repoussait gentiment sur le côté. L’ambulancier remit le bras à sa place et la civière entra dans l’ambulance. Trois d’entre eux se mirent à l’arrière et le quatrième s’installa au volant. Quelques instants plus tard, le véhicule démarra et tourna au coin de la rue, en direction de l’hôpital de La Louvière. Je restai un moment au milieu de la rue et entendis Mario me rejoindre. Cependant, une question me taraudait et je me tournai vers mon ami. Mario, lui dis-je, si mon grand-père vivait seul et qu’il était sur les photos, qui tenait l’appareil ? Mario réfléchit un instant, puis, me regardant d’un air abasourdi, me répondit : Il n’y avait qu’une seule personne qui possédait ce genre d’appareil à l’époque. Et cette personne, c’est mon Nonno ? Nous nous fixâmes un instant sans savoir quoi faire. Soudain, Mario se dirigea vers ma maison. Je le suivis en lui demandant ses intentions. Quoi ? Tu veux aller voir ton grand-père maintenant ? Il s’arrêta net et me dit : Je veux savoir s’il était au courant de tout ça. Car si c’est le cas, il nous met tous en danger ! Je l’arrêtai en l’empoignant par le bras. Il me regarda d’un air surpris. Pas maintenant, lui dis-je. Le moment est mal choisi pour lui mettre ça sous le nez. Mais après l’enterrement, j’aimerais avoir une discussion avec ton grand-père. Mario me regarda droit dans les yeux, soupira et acquiesça. Nous revînmes donc calmement dans la maison et j’allais rejoindre mes parents. Ma mère était effondrée. Elle ne cessait de pleurer et de prononcer le nom de son père d’une voix brisée. Herminia la tenait dans ses bras et essayait de la calmer de son mieux. Je restais un moment auprès d’elle et quand le calmant finit par faire son effet et qu’elle tomba endormie, je rejoignis mon père. Il parlait avec Vittorio pour l’organisation des obsèques. Je les laissais discuter et allais m’installer à côté de ma mère. Herminia me regardait avec compassion. Elle se leva et vint me serrer contre elle. Je me sentais assommé. J’avais l’impression de ne plus avoir d’air dans les poumons, de me noyer. Après un moment, elle me lâcha et alla rejoindre son mari et mon père. Ne tenant plus en place, je montais les escaliers jusqu’à la chambre de mon grand-père. Quand je pénétrai dans la pièce, un grand froid y régnait. Je n’y avais pas prêté attention lorsque j’étais monté plus tôt. Me rapprochant du lit, je me laissai tomber dessus et regardai autour de moi. Mes yeux tombèrent sur la photo de mon Nonno. -Tu l’as enfin rejoint, dis-je tout haut dans la pièce vide. Vous êtes réunis. Tu me manques déjà tellement, Nonno. Les larmes se mirent à couler, silencieuses, sur mon visage. Je restai encore un moment quand j’entendis soudain ces maudits grattements. Sans réfléchir, je me levai, soudain empli de colère et hurlai :

-Vous êtes contents ? Vous avez fini par l’avoir ? C’est ce que vous vouliez ? Bande d’ordures ! Pourquoi ? Pourquoi ? C’était votre père !

Je finis par me calmer et tendis l’oreille. Aucune réponse. Je décidai donc de descendre. Arrivant sur le seuil de la chambre, j’entendis comme un ricanement rauque. Je me retournai et crus voir dans un coin reculé de la pièce une sorte d’ombre allongée. Je m’essuyai les yeux pour mieux voir mais quand je regardai de nouveau, elle avait disparu. Cependant, une drôle d’odeur emplit la pièce. Une odeur pestilentielle. Une nuée de mouches. Mes yeux qui se mettent à brûler. Je commençai à suffoquer. Pris de panique, je cherchai la poignée à tâtons et finis par sortir de la chambre en refermant la porte derrière moi. Je restai un moment cloué sur place et j’entendis encore les grattements, mais cette fois, ils paraissaient plus forts, comme des griffes qui se déplaçaient sur le plancher. Des pas lourds se faisaient entendre. Ils se dirigeaient vers la porte. Terrorisé, je descendis l’escalier et me précipitai dans le salon. Ma mère était toujours endormie. Je tendis l’oreille, m’attendant à entendre des pas descendre les marches, mais cela ne se produisit pas. Je voulais aller tout raconter à mon père – il était toujours en conversation avec Vittorio – mais je n’en fis rien. En m’asseyant, je ressentis une brûlure dans la main. J’ouvris celle-ci et remarquai que je serrais toujours la croix du chapelet de mon Nonno. Je la pris de l’autre main et sifflai quand celle-ci se détacha difficilement de ma peau. Je regardai ma paume avec stupéfaction. La croix y avait l’air incrustée. Exactement comme mon grand-père. Je ne comprenais pas ce que tout cela voulait dire. Je remis le chapelet dans ma poche et allai passer ma main sous l’eau dans la salle de douche. En regardant dans le miroir, je m’aperçus que je n’étais pas seul. Derrière moi se tenaient deux silhouettes sombres. Deux silhouettes identiques. Elles m’observaient sans bouger, cependant leurs visages étaient toujours tendus sur ce cri silencieux, comme s’ils me demandaient de l’aide. Pris de panique, je fermai les yeux en répétant sans cesse : Allez-vous-en ! Allez-vous-en ! Laissez-moi ! Laissez-nous tranquille ! Un vent glacial sembla me traverser puis tout redevint calme.

J’ouvris les yeux avec précaution, mais il n’y avait plus personne. Les larmes me montèrent aux yeux, je me sentais abandonné. Je courus rejoindre mon père dehors et me blottis contre lui sur le banc de pierre. Mon père me prit dans ses bras sans un mot. Je levais les yeux vers lui et il me sourit tristement. Nous restâmes ainsi un moment puis nous rentrâmes dans le salon. Ma mère dormait toujours, elle ne se réveillerait pas avant le lendemain. Mon père alla chercher le matelas gonflable dans la pièce de devant et l’installa dans le salon. Je me glissais dans l’autre canapé. Hors de question que je remonte à l’étage. Il ne me força pas à monter dans ma chambre. Il se coucha et me dit de dormir un peu. Demain serait une longue journée. J’aurais voulu lui raconter ce qui s’était passé, mais je gardais le silence. J’avais l’impression que c’était à moi de régler ce problème. Après tout, j’étais le seul à voir cette chose depuis que mon grand-père était mort. Je ne voulais pas leur faire plus de peine alors que ma mère venait de perdre son père. Je lui souhaitais bonne nuit et je fermais les yeux. Le sommeil m’emporta aussitôt. J’étais épuisé par cette soirée cauchemardesque. Le lendemain, je me réveillais avec un goût de cendre dans la bouche. Je sortis du canapé sans faire de bruit pour ne pas réveiller mes parents. En passant devant la salle de douche, je jetais un coup d’œil à l’intérieur. Rien d’anormal, apparemment. Je décidais de me laver. Je montais les escaliers pour aller chercher des vêtements propres et je m’arrêtais devant la porte de la chambre de mon grand-père. Je tendis l’oreille mais n’entendis rien. J’étais nerveux mais je continuais vers ma chambre. Dès que j’entrais, je sentis que quelque chose n’allait pas. La pièce était plongée dans l’obscurité et l’air était glacial. Je me précipitais vers mon bureau, cherchant à tâtons mes vêtements, quand un étau invisible se referma sur ma poitrine et me coupa le souffle. Ma tête tournoyait, je vacillais sur mes jambes. Un bruit grinçant me fit sursauter. En panique, je balayais la pièce du regard et découvris avec horreur que la porte du placard s’était ouverte. Je m’approchais prudemment, le cœur battant, et heurtais du pied un objet dur. Je me baissais pour le ramasser et mon sang se glaça. C’était un morceau du crucifix que mon grand-père m’avait donné. Je restais pétrifié. Mes jambes flageolaient et je reculais du placard. Quand je touchais le dossier de ma chaise de bureau, la porte du placard claqua brutalement. Un souffle fétide emplit ma chambre, comme si un cadavre en décomposition s’y cachait. Soudain, je ne fus plus seul dans la pièce. Je sentis une présence maléfique derrière moi. Paralysé par la peur, je hurlais : Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous voulez ? Laissez-moi tranquille ! Le silence retomba et rien ne bougea plus. J’attendais une nouvelle attaque mais rien ne vint. Tremblant comme une feuille, je saisis une pile de vêtements sur mon lit et dévalais l’échelle.

Mon cœur battait la chamade. Je courus jusqu’au seuil de l’escalier et me retournais malgré moi. Ce que je vis à cet instant me terrifia au-delà de toute mesure. Mon esprit n’arrivait pas à concevoir ce que mes yeux me montraient. Une entité monstrueuse, d’une taille impressionnante se tenait au pied de l’échelle. Elle était si noire que la lumière ne filtrait pas au travers. Elle avait un corps maigre muni de bras d’une longueur inhumaine et ses mains étaient terminées par de grandes griffes acérées. Mais le plus terrifiant était son absence de traits. Là où il y aurait dû avoir des yeux et un nez se trouvaient une sorte de membrane épaisse comme du cuir. La chair semblait pulser. Seule une énorme gueule pleine de dents effilées se détachait sur cet horrible masque de chair. La chose me fixait sans bouger et semblait me toiser en émettant des grognements sourds. Avant même que je puisse faire le moindre mouvement, je vis sa bouche s’agrandir et elle murmura mon nom. Lorsqu’elle prononça ce simple mot, je vis que l’intérieur de sa bouche était rempli d’yeux de couleur vert jaunâtre et dont la pupille évoquait celle des reptiles qui me regardaient avec avidité. C’en était trop. Je me mis à hurler si fort que mes poumons étaient en feu. J’étais collé contre le mur du couloir mais mes jambes ne voulaient pas bouger. Je la vis tendre les bras vers moi et le noir m’envahit.

Un bruit de pas précipité me ramena à la réalité. J’étais allongé dans le couloir, mes vêtements éparpillés autour de moi. Je me redressais doucement et vit le visage de mon père au bas des marches. Il se précipita sur moi et m’aida à me relever. J’étais complètement assommé. Quand il me demanda pourquoi j’avais crié, mon regard se tourna instinctivement vers l’échelle et la terreur m’assaillit de nouveau. Mes jambes patinaient pour essayer de m’éloigner de l’échelle. Je n’arrivais pas à prononcer le moindre mot. Je ne pus que me relever et entraîner mon père vers les escaliers tout en regardant derrière lui à chaque marche. Mon père m’assaillait de questions mais je me contentais de descendre le plus vite possible, voulant mettre le plus de distance possible entre cette horrible entité et moi. Arrivé dans le salon, j’allais m’asseoir sur le canapé, mon père toujours sur les talons. Il me regarda avec inquiétude et m’invita à m’expliquer. Je jetais un œil sur ma mère mais les calmants devaient être forts car elle ne s’était pas réveillée. J’entraînais mon père vers la cuisine et décidais de lui raconter ce que j’avais découvert jusque là. Je lui résumais l’histoire de mon grand-père, lui montrais les photos et lui décris tous les événements étranges que j’avais vécu dans ma chambre. Je terminais par l’apparition de l’entité et lui révélais qu’elle avait prononcé mon nom. Mon père prit le temps de regarder les photographies et je voyais bien qu’il était mal à l’aise. Il se mit à faire les cents pas. Je commençais à me calmer un peu quand j’entendis ma mère nous appeler du salon. Mon père me regarda et me demanda de garder cela pour nous. J’allais le contredire mais il me promit que nous nous occuperions de tout cela après les funérailles. Avant qu’il ne rejoigne ma mère, il se tourna sur moi et me dit : Je te crois, Michaël. Depuis que nous sommes arrivés dans cette maison, j’ai toujours eu cette sensation que quelque chose ne tournait pas rond. Je ne suis pas aussi insensible qu’on pourrait le croire. Mais tu sais que j’ai toujours essayé de rationaliser. Cependant, il se passe des choses incompréhensibles dans cette maison. Et avec ce que tu viens de me raconter, le doute n’a plus sa place. Ne t’inquiète pas, Champion. Nous allons trouver une solution. Nous irons voir ce prêtre et voir s’il peut nous aider. Mais pour l’instant, nous devons nous occuper de ton Nonno. Et à partir d’aujourd’hui, tu dormiras au salon jusqu’à ce que cette histoire soit réglée. Je me sentis un peu mieux, un peu moins seul. J’avais cru pouvoir gérer cette situation comme un homme mais j’étais encore jeune. Et savoir que mon père me croyait et me soutenait fut un énorme soulagement. Je n’étais plus seul pour affronter cette horrible chose. J’allais donc prendre ma douche et m’habiller. En sortant de la douche, la buée recouvrait tout. J’allais frotter le miroir avec ma serviette quand je remarquais des lignes se former sur celui-ci. En me reprochant pour lire, je déchiffrais « Aiutaci ». De toute évidence c’était de l’italien. Mais bien que ma mère soit italienne, elle ne me l’avait jamais enseigné. Malgré ma stupéfaction devant ce phénomène, je me précipitais dans la cuisine à la recherche de mon GSM pour prendre une photo du miroir et réussis à l’avoir. Les lettres commençaient à s’estomper mais on y voyait encore l’inscription. Je lançais la traduction et fut sous le choc quand je vis ce que cela voulait dire. « Aide-nous ». Je ne sus comment réagir et me contentais de répondre à voix haute : Comment ? Mais je n’obtins aucune réponse. Le miroir était maintenant sec et rien d’autre ne vint s’y inscrire. Je décidais de garder cela pour moi et m’habillais. J’allais rejoindre mes parents. Mon père essayait d’obliger ma mère à avaler quelque chose mais elle refusait. Elle se contenta de boire une tasse de café et mon père cessa d’insister. Je m’installais à côté d’elle et lui pris la main. Elle la serra sans me regarder. J’avais mal de la voir souffrir.

Je restais ainsi près d’elle et quand il fut temps de se rendre au funérarium, je l’aidais de mon mieux, la soutenant, la gardant dans mes bras pendant que mon père parlait au personnel des pompes funèbres. Quand nous arrivâmes au choix du cercueil, mon père se tourna vers ma mère mais celle-ci secoua la tête. Elle n’était pas en état de s’occuper de ça. Mon père paraissait désemparé. Je décidais donc de la ramener dans la voiture et de laisser mon père gérer les dernières obligations. Il saurait se débrouiller. J’installais ma mère à l’arrière et m’assis à ses côtés. Elle ne pleurait plus mais son regard était cerné et elle regardait le vide. Je me souviens soudain de la lettre que mon grand-père avait laissée à son attention. J’y songeais un moment mais décidais de ne pas lui transmettre avant de l’avoir lue au préalable. Je ne savais pas quel effet aurait cette missive où si elle contenait quoi que ce soit sur les événements qui perturbaient notre quotidien. Je me contentais donc de lui tenir la main. Un peu plus d’une demi-heure s’écoula avant que je ne vois mon père sortir de l’établissement. Il s’installa au volant, nous regarda par le rétroviseur et démarra la voiture sans dire un mot. Nous rentrâmes à la maison et mon père alla installer ma mère dans le canapé. Elle paraissait dans un état second. Je commençais à m’inquiéter pour elle. Habiter ici avec cette menace dans nos murs n’allait pas arranger les affaires. Pourtant, il fallait que ma mère soit au courant. Dans son état, elle était une cible de choix en cas d’attaque de la présence diabolique. Du moins, c’est ce que je pensais. Ayant lu quelques articles sur des phénomènes paranormaux, je savais que les personnes fragiles étaient des cibles de choix. Quelques instants plus tard, on frappa à la porte. Mon père était au téléphone avec l’hôpital pour savoir quand les pompes funèbres pourraient récupérer la dépouille de mon grand-père. J’allais donc ouvrir et tombais sur Mario. Il me salua et s’excusa de me déranger dans un moment pareil mais il avait quelque chose à me montrer. Je m’écartais pour le laisser entrer mais il refusa. Il avait l’air terrifié et ne cessait de regarder les fenêtres de l’étage. Il me proposa de le rejoindre chez lui dans la soirée. J’acceptais et il repartit vers sa maison. Je refermais la porte et rejoignis mes parents dans le salon. Mon père préparait le repas. Ma mère était partie s’allonger dans leur chambre. Nous étions donc seuls et je demandais à mon père ce qu’il avait l’intention de faire. Il me répondit qu’il ne savait pas encore. Je profitais de ce moment pour lui parler de la lettre que mon grand-père avait laissé à sa fille. Intrigué, il me demanda de la lui apporter. J’allais dans la salle de douche pour la récupérer dans la poche de mon pantalon. Je regardais le miroir mais aucun autre message ne m’attendait. Je revins avec l’enveloppe et lui tendit la lettre. Mon père s’installa à la table et se mit à lire.

Quand il eut fini, je la pris et constatais que c’était une lettre d’adieux. Mon grand-père lui demandait pardon pour ses frères qu’il n’avait pas pu aider et pour la mort de sa femme mais ne mentionnait aucun des événements qui avaient conduit les jumeaux à leur mort, ni même les vraies raisons de la mort de sa femme. Il lui disait qu’il l’aimerait toujours et qu’elle ne devait pas s’en vouloir. Que les vingt années passées à nos côtés avaient été un pur bonheur et qu’il serait toujours là pour elle. En regardant la lettre, je remarquais que la date inscrite au-dessus datait de seulement quelques jours avant que mon grand-père ne me raconte son histoire. Je mis la lettre de côté et montrais les photographies à mon père. Il les prit et les fit défiler. À mesure qu’il passait de l’une à l’autre, son visage affichait des expressions de plus en plus sinistres. Il me demanda s’il y en avait d’autres et je lui parlais de l’album. Je montais doucement les marches pour me rendre dans ma chambre. En passant devant la chambre de mes parents, j’entrouvris la porte et constatais que ma mère dormait. Je refermais doucement pour ne pas la réveiller et montais l’échelle. Tout semblait calme et j’en profitais pour filer vers mon bureau où l’album était posé. Je jetais un coup d’œil sur une caisse que je n’avais pas encore déballée et qui contenait mon ordinateur de bureau. Je décidais de le placer dès que j’aurais montré l’album à mon père. Il serait sûrement utile si je devais faire des recherches sur la manière de nous sortir de cet enfer. Je redescendis doucement et me réinstallais à table. J’ouvris l’album et le montrais à mon père. Comme moi, il détailla chaque photo, en observant bien celle des jumeaux. La dernière photographie le fit sourire. Ma photo de moi étant bébé. Je lui demandais son avis et il me dit qu’effectivement, tout cela était troublant. Mise à part la première photographie, mon grand-père n’apparaissait sur aucune autre. Je n’avais pas fait le rapprochement. Encore une fois, qui se trouvait derrière l’appareil ? Le téléphone de mon père se mit à sonner et nous fit sursauter. Mon père décrocha. C’était l’hôpital. Il nous informait que la dépouille de mon grand-père était en route pour le funérarium. Mon père les remercia et raccrocha. Je le regardais soupirer. Il va falloir aller réveiller ta mère, me dit-il. Nous devons aller organiser la veillée funèbre. Je montais donc les escaliers et allais rejoindre ma mère dans sa chambre. Je passais d’abord par la chambre de mon Nonno. Quand je pénétrais dans la pièce, je vis avec consternation qu’un désordre sans nom régnait dans la pièce. Les vêtements de la penderie de mon grand-père étaient éparpillés à même le sol, ses livres personnels étaient tombés des étagères et même la couverture que ma mère lui avait tricotée pour les froides nuits d’hiver avait été projetée au-dessus d’un lampadaire. Cela me mit en colère. Mais le temps me manquait. Donc, je remis de l’ordre dans la pièce pour ne pas inquiéter ma mère et refermais doucement la porte.

J’étais sur le point de la rejoindre quand j’entendis des grattements dans la chambre. Je n’y fis pas attention et ouvris la porte. Elle dormait encore, sous l’effet des calmants qu’elle avait pris. Je la secouai doucement et elle ouvrit les yeux péniblement. Je lui annonçai le coup de fil de l’hôpital et elle me dit de descendre, qu’elle nous rejoindrait. Je lui proposai mon aide mais elle refusa d’un signe de tête. Je la laissai donc se préparer à son rythme et descendis retrouver mon père dans le salon. Il portait son costume le plus sombre et me tendit le mien. Je me rendis à la salle de douche pour me changer. Alors que je boutonnais ma chemise, mes yeux furent attirés par le miroir. J’avais cru voir un mouvement. Je m’approchai et crûs entendre des grattements venant de l’autre côté de la glace. Je me rapprochai encore, jusqu’à ce que mon nez frôle presque le miroir quand je vis quelque chose qui me glaça le sang. Le rideau de douche était éclairé par la lumière venant de la petite fenêtre de la salle de bain. Là où il n’y aurait dû avoir que le reflet du pommeau, se tenaient deux silhouettes immobiles. Mes cheveux se hérissèrent sur ma tête et ma gorge se serra. La panique envahit tout mon corps. Je me retournai lentement vers la cabine de douche. Les silhouettes étaient toujours là. J’avançai lentement la main vers le rideau, la sueur perlant sur mon front. Mon cœur battait à tout rompre. Je respirais fort. Ma main atteignit le rideau et je décidai de l’écarter d’un geste brusque. Je tremblais de peur, prêt à m’enfuir, mais la cabine était vide. J’essayai vainement de reprendre mes esprits en inspectant la petite cabine mais il n’y avait aucun recoin où quelqu’un ou quelque chose aurait pu se cacher. Je refermai donc le rideau et me tournai vers le reste de ma tenue. J’attrapai mon pantalon et ma veste et les enfilai rapidement. Mon cœur palpitait. Je pris ma cravate et me rapprochai prudemment du miroir pour faire mon nœud. J’avais presque terminé quand j’entendis des petits coups frappés derrière le miroir. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Non ! Pas encore ! Je restai figé et, sous mes yeux ébahis, je vis encore des mots s’inscrire sur la vitre. J’entendais ce bruit irritant que fait quelqu’un quand il passe ses doigts sur une vitre humide. Mais cette fois, le message était différent : « Per favore, liberaci ! » Je tremblais de terreur. Les mots s’effacèrent progressivement, comme la première fois, mais j’entendis encore ce genre de petits coups comme quand quelqu’un tape contre une vitre pour attirer votre attention. Je me ressaisis du mieux que je pus et attendis de voir si une autre manifestation allait se produire. Plusieurs minutes s’écoulèrent et je m’apprêtai à sortir de la pièce quand j’entendis prononcer mon nom. Je me figeai, la main sur la poignée. Me retournant doucement, ce que j’aperçus dans le miroir me fit l’effet d’une douche glacée pendant un jour de canicule. Derrière la vitre, le visage des jumeaux me regardait et semblait implorer mon aide. Mais le pire était cette espèce de chaîne qui semblait attachée à un anneau greffé sur leur poitrine. Je ne savais pas quoi faire, ni qu’en penser. Qu’était donc cette chaîne ? Était-ce une sorte de punition? Ou bien étaient-ils prisonniers ? Dans ce cas, par qui ? Ou par quoi ? Plongé dans mes pensées et le regard toujours fixé sur le miroir, je sursautai quand on frappa à la porte.

Mon père passa la tête et me demanda si j’étais prêt. Je me tournai vers le miroir mais les jumeaux avaient disparu. Je sortis sans rien dire. J’étais encore sous le choc de cette apparition. Ma mère était assise sur le canapé, vêtue d’une robe noire et d’un petit chapeau orné d’un voile noir. Je ne l’avais jamais vue porter ce genre de tenue et cela me fit un choc. Elle semblait avoir vieilli de vingt ans en quelques heures. Je m’approchai d’elle et pris ses mains dans les miennes. Elle me sourit faiblement et me dit que j’étais très beau dans mon costume. Je lui rendis son sourire et l’aidai à se lever. Elle était maigre et son visage était crispé. Nous quittâmes la maison et nous dirigeâmes vers la voiture. Nous rejoignîmes le funérarium. A notre arrivée, deux employés accueillaient déjà les gens qui affluaient. Cette pensée me réconforta. Mon grand-père avait été très aimé par sa communauté. De nouveau, mon cœur se serra à l’idée que je ne le reverrais plus jamais. Nous sortîmes de la voiture et allâmes rejoindre mon Nonno.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 4

 

La veillée dura trois jours. Les amis de mon grand-père défilèrent devant sa dépouille pour lui rendre hommage et lui dire adieu. Le troisième jour, je vis arriver un homme que je n’avais jamais rencontré de ma vie mais qui pourtant me semblait familier. Sans saluer personne, il se dirigea directement vers le cercueil. Il avait l’air dévasté et regardait mon Nonno avec une expression de profonde douleur. Je me rapprochai de mon père et lui demandai de qui il s’agissait. Mon père le regarda un instant et me répondit que c’était mon oncle Filipe. En l’observant de plus près, je reconnus le jeune homme qui se trouvait sur les photos de l’album de mon grand-père. Il avait vieilli et grossi mais c’était bien lui. Il dut sentir mon regard sur lui car il se retourna et me fixa avec insistance. Il se pencha sur son père et l’embrassa sur le front puis me rejoignit. Tu dois être Michaël, me dit-il en me tendant la main. Je la lui serrai et acquiesçai. Tu as bien grandi, me dit-il. Tu ressembles tellement à… Il laissa sa phrase en suspens et secoua la tête comme s’il voulait chasser une pensée. Sans rien ajouter, il se dirigea vers ma mère et la serra dans ses bras. Mon père vint me rejoindre et m’informa que c’était lui qui avait prévenu mon oncle de la mort de son père. Il l’avait retrouvé grâce aux réseaux sociaux et lui avait laissé un message avec l’adresse du funérarium et la date de l’enterrement. Il n’avait obtenu aucune réponse de sa part et fut donc surpris quand il l’avait vu arriver. Mon père me proposa d’aller boire quelque chose et alla rejoindre ma mère. Celle-ci était en pleine discussion avec son frère et semblait agacée. Je décidai de sortir prendre l’air. Quelques instants plus tard, je vis Mario, Massimo, Lukas et Pietro arriver devant l’établissement. Ils me virent et me rejoignirent. Salut Michaël, me dit Massimo. Je suis vraiment désolé pour ton Nonno. C’était un homme bon. Je le remerciai et nous restâmes ainsi quelques instants sans rien dire. Mes épaules se mirent à trembler et mon visage se crispa. Mario s’approcha et me serra contre lui. Je me laissai aller contre mon ami et me mis à pleurer à gros sanglots. La crise passée, je me redressai et m’excusai auprès des autres. Mario secoua la tête et me dit : T’excuse pas, mec. C’est normal. Si tu as besoin de quoi que ce soit, on est là. Ça sert à ça les amis. Je fus touché. On ne se connaissait que depuis quelques mois et ils me considéraient comme de la famille. C’est donc entouré de mes amis que je rejoignis mes parents. Ils allèrent se recueillir autour du cercueil, y restèrent un moment et vinrent me rejoindre devant le buffet. Voilà bien une tradition que je n’arrivais pas à comprendre. Comment pouvait-on manger dans un moment pareil ? Je restai donc avec mes amis pendant que mes parents serraient les mains des personnes venues rendre hommage à mon grand-père. La matinée passée, nous nous dirigeâmes vers l’église et c’est le cœur serré que j’écoutai chaque personne dire un mot pour mon Nonno. Je n’avais préparé aucun discours et je ne pus que balbutier un faible adieu, la gorge nouée par le chagrin. La cérémonie terminée, nous regagnâmes nos voitures et suivîmes le cortège jusqu’au petit cimetière de notre village. Le père Rosso entama son discours mais je ne l’écoutai qu’à moitié, ne pouvant détacher les yeux du cercueil. Quand ce fut terminé, je pris une poignée de terre dans ma main et, comme le veut la tradition, la jetai sur le cercueil. Les yeux remplis de larmes, je m’éloignai pour respirer un peu. Mes parents restèrent encore un moment puis remontèrent lentement l’allée jusqu’à leur voiture personnelle. Je m’étais installé sur un banc, un peu en retrait et laissai tomber mon regard sur les stèles posées devant moi. J’y déchiffrai les noms inscrits dessus et mon cœur se glaça. C’était les tombes de mes oncles décédés. Le souvenir de leurs visages suppliants me revint en mémoire.

Avant même que je ne réagisse, mon oncle Filipe se dirigea vers moi et me demanda d’aller rejoindre mes parents. Je me levai donc et montai dans la voiture sans rien dire. De la vitre de la voiture, je l’observai un moment. Il regardait les tombes de ses frères et son regard était sombre. Mon père démarra la voiture et je le perdis de vue. De retour à la maison, ma mère monta directement dans sa chambre et mon père s’affala dans le canapé. Il avait les traits tirés et semblait épuisé. Je m’installai à ses côtés. J’allais lui demander comment il allait quand soudain, des cris horribles se firent entendre à l’étage. Mon père et moi bondîmes dans les escaliers et pénétrâmes en trombe dans la chambre parentale. Ma mère était prostrée dans un coin de la chambre et montrait de la main le miroir de sa commode. Nous nous retournâmes et mon cœur se bloqua sous le coup de l’effroi. Une apparition innommable apparaissait derrière la glace. Comme coincé derrière la vitre, les mains posées à la surface, mon grand-père nous regardait d’un air horrifié. Ses yeux étaient écarquillés par la terreur. Sa bouche remuait mais aucun son n’en sortait. Je vis soudain une griffe apparaître derrière lui et mon pauvre Nonno fut entraîné dans les ténèbres. Ma mère se mit à hurler. Je me jetai sur le miroir en hurlant le nom de mon grand-père mais je ne vis plus rien, si ce n’était le reflet de la chambre derrière moi. Je me tournai vers mes parents, ne sachant que faire de plus. Ils avaient l’air aussi hallucinés et impuissants que moi. Nous attendîmes un moment mais rien d’autre ne se produisit. Mes parents descendirent au salon, ma mère tremblant de tous ses membres. Je les suivis et décidai de tout raconter à ma mère. Il était temps de la mettre au courant. Mais je décidai d’abord d’aller voir Mario pour savoir de quoi il voulait me parler. J’informai donc mon père et, sans lui laisser le temps de me répondre, me dirigeai vers le fond de la rue. Mario m’attendait dans le jardin, assis sur le banc. Il était seul. Il portait toujours son costume et fumait une cigarette. A mon approche, il s’apprêtait à la jeter mais se ravisa quand il vit que ce n’était que moi. J’allai m’installer à côté de lui. Il se retourna vers moi, vit ma mine effarée mais ne dit rien. Il se leva et me demanda de l’attendre. Il pénétra dans la maison et sortit quelques minutes plus tard, tenant dans ses mains une pochette. Il me la tendit sans rien dire. Je regardai à l’intérieur et vis qu’elle contenait des photographies et plusieurs carnets. Je regardai Mario et il m’expliqua qu’il avait trouvé toutes ces choses dans un tiroir dissimulé sous le bureau de son grand-père. Il commençait à rafraîchir et il dut remarquer que je n’allais vraiment pas bien car il me proposa d’aller dans sa chambre. Je le suivis en fourrant la pochette sous ma veste et le suivis à l’intérieur. La maison était vide. Ses parents et son frère étaient partis manger chez leurs cousins. Mario avait prétexté des devoirs à terminer dans l’espoir de me croiser. C’était une charmante demeure. Le séjour était lumineux et on y ressentait une impression de bien-être en y pénétrant. Je suivis Mario à l’étage et il m’ouvrit la porte de sa chambre. Je constatai avec humour que son père avait eu raison en me disant que son fils préférait les jeux vidéo. Sous un lit en mezzanine se trouvait tout l’attirail d’un joueur professionnel. Quatre écrans superposés deux par deux trônaient au-dessus de son bureau. Une barre son dominait en dessous. Son clavier émettait des lumières rouges, vertes et bleues. Sur le siège traînait un casque équipé d’un micro. Il avait une collection impressionnante de jeux sur ses étagères. Il dut voir mon expression car il sourit et haussa les épaules, l’air de dire « chacun son truc ». Deux poufs étaient disposés au milieu de la pièce. Je m’installai et regardai les posters qui garnissaient les murs. C’était surtout des affiches de jeux.

L’une d’entre elles représentait le célèbre Sonic, ce hérisson bleu qui courait à la vitesse de l’éclair. Mario s’installa dans l’autre pouf et je déposai la pochette sur la petite table basse qui se trouvait entre nous. Je sortis un à un les petits carnets qu’elle contenait et entrepris de regarder d’abord les photographies. Toutes représentaient la maison de mon grand-père. Elles portaient des dates qui correspondaient aux dates indiquées sur les différents carnets. J’entrepris de les ranger dans l’ordre, de la plus ancienne à la plus récente et ouvris le premier carnet. Mario me précisa qu’il ne les avait pas encore lus mais y avait reconnu l’écriture de son grand-père. La première page contenait les noms des locataires. Vittorio s’en était servi à la base pour noter le paiement des loyers suivis des dates de versements. En tournant les pages, je vis que suivant les dates de paiements, de petits commentaires y étaient griffonnés, indiquant des incidents inexpliqués vécus par les locataires. Il avait fait la liste des phénomènes que subissaient ces pauvres gens. Il y avait d’abord eu des plaintes pour des bruits de grattements qui avaient été interprétés par la possible présence de rongeurs. Ensuite, ces gens s’étaient plaints de portes qui claquaient seules, de bruits de pas sur les planchers des chambres, de mauvaises odeurs et d’objets qui se déplaçaient seuls. Bien sûr, tout n’arrivait pas en même temps, mais plutôt allant crescendo au fur et à mesure de l’occupation des lieux. A chaque fois, la famille avait fini par partir en laissant parfois toutes leurs affaires sur place. Une autre famille avait même signalé l’apparition de griffures sur les murs et des sons interprétés comme des grognements de bête sauvage. Les autres carnets étaient identiques. Nouveaux locataires, mêmes soucis. La maison n’était jamais habitée plus d’une année. Je passais les carnets à Mario au fur et à mesure que je les terminais et je vis qu’il avait l’air surpris par ces témoignages. Je regardai les photos une à une avec plus d’attention. Elles représentaient la maison après le départ de ses occupants. Sur plusieurs d’entre elles, on pouvait voir des murs couverts de griffures, des ombres semblant voyager devant les fenêtres et sur d’autres, on pouvait discerner une énorme ombre longiligne à la tête déformée et aux bras extrêmement allongés, finis par des griffes. Je regardai Mario, attendant une explication. Il regardait les photos et semblait terrifié. Il leva les yeux vers moi et me promit qu’il n’était pas au courant de ce qu’il se passait dans la maison. Il savait juste que son grand-père s’occupait d’encaisser les loyers qu’il envoyait sur le compte de mon grand-père et avait remarqué que les locataires ne restaient jamais longtemps mais il n’avait jamais eu d’explications sur la raison de leur départ. Il avait mis cela sur le compte de l’état de délabrement de la maison. Je le crus immédiatement. Il était tellement secoué par ce qu’il venait de découvrir que je ne doutais pas un seul instant de son honnêteté. Il me demanda ce que j’allais faire de tout cela. Je lui répondis qu’il était temps d’avoir une sérieuse conversation avec son grand-père. Il se prit la tête dans les mains et soupira. Puis, il se leva et m’invita à descendre au salon. Là, nous attendîmes le retour de sa famille.

A leur arrivée, Mario demanda à son père de nous rejoindre dans sa chambre. Salvatore nous suivit donc et Mario lui montra les carnets et les photographies et je lui racontai les événements depuis le début de notre arrivée dans la maison. Son visage passa par toutes les couleurs et à la fin, il était livide. Je lui demandai s’il était au courant des manifestations. Il me répondit qu’il avait remarqué certaines étrangetés du temps où lui et son frère rendaient visite aux jumeaux et à Filipe mais que depuis leur mort, il n’avait plus jamais mis les pieds dans la maison. Pas depuis qu’il nous avait aidé à emménager. Je lui rappelai son air inquiet à la vue du placard. Il me dit qu’il était désolé de ne pas m’avoir raconté pour Julio mais qu’il pensait que j’étais déjà au courant. Je lui révélai que je ne savais rien, ainsi que ma mère. Salvatore parut abasourdi par la nouvelle. Jamais il n’aurait cru que la famille avait tenu Sylvia à l’écart de la tragédie familiale. Il pensait que ma mère connaissait la vérité sur les circonstances de leur mort et surtout sur les événements étranges qui se passaient sous notre toit. Quand il vit que j’étais sérieux, il décida de se rendre chez son père pour lui demander des explications. Nous le suivîmes et le rattrapâmes au moment où Herminia lui ouvrait la porte. Salvatore demanda à sa mère où se trouvait son père. Elle lui dit qu’il se reposait et qu’elle allait le chercher. Elle nous invita à nous installer dans le salon et nous l’attendîmes. Vittorio nous rejoignit et me regarda en premier. Il me dit qu’il était désolé pour mon grand-père et que j’étais toujours le bienvenu chez lui. Je le remerciai, les yeux baissés. Il se tourna vers son fils et lui demanda la raison de cette visite si tardive. Salvatore ne répondit pas et jeta la pochette comportant les photos et les carnets sur la table. Son père la regarda avec étonnement et la saisit mais dès qu’il l’ouvrit et vit ce qu’elle contenait, son visage blêmit et il se mit à crier : Où as-tu trouvé ça ? Pourquoi as-tu été fouiller dans mon bureau ? Qui t’a dit de te mêler de ça ? Salvatore ne s’attendait pas à ce genre de réaction et lui aussi se mit à crier : Tu savais ! Tu savais ce qu’il se passait dans cette maison ! Pourquoi ne nous as-tu rien dit ? Pourquoi n’as-tu pas prévenu Antonio que les phénomènes continuaient ? Tu lui as fait croire pendant des années que plus rien ne se passait. Alors que tu étais au courant que les locataires partaient effrayés par ce qui se cache dans cette maison ! Explique-toi car maintenant, c’est Sylvia et sa famille qui sont en danger ! La chose qui hante les lieux s’en prend à Michaël ! Et elle ne va pas s’arrêter là, tu le sais ! Alors parle ! Vittorio nous regarda tour à tour et je vis ses épaules se voûter. Il s’installa dans son fauteuil et commença son récit.

 

Le récit de Vittorio

Le jour où Vittorio avait annoncé à Antonio la mort de son fils Julio avait été le plus affreux de sa vie. Il avait vu Salvatore accourir vers lui et son visage était annonciateur de mauvaises nouvelles. Antonio et lui étaient amis depuis plusieurs années et avaient partagé les bons comme les mauvais moments. Mais cette fois, il avait peur de la réaction de son ami. Il avait écouté Salvatore lui raconter les événements et avait préféré l’annoncer lui-même à Antonio. Il n’avait pas parlé de la crise d’hystérie de Julio que lui avait décrite son fils et s’était contenté de lui annoncer que Roberto avait retrouvé son frère pendu dans sa chambre. Antonio avait mal encaissé le coup. Il s’était effondré et Vittorio crut qu’il avait fait une crise cardiaque. Cependant, quelques minutes plus tard, il s’était relevé et s’était dirigé d’un pas décidé vers sa maison. Vittorio l’avait suivi, accompagné de son fils et avait profité du trajet pour demander à Salvatore plus de précisions. Salvatore lui avait alors raconté la venue de Roberto chez eux pour leur demander de l’aide. Il délirait sur une histoire de démon qui incitait son frère au meurtre et avait peur que Julio ne mette fin à ses jours dans le but de les protéger. Antonio lui avait bien confié que depuis que Julio était revenu de l’hôpital, il avait du mal à reconnaître le fils qu’il avait toujours connu. Le gamin avait un comportement étrange et avait commencé à négliger sa toilette pour ensuite refuser de se nourrir. Quand son ami lui en avait parlé, Vittorio avait suggéré de le faire interner mais Antonio avait refusé. Il pensait qu’éloigner de nouveau son fils de la maison lui ferait plus de tort que de bien. Il pensait que, entouré par sa famille, Julio finirait par guérir. Vittorio en doutait mais il avait gardé son opinion pour lui. Après tout, Antonio était son père et il était le mieux placé pour savoir ce qui était bénéfique pour son fils. Salvatore et Sylvio rendaient parfois visite aux jumeaux et lui avaient rapporté certains faits étranges mais Vittorio n’y avait pas accordé trop d’importance. Après un traumatisme aussi sévère que celui que Julio avait subi, il était prévisible que le gamin ne soit plus pareil. Il avait déjà été chanceux d’avoir survécu. Du moins, c’est ce que pensait Vittorio à l’époque. Quand ils arrivèrent devant la maison d’Antonio, la police était déjà là et le corps avait été installé dans un sac mortuaire. Antonio avait voulu s’approcher mais un policier l’en avait dissuadé. Vittorio, aidé de Salvatore, avait retenu Antonio qui s’était mis à hurler avant de s’effondrer de chagrin. Ils l’avaient accompagné auprès de Giulia qui n’était pas en grande forme non plus. Apparemment, elle souffrait de crise de somnambulisme et paraissait parfois dans un autre monde. Elle perdait souvent connaissance sans explication médicale et avait commencé à divaguer depuis un bon moment. Antonio s’était approché de Roberto pour savoir comment cette horrible chose avait pu arriver mais son fils n’avait pas répondu. Il était resté prostré sur lui-même, les bras pendants entre les jambes et semblait être dans un autre monde. Après que la police ait embarqué le corps, Vittorio était resté avec son ami. Antonio n’arrivait pas à accepter la mort de son fils. Il se maudissait pour les mauvaises décisions qu’il avait prises. Il aurait dû faire interner son fils comme le lui avait conseillé Vittorio. Alors, peut-être Julio serait-il encore en vie. Après les funérailles, la famille essaya de reprendre le cours de leur vie. Vittorio leur rendait souvent visite pour s’assurer que son ami ne fasse pas de bêtise, et pour soutenir les deux garçons qui vivaient encore là. Filipe accusait le coup. Il était solide et avait repris le travail dès le lendemain des funérailles. Roberto, par contre, n’allait vraiment pas bien. Vittorio était arrivé un matin et il avait surpris une dispute entre Antonio et son fils.

Roberto essayait de convaincre son père que Julio était toujours dans la maison et qu’il pouvait le voir et l’entendre. Le pauvre garçon avait complètement perdu la raison, se dit Vittorio. Quand Roberto arrêta de s’alimenter, Vittorio conseilla à Antonio de faire interner le gamin avant qu’un autre malheur n’arrive. Cependant, cela n’avait pas suffi car, après seulement quelques mois d’internement, Roberto avait fini par succomber. Le jour où Antonio avait reçu l’appel de l’hôpital psychiatrique où son fils était interné, Vittorio était présent. Le téléphone avait sonné et il avait vu son ami perdre le peu de couleur qu’il avait encore sur le visage. Il avait raccroché sans rien dire, s’était assis à la table et s’était mis à pleurer hystériquement. Vittorio avait alors compris. Il avait accompagné son ami pour récupérer le corps de Roberto. Après ces secondes funérailles, Antonio avait commencé à présenter des signes de démence. Il avait raconté à son ami qu’il avait l’impression que quelque chose se trouvait dans la chambre des jumeaux. Il prétendait qu’il entendait des grattements et des bruits de pas dans la chambre de ses fils. Vittorio fit de son mieux pour le soutenir. Il ne savait pas quoi lui répondre, sinon que tout ce qu’il pensait entendre n’était que la manifestation de son chagrin. Antonio avait acquiescé. Ça devait forcément être ça. La vie avait été injuste avec sa famille. Ses jumeaux avaient eu une fin atroce. Ce genre d’événement aurait rendu fou n’importe quel homme. La vie semblait doucement reprendre son cours quand Antonio subit de nouveau une terrible perte. Sa pauvre Giulia s’était fait renverser par un ivrogne. Là encore, Vittorio était resté près de son ami. Il commençait à avoir peur que celui-ci ne se relève jamais de ces épreuves successives. A croire que cette famille était maudite. Il avait encore aidé son ami pour l’organisation des obsèques et sa femme Herminia lui préparait ses repas et ceux de Filipe. Mais comme l’avait prévu Vittorio, la santé d’Antonio se mit à se dégrader. Filipe avait fini par quitter le domicile, ne supportant plus de vivre dans la maison qui avait vu mourir les siens et Antonio s’était retrouvé seul. Il finit par tomber malade. Il fut hospitalisé pendant quelques mois et quand il revint chez lui, Vittorio lui rendit visite pratiquement tous les jours. C’est à ce moment-là qu’Antonio lui montra la photographie que l’hôpital psychiatrique lui avait remise avec les affaires personnelles de Roberto. Vittorio observa la photo et dut admettre ce qu’il y voyait. Il ne faisait aucun doute que la personne à côté de Roberto n’était autre que son frère Julio. Le gamin disait la vérité. Mais comment cela était-il possible ? Vittorio était catholique, tout comme Antonio. Il ne croyait pas aux histoires de fantômes et aux esprits malfaisants. Mais devant cette photographie, il commença à douter de ses convictions. Comme Antonio continuait à se plaindre des bruits et des grattements qu’il entendait dans sa maison, Vittorio lui avait alors proposé de prendre quelques photos dans l’espoir de pouvoir découvrir l’origine de ces manifestations. Au début, les essais n’étaient pas trop convaincants. L’appareil était vieux et les photos étaient un peu floues. Mais au fur et à mesure que les mois passèrent, Antonio et lui commencèrent à remarquer des ombres derrière son ami. Ils avaient continué et plus ils prenaient de photos, plus ces ombres devenaient nettes. Le jour où la dernière photographie fut prise, Antonio et Vittorio étaient descendus dans la cuisine, le temps que le révélateur fasse son effet. Ce qu’ils virent sur l’image les terrifia. On y voyait distinctement le visage des jumeaux, mais le plus terrifiant était cette entité qui se trouvait juste derrière les frères. Cette chose n’était pas humaine et Vittorio prit peur pour son ami. Il avait alors décidé de contacter Sylvia et l’informa de la santé médiocre de son père. Il fut décidé qu’Antonio irait vivre chez sa fille et que Vittorio s’occuperait de la mise en location de la demeure. Il n’avait évidemment pas parlé des phénomènes à Sylvia. L’aurait-il fait qu’elle l’aurait pris pour un vieux fou. Au fil des ans, il avait donc accueilli de nombreuses familles. Il avait pris la précaution de faire bénir la maison et pensait que tout s’arrêterait. Mais le mal qui sévissait dans cette maison ne s’était pas avoué vaincu. Les phénomènes continuèrent et ne permettaient pas aux locataires d’y rester bien longtemps. Il avait donc commencé à recueillir les témoignages de chaque locataire et avait tenu une sorte de journal de bord sur les phénomènes qui se manifestaient dans la maison. Il s’était rendu plusieurs fois à l’intérieur pour prendre des photos des phénomènes que le locataire lui avait signalés et avait consigné tout ceci dans les carnets. Plus les années avançaient et plus les phénomènes prenaient en proportions. Malgré tout, Vittorio continuait à s’occuper de la maison de son ami. Il ne lui parlait jamais des phénomènes qui continuaient de se manifester dans la maison. Il s’était dit qu’il n’aurait servi à rien d’ajouter toutes ces diableries dans l’esprit déjà assez tourmenté de son ami de toujours. Il se contentait donc d’envoyer les loyers et était heureux de constater qu’Antonio avait retrouvé un peu de joie de vivre auprès de sa fille et son petit-fils. Quand Antonio était revenu, accompagné de sa famille, Vittorio avait été d’abord surpris, puis inquiet. Il n’avait pas pu dormir la nuit avant celle où il était venu accueillir mon grand-père dans son jardin. De plus, il se sentait coupable de lui avoir caché la vérité pendant si longtemps. C’est pourquoi quand Antonio était venu le trouver pour lui raconter ce que Michaël lui avait annoncé à propos des phénomènes dans la chambre des jumeaux, Vittorio n’avait plus eu le choix et lui avait avoué la vérité. Ils étaient partis ensemble chercher de l’aide auprès du Père Rosso mais n’avaient pas obtenu l’aide qu’ils recherchaient. Le père les avait écoutés et sûrement pris pour deux vieux séniles qui avaient peur de leur ombre car il leur assura que les fantômes n’existaient pas dans la Sainte Bible et que les deux hommes devaient se montrer forts et faire confiance à leur foi. Pour lui, les phénomènes cesseraient dès que les deux hommes les ignoreraient. Il avait néanmoins donné un crucifix qu’il avait béni ultérieurement à Antonio et lui avait conseillé de le clouer dans la chambre des jumeaux. Mais ça n’avait pas suffi, apparemment. Antonio avait fini par y passer aussi et Vittorio était désemparé. Il ne savait pas où trouver l’aide dont nous avions, ma famille et moi, tant besoin. A la fin de son récit, il paraissait encore plus malheureux.

Après le récit de Vittorio, nous restâmes un long moment silencieux, chacun de nous essayant tant bien que mal d’assimiler toutes ces informations. Je ne savais pas comment réagir devant ces aveux. J’étais partagé entre la pitié, la colère et l’incompréhension. Salvatore et Mario paraissaient partager le même état d’esprit. Vittorio demeura silencieux. Herminia, qui avait écouté son mari sans l’interrompre prit alors la parole. Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? J’aurais pu essayer de vous aider ! Vittorio se tourna vers elle, l’air malheureux. Je voulais vous protéger, ma chérie. Je ne savais pas comment m’y prendre pour résoudre ce mystère. De plus, j’avais peur d’attirer cette chose dans notre maison. Le Père Rosso lui-même n’a pas cru à mon histoire. Alors, à qui nous adresser ? Qui pourrait nous venir en aide ? Salvatore restait silencieux. Il semblait avoir du mal à accepter le fait que son père avait gardé tous ces secrets pour lui aussi longtemps sans même les mettre en garde. Mario proposa alors une idée.

-Je sais que ça va vous paraître bizarre, nous dit-il, et que notre religion n’est pas censée croire à ces choses-là mais il est clair qu’un démon a pris possession des lieux et qu’il continuera à s’acharner sur la famille de Michaël. De nos jours, il existe des associations de chasseurs de fantômes et des gens qui ont des capacités pour purifier et libérer les maisons d’entités malfaisantes. Je pense que nous devrions chercher de ce côté-là. Si l’église traditionnelle ne veut rien faire pour nous, nous n’avons pas d’autre choix.

Salvatore semblait réfléchir à cette option.

-C’est vrai que les temps ont changé, dit-il. Les vieilles traditions ne sont plus satisfaisantes. Il faut trouver quelqu’un qui puisse vous aider. Son air confiant me redonna un peu d’espoir.

Puis, il se leva et me proposa de me raccompagner chez moi. Je pris donc congé de Vittorio et Herminia et promis à Mario de nous retrouver le lendemain à l’école. Il était tard et mes parents devaient commencer à s’inquiéter. Sur le chemin du retour, Salvatore me promit de nous aider à trouver une solution. Il m’avoua qu’il se sentait redevable envers ma famille depuis le terrible accident de Julio et qu’il ne serait pas en paix tant que les choses ne seraient pas revenues à la normale. Je le remerciai et le quittai donc devant la porte de mon domicile. La main sur la poignée, je le regardai regagner sa maison et une pointe de jalousie m’envahit soudain. Il retournait dans son foyer sécurisant, où tout allait bien, ou rien d’anormal ne se passait. Cette sensation d’envie disparut aussi vite qu’elle m’était venue. C’était injuste de penser ainsi. Salvatore n’était pas responsable de nos malheurs. Et, à y réfléchir, Vittorio non plus. Il avait essayé d’aider mon grand-père. Malgré la peur de ce qu’il avait découvert au fur et à mesure de son enquête dans la maison, il avait néanmoins rassemblé le plus de preuves possibles et j’espérais que tout cela suffirait à convaincre quelqu’un de nous aider. Je rentrai donc chez moi et retrouvai mes parents dans le salon.

Mon père ne me posa pas de question. Ma mère semblait abattue. Je regardais mon père et il m’informa qu’il avait mis ma mère au courant de tout. Elle semblait assommée et me demanda si j’avais pu en apprendre plus. Je lui racontais le récit de Vittorio. Mes parents m’écoutèrent avec attention. Je leur parlais de la suggestion de Mario et mes parents trouvèrent que l’idée n’était pas stupide. Mon père avait un pc portable. Il le mit sur la table de la salle à manger et commença à chercher des associations familiarisées avec ce genre de phénomènes. Pendant qu’il cherchait, ma mère me conseilla d’aller me coucher pour ne pas être trop fatigué à l’école. Je l’embrassais et allais m’installer sur le matelas gonflable, laissant les canapés à mes parents. Ce soir-là, je m’endormis, la tête pleine d’images affreuses et fis de nombreux cauchemars. Il ne se passa rien de spécial mais l’atmosphère de la maison semblait s’alourdir d’heure en heure, comme annonciatrice d’un désastre à venir. Le matin, je me réveillai péniblement. J’allai à la salle de douche et me lavai en espérant que cela me réveillerait. Je regardais le miroir. C’était devenu une espèce de rituel. Mais rien n’y était inscrit. Je m’habillai donc et, voyant que mes parents dormaient encore, déjeunai en silence et lançai le percolateur pour préparer le café. Je laissais un mot sur le comptoir de la cuisine et quittai la maison. Mario et la bande m’attendaient à l’arrêt de bus. Quand j’arrivai à leur hauteur, je vis leurs expressions sombres et je sus que Mario en avait parlé à son frère et ses cousins. Après m’avoir raccompagné, son père avait appelé Sylvio et lui avait raconté la situation que ma famille subissait. Ils s’étaient mis d’accord pour nous aider. Je fus soulagé d’apprendre que les autres me croyaient. J’avais peur qu’ils ne me prennent pour un illuminé. Mais ce fut tout le contraire. Ils m’entourèrent de leurs bras protecteurs et me jurèrent de m’aider. La journée à l’école fut un peu pénible. Avec tous ces événements, j’avais complètement oublié de faire mes devoirs et je reçus un avertissement de mes professeurs. Le midi, je ne mangeai presque rien malgré l’insistance de Mario.

-Faut que tu prennes des forces, mec ! me dit-il.

Mais je n’avais pas faim. J’étais épuisé et terrifié depuis trop longtemps. A la fin de la journée, mes amis me raccompagnèrent jusqu’à ma porte d’entrée. Massimo et Lucas regardaient par les fenêtres mais rien ne se manifestait. Je les saluai et rentrai chez moi. Mes parents étaient dans la cuisine. Mon père était au téléphone. Je regardais ma mère et elle m’expliqua qu’il avait trouvé une association du nom de Paranormal Investigations et qu’il avait décidé de les appeler. Après tout, on n’avait plus rien à perdre. Je laissai tomber mon sac au sol et me dirigeai vers le salon. Quand mon père raccrocha, ma mère et moi lui demandâmes ce qu’on lui avait dit. Il nous informa qu’une équipe d’enquêteurs allait venir ce soir. Ils s’installeraient pendant quelques jours pour mener leur enquête et trouver une solution si c’était possible. Ma mère parut soulagée. Elle retourna à la préparation du repas et je me mis à mes devoirs. Mon GSM vibra et je vis que Mario me demandait des nouvelles. Je l’informai de la venue de l’équipe d’investigation et il me répondit que c’était un bon début. Il m’envoya les réponses pour le devoir de math du lendemain et je le remerciai. J’avais somnolé tout le long du cours et n’avais rien compris aux exercices donnés. Mes devoirs terminés, je rangeai le tout dans mon sac et attendis avec mes parents l’arrivée de l’équipe. Une heure plus tard, une camionnette sombre se gara devant la maison. Mon père ouvrit la porte et se retrouva devant quatre hommes portant de nombreuses valises métalliques. Ils entrèrent et se présentèrent chacun à leur tour. Le plus grand s’appelait Marc Dumont. Il nous expliqua qu’il étudiait depuis longtemps les phénomènes paranormaux et qu’il possédait tout un équipement pour pouvoir recueillir des preuves. Il présenta ses partenaires. Il y avait un homme de petite taille, très mince avec de petites lunettes sur le nez. On aurait dit un adolescent. Il se présenta. Jimmy Doret. Il nous annonça qu’il était une sorte de médium. Il pouvait ressentir les énergies d’une maison et pouvait parfois voir des événements du passé. Les deux autres hommes, Antoine et Philippe, étaient des techniciens qui s’occupaient d’installer les caméras et autres gadgets utiles dans leur enquête. Mon père les invita à nous rejoindre dans le salon. Ma mère leur proposa du café et ils acceptèrent. Pendant que ma mère préparait le café, je remarquai que Jimmy ne me quittait pas des yeux. Son regard était si perçant que j’avais l’impression qu’il lisait dans mes pensées. Il me mettait mal à l’aise. Je décidai de l’ignorer et m’installai près de mon père. Tous installés autour de la table, Marc commença à questionner mon père sur la raison de notre appel. Mon père commença par lui parler des bruits de grattements, des portes qui claquaient toutes seules et des ombres qui voyageaient dans la maison. Il lui parla des tragédies familiales et lui fournit ensuite les documents découverts par Mario, ainsi que les photos de l’album de mon grand-père et le résumé de mes expériences dans ma chambre. Marc prenait des notes et se tourna vers moi pour que je lui donne le plus de détails possibles. Cela dura un peu plus d’une heure. Ensuite, Marc demanda à Jimmy de faire le tour de la maison et de lui donner ses impressions. Jimmy se leva et contre toute attente, me demanda de l’accompagner pour que je lui indique les endroits qui, selon moi, étaient les plus actifs. Je regardai mon père, effrayé, mais celui-ci ne s’y opposa pas. Il vit mon malaise et proposa de nous accompagner mais Jimmy lui répondit qu’il devrait plutôt rester avec Marc pour l’aider à analyser les carnets de Vittorio et lui faciliter le travail. Mon père me regarda et je haussai les épaules. Il fallait bien commencer par quelque chose. Je me dirigeai donc vers l’étage et quand nous arrivâmes sur le palier, Jimmy me posa une question qui me hérissa les cheveux.

-Qui sont ces jumeaux qui te suivent partout ? me demanda-t’il. Tu les connais ? Je regardai autour de moi mais je ne vis rien. Jimmy avait son GSM sur lui et me demanda de rester immobile.

Quand il prit la photo, il l’observa un instant et me la montra. Les jumeaux étaient à mes côtés. Ils avaient l’air effrayés et semblaient essayer de communiquer avec moi. Cependant, je ne les entendis pas. D’ailleurs, depuis le dernier message sur le miroir, je ne les avais plus revus. Jimmy sortit un petit enregistreur vocal et commença à poser des questions.

-Qui êtes-vous ? demanda-t’il. Pas de réponse. Que voulez-vous à Michaël ? Pourquoi êtes-vous ici ? Que puis-je faire pour vous aider ?

Nous attendîmes quelques secondes mais il n’y eut aucune réponse. Il me désigna la chambre de mes parents et je lui ouvris la porte. Il fit le tour de la pièce et s’arrêta devant le miroir de la commode de ma mère. Il l’observa intensément pendant quelques minutes, puis continua à inspecter la pièce. L’air dans la chambre était glacial. Je n’osais prononcer un mot. Jimmy avait une drôle d’expression mais ne dit rien. Il sortit de la pièce et inspecta la chambre suivante, celle de mon grand-père. Je n’y étais pas entré depuis l’enterrement. Quand j’ouvris la porte, une odeur de chair en décomposition m’assaillit. L’odeur était pestilentielle et faisait pleurer les yeux. J’avais presque le goût dans la bouche. Je me tournais vers Jimmy qui avait mis sa main devant sa bouche et son nez. Lui aussi sentait cette puanteur mais pénétra quand même dans la pièce. Des mouches volaient dans tous les sens. Il en fit le tour, s’arrêtant près du lit de mon grand-père, regardant les murs, le plafond. L’odeur semblait devenir encore plus intense et Jimmy finit par sortir sans rien demander. Nous reprîmes notre souffle quelques instants puis, je le guidais vers ma chambre. J’avais déjà monté l’échelle quand je remarquais que Jimmy ne m’avait pas suivi. Il semblait regarder quelque chose au bas de l’échelle et son regard était écarquillé. Il ne disait rien mais semblait figé. Je l’appelais et il finit par me regarder. Il regarda de nouveau sous l’échelle et ne vit plus rien car il se décida à monter. Quand il arriva dans ma chambre, son regard se tourna directement vers le placard. Il s’approcha doucement de la porte et y posa les mains quelques secondes. Il resta immobile, sans rien dire, l’air en transe. Cela dura un moment puis il s’éloigna et regarda autour de lui. Il avait l’air inquiet et me demanda si c’était ici que tout avait commencé. Je lui confirmais l’information et il hocha la tête en ajoutant :

-La source est ici, dans ce fichu placard.

Voyant mon regard, il me demanda de redescendre et nous rejoignîmes les autres dans le salon. Jimmy attendit que Marc téléchargeât toutes les photos que mon père lui avait fournies. Il pensait qu’avec son logiciel, nous pourrions donner plus de netteté aux photos et pouvoir discerner ce qu’elles représentaient exactement. Je pensais intérieurement qu’il voulait s’assurer que ce n’était pas des montages mais ne dit rien.

Jimmy s’était assis à côté de lui mais ne disait rien. Il avait l’air malade, comme s’il avait envie de vomir. Quand Marc se retourna vers lui, il vit l’état d’effroi de son ami et lui demanda ce qu’il se passait. Mes parents et moi-même l’écoutèrent attentivement. Je ne me souviens pas de toute la conversation mais je vais essayer de vous la retranscrire du mieux que je peux. Jimmy nous raconta qu’avant même d’entrer dans la maison, il avait ressenti un malaise, comme s’ils étaient attendus et défiés par quelque chose. Quand mon père lui avait ouvert la porte, il avait éprouvé à nouveau un malaise, comme si l’atmosphère de la maison l’étouffait. Il avait suivi le groupe au salon mais avait eu l’impression d’être suivi et observé. Quand il m’aperçut, il découvrit que deux entités étaient attachées à moi. Elles n’avaient pas l’air malveillant mais elles n’étaient pas non plus apaisées. Quand il m’avait proposé de l’accompagner, il voulait voir si les deux entités me suivaient mais elles s’arrêtèrent au palier du premier étage. Il sentait qu’une autre présence se trouvait dans la maison mais il ne pouvait pas la voir. Quand je montai dans ma chambre, il voulut me suivre mais il resta figé sur place comme si quelque chose l’en empêchait. Il vit des jumeaux d’une vingtaine d’années qui semblaient l’avertir du danger du grenier. Ils criaient et agitaient les bras mais Jimmy n’arrivait pas à comprendre ce qu’ils voulaient lui dire. Ils avaient alors soudain disparu. Jimmy monta donc me rejoindre et sentit immédiatement une énergie négative émaner du placard de ma chambre. Quand il posa les mains sur la porte, une vision d’horreur s’imposa dans son esprit. Une chose qui n’était pas humaine lui apparut. Quand il la décrivit, je reconnus l’entité qui m’avait tant effrayé. Toute l’équipe l’écouta et d’après les descriptions qu’il donna, ma mère identifia ses frères Julio et Roberto. Elle lui demanda s’il avait vu son père mais Jimmy fit non de la tête. Ma mère fut attristée par cette nouvelle. Marc nous expliqua brièvement ce qu’ils allaient faire pendant ces quelques jours. Les techniciens allaient installer des caméras dans toutes les pièces de la maison. Ils y installeraient aussi des capteurs de mouvements qui détecteraient le moindre changement de température ou de pression dans la maison. Ils avaient besoin d’images pour identifier la cause des phénomènes. Mon père lui dit que nous ne dormions plus dans nos chambres et qu’ils pouvaient les utiliser. Marc le remercia et les quatre hommes se mirent au travail. Je regardai ces hommes placer leurs équipements et je me demandai si c’était une bonne idée. Je craignais les conséquences. Cette créature, je ne l’avais vue qu’une seule fois et ça m’avait suffi pour comprendre qu’elle ne serait certainement pas contente d’être espionnée ainsi. Mais que pouvait-on faire d’autre ? Quand tout fut installé, l’équipe nous souhaita bonne nuit et chacun alla s’installer à l’étage, Marc et Jimmy dans la chambre de mes parents, Antoine et Philippe dans le grenier. Mes parents allèrent également s’allonger et je les suivis, priant silencieusement pour que tout se passe bien.

 

 

 

 

 

 

Chapitre 5

Pendant les deux premiers jours de leur occupation, l’équipe ne récolta pas beaucoup de preuves. Quand je me levai le matin, je vis que Marc était déjà debout et regardait les images des caméras de surveillance. Il les passait au ralenti, espérant tomber sur une manifestation quelconque. Antoine et Philippe, qui avaient dormi dans le grenier, n’avaient rien à signaler non plus. Seul Jimmy semblait avoir passé une mauvaise nuit. Il s’était senti épié toute la nuit et n’avait pas fermé l’œil. Il s’était installé à la table de la cuisine et me remercia quand je lui proposais une tasse de café bien chaud. Je lui demandai s’il avait vu quelque chose mais il me répondit qu’il ne voyait pas toujours avec ses yeux mais qu’il ressentait les présences autour de lui. Elles ne l’avaient pas tourmenté mais elles l’avaient complètement vidé. Il se sentait vidé de son énergie vitale. Il me demanda également si la nuit s’était bien passée et je lui confirmais que oui. Sur ce, je partis pour l’école. Nous étions vendredi et je pourrais m’investir dans les recherches pendant le week-end. Ma bande de potes était déjà là. Ils me demandèrent comment ça se passait. Je leur rapportai que pour l’instant, l’entité ne s’était pas manifestée. Mario ne fut pas trop surpris. Il m’apprit qu’en rentrant chez lui hier soir, il avait fait quelques recherches sur son ordinateur et avait constaté que les entités se cachaient parfois quand des inconnus entraient dans les lieux. Soit pour faire passer les occupants pour des menteurs ou des fous, soit pour voir à qui ils ont affaire. Ce résonnement me parut logique. Il fallait attendre un peu. Nous arrivâmes en classe et nous installâmes sur nos chaises. Je sortis mes affaires et rendis mon devoir de mathématiques à mon professeur. Celui-ci le prit dans ses mains, y jeta un coup d’œil et se tourna vers moi, un peu énervé. Si vous vouliez des explications, Monsieur Blanchart, me dit-il, il suffisait de les demander. Je n’aime pas trop ce genre de blague. Et il me rendit ma copie. Je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire ! Je craignais que les réponses envoyées par Mario soient fausses mais quand je regardai ma feuille, je vis qu’au lieu des calculs que j’y avais mis la veille, une même phrase répétait à tous les exercices : « Aiutaci ». J’étais abasourdi. Je n’avais pas remarqué ce changement avant. Je ne dis rien mais montrai ma copie à Mario qui était installé à côté de moi. Mario la regarda et haussa les épaules en signe d’incompréhension. Je rangeai ma copie dans mon cartable et le cours reprit. Sur le temps de midi, je vérifiai les messages sur mon GSM et vis que Mario m’avait bien envoyé les réponses. Cet incident me perturba toute la journée. De retour à la maison, je montrai ma feuille à mes parents en leur expliquant que je ne me rappelais pas avoir écrit ces mots. Jimmy s’approcha et regarda ma copie.

-Tu parles italien ? me demanda-t’il.

Ma mère lui confirma que non. Elle n’avait jamais pris la peine de me l’enseigner. Mais elle le parlait couramment. Jimmy lui en demanda la signification et elle lui répondit que c’était un appel à l’aide. Marc, occupé à corriger l’angle d’une caméra, nous avait entendus et me demanda lui aussi de me montrer ma feuille. Il la regarda un instant et me la rendit. Il regarda les images vidéo du salon de la nuit précédente mais je lui dis que c’était inutile. J’avais fait ma copie avant leur arrivée. Il revint vers nous et nous proposa d’écouter l’enregistrement que Jimmy avait fait lors de l’inspection des chambres. Nous nous installâmes autour de la table et Marc mit l’appareil en route. La voix de Jimmy s’éleva et j’entendis les questions qu’il avait posées la veille mais je n’entendis pas de réponse.

Devant nos regards interrogateurs, Marc rembobina et augmenta le son de l’appareil, en réglant le filtrage de parasite avec son ordinateur. Quand la voix de Jimmy retentit, ce qui suivit nous glaça le sang. Deux voix presque superposées l’une sur l’autre retentirent. Elles semblaient lointaines mais étaient néanmoins audibles.

-Nous sommes les jumeaux Julio et Roberto. Michaël, aide-nous ! Il nous retient ! Il ne veut pas qu’on parte ! Et il te veut aussi ! Fuis !! Sauve-nous !

Puis, on entendit leurs hurlements, suivis d’un grondement inhumain et ce fut tout. Je sentis mon sang se glacer et mes poils se hérisser. Ma mère resta sous le choc. La voix de ses frères l’avait bouleversée.

-Vingt ans, murmura-t-elle. Vingt ans qu’ils sont prisonniers ici avec cette chose ! C’est horrible !

Elle se blottit dans les bras de mon père. Marc remit l’enregistreur dans son étui. Il demanda à ma mère si des manifestations s’étaient déjà produites avant l’accident de Julio. Elle lui répondit que non, que tout avait commencé après le retour de Julio chez eux d’après les témoignages que nous avions obtenus. Marc réfléchit quelques minutes. Il demanda à mon père dans quel établissement Julio avait été hospitalisé et mon père lui indiqua le numéro de téléphone. Marc prit son GSM et appela le service des archives de l’hôpital. Son appel fut transféré et un homme lui répondit. Marc lui demanda s’il était possible de consulter le rapport médical d’un certain Julio Giorno, en précisant bien que cette personne était décédée depuis plus de vingt ans. L’homme lui dit que seuls les proches pouvaient demander ce genre de document. Marc passa donc le téléphone à ma mère et celle-ci se présenta en tant que la sœur du défunt. Elle l’écouta parler un moment et raccrocha.

-Nous pouvons aller chercher ces documents dans une heure, dit-elle à Marc. Mais à quoi vous servent ces documents ?

Marc la regarda et lui dit :

-Je ne sais pas encore mais j’ai peut-être une vague idée sur comment tout ceci a commencé.

Mais avant de dire quoi que ce soit, je dois voir son dossier médical. Pendant ce temps, les informaticiens s’affairaient à régler les caméras et sortaient d’autres appareils étranges de leurs sacs. Antoine sortit une lampe de poche. Quand il l’alluma, elle n’émit aucune lumière. Je lui demandai à quoi cela servait. Regarde, me dit-il. Va dans la cuisine et pose ta main sur le plan de travail. Je le regardai un peu surpris mais m’exécutai. J’étais assez curieux de voir ce qu’il allait se passer. Je posai ma main bien à plat sur le plan de travail. Maintenant, dit-il, éteins la lumière. J’éteignis et il alluma sa lampe qui éclaira la pièce d’un rayon de lumière bleue. Quand il la dirigea sur le plan de travail, j’y vis la paume de ma main, bien nette, comme un relevé d’empreinte.

-C’est chouette, pas vrai ? me dit-il en me faisant un clin d’œil. J’approuvai totalement. Je lui demandai ce que nous allions faire avec ça et il me répondit qu’il cherchait des traces résiduelles. Je le suivis dans la maison et nous inspectâmes chaque recoin de chaque pièce. Dans la pièce de devant, on ne trouva pas grand-chose mise à part mes propres empreintes et celles de mes parents. Nous nous dirigeâmes vers le couloir, mais là encore, rien à signaler. Quand nous passâmes dans le salon, je vis Antoine s’arrêter près de la table de la salle à manger. Il me demanda où j’étais assis quand j’avais fait mon devoir de mathématiques. Je lui indiquai la chaise et, après avoir éteint la lumière un moment, il éclaira la table. On pouvait encore y voir la trace de mon avant-bras et les contours de la feuille mais ce qui se trouvait de part et d’autre de cela me fit frissonner. De chaque côté de mes « traces » se trouvaient deux autres paires d’empreintes qui ne m’appartenaient pas. Elles étaient placées de manière à indiquer que deux personnes étaient assises à mes côtés sans que je ne les voie. Antoine me demanda de tenir la lampe pendant qu’il prenait une photo avec son téléphone. Nous nous dirigeâmes vers la salle de douche et je lui demandai d’éclairer le miroir. A ma grande surprise, les mots inscrits précédemment étaient encore visibles. On y voyait également deux paires de traces de mains de chaque côté du miroir, chose que je n’avais pas remarquée lors de l’apparition du message. Nouvelle photo. Antoine me demanda si je voulais l’accompagner dans ma chambre. J’hésitai mais j’étais curieux de savoir ce que nous allions découvrir. Je le suivis et me dirigeai vers l’échelle. J’entendis mes parents m’appeler d’en bas. Je me penchai et les vis habillés de leurs manteaux. Nous allons chercher les documents à l’hôpital, me dit mon père. Reste avec Antoine ou n’importe lequel des autres mais ne reste pas seul, compris ? J’acquiesçai et rejoignis le technicien dans ma chambre.

Il balayait les murs de sa lampe torche. Je suivais le faisceau lumineux qui explorait chaque recoin quand, soudain, je sentis mon cœur se serrer. Au-dessus de mon bureau, un symbole étrange avait été dessiné. C’était une étoile à cinq branches entourée d’un cercle. Un pentagramme. Je voulus demander à Antoine ce que cela signifiait mais il me fit signe de me taire. Il tendait l’oreille comme s’il percevait un son inaudible pour moi. Je me tus et au bout de quelques secondes, je frissonnai. Des grattements sourds semblaient venir de l’intérieur de la pièce. Je restai immobile et je vis qu’Antoine était aussi pétrifié que moi. Il sortit une caméra miniature de sa poche et se mit à filmer discrètement. L’air de la pièce devint plus lourd et plus froid. Je peinais à respirer et j’écoutais le bruit qui se rapprochait. Le technicien me chuchota si j’entendais la même chose que lui mais avant que je puisse lui répondre, une violente déflagration retentit dans la pièce et je vis cet homme voler dans les airs, projeté contre le mur au-dessus de mon lit, comme par une force invisible. Il retomba sur le lit, inconscient et le bruit de pas se fit plus distinct. Je fus violemment plaqué contre le mur près de l’échelle, incapable de bouger. Tous mes muscles étaient paralysés. Seuls mes yeux pouvaient encore s’agiter. Collé contre le mur, je perçus des pas lourds se diriger vers moi et une odeur nauséabonde les précéda. Ils se rapprochèrent et je sentis une présence oppressante devant mon visage. La terreur me submergea. Je voulus me débattre mais en vain. Une douleur atroce me transperça la poitrine. Je tentai de crier mais aucun son ne franchit mes lèvres. Une autre brûlure me lacéra le visage. Je fus envahi par une haleine putride qui me fit suffoquer. C’était insoutenable. Je subis encore quelques instants cette torture et, alors que je croyais ma dernière heure arrivée, tout s’arrêta brusquement. Je chutai sur le sol, haletant. Mon cœur battait la chamade et je peinais à reprendre mon souffle. Je regardai autour de moi, angoissé. Je rampai lentement vers mon lit, sur les fesses, et secouai Antoine. Il émergea péniblement et se redressa, se tenant la tête à deux mains. Je lui demandai s’il allait bien et il me somma de descendre immédiatement. Nous dévalâmes les marches à toute allure. Philippe nous vit arriver comme des fous et nous interrogea sur ce qui s’était passé. Sans lui répondre, Antoine se précipita vers l’écran des caméras de surveillance et se brancha sur celle de ma chambre. Il remit les images en arrière et les relança au moment où il introduisait sa tête par la trappe de ma chambre. Nous observâmes les images seconde par seconde. Sur l’écran, au moment où il me fit taire, je vis l’entité émerger du placard. Elle était là, avec nous ! Elle s’approcha d’Antoine et sembla agacée par la lampe torche. Elle tendit son bras et le propulsa contre le mur. Puis, elle tendit son autre bras vers moi et je vis mon corps se coller contre le mur. Cette abomination vint plaquer sa face contre la mienne. Elle semblait me renifler. Elle se recula légèrement et, du bout de sa griffe, me dessina quelque chose sur le torse et sur le visage. En revoyant les images, je me hâtai d’enlever mon T-shirt et regardai mon ventre. Des entailles rouges et profondes zébraient ma peau. Une sensation de brûlure me reprit. Philippe prit une photo de mes blessures. En regardant la photo, nous distinguâmes trois énormes griffures qui partaient du plexus solaire et allaient jusqu’au nombril. Ma joue me brûlait aussi. Trois griffures semblables y apparaissaient. Je me sentis violé, comme si j’avais été un animal marqué au fer rouge. Cette chose m’avait marqué. Mais pour quelle raison ?

Qu’allait-il m’arriver ? A ce moment-là, mes parents rentrèrent, accompagnés de Marc. Ils durent sentir que quelque chose s’était passé car Marc se rua sur les écrans et Antoine lui montra les images de notre cauchemar. Mes parents examinèrent mes blessures et se jetèrent vers moi.

– Que s’est-il passé ? Tu vas bien ? me demanda mon père.

Je ne savais pas quoi répondre. J’étais vivant mais c’était un maigre réconfort. Jusque-là, la chose m’avait apparu mais elle ne m’avait jamais touché. Je ne savais même pas que c’était possible ! J’étais terrifié et je me mis à trembler. Ma mère ne cessait de me palper, regardant avec horreur les blessures de mon ventre et de mon visage. Soudain, sans prévenir personne, elle se précipita vers les étages. Mon père lui courut après, la suppliant de ne pas monter. Mais ma mère ne l’écoutait pas. Je suivis sa progression sur les écrans de surveillance et la vis entrer dans ma chambre. Elle semblait furieuse et se mit à hurler à la créature :

– Qu’est-ce que tu veux ? Tu veux te battre ? Je te défends de toucher à mon fils ! Je t’interdis de le toucher ! Si tu veux t’en prendre à quelqu’un, prends-moi ! Mais laisse mon fils tranquille !

J’étais pétrifié devant l’écran. Antoine aussi semblait paralysé. Il y eut un moment de silence où je vis mon père saisir ma mère par la main et la tirer vers l’échelle. Ma mère résistait et semblait vouloir affronter cette chose. Elle était presque au bord de l’échelle quand ce fut l’explosion. Mon père fut éjecté en bas de l’échelle et ma mère alla s’écraser contre le mur d’en face. Il y eut un rugissement terrible dans la chambre. Je me précipitai à l’étage. Mon père gisait au pied de l’échelle, complètement assommé.

Je me ruai dans ma chambre et découvris un spectacle d’horreur. Ma mère était allongée sur le sol et semblait secouée par des spasmes. Elle semblait être tirée par tous les côtés. Des marques de griffes apparaissaient sur ses bras, ses jambes, son visage. Elle hurlait de douleur. Un instant, elle se figea et sembla s’élever d’une bonne cinquantaine de centimètres du sol. Elle resta ainsi pendant quelques secondes puis fut de nouveau projetée vers le sol. Je la regardai, impuissant, ne sachant pas quoi faire. Je sentis quelque chose dans ma poche et le sortis. C’était le chapelet de mon grand-père. Je le brandis au hasard dans la pièce et me mis à prier. Ma mère poussait des râles inquiétants. Je récitai la seule prière que je connaissais, Le Notre Père, essayant d’avoir l’air le plus convaincant possible. Je m’approchai de ma mère et posai la croix sur son torse. Elle se mit à hurler et fut prise de violents tremblements puis soudainement, elle s’affaissa sur le linoléum et ce fut tout. Elle avait les yeux fermés et avait le souffle haletant. Je m’approchai doucement de son visage et l’appelai. J’entendis mon père reprendre conscience au bas de l’échelle. Il monta doucement les barreaux et me rejoignit près de ma mère. Il avait le côté gauche de son visage tout enflé. Ma mère semblait évanouie et être aux prises d’un horrible cauchemar. Ses yeux roulaient sous ses paupières closes. Mon père l’appela doucement plusieurs fois, caressant son front. Elle semblait murmurer quelque chose mais c’était incompréhensible. Marc nous avait rejoints. Il regardait ma mère d’un air inquiet. Voyant que ma mère ne revenait pas à elle, nous décidâmes de la descendre dans sa chambre. Mon père la prit par-dessous les bras et je lui pris les jambes. Marc commença à descendre l’échelle pour m’assurer un équilibre. Tant bien que mal, nous arrivâmes sur le palier et nous installâmes ma mère dans son lit. Elle ne semblait pas reprendre conscience. Mon père faisait les cents pas. Il se retourna vers Marc.

-Que faisons-nous maintenant ? Je ne peux pas appeler un médecin ! Que vais-je lui raconter ? Marc semblait réfléchir intensément. Il regarda mon père. – Il n’y a qu’une chose à faire. Il est temps de faire appel à l’Église. Nous disposons d’assez de preuves pour déposer une demande d’exorcisme auprès des autorités catholiques. A ce stade, je ne peux rien faire de plus. Mon père le regardait d’un air ébahi.

– Que voulez-vous dire ? lui demanda-t’il. Marc observait ma mère avec attention. Elle respirait très fort et semblait souffrir.

– Ce que je veux dire, Jean, c’est que votre femme est probablement possédée par la chose qui hante votre maison depuis des années. En la provoquant de la sorte, elle lui a donné la permission de s’en prendre à elle. C’était une très mauvaise idée. Quand vous autorisez une entité à s’en prendre à vous, vous lui donnez accès à votre âme. Seul un prêtre pourra nous aider. Je vais descendre et passer quelques coups de fil.

Vous, de votre côté, je vous conseille de garder votre femme à l’œil. D’ailleurs, je pense qu’il serait plus prudent de l’attacher au lit. Il ne faudrait pas qu’elle puisse s’échapper dans son état ou qu’elle s’en prenne à quelqu’un d’autre. Nous ne savons toujours pas ce qu’est cette chose. Mais la force dont elle a fait preuve me fait dire qu’il ne s’agit pas d’un petit démon de pacotille. Cette chose, quelle qu’elle soit, est d’une puissance incroyable. Mon regard passait de l’un à l’autre. Je ne savais pas quoi dire. Je ressentais toute une gamme de sentiments à la fois. La peur, la colère mais surtout la culpabilité. Car si ma mère était dans cet état, c’était de ma faute. Elle avait vu mes blessures et avait, comme toute mère digne de ce nom, voulu me protéger. Marc me regarda et sembla comprendre mon désarroi.

– Ce n’est pas de ta faute, Michaël. Tôt ou tard, il s’en serait pris à n’importe lequel d’entre vous. Descends avec moi. Nous allons trouver ce Père Rosso et lui montrer les vidéos. Si avec cela, il n’est pas convaincu, il faudra trouver une autre alternative.

Je suivis donc Marc dans les escaliers. Il mit ses deux techniciens au courant de la situation et demanda à Jimmy de monter rejoindre mon père dans le cas où ma mère reprendrait conscience.

– Il vaut mieux ne pas le laisser seul avec elle. Prenez une caméra et installez-là au pied du lit. S’il se passe la moindre chose, appelez-moi immédiatement !

Jimmy hocha la tête et alla rejoindre mon père. Antoine regarda Marc d’un air inquiet et, se tournant vers les écrans, il indiqua les données que les caméras enregistraient. La température descendait nettement dans la chambre. Je voyais mon père se frotter les mains et faire les cents pas autour du lit. J’attrapai mon manteau et me dirigeai vers la porte d’entrée. Marc me suivit. J’ouvris la porte et tombai nez à nez avec Mario. Il me regarda d’un air étonné, le bras encore levé pour frapper à la porte, mais je ne lui laissai pas le temps de dire quoi que ce soit. Je l’attrapai par le bras et lui demandai de me conduire immédiatement chez le Père Rosso.

Il ne posa pas de question et nous fit signe de le suivre. Nous sortîmes de la rue et empruntâmes la petite ruelle qui se trouvait sur la droite de l’église. Tout au fond, un petit studio se détachait et on y voyait la lumière d’une bougie à la fenêtre. Nous nous dirigeâmes vers la porte et je frappai trois coups secs. La porte s’ouvrit doucement et un homme d’une septantaine d’années nous accueillit.

– Oui ? nous dit-il. Je me présentai et lui demandai si je pouvais m’entretenir un moment avec lui. Il nous observa un moment Marc et moi mais Mario le rassura.

– Ne vous en faites pas mon Père, ce sont des amis. Nous avons besoin de votre aide de toute urgence. Sans un mot, le vieil homme ouvrit la porte entièrement et nous invita à entrer. La pièce était très sobre. Un petit canapé, une table basse et une petite radio faisaient office de salon. Aucune télévision. Une petite kitchenette trônait au bout de la pièce. Là aussi, il n’y avait qu’une table et deux petites chaises pour mobilier. Il était clair qu’il prenait son vœu de pauvreté au sérieux. Il referma la porte sur nous et s’installa à la table de la cuisine, nous invitant à nous installer. Marc étant le plus vieux d’entre nous, le Père Rosso se tourna naturellement vers lui et attendit qu’on lui explique la raison de notre visite. Marc lui résuma les faits depuis notre arrivée dans la maison, lui raconta les témoignages d’Antonio et de Vittorio et pour conclure, lui montra les vidéos prises dans la maison ainsi que les photos que mon grand-père et son ami avaient en leur possession. Le Père semblait d’abord un peu sceptique mais quand il vit les vidéos, son visage s’assombrit. Il nous demanda depuis combien de temps ma mère était dans cet état. Nous l’informâmes que c’était très récent.

– Il n’est pas encore trop tard, répondit-il en attrapant sa veste. Je dois la voir. Devant nos regards effarés, il nous précisa qu’il avait besoin de faire sa propre enquête avant de pouvoir demander de l’aide à qui que ce soit. Nous le suivîmes donc jusque chez moi. Quand nous arrivâmes dans la rue, des hurlements de rage se faisaient entendre. Mario et moi nous regardâmes et son regard trahissait une terreur sans nom. Il se signa plusieurs fois mais me suivit quand même. Arrivé devant la porte, je me tournai vers lui.

– Tu n’es pas obligé de voir ça, Mario. Tu n’es pas responsable de ce qui se passe chez moi. Tu devrais peut-être rentrer chez toi. Mario me regarda et, sans me répondre, poussa la porte et pénétra dans la maison. Je dois dire que j’étais soulagé d’avoir mon ami à mes côtés. Marc et le Père nous avaient rattrapés et semblaient aussi horrifiés par les cris qui venaient de l’étage. Le Père se dirigea directement dans la chambre et la porte claqua derrière son passage. Un rire démoniaque retentit alors.

Je montai mais je ne parvins pas à ouvrir la porte. Je redescendis donc et me ruai vers les écrans. Antoine s’écarta pour me laisser regarder et ce que je vis était…innommable. Mon père était étendu à côté du lit, apparemment assommé. Ma mère avait réussi à détacher son bras droit. Elle était assise sur son lit et regardait d’un air meurtrier l’homme qui se tenait devant elle. Son visage était marqué par la haine. Elle poussait des cris gutturaux et se débattait comme pour se libérer des liens qui la retenaient. Le prêtre l’observa un instant puis se dirigea vers mon père. Il le secoua et mon père reprit ses esprits. Il se mit sur son séant en se tenant la tête. Je vis le prêtre l’aider à se relever et le conduire vers la porte de la chambre. Mon père essaya d’ouvrir mais il n’y arrivait pas. Je vis le prêtre prendre quelque chose dans la poche de sa veste. C’était un petit flacon rempli d’un liquide transparent.

– De l’eau bénite, me dit Mario qui se tenait à mes côtés. Je vis le prêtre en asperger ma mère. Celle-ci se mit à hurler. La porte finit par céder et mon père put sortir de la chambre. Je fonçai vers lui et vis le prêtre le suivre de près. Il referma la porte sur ma mère qui avait commencé à lui hurler des insanités. Jamais de ma vie je n’avais entendu ma mère prononcer le moindre gros mot. Elle n’acceptait aucune impolitesse et l’entendre dire ces horreurs avec cette voix si horrible me glaçait d’effroi. J’aidai mon père à descendre les marches. Il s’affala sur le canapé et je remarquai le coquard qu’il avait sur le visage. Il nous raconta que, à peine avions-nous franchi la porte, ma mère avait commencé à s’agiter. Elle gémissait dans son sommeil et avait du mal à respirer. Il s’était approché, inquiet, et avait voulu la redresser un peu sur les oreillers quand elle avait soudain ouvert les yeux. Son regard était terrifiant. Elle s’était reculée le plus possible et lui avait ainsi asséné un énorme coup de tête à mon père. Il était tombé à la renverse et s’était évanoui sur le coup. Soudain, je lui demandai où se trouvait Jimmy. Ne devait-il pas rester auprès de mon père ? Celui-ci nous informa que Jimmy lui avait dit qu’il devait téléphoner à quelqu’un et qu’il revenait très vite. Marc tiqua à cette remarque. Jimmy ne s’était jamais enfui d’aucune enquête qu’ils avaient menée ensemble.

Qu’avait-il pu percevoir ou deviner pour s’enfuir aussi vite ? Il tenta de contacter son ami sur son téléphone mais ne réussit qu’à atteindre sa boîte vocale. Il lui demanda de le rappeler et raccrocha. Il se rapprocha de nouveau des écrans. Ma mère, ou ce qui l’habitait, s’était apparemment calmée. Elle avait les yeux clos et semblait dormir. Nous nous regroupâmes tous autour de la grande table en bois qui trônait au milieu de la salle à manger. Marc avait encore les documents qu’ils étaient partis chercher à l’hôpital dans la poche intérieure de sa veste. Il sortit le dossier et commença à l’examiner attentivement. Le dossier paraissait peu fourni. Quelques notes sur l’état général du patient à son arrivée. Traumatisme crânien dû à une chute. Paramètres stabilisés après l’opération. Plusieurs résultats d’électroencéphalogrammes complétaient le dossier. Marc comparait les tracés des électroencéphalogrammes. Il paraissait troublé par une anomalie. Mon père le remarqua également et lui demanda ce qu’il se passait. Marc rassembla tous les tracés et les superposa. Il devait y en avoir une bonne dizaine.

-Jean, vous ai-je dit qu’avant d’être chasseur de fantômes, j’étais infirmier ? demanda-t’il à mon père d’un ton grave. Je ne suis pas un spécialiste des traumatismes crâniens mais j’ai eu plusieurs fois l’occasion de voir des résultats d’électroencéphalogrammes. Nous regardâmes les feuillets sans comprendre. Marc continua : – Le premier relevé porte la date de l’arrivée de Julio à l’hôpital juste avant son intervention chirurgicale. Un scanner l’accompagne et confirme bien une fracture importante de la dure-mère du crâne, ainsi qu’une fuite du liquide céphalo-rachidien par l’oreille. Julio a été emmené en salle d’opération. Voilà le nom du neurochirurgien qui a opéré votre beau-frère : Docteur Melis. Marc prit un autre document. Il s’agissait d’un électrocardiogramme. –Comme vous pouvez le constater, dix-sept minutes après le début de l’opération, Julio a fait un arrêt cardiaque qui a duré plus de sept minutes. Ils ont réussi à le ramener et on donc achevé l’opération. Ce qui le chiffonnait, c’était ceci, dit-il en indiquant les autres relevés.

Sur le premier relevé, nous voyons une seule ligne. Pendant le début de l’opération, idem. Cependant, après la réanimation de votre beau-frère, l’électroencéphalogramme indique deux courbes au lieu d’une. Erreur de la machine ? J’en doute.

Mon père se tenait la tête à deux mains tout en observant les relevés.

-Où voulez-vous en venir exactement, Marc ? Je ne vois pas ce que tout cela a à voir avec les événements actuels.

Marc resta silencieux un moment. Puis, se redressant, il prit d’autres documents.

-Sur ces documents qui viennent de l’asile où Julio était interné, plusieurs incidents ont été déclarés. Bien sûr, ils n’ont pas été pris trop au sérieux, au vu des séquelles de l’accident de Julio. Cependant, bien qu’en cas de grave traumatisme, le patient puisse éprouver des difficultés au niveau de la psychomotricité et aussi des pertes de mémoires ou des problèmes neurologiques, cela n’explique pas ce que les photos nous montrent.

Ce que je pense, dit Marc après un moment, c’est que Julio a vécu une expérience de mort imminente.

Devant nos regards interrogateurs, il ajouta :

-Julio est mort pendant ces sept minutes. Je pense que, quand il est revenu, il n’était pas seul. Quand Julio est revenu parmi les vivants, cette chose l’a suivi et a pu, par son intermédiaire, entrer dans notre réalité. Julio était faible mais il n’était pas fou. Julio était possédé.

Ses révélations nous glacèrent le sang et nous plongèrent dans un silence funèbre. Le prêtre Rosso avait écouté Marc et semblait atterré par ces découvertes.

-Que devons-nous faire, mon Père ? demandai-je alors. On ne peut pas laisser cette chose à l’intérieur de ma mère !

Le prêtre me regarda intensément.

-Nous pourrions commencer par bénir la maison. J’aurais besoin d’aide pour la bénédiction. Nous irons plus vite si nous pouvions nous répartir les pièces de la maison.

Il sortit précipitamment et nous l’attendîmes en silence. Les déclarations de Marc avaient marqué nos esprits. Un démon. C’était un démon qui détenait ma mère. J’avais l’impression de devenir fou.

Quelques minutes plus tard, il revint vêtu de son habit de cérémonie. Il avait également apporté la Sainte Bible ainsi que des flacons d’eau bénite et d’huile sainte scellés de cire et tenait un énorme crucifix dans sa main droite. Mon père et moi-même l’aidâmes à poser son attirail sur la table et il se mit à nous expliquer le rituel qu’il allait entreprendre.

-Avant tout, nous dit-il, je vais vous bénir. Cette chose est dangereuse et une protection supplémentaire ne sera pas du luxe.

Il prit sa bible et récita une prière. Il nous enduisit le front avec l’huile sainte et conclut avec un signe de croix. Cela fait, il nous donna deux exemplaires de rituels romains, prit un encensoir et commença à invoquer l’Archange Michel tout en projetant de l’eau bénite dans toutes les pièces du rez-de-chaussée. A chaque passage, il enduisait le linteau de la porte d’huile sainte. La maison était remplie de fumée et l’odeur me rendait légèrement nauséeux mais je suivais le prêtre sans rien dire, me contentant de lire le texte qui était indiqué dans mon livret. Heureusement que je savais lire le latin ! Mon père s’en sortait bien également.

Quand nous arrivâmes à l’étage, le prêtre répéta le rituel et aspergea les murs, continuant à psalmodier ses prières. Il passa par la chambre de mon grand-père, ensuite se dirigea vers la chambre de ma mère. Devant la porte, il s’arrêta un instant, l’enduit d’huile sainte et ouvrit la porte.

Ma mère, ou la chose qui l’avait envahie, était assise sur le lit et semblait le défier du regard. Mon père était terrifié mais tenait bon. Je ne devais pas faire meilleure figure devant ce spectacle.

Le prêtre pénétra dans la pièce et continua son rituel, sourd aux insultes que ma mère lui lançait. Elle se moquait de lui et lui répétait sans arrêt qu’il n’avait aucune chance et qu’il ferait bien de retourner dans son petit studio minable.

Voyant que le père ne répondait pas à ses provocations, elle devint soudain plus violente et voulut lui sauter dessus. Heureusement, un des liens la maintenait encore à la tête de lit et elle ne put atteindre le prêtre.

Mon père s’élança vers elle pour la rattacher au lit avec l’autre lien. Immobilisée de la sorte, la chose se mit à hurler et à pousser des grognements sourds et rauques.

J’étais tétanisé mais mon père me secoua et m’incita à continuer à lire le livret. Je recommençais donc et quand nous eûmes terminé, nous sortîmes de la chambre.

J’entendais toujours ma mère hurler mais je ne la voyais plus. Je ressentis de la culpabilité à cette pensée. Ma mère était possédée et j’étais soulagé de ne plus la voir. Mon père vit le trouble sur mon visage.

-Ce n’est pas ta mère, Michaël ! me dit-il. N’oublies pas que cette chose n’est pas ta mère. Nous allons l’aider. Nous allons la libérer.

Je le regardais tristement, les yeux pleins de doute. Comment faire face à une entité aussi forte ? Mais je ne pouvais pas l’abandonner. Je me redressais et suivis mon père et le prêtre vers la dernière pièce de la maison : ma chambre. Nous répétâmes le même rituel et avant de descendre, le prêtre enduit la porte du placard d’huile sainte et y cloua l’énorme crucifix qu’il tenait dans la main. A ce moment, la maison devint silencieuse. On se serait cru dans un cimetière. Nous nous regardâmes, le regard un peu perdu, puis nous descendîmes dans le salon.

Un silence de mort suivit. Tout le monde se regardait et attendait de voir si quelque chose allait se produire. La sonnerie du téléphone de Mark nous fit tous sursauter !

C’était Jimmy…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 6

Quand Mark était parti avec Michaël chez le père Rosso, Jimmy avait rejoint Jean auprès de sa femme. Pendant ce temps, il avait pénétré dans la chambre doucement pour ne pas la réveiller. Jean l’avait regardé d’un air triste et perdu. Jimmy connaissait ce regard. Son don ne se limitait pas à sentir les esprits. Il pouvait aussi ressentir les émotions des vivants. Leur souffrance le transperçait comme des milliers de petites aiguilles et il avait toujours du mal à supporter d’être dans une pièce bondée. Toutes ses émotions réunies en un même endroit lui donnaient l’impression de devoir rester en apnée pour ne pas se noyer dans cette mer d’émotions. Il possédait ce don depuis son plus jeune âge. Billy, son frère aîné le possédait également mais dans des proportions moindres. Lui était devenu une sorte d’exorciste sans faire vraiment parti de l’église. Il venait en aide aux personnes voulant purifier leur maison ou la libérer d’une infestation. Jimmy, lui, préférait son rôle de médium. C’était la première fois qu’il utilisait son don pour autre chose que de transmettre des messages de personnes décédées à des proches en deuil. Car c’était pour ça que les gens venaient le voir. Il n’avait que rarement participé à des enquêtes avec de tels phénomènes. D’habitude, il ne faisait que retransmettre ce que l’âme d’un défunt voulait faire savoir à ses proches. Cette situation était tout à fait inédite à ces yeux.

C’est dans cet état d’esprit qu’il entra dans la pièce. Il s’était assis auprès de cet homme et avait tenté d’entamer la conversation. Il n’avait jamais été très doué pour ça mais il voulait se montrer gentil et empathique. Il semblait si perdu que Jimmy eut un énorme élan de compassion envers cet être en souffrance. Il lui promit qu’il trouverait comment sauver sa femme et que les choses finiraient forcément par s’arranger.

Jean l’avait regardé d’un air las mais n’avait pas répondu. Il était usé par tous ses événements et Jimmy n’insista pas.

Il avait installé la caméra à l’entrée de la pièce comme Mark lui avait demandé et s’était installé sur une chaise près de la commode.

Il était déjà rentré dans cette chambre et quelque chose l’avait perturbé. Il avait l’impression que quelqu’un s’y tenait mais il n’arrivait pas à percevoir de quel endroit cela se manifestait.

Il avait aperçu le miroir et la sensation de malaise s’était intensifiée. Il n’avait rien dit à Michaël mais il avait eu sensation bizarre. Comme si un monde entier se cachait derrière ce miroir. Comme si une autre réalité se trouvait derrière celui-ci.

Il savait que les miroirs pouvaient servir de portail entre le monde des vivants et celui des morts, mais celui-là était particulier.

Cependant, Jimmy n’arrivait pas à s’expliquer cette particularité.

Il demanda à Jean de l’excuser un moment et sortit de la chambre pour téléphoner à son frère.

Billy lui répondit presque immédiatement.

Jimmy lui résuma le plus gros de la situation et lui parla du miroir de la chambre.

Serait-il possible qu’il y ait un lien entre ce meuble et les événements actuels ?

Billy lui demanda la provenance du meuble.

Jimmy allait poser la question à Jean quand Sylvia commença à s’étrangler dans son sommeil.

Jean s’était approché de sa femme dans le but de la redresser sur ses oreillers et c’est là que tout bascula.

Sylvia, enfin la chose qui la possédait, ouvrit les yeux subitement et mit un énorme coup de tête à Jean qui s’effondra sur le coup.

Jimmy, qui était juste devant la porte, s’élança pour venir en aide à Jean.

Mais avant qu’il n’ait le temps de l’atteindre, il se sentit soulevé dans les airs et fut propulsé vers la commode.

Il attendit le choc mais ne sentit rien. D’ailleurs, il n’entendait plus rien non plus. Il essaya d’ouvrir doucement les yeux et se retrouva dans un endroit sombre d’où seule une faible lueur en forme rectangulaire perçait. Il se rapprocha de la lueur et découvrit avec stupeur que ce qu’il voyait de l’autre côté était la chambre des parents de Michaël. Il posa ses mains devant lui et sentit comme une résistance. Il se mit à taper sur la vitre invisible mais ses coups ne produisaient aucun son. Jimmy était totalement paniqué. Que se passait-il ? Où se trouvait-il ? Il frappa de nouveau sur la surface brillante mais personne ne se manifesta. Apparemment, Jean était assommé et les techniciens n’avaient pas du voir ce qu’il s’était passé. Il avait son téléphone sur lui et regarda l’écran. Il constata, non sans surprise, qu’il n’avait aucun réseau. Ça aurait été trop beau. Il tenta une nouvelle fois de frapper sur la vitre mais il se rendit compte que c’était peine perdue. Personne ne l’entendait. Il se laissa glisser lentement sur le sol et décida de prendre le risque d’allumer la lampe de poche de son portable. Il semblait être dans une pièce qui ressemblait à s’y méprendre à la chambre qu’il venait de quitter. Il se mit lentement debout et en fit le tour. La pièce était plongée dans l’obscurité mais il remarqua un rée de lumière bleutée en dessous de ce qu’il supposait être une porte. Il s’approcha doucement et leva doucement la main devant lui. Ses doigts rencontrèrent un objet dur et froid. La poignée ! Il allait l’ouvrir quand il entendit une sorte de grincement derrière lui. Ses cheveux se dressèrent sur sa nuque et il resta un moment pétrifié. Il n’osait plus faire le moindre geste. Il entendit encore le grincement et se força à se retourner doucement. Il tourna doucement la lumière dans la direction du bruit et tomba sur une énorme penderie à l’ancienne. La porte était entrouverte. Il resta pétrifié et au moment où il voulut se tourner vers la porte de la chambre, le bruit des gonds de la commode se fit plus fort. Jimmy, tétanisé par une peur insoutenable, entendit une respiration sifflante derrière lui. Il n’osait pas se retourner mais il n’avait pas le choix. Il lâcha donc la poignée et se retourna pour affronter la chose qui faisait cet affreux bruit. Il se força à regarder de nouveau la penderie mais elle était vide. Il regarda autour de lui et ne vit personne. A reculons, il se dirigea de nouveau vers la poignée de la porte mais ce ne fut pas du métal qu’il sentit sous ses doigts. C’était de la peau. Froide, morte, mais de la peau humaine. Il s’écarta subitement et un cri monta doucement dans sa gorge. Mais avant que le son n’en sorte, il entendit une voix sifflante lui dire :

– Je serais vous, j’éviterais de crier. Il va nous entendre.

Le cœur battant, Jimmy dirigea sa lampe de poche vers le son de la voix.

La personne qui était devant lui était de sexe masculin. Il était habillé d’un pyjama et semblait porter un masque en plastique autour de la bouche.

Un vieillard aux yeux écarquillés par l’effroi se tenait devant lui. Il devait avoir dans les soixante-dix ans, mais il ne semblait pas dangereux. Jimmy s’approcha lentement et lui demanda son nom.

– Vous savez très bien qui je suis, jeune homme, murmura l’ombre. Je vous ai reconnu tout de suite.

Jimmy le dévisagea et ressentit un étrange soulagement. Oui, il savait. Il avait vu son visage sur les photos que la famille lui avait montrées. C’était Antonio Giorno, le grand-père de Michaël. Il se rapprocha encore et remarqua qu’un anneau métallique était incrusté dans sa poitrine. Une chaîne sans fin y était attachée. Antonio suivit son regard et soupira tristement.

– Il me tient. C’est comme ça qu’il nous contrôle. Jimmy ne comprenait pas.

– Qui est-il ? Qu’est-ce qu’il veut ? Comment sortir d’ici ? Et où sommes-nous, d’ailleurs ?

Antonio parut paniqué par ce flot de questions et posa un doigt glacé sur les lèvres de Jimmy, lui faisant signe de se taire. Il tendit l’oreille, comme s’il craignait d’être entendu, puis alla s’asseoir sur la chaise en face de la commode. Il fixait le carré de lumière et des larmes coulaient sur ses joues.

– Je ne sais pas ce qu’il est, avoua-t-il à Jimmy. Mais je crois savoir ce qu’il veut. Il veut nous avoir tous. Je pensais que si je me sacrifiais, il épargnerait ma famille. Mais ça n’a pas marché. Il ne cessera jamais de tourmenter les miens, et tous ceux qui vivront dans cette maison. Il m’avait promis de libérer mes fils si je me laissais emporter. J’étais condamné de toute façon et c’était une façon de me racheter de mes fautes passées. Mais il m’a trompé. Et maintenant, je suis prisonnier ici, avec mes fils.

Il désigna la garde-robe entrouverte d’un geste tremblant. Jimmy sentit un frisson lui parcourir l’échine quand il distingua deux silhouettes sombres qui l’épiaient du fond de l’armoire. Lentement, les deux ombres s’extirpèrent de leur cachette et se dirigèrent vers Jimmy. Elles s’approchèrent jusqu’à frôler son visage d’un souffle glacé. Jimmy braqua sa lampe sur ces apparitions et fut saisi d’horreur. C’étaient les jumeaux. Roberto et Julio. Eux aussi portaient cet anneau métallique à la poitrine et cette chaîne sans fin. Mais ce qui horrifia Jimmy, c’était l’état de leur visage. Michaël les avait décrits à l’équipe quand il les avait vus dans le miroir. Il avait dit que leurs yeux étaient écarquillés par la peur et que leurs bouches étaient béantes sur un cri muet. Ce que Jimmy voyait n’avait plus rien à voir. La voix d’Antonio résonna dans le noir. – C’est lui qui leur a fait ça. Pour les punir d’avoir demandé de l’aide. Et pour me faire souffrir aussi. Il m’a forcé à regarder, vous savez. J’ai essayé de le stopper mais je n’ai rien pu faire. Si vous ne sortez pas d’ici, vous allez mourir et vous finirez sûrement comme ça. Jimmy resta pétrifié puis reporta sa lampe sur le visage des jumeaux. Leurs yeux et leurs bouches étaient cousus avec un fil épais et noir. Ils tendaient les bras vers Jimmy en implorant de l’aide. Jimmy n’en pouvait plus. Il poussa un hurlement déchirant et tout devint noir autour de lui.

Quand il reprit conscience, Jimmy était seul dans la chambre. Il était allongé sur le lit. Il se redressa brusquement et regarda autour de lui, affolé. Où étaient passés Antonio et ses fils ? Et qu’allait-il lui arriver ? Il descendit prudemment du lit et se dirigea vers l’armoire. La porte était fermée. Jimmy posa sa main sur la poignée mais se ravisa. Il ne voulait pas revoir les visages mutilés des jumeaux.

Il fouilla la chambre du regard, sans faire de bruit, mais ne découvrit aucun indice pour s’échapper. Il se résolut donc à quitter la pièce à la recherche d’un autre portail qui pourrait le ramener. Il devait bien y avoir une sortie quelque part, s’il avait pu entrer d’un côté. Le problème était de la trouver sans tomber sur la chose qui hantait les lieux. Il sortit de la chambre et descendit les marches de l’escalier avec précaution. La maison où il se trouvait était la copie conforme de celle des Blanchart. Tout y était délabré et sale, mais identique. Jimmy sentit son téléphone vibrer dans sa poche. Il regarda autour de lui et sortit son écran de sa main.

Par miracle, son téléphone captait une sorte d’onde qui lui donnait un peu de réseau. Il tenta le coup et appela Mark. Il fut soulagé d’entendre la tonalité et quand on décrocha, il hurla le nom de Mark. À l’autre bout du fil, Mark criait son nom et lui demandait où il était. Jimmy essaya de lui expliquer mais la ligne était parasitée et ses mots devaient être inaudibles. Il répéta à Mark ce qui lui était arrivé, en haussant la voix, et s’arrêta net en entendant un grognement immense derrière lui. Son corps se figea sur place.

Derrière lui, il sentait les vibrations de quelque chose d’énorme qui se rapprochait. Il resta pétrifié, sans dire un mot. Il entendait toujours Mark hurler dans le téléphone mais n’osait plus lui répondre. Le bruit de pas lourds se rapprochait de lui. Il fallait qu’il se cache. À regret, il raccrocha le téléphone et chercha une cachette du regard. Il choisit l’arrière du canapé, s’y glissa et attendit, en retenant son souffle, l’arrivée de la chose. Immobile, il tendit l’oreille. Les pas venaient de l’étage. Il entendait la chose aller d’une pièce à l’autre, en faisant claquer les portes avec violence, à la recherche des cris qu’elle avait sûrement entendus. La créature se déplaçait avec fureur et, ne trouvant pas l’origine des cris, semblait grogner de frustration. Jimmy restait blotti derrière le canapé, priant silencieusement pour que la bête ne descende pas les marches.

Après un moment, le silence revint dans la maison. Jimmy osa jeter un coup d’œil à la porte du salon et vit qu’elle était restée entrouverte. Il avait oublié de la refermer derrière lui. Il écouta attentivement mais plus rien ne bougeait. Apparemment, la chose était partie dans une autre partie de la maison. Jimmy sortit lentement de sa cachette et vit la porte donnant sur le jardin. Il devait sortir d’ici avant que cette entité ne revienne. Il se dirigea doucement vers la porte et souleva légèrement le rideau pour regarder dehors.

Ce qu’il vit le sidéra. Ce n’était pas possible ! Comment cela pouvait-il exister ? Non, ça devait être la peur ! Pour se convaincre que ses yeux le trompaient, il ouvrit la porte et s’accrocha à la poignée de toutes ses forces. Il essaya de poser un pied là où le sol aurait dû se trouver mais ne rencontra que le vide. Il rentra vite son pied et ferma la porte, le dos contre le bois glacé, la poignée appuyée entre ses omoplates. Non, c’était de la folie ! Pour se persuader qu’il ne rêvait pas, Jimmy se pinça fort le bras et regarda de nouveau à l’extérieur. Mais le décor ne changea pas.

Car il n’y avait rien dehors, sauf le néant. La maison semblait flotter dans un vide absolu. Derrière cette porte ne régnait que l’obscurité. Jimmy sentit son visage se crisper et un profond désespoir l’envahir. Il se laissa glisser le long de la porte et les larmes se mirent à couler sur son visage. Il sanglota ainsi pendant quelques minutes. Soudain, il sentit une main se poser sur son épaule. Dans un énorme sursaut, il tomba sur le dos, pris de panique. Il s’aperçut que ce n’était qu’Antonio. Soulagé, il se calma un peu et tendit le bras vers la fenêtre.

– Vous pouvez m’expliquer ? demanda-t’il au vieil homme.

Antonio regarda à l’extérieur mais ne répondit pas. Il n’avait pas l’air de savoir non plus où il se trouvait. Il regarda de nouveau Jimmy et l’aida à se relever. Une fois debout, Jimmy tenta de reprendre contenance. Il fallait qu’il trouve une sortie. Il demanda à Antonio s’il savait où se trouvait la chose. Le vieil homme lui répondit tristement :

– Mes fils ont attiré son attention en faisant du bruit dans leur chambre.

Jimmy se sentit mal à l’idée que les jumeaux aient dû subir cette créature pour le sauver. Il ne savait que dire. Il parla donc de sa théorie avec Antonio. Jimmy savait qu’il n’était pas mort. Il le sentait au fond de lui. Il avait été projeté par la créature dans une sorte de monde parallèle. Donc, s’il y avait une entrée, il devait y avoir une sortie, c’était logique. Restait à la trouver. Il demanda à Antonio s’il avait une idée de ce que serait cette sortie. Avec un soupir, Antonio lui indiqua le plafond. Ne comprenant pas, Jimmy lui demanda d’être plus clair.

– S’il y a une sortie dans cette maison, elle ne peut se trouver qu’à un seul endroit, lui dit Antonio.

Jimmy attendait mais Antonio semblait figé. Il prit le vieil homme par le bras et celui-ci sembla revenir à lui-même. Il regarda Jimmy avec des yeux flous et semblait ne pas se rappeler qui il était. Jimmy lui demanda comment il allait et Antonio lui répondit qu’il se sentait bien. Quand Jimmy lui redemanda la sortie, Antonio le regarda d’un air effrayé et lui indiqua de nouveau le plafond.

– Si vous voulez sortir d’ici, vous devrez aller là où tout a commencé. Là se trouve le portail qui vous ramènera dans votre monde. Mais pour cela, il va falloir éviter de croiser cette chose. Et j’ai bien peur que cela soit impossible. Il nous retrouve toujours.

Les yeux de Jimmy s’écarquillèrent quand il comprit où se trouvait son salut. Il allait devoir affronter cette chose ou périr dans ses murs. Une fois de plus, Jimmy ressentit un désespoir immense. Et surtout, il avait peur. Très peur. Il tenta de rappeler Mark qui décrocha tout de suite. Jimmy essaya de lui parler mais Mark ne semblait pas comprendre ce que Jimmy lui disait. Jimmy se tut. Il raccrocha et essaya d’envoyer un message. Il écrivit un mot et l’envoya. Le message fut transmis puis le portable s’éteignit. Il n’avait plus de batterie. Jimmy mit son téléphone dans sa poche et commença à discuter stratégie avec Antonio. Ils devaient sortir d’ici. Tous.

Mark hurlait le nom de Jimmy dans le téléphone, mais il n’entendait que des grésillements. Puis, plus rien. Jimmy avait raccroché. Mark resta figé un instant, puis rangea le téléphone dans sa poche. Il faisait les cent pas dans le salon, ne sachant pas quelle décision prendre. Il se tourna vers Antoine, le technicien, et lui demanda s’il pouvait localiser le portable de Jimmy. Antoine s’exécuta. Il fallut attendre quelques minutes avant que l’écran n’affiche le résultat. Mais quand ils le virent, ils restèrent bouche bée. Ils pensèrent à un bug de l’ordinateur et relancèrent la recherche. Le résultat fut le même. C’était impensable ! Mark fit signe à Jean d’aller vérifier dans la chambre de sa femme. Sur l’écran, Sylvia paraissait toujours plongée dans un sommeil profond. Il n’y avait personne d’autre dans la chambre. Pourtant, le portable de Jimmy y était localisé. Jean monta à l’étage avec l’autre technicien et fouilla la chambre. Ils cherchèrent partout, sous le lit, derrière les meubles, mais ils ne trouvèrent aucune trace du téléphone. Quand Jean s’était réveillé dans la chambre après l’agression de Sylvia, Jimmy avait déjà disparu. Ils redescendirent au salon et Mark proposa de visionner ce que la caméra de la chambre avait filmé. Ils rembobinèrent les images et s’arrêtèrent au moment où Jimmy pénétrait dans la chambre des parents. On voyait Sylvia endormie, Jean assis sur une chaise à côté d’elle et Jimmy debout à la porte. Jimmy posait une question à Jean et Mark le vit sortir de la chambre, le téléphone à l’oreille. Il devait passer un coup de fil. Peu après, Mark et les autres assistèrent à la scène horrifiante où Sylvia se mettait à convulser. Jean s’approchait d’elle et c’était le début d’une violence inouïe. Mark observa Sylvia asséner un coup de tête à son mari puis se tourner vers lui. Son visage était déformé par la rage.

Un grognement retentit et Mark vit le corps de son ami s’élever dans les airs et foncer vers le miroir de la coiffeuse. Il s’attendait à le voir s’écraser contre le meuble, mais ce qu’il vit ensuite le stupéfia. Au lieu de heurter le miroir, Jimmy semblait l’avoir traversé! Son corps avait disparu dans un flash bleuté. Comment était-ce possible ? C’était incroyable !

Ils étaient abasourdis. Mark, Jean et les techniciens se regardaient sans oser parler. Ils venaient d’assister à une scène irréelle. C’est Jean qui rompit le silence.

– Mark ! Qu’est-ce qu’on fait ? On ne peut pas abandonner Jimmy ! Il faut aller le chercher !

Mark marchait nerveusement de long en large, perdu dans ses réflexions, quand il sentit son téléphone vibrer. C’était un message de Jimmy. Un seul mot y était écrit. Ou plutôt un nom. Billy. Jean, qui avait jeté un coup d’œil au message sur l’épaule de Mark, le questionna du regard. Mark soupira et tapa un numéro. Il se tourna vers les autres et dit :

-Il faut appeler Billy. C’est le frère de Jimmy. Il saura peut-être nous aider.

Jean lui demanda comment cet homme pourrait faire face à une telle situation. Mark lui répondit calmement :

-Billy est exorciste. Mais pas seulement. Il est aussi détective spécialisé dans le paranormal à ses heures perdues. Il saura sûrement comment ramener Jimmy dans notre monde. Du moins, je l’espère.

Le téléphone sonna et une voix répondit à l’autre bout du fil. Mark se présenta et discuta avec son interlocuteur pendant quelques minutes. Pendant ce temps, Jean partit à la recherche de son fils. Michaël et Mario étaient dans la cuisine. Ils avaient entendu ce qu’il s’était passé mais ils avaient préféré rester à l’écart. Michaël était pétrifié par la peur. Mario n’était pas beaucoup mieux. Jean les prit dans ses bras et Michaël se blottit contre lui.

– Papa, comment on va s’en sortir ? lui demanda-t’il, tremblant.

Jean ne savait pas quoi lui dire et lui répéta ce que Mark avait dit. Les garçons écoutèrent attentivement et semblèrent se rassurer un peu. Jean leur conseilla de rester avec le reste du groupe. Ils retournèrent au salon et virent le Père Rosso qui était resté assis tout ce temps, silencieux. Mark s’adressa à lui et lui demanda :

– Alors, mon Père, vous avez assez de preuves pour demander l’intervention de l’Église ? Le prêtre semblait dépassé par tous ces événements. Il se leva néanmoins et dit :

– Oui, ce cas me semble plus qu’urgent. Je vais aller voir l’Évêque et lui exposer la situation. Pourriez-vous me donner les copies des images de caméras ainsi que tous les autres documents en votre possession ? Je ne sais pas combien de temps cela prendra mais il faut faire au plus vite. La vie de votre ami est en jeu, et la nôtre aussi.

Mark rassembla donc tous les documents sur une clé USB et la remit au prêtre. Celui-ci se dirigea vers la porte d’entrée. Avant de sortir, il se retourna vers nous. Il nous regarda intensément :

– Le démon est à l’œuvre dans cette maison. Je prierai pour vous et j’espère pouvoir vous ramener de l’aide à temps. Soyez prudent en attendant mon retour. Évitez de le provoquer et ne faites rien d’inconsidéré. Je reviens au plus vite.

Sur ce, il quitta la maison dans la nuit noire.

 

Mark revint dans le salon et regarda autour de lui. Ils étaient tous au bout du rouleau. La situation avait dégénéré si vite et de manière si délirante ! Il n’avait jamais rencontré un tel cas de sa vie d’enquêteur. Ils étaient tous épuisés. Il jeta un coup d’œil sur les écrans, mais plus rien ne semblait se manifester. Il se laissa tomber sur le canapé, ferma les yeux et soupira de fatigue.

– Je pense que nous devrions dormir un peu, dit-il.

Les autres le regardèrent d’un air ébahi. Michaël lâcha d’une voix tremblante :

-Dormir ? Avec cette chose dans la maison ?

Jean se rapprocha de son fils.

– Il a raison, Champion. Il faut nous reposer. Nous allons devoir affronter cette horrible créature. Il nous faudra toutes nos forces si nous voulons avoir une chance d’y arriver.

Il se tourna ensuite vers Mario.

– Retourne chez toi, Mario. Préviens ton père de la situation et restez chez vous, à l’abri. Je ne veux pas qu’une autre personne innocente paie à notre place. Cette histoire regarde notre famille. Merci pour ton aide. J’espère que nous aurons l’occasion de nous revoir dans de meilleures conditions.

Mario regarda Michaël, les larmes aux yeux. Il le serra dans ses bras.

– Je prierai pour vous, dit-il en se dirigeant vers la porte. J’espère que l’on se reverra, Mick. Bonne chance.

Il ouvrit la porte et sortit. Michaël ne disait plus rien. Il semblait résigné. Il regarda son père et ce qu’il dit glaça le sang de Jean.

-On va tous y passer, n’est-ce pas ?

Jean aurait voulu rassurer son fils, mais il ne sut pas quoi répondre. Mark, qui l’avait entendu, le prit par l’épaule et lui dit :

-En tout cas, pas sans nous battre. Cette chose, quelle qu’elle soit, doit avoir des points faibles. Nous allons trouver une solution pour ramener Jimmy et libérer votre famille. Je te le promets. Mais en attendant l’arrivée de Billy, nous devrions tous nous reposer.

C’est ce que nous fîmes tous. Voilà comment je passai ma première nuit avant le combat qui nous opposa à ce démon. Je m’étais allongé sur un tas de couvertures que j’avais prises dans un meuble de la pièce de devant et, malgré la peur qui me serrait le cœur, je m’endormis, priant pour que ce ne soit pas le dernier jour de ma vie. Priant aussi pour ne pas me réveiller enchaîné par cette créature, dans ce monde parallèle au nôtre. Je priais aussi pour que ce Billy arrive rapidement. Je priais comme je n’avais jamais prié de ma vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 7

Billy s’affairait devant sa valise, le front plissé par la réflexion. Depuis l’appel de Mark, qu’il avait connu par l’intermédiaire de Jimmy lors d’une enquête à laquelle il participait également, ses pensées ne cessaient de tourner en rond dans sa tête. Quelle histoire ! Ce que Mark lui avait raconté était complètement inédit. Billy, qui enquêtait sur les phénomènes paranormaux depuis plus de vingt ans, avait déjà entendu parler de mondes parallèles, mais n’avait jamais su qu’il était possible d’y accéder physiquement. Il savait qu’avec les voyages astraux, il était possible à un médium de transférer sa conscience dans un monde alternatif, mais être physiquement transporté de l’autre côté, et par un démon de surcroît ? Pauvre Jimmy ! Son petit frère avait toujours eu du mal à accepter ce don qu’ils avaient depuis l’enfance. Il lui avait fallu l’aide de Billy pour accepter cette capacité et s’en servir pour consoler des familles en deuil. Billy, par contre, était enchanté par cette capacité. Il faut dire que son don lui était très utile lors de ses nombreuses enquêtes. Il lui suffisait de rentrer dans un lieu pour y ressentir toutes ses présences et pouvoir parfois retracer des événements du passé. Mais aujourd’hui n’était pas une enquête comme les autres. Cette fois, Jimmy était en danger de mort. Et bien que l’idée de découvrir tous les dessous de cette affaire ait attisé son obsession pour le paranormal, l’inquiétude était présente. Il finit de remplir sa valise et se dirigea vers le téléphone. Pendant ces nombreuses enquêtes, il avait eu l’occasion de rencontrer des personnes intéressantes avec des capacités exceptionnelles. Le téléphone sonna et une voix féminine, légèrement enrouée, lui répondit. Billy soupira de soulagement. Vu l’heure tardive, il avait craint que personne ne lui réponde.

– Salut, Andréa. C’est Billy. Je t’appelle car…

Andréa lui coupa la parole.

-C’est Jimmy, n’est-ce pas ?

Comme toujours Billy était impressionné par les dons de médium de cette femme. Il avait des capacités, mais s’il devait se les représenter, elles auraient eu l’air de la lueur d’une petite bougie. Andréa était un vrai phare qui illuminait n’importe quel endroit le plus sombre.

– Oui c’est Jimmy. Qu’as-tu vu exactement ?

Andréa ne répondit pas tout de suite, certainement parce qu’elle venait de se réveiller. Après un moment de silence, elle lui annonça son arrivée. Elle raccrocha avant même que Billy n’ajoute quelque chose. Il se dirigea vers la cuisine, la valise à la main, et mit le percolateur en route. Andréa était une accro à la caféine. Il s’assit sur une chaise et attendit. Le bruit d’un moteur se fit entendre. Billy se leva et regarda par la fenêtre. C’était Andréa. Il alla lui ouvrir et la suivit à la cuisine. Andréa, petit bout de femme d’une cinquantaine d’années, les yeux tirés par le manque de sommeil, se servit directement au percolateur. Elle remplit une tasse et en prit une pour Billy. Installés autour de la table, Andréa raconta à Billy les rêves étranges qu’elle avait faits récemment. Toujours les mêmes en fait. Elle voyait Jimmy dans un endroit sombre et froid. Mais Jimmy n’était pas seul. Elle avait aussi vu un vieil homme et des jumeaux d’une vingtaine d’années. Ils avaient l’air prisonnier et criaient à l’aide. Mais ces présences n’étaient pas ce qui l’avait le plus terrifiée. Outre ces âmes en détresse, elle avait senti que quelque chose habitait ce lieu, une chose horrible, une chose inhumaine. Elle avait eu du mal à la discerner mais elle avait senti les vibrations de haine et de violence qui émanaient de cette créature. Quand Billy l’avait appelée, elle était en plein cauchemar. Jimmy était en danger. Mais il n’était pas le seul. Un nom lui revenait sans cesse en tête.

-Michaël.

Billy lui demanda de qui il s’agissait mais Andréa secoua la tête. Elle n’avait pas pu ressentir la présence de cette personne. Comme si quelque chose l’en empêchait. Billy l’informa qu’il se rendait à l’adresse indiquée par Mark. Andréa hocha la tête, se leva, rinça sa tasse de café au-dessus de l’évier et la posa sur l’égouttoir. Elle se tourna vers Billy.

– Allons-y alors !

Billy la regarda d’un air inquiet. Depuis leur dernière rencontre, Andréa avait l’air amaigrie et fragile.

– Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, Andréa. Dans ton état,…

Andréa le regarda d’un air sévère. Sa peau ébène était atténuée par une nuance de gris et ses yeux étaient cernés.

-Mon état, c’est mon affaire, Billy. Je ne sais pas pourquoi mais je sais que je dois me rendre là-bas. Je sens que je dois y aller.

Billy la regarda un moment et soupira.

– Donc, c’est réglé, dit Andréa. Ma valise est dans ma voiture mais vu la distance, nous prendrons ton pick-up, si tu le permets.

Billy hocha la tête. Il alla rincer sa tasse à l’évier, Andréa avait horreur du désordre, et se dirigea vers sa veste. Il prit sa valise, ses clés, son téléphone et se dirigea vers sa voiture. Il chargea également la valise d’Andréa. Elle avait sûrement dû emporter toutes ses amulettes, protections et objets quelconques qu’elle possédait car la valise était lourde. Andréa s’installa sur le siège passager et attacha sa ceinture. Billy s’installa au volant, encoda l’adresse et attendit que l’itinéraire s’affiche. Une fois enregistré, le GPS commença à débiter le trajet de sa voix artificielle féminine. Durant le trajet, Billy lui raconta les informations qu’il tenait de Mark. Andréa l’écoutait et son visage devenait de plus en plus pâle au fil du récit. Elle ne posa aucune question. Elle garda le silence jusqu’à la fin. Billy la regardait, attendant un commentaire, mais elle l’informa simplement qu’elle allait se reposer le temps du voyage. Billy la laissa donc dormir. Au vu de ce qui les attendait, quelques heures de sommeil lui feraient le plus grand bien. C’est dans ce silence funeste que Billy conduisit vers ce destin incertain. Toute cette histoire lui laissait comme un mauvais goût dans la bouche. Il ne savait pas pourquoi mais il avait l’impression que sa vie ne serait plus jamais la même après ça. S’il s’en sortait vivant du moins. Cette réflexion le laissa perplexe. Il n’avait jamais eu peur de mourir lors d’une enquête, alors pourquoi ce sentiment de terreur semblait-il lui serrer le cœur ? Il avait l’impression de foncer vers un énorme précipice où ne l’attendait que terreur, souffrance, et pire encore. Mais Jimmy était là-bas. Il n’avait pas le choix. Jimmy aurait fait la même chose pour lui. C’est ainsi perdu dans ses pensées que Billy se dirigea vers le champ de bataille.

 

À plus d’une centaine de kilomètres de là, le Père Rosso se tenait devant une maison modeste, éclairée par la lune. Il serrait la clé USB dans sa main comme un talisman. Il avait peur. Peur de ce qu’il avait vu, peur de ce qu’il allait dire, peur de ne pas être cru. Il se décida enfin et frappa à la porte avec force. Quelques minutes plus tard, la porte s’ouvrit sur le visage bienveillant de l’évêque de leur paroisse, Monseigneur Vendetta. C’était un homme bon et ouvert d’esprit, qui avait toujours soutenu le Père Rosso dans son ministère. Il était tard et pourtant il n’était pas couché, vêtu d’une simple soutane. Il observa le prêtre avec inquiétude, voyant l’angoisse qui déformait ses traits. Il le fit entrer sans un mot.

-Que se passe-t-il, Marco ? Qu’est-ce qui vous amène à une heure si tardive ?

L’évêque conduisit le prêtre dans un petit salon. Une vieille dame les rejoignit, portant un plateau contenant du thé, de la crème et du sucre. Elle sortit discrètement du salon et l’évêque se tourna vers le Père Rosso.

–Alors, Marco, qu’est-ce qui vous trouble à ce point ?

Le prêtre commença donc à lui raconter les tourments que subissait la famille qui lui avait demandé de l’aide. L’évêque l’écouta sans l’interrompre, buvant son thé à petites gorgées. Quand le prêtre eut fini son récit, l’évêque lui posa une série de questions.

-Etes-vous sûr qu’il s’agit bien d’une possession démoniaque ? Au vu des antécédents de cette famille, n’y aurait-il pas une explication médicale ?

Le prêtre soupira. Il serrait toujours la clé dans sa main et la tendit à son supérieur. Celui-ci la prit sans poser de question, se dirigea vers son bureau et en sortit un ordinateur portable. Il l’alluma et y inséra la clé.

Quand les images commencèrent à défiler, les yeux de l’évêque s’écarquillèrent. Il regarda les images jusqu’à la fin puis se tourna vers le père Rosso.

-Mon Dieu ! Est-ce possible ? Comment avez-vous obtenu ces images ? Avec toute la technologie dont on dispose aujourd’hui, il ne serait pas difficile de monter ce genre d’image.

Le Père Rosso le regarda d’un air las.

-Je vous assure que ces images sont authentiques, Monseigneur. Comme vous pouvez le constater sur ces images, j’étais présent au moment des faits. Vous avez pu voir ces images mais il y a autre chose. Les dossiers sur la clé regroupent les témoignages d’Antonio et de Vittorio sur une période de vingt ans. La famille actuelle n’était pas au courant de ces événements. De plus, que dire de cet homme qui passe au travers de ce miroir ? Sans compter l’atmosphère que dégage cette demeure. Non, je vous assure, Monseigneur, tout ceci n’est pas un canular bien élaboré mais l’horrible vérité. Je suis venu vous demander votre aide. Il faut que nous aidions cette famille sinon je crains une issue fatale pour chacun d’entre eux. Il est de notre devoir de chrétien de les aider à chasser les forces démoniaques qui y sévissent.

L’évêque regarda le prêtre en silence. Marco était son assistant depuis près de trente ans. Il avait toujours été un excellent prêtre et avait toujours mit sa foi avant tout. De plus, il n’était pas du genre à croire au surnaturel. S’il demandait de l’aide, c’est qu’il était certain de ce qu’il avançait. L’évêque se leva en invitant le Père Rosso à le suivre. Ils se dirigèrent vers une porte en bois foncé sur lequel un crucifix était accroché. L’évêque ouvrit la porte et alluma la lumière. Le père Rosso le suivit sans rien dire. Il observait les murs où était représentée une photo du Pape Jean-Paul II. Sur le mur au dessus de la cheminée se trouvait une illustration du Christ chassant les démons d’un pauvre pécheur et les envoyant dans un troupeau de porcs qui se jetaient dans un lac. Sur l’autre mur, la Sainte Vierge tendait les bras vers le ciel dans un halo de lumière. Devant la cheminée, une petite table de salon était entourée par deux fauteuils à dos droits. Un petit bar renfermait quelques bouteilles de vin. L’évêque s’assit dans l’un des fauteuils et invita le prêtre à faire de même. Il se servit un verre de vin et en proposa un au prêtre qui refusa poliment.

-Marco, vous venez de me montrer des images troublantes. Je ne sais pas quoi en penser. Mais je vous connais depuis longtemps et je vous fais confiance. Si vous dites que cette famille est en danger, je vous crois.  Mais que voulez-vous que je fasse ? Je ne suis pas un exorciste, je n’ai pas le pouvoir de chasser les démons.

Le prêtre le regarda avec espoir.

-Monseigneur, vous êtes l’évêque de cette paroisse. Vous avez l’autorité pour demander l’intervention d’un exorciste officiel du Vatican. Je vous en supplie, faites-le avant qu’il ne soit trop tard.

L’évêque hocha la tête lentement.

-Très bien, Marco. Je vais faire ce que vous me demandez. Mais je vous préviens, ce ne sera pas facile. Il faut obtenir l’autorisation du Vatican, trouver un exorciste disponible, organiser son voyage, son hébergement, sa sécurité… Tout cela prend du temps et de l’argent. Et pendant ce temps, que va-t-il se passer dans cette maison ?

Le prêtre baissa les yeux.

-Je ne sais pas, Monseigneur. Je ne sais pas ce que ces démons ont prévu pour cette famille. Mais je sais qu’ils sont puissants et maléfiques. Je sais qu’ils ne reculeront devant rien pour les détruire. Je sais qu’il faut agir vite, très vite…

L’évêque posa sa main sur l’épaule du prêtre.

-Courage, Marco. Nous allons faire tout notre possible pour les aider. Dieu est avec nous, il ne nous abandonnera pas. Il nous donnera la force et la sagesse nécessaires pour combattre ces forces du mal. Ne perdez pas espoir, Marco. Ne perdez pas la foi…

L’évêque se leva de son fauteuil et se dirigea vers un bureau en bois massif, surmonté d’un grand crucifix. Il fouilla dans plusieurs tiroirs et en sortit un livre relié de cuir, une fiole d’eau bénite et une tenue de cérémonie. Il fit signe au Père Rosso de s’approcher. Sa voix était grave et solennelle.

-Marco, c’est à vous que je confie cette mission. Vous devez exorciser madame Blanchart au plus vite. Quant à ce pauvre Jimmy, je crains de ne pouvoir vous être d’aucun secours. Vous savez très bien que l’Église ne reconnaît pas l’existence des fantômes, ni celle des mondes parallèles, à part le Paradis. Il vous faut trouver quelqu’un qui ait des méthodes moins conventionnelles pour ce genre de situation.

Le Père Rosso sentit un frisson lui parcourir l’échine. Il regarda l’évêque avec incrédulité.

– Un sorcier ? Un chamane ? Mais où voulez-vous que je trouve une telle personne, Monseigneur ? Et que dira le Diacre si jamais il l’apprend ?

L’évêque posa une main rassurante sur l’épaule du Père Rosso et l’invita à s’asseoir.

– Ne vous inquiétez pas pour le Diacre, Marco. Il n’a pas besoin de savoir. Quelles que soient les preuves que vous lui apporterez, l’Église ne donnera jamais son aval pour la cérémonie. Il vous faut un médium capable de voyager dans l’au-delà. Je sais que je ne devrais pas croire en ces choses-là, mais j’ai toujours eu l’esprit ouvert. Au cours de ma vie, j’ai assisté à des phénomènes inexplicables et j’ai rencontré des gens dotés de dons extraordinaires. Bien sûr, l’Église les traite d’imposteurs, mais ce n’est pas mon cas. Vous ne seriez pas venu me voir, sinon. N’est-ce pas ?

Le Père Rosso acquiesça. Il était soulagé que l’évêque le soutienne dans sa démarche. Celui-ci lui tendit le livre qu’il tenait dans les mains. Le Père Rosso reconnut un ouvrage rare de la Bible, qui contenait toutes les prières et les formules nécessaires à un rituel d’exorcisme. Il l’avait vu une seule fois au Vatican, lorsqu’il avait prononcé ses vœux. Il prit le livre avec respect et le serra contre sa poitrine.

L’évêque lui donna ensuite la fiole d’eau bénite venant de Lourdes et lui remit la tenue de cérémonie. C’était une aube blanche immaculée, une étole pourpre et une chasuble brodée d’or. Ces vêtements symbolisaient la puissance de Dieu lors d’un combat spirituel. Le Père Rosso les prit avec précaution et les ajouta aux objets sacrés que l’évêque lui avait confiés.

– Avant de partir, mon père, j’aimerais vous demander quelque chose.

Le Père Rosso se tourna vers l’évêque et attendit sa requête.

-Si vous réussissez à sauver Jimmy et sa mère, pourriez-vous revenir me raconter comment cela s’est passé ? J’aurais aimé être à vos côtés, mais ma santé ne me permet plus de mener ce genre de combat.

Le Père Rosso vit la tristesse dans les yeux de l’évêque et lui sourit avec compassion.

-Bien sûr, Monseigneur, répondit-il. Je vous promets un rapport complet des événements. Merci pour votre aide.

L’évêque leva la main, comme pour dire que cela n’était rien, et raccompagna le Père Rosso à la porte.

– Je prierai pour vous et pour la famille Blanchart, Marco. Que Dieu vous protège.

Le Père Rosso le remercia une dernière fois et sortit de la pièce. Il sentit le poids de sa responsabilité sur ses épaules. Il devait à tout prix trouver un médium, et vite. Le temps lui était compté. Il ignorait ce qui se tramait dans l’autre monde, mais il pressentait que le danger était imminent.

 

Il faisait nuit noire quand il arriva dans la rue. Un pick-up venait de se garer devant la porte des Blanchart. Il vit un homme imposant descendre du côté conducteur. Une femme de couleur l’accompagnait. Elle avait l’air malade et fragile. Il accéléra le pas pour les rejoindre. L’homme se retourna vers lui. Le Père Rosso lui sourit et se présenta. L’homme fit de même et lui dit le nom de son amie.

-Quelle aubaine, pensa le père Rosso. Il cherchait désespérément un médium pour l’aider dans cette affaire ! C’était peut-être un signe du ciel ou du moins un signe d’espoir. Il regarda en direction de la femme. Celle-ci ne semblait pas les voir. Son regard était rivé sur la façade de la maison. Elle frissonna.

-Est-ce qu’elle va bien ? s’inquiéta le Père.

L’homme haussa les épaules. Elle sortit brusquement de sa torpeur et les deux hommes la suivirent devant l’entrée. D’un geste brusque, elle frappa à la porte. A l’intérieur, Michaël se réveilla en sursaut. Il lui avait semblé entendre des coups sourds. Il vit Mark se lever du canapé. Celui-ci se dirigea vers la porte d’entrée et Michaël entendit des voix étouffées. Il se leva doucement de son lit improvisé et secoua son père qui dormait à côté de lui. Jean ouvrit les yeux et le regarda d’un air étonné.

-Que se passe-t-il, Champion ?

Il se redressa et se dirigea vers l’entrée. La lumière de la pièce de devant s’alluma et les autres occupants se réveillèrent à leur tour. Ils avaient pu dormir quelques heures sans qu’aucune manifestation ne vienne troubler leur sommeil. Sylvia était toujours dans un état comateux et, pendant que le Père Rosso était parti voir son supérieur hiérarchique, Mark avait envoyé Jean à la pharmacie pour aller chercher des poches de sérum ainsi qu’un cathéter pour pouvoir nourrir Sylvia qui commençait à montrer des signes de déshydratation. Quand Jean était revenu, Mark avait pris la tension de Sylvia et écouté son rythme cardiaque. Pour l’instant, elle tenait le coup mais cela ne durerait pas si l’entité restait en elle trop longtemps. Ils avaient essayé de la réveiller pour la nourrir mais elle ne semblait pas pouvoir revenir à elle. Mark lui avait donc placé la perfusion. Jean regardait sa femme d’un air désespéré. Mark se dépêcha donc à reprendre ses paramètres et sortit de la chambre en emmenant Jean avec lui. Après son agression, Mark préférait ne pas laisser Jean seul avec sa femme. Il était clair que le démon se servait de son corps pour atteindre les autres membres de la famille. Il valait mieux les tenir à l’écart. Il s’était réveillé au bruit du tambourinement sur la porte d’entrée. Quand il ouvrit, il se retrouva devant une silhouette familière et poussa un soupir de soulagement. C’était Billy. Il était accompagné par le Père Rosso et une femme que Mark ne connaissait pas. Il s’écarta pour les laisser entrer. Billy entra, chargé de deux grosses valises qui semblaient contenir du matériel électronique. Le Père Rosso le suivit en saluant tout le monde d’un signe de tête. La femme resta un moment sur le pas de la porte puis se décida à entrer en jetant un regard méfiant autour d’elle.

-Andréa, dit-elle en tendant la main à Mark d’une voix rauque. Celui-ci lui serra la main et prit le temps de l’observer. Elle était d’une pâleur effrayante qui contrastait avec ses cheveux noirs et ses yeux sombres. Il la trouvait frêle et se demandait ce qu’elle était venue faire dans cette maison maudite. Il était clair que sa place aurait plus été dans un hôpital. Mark engagea la conversation. – Je m’appelle Mark. C’est moi qui ai appelé Billy. Je ne sais pas si vous connaissez la situation mais puis-je vous demander quelles sont vos compétences ? Andréa le jaugea un moment puis, s’avançant lentement dans la pièce, elle lui répondit : – Un épouvantable drame s’est déroulé ici. Une entité maléfique hante cette maison depuis des années. Elle s’est attachée à Julio comme un parasite dans un moment de grande faiblesse du jeune homme. Elle a pris possession de sa mère et elle veut les détruire tous. Je suis ici car je dois les aider à se libérer de l’emprise de cette créature. Je suis médium et je peux communiquer avec les esprits.

Le Père Rosso, grâce à son exorcisme, nous servira de diversion pour faire revenir Jimmy parmi le monde des vivants. Car tant que cette chose occupera le corps de cette femme, elle ne pourra pas occuper l’autre monde en même temps. Mark l’écoutait attentivement. Elle avait l’air de savoir de quoi elle parlait.

-Il va falloir être très prudent dans notre démarche car si le démon se rend compte de notre plan, tout sera foutu. Allons rejoindre les autres. Je dois parler au Père Rosso ainsi qu’aux autres membres de cette famille. Y a-t-il un Michaël parmi vous ?

Mark acquiesça.

-Oui, c’est le fils de la femme possédée. Pourquoi ?

Andréa ne répondit pas tout de suite. Elle se dirigea vers le salon et demanda à Mark de lui raconter dans l’ordre les événements. Mark lui fit un rapide résumé, lui montrant les vidéos et les photos et lui parlant également des carnets de Vittorio. Andréa écoutait attentivement. Ensuite, elle demanda à voir Michaël. Le jeune homme s’approcha timidement. Andréa pouvait voir la terreur et le désespoir sur les traits las de son visage. Elle lui demanda également de raconter sa version des faits. Le jeune homme s’exécuta. Il lui raconta le début des phénomènes avec les grattements, les portes ouvertes et la sensation que quelque chose ne tournait pas rond dans cette maison jusqu’aux apparitions des jumeaux dans le miroir de la salle de bain, en terminant par l’attaque de la créature à son encontre dans sa propre chambre. Andréa l’écoutait et Michaël se rendit compte qu’elle le scrutait, comme si elle cherchait quelque chose que d’autre ne pouvait pas percevoir.

-Tu es spécial, mon garçon, lui dit-elle quand il eut fini son histoire. Tu dégages un tel halo de lumière…Je n’avais jamais vu ça avant. As-tu eu des cauchemars ou bien un sentiment de malaise avant d’habiter cette maison ? Qu’as-tu ressenti en entrant ici pour la première fois ?

Michaël réfléchissait. Il se souvenait qu’il avait fait d’horribles cauchemars avant leur déménagement mais ne se rappelait pas de quoi il avait rêvé. Cependant, il lui parla de la sensation de malaise et cette peur irraisonnée à leur arrivée. Andréa hocha la tête, comme si elle comprenait exactement de quoi Michaël voulait parler. Le garçon attendit qu’elle s’explique mais Andréa se contenta de lui serrer l’épaule et lui promit qu’elle ferait son possible pour les aider. Elle se dirigea vers le Père Rosso, Mark et Jean qui étaient assis à la table de la salle à manger et commença à leur expliquer son plan.

-Le Père Rosso va tenter un nouvel exorcisme sur Sylvia pour attirer l’attention du démon et le faire sortir momentanément du corps de la femme. Pendant ce temps, Billy va installer du matériel électronique dans la chambre des jumeaux pour capter les ondes paranormales et créer un portail entre les deux mondes. Je vais me servir de mes dons pour entrer en contact avec Jimmy et essayer de le ramener vers la lumière.

 

Jimmy se recroquevilla au fond de l’armoire. Il avait parlé avec Antonio de son plan pour atteindre le portail. Il connaissait la maison comme sa poche, puisqu’elle était la copie conforme de celle d’Antonio. Il savait où se trouvait l’issue, mais il ne savait pas comment y accéder sans se faire repérer par la créature. Il avait besoin d’un leurre, et Antonio avait proposé de demander aux jumeaux de les aider à attirer l’attention du démon pendant que Jimmy se faufilerait dans la chambre. Mais cette idée le mettait mal à l’aise. Il n’aimait pas l’idée d’utiliser ces pauvres garçons comme appât, alors qu’ils subissaient les tortures de la créature depuis plus de vingt ans. Lui qui avait l’habitude d’aider les gens en leur procurant un peu de chaleur lors d’échange avec leurs chers défunts, il se sentait coupable de leur demander un tel sacrifice. Il regarda encore une fois au fond de l’armoire les visages des jumeaux qui le dévisageaient d’un air angoissé. Il n’arrivait pas à se décider. Comment pouvait-il leur demander une chose pareille ? Ce fut Antonio qui prit la parole.

– Les garçons, voici Jimmy. Ce jeune homme est toujours en vie mais il ne risque pas de le rester longtemps si nous ne l’aidons pas à traverser le portail. Il doit absolument regagner son monde.

Les jumeaux l’écoutaient silencieusement. Leurs yeux étaient toujours fixés sur le visage de Jimmy. La créature leur avait enlevé les sutures de leurs yeux mais pas de leurs bouches. Pourquoi ? Certainement pour qu’ils puissent voir ce que l’un subissait du démon pendant que l’autre regardait, impuissant. Cette pensée fit frissonner Jimmy. Cette créature avait un degré de sadisme incomparable. Voyant l’hésitation sur le visage de ses fils, Antonio ajouta ce que Jimmy savait être un mensonge.

– Si ce garçon regagne le monde des vivants, il pourra certainement nous libérer aussi. Cela vaut la peine d’essayer.

Les jumeaux regardèrent Jimmy avec un regard plein d’espoir qui le fit se sentir encore plus mal. Il allait répondre quand Antonio l’interrompit en sortant de l’armoire. Ses fils le suivirent et après quelques secondes de réflexions, Jimmy les suivit. Il n’y avait pas d’autre choix. S’il voulait sortir d’ici, il fallait absolument qu’il évite la créature et qu’il passe ce fichu portail. Le groupe se dirigea prudemment vers la porte de la chambre et chacun tendit l’oreille. Un silence de mort régnait. Aucun bruit ni mouvement ne se faisait entendre. Ils récapitulèrent le plan une dernière fois. Le portail se trouvant dans le placard de la chambre des jumeaux, ceux-ci devaient attirer l’entité dans l’endroit le plus éloigné, c’est-à-dire la cave. Avant de rejoindre les jumeaux dans le placard, Jimmy et Antonio avaient visité tous les recoins de la maison. Antonio lui avait indiqué une porte dissimulée par les couches épaisses de peinture cachée sous les escaliers de l’entrée. Jimmy et lui y étaient descendus et avaient trouvé que l’idée était bonne. Il était clair que l’entité se déplaçait vite mais pas aussi rapidement que Jimmy se l’était imaginé. Elle avait besoin de temps pour reprendre contenance quand elle passait d’un monde à l’autre. Ce qui laisserait le temps à Jimmy pour grimper l’échelle. Cependant, pour assurer le plus de chance possible, Jimmy avait tracé un pentagramme sur le sol de la cave et l’avait recouvert d’un vieux tapis. Il ne savait pas si cela servirait à quelque chose mais il n’avait pas d’autres idées. Antonio lui avait demandé de le rejoindre dans l’armoire et de demander l’aide des jumeaux. Le moment était venu de mettre le plan à exécution. Si tout se passait comme prévu, Jimmy aurait peut-être une chance de se sauver. Il saisit la poignée, prêt à sortir quand une lumière bleue éclatante envahit la pièce.

Il se retourna et ce qu’il vit le laissa bouche bée. Une femme venait de sortir du miroir de la commode. Sa silhouette était transparente mais elle brillait d’une lueur intense. Elle se tourna vers le groupe et leur sourit. Jimmy la regardait d’un air stupéfait et mit un moment à réagir. Il se dirigea vers elle, comme pour s’assurer qu’il n’hallucinait pas, et lui demanda qui elle était. –Je suis Andréa. Une amie de votre frère. Je suis venue pour vous aider. Vous ne pouvez pas rester ici. Si la créature vous trouve, vous serez perdus à jamais. Vous resterez ici pour l’éternité. Elle se tourna vers les jumeaux et le vieil homme.

-En ce qui vous concerne, je ferais mon possible pour libérer vos âmes de ce lieu sombre. Ce sera difficile, peut-être même impossible, mais je vous promets d’essayer.

Les jumeaux et Antonio hochèrent la tête en signe de compréhension. Andréa se tourna de nouveau vers Jimmy.

-En ce moment même, le Père Rosso pratique un exorcisme sur la femme possédée. Tant que le rituel durera, le démon sera coincé dans son corps. Dès que le démon sera enfermé à l’intérieur, vous devrez trouver la sortie et passer le portail. Savez-vous où il se trouve ?

Jimmy répondit par l’affirmative.

-Alors, je vous conseille de ne pas traîner. Quand je vous le dirai, foncez vers la sortie et revenez.

Jimmy se tourna vers Antonio. Il avait du mal à accepter l’idée de s’enfuir en laissant ces trois hommes derrière lui. Antonio du comprendre son désarroi car il lui dit d’une voix douce :

– Ne vous inquiétez pas pour nous, jeune homme. Tout se passera bien.

Vaincu, Jimmy s’assit sur le lit et attendit le coup de départ. Il pria un moment, demandant à Dieu de lui laisser une chance de s’en sortir. Soudain, comme porté par un écho, un rugissement de rage retentit. Andréa se tourna vers lui.

-Allez Jimmy ! Maintenant !

Jimmy se précipita sur la porte. Les rugissements semblaient faire trembler les murs de la maison. Il grimpa rapidement l’échelle et se précipita sur la porte du placard. Quand il l’ouvrit, il fut inondé par une lumière aveuglante. De l’autre côté, il entendait la voix de Billy. Son frère l’appelait, lui demandait de suivre sa voix. Alors, sans hésitation, Jimmy commença à avancer.

 

Mark et Jean écoutaient attentivement Andréa. Le plan était simple. Pendant que le Père Rosso procéderait à l’exorcisme de Sylvia, Andréa se servirait du voyage astral pour aller aider Jimmy dans l’autre monde. Mais il fallait absolument que l’entité soit coincée dans le corps de Sylvia assez longtemps pour permettre à Jimmy de trouver la sortie et revenir parmi eux. Le Père Rosso hocha la tête et se dirigea vers la salle de bain pour se vêtir de son costume de cérémonie. Il pratiqua une bénédiction sur les personnes rassemblées dans le salon puis, suivi de Mark, de Jean et de Michaël, il monta dans la chambre parentale. Andréa et Billy les suivirent. Les techniciens étaient restés devant les écrans pour leur assurer une visibilité totale de la maison. Sur l’écran, ils virent Andréa s’installer devant le miroir. Elle glissa des bouchons dans ses oreilles et prit une posture décontractée. Elle se mit alors à fixer intensément le miroir. Le père Rosso en profita pour commencer le rituel. Il commença en se signant et en aspergeant la pièce ainsi que Sylvia avec de l’eau bénite. La réaction fut immédiate. Les yeux de Sylvia s’ouvrirent sur un regard terrifiant et celle-ci se mit à pousser des hurlements stridents. En réponse à sa réaction, le Père Rosso lui tendit un crucifix et Sylvia se mit à se débattre violemment. Cet à cet instant qu’Andréa sembla totalement en transe. Le miroir sembla onduler un instant puis reprit son apparence normale. Billy s’assura que le corps d’Andréa reste bien installé sur la chaise en la maintenant avec ses mains. Le prêtre se mit à réciter une prière.

– Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, Amen. Seigneur, Père céleste, regarde favorablement tes serviteurs. Par le Précieux Sang de ton Divin Fils, accorde-nous toutes les grâces et tous les dons du Saint-Esprit, pour que nous Te connaissions toujours mieux, que nous T’aimions toujours plus ardemment et te servions encore plus fidèlement.

Tout en récitant la prière, il aspergeait Sylvia d’eau bénite. Celle-ci se mit à insulter le prêtre avec une voix rauque et gutturale. Celui-ci ne se laissait pas impressionner et malgré les vociférations du démon, il continua sa litanie :

-Écarte de tes serviteurs toutes les influences néfastes de l’Esprit-Malin. Je te commande, esprit rejeté par Dieu avec ta suite, de te retirer immédiatement, de détruire et d’écarter tout le venin que tu as répandu sur nous, que tu ne reviennes plus et que tu n’aies plus aucune emprise sur nous.

Levant toujours le crucifix, il continua:

-Voyez la Croix du seigneur, fuyez esprits infernaux. Je vous l’ordonne comme enfant de la Sainte Église catholique, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, Amen.

Le démon se démenait comme jamais. Ses hurlements faisaient trembler les murs de la maison. Mark et Jean se trouvaient de chaque côté de Sylvia, essayant de la maintenir sur le lit pour ne pas qu’elle se blesse ou qu’elle s’échappe. Michaël se trouvait derrière son père. Le regard effrayé, il observait sa mère. Son visage horriblement défiguré se tourna vers lui et le démon lui sourit avec un affreux rictus. Michaël sembla terrifié par son regard. Il eut un mouvement de recul quand l’entité se mit à parler avec la voix de Sylvia.

-Michaël, mon chéri, je t’en prie ! Empêche ces hommes de me faire du mal ! Je suis ta mère ! S’il te plaît !

Michaël resta figé sur place. Entendre la voix de sa mère l’avait tétanisé. Jean et Mark étaient également déroutés par ce phénomène. Ils regardèrent le prêtre d’un air interrogateur mais celui-ci s’écria :

– Ne l’écoutez pas ! Ce n’est pas Sylvia ! Le démon usera de la ruse pour ne pas être expulsé du corps de cette malheureuse. Il faut continuer. Il reprit sa prière.

Sylvia se tordait de douleur. Des objets volaient et s’écrasaient contre les murs de la chambre. Michaël, terrifié, courut se réfugier dans l’armoire au fond de la pièce. Il y vit une lueur étrange. En plissant les yeux, il reconnut les jumeaux. Ils lui souriaient comme pour le rassurer. Il ferma donc la porte de l’armoire et se blottit contre ses oncles. Il entendit le prêtre poursuivre son rituel.

– Que la Toute-puissance du Père céleste, la Sagesse de Son Divin Fils et l’Amour du Saint-Esprit me bénissent, Amen. Que Jésus Crucifié me bénisse par son Sang Précieux. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Amen. Que Jésus dans le tabernacle me bénisse par l’Amour de son Sacré-Cœur. Que Marie la Mère et la Reine céleste me bénisse du haut du Ciel et qu’Elle remplisse mon âme d’un amour toujours plus grand pour Jésus. Que mon Ange Gardien me bénisse et que tous les Saints Anges me viennent en aide, pour écarter toutes les embûches de l’Esprit Malin. Que mes Saints Patrons, mon Saint Patron de baptême et tous les Saints du ciel me bénissent. Que les chères pauvres âmes de mes proches défunts de toutes les générations me bénissent. Qu’elles soient mes avocates au trône de Dieu pour que je parvienne, moi aussi, au but éternel.

Michaël percevait le démon hurler de rage. Mais il lui semblait aussi y déceler de la douleur et de la peur. C’était absurde, bien sûr ! Un démon n’avait peur de rien. Il resta caché dans l’armoire un moment, rongé par le remords et la culpabilité. Sa mère était dans cet état à cause de lui. Il était si épuisé par les tourments que sa famille subissait depuis si longtemps qu’il se sentait comme vidé de son énergie. Il sentit une main se poser sur son épaule et releva les yeux. Les jumeaux le regardaient toujours mais ce n’était pas eux qui le touchaient. Michaël se retourna lentement et ses yeux se remplirent de larmes quand il vit le visage bienveillant de son Nonno.

-Nonno, que dois-je faire ? lui demanda-t’il la voix tremblante. Comment puis-je aider maman?

Alors Antonio se pencha sur son petit-fils et lui chuchota à l’oreille. Il parla pendant quelques minutes et les traits de Michaël commencèrent à se détendre. Quand Antonio eut fini, le jeune homme se frotta le visage et acquiesça à son grand-père. Puis, sans attendre, il sortit de l’armoire et se dirigea vers le lit. Le prêtre achevait sa prière.

– Que la bénédiction de notre Mère la Sainte Église, de notre Saint-Père, le Pape, de notre Évêque, la bénédiction de tous les évêques et de tous les prêtres descende sur moi. Que la bénédiction de toutes les Saintes Messes m’atteigne tous les jours, qu’elle m’obtienne bonheur, santé et tous les bienfaits et qu’elle me garde de tout malheur et me donne la grâce de la persévérance et d’une heureuse mort. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Amen.

La prière terminée, le Père Rosso s’approcha du lit et imposa les mains de chaque côté de la tête de Sylvia et commença à réciter des psaumes en latin. Michaël ne comprenait pas ce qu’il disait mais ces mots avaient l’air de faire souffrir l’entité. Le jeune homme s’approcha alors du lit et commença à lui parler avec tendresse.

-Maman, je sais que tu es là quelque part. Je t’en prie, bat-toi ! Ne le laisse pas gagner ! Je t’aime !

Et sur ces mots, il s’allongea auprès de sa mère et la serra dans ses bras. Sylvia se mit à convulser encore plus fort et une onde de choc sembla retentir dans la pièce. Soudain, son corps se souleva à plus de dix centimètres du matelas, resta un instant suspendu dans les airs, puis retomba complètement inerte dans le lit.

 

Andréa revint à elle. Billy, qui la soutenait, la relâcha et lui demanda comment elle allait. Le voyage qu’elle venait d’effectuer lui avait pompé beaucoup d’énergie. Elle essaya de se lever mais elle chancela et retomba dans les bras de Billy. – Ce n’est pas un démon, Billy, murmura-t-elle à son ami. Quand j’ai franchi la barrière, j’ai vu Jimmy mais aussi Antonio et ses fils. Ils ont une sorte de chaîne attachée à leur poitrine mais je crois que nous pouvons les libérer. Il faut en savoir plus sur cette chose. Mais, j’en suis sûre, ce n’est pas un démon. C’est une possession mais ce qui habite le corps de la mère de Michaël n’est pas démoniaque. Et avant de perdre connaissance, elle ajouta : c’est un spectre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 8

Mark et Jean échangèrent un regard inquiet lorsque le corps de Sylvia retomba sur le lit, sans vie. Michael restait collé à elle et murmurait son nom. Même le Père Rosso avait cessé ses prières. Il s’avança prudemment vers Sylvia et lui apposa le crucifix sur le front mais elle ne broncha pas. Jean et Mark interrogèrent le prêtre du regard.

-Que se passe-t-il, mon père ? interrogea Mark.

Le prêtre haussa les épaules, désemparé. Jean s’approcha et essaya de dégager son fils mais celui-ci s’agrippait à elle avec force. Jean n’insista pas et demanda à Mark de vérifier les signes vitaux de sa femme. Elle avait arraché sa perfusion pendant la lutte. Mark approcha un petit miroir de son visage et poussa un soupir de soulagement quand il se couvrit de buée. Sylvia respirait encore. Il remit la perfusion en place et tenta à son tour d’éloigner Michaël.

-Lâche-la, Champion, lui dit-il doucement. Je crois que l’entité est partie. Mais ta mère est épuisée et elle a besoin de repos. Michaël le dévisagea avec méfiance mais finit par lâcher sa mère. Il se redressa lentement et recula du lit.

-Vous en pensez quoi, Père Rosso ? Ma mère est-elle libérée de cette chose ?

Le père secoua la tête, incertain. C’est alors que Billy intervint.

-Cette chose n’est pas un démon. C’est autre chose.

Tous se tournèrent vers lui, intrigués. Billy avait allongé Andréa sur le sol et avait glissé un oreiller sous sa tête. Il leur raconta ce qu’Andréa lui avait dit avant de s’évanouir. Mark lui demanda ce qu’elle voulait dire par là. Billy garda le silence un instant mais il avait sa petite idée. Il se tourna vers Jean et lui demanda si l’hôpital psychiatrique où Julio avait été soigné conservait encore les archives papier de tous les patients présents à l’époque de son internement. Jean ne sut pas quoi répondre. Mais Billy leur demanda à tous de descendre pour leur expliquer son hypothèse. Personne ne se fit prier. Après plusieurs heures à affronter cette créature, ils avaient tous besoin d’une pause. Avant de quitter la chambre, Michaël jeta un coup d’œil dans l’armoire mais il n’y vit personne. Il sortit le dernier et, avant de refermer la porte, jeta un dernier regard à sa mère, le cœur serré, se demandant si elle allait s’en sortir.

Ils descendirent tous au salon, Mark aidant Billy à porter Andréa sur le canapé. Celle-ci commençait à reprendre ses esprits et Mark fit du café pour tout le monde. Andréa prit la tasse d’une main tremblante. Tout le monde but en silence, lui laissant le temps de récupérer. Quand sa tasse fut à moitié vide, Billy vint s’asseoir à côté d’elle et Andréa prit la parole.

-Ce qui hante ces lieux n’est pas un démon. Il en prend l’apparence mais c’est uniquement pour terroriser ses victimes. Je ne sais pas ce que c’est exactement mais je sais, ou plutôt je sens que cette chose n’était pas ainsi à l’origine. Je pense que Billy et Mark devraient aller se renseigner sur l’hospitalisation de Julio lorsqu’il a été interné. Je crois que tout a commencé avant son accident.

-Avant? S’étonna Mark. Mais que voulez-vous dire par là? Andréa réfléchit un instant.

-Les archives. Je ne sais pas pourquoi mais je crois que vous devriez fouiller les archives des patients qui ont été hospitalisés dans cet hôpital, vous trouverez quelque chose d’intéressant. Je sens qu’il y a un lien.

Billy acquiesça. Il avait pensé la même chose qu’Andréa. Si quelque chose s’était accroché à Julio avant sa chute, ça avait peut-être commencé bien avant son hospitalisation. Il regarda Jean et lui dit :

-Nous allons avoir besoin de vous pour ça. Seul un proche parent peut consulter les archives d’un patient. Vous devrez faire diversion pendant que Mark et moi fouillerons de notre côté si nous trouvons quelque chose d’anormal.

Jean ne voyait pas comment de vieilles archives poussiéreuses pourraient aider sa femme mais il n’avait plus d’autre piste. Il accepta donc et appela le service des archives de l’hôpital psychiatrique de Manage pour prendre rendez-vous. Quand il raccrocha, il informa ses compagnons d’infortune que les archives n’ouvraient que le lendemain à partir de neuf heures du matin. Billy proposa donc de préparer le dîner et de profiter de quelques heures de sommeil. Personne ne protesta. Tous étaient épuisés et affamés. Billy se mit donc aux fourneaux et Jean en profita pour se rapprocher de Michaël. Celui-ci était livide et ses yeux semblaient perdus dans le vide. Jean ne savait pas quoi lui dire. Il prit son fils dans ses bras et le serra très fort. Michaël était anéanti.

-Tu devrais peut-être aller quelques temps chez ton ami Mario, lui suggéra Jean à son fils. Je ne veux pas te faire subir plus que tu n’en as déjà subi. Et je pense qu’il serait mieux de t’éloigner de cette chose le temps que nous trouvions une solution.

Michaël avait le regard vague et ne semblait pas écouter mais Jean attribua son silence à l’épuisement. Le repas prêt, ils mangèrent tous dans le calme puis Jean emmena Michaël chez Salvatore. Il frappa à la porte et celle-ci s’ouvrit immédiatement.

– Bonsoir Salvatore. Pourrais-tu accueillir mon fils pour quelques jours ? C’est…

Salvatore ne laissa pas Jean terminer sa phrase.

-Tu n’as pas à te justifier, l’ami. Vous serez toujours les bienvenus chez nous. Viens, Michaël. Je vais demander à ma femme de t’installer dans la chambre de Mario.

Michaël regarda son père et celui-ci lui fit signe de rentrer. Salvatore posa une main rassurante sur l’épaule de Michaël et celui-ci sembla se détendre un peu. Jean remercia son voisin et souhaita bonne nuit à son fils, lui promettant de le tenir au courant des événements.

Quand il regagna la maison, Mark l’attendait sur le pas de la porte. Jean le regarda un instant paniqué mais Mark le rassura. Tout était calme dans la maison. La créature avait apparemment elle aussi besoin de repos. Cependant, Mark observait la porte des voisins d’un air inquiet. Jean lui demanda ce qui le tracassait. Mark hésita un instant puis secoua la tête et lui répondit qu’il était simplement inquiet des conséquences que toutes ces choses auraient sur Michaël. Jean aussi était inquiet mais pour le moment il devait se concentrer sur leur mission. Ils allèrent donc se coucher.

 

Le lendemain matin, Mark et Jean se levèrent aux aurores. Il était à peine sept heures et ils avaient déjà élaboré un plan pour accéder aux archives sans se faire remarquer. Mark demanda à Antoine de pirater l’ordinateur du bureau des archives et de leur envoyer les plans du bâtiment. Quelques minutes plus tard, ils découvrirent que les archives étaient situées au sous-sol de l’hôpital et qu’elles disposaient d’une porte de secours donnant sur l’extérieur.

-Parfait, dit Billy. Jean va se faire passer pour un chercheur et demander à consulter le dossier de Roberto sur place. Une fois dans la salle des archives, il nous ouvrira la porte de service discrètement. On aura alors tout le temps de fouiller les documents.

Jean n’était pas très rassuré par cette idée mais il n’avait pas le choix. Andréa se réveilla vers sept heures trente et semblait aller mieux. Quand Billy lui demanda comment elle se sentait, elle lui répondit avec son humour habituel :

– Comme un charme ! Rien de tel qu’une bonne nuit de sommeil et un bon café.

Billy lui rendit son sourire mais il n’était pas dupe. Il voyait bien qu’elle était fatiguée et qu’elle avait maigri.

Le père Rosso leur annonça qu’il allait informer l’Évêque de la situation. Il quitta donc la maison et Mark, Jean et Billy montèrent dans la voiture de Jean. Avant de partir, Mark recommanda à Andréa de se reposer et de le prévenir si quelque chose se passait en leur absence. Il demanda aussi à Antoine et Philippe de garder un œil sur Sylvia grâce aux caméras. Puis il rejoignit Jean et Billy qui l’attendaient dans la voiture. Le trajet se fit dans le silence.

Comme prévu, Jean déposa Mark et Billy à l’arrière de l’hôpital où se trouvait la porte de secours et alla se garer sur le parking. Il entra dans l’hôpital et prit l’ascenseur. Il regarda le panneau et vit que le service des archives était au -2. Il appuya sur le bouton et attendit. L’ascenseur descendit lentement et s’ouvrit sur un couloir sinistre aux murs verts délavés et au sol usé. L’endroit était lugubre. Une ambiance oppressante y régnait et la lumière était faible. Il se dirigea vers le bureau et tomba sur l’employé qu’il avait eu au téléphone. L’employé lui demanda sa carte d’identité et, après avoir vérifié son identité sur le registre, le conduisit dans une immense pièce où les murs étaient recouverts de dossiers et où le centre était occupé par des étagères si serrées qu’on pouvait à peine s’y faufiler sans faire tomber quelque chose. Le technicien vit l’air désemparé de Jean et eut un geste d’excuse.

-Je ne sais pas ce que vous cherchez exactement mais je vous souhaite bonne chance. Toutes les archives à partir de 1990 ont été numérisées mais avant cela, tout est encore sous format papier. Jean acquiesça sans rien dire et entra dans la pièce.

-Prenez votre temps, lui dit l’employé. Ce n’est pas tous les jours qu’on a de la visite ici. Si vous avez besoin de quelque chose, n’hésitez pas à me le demander.

Jean le remercia et l’employé sortit de la pièce en fermant la porte derrière lui. Jean attendit quelques secondes et quand il entendit le bruit du bureau qui grinçait, il fit signe à Mark et Billy d’entrer par la porte de secours. Comme ils s’y attendaient, Billy constata que la tâche allait être longue. Ils se mirent au travail sans perdre une minute. Après une longue recherche, ils finirent par trouver les archives contenant la liste des patients hospitalisés entre 1978 et 1980.

Ils mirent la main sur le dossier de Roberto parmi la trentaine de classeurs qui s’empilaient dans la pièce des archives. Le temps pressait. Mark tendit l’oreille et perçut les pas de l’employé qui se rapprochait. Il échangea un regard anxieux avec ses compagnons. Billy, sans réfléchir, attrapa tous les classeurs et entraîna Mark vers la sortie. Jean, surpris, les suivit en courant. Il arriva juste à temps pour ouvrir la porte et se retrouver nez à nez avec l’employé. Celui-ci le dévisagea avec curiosité.

– Alors, vous avez trouvé ce que vous cherchiez? Jean sentit son cœur battre la chamade. Il se força à prendre un air déçu et répondit que non, hélas, il n’avait rien trouvé. Il sortit de la pièce en claquant la porte derrière lui et l’employé lui emboîta le pas. Il lui demanda pourquoi il s’intéressait à ce patient. Jean inventa une histoire à la hâte : son beau-frère avait été interné après la mort tragique de son frère jumeau, tombé du toit, et il avait succombé à son chagrin. L’employé parut réfléchir un instant puis, alors que Jean atteignait la porte de l’ascenseur, il l’interpella. Jean se figea, craignant d’être démasqué. Mais l’employé n’avait pas l’air soupçonneux. Il s’approcha de Jean et lui souffla une idée qu’ils n’avaient pas encore envisagée.

– Si c’était un suicide, il y a peut-être un rapport de police. Vous devriez aller voir aux archives du commissariat.

Jean le remercia chaleureusement et se précipita vers sa voiture. Il s’installa au volant et sursauta quand Billy et Mark ouvrirent les portes en même temps. Billy éclata de rire en voyant la tête de Jean.

– Du calme, l’ami. Mais on ferait mieux de filer d’ici. J’espère qu’on trouvera quelque chose dans ces documents et qu’on pourra les remettre en place rapidement.

Jean démarra le moteur et quitta le parking de l’hôpital. Une fois sur la route, il se détendit un peu. Billy feuilletait déjà les dossiers à la recherche des noms des patients. Jean raconta à Mark ce que l’employé lui avait dit au sujet des archives de la police. Mark trouva que c’était une piste intéressante et qu’il fallait l’explorer. Ils rentrèrent à la maison et s’installèrent autour de la table, chacun avec une dizaine de dossiers à examiner. La journée s’annonçait longue.

En arrivant, ils virent Andréa allongée sur le canapé, dormant profondément. Antoine et Philippe veillaient sur Sylvia, toujours plongée dans le coma. Mark leur demanda si tout allait bien et ils répondirent que rien d’anormal ne s’était produit pendant leur absence. Aucun bruit, aucune manifestation étrange ne venait troubler le silence de la maison. Quand les hommes se mirent au travail, Andréa se réveilla et les rejoignit. Mark lui fit part du conseil de l’employé concernant les archives de la police. Andréa approuva l’idée et alla s’asseoir à côté d’Antoine qui, grâce à un logiciel pirate, réussit à pénétrer dans la base de données de la police. Il savait que c’était risqué mais la situation l’exigeait. Pendant qu’Antoine fouillait le système, Andréa fit une liste des patients admis à l’hôpital le même jour que Roberto. Elle en comptait vingt-trois au total. Elle revint vers les trois hommes et se mit à éplucher les dossiers avec eux, les triant par catégories. Au bout d’une heure de recherches, ils écartèrent les dossiers qui ne concernaient que des accidents domestiques ou des morts naturelles. Il leur restait cinq dossiers à étudier plus en détail.

Ils se plongèrent dans les dossiers avec une attention accrue, espérant y trouver un indice. Antoine avait réussi à se connecter aux archives de police, où toutes les anciennes affaires avaient été numérisées. Il chercha les dossiers des morts accidentelles et des suicides. Il tapa l’année et le nom de Julio. Le dossier s’afficha, confirmant la déclaration de décès et le rapport du médecin légiste. Celui-ci avait conclu à un suicide, malgré les nombreux hématomes inexpliqués sur le corps de Julio. Faute de preuves d’une agression, il avait signé les papiers sans plus de commentaires. Le dossier de Roberto était similaire. Un suicide par dénutrition, entraînant un arrêt cardiaque. Antoine se tourna vers la liste de noms que lui avait donnée Andréa et commença à les entrer un par un. Les dossiers défilaient sur l’écran, accompagnés de photos.

Anne Sacler, 62 ans, morte d’une pneumonie ; Luigi Vital, 82 ans, mort d’une chute dans les escaliers ; Raymond Dubois, 35 ans, mort dans un accident de la route. Rien qui ne sorte de l’ordinaire. Andréa venait de finir le dossier de Raymond Dubois. Rien de particulier non plus. L’homme était mort sur le coup, avant d’arriver à l’hôpital. Elle prit le dernier dossier et sentit un frisson lui parcourir l’échine. Comme si elle savait que la réponse était là. Elle ne savait pas comment, mais elle le sentait. Elle ouvrit le dossier et au même moment, Antoine s’exclama :

-Venez voir ! J’ai peut-être trouvé quelque chose!

Mark, Jean, Billy et Andréa se précipitèrent vers l’écran. Ils restèrent bouche bée devant le visage qui s’y affichait. Un homme au visage pâle et étroit, aux cheveux longs et gras, noirs comme l’ébène. Son visage était marqué par de nombreuses cicatrices. Mais ce qui glaçait le sang, c’était son regard. Ses yeux gris acier semblaient vous transpercer l’âme. Même sur la photo, on avait l’impression qu’il vous dévorait des yeux. Et il souriait. Pas un sourire gêné ou timide, comme on en voit souvent sur les photos d’identité. Non, un sourire de prédateur. Quand Andréa vit son visage, elle eut l’impression de recevoir une décharge électrique. Ses mains se mirent à trembler et elle recula lentement, jusqu’à tomber sur une chaise. Elle regarda le dossier qu’elle tenait dans ses mains et réalisa avec horreur qu’il s’agissait du même homme que sur l’écran. Les autres la rejoignirent, inquiets de son état. Billy prit le dossier et lut le rapport de l’hôpital. Homme de 45 ans, origine américaine, cause du décès : abattu par les forces de l’ordre. Heure du décès : 3h03. Billy passa le dossier à Mark avec un air grave. C’était donc un criminel. Mais quel genre de criminel ? Mark demanda à Antoine d’ouvrir le dossier complet de l’homme en question.

Antoine hésita un instant. L’homme avait apparemment été recherché par toutes les polices du pays et Antoine se demandais s’il voulait vraiment en connaître la raison. Voyant son hésitation, Philippe le poussa doucement et se mit à pianoter sur les touches du clavier. Un instant plus tard, plusieurs dossiers s’affichèrent mais ils nécessitaient tous un mot de passe. Philippe se tourna vers Mark et lui annonça qu’il lui faudrait un moment avant de pouvoir accéder aux fichiers confidentiels.

Billy réfléchissait. Ce type lui disait quelque chose mais il n’arrivait pas à le situer dans sa mémoire. Pourtant, quand il avait vu son portrait, une angoisse terrible l’avait saisi. Et il n’était pas le seul apparemment.

Andréa avait l’air de nouveau nauséeuse et refusait de regarder de nouveau la photographie de l’individu. Ses mains tremblaient toujours sans qu’elle ne sache d’où lui venait ce sentiment de terreur intense.

Philippe était toujours occupé à trouver un moyen de déverrouiller les dossiers. Pendant ce temps, Mark épluchait un peu le rapport du médecin légiste. L’homme se nommait Robert Phillips. Le rapport du médecin légiste décrivait évidemment les blessures par balles issue de la tentative d’arrestation de l’individu. Cependant, il avait noté quelques détails plutôt troublant comme certains tatouages sur le torse et les bras du prévenu. Des symboles bizarres que le légiste n’était pas parvenu à identifier. Il constata aussi que l’homme avait été récemment brûlé au visage, certainement avec un liquide corrosif quelconque et que ses yeux avaient subit des dégâts importants. Il constata également des cicatrices plus ancienne qui pouvait faire penser à une scarification volontaire, mais sans conviction réelle, n’ayant pas les antécédents psychiatriques du mort sous la main. Il clôtura donc son dossier par une mort par balles au niveau du thorax.

Billy, pendant ce temps, était parti voir si Sylvia se portait bien. Il était rentré dans la chambre et avait vérifié les constantes de la pauvre femme. Son pouls était toujours faible mais elle avait l’air de tenir le coup, malgré une perte de poids qui devenait inquiétante. Ses membres étaient couverts d’hématomes et de coupures. Il changea la perfusion et la remplaça par une poche pleine. Il demanda à Jean s’il voulait profiter pour faire la toilette de son épouse. Andréa proposa de l’aider et Jean lui en fut reconnaissant. Bien qu’il fût malheureux de ce qui arrivait à sa femme, il en avait peur également.

Ils montèrent donc et en profitèrent pour laver Sylvia et changer les draps du lit. Ceci fait, Andréa s’assit un instant auprès de cette femme et tenta de rentrer en communication avec elle. Elle sentait qu’elle n’était pas loin mais elle semblait se cacher dans un endroit où elle n’aurait pas à faire face à la chose qui la détenait.

Au moment où Andréa allait se lever, Sylvia papillonna des yeux et attrapa la main d’Andréa. Celle-ci se retourna doucement et fut heureuse de constater que Sylvia était revenue à elle. Elle n’arrivait pas à prononcer de mot mais elle semblait consciente de son environnement.

Jean, voyant sa femme enfin réveillée, se précipita sur elle et l’enlaça dans ses bras.

-Sylvia, enfin ! Je croyais t’avoir perdue pour toujours ! J’ai eu si peur, mon amour !

Sylvia murmura quelque chose mais Jean ne comprit pas et se pencha vers la bouche de sa femme. Ce qu’il entendit fit glisser un froid le long de sa colonne vertébrale.

Il reposa Sylvia doucement et lui demanda :

-Tu en es sûre ? Comment ?

Mais Sylvia était encore très faible.

Andréa intervint et proposa à Jean de préparer un bol de soupe pour sa femme pendant qu’elle resterait à ses côtés.

Jean, encore déboussolé, sortit de la chambre pour se rendre dans la cuisine et annoncer la bonne nouvelle au reste de l’équipe.

Andréa se tourna sur Sylvia et tenta de communiquer de nouveau avec elle.

Sylvia fixait Andréa avec un regard terrifié, essayant de lui transmettre des images mentales. Andréa capta soudain les visions de Sylvia et se leva d’un bond, quittant la chambre en courant. Elle rejoignit Mark et Billy dans le salon et leur dit d’une voix tremblante :

-On a un gros problème, les gars ! Un problème énorme !

Billy la dévisagea, intrigué.

-De quoi tu parles, Andréa ? Qu’est-ce qui se passe ?

Andréa s’affala sur le canapé, se balançant d’avant en arrière, comme si elle voulait se réconforter. Elle était paniquée et Billy s’assit à côté d’elle pour essayer de la calmer.

-C’est l’horreur, Billy. L’horreur absolue.

Puis, elle se redressa brusquement et murmura :

– Il faut les prévenir ! Ils sont en danger de mort ! Il faut faire vite !

Mark s’approcha d’elle et lui demanda de s’expliquer, mais il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Les yeux d’Andréa se révulsèrent et elle tomba dans les pommes. Billy la secoua doucement, lui caressant le visage, mais Andréa ne reprit pas connaissance. Ils appelèrent une ambulance et Andréa fut emmenée à l’hôpital de Jolimont. Antoine décida de l’accompagner pour les tenir au courant de son état. Il monta dans l’ambulance et Mark et Billy les regardèrent s’éloigner.

Quand ils rentrèrent dans la maison, Jean était hors de lui. Mark lui demanda ce qu’Andréa avait vu dans la tête de Sylvia. Jean leur raconta que Sylvia s’était réveillée en prononçant le nom de leur fils et en disant que l’entité avait quitté la maison. Billy proposa à Jean de l’aider à nourrir Sylvia. Jean accepta volontiers. Ils prirent un bol de soupe et des tartines beurrées et montèrent à l’étage. Ils trouvèrent Sylvia qui essayait de sortir du lit. Jean la retint de force et la recoucha sur ses oreillers. Avec l’aide de Billy, il lui fit avaler quelques cuillerées de soupe. Sylvia ne semblait pas l’écouter. Elle répétait qu’il fallait retrouver Michaël avant qu’il ne soit trop tard. Jean essaya de la rassurer en lui disant que leur fils était chez les voisins et qu’il irait le chercher dès qu’elle aurait mangé un peu plus. Sylvia voulut dire quelque chose mais Jean lui mit une autre cuillerée dans la bouche et elle se tut. Quand le bol fut vide, Jean annonça qu’il allait chercher Michaël chez Salvatore. Sylvia ne réagit pas. Billy trouva son comportement étrange, comme si elle savait quelque chose qu’ils ignoraient tous. Mais comment faire confiance à quelqu’un qui avait subi tant d’épreuves ? Peut-être avait-elle perdu la raison ?

Quand Jean sortit de la chambre, Billy s’approcha de Sylvia et lui demanda ce qui n’allait pas. Ce que Sylvia lui confia le stupéfia. Ce qu’elle disait était invraisemblable ! Pourtant, Billy l’écouta attentivement, prenant des notes sur son carnet qu’il gardait toujours sur lui. Quand Sylvia eut fini, il lui dit qu’elle devait se reposer et qu’il allait s’occuper de tout. Mais quand Jean revint de chez Salvatore, il avait l’air abattu. Mark vit son angoisse sur son visage. Il lui demanda ce qui se passait. Jean le regarda avec désespoir.

-Michaël a disparu ! Il s’est enfui de chez Salvatore. Sylvio et ses fils sont partis à sa recherche mais ils ne l’ont pas retrouvé.

Mark resta bouche bée. La situation empirait de minute en minute. Son téléphone sonna et Mark regarda son écran. C’était Antoine. Andréa était plongée dans un coma profond. Une tumeur maligne au cerveau la rongeait depuis des mois. La nouvelle tomba comme un couperet sur tout le monde. Billy en fut anéanti. Andréa n’était pas seulement son amie, elle était sa sœur de cœur. Il la connaissait depuis toujours et il ne pouvait imaginer sa vie sans elle. Il se laissa tomber sur une chaise et enfouit son visage dans ses mains. Mark remercia Antoine au téléphone et raccrocha. Il rejoignit Billy et lui tapota l’épaule pour le réconforter. Billy se sentait vidé. Andréa dans le coma, Jimmy prisonnier d’un autre monde. Quel sens avait sa vie ? Il n’entendit pas les paroles de Mark qui essayait de le rassurer en lui disant qu’il trouverait un moyen de sauver Jimmy. Il se leva soudain et se dirigea vers la chambre de Sylvia. Elle s’était rendormie mais elle avait l’air plus reposée. Un bon repas lui avait sans doute fait du bien. Mark, intrigué, le suivit et lui demanda ce qu’il avait en tête. Billy ne répondit pas et réveilla doucement Sylvia. Il lui demanda si elle savait où était Jimmy. Comme il s’y attendait, Sylvia lui dit qu’elle avait rêvé d’un endroit qui ressemblait à sa maison mais qui était différent. Billy lui demanda si elle savait comment sortir de cet endroit, sachant que l’entrée était le miroir de la chambre de son père. Sylvia lui montra la chambre de son fils.

-Le placard, murmura-t-elle. C’est là qu’il faut aller pour sortir.

Billy se tourna vers Mark et lui annonça qu’il allait chercher son frère. Mark ne comprenait pas comment il comptait faire sans Andréa mais Billy lui fit une révélation étonnante.

-Andréa n’est pas la seule à avoir ce don. Je suis moins fort qu’elle mais je peux essayer de faire comme elle. Par contre, si ça ne marche pas, je veux que tu me promettes quelque chose.

Mark resta silencieux. Il vit que Billy attendait son accord et il acquiesça.

-Si je ne reviens pas, je veux que tu suives ces instructions. Promets-le !

Mark prit le morceau de papier que Billy lui tendit et promit. Billy sembla soulagé et s’assit devant le miroir. Comme Andréa l’avait fait avant lui, il ferma les yeux un instant, se concentrant intensément, puis les rouvrit et fixa le miroir avec force. Au début, rien ne se passa. Billy était bien moins puissant qu’Andréa. Mais soudain, le miroir se mit à scintiller et une lumière bleue envahit la chambre et une brise glaciale souffla. Billy se retourna vers Mark et lui rappela sa promesse. Puis, sans attendre de réponse, il disparut à l’intérieur du miroir.

 

Pendant ce temps, Jimmy poursuivait ses recherches de l’autre côté. Avec les jumeaux et Antonio, il avait d’abord fouillé la chambre du grenier, mais la porte du placard lui avait résisté. Il avait posé ses mains sur le bois sec et avait ressenti une sorte d’aimantation. Le portail était bien là. Mais malgré tous ses efforts, il n’avait pas réussi à l’ouvrir. Il était resté un moment abattu, ne sachant plus quoi faire. Comment s’échapper s’il ne pouvait pas forcer la serrure ? La porte n’avait pas de poignée, contrairement à celle de la chambre de Michaël. La créature devait donc entrer dans le portail par un autre moyen. Après un instant de découragement, il se remit à réfléchir. La solution devait se trouver ailleurs dans la maison. Cela faisait longtemps que la créature ne s’était pas montrée. D’ailleurs, il lui sembla que l’atmosphère du lieu s’était allégée, comme si la créature n’était plus dans les environs. Peut-être que le prêtre avait réussi à l’expulser du corps de Sylvia. Mais comment sortir d’ici alors ? Il se mit à explorer la maison, sans trop savoir ce qu’il cherchait. Il décida de commencer par la chambre où se trouvait le portail. Il avait remarqué le symbole au-dessus du bureau de l’adolescent, mais il n’y avait pas prêté attention. Il s’en approcha et l’examina de plus près. C’était un pentagramme, bien sûr. Mais il avait été dessiné avec du sang et non de l’encre. Il n’était pas là pour protéger qui que ce soit. En fouillant le bureau, il découvrit des objets étranges. Des bougies noires, des plumes d’oiseaux liées avec des petits os, et une sorte de poupée de paille parsemée d’aiguilles étaient cachées au fond du tiroir. Il continua ses recherches et inspecta la chambre avec attention. Il fit le tour de la pièce et se rendit compte qu’elle semblait plus petite que l’originale. Il tapota les murs et finit par trouver un endroit creux. Il se retourna vers les jumeaux et Antonio, qui attendaient des explications. Sans perdre de temps, Jimmy descendit à la cave et chercha un marteau. Il aurait préféré une masse, mais il n’y en avait pas. Quand il voulut remonter les marches, il eut un malaise, comme s’il était épié. Il se retourna, mais rien ne bougea. Il resta immobile un moment, mal à l’aise, et fixa les murs de la cave. La sensation disparut et Jimmy remonta dans la chambre des jumeaux. Il se plaça devant le mur et commença à frapper sur ce qui semblait être une planche cachée sous le papier peint. Une sorte de cavité se trouvait dans le mur. Quand Jimmy voulut regarder à l’intérieur, une odeur horrible lui prit le nez. Ça sentait la mort là-dedans. Il jeta un coup d’œil rapide et vit une collection d’objets ordinaires, comme des montres, des bagues, des mèches de cheveux, et aussi quelques squelettes de petits animaux. Des chats ou des chiens, sans doute. Il préféra ne rien toucher car il avait l’impression que ces choses étaient chargées d’une noirceur malsaine. Il descendit lentement du grenier et se rendit dans la chambre d’Antonio. À part le miroir avec sa surface bleutée, il ne trouva rien d’intéressant. Idem dans la chambre parentale. Il descendit au rez-de-chaussée et ne put s’empêcher de regarder par la fenêtre qui donnait sur l’entrée principale. À sa grande surprise, il vit des maisons de l’autre côté de la rue. Il se dirigea vers la porte et l’ouvrit doucement. La rue était bien là, mais les bâtiments en face n’étaient pas des maisons. C’étaient plutôt des sortes d’entrepôts. Il posa un pied sur le sol et le sentit solide. Jimmy posa l’autre pied sur le sol. Il ne s’enfonçait pas. Étrange… Il se dirigea vers le premier hangar et en poussa la porte. Des machines de construction l’attendaient à l’intérieur: des mini-grues, des épandeurs, des recycleuses à froid. Le propriétaire devait travailler dans le bâtiment. Jimmy visita les autres hangars et y trouva le même genre de matériel, ainsi que des sacs de ciment, de plâtre et des outils. Rien de très intéressant. Il ressortit du dernier hangar et remarqua un changement dans la façade de la maison. Il ne savait pas quoi, mais quelque chose clochait. Il vit alors un morceau de métal sur le trottoir. C’était une grille d’aération arrachée d’une sortie de cave. Il regarda le bas de la façade et reconnut l’endroit d’où venait la grille. Il se demanda pourquoi elle avait été enlevée. Intrigué, il s’approcha du trou et jeta un œil à la cave. Tout semblait normal, sauf le tapis qu’il avait utilisé pour couvrir le pentagramme qu’il avait dessiné au sol pour se protéger d’une éventuelle attaque. Le tapis avait disparu, et le pentagramme avait été modifié. Un cercle l’entourait, et des bougies noires brûlaient à chaque pointe de l’étoile. Au centre, des taches brunâtres ressemblant à du sang séché maculaient le sol. Jimmy en eut assez. Il remonta en vitesse dans la maison et ferma la porte de la cave à double tour. Avec l’aide des jumeaux, il la bloqua avec un buffet qu’il traîna depuis la pièce voisine. Le couloir était étroit, mais ils y arrivèrent. Antonio le regardait avec curiosité et Jimmy lui fit signe de le suivre dans le salon. Il avait maintenant la certitude que la créature n’était plus là. Ni dans cette maison, ni dans ce monde. Il raconta à Antonio ce qu’il avait vu et lui dit ce qu’il pensait de leur ennemi. Ce n’était pas un démon, mais plutôt le résultat d’une magie noire. Il lui demanda s’il connaissait l’histoire de leur maison et de leur quartier. Antonio haussa les épaules. Il était juste un immigré qui cherchait du travail pour sa famille. Le logement lui avait été fourni avec l’emploi. Jimmy écoutait le vieil Antonio lui raconter l’histoire de sa maison, qui semblait identique à la sienne mais cette version semblait appartenait à un autre temps. Il se demandait comment cette demeure avait pu être le théâtre d’événements si horribles, qui avaient laissé une empreinte maléfique sur les lieux. Il ignorait qui avait construit ces entrepôts qui les entouraient, et qui étaient les propriétaires de cette dimension parallèle. Il se contenta de dire à Antonio ce qu’il pensait de l’entité qui les hantait. -Je ne crois pas que ce soit un démon, dit-il. C’est plutôt le résultat d’une magie noire qui a mal tourné. Votre maison était déjà habitée avant votre arrivée, et quelque chose de terrible s’est produit ici. Cette chose était un humain, jadis. Un humain monstrueux, peut-être, mais un humain quand même. Soudain, ils entendirent du bruit à l’étage. Jimmy retint son souffle. Il perçut des pas dans la chambre d’Antonio. La porte s’ouvrit, et Jimmy se prépara à fuir vers les entrepôts. Mais il reconnut alors une voix familière.

-Jimmy ? Jimmy, c’est moi, Billy. Je suis venu te chercher, petit frère.

Jimmy se précipita dans le couloir, et tomba dans les bras de Billy, qui venait de descendre l’escalier. Les deux frères s’étreignirent avec émotion, puis Billy examina Jimmy pour s’assurer qu’il n’était pas blessé. Jimmy était stupéfait.

-Comment as-tu fait pour arriver ici ? C’est l’entité qui t’a envoyé ? Ce n’est pas un démon, Billy.

Billy sourit devant l’enthousiasme de son frère cadet. Il admirait son courage et sa détermination face à cette situation effrayante. Il s’attendait à le trouver terré dans un coin, priant pour qu’on vienne le sauver.

-Ne t’inquiète pas, frangin. Je suis venu de mon plein gré.

Jimmy fut impressionné à son tour. Il savait que Billy était un médium doué et un expert en phénomènes surnaturels, mais il n’avait jamais osé tenter le voyage astral, trop dangereux et incertain. Mais Billy avait fait mieux que ça. Il était venu en chair et en os dans ce monde étrange pour lui, son petit frère. Jimmy sentit les larmes lui monter aux yeux. Il savait que Billy ferait tout pour le ramener parmi les vivants, mais ce qu’il avait fait dépassait ses espérances. Billy fit semblant de ne pas remarquer son émotion, et lui expliqua comment ils allaient sortir d’ici. Il vit alors le vieil homme et ses fils, qui les regardaient avec tristesse. Il leur adressa un regard compatissant. Antonio comprit qu’ils n’avaient pas beaucoup de temps, et leur sourit avec résignation.

-Allez-y, faites ce que vous avez à faire pour vous échapper. Ne vous souciez pas de nous. Si l’entité est partie, vous avez des choses plus importantes à faire dans votre monde. Nous pouvons attendre encore un peu, n’est-ce pas ?

Jimmy fut touché par les mots du vieil homme. Il le remercia pour son aide et lui promit de trouver un moyen de les libérer de cet enfer. Antonio lui caressa l’épaule affectueusement.

-Tu es un brave garçon, Jimmy. Ne change jamais. Maintenant, sauve-toi. Ici, tu ne sers à rien.

Jimmy suivit donc Billy jusqu’au grenier et lui montra la porte sans poignée qui bloquait leur passage.

-Elle ne veut pas s’ouvrir. Comment on fait ?

Billy observa le trou dans le mur et le pentagramme qui y était tracé. Il eut une intuition et sortit un couteau de sa poche. Il se fit une entaille à la main, sous le regard effaré de Jimmy. -Mais qu’est-ce que tu fais ? demanda Jimmy. Billy ne répondit pas et lui saisit la main. Il lui fit une coupure similaire, sans rencontrer de résistance. Jimmy lui faisait confiance. Si Billy agissait ainsi, c’était qu’il savait ce qu’il faisait. Le sang coula sur leurs paumes. Jimmy se sentit un peu nauséeux. Il n’aimait pas voir du sang, même le sien. Billy se dirigea vers la porte.

-Viens, Jimmy. Je crois qu’on doit payer le prix pour sortir d’ici.

Jimmy comprit le sens de ses paroles et le rejoignit. Billy prit la main de son frère et le regarda dans les yeux.

-Tu es prêt ? On y va ensemble ! Ils appuyèrent leurs mains sanglantes sur la porte, qui disparut comme par enchantement. Ils se retrouvèrent face à un tourbillon lumineux qui les aspirait irrésistiblement. Sans hésiter, Billy, tenant toujours la main de son frère, plongea dans ce vortex de couleurs.

Chapitre 9

Mark avait rejoint Jean, bouleversé par la disparition de son fils. Il lui demanda s’il savait où Michaël pouvait s’être réfugié, mais Jean l’ignorait. Il habitait cette maison depuis quelques mois seulement et, à part ses voisins, il ne connaissait pas d’autres amis de son fils. Mark lui demanda si Michaël avait un téléphone portable. Jean se reprit et consulta son téléphone. Il activa la géo localisation du portable de son fils, mais le résultat était étrange. Selon l’application, Michaël était chez eux. C’était impossible ! Il l’aurait vu entrer ou sortir par la porte d’entrée ou celle de la cuisine. Non, il avait sûrement oublié son GSM à la maison. Mark lui suggéra de retrouver le téléphone pour vérifier les messages de Michaël. Peut-être avait-il contacté un ami ou quelqu’un d’autre pour l’héberger ? Jean acquiesça et ils fouillèrent les différentes pièces de la maison. Le téléphone restait introuvable. Cela étonna Mark. Il proposa néanmoins à Jean de faire un tour du quartier en voiture, dans l’espoir d’apercevoir son fils sur la route. Une fugue était envisageable au vu de la situation. Jean prit ses clés, embrassa sa femme et sortit. Mark remarqua que Sylvia avait un comportement étrange. Elle semblait terrorisée, alors qu’aucune manifestation ne se faisait plus entendre. Malheureusement, il n’avait pas le temps de la rassurer. Il fallait absolument retrouver l’adolescent. Il rejoignit donc Jean dans la voiture et ils parcoururent les petites rues autour de leur domicile. Ils croisèrent la voiture de Salvatore, qui s’arrêta à leur hauteur. Jean se gara à côté de lui.

-Alors, tu l’as retrouvé ? lui demanda Jean.

Mark observa l’homme au volant. S’il l’avait retrouvé, il aurait eu l’air soulagé. Mais c’était de l’inquiétude que Mark lut sur son visage.

-Je suis désolé, Jean. Nous avons cherché partout. Nous avons fait toute l’entité, nous sommes même allés jusqu’à Binche et La Louvière. Aucune trace de Michaël. Je m’en veux, mon ami. C’est ma faute. J’aurais dû être plus prudent. Quand ma femme l’a installé dans la chambre de Mario, il s’est endormi tout de suite. Nous avons donc décidé de le laisser se reposer. Il avait l’air tellement épuisé. Mais quand nous sommes allés nous coucher, Mario a trouvé la fenêtre de sa chambre ouverte et Michaël avait disparu. Nous avons d’abord fouillé la maison, au cas où il aurait voulu manger ou aller aux toilettes. Voyant qu’il n’était pas là, nous sommes partis à sa recherche quand tu es venu frapper à notre porte.

Jean ne lui en voulait pas. Il savait que les adolescents étaient imprévisibles et que son ami avait fait de son mieux pour l’aider. Il remercia Salvatore, qui en profita pour prendre des nouvelles de Sylvia. Jean lui apprit le réveil de sa femme et sa libération de la chose qui la possédait.

Salvatore poussa un soupir de soulagement. Il suggéra à Jean d’appeler la police pour signaler la disparition de Michaël. Mark approuva l’idée et tenta de convaincre Jean. Il lui dit que la police avait sûrement plus de moyens qu’eux pour retrouver un adolescent en fugue. Ils ne connaissaient pas bien la région et la police était certainement plus efficace pour ce genre de situation. Jean se résigna et acquiesça. En sortant de la voiture, Mark heurta quelque chose de dur avec son pied. Il grimaça de douleur, ce qui amusa Jean.

-Je vois que ma souffrance vous fait rire, l’ami, plaisanta Mark en souriant.

Quand il put marcher normalement, il chercha ce qu’il avait percuté et découvrit que c’était la grille d’aération de la cave de la maison. Il le fit remarquer à Jean qui examina le trou sur la façade.

-Vous êtes déjà allé à la cave ? demanda Mark.

Jean lui raconta que c’était Michaël qui avait repéré la porte presque cachée sous l’escalier du couloir mais qu’il n’avait jamais eu le temps d’y descendre.

-Eh bien, allons-y alors ! proposa Mark.

Au moment où les deux hommes entrèrent dans la maison, un grand bruit se fit entendre à l’étage. Ils se regardèrent avec inquiétude et Mark se dirigea lentement vers l’escalier. Jean alla rejoindre sa femme et jeta un coup d’œil aux écrans. Philippe, qui était en train de pirater les dossiers, avait sursauté sous le choc. Il regarda aussi l’écran et se leva en courant.

-Mark ! Ils sont revenus !

Mark le regarda un instant, puis comprenant de qui Philippe parlait, monta les marches à toute vitesse et tomba nez à nez avec Jimmy et Billy qui affichaient un sourire radieux. Il prit son ami dans ses bras.

-Jimmy, mon vieux ! Ne me refais jamais ça ! J’ai cru qu’on t’avait perdu !

Jimmy était épuisé mais semblait en bonne santé. Mark serra la main de Billy.

-Bravo, mon gars. Vous êtes vraiment incroyable ! Billy regarda Mark d’un air sérieux.

-Pour mon frère, je ferais n’importe quoi, répondit-il avec conviction.

Mark l’observa un instant, gêné par la situation mais Billy détendit l’atmosphère en lui donnant une accolade. Mark se relaxa. Il était heureux de revoir les deux hommes sains et saufs. Ils descendirent ensemble rejoindre le groupe. Jean et les deux techniciens enlacèrent Jimmy, soulagés que leur ami soit enfin de retour. Mark était tellement soulagé que quand Jimmy leur demanda timidement s’il pouvait avoir quelque chose à manger et à boire, le groupe éclata de rire.

-Place aux priorités ! lança Mark.

Billy se rendit à la cuisine et servit son frère. Jimmy dévora la nourriture avec une telle voracité que les hommes se mirent à rire de nouveau. Même Jimmy se joignit à eux. Que c’était bon de revenir ! De pouvoir manger ! De pouvoir respirer sans être sous l’emprise de la peur ! Il savoura son bol de soupe et quand Billy lui proposa de le resservir, il tendit immédiatement son bol. Seule Sylvia ne semblait pas participer à l’hilarité générale. Elle était assise sur le canapé et regardait Jimmy intensément. Sentant son regard sur lui, Jimmy se tourna et répondit à la question muette qui se lisait sur son visage.

-Votre père et vos frères vont bien. Bien sûr, ils sont encore coincés dans ce monde alternatif mais l’entité qui semblait les retenir n’y est plus. Sylvia parut soulagée.

Elle remercia Jimmy et avant qu’elle puisse ajouter quelque chose, des coups retentirent à la porte d’entrée.

Jean ouvrit la porte et se retrouva nez à nez avec deux agents de police. Il les invita à entrer et leur annonça la disparition de son fils. L’un des officiers prit sa déposition et lui posa une série de questions pour évaluer le risque de fugue. Jean répondit du mieux qu’il put, espérant que son mensonge ne se verrait pas. L’officier lui promit qu’ils allaient faire le nécessaire pour retrouver l’adolescent et le prévenir dès qu’ils auraient du nouveau. Jean les remercia et les raccompagna à la porte. Il rejoignit ensuite sa femme dans le salon et la prit dans ses bras. Mark interrogea Jimmy sur ce qu’il avait vu de l’autre côté du miroir. Le médium lui fit un compte-rendu détaillé de son exploration. Mark notait tout sur son carnet et fronça les sourcils quand Jimmy lui livra ses impressions.

– Je te le dis, ce n’est pas un démon. C’est une âme damnée. Mais il a un pouvoir énorme et il maîtrise une sorte de magie noire. Tu n’as pas trouvé quelque chose qui pourrait nous aider à savoir qui c’est ?

A ce moment-là, Philippe poussa un cri triomphant. Il venait de réussir à pirater les fichiers confidentiels du commissariat. Jean se félicita d’avoir reçu les policiers sur le seuil. Il n’avait pas pensé qu’ils pourraient fouiller la maison et tomber sur des indices compromettants. Philippe se pencha sur son écran et commença à parcourir les dossiers qu’il venait de débloquer. Au fur et à mesure qu’il lisait, son visage se décomposa. Mark lui demanda ce qui n’allait pas mais Philippe ne répondit pas. Il ouvrit plusieurs photos jointes aux rapports et eut un haut-le-cœur. Le groupe se pressa autour de l’écran et découvrit avec horreur des scènes macabres dignes d’un film d’horreur. Des animaux éventrés gisaient au milieu d’un autel improvisé, entouré de bougies et de symboles occultes.

D’autres photos montraient des cadavres de jeunes gens qui avaient subi des tortures innommables. Leurs corps étaient squelettiques et portaient des marques de mutilations atroces. Philippe n’en pouvait plus. Il laissa la place à Mark et alla s’asseoir à côté de Jimmy. Mark copia les dossiers sur son disque dur et ferma le site de la police. Il demanda à Philippe s’il fallait effacer leurs traces. Philippe le rassura. – Pas besoin. J’ai tout fait pour qu’on ne puisse pas nous remonter. Sur ce, Mark ouvrit le premier dossier.

Tout avait commencé par une série de disparitions d’animaux de compagnie dans le petit village de Binche, en Belgique. Les soupçons se portaient sur le fils d’un riche entrepreneur américain, William Phillips, qui s’était installé dans les environs avec sa gouvernante haïtienne, Blanche Mbala, une dizaine d’années auparavant. Le père était un homme respecté et apprécié, qui avait créé son entreprise de construction et offert du travail à de nombreux habitants. Le fils, Robert, était un garçon solitaire et taciturne, éduqué à domicile par la gouvernante. Celle-ci, quant à elle, était regardée avec méfiance et curiosité par les voisins, qui la trouvaient bizarre et l’avaient surprise en train de pratiquer des rituels étranges la nuit.

La police avait été alertée, mais sans preuve ni indice, l’affaire avait été classée sans suite. Les habitants avaient alors décidé de s’organiser en comité de vigilance et de surveiller leurs animaux. Pendant un temps, les disparitions s’étaient arrêtées et le calme était revenu.

Mais un soir, tout bascula. Une promeneuse vit Blanche Mbala égorger un chat sur un autel orné de symboles inconnus, en psalmodiant des paroles incompréhensibles. À ses côtés se tenait Robert, qui semblait participer au sacrifice. La femme s’enfuit en hurlant et alla prévenir le pasteur du village. Celui-ci l’écouta avec effroi et lui conseilla d’alerter la police. Cette fois, les forces de l’ordre ne tardèrent pas à intervenir. Ils arrêtèrent la gouvernante et internèrent le fils dans un asile. Le père fut interrogé mais il se défendit en invoquant les croyances de son employée, qui étaient courantes en Haïti. Il ne fut pas inquiété davantage, mais il perdit la confiance et l’estime de ses voisins.

Quand les policiers lui mirent les menottes, le jeune homme ne résista pas. Il les suivit docilement jusqu’au fourgon qui l’emmena à l’asile. Là-bas, il subit des traitements douteux, censés le guérir de sa folie. Les psychiatres qui s’occupaient de lui découvrirent son intérêt obsessionnel pour l’occultisme et sa connaissance impressionnante du vaudou haïtien. Le jeune homme était taciturne et méfiant, mais il se mettait à parler avec passion quand on abordait ses sujets favoris. En fouillant sa chambre, on trouva un journal intime où il racontait son attirance morbide pour la dissection et l’anatomie humaine. Il prétendait que c’était par curiosité scientifique, car il rêvait de devenir chirurgien. Il resta interné pendant deux ans, sans faire parler de lui. Puis il fut libéré pour bonne conduite et retourna chez son père. Celui-ci l’inscrivit dans une faculté de médecine, où il apprit tout ce qu’il y avait à savoir sur la chirurgie.

Le jeune Robert se révéla très doué et apprécié de ses professeurs et des chirurgiens qu’il assistait lors d’opérations délicates. Ses camarades d’études, en revanche, le trouvaient bizarre et inquiétant. Il ne cherchait pas à se lier avec eux et s’enfermait dans sa chambre dès la fin des cours. Quand il obtint son diplôme et qu’il quitta la faculté, son père reçut une plainte de la part de l’établissement pour dégradation de biens privés. Des photos montraient la chambre du jeune homme, dont les murs étaient couverts de symboles étranges et le sol jonché de cadavres d’animaux en putréfaction. Certains organes, comme le cœur ou les intestins, avaient été prélevés. Il y avait aussi des traces de brûlures, probablement causées par des bougies. Le père régla l’affaire en payant les frais de rénovation et en offrant une somme rondelette au directeur pour qu’il se taise. Robert continua sa vie comme si de rien n’était, malgré l’inquiétude grandissante de son père. Ils vivaient seuls tous les deux, la gouvernante ayant été renvoyée en Haïti et personne ne voulant travailler pour eux.

Les gens du voisinage se méfiaient du jeune homme, sentant qu’il cachait quelque chose de sombre.

Robert avait ouvert son cabinet de médecine et s’était vite fait une solide réputation. Il était très doué et ne faisait pas payer les ouvriers de l’entreprise de son père. Au début, les gens avaient cru qu’il voulait se racheter de ses erreurs passées et de son implication dans les affaires louches de sa femme. Ils lui avaient accordé le bénéfice du doute et l’avaient accepté dans la communauté. Pendant plusieurs années, tout se passa bien. Les patients étaient satisfaits des soins du Dr Phillips et le calme était revenu parmi les habitants. Après tout, ce jeune homme avait été victime d’une femme étrange aux pratiques douteuses. Il était jeune, il méritait une seconde chance. On oublia donc ces histoires.

Dans le deuxième dossier, il y avait une coupure de presse. C’était la disparition d’un adolescent de quinze ans, Luigi Ricci. Ses parents l’avaient signalé après trois jours sans nouvelles. Ils n’avaient pas tout de suite paniqué car il lui arrivait souvent de dormir chez un ami sans prévenir. Mais quand ils avaient appelé ses amis et son école, personne ne l’avait vu depuis longtemps. Les policiers avaient cherché mais sans succès. On avait pensé à une fugue et le dossier était resté ouvert mais sans suite. Les parents avaient fait appel à un journaliste pour lancer un avis de recherche mais en vain. Le garçon avait disparu sans laisser de traces.

Plusieurs autres coupures de presse relataient des événements similaires. Des disparitions d’adolescents inexpliquées et inquiétantes. Mark en compta au moins une trentaine.

Sur la dernière coupure de presse, le titre était choc : « L’adolescent disparu retrouvé dans des conditions horribles ! » Selon l’article, voici ce qui s’était passé. Par une nuit glaciale du 7 au 8 novembre 1975, un couple de vieux promenait leur chien quand ils avaient trouvé un garçon allongé dans la neige, en état de choc. Il ne portait qu’une chemise de nuit. Ils l’avaient emmené à l’hôpital de Jolimont en urgence. Le médecin avait constaté que le garçon souffrait de malnutrition, de déshydratation et de multiples ecchymoses. Ses poignets portaient des traces de corde, comme s’il avait été attaché. Le médecin l’avait soigné et isolé aux soins intensifs. Il avait appelé la police pour signaler l’incident. Le garçon fut identifié comme Arthur Rizzo, 12 ans, disparu le 1er novembre alors qu’il allait fleurir la tombe de ses grands-parents pour la Toussaint. Les inspecteurs se rendirent à l’hôpital et essayèrent de l’interroger mais il était catatonique. Ses parents furent prévenus et vinrent le rejoindre à l’hôpital. Quand il vit sa mère, il se jeta dans ses bras en pleurant hystériquement. Quand elle réussit à le calmer, les policiers tentèrent à nouveau de l’interroger. Il ne dit qu’un nom. Celui du Docteur Phillips.

Le lendemain de la plainte, la police débarqua chez le docteur Phillips avec un mandat de perquisition. Le médecin tenta de fuir par une fenêtre à l’étage, mais il fut rattrapé et menotté par les agents. Il fut emmené sans ménagement dans une cellule, tandis que sa maison était passée au peigne fin. Ce que les policiers découvrirent les glaça d’effroi. Sous l’escalier du couloir, une porte secrète dissimulée derrière du papier peint donnait accès à une vaste cave. Celle-ci avait été transformée en un sinistre cabinet médical, où trônaient une table d’opération inclinable, des instruments chirurgicaux de toutes sortes, et un autel macabre orné d’organes humains. Des bougies noires entouraient un pentagramme tracé avec du sang sur le sol. Au-dessus de l’autel, un grand miroir aux motifs exotiques semblait renvoyer le reflet des atrocités commises. Dans un recoin de la cave, les cadavres des trente jeunes hommes disparus depuis cinq ans gisaient dans un état de décomposition avancée.

Le docteur Phillips fut jugé et reconnu coupable de meurtre et d’enlèvement de mineurs dans le cadre de rituels de magie noire. Il écopa d’une peine de prison à vie. En prison, il fut soumis à une expertise psychiatrique qui intrigua l’inspecteur chargé de l’affaire. Le rapport du psychiatre révélait en effet des éléments troublants sur la personnalité et les motivations du tueur. Le psychiatre avait pris des notes au fur et à mesure de ses entretiens avec le docteur Phillips. Il était de plus en plus inquiet par le comportement du détenu. Il avait rassemblé ses questions et les réponses du prisonnier dans un dossier sous forme de dialogue.

-Comment vous appelez-vous ?

-Robert Phillips.

-Quelle est votre profession ?

-Docteur en médecine.

-Parlez-moi de votre enfance.

-Je n’ai pas eu d’enfance.

-Très bien. Et de votre relation avec madame Mbala, qui vivait avec vous ?

-C’était ma gouvernante.

-Que vous a-t-elle appris ?

Le docteur avait lancé un regard énigmatique mais n’avait pas répondu. Le psychiatre avait poursuivi son interrogatoire.

-A quoi servait l’autel où les organes humains ont été découverts ?

-Vous ne pouvez pas comprendre. -Essayez de m’expliquer, s’il vous plaît.

-Vous ne pouvez pas comprendre, avait-il répété. Il existe d’autres réalités. Mais pour y accéder, il faut des sacrifices. Tout a un prix, n’est-ce pas ?

-De quoi parlez-vous ? -Vous le saurez bientôt, docteur Godeau, vous le saurez bientôt.

Le psychiatre avait sursauté. Il n’avait jamais donné son nom au docteur Phillips. Il avait senti un frisson lui parcourir le dos et il avait levé les yeux de son carnet. Les yeux du docteur Phillips étaient devenus entièrement noirs. Il le fixait avec un sourire cruel et c’est alors que le psychiatre perdit son sang-froid. Il appela le gardien à l’aide et lui demanda de sortir au plus vite. Le gardien accourut pour lui ouvrir la porte de la cellule, mais il était trop tard. Le docteur Phillips s’était jeté sur le psychiatre et lui avait lacéré le visage et le flanc avec une brosse à dents aiguisée. Le psychiatre fut transporté à l’hôpital et le docteur Phillips fut transféré dans un hôpital psychiatrique sous haute surveillance.

Dans le dossier, des photos du psychiatre à son arrivée à l’hôpital montraient les blessures qu’il avait subies. Mark remarqua qu’elles étaient identiques à celles qu’il avait vues sur Michaël après son agression par l’entité. C’était comme une signature, une façon de marquer ses victimes. Mais pourquoi ?

Quelques semaines plus tard, le docteur Phillips comparut devant la cour de justice où il fut condamné à la prison à vie pour le meurtre et la mutilation des 29 jeunes hommes qui avaient disparu. Le seul survivant ne put assister au procès, mais son témoignage avait été enregistré sur un magnétophone et retranscrit par écrit. Voici ce qu’Arthur Rizzo avait raconté de son calvaire.

-Bonjour, Arthur. Je suis le docteur Medioni et voici l’inspecteur Leclerc. Nous sommes là pour t’écouter. Peux-tu nous dire ce qui s’est passé le soir du premier novembre, quand tu as quitté ta maison ?

-Est-ce que je dois vraiment parler ? demanda Arthur d’une voix tremblante.

-Tu n’as pas à avoir peur, Arthur. Le docteur Phillips est arrêté et il ne te fera plus jamais de mal, je te le promets.

-Vous ne comprenez pas, dit Arthur. Cet homme, c’est le mal incarné. Il a fait des choses atroces. C’est un monstre qui pratique la magie noire. J’ai vu les horreurs qu’il a infligées à ces pauvres enfants.

-Alors raconte-nous, Arthur, l’encouragea l’inspecteur Leclerc. Tu es le seul survivant de cette affaire. Tu ne veux pas rendre justice à tes amis ? Sans ton témoignage, il pourrait s’en sortir avec un simple internement psychiatrique. Il pourrait recommencer un jour. Mais si tu parles, il ira en prison à vie. Arthur hésita encore un moment, puis se décida à parler.

Ce soir-là, je voulais aller déposer un chrysanthème sur la tombe de mes grands-parents. Il faisait déjà nuit et il faisait froid, mais je n’avais pas pu y aller plus tôt. J’avais demandé à mon père et il m’avait dit que ça allait, mais qu’il fallait que je fasse attention à la route qui était verglacée. Je lui avais dit que si c’était trop dangereux, je dormirais chez Lissandro, mon copain qui habite près du cimetière. Quand je suis arrivé au cimetière, j’ai posé les fleurs et j’ai prié un peu. Puis je suis sorti et j’ai entendu quelqu’un m’appeler par mon nom. J’ai vu une voiture garée sur le bord de la route et je me suis approché. C’était le docteur Phillips. Il m’a demandé ce que je faisais là tout seul et je lui ai expliqué pour les fleurs de la Toussaint. Il m’a souri et m’a dit que j’étais un brave garçon. Il faisait très sombre et très froid, alors il m’a proposé de me ramener chez moi et j’ai accepté. Mes parents connaissaient bien le docteur, il soignait les rhumatismes de ma mère et il était toujours gentil avec nous. Je suis monté dans sa voiture. Il m’a offert un morceau de gâteau qu’il avait dans sa boîte à gants et il m’a dit que c’était pour me réchauffer. J’avais faim car je n’avais pas encore dîné, alors j’ai pris le gâteau. Après ça, je ne me souviens plus de rien. Quand j’ai repris conscience, j’étais enfermé dans une grande cage en verre avec des trous pour respirer. Je ne savais pas où j’étais ni ce que je faisais là. J’ai eu très peur. J’ai regardé autour de moi et j’ai vu qu’il y avait d’autres garçons dans la même situation que moi. Ils étaient quatre, je crois, mais il faisait trop sombre pour bien les voir. La pièce où nous étions sentait très mauvais. Comme de la viande avariée ou quelque chose comme ça, c’était horrible. J’ai voulu crier mais un garçon m’a dit de me taire sinon il allait venir. Il avait une voix toute petite et j’ai compris qu’il était plus jeune que moi. Il m’a dit qu’il s’appelait Loris et que le docteur l’avait kidnappé comme moi. C’est là que j’ai remarqué que je n’avais plus mes vêtements sur moi. Je portais juste une sorte de chemise de nuit comme dans les hôpitaux. J’avais froid et j’avais mal au ventre. Peu après, j’ai entendu des bruits de pas qui descendaient un escalier. La porte de la pièce s’est ouverte et le docteur est entré avec un grand plateau. Il nous avait apporté à manger. Il était souriant et il nous parlait comme si de rien n’était. Il nous racontait ses études de médecine et les choses qu’il avait apprises sur le corps humain. Il nous expliquait comment il fonctionnait et il nous posait des questions. On essayait de lui répondre, malgré notre peur. Il m’a dit qu’il nous avait pris pour ses recherches parce que nous étions des garçons très intelligents et en bonne santé. Il s’est même excusé de nous avoir enfermés mais il nous a dit que c’était pour notre bien, pour nous éviter les infections. Il nous a promis qu’il nous ramènerait chez nous quand il aurait fini ses expériences et qu’il nous récompenserait avec de l’argent. Alors on a mangé ce qu’il nous avait apporté, en écoutant ses histoires. Au début, il nous parlait du corps humain, de ses organes et de ses fonctions. Mais ensuite, il se mettait à parler d’un autre monde, qu’il disait être le monde de la connaissance. Moi, je croyais qu’il parlait du Paradis, comme le curé à l’église. Alors je l’écoutais avec attention. Mais à chaque fois que je finissais de manger, je me sentais très fatigué et je m’endormais. Le lendemain, quand je me réveillais, il y avait un garçon en moins dans la pièce. Au début, on était content car on pensait que le docteur l’avait relâché et qu’il était rentré chez lui avec plein d’argent. Mais le jour suivant, il y en avait encore un qui avait disparu. Et le surlendemain, encore un autre. Il ne restait plus que moi et Loris, le plus jeune. On commençait à avoir peur. Le docteur nous laissait sortir de notre cage une fois par jour pour aller aux toilettes et nous laver, mais il nous surveillait tout le temps. Il nous donnait des jouets et des livres pour nous distraire, mais on n’avait pas envie de jouer ni de lire. On voulait juste rentrer chez nous. Mais le docteur nous disait toujours que c’était bientôt fini, qu’il avait presque terminé ses recherches et qu’on allait bientôt être libres. Dans la pièce, il y avait un grand rideau en velours qui cachait quelque chose. Je voyais le docteur passer derrière de temps en temps, mais je ne pouvais pas voir ce qu’il y faisait. Ma cage était trop loin et il faisait trop sombre. Je me demandais ce qu’il y avait derrière ce rideau. Nous étions quatre au début, enfermés dans des cages comme des animaux. Le docteur nous disait que nous étions des héros, que nous participions à une expérience scientifique très importante pour l’humanité. Il nous racontait des histoires fantastiques sur le monde extérieur, sur les merveilles qu’il y avait à découvrir. Il nous donnait à manger et à boire, mais aussi des cachets qu’il disait être des vitamines. Il nous faisait passer des tests, des prises de sang, des électrodes sur la tête. Il nous souriait toujours, mais il y avait quelque chose de faux dans son regard.

Deux jours plus tard, il n’en restait plus que trois. J’ai demandé au docteur ce qu’était devenu le quatrième garçon, celui qui était dans la cage d’en face. Il m’a dit qu’il avait terminé son rôle dans l’expérience et qu’il était rentré chez lui, retrouver sa famille. Mais il avait l’air nerveux, et il a vite changé de sujet. J’ai eu un mauvais pressentiment. Les autres garçons aussi étaient troublés. L’un d’eux m’a confié qu’il avait fait un cauchemar horrible, où il entendait des cris déchirants mais qu’il ne pouvait pas se réveiller. Au matin, il avait vu que la cage de son ami était vide.

Ce soir-là, j’ai feint d’avoir mal au ventre et je n’ai presque rien touché à mon repas. Le docteur a froncé les sourcils, mais il m’a tendu un médicament en me disant que ça allait me soulager. J’ai fait mine de l’avaler, puis je l’ai écouté me raconter ses histoires habituelles avant de me souhaiter bonne nuit. Quand il est parti, j’ai fait semblant de dormir, comme mes amis. Mais je restais aux aguets.

Au milieu de la nuit, j’ai entendu la porte s’ouvrir et des pas descendre l’escalier. C’était le docteur, qui tenait une bougie à la main. Il s’est approché d’une des cages et a jeté un coup d’œil à l’intérieur. Il a hoché la tête, puis il est passé à l’autre cage. Je savais qu’il allait venir vers moi ensuite, alors j’ai fermé les yeux et j’ai ralenti ma respiration. Il est venu près de moi et a éclairé mon visage avec sa bougie. J’ai senti son souffle sur ma joue, et j’ai eu envie de hurler. Mais je suis resté immobile, espérant qu’il me croie endormi. Il a fini par s’éloigner, et j’ai entrouvert les yeux pour le suivre du regard.

Il a écarté le rideau qui divisait la pièce et j’ai aperçu avec horreur une table en métal au milieu. Il a ouvert la cage du garçon et l’a porté sur la table. Il a allumé des bougies qui révélaient des machines sinistres accrochées au mur. Un immense miroir et des chandeliers sur un buffet ancien ajoutaient à l’ambiance lugubre. L’odeur était nauséabonde. C’était l’odeur de la putréfaction. J’ai vu le docteur examiner le garçon et s’assurer qu’il était endormi. Puis, il a retiré son pull et sa chemise et j’ai remarqué des signes étranges gravés sur sa chair. Je ne savais pas ce qu’il tramait mais j’avais peur. Je restais immobile. Il ne paraissait pas me voir. Il a prononcé une sorte de formule dans une langue étrange. Ensuite, il s’est badigeonné d’une crème et il a dessiné des figures sur le corps de mon ami. Je ne pouvais pas voir ce qu’il dessinait car j’étais trop loin et allongé au sol. Et c’est là que je l’ai vu brandir un énorme couteau. Je me demandais ce qu’il allait infliger à mon ami mais je ne pouvais rien faire. J’étais enfermé et si je criais, il me tuerait. Je l’ai donc vu planter le couteau dans le torse de mon ami. Celui-ci s’est réveillé en hurlant de douleur. Ses cris étaient terrifiants. Ça n’a pas cessé pendant des minutes qui m’ont paru des heures. Quand le silence est revenu, le docteur s’est tourné vers un plateau où il y avait des objets scintillants. La lumière des bougies se reflétait dessus. J’étais tétanisé. J’avais envie de hurler, de pleurer mais je savais que pour rester en vie, je devais continuer à faire semblant d’être endormi. Il s’est approché du corps de mon ami et j’ai entendu des bruits répugnants, comme quand mon père découpait un cochon et lui brisait les côtes pour le vider. Mon père est boucher. Quand le docteur s’est redressé, il tenait quelque chose de sanglant dans ses mains. C’était le cœur de mon ami. Il l’a posé sur la table bizarre avec le miroir. Puis, il s’est penché de nouveau sur mon ami et lui a ouvert le ventre. Je n’ai pas pu supporter et je me suis évanoui. Le lendemain, quand j’ai repris connaissance, j’ai raconté au dernier garçon ce que j’avais vu la veille mais il m’a traité de fou. Il n’avait rien entendu et il refusait de voir le docteur comme le monstre qu’il était. Je lui ai parlé de la nourriture et je lui ai dit que nous étions sûrement drogués pour nous endormir. Il a commencé à avoir des doutes mais c’est à ce moment-là que le docteur est revenu. Il avait l’air content ce jour-là et il nous a laissé sortir un peu de nos cages. Je lui ai demandé où était le petit garçon et il m’a répondu que mon ami avait été si coopératif qu’il avait pu rentrer chez lui et qu’il l’avait ramené lui-même chez ses parents. Je savais que c’était un mensonge mais je n’ai rien dit. L’autre garçon a paru soulagé et il m’a regardé comme si j’étais le menteur. Je n’ai plus essayé de le convaincre et j’ai profité de notre liberté relative pour chercher un moyen de m’échapper. Je voulais aller du côté du rideau pour lui montrer que je disais la vérité mais le docteur nous avait attachés avec une chaîne autour du torse et un cadenas qui était relié à un anneau dans le mur du fond, loin de la pièce derrière le rideau. En fouillant, j’ai trouvé un gros clou qui traînait sur le sol et je l’ai caché dans ma bouche. Pendant toute la journée, mon colocataire a lu des livres et mangé des bonbons que le docteur nous avait donnés en échange de notre discrétion. Il nous avait expliqué que ses recherches étaient très importantes et qu’il devait les garder secrètes jusqu’à leur réussite. Il nous avait dit aussi que nous serions des héros quand il présenterait ses travaux aux médecins car c’était grâce à nous qu’il avait progressé. Mon ami souriait et gobait ses paroles. Mais moi, je savais ce que j’avais vu et je savais qu’il mentait. Alors, pendant que mon ami s’amusait, j’ai observé la cage où je dormais la nuit. Les panneaux en verre de la cage étaient maintenus par des barres en fer vissées tout autour. J’ai vu qu’avec le clou, je pouvais dévisser les vis sans faire tomber les panneaux. J’ai donc passé le reste de la journée à dévisser pour affaiblir la structure. Je le faisais sans que mon compagnon ne s’en aperçoive car j’avais peur qu’il me dénonce au docteur. Mais il était trop occupé par sa lecture pour me surveiller. J’ai vérifié que la structure tienne encore assez pour ne pas éveiller les soupçons du docteur. J’ai essayé plusieurs fois d’entrer dans la cage pour m’assurer qu’aucun panneau ne s’écroule quand je montais dedans et ça marchait. Le soir, quand le docteur est arrivé avec les plateaux repas, j’ai fait semblant de rien et j’ai mangé le moins possible en prétextant une douleur au ventre. Il m’a donné un médicament que j’ai fait semblant d’avaler. Nous avons regagné nos cages et j’ai prié pour que rien ne s’effondre mais, heureusement pour moi, la cage est restée stable. Il continuait à nous raconter ses histoires, mais je voyais bien que mon ami n’en pouvait plus. Il s’était endormi, la tête penchée sur le côté. J’ai décidé de faire comme lui et de fermer les yeux. Peut-être que le docteur nous laisserait tranquilles si on faisait semblant de dormir. Plus tard, j’ai entendu des pas dans l’escalier. J’ai entrouvert les yeux et j’ai vu le docteur s’approcher de nos cages. J’ai retenu mon souffle, espérant qu’il ne remarquerait pas que j’étais éveillé. Mais il a passé devant ma cage sans s’arrêter et s’est dirigé vers celle de mon ami. J’ai senti une vague de culpabilité me submerger. J’aurais voulu l’aider, le sauver de ce monstre, mais je savais que c’était ma seule chance de m’échapper. C’était lui ou moi. Alors, quand le docteur a sorti mon ami de sa cage et l’a posé sur la table, j’ai profité de son inattention pour agir. J’ai poussé doucement les panneaux de ma cage, en faisant attention à ne pas faire de bruit. Les panneaux ont cédé et j’ai pu sortir de ma prison. Le docteur était trop absorbé par son rituel macabre pour me voir. Il tenait un couteau à la main et s’apprêtait à faire subir à mon ami le même sort que la veille. Quand il a enfoncé le couteau dans le corps de mon ami et que celui-ci s’est mis à hurler, j’ai pris mes jambes à mon cou. Je ne sais pas si le docteur m’a poursuivi. Je n’ai pas regardé derrière moi. Je me suis précipité vers les escaliers et j’ai débouché dans la maison du docteur. J’ai reconnu la porte du cabinet de consultation et j’ai suivi les indications pour trouver la sortie. Par chance, la porte d’entrée n’était pas verrouillée. J’ai couru comme un fou vers ma maison. Je me souviens encore de la sensation du froid sur mes pieds nus dans la neige. J’avais mal partout, j’étais affamé et épuisé. Quand je suis arrivé au cimetière, j’ai perdu connaissance. Quand je me suis réveillé, j’étais ici, à l’hôpital. Le garçon se tut. Il avait l’air vidé par son récit. L’inspecteur le remercia pour sa bravoure et le laissa avec le psychiatre. Mais avant de quitter la chambre du garçon, celui-ci lui lança une dernière phrase. –C’est le Diable, vous savez. Son miroir brillait d’une lumière bleue à chaque fois qu’il nous tuait. Comme s’il aspirait nos âmes. Ce miroir, c’est la porte des Enfers.

Fin du témoignage d’Arthur Rizzo, 9 novembre 1975.

Le document suivant était une revue de presse qui relatait le procès du docteur Phillips et sa tentative de fuite lors de son transfert.

e dcument suivant était une revue de presse qui  Le docteur Phillips venait d’être condamné à la prison à vie pour des crimes abominables. Il n’avait pas prononcé un mot pendant son procès, malgré les questions insistantes du juge et des avocats. Il s’était contenté de les toiser d’un regard mauvais et de leur adresser un sourire carnassier qui glaçait le sang des familles des victimes présentes dans la salle. Personne ne sut jamais ce qui l’avait poussé à commettre ces atrocités, ni ce qu’il faisait avec les cadavres, les accessoires et l’autel macabre retrouvés chez lui. Le seul rescapé de son enfer avait été incapable de témoigner, tant il était traumatisé.

Le docteur Phillips fut escorté par des policiers jusqu’à un fourgon blindé qui devait le conduire à la prison de Mons, dotée d’une aile psychiatrique. Il était entravé par des menottes aux poignets et aux chevilles, reliées par une chaîne. A l’arrière du fourgon, il fut attaché à un piston au sol par une autre chaîne. Deux gendarmes armés surveillaient l’arrière du véhicule. Mais quand ils arrivèrent à destination, ils eurent la stupeur de constater que le prisonnier avait disparu. Ils alertèrent aussitôt le poste central et des patrouilles se mirent à sa recherche.

Après plusieurs heures d’investigation, une patrouille qui était restée dans le quartier du docteur Phillips vit un homme s’approcher de sa maison. Il portait une tenue de l’asile de Manage et avait encore des morceaux de chaîne aux poignets et aux chevilles. C’était le fugitif. Les gendarmes se lancèrent à sa poursuite. Le docteur Phillips tentait de pénétrer dans sa cave par la grille d’aération, n’ayant plus les clés de sa porte d’entrée. Un gendarme le rattrapa et le mit en joue, mais il ne s’arrêta pas. Il était déjà à moitié passé par la grille quand le gendarme lui tira dessus plusieurs fois. Le docteur s’écroula dans la cave et le gendarme le suivit.

Avec sa radio, il appela du renfort et entra dans la cave, son arme braquée sur le fugitif. Celui-ci gisait au milieu de la pièce où les corps mutilés avaient été découverts. Il respirait faiblement. Mais soudain, il se mit à ramper vers l’autel sacrificiel et tendit le bras vers le miroir qui trônait au-dessus. Il murmura quelques mots incompréhensibles et le miroir se mit à briller d’une lueur bleutée. Le gendarme n’en revenait pas. Il sentit une vague de terreur l’envahir, mais il resta sur ses gardes. Il ordonna une dernière fois au docteur de ne plus bouger. Mais à cet instant, la lueur du miroir s’éteignit et le docteur cessa de respirer. Ses yeux vitreux fixaient le néant, un sourire énigmatique sur les lèvres.

Les renforts arrivèrent et trouvèrent le policier assis par terre, comme pétrifié. Ils jetèrent un coup d’œil par la grille d’aération et virent le corps du docteur Phillips. Il était mort. Le corps du docteur Phillips fut transporté à l’institut médico-légal de Bruxelles pour y être autopsié. Le médecin légiste constata que les balles avaient été fatales, mais il remarqua aussi une étrange brûlure au visage. On aurait dit que le docteur avait été aspergé d’un acide corrosif. Mais aucune trace de substance chimique ne fut détectée sur le cadavre, et comme l’affaire était close avec la mort du criminel, on n’approfondit pas la question. Le corps du docteur fut rendu à son père, qui le fit incinérer et déposa ses cendres dans l’église du village, sous l’œil vigilant de l’évêque.

Le père du docteur ne se remit jamais du choc de découvrir les atrocités commises par son fils. Il se sentait coupable et honteux, et il sombra dans la dépression. Il mourut quelques années plus tard, laissant un testament inattendu. Il avait légué une partie de sa fortune aux familles des victimes de son fils, comme un geste de repentir et de compassion. Les familles, bien que toujours endeuillées, acceptèrent cet héritage et y virent une forme de justice. La maison et le cabinet du docteur Phillips furent démolis et il n’en resta que les ruines.

Mark ouvrit le dernier dossier, qui contenait les plans du quartier où le docteur Phillips avait installé son cabinet médical. Il les examina attentivement et écarquilla les yeux. Il se précipita sur les plans régionaux de la ville de Binche et chercha la rue où il se trouvait actuellement. Il eut soudain une illumination et comprit le lien entre tous les événements. Il poursuivit ses recherches et trouva confirmation de son intuition. Dans les archives de la ville, il découvrit un article de presse datant de l’époque où des maisons de corons avaient été construites pour accueillir les familles d’immigrés italiens qui travaillaient à la mine. Sur les photos, on voyait encore des entrepôts à la place des maisons. Mark zooma sur l’une d’elles et lut l’inscription sur la façade : “Société Phillips”. Il se laissa tomber sur sa chaise, stupéfait. C’était ça ! C’était la raison de tout ce qui arrivait à cette malheureuse famille ! Il sentit les regards curieux du reste de l’équipe et du couple sur lui. Mark se tourna vers eux et leur résuma l’histoire du docteur Phillips. Quand il arriva à la partie où le docteur était mort et sa maison démolie, il leur montra les plans d’urbanisme. On y voyait la maison du docteur et les maisons de mineurs qui avaient été construites ensuite. Le couple ne semblait pas saisir le sens de ces plans. Mais Billy et Jimmy avaient deviné. – C’est ici, n’est-ce pas ? demanda Jimmy. C’est pour ça qu’il connaît la maison comme sa poche ? Mark acquiesça d’un signe de tête. – Mais bon sang, s’exclama Jean. Quelqu’un peut-il m’expliquer ce qui se passe ? C’est Billy qui lui répondit. – C’est pourtant clair, Jean. Votre maison a été édifiée sur les ruines du cabinet du docteur Phillips. Votre maison repose sur un sol maudit.

 

 

 

 

 

Chapitre 10

Michaël ouvrit les yeux et se sentit perdu. Il avait la tête qui lui faisait un mal de chien et il ne reconnaissait pas l’endroit où il se trouvait. Il se souleva péniblement et réalisa qu’il était dans une sorte de cave. Il faisait sombre et humide. Il essaya de se rappeler comment il était arrivé là, mais sa mémoire était vide. Il se souvenait seulement de s’être endormi dans la chambre d’ami chez Mario, sa mère lui avait préparé un lit confortable. Ensuite, le trou noir. Il se leva lentement, tâtonnant dans l’obscurité. Ses yeux s’adaptèrent peu à peu et il distingua les contours de la pièce. Le sol était recouvert d’un carrelage ancien, les murs étaient couverts d’un papier peint vert défraîchi et une odeur de moisissure emplissait l’air. Il sortit son GSM de sa poche et vit qu’il ne lui restait presque plus de batterie. Il tenta d’appeler son père, mais il n’y avait pas de réseau. Il activa alors sa lampe torche et se mit à explorer la pièce. Elle était assez grande, environ vingt mètres carrés, et divisée par un rideau de velours rongé par les mites. La pièce était en désordre et remplie d’objets hétéroclites entassés dans les coins. Michaël avança prudemment vers le fond de la pièce, en se guidant avec sa main sur le mur, et heurta quelque chose de métallique. Il braqua sa lampe dessus et vit qu’il s’agissait d’un piston fixé au mur, avec un anneau auquel étaient attachées des chaînes. Il continua son chemin et découvrit plusieurs panneaux de verre percés de trous, ainsi que des structures métalliques. On aurait dit des aquariums, mais pourquoi avaient-ils des trous ? Il s’approcha du rideau de velours et ressentit soudain une douleur aiguë dans la poitrine. Sa tête se mit à tourner. Il n’y voyait plus clair. Il eut l’impression d’être attiré par ce qui se cachait derrière le rideau. Malgré lui, son corps avança vers cet endroit, sans qu’il puisse le contrôler. Il franchit le rideau et se retrouva face à une table métallique. Elle ressemblait à une table d’autopsie. Mais ses pieds ne s’arrêtèrent pas là. Ils le poussèrent vers le fond de la pièce. Dans la pénombre, il aperçut une lueur qui venait du fond de la pièce. Il vit alors une sorte de table en pierre sur laquelle étaient gravés des symboles étranges. Des bougies noires étaient disposées aux quatre coins de la table. Un pentagramme était incrusté dans la pierre et Michaël reconnut le même symbole que celui qui ornait le mur de sa chambre. La table était maculée de taches sombres qui ressemblaient à du sang séché. Les bougies s’allumèrent soudainement. Un vent froid le frappa au visage. Il semblait sortir du miroir. Intrigué, il se pencha vers la table pour mieux voir les taches, mais il fut pris de nausée. Il se redressa et croisa son reflet dans le miroir. C’était un miroir étrange. Michaël fixa le miroir et eut un choc. Le visage qui le regardait n’était pas le sien. Il s’approcha, persuadé d’halluciner, mais le reflet fit de même. Il se dévisagea un instant et dut admettre l’évidence. Ce visage n’était pas le sien. Comment cela se pouvait-il ? Il toucha sa joue et le reflet l’imita. Michaël était pétrifié. Comment son visage avait-il pu changer sans qu’il s’en rende compte ? Avant qu’il ait le temps de réfléchir, une voix résonna dans sa tête.

– Salut, Champion !

Michaël se retourna vivement et scruta la pièce, mais il n’y avait personne. Il reporta son regard sur le miroir, mais son reflet ne bougeait plus. Au contraire, il affichait un sourire carnassier et une lueur narquoise brillait dans ses yeux. Le jeune homme était terrifié. Que se passait-il, bon sang ? Il observa cet homme et le vit se rapprocher. Il recula instinctivement, mais la voix retentit de nouveau dans sa tête.

– Inutile de fuir. Tu es pris au piège. Il n’y a pas d’issue.

L’homme lui souriait toujours et ses yeux étaient d’un noir profond.

– Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous voulez ? balbutia l’adolescent, la peur faisant trembler sa voix.

L’homme se colla presque au miroir, comme s’il voulait en sortir. De la buée se forma sur la vitre.

– Qui je suis n’a pas d’importance, répliqua-t-il. Pas pour toi, en tout cas. Par contre, qui tu es, ça c’est important. Quant à ce que je veux, tu vas bientôt le savoir. Tu ne le sais pas encore, mais tu es quelqu’un de très spécial, mon garçon. Ton aura brille comme un phare dans la nuit. Et j’ai justement besoin de ce genre d’âme pour accomplir mon dessein.

– Et quel est ce dessein ? demanda Michaël, la voix faible. Qu’est-ce que vous comptez faire ?

L’homme le regarda avec un air moqueur et son sourire s’élargit. Sa réponse plongea l’adolescent dans une panique totale.

– Ce que je veux ? Mais c’est évident, non ?

L’homme traversa le miroir comme s’il n’était qu’une illusion et sa main apparut de l’autre côté.

– Ce que je veux, Michaël, c’est toi. Ou plutôt ton corps. Ce que je veux, c’est renaître.

Michaël vit l’homme sortir entièrement du miroir et se mit à hurler. Il essaya de s’échapper mais son corps était paralysé. Il avait l’impression d’être cloué au sol. L’homme sortit du miroir et se planta devant le pauvre adolescent terrifié. Il lui sourit avec malice.

– Ne le prends pas mal, tu sais. Mais je t’attends depuis si longtemps. Il est temps de procéder à l’échange. Si ça peut te rassurer, dis-toi que tu retrouveras ta famille disparue.

Il tendit les bras et saisit le jeune homme par le visage. Son regard était comme un gouffre rempli de ténèbres. Michaël ne put s’empêcher de plonger dans ses yeux noirs. Ce qu’il y vit était tellement horrible qu’il se mit à hurler encore plus fort. Puis, tout devint noir.

 

 

Jean raccrocha le téléphone, déçu. L’agent de police lui avait dit que Michaël était toujours introuvable et que les pistes étaient minces. Il sentit le regard désespéré de Sylvia sur lui. Il alla la prendre dans ses bras. Elle se blottit contre lui et se dirigea vers la cuisine. Ils étaient tous épuisés et Sylvia essaya de se changer les idées en leur préparant un bon repas. Elle n’arrivait pas à croire ce qu’elle avait appris sur l’entité qui les tourmentait. Comment un fantôme pouvait-il s’acharner ainsi sur les vivants ? Elle avait grandi dans la foi catholique et ce qu’elle avait appris au catéchisme ne l’avait pas préparée à de telles horreurs. Pour Sylvia, quand on mourait, on allait soit au Paradis, soit en Enfer. Il y avait bien le purgatoire, mais c’était juste une étape pour accomplir une dernière volonté, une dernière mission. Elle n’avait jamais entendu parler d’une âme humaine capable de revenir posséder les vivants. Perdue dans ses pensées, elle se concentra sur la préparation des légumes. Elle fit des boulettes de viande et une potée de poireaux. L’odeur du repas attira Billy dans la cuisine. Il proposa son aide à Sylvia, qui lui confia les assiettes. Billy les apporta à table et tout le monde s’installa pour manger. Ils mangèrent en silence, appréciant le repas, mais sans oublier les révélations récentes. Quand ils eurent fini, Mark et Antoine débarrassèrent la table et les autres allèrent dans le salon. Ils étaient fatigués mais trop angoissés pour dormir. C’est alors qu’ils entendirent un hurlement sinistre résonner dans les murs. Mark, qui essuyait la vaisselle, lâcha l’assiette qu’il tenait. Il se tourna vers les autres et vit qu’ils étaient tous figés par ce cri glacial. D’où venait-il ? se demanda Mark en avançant vers le salon. Jean, Philippe et Billy s’étaient levés et scrutaient les alentours. Jimmy restait immobile. Il regarda vers le couloir et murmura :

– On dirait que le docteur Frankenstein est de retour.

Mark suivit son regard. Il se souvint de la grille d’aération extérieure de la cave. Il regarda Jimmy et comprit qu’il pensait à la même chose que lui. Mark, suivi de Billy et de Jean, se dirigea vers la porte cachée sous l’escalier. Il colla son oreille à la porte et écouta. Il n’y avait aucun bruit qui venait du sous-sol. Pourtant, l’atmosphère avait changé. L’air était lourd de tension. Il se tourna vers Billy et celui-ci s’approcha de la porte. Il posa ses mains dessus et sembla entrer en transe. Un instant plus tard, il rouvrit les yeux et soupira.

– Je crois que Jimmy a raison, dit-il. L’entité est de retour. Mais c’est bizarre. J’ai l’impression qu’elle n’est pas seule. Je ne sais pas comment l’expliquer mais je ressens de la détresse, de la peur et de la haine pure en même temps. C’est perturbant.

Mark réfléchit un instant. Jean lui demanda ce qu’il se passait.

– Eh bien, je pense qu’il est temps de visiter votre cave, Jean. Je crois que nous avons de la visite.

Jean le regarda sans comprendre. Puis son regard se posa sur la porte de la cave et il réalisa ce que Mark voulait faire. Il alla dans le salon et demanda à Sylvia de rester avec Antoine, Philippe et Jimmy. Il prit le crucifix qui était sur la table basse et rejoignit Mark et Billy. La main sur la poignée, Mark attendit le signal de Billy. Celui-ci acquiesça et Mark ouvrit doucement la porte. L’escalier était plongé dans l’obscurité. Mark chercha un interrupteur. Il le trouva et appuya dessus, mais rien ne se passa. L’ampoule devait être grillée. Il sortit son GSM et alluma la lampe torche. Il vit des marches en pierre couvertes de poussière. Le sous-sol semblait profond. Les marches tournaient sur la droite, formant un angle mort.

– Je n’aime pas ça, murmura-t-il.

Billy haussa les épaules et le dépassa. Ils descendirent prudemment les escaliers et arrivèrent dans une pièce sombre qui sentait l’humidité et la putréfaction. Jean et Mark regardèrent autour d’eux, tandis que Billy avançait dans la pièce. Soudain, Billy aperçut un mouvement furtif du coin de l’œil. Il dirigea sa lumière vers le coin de la pièce, mais il n’y avait que de vieux panneaux vitrés et une chaîne accrochée au mur. Sur le sol, il reconnut le pentagramme que Jimmy avait dessiné dans l’autre monde. Billy tira doucement le rideau de velours. Mark et Jean l’avaient rejoint. Ils virent avec horreur la table d’autopsie et l’autel nauséabond au fond de la pièce. Billy s’approcha de l’autel et regarda le miroir.

-Voilà le portail, dit-il à Mark. Je peux sentir son attraction sur moi. J’ai presque l’impression qu’il m’appelle.

Mark ne répondit pas. Il ne ressentait pas la même chose que Billy, mais ce miroir lui déplaisait fortement. Une sensation de malaise s’en dégageait et Mark voulait juste fouiller la cave et sortir au plus vite de cet endroit. Il allait s’éloigner du miroir quand il sentit une présence derrière lui. Il se retourna et vit Michaël. Le jeune homme était allongé dans un recoin et semblait inconscient. Mark appela Jean et Billy.

Les deux hommes s’approchèrent, mais quand Jean vit que c’était son fils, il se précipita sur lui et le secoua par les épaules. Michaël ne réagissait pas aux secousses. Ne sachant pas quoi faire, Jean se tourna vers Billy, mais celui-ci regardait avec effroi derrière Jean. Jean se retourna brusquement et sentit une brûlure aux mains. Il regarda son fils, mais le visage qui le fixait n’était plus celui de Michaël. Son visage était devenu celui d’un prédateur. L’œil noir et le sourire narquois, la chose le regardait d’un air amusé.

– Alors, Champion ? On ne dit pas bonjour à son fiston ?

Jean recula, terrifié. L’entité se redressa et les toisa d’un regard triomphant.

– Je suppose que ce n’est pas la peine que je me présente, n’est-ce pas ?

Elle s’avança lentement vers les hommes, l’air sûr d’elle.

– Qu’avez-vous fait à mon fils ? hurla Jean. Où est-il ? Est-il dans votre monde parallèle ? Est-il mort ?

La créature lui sourit.

– Ne t’inquiète pas, mon cher papa. Non, Michaël n’est pas mort. Il est ici avec nous. Disons qu’il fait un petit somme pour l’instant du moins.

Les trois hommes ne comprenaient rien à ce qu’elle disait. La créature semblait s’amuser de leur confusion. Jean brandit alors le crucifix qu’il tenait dans la main, mais la créature éclata de rire et dit :

– Vous pensez que ce bout de bois a un effet sur moi ? Vous me prenez pour quoi ? Un vampire ?

Jean ne savait pas quoi dire et baissa le bras, se sentant légèrement ridicule. L’entité le regarda avec condescendance.

– Bon, j’aurais aimé discuter avec vous plus longtemps, mais je n’ai pas de temps à perdre. Elle leva le bras et Mark et Billy furent projetés contre le mur. Les chaînes s’enroulèrent autour d’eux et les immobilisèrent. Jean resta pétrifié sur place.

– Qu’allez-vous faire ? demanda-t’il à la fausse Michaël. La créature lui sourit.

-Ce que je vais faire, Jean ? Eh bien, c’est très simple. Tu vois, ton fils est très spécial. Il a une âme si pure et innocente. Le réceptacle idéal pour ma renaissance. Mais pour pouvoir l’habiter pleinement, je vais devoir détruire toute cette lumière qui l’anime. Il était déjà bien affaibli depuis la mort de son grand-père, mais ce n’était pas suffisant. C’est là que tu interviens, mon cher assistant.

Jean ne saisissait pas. A ce moment-là, il entendit la porte de la cave s’ouvrir et la voix de Sylvia résonner.

– Jean ? Est-ce que tout va bien ? Qu’est-ce qui se passe ?

Jean voulut lui répondre, lui crier de ne pas descendre, mais il ne put pas ouvrir la bouche. Son corps était paralysé. L’entité prit alors une voix plaintive et répondit :

– Maman ? Maman, aide-moi s’il te plaît ! Je suis ici !

La voix était si semblable à celle de son fils que Jean en fut sidéré. Il entendit avec horreur les pas de Sylvia descendre les marches en appelant son fils.

– Michaël ? C’est toi ?

Jean essaya de se débattre pour se libérer, mais il avait l’impression que ses membres étaient figés. Il ne put que regarder, impuissant, sa femme entrer dans la pièce et le regarder avec inquiétude. Jean la regarda d’un air paniqué, essayant de la prévenir, mais quand elle vit Michaël, elle se précipita sur lui et le serra dans ses bras.

– Michaël, mon cœur ! Tu es là, enfin ! J’étais tellement inquiète ! Où étais-tu ? Tu es blessé ?

Trop occupée à examiner le corps de son fils, Sylvia ne remarqua son expression que quand elle leva les yeux vers son visage. Elle eut alors un mouvement de recul, mais avant qu’elle n’ait pu s’éloigner, la créature l’attrapa par le bras. Sylvia se mit à se débattre, mais la main qui la tenait était d’une force incroyable et ses efforts furent vains. La créature approcha son visage du sien et lui chuchota à l’oreille :

– C’est comme ça que tu traites ton fils, maman?

Sylvia était tétanisée. D’une voix tremblante, elle lui dit :

– Vous n’êtes pas mon fils ! Que lui avez-vous fait ?

La créature se mit à rire.

– Où crois-tu qu’il soit, ma chère Sylvia ? Tu as eu l’occasion de visiter ma demeure. Tu n’as pas une petite idée ?

Sylvia vit alors le miroir au fond de la pièce et ce qu’elle y vit la terrifia. Derrière le miroir, son fils la regardait d’un air terrifié. Il semblait lui crier quelque chose, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Sylvia hurla, mais la créature lui plaqua une main sur la bouche.

– S’il te plaît, Sylvia. Arrête de hurler. D’habitude, j’aime entendre la peur dans la voix de mes victimes, mais tu comprendras que j’ai des projets et que je veux les réaliser. Donc, si tu veux bien coopérer, nous allons commencer. Sylvia ne comprenait pas, mais quand la créature la traîna vers la table métallique, ses yeux s’écarquillèrent d’horreur. Sylvia se souvint des photos des meurtres du docteur. Elle se débattit, mais la créature était trop forte. Sylvia se retrouva allongée sur la table métallique, les membres immobilisés. On aurait dit qu’une force invisible la retenait. L’entité ne se pressait pas. Elle se dirigea vers l’autel et regarda Michaël dans le miroir. Celui-ci semblait hurler en tapant contre la vitre, mais l’entité savait qu’il ne pouvait pas s’échapper.

Le docteur se rappela le jour de sa mort terrestre. Il avait lui aussi traversé le miroir et passé dans ce monde parallèle. Heureusement qu’il avait été formé par la meilleure sorcière vaudou qu’il ait connue. Sans elle, il n’aurait pas pu mettre son plan à exécution. Mais ça n’avait pas été facile. S’évader du fourgon de la gendarmerie n’avait pas été difficile. Il lui avait suffi d’hypnotiser les gardiens qui l’accompagnaient et de les convaincre de le libérer. Ils lui avaient même ouvert la porte ! Mais ensuite, la course-poursuite avait été épuisante et quand il avait enfin atteint sa rue, il avait dû user de ruse pour atteindre sa destination. Il était malheureusement tombé sur un jeune policier qui, sans le savoir, avait le don de voir à travers les illusions. Il n’était pas tombé sous le charme du docteur et lui avait tiré dessus à plusieurs reprises. Heureusement pour le docteur, l’autel et le miroir étaient toujours là, avec ses offrandes et ses maléfices, et il avait pu transférer sa conscience dans le miroir avant que son cœur ne s’arrête de battre. Néanmoins, il était resté longtemps dans ce monde parallèle et avait eu le temps de réfléchir à comment regagner le monde des vivants. Et c’est là qu’un miracle était arrivé. Une maison avait été construite au-dessus des fondations de sa demeure et ce cher Robert avait pu utiliser l’énergie vitale de ses habitants pour reprendre des forces. Mais ça ne suffisait pas. Il fallait un sacrifice de sang. Alors, quand cette bande de gamins imprudents avaient décidé de traverser le toit, le docteur y avait vu une occasion unique. Il pouvait interagir avec les matériaux de la maison et avait détaché les tuiles du toit, ce qui avait provoqué la chute de ce cher Julio et lui avait donné le sang nécessaire pour reprendre des forces. Ensuite, vu l’état du cerveau de ce pauvre garçon, il avait été facile de le manipuler et de lui faire perdre la raison. Mais il s’était trompé sur la force mentale de ce jeune homme. Malgré le harcèlement dont il était victime, le docteur n’avait pas pu l’inciter à tuer sa famille. Les catholiques et leurs principes ! Il s’était donc tourné vers le jumeau de celui-ci, mais lui non plus n’avait pas cédé. Quand Roberto avait enfin réalisé que l’entité qui était avec lui n’était pas son frère jumeau, il avait décidé d’arrêter de se nourrir. Le docteur l’avait pourtant assailli d’images horribles de sa famille agonisante, mais Roberto n’avait pas cédé. Quand il était mort à son tour, le docteur n’avait pas eu d’autre choix que de rejoindre le miroir. Il était plus fort, oui, mais pas assez pour trouver le réceptacle qu’il recherchait. Il avait bien tourmenté le vieil homme, mais celui-ci ne l’intéressait pas. Il préférait un jeune homme en pleine forme. Alors, il eut l’idée de le terroriser au point que la santé du vieil homme décline et qu’il soit obligé de quitter les lieux. Tout se passait comme le docteur l’avait espéré. Au fil des années, il avait pu se nourrir de nombreux locataires, mais ceux-ci ne restaient jamais assez longtemps pour qu’il puisse mettre son horrible projet à exécution. Il se contenta donc de se nourrir de leur peur pour gagner en pouvoir et attendit patiemment le jour où il trouverait enfin sa perle rare. Et ce jour était arrivé ! Le vieil homme était revenu dans sa maison et, comble de la joie, il était accompagné de sa famille.

Le docteur avait une onde de chaleur le traverser  quand il vit le jeune homme entrer dans la maison. C’était lui, le joyau qu’il convoitait depuis si longtemps. Il avait été fasciné par l’éclat de son âme, si pure et si lumineuse. Il avait tout orchestré pour le briser, le pousser à la folie. Il avait manipulé son grand-père mourant, lui faisant croire qu’il épargnerait sa famille s’il venait le rejoindre. Il avait possédé sa mère, la transformant en marionnette sans volonté. Il avait détruit leur relation si fusionnelle, leur infligeant une souffrance inouïe. Il l’avait attiré dans son antre, son « laboratoire », et l’avait projeté de l’autre côté du miroir. Il avait dû libérer les autres prisonniers de leurs chaînes, mais qu’importe. Ils étaient impuissants, condamnés à assister au spectacle macabre. Il se pencha sur Sylvia, un sourire malsain aux lèvres, et commença à lui arracher son chemisier. Elle se débattit, mais en vain. Il était trop puissant, trop gorgé d’énergie accumulée au fil des années. Il allait enfin renaître ! Il saisit le couteau qu’il avait dissimulé sous le bord de la table sacrificielle et approcha la lame du torse de la jeune femme.

-Vous êtes prête, ma chère ? Ce sera un peu douloureux, mais je vous assure que ce sera rapide !

Jean hurla de rage et de terreur. Il tenta désespérément de se libérer de l’emprise du monstre, mais son corps était paralysé. Il vit avec horreur le docteur s’apprêter à égorger sa femme. Michaël, qui avait cessé de marteler la vitre, le fixait avec des yeux écarquillés. Soudain, des pas résonnèrent dans l’escalier. Une silhouette apparut et tous reconnurent Jimmy. Il semblait étrangement calme face à l’horreur qui se déroulait devant lui. Il avança lentement dans la pièce et posa son regard sur le faux Michaël. Puis il se tourna vers le miroir et ce qu’il y vit confirma ses soupçons. Le docteur avait pris possession du corps du pauvre garçon. Il soupira et s’approcha du docteur.

– Ne vous faites pas d’illusions, mon cher Jimmy, lança celui-ci d’un ton arrogant. Vous ne pouvez rien contre moi. Je dispose de suffisamment de pouvoir pour vous immobiliser. Alors restez sagement à votre place si vous voulez revoir votre frère vivant.

Jimmy regarda Billy et lui adressa un sourire triste. Il se dirigea vers lui et lui murmura à l’oreille :

-Ne t’inquiète pas Billy. Tout va bien se passer. Je te remercie pour tout ce que tu as fait pour moi. Merci de m’avoir aidé à accepter ce don, ou plutôt cette malédiction. Mais je dois t’avouer que je n’en peux plus. Si j’ai tenu le coup jusqu’à présent, c’est grâce à toi. Mais aujourd’hui, je vais enfin pouvoir me rendre utile. Pour une fois, cette malédiction aura servi à quelque chose de bien.

Billy ne comprenait pas ce que Jimmy voulait dire. Quand il le vit s’élancer vers le docteur, toujours armé de son couteau, il se mit à hurler son nom mais les chaînes le retenaient toujours. Des larmes coulèrent sur ses joues tandis qu’il assistait impuissant à la scène. Le docteur observa Jimmy s’approcher. Il y avait quelque chose d’inquiétant dans son calme apparent.

-Quel est ton but, mon cher petit médium ? Tes capacités sont certes fascinantes, mais elles ne te serviront à rien face à moi.

Jimmy s’assit sur une vieille chaise et jeta un coup d’œil aux autres. Ils étaient immobilisés, mais semblaient conscients. Il reporta son attention sur le docteur.

-J’ai quelque chose à vous proposer.

Le docteur le dévisagea, surpris, puis éclata d’un rire dément. Il se moqua de lui pendant de longues minutes, puis se calma et le fixa.

-Une proposition ? Et qu’as-tu à m’offrir qui pourrait me faire renoncer à mes plans ?

Jimmy sourit tristement à Michaël, puis regarda le médecin dans les yeux.

-Je veux vous parler d’un échange. Moi contre Michaël et sa famille. Le docteur le scruta avec malice et réfléchit.

-Qu’as-tu donc de plus que ce jeune garçon ? Il est le réceptacle idéal pour mon esprit. Pourquoi devrais-je te choisir toi ?

Billy, qui entendait tout, se mit à se débattre de nouveau. Mais Jimmy savait ce qu’il faisait. Il s’approcha du médecin et commença à plaider sa cause.

-Il est vrai que ce jeune homme a une âme pure et innocente. Mais son âge est un handicap. Il n’a que dix-sept ans. Cela ne pose pas de problème pour la réincarnation, mais qu’en est-il de la suite? Comment un adolescent pourrait-il s’échapper et recommencer une nouvelle vie sans être traqué par la police ? Son père a signalé sa disparition. Même si les autorités ne croiront jamais à une histoire de possession ou de réincarnation, vous serez vite rattrapé et enfermé dans ce corps, isolé dans un asile. Et vous savez mieux que quiconque comment on y vit, n’est-ce pas ? De plus, vous n’aurez pas d’argent. Et même si vos connaissances en médecine sont remarquables, vous devrez refaire vos études avant de pouvoir exercer à nouveau. Sans compter le père Rosso qui connaît bien la famille et qui pourrait vous causer des ennuis s’il se mettait à leur recherche.

Le docteur écoutait Jimmy avec attention. Il pesait le pour et le contre. Jimmy continua.

-Avec moi, vous auriez plus de facilité pour recommencer une nouvelle vie. Je n’ai que vingt-huit ans, ce qui n’est pas si vieux. Et je suis un médium renommé qui a une certaine notoriété. Je mène une vie confortable. Je suis également diplômé en médecine. Je suis prêt à vous laisser prendre possession de mon corps si vous libérez toutes les personnes qui sont ici ainsi que les âmes que vous avez piégées dans cet autre monde. Laissez ces âmes reposer en paix et laissez les autres reprendre leur vie et je vous suivrai sans résistance.

Le docteur hésitait. Il avait été tellement obsédé par sa renaissance qu’il n’avait pas pensé à sa vie future. Le petit médium avait des arguments convaincants. Il y eut un silence qui sembla durer une éternité, puis le docteur se décida et se dirigea vers le miroir, suivi de Jimmy. Celui-ci jeta un dernier regard à son frère.

-Adieu Billy. Je t’aime grand frère.

Billy sentit les larmes lui monter aux yeux en voyant Jimmy et le docteur franchir le miroir. Il voulut crier, les retenir, mais il ne pouvait pas bouger. Il assista, impuissant, à la disparition de son frère dans l’autre monde.

 

 

Chapitre 12

Jimmy était resté auprès de Philippe qui surveillait la progression de Mark, Jean et Billy à travers la caméra du sous-sol. L’image était brouillée, mais le son était clair. Ils virent le trio avancer vers le fond de la pièce et découvrir ce qui se cachait derrière le rideau en même temps qu’eux. Jimmy fut saisi par la vue du miroir. Même à travers l’écran, il sentait son pouvoir d’attraction. Il comprit alors que ce miroir était le passage vers le monde parallèle que le docteur s’était créé. Il réfléchit vite. Il n’était pas un spécialiste du vaudou, mais il connaissait les principes des portails. Si la sortie était dans la chambre des jumeaux, l’entrée devait être dans la cave. Il appela le Père Rosso. Celui-ci répondit aussitôt.

-Jimmy ? Quoi de neuf ? Avez-vous retrouvé Michaël ?

Jimmy trépignait d’impatience.

-Mon Père, je n’ai pas le temps de tout vous expliquer. C’est la folie ici. Mais j’ai besoin de vous demander un service. Ne me posez pas de questions, le temps presse. Pouvez-vous venir tout de suite ? J’ai besoin de vous pour sceller le portail de la chambre de Michaël. Je suis sûr que vous savez faire ça.

Le Père Rosso hésita un instant. Il réfléchit quelques secondes.

-Je pense pouvoir le faire, mais qu’en est-il des âmes prisonnières de l’autre côté ? Nous ne pouvons pas les abandonner ! Elles doivent continuer leur chemin !

Jimmy soupira.

-Ne vous inquiétez pas, mon Père. J’ai un plan et je pense qu’il a des chances de marcher. Mais dépêchez-vous, s’il vous plaît.

Sur ce, Jimmy raccrocha. Il croisa les regards d’Antoine et de Philippe qui le questionnaient du regard et se rapprocha d’eux.

-Tu as vraiment un plan ou tu improvises ? lui demanda Antoine.

Jimmy lui sourit.

-Un peu des deux. J’espère ne pas me tromper. Mais je vais avoir besoin de votre aide à tous les deux aussi.

Il leur exposa son idée. À en juger par leur expression, Jimmy vit qu’ils n’étaient pas du tout emballés par son idée.

-Tu ne peux pas faire ça, Jimmy. C’est trop dangereux ! Et Billy, tu y as pensé ?

Philippe regarda Jimmy avec tristesse. C’est vrai que ce n’était pas le meilleur plan du monde, mais il ne voyait pas d’autre solution. Il fallait qu’il tente le coup. Voyant que Jimmy était déterminé, Antoine et Philippe se résignèrent.

-Promets-nous de ne rien faire avant qu’on te donne le feu vert. Il faut respecter le timing à la lettre.

Découragés, les deux hommes lui firent la promesse demandée.

-Billy ne nous le pardonnera jamais ! dit Philippe d’un air désolé.

Jimmy posa la main sur l’épaule de son ami. Il était désolé de leur imposer ça, mais la situation l’exigeait. Il n’y avait pas d’autre issue possible.

–Ne t’en fais pas, Philippe. Billy comprendra que c’était la seule façon de faire. Et puis, c’est moi qui vous ai obligés à faire ça. Vous n’êtes pas responsables.

Philippe secoua la tête et baissa les épaules.

-OK, Jimmy. On fera comme tu dis.

Jimmy leur sourit et leur expliqua les différentes étapes de son plan. Il venait juste de finir quand le Père Rosso arriva. Il portait sa tenue de cérémonie et avait apporté tout le matériel que l’Évêque lui avait confié.

Sans perdre de temps, Jimmy lui demanda de monter à l’étage et de sceller le portail du placard. Le Père Rosso observa un moment ce jeune homme. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait l’impression que c’était la dernière fois qu’ils se voyaient. Jimmy sentit l’angoisse du prêtre et lui fit un faible sourire.

– Ne vous en faites pas, mon Père. Tout ira bien. Scellez cette porte puis, quand Philippe et Antoine vous le diront, descendez à la cave et suivez leurs instructions.

Le prêtre accepta de monter à l’étage pour tenter de purifier la chambre. Il sentit une différence dans l’atmosphère, moins oppressante qu’avant, mais toujours inquiétante. Le portail qui s’ouvrait dans le placard semblait moins actif, moins menaçant. Il espéra que c’était bon signe.

Il déposa son matériel sur le bureau de l’adolescent et commença le rituel. Il récita des prières de libération pour Antonio et ses fils, prisonniers de ce lieu maudit. Il vit des boules de lumière se détacher du portail et se diriger vers la fenêtre, comme si elles cherchaient à s’échapper. Il pria encore plus fort, demandant à Dieu de refermer cette brèche infernale. Il s’approcha prudemment du placard et constata avec soulagement qu’il n’y avait plus rien d’anormal. Plus aucune vibration, plus aucune présence.

Il aspergea le cagibi d’eau bénite et y fixa un crucifix. Les boules de lumière avaient disparu. Le prêtre espéra que les âmes d’Antonio et des jumeaux avaient trouvé la paix. Il redescendit rejoindre les deux techniciens au moment où Jimmy et le sosie de Michaël franchissaient le miroir. Le Père Rosso n’en crut pas ses yeux. Quelle sorcellerie était-ce là ? Comment cela pouvait-il être possible ? Il se tourna vers les techniciens et Antoine lui expliqua ce qu’ils avaient découvert sur l’entité. Le Père écoutait avec attention.

-Donc, vous me dites que ce n’est pas un démon? Que cette chose que nous affrontons depuis si longtemps n’est que le fantôme d’un homme ?

Philippe intervint à son tour.

-Pas n’importe quel homme, mon Père. Un homme qui pratiquait la magie vaudou. Je sais que l’Église ne croit pas en ces choses-là et les considère comme des impostures, mais après tout ce que nous avons vu, je pense que vous devriez revoir votre jugement. Cet homme avait des dons particuliers depuis son enfance et la gouvernante haïtienne les a transformés en quelque chose de très noir. Quand on fait le bilan de tous les événements depuis l’arrestation du docteur, on ne peut que constater qu’on est dans le domaine du surnaturel. Sinon, comment expliquer qu’il ait pu s’évader d’un véhicule blindé sans l’aide de ses gardiens ? Comment a-t-il pu survivre sans son corps physique ? C’est de la magie noire, mon Père. Mais vous pouvez quand même nous aider.

Le Père Rosso le regarda avec étonnement.

-Vous aider ? Mais comment ? Je ne suis pas un sorcier !

Philippe s’assit à côté du Père et lui exposa le plan de Jimmy. Plus il parlait, plus il voyait que le Père Rosso était réticent à cette idée.

-N’y a-t-il pas une autre solution ? C’est du suicide !

Antoine se leva et s’approcha du Père Rosso.

-Je sais, mon Père. Nous sommes du même avis. Mais c’est la dernière volonté de Jimmy et nous avons accepté. Il est trop tard pour reculer maintenant. Jimmy a traversé le miroir. Nous devons attendre son signal et ensuite nous irons à la cave et nous ferons ce qu’il nous a demandé.

Le prêtre semblait déchiré intérieurement. Les deux techniciens lui laissèrent le temps de réfléchir. Le Père Rosso les regarda d’un air désolé puis finit par s’asseoir en soupirant, l’air résigné.

-S’il n’y a pas d’autre solution, je vous suivrai donc.

Antoine et Philippe le remercièrent et se remirent devant les écrans, attendant le signe de Jimmy. Rien n’avait changé dans la cave. Sylvia gisait toujours sur la table d’autopsie, Jean était pétrifié comme une statue de pierre et Mark et Billy étaient enchaînés au mur. Le miroir scintillait, attendant le retour de Jimmy et de son double maléfique. Les deux hommes faisaient les cents pas, impatients et angoissés.

 

A l’hôpital, Andréa était plongée dans le coma. L’infirmière qui veillait sur elle vérifiait ses constantes. Elle regarda les derniers scanners et vit la tumeur qui dévorait la moitié de son cerveau. Pauvre femme. C’était un miracle qu’elle soit encore en vie. En consultant son dossier médical, l’infirmière apprit qu’Andréa vivait avec cette tumeur depuis cinq ans. Une tumeur inopérable, incurable. Elle avait refusé la chimiothérapie, craignant de perdre son don de médium. Elle avait gardé son secret pour elle et avait continué à aider Billy dans ses enquêtes paranormales. Elle et Billy s’étaient rencontrés sur un cas de possession qui avait coûté la vie à la victime. Un lien unique les avait unis. Ils étaient restés en contact depuis. L’infirmière soupira et reposa les documents. Il n’y avait plus rien à faire pour cette femme. Elle allait sortir de la chambre quand elle entendit Andréa murmurer quelque chose. Elle se rapprocha et eut l’impression qu’elle parlait avec quelqu’un. Elle doit rêver, se dit l’infirmière. Elle écouta encore un moment et crut distinguer un prénom. Jimmy. Puis le silence revint. L’infirmière regarda Andréa encore un instant puis quitta la chambre.

Andréa voyait tout ce qui se passait autour d’elle. Elle voyait son corps décharné, allongé sur le lit d’hôpital, relié à des machines qui la maintenaient artificiellement en vie. Elle voyait le respirateur qui gonflait et dégonflait ses poumons, l’électroencéphalogramme qui mesurait son activité cérébrale. Elle sentait que la fin était proche. Elle l’avait acceptée. Mais elle ne pouvait pas y penser maintenant. Quand elle avait décidé de suivre Billy, elle savait que ce serait sa dernière mission. Elle savait qu’elle devait aider cette famille. Elle se regarda une dernière fois puis se tourna vers la porte de la chambre et se retrouva dans un couloir sombre. Elle ferma les yeux et se concentra, laissant ses pensées la guider vers la maison des Blanchart. Elle sentit une force l’attirer à une vitesse vertigineuse, comme si elle était aspirée par un aimant. Quand elle ouvrit les yeux, elle était dans la maison des Blanchart. Elle vit le prêtre et les deux techniciens assis dans le salon, hypnotisés par les écrans. Elle chercha Billy et le localisa au sous-sol. Elle ressentit sa détresse et sa colère. Elle sentit aussi d’autres présences avec lui.

Elle descendit prudemment les marches et découvrit la scène qui se jouait sous ses yeux. Billy et Mark étaient prisonniers des chaînes, Jean était immobilisé par une force invisible, Sylvia était clouée à la table de métal. Andréa s’approcha de Billy et il sembla percevoir sa présence.

-Andréa ? C’est toi ? dit-il d’une voix tremblante.

Andréa effleura la joue de Billy et il sentit une vague de chaleur l’envahir. C’était bien elle. Il tenta de lui transmettre ses pensées pour la mettre en garde, mais Andréa semblait déjà attirée par le miroir. Elle lui souffla un faible adieu, déposa un baiser sur sa joue et disparut dans le miroir.

 

De l’autre côté, Jimmy et le docteur se tenaient devant un autel semblable à celui de la cave des Lambert. Michaël était assis par terre, recroquevillé sur lui-même. Il se sentait faible et terrifié. Il voyait son corps possédé par cette entité et il avait l’impression d’avoir été violé. Même s’il récupérait son corps, il ne se supporterait plus. Il se sentait souillé pour toujours. Le docteur s’affairait à préparer le rituel de transfert. Jimmy le regardait avec curiosité. Il ignorait tout des pratiques de la magie et il était attentif. Le docteur devina son intérêt et se mit à lui expliquer les différentes étapes qui permettraient à Michaël de retrouver son corps et au docteur de prendre celui de Jimmy. Malgré l’horreur de la situation, le docteur trouvait que Jimmy était étrangement calme, comme résigné. Mais il ne s’en inquiétait pas. Ce monde était le sien. Il l’avait créé avec son esprit et il y avait tout pouvoir. Il avait remarqué que les âmes du vieil homme et de ses fils avaient disparu, mais il s’en fichait à présent. Il avait tout ce qu’il lui fallait. Il continua donc à mélanger ses potions, tout en discutant avec Jimmy. Il y avait longtemps qu’il n’avait plus parlé avec personne. Pas depuis que sa gouvernante avait été chassée de Belgique. C’était agréable.

Un peu distrait, il ne vit pas la silhouette translucide d’Andréa émerger du miroir. Michaël, toujours blotti dans un coin, observait les deux hommes discuter comme de vieux amis. Il ne savait pas ce que Jimmy mijotait, mais il préférait rester loin du médecin. Cet homme émanait une telle noirceur que Michaël en avait la nausée. Soudain, il sentit une présence et une chaleur l’envelopper. Quand il leva les yeux, il vit Andréa. Elle n’avait pas l’air réelle, pourtant il pouvait sentir sa compassion et sa force l’aider à reprendre courage. Elle posa un doigt sur ses lèvres pour lui faire signe de se taire et le garçon acquiesça. Andréa se glissa discrètement vers les deux hommes. Jimmy la remarqua mais ne laissa rien paraître. Elle en profita pour lui parler par télépathie, sans que le docteur ne s’en aperçoive. Jimmy entendait parfaitement sa voix dans sa tête. Elle lui expliqua son plan pendant quelques minutes puis se fit plus discrète.

Heureusement, car le docteur se tourna vers Michaël.

-C’est l’heure, mon cher. Je vais te rendre ton corps et tu pourras retrouver ta famille. Tu es content, n’est-ce pas ?

Michaël se redressa mais ne dit rien. Il regarda Jimmy et celui-ci lui fit signe d’approcher. Le docteur enduisit son corps d’une huile visqueuse et fit de même sur le jeune homme. Il traça des symboles étranges sur le torse de Michaël. Puis, il se mit à psalmodier une langue inconnue et Michaël se sentit aspiré par son propre corps. Tout devint noir un instant puis, quand Michaël rouvrit les yeux, il vit son reflet dans le miroir. Il avait retrouvé son apparence.

Le docteur était à côté de lui mais il avait une apparence translucide. Cependant, il dégageait une puissance phénoménale. Une sorte de brouillard noir et épais l’enveloppait. L’air de la pièce devint irrespirable. Une odeur de putréfaction envahit les lieux. Jimmy observait aussi le médecin avec une certaine terreur mais resta immobile. Il se tourna vers Michaël et lui montra le miroir du doigt. Michaël regarda le médecin. Le visage de l’homme changeait sans cesse, passant d’une apparence humaine à une allure de démon. Mais le pire était les visages de nombreux jeunes garçons qui apparaissaient sur le torse de la créature. Chaque visage exprimait une horreur sans nom. Michaël était fasciné par cette vision cauchemardesque.

-Tu peux partir, jeune homme, lui dit la créature. Je n’ai plus besoin de toi.

Michaël leva les yeux vers le sourire cruel de la créature et celle-ci lui fit signe de se dépêcher avant qu’elle ne change d’avis. Michaël recula lentement vers le miroir et, avant de le franchir, se tourna vers Jimmy. Il voulait lui dire tant de choses ! Mais Jimmy secoua la tête.

-Vas-y Michaël. Je sais ce que tu veux me dire et je te remercie pour tout. Mais une promesse est une promesse. Tu es libre. Va rejoindre ta famille. Tout sera bientôt fini.

Michaël ne dit rien mais les larmes coulèrent sur ses joues. Il regarda une dernière fois Jimmy puis traversa le miroir, dans un éclair de lumière bleue, qui le ramena dans la cave familiale. Il tomba lourdement sur le sol et perdit le souffle. Il essaya de se relever. Quand ses yeux s’habituèrent à l’obscurité, il vit sa mère sur la table en acier et son père à côté d’elle. Il les toucha et, comme par magie, ses parents furent libérés du sortilège. Sa mère se redressa et le serra dans ses bras en pleurant. Son père s’approcha avec prudence, scrutant son fils dans les yeux, et fut soulagé de reconnaître Michaël.

 

Billy et Mark étaient enfin libres de leurs liens, grâce à l’aide du prêtre et des deux techniciens qui venaient de les rejoindre. Billy se précipita vers le miroir, espérant retrouver son frère de l’autre côté. Mais il se heurta à une barrière invisible qui l’empêchait de passer. Il appela Jimmy à plusieurs reprises, mais aucun son ne lui parvint. Il essaya de forcer le passage, de se glisser entre les mailles du miroir, mais rien n’y fit. Il finit par s’asseoir, découragé, et attendit. Peut-être qu’en se concentrant, il pourrait entrer en contact avec Jimmy. Mais le miroir restait muet. Il se releva et commença à arpenter la pièce, anxieux. Il se tourna vers Michaël, qui semblait être le seul à savoir ce qui se passait de l’autre côté. Mais le jeune homme était comme pétrifié, tremblant et agrippé aux bras de sa mère. De l’autre côté, le docteur s’avança vers Jimmy. Il avait pris une forme monstrueuse, avec des visages hurlants qui surgissaient de son torse. Jimmy était terrifié par cette vision cauchemardesque.

-C’est le moment, très cher, murmura le docteur. Le moment de ma renaissance. Jimmy ne dit rien. Il n’avait plus la force de fuir.

-Je dois admettre que je vous admire, lui dit le docteur. Vous êtes prêt à vous sacrifier pour sauver ce jeune homme. C’est un acte noble et admirable. Même si je n’en saisis pas les motivations. Mais cela n’a pas d’importance, n’est-ce pas ?

Jimmy fixait le médecin avec mépris. Sans Michaël à ses côtés, il n’avait plus aucune raison de cacher son aversion pour cet être abject.

-Vous n’êtes qu’un monstre sans âme, lui cracha-t-il. Le sacrifice ne signifie rien pour vous. Vous n’avez que faire de la vie des innocents que vous utilisez pour vos expériences atroces. Vous me répugnez.

Le docteur leva les yeux vers Jimmy, surpris, puis se mit à rire aux éclats, comme si Jimmy venait de lui faire une bonne blague. Il reprit son sérieux et, sans un mot, enduisit Jimmy d’une substance nauséabonde. Jimmy sentit que sa fin approchait. Il pria silencieusement pour que tout soit rapide et indolore. Il frissonna au contact des doigts glacés de la créature sur sa peau. Mais alors que le docteur commençait à psalmodier, une lumière éblouissante jaillit. Elle s’approcha lentement du docteur par derrière et l’enveloppa comme un linceul. Une fine couche blanche semblait se coller à son corps.

-Que se passe-t-il ? hurla le docteur. Quelle est cette sorcellerie ?

Il tourna son regard furieux vers Jimmy et son visage se déforma en une expression féroce et effrayante.

-Qu’as-tu fait, misérable ver de terre ?

Jimmy resta bouche bée. Il ignorait ce qui se passait. La couche blanche montait progressivement sur les membres de la créature.

Le docteur se débattait de toutes ses forces pour se libérer de cette membrane qui l’emprisonnait comme un cocon. Il essayait de la déchirer mais ses doigts la traversaient. Jimmy était fasciné par ce qu’il voyait. La membrane semblait partir de ses pieds et remonter le long de son corps. Elle avait déjà recouvert ses jambes, son ventre, sa poitrine. Le docteur hurlait de rage et de désespoir.

-Sale petit médium ! cracha-t-il à l’adresse de Jimmy. Quel est ton tour de passe-passe ? Tu crois que tu vas me tuer et t’échapper ? Tu te trompes ! Si je meurs, tu resteras prisonnier ici à jamais !

Jimmy était pétrifié. Il ne savait pas d’où venait cette chose qui attaquait le docteur. Il n’avait rien fait pour la provoquer. Quand la membrane atteignit le cou du docteur, Jimmy vit avec stupeur le visage d’Andréa apparaître à travers la substance gluante. Elle avait l’air de souffrir atrocement. Elle regarda Jimmy avec un mélange de tristesse et de détermination. Elle lui parla d’une voix faible :

-Fuis, Jimmy ! Fuis tant qu’il est temps ! Je ne peux pas le retenir longtemps ! Cours vers le miroir !

Jimmy hésita. Il ne voulait pas abandonner Andréa. Mais elle lui dit encore :

-Fuis, Jimmy ! C’est trop tard pour moi ! Fuis et sauve-toi !

Jimmy vit le docteur se transformer à nouveau en monstre. Il comprit que la résistance d’Andréa faiblissait. Le cocon se craquelait de partout, laissant apparaître les griffes, les crocs, les yeux rouges du monstre. La lumière d’Andréa était presque éteinte, engloutie par les ténèbres. Il n’y avait plus rien à faire pour la sauver.

Jimmy se précipita vers le portail, le cœur serré. Il jeta un dernier regard vers le monstre qui se libérait de sa prison. Il vit son regard de haine se poser sur lui. Il entendit son rire dément résonner dans la pièce. Il sauta dans le portail sans réfléchir. Le miroir devint transparent et Jimmy tomba aux pieds de son frère. Billy n’eut pas le temps de dire un mot qu’Antoine et Philippe attrapèrent Jimmy et l’éloignèrent du portail. Jimmy se mit à crier :

-Dépêchez-vous ! Cassez-le ! Cassez-le !

Les deux hommes saisirent des barres de fer qui traînaient sur le sol et frappèrent le miroir de toutes leurs forces. Le miroir se fissura en plusieurs endroits et, avant de se briser complètement, ils entendirent tous les hurlements de colère du monstre qui était resté de l’autre côté. Puis, il y eut une explosion. Des éclats de verre volèrent dans tous les sens. Ils se protégèrent le visage avec leurs bras. Quand le calme revint, Billy se précipita vers Jimmy, le releva et le prit dans ses bras.

Le prêtre s’approcha du miroir brisé et le bénit avec de l’eau sainte tout en récitant une prière de protection. Quand il eut fini, il poussa un soupir de soulagement. C’était fini. Enfin ! Ils avaient vaincu cette horreur. Le groupe se rassembla et le prêtre leur demanda de former un cercle en se tenant par la main.

-Il nous reste une dernière chose à faire, leur dit-il. Nous allons prier pour la libération des âmes qui ont été captives de cette créature maléfique pendant si longtemps.

Ils se prirent tous par la main et le prêtre commença sa prière. Des petites sphères de lumière apparurent dans l’air. Il y en avait une trentaine. Elles scintillèrent un instant, puis s’envolèrent vers le plafond de la cave. Elles étaient libérées. Il n’en resta que trois. Elles prirent brièvement une forme humaine et Sylvia éclata en sanglots. C’était son père et ses frères. Ils s’approchèrent d’elle, lui touchèrent l’épaule avec tendresse, puis disparurent à leur tour. Ils étaient en paix. La prière se termina et ils remontèrent tous à l’étage.

Jean arracha le crucifix de la main du prêtre et le cloua sur la porte de la cave. Mark le regarda avec étonnement.

-On n’est jamais trop prudent, dit Jean avec un sourire forcé.

Mark haussa les épaules et ne dit rien. Michaël resta un moment dans le couloir et observa les lieux. L’endroit semblait plus clair et plus serein. Il n’y avait plus aucune trace de malveillance. Pourtant, il avait du mal à réaliser qu’il avait réussi à vaincre le monstre. Il se sentait encore faible et nauséeux. Il rejoignit les autres. Et c’est ainsi que la vie reprit son cours normal. Le monstre avait été vaincu et la famille retrouva peu à peu son équilibre.

 

Billy et Jimmy se rendirent à l’hôpital où ils apprirent la mort d’Andréa. Ils organisèrent les funérailles, la pauvre femme n’ayant plus de proches. Michaël et ses parents y assistèrent. Le prêtre Rosso, qui avait pratiqué l’exorcisme, rentra chez lui et rédigea un rapport détaillé des événements pour l’évêque. Il lui annonça également sa décision de quitter son poste de curé de la paroisse. Après tout ce qu’il avait vécu, il se sentait trop vieux pour affronter les forces du mal. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il faisait des cauchemars horribles où il entendait encore les cris du démon qu’il avait combattu. Il se retira dans un monastère où il finit ses jours dans une relative tranquillité. Mais il ne put jamais oublier l’histoire de la famille Giorno.

 

Billy et Jimmy rentrèrent chez eux. Billy, avec l’accord de Sylvia et Jean, écrivit un livre sur les événements qu’ils avaient vécus, en changeant les noms pour des raisons évidentes. Il remporta le prix du meilleur roman d’horreur de l’année. Jimmy rejoignit une association qui luttait contre la cruauté envers les animaux. Il ne se servit plus de son don pendant longtemps. Il avait confié à Billy ce qu’il avait vu dans le portail : l’apparition d’Andréa et le cocon qu’elle avait formé autour du docteur. Cela l’avait profondément bouleversé. Billy avait fait des recherches approfondies sur ce phénomène, mais il n’avait jamais trouvé d’explication satisfaisante. Il ne savait pas non plus si Andréa était déjà morte quand elle s’était attaquée au docteur, ou si son corps était encore vivant. Il se demandait ce qu’était devenue son âme.

Était-elle coincée dans ce monde parallèle, s’il existait encore, ou avait-elle été libérée avec les autres victimes ? Toutes ces questions le tourmentaient et l’empêchaient de trouver le sommeil les nuits d’hiver où le temps semblait suspendu et que la lumière blafarde du matin n’arrivait pas à réchauffer la journée qui commençait.

 

Un mois après les événements, les parents de Michaël décidèrent de déménager et mirent la maison en vente. Malgré que la maison soit libérée de l’entité, les mauvais souvenirs qui la hantaient les empêchaient de s’y sentir bien. Ils trouvèrent un bel appartement à quelques rues de là et y emménagèrent. Michaël reprit les cours et recommença à voir ses amis. Ils ne lui posèrent jamais de questions sur ce qu’il s’était passé et Michaël n’en parla jamais non plus. Ils vécurent ainsi relativement heureux pendant près de dix ans. Son père avait retrouvé du travail dans une banque et sa mère s’était remise à peindre des tableaux.

Michaël termina ses études secondaires et entama des études de médecine. Il n’avait pas prévu de se lancer dans cette voie, mais quelque chose au fond de lui le poussait à étudier l’anatomie humaine. Il pensait que c’était à cause du traumatisme qu’il avait subi en voyant sa mère possédée. Il voulait être capable de l’aider si elle tombait malade. Il ne supportait pas l’idée d’être impuissant face à la souffrance. Il poursuivit ses études et rendit souvent visite à ses parents.

Sa mère était toujours ravie de le voir, mais Michaël remarqua que son père avait toujours l’air inquiet quand il venait chez eux. Quand Michaël lui demandait ce qui n’allait pas, Jean lui répondait qu’il lui fallait du temps pour oublier leur cauchemar. Il savait que son fils n’était pas coupable des malheurs qu’ils avaient subis, mais il n’arrivait pas à effacer de sa mémoire la voix du docteur sortant de la bouche de son propre fils.

Mais Michaël ne s’en faisait pas trop. Il était sûr qu’avec le temps, son père finirait par tourner la page et que la vie reprendrait ses droits. Pas comme avant, bien sûr, mais avec plus d’optimisme. Car si après tout ce qu’ils avaient traversé, leur famille n’était pas plus forte, alors à quoi servaient les épreuves ? C’est sur ces pensées apaisantes que Michaël s’endormit.

Mais il ne savait pas que son sommeil serait troublé par un rêve étrange. Il se revoyait dans la cave, face au portail. Le miroir était intact et il reflétait une image déformée de lui-même. Il entendit une voix familière lui parler :

-Michaël… Michaël… C’était la voix d’Andréa.

Elle semblait lointaine et faible, mais il la reconnaissait sans peine.

-Andréa ? dit-il, surpris. Où es-tu ? Que veux-tu?

-Michaël… Michaël… Aide-moi… Aide-moi…

Elle répétait ces mots comme un appel désespéré. Michaël sentit son cœur se serrer. Il voulait aider Andréa, mais il ne savait pas comment. Il s’approcha du portail, comme attiré par la voix. Il tendit la main vers le miroir, comme pour le toucher.

Mais avant qu’il n’atteigne la surface, il entendit un autre rire. Un rire qu’il connaissait trop bien. Un rire qui lui glaça le sang. C’était le rire du docteur. Il vit son visage apparaître dans le miroir, à côté de celui d’Andréa. Il avait l’air triomphant et cruel. Il dit à Michaël :

-Tu croyais m’avoir vaincu, n’est-ce pas ? Tu te trompes, Michaël. Je suis toujours là. Et je reviendrai te chercher. Toi et ta famille. Vous ne serez jamais tranquilles. Jamais !

Michaël recula, terrifié. Il voulut crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il se réveilla en sursaut, trempé de sueur. Il regarda autour de lui, cherchant à se rassurer. Il était dans sa chambre, dans son lit.

Ce n’était qu’un cauchemar. Rien de plus. Il se leva et alla boire un verre d’eau. Il essaya de se calmer et de se convaincre que tout allait bien. Ils avaient vaincu ce monstre.

Il regagna son lit et s’endormit aussitôt. Par l’entrebâillement de la porte de la salle de bain, le miroir se mit à luire d’une lueur bleutée. Un rire sardonique résonna, puis plus rien. fer

 

 

 

La prison de verre

Derrière le miroir

Tome 1

 

Chapitre 1

 

Les monstres n’existent pas.

Du moins, c’est ce que j’avais toujours cru jusque-là. Mais avant de vous conter mon histoire, je dois vous expliquer le contexte dans lequel ma famille est passée d’une charmante bourgade du nom de Bruz en France à une misérable et terrifiante maison de coron située dans un petit village de Belgique. Je m’appelle Michaël Blanchart et, à l’époque, j’étais un adolescent de dix-sept ans passionné d’histoire. J’adorais lire des romans historiques mais j’étais également passionné par le paranormal. Bizarre ? Peut-être, mais j’étais fait ainsi. J’étais aussi très introverti, ce qui n’était pas pratique pour se faire des amis, je l’avoue. Du haut de mon mètre quatre-vingts, j’avais tendance à intimider mes camarades, mais cette impression ne durait pas dès qu’ils se rendaient compte de ma timidité maladive. Le nez toujours dans mes bouquins, je m’étais donc forgé la réputation d’un géant solitaire. Un géant affublé d’une longue chevelure noire, d’un nez aquilin et des yeux bleu azur. Avant de quitter Bruz, j’étais inscrit dans une école catholique privée du nom de Providence. Mon père, Jean Blanchart, Français de naissance, travaillait au Crédit Agricole de Bruz. Il adorait son travail. Malheureusement, m’avait-il expliqué un soir, quand vous êtes performant, et mon père l’était, vous avez des problèmes avec ceux qui veulent en faire le moins possible et vous finissez par les gêner. Dix années ont suffi à mon père pour comprendre que seuls les « piranhas », comme il les appelait, s’en sortaient. Bien que la banque ait mis toute une politique en place pour le bien-être au travail, le bureau des ressources humaines était bien trop éloigné du terrain pour défendre efficacement ceux qui mettaient toute leur énergie et leur temps au service du client. Ainsi, après une décennie d’heures supplémentaires, de pressions quotidiennes et d’exigences de plus en plus sollicitées, mon père avait fini par craquer. Il était rentré un soir, la mine sombre et les yeux rougis, et avait annoncé à ma mère qu’il allait démissionner. Il avait l’air si vieux, si fragile que j’en ai eu le cœur serré. A quarante-deux ans, ses tempes étaient déjà grisonnantes et il paraissait usé. Lui qui avait toujours été d’une nature enjouée, qui aimait rire et était d’un naturel optimiste m’a paru ce soir-là comme éteint. Je me souviens l’avoir vu s’asseoir en silence à la table de la cuisine, mettre son visage dans ses mains et fondre en larmes.

De toute ma vie, je ne l’avais jamais vu dans cet état. Mais il est vrai que quand on est jeune, on ne remarque pas toujours quand une personne va mal. Et comme mon père était toujours de bonne humeur quand il rentrait du travail, je ne m’étais jamais demandé si tout allait bien pour lui en général. J’étais dans le salon en train de faire mes devoirs et je voyais donc la cuisine. Ma mère, qui était en train de préparer le dîner, n’avait pas répondu mais s’était avancée vers mon père et l’avait serré dans ses bras. Il avait l’air si désemparé que j’allais me lever pour le rejoindre mais je vis ma mère secouer la tête, m’intimant de rester à ma place. Tout en caressant doucement ses cheveux, elle le laissa s’épancher dans ses bras et quand ses sanglots se transformèrent en simples reniflements, elle lui donna un mouchoir et le rassura en lui promettant que tout allait s’arranger. Ils trouveraient une solution ensemble, comme ils l’avaient toujours fait. Elle était ainsi, ma mère. Toujours positive, toujours aimante, toujours disponible. Italienne de naissance, ma mère Sylvia Giorno était femme au foyer depuis ma venue au monde. Avant de rencontrer mon père, elle vivait en Belgique, dans un village appelé Péronnes Charbonnage. Elle venait d’une famille nombreuse d’immigrés italiens qui avaient travaillé dans les mines de charbon. Heureusement, c’était bien après l’horrible accident du Bois du Cazier, où plus de deux cent trente mineurs avaient péri dans un incendie souterrain. Son père et sa mère avaient mis tout en œuvre pour scolariser leurs quatre enfants, et quand ma mère eut terminé ses études secondaires, elle décida de s’inscrire aux Beaux-arts de Paris et quitta donc son pays natal pour suivre ses cours, logeant dans un petit appartement partagé avec d’autres étudiants. C’est là qu’elle le rencontra. Il faisait un Master en sciences juridiques et financières. Ils eurent le coup de foudre immédiat. Oui, c’est un peu fleur bleue, mais c’est ainsi que mes parents m’ont toujours raconté leur rencontre. Et quand je les revois dans mes souvenirs, après tant d’années de mariage, je me dis qu’ils avaient raison. Que c’était ça le grand amour. Quand mon père fut enfin calmé, il sembla remarquer ma présence et se força à sourire en me demandant : -Alors, comment tu vas champion ? Comme d’habitude, il essayait de me rassurer. Je me levais et allais l’embrasser. Nous avions une très belle relation, lui et moi. Je lui répondis que tout allait bien et lui retournais la question. Il devait voir l’inquiétude sur mon visage car il se leva et me serra dans ses bras en m’assurant qu’il était simplement fatigué. Une voix se fit entendre à l’autre bout de la maison. Ma mère se dirigea vers la chambre d’amis où se trouvait mon grand-père Antonio, que j’appelais Nonno. Mon grand-père vivait avec nous depuis le décès de sa femme, il y a de cela plus de vingt ans. Je n’ai pas eu la chance de la connaître mais mon Nonno m’en avait si souvent parlé que je me sentais proche d’elle sans l’avoir jamais vu.

D’après ce que ma mère m’avait raconté, sa mère Giulia était partie au marché et sur le chemin du retour, elle avait été percutée par un chauffard qui était sous l’emprise de l’alcool. Le choc l’avait tuée sur le coup. Mon grand-père ne s’en était jamais remis. Et quand il tomba malade, ma mère décida de mettre sa petite maison de coron en location et installa son père chez nous. Je me dirigeais également vers la chambre et vis que mon grand-père était assis dans son fauteuil et regardait ma mère d’un air interrogateur. Il avait dû entendre mon père pleurer et semblait inquiet. Ma mère le rassura et lui demanda s’il voulait se joindre à nous pour le dîner, ce qu’il accepta avec joie. Quand il était dans une de ses bonnes journées, comme il les appelait, il aimait partager notre compagnie autour d’un bon plat et nos conversations étaient assez animées. Lui aussi était un féru d’histoires et il n’était pas rare que je passe la soirée entière à discuter avec lui de tout et de rien mais surtout des sujets qui me passionnaient. Quand il rejoignit la cuisine avec ma mère, mon père se leva instantanément et lui avança une chaise pour qu’il s’y installe. J’aimais voir mon grand-père sourire. C’était plutôt rare à cette époque, son emphysème pulmonaire s’étant aggravé avec les années. Mais malgré ses souffrances, il était solide. Jamais il ne se plaignait et surtout il nous aimait. Rien ne lui faisait plus plaisir que de passer du temps avec nous. Il considérait mon père comme son propre fils et était toujours à l’écoute quand mon père lui demandait conseil. Ce soir-là, nous dînâmes dans la bonne humeur et le repas terminé, ma mère me demanda d’aller finir mes devoirs dans ma chambre. Je me doutais que mes parents voulaient parler de la situation avec mon grand-père donc je pris mon sac de cours, embrassai ma petite famille et montai dans ma chambre. Je laissai néanmoins ma porte entr’ouverte dans l’espoir de capter quelques bribes de la conversation mais ma mère dut se douter de mon stratagème car elle avait refermé la porte menant au salon. Je m’installai donc à mon bureau et entrepris de me concentrer sur mon devoir de mathématiques. Après plus de deux heures d’efforts, je fermai mon cahier et entendis la voix de mes parents souhaiter une bonne nuit à mon grand-père. Ils montèrent à l’étage et j’entendis frapper à ma porte. Mon père et ma mère entrèrent, me demandant si j’avais fini mon travail et m’embrassèrent avant de regagner leur chambre. Ils ne me dirent rien de plus ce soir-là, mais leur expression me faisait dire que notre vie était sur le point de changer. Aujourd’hui, je me rends compte que j’étais loin de savoir à quel point. Plongé dans mes pensées, je me mis en pyjama et allai me coucher. Cette nuit-là, mon sommeil fut rempli de cauchemars mais quand je me réveillai le lendemain, je n’avais plus aucun souvenir de ceux-ci. La semaine qui suivit cette soirée se passa normalement. J’allai à l’école et mon père, ayant écrit sa lettre de démission le soir même où il avait annoncé sa décision à ma mère, était parti au travail pour clôturer certains dossiers qui exigeaient sa présence. Ma mère avait accompagné mon grand-père à l’hôpital pour un examen de routine. Le vendredi, quand mon père rentra à la maison, il me demanda de rejoindre ma mère et mon grand-père dans le salon. Je descendis donc de ma chambre et allai m’installer sur le canapé. Mon père m’annonça qu’au vu de la situation, ils avaient décidé, ma mère et lui, de retourner en Belgique dans la maison de mon grand-père. Mes parents attendaient de voir ma réaction mais je ne savais pas quoi répondre. Devant mon silence, ils m’expliquèrent que leur situation financière ne nous permettait plus de vivre à Bruz et que le temps que mon père retrouve un emploi, mon grand-père lui avait proposé d’aller vivre dans sa maison, ce qui donnerait du temps à mes parents pour se remettre sur pieds.

Voyant que je ne répondais toujours pas, mon grand-père tenta de me rassurer en m’expliquant que la Belgique n’était pas si différente de la France et qu’il était sûr que je serais beaucoup plus épanoui à la campagne. Sincèrement, je n’y voyais pas d’objections. Je leur dis donc que j’étais d’accord et ils parurent tous soulagés, ce qui me fit sourire. Mon grand-père me prit dans ses bras et m’embrassa en me disant que j’étais un bon garçon. Ma mère aussi était ravie. Mon père paraissait soulagé et me promit que tout cela serait temporaire et que c’était pour moi l’occasion de visiter un autre pays. Sur cette nouvelle, je regagnai ma chambre sans rien dire d’autre. La Belgique. Je ne connaissais rien de ce pays. Je me dirigeai donc vers mon ordinateur et fis une recherche. Quand le résultat s’afficha, je remarquai que c’était un tout petit pays à côté de notre chère France. Je tapai le nom du village de mon grand-père et tombai sur quelques images de petites maisons et d’étendues de champs. Ce n’était pas Bruz, c’est sûr. Mais je n’étais pas difficile. Après tout, ce n’était pas comme si j’avais une vie sociale et des amis à quitter. Rappelez-vous, j’étais le géant solitaire. En plus, j’étais curieux de voir l’endroit où ma mère avait grandi. C’est donc serein que je me couchai ce soir-là.

Le lendemain, je me rendis donc au secrétariat de mon école pour leur annoncer notre départ prochain et je fus étonné de voir la réaction des élèves de ma classe qui m’organisèrent dans la semaine un pot de départ en me souhaitant bonne chance dans ma nouvelle vie. J’ai toujours cru qu’ils me prenaient pour quelqu’un d’étrange et je me rendis compte à ce moment-là qu’ils allaient me manquer. Cependant, cela me rassura aussi. Si je n’étais pas le bizarre de service, mon entrée dans une autre école devrait bien se passer. Quand la fin du mois arriva, mon père revint avec une excellente nouvelle. Notre maison s’était vendue à un très bon prix, ce qui nous permettrait de subvenir à nos besoins pendant un temps. Le lundi suivant, ma mère m’annonça qu’il était temps que j’emballe mes affaires car nous partions à la fin de la semaine. Je passai donc mes journées à empiler mes vêtements et mes livres dans plusieurs valises et aidai mon père à charger la camionnette qu’il avait louée en vue du déménagement. Ma mère emballa la vaisselle et fit les valises de mon grand-père, s’assurant de ne rien oublier. Dans l’après-midi, nous prîmes la route, mon père au volant de la camionnette et ma mère, mon Nonno et moi-même dans notre voiture. Le trajet promettait d’être long. D’après le GPS, nous étions à presque sept cents kilomètres de notre destination. Lorsque nous arrivâmes à hauteur de Paris, mon père s’engagea sur un petit parking qui jouxtait un restaurant italien. Ma mère se gara juste à côté de la camionnette et nous profitâmes de cet arrêt pour nous restaurer et surtout pour soulager nos vessies. Le repas fut convivial, les plats excellents et lorsque le serveur nous apporta l’addition, ma mère en profita pour s’occuper de son père. Il avait l’air épuisé par le voyage et ma mère s’inquiéta de son teint pâle mais il la rassura. Tout allait bien et il était heureux de revenir chez lui. Nous reprîmes donc la route. Plusieurs heures plus tard, nous arrivâmes enfin à destination.

Mon père se gara devant la maison, suivi de ma mère. Mon grand-père regardait d’un air satisfait la façade brune aux briques sales, laissant traîner son regard sur la demeure. Je ne fus pas aussi enthousiaste que lui. La maison avait l’air minuscule et semblait laissée à l’abandon. Les fenêtres étaient sales et ressemblaient à des yeux qui nous regardaient d’un air mauvais, comme si nous étions responsables de son état. Le toit était en pente aiguë fait de tuiles flamandes. La porte d’entrée avait vraiment besoin d’un bon coup de peinture. Il faisait sombre à l’intérieur, malgré le soleil éclatant dans le ciel. Un vrai taudis. La vérité, c’est que cette maison me mettait mal à l’aise et quand ma mère introduisit la clé dans la serrure, je fus parcouru par un frisson glacé qui remonta le long de ma colonne vertébrale, faisant dresser mes cheveux sur ma nuque. C’était ridicule bien sûr. Cette maison était vieille et mal entretenue mais rien ne pouvait me laisser croire que je risquais quoi que ce soit sous son toit. Pourtant, en pénétrant dans la maison, mon malaise persista. La pièce de devant était minuscule. Composée d’une énorme cheminée aux proportions grotesques, elle ne devait cependant pas dépasser les huit mètres carrés. Nous avançâmes et tombâmes sur un minuscule couloir où se dressait un escalier qui permettait de monter à l’étage. S’ensuivait une autre pièce un peu plus spacieuse où trônait au fond une minuscule cuisine et une autre porte donnant sur une salle de douche. Ma mère installa son père sur un vieux canapé laissé par les anciens locataires et me demanda d’aller inspecter les chambres. Je montai doucement les escaliers, comme sur la défensive. Il faisait vraiment sombre malgré les luminaires. J’arrivai sur le palier et constatai que l’étage ne comportait que deux petites chambres de plus ou moins dix mètres carrés chacune. Elles étaient vides mais le sol était poussiéreux et les vitres salies par de nombreuses intempéries. Le papier peint fané était d’un marron foncé avec de petites striures blanches. Le sol était couvert d’un vieux linoléum gris. Il était clair que personne n’avait fait le ménage depuis un bout de temps. L’autre chambre était identique. Même papier peint, même linoléum. Je revins sur le palier et, regardant par la petite fenêtre qui éclairait peu le couloir, je remarquai une corde pendant du plafond. Je la saisis et tirai dessus doucement. Un escalier escamotable se déplia en grinçant et un carré d’obscurité apparut. Je montai prudemment les marches et passai la tête par la trappe. C’était un grenier. Il devait bien faire la surface des deux chambres du dessous. Je montai le restant des marches et regardai autour de moi. La pièce avait certainement été aménagée en chambre supplémentaire mais elle n’était guère plus accueillante avec son papier peint orange garni de grosses fleurs brunâtres. Le tapis était jauni aux endroits où s’étaient trouvés d’anciens meubles. Le sol était revêtu d’un vieux linoléum marron usé par les années. La pièce comportait un placard exigu qui devait certainement servir de fourre-tout. Il était vide également. Un petit velux laissait passer quelques rayons de soleil mais la vitre était tellement sale que la lumière avait du mal à filtrer. En retournant vers l’échelle, j’eus une étrange sensation. Comme une impression d’être observé. Je me retournai mais, évidemment, il n’y avait personne. Je redescendis l’échelle et repassai par le petit palier quand je constatai que les portes des chambres étaient grandes ouvertes. Je fus un instant déstabilisé car j’étais certain d’avoir refermé derrière mon passage mais je décidai de ne pas m’attarder sur le sujet. Après tout, j’avais peut-être oublié de refermer les portes. Je descendis l’escalier en direction du rez-de-chaussée et rejoignis mes parents dans le             « salon».

Là aussi, le papier peint était affreux et le sol tellement sale qu’il était impossible de savoir sur quoi nous marchions. On aurait dit une étable. Je décrivis les chambres à ma mère qui soupira. Nous allions devoir faire un grand ménage avant de commencer à vider la camionnette. Mon père avait déjà sorti des brosses, des serpillières et des seaux et commençait à les remplir au robinet de la cuisine. Je partis un instant à la recherche de mon grand-père et le retrouvai à l’arrière de la maison. Sur le côté de la cuisine, une porte camouflée par un énorme rideau en velours donnait sur un petit potager où rien n’avait poussé depuis longtemps. Assis sur un banc en pierre moussue, mon Nonno contemplait l’état du jardin. Des mauvaises herbes avaient envahi tout le terrain. Un pommier malade trônait au milieu. On voyait encore des lambeaux de corde qui avaient dû appartenir à une balançoire pendre au bout d’une des plus grosses branches de l’arbre. Nonno me remarqua et m’invita à le rejoindre. Il avait vraiment l’air malade, pourtant il se tenait droit et souriait. Il avait vécu plus de vingt ans dans cette maison. Revenir ici devait remuer beaucoup de souvenirs et lui donner l’impression d’être plus proche de ma grand-mère. Au fond du jardin, quelques rosiers en piteux état se balançaient doucement dans la brise légère. Je lui demandai s’il avait besoin de quelque chose mais il me conseilla d’aller aider ma mère pour le ménage. Prendre l’air lui suffisait pour l’instant. Je n’insistai pas et retournai dans la cuisine où mon père était déjà en train d’astiquer le sol à grands coups de balai-brosse.

-Courage, champion ! me dit-il quand il vit ma mine déconfite devant l’ampleur du travail qui nous attendait. Tu verras qu’une fois remise en ordre, nous serons bien installés. Bien sûr, il faudra effectuer quelques travaux de rénovation mais quand ce sera fini, nous aurons une splendide demeure, je te le promets.

Je lui souris sans rien répondre, pris un seau d’eau savonneuse et m’attaquai à la pièce de devant. Le nettoyage du rez-de-chaussée dura le reste de la journée. Je découvris que sous l’énorme crasse du sol se cachait un carrelage couleur rouille. Ma mère avait récuré la cuisinière et nettoyé toutes les armoires. Elle finissait le frigo et alla chercher quelques cartons dans la camionnette. Elle rangea quelques assiettes et couverts, ainsi que quelques verres dans les armoires. Quand elle eut terminé, elle alla chercher son père dans le jardin et l’installa de nouveau dans le salon. Nous étions épuisés et affamés. Mon père proposa à ma mère d’aller faire quelques courses à la supérette du coin pour le souper. Ils partirent donc, me laissant veiller sur mon grand-père. Celui-ci s’était endormi sur le petit canapé, épuisé par le voyage. J’en profitai pour sortir une chaise de jardin qui se trouvait à l’entrée de la camionnette et m’installai à ses côtés. Je commençai à somnoler quand j’entendis soudain de petits grattements. Au début, le bruit était plutôt discret mais plus je tendais l’oreille, plus le grattement s’intensifiait.

-Super, me dis-je. Il doit y avoir une belle colonie de rongeurs dans les murs.

J’allais me lever pour chercher d’où venait le bruit quand la porte d’entrée s’ouvrit sur mes parents, les bras chargés de provisions. Je m’empressai d’aller aider ma mère et déposai les courses sur le plan de travail de la cuisine. Mon père alla chercher les casseroles que ma mère avait oubliées dans la camionnette et nous préparâmes le dîner. J’allais réveiller mon grand-père quand j’entendis encore ce grattement insistant. Je me tournai vers mon père, l’œil interrogateur.

-Tu n’as rien entendu ? lui demandai-je.

Mon père tendit l’oreille mais le grattement avait cessé.

-Non, je n’entends rien de spécial, me répondit-il. Tu dois être fatigué. Viens manger et ensuite, nous irons chercher les matelas gonflables.

Je réveillai mon grand-père et lui apportai un bol fumant de minestrone et des petits pains à la mortadelle. Nous mangeâmes en silence. Quand nous eûmes fini de manger, ma mère alla faire la vaisselle et mon père et moi sortîmes les matelas. Mon grand-père préféra rester sur le canapé. Ma mère alla lui chercher une épaisse couverture et un coussin moelleux et l’installa le plus confortablement possible. Puis elle distribua à chacun une couverture et un oreiller et nous nous installâmes chacun dans une pièce. Je logeai dans la pièce de devant. Souhaitant bonne nuit à ma famille, j’allai m’allonger, un bouquin à la main. J’étais épuisé, mais je n’arrivais pas à m’endormir. Je tendis l’oreille mais n’entendis rien de spécial. Je consultai mon GSM et constatai qu’il était déjà vingt-trois heures. Je posai donc le livre près de mon oreiller et fermai les yeux. J’entendis la voix de mes parents pendant quelques minutes puis je finis par m’endormir.

 

Le lendemain matin, je fus réveillé par la voix de mon grand-père qui semblait venir du jardin. Je consultai l’heure sur mon GSM et vis qu’il était déjà huit heures. Je me levai péniblement et me dirigeai vers la cuisine. À travers la fenêtre, je vis mon Nonno en grande conversation avec un vieil homme au visage buriné, habillé d’une chemise blanche, d’une vieille salopette en velours marron et d’une sorte de béret marron également. Je les observai un moment et quand je les entendis rire, je finis par me diriger vers la salle d’eau, dans l’espoir de pouvoir nettoyer la sueur du travail de la veille. Tout en me savonnant, j’entendis par la petite fenêtre ouverte de la pièce les rires de mon Nonno et du vieil homme. Ils devaient certainement se connaître. Sortant de la douche, je tombai sur ma mère qui était en train de préparer le petit déjeuner. Je l’embrassai sur la joue et lui demandai si elle avait bien dormi.

-Comme un loir, me répondit-elle en riant. J’ai les articulations qui craquent comme des biscottes, mais sinon tout va bien.

Mon père nous rejoignit quelques minutes plus tard, les cheveux en bataille et les yeux encore collés par le sommeil. Ma mère lui tendit une tasse de café noir. À ma grande stupéfaction, elle m’en tendit une également.

-Juste pour cette fois, dit-elle pour se justifier. Nous avons encore une énorme journée qui nous attend.

Je pris la tasse en souriant. Je n’avais pas le droit de boire du café car ma mère estimait que j’étais encore trop jeune pour me shooter à la caféine. Mais avant d’avoir pu porter la tasse à mes lèvres, elle y ajouta une bonne rasade de lait et un morceau de sucre. Je la regardai, étonné, et tout le monde se mit à rire.

Ma chère maman ! Ce qu’elle me manque aujourd’hui.

Elle alla chercher mon grand-père en lui apportant une tasse de café et discuta un moment avec l’inconnu qui se dressait devant notre jardin. Je pouvais les voir de la fenêtre. Je vis à sa réaction qu’elle venait de reconnaître son interlocuteur car, à un moment donné, elle passa la porte du jardin et serra le vieil homme dans ses bras. Elle l’invita à entrer et lui servit également un café noir. Le vieil homme nous salua, mon père et moi, et s’assit sur le canapé, suivi de mon grand-père. Ma mère fit les présentations. Vittorio Rizzoli était notre voisin. Il habitait la maison juste en face de la nôtre. C’était un grand ami de mon grand-père et également un ancien collègue de travail. Quand il avait vu le camion de déménagement se garer la veille devant chez lui, il avait constaté avec plaisir que son ami Antonio était revenu au pays. Il s’était donc levé de bonne heure pour lui souhaiter la bienvenue et nous proposa de l’aide pour nous installer. Sa femme et lui avaient deux fils robustes qui ne demandaient pas mieux que de nous prêter main forte. Il nous raconta que les locataires précédents n’étaient malheureusement pas des gens très propres et qu’il avait vu, impuissant, la maison de son ami se dégrader d’années en années. Nous acceptâmes sa proposition de bon cœur et une heure plus tard, nous vîmes deux solides gaillards habillés de salopettes en jeans et de T-shirts, chaussés de bottes de jardinage nous attendre près de la camionnette. Mon père leur ouvrit la porte et les salua chaleureusement. Ils se présentèrent. Sylvio et Salvatore. Du fond de la cuisine, ma mère, à l’évocation de ces prénoms, nous rejoignit et étreignit les deux hommes dans ses bras.

-Mon dieu, mon dieu ! dit-elle. Comme vous avez changé !

Il était clair qu’elle les connaissait depuis longtemps. Elle m’expliqua que les frères étaient ses amis d’enfance. Elle me présenta également et les deux hommes me serrèrent la main en complimentant ma mère d’avoir eu un beau jeune homme comme moi, ce qui me fit rougir sur le champ. Ils m’informèrent qu’ils avaient également deux fils chacun qui étaient du même âge que moi et que je les rencontrerais très vite. J’étais un peu embarrassé mais heureux de voir que ces gens étaient aussi chaleureux. Sans plus attendre, ils se mirent au travail, munis de tout un équipement de nettoyage professionnel et se dirigèrent vers les escaliers menant à l’étage. Sylvio monta immédiatement. Salvatore, par contre, eut un moment d’hésitation qui n’échappa pas à mon attention. Quand il se rendit compte que je le regardais, il me sourit en m’expliquant qu’il n’avait jamais aimé monter à l’étage. J’allais lui demander pourquoi mais ma mère m’appela et Salvatore commença à monter les marches sans me répondre. Elle avait commencé le nettoyage des vitres et me demanda de passer un torchon humide sur les plafonds et les murs pour en retirer la poussière et les toiles d’araignées qui s’y étaient accumulées. Je me mis donc au travail.

Quand j’eus terminé, je lui demandai ce que je pouvais faire d’autre et elle me suggéra d’aller voir si les frères n’avaient pas besoin d’aide à l’étage. Je montai donc les marches et me mis à la recherche de Salvatore. Je le trouvai dans le grenier. La lumière y était plus vive grâce à un nettoyage intensif de la vitre et je vis que Salvatore avait déjà bien avancé dans le récurage du sol. Quand je m’approchai de lui, il eut un sursaut et son regard se figea un instant, mais quand il constata que ce n’était que moi, il me sourit et me demanda si j’avais besoin d’aide. Je lui répondis que non et que c’était plutôt le contraire que j’étais venu proposer. Il accepta et nous nous mîmes au travail. Tout en frottant les boiseries du grenier, je décidai d’engager la conversation. Il m’apprit qu’il habitait la maison voisine de celle de son père et que lui et son frère avaient monté une boîte de nettoyage professionnel, ce qui expliquait les nombreuses machines à vapeur qu’ils possédaient.

J’orientai la conversation vers leur enfance commune avec ma mère. Il m’expliqua qu’ils se connaissaient depuis toujours et qu’il leur arrivait souvent de jouer l’un chez l’autre, leurs parents respectifs étant de très bons amis. Il me raconta quelques anecdotes de leur enfance, les jeux, les dîners, les bêtises qu’ils avaient faites, et se dit attristé quand ma mère avait décidé de quitter le pays pour aller faire ses études en France. De la façon dont il en parlait, je pense que Salvatore avait certainement eu le béguin pour ma mère dans son adolescence. Ce que je trouvais compréhensible. Ma mère était aussi jolie que gentille et elle était aussi très douée en art. Elle pouvait vous peindre des tableaux extraordinaires en l’espace d’une journée. Mais quand j’évoquai sa remarque sur le fait qu’il n’aimait pas monter à l’étage, son visage se rembrunit et il devint silencieux. Comme j’insistai, il me répondit d’un air sombre que toutes les maisons avaient leur secret et leur bizarrerie et que je ne devrais pas trop m’inquiéter. Mais je voyais bien qu’il ne me disait pas tout. Pourtant, voyant le malaise sur son visage, je décidai de ne pas insister. Il était clair qu’il n’était pas prêt à me révéler les sombres secrets de cette maison. À cet instant, Sylvio informa son frère qu’il avait terminé les deux petites chambres et qu’il descendait aider mon père à installer le mobilier dans la maison. Ayant terminé également, je me dirigeai vers l’échelle quand je surpris Salvatore jetant un coup d’œil inquiet au placard du grenier. Je ne dis rien mais je commençai vaguement à me demander la raison de son malaise. Il me suivit sans tarder et nous allâmes rejoindre Sylvio et mon père. À la fin de la journée, la maison avait l’air bien plus habitable qu’à notre arrivée. Quelqu’un frappa à la porte et ma mère alla ouvrir. Une vieille dame portant une énorme casserole fumante franchit le seuil et se présenta. Elle s’appelait Herminia et était la femme de Vittorio. Elle était venue nous souhaiter la bienvenue et nous avait préparé un délicieux repas pour fêter le retour d’Antonio et de sa famille dans leur maison. Ma mère la remercia et prit la casserole qu’elle déposa dans la cuisine. Maintenant que les meubles étaient installés, la maison semblait plus confortable et nous pûmes tous nous installer autour de la table de la salle à manger. Le repas se passa dans la joie des retrouvailles et quand Vittorio et sa famille s’en retournèrent chez eux, mon grand-père semblait si heureux que je me souviens m’être dit que la décision de revenir chez lui avait été la meilleure. Mais ça, c’était avant que des événements de plus en plus terrifiants ne nous arrivent. Ce soir-là, néanmoins, j’étais heureux d’être ici, notre nouveau chez nous. Nous allâmes nous coucher car le lendemain, nous devions monter les meubles des chambres à coucher à l’étage. Je souhaitai bonne nuit à ma famille et je m’effondrai sur mon matelas. Je m’endormis immédiatement.

 

 

 

 

 

Chapitre 2

Le lendemain, je me levai de bonne heure et entrepris de préparer le petit déjeuner. Je voulais faire plaisir à ma mère et l’idée d’avoir enfin un lit pour dormir ce soir m’enchantait énormément. La pièce de devant était remplie de caisses contenant nos vêtements et accessoires de décoration ainsi que nos lits démontés. Je bus un chocolat chaud quand ma mère se leva. Elle m’embrassa et me demanda si j’étais prêt à avoir ma nouvelle chambre. Je lui répondis avec enthousiasme mais quand elle m’annonça qu’elle et mon père avaient décidé de me laisser la chambre située au grenier, mon sang se figea. Le souvenir du regard de Salvatore vers le placard me revint en mémoire. Ma mère remarqua mon trouble et me demanda s’il y avait un problème. Je lui répondis que non, que c’était parfait. Après tout, mis à part l’inquiétude de Salvatore et les petits grattements entendus le premier jour de notre arrivée, je n’avais rien constaté d’inquiétant. Mais pourtant, l’idée d’être seul dans cette grande pièce lugubre me donnait des frissons. Mais je ne voulais pas inquiéter ma mère avec ce genre d’inepties donc, après avoir dévoré mes tartines, je me mis à monter le mobilier de ma chambre avec l’aide de Sylvio qui était arrivé pile poil au moment où mes parents finissaient de déjeuner. Heureusement qu’il était costaud, ce gars. La trappe était étroite et il fallut trouver toutes les astuces possibles pour pouvoir passer tous les meubles que je possédais. Une fois tout au sol, nous commençâmes par monter le lit. Nous passâmes au bureau et l’installâmes juste à côté. Je posai la caisse qui contenait mon ordinateur sur le bureau. S’ensuivit la bibliothèque munie de plusieurs colonnes et les nombreuses caisses de livres que je possédais. À la vue de tous ces bouquins, Sylvio émit un sifflement admiratif et me félicita pour cette énorme collection. Il aurait bien aimé que ses fils en fassent autant. Malheureusement, à son grand désarroi, ils préféraient les jeux vidéo. Quand je lui proposai de faire un dressing avec le placard, il hésita un instant, puis accepta. Il démonta donc la porte et regarda l’intérieur pour se faire une idée des dimensions des étagères qu’il allait disposer. En sortant de là, il semblait un peu mal à l’aise. Je lui demandai si tout allait bien. Pas de problème, me dit-il. Je vais te faire ça en quelques heures. Sur ce, il descendit l’échelle et je me dirigeai vers le placard. Il n’avait rien de particulier, si ce n’est cette impression de claustrophobie et le froid glacial qui s’en dégageait. Pourtant, il faisait bien trente-deux degrés dehors. -Bizarre, me dis-je. Avant que j’aie eu le temps de m’appesantir sur ces phénomènes, ma mère m’appela pour le dîner. Je descendis donc les rejoindre quand j’entendis de nouveau ces grattements. Cette fois, je localisai leur source. Cela venait du placard. Je regardai à l’intérieur mais ne vis rien de spécial. Encore une fois, je me dis que ça devait grouiller de rongeurs dans les murs. Je tendis l’oreille mais il n’y avait plus aucun bruit. Des rongeurs. Certainement. L’après-midi fut encore bien chargé. Sylvio s’attelait sur les étagères de mon placard et ma mère était occupée à récurer la salle de douche. Mon père passa les coups de fils indispensables lors d’un déménagement. Il avait relevé les compteurs d’eau et d’électricité et les avait communiqués aux services concernés. Il était maintenant en ligne avec l’administration communale pour un rendez-vous concernant notre changement d’adresse. Cela avait l’air de prendre du temps. Je le vis soupirer d’agacement. N’ayant plus rien à faire pour l’instant, je m’installai à côté de mon grand-père et lui demandai s’il avait besoin de quelque chose. Il me demanda un verre d’eau et je me levai pour le servir quand je remarquai la porte de la cuisine grande ouverte. M’avançant pour la refermer, je ressentis une sensation de froid et, sous mes yeux ébahis, la porte se referma toute seule.

Comment cela était-il possible ?

Il n’y avait pas un seul souffle de vent à l’extérieur. L’air devint glacé et je vis mon souffle se matérialiser devant ma bouche. Quoi ? Je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Soudain, je ressentis une étrange sensation dans l’estomac, comme si je m’apprêtais à rendre mon chocolat chaud du matin. Je me dirigeai lentement vers la salle de douche et m’effondrai devant le cabinet de toilette. La tête me tournait. Ma mère, qui était occupée à nettoyer la cabine de douche, lâcha son éponge et vint s’accroupir à côté de moi.

-Qu’est-ce qu’il t’arrive ? me demanda-t-elle, inquiète.

Je ne pus lui répondre. Un énorme jet de vomis jaillit de ma bouche et je finis par perdre connaissance.

Avant de perdre totalement conscience, je crus voir des silhouettes sombres juste derrière ma mère.

Je l’entendis crier mon nom mais j’étais fixé sur ces ombres.

Puis, tout devint noir.

Quand je repris conscience, j’étais allongé dans le canapé du salon, ma mère assise à mes côtés.

Mon grand-père et mon père, ainsi que les fils de Vittorio étaient assis autour de la table de la salle à manger et me regardaient avec inquiétude.

Ma mère me demanda comment je me sentais.

Je voulus me redresser mais elle me força à me recoucher.

J’entendis des coups à la porte et je vis mon père revenir avec Herminia, la femme de Vittorio.

Elle m’observa un instant et me fit boire un verre d’eau avec une poudre blanche à l’intérieur.

-Ne t’inquiète pas, me dit-elle. Ce n’est que du bicarbonate de soude. Ça va soulager tes nausées et te remettre sur pieds. Tu as dû faire une insolation à cause de la chaleur et des efforts pour monter les meubles. Tu devrais te reposer. Je suis sûre que tu te sentiras beaucoup mieux demain.

Je regardai mes parents et ils me firent signe pour me faire comprendre qu’ils étaient d’accord. Je me levai donc doucement et me dirigeai vers les escaliers. En arrivant sur la première marche, mon regard fut attiré par une porte que je n’avais pas encore remarquée. Elle se trouvait sous les escaliers et semblait à peine perceptible, se fondant presque dans le mur. Je demandai à mon père ce que c’était. Il me répondit que c’était certainement le sous-sol et que si je le voulais, nous irions vérifier demain matin. Sans rien ajouter, je leur souhaitai bonne soirée à tous et montai doucement les marches. Je me sentais encore un peu nauséeux et j’avais l’impression d’être vidé de toute mon énergie. Quand j’arrivai à l’échelle, j’eus un instant d’hésitation. Maintenant que le soir était tombé, le grenier était vraiment très sombre. Néanmoins, j’allumai la lampe de poche de mon téléphone portable et commençai à monter l’échelle, pas à pas, puis passai la tête par la trappe pour inspecter les lieux. Je ne vis rien de spécial et je montai donc m’allonger dans mon lit. J’allumai ma petite lampe de chevet et remontai ma couette jusqu’au cou. J’allais m’endormir quand j’entendis de nouveau ce bruit de grattements. Mes cheveux se dressèrent sur ma tête et je restai immobile. Tendant l’oreille, j’écoutai si le grattement se reproduirait mais ça ne fut pas le cas. Saleté de souris ! me dis-je. J’écoutai encore un moment puis, harassé de fatigue, je finis par m’endormir. Je ne savais pas depuis combien de temps je dormais quand j’ouvris les yeux, pris de frissons. J’ignorais ce qui m’avait tiré du sommeil mais je remarquai qu’il faisait étrangement froid dans ma chambre. Mon souffle faisait une espèce de nuage autour de ma bouche. Je restai immobile, pris d’une peur irrationnelle. Je constatai que ma lampe de chevet était éteinte. Je tendis le bras à la recherche de mon téléphone mais ne le trouvai pas. Je me relevai doucement et un bruit me fit sursauter. J’écoutai plus attentivement, cherchant son origine. Les yeux agrandis par la peur, j’allumai ma lampe et regardai autour de moi. Rien. Pourtant, j’aurais juré avoir entendu du bruit ! J’attendis un moment, tendant l’oreille mais seul le silence me répondit. Je décidai de me recoucher.

J’allongeai le bras vers l’interrupteur de ma lampe quand j’entendis le parquet craquer. J’étais tétanisé. On aurait dit que quelqu’un ou quelque chose se déplaçait dans la pièce. Je me levai doucement de mon lit et regardai de nouveau dans tous les coins de la pièce mais je ne vis rien de spécial. Je trouvai mon portable sur mon bureau et le repris. J’avais dû le laisser là quand j’avais mis mon pyjama. J’allais retourner me coucher quand je sentis un souffle glacé sur mon cou. Je me retournai brusquement, m’attendant à tomber nez à nez avec une immonde créature. Mais là encore, je ne pus que constater qu’il n’y avait que moi dans la chambre. Je fus tenté de descendre réveiller mes parents mais la journée avait été longue et je ne voulais pas les déranger. J’attendis encore quelques minutes mais rien d’autre ne se produisit. Tremblant de peur, je regagnai mon lit, remontant la couverture jusqu’au dessus de ma tête. Je maudis mon imagination trop fertile. J’avais laissé la lumière allumée. Les minutes passèrent et je finis par somnoler. Soudain, les grattements reprirent de plus belle. Je restai tétanisé sous la couverture, ayant trop peur pour regarder. Le bruit s’accentua puis cessa brusquement. Plus j’y pensais et plus ces bruits me faisaient penser à des ongles crissant sur le plancher. Je n’osais pas sortir la tête de la couverture. Au moment où je me disais qu’il était ridicule d’avoir peur de quelques rongeurs, je sentis comme un poids au bout de mon lit. L’impression que quelqu’un s’était assis sur mes pieds et m’empêchait de remuer. Glacé de terreur, je n’osais pas bouger. Cela dura un moment puis la sensation de poids disparut. Je risquai un œil en dehors de ma couverture et regardai peureusement au bout de mon lit. Il n’y avait rien. Je me levai de nouveau de mon lit et alla voir jusqu’au placard. J’avais la main sur la poignée, prêt à ouvrir, puis la relâchai. Quelque chose me disait que ce ne serait pas une bonne idée d’ouvrir cette porte. Surtout que j’étais seul et qu’il faisait nuit. J’attendis un peu pour voir si les phénomènes allaient se répéter mais quoi qu’il se fût passé, c’était apparemment fini. Je me remis donc au lit, remis ma couverture et observai encore un moment la porte de ce fichu placard. La fatigue finit par l’emporter. Je m’endormis et rien d’autre ne vint me perturber cette nuit-là. Le lendemain matin, je me levai avec la tête lourde. Je m’assis sur mon lit et cherchai à chausser mes pantoufles mais mes pieds ne rencontrèrent que le vieux linoléum. Je me levai et regardai en dessous de mon lit. Rien. Je me mis en quête de mes pantoufles et les retrouvai juste devant le placard. En me dirigeant vers elles, je butai contre l’un de mes livres. Je regardai ma bibliothèque et constatai avec stupéfaction que mes bouquins que j’avais rangés la veille sur mes étagères étaient maintenant disposés sur mon bureau et sur le sol. J’étais interloqué. Je me dirigeai doucement vers mes pantoufles, les chaussai et restai un moment à observer ce désordre. Puis, sans m’attarder sur ces événements, je remis mes livres sur ma bibliothèque, pris mon GSM et me dirigeai vers l’échelle quand j’entendis comme un ricanement lointain. Je me figeai et attendis un instant, la main sur la rampe. La sueur sur mon front s’était glacée. Je n’osais pas bouger. J’attendis de voir si cela allait recommencer mais plus rien ne se manifesta. Je commençai à descendre les barreaux de l’échelle quand j’entendis encore de petits bruits. Je passai la tête par la trappe et constatai que ma couette était tombée en bas de mon lit. C’en était trop ! Pas question de rester là-haut tout seul. Sans attendre, je descendis en vitesse les marches et me dirigeai vers la chambre de mes parents. J’ouvris la porte et constatai que leur lit était vide. Je descendis donc les escaliers en ayant l’impression désagréable d’être suivi. Arrivé au bas des marches, je faillis percuter mon père de plein fouet.

-Ola, champion ! me dit-il. Tu es pressé, dis-donc ! Tu as failli me faire tomber ! Bien dormi ?

Je racontai à mon père ma découverte matinale et lui expliquai les bruits entendus dans ma chambre. Il m’écouta et quand je lui demandai ce qu’il pensait de tout ça, il haussa les épaules et me répondit qu’il ne savait pas quoi dire. Je le suivis dans la cuisine où étaient déjà installés mon Nonno et ma mère. Mon grand-père me questionna du regard et je lui racontai les phénomènes de la veille ainsi que le désordre et les bruits de ce matin dans ma chambre. Ma mère m’écouta également et me dit que j’avais certainement dû faire une crise de somnambulisme, sinon comment expliquer tout cela ? Je me tournai vers mon grand-père, attendant qu’il ajoute quelque chose mais il se contenta de boire son café en silence. Je m’installai donc à la table et mordis dans un croissant, mes pensées revenant sans cesse à ce maudit placard. Ma mère m’informa qu’elle m’avait inscrit à l’Athénée Royal et que je commençais les cours la semaine suivante. Elle me demanda donc de m’habiller pour aller chercher mes fournitures scolaires ainsi que quelques tenues vestimentaires. Je bus donc mon chocolat chaud et me dirigeai vers l’étage quand mon grand-père m’interpela.

-Attends, mon grand ! me dit-il. Je n’ai pas eu l’occasion de voir ta chambre. Je peux venir avec toi?

Il se leva et me suivit dans les escaliers. Je n’étais pas sûr qu’il puisse monter l’échelle mais il m’épata en la grimpant rapidement. Il fit le tour de la pièce et s’arrêta devant le placard. Il s’en approcha et mit sa main sur la poignée de la porte. J’aurais voulu lui dire de ne pas ouvrir mais il tira dessus et se retrouva devant un vrai carnage. Les étagères que Salvatore m’avait installées la veille étaient à terre. Mon grand-père s’avança et son pied heurta une dizaine de vis éparpillées sur le sol. Je m’avançai également, regardant ce carnage d’un air dubitatif. Comment cela avait-il pu arriver ? Je regardai les étagères. Elles n’étaient pas abîmées. On aurait dit que quelqu’un avait passé son temps à retirer toutes les vis et les avait rassemblées au milieu du placard, juste devant le tas d’étagères. Je regardai mon grand-père, les yeux apeurés. Lui aussi semblait perplexe. Il me connaissait assez bien pour ne pas me demander si c’était de mon fait. Il se tourna vers moi et me demanda si j’avais entendu quoi que ce soit après m’être finalement endormi. Je lui répondis que non. Même si cela semblait impossible, je n’avais pas entendu les étagères se détacher des murs et tomber sur le plancher. Il réfléchit encore un moment et me demanda de ne pas en parler à ma mère. Il ne voulait pas l’inquiéter pour rien. Quand je lui demandai s’il savait ce qu’il se passait, il me répondit simplement qu’il était temps pour lui d’aller rendre visite au prêtre de notre paroisse. Il m’attendit, le temps que je m’habille et nous descendîmes en gardant cet épisode pour nous. Ma mère m’attendait devant la porte d’entrée. Elle demanda à mon grand-père s’il voulait nous accompagner, mais celui-ci refusa poliment. Avec un regard appuyé, il informa ma mère qu’il allait rendre visite au Père Rosso. Mon père s’était attaqué au petit jardin et nous souhaita une bonne journée. Quand je montai dans la voiture, mon grand-père me salua et se dirigea vers le bout de la rue. Ma mère le salua et tourna en direction de La Louvière. Nous passâmes un bel après-midi à faire du shopping dans les rues de La Louvière. Je dus admettre que l’endroit me plaisait bien. Nous allâmes manger une glace et, passant devant un petit cinéma de quartier, ma mère me proposa d’aller voir un film. Je n’étais pas pressé de regagner notre domicile donc, nous nous dirigeâmes vers l’accueil et nous passâmes un bon moment à rire devant un film parlant de Minions, de petites créatures jaunes en salopettes bleues, parlant un langage étrange et dont la fonction était d’aider un célèbre criminel dans ses mauvais plans.

La séance terminée, nous regagnâmes la voiture. Installé au volant, ma mère m’observa un moment et me demanda si tout allait bien. Je me rappelai ce que m’avait dit mon Nonno et je lui répondis que j’avais juste besoin de temps pour m’adapter. Elle me sourit et me promit que tout irait bien. J’aurais tant aimé la croire. Je ne répondis rien et nous rentrâmes à la maison. Quand je rejoignis mon grand-père dans le salon, il était en pleine conversation avec mon père à propos des plantations prévues pour le potager. Je me dirigeai vers le jardin et constatai que mon père avait bien avancé. Les mauvaises herbes avaient disparu, le pommier malade avait été abattu et les rosiers taillés. Il avait nettoyé la cour et le dallage avait un aspect lisse et propre. Il avait retourné un bon carré de terre et l’avait déjà préparé pour les plantations à venir. Mon grand-père me rejoignit dans le jardin.

-Ton père est habile de ses mains, me dit-il. Tu vois, l’habit ne fait pas toujours le moine. Qui se serait douté qu’un banquier était si habile en jardinage ?

J’admirai le travail de mon père quand je sentis quelque chose se glisser dans ma main. Je baissai les yeux vers ma main et observai l’objet que mon Nonno y avait glissé. C’était un petit crucifix. Je regardai mon grand-père et celui-ci me conseilla de l’accrocher au-dessus de la porte de mon placard.

À ce moment-là, ma mère sortit nous rejoindre et je m’empressai de ranger la croix dans la poche de mon jeans.

Elle enlaça son père et lui demanda s’il était satisfait du travail de son beau-fils.

Il lui répondit que c’était une véritable œuvre d’art et ils rirent tous les deux de bon cœur.

Mon père nous rejoignit et leva les bras en signe de victoire, ce qui nous fit tous rire aux éclats.

Ce soir-là, j’empruntai un clou et un marteau et entrepris d’accrocher le crucifix au-dessus de la porte du placard.

Je regardai ensuite le résultat et me dis que ça devait faire l’affaire.

Je rejoignis mes parents dans le salon. Ils regardaient les informations.

Je m’installai à côté de mon grand-père. Il me regarda et je hochai la tête à sa question silencieuse.

Il me sourit et me tapota la jambe en signe d’encouragement.

Tout irait bien.

Quand le journal télévisé se termina, ma mère se leva, s’étira et annonça qu’elle allait se coucher.

Elle proposa à mon grand-père de l’installer mais il lui répondit qu’il voulait passer un peu de temps avec moi avant la rentrée scolaire et me demanda si je pouvais m’en charger moi-même.

J’acceptai et mes parents montèrent donc se coucher.

Une publicité vantant les mérites d’un liquide vaisselle révolutionnaire envahit l’écran.

Je restai silencieux un moment, attendant de voir si mon grand-père allait m’expliquer pour le crucifix.

Cependant, quand il prit la parole, il me demanda de lui apporter la photographie qui se trouvait sur le buffet de la salle à manger.

Je lui rapportai et il la regarda longuement.Il passa un doigt noueux sur le portrait.

-C’est ma Giulia, me dit-il. Ma chère épouse. Je sais que je t’ai déjà beaucoup parlé d’elle mais je n’ai jamais eu l’occasion de te montrer à quel point elle était belle.

Je regardai la photographie et dus admettre que ma mère lui ressemblait énormément.

Il la regarda encore un instant, puis posa le cadre sur la table de salon.

Il se tourna vers moi et se mit à me parler très vite.

-Tu dois m’écouter, mon petit. Tant que nous sommes seuls, j’aimerais te parler de cette maison. Je pense que tu as déjà remarqué quelques bizarreries. Il y a des choses que tu devrais savoir mais je sais que ta mère m’en voudra énormément si elle apprenait que je t’ai parlé de ça. Surtout qu’elle ignore aussi une bonne partie de la vérité. Alors, promets-moi de garder tout ceci pour toi, d’accord ?

Je ne savais pas comment réagir mais je sentis la main de mon grand-père serrer mon poignet et je promis.

Il me regarda un instant dans les yeux, comme pour s’assurer que je ne mentais pas, puis il me demanda d’aller chercher un album photo. Il m’informa qu’il était caché à l’intérieur de la grosse cheminée de la pièce de devant. Devant mon air dubitatif (qui irait cacher un album photo dans une cheminée ?), il insista en agitant le bras vers la pièce de devant. Je me dirigeai donc vers cette grotesque construction et me penchai pour regarder à l’intérieur. Je ne vis rien au début et m’apprêtai à l’annoncer à mon grand-père quand, en passant la main à l’intérieur du conduit, je sentis un objet dur enveloppé dans un morceau de tissu. Je sortis l’objet et l’apportai à mon Nonno. Il le prit délicatement et commença à dénouer la ficelle qui retenait le tissu. Un vieil album en cuir craquelé apparut. Il n’avait rien de particulier, mis à part qu’il paraissait très vieux. Mon grand-père me demanda de m’asseoir à côté de lui et se mit à tourner les pages. Des photos en noirs et blancs se succédaient sur le carton jauni par le temps. Sur la première, on pouvait y voir mon grand-père, ma grand-mère et ma mère entourée de ses trois petits frères. Je savais que ma mère n’était pas fille unique mais elle ne me parlait jamais de ses frères. Je remarquai que les deux plus jeunes étaient jumeaux. Mon grand-père se rapprocha et commença les présentations.

-Ce beau jeune homme, c’est moi, me dit-il en souriant.

Je lui souris aussi.

-Elle c’est ma Giulia, ta Nonna. A côté d’elle, c’est ta mère, évidemment. Et là ce sont mes fils. Filipe, et nos jumeaux Julio et Roberto. Ils devaient avoir cinq ans sur cette photo. C’était un peu après notre arrivée. C’est notre voisin Vittorio qui l’a prise avec un appareil photo que ses parents lui avaient offert quand il avait émigré avec sa famille. On a dû rester immobile comme des arbres pendant qu’il prenait la photo. Ce n’était pas la technologie d’aujourd’hui, pourtant c’était déjà pas mal du tout.

Sur la photo suivante, on pouvait voir ma mère entourée de ses trois frères. La photo était joliment décorée d’un ruban qui entourait tout le cadre. Une photo d’école, évidemment.

Sur la troisième photo, on pouvait voir que mes oncles avaient bien grandi. Ils devaient avoir au moins quinze ans. C’était de solides gaillards bien bâtis. Les jumeaux se tenaient par les épaules et leur frère aîné se tenait derrière eux, le sourire aux lèvres.

Sur la quatrième photo, on voyait toujours les frères ensemble mais les sourires avaient disparu.

Quand je regardai mon grand-père, il m’encouragea à regarder le reste de l’album.

Je tournai donc les pages et remarquai que les frères jumeaux, autrefois costauds et souriants, étaient devenus maigres et leurs yeux étaient comme éteints. Leur grand frère était également sur la photo mais se tenait un peu éloigné d’eux. Aucun n’abordait de sourire.

La photo qui suivait représentait les deux jeunes hommes dans une sorte d’hôpital que je ne connaissais pas. Les deux hommes paraissaient sous-alimentés et même sur cette vieille photo, on pouvait voir que leurs tenues étaient sales. Ils ne souriaient pas là non plus.

Un détail me perturba. L’appareil devait avoir un défaut car l’un des jumeaux paraissait presque transparent alors que l’autre était plus net.

Les deux dernières photos représentaient une famille habillée de noir autour de deux cercueils identiques. Une photo de chaque jumeau était collée en dessous et leur nom, leur date de naissance et de mort étaient inscrits d’une écriture tremblante et presque illisible. Apparemment, ils étaient morts à seulement six mois d’intervalle.

La seule autre photographie qui se trouvait sur la dernière page de l’album était en couleur et je vis qu’elle me représentait. Je devais avoir trois mois. L’inscription en dessous confirma mon idée.

Michaël Julio Roberto Blanchart.

Mon nom complet.

Je ne savais même pas leur signification jusqu’à ce jour.

Je regardai mon grand-père.

Il ferma doucement l’album, se renfonça dans son canapé, tendit l’oreille pour voir si mes parents dormaient et commença son histoire.

 

Le récit d’Antonio

Antonio s’installa confortablement dans son fauteuil. Son emphysème le faisait souffrir de plus en plus. Il savait au fond de lui qu’il n’en avait plus pour longtemps. C’est pourquoi, quand il avait remarqué que son petit-fils semblait tourmenté, il se douta que tout recommençait. Il se devait de le mettre en garde contre le mal qui rongeait sa demeure. Ne pas lui en parler risquait de le mettre en danger. Il avait espéré que les années auraient effacé la malédiction de sa maison, les locataires successifs ne s’étant jamais plaints d’aucuns phénomènes bizarres, mais il s’était trompé. Lui aussi avait entendu les grattements et la nuit, il lui avait semblé voir des ombres se promener dans la maison. Il avait mis tout cela sur le compte de la culpabilité et du chagrin, son retour ayant fait remonter de mauvais souvenirs. Mais quand Michaël commença à signaler ces petits incidents, et surtout quand il vit l’état dans lequel s’était retrouvé le placard, il n’eut plus aucun doute. Ça recommençait.

Et dire que tout cela n’était que le résultat de l’ignorance et de l’innocence d’enfants cherchant simplement à expérimenter des jeux un peu trop dangereux pour leur âge.

Il n’avait pas été assez vigilant.

Et le fait qu’il travaillait quatorze heures par jour à la mine n’était pas une excuse.

Ses fils avaient été livrés à eux-mêmes quand Sylvia était partie pour la France.

Ho ! Il n’en voulait pas à sa fille. Il était même fier qu’elle ait pu entrer à l’université. La première fille de la famille qui faisait des études d’art, qui n’aurait pas été fier ?

Mais son départ avait provoqué de grands changements au sein de leur famille. Leur mère Giulia était tombée malade et avait souvent des pertes de conscience. Il était devenu difficile pour elle de s’occuper de leurs fils sans la présence de sa fille aînée. Antonio, accaparé par son travail, ne lui avait pas été d’une grande aide. Essayant de garder un œil sur ses garçons, il n’avait pas pu éviter le malheur qui leur tomba dessus. Son ami Vittorio connaissait les mêmes soucis avec ses deux fils. Les gamins étaient souvent ensemble et cherchaient un peu d’amusement dans ce monde si insipide. Mis à part les heures d’école, ils n’avaient pas grand-chose pour se changer les idées. Aucune famille ne possédait de télévision. Ils leur arrivaient donc souvent de se rassembler tous les cinq dans la chambre des deux frères pour jouer aux cartes, se raconter des histoires ou s’entraider pour leurs devoirs. Cela avait commencé comme un jeu. Un jeu de gosses innocents. Un jeu de gosses inconscients. Ce jour fatidique où leur vie avait changé du tout au tout, ils avaient eu l’idée stupide de grimper sur la toiture de leur maison en passant par le velux de la chambre et de voir qui pourrait aller d’un coin à l’autre de la toiture. Les enfants de Vittorio, plus adroits, avaient réussi sans peine leur exploit. Filipe avait aussi fait le tour de la toiture, suivi de Roberto. Cependant, Julio n’eut pas le courage de se lancer. Il souffrait d’une terrible phobie du vide mais avait accompagné son frère. Ils étaient inséparables, comme tous les jumeaux qu’Antonio avait connus jusqu’à ce jour. Ne voulant pas passer pour un trouillard aux yeux de ses camarades, mais surtout à ceux de son frère, il s’était décidé à traverser à petits pas le toit en pente. Arrivant vers le bas, il commença à remonter lentement sous les encouragements de Roberto quand le malheur se produisit. Il était presque arrivé en haut de la toiture quand une tuile se détacha et le fit glisser. Roberto, aidé des trois autres garçons, avait tenté de rattraper son frère, manquant sa main de quelques centimètres. Il avait plut la veille et les tuiles étaient encore toutes humides. Avant qu’il ne puisse atteindre Julio, d’autres tuiles se détachèrent et Julio, déséquilibré, chuta d’une hauteur de huit mètres. Sa tête heurta le trottoir avec un bruit sourd. Il ne mourut pas mais fut hospitalisé pendant de longs mois dans le service des traumatismes crâniens. Il resta quelques mois dans le coma. Quand il se réveilla enfin, il arrivait à peine à parler et avait du mal à tenir sur ses jambes. Il se plaignait souvent de douloureux maux de tête et d’acouphènes. Il avait l’impression que quelqu’un murmurait dans ses oreilles. Après une année de rééducation, il fut autorisé à rentrer à la maison. Quand Roberto avait appris la nouvelle, il avait été transporté de joie ! Cela faisait un an qu’il était séparé de son frère et il n’avait pas eu souvent l’occasion de lui rendre visite car il s’occupait de sa mère qui faisait de plus en plus de crises. Filipe avait trouvé un emploi dans une usine et travaillait plus de dix heures par jour. Sa mère avait besoin d’une surveillance constante et Roberto n’osait pas la laisser seule trop longtemps. Le retour de Julio était synonyme de joie. Par conséquent, quand son frère réintégra le cocon familial, Roberto remarqua immédiatement que son frère n’était plus vraiment lui-même. Il agissait parfois bizarrement et il lui arrivait souvent de parler tout seul dans la maison ou lors de ses rares sorties dans leur petit jardin. Les jeunes du quartier avaient fini par s’éloigner de lui car il leur faisait peur. Quand ils passaient devant la maison, Julio était souvent assis sur le banc de pierre et semblait regarder dans le vide. Il ne répondait pas quand ses anciens camarades lui demandaient des nouvelles et se contentait de les fixer avec un regard étrange. Il fut donc évité par la plupart de leurs amis communs.

Mais Roberto ne pouvait se résoudre à abandonner son frère. Ils étaient unis depuis leur vie utérine et rien ne pourrait jamais les séparer. Donc, quand son frère cessa sans raison de s’alimenter, Roberto fit pareil. Quand Julio ne voulut plus qu’on l’aide à se laver, hurlant que l’eau le brûlait, Roberto arrêta également de se doucher. Il pensait que Julio verrait là un soutien et un réconfort qui pourraient le mener vers le chemin de la guérison.

Mais les choses se mirent à empirer. En effet, Julio commença à avoir des comportements dangereux. Il déambulait parfois dans la maison, armé d’un couteau et semblait parler à quelqu’un que personne d’autre que lui ne voyait ou n’entendait. Les seuls amis qui venaient encore prendre de ses nouvelles étaient Sylvio et Salvatore. Ils se sentaient coupables de l’état de Julio et tenaient à se montrer présents. Néanmoins, eux aussi avaient remarqué le comportement étrange de Julio.

Un soir, alors que Julio s’était enfermé dans la chambre du grenier, Roberto était allé chercher de l’aide chez ses amis. Il redoutait que Julio ne se précipite par le velux pour mettre fin à ses souffrances. Il leur expliqua que son frère lui avait avoué qu’un démon lui intimait de tuer toute sa famille et que cette chose ne le laissait jamais en paix.

– Il lui avait donné un crucifix et de l’eau bénite qu’il avait volé à l’église voisine de chez eux dit-il,  mais ça n’avait pas suffit.

Julio continuait à entendre cette voix dans sa tête et il lui arrivait souvent de rester dans un état de torpeur pendant des jours entiers, comme s’il n’était plus qu’une coquille vide, sans âme. Même son regard était étrange dans ces moments-là. Il était plus sombre et semblait habité par autre chose que Julio. Roberto avait également constaté que Julio avait souvent des ecchymoses et des griffures qui apparaissaient sans raison apparentes sur son corps. Il était d’une pâleur et d’une maigreur terrifiantes.

Roberto avait essayé de convaincre son père que quelque chose n’allait pas chez Julio et qu’il devait le faire ré- hospitaliser mais Antonio avait mis tout cela sur le fait que son fils avait eu une fracture du crâne et que les médecins lui avaient prédit que Julio ne serait peut-être plus le même homme qu’avant.

Constatant que son père ne voulait pas admettre qu’il y avait quelque chose de sombre chez Julio, Roberto s’était absenté un moment de la maison pour se rendre chez le Père Rosso, dans l’espoir que celui-ci puisse aider son frère et aussi raisonner son père. Il expliqua au saint homme toutes les choses étranges qui se passaient dans leur chambre depuis le retour de son frère. Les craquements sur le plancher alors qu’ils étaient tous les deux allongés dans leur lit, le froid incessant dans la pièce même par journée caniculaire, les objets qui semblaient se déplacer tout seuls, les ombres qui semblaient voyager sur les murs, les grattements qui semblaient provenir de leur placard, mais surtout la voix que son frère entendait dans sa tête, cette voix qui lui intimait de tuer toute sa famille.

C’est alors qu’il admit même avoir entendu cette voix. Un jour où Julio était resté dans sa chambre, Roberto, s’inquiétant de la maigreur de son frère, lui avait monté une assiette de raviolis. Cela faisait plusieurs jours que Julio n’avait rien mangé ni bu. Il était au pied de l’échelle quand il avait entendu son frère parler. Habitué à cela, il avait commencé à monter les barreaux quand il entendit une voix caverneuse répondre à Julio. Sur le coup, il était resté tétanisé au bas de l’échelle. Il se dit qu’il avait du imaginé le phénomène mais quand il commença à monter l’échelle, il entendit de nouveau cette voix dire à son frère que Roberto arrivait et qu’il reviendrait le voir plus tard. Quand il était arrivé en haut, son frère était assis dans le placard et le fixait d’un air sombre. Roberto lui avait demandé à qui il parlait mais son frère n’avait pas répondu.

Il s’était contenté de le regarder de ce regard sombre et lointain. Il lui avait donc laissé l’assiette et était descendu précipitamment au rez-de-chaussée pour prévenir Antonio. Son père l’avait écouté et avait mis cet événement sur le compte du stress et de l’inquiétude que Roberto avait pour son frère. La seule explication que son père lui avait donnée était que Julio avait pu changer sa voix pour se donner le change.

Le Père Rosso l’avait écouté avec attention et lui avait promis de venir le lendemain matin pour rendre visite à Julio et tenter de l’aider du mieux qu’il le pouvait. Il avait aussi promis à Roberto de bénir la maison si cela pouvait calmer ses peurs.

Pourtant, Roberto n’était pas dupe. Le Père Rosso devait se dire la même chose qu’Antonio ; que le comportement de Julio était le résultat de sa chute du toit de la maison et de sa longue convalescence.

Quand il fut rentré, sa mère était prostrée dans le canapé, apeurée par quelque chose qu’elle n’avait pas su lui expliquer. Elle se signa plusieurs fois et lui indiqua du doigt le plafond vers la chambre de son frère. Roberto avait cherché son père mais celui-ci était parti au travail. Il était donc courageusement monté à l’étage mais quand il voulut se rendre dans la chambre, il remarqua que l’échelle escamotable avait été remontée et qu’il lui était impossible d’y monter. Il cria après Julio mais celui-ci avait l’air de se disputer avec quelqu’un. Il hurlait que non, il ne le ferait pas, qu’il préférait mourir.

Puis, il se mit à hurler comme quelqu’un qui subissait les pires tortures.

Roberto était alors parti chercher de l’aide auprès de Sylvio et Salvatore. Quand ils arrivèrent à l’étage, Julio poussait des hurlements d’agonie. Salvatore était alors descendu pour aller prendre l’échelle qui se trouvait dans la cour et était revenu presque aussitôt. Cependant, les hurlements avaient cessés et avaient laissé la place à une série de gargouillis atroces.

Sylvio essayait d’aider Roberto à atteindre la corde de la chambre en le prenant sur ses épaules. Il finit par l’attraper et monta les marches précipitamment. Salvatore et Sylvio se regardèrent d’un air sombre et, avant qu’ils ne commencent à monter l’échelle, entendirent Roberto hurler le nom de son frère.

Ils se précipitèrent et restèrent pétrifiés devant le spectacle horrible qui se déroulait devant leurs yeux. Julio, les yeux exorbités et la langue violette, pendait au bout d’un nœud coulant qui était attaché sur une des poutres apparentes du plafond du petit placard. Roberto était agenouillé devant son frère et hurlait son nom. Les frères essayèrent de décrocher Julio, mais celui-ci était trop haut, ses pieds se trouvant à cinquante centimètres du sol. Aucune chaise ne se trouvait dans le réduit. Comment avait-il pu s’y pendre sans prendre d’appui ?

C’est une question que personne n’osa prononcer à voix haute. Sylvio proposa à Salvatore de le soulever sur ses épaules et, sortant un canif de sa poche, commença à découper la corde qui retenait Julio. Sachant qu’il était trop tard, il se dépêcha de délivrer la dépouille de son ami. Après quelques minutes d’effort, elle atterrit sur le plancher dans un bruit sourd. Roberto se jeta sur lui et criait son nom mais l’angle de son cou indiquait aux fils de Vittorio qu’il n’y avait plus rien à faire. Ils en firent part à leur ami. Roberto serra alors son frère dans ses bras et se mit à pleurer hystériquement.

Alerté par ses hurlements, des voisins avaient appelés la police. Quand les forces de l’ordre étaient arrivées sur place, elles ne purent que constater le décès de Julio. Elles durent employer la force pour obliger Roberto à lâcher le cadavre et demandèrent à Sylvio et Salvatore de l’emmener au rez-de-chaussée. Ils descendirent donc auprès de Giulia et Salvatore courut jusqu’à la mine pour annoncer la terrible nouvelle à Antonio. Heureusement, il vit son père en premier et lui raconta les événements. Vittorio, le regard assombri, annonça la tragédie à son ami. Salvatore observa Antonio écouter son père. A mesure que celui-ci l’écoutait, il vit le visage d’Antonio se décomposer et le vit s’effondrer au sol. Des mineurs qui les entouraient se précipitèrent pour relever leur camarade. Il reprit conscience mais n’arrivait pas à admettre qu’il avait perdu son fils. Il se mit sur ses jambes et commença à remonter le chemin vers sa maison, suivi de près par Vittorio et Salvatore.

Quand il arriva devant chez lui, la police était déjà sur place et Antonio s’arrêta devant un sac mortuaire qui trônait au milieu du salon. Il voulut s’approcher mais un policier lui barra le chemin.

-C’est mon fils ! lui avait crié Antonio en hurlant. Puis, sans force, il avait répété: -C’est mon fils.

Roberto était assis à côté de sa mère. Il se tenait courbé, les bras pendant entre ses jambes, les yeux dans le vague, encore sous le choc. Antonio s’approcha de lui en demandant des explications mais Roberto ne lui répondit pas. Le choc l’avait rendu catatonique.

Il n’y eut pas d’enquête, la mort de Julio étant considérée comme un suicide au vu de ses antécédents psychiatriques. La famille fut peu questionnée sur les raisons de cet acte et le corps de Julio fut rendu à la famille pour l’enterrement. Et la vie reprit son cours pour tout le monde, sauf pour Roberto.

A la suite du suicide de son frère, il commença à délirer, à raconter à sa famille, ainsi qu’à son entourage que Julio était toujours là et qu’il venait souvent le voir pendant la nuit. Il racontait à qui le voulait que son frère avait élu domicile dans le placard de sa chambre et qu’il lui avait promit de rester avec lui. Ayant peur pour sa santé mentale, Antonio avait fait interner son fils dans un centre psychiatrique situé à Manage.

Malheureusement, l’état de Roberto se dégradait progressivement. Les premiers mois de son internement, les surveillants avaient remarqué qu’il parlait souvent tout seul, ce qui ne les avait pas surpris. Cependant, une nuit, un surveillant eut l’impression que quelqu’un était avec Roberto. Il avait donc ouvert la cellule mais avait constaté que Roberto était seul. Il mit ça sur le compte du stress ; travailler avec des barjos toute la journée n’était pas fait pour lui ; mais il aurait juré un instant que Roberto n’était pas seul. Il alla même jusqu’à regarder sous le lit et dans le placard de la chambre mais n’avait rien trouvé. Roberto l’avait regardé sans broncher et n’avait même pas cherché à s’enfuir. Heureusement car si cela avait été le cas, ce surveillant aurait été renvoyé pour négligence. Roberto s’était contenté de regarder le surveillant d’un regard éteint et n’avait pas fait un seul mouvement dans sa direction, sauf quand le gardien s’était approché du placard.

Cependant, le surveillant avait ouvert l’armoire et n’avait rien trouvé d’autre que les vêtements que son patient portait lors de son internement. Il referma donc le placard et se dirigeait vers la porte quand Roberto lui fit une étrange requête. Il demanda au surveillant s’il avait un appareil photo. L’hôpital en possédait un et il revint donc avec l’appareil. Roberto lui demanda de le prendre en photo avec son frère. Ne voulant pas le contrarier, le surveillant s’exécuta. Il prit la photo et la donna à Roberto en lui précisant que celle-ci ne s’afficherait que dans quelques minutes. Mais ce que Roberto lui répondit le marqua à tout jamais. Car quand la photo commença à apparaître, le gardien remarqua que quelque chose se tenait à côté de Roberto. Quand la photographie fut nette, Roberto montra l’apparition qui se trouvait juste à côté de lui. Et ce qu’il dit au gardien sembla le ravir.

-Tu vois ? C’est mon frère Julio ! dit-il en pointant le doigt sur la forme noire qui était assise à coté de lui.

Le gardien, décontenancé, la peur suintant par tous les pores de sa peau, sortit précipitamment de la chambre et ferma à double tour la porte. Il ne signala pas l’événement et il ne revient jamais travailler. Le lendemain de l’incident, il téléphona à l’établissement et donna sa démission pour raison de santé.

La dernière fois qu’Antonio était allé voir son fils, il n’avait presque plus rien d’humain. Il refusait depuis des mois de se nourrir et, un soir de novembre, finit par succomber à une crise cardiaque. Un surveillant les avait appelés pour leur annoncer la nouvelle. Antonio, accompagné de Vittorio, était parti signer les documents nécessaires et récupérer le peu d’affaire que Roberto avait pu emporter. En regardant dans le sac transparent, il avait aperçu la photo de Roberto et ne put s’empêcher de remarquer la silhouette qui se tenait à ses côtés. Il l’observa attentivement et du admettre qu’elle ressemblait énormément à Julio. Il mit la photo dans sa poche et garda ce secret pour lui.

S’en suivit l’enterrement. Les jumeaux étaient enfin réunis. La cérémonie terminée, Antonio, Giulia et Filipe étaient rentrés à la maison. Aucun d’entre eux n’avait pensé prévenir Sylvia des événements. Elle l’apprit bien plus tard par Filipe, le jour de la naissance de Michaël. Le choc fut rude et c’est pourquoi elle donna les prénoms de ses frères à son fils, comme une sorte d’hommage pour leur vie si vite écourtée. Filipe lui avait parlé de l’accident de Julio et de son suicide, ainsi que la dépression mortelle de Roberto.

Peu de temps après, sa mère se fit renverser par une voiture. Bien que le conducteur fût en état d’ivresse, il avait affirmé que la dame s’était jetée sous les roues de sa voiture. Il fut quand même condamné mais Antonio et Filipe connaissaient la vérité. Leur mère délirait encore plus depuis la mort de ses fils et disait qu’elle pouvait les entendre crier après elle. Giulia avait voulut rejoindre ses fils. L’enterrement et les formalités terminés, Filipe avait quitté la Belgique, épuisé par tant de tragédies et son père n’eut plus jamais de nouvelles de lui.

Il était donc resté seul dans cette maison vide et malgré les visites assidues de son voisin et ami de toujours, sa santé commença également à se détériorer. Cela avait commencé par d’horribles cauchemars et des réveils soudains au milieu de la nuit. La maison qui avait toujours résonné de rires joyeux s’était peu à peu transformée en un tombeau silencieux. Puis il avait commencé à entendre des grattements. Ceux-ci provenaient généralement de la chambre des jumeaux mais pouvaient aussi se manifester dans d’autres pièces de la maison. Antonio avait mis cela sur le compte du chagrin. Mais plus le temps passait, plus les manifestations étranges se multipliaient. Il entendait des voix, des rires, des pleurs, des cris. Il voyait des ombres, des formes, des visages. Il sentait des présences, des frôlements, des souffles. Il était persuadé que ses fils étaient revenus le hanter.

Cependant, il se réveillait souvent la nuit avec l’impression d’être observé. Il lui était même arrivé de voir des ombres se balader dans la maison. Il y faisait toujours glacial, même les jours d’été. Les objets aussi avaient tendance à changer de place. Il en avait parlé avec Vittorio et se demandait s’il ne perdait pas la tête. Voyant la santé aussi bien physique que mentale de son ami se dégrader, Vittorio avait appelé Sylvia et l’avait mise au courant de l’état de son père. Il était sûr que si Antonio quittait cet endroit maudit, sa santé ne s’en porterait que mieux. C’est ainsi qu’un jour d’été, Antonio, aidé par Vittorio, Herminia et ses deux fils, avait emballé quelques effets personnels et s’était installé dans la maison de sa fille. Avant de partir, il avait caché l’album photo dans la cheminée. Pourquoi ?  Il l’ignorait mais une voix lui disait qu’il en aurait besoin un jour.

Au moment où ils avaient démarré, Antonio avait jeté un dernier coup d’œil par la vitre de la voiture et avait cru apercevoir deux ombres derrières la fenêtre de son ancienne chambre. Elles semblaient l’observer sans bouger. Antonio avait frissonné mais n’avait rien dit. Qui l’aurait cru, de toute manière ? Les fantômes, ça n’existait pas. Du moins, pas d’après la Sainte Bible. Il avait décidé de laisser son passé douloureux derrière lui et s’était concentré sur sa nouvelle vie avec sa fille, son beau-fils et leur nouveau-né, Michaël. Malgré sa santé défaillante, il avait passé les vingt années les plus heureuses de sa vie.

Mais c’était fini. Le passé avait fini par le rattraper. Et maintenant, il se devait de prévenir son petit-fils pour le protéger. C’était, il le pensait, sa dernière mission avant de rejoindre sa famille là où vont tous les défunts.

Son histoire terminée, Antonio avait regardé son petit-fils et avait attendu sa réaction. Le gamin semblait choqué mais avait l’air aussi soulagé. C’était un gamin solide. Quand il s’était tourné vers son grand-père, il avait un air décidé.

-Grand-père, je sais ce qu’il faut faire ! dit-il avec conviction.

Antonio avait repris espoir et l’avait écouté à son tour.

 

 

 

 

 

Chapitre 3

Quand mon grand-père eut terminé son histoire, je fus pris d’un accès de terreur mais aussi d’un immense soulagement. Contrairement à ce que je pensais, tous ces événements étaient bien réels. Je ne perdais pas la raison. Je demandais donc à mon grand-père comment s’y prendre pour arrêter ces phénomènes. Il me regarda d’un air malheureux et m’avoua qu’il n’en avait aucune idée. Il avait espéré que tout était fini, sinon il ne nous aurait jamais invités à séjourner dans cette demeure. Vittorio gérait lui-même la venue des locataires et envoyait le loyer sur le compte de mon grand-père. Il n’avait jamais signalé aucune manifestation et Antonio ne lui avait jamais demandé non plus. Je lus la tristesse dans ses yeux mais je le rassurais en lui promettant de trouver une solution. Il me serra la main en m’implorant d’être prudent. Je lui promis et l’aidais à monter les marches et à s’installer dans son lit. Avant de monter dans ma chambre, j’entendis mon Nonno m’appeler. Je me retournais et attendit mais il s’était endormi. Avouer tous ses secrets avait dû être éprouvant pour lui. Mais j’étais heureux qu’il l’ait fait car je sais aujourd’hui qu’il a fait de son mieux pour me protéger. Je l’observais donc encore un moment puis m’apprêtais à monter l’échelle conduisant à ma chambre. La chambre des jumeaux. C’était une pièce mansardée avec deux lits séparés par une commode. Sur les murs, il y avait des posters de footballeurs et de chanteurs italiens. Je passais devant la chambre de mes parents et entendis les ronflements de mon père. J’allais monter l’échelle quand j’entendis une porte s’ouvrir. Je restais un instant sans bouger et je fus soulagé d’entendre la voix de ma mère me demandant si tout allait bien. Je me tournais vers elle en lui disant que grand-père s’était endormi et que j’allais me coucher. Comme la rentrée était proche, je voulais être en forme pour mon premier jour. Elle me souhaita donc bonne nuit et alla se recoucher. Je montais donc et inspectais la pièce. Rien à signaler, tout était à sa place. Je jetais un coup d’œil au crucifix et constatais qu’il était toujours au-dessus de la porte du placard. Cette nuit-là fut calme et je m’endormis sans problème. Le lundi arriva sans aucun phénomène à signaler. Puisque le crucifix avait rempli son office, je commençais à me dire que le calme reviendrait dans nos vies. Je me levais de bonne heure, m’habillais et pris mon cartable. Je descendis dans la cuisine. Ma mère était déjà debout et me préparait mon déjeuner. Je me mis à table et lui demandais ce qu’elle avait prévu pour la journée. Elle m’annonça qu’elle allait faire quelques emplettes avec mon père car ils envisageaient de changer le papier peint des murs et me demanda de rentrer tout de suite après les cours. Je l’embrassais et me dirigeais vers l’arrêt de bus qui se situait pratiquement devant la maison. Quatre garçons s’y trouvaient déjà. Quand j’arrivais à leur hauteur, ils se présentèrent. C’étaient les fils de Salvatore et Sylvio, Mario et Massimo et leurs cousins Lucas et Pietro. Leurs pères leurs avaient demandé de veiller sur moi pour ma première journée d’école. J’étais assez content. Ils avaient l’air sympa et le courant passa immédiatement entre nous. Ils me demandèrent ce que je pensais de ma nouvelle demeure mais ne sachant que répondre, j’haussais les épaules en leur répondant que c’était pas mal. Le bus arriva. Nous montâmes et nous dirigeâmes vers l’arrière. Mario me montra le fonctionnement de ma carte de bus et après avoir validé mon ticket, je m’installais à leur côté. Massimo me regardait avec curiosité. Il ne lui fallut pas longtemps pour me demander comment était la vie en France, les cours que j’y avais suivi et si les françaises étaient plus jolies que les filles d’ici. J’étais rouge comme une tomate. Fichue timidité. Son frère Mario, voyant mon embarras, demanda à Massimo de me lâcher un peu et celui-ci se calma, un grand sourire sur le visage. Arrivé devant l’école, ils m’accompagnèrent au secrétariat où je fis mon inscription. La secrétaire me donna mon emploi du temps.

Mario m’observa et m’annonça que nous étions dans la même classe. Je fus soulagé. J’avais au moins quelqu’un que je connaissais pour mon premier jour. Nous arrivâmes en classe et, après les présentations habituelles, nous commençâmes avec une de mes matières préférées, le latin. Sur le temps de midi, après avoir mangé, il me fit visiter l’établissement. C’était un immense bâtiment rempli de couloirs. J’espérais me familiariser rapidement avec ce dédale de couloirs. Quel labyrinthe ! Il dut voir mon trouble car il me prit par les épaules et me dit : T’inquiète pas, l’ami. On s’y habitue vite. N’est-ce pas un mini Poudlard avec ses rangées interminables d’escaliers, ses grandes allées et ses nombreuses classes ? Il abordait un sourire malicieux et je compris aussitôt que nous étions amis. A la fin de cette première journée, je faisais donc partie de la bande. Mario était très intelligent et me proposa de me remettre en ordre pour les cours que j’avais manqué. J’acceptais et l’invitais donc chez moi en début de soirée. Il parut hésiter mais me promit d’être là. De retour à la maison, ma mère était déjà en train de préparer le dîner. Elle me demanda comment s’était passée ma journée. Je lui parlais de mes amis et elle parut heureuse de voir que je m’adaptais bien. Je l’informais que Mario passerait chez nous ce soir. Mon père arriva à ce moment-là, les bras chargés de rouleaux de papiers peints. Mes parents avaient passé la journée à feuilleter des catalogues et avaient choisi un papier peint de couleur beige doré, espérant donner plus de luminosité à la pièce. Il déposa le tout sur la table de la salle à manger et me lança un catalogue pour que je puisse choisir les tons de ma chambre. Je jetais un coup d’œil sur la couverture et vis que ça venait d’un magasin appelé Leroy Merlin.

En attendant mon repas, je feuilletais le catalogue, à la recherche d’une couleur qui, je l’espérais, donnerait un peu de chaleur à ma chambre, la rendrait moins lugubre. Je finis par choisir un ton bleu assez neutre et le montrai à mon père. Il regarda et me dit que c’était pas mal. Les assiettes arrivèrent. Mon père posa les rouleaux de papier peint à même le sol et se mit à manger comme un affamé. Je le regardais certainement d’un drôle d’air car quand il croisa mon regard, il se mit à rire. Je ris également. Il était très drôle avec la moustache de sauce tomate qu’il avait autour de la bouche. Ma mère alla chercher mon grand-père dans sa chambre. Elle m’informa que Nonno n’avait pas eu une bonne journée et qu’elle était restée auprès de lui, laissant mon père s’occuper du papier peint. J’attendis de les voir arriver quand, soudain, des hurlements terribles se firent entendre. Nous nous précipitâmes vers les marches mais avant que l’un d’entre nous n’atteigne le haut de l’escalier, la porte de la chambre s’ouvrit et ma mère s’effondra sur le seuil. Mon père se lança directement vers elle. Il lui prit la tête dans les mains et l’appela doucement en lui caressant les cheveux. Par la porte entr’ouverte, je vis ce qui l’avait fait défaillir et mon cœur s’emballa. Je passai par-dessus mes parents et m’approchai doucement du lit. Couché sur le côté, mon grand-père avait les yeux vitreux et écarquillés par la peur. Au bout de son poignet pendait un chapelet. Sa main était toujours serrée autour de la petite croix qui y pendait. La réalité me frappa de plein fouet. Nonno, mon grand-père, mon meilleur ami, venait de nous quitter. Je restai immobile, le regard fixé sur son visage. La gorge nouée, je n’arrivai pas à bouger. Ma mère revint doucement à elle et se mit à pleurer hystériquement. Mon père la serra contre lui et m’appela. Voyant que je ne réagissais pas, il m’appela de nouveau et je dus me forcer à détourner le regard du visage horrifié de mon Nonno pour le regarder. “Appelle le docteur”, me dit-il. Devant mon regard perdu, il me demanda de nouveau de passer l’appel au médecin pour faire constater le décès. Il me tendit son téléphone et je lui pris d’une main tremblante. J’étais comme dans un état second. Je fis défiler les contacts et tombai sur le bon numéro. La sonnerie retentit quelques secondes et une dame me répondit. Je lui expliquai la situation et elle me répondit : “Le docteur sera là dans les vingt prochaines minutes.” Je raccrochai sans rien dire. Ma mère était toujours au sol, dans les bras de mon père et semblait ne pas pouvoir se relever. Je rejoignis mon Nonno et attendis, lui prenant la main, lui parlant doucement dans l’espoir qu’il puisse encore m’entendre. Les larmes coulant sur mon visage, je remarquai quelque chose dépassant de son oreiller. Je tendis la main et mes doigts touchèrent un bout de papier. Je tirai doucement dessus et vis qu’il s’agissait d’une enveloppe. Je l’ouvris et pus y apercevoir quelques pages pliées à l’intérieur, ainsi que des photographies. La sonnerie de la porte retentit et je m’empressai de mettre l’enveloppe dans la poche de mon jeans. Mon père alla ouvrir et remonta avec le docteur. Le médecin s’approcha du lit, plaça mon Nonno sur le dos, lui prit le poignet à la recherche d’un quelconque pouls, mit son oreille sur sa poitrine et se releva en soupirant. C’était fini. Il ferma les yeux du mort et nous adressa ses plus sincères condoléances. Il quitta la pièce et aida mon père à conduire ma mère au rez-de-chaussée. Je n’avais pas envie de descendre. Je voulais encore rester près de lui, avant qu’on vienne nous l’enlever. Je pris donc l’unique chaise qui se trouvait dans la pièce et le veillai pendant quelques heures. Je crois que ce fut pour moi le jour le plus douloureux de ma vie. Encore aujourd’hui, l’évocation de ce souvenir me brise le cœur aussi atrocement que ce jour maudit. A un moment donné, j’entendis des pas dans les escaliers.

Après quelques minutes, Vittorio passa la porte. Il était suivi de sa femme et de ses fils. Ils me présentèrent leurs respects et Vittorio se dirigea vers mon grand-père. Je sortis de la pièce. Je voulais le laisser dire au revoir à son ami de toujours. Je descendis donc les marches et tombai sur Mario. Il me demanda comment j’allais. Je me retournai pour lui répondre mais la tête me tourna et je fus pris de vertiges. Je repris mes esprits, la voix de Mario répétant mon nom avec insistance. J’étais allongé sur le sol. Je me relevai avec l’aide de mon ami et me dirigeai vers le salon. Ma mère était allongée dans le canapé. Le docteur venait de lui administrer un calmant et mon père lui tenait la main, assis à son chevet. Il avait les yeux rougis mais restait silencieux. Il se devait de rester fort, pour ma mère, pour moi, pour lui. Il m’aperçut et me fit signe de le rejoindre mais je secouai la tête. Mario m’attrapa par les épaules et dit à mon père que nous allions prendre l’air dans la rue un moment. Mon père y consentit et je me laissai entraîner par mon ami. L’air frais de la soirée me remit un peu les idées en place. Mario se dirigea vers le jardin de son grand-père et je le suivis, m’installant sur le même petit banc de pierre que possédait ma maison. Nous restâmes un long moment sans parler, puis Mario me demanda ce qu’il s’était passé. Au lieu de lui répondre, je pris l’enveloppe de ma poche et en sortis son contenu. Je distinguai une écriture tremblante qui recouvrait les pages et commençait par le nom de ma mère. Je compris que cette lettre lui était adressée. En regardant les photographies, je me rendis compte qu’elles ne provenaient pas de l’album photo que mon grand-père m’avait montré. Il y en avait une bonne vingtaine. Je les regardai l’une après l’autre. L’horreur m’envahit doucement. Voyant mon visage blêmir, Mario regarda également les photographies et lui aussi devint pâle comme la mort. Il porta sa main à la croix qu’il portait autour du cou et se signa plusieurs fois… Les photographies représentaient mon grand-père lors de sa vie solitaire. On pouvait voir de manière successive plusieurs silhouettes se rapprocher de plus en plus de lui. Sur la dernière photo, on distinguait parfaitement deux visages juste derrière lui. Et ces visages étaient reconnaissables entre tous. C’était les jumeaux. Leurs yeux semblaient exprimer une terreur sans nom. Leurs bouches étaient ouvertes sur un cri silencieux. En y regardant de plus près, on pouvait voir qu’une autre entité se trouvait derrière eux. La photographie avait été prise dans le petit palier de l’étage. En haut sur la droite, on pouvait voir l’escalier escamotable. A son pied se tenait une ombre noire. De longs bras. De longues jambes. Sa tête paraissait être deux fois plus grosse que la normale. Mais le plus terrifiant était sa face. La photo ne montrait que le bas de son visage mais ce que l’on y apercevait était terrifiant. Une énorme gueule se détachait de ce faciès rugueux comme le cuir. Sa bouche semblait étirée de manière grotesque et révélait une rangée de dents acérées et pointues. Mario me demanda ce que tout cela voulait dire. Ne sachant que lui répondre, je lui racontai… l’histoire que mon grand-père m’avait contée la veille. Il m’écouta attentivement sans m’interrompre une seule fois. Quand j’eus fini, il resta silencieux un moment, semblant réfléchir.

Il se leva et se dirigea vers la maison de son grand-père. Je l’attendis un moment et le vis revenir avec un petit papier à la main. Inscrit d’une écriture bien nette, se trouvait un numéro de téléphone. Je le regardais un instant sans savoir quoi dire et il me précisa que c’était le numéro de téléphone du Père Rosso. Je ne veux pas t’effrayer mec, me dit-il, mais ce qui se passe chez vous n’est pas normal. C’est maléfique. Ce qui vit chez vous n’est pas humain et je pense que cette chose est dangereuse. On devrait aller voir le Père Rosso et lui montrer les photos. Je le regardais, les yeux pleins de détresse et glissai le morceau de papier dans ma poche, sans rien ajouter. Une ambulance arriva devant chez nous et je vis quatre brancardiers monter avec une civière. Je me levai et me rapprochai de la porte d’entrée. Quelques minutes plus tard, ils descendirent avec le corps de mon Nonno. Au moment de le charger dans l’ambulance, le bras de mon grand-père glissa de la couverture qui le recouvrait. Je m’approchai pour la remettre avant qu’un des ambulanciers ne puisse réagir et arrachai le chapelet qui se trouvait encore dans sa main. J’eus du mal à le détacher et remarquai alors que la croix semblait coller à sa main et avait laissé une trace de brûlure sur sa paume. Je regardais cette marque, troublé, mais avant d’avoir le temps d’interpréter ce que je voyais, je sentis qu’on me repoussait gentiment sur le côté. L’ambulancier remit le bras à sa place et la civière entra dans l’ambulance. Trois d’entre eux se mirent à l’arrière et le quatrième s’installa au volant. Quelques instants plus tard, le véhicule démarra et tourna au coin de la rue, en direction de l’hôpital de La Louvière. Je restai un moment au milieu de la rue et entendis Mario me rejoindre. Cependant, une question me taraudait et je me tournai vers mon ami. Mario, lui dis-je, si mon grand-père vivait seul et qu’il était sur les photos, qui tenait l’appareil ? Mario réfléchit un instant, puis, me regardant d’un air abasourdi, me répondit : Il n’y avait qu’une seule personne qui possédait ce genre d’appareil à l’époque. Et cette personne, c’est mon Nonno ? Nous nous fixâmes un instant sans savoir quoi faire. Soudain, Mario se dirigea vers ma maison. Je le suivis en lui demandant ses intentions. Quoi ? Tu veux aller voir ton grand-père maintenant ? Il s’arrêta net et me dit : Je veux savoir s’il était au courant de tout ça. Car si c’est le cas, il nous met tous en danger ! Je l’arrêtai en l’empoignant par le bras. Il me regarda d’un air surpris. Pas maintenant, lui dis-je. Le moment est mal choisi pour lui mettre ça sous le nez. Mais après l’enterrement, j’aimerais avoir une discussion avec ton grand-père. Mario me regarda droit dans les yeux, soupira et acquiesça. Nous revînmes donc calmement dans la maison et j’allais rejoindre mes parents. Ma mère était effondrée. Elle ne cessait de pleurer et de prononcer le nom de son père d’une voix brisée. Herminia la tenait dans ses bras et essayait de la calmer de son mieux. Je restais un moment auprès d’elle et quand le calmant finit par faire son effet et qu’elle tomba endormie, je rejoignis mon père. Il parlait avec Vittorio pour l’organisation des obsèques. Je les laissais discuter et allais m’installer à côté de ma mère. Herminia me regardait avec compassion. Elle se leva et vint me serrer contre elle. Je me sentais assommé. J’avais l’impression de ne plus avoir d’air dans les poumons, de me noyer. Après un moment, elle me lâcha et alla rejoindre son mari et mon père. Ne tenant plus en place, je montais les escaliers jusqu’à la chambre de mon grand-père. Quand je pénétrai dans la pièce, un grand froid y régnait. Je n’y avais pas prêté attention lorsque j’étais monté plus tôt. Me rapprochant du lit, je me laissai tomber dessus et regardai autour de moi. Mes yeux tombèrent sur la photo de mon Nonno. -Tu l’as enfin rejoint, dis-je tout haut dans la pièce vide. Vous êtes réunis. Tu me manques déjà tellement, Nonno. Les larmes se mirent à couler, silencieuses, sur mon visage. Je restai encore un moment quand j’entendis soudain ces maudits grattements. Sans réfléchir, je me levai, soudain empli de colère et hurlai :

-Vous êtes contents ? Vous avez fini par l’avoir ? C’est ce que vous vouliez ? Bande d’ordures ! Pourquoi ? Pourquoi ? C’était votre père !

Je finis par me calmer et tendis l’oreille. Aucune réponse. Je décidai donc de descendre. Arrivant sur le seuil de la chambre, j’entendis comme un ricanement rauque. Je me retournai et crus voir dans un coin reculé de la pièce une sorte d’ombre allongée. Je m’essuyai les yeux pour mieux voir mais quand je regardai de nouveau, elle avait disparu. Cependant, une drôle d’odeur emplit la pièce. Une odeur pestilentielle. Une nuée de mouches. Mes yeux qui se mettent à brûler. Je commençai à suffoquer. Pris de panique, je cherchai la poignée à tâtons et finis par sortir de la chambre en refermant la porte derrière moi. Je restai un moment cloué sur place et j’entendis encore les grattements, mais cette fois, ils paraissaient plus forts, comme des griffes qui se déplaçaient sur le plancher. Des pas lourds se faisaient entendre. Ils se dirigeaient vers la porte. Terrorisé, je descendis l’escalier et me précipitai dans le salon. Ma mère était toujours endormie. Je tendis l’oreille, m’attendant à entendre des pas descendre les marches, mais cela ne se produisit pas. Je voulais aller tout raconter à mon père – il était toujours en conversation avec Vittorio – mais je n’en fis rien. En m’asseyant, je ressentis une brûlure dans la main. J’ouvris celle-ci et remarquai que je serrais toujours la croix du chapelet de mon Nonno. Je la pris de l’autre main et sifflai quand celle-ci se détacha difficilement de ma peau. Je regardai ma paume avec stupéfaction. La croix y avait l’air incrustée. Exactement comme mon grand-père. Je ne comprenais pas ce que tout cela voulait dire. Je remis le chapelet dans ma poche et allai passer ma main sous l’eau dans la salle de douche. En regardant dans le miroir, je m’aperçus que je n’étais pas seul. Derrière moi se tenaient deux silhouettes sombres. Deux silhouettes identiques. Elles m’observaient sans bouger, cependant leurs visages étaient toujours tendus sur ce cri silencieux, comme s’ils me demandaient de l’aide. Pris de panique, je fermai les yeux en répétant sans cesse : Allez-vous-en ! Allez-vous-en ! Laissez-moi ! Laissez-nous tranquille ! Un vent glacial sembla me traverser puis tout redevint calme.

J’ouvris les yeux avec précaution, mais il n’y avait plus personne. Les larmes me montèrent aux yeux, je me sentais abandonné. Je courus rejoindre mon père dehors et me blottis contre lui sur le banc de pierre. Mon père me prit dans ses bras sans un mot. Je levais les yeux vers lui et il me sourit tristement. Nous restâmes ainsi un moment puis nous rentrâmes dans le salon. Ma mère dormait toujours, elle ne se réveillerait pas avant le lendemain. Mon père alla chercher le matelas gonflable dans la pièce de devant et l’installa dans le salon. Je me glissais dans l’autre canapé. Hors de question que je remonte à l’étage. Il ne me força pas à monter dans ma chambre. Il se coucha et me dit de dormir un peu. Demain serait une longue journée. J’aurais voulu lui raconter ce qui s’était passé, mais je gardais le silence. J’avais l’impression que c’était à moi de régler ce problème. Après tout, j’étais le seul à voir cette chose depuis que mon grand-père était mort. Je ne voulais pas leur faire plus de peine alors que ma mère venait de perdre son père. Je lui souhaitais bonne nuit et je fermais les yeux. Le sommeil m’emporta aussitôt. J’étais épuisé par cette soirée cauchemardesque. Le lendemain, je me réveillais avec un goût de cendre dans la bouche. Je sortis du canapé sans faire de bruit pour ne pas réveiller mes parents. En passant devant la salle de douche, je jetais un coup d’œil à l’intérieur. Rien d’anormal, apparemment. Je décidais de me laver. Je montais les escaliers pour aller chercher des vêtements propres et je m’arrêtais devant la porte de la chambre de mon grand-père. Je tendis l’oreille mais n’entendis rien. J’étais nerveux mais je continuais vers ma chambre. Dès que j’entrais, je sentis que quelque chose n’allait pas. La pièce était plongée dans l’obscurité et l’air était glacial. Je me précipitais vers mon bureau, cherchant à tâtons mes vêtements, quand un étau invisible se referma sur ma poitrine et me coupa le souffle. Ma tête tournoyait, je vacillais sur mes jambes. Un bruit grinçant me fit sursauter. En panique, je balayais la pièce du regard et découvris avec horreur que la porte du placard s’était ouverte. Je m’approchais prudemment, le cœur battant, et heurtais du pied un objet dur. Je me baissais pour le ramasser et mon sang se glaça. C’était un morceau du crucifix que mon grand-père m’avait donné. Je restais pétrifié. Mes jambes flageolaient et je reculais du placard. Quand je touchais le dossier de ma chaise de bureau, la porte du placard claqua brutalement. Un souffle fétide emplit ma chambre, comme si un cadavre en décomposition s’y cachait. Soudain, je ne fus plus seul dans la pièce. Je sentis une présence maléfique derrière moi. Paralysé par la peur, je hurlais : Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous voulez ? Laissez-moi tranquille ! Le silence retomba et rien ne bougea plus. J’attendais une nouvelle attaque mais rien ne vint. Tremblant comme une feuille, je saisis une pile de vêtements sur mon lit et dévalais l’échelle.

Mon cœur battait la chamade. Je courus jusqu’au seuil de l’escalier et me retournais malgré moi. Ce que je vis à cet instant me terrifia au-delà de toute mesure. Mon esprit n’arrivait pas à concevoir ce que mes yeux me montraient. Une entité monstrueuse, d’une taille impressionnante se tenait au pied de l’échelle. Elle était si noire que la lumière ne filtrait pas au travers. Elle avait un corps maigre muni de bras d’une longueur inhumaine et ses mains étaient terminées par de grandes griffes acérées. Mais le plus terrifiant était son absence de traits. Là où il y aurait dû avoir des yeux et un nez se trouvaient une sorte de membrane épaisse comme du cuir. La chair semblait pulser. Seule une énorme gueule pleine de dents effilées se détachait sur cet horrible masque de chair. La chose me fixait sans bouger et semblait me toiser en émettant des grognements sourds. Avant même que je puisse faire le moindre mouvement, je vis sa bouche s’agrandir et elle murmura mon nom. Lorsqu’elle prononça ce simple mot, je vis que l’intérieur de sa bouche était rempli d’yeux de couleur vert jaunâtre et dont la pupille évoquait celle des reptiles qui me regardaient avec avidité. C’en était trop. Je me mis à hurler si fort que mes poumons étaient en feu. J’étais collé contre le mur du couloir mais mes jambes ne voulaient pas bouger. Je la vis tendre les bras vers moi et le noir m’envahit.

Un bruit de pas précipité me ramena à la réalité. J’étais allongé dans le couloir, mes vêtements éparpillés autour de moi. Je me redressais doucement et vit le visage de mon père au bas des marches. Il se précipita sur moi et m’aida à me relever. J’étais complètement assommé. Quand il me demanda pourquoi j’avais crié, mon regard se tourna instinctivement vers l’échelle et la terreur m’assaillit de nouveau. Mes jambes patinaient pour essayer de m’éloigner de l’échelle. Je n’arrivais pas à prononcer le moindre mot. Je ne pus que me relever et entraîner mon père vers les escaliers tout en regardant derrière lui à chaque marche. Mon père m’assaillait de questions mais je me contentais de descendre le plus vite possible, voulant mettre le plus de distance possible entre cette horrible entité et moi. Arrivé dans le salon, j’allais m’asseoir sur le canapé, mon père toujours sur les talons. Il me regarda avec inquiétude et m’invita à m’expliquer. Je jetais un œil sur ma mère mais les calmants devaient être forts car elle ne s’était pas réveillée. J’entraînais mon père vers la cuisine et décidais de lui raconter ce que j’avais découvert jusque là. Je lui résumais l’histoire de mon grand-père, lui montrais les photos et lui décris tous les événements étranges que j’avais vécu dans ma chambre. Je terminais par l’apparition de l’entité et lui révélais qu’elle avait prononcé mon nom. Mon père prit le temps de regarder les photographies et je voyais bien qu’il était mal à l’aise. Il se mit à faire les cents pas. Je commençais à me calmer un peu quand j’entendis ma mère nous appeler du salon. Mon père me regarda et me demanda de garder cela pour nous. J’allais le contredire mais il me promit que nous nous occuperions de tout cela après les funérailles. Avant qu’il ne rejoigne ma mère, il se tourna sur moi et me dit : Je te crois, Michaël. Depuis que nous sommes arrivés dans cette maison, j’ai toujours eu cette sensation que quelque chose ne tournait pas rond. Je ne suis pas aussi insensible qu’on pourrait le croire. Mais tu sais que j’ai toujours essayé de rationaliser. Cependant, il se passe des choses incompréhensibles dans cette maison. Et avec ce que tu viens de me raconter, le doute n’a plus sa place. Ne t’inquiète pas, Champion. Nous allons trouver une solution. Nous irons voir ce prêtre et voir s’il peut nous aider. Mais pour l’instant, nous devons nous occuper de ton Nonno. Et à partir d’aujourd’hui, tu dormiras au salon jusqu’à ce que cette histoire soit réglée. Je me sentis un peu mieux, un peu moins seul. J’avais cru pouvoir gérer cette situation comme un homme mais j’étais encore jeune. Et savoir que mon père me croyait et me soutenait fut un énorme soulagement. Je n’étais plus seul pour affronter cette horrible chose. J’allais donc prendre ma douche et m’habiller. En sortant de la douche, la buée recouvrait tout. J’allais frotter le miroir avec ma serviette quand je remarquais des lignes se former sur celui-ci. En me reprochant pour lire, je déchiffrais « Aiutaci ». De toute évidence c’était de l’italien. Mais bien que ma mère soit italienne, elle ne me l’avait jamais enseigné. Malgré ma stupéfaction devant ce phénomène, je me précipitais dans la cuisine à la recherche de mon GSM pour prendre une photo du miroir et réussis à l’avoir. Les lettres commençaient à s’estomper mais on y voyait encore l’inscription. Je lançais la traduction et fut sous le choc quand je vis ce que cela voulait dire. « Aide-nous ». Je ne sus comment réagir et me contentais de répondre à voix haute : Comment ? Mais je n’obtins aucune réponse. Le miroir était maintenant sec et rien d’autre ne vint s’y inscrire. Je décidais de garder cela pour moi et m’habillais. J’allais rejoindre mes parents. Mon père essayait d’obliger ma mère à avaler quelque chose mais elle refusait. Elle se contenta de boire une tasse de café et mon père cessa d’insister. Je m’installais à côté d’elle et lui pris la main. Elle la serra sans me regarder. J’avais mal de la voir souffrir.

Je restais ainsi près d’elle et quand il fut temps de se rendre au funérarium, je l’aidais de mon mieux, la soutenant, la gardant dans mes bras pendant que mon père parlait au personnel des pompes funèbres. Quand nous arrivâmes au choix du cercueil, mon père se tourna vers ma mère mais celle-ci secoua la tête. Elle n’était pas en état de s’occuper de ça. Mon père paraissait désemparé. Je décidais donc de la ramener dans la voiture et de laisser mon père gérer les dernières obligations. Il saurait se débrouiller. J’installais ma mère à l’arrière et m’assis à ses côtés. Elle ne pleurait plus mais son regard était cerné et elle regardait le vide. Je me souviens soudain de la lettre que mon grand-père avait laissée à son attention. J’y songeais un moment mais décidais de ne pas lui transmettre avant de l’avoir lue au préalable. Je ne savais pas quel effet aurait cette missive où si elle contenait quoi que ce soit sur les événements qui perturbaient notre quotidien. Je me contentais donc de lui tenir la main. Un peu plus d’une demi-heure s’écoula avant que je ne vois mon père sortir de l’établissement. Il s’installa au volant, nous regarda par le rétroviseur et démarra la voiture sans dire un mot. Nous rentrâmes à la maison et mon père alla installer ma mère dans le canapé. Elle paraissait dans un état second. Je commençais à m’inquiéter pour elle. Habiter ici avec cette menace dans nos murs n’allait pas arranger les affaires. Pourtant, il fallait que ma mère soit au courant. Dans son état, elle était une cible de choix en cas d’attaque de la présence diabolique. Du moins, c’est ce que je pensais. Ayant lu quelques articles sur des phénomènes paranormaux, je savais que les personnes fragiles étaient des cibles de choix. Quelques instants plus tard, on frappa à la porte. Mon père était au téléphone avec l’hôpital pour savoir quand les pompes funèbres pourraient récupérer la dépouille de mon grand-père. J’allais donc ouvrir et tombais sur Mario. Il me salua et s’excusa de me déranger dans un moment pareil mais il avait quelque chose à me montrer. Je m’écartais pour le laisser entrer mais il refusa. Il avait l’air terrifié et ne cessait de regarder les fenêtres de l’étage. Il me proposa de le rejoindre chez lui dans la soirée. J’acceptais et il repartit vers sa maison. Je refermais la porte et rejoignis mes parents dans le salon. Mon père préparait le repas. Ma mère était partie s’allonger dans leur chambre. Nous étions donc seuls et je demandais à mon père ce qu’il avait l’intention de faire. Il me répondit qu’il ne savait pas encore. Je profitais de ce moment pour lui parler de la lettre que mon grand-père avait laissé à sa fille. Intrigué, il me demanda de la lui apporter. J’allais dans la salle de douche pour la récupérer dans la poche de mon pantalon. Je regardais le miroir mais aucun autre message ne m’attendait. Je revins avec l’enveloppe et lui tendit la lettre. Mon père s’installa à la table et se mit à lire.

Quand il eut fini, je la pris et constatais que c’était une lettre d’adieux. Mon grand-père lui demandait pardon pour ses frères qu’il n’avait pas pu aider et pour la mort de sa femme mais ne mentionnait aucun des événements qui avaient conduit les jumeaux à leur mort, ni même les vraies raisons de la mort de sa femme. Il lui disait qu’il l’aimerait toujours et qu’elle ne devait pas s’en vouloir. Que les vingt années passées à nos côtés avaient été un pur bonheur et qu’il serait toujours là pour elle. En regardant la lettre, je remarquais que la date inscrite au-dessus datait de seulement quelques jours avant que mon grand-père ne me raconte son histoire. Je mis la lettre de côté et montrais les photographies à mon père. Il les prit et les fit défiler. À mesure qu’il passait de l’une à l’autre, son visage affichait des expressions de plus en plus sinistres. Il me demanda s’il y en avait d’autres et je lui parlais de l’album. Je montais doucement les marches pour me rendre dans ma chambre. En passant devant la chambre de mes parents, j’entrouvris la porte et constatais que ma mère dormait. Je refermais doucement pour ne pas la réveiller et montais l’échelle. Tout semblait calme et j’en profitais pour filer vers mon bureau où l’album était posé. Je jetais un coup d’œil sur une caisse que je n’avais pas encore déballée et qui contenait mon ordinateur de bureau. Je décidais de le placer dès que j’aurais montré l’album à mon père. Il serait sûrement utile si je devais faire des recherches sur la manière de nous sortir de cet enfer. Je redescendis doucement et me réinstallais à table. J’ouvris l’album et le montrais à mon père. Comme moi, il détailla chaque photo, en observant bien celle des jumeaux. La dernière photographie le fit sourire. Ma photo de moi étant bébé. Je lui demandais son avis et il me dit qu’effectivement, tout cela était troublant. Mise à part la première photographie, mon grand-père n’apparaissait sur aucune autre. Je n’avais pas fait le rapprochement. Encore une fois, qui se trouvait derrière l’appareil ? Le téléphone de mon père se mit à sonner et nous fit sursauter. Mon père décrocha. C’était l’hôpital. Il nous informait que la dépouille de mon grand-père était en route pour le funérarium. Mon père les remercia et raccrocha. Je le regardais soupirer. Il va falloir aller réveiller ta mère, me dit-il. Nous devons aller organiser la veillée funèbre. Je montais donc les escaliers et allais rejoindre ma mère dans sa chambre. Je passais d’abord par la chambre de mon Nonno. Quand je pénétrais dans la pièce, je vis avec consternation qu’un désordre sans nom régnait dans la pièce. Les vêtements de la penderie de mon grand-père étaient éparpillés à même le sol, ses livres personnels étaient tombés des étagères et même la couverture que ma mère lui avait tricotée pour les froides nuits d’hiver avait été projetée au-dessus d’un lampadaire. Cela me mit en colère. Mais le temps me manquait. Donc, je remis de l’ordre dans la pièce pour ne pas inquiéter ma mère et refermais doucement la porte.

J’étais sur le point de la rejoindre quand j’entendis des grattements dans la chambre. Je n’y fis pas attention et ouvris la porte. Elle dormait encore, sous l’effet des calmants qu’elle avait pris. Je la secouai doucement et elle ouvrit les yeux péniblement. Je lui annonçai le coup de fil de l’hôpital et elle me dit de descendre, qu’elle nous rejoindrait. Je lui proposai mon aide mais elle refusa d’un signe de tête. Je la laissai donc se préparer à son rythme et descendis retrouver mon père dans le salon. Il portait son costume le plus sombre et me tendit le mien. Je me rendis à la salle de douche pour me changer. Alors que je boutonnais ma chemise, mes yeux furent attirés par le miroir. J’avais cru voir un mouvement. Je m’approchai et crûs entendre des grattements venant de l’autre côté de la glace. Je me rapprochai encore, jusqu’à ce que mon nez frôle presque le miroir quand je vis quelque chose qui me glaça le sang. Le rideau de douche était éclairé par la lumière venant de la petite fenêtre de la salle de bain. Là où il n’y aurait dû avoir que le reflet du pommeau, se tenaient deux silhouettes immobiles. Mes cheveux se hérissèrent sur ma tête et ma gorge se serra. La panique envahit tout mon corps. Je me retournai lentement vers la cabine de douche. Les silhouettes étaient toujours là. J’avançai lentement la main vers le rideau, la sueur perlant sur mon front. Mon cœur battait à tout rompre. Je respirais fort. Ma main atteignit le rideau et je décidai de l’écarter d’un geste brusque. Je tremblais de peur, prêt à m’enfuir, mais la cabine était vide. J’essayai vainement de reprendre mes esprits en inspectant la petite cabine mais il n’y avait aucun recoin où quelqu’un ou quelque chose aurait pu se cacher. Je refermai donc le rideau et me tournai vers le reste de ma tenue. J’attrapai mon pantalon et ma veste et les enfilai rapidement. Mon cœur palpitait. Je pris ma cravate et me rapprochai prudemment du miroir pour faire mon nœud. J’avais presque terminé quand j’entendis des petits coups frappés derrière le miroir. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Non ! Pas encore ! Je restai figé et, sous mes yeux ébahis, je vis encore des mots s’inscrire sur la vitre. J’entendais ce bruit irritant que fait quelqu’un quand il passe ses doigts sur une vitre humide. Mais cette fois, le message était différent : « Per favore, liberaci ! » Je tremblais de terreur. Les mots s’effacèrent progressivement, comme la première fois, mais j’entendis encore ce genre de petits coups comme quand quelqu’un tape contre une vitre pour attirer votre attention. Je me ressaisis du mieux que je pus et attendis de voir si une autre manifestation allait se produire. Plusieurs minutes s’écoulèrent et je m’apprêtai à sortir de la pièce quand j’entendis prononcer mon nom. Je me figeai, la main sur la poignée. Me retournant doucement, ce que j’aperçus dans le miroir me fit l’effet d’une douche glacée pendant un jour de canicule. Derrière la vitre, le visage des jumeaux me regardait et semblait implorer mon aide. Mais le pire était cette espèce de chaîne qui semblait attachée à un anneau greffé sur leur poitrine. Je ne savais pas quoi faire, ni qu’en penser. Qu’était donc cette chaîne ? Était-ce une sorte de punition? Ou bien étaient-ils prisonniers ? Dans ce cas, par qui ? Ou par quoi ? Plongé dans mes pensées et le regard toujours fixé sur le miroir, je sursautai quand on frappa à la porte.

Mon père passa la tête et me demanda si j’étais prêt. Je me tournai vers le miroir mais les jumeaux avaient disparu. Je sortis sans rien dire. J’étais encore sous le choc de cette apparition. Ma mère était assise sur le canapé, vêtue d’une robe noire et d’un petit chapeau orné d’un voile noir. Je ne l’avais jamais vue porter ce genre de tenue et cela me fit un choc. Elle semblait avoir vieilli de vingt ans en quelques heures. Je m’approchai d’elle et pris ses mains dans les miennes. Elle me sourit faiblement et me dit que j’étais très beau dans mon costume. Je lui rendis son sourire et l’aidai à se lever. Elle était maigre et son visage était crispé. Nous quittâmes la maison et nous dirigeâmes vers la voiture. Nous rejoignîmes le funérarium. A notre arrivée, deux employés accueillaient déjà les gens qui affluaient. Cette pensée me réconforta. Mon grand-père avait été très aimé par sa communauté. De nouveau, mon cœur se serra à l’idée que je ne le reverrais plus jamais. Nous sortîmes de la voiture et allâmes rejoindre mon Nonno.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 4

 

La veillée dura trois jours. Les amis de mon grand-père défilèrent devant sa dépouille pour lui rendre hommage et lui dire adieu. Le troisième jour, je vis arriver un homme que je n’avais jamais rencontré de ma vie mais qui pourtant me semblait familier. Sans saluer personne, il se dirigea directement vers le cercueil. Il avait l’air dévasté et regardait mon Nonno avec une expression de profonde douleur. Je me rapprochai de mon père et lui demandai de qui il s’agissait. Mon père le regarda un instant et me répondit que c’était mon oncle Filipe. En l’observant de plus près, je reconnus le jeune homme qui se trouvait sur les photos de l’album de mon grand-père. Il avait vieilli et grossi mais c’était bien lui. Il dut sentir mon regard sur lui car il se retourna et me fixa avec insistance. Il se pencha sur son père et l’embrassa sur le front puis me rejoignit. Tu dois être Michaël, me dit-il en me tendant la main. Je la lui serrai et acquiesçai. Tu as bien grandi, me dit-il. Tu ressembles tellement à… Il laissa sa phrase en suspens et secoua la tête comme s’il voulait chasser une pensée. Sans rien ajouter, il se dirigea vers ma mère et la serra dans ses bras. Mon père vint me rejoindre et m’informa que c’était lui qui avait prévenu mon oncle de la mort de son père. Il l’avait retrouvé grâce aux réseaux sociaux et lui avait laissé un message avec l’adresse du funérarium et la date de l’enterrement. Il n’avait obtenu aucune réponse de sa part et fut donc surpris quand il l’avait vu arriver. Mon père me proposa d’aller boire quelque chose et alla rejoindre ma mère. Celle-ci était en pleine discussion avec son frère et semblait agacée. Je décidai de sortir prendre l’air. Quelques instants plus tard, je vis Mario, Massimo, Lukas et Pietro arriver devant l’établissement. Ils me virent et me rejoignirent. Salut Michaël, me dit Massimo. Je suis vraiment désolé pour ton Nonno. C’était un homme bon. Je le remerciai et nous restâmes ainsi quelques instants sans rien dire. Mes épaules se mirent à trembler et mon visage se crispa. Mario s’approcha et me serra contre lui. Je me laissai aller contre mon ami et me mis à pleurer à gros sanglots. La crise passée, je me redressai et m’excusai auprès des autres. Mario secoua la tête et me dit : T’excuse pas, mec. C’est normal. Si tu as besoin de quoi que ce soit, on est là. Ça sert à ça les amis. Je fus touché. On ne se connaissait que depuis quelques mois et ils me considéraient comme de la famille. C’est donc entouré de mes amis que je rejoignis mes parents. Ils allèrent se recueillir autour du cercueil, y restèrent un moment et vinrent me rejoindre devant le buffet. Voilà bien une tradition que je n’arrivais pas à comprendre. Comment pouvait-on manger dans un moment pareil ? Je restai donc avec mes amis pendant que mes parents serraient les mains des personnes venues rendre hommage à mon grand-père. La matinée passée, nous nous dirigeâmes vers l’église et c’est le cœur serré que j’écoutai chaque personne dire un mot pour mon Nonno. Je n’avais préparé aucun discours et je ne pus que balbutier un faible adieu, la gorge nouée par le chagrin. La cérémonie terminée, nous regagnâmes nos voitures et suivîmes le cortège jusqu’au petit cimetière de notre village. Le père Rosso entama son discours mais je ne l’écoutai qu’à moitié, ne pouvant détacher les yeux du cercueil. Quand ce fut terminé, je pris une poignée de terre dans ma main et, comme le veut la tradition, la jetai sur le cercueil. Les yeux remplis de larmes, je m’éloignai pour respirer un peu. Mes parents restèrent encore un moment puis remontèrent lentement l’allée jusqu’à leur voiture personnelle. Je m’étais installé sur un banc, un peu en retrait et laissai tomber mon regard sur les stèles posées devant moi. J’y déchiffrai les noms inscrits dessus et mon cœur se glaça. C’était les tombes de mes oncles décédés. Le souvenir de leurs visages suppliants me revint en mémoire.

Avant même que je ne réagisse, mon oncle Filipe se dirigea vers moi et me demanda d’aller rejoindre mes parents. Je me levai donc et montai dans la voiture sans rien dire. De la vitre de la voiture, je l’observai un moment. Il regardait les tombes de ses frères et son regard était sombre. Mon père démarra la voiture et je le perdis de vue. De retour à la maison, ma mère monta directement dans sa chambre et mon père s’affala dans le canapé. Il avait les traits tirés et semblait épuisé. Je m’installai à ses côtés. J’allais lui demander comment il allait quand soudain, des cris horribles se firent entendre à l’étage. Mon père et moi bondîmes dans les escaliers et pénétrâmes en trombe dans la chambre parentale. Ma mère était prostrée dans un coin de la chambre et montrait de la main le miroir de sa commode. Nous nous retournâmes et mon cœur se bloqua sous le coup de l’effroi. Une apparition innommable apparaissait derrière la glace. Comme coincé derrière la vitre, les mains posées à la surface, mon grand-père nous regardait d’un air horrifié. Ses yeux étaient écarquillés par la terreur. Sa bouche remuait mais aucun son n’en sortait. Je vis soudain une griffe apparaître derrière lui et mon pauvre Nonno fut entraîné dans les ténèbres. Ma mère se mit à hurler. Je me jetai sur le miroir en hurlant le nom de mon grand-père mais je ne vis plus rien, si ce n’était le reflet de la chambre derrière moi. Je me tournai vers mes parents, ne sachant que faire de plus. Ils avaient l’air aussi hallucinés et impuissants que moi. Nous attendîmes un moment mais rien d’autre ne se produisit. Mes parents descendirent au salon, ma mère tremblant de tous ses membres. Je les suivis et décidai de tout raconter à ma mère. Il était temps de la mettre au courant. Mais je décidai d’abord d’aller voir Mario pour savoir de quoi il voulait me parler. J’informai donc mon père et, sans lui laisser le temps de me répondre, me dirigeai vers le fond de la rue. Mario m’attendait dans le jardin, assis sur le banc. Il était seul. Il portait toujours son costume et fumait une cigarette. A mon approche, il s’apprêtait à la jeter mais se ravisa quand il vit que ce n’était que moi. J’allai m’installer à côté de lui. Il se retourna vers moi, vit ma mine effarée mais ne dit rien. Il se leva et me demanda de l’attendre. Il pénétra dans la maison et sortit quelques minutes plus tard, tenant dans ses mains une pochette. Il me la tendit sans rien dire. Je regardai à l’intérieur et vis qu’elle contenait des photographies et plusieurs carnets. Je regardai Mario et il m’expliqua qu’il avait trouvé toutes ces choses dans un tiroir dissimulé sous le bureau de son grand-père. Il commençait à rafraîchir et il dut remarquer que je n’allais vraiment pas bien car il me proposa d’aller dans sa chambre. Je le suivis en fourrant la pochette sous ma veste et le suivis à l’intérieur. La maison était vide. Ses parents et son frère étaient partis manger chez leurs cousins. Mario avait prétexté des devoirs à terminer dans l’espoir de me croiser. C’était une charmante demeure. Le séjour était lumineux et on y ressentait une impression de bien-être en y pénétrant. Je suivis Mario à l’étage et il m’ouvrit la porte de sa chambre. Je constatai avec humour que son père avait eu raison en me disant que son fils préférait les jeux vidéo. Sous un lit en mezzanine se trouvait tout l’attirail d’un joueur professionnel. Quatre écrans superposés deux par deux trônaient au-dessus de son bureau. Une barre son dominait en dessous. Son clavier émettait des lumières rouges, vertes et bleues. Sur le siège traînait un casque équipé d’un micro. Il avait une collection impressionnante de jeux sur ses étagères. Il dut voir mon expression car il sourit et haussa les épaules, l’air de dire « chacun son truc ». Deux poufs étaient disposés au milieu de la pièce. Je m’installai et regardai les posters qui garnissaient les murs. C’était surtout des affiches de jeux.

L’une d’entre elles représentait le célèbre Sonic, ce hérisson bleu qui courait à la vitesse de l’éclair. Mario s’installa dans l’autre pouf et je déposai la pochette sur la petite table basse qui se trouvait entre nous. Je sortis un à un les petits carnets qu’elle contenait et entrepris de regarder d’abord les photographies. Toutes représentaient la maison de mon grand-père. Elles portaient des dates qui correspondaient aux dates indiquées sur les différents carnets. J’entrepris de les ranger dans l’ordre, de la plus ancienne à la plus récente et ouvris le premier carnet. Mario me précisa qu’il ne les avait pas encore lus mais y avait reconnu l’écriture de son grand-père. La première page contenait les noms des locataires. Vittorio s’en était servi à la base pour noter le paiement des loyers suivis des dates de versements. En tournant les pages, je vis que suivant les dates de paiements, de petits commentaires y étaient griffonnés, indiquant des incidents inexpliqués vécus par les locataires. Il avait fait la liste des phénomènes que subissaient ces pauvres gens. Il y avait d’abord eu des plaintes pour des bruits de grattements qui avaient été interprétés par la possible présence de rongeurs. Ensuite, ces gens s’étaient plaints de portes qui claquaient seules, de bruits de pas sur les planchers des chambres, de mauvaises odeurs et d’objets qui se déplaçaient seuls. Bien sûr, tout n’arrivait pas en même temps, mais plutôt allant crescendo au fur et à mesure de l’occupation des lieux. A chaque fois, la famille avait fini par partir en laissant parfois toutes leurs affaires sur place. Une autre famille avait même signalé l’apparition de griffures sur les murs et des sons interprétés comme des grognements de bête sauvage. Les autres carnets étaient identiques. Nouveaux locataires, mêmes soucis. La maison n’était jamais habitée plus d’une année. Je passais les carnets à Mario au fur et à mesure que je les terminais et je vis qu’il avait l’air surpris par ces témoignages. Je regardai les photos une à une avec plus d’attention. Elles représentaient la maison après le départ de ses occupants. Sur plusieurs d’entre elles, on pouvait voir des murs couverts de griffures, des ombres semblant voyager devant les fenêtres et sur d’autres, on pouvait discerner une énorme ombre longiligne à la tête déformée et aux bras extrêmement allongés, finis par des griffes. Je regardai Mario, attendant une explication. Il regardait les photos et semblait terrifié. Il leva les yeux vers moi et me promit qu’il n’était pas au courant de ce qu’il se passait dans la maison. Il savait juste que son grand-père s’occupait d’encaisser les loyers qu’il envoyait sur le compte de mon grand-père et avait remarqué que les locataires ne restaient jamais longtemps mais il n’avait jamais eu d’explications sur la raison de leur départ. Il avait mis cela sur le compte de l’état de délabrement de la maison. Je le crus immédiatement. Il était tellement secoué par ce qu’il venait de découvrir que je ne doutais pas un seul instant de son honnêteté. Il me demanda ce que j’allais faire de tout cela. Je lui répondis qu’il était temps d’avoir une sérieuse conversation avec son grand-père. Il se prit la tête dans les mains et soupira. Puis, il se leva et m’invita à descendre au salon. Là, nous attendîmes le retour de sa famille.

A leur arrivée, Mario demanda à son père de nous rejoindre dans sa chambre. Salvatore nous suivit donc et Mario lui montra les carnets et les photographies et je lui racontai les événements depuis le début de notre arrivée dans la maison. Son visage passa par toutes les couleurs et à la fin, il était livide. Je lui demandai s’il était au courant des manifestations. Il me répondit qu’il avait remarqué certaines étrangetés du temps où lui et son frère rendaient visite aux jumeaux et à Filipe mais que depuis leur mort, il n’avait plus jamais mis les pieds dans la maison. Pas depuis qu’il nous avait aidé à emménager. Je lui rappelai son air inquiet à la vue du placard. Il me dit qu’il était désolé de ne pas m’avoir raconté pour Julio mais qu’il pensait que j’étais déjà au courant. Je lui révélai que je ne savais rien, ainsi que ma mère. Salvatore parut abasourdi par la nouvelle. Jamais il n’aurait cru que la famille avait tenu Sylvia à l’écart de la tragédie familiale. Il pensait que ma mère connaissait la vérité sur les circonstances de leur mort et surtout sur les événements étranges qui se passaient sous notre toit. Quand il vit que j’étais sérieux, il décida de se rendre chez son père pour lui demander des explications. Nous le suivîmes et le rattrapâmes au moment où Herminia lui ouvrait la porte. Salvatore demanda à sa mère où se trouvait son père. Elle lui dit qu’il se reposait et qu’elle allait le chercher. Elle nous invita à nous installer dans le salon et nous l’attendîmes. Vittorio nous rejoignit et me regarda en premier. Il me dit qu’il était désolé pour mon grand-père et que j’étais toujours le bienvenu chez lui. Je le remerciai, les yeux baissés. Il se tourna vers son fils et lui demanda la raison de cette visite si tardive. Salvatore ne répondit pas et jeta la pochette comportant les photos et les carnets sur la table. Son père la regarda avec étonnement et la saisit mais dès qu’il l’ouvrit et vit ce qu’elle contenait, son visage blêmit et il se mit à crier : Où as-tu trouvé ça ? Pourquoi as-tu été fouiller dans mon bureau ? Qui t’a dit de te mêler de ça ? Salvatore ne s’attendait pas à ce genre de réaction et lui aussi se mit à crier : Tu savais ! Tu savais ce qu’il se passait dans cette maison ! Pourquoi ne nous as-tu rien dit ? Pourquoi n’as-tu pas prévenu Antonio que les phénomènes continuaient ? Tu lui as fait croire pendant des années que plus rien ne se passait. Alors que tu étais au courant que les locataires partaient effrayés par ce qui se cache dans cette maison ! Explique-toi car maintenant, c’est Sylvia et sa famille qui sont en danger ! La chose qui hante les lieux s’en prend à Michaël ! Et elle ne va pas s’arrêter là, tu le sais ! Alors parle ! Vittorio nous regarda tour à tour et je vis ses épaules se voûter. Il s’installa dans son fauteuil et commença son récit.

 

Le récit de Vittorio

Le jour où Vittorio avait annoncé à Antonio la mort de son fils Julio avait été le plus affreux de sa vie. Il avait vu Salvatore accourir vers lui et son visage était annonciateur de mauvaises nouvelles. Antonio et lui étaient amis depuis plusieurs années et avaient partagé les bons comme les mauvais moments. Mais cette fois, il avait peur de la réaction de son ami. Il avait écouté Salvatore lui raconter les événements et avait préféré l’annoncer lui-même à Antonio. Il n’avait pas parlé de la crise d’hystérie de Julio que lui avait décrite son fils et s’était contenté de lui annoncer que Roberto avait retrouvé son frère pendu dans sa chambre. Antonio avait mal encaissé le coup. Il s’était effondré et Vittorio crut qu’il avait fait une crise cardiaque. Cependant, quelques minutes plus tard, il s’était relevé et s’était dirigé d’un pas décidé vers sa maison. Vittorio l’avait suivi, accompagné de son fils et avait profité du trajet pour demander à Salvatore plus de précisions. Salvatore lui avait alors raconté la venue de Roberto chez eux pour leur demander de l’aide. Il délirait sur une histoire de démon qui incitait son frère au meurtre et avait peur que Julio ne mette fin à ses jours dans le but de les protéger. Antonio lui avait bien confié que depuis que Julio était revenu de l’hôpital, il avait du mal à reconnaître le fils qu’il avait toujours connu. Le gamin avait un comportement étrange et avait commencé à négliger sa toilette pour ensuite refuser de se nourrir. Quand son ami lui en avait parlé, Vittorio avait suggéré de le faire interner mais Antonio avait refusé. Il pensait qu’éloigner de nouveau son fils de la maison lui ferait plus de tort que de bien. Il pensait que, entouré par sa famille, Julio finirait par guérir. Vittorio en doutait mais il avait gardé son opinion pour lui. Après tout, Antonio était son père et il était le mieux placé pour savoir ce qui était bénéfique pour son fils. Salvatore et Sylvio rendaient parfois visite aux jumeaux et lui avaient rapporté certains faits étranges mais Vittorio n’y avait pas accordé trop d’importance. Après un traumatisme aussi sévère que celui que Julio avait subi, il était prévisible que le gamin ne soit plus pareil. Il avait déjà été chanceux d’avoir survécu. Du moins, c’est ce que pensait Vittorio à l’époque. Quand ils arrivèrent devant la maison d’Antonio, la police était déjà là et le corps avait été installé dans un sac mortuaire. Antonio avait voulu s’approcher mais un policier l’en avait dissuadé. Vittorio, aidé de Salvatore, avait retenu Antonio qui s’était mis à hurler avant de s’effondrer de chagrin. Ils l’avaient accompagné auprès de Giulia qui n’était pas en grande forme non plus. Apparemment, elle souffrait de crise de somnambulisme et paraissait parfois dans un autre monde. Elle perdait souvent connaissance sans explication médicale et avait commencé à divaguer depuis un bon moment. Antonio s’était approché de Roberto pour savoir comment cette horrible chose avait pu arriver mais son fils n’avait pas répondu. Il était resté prostré sur lui-même, les bras pendants entre les jambes et semblait être dans un autre monde. Après que la police ait embarqué le corps, Vittorio était resté avec son ami. Antonio n’arrivait pas à accepter la mort de son fils. Il se maudissait pour les mauvaises décisions qu’il avait prises. Il aurait dû faire interner son fils comme le lui avait conseillé Vittorio. Alors, peut-être Julio serait-il encore en vie. Après les funérailles, la famille essaya de reprendre le cours de leur vie. Vittorio leur rendait souvent visite pour s’assurer que son ami ne fasse pas de bêtise, et pour soutenir les deux garçons qui vivaient encore là. Filipe accusait le coup. Il était solide et avait repris le travail dès le lendemain des funérailles. Roberto, par contre, n’allait vraiment pas bien. Vittorio était arrivé un matin et il avait surpris une dispute entre Antonio et son fils.

Roberto essayait de convaincre son père que Julio était toujours dans la maison et qu’il pouvait le voir et l’entendre. Le pauvre garçon avait complètement perdu la raison, se dit Vittorio. Quand Roberto arrêta de s’alimenter, Vittorio conseilla à Antonio de faire interner le gamin avant qu’un autre malheur n’arrive. Cependant, cela n’avait pas suffi car, après seulement quelques mois d’internement, Roberto avait fini par succomber. Le jour où Antonio avait reçu l’appel de l’hôpital psychiatrique où son fils était interné, Vittorio était présent. Le téléphone avait sonné et il avait vu son ami perdre le peu de couleur qu’il avait encore sur le visage. Il avait raccroché sans rien dire, s’était assis à la table et s’était mis à pleurer hystériquement. Vittorio avait alors compris. Il avait accompagné son ami pour récupérer le corps de Roberto. Après ces secondes funérailles, Antonio avait commencé à présenter des signes de démence. Il avait raconté à son ami qu’il avait l’impression que quelque chose se trouvait dans la chambre des jumeaux. Il prétendait qu’il entendait des grattements et des bruits de pas dans la chambre de ses fils. Vittorio fit de son mieux pour le soutenir. Il ne savait pas quoi lui répondre, sinon que tout ce qu’il pensait entendre n’était que la manifestation de son chagrin. Antonio avait acquiescé. Ça devait forcément être ça. La vie avait été injuste avec sa famille. Ses jumeaux avaient eu une fin atroce. Ce genre d’événement aurait rendu fou n’importe quel homme. La vie semblait doucement reprendre son cours quand Antonio subit de nouveau une terrible perte. Sa pauvre Giulia s’était fait renverser par un ivrogne. Là encore, Vittorio était resté près de son ami. Il commençait à avoir peur que celui-ci ne se relève jamais de ces épreuves successives. A croire que cette famille était maudite. Il avait encore aidé son ami pour l’organisation des obsèques et sa femme Herminia lui préparait ses repas et ceux de Filipe. Mais comme l’avait prévu Vittorio, la santé d’Antonio se mit à se dégrader. Filipe avait fini par quitter le domicile, ne supportant plus de vivre dans la maison qui avait vu mourir les siens et Antonio s’était retrouvé seul. Il finit par tomber malade. Il fut hospitalisé pendant quelques mois et quand il revint chez lui, Vittorio lui rendit visite pratiquement tous les jours. C’est à ce moment-là qu’Antonio lui montra la photographie que l’hôpital psychiatrique lui avait remise avec les affaires personnelles de Roberto. Vittorio observa la photo et dut admettre ce qu’il y voyait. Il ne faisait aucun doute que la personne à côté de Roberto n’était autre que son frère Julio. Le gamin disait la vérité. Mais comment cela était-il possible ? Vittorio était catholique, tout comme Antonio. Il ne croyait pas aux histoires de fantômes et aux esprits malfaisants. Mais devant cette photographie, il commença à douter de ses convictions. Comme Antonio continuait à se plaindre des bruits et des grattements qu’il entendait dans sa maison, Vittorio lui avait alors proposé de prendre quelques photos dans l’espoir de pouvoir découvrir l’origine de ces manifestations. Au début, les essais n’étaient pas trop convaincants. L’appareil était vieux et les photos étaient un peu floues. Mais au fur et à mesure que les mois passèrent, Antonio et lui commencèrent à remarquer des ombres derrière son ami. Ils avaient continué et plus ils prenaient de photos, plus ces ombres devenaient nettes. Le jour où la dernière photographie fut prise, Antonio et Vittorio étaient descendus dans la cuisine, le temps que le révélateur fasse son effet. Ce qu’ils virent sur l’image les terrifia. On y voyait distinctement le visage des jumeaux, mais le plus terrifiant était cette entité qui se trouvait juste derrière les frères. Cette chose n’était pas humaine et Vittorio prit peur pour son ami. Il avait alors décidé de contacter Sylvia et l’informa de la santé médiocre de son père. Il fut décidé qu’Antonio irait vivre chez sa fille et que Vittorio s’occuperait de la mise en location de la demeure. Il n’avait évidemment pas parlé des phénomènes à Sylvia. L’aurait-il fait qu’elle l’aurait pris pour un vieux fou. Au fil des ans, il avait donc accueilli de nombreuses familles. Il avait pris la précaution de faire bénir la maison et pensait que tout s’arrêterait. Mais le mal qui sévissait dans cette maison ne s’était pas avoué vaincu. Les phénomènes continuèrent et ne permettaient pas aux locataires d’y rester bien longtemps. Il avait donc commencé à recueillir les témoignages de chaque locataire et avait tenu une sorte de journal de bord sur les phénomènes qui se manifestaient dans la maison. Il s’était rendu plusieurs fois à l’intérieur pour prendre des photos des phénomènes que le locataire lui avait signalés et avait consigné tout ceci dans les carnets. Plus les années avançaient et plus les phénomènes prenaient en proportions. Malgré tout, Vittorio continuait à s’occuper de la maison de son ami. Il ne lui parlait jamais des phénomènes qui continuaient de se manifester dans la maison. Il s’était dit qu’il n’aurait servi à rien d’ajouter toutes ces diableries dans l’esprit déjà assez tourmenté de son ami de toujours. Il se contentait donc d’envoyer les loyers et était heureux de constater qu’Antonio avait retrouvé un peu de joie de vivre auprès de sa fille et son petit-fils. Quand Antonio était revenu, accompagné de sa famille, Vittorio avait été d’abord surpris, puis inquiet. Il n’avait pas pu dormir la nuit avant celle où il était venu accueillir mon grand-père dans son jardin. De plus, il se sentait coupable de lui avoir caché la vérité pendant si longtemps. C’est pourquoi quand Antonio était venu le trouver pour lui raconter ce que Michaël lui avait annoncé à propos des phénomènes dans la chambre des jumeaux, Vittorio n’avait plus eu le choix et lui avait avoué la vérité. Ils étaient partis ensemble chercher de l’aide auprès du Père Rosso mais n’avaient pas obtenu l’aide qu’ils recherchaient. Le père les avait écoutés et sûrement pris pour deux vieux séniles qui avaient peur de leur ombre car il leur assura que les fantômes n’existaient pas dans la Sainte Bible et que les deux hommes devaient se montrer forts et faire confiance à leur foi. Pour lui, les phénomènes cesseraient dès que les deux hommes les ignoreraient. Il avait néanmoins donné un crucifix qu’il avait béni ultérieurement à Antonio et lui avait conseillé de le clouer dans la chambre des jumeaux. Mais ça n’avait pas suffi, apparemment. Antonio avait fini par y passer aussi et Vittorio était désemparé. Il ne savait pas où trouver l’aide dont nous avions, ma famille et moi, tant besoin. A la fin de son récit, il paraissait encore plus malheureux.

Après le récit de Vittorio, nous restâmes un long moment silencieux, chacun de nous essayant tant bien que mal d’assimiler toutes ces informations. Je ne savais pas comment réagir devant ces aveux. J’étais partagé entre la pitié, la colère et l’incompréhension. Salvatore et Mario paraissaient partager le même état d’esprit. Vittorio demeura silencieux. Herminia, qui avait écouté son mari sans l’interrompre prit alors la parole. Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? J’aurais pu essayer de vous aider ! Vittorio se tourna vers elle, l’air malheureux. Je voulais vous protéger, ma chérie. Je ne savais pas comment m’y prendre pour résoudre ce mystère. De plus, j’avais peur d’attirer cette chose dans notre maison. Le Père Rosso lui-même n’a pas cru à mon histoire. Alors, à qui nous adresser ? Qui pourrait nous venir en aide ? Salvatore restait silencieux. Il semblait avoir du mal à accepter le fait que son père avait gardé tous ces secrets pour lui aussi longtemps sans même les mettre en garde. Mario proposa alors une idée.

-Je sais que ça va vous paraître bizarre, nous dit-il, et que notre religion n’est pas censée croire à ces choses-là mais il est clair qu’un démon a pris possession des lieux et qu’il continuera à s’acharner sur la famille de Michaël. De nos jours, il existe des associations de chasseurs de fantômes et des gens qui ont des capacités pour purifier et libérer les maisons d’entités malfaisantes. Je pense que nous devrions chercher de ce côté-là. Si l’église traditionnelle ne veut rien faire pour nous, nous n’avons pas d’autre choix.

Salvatore semblait réfléchir à cette option.

-C’est vrai que les temps ont changé, dit-il. Les vieilles traditions ne sont plus satisfaisantes. Il faut trouver quelqu’un qui puisse vous aider. Son air confiant me redonna un peu d’espoir.

Puis, il se leva et me proposa de me raccompagner chez moi. Je pris donc congé de Vittorio et Herminia et promis à Mario de nous retrouver le lendemain à l’école. Il était tard et mes parents devaient commencer à s’inquiéter. Sur le chemin du retour, Salvatore me promit de nous aider à trouver une solution. Il m’avoua qu’il se sentait redevable envers ma famille depuis le terrible accident de Julio et qu’il ne serait pas en paix tant que les choses ne seraient pas revenues à la normale. Je le remerciai et le quittai donc devant la porte de mon domicile. La main sur la poignée, je le regardai regagner sa maison et une pointe de jalousie m’envahit soudain. Il retournait dans son foyer sécurisant, où tout allait bien, ou rien d’anormal ne se passait. Cette sensation d’envie disparut aussi vite qu’elle m’était venue. C’était injuste de penser ainsi. Salvatore n’était pas responsable de nos malheurs. Et, à y réfléchir, Vittorio non plus. Il avait essayé d’aider mon grand-père. Malgré la peur de ce qu’il avait découvert au fur et à mesure de son enquête dans la maison, il avait néanmoins rassemblé le plus de preuves possibles et j’espérais que tout cela suffirait à convaincre quelqu’un de nous aider. Je rentrai donc chez moi et retrouvai mes parents dans le salon.

Mon père ne me posa pas de question. Ma mère semblait abattue. Je regardais mon père et il m’informa qu’il avait mis ma mère au courant de tout. Elle semblait assommée et me demanda si j’avais pu en apprendre plus. Je lui racontais le récit de Vittorio. Mes parents m’écoutèrent avec attention. Je leur parlais de la suggestion de Mario et mes parents trouvèrent que l’idée n’était pas stupide. Mon père avait un pc portable. Il le mit sur la table de la salle à manger et commença à chercher des associations familiarisées avec ce genre de phénomènes. Pendant qu’il cherchait, ma mère me conseilla d’aller me coucher pour ne pas être trop fatigué à l’école. Je l’embrassais et allais m’installer sur le matelas gonflable, laissant les canapés à mes parents. Ce soir-là, je m’endormis, la tête pleine d’images affreuses et fis de nombreux cauchemars. Il ne se passa rien de spécial mais l’atmosphère de la maison semblait s’alourdir d’heure en heure, comme annonciatrice d’un désastre à venir. Le matin, je me réveillai péniblement. J’allai à la salle de douche et me lavai en espérant que cela me réveillerait. Je regardais le miroir. C’était devenu une espèce de rituel. Mais rien n’y était inscrit. Je m’habillai donc et, voyant que mes parents dormaient encore, déjeunai en silence et lançai le percolateur pour préparer le café. Je laissais un mot sur le comptoir de la cuisine et quittai la maison. Mario et la bande m’attendaient à l’arrêt de bus. Quand j’arrivai à leur hauteur, je vis leurs expressions sombres et je sus que Mario en avait parlé à son frère et ses cousins. Après m’avoir raccompagné, son père avait appelé Sylvio et lui avait raconté la situation que ma famille subissait. Ils s’étaient mis d’accord pour nous aider. Je fus soulagé d’apprendre que les autres me croyaient. J’avais peur qu’ils ne me prennent pour un illuminé. Mais ce fut tout le contraire. Ils m’entourèrent de leurs bras protecteurs et me jurèrent de m’aider. La journée à l’école fut un peu pénible. Avec tous ces événements, j’avais complètement oublié de faire mes devoirs et je reçus un avertissement de mes professeurs. Le midi, je ne mangeai presque rien malgré l’insistance de Mario.

-Faut que tu prennes des forces, mec ! me dit-il.

Mais je n’avais pas faim. J’étais épuisé et terrifié depuis trop longtemps. A la fin de la journée, mes amis me raccompagnèrent jusqu’à ma porte d’entrée. Massimo et Lucas regardaient par les fenêtres mais rien ne se manifestait. Je les saluai et rentrai chez moi. Mes parents étaient dans la cuisine. Mon père était au téléphone. Je regardais ma mère et elle m’expliqua qu’il avait trouvé une association du nom de Paranormal Investigations et qu’il avait décidé de les appeler. Après tout, on n’avait plus rien à perdre. Je laissai tomber mon sac au sol et me dirigeai vers le salon. Quand mon père raccrocha, ma mère et moi lui demandâmes ce qu’on lui avait dit. Il nous informa qu’une équipe d’enquêteurs allait venir ce soir. Ils s’installeraient pendant quelques jours pour mener leur enquête et trouver une solution si c’était possible. Ma mère parut soulagée. Elle retourna à la préparation du repas et je me mis à mes devoirs. Mon GSM vibra et je vis que Mario me demandait des nouvelles. Je l’informai de la venue de l’équipe d’investigation et il me répondit que c’était un bon début. Il m’envoya les réponses pour le devoir de math du lendemain et je le remerciai. J’avais somnolé tout le long du cours et n’avais rien compris aux exercices donnés. Mes devoirs terminés, je rangeai le tout dans mon sac et attendis avec mes parents l’arrivée de l’équipe. Une heure plus tard, une camionnette sombre se gara devant la maison. Mon père ouvrit la porte et se retrouva devant quatre hommes portant de nombreuses valises métalliques. Ils entrèrent et se présentèrent chacun à leur tour. Le plus grand s’appelait Marc Dumont. Il nous expliqua qu’il étudiait depuis longtemps les phénomènes paranormaux et qu’il possédait tout un équipement pour pouvoir recueillir des preuves. Il présenta ses partenaires. Il y avait un homme de petite taille, très mince avec de petites lunettes sur le nez. On aurait dit un adolescent. Il se présenta. Jimmy Doret. Il nous annonça qu’il était une sorte de médium. Il pouvait ressentir les énergies d’une maison et pouvait parfois voir des événements du passé. Les deux autres hommes, Antoine et Philippe, étaient des techniciens qui s’occupaient d’installer les caméras et autres gadgets utiles dans leur enquête. Mon père les invita à nous rejoindre dans le salon. Ma mère leur proposa du café et ils acceptèrent. Pendant que ma mère préparait le café, je remarquai que Jimmy ne me quittait pas des yeux. Son regard était si perçant que j’avais l’impression qu’il lisait dans mes pensées. Il me mettait mal à l’aise. Je décidai de l’ignorer et m’installai près de mon père. Tous installés autour de la table, Marc commença à questionner mon père sur la raison de notre appel. Mon père commença par lui parler des bruits de grattements, des portes qui claquaient toutes seules et des ombres qui voyageaient dans la maison. Il lui parla des tragédies familiales et lui fournit ensuite les documents découverts par Mario, ainsi que les photos de l’album de mon grand-père et le résumé de mes expériences dans ma chambre. Marc prenait des notes et se tourna vers moi pour que je lui donne le plus de détails possibles. Cela dura un peu plus d’une heure. Ensuite, Marc demanda à Jimmy de faire le tour de la maison et de lui donner ses impressions. Jimmy se leva et contre toute attente, me demanda de l’accompagner pour que je lui indique les endroits qui, selon moi, étaient les plus actifs. Je regardai mon père, effrayé, mais celui-ci ne s’y opposa pas. Il vit mon malaise et proposa de nous accompagner mais Jimmy lui répondit qu’il devrait plutôt rester avec Marc pour l’aider à analyser les carnets de Vittorio et lui faciliter le travail. Mon père me regarda et je haussai les épaules. Il fallait bien commencer par quelque chose. Je me dirigeai donc vers l’étage et quand nous arrivâmes sur le palier, Jimmy me posa une question qui me hérissa les cheveux.

-Qui sont ces jumeaux qui te suivent partout ? me demanda-t’il. Tu les connais ? Je regardai autour de moi mais je ne vis rien. Jimmy avait son GSM sur lui et me demanda de rester immobile.

Quand il prit la photo, il l’observa un instant et me la montra. Les jumeaux étaient à mes côtés. Ils avaient l’air effrayés et semblaient essayer de communiquer avec moi. Cependant, je ne les entendis pas. D’ailleurs, depuis le dernier message sur le miroir, je ne les avais plus revus. Jimmy sortit un petit enregistreur vocal et commença à poser des questions.

-Qui êtes-vous ? demanda-t’il. Pas de réponse. Que voulez-vous à Michaël ? Pourquoi êtes-vous ici ? Que puis-je faire pour vous aider ?

Nous attendîmes quelques secondes mais il n’y eut aucune réponse. Il me désigna la chambre de mes parents et je lui ouvris la porte. Il fit le tour de la pièce et s’arrêta devant le miroir de la commode de ma mère. Il l’observa intensément pendant quelques minutes, puis continua à inspecter la pièce. L’air dans la chambre était glacial. Je n’osais prononcer un mot. Jimmy avait une drôle d’expression mais ne dit rien. Il sortit de la pièce et inspecta la chambre suivante, celle de mon grand-père. Je n’y étais pas entré depuis l’enterrement. Quand j’ouvris la porte, une odeur de chair en décomposition m’assaillit. L’odeur était pestilentielle et faisait pleurer les yeux. J’avais presque le goût dans la bouche. Je me tournais vers Jimmy qui avait mis sa main devant sa bouche et son nez. Lui aussi sentait cette puanteur mais pénétra quand même dans la pièce. Des mouches volaient dans tous les sens. Il en fit le tour, s’arrêtant près du lit de mon grand-père, regardant les murs, le plafond. L’odeur semblait devenir encore plus intense et Jimmy finit par sortir sans rien demander. Nous reprîmes notre souffle quelques instants puis, je le guidais vers ma chambre. J’avais déjà monté l’échelle quand je remarquais que Jimmy ne m’avait pas suivi. Il semblait regarder quelque chose au bas de l’échelle et son regard était écarquillé. Il ne disait rien mais semblait figé. Je l’appelais et il finit par me regarder. Il regarda de nouveau sous l’échelle et ne vit plus rien car il se décida à monter. Quand il arriva dans ma chambre, son regard se tourna directement vers le placard. Il s’approcha doucement de la porte et y posa les mains quelques secondes. Il resta immobile, sans rien dire, l’air en transe. Cela dura un moment puis il s’éloigna et regarda autour de lui. Il avait l’air inquiet et me demanda si c’était ici que tout avait commencé. Je lui confirmais l’information et il hocha la tête en ajoutant :

-La source est ici, dans ce fichu placard.

Voyant mon regard, il me demanda de redescendre et nous rejoignîmes les autres dans le salon. Jimmy attendit que Marc téléchargeât toutes les photos que mon père lui avait fournies. Il pensait qu’avec son logiciel, nous pourrions donner plus de netteté aux photos et pouvoir discerner ce qu’elles représentaient exactement. Je pensais intérieurement qu’il voulait s’assurer que ce n’était pas des montages mais ne dit rien.

Jimmy s’était assis à côté de lui mais ne disait rien. Il avait l’air malade, comme s’il avait envie de vomir. Quand Marc se retourna vers lui, il vit l’état d’effroi de son ami et lui demanda ce qu’il se passait. Mes parents et moi-même l’écoutèrent attentivement. Je ne me souviens pas de toute la conversation mais je vais essayer de vous la retranscrire du mieux que je peux. Jimmy nous raconta qu’avant même d’entrer dans la maison, il avait ressenti un malaise, comme s’ils étaient attendus et défiés par quelque chose. Quand mon père lui avait ouvert la porte, il avait éprouvé à nouveau un malaise, comme si l’atmosphère de la maison l’étouffait. Il avait suivi le groupe au salon mais avait eu l’impression d’être suivi et observé. Quand il m’aperçut, il découvrit que deux entités étaient attachées à moi. Elles n’avaient pas l’air malveillant mais elles n’étaient pas non plus apaisées. Quand il m’avait proposé de l’accompagner, il voulait voir si les deux entités me suivaient mais elles s’arrêtèrent au palier du premier étage. Il sentait qu’une autre présence se trouvait dans la maison mais il ne pouvait pas la voir. Quand je montai dans ma chambre, il voulut me suivre mais il resta figé sur place comme si quelque chose l’en empêchait. Il vit des jumeaux d’une vingtaine d’années qui semblaient l’avertir du danger du grenier. Ils criaient et agitaient les bras mais Jimmy n’arrivait pas à comprendre ce qu’ils voulaient lui dire. Ils avaient alors soudain disparu. Jimmy monta donc me rejoindre et sentit immédiatement une énergie négative émaner du placard de ma chambre. Quand il posa les mains sur la porte, une vision d’horreur s’imposa dans son esprit. Une chose qui n’était pas humaine lui apparut. Quand il la décrivit, je reconnus l’entité qui m’avait tant effrayé. Toute l’équipe l’écouta et d’après les descriptions qu’il donna, ma mère identifia ses frères Julio et Roberto. Elle lui demanda s’il avait vu son père mais Jimmy fit non de la tête. Ma mère fut attristée par cette nouvelle. Marc nous expliqua brièvement ce qu’ils allaient faire pendant ces quelques jours. Les techniciens allaient installer des caméras dans toutes les pièces de la maison. Ils y installeraient aussi des capteurs de mouvements qui détecteraient le moindre changement de température ou de pression dans la maison. Ils avaient besoin d’images pour identifier la cause des phénomènes. Mon père lui dit que nous ne dormions plus dans nos chambres et qu’ils pouvaient les utiliser. Marc le remercia et les quatre hommes se mirent au travail. Je regardai ces hommes placer leurs équipements et je me demandai si c’était une bonne idée. Je craignais les conséquences. Cette créature, je ne l’avais vue qu’une seule fois et ça m’avait suffi pour comprendre qu’elle ne serait certainement pas contente d’être espionnée ainsi. Mais que pouvait-on faire d’autre ? Quand tout fut installé, l’équipe nous souhaita bonne nuit et chacun alla s’installer à l’étage, Marc et Jimmy dans la chambre de mes parents, Antoine et Philippe dans le grenier. Mes parents allèrent également s’allonger et je les suivis, priant silencieusement pour que tout se passe bien.

 

 

 

 

 

 

Chapitre 5

Pendant les deux premiers jours de leur occupation, l’équipe ne récolta pas beaucoup de preuves. Quand je me levai le matin, je vis que Marc était déjà debout et regardait les images des caméras de surveillance. Il les passait au ralenti, espérant tomber sur une manifestation quelconque. Antoine et Philippe, qui avaient dormi dans le grenier, n’avaient rien à signaler non plus. Seul Jimmy semblait avoir passé une mauvaise nuit. Il s’était senti épié toute la nuit et n’avait pas fermé l’œil. Il s’était installé à la table de la cuisine et me remercia quand je lui proposais une tasse de café bien chaud. Je lui demandai s’il avait vu quelque chose mais il me répondit qu’il ne voyait pas toujours avec ses yeux mais qu’il ressentait les présences autour de lui. Elles ne l’avaient pas tourmenté mais elles l’avaient complètement vidé. Il se sentait vidé de son énergie vitale. Il me demanda également si la nuit s’était bien passée et je lui confirmais que oui. Sur ce, je partis pour l’école. Nous étions vendredi et je pourrais m’investir dans les recherches pendant le week-end. Ma bande de potes était déjà là. Ils me demandèrent comment ça se passait. Je leur rapportai que pour l’instant, l’entité ne s’était pas manifestée. Mario ne fut pas trop surpris. Il m’apprit qu’en rentrant chez lui hier soir, il avait fait quelques recherches sur son ordinateur et avait constaté que les entités se cachaient parfois quand des inconnus entraient dans les lieux. Soit pour faire passer les occupants pour des menteurs ou des fous, soit pour voir à qui ils ont affaire. Ce résonnement me parut logique. Il fallait attendre un peu. Nous arrivâmes en classe et nous installâmes sur nos chaises. Je sortis mes affaires et rendis mon devoir de mathématiques à mon professeur. Celui-ci le prit dans ses mains, y jeta un coup d’œil et se tourna vers moi, un peu énervé. Si vous vouliez des explications, Monsieur Blanchart, me dit-il, il suffisait de les demander. Je n’aime pas trop ce genre de blague. Et il me rendit ma copie. Je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire ! Je craignais que les réponses envoyées par Mario soient fausses mais quand je regardai ma feuille, je vis qu’au lieu des calculs que j’y avais mis la veille, une même phrase répétait à tous les exercices : « Aiutaci ». J’étais abasourdi. Je n’avais pas remarqué ce changement avant. Je ne dis rien mais montrai ma copie à Mario qui était installé à côté de moi. Mario la regarda et haussa les épaules en signe d’incompréhension. Je rangeai ma copie dans mon cartable et le cours reprit. Sur le temps de midi, je vérifiai les messages sur mon GSM et vis que Mario m’avait bien envoyé les réponses. Cet incident me perturba toute la journée. De retour à la maison, je montrai ma feuille à mes parents en leur expliquant que je ne me rappelais pas avoir écrit ces mots. Jimmy s’approcha et regarda ma copie.

-Tu parles italien ? me demanda-t’il.

Ma mère lui confirma que non. Elle n’avait jamais pris la peine de me l’enseigner. Mais elle le parlait couramment. Jimmy lui en demanda la signification et elle lui répondit que c’était un appel à l’aide. Marc, occupé à corriger l’angle d’une caméra, nous avait entendus et me demanda lui aussi de me montrer ma feuille. Il la regarda un instant et me la rendit. Il regarda les images vidéo du salon de la nuit précédente mais je lui dis que c’était inutile. J’avais fait ma copie avant leur arrivée. Il revint vers nous et nous proposa d’écouter l’enregistrement que Jimmy avait fait lors de l’inspection des chambres. Nous nous installâmes autour de la table et Marc mit l’appareil en route. La voix de Jimmy s’éleva et j’entendis les questions qu’il avait posées la veille mais je n’entendis pas de réponse.

Devant nos regards interrogateurs, Marc rembobina et augmenta le son de l’appareil, en réglant le filtrage de parasite avec son ordinateur. Quand la voix de Jimmy retentit, ce qui suivit nous glaça le sang. Deux voix presque superposées l’une sur l’autre retentirent. Elles semblaient lointaines mais étaient néanmoins audibles.

-Nous sommes les jumeaux Julio et Roberto. Michaël, aide-nous ! Il nous retient ! Il ne veut pas qu’on parte ! Et il te veut aussi ! Fuis !! Sauve-nous !

Puis, on entendit leurs hurlements, suivis d’un grondement inhumain et ce fut tout. Je sentis mon sang se glacer et mes poils se hérisser. Ma mère resta sous le choc. La voix de ses frères l’avait bouleversée.

-Vingt ans, murmura-t-elle. Vingt ans qu’ils sont prisonniers ici avec cette chose ! C’est horrible !

Elle se blottit dans les bras de mon père. Marc remit l’enregistreur dans son étui. Il demanda à ma mère si des manifestations s’étaient déjà produites avant l’accident de Julio. Elle lui répondit que non, que tout avait commencé après le retour de Julio chez eux d’après les témoignages que nous avions obtenus. Marc réfléchit quelques minutes. Il demanda à mon père dans quel établissement Julio avait été hospitalisé et mon père lui indiqua le numéro de téléphone. Marc prit son GSM et appela le service des archives de l’hôpital. Son appel fut transféré et un homme lui répondit. Marc lui demanda s’il était possible de consulter le rapport médical d’un certain Julio Giorno, en précisant bien que cette personne était décédée depuis plus de vingt ans. L’homme lui dit que seuls les proches pouvaient demander ce genre de document. Marc passa donc le téléphone à ma mère et celle-ci se présenta en tant que la sœur du défunt. Elle l’écouta parler un moment et raccrocha.

-Nous pouvons aller chercher ces documents dans une heure, dit-elle à Marc. Mais à quoi vous servent ces documents ?

Marc la regarda et lui dit :

-Je ne sais pas encore mais j’ai peut-être une vague idée sur comment tout ceci a commencé.

Mais avant de dire quoi que ce soit, je dois voir son dossier médical. Pendant ce temps, les informaticiens s’affairaient à régler les caméras et sortaient d’autres appareils étranges de leurs sacs. Antoine sortit une lampe de poche. Quand il l’alluma, elle n’émit aucune lumière. Je lui demandai à quoi cela servait. Regarde, me dit-il. Va dans la cuisine et pose ta main sur le plan de travail. Je le regardai un peu surpris mais m’exécutai. J’étais assez curieux de voir ce qu’il allait se passer. Je posai ma main bien à plat sur le plan de travail. Maintenant, dit-il, éteins la lumière. J’éteignis et il alluma sa lampe qui éclaira la pièce d’un rayon de lumière bleue. Quand il la dirigea sur le plan de travail, j’y vis la paume de ma main, bien nette, comme un relevé d’empreinte.

-C’est chouette, pas vrai ? me dit-il en me faisant un clin d’œil. J’approuvai totalement. Je lui demandai ce que nous allions faire avec ça et il me répondit qu’il cherchait des traces résiduelles. Je le suivis dans la maison et nous inspectâmes chaque recoin de chaque pièce. Dans la pièce de devant, on ne trouva pas grand-chose mise à part mes propres empreintes et celles de mes parents. Nous nous dirigeâmes vers le couloir, mais là encore, rien à signaler. Quand nous passâmes dans le salon, je vis Antoine s’arrêter près de la table de la salle à manger. Il me demanda où j’étais assis quand j’avais fait mon devoir de mathématiques. Je lui indiquai la chaise et, après avoir éteint la lumière un moment, il éclaira la table. On pouvait encore y voir la trace de mon avant-bras et les contours de la feuille mais ce qui se trouvait de part et d’autre de cela me fit frissonner. De chaque côté de mes « traces » se trouvaient deux autres paires d’empreintes qui ne m’appartenaient pas. Elles étaient placées de manière à indiquer que deux personnes étaient assises à mes côtés sans que je ne les voie. Antoine me demanda de tenir la lampe pendant qu’il prenait une photo avec son téléphone. Nous nous dirigeâmes vers la salle de douche et je lui demandai d’éclairer le miroir. A ma grande surprise, les mots inscrits précédemment étaient encore visibles. On y voyait également deux paires de traces de mains de chaque côté du miroir, chose que je n’avais pas remarquée lors de l’apparition du message. Nouvelle photo. Antoine me demanda si je voulais l’accompagner dans ma chambre. J’hésitai mais j’étais curieux de savoir ce que nous allions découvrir. Je le suivis et me dirigeai vers l’échelle. J’entendis mes parents m’appeler d’en bas. Je me penchai et les vis habillés de leurs manteaux. Nous allons chercher les documents à l’hôpital, me dit mon père. Reste avec Antoine ou n’importe lequel des autres mais ne reste pas seul, compris ? J’acquiesçai et rejoignis le technicien dans ma chambre.

Il balayait les murs de sa lampe torche. Je suivais le faisceau lumineux qui explorait chaque recoin quand, soudain, je sentis mon cœur se serrer. Au-dessus de mon bureau, un symbole étrange avait été dessiné. C’était une étoile à cinq branches entourée d’un cercle. Un pentagramme. Je voulus demander à Antoine ce que cela signifiait mais il me fit signe de me taire. Il tendait l’oreille comme s’il percevait un son inaudible pour moi. Je me tus et au bout de quelques secondes, je frissonnai. Des grattements sourds semblaient venir de l’intérieur de la pièce. Je restai immobile et je vis qu’Antoine était aussi pétrifié que moi. Il sortit une caméra miniature de sa poche et se mit à filmer discrètement. L’air de la pièce devint plus lourd et plus froid. Je peinais à respirer et j’écoutais le bruit qui se rapprochait. Le technicien me chuchota si j’entendais la même chose que lui mais avant que je puisse lui répondre, une violente déflagration retentit dans la pièce et je vis cet homme voler dans les airs, projeté contre le mur au-dessus de mon lit, comme par une force invisible. Il retomba sur le lit, inconscient et le bruit de pas se fit plus distinct. Je fus violemment plaqué contre le mur près de l’échelle, incapable de bouger. Tous mes muscles étaient paralysés. Seuls mes yeux pouvaient encore s’agiter. Collé contre le mur, je perçus des pas lourds se diriger vers moi et une odeur nauséabonde les précéda. Ils se rapprochèrent et je sentis une présence oppressante devant mon visage. La terreur me submergea. Je voulus me débattre mais en vain. Une douleur atroce me transperça la poitrine. Je tentai de crier mais aucun son ne franchit mes lèvres. Une autre brûlure me lacéra le visage. Je fus envahi par une haleine putride qui me fit suffoquer. C’était insoutenable. Je subis encore quelques instants cette torture et, alors que je croyais ma dernière heure arrivée, tout s’arrêta brusquement. Je chutai sur le sol, haletant. Mon cœur battait la chamade et je peinais à reprendre mon souffle. Je regardai autour de moi, angoissé. Je rampai lentement vers mon lit, sur les fesses, et secouai Antoine. Il émergea péniblement et se redressa, se tenant la tête à deux mains. Je lui demandai s’il allait bien et il me somma de descendre immédiatement. Nous dévalâmes les marches à toute allure. Philippe nous vit arriver comme des fous et nous interrogea sur ce qui s’était passé. Sans lui répondre, Antoine se précipita vers l’écran des caméras de surveillance et se brancha sur celle de ma chambre. Il remit les images en arrière et les relança au moment où il introduisait sa tête par la trappe de ma chambre. Nous observâmes les images seconde par seconde. Sur l’écran, au moment où il me fit taire, je vis l’entité émerger du placard. Elle était là, avec nous ! Elle s’approcha d’Antoine et sembla agacée par la lampe torche. Elle tendit son bras et le propulsa contre le mur. Puis, elle tendit son autre bras vers moi et je vis mon corps se coller contre le mur. Cette abomination vint plaquer sa face contre la mienne. Elle semblait me renifler. Elle se recula légèrement et, du bout de sa griffe, me dessina quelque chose sur le torse et sur le visage. En revoyant les images, je me hâtai d’enlever mon T-shirt et regardai mon ventre. Des entailles rouges et profondes zébraient ma peau. Une sensation de brûlure me reprit. Philippe prit une photo de mes blessures. En regardant la photo, nous distinguâmes trois énormes griffures qui partaient du plexus solaire et allaient jusqu’au nombril. Ma joue me brûlait aussi. Trois griffures semblables y apparaissaient. Je me sentis violé, comme si j’avais été un animal marqué au fer rouge. Cette chose m’avait marqué. Mais pour quelle raison ?

Qu’allait-il m’arriver ? A ce moment-là, mes parents rentrèrent, accompagnés de Marc. Ils durent sentir que quelque chose s’était passé car Marc se rua sur les écrans et Antoine lui montra les images de notre cauchemar. Mes parents examinèrent mes blessures et se jetèrent vers moi.

– Que s’est-il passé ? Tu vas bien ? me demanda mon père.

Je ne savais pas quoi répondre. J’étais vivant mais c’était un maigre réconfort. Jusque-là, la chose m’avait apparu mais elle ne m’avait jamais touché. Je ne savais même pas que c’était possible ! J’étais terrifié et je me mis à trembler. Ma mère ne cessait de me palper, regardant avec horreur les blessures de mon ventre et de mon visage. Soudain, sans prévenir personne, elle se précipita vers les étages. Mon père lui courut après, la suppliant de ne pas monter. Mais ma mère ne l’écoutait pas. Je suivis sa progression sur les écrans de surveillance et la vis entrer dans ma chambre. Elle semblait furieuse et se mit à hurler à la créature :

– Qu’est-ce que tu veux ? Tu veux te battre ? Je te défends de toucher à mon fils ! Je t’interdis de le toucher ! Si tu veux t’en prendre à quelqu’un, prends-moi ! Mais laisse mon fils tranquille !

J’étais pétrifié devant l’écran. Antoine aussi semblait paralysé. Il y eut un moment de silence où je vis mon père saisir ma mère par la main et la tirer vers l’échelle. Ma mère résistait et semblait vouloir affronter cette chose. Elle était presque au bord de l’échelle quand ce fut l’explosion. Mon père fut éjecté en bas de l’échelle et ma mère alla s’écraser contre le mur d’en face. Il y eut un rugissement terrible dans la chambre. Je me précipitai à l’étage. Mon père gisait au pied de l’échelle, complètement assommé.

Je me ruai dans ma chambre et découvris un spectacle d’horreur. Ma mère était allongée sur le sol et semblait secouée par des spasmes. Elle semblait être tirée par tous les côtés. Des marques de griffes apparaissaient sur ses bras, ses jambes, son visage. Elle hurlait de douleur. Un instant, elle se figea et sembla s’élever d’une bonne cinquantaine de centimètres du sol. Elle resta ainsi pendant quelques secondes puis fut de nouveau projetée vers le sol. Je la regardai, impuissant, ne sachant pas quoi faire. Je sentis quelque chose dans ma poche et le sortis. C’était le chapelet de mon grand-père. Je le brandis au hasard dans la pièce et me mis à prier. Ma mère poussait des râles inquiétants. Je récitai la seule prière que je connaissais, Le Notre Père, essayant d’avoir l’air le plus convaincant possible. Je m’approchai de ma mère et posai la croix sur son torse. Elle se mit à hurler et fut prise de violents tremblements puis soudainement, elle s’affaissa sur le linoléum et ce fut tout. Elle avait les yeux fermés et avait le souffle haletant. Je m’approchai doucement de son visage et l’appelai. J’entendis mon père reprendre conscience au bas de l’échelle. Il monta doucement les barreaux et me rejoignit près de ma mère. Il avait le côté gauche de son visage tout enflé. Ma mère semblait évanouie et être aux prises d’un horrible cauchemar. Ses yeux roulaient sous ses paupières closes. Mon père l’appela doucement plusieurs fois, caressant son front. Elle semblait murmurer quelque chose mais c’était incompréhensible. Marc nous avait rejoints. Il regardait ma mère d’un air inquiet. Voyant que ma mère ne revenait pas à elle, nous décidâmes de la descendre dans sa chambre. Mon père la prit par-dessous les bras et je lui pris les jambes. Marc commença à descendre l’échelle pour m’assurer un équilibre. Tant bien que mal, nous arrivâmes sur le palier et nous installâmes ma mère dans son lit. Elle ne semblait pas reprendre conscience. Mon père faisait les cents pas. Il se retourna vers Marc.

-Que faisons-nous maintenant ? Je ne peux pas appeler un médecin ! Que vais-je lui raconter ? Marc semblait réfléchir intensément. Il regarda mon père. – Il n’y a qu’une chose à faire. Il est temps de faire appel à l’Église. Nous disposons d’assez de preuves pour déposer une demande d’exorcisme auprès des autorités catholiques. A ce stade, je ne peux rien faire de plus. Mon père le regardait d’un air ébahi.

– Que voulez-vous dire ? lui demanda-t’il. Marc observait ma mère avec attention. Elle respirait très fort et semblait souffrir.

– Ce que je veux dire, Jean, c’est que votre femme est probablement possédée par la chose qui hante votre maison depuis des années. En la provoquant de la sorte, elle lui a donné la permission de s’en prendre à elle. C’était une très mauvaise idée. Quand vous autorisez une entité à s’en prendre à vous, vous lui donnez accès à votre âme. Seul un prêtre pourra nous aider. Je vais descendre et passer quelques coups de fil.

Vous, de votre côté, je vous conseille de garder votre femme à l’œil. D’ailleurs, je pense qu’il serait plus prudent de l’attacher au lit. Il ne faudrait pas qu’elle puisse s’échapper dans son état ou qu’elle s’en prenne à quelqu’un d’autre. Nous ne savons toujours pas ce qu’est cette chose. Mais la force dont elle a fait preuve me fait dire qu’il ne s’agit pas d’un petit démon de pacotille. Cette chose, quelle qu’elle soit, est d’une puissance incroyable. Mon regard passait de l’un à l’autre. Je ne savais pas quoi dire. Je ressentais toute une gamme de sentiments à la fois. La peur, la colère mais surtout la culpabilité. Car si ma mère était dans cet état, c’était de ma faute. Elle avait vu mes blessures et avait, comme toute mère digne de ce nom, voulu me protéger. Marc me regarda et sembla comprendre mon désarroi.

– Ce n’est pas de ta faute, Michaël. Tôt ou tard, il s’en serait pris à n’importe lequel d’entre vous. Descends avec moi. Nous allons trouver ce Père Rosso et lui montrer les vidéos. Si avec cela, il n’est pas convaincu, il faudra trouver une autre alternative.

Je suivis donc Marc dans les escaliers. Il mit ses deux techniciens au courant de la situation et demanda à Jimmy de monter rejoindre mon père dans le cas où ma mère reprendrait conscience.

– Il vaut mieux ne pas le laisser seul avec elle. Prenez une caméra et installez-là au pied du lit. S’il se passe la moindre chose, appelez-moi immédiatement !

Jimmy hocha la tête et alla rejoindre mon père. Antoine regarda Marc d’un air inquiet et, se tournant vers les écrans, il indiqua les données que les caméras enregistraient. La température descendait nettement dans la chambre. Je voyais mon père se frotter les mains et faire les cents pas autour du lit. J’attrapai mon manteau et me dirigeai vers la porte d’entrée. Marc me suivit. J’ouvris la porte et tombai nez à nez avec Mario. Il me regarda d’un air étonné, le bras encore levé pour frapper à la porte, mais je ne lui laissai pas le temps de dire quoi que ce soit. Je l’attrapai par le bras et lui demandai de me conduire immédiatement chez le Père Rosso.

Il ne posa pas de question et nous fit signe de le suivre. Nous sortîmes de la rue et empruntâmes la petite ruelle qui se trouvait sur la droite de l’église. Tout au fond, un petit studio se détachait et on y voyait la lumière d’une bougie à la fenêtre. Nous nous dirigeâmes vers la porte et je frappai trois coups secs. La porte s’ouvrit doucement et un homme d’une septantaine d’années nous accueillit.

– Oui ? nous dit-il. Je me présentai et lui demandai si je pouvais m’entretenir un moment avec lui. Il nous observa un moment Marc et moi mais Mario le rassura.

– Ne vous en faites pas mon Père, ce sont des amis. Nous avons besoin de votre aide de toute urgence. Sans un mot, le vieil homme ouvrit la porte entièrement et nous invita à entrer. La pièce était très sobre. Un petit canapé, une table basse et une petite radio faisaient office de salon. Aucune télévision. Une petite kitchenette trônait au bout de la pièce. Là aussi, il n’y avait qu’une table et deux petites chaises pour mobilier. Il était clair qu’il prenait son vœu de pauvreté au sérieux. Il referma la porte sur nous et s’installa à la table de la cuisine, nous invitant à nous installer. Marc étant le plus vieux d’entre nous, le Père Rosso se tourna naturellement vers lui et attendit qu’on lui explique la raison de notre visite. Marc lui résuma les faits depuis notre arrivée dans la maison, lui raconta les témoignages d’Antonio et de Vittorio et pour conclure, lui montra les vidéos prises dans la maison ainsi que les photos que mon grand-père et son ami avaient en leur possession. Le Père semblait d’abord un peu sceptique mais quand il vit les vidéos, son visage s’assombrit. Il nous demanda depuis combien de temps ma mère était dans cet état. Nous l’informâmes que c’était très récent.

– Il n’est pas encore trop tard, répondit-il en attrapant sa veste. Je dois la voir. Devant nos regards effarés, il nous précisa qu’il avait besoin de faire sa propre enquête avant de pouvoir demander de l’aide à qui que ce soit. Nous le suivîmes donc jusque chez moi. Quand nous arrivâmes dans la rue, des hurlements de rage se faisaient entendre. Mario et moi nous regardâmes et son regard trahissait une terreur sans nom. Il se signa plusieurs fois mais me suivit quand même. Arrivé devant la porte, je me tournai vers lui.

– Tu n’es pas obligé de voir ça, Mario. Tu n’es pas responsable de ce qui se passe chez moi. Tu devrais peut-être rentrer chez toi. Mario me regarda et, sans me répondre, poussa la porte et pénétra dans la maison. Je dois dire que j’étais soulagé d’avoir mon ami à mes côtés. Marc et le Père nous avaient rattrapés et semblaient aussi horrifiés par les cris qui venaient de l’étage. Le Père se dirigea directement dans la chambre et la porte claqua derrière son passage. Un rire démoniaque retentit alors.

Je montai mais je ne parvins pas à ouvrir la porte. Je redescendis donc et me ruai vers les écrans. Antoine s’écarta pour me laisser regarder et ce que je vis était…innommable. Mon père était étendu à côté du lit, apparemment assommé. Ma mère avait réussi à détacher son bras droit. Elle était assise sur son lit et regardait d’un air meurtrier l’homme qui se tenait devant elle. Son visage était marqué par la haine. Elle poussait des cris gutturaux et se débattait comme pour se libérer des liens qui la retenaient. Le prêtre l’observa un instant puis se dirigea vers mon père. Il le secoua et mon père reprit ses esprits. Il se mit sur son séant en se tenant la tête. Je vis le prêtre l’aider à se relever et le conduire vers la porte de la chambre. Mon père essaya d’ouvrir mais il n’y arrivait pas. Je vis le prêtre prendre quelque chose dans la poche de sa veste. C’était un petit flacon rempli d’un liquide transparent.

– De l’eau bénite, me dit Mario qui se tenait à mes côtés. Je vis le prêtre en asperger ma mère. Celle-ci se mit à hurler. La porte finit par céder et mon père put sortir de la chambre. Je fonçai vers lui et vis le prêtre le suivre de près. Il referma la porte sur ma mère qui avait commencé à lui hurler des insanités. Jamais de ma vie je n’avais entendu ma mère prononcer le moindre gros mot. Elle n’acceptait aucune impolitesse et l’entendre dire ces horreurs avec cette voix si horrible me glaçait d’effroi. J’aidai mon père à descendre les marches. Il s’affala sur le canapé et je remarquai le coquard qu’il avait sur le visage. Il nous raconta que, à peine avions-nous franchi la porte, ma mère avait commencé à s’agiter. Elle gémissait dans son sommeil et avait du mal à respirer. Il s’était approché, inquiet, et avait voulu la redresser un peu sur les oreillers quand elle avait soudain ouvert les yeux. Son regard était terrifiant. Elle s’était reculée le plus possible et lui avait ainsi asséné un énorme coup de tête à mon père. Il était tombé à la renverse et s’était évanoui sur le coup. Soudain, je lui demandai où se trouvait Jimmy. Ne devait-il pas rester auprès de mon père ? Celui-ci nous informa que Jimmy lui avait dit qu’il devait téléphoner à quelqu’un et qu’il revenait très vite. Marc tiqua à cette remarque. Jimmy ne s’était jamais enfui d’aucune enquête qu’ils avaient menée ensemble.

Qu’avait-il pu percevoir ou deviner pour s’enfuir aussi vite ? Il tenta de contacter son ami sur son téléphone mais ne réussit qu’à atteindre sa boîte vocale. Il lui demanda de le rappeler et raccrocha. Il se rapprocha de nouveau des écrans. Ma mère, ou ce qui l’habitait, s’était apparemment calmée. Elle avait les yeux clos et semblait dormir. Nous nous regroupâmes tous autour de la grande table en bois qui trônait au milieu de la salle à manger. Marc avait encore les documents qu’ils étaient partis chercher à l’hôpital dans la poche intérieure de sa veste. Il sortit le dossier et commença à l’examiner attentivement. Le dossier paraissait peu fourni. Quelques notes sur l’état général du patient à son arrivée. Traumatisme crânien dû à une chute. Paramètres stabilisés après l’opération. Plusieurs résultats d’électroencéphalogrammes complétaient le dossier. Marc comparait les tracés des électroencéphalogrammes. Il paraissait troublé par une anomalie. Mon père le remarqua également et lui demanda ce qu’il se passait. Marc rassembla tous les tracés et les superposa. Il devait y en avoir une bonne dizaine.

-Jean, vous ai-je dit qu’avant d’être chasseur de fantômes, j’étais infirmier ? demanda-t’il à mon père d’un ton grave. Je ne suis pas un spécialiste des traumatismes crâniens mais j’ai eu plusieurs fois l’occasion de voir des résultats d’électroencéphalogrammes. Nous regardâmes les feuillets sans comprendre. Marc continua : – Le premier relevé porte la date de l’arrivée de Julio à l’hôpital juste avant son intervention chirurgicale. Un scanner l’accompagne et confirme bien une fracture importante de la dure-mère du crâne, ainsi qu’une fuite du liquide céphalo-rachidien par l’oreille. Julio a été emmené en salle d’opération. Voilà le nom du neurochirurgien qui a opéré votre beau-frère : Docteur Melis. Marc prit un autre document. Il s’agissait d’un électrocardiogramme. –Comme vous pouvez le constater, dix-sept minutes après le début de l’opération, Julio a fait un arrêt cardiaque qui a duré plus de sept minutes. Ils ont réussi à le ramener et on donc achevé l’opération. Ce qui le chiffonnait, c’était ceci, dit-il en indiquant les autres relevés.

Sur le premier relevé, nous voyons une seule ligne. Pendant le début de l’opération, idem. Cependant, après la réanimation de votre beau-frère, l’électroencéphalogramme indique deux courbes au lieu d’une. Erreur de la machine ? J’en doute.

Mon père se tenait la tête à deux mains tout en observant les relevés.

-Où voulez-vous en venir exactement, Marc ? Je ne vois pas ce que tout cela a à voir avec les événements actuels.

Marc resta silencieux un moment. Puis, se redressant, il prit d’autres documents.

-Sur ces documents qui viennent de l’asile où Julio était interné, plusieurs incidents ont été déclarés. Bien sûr, ils n’ont pas été pris trop au sérieux, au vu des séquelles de l’accident de Julio. Cependant, bien qu’en cas de grave traumatisme, le patient puisse éprouver des difficultés au niveau de la psychomotricité et aussi des pertes de mémoires ou des problèmes neurologiques, cela n’explique pas ce que les photos nous montrent.

Ce que je pense, dit Marc après un moment, c’est que Julio a vécu une expérience de mort imminente.

Devant nos regards interrogateurs, il ajouta :

-Julio est mort pendant ces sept minutes. Je pense que, quand il est revenu, il n’était pas seul. Quand Julio est revenu parmi les vivants, cette chose l’a suivi et a pu, par son intermédiaire, entrer dans notre réalité. Julio était faible mais il n’était pas fou. Julio était possédé.

Ses révélations nous glacèrent le sang et nous plongèrent dans un silence funèbre. Le prêtre Rosso avait écouté Marc et semblait atterré par ces découvertes.

-Que devons-nous faire, mon Père ? demandai-je alors. On ne peut pas laisser cette chose à l’intérieur de ma mère !

Le prêtre me regarda intensément.

-Nous pourrions commencer par bénir la maison. J’aurais besoin d’aide pour la bénédiction. Nous irons plus vite si nous pouvions nous répartir les pièces de la maison.

Il sortit précipitamment et nous l’attendîmes en silence. Les déclarations de Marc avaient marqué nos esprits. Un démon. C’était un démon qui détenait ma mère. J’avais l’impression de devenir fou.

Quelques minutes plus tard, il revint vêtu de son habit de cérémonie. Il avait également apporté la Sainte Bible ainsi que des flacons d’eau bénite et d’huile sainte scellés de cire et tenait un énorme crucifix dans sa main droite. Mon père et moi-même l’aidâmes à poser son attirail sur la table et il se mit à nous expliquer le rituel qu’il allait entreprendre.

-Avant tout, nous dit-il, je vais vous bénir. Cette chose est dangereuse et une protection supplémentaire ne sera pas du luxe.

Il prit sa bible et récita une prière. Il nous enduisit le front avec l’huile sainte et conclut avec un signe de croix. Cela fait, il nous donna deux exemplaires de rituels romains, prit un encensoir et commença à invoquer l’Archange Michel tout en projetant de l’eau bénite dans toutes les pièces du rez-de-chaussée. A chaque passage, il enduisait le linteau de la porte d’huile sainte. La maison était remplie de fumée et l’odeur me rendait légèrement nauséeux mais je suivais le prêtre sans rien dire, me contentant de lire le texte qui était indiqué dans mon livret. Heureusement que je savais lire le latin ! Mon père s’en sortait bien également.

Quand nous arrivâmes à l’étage, le prêtre répéta le rituel et aspergea les murs, continuant à psalmodier ses prières. Il passa par la chambre de mon grand-père, ensuite se dirigea vers la chambre de ma mère. Devant la porte, il s’arrêta un instant, l’enduit d’huile sainte et ouvrit la porte.

Ma mère, ou la chose qui l’avait envahie, était assise sur le lit et semblait le défier du regard. Mon père était terrifié mais tenait bon. Je ne devais pas faire meilleure figure devant ce spectacle.

Le prêtre pénétra dans la pièce et continua son rituel, sourd aux insultes que ma mère lui lançait. Elle se moquait de lui et lui répétait sans arrêt qu’il n’avait aucune chance et qu’il ferait bien de retourner dans son petit studio minable.

Voyant que le père ne répondait pas à ses provocations, elle devint soudain plus violente et voulut lui sauter dessus. Heureusement, un des liens la maintenait encore à la tête de lit et elle ne put atteindre le prêtre.

Mon père s’élança vers elle pour la rattacher au lit avec l’autre lien. Immobilisée de la sorte, la chose se mit à hurler et à pousser des grognements sourds et rauques.

J’étais tétanisé mais mon père me secoua et m’incita à continuer à lire le livret. Je recommençais donc et quand nous eûmes terminé, nous sortîmes de la chambre.

J’entendais toujours ma mère hurler mais je ne la voyais plus. Je ressentis de la culpabilité à cette pensée. Ma mère était possédée et j’étais soulagé de ne plus la voir. Mon père vit le trouble sur mon visage.

-Ce n’est pas ta mère, Michaël ! me dit-il. N’oublies pas que cette chose n’est pas ta mère. Nous allons l’aider. Nous allons la libérer.

Je le regardais tristement, les yeux pleins de doute. Comment faire face à une entité aussi forte ? Mais je ne pouvais pas l’abandonner. Je me redressais et suivis mon père et le prêtre vers la dernière pièce de la maison : ma chambre. Nous répétâmes le même rituel et avant de descendre, le prêtre enduit la porte du placard d’huile sainte et y cloua l’énorme crucifix qu’il tenait dans la main. A ce moment, la maison devint silencieuse. On se serait cru dans un cimetière. Nous nous regardâmes, le regard un peu perdu, puis nous descendîmes dans le salon.

Un silence de mort suivit. Tout le monde se regardait et attendait de voir si quelque chose allait se produire. La sonnerie du téléphone de Mark nous fit tous sursauter !

C’était Jimmy…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 6

Quand Mark était parti avec Michaël chez le père Rosso, Jimmy avait rejoint Jean auprès de sa femme. Pendant ce temps, il avait pénétré dans la chambre doucement pour ne pas la réveiller. Jean l’avait regardé d’un air triste et perdu. Jimmy connaissait ce regard. Son don ne se limitait pas à sentir les esprits. Il pouvait aussi ressentir les émotions des vivants. Leur souffrance le transperçait comme des milliers de petites aiguilles et il avait toujours du mal à supporter d’être dans une pièce bondée. Toutes ses émotions réunies en un même endroit lui donnaient l’impression de devoir rester en apnée pour ne pas se noyer dans cette mer d’émotions. Il possédait ce don depuis son plus jeune âge. Billy, son frère aîné le possédait également mais dans des proportions moindres. Lui était devenu une sorte d’exorciste sans faire vraiment parti de l’église. Il venait en aide aux personnes voulant purifier leur maison ou la libérer d’une infestation. Jimmy, lui, préférait son rôle de médium. C’était la première fois qu’il utilisait son don pour autre chose que de transmettre des messages de personnes décédées à des proches en deuil. Car c’était pour ça que les gens venaient le voir. Il n’avait que rarement participé à des enquêtes avec de tels phénomènes. D’habitude, il ne faisait que retransmettre ce que l’âme d’un défunt voulait faire savoir à ses proches. Cette situation était tout à fait inédite à ces yeux.

C’est dans cet état d’esprit qu’il entra dans la pièce. Il s’était assis auprès de cet homme et avait tenté d’entamer la conversation. Il n’avait jamais été très doué pour ça mais il voulait se montrer gentil et empathique. Il semblait si perdu que Jimmy eut un énorme élan de compassion envers cet être en souffrance. Il lui promit qu’il trouverait comment sauver sa femme et que les choses finiraient forcément par s’arranger.

Jean l’avait regardé d’un air las mais n’avait pas répondu. Il était usé par tous ses événements et Jimmy n’insista pas.

Il avait installé la caméra à l’entrée de la pièce comme Mark lui avait demandé et s’était installé sur une chaise près de la commode.

Il était déjà rentré dans cette chambre et quelque chose l’avait perturbé. Il avait l’impression que quelqu’un s’y tenait mais il n’arrivait pas à percevoir de quel endroit cela se manifestait.

Il avait aperçu le miroir et la sensation de malaise s’était intensifiée. Il n’avait rien dit à Michaël mais il avait eu sensation bizarre. Comme si un monde entier se cachait derrière ce miroir. Comme si une autre réalité se trouvait derrière celui-ci.

Il savait que les miroirs pouvaient servir de portail entre le monde des vivants et celui des morts, mais celui-là était particulier.

Cependant, Jimmy n’arrivait pas à s’expliquer cette particularité.

Il demanda à Jean de l’excuser un moment et sortit de la chambre pour téléphoner à son frère.

Billy lui répondit presque immédiatement.

Jimmy lui résuma le plus gros de la situation et lui parla du miroir de la chambre.

Serait-il possible qu’il y ait un lien entre ce meuble et les événements actuels ?

Billy lui demanda la provenance du meuble.

Jimmy allait poser la question à Jean quand Sylvia commença à s’étrangler dans son sommeil.

Jean s’était approché de sa femme dans le but de la redresser sur ses oreillers et c’est là que tout bascula.

Sylvia, enfin la chose qui la possédait, ouvrit les yeux subitement et mit un énorme coup de tête à Jean qui s’effondra sur le coup.

Jimmy, qui était juste devant la porte, s’élança pour venir en aide à Jean.

Mais avant qu’il n’ait le temps de l’atteindre, il se sentit soulevé dans les airs et fut propulsé vers la commode.

Il attendit le choc mais ne sentit rien. D’ailleurs, il n’entendait plus rien non plus. Il essaya d’ouvrir doucement les yeux et se retrouva dans un endroit sombre d’où seule une faible lueur en forme rectangulaire perçait. Il se rapprocha de la lueur et découvrit avec stupeur que ce qu’il voyait de l’autre côté était la chambre des parents de Michaël. Il posa ses mains devant lui et sentit comme une résistance. Il se mit à taper sur la vitre invisible mais ses coups ne produisaient aucun son. Jimmy était totalement paniqué. Que se passait-il ? Où se trouvait-il ? Il frappa de nouveau sur la surface brillante mais personne ne se manifesta. Apparemment, Jean était assommé et les techniciens n’avaient pas du voir ce qu’il s’était passé. Il avait son téléphone sur lui et regarda l’écran. Il constata, non sans surprise, qu’il n’avait aucun réseau. Ça aurait été trop beau. Il tenta une nouvelle fois de frapper sur la vitre mais il se rendit compte que c’était peine perdue. Personne ne l’entendait. Il se laissa glisser lentement sur le sol et décida de prendre le risque d’allumer la lampe de poche de son portable. Il semblait être dans une pièce qui ressemblait à s’y méprendre à la chambre qu’il venait de quitter. Il se mit lentement debout et en fit le tour. La pièce était plongée dans l’obscurité mais il remarqua un rée de lumière bleutée en dessous de ce qu’il supposait être une porte. Il s’approcha doucement et leva doucement la main devant lui. Ses doigts rencontrèrent un objet dur et froid. La poignée ! Il allait l’ouvrir quand il entendit une sorte de grincement derrière lui. Ses cheveux se dressèrent sur sa nuque et il resta un moment pétrifié. Il n’osait plus faire le moindre geste. Il entendit encore le grincement et se força à se retourner doucement. Il tourna doucement la lumière dans la direction du bruit et tomba sur une énorme penderie à l’ancienne. La porte était entrouverte. Il resta pétrifié et au moment où il voulut se tourner vers la porte de la chambre, le bruit des gonds de la commode se fit plus fort. Jimmy, tétanisé par une peur insoutenable, entendit une respiration sifflante derrière lui. Il n’osait pas se retourner mais il n’avait pas le choix. Il lâcha donc la poignée et se retourna pour affronter la chose qui faisait cet affreux bruit. Il se força à regarder de nouveau la penderie mais elle était vide. Il regarda autour de lui et ne vit personne. A reculons, il se dirigea de nouveau vers la poignée de la porte mais ce ne fut pas du métal qu’il sentit sous ses doigts. C’était de la peau. Froide, morte, mais de la peau humaine. Il s’écarta subitement et un cri monta doucement dans sa gorge. Mais avant que le son n’en sorte, il entendit une voix sifflante lui dire :

– Je serais vous, j’éviterais de crier. Il va nous entendre.

Le cœur battant, Jimmy dirigea sa lampe de poche vers le son de la voix.

La personne qui était devant lui était de sexe masculin. Il était habillé d’un pyjama et semblait porter un masque en plastique autour de la bouche.

Un vieillard aux yeux écarquillés par l’effroi se tenait devant lui. Il devait avoir dans les soixante-dix ans, mais il ne semblait pas dangereux. Jimmy s’approcha lentement et lui demanda son nom.

– Vous savez très bien qui je suis, jeune homme, murmura l’ombre. Je vous ai reconnu tout de suite.

Jimmy le dévisagea et ressentit un étrange soulagement. Oui, il savait. Il avait vu son visage sur les photos que la famille lui avait montrées. C’était Antonio Giorno, le grand-père de Michaël. Il se rapprocha encore et remarqua qu’un anneau métallique était incrusté dans sa poitrine. Une chaîne sans fin y était attachée. Antonio suivit son regard et soupira tristement.

– Il me tient. C’est comme ça qu’il nous contrôle. Jimmy ne comprenait pas.

– Qui est-il ? Qu’est-ce qu’il veut ? Comment sortir d’ici ? Et où sommes-nous, d’ailleurs ?

Antonio parut paniqué par ce flot de questions et posa un doigt glacé sur les lèvres de Jimmy, lui faisant signe de se taire. Il tendit l’oreille, comme s’il craignait d’être entendu, puis alla s’asseoir sur la chaise en face de la commode. Il fixait le carré de lumière et des larmes coulaient sur ses joues.

– Je ne sais pas ce qu’il est, avoua-t-il à Jimmy. Mais je crois savoir ce qu’il veut. Il veut nous avoir tous. Je pensais que si je me sacrifiais, il épargnerait ma famille. Mais ça n’a pas marché. Il ne cessera jamais de tourmenter les miens, et tous ceux qui vivront dans cette maison. Il m’avait promis de libérer mes fils si je me laissais emporter. J’étais condamné de toute façon et c’était une façon de me racheter de mes fautes passées. Mais il m’a trompé. Et maintenant, je suis prisonnier ici, avec mes fils.

Il désigna la garde-robe entrouverte d’un geste tremblant. Jimmy sentit un frisson lui parcourir l’échine quand il distingua deux silhouettes sombres qui l’épiaient du fond de l’armoire. Lentement, les deux ombres s’extirpèrent de leur cachette et se dirigèrent vers Jimmy. Elles s’approchèrent jusqu’à frôler son visage d’un souffle glacé. Jimmy braqua sa lampe sur ces apparitions et fut saisi d’horreur. C’étaient les jumeaux. Roberto et Julio. Eux aussi portaient cet anneau métallique à la poitrine et cette chaîne sans fin. Mais ce qui horrifia Jimmy, c’était l’état de leur visage. Michaël les avait décrits à l’équipe quand il les avait vus dans le miroir. Il avait dit que leurs yeux étaient écarquillés par la peur et que leurs bouches étaient béantes sur un cri muet. Ce que Jimmy voyait n’avait plus rien à voir. La voix d’Antonio résonna dans le noir. – C’est lui qui leur a fait ça. Pour les punir d’avoir demandé de l’aide. Et pour me faire souffrir aussi. Il m’a forcé à regarder, vous savez. J’ai essayé de le stopper mais je n’ai rien pu faire. Si vous ne sortez pas d’ici, vous allez mourir et vous finirez sûrement comme ça. Jimmy resta pétrifié puis reporta sa lampe sur le visage des jumeaux. Leurs yeux et leurs bouches étaient cousus avec un fil épais et noir. Ils tendaient les bras vers Jimmy en implorant de l’aide. Jimmy n’en pouvait plus. Il poussa un hurlement déchirant et tout devint noir autour de lui.

Quand il reprit conscience, Jimmy était seul dans la chambre. Il était allongé sur le lit. Il se redressa brusquement et regarda autour de lui, affolé. Où étaient passés Antonio et ses fils ? Et qu’allait-il lui arriver ? Il descendit prudemment du lit et se dirigea vers l’armoire. La porte était fermée. Jimmy posa sa main sur la poignée mais se ravisa. Il ne voulait pas revoir les visages mutilés des jumeaux.

Il fouilla la chambre du regard, sans faire de bruit, mais ne découvrit aucun indice pour s’échapper. Il se résolut donc à quitter la pièce à la recherche d’un autre portail qui pourrait le ramener. Il devait bien y avoir une sortie quelque part, s’il avait pu entrer d’un côté. Le problème était de la trouver sans tomber sur la chose qui hantait les lieux. Il sortit de la chambre et descendit les marches de l’escalier avec précaution. La maison où il se trouvait était la copie conforme de celle des Blanchart. Tout y était délabré et sale, mais identique. Jimmy sentit son téléphone vibrer dans sa poche. Il regarda autour de lui et sortit son écran de sa main.

Par miracle, son téléphone captait une sorte d’onde qui lui donnait un peu de réseau. Il tenta le coup et appela Mark. Il fut soulagé d’entendre la tonalité et quand on décrocha, il hurla le nom de Mark. À l’autre bout du fil, Mark criait son nom et lui demandait où il était. Jimmy essaya de lui expliquer mais la ligne était parasitée et ses mots devaient être inaudibles. Il répéta à Mark ce qui lui était arrivé, en haussant la voix, et s’arrêta net en entendant un grognement immense derrière lui. Son corps se figea sur place.

Derrière lui, il sentait les vibrations de quelque chose d’énorme qui se rapprochait. Il resta pétrifié, sans dire un mot. Il entendait toujours Mark hurler dans le téléphone mais n’osait plus lui répondre. Le bruit de pas lourds se rapprochait de lui. Il fallait qu’il se cache. À regret, il raccrocha le téléphone et chercha une cachette du regard. Il choisit l’arrière du canapé, s’y glissa et attendit, en retenant son souffle, l’arrivée de la chose. Immobile, il tendit l’oreille. Les pas venaient de l’étage. Il entendait la chose aller d’une pièce à l’autre, en faisant claquer les portes avec violence, à la recherche des cris qu’elle avait sûrement entendus. La créature se déplaçait avec fureur et, ne trouvant pas l’origine des cris, semblait grogner de frustration. Jimmy restait blotti derrière le canapé, priant silencieusement pour que la bête ne descende pas les marches.

Après un moment, le silence revint dans la maison. Jimmy osa jeter un coup d’œil à la porte du salon et vit qu’elle était restée entrouverte. Il avait oublié de la refermer derrière lui. Il écouta attentivement mais plus rien ne bougeait. Apparemment, la chose était partie dans une autre partie de la maison. Jimmy sortit lentement de sa cachette et vit la porte donnant sur le jardin. Il devait sortir d’ici avant que cette entité ne revienne. Il se dirigea doucement vers la porte et souleva légèrement le rideau pour regarder dehors.

Ce qu’il vit le sidéra. Ce n’était pas possible ! Comment cela pouvait-il exister ? Non, ça devait être la peur ! Pour se convaincre que ses yeux le trompaient, il ouvrit la porte et s’accrocha à la poignée de toutes ses forces. Il essaya de poser un pied là où le sol aurait dû se trouver mais ne rencontra que le vide. Il rentra vite son pied et ferma la porte, le dos contre le bois glacé, la poignée appuyée entre ses omoplates. Non, c’était de la folie ! Pour se persuader qu’il ne rêvait pas, Jimmy se pinça fort le bras et regarda de nouveau à l’extérieur. Mais le décor ne changea pas.

Car il n’y avait rien dehors, sauf le néant. La maison semblait flotter dans un vide absolu. Derrière cette porte ne régnait que l’obscurité. Jimmy sentit son visage se crisper et un profond désespoir l’envahir. Il se laissa glisser le long de la porte et les larmes se mirent à couler sur son visage. Il sanglota ainsi pendant quelques minutes. Soudain, il sentit une main se poser sur son épaule. Dans un énorme sursaut, il tomba sur le dos, pris de panique. Il s’aperçut que ce n’était qu’Antonio. Soulagé, il se calma un peu et tendit le bras vers la fenêtre.

– Vous pouvez m’expliquer ? demanda-t’il au vieil homme.

Antonio regarda à l’extérieur mais ne répondit pas. Il n’avait pas l’air de savoir non plus où il se trouvait. Il regarda de nouveau Jimmy et l’aida à se relever. Une fois debout, Jimmy tenta de reprendre contenance. Il fallait qu’il trouve une sortie. Il demanda à Antonio s’il savait où se trouvait la chose. Le vieil homme lui répondit tristement :

– Mes fils ont attiré son attention en faisant du bruit dans leur chambre.

Jimmy se sentit mal à l’idée que les jumeaux aient dû subir cette créature pour le sauver. Il ne savait que dire. Il parla donc de sa théorie avec Antonio. Jimmy savait qu’il n’était pas mort. Il le sentait au fond de lui. Il avait été projeté par la créature dans une sorte de monde parallèle. Donc, s’il y avait une entrée, il devait y avoir une sortie, c’était logique. Restait à la trouver. Il demanda à Antonio s’il avait une idée de ce que serait cette sortie. Avec un soupir, Antonio lui indiqua le plafond. Ne comprenant pas, Jimmy lui demanda d’être plus clair.

– S’il y a une sortie dans cette maison, elle ne peut se trouver qu’à un seul endroit, lui dit Antonio.

Jimmy attendait mais Antonio semblait figé. Il prit le vieil homme par le bras et celui-ci sembla revenir à lui-même. Il regarda Jimmy avec des yeux flous et semblait ne pas se rappeler qui il était. Jimmy lui demanda comment il allait et Antonio lui répondit qu’il se sentait bien. Quand Jimmy lui redemanda la sortie, Antonio le regarda d’un air effrayé et lui indiqua de nouveau le plafond.

– Si vous voulez sortir d’ici, vous devrez aller là où tout a commencé. Là se trouve le portail qui vous ramènera dans votre monde. Mais pour cela, il va falloir éviter de croiser cette chose. Et j’ai bien peur que cela soit impossible. Il nous retrouve toujours.

Les yeux de Jimmy s’écarquillèrent quand il comprit où se trouvait son salut. Il allait devoir affronter cette chose ou périr dans ses murs. Une fois de plus, Jimmy ressentit un désespoir immense. Et surtout, il avait peur. Très peur. Il tenta de rappeler Mark qui décrocha tout de suite. Jimmy essaya de lui parler mais Mark ne semblait pas comprendre ce que Jimmy lui disait. Jimmy se tut. Il raccrocha et essaya d’envoyer un message. Il écrivit un mot et l’envoya. Le message fut transmis puis le portable s’éteignit. Il n’avait plus de batterie. Jimmy mit son téléphone dans sa poche et commença à discuter stratégie avec Antonio. Ils devaient sortir d’ici. Tous.

Mark hurlait le nom de Jimmy dans le téléphone, mais il n’entendait que des grésillements. Puis, plus rien. Jimmy avait raccroché. Mark resta figé un instant, puis rangea le téléphone dans sa poche. Il faisait les cent pas dans le salon, ne sachant pas quelle décision prendre. Il se tourna vers Antoine, le technicien, et lui demanda s’il pouvait localiser le portable de Jimmy. Antoine s’exécuta. Il fallut attendre quelques minutes avant que l’écran n’affiche le résultat. Mais quand ils le virent, ils restèrent bouche bée. Ils pensèrent à un bug de l’ordinateur et relancèrent la recherche. Le résultat fut le même. C’était impensable ! Mark fit signe à Jean d’aller vérifier dans la chambre de sa femme. Sur l’écran, Sylvia paraissait toujours plongée dans un sommeil profond. Il n’y avait personne d’autre dans la chambre. Pourtant, le portable de Jimmy y était localisé. Jean monta à l’étage avec l’autre technicien et fouilla la chambre. Ils cherchèrent partout, sous le lit, derrière les meubles, mais ils ne trouvèrent aucune trace du téléphone. Quand Jean s’était réveillé dans la chambre après l’agression de Sylvia, Jimmy avait déjà disparu. Ils redescendirent au salon et Mark proposa de visionner ce que la caméra de la chambre avait filmé. Ils rembobinèrent les images et s’arrêtèrent au moment où Jimmy pénétrait dans la chambre des parents. On voyait Sylvia endormie, Jean assis sur une chaise à côté d’elle et Jimmy debout à la porte. Jimmy posait une question à Jean et Mark le vit sortir de la chambre, le téléphone à l’oreille. Il devait passer un coup de fil. Peu après, Mark et les autres assistèrent à la scène horrifiante où Sylvia se mettait à convulser. Jean s’approchait d’elle et c’était le début d’une violence inouïe. Mark observa Sylvia asséner un coup de tête à son mari puis se tourner vers lui. Son visage était déformé par la rage.

Un grognement retentit et Mark vit le corps de son ami s’élever dans les airs et foncer vers le miroir de la coiffeuse. Il s’attendait à le voir s’écraser contre le meuble, mais ce qu’il vit ensuite le stupéfia. Au lieu de heurter le miroir, Jimmy semblait l’avoir traversé! Son corps avait disparu dans un flash bleuté. Comment était-ce possible ? C’était incroyable !

Ils étaient abasourdis. Mark, Jean et les techniciens se regardaient sans oser parler. Ils venaient d’assister à une scène irréelle. C’est Jean qui rompit le silence.

– Mark ! Qu’est-ce qu’on fait ? On ne peut pas abandonner Jimmy ! Il faut aller le chercher !

Mark marchait nerveusement de long en large, perdu dans ses réflexions, quand il sentit son téléphone vibrer. C’était un message de Jimmy. Un seul mot y était écrit. Ou plutôt un nom. Billy. Jean, qui avait jeté un coup d’œil au message sur l’épaule de Mark, le questionna du regard. Mark soupira et tapa un numéro. Il se tourna vers les autres et dit :

-Il faut appeler Billy. C’est le frère de Jimmy. Il saura peut-être nous aider.

Jean lui demanda comment cet homme pourrait faire face à une telle situation. Mark lui répondit calmement :

-Billy est exorciste. Mais pas seulement. Il est aussi détective spécialisé dans le paranormal à ses heures perdues. Il saura sûrement comment ramener Jimmy dans notre monde. Du moins, je l’espère.

Le téléphone sonna et une voix répondit à l’autre bout du fil. Mark se présenta et discuta avec son interlocuteur pendant quelques minutes. Pendant ce temps, Jean partit à la recherche de son fils. Michaël et Mario étaient dans la cuisine. Ils avaient entendu ce qu’il s’était passé mais ils avaient préféré rester à l’écart. Michaël était pétrifié par la peur. Mario n’était pas beaucoup mieux. Jean les prit dans ses bras et Michaël se blottit contre lui.

– Papa, comment on va s’en sortir ? lui demanda-t’il, tremblant.

Jean ne savait pas quoi lui dire et lui répéta ce que Mark avait dit. Les garçons écoutèrent attentivement et semblèrent se rassurer un peu. Jean leur conseilla de rester avec le reste du groupe. Ils retournèrent au salon et virent le Père Rosso qui était resté assis tout ce temps, silencieux. Mark s’adressa à lui et lui demanda :

– Alors, mon Père, vous avez assez de preuves pour demander l’intervention de l’Église ? Le prêtre semblait dépassé par tous ces événements. Il se leva néanmoins et dit :

– Oui, ce cas me semble plus qu’urgent. Je vais aller voir l’Évêque et lui exposer la situation. Pourriez-vous me donner les copies des images de caméras ainsi que tous les autres documents en votre possession ? Je ne sais pas combien de temps cela prendra mais il faut faire au plus vite. La vie de votre ami est en jeu, et la nôtre aussi.

Mark rassembla donc tous les documents sur une clé USB et la remit au prêtre. Celui-ci se dirigea vers la porte d’entrée. Avant de sortir, il se retourna vers nous. Il nous regarda intensément :

– Le démon est à l’œuvre dans cette maison. Je prierai pour vous et j’espère pouvoir vous ramener de l’aide à temps. Soyez prudent en attendant mon retour. Évitez de le provoquer et ne faites rien d’inconsidéré. Je reviens au plus vite.

Sur ce, il quitta la maison dans la nuit noire.

 

Mark revint dans le salon et regarda autour de lui. Ils étaient tous au bout du rouleau. La situation avait dégénéré si vite et de manière si délirante ! Il n’avait jamais rencontré un tel cas de sa vie d’enquêteur. Ils étaient tous épuisés. Il jeta un coup d’œil sur les écrans, mais plus rien ne semblait se manifester. Il se laissa tomber sur le canapé, ferma les yeux et soupira de fatigue.

– Je pense que nous devrions dormir un peu, dit-il.

Les autres le regardèrent d’un air ébahi. Michaël lâcha d’une voix tremblante :

-Dormir ? Avec cette chose dans la maison ?

Jean se rapprocha de son fils.

– Il a raison, Champion. Il faut nous reposer. Nous allons devoir affronter cette horrible créature. Il nous faudra toutes nos forces si nous voulons avoir une chance d’y arriver.

Il se tourna ensuite vers Mario.

– Retourne chez toi, Mario. Préviens ton père de la situation et restez chez vous, à l’abri. Je ne veux pas qu’une autre personne innocente paie à notre place. Cette histoire regarde notre famille. Merci pour ton aide. J’espère que nous aurons l’occasion de nous revoir dans de meilleures conditions.

Mario regarda Michaël, les larmes aux yeux. Il le serra dans ses bras.

– Je prierai pour vous, dit-il en se dirigeant vers la porte. J’espère que l’on se reverra, Mick. Bonne chance.

Il ouvrit la porte et sortit. Michaël ne disait plus rien. Il semblait résigné. Il regarda son père et ce qu’il dit glaça le sang de Jean.

-On va tous y passer, n’est-ce pas ?

Jean aurait voulu rassurer son fils, mais il ne sut pas quoi répondre. Mark, qui l’avait entendu, le prit par l’épaule et lui dit :

-En tout cas, pas sans nous battre. Cette chose, quelle qu’elle soit, doit avoir des points faibles. Nous allons trouver une solution pour ramener Jimmy et libérer votre famille. Je te le promets. Mais en attendant l’arrivée de Billy, nous devrions tous nous reposer.

C’est ce que nous fîmes tous. Voilà comment je passai ma première nuit avant le combat qui nous opposa à ce démon. Je m’étais allongé sur un tas de couvertures que j’avais prises dans un meuble de la pièce de devant et, malgré la peur qui me serrait le cœur, je m’endormis, priant pour que ce ne soit pas le dernier jour de ma vie. Priant aussi pour ne pas me réveiller enchaîné par cette créature, dans ce monde parallèle au nôtre. Je priais aussi pour que ce Billy arrive rapidement. Je priais comme je n’avais jamais prié de ma vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 7

Billy s’affairait devant sa valise, le front plissé par la réflexion. Depuis l’appel de Mark, qu’il avait connu par l’intermédiaire de Jimmy lors d’une enquête à laquelle il participait également, ses pensées ne cessaient de tourner en rond dans sa tête. Quelle histoire ! Ce que Mark lui avait raconté était complètement inédit. Billy, qui enquêtait sur les phénomènes paranormaux depuis plus de vingt ans, avait déjà entendu parler de mondes parallèles, mais n’avait jamais su qu’il était possible d’y accéder physiquement. Il savait qu’avec les voyages astraux, il était possible à un médium de transférer sa conscience dans un monde alternatif, mais être physiquement transporté de l’autre côté, et par un démon de surcroît ? Pauvre Jimmy ! Son petit frère avait toujours eu du mal à accepter ce don qu’ils avaient depuis l’enfance. Il lui avait fallu l’aide de Billy pour accepter cette capacité et s’en servir pour consoler des familles en deuil. Billy, par contre, était enchanté par cette capacité. Il faut dire que son don lui était très utile lors de ses nombreuses enquêtes. Il lui suffisait de rentrer dans un lieu pour y ressentir toutes ses présences et pouvoir parfois retracer des événements du passé. Mais aujourd’hui n’était pas une enquête comme les autres. Cette fois, Jimmy était en danger de mort. Et bien que l’idée de découvrir tous les dessous de cette affaire ait attisé son obsession pour le paranormal, l’inquiétude était présente. Il finit de remplir sa valise et se dirigea vers le téléphone. Pendant ces nombreuses enquêtes, il avait eu l’occasion de rencontrer des personnes intéressantes avec des capacités exceptionnelles. Le téléphone sonna et une voix féminine, légèrement enrouée, lui répondit. Billy soupira de soulagement. Vu l’heure tardive, il avait craint que personne ne lui réponde.

– Salut, Andréa. C’est Billy. Je t’appelle car…

Andréa lui coupa la parole.

-C’est Jimmy, n’est-ce pas ?

Comme toujours Billy était impressionné par les dons de médium de cette femme. Il avait des capacités, mais s’il devait se les représenter, elles auraient eu l’air de la lueur d’une petite bougie. Andréa était un vrai phare qui illuminait n’importe quel endroit le plus sombre.

– Oui c’est Jimmy. Qu’as-tu vu exactement ?

Andréa ne répondit pas tout de suite, certainement parce qu’elle venait de se réveiller. Après un moment de silence, elle lui annonça son arrivée. Elle raccrocha avant même que Billy n’ajoute quelque chose. Il se dirigea vers la cuisine, la valise à la main, et mit le percolateur en route. Andréa était une accro à la caféine. Il s’assit sur une chaise et attendit. Le bruit d’un moteur se fit entendre. Billy se leva et regarda par la fenêtre. C’était Andréa. Il alla lui ouvrir et la suivit à la cuisine. Andréa, petit bout de femme d’une cinquantaine d’années, les yeux tirés par le manque de sommeil, se servit directement au percolateur. Elle remplit une tasse et en prit une pour Billy. Installés autour de la table, Andréa raconta à Billy les rêves étranges qu’elle avait faits récemment. Toujours les mêmes en fait. Elle voyait Jimmy dans un endroit sombre et froid. Mais Jimmy n’était pas seul. Elle avait aussi vu un vieil homme et des jumeaux d’une vingtaine d’années. Ils avaient l’air prisonnier et criaient à l’aide. Mais ces présences n’étaient pas ce qui l’avait le plus terrifiée. Outre ces âmes en détresse, elle avait senti que quelque chose habitait ce lieu, une chose horrible, une chose inhumaine. Elle avait eu du mal à la discerner mais elle avait senti les vibrations de haine et de violence qui émanaient de cette créature. Quand Billy l’avait appelée, elle était en plein cauchemar. Jimmy était en danger. Mais il n’était pas le seul. Un nom lui revenait sans cesse en tête.

-Michaël.

Billy lui demanda de qui il s’agissait mais Andréa secoua la tête. Elle n’avait pas pu ressentir la présence de cette personne. Comme si quelque chose l’en empêchait. Billy l’informa qu’il se rendait à l’adresse indiquée par Mark. Andréa hocha la tête, se leva, rinça sa tasse de café au-dessus de l’évier et la posa sur l’égouttoir. Elle se tourna vers Billy.

– Allons-y alors !

Billy la regarda d’un air inquiet. Depuis leur dernière rencontre, Andréa avait l’air amaigrie et fragile.

– Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, Andréa. Dans ton état,…

Andréa le regarda d’un air sévère. Sa peau ébène était atténuée par une nuance de gris et ses yeux étaient cernés.

-Mon état, c’est mon affaire, Billy. Je ne sais pas pourquoi mais je sais que je dois me rendre là-bas. Je sens que je dois y aller.

Billy la regarda un moment et soupira.

– Donc, c’est réglé, dit Andréa. Ma valise est dans ma voiture mais vu la distance, nous prendrons ton pick-up, si tu le permets.

Billy hocha la tête. Il alla rincer sa tasse à l’évier, Andréa avait horreur du désordre, et se dirigea vers sa veste. Il prit sa valise, ses clés, son téléphone et se dirigea vers sa voiture. Il chargea également la valise d’Andréa. Elle avait sûrement dû emporter toutes ses amulettes, protections et objets quelconques qu’elle possédait car la valise était lourde. Andréa s’installa sur le siège passager et attacha sa ceinture. Billy s’installa au volant, encoda l’adresse et attendit que l’itinéraire s’affiche. Une fois enregistré, le GPS commença à débiter le trajet de sa voix artificielle féminine. Durant le trajet, Billy lui raconta les informations qu’il tenait de Mark. Andréa l’écoutait et son visage devenait de plus en plus pâle au fil du récit. Elle ne posa aucune question. Elle garda le silence jusqu’à la fin. Billy la regardait, attendant un commentaire, mais elle l’informa simplement qu’elle allait se reposer le temps du voyage. Billy la laissa donc dormir. Au vu de ce qui les attendait, quelques heures de sommeil lui feraient le plus grand bien. C’est dans ce silence funeste que Billy conduisit vers ce destin incertain. Toute cette histoire lui laissait comme un mauvais goût dans la bouche. Il ne savait pas pourquoi mais il avait l’impression que sa vie ne serait plus jamais la même après ça. S’il s’en sortait vivant du moins. Cette réflexion le laissa perplexe. Il n’avait jamais eu peur de mourir lors d’une enquête, alors pourquoi ce sentiment de terreur semblait-il lui serrer le cœur ? Il avait l’impression de foncer vers un énorme précipice où ne l’attendait que terreur, souffrance, et pire encore. Mais Jimmy était là-bas. Il n’avait pas le choix. Jimmy aurait fait la même chose pour lui. C’est ainsi perdu dans ses pensées que Billy se dirigea vers le champ de bataille.

 

À plus d’une centaine de kilomètres de là, le Père Rosso se tenait devant une maison modeste, éclairée par la lune. Il serrait la clé USB dans sa main comme un talisman. Il avait peur. Peur de ce qu’il avait vu, peur de ce qu’il allait dire, peur de ne pas être cru. Il se décida enfin et frappa à la porte avec force. Quelques minutes plus tard, la porte s’ouvrit sur le visage bienveillant de l’évêque de leur paroisse, Monseigneur Vendetta. C’était un homme bon et ouvert d’esprit, qui avait toujours soutenu le Père Rosso dans son ministère. Il était tard et pourtant il n’était pas couché, vêtu d’une simple soutane. Il observa le prêtre avec inquiétude, voyant l’angoisse qui déformait ses traits. Il le fit entrer sans un mot.

-Que se passe-t-il, Marco ? Qu’est-ce qui vous amène à une heure si tardive ?

L’évêque conduisit le prêtre dans un petit salon. Une vieille dame les rejoignit, portant un plateau contenant du thé, de la crème et du sucre. Elle sortit discrètement du salon et l’évêque se tourna vers le Père Rosso.

–Alors, Marco, qu’est-ce qui vous trouble à ce point ?

Le prêtre commença donc à lui raconter les tourments que subissait la famille qui lui avait demandé de l’aide. L’évêque l’écouta sans l’interrompre, buvant son thé à petites gorgées. Quand le prêtre eut fini son récit, l’évêque lui posa une série de questions.

-Etes-vous sûr qu’il s’agit bien d’une possession démoniaque ? Au vu des antécédents de cette famille, n’y aurait-il pas une explication médicale ?

Le prêtre soupira. Il serrait toujours la clé dans sa main et la tendit à son supérieur. Celui-ci la prit sans poser de question, se dirigea vers son bureau et en sortit un ordinateur portable. Il l’alluma et y inséra la clé.

Quand les images commencèrent à défiler, les yeux de l’évêque s’écarquillèrent. Il regarda les images jusqu’à la fin puis se tourna vers le père Rosso.

-Mon Dieu ! Est-ce possible ? Comment avez-vous obtenu ces images ? Avec toute la technologie dont on dispose aujourd’hui, il ne serait pas difficile de monter ce genre d’image.

Le Père Rosso le regarda d’un air las.

-Je vous assure que ces images sont authentiques, Monseigneur. Comme vous pouvez le constater sur ces images, j’étais présent au moment des faits. Vous avez pu voir ces images mais il y a autre chose. Les dossiers sur la clé regroupent les témoignages d’Antonio et de Vittorio sur une période de vingt ans. La famille actuelle n’était pas au courant de ces événements. De plus, que dire de cet homme qui passe au travers de ce miroir ? Sans compter l’atmosphère que dégage cette demeure. Non, je vous assure, Monseigneur, tout ceci n’est pas un canular bien élaboré mais l’horrible vérité. Je suis venu vous demander votre aide. Il faut que nous aidions cette famille sinon je crains une issue fatale pour chacun d’entre eux. Il est de notre devoir de chrétien de les aider à chasser les forces démoniaques qui y sévissent.

L’évêque regarda le prêtre en silence. Marco était son assistant depuis près de trente ans. Il avait toujours été un excellent prêtre et avait toujours mit sa foi avant tout. De plus, il n’était pas du genre à croire au surnaturel. S’il demandait de l’aide, c’est qu’il était certain de ce qu’il avançait. L’évêque se leva en invitant le Père Rosso à le suivre. Ils se dirigèrent vers une porte en bois foncé sur lequel un crucifix était accroché. L’évêque ouvrit la porte et alluma la lumière. Le père Rosso le suivit sans rien dire. Il observait les murs où était représentée une photo du Pape Jean-Paul II. Sur le mur au dessus de la cheminée se trouvait une illustration du Christ chassant les démons d’un pauvre pécheur et les envoyant dans un troupeau de porcs qui se jetaient dans un lac. Sur l’autre mur, la Sainte Vierge tendait les bras vers le ciel dans un halo de lumière. Devant la cheminée, une petite table de salon était entourée par deux fauteuils à dos droits. Un petit bar renfermait quelques bouteilles de vin. L’évêque s’assit dans l’un des fauteuils et invita le prêtre à faire de même. Il se servit un verre de vin et en proposa un au prêtre qui refusa poliment.

-Marco, vous venez de me montrer des images troublantes. Je ne sais pas quoi en penser. Mais je vous connais depuis longtemps et je vous fais confiance. Si vous dites que cette famille est en danger, je vous crois.  Mais que voulez-vous que je fasse ? Je ne suis pas un exorciste, je n’ai pas le pouvoir de chasser les démons.

Le prêtre le regarda avec espoir.

-Monseigneur, vous êtes l’évêque de cette paroisse. Vous avez l’autorité pour demander l’intervention d’un exorciste officiel du Vatican. Je vous en supplie, faites-le avant qu’il ne soit trop tard.

L’évêque hocha la tête lentement.

-Très bien, Marco. Je vais faire ce que vous me demandez. Mais je vous préviens, ce ne sera pas facile. Il faut obtenir l’autorisation du Vatican, trouver un exorciste disponible, organiser son voyage, son hébergement, sa sécurité… Tout cela prend du temps et de l’argent. Et pendant ce temps, que va-t-il se passer dans cette maison ?

Le prêtre baissa les yeux.

-Je ne sais pas, Monseigneur. Je ne sais pas ce que ces démons ont prévu pour cette famille. Mais je sais qu’ils sont puissants et maléfiques. Je sais qu’ils ne reculeront devant rien pour les détruire. Je sais qu’il faut agir vite, très vite…

L’évêque posa sa main sur l’épaule du prêtre.

-Courage, Marco. Nous allons faire tout notre possible pour les aider. Dieu est avec nous, il ne nous abandonnera pas. Il nous donnera la force et la sagesse nécessaires pour combattre ces forces du mal. Ne perdez pas espoir, Marco. Ne perdez pas la foi…

L’évêque se leva de son fauteuil et se dirigea vers un bureau en bois massif, surmonté d’un grand crucifix. Il fouilla dans plusieurs tiroirs et en sortit un livre relié de cuir, une fiole d’eau bénite et une tenue de cérémonie. Il fit signe au Père Rosso de s’approcher. Sa voix était grave et solennelle.

-Marco, c’est à vous que je confie cette mission. Vous devez exorciser madame Blanchart au plus vite. Quant à ce pauvre Jimmy, je crains de ne pouvoir vous être d’aucun secours. Vous savez très bien que l’Église ne reconnaît pas l’existence des fantômes, ni celle des mondes parallèles, à part le Paradis. Il vous faut trouver quelqu’un qui ait des méthodes moins conventionnelles pour ce genre de situation.

Le Père Rosso sentit un frisson lui parcourir l’échine. Il regarda l’évêque avec incrédulité.

– Un sorcier ? Un chamane ? Mais où voulez-vous que je trouve une telle personne, Monseigneur ? Et que dira le Diacre si jamais il l’apprend ?

L’évêque posa une main rassurante sur l’épaule du Père Rosso et l’invita à s’asseoir.

– Ne vous inquiétez pas pour le Diacre, Marco. Il n’a pas besoin de savoir. Quelles que soient les preuves que vous lui apporterez, l’Église ne donnera jamais son aval pour la cérémonie. Il vous faut un médium capable de voyager dans l’au-delà. Je sais que je ne devrais pas croire en ces choses-là, mais j’ai toujours eu l’esprit ouvert. Au cours de ma vie, j’ai assisté à des phénomènes inexplicables et j’ai rencontré des gens dotés de dons extraordinaires. Bien sûr, l’Église les traite d’imposteurs, mais ce n’est pas mon cas. Vous ne seriez pas venu me voir, sinon. N’est-ce pas ?

Le Père Rosso acquiesça. Il était soulagé que l’évêque le soutienne dans sa démarche. Celui-ci lui tendit le livre qu’il tenait dans les mains. Le Père Rosso reconnut un ouvrage rare de la Bible, qui contenait toutes les prières et les formules nécessaires à un rituel d’exorcisme. Il l’avait vu une seule fois au Vatican, lorsqu’il avait prononcé ses vœux. Il prit le livre avec respect et le serra contre sa poitrine.

L’évêque lui donna ensuite la fiole d’eau bénite venant de Lourdes et lui remit la tenue de cérémonie. C’était une aube blanche immaculée, une étole pourpre et une chasuble brodée d’or. Ces vêtements symbolisaient la puissance de Dieu lors d’un combat spirituel. Le Père Rosso les prit avec précaution et les ajouta aux objets sacrés que l’évêque lui avait confiés.

– Avant de partir, mon père, j’aimerais vous demander quelque chose.

Le Père Rosso se tourna vers l’évêque et attendit sa requête.

-Si vous réussissez à sauver Jimmy et sa mère, pourriez-vous revenir me raconter comment cela s’est passé ? J’aurais aimé être à vos côtés, mais ma santé ne me permet plus de mener ce genre de combat.

Le Père Rosso vit la tristesse dans les yeux de l’évêque et lui sourit avec compassion.

-Bien sûr, Monseigneur, répondit-il. Je vous promets un rapport complet des événements. Merci pour votre aide.

L’évêque leva la main, comme pour dire que cela n’était rien, et raccompagna le Père Rosso à la porte.

– Je prierai pour vous et pour la famille Blanchart, Marco. Que Dieu vous protège.

Le Père Rosso le remercia une dernière fois et sortit de la pièce. Il sentit le poids de sa responsabilité sur ses épaules. Il devait à tout prix trouver un médium, et vite. Le temps lui était compté. Il ignorait ce qui se tramait dans l’autre monde, mais il pressentait que le danger était imminent.

 

Il faisait nuit noire quand il arriva dans la rue. Un pick-up venait de se garer devant la porte des Blanchart. Il vit un homme imposant descendre du côté conducteur. Une femme de couleur l’accompagnait. Elle avait l’air malade et fragile. Il accéléra le pas pour les rejoindre. L’homme se retourna vers lui. Le Père Rosso lui sourit et se présenta. L’homme fit de même et lui dit le nom de son amie.

-Quelle aubaine, pensa le père Rosso. Il cherchait désespérément un médium pour l’aider dans cette affaire ! C’était peut-être un signe du ciel ou du moins un signe d’espoir. Il regarda en direction de la femme. Celle-ci ne semblait pas les voir. Son regard était rivé sur la façade de la maison. Elle frissonna.

-Est-ce qu’elle va bien ? s’inquiéta le Père.

L’homme haussa les épaules. Elle sortit brusquement de sa torpeur et les deux hommes la suivirent devant l’entrée. D’un geste brusque, elle frappa à la porte. A l’intérieur, Michaël se réveilla en sursaut. Il lui avait semblé entendre des coups sourds. Il vit Mark se lever du canapé. Celui-ci se dirigea vers la porte d’entrée et Michaël entendit des voix étouffées. Il se leva doucement de son lit improvisé et secoua son père qui dormait à côté de lui. Jean ouvrit les yeux et le regarda d’un air étonné.

-Que se passe-t-il, Champion ?

Il se redressa et se dirigea vers l’entrée. La lumière de la pièce de devant s’alluma et les autres occupants se réveillèrent à leur tour. Ils avaient pu dormir quelques heures sans qu’aucune manifestation ne vienne troubler leur sommeil. Sylvia était toujours dans un état comateux et, pendant que le Père Rosso était parti voir son supérieur hiérarchique, Mark avait envoyé Jean à la pharmacie pour aller chercher des poches de sérum ainsi qu’un cathéter pour pouvoir nourrir Sylvia qui commençait à montrer des signes de déshydratation. Quand Jean était revenu, Mark avait pris la tension de Sylvia et écouté son rythme cardiaque. Pour l’instant, elle tenait le coup mais cela ne durerait pas si l’entité restait en elle trop longtemps. Ils avaient essayé de la réveiller pour la nourrir mais elle ne semblait pas pouvoir revenir à elle. Mark lui avait donc placé la perfusion. Jean regardait sa femme d’un air désespéré. Mark se dépêcha donc à reprendre ses paramètres et sortit de la chambre en emmenant Jean avec lui. Après son agression, Mark préférait ne pas laisser Jean seul avec sa femme. Il était clair que le démon se servait de son corps pour atteindre les autres membres de la famille. Il valait mieux les tenir à l’écart. Il s’était réveillé au bruit du tambourinement sur la porte d’entrée. Quand il ouvrit, il se retrouva devant une silhouette familière et poussa un soupir de soulagement. C’était Billy. Il était accompagné par le Père Rosso et une femme que Mark ne connaissait pas. Il s’écarta pour les laisser entrer. Billy entra, chargé de deux grosses valises qui semblaient contenir du matériel électronique. Le Père Rosso le suivit en saluant tout le monde d’un signe de tête. La femme resta un moment sur le pas de la porte puis se décida à entrer en jetant un regard méfiant autour d’elle.

-Andréa, dit-elle en tendant la main à Mark d’une voix rauque. Celui-ci lui serra la main et prit le temps de l’observer. Elle était d’une pâleur effrayante qui contrastait avec ses cheveux noirs et ses yeux sombres. Il la trouvait frêle et se demandait ce qu’elle était venue faire dans cette maison maudite. Il était clair que sa place aurait plus été dans un hôpital. Mark engagea la conversation. – Je m’appelle Mark. C’est moi qui ai appelé Billy. Je ne sais pas si vous connaissez la situation mais puis-je vous demander quelles sont vos compétences ? Andréa le jaugea un moment puis, s’avançant lentement dans la pièce, elle lui répondit : – Un épouvantable drame s’est déroulé ici. Une entité maléfique hante cette maison depuis des années. Elle s’est attachée à Julio comme un parasite dans un moment de grande faiblesse du jeune homme. Elle a pris possession de sa mère et elle veut les détruire tous. Je suis ici car je dois les aider à se libérer de l’emprise de cette créature. Je suis médium et je peux communiquer avec les esprits.

Le Père Rosso, grâce à son exorcisme, nous servira de diversion pour faire revenir Jimmy parmi le monde des vivants. Car tant que cette chose occupera le corps de cette femme, elle ne pourra pas occuper l’autre monde en même temps. Mark l’écoutait attentivement. Elle avait l’air de savoir de quoi elle parlait.

-Il va falloir être très prudent dans notre démarche car si le démon se rend compte de notre plan, tout sera foutu. Allons rejoindre les autres. Je dois parler au Père Rosso ainsi qu’aux autres membres de cette famille. Y a-t-il un Michaël parmi vous ?

Mark acquiesça.

-Oui, c’est le fils de la femme possédée. Pourquoi ?

Andréa ne répondit pas tout de suite. Elle se dirigea vers le salon et demanda à Mark de lui raconter dans l’ordre les événements. Mark lui fit un rapide résumé, lui montrant les vidéos et les photos et lui parlant également des carnets de Vittorio. Andréa écoutait attentivement. Ensuite, elle demanda à voir Michaël. Le jeune homme s’approcha timidement. Andréa pouvait voir la terreur et le désespoir sur les traits las de son visage. Elle lui demanda également de raconter sa version des faits. Le jeune homme s’exécuta. Il lui raconta le début des phénomènes avec les grattements, les portes ouvertes et la sensation que quelque chose ne tournait pas rond dans cette maison jusqu’aux apparitions des jumeaux dans le miroir de la salle de bain, en terminant par l’attaque de la créature à son encontre dans sa propre chambre. Andréa l’écoutait et Michaël se rendit compte qu’elle le scrutait, comme si elle cherchait quelque chose que d’autre ne pouvait pas percevoir.

-Tu es spécial, mon garçon, lui dit-elle quand il eut fini son histoire. Tu dégages un tel halo de lumière…Je n’avais jamais vu ça avant. As-tu eu des cauchemars ou bien un sentiment de malaise avant d’habiter cette maison ? Qu’as-tu ressenti en entrant ici pour la première fois ?

Michaël réfléchissait. Il se souvenait qu’il avait fait d’horribles cauchemars avant leur déménagement mais ne se rappelait pas de quoi il avait rêvé. Cependant, il lui parla de la sensation de malaise et cette peur irraisonnée à leur arrivée. Andréa hocha la tête, comme si elle comprenait exactement de quoi Michaël voulait parler. Le garçon attendit qu’elle s’explique mais Andréa se contenta de lui serrer l’épaule et lui promit qu’elle ferait son possible pour les aider. Elle se dirigea vers le Père Rosso, Mark et Jean qui étaient assis à la table de la salle à manger et commença à leur expliquer son plan.

-Le Père Rosso va tenter un nouvel exorcisme sur Sylvia pour attirer l’attention du démon et le faire sortir momentanément du corps de la femme. Pendant ce temps, Billy va installer du matériel électronique dans la chambre des jumeaux pour capter les ondes paranormales et créer un portail entre les deux mondes. Je vais me servir de mes dons pour entrer en contact avec Jimmy et essayer de le ramener vers la lumière.

 

Jimmy se recroquevilla au fond de l’armoire. Il avait parlé avec Antonio de son plan pour atteindre le portail. Il connaissait la maison comme sa poche, puisqu’elle était la copie conforme de celle d’Antonio. Il savait où se trouvait l’issue, mais il ne savait pas comment y accéder sans se faire repérer par la créature. Il avait besoin d’un leurre, et Antonio avait proposé de demander aux jumeaux de les aider à attirer l’attention du démon pendant que Jimmy se faufilerait dans la chambre. Mais cette idée le mettait mal à l’aise. Il n’aimait pas l’idée d’utiliser ces pauvres garçons comme appât, alors qu’ils subissaient les tortures de la créature depuis plus de vingt ans. Lui qui avait l’habitude d’aider les gens en leur procurant un peu de chaleur lors d’échange avec leurs chers défunts, il se sentait coupable de leur demander un tel sacrifice. Il regarda encore une fois au fond de l’armoire les visages des jumeaux qui le dévisageaient d’un air angoissé. Il n’arrivait pas à se décider. Comment pouvait-il leur demander une chose pareille ? Ce fut Antonio qui prit la parole.

– Les garçons, voici Jimmy. Ce jeune homme est toujours en vie mais il ne risque pas de le rester longtemps si nous ne l’aidons pas à traverser le portail. Il doit absolument regagner son monde.

Les jumeaux l’écoutaient silencieusement. Leurs yeux étaient toujours fixés sur le visage de Jimmy. La créature leur avait enlevé les sutures de leurs yeux mais pas de leurs bouches. Pourquoi ? Certainement pour qu’ils puissent voir ce que l’un subissait du démon pendant que l’autre regardait, impuissant. Cette pensée fit frissonner Jimmy. Cette créature avait un degré de sadisme incomparable. Voyant l’hésitation sur le visage de ses fils, Antonio ajouta ce que Jimmy savait être un mensonge.

– Si ce garçon regagne le monde des vivants, il pourra certainement nous libérer aussi. Cela vaut la peine d’essayer.

Les jumeaux regardèrent Jimmy avec un regard plein d’espoir qui le fit se sentir encore plus mal. Il allait répondre quand Antonio l’interrompit en sortant de l’armoire. Ses fils le suivirent et après quelques secondes de réflexions, Jimmy les suivit. Il n’y avait pas d’autre choix. S’il voulait sortir d’ici, il fallait absolument qu’il évite la créature et qu’il passe ce fichu portail. Le groupe se dirigea prudemment vers la porte de la chambre et chacun tendit l’oreille. Un silence de mort régnait. Aucun bruit ni mouvement ne se faisait entendre. Ils récapitulèrent le plan une dernière fois. Le portail se trouvant dans le placard de la chambre des jumeaux, ceux-ci devaient attirer l’entité dans l’endroit le plus éloigné, c’est-à-dire la cave. Avant de rejoindre les jumeaux dans le placard, Jimmy et Antonio avaient visité tous les recoins de la maison. Antonio lui avait indiqué une porte dissimulée par les couches épaisses de peinture cachée sous les escaliers de l’entrée. Jimmy et lui y étaient descendus et avaient trouvé que l’idée était bonne. Il était clair que l’entité se déplaçait vite mais pas aussi rapidement que Jimmy se l’était imaginé. Elle avait besoin de temps pour reprendre contenance quand elle passait d’un monde à l’autre. Ce qui laisserait le temps à Jimmy pour grimper l’échelle. Cependant, pour assurer le plus de chance possible, Jimmy avait tracé un pentagramme sur le sol de la cave et l’avait recouvert d’un vieux tapis. Il ne savait pas si cela servirait à quelque chose mais il n’avait pas d’autres idées. Antonio lui avait demandé de le rejoindre dans l’armoire et de demander l’aide des jumeaux. Le moment était venu de mettre le plan à exécution. Si tout se passait comme prévu, Jimmy aurait peut-être une chance de se sauver. Il saisit la poignée, prêt à sortir quand une lumière bleue éclatante envahit la pièce.

Il se retourna et ce qu’il vit le laissa bouche bée. Une femme venait de sortir du miroir de la commode. Sa silhouette était transparente mais elle brillait d’une lueur intense. Elle se tourna vers le groupe et leur sourit. Jimmy la regardait d’un air stupéfait et mit un moment à réagir. Il se dirigea vers elle, comme pour s’assurer qu’il n’hallucinait pas, et lui demanda qui elle était. –Je suis Andréa. Une amie de votre frère. Je suis venue pour vous aider. Vous ne pouvez pas rester ici. Si la créature vous trouve, vous serez perdus à jamais. Vous resterez ici pour l’éternité. Elle se tourna vers les jumeaux et le vieil homme.

-En ce qui vous concerne, je ferais mon possible pour libérer vos âmes de ce lieu sombre. Ce sera difficile, peut-être même impossible, mais je vous promets d’essayer.

Les jumeaux et Antonio hochèrent la tête en signe de compréhension. Andréa se tourna de nouveau vers Jimmy.

-En ce moment même, le Père Rosso pratique un exorcisme sur la femme possédée. Tant que le rituel durera, le démon sera coincé dans son corps. Dès que le démon sera enfermé à l’intérieur, vous devrez trouver la sortie et passer le portail. Savez-vous où il se trouve ?

Jimmy répondit par l’affirmative.

-Alors, je vous conseille de ne pas traîner. Quand je vous le dirai, foncez vers la sortie et revenez.

Jimmy se tourna vers Antonio. Il avait du mal à accepter l’idée de s’enfuir en laissant ces trois hommes derrière lui. Antonio du comprendre son désarroi car il lui dit d’une voix douce :

– Ne vous inquiétez pas pour nous, jeune homme. Tout se passera bien.

Vaincu, Jimmy s’assit sur le lit et attendit le coup de départ. Il pria un moment, demandant à Dieu de lui laisser une chance de s’en sortir. Soudain, comme porté par un écho, un rugissement de rage retentit. Andréa se tourna vers lui.

-Allez Jimmy ! Maintenant !

Jimmy se précipita sur la porte. Les rugissements semblaient faire trembler les murs de la maison. Il grimpa rapidement l’échelle et se précipita sur la porte du placard. Quand il l’ouvrit, il fut inondé par une lumière aveuglante. De l’autre côté, il entendait la voix de Billy. Son frère l’appelait, lui demandait de suivre sa voix. Alors, sans hésitation, Jimmy commença à avancer.

 

Mark et Jean écoutaient attentivement Andréa. Le plan était simple. Pendant que le Père Rosso procéderait à l’exorcisme de Sylvia, Andréa se servirait du voyage astral pour aller aider Jimmy dans l’autre monde. Mais il fallait absolument que l’entité soit coincée dans le corps de Sylvia assez longtemps pour permettre à Jimmy de trouver la sortie et revenir parmi eux. Le Père Rosso hocha la tête et se dirigea vers la salle de bain pour se vêtir de son costume de cérémonie. Il pratiqua une bénédiction sur les personnes rassemblées dans le salon puis, suivi de Mark, de Jean et de Michaël, il monta dans la chambre parentale. Andréa et Billy les suivirent. Les techniciens étaient restés devant les écrans pour leur assurer une visibilité totale de la maison. Sur l’écran, ils virent Andréa s’installer devant le miroir. Elle glissa des bouchons dans ses oreilles et prit une posture décontractée. Elle se mit alors à fixer intensément le miroir. Le père Rosso en profita pour commencer le rituel. Il commença en se signant et en aspergeant la pièce ainsi que Sylvia avec de l’eau bénite. La réaction fut immédiate. Les yeux de Sylvia s’ouvrirent sur un regard terrifiant et celle-ci se mit à pousser des hurlements stridents. En réponse à sa réaction, le Père Rosso lui tendit un crucifix et Sylvia se mit à se débattre violemment. Cet à cet instant qu’Andréa sembla totalement en transe. Le miroir sembla onduler un instant puis reprit son apparence normale. Billy s’assura que le corps d’Andréa reste bien installé sur la chaise en la maintenant avec ses mains. Le prêtre se mit à réciter une prière.

– Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, Amen. Seigneur, Père céleste, regarde favorablement tes serviteurs. Par le Précieux Sang de ton Divin Fils, accorde-nous toutes les grâces et tous les dons du Saint-Esprit, pour que nous Te connaissions toujours mieux, que nous T’aimions toujours plus ardemment et te servions encore plus fidèlement.

Tout en récitant la prière, il aspergeait Sylvia d’eau bénite. Celle-ci se mit à insulter le prêtre avec une voix rauque et gutturale. Celui-ci ne se laissait pas impressionner et malgré les vociférations du démon, il continua sa litanie :

-Écarte de tes serviteurs toutes les influences néfastes de l’Esprit-Malin. Je te commande, esprit rejeté par Dieu avec ta suite, de te retirer immédiatement, de détruire et d’écarter tout le venin que tu as répandu sur nous, que tu ne reviennes plus et que tu n’aies plus aucune emprise sur nous.

Levant toujours le crucifix, il continua:

-Voyez la Croix du seigneur, fuyez esprits infernaux. Je vous l’ordonne comme enfant de la Sainte Église catholique, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, Amen.

Le démon se démenait comme jamais. Ses hurlements faisaient trembler les murs de la maison. Mark et Jean se trouvaient de chaque côté de Sylvia, essayant de la maintenir sur le lit pour ne pas qu’elle se blesse ou qu’elle s’échappe. Michaël se trouvait derrière son père. Le regard effrayé, il observait sa mère. Son visage horriblement défiguré se tourna vers lui et le démon lui sourit avec un affreux rictus. Michaël sembla terrifié par son regard. Il eut un mouvement de recul quand l’entité se mit à parler avec la voix de Sylvia.

-Michaël, mon chéri, je t’en prie ! Empêche ces hommes de me faire du mal ! Je suis ta mère ! S’il te plaît !

Michaël resta figé sur place. Entendre la voix de sa mère l’avait tétanisé. Jean et Mark étaient également déroutés par ce phénomène. Ils regardèrent le prêtre d’un air interrogateur mais celui-ci s’écria :

– Ne l’écoutez pas ! Ce n’est pas Sylvia ! Le démon usera de la ruse pour ne pas être expulsé du corps de cette malheureuse. Il faut continuer. Il reprit sa prière.

Sylvia se tordait de douleur. Des objets volaient et s’écrasaient contre les murs de la chambre. Michaël, terrifié, courut se réfugier dans l’armoire au fond de la pièce. Il y vit une lueur étrange. En plissant les yeux, il reconnut les jumeaux. Ils lui souriaient comme pour le rassurer. Il ferma donc la porte de l’armoire et se blottit contre ses oncles. Il entendit le prêtre poursuivre son rituel.

– Que la Toute-puissance du Père céleste, la Sagesse de Son Divin Fils et l’Amour du Saint-Esprit me bénissent, Amen. Que Jésus Crucifié me bénisse par son Sang Précieux. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Amen. Que Jésus dans le tabernacle me bénisse par l’Amour de son Sacré-Cœur. Que Marie la Mère et la Reine céleste me bénisse du haut du Ciel et qu’Elle remplisse mon âme d’un amour toujours plus grand pour Jésus. Que mon Ange Gardien me bénisse et que tous les Saints Anges me viennent en aide, pour écarter toutes les embûches de l’Esprit Malin. Que mes Saints Patrons, mon Saint Patron de baptême et tous les Saints du ciel me bénissent. Que les chères pauvres âmes de mes proches défunts de toutes les générations me bénissent. Qu’elles soient mes avocates au trône de Dieu pour que je parvienne, moi aussi, au but éternel.

Michaël percevait le démon hurler de rage. Mais il lui semblait aussi y déceler de la douleur et de la peur. C’était absurde, bien sûr ! Un démon n’avait peur de rien. Il resta caché dans l’armoire un moment, rongé par le remords et la culpabilité. Sa mère était dans cet état à cause de lui. Il était si épuisé par les tourments que sa famille subissait depuis si longtemps qu’il se sentait comme vidé de son énergie. Il sentit une main se poser sur son épaule et releva les yeux. Les jumeaux le regardaient toujours mais ce n’était pas eux qui le touchaient. Michaël se retourna lentement et ses yeux se remplirent de larmes quand il vit le visage bienveillant de son Nonno.

-Nonno, que dois-je faire ? lui demanda-t’il la voix tremblante. Comment puis-je aider maman?

Alors Antonio se pencha sur son petit-fils et lui chuchota à l’oreille. Il parla pendant quelques minutes et les traits de Michaël commencèrent à se détendre. Quand Antonio eut fini, le jeune homme se frotta le visage et acquiesça à son grand-père. Puis, sans attendre, il sortit de l’armoire et se dirigea vers le lit. Le prêtre achevait sa prière.

– Que la bénédiction de notre Mère la Sainte Église, de notre Saint-Père, le Pape, de notre Évêque, la bénédiction de tous les évêques et de tous les prêtres descende sur moi. Que la bénédiction de toutes les Saintes Messes m’atteigne tous les jours, qu’elle m’obtienne bonheur, santé et tous les bienfaits et qu’elle me garde de tout malheur et me donne la grâce de la persévérance et d’une heureuse mort. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Amen.

La prière terminée, le Père Rosso s’approcha du lit et imposa les mains de chaque côté de la tête de Sylvia et commença à réciter des psaumes en latin. Michaël ne comprenait pas ce qu’il disait mais ces mots avaient l’air de faire souffrir l’entité. Le jeune homme s’approcha alors du lit et commença à lui parler avec tendresse.

-Maman, je sais que tu es là quelque part. Je t’en prie, bat-toi ! Ne le laisse pas gagner ! Je t’aime !

Et sur ces mots, il s’allongea auprès de sa mère et la serra dans ses bras. Sylvia se mit à convulser encore plus fort et une onde de choc sembla retentir dans la pièce. Soudain, son corps se souleva à plus de dix centimètres du matelas, resta un instant suspendu dans les airs, puis retomba complètement inerte dans le lit.

 

Andréa revint à elle. Billy, qui la soutenait, la relâcha et lui demanda comment elle allait. Le voyage qu’elle venait d’effectuer lui avait pompé beaucoup d’énergie. Elle essaya de se lever mais elle chancela et retomba dans les bras de Billy. – Ce n’est pas un démon, Billy, murmura-t-elle à son ami. Quand j’ai franchi la barrière, j’ai vu Jimmy mais aussi Antonio et ses fils. Ils ont une sorte de chaîne attachée à leur poitrine mais je crois que nous pouvons les libérer. Il faut en savoir plus sur cette chose. Mais, j’en suis sûre, ce n’est pas un démon. C’est une possession mais ce qui habite le corps de la mère de Michaël n’est pas démoniaque. Et avant de perdre connaissance, elle ajouta : c’est un spectre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 8

Mark et Jean échangèrent un regard inquiet lorsque le corps de Sylvia retomba sur le lit, sans vie. Michael restait collé à elle et murmurait son nom. Même le Père Rosso avait cessé ses prières. Il s’avança prudemment vers Sylvia et lui apposa le crucifix sur le front mais elle ne broncha pas. Jean et Mark interrogèrent le prêtre du regard.

-Que se passe-t-il, mon père ? interrogea Mark.

Le prêtre haussa les épaules, désemparé. Jean s’approcha et essaya de dégager son fils mais celui-ci s’agrippait à elle avec force. Jean n’insista pas et demanda à Mark de vérifier les signes vitaux de sa femme. Elle avait arraché sa perfusion pendant la lutte. Mark approcha un petit miroir de son visage et poussa un soupir de soulagement quand il se couvrit de buée. Sylvia respirait encore. Il remit la perfusion en place et tenta à son tour d’éloigner Michaël.

-Lâche-la, Champion, lui dit-il doucement. Je crois que l’entité est partie. Mais ta mère est épuisée et elle a besoin de repos. Michaël le dévisagea avec méfiance mais finit par lâcher sa mère. Il se redressa lentement et recula du lit.

-Vous en pensez quoi, Père Rosso ? Ma mère est-elle libérée de cette chose ?

Le père secoua la tête, incertain. C’est alors que Billy intervint.

-Cette chose n’est pas un démon. C’est autre chose.

Tous se tournèrent vers lui, intrigués. Billy avait allongé Andréa sur le sol et avait glissé un oreiller sous sa tête. Il leur raconta ce qu’Andréa lui avait dit avant de s’évanouir. Mark lui demanda ce qu’elle voulait dire par là. Billy garda le silence un instant mais il avait sa petite idée. Il se tourna vers Jean et lui demanda si l’hôpital psychiatrique où Julio avait été soigné conservait encore les archives papier de tous les patients présents à l’époque de son internement. Jean ne sut pas quoi répondre. Mais Billy leur demanda à tous de descendre pour leur expliquer son hypothèse. Personne ne se fit prier. Après plusieurs heures à affronter cette créature, ils avaient tous besoin d’une pause. Avant de quitter la chambre, Michaël jeta un coup d’œil dans l’armoire mais il n’y vit personne. Il sortit le dernier et, avant de refermer la porte, jeta un dernier regard à sa mère, le cœur serré, se demandant si elle allait s’en sortir.

Ils descendirent tous au salon, Mark aidant Billy à porter Andréa sur le canapé. Celle-ci commençait à reprendre ses esprits et Mark fit du café pour tout le monde. Andréa prit la tasse d’une main tremblante. Tout le monde but en silence, lui laissant le temps de récupérer. Quand sa tasse fut à moitié vide, Billy vint s’asseoir à côté d’elle et Andréa prit la parole.

-Ce qui hante ces lieux n’est pas un démon. Il en prend l’apparence mais c’est uniquement pour terroriser ses victimes. Je ne sais pas ce que c’est exactement mais je sais, ou plutôt je sens que cette chose n’était pas ainsi à l’origine. Je pense que Billy et Mark devraient aller se renseigner sur l’hospitalisation de Julio lorsqu’il a été interné. Je crois que tout a commencé avant son accident.

-Avant? S’étonna Mark. Mais que voulez-vous dire par là? Andréa réfléchit un instant.

-Les archives. Je ne sais pas pourquoi mais je crois que vous devriez fouiller les archives des patients qui ont été hospitalisés dans cet hôpital, vous trouverez quelque chose d’intéressant. Je sens qu’il y a un lien.

Billy acquiesça. Il avait pensé la même chose qu’Andréa. Si quelque chose s’était accroché à Julio avant sa chute, ça avait peut-être commencé bien avant son hospitalisation. Il regarda Jean et lui dit :

-Nous allons avoir besoin de vous pour ça. Seul un proche parent peut consulter les archives d’un patient. Vous devrez faire diversion pendant que Mark et moi fouillerons de notre côté si nous trouvons quelque chose d’anormal.

Jean ne voyait pas comment de vieilles archives poussiéreuses pourraient aider sa femme mais il n’avait plus d’autre piste. Il accepta donc et appela le service des archives de l’hôpital psychiatrique de Manage pour prendre rendez-vous. Quand il raccrocha, il informa ses compagnons d’infortune que les archives n’ouvraient que le lendemain à partir de neuf heures du matin. Billy proposa donc de préparer le dîner et de profiter de quelques heures de sommeil. Personne ne protesta. Tous étaient épuisés et affamés. Billy se mit donc aux fourneaux et Jean en profita pour se rapprocher de Michaël. Celui-ci était livide et ses yeux semblaient perdus dans le vide. Jean ne savait pas quoi lui dire. Il prit son fils dans ses bras et le serra très fort. Michaël était anéanti.

-Tu devrais peut-être aller quelques temps chez ton ami Mario, lui suggéra Jean à son fils. Je ne veux pas te faire subir plus que tu n’en as déjà subi. Et je pense qu’il serait mieux de t’éloigner de cette chose le temps que nous trouvions une solution.

Michaël avait le regard vague et ne semblait pas écouter mais Jean attribua son silence à l’épuisement. Le repas prêt, ils mangèrent tous dans le calme puis Jean emmena Michaël chez Salvatore. Il frappa à la porte et celle-ci s’ouvrit immédiatement.

– Bonsoir Salvatore. Pourrais-tu accueillir mon fils pour quelques jours ? C’est…

Salvatore ne laissa pas Jean terminer sa phrase.

-Tu n’as pas à te justifier, l’ami. Vous serez toujours les bienvenus chez nous. Viens, Michaël. Je vais demander à ma femme de t’installer dans la chambre de Mario.

Michaël regarda son père et celui-ci lui fit signe de rentrer. Salvatore posa une main rassurante sur l’épaule de Michaël et celui-ci sembla se détendre un peu. Jean remercia son voisin et souhaita bonne nuit à son fils, lui promettant de le tenir au courant des événements.

Quand il regagna la maison, Mark l’attendait sur le pas de la porte. Jean le regarda un instant paniqué mais Mark le rassura. Tout était calme dans la maison. La créature avait apparemment elle aussi besoin de repos. Cependant, Mark observait la porte des voisins d’un air inquiet. Jean lui demanda ce qui le tracassait. Mark hésita un instant puis secoua la tête et lui répondit qu’il était simplement inquiet des conséquences que toutes ces choses auraient sur Michaël. Jean aussi était inquiet mais pour le moment il devait se concentrer sur leur mission. Ils allèrent donc se coucher.

 

Le lendemain matin, Mark et Jean se levèrent aux aurores. Il était à peine sept heures et ils avaient déjà élaboré un plan pour accéder aux archives sans se faire remarquer. Mark demanda à Antoine de pirater l’ordinateur du bureau des archives et de leur envoyer les plans du bâtiment. Quelques minutes plus tard, ils découvrirent que les archives étaient situées au sous-sol de l’hôpital et qu’elles disposaient d’une porte de secours donnant sur l’extérieur.

-Parfait, dit Billy. Jean va se faire passer pour un chercheur et demander à consulter le dossier de Roberto sur place. Une fois dans la salle des archives, il nous ouvrira la porte de service discrètement. On aura alors tout le temps de fouiller les documents.

Jean n’était pas très rassuré par cette idée mais il n’avait pas le choix. Andréa se réveilla vers sept heures trente et semblait aller mieux. Quand Billy lui demanda comment elle se sentait, elle lui répondit avec son humour habituel :

– Comme un charme ! Rien de tel qu’une bonne nuit de sommeil et un bon café.

Billy lui rendit son sourire mais il n’était pas dupe. Il voyait bien qu’elle était fatiguée et qu’elle avait maigri.

Le père Rosso leur annonça qu’il allait informer l’Évêque de la situation. Il quitta donc la maison et Mark, Jean et Billy montèrent dans la voiture de Jean. Avant de partir, Mark recommanda à Andréa de se reposer et de le prévenir si quelque chose se passait en leur absence. Il demanda aussi à Antoine et Philippe de garder un œil sur Sylvia grâce aux caméras. Puis il rejoignit Jean et Billy qui l’attendaient dans la voiture. Le trajet se fit dans le silence.

Comme prévu, Jean déposa Mark et Billy à l’arrière de l’hôpital où se trouvait la porte de secours et alla se garer sur le parking. Il entra dans l’hôpital et prit l’ascenseur. Il regarda le panneau et vit que le service des archives était au -2. Il appuya sur le bouton et attendit. L’ascenseur descendit lentement et s’ouvrit sur un couloir sinistre aux murs verts délavés et au sol usé. L’endroit était lugubre. Une ambiance oppressante y régnait et la lumière était faible. Il se dirigea vers le bureau et tomba sur l’employé qu’il avait eu au téléphone. L’employé lui demanda sa carte d’identité et, après avoir vérifié son identité sur le registre, le conduisit dans une immense pièce où les murs étaient recouverts de dossiers et où le centre était occupé par des étagères si serrées qu’on pouvait à peine s’y faufiler sans faire tomber quelque chose. Le technicien vit l’air désemparé de Jean et eut un geste d’excuse.

-Je ne sais pas ce que vous cherchez exactement mais je vous souhaite bonne chance. Toutes les archives à partir de 1990 ont été numérisées mais avant cela, tout est encore sous format papier. Jean acquiesça sans rien dire et entra dans la pièce.

-Prenez votre temps, lui dit l’employé. Ce n’est pas tous les jours qu’on a de la visite ici. Si vous avez besoin de quelque chose, n’hésitez pas à me le demander.

Jean le remercia et l’employé sortit de la pièce en fermant la porte derrière lui. Jean attendit quelques secondes et quand il entendit le bruit du bureau qui grinçait, il fit signe à Mark et Billy d’entrer par la porte de secours. Comme ils s’y attendaient, Billy constata que la tâche allait être longue. Ils se mirent au travail sans perdre une minute. Après une longue recherche, ils finirent par trouver les archives contenant la liste des patients hospitalisés entre 1978 et 1980.

Ils mirent la main sur le dossier de Roberto parmi la trentaine de classeurs qui s’empilaient dans la pièce des archives. Le temps pressait. Mark tendit l’oreille et perçut les pas de l’employé qui se rapprochait. Il échangea un regard anxieux avec ses compagnons. Billy, sans réfléchir, attrapa tous les classeurs et entraîna Mark vers la sortie. Jean, surpris, les suivit en courant. Il arriva juste à temps pour ouvrir la porte et se retrouver nez à nez avec l’employé. Celui-ci le dévisagea avec curiosité.

– Alors, vous avez trouvé ce que vous cherchiez? Jean sentit son cœur battre la chamade. Il se força à prendre un air déçu et répondit que non, hélas, il n’avait rien trouvé. Il sortit de la pièce en claquant la porte derrière lui et l’employé lui emboîta le pas. Il lui demanda pourquoi il s’intéressait à ce patient. Jean inventa une histoire à la hâte : son beau-frère avait été interné après la mort tragique de son frère jumeau, tombé du toit, et il avait succombé à son chagrin. L’employé parut réfléchir un instant puis, alors que Jean atteignait la porte de l’ascenseur, il l’interpella. Jean se figea, craignant d’être démasqué. Mais l’employé n’avait pas l’air soupçonneux. Il s’approcha de Jean et lui souffla une idée qu’ils n’avaient pas encore envisagée.

– Si c’était un suicide, il y a peut-être un rapport de police. Vous devriez aller voir aux archives du commissariat.

Jean le remercia chaleureusement et se précipita vers sa voiture. Il s’installa au volant et sursauta quand Billy et Mark ouvrirent les portes en même temps. Billy éclata de rire en voyant la tête de Jean.

– Du calme, l’ami. Mais on ferait mieux de filer d’ici. J’espère qu’on trouvera quelque chose dans ces documents et qu’on pourra les remettre en place rapidement.

Jean démarra le moteur et quitta le parking de l’hôpital. Une fois sur la route, il se détendit un peu. Billy feuilletait déjà les dossiers à la recherche des noms des patients. Jean raconta à Mark ce que l’employé lui avait dit au sujet des archives de la police. Mark trouva que c’était une piste intéressante et qu’il fallait l’explorer. Ils rentrèrent à la maison et s’installèrent autour de la table, chacun avec une dizaine de dossiers à examiner. La journée s’annonçait longue.

En arrivant, ils virent Andréa allongée sur le canapé, dormant profondément. Antoine et Philippe veillaient sur Sylvia, toujours plongée dans le coma. Mark leur demanda si tout allait bien et ils répondirent que rien d’anormal ne s’était produit pendant leur absence. Aucun bruit, aucune manifestation étrange ne venait troubler le silence de la maison. Quand les hommes se mirent au travail, Andréa se réveilla et les rejoignit. Mark lui fit part du conseil de l’employé concernant les archives de la police. Andréa approuva l’idée et alla s’asseoir à côté d’Antoine qui, grâce à un logiciel pirate, réussit à pénétrer dans la base de données de la police. Il savait que c’était risqué mais la situation l’exigeait. Pendant qu’Antoine fouillait le système, Andréa fit une liste des patients admis à l’hôpital le même jour que Roberto. Elle en comptait vingt-trois au total. Elle revint vers les trois hommes et se mit à éplucher les dossiers avec eux, les triant par catégories. Au bout d’une heure de recherches, ils écartèrent les dossiers qui ne concernaient que des accidents domestiques ou des morts naturelles. Il leur restait cinq dossiers à étudier plus en détail.

Ils se plongèrent dans les dossiers avec une attention accrue, espérant y trouver un indice. Antoine avait réussi à se connecter aux archives de police, où toutes les anciennes affaires avaient été numérisées. Il chercha les dossiers des morts accidentelles et des suicides. Il tapa l’année et le nom de Julio. Le dossier s’afficha, confirmant la déclaration de décès et le rapport du médecin légiste. Celui-ci avait conclu à un suicide, malgré les nombreux hématomes inexpliqués sur le corps de Julio. Faute de preuves d’une agression, il avait signé les papiers sans plus de commentaires. Le dossier de Roberto était similaire. Un suicide par dénutrition, entraînant un arrêt cardiaque. Antoine se tourna vers la liste de noms que lui avait donnée Andréa et commença à les entrer un par un. Les dossiers défilaient sur l’écran, accompagnés de photos.

Anne Sacler, 62 ans, morte d’une pneumonie ; Luigi Vital, 82 ans, mort d’une chute dans les escaliers ; Raymond Dubois, 35 ans, mort dans un accident de la route. Rien qui ne sorte de l’ordinaire. Andréa venait de finir le dossier de Raymond Dubois. Rien de particulier non plus. L’homme était mort sur le coup, avant d’arriver à l’hôpital. Elle prit le dernier dossier et sentit un frisson lui parcourir l’échine. Comme si elle savait que la réponse était là. Elle ne savait pas comment, mais elle le sentait. Elle ouvrit le dossier et au même moment, Antoine s’exclama :

-Venez voir ! J’ai peut-être trouvé quelque chose!

Mark, Jean, Billy et Andréa se précipitèrent vers l’écran. Ils restèrent bouche bée devant le visage qui s’y affichait. Un homme au visage pâle et étroit, aux cheveux longs et gras, noirs comme l’ébène. Son visage était marqué par de nombreuses cicatrices. Mais ce qui glaçait le sang, c’était son regard. Ses yeux gris acier semblaient vous transpercer l’âme. Même sur la photo, on avait l’impression qu’il vous dévorait des yeux. Et il souriait. Pas un sourire gêné ou timide, comme on en voit souvent sur les photos d’identité. Non, un sourire de prédateur. Quand Andréa vit son visage, elle eut l’impression de recevoir une décharge électrique. Ses mains se mirent à trembler et elle recula lentement, jusqu’à tomber sur une chaise. Elle regarda le dossier qu’elle tenait dans ses mains et réalisa avec horreur qu’il s’agissait du même homme que sur l’écran. Les autres la rejoignirent, inquiets de son état. Billy prit le dossier et lut le rapport de l’hôpital. Homme de 45 ans, origine américaine, cause du décès : abattu par les forces de l’ordre. Heure du décès : 3h03. Billy passa le dossier à Mark avec un air grave. C’était donc un criminel. Mais quel genre de criminel ? Mark demanda à Antoine d’ouvrir le dossier complet de l’homme en question.

Antoine hésita un instant. L’homme avait apparemment été recherché par toutes les polices du pays et Antoine se demandais s’il voulait vraiment en connaître la raison. Voyant son hésitation, Philippe le poussa doucement et se mit à pianoter sur les touches du clavier. Un instant plus tard, plusieurs dossiers s’affichèrent mais ils nécessitaient tous un mot de passe. Philippe se tourna vers Mark et lui annonça qu’il lui faudrait un moment avant de pouvoir accéder aux fichiers confidentiels.

Billy réfléchissait. Ce type lui disait quelque chose mais il n’arrivait pas à le situer dans sa mémoire. Pourtant, quand il avait vu son portrait, une angoisse terrible l’avait saisi. Et il n’était pas le seul apparemment.

Andréa avait l’air de nouveau nauséeuse et refusait de regarder de nouveau la photographie de l’individu. Ses mains tremblaient toujours sans qu’elle ne sache d’où lui venait ce sentiment de terreur intense.

Philippe était toujours occupé à trouver un moyen de déverrouiller les dossiers. Pendant ce temps, Mark épluchait un peu le rapport du médecin légiste. L’homme se nommait Robert Phillips. Le rapport du médecin légiste décrivait évidemment les blessures par balles issue de la tentative d’arrestation de l’individu. Cependant, il avait noté quelques détails plutôt troublant comme certains tatouages sur le torse et les bras du prévenu. Des symboles bizarres que le légiste n’était pas parvenu à identifier. Il constata aussi que l’homme avait été récemment brûlé au visage, certainement avec un liquide corrosif quelconque et que ses yeux avaient subit des dégâts importants. Il constata également des cicatrices plus ancienne qui pouvait faire penser à une scarification volontaire, mais sans conviction réelle, n’ayant pas les antécédents psychiatriques du mort sous la main. Il clôtura donc son dossier par une mort par balles au niveau du thorax.

Billy, pendant ce temps, était parti voir si Sylvia se portait bien. Il était rentré dans la chambre et avait vérifié les constantes de la pauvre femme. Son pouls était toujours faible mais elle avait l’air de tenir le coup, malgré une perte de poids qui devenait inquiétante. Ses membres étaient couverts d’hématomes et de coupures. Il changea la perfusion et la remplaça par une poche pleine. Il demanda à Jean s’il voulait profiter pour faire la toilette de son épouse. Andréa proposa de l’aider et Jean lui en fut reconnaissant. Bien qu’il fût malheureux de ce qui arrivait à sa femme, il en avait peur également.

Ils montèrent donc et en profitèrent pour laver Sylvia et changer les draps du lit. Ceci fait, Andréa s’assit un instant auprès de cette femme et tenta de rentrer en communication avec elle. Elle sentait qu’elle n’était pas loin mais elle semblait se cacher dans un endroit où elle n’aurait pas à faire face à la chose qui la détenait.

Au moment où Andréa allait se lever, Sylvia papillonna des yeux et attrapa la main d’Andréa. Celle-ci se retourna doucement et fut heureuse de constater que Sylvia était revenue à elle. Elle n’arrivait pas à prononcer de mot mais elle semblait consciente de son environnement.

Jean, voyant sa femme enfin réveillée, se précipita sur elle et l’enlaça dans ses bras.

-Sylvia, enfin ! Je croyais t’avoir perdue pour toujours ! J’ai eu si peur, mon amour !

Sylvia murmura quelque chose mais Jean ne comprit pas et se pencha vers la bouche de sa femme. Ce qu’il entendit fit glisser un froid le long de sa colonne vertébrale.

Il reposa Sylvia doucement et lui demanda :

-Tu en es sûre ? Comment ?

Mais Sylvia était encore très faible.

Andréa intervint et proposa à Jean de préparer un bol de soupe pour sa femme pendant qu’elle resterait à ses côtés.

Jean, encore déboussolé, sortit de la chambre pour se rendre dans la cuisine et annoncer la bonne nouvelle au reste de l’équipe.

Andréa se tourna sur Sylvia et tenta de communiquer de nouveau avec elle.

Sylvia fixait Andréa avec un regard terrifié, essayant de lui transmettre des images mentales. Andréa capta soudain les visions de Sylvia et se leva d’un bond, quittant la chambre en courant. Elle rejoignit Mark et Billy dans le salon et leur dit d’une voix tremblante :

-On a un gros problème, les gars ! Un problème énorme !

Billy la dévisagea, intrigué.

-De quoi tu parles, Andréa ? Qu’est-ce qui se passe ?

Andréa s’affala sur le canapé, se balançant d’avant en arrière, comme si elle voulait se réconforter. Elle était paniquée et Billy s’assit à côté d’elle pour essayer de la calmer.

-C’est l’horreur, Billy. L’horreur absolue.

Puis, elle se redressa brusquement et murmura :

– Il faut les prévenir ! Ils sont en danger de mort ! Il faut faire vite !

Mark s’approcha d’elle et lui demanda de s’expliquer, mais il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Les yeux d’Andréa se révulsèrent et elle tomba dans les pommes. Billy la secoua doucement, lui caressant le visage, mais Andréa ne reprit pas connaissance. Ils appelèrent une ambulance et Andréa fut emmenée à l’hôpital de Jolimont. Antoine décida de l’accompagner pour les tenir au courant de son état. Il monta dans l’ambulance et Mark et Billy les regardèrent s’éloigner.

Quand ils rentrèrent dans la maison, Jean était hors de lui. Mark lui demanda ce qu’Andréa avait vu dans la tête de Sylvia. Jean leur raconta que Sylvia s’était réveillée en prononçant le nom de leur fils et en disant que l’entité avait quitté la maison. Billy proposa à Jean de l’aider à nourrir Sylvia. Jean accepta volontiers. Ils prirent un bol de soupe et des tartines beurrées et montèrent à l’étage. Ils trouvèrent Sylvia qui essayait de sortir du lit. Jean la retint de force et la recoucha sur ses oreillers. Avec l’aide de Billy, il lui fit avaler quelques cuillerées de soupe. Sylvia ne semblait pas l’écouter. Elle répétait qu’il fallait retrouver Michaël avant qu’il ne soit trop tard. Jean essaya de la rassurer en lui disant que leur fils était chez les voisins et qu’il irait le chercher dès qu’elle aurait mangé un peu plus. Sylvia voulut dire quelque chose mais Jean lui mit une autre cuillerée dans la bouche et elle se tut. Quand le bol fut vide, Jean annonça qu’il allait chercher Michaël chez Salvatore. Sylvia ne réagit pas. Billy trouva son comportement étrange, comme si elle savait quelque chose qu’ils ignoraient tous. Mais comment faire confiance à quelqu’un qui avait subi tant d’épreuves ? Peut-être avait-elle perdu la raison ?

Quand Jean sortit de la chambre, Billy s’approcha de Sylvia et lui demanda ce qui n’allait pas. Ce que Sylvia lui confia le stupéfia. Ce qu’elle disait était invraisemblable ! Pourtant, Billy l’écouta attentivement, prenant des notes sur son carnet qu’il gardait toujours sur lui. Quand Sylvia eut fini, il lui dit qu’elle devait se reposer et qu’il allait s’occuper de tout. Mais quand Jean revint de chez Salvatore, il avait l’air abattu. Mark vit son angoisse sur son visage. Il lui demanda ce qui se passait. Jean le regarda avec désespoir.

-Michaël a disparu ! Il s’est enfui de chez Salvatore. Sylvio et ses fils sont partis à sa recherche mais ils ne l’ont pas retrouvé.

Mark resta bouche bée. La situation empirait de minute en minute. Son téléphone sonna et Mark regarda son écran. C’était Antoine. Andréa était plongée dans un coma profond. Une tumeur maligne au cerveau la rongeait depuis des mois. La nouvelle tomba comme un couperet sur tout le monde. Billy en fut anéanti. Andréa n’était pas seulement son amie, elle était sa sœur de cœur. Il la connaissait depuis toujours et il ne pouvait imaginer sa vie sans elle. Il se laissa tomber sur une chaise et enfouit son visage dans ses mains. Mark remercia Antoine au téléphone et raccrocha. Il rejoignit Billy et lui tapota l’épaule pour le réconforter. Billy se sentait vidé. Andréa dans le coma, Jimmy prisonnier d’un autre monde. Quel sens avait sa vie ? Il n’entendit pas les paroles de Mark qui essayait de le rassurer en lui disant qu’il trouverait un moyen de sauver Jimmy. Il se leva soudain et se dirigea vers la chambre de Sylvia. Elle s’était rendormie mais elle avait l’air plus reposée. Un bon repas lui avait sans doute fait du bien. Mark, intrigué, le suivit et lui demanda ce qu’il avait en tête. Billy ne répondit pas et réveilla doucement Sylvia. Il lui demanda si elle savait où était Jimmy. Comme il s’y attendait, Sylvia lui dit qu’elle avait rêvé d’un endroit qui ressemblait à sa maison mais qui était différent. Billy lui demanda si elle savait comment sortir de cet endroit, sachant que l’entrée était le miroir de la chambre de son père. Sylvia lui montra la chambre de son fils.

-Le placard, murmura-t-elle. C’est là qu’il faut aller pour sortir.

Billy se tourna vers Mark et lui annonça qu’il allait chercher son frère. Mark ne comprenait pas comment il comptait faire sans Andréa mais Billy lui fit une révélation étonnante.

-Andréa n’est pas la seule à avoir ce don. Je suis moins fort qu’elle mais je peux essayer de faire comme elle. Par contre, si ça ne marche pas, je veux que tu me promettes quelque chose.

Mark resta silencieux. Il vit que Billy attendait son accord et il acquiesça.

-Si je ne reviens pas, je veux que tu suives ces instructions. Promets-le !

Mark prit le morceau de papier que Billy lui tendit et promit. Billy sembla soulagé et s’assit devant le miroir. Comme Andréa l’avait fait avant lui, il ferma les yeux un instant, se concentrant intensément, puis les rouvrit et fixa le miroir avec force. Au début, rien ne se passa. Billy était bien moins puissant qu’Andréa. Mais soudain, le miroir se mit à scintiller et une lumière bleue envahit la chambre et une brise glaciale souffla. Billy se retourna vers Mark et lui rappela sa promesse. Puis, sans attendre de réponse, il disparut à l’intérieur du miroir.

 

Pendant ce temps, Jimmy poursuivait ses recherches de l’autre côté. Avec les jumeaux et Antonio, il avait d’abord fouillé la chambre du grenier, mais la porte du placard lui avait résisté. Il avait posé ses mains sur le bois sec et avait ressenti une sorte d’aimantation. Le portail était bien là. Mais malgré tous ses efforts, il n’avait pas réussi à l’ouvrir. Il était resté un moment abattu, ne sachant plus quoi faire. Comment s’échapper s’il ne pouvait pas forcer la serrure ? La porte n’avait pas de poignée, contrairement à celle de la chambre de Michaël. La créature devait donc entrer dans le portail par un autre moyen. Après un instant de découragement, il se remit à réfléchir. La solution devait se trouver ailleurs dans la maison. Cela faisait longtemps que la créature ne s’était pas montrée. D’ailleurs, il lui sembla que l’atmosphère du lieu s’était allégée, comme si la créature n’était plus dans les environs. Peut-être que le prêtre avait réussi à l’expulser du corps de Sylvia. Mais comment sortir d’ici alors ? Il se mit à explorer la maison, sans trop savoir ce qu’il cherchait. Il décida de commencer par la chambre où se trouvait le portail. Il avait remarqué le symbole au-dessus du bureau de l’adolescent, mais il n’y avait pas prêté attention. Il s’en approcha et l’examina de plus près. C’était un pentagramme, bien sûr. Mais il avait été dessiné avec du sang et non de l’encre. Il n’était pas là pour protéger qui que ce soit. En fouillant le bureau, il découvrit des objets étranges. Des bougies noires, des plumes d’oiseaux liées avec des petits os, et une sorte de poupée de paille parsemée d’aiguilles étaient cachées au fond du tiroir. Il continua ses recherches et inspecta la chambre avec attention. Il fit le tour de la pièce et se rendit compte qu’elle semblait plus petite que l’originale. Il tapota les murs et finit par trouver un endroit creux. Il se retourna vers les jumeaux et Antonio, qui attendaient des explications. Sans perdre de temps, Jimmy descendit à la cave et chercha un marteau. Il aurait préféré une masse, mais il n’y en avait pas. Quand il voulut remonter les marches, il eut un malaise, comme s’il était épié. Il se retourna, mais rien ne bougea. Il resta immobile un moment, mal à l’aise, et fixa les murs de la cave. La sensation disparut et Jimmy remonta dans la chambre des jumeaux. Il se plaça devant le mur et commença à frapper sur ce qui semblait être une planche cachée sous le papier peint. Une sorte de cavité se trouvait dans le mur. Quand Jimmy voulut regarder à l’intérieur, une odeur horrible lui prit le nez. Ça sentait la mort là-dedans. Il jeta un coup d’œil rapide et vit une collection d’objets ordinaires, comme des montres, des bagues, des mèches de cheveux, et aussi quelques squelettes de petits animaux. Des chats ou des chiens, sans doute. Il préféra ne rien toucher car il avait l’impression que ces choses étaient chargées d’une noirceur malsaine. Il descendit lentement du grenier et se rendit dans la chambre d’Antonio. À part le miroir avec sa surface bleutée, il ne trouva rien d’intéressant. Idem dans la chambre parentale. Il descendit au rez-de-chaussée et ne put s’empêcher de regarder par la fenêtre qui donnait sur l’entrée principale. À sa grande surprise, il vit des maisons de l’autre côté de la rue. Il se dirigea vers la porte et l’ouvrit doucement. La rue était bien là, mais les bâtiments en face n’étaient pas des maisons. C’étaient plutôt des sortes d’entrepôts. Il posa un pied sur le sol et le sentit solide. Jimmy posa l’autre pied sur le sol. Il ne s’enfonçait pas. Étrange… Il se dirigea vers le premier hangar et en poussa la porte. Des machines de construction l’attendaient à l’intérieur: des mini-grues, des épandeurs, des recycleuses à froid. Le propriétaire devait travailler dans le bâtiment. Jimmy visita les autres hangars et y trouva le même genre de matériel, ainsi que des sacs de ciment, de plâtre et des outils. Rien de très intéressant. Il ressortit du dernier hangar et remarqua un changement dans la façade de la maison. Il ne savait pas quoi, mais quelque chose clochait. Il vit alors un morceau de métal sur le trottoir. C’était une grille d’aération arrachée d’une sortie de cave. Il regarda le bas de la façade et reconnut l’endroit d’où venait la grille. Il se demanda pourquoi elle avait été enlevée. Intrigué, il s’approcha du trou et jeta un œil à la cave. Tout semblait normal, sauf le tapis qu’il avait utilisé pour couvrir le pentagramme qu’il avait dessiné au sol pour se protéger d’une éventuelle attaque. Le tapis avait disparu, et le pentagramme avait été modifié. Un cercle l’entourait, et des bougies noires brûlaient à chaque pointe de l’étoile. Au centre, des taches brunâtres ressemblant à du sang séché maculaient le sol. Jimmy en eut assez. Il remonta en vitesse dans la maison et ferma la porte de la cave à double tour. Avec l’aide des jumeaux, il la bloqua avec un buffet qu’il traîna depuis la pièce voisine. Le couloir était étroit, mais ils y arrivèrent. Antonio le regardait avec curiosité et Jimmy lui fit signe de le suivre dans le salon. Il avait maintenant la certitude que la créature n’était plus là. Ni dans cette maison, ni dans ce monde. Il raconta à Antonio ce qu’il avait vu et lui dit ce qu’il pensait de leur ennemi. Ce n’était pas un démon, mais plutôt le résultat d’une magie noire. Il lui demanda s’il connaissait l’histoire de leur maison et de leur quartier. Antonio haussa les épaules. Il était juste un immigré qui cherchait du travail pour sa famille. Le logement lui avait été fourni avec l’emploi. Jimmy écoutait le vieil Antonio lui raconter l’histoire de sa maison, qui semblait identique à la sienne mais cette version semblait appartenait à un autre temps. Il se demandait comment cette demeure avait pu être le théâtre d’événements si horribles, qui avaient laissé une empreinte maléfique sur les lieux. Il ignorait qui avait construit ces entrepôts qui les entouraient, et qui étaient les propriétaires de cette dimension parallèle. Il se contenta de dire à Antonio ce qu’il pensait de l’entité qui les hantait. -Je ne crois pas que ce soit un démon, dit-il. C’est plutôt le résultat d’une magie noire qui a mal tourné. Votre maison était déjà habitée avant votre arrivée, et quelque chose de terrible s’est produit ici. Cette chose était un humain, jadis. Un humain monstrueux, peut-être, mais un humain quand même. Soudain, ils entendirent du bruit à l’étage. Jimmy retint son souffle. Il perçut des pas dans la chambre d’Antonio. La porte s’ouvrit, et Jimmy se prépara à fuir vers les entrepôts. Mais il reconnut alors une voix familière.

-Jimmy ? Jimmy, c’est moi, Billy. Je suis venu te chercher, petit frère.

Jimmy se précipita dans le couloir, et tomba dans les bras de Billy, qui venait de descendre l’escalier. Les deux frères s’étreignirent avec émotion, puis Billy examina Jimmy pour s’assurer qu’il n’était pas blessé. Jimmy était stupéfait.

-Comment as-tu fait pour arriver ici ? C’est l’entité qui t’a envoyé ? Ce n’est pas un démon, Billy.

Billy sourit devant l’enthousiasme de son frère cadet. Il admirait son courage et sa détermination face à cette situation effrayante. Il s’attendait à le trouver terré dans un coin, priant pour qu’on vienne le sauver.

-Ne t’inquiète pas, frangin. Je suis venu de mon plein gré.

Jimmy fut impressionné à son tour. Il savait que Billy était un médium doué et un expert en phénomènes surnaturels, mais il n’avait jamais osé tenter le voyage astral, trop dangereux et incertain. Mais Billy avait fait mieux que ça. Il était venu en chair et en os dans ce monde étrange pour lui, son petit frère. Jimmy sentit les larmes lui monter aux yeux. Il savait que Billy ferait tout pour le ramener parmi les vivants, mais ce qu’il avait fait dépassait ses espérances. Billy fit semblant de ne pas remarquer son émotion, et lui expliqua comment ils allaient sortir d’ici. Il vit alors le vieil homme et ses fils, qui les regardaient avec tristesse. Il leur adressa un regard compatissant. Antonio comprit qu’ils n’avaient pas beaucoup de temps, et leur sourit avec résignation.

-Allez-y, faites ce que vous avez à faire pour vous échapper. Ne vous souciez pas de nous. Si l’entité est partie, vous avez des choses plus importantes à faire dans votre monde. Nous pouvons attendre encore un peu, n’est-ce pas ?

Jimmy fut touché par les mots du vieil homme. Il le remercia pour son aide et lui promit de trouver un moyen de les libérer de cet enfer. Antonio lui caressa l’épaule affectueusement.

-Tu es un brave garçon, Jimmy. Ne change jamais. Maintenant, sauve-toi. Ici, tu ne sers à rien.

Jimmy suivit donc Billy jusqu’au grenier et lui montra la porte sans poignée qui bloquait leur passage.

-Elle ne veut pas s’ouvrir. Comment on fait ?

Billy observa le trou dans le mur et le pentagramme qui y était tracé. Il eut une intuition et sortit un couteau de sa poche. Il se fit une entaille à la main, sous le regard effaré de Jimmy. -Mais qu’est-ce que tu fais ? demanda Jimmy. Billy ne répondit pas et lui saisit la main. Il lui fit une coupure similaire, sans rencontrer de résistance. Jimmy lui faisait confiance. Si Billy agissait ainsi, c’était qu’il savait ce qu’il faisait. Le sang coula sur leurs paumes. Jimmy se sentit un peu nauséeux. Il n’aimait pas voir du sang, même le sien. Billy se dirigea vers la porte.

-Viens, Jimmy. Je crois qu’on doit payer le prix pour sortir d’ici.

Jimmy comprit le sens de ses paroles et le rejoignit. Billy prit la main de son frère et le regarda dans les yeux.

-Tu es prêt ? On y va ensemble ! Ils appuyèrent leurs mains sanglantes sur la porte, qui disparut comme par enchantement. Ils se retrouvèrent face à un tourbillon lumineux qui les aspirait irrésistiblement. Sans hésiter, Billy, tenant toujours la main de son frère, plongea dans ce vortex de couleurs.

Chapitre 9

Mark avait rejoint Jean, bouleversé par la disparition de son fils. Il lui demanda s’il savait où Michaël pouvait s’être réfugié, mais Jean l’ignorait. Il habitait cette maison depuis quelques mois seulement et, à part ses voisins, il ne connaissait pas d’autres amis de son fils. Mark lui demanda si Michaël avait un téléphone portable. Jean se reprit et consulta son téléphone. Il activa la géo localisation du portable de son fils, mais le résultat était étrange. Selon l’application, Michaël était chez eux. C’était impossible ! Il l’aurait vu entrer ou sortir par la porte d’entrée ou celle de la cuisine. Non, il avait sûrement oublié son GSM à la maison. Mark lui suggéra de retrouver le téléphone pour vérifier les messages de Michaël. Peut-être avait-il contacté un ami ou quelqu’un d’autre pour l’héberger ? Jean acquiesça et ils fouillèrent les différentes pièces de la maison. Le téléphone restait introuvable. Cela étonna Mark. Il proposa néanmoins à Jean de faire un tour du quartier en voiture, dans l’espoir d’apercevoir son fils sur la route. Une fugue était envisageable au vu de la situation. Jean prit ses clés, embrassa sa femme et sortit. Mark remarqua que Sylvia avait un comportement étrange. Elle semblait terrorisée, alors qu’aucune manifestation ne se faisait plus entendre. Malheureusement, il n’avait pas le temps de la rassurer. Il fallait absolument retrouver l’adolescent. Il rejoignit donc Jean dans la voiture et ils parcoururent les petites rues autour de leur domicile. Ils croisèrent la voiture de Salvatore, qui s’arrêta à leur hauteur. Jean se gara à côté de lui.

-Alors, tu l’as retrouvé ? lui demanda Jean.

Mark observa l’homme au volant. S’il l’avait retrouvé, il aurait eu l’air soulagé. Mais c’était de l’inquiétude que Mark lut sur son visage.

-Je suis désolé, Jean. Nous avons cherché partout. Nous avons fait toute l’entité, nous sommes même allés jusqu’à Binche et La Louvière. Aucune trace de Michaël. Je m’en veux, mon ami. C’est ma faute. J’aurais dû être plus prudent. Quand ma femme l’a installé dans la chambre de Mario, il s’est endormi tout de suite. Nous avons donc décidé de le laisser se reposer. Il avait l’air tellement épuisé. Mais quand nous sommes allés nous coucher, Mario a trouvé la fenêtre de sa chambre ouverte et Michaël avait disparu. Nous avons d’abord fouillé la maison, au cas où il aurait voulu manger ou aller aux toilettes. Voyant qu’il n’était pas là, nous sommes partis à sa recherche quand tu es venu frapper à notre porte.

Jean ne lui en voulait pas. Il savait que les adolescents étaient imprévisibles et que son ami avait fait de son mieux pour l’aider. Il remercia Salvatore, qui en profita pour prendre des nouvelles de Sylvia. Jean lui apprit le réveil de sa femme et sa libération de la chose qui la possédait.

Salvatore poussa un soupir de soulagement. Il suggéra à Jean d’appeler la police pour signaler la disparition de Michaël. Mark approuva l’idée et tenta de convaincre Jean. Il lui dit que la police avait sûrement plus de moyens qu’eux pour retrouver un adolescent en fugue. Ils ne connaissaient pas bien la région et la police était certainement plus efficace pour ce genre de situation. Jean se résigna et acquiesça. En sortant de la voiture, Mark heurta quelque chose de dur avec son pied. Il grimaça de douleur, ce qui amusa Jean.

-Je vois que ma souffrance vous fait rire, l’ami, plaisanta Mark en souriant.

Quand il put marcher normalement, il chercha ce qu’il avait percuté et découvrit que c’était la grille d’aération de la cave de la maison. Il le fit remarquer à Jean qui examina le trou sur la façade.

-Vous êtes déjà allé à la cave ? demanda Mark.

Jean lui raconta que c’était Michaël qui avait repéré la porte presque cachée sous l’escalier du couloir mais qu’il n’avait jamais eu le temps d’y descendre.

-Eh bien, allons-y alors ! proposa Mark.

Au moment où les deux hommes entrèrent dans la maison, un grand bruit se fit entendre à l’étage. Ils se regardèrent avec inquiétude et Mark se dirigea lentement vers l’escalier. Jean alla rejoindre sa femme et jeta un coup d’œil aux écrans. Philippe, qui était en train de pirater les dossiers, avait sursauté sous le choc. Il regarda aussi l’écran et se leva en courant.

-Mark ! Ils sont revenus !

Mark le regarda un instant, puis comprenant de qui Philippe parlait, monta les marches à toute vitesse et tomba nez à nez avec Jimmy et Billy qui affichaient un sourire radieux. Il prit son ami dans ses bras.

-Jimmy, mon vieux ! Ne me refais jamais ça ! J’ai cru qu’on t’avait perdu !

Jimmy était épuisé mais semblait en bonne santé. Mark serra la main de Billy.

-Bravo, mon gars. Vous êtes vraiment incroyable ! Billy regarda Mark d’un air sérieux.

-Pour mon frère, je ferais n’importe quoi, répondit-il avec conviction.

Mark l’observa un instant, gêné par la situation mais Billy détendit l’atmosphère en lui donnant une accolade. Mark se relaxa. Il était heureux de revoir les deux hommes sains et saufs. Ils descendirent ensemble rejoindre le groupe. Jean et les deux techniciens enlacèrent Jimmy, soulagés que leur ami soit enfin de retour. Mark était tellement soulagé que quand Jimmy leur demanda timidement s’il pouvait avoir quelque chose à manger et à boire, le groupe éclata de rire.

-Place aux priorités ! lança Mark.

Billy se rendit à la cuisine et servit son frère. Jimmy dévora la nourriture avec une telle voracité que les hommes se mirent à rire de nouveau. Même Jimmy se joignit à eux. Que c’était bon de revenir ! De pouvoir manger ! De pouvoir respirer sans être sous l’emprise de la peur ! Il savoura son bol de soupe et quand Billy lui proposa de le resservir, il tendit immédiatement son bol. Seule Sylvia ne semblait pas participer à l’hilarité générale. Elle était assise sur le canapé et regardait Jimmy intensément. Sentant son regard sur lui, Jimmy se tourna et répondit à la question muette qui se lisait sur son visage.

-Votre père et vos frères vont bien. Bien sûr, ils sont encore coincés dans ce monde alternatif mais l’entité qui semblait les retenir n’y est plus. Sylvia parut soulagée.

Elle remercia Jimmy et avant qu’elle puisse ajouter quelque chose, des coups retentirent à la porte d’entrée.

Jean ouvrit la porte et se retrouva nez à nez avec deux agents de police. Il les invita à entrer et leur annonça la disparition de son fils. L’un des officiers prit sa déposition et lui posa une série de questions pour évaluer le risque de fugue. Jean répondit du mieux qu’il put, espérant que son mensonge ne se verrait pas. L’officier lui promit qu’ils allaient faire le nécessaire pour retrouver l’adolescent et le prévenir dès qu’ils auraient du nouveau. Jean les remercia et les raccompagna à la porte. Il rejoignit ensuite sa femme dans le salon et la prit dans ses bras. Mark interrogea Jimmy sur ce qu’il avait vu de l’autre côté du miroir. Le médium lui fit un compte-rendu détaillé de son exploration. Mark notait tout sur son carnet et fronça les sourcils quand Jimmy lui livra ses impressions.

– Je te le dis, ce n’est pas un démon. C’est une âme damnée. Mais il a un pouvoir énorme et il maîtrise une sorte de magie noire. Tu n’as pas trouvé quelque chose qui pourrait nous aider à savoir qui c’est ?

A ce moment-là, Philippe poussa un cri triomphant. Il venait de réussir à pirater les fichiers confidentiels du commissariat. Jean se félicita d’avoir reçu les policiers sur le seuil. Il n’avait pas pensé qu’ils pourraient fouiller la maison et tomber sur des indices compromettants. Philippe se pencha sur son écran et commença à parcourir les dossiers qu’il venait de débloquer. Au fur et à mesure qu’il lisait, son visage se décomposa. Mark lui demanda ce qui n’allait pas mais Philippe ne répondit pas. Il ouvrit plusieurs photos jointes aux rapports et eut un haut-le-cœur. Le groupe se pressa autour de l’écran et découvrit avec horreur des scènes macabres dignes d’un film d’horreur. Des animaux éventrés gisaient au milieu d’un autel improvisé, entouré de bougies et de symboles occultes.

D’autres photos montraient des cadavres de jeunes gens qui avaient subi des tortures innommables. Leurs corps étaient squelettiques et portaient des marques de mutilations atroces. Philippe n’en pouvait plus. Il laissa la place à Mark et alla s’asseoir à côté de Jimmy. Mark copia les dossiers sur son disque dur et ferma le site de la police. Il demanda à Philippe s’il fallait effacer leurs traces. Philippe le rassura. – Pas besoin. J’ai tout fait pour qu’on ne puisse pas nous remonter. Sur ce, Mark ouvrit le premier dossier.

Tout avait commencé par une série de disparitions d’animaux de compagnie dans le petit village de Binche, en Belgique. Les soupçons se portaient sur le fils d’un riche entrepreneur américain, William Phillips, qui s’était installé dans les environs avec sa gouvernante haïtienne, Blanche Mbala, une dizaine d’années auparavant. Le père était un homme respecté et apprécié, qui avait créé son entreprise de construction et offert du travail à de nombreux habitants. Le fils, Robert, était un garçon solitaire et taciturne, éduqué à domicile par la gouvernante. Celle-ci, quant à elle, était regardée avec méfiance et curiosité par les voisins, qui la trouvaient bizarre et l’avaient surprise en train de pratiquer des rituels étranges la nuit.

La police avait été alertée, mais sans preuve ni indice, l’affaire avait été classée sans suite. Les habitants avaient alors décidé de s’organiser en comité de vigilance et de surveiller leurs animaux. Pendant un temps, les disparitions s’étaient arrêtées et le calme était revenu.

Mais un soir, tout bascula. Une promeneuse vit Blanche Mbala égorger un chat sur un autel orné de symboles inconnus, en psalmodiant des paroles incompréhensibles. À ses côtés se tenait Robert, qui semblait participer au sacrifice. La femme s’enfuit en hurlant et alla prévenir le pasteur du village. Celui-ci l’écouta avec effroi et lui conseilla d’alerter la police. Cette fois, les forces de l’ordre ne tardèrent pas à intervenir. Ils arrêtèrent la gouvernante et internèrent le fils dans un asile. Le père fut interrogé mais il se défendit en invoquant les croyances de son employée, qui étaient courantes en Haïti. Il ne fut pas inquiété davantage, mais il perdit la confiance et l’estime de ses voisins.

Quand les policiers lui mirent les menottes, le jeune homme ne résista pas. Il les suivit docilement jusqu’au fourgon qui l’emmena à l’asile. Là-bas, il subit des traitements douteux, censés le guérir de sa folie. Les psychiatres qui s’occupaient de lui découvrirent son intérêt obsessionnel pour l’occultisme et sa connaissance impressionnante du vaudou haïtien. Le jeune homme était taciturne et méfiant, mais il se mettait à parler avec passion quand on abordait ses sujets favoris. En fouillant sa chambre, on trouva un journal intime où il racontait son attirance morbide pour la dissection et l’anatomie humaine. Il prétendait que c’était par curiosité scientifique, car il rêvait de devenir chirurgien. Il resta interné pendant deux ans, sans faire parler de lui. Puis il fut libéré pour bonne conduite et retourna chez son père. Celui-ci l’inscrivit dans une faculté de médecine, où il apprit tout ce qu’il y avait à savoir sur la chirurgie.

Le jeune Robert se révéla très doué et apprécié de ses professeurs et des chirurgiens qu’il assistait lors d’opérations délicates. Ses camarades d’études, en revanche, le trouvaient bizarre et inquiétant. Il ne cherchait pas à se lier avec eux et s’enfermait dans sa chambre dès la fin des cours. Quand il obtint son diplôme et qu’il quitta la faculté, son père reçut une plainte de la part de l’établissement pour dégradation de biens privés. Des photos montraient la chambre du jeune homme, dont les murs étaient couverts de symboles étranges et le sol jonché de cadavres d’animaux en putréfaction. Certains organes, comme le cœur ou les intestins, avaient été prélevés. Il y avait aussi des traces de brûlures, probablement causées par des bougies. Le père régla l’affaire en payant les frais de rénovation et en offrant une somme rondelette au directeur pour qu’il se taise. Robert continua sa vie comme si de rien n’était, malgré l’inquiétude grandissante de son père. Ils vivaient seuls tous les deux, la gouvernante ayant été renvoyée en Haïti et personne ne voulant travailler pour eux.

Les gens du voisinage se méfiaient du jeune homme, sentant qu’il cachait quelque chose de sombre.

Robert avait ouvert son cabinet de médecine et s’était vite fait une solide réputation. Il était très doué et ne faisait pas payer les ouvriers de l’entreprise de son père. Au début, les gens avaient cru qu’il voulait se racheter de ses erreurs passées et de son implication dans les affaires louches de sa femme. Ils lui avaient accordé le bénéfice du doute et l’avaient accepté dans la communauté. Pendant plusieurs années, tout se passa bien. Les patients étaient satisfaits des soins du Dr Phillips et le calme était revenu parmi les habitants. Après tout, ce jeune homme avait été victime d’une femme étrange aux pratiques douteuses. Il était jeune, il méritait une seconde chance. On oublia donc ces histoires.

Dans le deuxième dossier, il y avait une coupure de presse. C’était la disparition d’un adolescent de quinze ans, Luigi Ricci. Ses parents l’avaient signalé après trois jours sans nouvelles. Ils n’avaient pas tout de suite paniqué car il lui arrivait souvent de dormir chez un ami sans prévenir. Mais quand ils avaient appelé ses amis et son école, personne ne l’avait vu depuis longtemps. Les policiers avaient cherché mais sans succès. On avait pensé à une fugue et le dossier était resté ouvert mais sans suite. Les parents avaient fait appel à un journaliste pour lancer un avis de recherche mais en vain. Le garçon avait disparu sans laisser de traces.

Plusieurs autres coupures de presse relataient des événements similaires. Des disparitions d’adolescents inexpliquées et inquiétantes. Mark en compta au moins une trentaine.

Sur la dernière coupure de presse, le titre était choc : « L’adolescent disparu retrouvé dans des conditions horribles ! » Selon l’article, voici ce qui s’était passé. Par une nuit glaciale du 7 au 8 novembre 1975, un couple de vieux promenait leur chien quand ils avaient trouvé un garçon allongé dans la neige, en état de choc. Il ne portait qu’une chemise de nuit. Ils l’avaient emmené à l’hôpital de Jolimont en urgence. Le médecin avait constaté que le garçon souffrait de malnutrition, de déshydratation et de multiples ecchymoses. Ses poignets portaient des traces de corde, comme s’il avait été attaché. Le médecin l’avait soigné et isolé aux soins intensifs. Il avait appelé la police pour signaler l’incident. Le garçon fut identifié comme Arthur Rizzo, 12 ans, disparu le 1er novembre alors qu’il allait fleurir la tombe de ses grands-parents pour la Toussaint. Les inspecteurs se rendirent à l’hôpital et essayèrent de l’interroger mais il était catatonique. Ses parents furent prévenus et vinrent le rejoindre à l’hôpital. Quand il vit sa mère, il se jeta dans ses bras en pleurant hystériquement. Quand elle réussit à le calmer, les policiers tentèrent à nouveau de l’interroger. Il ne dit qu’un nom. Celui du Docteur Phillips.

Le lendemain de la plainte, la police débarqua chez le docteur Phillips avec un mandat de perquisition. Le médecin tenta de fuir par une fenêtre à l’étage, mais il fut rattrapé et menotté par les agents. Il fut emmené sans ménagement dans une cellule, tandis que sa maison était passée au peigne fin. Ce que les policiers découvrirent les glaça d’effroi. Sous l’escalier du couloir, une porte secrète dissimulée derrière du papier peint donnait accès à une vaste cave. Celle-ci avait été transformée en un sinistre cabinet médical, où trônaient une table d’opération inclinable, des instruments chirurgicaux de toutes sortes, et un autel macabre orné d’organes humains. Des bougies noires entouraient un pentagramme tracé avec du sang sur le sol. Au-dessus de l’autel, un grand miroir aux motifs exotiques semblait renvoyer le reflet des atrocités commises. Dans un recoin de la cave, les cadavres des trente jeunes hommes disparus depuis cinq ans gisaient dans un état de décomposition avancée.

Le docteur Phillips fut jugé et reconnu coupable de meurtre et d’enlèvement de mineurs dans le cadre de rituels de magie noire. Il écopa d’une peine de prison à vie. En prison, il fut soumis à une expertise psychiatrique qui intrigua l’inspecteur chargé de l’affaire. Le rapport du psychiatre révélait en effet des éléments troublants sur la personnalité et les motivations du tueur. Le psychiatre avait pris des notes au fur et à mesure de ses entretiens avec le docteur Phillips. Il était de plus en plus inquiet par le comportement du détenu. Il avait rassemblé ses questions et les réponses du prisonnier dans un dossier sous forme de dialogue.

-Comment vous appelez-vous ?

-Robert Phillips.

-Quelle est votre profession ?

-Docteur en médecine.

-Parlez-moi de votre enfance.

-Je n’ai pas eu d’enfance.

-Très bien. Et de votre relation avec madame Mbala, qui vivait avec vous ?

-C’était ma gouvernante.

-Que vous a-t-elle appris ?

Le docteur avait lancé un regard énigmatique mais n’avait pas répondu. Le psychiatre avait poursuivi son interrogatoire.

-A quoi servait l’autel où les organes humains ont été découverts ?

-Vous ne pouvez pas comprendre. -Essayez de m’expliquer, s’il vous plaît.

-Vous ne pouvez pas comprendre, avait-il répété. Il existe d’autres réalités. Mais pour y accéder, il faut des sacrifices. Tout a un prix, n’est-ce pas ?

-De quoi parlez-vous ? -Vous le saurez bientôt, docteur Godeau, vous le saurez bientôt.

Le psychiatre avait sursauté. Il n’avait jamais donné son nom au docteur Phillips. Il avait senti un frisson lui parcourir le dos et il avait levé les yeux de son carnet. Les yeux du docteur Phillips étaient devenus entièrement noirs. Il le fixait avec un sourire cruel et c’est alors que le psychiatre perdit son sang-froid. Il appela le gardien à l’aide et lui demanda de sortir au plus vite. Le gardien accourut pour lui ouvrir la porte de la cellule, mais il était trop tard. Le docteur Phillips s’était jeté sur le psychiatre et lui avait lacéré le visage et le flanc avec une brosse à dents aiguisée. Le psychiatre fut transporté à l’hôpital et le docteur Phillips fut transféré dans un hôpital psychiatrique sous haute surveillance.

Dans le dossier, des photos du psychiatre à son arrivée à l’hôpital montraient les blessures qu’il avait subies. Mark remarqua qu’elles étaient identiques à celles qu’il avait vues sur Michaël après son agression par l’entité. C’était comme une signature, une façon de marquer ses victimes. Mais pourquoi ?

Quelques semaines plus tard, le docteur Phillips comparut devant la cour de justice où il fut condamné à la prison à vie pour le meurtre et la mutilation des 29 jeunes hommes qui avaient disparu. Le seul survivant ne put assister au procès, mais son témoignage avait été enregistré sur un magnétophone et retranscrit par écrit. Voici ce qu’Arthur Rizzo avait raconté de son calvaire.

-Bonjour, Arthur. Je suis le docteur Medioni et voici l’inspecteur Leclerc. Nous sommes là pour t’écouter. Peux-tu nous dire ce qui s’est passé le soir du premier novembre, quand tu as quitté ta maison ?

-Est-ce que je dois vraiment parler ? demanda Arthur d’une voix tremblante.

-Tu n’as pas à avoir peur, Arthur. Le docteur Phillips est arrêté et il ne te fera plus jamais de mal, je te le promets.

-Vous ne comprenez pas, dit Arthur. Cet homme, c’est le mal incarné. Il a fait des choses atroces. C’est un monstre qui pratique la magie noire. J’ai vu les horreurs qu’il a infligées à ces pauvres enfants.

-Alors raconte-nous, Arthur, l’encouragea l’inspecteur Leclerc. Tu es le seul survivant de cette affaire. Tu ne veux pas rendre justice à tes amis ? Sans ton témoignage, il pourrait s’en sortir avec un simple internement psychiatrique. Il pourrait recommencer un jour. Mais si tu parles, il ira en prison à vie. Arthur hésita encore un moment, puis se décida à parler.

Ce soir-là, je voulais aller déposer un chrysanthème sur la tombe de mes grands-parents. Il faisait déjà nuit et il faisait froid, mais je n’avais pas pu y aller plus tôt. J’avais demandé à mon père et il m’avait dit que ça allait, mais qu’il fallait que je fasse attention à la route qui était verglacée. Je lui avais dit que si c’était trop dangereux, je dormirais chez Lissandro, mon copain qui habite près du cimetière. Quand je suis arrivé au cimetière, j’ai posé les fleurs et j’ai prié un peu. Puis je suis sorti et j’ai entendu quelqu’un m’appeler par mon nom. J’ai vu une voiture garée sur le bord de la route et je me suis approché. C’était le docteur Phillips. Il m’a demandé ce que je faisais là tout seul et je lui ai expliqué pour les fleurs de la Toussaint. Il m’a souri et m’a dit que j’étais un brave garçon. Il faisait très sombre et très froid, alors il m’a proposé de me ramener chez moi et j’ai accepté. Mes parents connaissaient bien le docteur, il soignait les rhumatismes de ma mère et il était toujours gentil avec nous. Je suis monté dans sa voiture. Il m’a offert un morceau de gâteau qu’il avait dans sa boîte à gants et il m’a dit que c’était pour me réchauffer. J’avais faim car je n’avais pas encore dîné, alors j’ai pris le gâteau. Après ça, je ne me souviens plus de rien. Quand j’ai repris conscience, j’étais enfermé dans une grande cage en verre avec des trous pour respirer. Je ne savais pas où j’étais ni ce que je faisais là. J’ai eu très peur. J’ai regardé autour de moi et j’ai vu qu’il y avait d’autres garçons dans la même situation que moi. Ils étaient quatre, je crois, mais il faisait trop sombre pour bien les voir. La pièce où nous étions sentait très mauvais. Comme de la viande avariée ou quelque chose comme ça, c’était horrible. J’ai voulu crier mais un garçon m’a dit de me taire sinon il allait venir. Il avait une voix toute petite et j’ai compris qu’il était plus jeune que moi. Il m’a dit qu’il s’appelait Loris et que le docteur l’avait kidnappé comme moi. C’est là que j’ai remarqué que je n’avais plus mes vêtements sur moi. Je portais juste une sorte de chemise de nuit comme dans les hôpitaux. J’avais froid et j’avais mal au ventre. Peu après, j’ai entendu des bruits de pas qui descendaient un escalier. La porte de la pièce s’est ouverte et le docteur est entré avec un grand plateau. Il nous avait apporté à manger. Il était souriant et il nous parlait comme si de rien n’était. Il nous racontait ses études de médecine et les choses qu’il avait apprises sur le corps humain. Il nous expliquait comment il fonctionnait et il nous posait des questions. On essayait de lui répondre, malgré notre peur. Il m’a dit qu’il nous avait pris pour ses recherches parce que nous étions des garçons très intelligents et en bonne santé. Il s’est même excusé de nous avoir enfermés mais il nous a dit que c’était pour notre bien, pour nous éviter les infections. Il nous a promis qu’il nous ramènerait chez nous quand il aurait fini ses expériences et qu’il nous récompenserait avec de l’argent. Alors on a mangé ce qu’il nous avait apporté, en écoutant ses histoires. Au début, il nous parlait du corps humain, de ses organes et de ses fonctions. Mais ensuite, il se mettait à parler d’un autre monde, qu’il disait être le monde de la connaissance. Moi, je croyais qu’il parlait du Paradis, comme le curé à l’église. Alors je l’écoutais avec attention. Mais à chaque fois que je finissais de manger, je me sentais très fatigué et je m’endormais. Le lendemain, quand je me réveillais, il y avait un garçon en moins dans la pièce. Au début, on était content car on pensait que le docteur l’avait relâché et qu’il était rentré chez lui avec plein d’argent. Mais le jour suivant, il y en avait encore un qui avait disparu. Et le surlendemain, encore un autre. Il ne restait plus que moi et Loris, le plus jeune. On commençait à avoir peur. Le docteur nous laissait sortir de notre cage une fois par jour pour aller aux toilettes et nous laver, mais il nous surveillait tout le temps. Il nous donnait des jouets et des livres pour nous distraire, mais on n’avait pas envie de jouer ni de lire. On voulait juste rentrer chez nous. Mais le docteur nous disait toujours que c’était bientôt fini, qu’il avait presque terminé ses recherches et qu’on allait bientôt être libres. Dans la pièce, il y avait un grand rideau en velours qui cachait quelque chose. Je voyais le docteur passer derrière de temps en temps, mais je ne pouvais pas voir ce qu’il y faisait. Ma cage était trop loin et il faisait trop sombre. Je me demandais ce qu’il y avait derrière ce rideau. Nous étions quatre au début, enfermés dans des cages comme des animaux. Le docteur nous disait que nous étions des héros, que nous participions à une expérience scientifique très importante pour l’humanité. Il nous racontait des histoires fantastiques sur le monde extérieur, sur les merveilles qu’il y avait à découvrir. Il nous donnait à manger et à boire, mais aussi des cachets qu’il disait être des vitamines. Il nous faisait passer des tests, des prises de sang, des électrodes sur la tête. Il nous souriait toujours, mais il y avait quelque chose de faux dans son regard.

Deux jours plus tard, il n’en restait plus que trois. J’ai demandé au docteur ce qu’était devenu le quatrième garçon, celui qui était dans la cage d’en face. Il m’a dit qu’il avait terminé son rôle dans l’expérience et qu’il était rentré chez lui, retrouver sa famille. Mais il avait l’air nerveux, et il a vite changé de sujet. J’ai eu un mauvais pressentiment. Les autres garçons aussi étaient troublés. L’un d’eux m’a confié qu’il avait fait un cauchemar horrible, où il entendait des cris déchirants mais qu’il ne pouvait pas se réveiller. Au matin, il avait vu que la cage de son ami était vide.

Ce soir-là, j’ai feint d’avoir mal au ventre et je n’ai presque rien touché à mon repas. Le docteur a froncé les sourcils, mais il m’a tendu un médicament en me disant que ça allait me soulager. J’ai fait mine de l’avaler, puis je l’ai écouté me raconter ses histoires habituelles avant de me souhaiter bonne nuit. Quand il est parti, j’ai fait semblant de dormir, comme mes amis. Mais je restais aux aguets.

Au milieu de la nuit, j’ai entendu la porte s’ouvrir et des pas descendre l’escalier. C’était le docteur, qui tenait une bougie à la main. Il s’est approché d’une des cages et a jeté un coup d’œil à l’intérieur. Il a hoché la tête, puis il est passé à l’autre cage. Je savais qu’il allait venir vers moi ensuite, alors j’ai fermé les yeux et j’ai ralenti ma respiration. Il est venu près de moi et a éclairé mon visage avec sa bougie. J’ai senti son souffle sur ma joue, et j’ai eu envie de hurler. Mais je suis resté immobile, espérant qu’il me croie endormi. Il a fini par s’éloigner, et j’ai entrouvert les yeux pour le suivre du regard.

Il a écarté le rideau qui divisait la pièce et j’ai aperçu avec horreur une table en métal au milieu. Il a ouvert la cage du garçon et l’a porté sur la table. Il a allumé des bougies qui révélaient des machines sinistres accrochées au mur. Un immense miroir et des chandeliers sur un buffet ancien ajoutaient à l’ambiance lugubre. L’odeur était nauséabonde. C’était l’odeur de la putréfaction. J’ai vu le docteur examiner le garçon et s’assurer qu’il était endormi. Puis, il a retiré son pull et sa chemise et j’ai remarqué des signes étranges gravés sur sa chair. Je ne savais pas ce qu’il tramait mais j’avais peur. Je restais immobile. Il ne paraissait pas me voir. Il a prononcé une sorte de formule dans une langue étrange. Ensuite, il s’est badigeonné d’une crème et il a dessiné des figures sur le corps de mon ami. Je ne pouvais pas voir ce qu’il dessinait car j’étais trop loin et allongé au sol. Et c’est là que je l’ai vu brandir un énorme couteau. Je me demandais ce qu’il allait infliger à mon ami mais je ne pouvais rien faire. J’étais enfermé et si je criais, il me tuerait. Je l’ai donc vu planter le couteau dans le torse de mon ami. Celui-ci s’est réveillé en hurlant de douleur. Ses cris étaient terrifiants. Ça n’a pas cessé pendant des minutes qui m’ont paru des heures. Quand le silence est revenu, le docteur s’est tourné vers un plateau où il y avait des objets scintillants. La lumière des bougies se reflétait dessus. J’étais tétanisé. J’avais envie de hurler, de pleurer mais je savais que pour rester en vie, je devais continuer à faire semblant d’être endormi. Il s’est approché du corps de mon ami et j’ai entendu des bruits répugnants, comme quand mon père découpait un cochon et lui brisait les côtes pour le vider. Mon père est boucher. Quand le docteur s’est redressé, il tenait quelque chose de sanglant dans ses mains. C’était le cœur de mon ami. Il l’a posé sur la table bizarre avec le miroir. Puis, il s’est penché de nouveau sur mon ami et lui a ouvert le ventre. Je n’ai pas pu supporter et je me suis évanoui. Le lendemain, quand j’ai repris connaissance, j’ai raconté au dernier garçon ce que j’avais vu la veille mais il m’a traité de fou. Il n’avait rien entendu et il refusait de voir le docteur comme le monstre qu’il était. Je lui ai parlé de la nourriture et je lui ai dit que nous étions sûrement drogués pour nous endormir. Il a commencé à avoir des doutes mais c’est à ce moment-là que le docteur est revenu. Il avait l’air content ce jour-là et il nous a laissé sortir un peu de nos cages. Je lui ai demandé où était le petit garçon et il m’a répondu que mon ami avait été si coopératif qu’il avait pu rentrer chez lui et qu’il l’avait ramené lui-même chez ses parents. Je savais que c’était un mensonge mais je n’ai rien dit. L’autre garçon a paru soulagé et il m’a regardé comme si j’étais le menteur. Je n’ai plus essayé de le convaincre et j’ai profité de notre liberté relative pour chercher un moyen de m’échapper. Je voulais aller du côté du rideau pour lui montrer que je disais la vérité mais le docteur nous avait attachés avec une chaîne autour du torse et un cadenas qui était relié à un anneau dans le mur du fond, loin de la pièce derrière le rideau. En fouillant, j’ai trouvé un gros clou qui traînait sur le sol et je l’ai caché dans ma bouche. Pendant toute la journée, mon colocataire a lu des livres et mangé des bonbons que le docteur nous avait donnés en échange de notre discrétion. Il nous avait expliqué que ses recherches étaient très importantes et qu’il devait les garder secrètes jusqu’à leur réussite. Il nous avait dit aussi que nous serions des héros quand il présenterait ses travaux aux médecins car c’était grâce à nous qu’il avait progressé. Mon ami souriait et gobait ses paroles. Mais moi, je savais ce que j’avais vu et je savais qu’il mentait. Alors, pendant que mon ami s’amusait, j’ai observé la cage où je dormais la nuit. Les panneaux en verre de la cage étaient maintenus par des barres en fer vissées tout autour. J’ai vu qu’avec le clou, je pouvais dévisser les vis sans faire tomber les panneaux. J’ai donc passé le reste de la journée à dévisser pour affaiblir la structure. Je le faisais sans que mon compagnon ne s’en aperçoive car j’avais peur qu’il me dénonce au docteur. Mais il était trop occupé par sa lecture pour me surveiller. J’ai vérifié que la structure tienne encore assez pour ne pas éveiller les soupçons du docteur. J’ai essayé plusieurs fois d’entrer dans la cage pour m’assurer qu’aucun panneau ne s’écroule quand je montais dedans et ça marchait. Le soir, quand le docteur est arrivé avec les plateaux repas, j’ai fait semblant de rien et j’ai mangé le moins possible en prétextant une douleur au ventre. Il m’a donné un médicament que j’ai fait semblant d’avaler. Nous avons regagné nos cages et j’ai prié pour que rien ne s’effondre mais, heureusement pour moi, la cage est restée stable. Il continuait à nous raconter ses histoires, mais je voyais bien que mon ami n’en pouvait plus. Il s’était endormi, la tête penchée sur le côté. J’ai décidé de faire comme lui et de fermer les yeux. Peut-être que le docteur nous laisserait tranquilles si on faisait semblant de dormir. Plus tard, j’ai entendu des pas dans l’escalier. J’ai entrouvert les yeux et j’ai vu le docteur s’approcher de nos cages. J’ai retenu mon souffle, espérant qu’il ne remarquerait pas que j’étais éveillé. Mais il a passé devant ma cage sans s’arrêter et s’est dirigé vers celle de mon ami. J’ai senti une vague de culpabilité me submerger. J’aurais voulu l’aider, le sauver de ce monstre, mais je savais que c’était ma seule chance de m’échapper. C’était lui ou moi. Alors, quand le docteur a sorti mon ami de sa cage et l’a posé sur la table, j’ai profité de son inattention pour agir. J’ai poussé doucement les panneaux de ma cage, en faisant attention à ne pas faire de bruit. Les panneaux ont cédé et j’ai pu sortir de ma prison. Le docteur était trop absorbé par son rituel macabre pour me voir. Il tenait un couteau à la main et s’apprêtait à faire subir à mon ami le même sort que la veille. Quand il a enfoncé le couteau dans le corps de mon ami et que celui-ci s’est mis à hurler, j’ai pris mes jambes à mon cou. Je ne sais pas si le docteur m’a poursuivi. Je n’ai pas regardé derrière moi. Je me suis précipité vers les escaliers et j’ai débouché dans la maison du docteur. J’ai reconnu la porte du cabinet de consultation et j’ai suivi les indications pour trouver la sortie. Par chance, la porte d’entrée n’était pas verrouillée. J’ai couru comme un fou vers ma maison. Je me souviens encore de la sensation du froid sur mes pieds nus dans la neige. J’avais mal partout, j’étais affamé et épuisé. Quand je suis arrivé au cimetière, j’ai perdu connaissance. Quand je me suis réveillé, j’étais ici, à l’hôpital. Le garçon se tut. Il avait l’air vidé par son récit. L’inspecteur le remercia pour sa bravoure et le laissa avec le psychiatre. Mais avant de quitter la chambre du garçon, celui-ci lui lança une dernière phrase. –C’est le Diable, vous savez. Son miroir brillait d’une lumière bleue à chaque fois qu’il nous tuait. Comme s’il aspirait nos âmes. Ce miroir, c’est la porte des Enfers.

Fin du témoignage d’Arthur Rizzo, 9 novembre 1975.

Le document suivant était une revue de presse qui relatait le procès du docteur Phillips et sa tentative de fuite lors de son transfert.

e dcument suivant était une revue de presse qui  Le docteur Phillips venait d’être condamné à la prison à vie pour des crimes abominables. Il n’avait pas prononcé un mot pendant son procès, malgré les questions insistantes du juge et des avocats. Il s’était contenté de les toiser d’un regard mauvais et de leur adresser un sourire carnassier qui glaçait le sang des familles des victimes présentes dans la salle. Personne ne sut jamais ce qui l’avait poussé à commettre ces atrocités, ni ce qu’il faisait avec les cadavres, les accessoires et l’autel macabre retrouvés chez lui. Le seul rescapé de son enfer avait été incapable de témoigner, tant il était traumatisé.

Le docteur Phillips fut escorté par des policiers jusqu’à un fourgon blindé qui devait le conduire à la prison de Mons, dotée d’une aile psychiatrique. Il était entravé par des menottes aux poignets et aux chevilles, reliées par une chaîne. A l’arrière du fourgon, il fut attaché à un piston au sol par une autre chaîne. Deux gendarmes armés surveillaient l’arrière du véhicule. Mais quand ils arrivèrent à destination, ils eurent la stupeur de constater que le prisonnier avait disparu. Ils alertèrent aussitôt le poste central et des patrouilles se mirent à sa recherche.

Après plusieurs heures d’investigation, une patrouille qui était restée dans le quartier du docteur Phillips vit un homme s’approcher de sa maison. Il portait une tenue de l’asile de Manage et avait encore des morceaux de chaîne aux poignets et aux chevilles. C’était le fugitif. Les gendarmes se lancèrent à sa poursuite. Le docteur Phillips tentait de pénétrer dans sa cave par la grille d’aération, n’ayant plus les clés de sa porte d’entrée. Un gendarme le rattrapa et le mit en joue, mais il ne s’arrêta pas. Il était déjà à moitié passé par la grille quand le gendarme lui tira dessus plusieurs fois. Le docteur s’écroula dans la cave et le gendarme le suivit.

Avec sa radio, il appela du renfort et entra dans la cave, son arme braquée sur le fugitif. Celui-ci gisait au milieu de la pièce où les corps mutilés avaient été découverts. Il respirait faiblement. Mais soudain, il se mit à ramper vers l’autel sacrificiel et tendit le bras vers le miroir qui trônait au-dessus. Il murmura quelques mots incompréhensibles et le miroir se mit à briller d’une lueur bleutée. Le gendarme n’en revenait pas. Il sentit une vague de terreur l’envahir, mais il resta sur ses gardes. Il ordonna une dernière fois au docteur de ne plus bouger. Mais à cet instant, la lueur du miroir s’éteignit et le docteur cessa de respirer. Ses yeux vitreux fixaient le néant, un sourire énigmatique sur les lèvres.

Les renforts arrivèrent et trouvèrent le policier assis par terre, comme pétrifié. Ils jetèrent un coup d’œil par la grille d’aération et virent le corps du docteur Phillips. Il était mort. Le corps du docteur Phillips fut transporté à l’institut médico-légal de Bruxelles pour y être autopsié. Le médecin légiste constata que les balles avaient été fatales, mais il remarqua aussi une étrange brûlure au visage. On aurait dit que le docteur avait été aspergé d’un acide corrosif. Mais aucune trace de substance chimique ne fut détectée sur le cadavre, et comme l’affaire était close avec la mort du criminel, on n’approfondit pas la question. Le corps du docteur fut rendu à son père, qui le fit incinérer et déposa ses cendres dans l’église du village, sous l’œil vigilant de l’évêque.

Le père du docteur ne se remit jamais du choc de découvrir les atrocités commises par son fils. Il se sentait coupable et honteux, et il sombra dans la dépression. Il mourut quelques années plus tard, laissant un testament inattendu. Il avait légué une partie de sa fortune aux familles des victimes de son fils, comme un geste de repentir et de compassion. Les familles, bien que toujours endeuillées, acceptèrent cet héritage et y virent une forme de justice. La maison et le cabinet du docteur Phillips furent démolis et il n’en resta que les ruines.

Mark ouvrit le dernier dossier, qui contenait les plans du quartier où le docteur Phillips avait installé son cabinet médical. Il les examina attentivement et écarquilla les yeux. Il se précipita sur les plans régionaux de la ville de Binche et chercha la rue où il se trouvait actuellement. Il eut soudain une illumination et comprit le lien entre tous les événements. Il poursuivit ses recherches et trouva confirmation de son intuition. Dans les archives de la ville, il découvrit un article de presse datant de l’époque où des maisons de corons avaient été construites pour accueillir les familles d’immigrés italiens qui travaillaient à la mine. Sur les photos, on voyait encore des entrepôts à la place des maisons. Mark zooma sur l’une d’elles et lut l’inscription sur la façade : “Société Phillips”. Il se laissa tomber sur sa chaise, stupéfait. C’était ça ! C’était la raison de tout ce qui arrivait à cette malheureuse famille ! Il sentit les regards curieux du reste de l’équipe et du couple sur lui. Mark se tourna vers eux et leur résuma l’histoire du docteur Phillips. Quand il arriva à la partie où le docteur était mort et sa maison démolie, il leur montra les plans d’urbanisme. On y voyait la maison du docteur et les maisons de mineurs qui avaient été construites ensuite. Le couple ne semblait pas saisir le sens de ces plans. Mais Billy et Jimmy avaient deviné. – C’est ici, n’est-ce pas ? demanda Jimmy. C’est pour ça qu’il connaît la maison comme sa poche ? Mark acquiesça d’un signe de tête. – Mais bon sang, s’exclama Jean. Quelqu’un peut-il m’expliquer ce qui se passe ? C’est Billy qui lui répondit. – C’est pourtant clair, Jean. Votre maison a été édifiée sur les ruines du cabinet du docteur Phillips. Votre maison repose sur un sol maudit.

 

 

 

 

 

Chapitre 10

Michaël ouvrit les yeux et se sentit perdu. Il avait la tête qui lui faisait un mal de chien et il ne reconnaissait pas l’endroit où il se trouvait. Il se souleva péniblement et réalisa qu’il était dans une sorte de cave. Il faisait sombre et humide. Il essaya de se rappeler comment il était arrivé là, mais sa mémoire était vide. Il se souvenait seulement de s’être endormi dans la chambre d’ami chez Mario, sa mère lui avait préparé un lit confortable. Ensuite, le trou noir. Il se leva lentement, tâtonnant dans l’obscurité. Ses yeux s’adaptèrent peu à peu et il distingua les contours de la pièce. Le sol était recouvert d’un carrelage ancien, les murs étaient couverts d’un papier peint vert défraîchi et une odeur de moisissure emplissait l’air. Il sortit son GSM de sa poche et vit qu’il ne lui restait presque plus de batterie. Il tenta d’appeler son père, mais il n’y avait pas de réseau. Il activa alors sa lampe torche et se mit à explorer la pièce. Elle était assez grande, environ vingt mètres carrés, et divisée par un rideau de velours rongé par les mites. La pièce était en désordre et remplie d’objets hétéroclites entassés dans les coins. Michaël avança prudemment vers le fond de la pièce, en se guidant avec sa main sur le mur, et heurta quelque chose de métallique. Il braqua sa lampe dessus et vit qu’il s’agissait d’un piston fixé au mur, avec un anneau auquel étaient attachées des chaînes. Il continua son chemin et découvrit plusieurs panneaux de verre percés de trous, ainsi que des structures métalliques. On aurait dit des aquariums, mais pourquoi avaient-ils des trous ? Il s’approcha du rideau de velours et ressentit soudain une douleur aiguë dans la poitrine. Sa tête se mit à tourner. Il n’y voyait plus clair. Il eut l’impression d’être attiré par ce qui se cachait derrière le rideau. Malgré lui, son corps avança vers cet endroit, sans qu’il puisse le contrôler. Il franchit le rideau et se retrouva face à une table métallique. Elle ressemblait à une table d’autopsie. Mais ses pieds ne s’arrêtèrent pas là. Ils le poussèrent vers le fond de la pièce. Dans la pénombre, il aperçut une lueur qui venait du fond de la pièce. Il vit alors une sorte de table en pierre sur laquelle étaient gravés des symboles étranges. Des bougies noires étaient disposées aux quatre coins de la table. Un pentagramme était incrusté dans la pierre et Michaël reconnut le même symbole que celui qui ornait le mur de sa chambre. La table était maculée de taches sombres qui ressemblaient à du sang séché. Les bougies s’allumèrent soudainement. Un vent froid le frappa au visage. Il semblait sortir du miroir. Intrigué, il se pencha vers la table pour mieux voir les taches, mais il fut pris de nausée. Il se redressa et croisa son reflet dans le miroir. C’était un miroir étrange. Michaël fixa le miroir et eut un choc. Le visage qui le regardait n’était pas le sien. Il s’approcha, persuadé d’halluciner, mais le reflet fit de même. Il se dévisagea un instant et dut admettre l’évidence. Ce visage n’était pas le sien. Comment cela se pouvait-il ? Il toucha sa joue et le reflet l’imita. Michaël était pétrifié. Comment son visage avait-il pu changer sans qu’il s’en rende compte ? Avant qu’il ait le temps de réfléchir, une voix résonna dans sa tête.

– Salut, Champion !

Michaël se retourna vivement et scruta la pièce, mais il n’y avait personne. Il reporta son regard sur le miroir, mais son reflet ne bougeait plus. Au contraire, il affichait un sourire carnassier et une lueur narquoise brillait dans ses yeux. Le jeune homme était terrifié. Que se passait-il, bon sang ? Il observa cet homme et le vit se rapprocher. Il recula instinctivement, mais la voix retentit de nouveau dans sa tête.

– Inutile de fuir. Tu es pris au piège. Il n’y a pas d’issue.

L’homme lui souriait toujours et ses yeux étaient d’un noir profond.

– Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous voulez ? balbutia l’adolescent, la peur faisant trembler sa voix.

L’homme se colla presque au miroir, comme s’il voulait en sortir. De la buée se forma sur la vitre.

– Qui je suis n’a pas d’importance, répliqua-t-il. Pas pour toi, en tout cas. Par contre, qui tu es, ça c’est important. Quant à ce que je veux, tu vas bientôt le savoir. Tu ne le sais pas encore, mais tu es quelqu’un de très spécial, mon garçon. Ton aura brille comme un phare dans la nuit. Et j’ai justement besoin de ce genre d’âme pour accomplir mon dessein.

– Et quel est ce dessein ? demanda Michaël, la voix faible. Qu’est-ce que vous comptez faire ?

L’homme le regarda avec un air moqueur et son sourire s’élargit. Sa réponse plongea l’adolescent dans une panique totale.

– Ce que je veux ? Mais c’est évident, non ?

L’homme traversa le miroir comme s’il n’était qu’une illusion et sa main apparut de l’autre côté.

– Ce que je veux, Michaël, c’est toi. Ou plutôt ton corps. Ce que je veux, c’est renaître.

Michaël vit l’homme sortir entièrement du miroir et se mit à hurler. Il essaya de s’échapper mais son corps était paralysé. Il avait l’impression d’être cloué au sol. L’homme sortit du miroir et se planta devant le pauvre adolescent terrifié. Il lui sourit avec malice.

– Ne le prends pas mal, tu sais. Mais je t’attends depuis si longtemps. Il est temps de procéder à l’échange. Si ça peut te rassurer, dis-toi que tu retrouveras ta famille disparue.

Il tendit les bras et saisit le jeune homme par le visage. Son regard était comme un gouffre rempli de ténèbres. Michaël ne put s’empêcher de plonger dans ses yeux noirs. Ce qu’il y vit était tellement horrible qu’il se mit à hurler encore plus fort. Puis, tout devint noir.

 

 

Jean raccrocha le téléphone, déçu. L’agent de police lui avait dit que Michaël était toujours introuvable et que les pistes étaient minces. Il sentit le regard désespéré de Sylvia sur lui. Il alla la prendre dans ses bras. Elle se blottit contre lui et se dirigea vers la cuisine. Ils étaient tous épuisés et Sylvia essaya de se changer les idées en leur préparant un bon repas. Elle n’arrivait pas à croire ce qu’elle avait appris sur l’entité qui les tourmentait. Comment un fantôme pouvait-il s’acharner ainsi sur les vivants ? Elle avait grandi dans la foi catholique et ce qu’elle avait appris au catéchisme ne l’avait pas préparée à de telles horreurs. Pour Sylvia, quand on mourait, on allait soit au Paradis, soit en Enfer. Il y avait bien le purgatoire, mais c’était juste une étape pour accomplir une dernière volonté, une dernière mission. Elle n’avait jamais entendu parler d’une âme humaine capable de revenir posséder les vivants. Perdue dans ses pensées, elle se concentra sur la préparation des légumes. Elle fit des boulettes de viande et une potée de poireaux. L’odeur du repas attira Billy dans la cuisine. Il proposa son aide à Sylvia, qui lui confia les assiettes. Billy les apporta à table et tout le monde s’installa pour manger. Ils mangèrent en silence, appréciant le repas, mais sans oublier les révélations récentes. Quand ils eurent fini, Mark et Antoine débarrassèrent la table et les autres allèrent dans le salon. Ils étaient fatigués mais trop angoissés pour dormir. C’est alors qu’ils entendirent un hurlement sinistre résonner dans les murs. Mark, qui essuyait la vaisselle, lâcha l’assiette qu’il tenait. Il se tourna vers les autres et vit qu’ils étaient tous figés par ce cri glacial. D’où venait-il ? se demanda Mark en avançant vers le salon. Jean, Philippe et Billy s’étaient levés et scrutaient les alentours. Jimmy restait immobile. Il regarda vers le couloir et murmura :

– On dirait que le docteur Frankenstein est de retour.

Mark suivit son regard. Il se souvint de la grille d’aération extérieure de la cave. Il regarda Jimmy et comprit qu’il pensait à la même chose que lui. Mark, suivi de Billy et de Jean, se dirigea vers la porte cachée sous l’escalier. Il colla son oreille à la porte et écouta. Il n’y avait aucun bruit qui venait du sous-sol. Pourtant, l’atmosphère avait changé. L’air était lourd de tension. Il se tourna vers Billy et celui-ci s’approcha de la porte. Il posa ses mains dessus et sembla entrer en transe. Un instant plus tard, il rouvrit les yeux et soupira.

– Je crois que Jimmy a raison, dit-il. L’entité est de retour. Mais c’est bizarre. J’ai l’impression qu’elle n’est pas seule. Je ne sais pas comment l’expliquer mais je ressens de la détresse, de la peur et de la haine pure en même temps. C’est perturbant.

Mark réfléchit un instant. Jean lui demanda ce qu’il se passait.

– Eh bien, je pense qu’il est temps de visiter votre cave, Jean. Je crois que nous avons de la visite.

Jean le regarda sans comprendre. Puis son regard se posa sur la porte de la cave et il réalisa ce que Mark voulait faire. Il alla dans le salon et demanda à Sylvia de rester avec Antoine, Philippe et Jimmy. Il prit le crucifix qui était sur la table basse et rejoignit Mark et Billy. La main sur la poignée, Mark attendit le signal de Billy. Celui-ci acquiesça et Mark ouvrit doucement la porte. L’escalier était plongé dans l’obscurité. Mark chercha un interrupteur. Il le trouva et appuya dessus, mais rien ne se passa. L’ampoule devait être grillée. Il sortit son GSM et alluma la lampe torche. Il vit des marches en pierre couvertes de poussière. Le sous-sol semblait profond. Les marches tournaient sur la droite, formant un angle mort.

– Je n’aime pas ça, murmura-t-il.

Billy haussa les épaules et le dépassa. Ils descendirent prudemment les escaliers et arrivèrent dans une pièce sombre qui sentait l’humidité et la putréfaction. Jean et Mark regardèrent autour d’eux, tandis que Billy avançait dans la pièce. Soudain, Billy aperçut un mouvement furtif du coin de l’œil. Il dirigea sa lumière vers le coin de la pièce, mais il n’y avait que de vieux panneaux vitrés et une chaîne accrochée au mur. Sur le sol, il reconnut le pentagramme que Jimmy avait dessiné dans l’autre monde. Billy tira doucement le rideau de velours. Mark et Jean l’avaient rejoint. Ils virent avec horreur la table d’autopsie et l’autel nauséabond au fond de la pièce. Billy s’approcha de l’autel et regarda le miroir.

-Voilà le portail, dit-il à Mark. Je peux sentir son attraction sur moi. J’ai presque l’impression qu’il m’appelle.

Mark ne répondit pas. Il ne ressentait pas la même chose que Billy, mais ce miroir lui déplaisait fortement. Une sensation de malaise s’en dégageait et Mark voulait juste fouiller la cave et sortir au plus vite de cet endroit. Il allait s’éloigner du miroir quand il sentit une présence derrière lui. Il se retourna et vit Michaël. Le jeune homme était allongé dans un recoin et semblait inconscient. Mark appela Jean et Billy.

Les deux hommes s’approchèrent, mais quand Jean vit que c’était son fils, il se précipita sur lui et le secoua par les épaules. Michaël ne réagissait pas aux secousses. Ne sachant pas quoi faire, Jean se tourna vers Billy, mais celui-ci regardait avec effroi derrière Jean. Jean se retourna brusquement et sentit une brûlure aux mains. Il regarda son fils, mais le visage qui le fixait n’était plus celui de Michaël. Son visage était devenu celui d’un prédateur. L’œil noir et le sourire narquois, la chose le regardait d’un air amusé.

– Alors, Champion ? On ne dit pas bonjour à son fiston ?

Jean recula, terrifié. L’entité se redressa et les toisa d’un regard triomphant.

– Je suppose que ce n’est pas la peine que je me présente, n’est-ce pas ?

Elle s’avança lentement vers les hommes, l’air sûr d’elle.

– Qu’avez-vous fait à mon fils ? hurla Jean. Où est-il ? Est-il dans votre monde parallèle ? Est-il mort ?

La créature lui sourit.

– Ne t’inquiète pas, mon cher papa. Non, Michaël n’est pas mort. Il est ici avec nous. Disons qu’il fait un petit somme pour l’instant du moins.

Les trois hommes ne comprenaient rien à ce qu’elle disait. La créature semblait s’amuser de leur confusion. Jean brandit alors le crucifix qu’il tenait dans la main, mais la créature éclata de rire et dit :

– Vous pensez que ce bout de bois a un effet sur moi ? Vous me prenez pour quoi ? Un vampire ?

Jean ne savait pas quoi dire et baissa le bras, se sentant légèrement ridicule. L’entité le regarda avec condescendance.

– Bon, j’aurais aimé discuter avec vous plus longtemps, mais je n’ai pas de temps à perdre. Elle leva le bras et Mark et Billy furent projetés contre le mur. Les chaînes s’enroulèrent autour d’eux et les immobilisèrent. Jean resta pétrifié sur place.

– Qu’allez-vous faire ? demanda-t’il à la fausse Michaël. La créature lui sourit.

-Ce que je vais faire, Jean ? Eh bien, c’est très simple. Tu vois, ton fils est très spécial. Il a une âme si pure et innocente. Le réceptacle idéal pour ma renaissance. Mais pour pouvoir l’habiter pleinement, je vais devoir détruire toute cette lumière qui l’anime. Il était déjà bien affaibli depuis la mort de son grand-père, mais ce n’était pas suffisant. C’est là que tu interviens, mon cher assistant.

Jean ne saisissait pas. A ce moment-là, il entendit la porte de la cave s’ouvrir et la voix de Sylvia résonner.

– Jean ? Est-ce que tout va bien ? Qu’est-ce qui se passe ?

Jean voulut lui répondre, lui crier de ne pas descendre, mais il ne put pas ouvrir la bouche. Son corps était paralysé. L’entité prit alors une voix plaintive et répondit :

– Maman ? Maman, aide-moi s’il te plaît ! Je suis ici !

La voix était si semblable à celle de son fils que Jean en fut sidéré. Il entendit avec horreur les pas de Sylvia descendre les marches en appelant son fils.

– Michaël ? C’est toi ?

Jean essaya de se débattre pour se libérer, mais il avait l’impression que ses membres étaient figés. Il ne put que regarder, impuissant, sa femme entrer dans la pièce et le regarder avec inquiétude. Jean la regarda d’un air paniqué, essayant de la prévenir, mais quand elle vit Michaël, elle se précipita sur lui et le serra dans ses bras.

– Michaël, mon cœur ! Tu es là, enfin ! J’étais tellement inquiète ! Où étais-tu ? Tu es blessé ?

Trop occupée à examiner le corps de son fils, Sylvia ne remarqua son expression que quand elle leva les yeux vers son visage. Elle eut alors un mouvement de recul, mais avant qu’elle n’ait pu s’éloigner, la créature l’attrapa par le bras. Sylvia se mit à se débattre, mais la main qui la tenait était d’une force incroyable et ses efforts furent vains. La créature approcha son visage du sien et lui chuchota à l’oreille :

– C’est comme ça que tu traites ton fils, maman?

Sylvia était tétanisée. D’une voix tremblante, elle lui dit :

– Vous n’êtes pas mon fils ! Que lui avez-vous fait ?

La créature se mit à rire.

– Où crois-tu qu’il soit, ma chère Sylvia ? Tu as eu l’occasion de visiter ma demeure. Tu n’as pas une petite idée ?

Sylvia vit alors le miroir au fond de la pièce et ce qu’elle y vit la terrifia. Derrière le miroir, son fils la regardait d’un air terrifié. Il semblait lui crier quelque chose, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Sylvia hurla, mais la créature lui plaqua une main sur la bouche.

– S’il te plaît, Sylvia. Arrête de hurler. D’habitude, j’aime entendre la peur dans la voix de mes victimes, mais tu comprendras que j’ai des projets et que je veux les réaliser. Donc, si tu veux bien coopérer, nous allons commencer. Sylvia ne comprenait pas, mais quand la créature la traîna vers la table métallique, ses yeux s’écarquillèrent d’horreur. Sylvia se souvint des photos des meurtres du docteur. Elle se débattit, mais la créature était trop forte. Sylvia se retrouva allongée sur la table métallique, les membres immobilisés. On aurait dit qu’une force invisible la retenait. L’entité ne se pressait pas. Elle se dirigea vers l’autel et regarda Michaël dans le miroir. Celui-ci semblait hurler en tapant contre la vitre, mais l’entité savait qu’il ne pouvait pas s’échapper.

Le docteur se rappela le jour de sa mort terrestre. Il avait lui aussi traversé le miroir et passé dans ce monde parallèle. Heureusement qu’il avait été formé par la meilleure sorcière vaudou qu’il ait connue. Sans elle, il n’aurait pas pu mettre son plan à exécution. Mais ça n’avait pas été facile. S’évader du fourgon de la gendarmerie n’avait pas été difficile. Il lui avait suffi d’hypnotiser les gardiens qui l’accompagnaient et de les convaincre de le libérer. Ils lui avaient même ouvert la porte ! Mais ensuite, la course-poursuite avait été épuisante et quand il avait enfin atteint sa rue, il avait dû user de ruse pour atteindre sa destination. Il était malheureusement tombé sur un jeune policier qui, sans le savoir, avait le don de voir à travers les illusions. Il n’était pas tombé sous le charme du docteur et lui avait tiré dessus à plusieurs reprises. Heureusement pour le docteur, l’autel et le miroir étaient toujours là, avec ses offrandes et ses maléfices, et il avait pu transférer sa conscience dans le miroir avant que son cœur ne s’arrête de battre. Néanmoins, il était resté longtemps dans ce monde parallèle et avait eu le temps de réfléchir à comment regagner le monde des vivants. Et c’est là qu’un miracle était arrivé. Une maison avait été construite au-dessus des fondations de sa demeure et ce cher Robert avait pu utiliser l’énergie vitale de ses habitants pour reprendre des forces. Mais ça ne suffisait pas. Il fallait un sacrifice de sang. Alors, quand cette bande de gamins imprudents avaient décidé de traverser le toit, le docteur y avait vu une occasion unique. Il pouvait interagir avec les matériaux de la maison et avait détaché les tuiles du toit, ce qui avait provoqué la chute de ce cher Julio et lui avait donné le sang nécessaire pour reprendre des forces. Ensuite, vu l’état du cerveau de ce pauvre garçon, il avait été facile de le manipuler et de lui faire perdre la raison. Mais il s’était trompé sur la force mentale de ce jeune homme. Malgré le harcèlement dont il était victime, le docteur n’avait pas pu l’inciter à tuer sa famille. Les catholiques et leurs principes ! Il s’était donc tourné vers le jumeau de celui-ci, mais lui non plus n’avait pas cédé. Quand Roberto avait enfin réalisé que l’entité qui était avec lui n’était pas son frère jumeau, il avait décidé d’arrêter de se nourrir. Le docteur l’avait pourtant assailli d’images horribles de sa famille agonisante, mais Roberto n’avait pas cédé. Quand il était mort à son tour, le docteur n’avait pas eu d’autre choix que de rejoindre le miroir. Il était plus fort, oui, mais pas assez pour trouver le réceptacle qu’il recherchait. Il avait bien tourmenté le vieil homme, mais celui-ci ne l’intéressait pas. Il préférait un jeune homme en pleine forme. Alors, il eut l’idée de le terroriser au point que la santé du vieil homme décline et qu’il soit obligé de quitter les lieux. Tout se passait comme le docteur l’avait espéré. Au fil des années, il avait pu se nourrir de nombreux locataires, mais ceux-ci ne restaient jamais assez longtemps pour qu’il puisse mettre son horrible projet à exécution. Il se contenta donc de se nourrir de leur peur pour gagner en pouvoir et attendit patiemment le jour où il trouverait enfin sa perle rare. Et ce jour était arrivé ! Le vieil homme était revenu dans sa maison et, comble de la joie, il était accompagné de sa famille.

Le docteur avait une onde de chaleur le traverser  quand il vit le jeune homme entrer dans la maison. C’était lui, le joyau qu’il convoitait depuis si longtemps. Il avait été fasciné par l’éclat de son âme, si pure et si lumineuse. Il avait tout orchestré pour le briser, le pousser à la folie. Il avait manipulé son grand-père mourant, lui faisant croire qu’il épargnerait sa famille s’il venait le rejoindre. Il avait possédé sa mère, la transformant en marionnette sans volonté. Il avait détruit leur relation si fusionnelle, leur infligeant une souffrance inouïe. Il l’avait attiré dans son antre, son « laboratoire », et l’avait projeté de l’autre côté du miroir. Il avait dû libérer les autres prisonniers de leurs chaînes, mais qu’importe. Ils étaient impuissants, condamnés à assister au spectacle macabre. Il se pencha sur Sylvia, un sourire malsain aux lèvres, et commença à lui arracher son chemisier. Elle se débattit, mais en vain. Il était trop puissant, trop gorgé d’énergie accumulée au fil des années. Il allait enfin renaître ! Il saisit le couteau qu’il avait dissimulé sous le bord de la table sacrificielle et approcha la lame du torse de la jeune femme.

-Vous êtes prête, ma chère ? Ce sera un peu douloureux, mais je vous assure que ce sera rapide !

Jean hurla de rage et de terreur. Il tenta désespérément de se libérer de l’emprise du monstre, mais son corps était paralysé. Il vit avec horreur le docteur s’apprêter à égorger sa femme. Michaël, qui avait cessé de marteler la vitre, le fixait avec des yeux écarquillés. Soudain, des pas résonnèrent dans l’escalier. Une silhouette apparut et tous reconnurent Jimmy. Il semblait étrangement calme face à l’horreur qui se déroulait devant lui. Il avança lentement dans la pièce et posa son regard sur le faux Michaël. Puis il se tourna vers le miroir et ce qu’il y vit confirma ses soupçons. Le docteur avait pris possession du corps du pauvre garçon. Il soupira et s’approcha du docteur.

– Ne vous faites pas d’illusions, mon cher Jimmy, lança celui-ci d’un ton arrogant. Vous ne pouvez rien contre moi. Je dispose de suffisamment de pouvoir pour vous immobiliser. Alors restez sagement à votre place si vous voulez revoir votre frère vivant.

Jimmy regarda Billy et lui adressa un sourire triste. Il se dirigea vers lui et lui murmura à l’oreille :

-Ne t’inquiète pas Billy. Tout va bien se passer. Je te remercie pour tout ce que tu as fait pour moi. Merci de m’avoir aidé à accepter ce don, ou plutôt cette malédiction. Mais je dois t’avouer que je n’en peux plus. Si j’ai tenu le coup jusqu’à présent, c’est grâce à toi. Mais aujourd’hui, je vais enfin pouvoir me rendre utile. Pour une fois, cette malédiction aura servi à quelque chose de bien.

Billy ne comprenait pas ce que Jimmy voulait dire. Quand il le vit s’élancer vers le docteur, toujours armé de son couteau, il se mit à hurler son nom mais les chaînes le retenaient toujours. Des larmes coulèrent sur ses joues tandis qu’il assistait impuissant à la scène. Le docteur observa Jimmy s’approcher. Il y avait quelque chose d’inquiétant dans son calme apparent.

-Quel est ton but, mon cher petit médium ? Tes capacités sont certes fascinantes, mais elles ne te serviront à rien face à moi.

Jimmy s’assit sur une vieille chaise et jeta un coup d’œil aux autres. Ils étaient immobilisés, mais semblaient conscients. Il reporta son attention sur le docteur.

-J’ai quelque chose à vous proposer.

Le docteur le dévisagea, surpris, puis éclata d’un rire dément. Il se moqua de lui pendant de longues minutes, puis se calma et le fixa.

-Une proposition ? Et qu’as-tu à m’offrir qui pourrait me faire renoncer à mes plans ?

Jimmy sourit tristement à Michaël, puis regarda le médecin dans les yeux.

-Je veux vous parler d’un échange. Moi contre Michaël et sa famille. Le docteur le scruta avec malice et réfléchit.

-Qu’as-tu donc de plus que ce jeune garçon ? Il est le réceptacle idéal pour mon esprit. Pourquoi devrais-je te choisir toi ?

Billy, qui entendait tout, se mit à se débattre de nouveau. Mais Jimmy savait ce qu’il faisait. Il s’approcha du médecin et commença à plaider sa cause.

-Il est vrai que ce jeune homme a une âme pure et innocente. Mais son âge est un handicap. Il n’a que dix-sept ans. Cela ne pose pas de problème pour la réincarnation, mais qu’en est-il de la suite? Comment un adolescent pourrait-il s’échapper et recommencer une nouvelle vie sans être traqué par la police ? Son père a signalé sa disparition. Même si les autorités ne croiront jamais à une histoire de possession ou de réincarnation, vous serez vite rattrapé et enfermé dans ce corps, isolé dans un asile. Et vous savez mieux que quiconque comment on y vit, n’est-ce pas ? De plus, vous n’aurez pas d’argent. Et même si vos connaissances en médecine sont remarquables, vous devrez refaire vos études avant de pouvoir exercer à nouveau. Sans compter le père Rosso qui connaît bien la famille et qui pourrait vous causer des ennuis s’il se mettait à leur recherche.

Le docteur écoutait Jimmy avec attention. Il pesait le pour et le contre. Jimmy continua.

-Avec moi, vous auriez plus de facilité pour recommencer une nouvelle vie. Je n’ai que vingt-huit ans, ce qui n’est pas si vieux. Et je suis un médium renommé qui a une certaine notoriété. Je mène une vie confortable. Je suis également diplômé en médecine. Je suis prêt à vous laisser prendre possession de mon corps si vous libérez toutes les personnes qui sont ici ainsi que les âmes que vous avez piégées dans cet autre monde. Laissez ces âmes reposer en paix et laissez les autres reprendre leur vie et je vous suivrai sans résistance.

Le docteur hésitait. Il avait été tellement obsédé par sa renaissance qu’il n’avait pas pensé à sa vie future. Le petit médium avait des arguments convaincants. Il y eut un silence qui sembla durer une éternité, puis le docteur se décida et se dirigea vers le miroir, suivi de Jimmy. Celui-ci jeta un dernier regard à son frère.

-Adieu Billy. Je t’aime grand frère.

Billy sentit les larmes lui monter aux yeux en voyant Jimmy et le docteur franchir le miroir. Il voulut crier, les retenir, mais il ne pouvait pas bouger. Il assista, impuissant, à la disparition de son frère dans l’autre monde.

 

 

Chapitre 12

Jimmy était resté auprès de Philippe qui surveillait la progression de Mark, Jean et Billy à travers la caméra du sous-sol. L’image était brouillée, mais le son était clair. Ils virent le trio avancer vers le fond de la pièce et découvrir ce qui se cachait derrière le rideau en même temps qu’eux. Jimmy fut saisi par la vue du miroir. Même à travers l’écran, il sentait son pouvoir d’attraction. Il comprit alors que ce miroir était le passage vers le monde parallèle que le docteur s’était créé. Il réfléchit vite. Il n’était pas un spécialiste du vaudou, mais il connaissait les principes des portails. Si la sortie était dans la chambre des jumeaux, l’entrée devait être dans la cave. Il appela le Père Rosso. Celui-ci répondit aussitôt.

-Jimmy ? Quoi de neuf ? Avez-vous retrouvé Michaël ?

Jimmy trépignait d’impatience.

-Mon Père, je n’ai pas le temps de tout vous expliquer. C’est la folie ici. Mais j’ai besoin de vous demander un service. Ne me posez pas de questions, le temps presse. Pouvez-vous venir tout de suite ? J’ai besoin de vous pour sceller le portail de la chambre de Michaël. Je suis sûr que vous savez faire ça.

Le Père Rosso hésita un instant. Il réfléchit quelques secondes.

-Je pense pouvoir le faire, mais qu’en est-il des âmes prisonnières de l’autre côté ? Nous ne pouvons pas les abandonner ! Elles doivent continuer leur chemin !

Jimmy soupira.

-Ne vous inquiétez pas, mon Père. J’ai un plan et je pense qu’il a des chances de marcher. Mais dépêchez-vous, s’il vous plaît.

Sur ce, Jimmy raccrocha. Il croisa les regards d’Antoine et de Philippe qui le questionnaient du regard et se rapprocha d’eux.

-Tu as vraiment un plan ou tu improvises ? lui demanda Antoine.

Jimmy lui sourit.

-Un peu des deux. J’espère ne pas me tromper. Mais je vais avoir besoin de votre aide à tous les deux aussi.

Il leur exposa son idée. À en juger par leur expression, Jimmy vit qu’ils n’étaient pas du tout emballés par son idée.

-Tu ne peux pas faire ça, Jimmy. C’est trop dangereux ! Et Billy, tu y as pensé ?

Philippe regarda Jimmy avec tristesse. C’est vrai que ce n’était pas le meilleur plan du monde, mais il ne voyait pas d’autre solution. Il fallait qu’il tente le coup. Voyant que Jimmy était déterminé, Antoine et Philippe se résignèrent.

-Promets-nous de ne rien faire avant qu’on te donne le feu vert. Il faut respecter le timing à la lettre.

Découragés, les deux hommes lui firent la promesse demandée.

-Billy ne nous le pardonnera jamais ! dit Philippe d’un air désolé.

Jimmy posa la main sur l’épaule de son ami. Il était désolé de leur imposer ça, mais la situation l’exigeait. Il n’y avait pas d’autre issue possible.

–Ne t’en fais pas, Philippe. Billy comprendra que c’était la seule façon de faire. Et puis, c’est moi qui vous ai obligés à faire ça. Vous n’êtes pas responsables.

Philippe secoua la tête et baissa les épaules.

-OK, Jimmy. On fera comme tu dis.

Jimmy leur sourit et leur expliqua les différentes étapes de son plan. Il venait juste de finir quand le Père Rosso arriva. Il portait sa tenue de cérémonie et avait apporté tout le matériel que l’Évêque lui avait confié.

Sans perdre de temps, Jimmy lui demanda de monter à l’étage et de sceller le portail du placard. Le Père Rosso observa un moment ce jeune homme. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait l’impression que c’était la dernière fois qu’ils se voyaient. Jimmy sentit l’angoisse du prêtre et lui fit un faible sourire.

– Ne vous en faites pas, mon Père. Tout ira bien. Scellez cette porte puis, quand Philippe et Antoine vous le diront, descendez à la cave et suivez leurs instructions.

Le prêtre accepta de monter à l’étage pour tenter de purifier la chambre. Il sentit une différence dans l’atmosphère, moins oppressante qu’avant, mais toujours inquiétante. Le portail qui s’ouvrait dans le placard semblait moins actif, moins menaçant. Il espéra que c’était bon signe.

Il déposa son matériel sur le bureau de l’adolescent et commença le rituel. Il récita des prières de libération pour Antonio et ses fils, prisonniers de ce lieu maudit. Il vit des boules de lumière se détacher du portail et se diriger vers la fenêtre, comme si elles cherchaient à s’échapper. Il pria encore plus fort, demandant à Dieu de refermer cette brèche infernale. Il s’approcha prudemment du placard et constata avec soulagement qu’il n’y avait plus rien d’anormal. Plus aucune vibration, plus aucune présence.

Il aspergea le cagibi d’eau bénite et y fixa un crucifix. Les boules de lumière avaient disparu. Le prêtre espéra que les âmes d’Antonio et des jumeaux avaient trouvé la paix. Il redescendit rejoindre les deux techniciens au moment où Jimmy et le sosie de Michaël franchissaient le miroir. Le Père Rosso n’en crut pas ses yeux. Quelle sorcellerie était-ce là ? Comment cela pouvait-il être possible ? Il se tourna vers les techniciens et Antoine lui expliqua ce qu’ils avaient découvert sur l’entité. Le Père écoutait avec attention.

-Donc, vous me dites que ce n’est pas un démon? Que cette chose que nous affrontons depuis si longtemps n’est que le fantôme d’un homme ?

Philippe intervint à son tour.

-Pas n’importe quel homme, mon Père. Un homme qui pratiquait la magie vaudou. Je sais que l’Église ne croit pas en ces choses-là et les considère comme des impostures, mais après tout ce que nous avons vu, je pense que vous devriez revoir votre jugement. Cet homme avait des dons particuliers depuis son enfance et la gouvernante haïtienne les a transformés en quelque chose de très noir. Quand on fait le bilan de tous les événements depuis l’arrestation du docteur, on ne peut que constater qu’on est dans le domaine du surnaturel. Sinon, comment expliquer qu’il ait pu s’évader d’un véhicule blindé sans l’aide de ses gardiens ? Comment a-t-il pu survivre sans son corps physique ? C’est de la magie noire, mon Père. Mais vous pouvez quand même nous aider.

Le Père Rosso le regarda avec étonnement.

-Vous aider ? Mais comment ? Je ne suis pas un sorcier !

Philippe s’assit à côté du Père et lui exposa le plan de Jimmy. Plus il parlait, plus il voyait que le Père Rosso était réticent à cette idée.

-N’y a-t-il pas une autre solution ? C’est du suicide !

Antoine se leva et s’approcha du Père Rosso.

-Je sais, mon Père. Nous sommes du même avis. Mais c’est la dernière volonté de Jimmy et nous avons accepté. Il est trop tard pour reculer maintenant. Jimmy a traversé le miroir. Nous devons attendre son signal et ensuite nous irons à la cave et nous ferons ce qu’il nous a demandé.

Le prêtre semblait déchiré intérieurement. Les deux techniciens lui laissèrent le temps de réfléchir. Le Père Rosso les regarda d’un air désolé puis finit par s’asseoir en soupirant, l’air résigné.

-S’il n’y a pas d’autre solution, je vous suivrai donc.

Antoine et Philippe le remercièrent et se remirent devant les écrans, attendant le signe de Jimmy. Rien n’avait changé dans la cave. Sylvia gisait toujours sur la table d’autopsie, Jean était pétrifié comme une statue de pierre et Mark et Billy étaient enchaînés au mur. Le miroir scintillait, attendant le retour de Jimmy et de son double maléfique. Les deux hommes faisaient les cents pas, impatients et angoissés.

 

A l’hôpital, Andréa était plongée dans le coma. L’infirmière qui veillait sur elle vérifiait ses constantes. Elle regarda les derniers scanners et vit la tumeur qui dévorait la moitié de son cerveau. Pauvre femme. C’était un miracle qu’elle soit encore en vie. En consultant son dossier médical, l’infirmière apprit qu’Andréa vivait avec cette tumeur depuis cinq ans. Une tumeur inopérable, incurable. Elle avait refusé la chimiothérapie, craignant de perdre son don de médium. Elle avait gardé son secret pour elle et avait continué à aider Billy dans ses enquêtes paranormales. Elle et Billy s’étaient rencontrés sur un cas de possession qui avait coûté la vie à la victime. Un lien unique les avait unis. Ils étaient restés en contact depuis. L’infirmière soupira et reposa les documents. Il n’y avait plus rien à faire pour cette femme. Elle allait sortir de la chambre quand elle entendit Andréa murmurer quelque chose. Elle se rapprocha et eut l’impression qu’elle parlait avec quelqu’un. Elle doit rêver, se dit l’infirmière. Elle écouta encore un moment et crut distinguer un prénom. Jimmy. Puis le silence revint. L’infirmière regarda Andréa encore un instant puis quitta la chambre.

Andréa voyait tout ce qui se passait autour d’elle. Elle voyait son corps décharné, allongé sur le lit d’hôpital, relié à des machines qui la maintenaient artificiellement en vie. Elle voyait le respirateur qui gonflait et dégonflait ses poumons, l’électroencéphalogramme qui mesurait son activité cérébrale. Elle sentait que la fin était proche. Elle l’avait acceptée. Mais elle ne pouvait pas y penser maintenant. Quand elle avait décidé de suivre Billy, elle savait que ce serait sa dernière mission. Elle savait qu’elle devait aider cette famille. Elle se regarda une dernière fois puis se tourna vers la porte de la chambre et se retrouva dans un couloir sombre. Elle ferma les yeux et se concentra, laissant ses pensées la guider vers la maison des Blanchart. Elle sentit une force l’attirer à une vitesse vertigineuse, comme si elle était aspirée par un aimant. Quand elle ouvrit les yeux, elle était dans la maison des Blanchart. Elle vit le prêtre et les deux techniciens assis dans le salon, hypnotisés par les écrans. Elle chercha Billy et le localisa au sous-sol. Elle ressentit sa détresse et sa colère. Elle sentit aussi d’autres présences avec lui.

Elle descendit prudemment les marches et découvrit la scène qui se jouait sous ses yeux. Billy et Mark étaient prisonniers des chaînes, Jean était immobilisé par une force invisible, Sylvia était clouée à la table de métal. Andréa s’approcha de Billy et il sembla percevoir sa présence.

-Andréa ? C’est toi ? dit-il d’une voix tremblante.

Andréa effleura la joue de Billy et il sentit une vague de chaleur l’envahir. C’était bien elle. Il tenta de lui transmettre ses pensées pour la mettre en garde, mais Andréa semblait déjà attirée par le miroir. Elle lui souffla un faible adieu, déposa un baiser sur sa joue et disparut dans le miroir.

 

De l’autre côté, Jimmy et le docteur se tenaient devant un autel semblable à celui de la cave des Lambert. Michaël était assis par terre, recroquevillé sur lui-même. Il se sentait faible et terrifié. Il voyait son corps possédé par cette entité et il avait l’impression d’avoir été violé. Même s’il récupérait son corps, il ne se supporterait plus. Il se sentait souillé pour toujours. Le docteur s’affairait à préparer le rituel de transfert. Jimmy le regardait avec curiosité. Il ignorait tout des pratiques de la magie et il était attentif. Le docteur devina son intérêt et se mit à lui expliquer les différentes étapes qui permettraient à Michaël de retrouver son corps et au docteur de prendre celui de Jimmy. Malgré l’horreur de la situation, le docteur trouvait que Jimmy était étrangement calme, comme résigné. Mais il ne s’en inquiétait pas. Ce monde était le sien. Il l’avait créé avec son esprit et il y avait tout pouvoir. Il avait remarqué que les âmes du vieil homme et de ses fils avaient disparu, mais il s’en fichait à présent. Il avait tout ce qu’il lui fallait. Il continua donc à mélanger ses potions, tout en discutant avec Jimmy. Il y avait longtemps qu’il n’avait plus parlé avec personne. Pas depuis que sa gouvernante avait été chassée de Belgique. C’était agréable.

Un peu distrait, il ne vit pas la silhouette translucide d’Andréa émerger du miroir. Michaël, toujours blotti dans un coin, observait les deux hommes discuter comme de vieux amis. Il ne savait pas ce que Jimmy mijotait, mais il préférait rester loin du médecin. Cet homme émanait une telle noirceur que Michaël en avait la nausée. Soudain, il sentit une présence et une chaleur l’envelopper. Quand il leva les yeux, il vit Andréa. Elle n’avait pas l’air réelle, pourtant il pouvait sentir sa compassion et sa force l’aider à reprendre courage. Elle posa un doigt sur ses lèvres pour lui faire signe de se taire et le garçon acquiesça. Andréa se glissa discrètement vers les deux hommes. Jimmy la remarqua mais ne laissa rien paraître. Elle en profita pour lui parler par télépathie, sans que le docteur ne s’en aperçoive. Jimmy entendait parfaitement sa voix dans sa tête. Elle lui expliqua son plan pendant quelques minutes puis se fit plus discrète.

Heureusement, car le docteur se tourna vers Michaël.

-C’est l’heure, mon cher. Je vais te rendre ton corps et tu pourras retrouver ta famille. Tu es content, n’est-ce pas ?

Michaël se redressa mais ne dit rien. Il regarda Jimmy et celui-ci lui fit signe d’approcher. Le docteur enduisit son corps d’une huile visqueuse et fit de même sur le jeune homme. Il traça des symboles étranges sur le torse de Michaël. Puis, il se mit à psalmodier une langue inconnue et Michaël se sentit aspiré par son propre corps. Tout devint noir un instant puis, quand Michaël rouvrit les yeux, il vit son reflet dans le miroir. Il avait retrouvé son apparence.

Le docteur était à côté de lui mais il avait une apparence translucide. Cependant, il dégageait une puissance phénoménale. Une sorte de brouillard noir et épais l’enveloppait. L’air de la pièce devint irrespirable. Une odeur de putréfaction envahit les lieux. Jimmy observait aussi le médecin avec une certaine terreur mais resta immobile. Il se tourna vers Michaël et lui montra le miroir du doigt. Michaël regarda le médecin. Le visage de l’homme changeait sans cesse, passant d’une apparence humaine à une allure de démon. Mais le pire était les visages de nombreux jeunes garçons qui apparaissaient sur le torse de la créature. Chaque visage exprimait une horreur sans nom. Michaël était fasciné par cette vision cauchemardesque.

-Tu peux partir, jeune homme, lui dit la créature. Je n’ai plus besoin de toi.

Michaël leva les yeux vers le sourire cruel de la créature et celle-ci lui fit signe de se dépêcher avant qu’elle ne change d’avis. Michaël recula lentement vers le miroir et, avant de le franchir, se tourna vers Jimmy. Il voulait lui dire tant de choses ! Mais Jimmy secoua la tête.

-Vas-y Michaël. Je sais ce que tu veux me dire et je te remercie pour tout. Mais une promesse est une promesse. Tu es libre. Va rejoindre ta famille. Tout sera bientôt fini.

Michaël ne dit rien mais les larmes coulèrent sur ses joues. Il regarda une dernière fois Jimmy puis traversa le miroir, dans un éclair de lumière bleue, qui le ramena dans la cave familiale. Il tomba lourdement sur le sol et perdit le souffle. Il essaya de se relever. Quand ses yeux s’habituèrent à l’obscurité, il vit sa mère sur la table en acier et son père à côté d’elle. Il les toucha et, comme par magie, ses parents furent libérés du sortilège. Sa mère se redressa et le serra dans ses bras en pleurant. Son père s’approcha avec prudence, scrutant son fils dans les yeux, et fut soulagé de reconnaître Michaël.

 

Billy et Mark étaient enfin libres de leurs liens, grâce à l’aide du prêtre et des deux techniciens qui venaient de les rejoindre. Billy se précipita vers le miroir, espérant retrouver son frère de l’autre côté. Mais il se heurta à une barrière invisible qui l’empêchait de passer. Il appela Jimmy à plusieurs reprises, mais aucun son ne lui parvint. Il essaya de forcer le passage, de se glisser entre les mailles du miroir, mais rien n’y fit. Il finit par s’asseoir, découragé, et attendit. Peut-être qu’en se concentrant, il pourrait entrer en contact avec Jimmy. Mais le miroir restait muet. Il se releva et commença à arpenter la pièce, anxieux. Il se tourna vers Michaël, qui semblait être le seul à savoir ce qui se passait de l’autre côté. Mais le jeune homme était comme pétrifié, tremblant et agrippé aux bras de sa mère. De l’autre côté, le docteur s’avança vers Jimmy. Il avait pris une forme monstrueuse, avec des visages hurlants qui surgissaient de son torse. Jimmy était terrifié par cette vision cauchemardesque.

-C’est le moment, très cher, murmura le docteur. Le moment de ma renaissance. Jimmy ne dit rien. Il n’avait plus la force de fuir.

-Je dois admettre que je vous admire, lui dit le docteur. Vous êtes prêt à vous sacrifier pour sauver ce jeune homme. C’est un acte noble et admirable. Même si je n’en saisis pas les motivations. Mais cela n’a pas d’importance, n’est-ce pas ?

Jimmy fixait le médecin avec mépris. Sans Michaël à ses côtés, il n’avait plus aucune raison de cacher son aversion pour cet être abject.

-Vous n’êtes qu’un monstre sans âme, lui cracha-t-il. Le sacrifice ne signifie rien pour vous. Vous n’avez que faire de la vie des innocents que vous utilisez pour vos expériences atroces. Vous me répugnez.

Le docteur leva les yeux vers Jimmy, surpris, puis se mit à rire aux éclats, comme si Jimmy venait de lui faire une bonne blague. Il reprit son sérieux et, sans un mot, enduisit Jimmy d’une substance nauséabonde. Jimmy sentit que sa fin approchait. Il pria silencieusement pour que tout soit rapide et indolore. Il frissonna au contact des doigts glacés de la créature sur sa peau. Mais alors que le docteur commençait à psalmodier, une lumière éblouissante jaillit. Elle s’approcha lentement du docteur par derrière et l’enveloppa comme un linceul. Une fine couche blanche semblait se coller à son corps.

-Que se passe-t-il ? hurla le docteur. Quelle est cette sorcellerie ?

Il tourna son regard furieux vers Jimmy et son visage se déforma en une expression féroce et effrayante.

-Qu’as-tu fait, misérable ver de terre ?

Jimmy resta bouche bée. Il ignorait ce qui se passait. La couche blanche montait progressivement sur les membres de la créature.

Le docteur se débattait de toutes ses forces pour se libérer de cette membrane qui l’emprisonnait comme un cocon. Il essayait de la déchirer mais ses doigts la traversaient. Jimmy était fasciné par ce qu’il voyait. La membrane semblait partir de ses pieds et remonter le long de son corps. Elle avait déjà recouvert ses jambes, son ventre, sa poitrine. Le docteur hurlait de rage et de désespoir.

-Sale petit médium ! cracha-t-il à l’adresse de Jimmy. Quel est ton tour de passe-passe ? Tu crois que tu vas me tuer et t’échapper ? Tu te trompes ! Si je meurs, tu resteras prisonnier ici à jamais !

Jimmy était pétrifié. Il ne savait pas d’où venait cette chose qui attaquait le docteur. Il n’avait rien fait pour la provoquer. Quand la membrane atteignit le cou du docteur, Jimmy vit avec stupeur le visage d’Andréa apparaître à travers la substance gluante. Elle avait l’air de souffrir atrocement. Elle regarda Jimmy avec un mélange de tristesse et de détermination. Elle lui parla d’une voix faible :

-Fuis, Jimmy ! Fuis tant qu’il est temps ! Je ne peux pas le retenir longtemps ! Cours vers le miroir !

Jimmy hésita. Il ne voulait pas abandonner Andréa. Mais elle lui dit encore :

-Fuis, Jimmy ! C’est trop tard pour moi ! Fuis et sauve-toi !

Jimmy vit le docteur se transformer à nouveau en monstre. Il comprit que la résistance d’Andréa faiblissait. Le cocon se craquelait de partout, laissant apparaître les griffes, les crocs, les yeux rouges du monstre. La lumière d’Andréa était presque éteinte, engloutie par les ténèbres. Il n’y avait plus rien à faire pour la sauver.

Jimmy se précipita vers le portail, le cœur serré. Il jeta un dernier regard vers le monstre qui se libérait de sa prison. Il vit son regard de haine se poser sur lui. Il entendit son rire dément résonner dans la pièce. Il sauta dans le portail sans réfléchir. Le miroir devint transparent et Jimmy tomba aux pieds de son frère. Billy n’eut pas le temps de dire un mot qu’Antoine et Philippe attrapèrent Jimmy et l’éloignèrent du portail. Jimmy se mit à crier :

-Dépêchez-vous ! Cassez-le ! Cassez-le !

Les deux hommes saisirent des barres de fer qui traînaient sur le sol et frappèrent le miroir de toutes leurs forces. Le miroir se fissura en plusieurs endroits et, avant de se briser complètement, ils entendirent tous les hurlements de colère du monstre qui était resté de l’autre côté. Puis, il y eut une explosion. Des éclats de verre volèrent dans tous les sens. Ils se protégèrent le visage avec leurs bras. Quand le calme revint, Billy se précipita vers Jimmy, le releva et le prit dans ses bras.

Le prêtre s’approcha du miroir brisé et le bénit avec de l’eau sainte tout en récitant une prière de protection. Quand il eut fini, il poussa un soupir de soulagement. C’était fini. Enfin ! Ils avaient vaincu cette horreur. Le groupe se rassembla et le prêtre leur demanda de former un cercle en se tenant par la main.

-Il nous reste une dernière chose à faire, leur dit-il. Nous allons prier pour la libération des âmes qui ont été captives de cette créature maléfique pendant si longtemps.

Ils se prirent tous par la main et le prêtre commença sa prière. Des petites sphères de lumière apparurent dans l’air. Il y en avait une trentaine. Elles scintillèrent un instant, puis s’envolèrent vers le plafond de la cave. Elles étaient libérées. Il n’en resta que trois. Elles prirent brièvement une forme humaine et Sylvia éclata en sanglots. C’était son père et ses frères. Ils s’approchèrent d’elle, lui touchèrent l’épaule avec tendresse, puis disparurent à leur tour. Ils étaient en paix. La prière se termina et ils remontèrent tous à l’étage.

Jean arracha le crucifix de la main du prêtre et le cloua sur la porte de la cave. Mark le regarda avec étonnement.

-On n’est jamais trop prudent, dit Jean avec un sourire forcé.

Mark haussa les épaules et ne dit rien. Michaël resta un moment dans le couloir et observa les lieux. L’endroit semblait plus clair et plus serein. Il n’y avait plus aucune trace de malveillance. Pourtant, il avait du mal à réaliser qu’il avait réussi à vaincre le monstre. Il se sentait encore faible et nauséeux. Il rejoignit les autres. Et c’est ainsi que la vie reprit son cours normal. Le monstre avait été vaincu et la famille retrouva peu à peu son équilibre.

 

Billy et Jimmy se rendirent à l’hôpital où ils apprirent la mort d’Andréa. Ils organisèrent les funérailles, la pauvre femme n’ayant plus de proches. Michaël et ses parents y assistèrent. Le prêtre Rosso, qui avait pratiqué l’exorcisme, rentra chez lui et rédigea un rapport détaillé des événements pour l’évêque. Il lui annonça également sa décision de quitter son poste de curé de la paroisse. Après tout ce qu’il avait vécu, il se sentait trop vieux pour affronter les forces du mal. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il faisait des cauchemars horribles où il entendait encore les cris du démon qu’il avait combattu. Il se retira dans un monastère où il finit ses jours dans une relative tranquillité. Mais il ne put jamais oublier l’histoire de la famille Giorno.

 

Billy et Jimmy rentrèrent chez eux. Billy, avec l’accord de Sylvia et Jean, écrivit un livre sur les événements qu’ils avaient vécus, en changeant les noms pour des raisons évidentes. Il remporta le prix du meilleur roman d’horreur de l’année. Jimmy rejoignit une association qui luttait contre la cruauté envers les animaux. Il ne se servit plus de son don pendant longtemps. Il avait confié à Billy ce qu’il avait vu dans le portail : l’apparition d’Andréa et le cocon qu’elle avait formé autour du docteur. Cela l’avait profondément bouleversé. Billy avait fait des recherches approfondies sur ce phénomène, mais il n’avait jamais trouvé d’explication satisfaisante. Il ne savait pas non plus si Andréa était déjà morte quand elle s’était attaquée au docteur, ou si son corps était encore vivant. Il se demandait ce qu’était devenue son âme.

Était-elle coincée dans ce monde parallèle, s’il existait encore, ou avait-elle été libérée avec les autres victimes ? Toutes ces questions le tourmentaient et l’empêchaient de trouver le sommeil les nuits d’hiver où le temps semblait suspendu et que la lumière blafarde du matin n’arrivait pas à réchauffer la journée qui commençait.

 

Un mois après les événements, les parents de Michaël décidèrent de déménager et mirent la maison en vente. Malgré que la maison soit libérée de l’entité, les mauvais souvenirs qui la hantaient les empêchaient de s’y sentir bien. Ils trouvèrent un bel appartement à quelques rues de là et y emménagèrent. Michaël reprit les cours et recommença à voir ses amis. Ils ne lui posèrent jamais de questions sur ce qu’il s’était passé et Michaël n’en parla jamais non plus. Ils vécurent ainsi relativement heureux pendant près de dix ans. Son père avait retrouvé du travail dans une banque et sa mère s’était remise à peindre des tableaux.

Michaël termina ses études secondaires et entama des études de médecine. Il n’avait pas prévu de se lancer dans cette voie, mais quelque chose au fond de lui le poussait à étudier l’anatomie humaine. Il pensait que c’était à cause du traumatisme qu’il avait subi en voyant sa mère possédée. Il voulait être capable de l’aider si elle tombait malade. Il ne supportait pas l’idée d’être impuissant face à la souffrance. Il poursuivit ses études et rendit souvent visite à ses parents.

Sa mère était toujours ravie de le voir, mais Michaël remarqua que son père avait toujours l’air inquiet quand il venait chez eux. Quand Michaël lui demandait ce qui n’allait pas, Jean lui répondait qu’il lui fallait du temps pour oublier leur cauchemar. Il savait que son fils n’était pas coupable des malheurs qu’ils avaient subis, mais il n’arrivait pas à effacer de sa mémoire la voix du docteur sortant de la bouche de son propre fils.

Mais Michaël ne s’en faisait pas trop. Il était sûr qu’avec le temps, son père finirait par tourner la page et que la vie reprendrait ses droits. Pas comme avant, bien sûr, mais avec plus d’optimisme. Car si après tout ce qu’ils avaient traversé, leur famille n’était pas plus forte, alors à quoi servaient les épreuves ? C’est sur ces pensées apaisantes que Michaël s’endormit.

Mais il ne savait pas que son sommeil serait troublé par un rêve étrange. Il se revoyait dans la cave, face au portail. Le miroir était intact et il reflétait une image déformée de lui-même. Il entendit une voix familière lui parler :

-Michaël… Michaël… C’était la voix d’Andréa.

Elle semblait lointaine et faible, mais il la reconnaissait sans peine.

-Andréa ? dit-il, surpris. Où es-tu ? Que veux-tu?

-Michaël… Michaël… Aide-moi… Aide-moi…

Elle répétait ces mots comme un appel désespéré. Michaël sentit son cœur se serrer. Il voulait aider Andréa, mais il ne savait pas comment. Il s’approcha du portail, comme attiré par la voix. Il tendit la main vers le miroir, comme pour le toucher.

Mais avant qu’il n’atteigne la surface, il entendit un autre rire. Un rire qu’il connaissait trop bien. Un rire qui lui glaça le sang. C’était le rire du docteur. Il vit son visage apparaître dans le miroir, à côté de celui d’Andréa. Il avait l’air triomphant et cruel. Il dit à Michaël :

-Tu croyais m’avoir vaincu, n’est-ce pas ? Tu te trompes, Michaël. Je suis toujours là. Et je reviendrai te chercher. Toi et ta famille. Vous ne serez jamais tranquilles. Jamais !

Michaël recula, terrifié. Il voulut crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il se réveilla en sursaut, trempé de sueur. Il regarda autour de lui, cherchant à se rassurer. Il était dans sa chambre, dans son lit.

Ce n’était qu’un cauchemar. Rien de plus. Il se leva et alla boire un verre d’eau. Il essaya de se calmer et de se convaincre que tout allait bien. Ils avaient vaincu ce monstre.

Il regagna son lit et s’endormit aussitôt. Par l’entrebâillement de la porte de la salle de bain, le miroir se mit à luire d’une lueur bleutée. Un rire sardonique résonna, puis plus rien. fer

 

 

 

 

La prison de verre

Derrière le miroir

Tome 1

 

Chapitre 1

 

Les monstres n’existent pas.

Du moins, c’est ce que j’avais toujours cru jusque-là. Mais avant de vous conter mon histoire, je dois vous expliquer le contexte dans lequel ma famille est passée d’une charmante bourgade du nom de Bruz en France à une misérable et terrifiante maison de coron située dans un petit village de Belgique. Je m’appelle Michaël Blanchart et, à l’époque, j’étais un adolescent de dix-sept ans passionné d’histoire. J’adorais lire des romans historiques mais j’étais également passionné par le paranormal. Bizarre ? Peut-être, mais j’étais fait ainsi. J’étais aussi très introverti, ce qui n’était pas pratique pour se faire des amis, je l’avoue. Du haut de mon mètre quatre-vingts, j’avais tendance à intimider mes camarades, mais cette impression ne durait pas dès qu’ils se rendaient compte de ma timidité maladive. Le nez toujours dans mes bouquins, je m’étais donc forgé la réputation d’un géant solitaire. Un géant affublé d’une longue chevelure noire, d’un nez aquilin et des yeux bleu azur. Avant de quitter Bruz, j’étais inscrit dans une école catholique privée du nom de Providence. Mon père, Jean Blanchart, Français de naissance, travaillait au Crédit Agricole de Bruz. Il adorait son travail. Malheureusement, m’avait-il expliqué un soir, quand vous êtes performant, et mon père l’était, vous avez des problèmes avec ceux qui veulent en faire le moins possible et vous finissez par les gêner. Dix années ont suffi à mon père pour comprendre que seuls les « piranhas », comme il les appelait, s’en sortaient. Bien que la banque ait mis toute une politique en place pour le bien-être au travail, le bureau des ressources humaines était bien trop éloigné du terrain pour défendre efficacement ceux qui mettaient toute leur énergie et leur temps au service du client. Ainsi, après une décennie d’heures supplémentaires, de pressions quotidiennes et d’exigences de plus en plus sollicitées, mon père avait fini par craquer. Il était rentré un soir, la mine sombre et les yeux rougis, et avait annoncé à ma mère qu’il allait démissionner. Il avait l’air si vieux, si fragile que j’en ai eu le cœur serré. A quarante-deux ans, ses tempes étaient déjà grisonnantes et il paraissait usé. Lui qui avait toujours été d’une nature enjouée, qui aimait rire et était d’un naturel optimiste m’a paru ce soir-là comme éteint. Je me souviens l’avoir vu s’asseoir en silence à la table de la cuisine, mettre son visage dans ses mains et fondre en larmes.

De toute ma vie, je ne l’avais jamais vu dans cet état. Mais il est vrai que quand on est jeune, on ne remarque pas toujours quand une personne va mal. Et comme mon père était toujours de bonne humeur quand il rentrait du travail, je ne m’étais jamais demandé si tout allait bien pour lui en général. J’étais dans le salon en train de faire mes devoirs et je voyais donc la cuisine. Ma mère, qui était en train de préparer le dîner, n’avait pas répondu mais s’était avancée vers mon père et l’avait serré dans ses bras. Il avait l’air si désemparé que j’allais me lever pour le rejoindre mais je vis ma mère secouer la tête, m’intimant de rester à ma place. Tout en caressant doucement ses cheveux, elle le laissa s’épancher dans ses bras et quand ses sanglots se transformèrent en simples reniflements, elle lui donna un mouchoir et le rassura en lui promettant que tout allait s’arranger. Ils trouveraient une solution ensemble, comme ils l’avaient toujours fait. Elle était ainsi, ma mère. Toujours positive, toujours aimante, toujours disponible. Italienne de naissance, ma mère Sylvia Giorno était femme au foyer depuis ma venue au monde. Avant de rencontrer mon père, elle vivait en Belgique, dans un village appelé Péronnes Charbonnage. Elle venait d’une famille nombreuse d’immigrés italiens qui avaient travaillé dans les mines de charbon. Heureusement, c’était bien après l’horrible accident du Bois du Cazier, où plus de deux cent trente mineurs avaient péri dans un incendie souterrain. Son père et sa mère avaient mis tout en œuvre pour scolariser leurs quatre enfants, et quand ma mère eut terminé ses études secondaires, elle décida de s’inscrire aux Beaux-arts de Paris et quitta donc son pays natal pour suivre ses cours, logeant dans un petit appartement partagé avec d’autres étudiants. C’est là qu’elle le rencontra. Il faisait un Master en sciences juridiques et financières. Ils eurent le coup de foudre immédiat. Oui, c’est un peu fleur bleue, mais c’est ainsi que mes parents m’ont toujours raconté leur rencontre. Et quand je les revois dans mes souvenirs, après tant d’années de mariage, je me dis qu’ils avaient raison. Que c’était ça le grand amour. Quand mon père fut enfin calmé, il sembla remarquer ma présence et se força à sourire en me demandant : -Alors, comment tu vas champion ? Comme d’habitude, il essayait de me rassurer. Je me levais et allais l’embrasser. Nous avions une très belle relation, lui et moi. Je lui répondis que tout allait bien et lui retournais la question. Il devait voir l’inquiétude sur mon visage car il se leva et me serra dans ses bras en m’assurant qu’il était simplement fatigué. Une voix se fit entendre à l’autre bout de la maison. Ma mère se dirigea vers la chambre d’amis où se trouvait mon grand-père Antonio, que j’appelais Nonno. Mon grand-père vivait avec nous depuis le décès de sa femme, il y a de cela plus de vingt ans. Je n’ai pas eu la chance de la connaître mais mon Nonno m’en avait si souvent parlé que je me sentais proche d’elle sans l’avoir jamais vu.

D’après ce que ma mère m’avait raconté, sa mère Giulia était partie au marché et sur le chemin du retour, elle avait été percutée par un chauffard qui était sous l’emprise de l’alcool. Le choc l’avait tuée sur le coup. Mon grand-père ne s’en était jamais remis. Et quand il tomba malade, ma mère décida de mettre sa petite maison de coron en location et installa son père chez nous. Je me dirigeais également vers la chambre et vis que mon grand-père était assis dans son fauteuil et regardait ma mère d’un air interrogateur. Il avait dû entendre mon père pleurer et semblait inquiet. Ma mère le rassura et lui demanda s’il voulait se joindre à nous pour le dîner, ce qu’il accepta avec joie. Quand il était dans une de ses bonnes journées, comme il les appelait, il aimait partager notre compagnie autour d’un bon plat et nos conversations étaient assez animées. Lui aussi était un féru d’histoires et il n’était pas rare que je passe la soirée entière à discuter avec lui de tout et de rien mais surtout des sujets qui me passionnaient. Quand il rejoignit la cuisine avec ma mère, mon père se leva instantanément et lui avança une chaise pour qu’il s’y installe. J’aimais voir mon grand-père sourire. C’était plutôt rare à cette époque, son emphysème pulmonaire s’étant aggravé avec les années. Mais malgré ses souffrances, il était solide. Jamais il ne se plaignait et surtout il nous aimait. Rien ne lui faisait plus plaisir que de passer du temps avec nous. Il considérait mon père comme son propre fils et était toujours à l’écoute quand mon père lui demandait conseil. Ce soir-là, nous dînâmes dans la bonne humeur et le repas terminé, ma mère me demanda d’aller finir mes devoirs dans ma chambre. Je me doutais que mes parents voulaient parler de la situation avec mon grand-père donc je pris mon sac de cours, embrassai ma petite famille et montai dans ma chambre. Je laissai néanmoins ma porte entr’ouverte dans l’espoir de capter quelques bribes de la conversation mais ma mère dut se douter de mon stratagème car elle avait refermé la porte menant au salon. Je m’installai donc à mon bureau et entrepris de me concentrer sur mon devoir de mathématiques. Après plus de deux heures d’efforts, je fermai mon cahier et entendis la voix de mes parents souhaiter une bonne nuit à mon grand-père. Ils montèrent à l’étage et j’entendis frapper à ma porte. Mon père et ma mère entrèrent, me demandant si j’avais fini mon travail et m’embrassèrent avant de regagner leur chambre. Ils ne me dirent rien de plus ce soir-là, mais leur expression me faisait dire que notre vie était sur le point de changer. Aujourd’hui, je me rends compte que j’étais loin de savoir à quel point. Plongé dans mes pensées, je me mis en pyjama et allai me coucher. Cette nuit-là, mon sommeil fut rempli de cauchemars mais quand je me réveillai le lendemain, je n’avais plus aucun souvenir de ceux-ci. La semaine qui suivit cette soirée se passa normalement. J’allai à l’école et mon père, ayant écrit sa lettre de démission le soir même où il avait annoncé sa décision à ma mère, était parti au travail pour clôturer certains dossiers qui exigeaient sa présence. Ma mère avait accompagné mon grand-père à l’hôpital pour un examen de routine. Le vendredi, quand mon père rentra à la maison, il me demanda de rejoindre ma mère et mon grand-père dans le salon. Je descendis donc de ma chambre et allai m’installer sur le canapé. Mon père m’annonça qu’au vu de la situation, ils avaient décidé, ma mère et lui, de retourner en Belgique dans la maison de mon grand-père. Mes parents attendaient de voir ma réaction mais je ne savais pas quoi répondre. Devant mon silence, ils m’expliquèrent que leur situation financière ne nous permettait plus de vivre à Bruz et que le temps que mon père retrouve un emploi, mon grand-père lui avait proposé d’aller vivre dans sa maison, ce qui donnerait du temps à mes parents pour se remettre sur pieds.

Voyant que je ne répondais toujours pas, mon grand-père tenta de me rassurer en m’expliquant que la Belgique n’était pas si différente de la France et qu’il était sûr que je serais beaucoup plus épanoui à la campagne. Sincèrement, je n’y voyais pas d’objections. Je leur dis donc que j’étais d’accord et ils parurent tous soulagés, ce qui me fit sourire. Mon grand-père me prit dans ses bras et m’embrassa en me disant que j’étais un bon garçon. Ma mère aussi était ravie. Mon père paraissait soulagé et me promit que tout cela serait temporaire et que c’était pour moi l’occasion de visiter un autre pays. Sur cette nouvelle, je regagnai ma chambre sans rien dire d’autre. La Belgique. Je ne connaissais rien de ce pays. Je me dirigeai donc vers mon ordinateur et fis une recherche. Quand le résultat s’afficha, je remarquai que c’était un tout petit pays à côté de notre chère France. Je tapai le nom du village de mon grand-père et tombai sur quelques images de petites maisons et d’étendues de champs. Ce n’était pas Bruz, c’est sûr. Mais je n’étais pas difficile. Après tout, ce n’était pas comme si j’avais une vie sociale et des amis à quitter. Rappelez-vous, j’étais le géant solitaire. En plus, j’étais curieux de voir l’endroit où ma mère avait grandi. C’est donc serein que je me couchai ce soir-là.

Le lendemain, je me rendis donc au secrétariat de mon école pour leur annoncer notre départ prochain et je fus étonné de voir la réaction des élèves de ma classe qui m’organisèrent dans la semaine un pot de départ en me souhaitant bonne chance dans ma nouvelle vie. J’ai toujours cru qu’ils me prenaient pour quelqu’un d’étrange et je me rendis compte à ce moment-là qu’ils allaient me manquer. Cependant, cela me rassura aussi. Si je n’étais pas le bizarre de service, mon entrée dans une autre école devrait bien se passer. Quand la fin du mois arriva, mon père revint avec une excellente nouvelle. Notre maison s’était vendue à un très bon prix, ce qui nous permettrait de subvenir à nos besoins pendant un temps. Le lundi suivant, ma mère m’annonça qu’il était temps que j’emballe mes affaires car nous partions à la fin de la semaine. Je passai donc mes journées à empiler mes vêtements et mes livres dans plusieurs valises et aidai mon père à charger la camionnette qu’il avait louée en vue du déménagement. Ma mère emballa la vaisselle et fit les valises de mon grand-père, s’assurant de ne rien oublier. Dans l’après-midi, nous prîmes la route, mon père au volant de la camionnette et ma mère, mon Nonno et moi-même dans notre voiture. Le trajet promettait d’être long. D’après le GPS, nous étions à presque sept cents kilomètres de notre destination. Lorsque nous arrivâmes à hauteur de Paris, mon père s’engagea sur un petit parking qui jouxtait un restaurant italien. Ma mère se gara juste à côté de la camionnette et nous profitâmes de cet arrêt pour nous restaurer et surtout pour soulager nos vessies. Le repas fut convivial, les plats excellents et lorsque le serveur nous apporta l’addition, ma mère en profita pour s’occuper de son père. Il avait l’air épuisé par le voyage et ma mère s’inquiéta de son teint pâle mais il la rassura. Tout allait bien et il était heureux de revenir chez lui. Nous reprîmes donc la route. Plusieurs heures plus tard, nous arrivâmes enfin à destination.

Mon père se gara devant la maison, suivi de ma mère. Mon grand-père regardait d’un air satisfait la façade brune aux briques sales, laissant traîner son regard sur la demeure. Je ne fus pas aussi enthousiaste que lui. La maison avait l’air minuscule et semblait laissée à l’abandon. Les fenêtres étaient sales et ressemblaient à des yeux qui nous regardaient d’un air mauvais, comme si nous étions responsables de son état. Le toit était en pente aiguë fait de tuiles flamandes. La porte d’entrée avait vraiment besoin d’un bon coup de peinture. Il faisait sombre à l’intérieur, malgré le soleil éclatant dans le ciel. Un vrai taudis. La vérité, c’est que cette maison me mettait mal à l’aise et quand ma mère introduisit la clé dans la serrure, je fus parcouru par un frisson glacé qui remonta le long de ma colonne vertébrale, faisant dresser mes cheveux sur ma nuque. C’était ridicule bien sûr. Cette maison était vieille et mal entretenue mais rien ne pouvait me laisser croire que je risquais quoi que ce soit sous son toit. Pourtant, en pénétrant dans la maison, mon malaise persista. La pièce de devant était minuscule. Composée d’une énorme cheminée aux proportions grotesques, elle ne devait cependant pas dépasser les huit mètres carrés. Nous avançâmes et tombâmes sur un minuscule couloir où se dressait un escalier qui permettait de monter à l’étage. S’ensuivait une autre pièce un peu plus spacieuse où trônait au fond une minuscule cuisine et une autre porte donnant sur une salle de douche. Ma mère installa son père sur un vieux canapé laissé par les anciens locataires et me demanda d’aller inspecter les chambres. Je montai doucement les escaliers, comme sur la défensive. Il faisait vraiment sombre malgré les luminaires. J’arrivai sur le palier et constatai que l’étage ne comportait que deux petites chambres de plus ou moins dix mètres carrés chacune. Elles étaient vides mais le sol était poussiéreux et les vitres salies par de nombreuses intempéries. Le papier peint fané était d’un marron foncé avec de petites striures blanches. Le sol était couvert d’un vieux linoléum gris. Il était clair que personne n’avait fait le ménage depuis un bout de temps. L’autre chambre était identique. Même papier peint, même linoléum. Je revins sur le palier et, regardant par la petite fenêtre qui éclairait peu le couloir, je remarquai une corde pendant du plafond. Je la saisis et tirai dessus doucement. Un escalier escamotable se déplia en grinçant et un carré d’obscurité apparut. Je montai prudemment les marches et passai la tête par la trappe. C’était un grenier. Il devait bien faire la surface des deux chambres du dessous. Je montai le restant des marches et regardai autour de moi. La pièce avait certainement été aménagée en chambre supplémentaire mais elle n’était guère plus accueillante avec son papier peint orange garni de grosses fleurs brunâtres. Le tapis était jauni aux endroits où s’étaient trouvés d’anciens meubles. Le sol était revêtu d’un vieux linoléum marron usé par les années. La pièce comportait un placard exigu qui devait certainement servir de fourre-tout. Il était vide également. Un petit velux laissait passer quelques rayons de soleil mais la vitre était tellement sale que la lumière avait du mal à filtrer. En retournant vers l’échelle, j’eus une étrange sensation. Comme une impression d’être observé. Je me retournai mais, évidemment, il n’y avait personne. Je redescendis l’échelle et repassai par le petit palier quand je constatai que les portes des chambres étaient grandes ouvertes. Je fus un instant déstabilisé car j’étais certain d’avoir refermé derrière mon passage mais je décidai de ne pas m’attarder sur le sujet. Après tout, j’avais peut-être oublié de refermer les portes. Je descendis l’escalier en direction du rez-de-chaussée et rejoignis mes parents dans le             « salon».

Là aussi, le papier peint était affreux et le sol tellement sale qu’il était impossible de savoir sur quoi nous marchions. On aurait dit une étable. Je décrivis les chambres à ma mère qui soupira. Nous allions devoir faire un grand ménage avant de commencer à vider la camionnette. Mon père avait déjà sorti des brosses, des serpillières et des seaux et commençait à les remplir au robinet de la cuisine. Je partis un instant à la recherche de mon grand-père et le retrouvai à l’arrière de la maison. Sur le côté de la cuisine, une porte camouflée par un énorme rideau en velours donnait sur un petit potager où rien n’avait poussé depuis longtemps. Assis sur un banc en pierre moussue, mon Nonno contemplait l’état du jardin. Des mauvaises herbes avaient envahi tout le terrain. Un pommier malade trônait au milieu. On voyait encore des lambeaux de corde qui avaient dû appartenir à une balançoire pendre au bout d’une des plus grosses branches de l’arbre. Nonno me remarqua et m’invita à le rejoindre. Il avait vraiment l’air malade, pourtant il se tenait droit et souriait. Il avait vécu plus de vingt ans dans cette maison. Revenir ici devait remuer beaucoup de souvenirs et lui donner l’impression d’être plus proche de ma grand-mère. Au fond du jardin, quelques rosiers en piteux état se balançaient doucement dans la brise légère. Je lui demandai s’il avait besoin de quelque chose mais il me conseilla d’aller aider ma mère pour le ménage. Prendre l’air lui suffisait pour l’instant. Je n’insistai pas et retournai dans la cuisine où mon père était déjà en train d’astiquer le sol à grands coups de balai-brosse.

-Courage, champion ! me dit-il quand il vit ma mine déconfite devant l’ampleur du travail qui nous attendait. Tu verras qu’une fois remise en ordre, nous serons bien installés. Bien sûr, il faudra effectuer quelques travaux de rénovation mais quand ce sera fini, nous aurons une splendide demeure, je te le promets.

Je lui souris sans rien répondre, pris un seau d’eau savonneuse et m’attaquai à la pièce de devant. Le nettoyage du rez-de-chaussée dura le reste de la journée. Je découvris que sous l’énorme crasse du sol se cachait un carrelage couleur rouille. Ma mère avait récuré la cuisinière et nettoyé toutes les armoires. Elle finissait le frigo et alla chercher quelques cartons dans la camionnette. Elle rangea quelques assiettes et couverts, ainsi que quelques verres dans les armoires. Quand elle eut terminé, elle alla chercher son père dans le jardin et l’installa de nouveau dans le salon. Nous étions épuisés et affamés. Mon père proposa à ma mère d’aller faire quelques courses à la supérette du coin pour le souper. Ils partirent donc, me laissant veiller sur mon grand-père. Celui-ci s’était endormi sur le petit canapé, épuisé par le voyage. J’en profitai pour sortir une chaise de jardin qui se trouvait à l’entrée de la camionnette et m’installai à ses côtés. Je commençai à somnoler quand j’entendis soudain de petits grattements. Au début, le bruit était plutôt discret mais plus je tendais l’oreille, plus le grattement s’intensifiait.

-Super, me dis-je. Il doit y avoir une belle colonie de rongeurs dans les murs.

J’allais me lever pour chercher d’où venait le bruit quand la porte d’entrée s’ouvrit sur mes parents, les bras chargés de provisions. Je m’empressai d’aller aider ma mère et déposai les courses sur le plan de travail de la cuisine. Mon père alla chercher les casseroles que ma mère avait oubliées dans la camionnette et nous préparâmes le dîner. J’allais réveiller mon grand-père quand j’entendis encore ce grattement insistant. Je me tournai vers mon père, l’œil interrogateur.

-Tu n’as rien entendu ? lui demandai-je.

Mon père tendit l’oreille mais le grattement avait cessé.

-Non, je n’entends rien de spécial, me répondit-il. Tu dois être fatigué. Viens manger et ensuite, nous irons chercher les matelas gonflables.

Je réveillai mon grand-père et lui apportai un bol fumant de minestrone et des petits pains à la mortadelle. Nous mangeâmes en silence. Quand nous eûmes fini de manger, ma mère alla faire la vaisselle et mon père et moi sortîmes les matelas. Mon grand-père préféra rester sur le canapé. Ma mère alla lui chercher une épaisse couverture et un coussin moelleux et l’installa le plus confortablement possible. Puis elle distribua à chacun une couverture et un oreiller et nous nous installâmes chacun dans une pièce. Je logeai dans la pièce de devant. Souhaitant bonne nuit à ma famille, j’allai m’allonger, un bouquin à la main. J’étais épuisé, mais je n’arrivais pas à m’endormir. Je tendis l’oreille mais n’entendis rien de spécial. Je consultai mon GSM et constatai qu’il était déjà vingt-trois heures. Je posai donc le livre près de mon oreiller et fermai les yeux. J’entendis la voix de mes parents pendant quelques minutes puis je finis par m’endormir.

 

Le lendemain matin, je fus réveillé par la voix de mon grand-père qui semblait venir du jardin. Je consultai l’heure sur mon GSM et vis qu’il était déjà huit heures. Je me levai péniblement et me dirigeai vers la cuisine. À travers la fenêtre, je vis mon Nonno en grande conversation avec un vieil homme au visage buriné, habillé d’une chemise blanche, d’une vieille salopette en velours marron et d’une sorte de béret marron également. Je les observai un moment et quand je les entendis rire, je finis par me diriger vers la salle d’eau, dans l’espoir de pouvoir nettoyer la sueur du travail de la veille. Tout en me savonnant, j’entendis par la petite fenêtre ouverte de la pièce les rires de mon Nonno et du vieil homme. Ils devaient certainement se connaître. Sortant de la douche, je tombai sur ma mère qui était en train de préparer le petit déjeuner. Je l’embrassai sur la joue et lui demandai si elle avait bien dormi.

-Comme un loir, me répondit-elle en riant. J’ai les articulations qui craquent comme des biscottes, mais sinon tout va bien.

Mon père nous rejoignit quelques minutes plus tard, les cheveux en bataille et les yeux encore collés par le sommeil. Ma mère lui tendit une tasse de café noir. À ma grande stupéfaction, elle m’en tendit une également.

-Juste pour cette fois, dit-elle pour se justifier. Nous avons encore une énorme journée qui nous attend.

Je pris la tasse en souriant. Je n’avais pas le droit de boire du café car ma mère estimait que j’étais encore trop jeune pour me shooter à la caféine. Mais avant d’avoir pu porter la tasse à mes lèvres, elle y ajouta une bonne rasade de lait et un morceau de sucre. Je la regardai, étonné, et tout le monde se mit à rire.

Ma chère maman ! Ce qu’elle me manque aujourd’hui.

Elle alla chercher mon grand-père en lui apportant une tasse de café et discuta un moment avec l’inconnu qui se dressait devant notre jardin. Je pouvais les voir de la fenêtre. Je vis à sa réaction qu’elle venait de reconnaître son interlocuteur car, à un moment donné, elle passa la porte du jardin et serra le vieil homme dans ses bras. Elle l’invita à entrer et lui servit également un café noir. Le vieil homme nous salua, mon père et moi, et s’assit sur le canapé, suivi de mon grand-père. Ma mère fit les présentations. Vittorio Rizzoli était notre voisin. Il habitait la maison juste en face de la nôtre. C’était un grand ami de mon grand-père et également un ancien collègue de travail. Quand il avait vu le camion de déménagement se garer la veille devant chez lui, il avait constaté avec plaisir que son ami Antonio était revenu au pays. Il s’était donc levé de bonne heure pour lui souhaiter la bienvenue et nous proposa de l’aide pour nous installer. Sa femme et lui avaient deux fils robustes qui ne demandaient pas mieux que de nous prêter main forte. Il nous raconta que les locataires précédents n’étaient malheureusement pas des gens très propres et qu’il avait vu, impuissant, la maison de son ami se dégrader d’années en années. Nous acceptâmes sa proposition de bon cœur et une heure plus tard, nous vîmes deux solides gaillards habillés de salopettes en jeans et de T-shirts, chaussés de bottes de jardinage nous attendre près de la camionnette. Mon père leur ouvrit la porte et les salua chaleureusement. Ils se présentèrent. Sylvio et Salvatore. Du fond de la cuisine, ma mère, à l’évocation de ces prénoms, nous rejoignit et étreignit les deux hommes dans ses bras.

-Mon dieu, mon dieu ! dit-elle. Comme vous avez changé !

Il était clair qu’elle les connaissait depuis longtemps. Elle m’expliqua que les frères étaient ses amis d’enfance. Elle me présenta également et les deux hommes me serrèrent la main en complimentant ma mère d’avoir eu un beau jeune homme comme moi, ce qui me fit rougir sur le champ. Ils m’informèrent qu’ils avaient également deux fils chacun qui étaient du même âge que moi et que je les rencontrerais très vite. J’étais un peu embarrassé mais heureux de voir que ces gens étaient aussi chaleureux. Sans plus attendre, ils se mirent au travail, munis de tout un équipement de nettoyage professionnel et se dirigèrent vers les escaliers menant à l’étage. Sylvio monta immédiatement. Salvatore, par contre, eut un moment d’hésitation qui n’échappa pas à mon attention. Quand il se rendit compte que je le regardais, il me sourit en m’expliquant qu’il n’avait jamais aimé monter à l’étage. J’allais lui demander pourquoi mais ma mère m’appela et Salvatore commença à monter les marches sans me répondre. Elle avait commencé le nettoyage des vitres et me demanda de passer un torchon humide sur les plafonds et les murs pour en retirer la poussière et les toiles d’araignées qui s’y étaient accumulées. Je me mis donc au travail.

Quand j’eus terminé, je lui demandai ce que je pouvais faire d’autre et elle me suggéra d’aller voir si les frères n’avaient pas besoin d’aide à l’étage. Je montai donc les marches et me mis à la recherche de Salvatore. Je le trouvai dans le grenier. La lumière y était plus vive grâce à un nettoyage intensif de la vitre et je vis que Salvatore avait déjà bien avancé dans le récurage du sol. Quand je m’approchai de lui, il eut un sursaut et son regard se figea un instant, mais quand il constata que ce n’était que moi, il me sourit et me demanda si j’avais besoin d’aide. Je lui répondis que non et que c’était plutôt le contraire que j’étais venu proposer. Il accepta et nous nous mîmes au travail. Tout en frottant les boiseries du grenier, je décidai d’engager la conversation. Il m’apprit qu’il habitait la maison voisine de celle de son père et que lui et son frère avaient monté une boîte de nettoyage professionnel, ce qui expliquait les nombreuses machines à vapeur qu’ils possédaient.

J’orientai la conversation vers leur enfance commune avec ma mère. Il m’expliqua qu’ils se connaissaient depuis toujours et qu’il leur arrivait souvent de jouer l’un chez l’autre, leurs parents respectifs étant de très bons amis. Il me raconta quelques anecdotes de leur enfance, les jeux, les dîners, les bêtises qu’ils avaient faites, et se dit attristé quand ma mère avait décidé de quitter le pays pour aller faire ses études en France. De la façon dont il en parlait, je pense que Salvatore avait certainement eu le béguin pour ma mère dans son adolescence. Ce que je trouvais compréhensible. Ma mère était aussi jolie que gentille et elle était aussi très douée en art. Elle pouvait vous peindre des tableaux extraordinaires en l’espace d’une journée. Mais quand j’évoquai sa remarque sur le fait qu’il n’aimait pas monter à l’étage, son visage se rembrunit et il devint silencieux. Comme j’insistai, il me répondit d’un air sombre que toutes les maisons avaient leur secret et leur bizarrerie et que je ne devrais pas trop m’inquiéter. Mais je voyais bien qu’il ne me disait pas tout. Pourtant, voyant le malaise sur son visage, je décidai de ne pas insister. Il était clair qu’il n’était pas prêt à me révéler les sombres secrets de cette maison. À cet instant, Sylvio informa son frère qu’il avait terminé les deux petites chambres et qu’il descendait aider mon père à installer le mobilier dans la maison. Ayant terminé également, je me dirigeai vers l’échelle quand je surpris Salvatore jetant un coup d’œil inquiet au placard du grenier. Je ne dis rien mais je commençai vaguement à me demander la raison de son malaise. Il me suivit sans tarder et nous allâmes rejoindre Sylvio et mon père. À la fin de la journée, la maison avait l’air bien plus habitable qu’à notre arrivée. Quelqu’un frappa à la porte et ma mère alla ouvrir. Une vieille dame portant une énorme casserole fumante franchit le seuil et se présenta. Elle s’appelait Herminia et était la femme de Vittorio. Elle était venue nous souhaiter la bienvenue et nous avait préparé un délicieux repas pour fêter le retour d’Antonio et de sa famille dans leur maison. Ma mère la remercia et prit la casserole qu’elle déposa dans la cuisine. Maintenant que les meubles étaient installés, la maison semblait plus confortable et nous pûmes tous nous installer autour de la table de la salle à manger. Le repas se passa dans la joie des retrouvailles et quand Vittorio et sa famille s’en retournèrent chez eux, mon grand-père semblait si heureux que je me souviens m’être dit que la décision de revenir chez lui avait été la meilleure. Mais ça, c’était avant que des événements de plus en plus terrifiants ne nous arrivent. Ce soir-là, néanmoins, j’étais heureux d’être ici, notre nouveau chez nous. Nous allâmes nous coucher car le lendemain, nous devions monter les meubles des chambres à coucher à l’étage. Je souhaitai bonne nuit à ma famille et je m’effondrai sur mon matelas. Je m’endormis immédiatement.

 

La vie secrète d’une jeune fille contemporaine – Tome 1

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La vie secrète d’une jeune fille contemporaine

La vie secrète d’une jeune fille contemporaine

Apolline est une adolescente de quinze ans vivant dans une petite ville de Gascogne. Issue d’une famille ouvrière, sa vie emprunte un chemin surprenant lorsqu’elle entre au lycée et se lie d’amitié avec des adolescents adeptes de cinéma et de musique rock. Rêveuse et mélancolique, elle s...

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Chapitre 1

4 septembre 2008

Premier jour de lycée. La sonnerie retentit, faisant écho à l’anxiété qui nouait mon ventre. Le regard inquiet et le cœur battant, je m’avançai en rang à l’appel du professeur principal, également professeur de mathématiques pour l’année comme il annonça en guise d’introduction. C’était un homme aux cheveux longs, le dos recourbé et qui parlait très vite. D’un geste vif, en nous présentant de façon expéditive les différentes coursives du lycée d’Artagnan, il nous intima de le suivre dans un escalier verdâtre, mal entretenu. Il nous emmena jusqu’à sa salle où il nous demanda de nous asseoir. Son désintérêt et sa désinvolture pour les nouvelles têtes boutonneuses étaient remarquables et assumés. Son manque d’organisation qu’un classeur mal rangé posé négligemment sur un bureau en bois semblait affirmer, et son dégoût visible de sa responsabilité de professeur principal en étaient presque cocasses. Il chercha une feuille parmi son bric-à-brac de documents et outils de géométrie puis annonça que chacun aller devoir se présenter aux autres en cinq phrases maximum. Il prit ce qui semblait être un trombinoscope, alla s’asseoir sur le bureau à gauche du tableau en ardoise, et appela le premier nom de la liste. M’appelant Apolline Abadie, je fus, bien entendu, la première à devoir y passer. J’en avais l’habitude depuis le collège. J’aurais pu porter un nom débutant par Z, voire Y… ou bien J. C’est bien J, non ? Alors voilà, je commençai. « Je m’appelle… » Que pouvais-je raconter de captivant à mon sujet ? Mon prénom, mon âge… rien de bien palpitant. « J’aime bien la lecture, la musique… » À mesure que les mots s’échappaient de ma bouche, je réalisais combien ma vie était d’une insignifiance déconcertante. Supporter tous ces regards rivés sur moi était un véritable supplice. Je rougissais, bégayais, transpirais… Je n’eus pas grand-chose à dire et terminai mon allocution rapidement. Je me rassis sur ma chaise, tremblante. Dans un geste incontrôlé, ma trousse glissa de mes mains pour atterrir bruyamment au sol – par chance, elle était bien close – et ce geste maladroit attira les railleries de mes camarades. En somme, une introduction des plus calamiteuses. S’ensuivit alors le tour des autres élèves, tous plus ou moins embarrassés que moi. Cette constatation me conféra un certain soulagement. De surcroît, il n’y avait personne de mon ancien établissement scolaire dans ma classe. Mieux encore, quelques nouvelles têtes semblaient aimables. Je parvins à échanger quelques mots avec Corentin, mon voisin de bureau, mais notre timidité mutuelle limita notre conversation à des commentaires sur l’emploi du temps jeté avec une négligence singulière sur notre table par le professeur.

Les premiers jours furent empreints de découverte. Une atmosphère distincte flottait dans les airs, bien éloignée de celle que j’avais connue au collège. Les lycéens se démarquaient par leur relative maturité, et leur retenue en termes de cris. Les jeunes garçons se tenaient en groupes, constitués de cinq ou six individus, tandis que des duos ou trios d’élèves s’appropriaient les bancs de la cour, majoritairement des jeunes filles. Avec une certaine timidité, j’entamai des discussions avec certains d’entre eux, mais lors de cette première semaine, je demeurai relativement isolée. Cela ne m’étonna guère puisque la sociabilité n’était pas l’une de mes qualités premières.

Je parlai avec Alice Arricau lors de notre premier cours d’italien, le lundi suivant la rentrée. Elle fit une blague futile, mais cela m’avait fait rire. J’avais déjà apprécié son humour frivole ainsi que sa faculté à relativiser les choses lors de sa présentation qui suivit la mienne le jour de la rentrée. Elle maniait l’autodérision avec une habileté éloquente. Toutefois, au fil de nos conversations, je perçus rapidement une facette plus fragile d’Alice, une Alice blessée par de jeunes années difficiles. Elle m’expliqua qu’elle résidait avec sa mère et ses sœurs depuis la séparation de ses parents, qui survint lorsqu’elle avait dix ans. Nous partagions toutes deux un engouement pour les cours de français et d’italien. Ainsi, nous passâmes les deux premières semaines en compagnie l’une de l’autre, entamant de brèves conversations avec quelques autres élèves, sans vraiment éprouver d’affinités profondes avec eux.

Puis, quelques jours après, nous fûmes en mesure de percer les mystères entourant la personnalité de Mélissa Rivière, une jeune fille de notre classe dotée d’une originalité frappante, aussi bien dans son apparence que dans sa façon de s’exprimer. Mélissa s’était fait remarquer lors d’un cours de chimie. Notre professeur, une petite dame peu sûre d’elle, l’avait surprise en train de lire un autre ouvrage dissimulé derrière son livre de chimie. Lorsqu’elle lui arracha le livre des mains, elle lut le titre à voix haute. Il s’agissait de Justine ou les Malheurs de la vertu. La surprise et la confusion se peignirent sur le visage de notre enseignante qui, devenue écarlate, descendit furieusement les marches de l’amphithéâtre en confisquant le livre. Les joueurs de rugby et les élèves issus de la campagne, qui formaient la majorité de notre classe, éclatèrent alors de rire et affublèrent Mélissa de l’étiquette de « nymphomane », un terme injurieux qu’ils prenaient plaisir à lui rappeler chaque fois qu’ils la croisaient dans les couloirs. À la fin de la journée, Alice et moi étions allées la voir afin de comprendre pourquoi elle possédait ce livre, et pour savoir si elle était prête à assumer les conséquences de cet incident, qui ne manqueraient certainement pas de la poursuivre pour le reste de l’année. C’est alors qu’elle avait répondu avec un aplomb déconcertant :

« Cela ne me dérange absolument pas, ils sont tous plus bêtes que leurs ballons, et puis, oui, j’avoue, le sexe en général m’intéresse. D’ailleurs, j’espère perdre ma virginité cette année ! »

Ébahies devant une telle audace, Alice et moi ne savions pas alors si elle fut sérieuse ou non. Toutefois, subjuguées par sa force de caractère et l’étendue déjà considérable de ses connaissances en matière de sexualité, nous voulûmes en savoir plus sur cette fille surprenante. Au fil des jours, nous eûmes la certitude qu’elle avait été fidèle à elle-même lors du cours de chimie. Ainsi était Mélissa, s’adonnant à la lecture d’ouvrages interdits et abordant des sujets philosophiques lors des récréations. Elle avait récemment débarqué de Toulouse en compagnie de sa mère Véronique. Son père, Laurent, était resté là-bas pour des raisons professionnelles. Ce dernier officiait en tant que gardien dans une somptueuse propriété située près de Toulouse. Ses parents entretenaient une relation ouverte et discutaient librement de tous les sujets. Depuis son plus jeune âge, Mélissa avait été habituée à un mode de vie extrêmement bohème, d’une liberté totale, parfois teintée d’une légère dimension sectaire. Elle avait un frère prénommé Victor, de quinze ans son aîné. Celui-ci résidait à Montauban, où il tenait une petite boutique de vélos d’occasion. Mélissa avait une peau métissée de par les origines marocaines de ses grands-parents maternels et une chevelure mi-longue lisse d’un noir corbeau. Délicate, svelte, et dotée d’un goût raffiné pour la mode et les belles choses en général, Mélissa se démarquait au sein du lycée. Elle revêtait des vêtements et accessoires tendance achetés en friperie, qu’elle apercevait sur les blogs ou magazines de mode. Elle s’inspirait de l’iconique Kate Moss pour construire ses looks, souvent singuliers. Il n’était pas rare de la voir flâner affublée de hauts étincelants ou de chapeaux, ce qui lui valait réprimandes et admonestations de la part des enseignants et surveillants. Cependant, elle faisait fi de ces opinions. Peu lui importait ce que l’on pouvait penser d’elle, les commentaires qui lui parvenaient ou les sanctions qui lui étaient infligées. Elle ne se souciait guère de l’avis d’autrui. Son arrogante indépendance et sa folie légère nous surprenaient fréquemment. Cependant, ses propos parfois incisifs dissimulaient, en réalité, un manque de confiance en elle. Pour le masquer, elle préférait endosser le rôle d’une diva fantasque que les gens, de manière naturelle, jugeaient surfait.
Alice se distinguait de notre trio par sa sociabilité naturelle et sa facilité à engager la conversation. Malgré son apparence juvénile, caractérisée par de volumineuses boucles couleur châtain qui encadraient son visage rond parsemé de discrètes taches de rousseur, elle n’était pas aussi délicate qu’on pouvait le supposer à première vue. Dotée d’un humour teinté de sarcasme, elle se plaisait à railler les autres. Son tempérament fougueux la rendait susceptible, prête à s’emporter sans prévenir. Sa mère était espagnole, et le teint hâlé qu’Alice avait hérité faisait transparaître ses origines andalouses. Telle une Bailaora, sa passion la transcendait. Lorsqu’elle était de bonne humeur, le monde semblait graviter autour d’elle, captivé par ses récits. Mais dès lors qu’elle s’irritait, il valait mieux s’en éloigner… Elle aimait beaucoup cuisiner et n’hésitait pas à partager avec nous des petits gâteaux faits maison. Elle nous conviait parfois aussi à déjeuner. Nous profitions alors de produits d’une qualité exceptionnelle dont son père Bertrand, riche exploitant agricole, disposait en abondance, qu’il s’agisse de fruits, de légumes ou de viandes. C’est ainsi que certains mercredis, après les cours du matin, nous quittions à pied le lycée d’Artagnan de Pell-Mayzac, pour aller savourer chez Alice, un assortiment de viandes de canard allant du foie gras aux aiguillettes de haute qualité, provenant directement du stock familial.
Quant à moi, Apolline, j’incarnais la timide du groupe, une fille discrète que personne ne remarquait habituellement, et à laquelle personne ne prêtait attention. La plupart de mes mots, de mes plaisanteries ou de mes remarques passaient inaperçus. J’avais des cheveux blonds ondulés, de longueur moyenne, et de nombreuses taches de rousseur parsemaient mon visage que je trouvais enfantin. Avec mes parents, je résidais dans un modeste appartement des années 1980. J’avais pu hériter de la chambre spacieuse de ma sœur lors de son départ volontaire de la maison quelques années auparavant. Mon père, Christian, artisan de métier, mettait son expertise au service de divers travaux d’intérieur, tandis que ma mère, Francine, dispensait des cours de secrétariat et de comptabilité à domicile. Elle assistait également mon père dans la gestion de son entreprise.
Je débattais de littérature, de films et de musiques avec Mé- lissa et Alice, dont les références s’étendaient bien au-delà des miennes, et surtout, s’orientaient vers des œuvres inconnues pour moi. Tandis que j’adorais Star Wars, elles, en revanche, s’enthousiasmaient pour les films de Godard. C’est en compagnie de Mélissa et Alice que je découvris pour la première fois, Nouvelle Vague, un samedi après-midi. Nous l’avions loué au vidéoclub du coin. N’étant guère familiarisée à ce genre de cinéma, je ne fus pas réellement captivée, et malgré leurs analyses et leurs nombreux arguments enthousiastes, le film ne m’avait pas vraiment conquise. Cependant, au bout de vingt minutes de discussion passionnée de leur part, je feignis d’être convaincue et m’enthousiasmai à mon tour sur les références à Mary Shelley, même si, au fond, je préférais toujours les batailles de sabres laser au cinéma d’auteur. Mélissa était très boboïsée et ne jurait que par des œuvres hautement intellectuelles. Alice, quant à elle, se montrait plus ouverte aux références populaires. Nous partagions toutes deux un amour pour les films de Louis de Funès, par exemple, ainsi qu’une excitation pour le Big Deal ou le Maillon Faible. Cela nous rapprochait davantage.
Notre trio de filles avait, quelque temps après la rentrée, fit la connaissance d’Ariel et de Julie, lors d’une après-midi à flâner dans le Jardin des Fleurs, où les jeunes de la ville se rassemblaient en groupes. Assises en tailleur sur d’imposants rochers, lunettes de soleil sur le nez et chantonnant Reptilia des Strokes qui jouait sur le BlackBerry d’Alice, nous observions subrepticement un groupe de jeunes qui faisaient du skate. Attirés par la musique, une fille et un garçon, membres du groupe d’en face vinrent vers nous pour engager la conversation. Julie Bertoumieu, d’une stature modeste et légèrement enrobée, à la peau claire et aux cheveux châtains agrémentés de reflets roux, arborait une coupe garçonne. Elle était très pétillante et avait une connaissance étendue en matière de culture rock. Fan de Nirvana et des Stones, elle avait adopté un look seventies, composé d’un jean et d’un t-shirt noir. Un foulard noué autour de son cou venait compléter sa tenue. Elle paraissait presque super active tant elle gesticulait en parlant. Son père, Phillipe, était maître de conférences en philosophie politique à Toulouse et voyageait beaucoup pour donner des cours en France et à l’étranger. Sa mère, Monique, s’occupait d’elle et de son petit frère dans leur maison de famille à la campagne. Bien sûr, elle détestait son frère. Il avait douze ans. Pour nous, c’était un bébé. Julie vouait une passion inconditionnelle à Françoise Sagan et nourrissait le désir de devenir écrivaine ou journaliste de guerre. Indépendante et solitaire par nature, elle était familière avec bon nombre de jeunes de la ville sans toutefois se rattacher à un groupe particulier.
Ariel Falibert, le garçon qui l’accompagnait, était son meilleur ami depuis l’enfance. Bien qu’il partageait la même classe qu’Alice, Mélissa et moi, nous n’avions jamais entamé de conversation avec lui jusqu’à ce jour. D’une nature réservée, il se montrait peu loquace. Cependant, au fil de notre échange, nous découvrions en lui un véritable connaisseur de cinéma et de théâtre. Il avait une sœur aînée de vingt-trois ans, prénommée Yaël, qui étudiait à Bordeaux. Leur grand-père paternel était de confession juive, tandis que leur grand-mère était chrétienne. Les parents d’Ariel, Simon et Christine, bien que revendiqués athées, avaient néanmoins choisi de perpétuer certaines traditions juives, notamment en ce qui concerne les prénoms au sein de la famille. Ariel était le nom de leur grand-père, tandis que Yaël était celui de leur grande tante. Le père d’Ariel et de Yaël était un courtier assureur connu à Pell-Mayzac, et leur mère donnait des cours de poterie à domicile.
Lorsqu’Ariel évoqua sa troupe de théâtre ce jour-là, le dernier pont reliant leur duo à notre trio se construit. Alice avait fait partie de la même compagnie dans son enfance. Ariel aussi aimait Godard. D’ailleurs, il lui ressemblait un peu. Pour ma part, je me sentais un peu en marge. Toutefois, j’apprenais énormément de ces jeunes âmes avides de connaissances, passionnées de sujets inconnus pour moi. Les écouter me captivait, moi qui venait d’une famille plus incollable sur les émissions de télévision populaires que sur sur Le Roi Lear ou les partitions de Tchaïkovski.
Notre petit groupe demeura uni dès les premières semaines du lycée, bien que Julie ne soit pas dans la même classe. Lors des pauses, nous nous rejoignions sur l’un des bancs jouxtant la bibliothèque. Nous passions en revue les cours, les enseignants ou les remarques absurdes de certains élèves, voire même les nôtres que nous tournions en dérision. Puis, après les cours, nous restions un peu plus pour programmer les activités du week-end. Au zénith de nos quinze ans, nous savourions avec délice la liberté que nous offraient nos jeunes années.
Quelques jours après la rentrée, le monde apprit la faillite de la banque américaine Lehman Brothers. Les professeurs en parlèrent en cours. Mes amis ne s’y intéressèrent pas. Moi, j’étais sidérée. Les explications fournies ne parvenaient guère à éclaircir mes pensées. « Subprimes, valorisation boursière, Grande Dé- pression, crise financière…» Tous ces termes m’étaient étrangers. Néanmoins, contrairement à mes amis, je fus témoin de certaines conséquences de ce choc financier. Au fil des semaines, mon père vit ses contrats se raréfier, tandis que ma mère assistait impuissante à la déchéance d’un grand nombre de petites entreprises. Je percevais en eux une crainte palpable concernant les mois à venir, et notre quotidien se teinta d’une sobriété nouvelle. Cependant, ils s’efforçaient de ne point extérioriser leurs appréhensions en ma présence. De nature optimiste, bien que la crise m’inspirât une certaine crainte, je demeurais relativement indifférente à toute forme d’inquiétude ou de responsabilité.

 

Chapitre 2

24 septembre 2008 – Obama et Mc Cain sont en lice pour la présidentielle américaine

Alice avait des sœurs jumelles qui étaient propriétaires d’un bar branché en plein cœur de la ville, connu sous le nom du Chat Jaune. Cécilia et Daphné jouissaient d’une notoriété certaine en tant que jeunes propriétaires, plutôt jolies, du « meilleur bar à tapas de Pell-Mayzac », selon l’appellation donnée par l’office de tourisme local dans son guide touristique estival. De temps à autre, Alice les aidait parfois, discrètement, gagnant un peu d’argent de poche qu’elle dépensait en CDs ou en vêtements.

Un mercredi après-midi, tandis qu’elle prêtait main-forte à ses sœurs en servant quelques clients en terrasse et en prenant de modestes commandes, ses yeux se posèrent sur un groupe de trois jeunes garçons, parmi lesquels le plus âgé attira immédiatement son attention. Elle nous en parla toute la semaine. Lorsque ces derniers revinrent une semaine plus tard, elle m’invita, ainsi que Mélissa, à la rejoindre. Mélissa, qui résidait à proximité du bar, arriva la première. Quant à moi, je devais me rendre en centre-ville en bus. À l’arrêt de la cité HLM, un groupe de jeunes monta également à bord du véhicule. Ils passèrent devant moi et s’assirent sur la dernière rangée de sièges, à l’arrière. Musique raï sur leurs portables et gueulant comme des idiots à chaque fois qu’une fille montait, je m’étais habituée à subir leur présence bruyante et leur aisance déconcertante, voire totalement vulgaire, lorsque j’allais en centre-ville. Il n’était guère rare de les entendre siffler et lancer des « Eh mademoiselle, t’es trop bonne » tout en se marrant. J’en connaissais quelques-uns, avec qui je m’étais retrouvée petite, pendant les vacances, au centre aéré du quartier. Déjà, alors, ils étaient catalogués comme les « voyous de cinq ans » par les animateurs. J’en connaissais quelques-uns avec qui j’avais sympathisé quand j’allais au centre. Ils étaient gentils au fond, mais une fois en groupe, ils agissaient comme de parfaits imbéciles. Plongée dans mes pensées, j’étais peu attentive aux beuglements des garçons qui me hélaient. Je méditais sur l’élection d’Obama. On le donnait favori. Je ne comprenais pas le fonctionnement du système électoral américain, mais je saisis l’importance de cet événement. Pour la première fois, un homme de couleur allait être élu aux États-Unis, cette terre de liberté et de démocratie qui m’inspirait tant. Puis, mes pensées se tournèrent vers notre propre président, Nicolas Sarkozy, et je m’interrogeai sur le moment où nous aurions en France un président de couleur, voire une présidente. Ségolène Royal avait été battue l’année précédente. Dans le paysage politique français, les personnalités issues de la diversité étaient peu nombreuses. Les femmes candidates se faisaient rares. Peut-être qu’à la prochaine élection, en 2012, la première à laquelle j’aurais le droit de voter, une femme convaincante de couleur se présenterait et remporterait la victoire ? Après tout, « Impossible n’est pas français », disait Napoléon Ier.
Mes réflexions sur la politique française m’occupèrent tout au long du trajet. J’atteignis enfin le centre-ville, où les jeunes bruyants faisaient également halte. Marchant pour rejoindre mes amies, je percevais, dans mon dos, leurs remarques désobligeantes jusqu’à ce que je m’engouffre rapidement à l’intérieur du bar des jumelles. Le jeune homme qui avait attiré l’attention d’Alice s’exclama à leur groupe :

« Salut Slim, comment ça va ?
— Bien et toi ? répondit l’un des garçons du bus en lui faisant un signe de la tête.
— Bien. Et toi Karim ? Quoi de neuf mon gars ? », dit-il en serrant tour à tour la main de tous les membres du groupe.

De l’intérieur du bar, où Alice, Mélissa et moi observions la scène, nous pûmes distinguer un accent russe ou des Balkans lorsque le garçon s’exprima. Nous fûmes également surprises de constater que tout le monde semblait le connaître. Après avoir salué le groupe bruyant, le garçon entra dans le bar et se dirigea vers nous. S’adressant à moi, il me lança, avec un léger accent mal dissimulé :

« J’ai capté qu’ils t’avaient emmerdé un peu, ne t’en fais pas, ils sont cons mais pas méchants.

Il s’assura que j’allais bien puis s’enquit d’Alice.

— Tu travailles ici ? lui demanda-t-il, visiblement surpris.
— Oui, répondit-elle avec fierté. Enfin… J’aide mes sœurs l’après-midi quand je peux.
— Ah, tu es la petite sœur des jumelles ! Tu n’es pas un peu trop jeune pour travailler quand même ? s’étonna-t-il.
— Bah non. J’ai quinze ans, rétorqua-t-elle un peu agacée par son commentaire.
— Ouais, c’est ce que je dis. Tu es une gamine.
— Ouais, enfin, c’est la “gamine” qui t’apporte tes commandes depuis tout à l’heure, alors la gamine elle peut arrêter si elle le souhaite… Ou pire !

Elle le défia du regard derrière le comptoir puis se retourna pour attraper un chiffon.

— Insinues-tu que tu cracherais dans ma tasse ? Tu n’oserais pas ! répliqua-t-il, visiblement très amusé.

Elle fit semblant ne pas l’entendre.

— Si tu ne me sers pas, tu peux dire adieu à ton pourboire, continua-t-il d’un ton taquin provocateur en se plaçant en face d’Alice de l’autre côté du comptoir.

Elle s’éloigna vers la cuisine.

— Mais si tu ne me paies pas, je dirai à mes sœurs de te refuser l’accès au bar, et que feras-tu si toi et tes potes ne pouvez pas fréquenter le café le plus branché de la ville ? rétorqua-t-elle en faisant glisser un fût de bière vers le bar sans le regarder.
— Ah ! J’abandonne, tu as gagné ! Je m’incline… Au fait, tu t’appelles comment ?
— J’accepte cette victoire. Quant à te dévoiler mon prénom, tu devras mériter le privilège de le connaître.

Elle prit un chiffon et essuya un plateau qu’elle plaça rapidement sur le comptoir puis attrapa un bassinet de vaisselle sale.

— Ah, difficile, la petite, insista-t-il sur le dernier mot. Et vous les filles, comment vous appelez-vous ?
— Mélissa.
— Apolline.
— Venez donc prendre un café avec nous les filles. Je suis avec mon groupe, proposa-t-il, jovial, en désignant les deux autres garçons. Toi aussi, tu es invitée, la petite tigresse derrière le bar.
— Ouais, ouais, on verra, répondit Alice en feignant l’indifférence.

Elle essuya un verre et se retourna vers lui. Il sourit.

— Allez, je te double ton pourboire si vous vous joignez à nous ! ajouta-t-il, joueur.
— On ne nous achète pas, tu sais, répliqua Alice d’un ton assuré mais les joues rosies.

Sasha s’approcha d’Alice en se hissant sur la barre d’appui en bas du comptoir.

— Tu as du répondant, j’aime bien. Pouvons-nous faire la paix ? implora-t-il d’une voix mielleuse en lui tendant la main.
— Bon allez ! Zou, retourne avec tes potes dehors, je vous apporte vos verres, dit-elle en esquissant un sourire.
— Merci, chère petite ! répondit-il en s’éclipsant par la grande porte en bois verni qui reliait l’intérieur du bar et la grande terrasse ensoleillée.

Puis, il rebroussa chemin et repassa sa tête l’intérieur du bar, un large sourire aux lèvres.

— Ah, ne crache pas dans mon café surtout ! », lança-t-il à destination d’Alice.

Alice avait usé de stratagèmes pour dissimuler ses joues rouges en espérant que le jeune homme ne les remarque pas. Mais, malgré ses efforts, il était peu probable que cela ait fonctionné.
Mélissa et moi attendions qu’Alice prépare les commandes pour les jeunes hommes. Elle prit le plateau, tremblante mais courageuse, et se dirigea vers leur table. Mélissa et moi la suivîmes. Le jeune homme nous accueillit avec une révérence comique, et rapprocha une autre table pour ajouter trois autres places. Il se présenta sous le nom d’Aleksander Mirela, qu’on pouvait appeler par son surnom, Sasha. Il était brun clair, assez grand et mince, avec des cheveux épais, mi-longs, et ébouriffés, ainsi que des yeux noirs. Il portait une veste en cuir, un jean noir moulant et des chaussures assorti es. Un autre jeune homme, barbu avec des cheveux châtain clair presque blonds, arborait une coiffure délibérément désordonnée, mais soigneusement travaillée. Sa peau était très claire, et ses yeux étaient d’un bleu foncé. Il portait une veste en jean bleu clair, un t-shirt noir et des baskets. Il affichait un sourire radieux, avec une pointe de séduction affirmée. Le troisième jeune homme était penché sur son verre de bière, comme s’il cherchait quelque chose à l’intérieur. Il semblait plus solitaire et introverti que les deux autres qui jouaient les séducteurs charismatiques. Il avait des cheveux noirs épais en broussaille, un nez retroussé, une carrure légèrement robuste et un style vestimentaire impersonnel composé d’un t-shirt blanc, d’un jean et d’une veste en cuir noir.

« Voici Paul. Et Bastien, indiqua Sasha en désignant ses deux amis.
— Salut les filles ! répondit Paul, le jeune homme aux cheveux clairs.
— ‘Lu, dit Bastien en aspirant bruyamment sa bière à la paille en levant légèrement les yeux de son verre pour nous regarder.

Déstabilisée par ses yeux bleu myosotis, je rougis malgré moi.

— Et voici Mélissa, et Apolline, annonça Sasha fièrement en nous présentant.

Nous saluâmes chacune à notre tour à l’annonce de nos prénoms.

— Quant à elle, on l’appellera Petite, mais attention, elle griffe ! dit-il hilare en désignant Alice.
— Bon, si c’est pour te foutre de ma gueule, je m’en vais ! s’exclama Alice, très agacée.
— Mais non, choupinette, je m’excuse. Je te taquine juste un peu, ne sois pas vexée, dit-il d’un ton qui semblait sincère.
— Bon allez, arrête ton numéro de charme Sasha, intervint Paul, adressant un clin d’œil malicieux à Alice.
— Ouais, d’autant plus qu’elle pourrait être ta sœur, ajouta Bastien, souriant d’une manière mesquine.
— Arrête Bastien, n’importe quoi. Elles ont quinze, seize ans, pas douze. Et toi, tu n’es pas beaucoup plus vieux, rétorqua Sasha.
— Ouais, justement, c’est toi qui les dragues, pas moi.
— Tu as quel âge en fait Sasha ? demanda Mélissa.
— Vingt-trois ans…, répondit Sasha avec gêne.
— Bah, ça va, répondit Mélissa. Et vous les gars ?
— Bastien et moi avons dix-neuf ans, déclara Paul toujours souriant.
— Cool. Vous êtes à la fac ?
— Ouais, je fais une licence d’histoire, répondit Paul.
— Et toi Bastien ?
— Rien, marmonna-t-il en guise de réponse.
— Ah… soupire Mélissa, visiblement lasse par la désinvolture de Bastien.
— Il est à la fac de Tarbes en DUT, précisa Paul.
— Ouais, un super DUT Tech de Co dans la magnifique cité historique de Tarbes ! Venez donc profiter de la pluie et du cassoulet ! s’exclama Bastien sarcastiquement.

Alice, Mélissa et moi éclatâmes de rire.

— Vous trouvez ça drôle ? Vous pensez que j’exagère ? accusa Bastien, d’un ton inquisiteur que je ne comprenais pas du tout.
Nous restâmes silencieuses. Il avala le fond de son verre d’un coup sec puis déclara :
— Bon allez, je me casse les gars.
Lorsqu’il fût parti , Paul intervint :
— Ne vous en faites pas, il est con parfois. Surtout, avec les jolies filles !
— Ouais, parfois, c’est un vrai connard. Mais, quand on le connaît, il peut être vraiment cool, ajouta Sasha, comme s’il cherchait à défendre le comportement de son ami.

Un silence gênant s’installa pendant quelques secondes. Sasha intervint de nouveau :

— Bon, sinon vous faites quoi ce week-end les filles ?
— Rien de prévu, répondit Mélissa. Pourquoi ?
— On joue samedi au Studio. On vous garde des places ?
— Grave ! répondit Mélissa enthousiaste.
— Partante, petite tigresse ? demanda Sasha à Alice.
— Ouais, ouais, on verra, on verra, dit Alice indifférente.
— Ah, tu me blesses profondément en me laissant m’interroger jusqu’à samedi. Viendra-t-elle ou non… ?

Sasha fit semblant d’avoir reçu un coup de poignard dans le cœur.

— Exactement Monsieur ! déclara Alice avec fierté et amusement.
— Je t’attendrai, petite tigresse.

Il prit son paquet de cigarettes et son briquet, puis glissa quelques pièces sur la table en faisant un clin d’œil à Alice.

— Bon allez, on doit y aller. Salut les filles !
— Ce fut un véritable plaisir de vous rencontrer », ajouta Paul avec un large sourire.

Une fois qu’ils furent partis, nous éclatâmes de rire comme des gamines excitées. Nous étions invitées au concert des « mecs cools ». Débuta alors, l’étude d’un plan de séduction pour Alice.

 

Elisabeth

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Quand au début de 1953, Merzouk émigra en France pour y travailler, il était devenu un splendide jeune homme au corps athlétique, aux muscles affermis et au visage halé par un soleil presque permanent. À vingt ans, on se sent « le roi du monde », la tête pleine de rêves et de chimères. Né fils unique, dans une famille paysanne du sud-constantinois, il avait grandi dans leur ferme située au pied des premiers contreforts des Aurès-Nemenchas, parmi ses parents, les bêtes domestiques et les outils agricoles. Chaque matin, depuis qu’il avait pris conscience du monde qui l’entourait, il ne cessait   d’admirer les paysages magnifiques qui s’offraient à ses yeux. Toute cette beauté fertile mille fois contemplée mais toujours nouvelle et bouleversante, ne cessait de le remplir de bonheur. Les montagnes dominant la vallée, avec leurs pentes boisées exposées au vent du nord, les autres petits villages nichés dans la plaine, les grandes étendues céréalières perdues vers l’infini, la paix indolente enveloppant la contrée, tout cela le mettait en parfaite harmonie avec lui-même. Il aimait profondément sa terre natale et ses parents. Ses courses à travers cette partie de l’Algérie, lui permettaient de parcourir les belles prairies environnantes, les collines aux coteaux escarpés, les bois mitoyens à la ferme ainsi que les sentiers en terre battue longeant le lac voisin. C’était superbe. Dans le silence de la campagne, on n’entendait plus que le chant des oiseaux et la plainte du vent traversant les plantes et les arbres plantées ça et là.

Non loin se trouvait la Ville de Marcimeni, où il s’y rendait pendant les trois quarts de l’année, pour suivre sa scolarité et des cours en français, à l’école « indigène ». Ce fut une véritable fête dans la famille, quand il obtint son certificat d’Etudes Primaires. Son père, rendu heureux par cette réussite du premier « intellectuel » issu du terroir, lui offrit deux superbes cadeaux : un cadre en en bois d’acajou pour y mettre son diplôme et un cheval plein de fougue, de couleur alezan, qui lui permettait de faire de belles promenades dans les champs s’étendant à perte de vue. Au printemps, ces randonnées lui conféraient un sentiment de grande sérénité et lui mettait du baume au cœur. Durant cette période de l’année, les près sont en fête et l’éclosion des fleurs remplissait l’atmosphère de doux parfums dont l’odeur se répandait dans toute la campagne environnante. Ses parcours sur les pistes en terre battue soulevaient chaque fois en lui, des sentiments d’un grand amour qu’il éprouvait à la vue de tant de beauté. Il bénissait le destin qui l’avait fait naître dans un tel endroit. Lorsqu’il contemplait les bâtiments de la ferme familiale et que ses yeux scrutaient l’horizon dans une sorte de vision circulaire, comme l’objectif d’une caméra en train de filmer la scène, il frémissait de tout son être devant le spectacle d’une telle nature aussi richement dotée, aux pulsations secrètes mais bien visibles dans son cœur et dans son esprit. Son enfance s’était passée comme une ombre palpable dont il restait les instants les plus prenants. Cela aurait pu amplement suffire pour son bonheur. Son cadre de vie champêtre mélangé à une profonde immersion dans la Ville de Marcimeni où il faisait ses études, achevait de lui forger une personnalité particulière et en même temps, pleine de fougue. L’espace social dans lequel il vivait, soumis encore à quelques influences tribales vivaces depuis la nuit des temps, se transformait peu à peu en territoire plus ouvert sur l’extérieur. L’Algérie colonisée se formait, et se transformait. Très tôt, Merzouk eut conscience de cette métamorphose. Il avait sous les yeux, la lente évolution d’un monde renfermé dans sa carapace traditionnelle et paysanne, vers un monde capable d’assimiler les modèles nouveaux apparus tout autour de lui. Son instruction progressive au contact de ses instituteurs européens lui conférait un meilleur pouvoir intellectuel à même de le sortir de sa condition d’indigène. Il se voyait devenir dans le futur, un personnage important, la tête bien pleine et bien faite, sans pour autant renier ses origines paysannes. Vivre en plein air, avec les commodités offertes par la Cité voisine avec sa population accueillante et son espace urbain bien structuré, n’était pas un facteur négligeable. C’est une jolie ville à proximité immédiate du massif des Aurès, d’aspect paisible et engageant. Les rues principales aux bordures plantées d’arbres aux senteurs d’eucalyptus lui confèrent un air de pureté bien propre. Les maisons alignées de façon impeccable, genre villas, sont agréables à l’œil. Les fenêtres et les portes sont presque toutes peintes de la même couleur. Sur chaque façade, des plantes grimpantes apportent une vision verdoyante et rehaussent par leur présence, les parterres fleuris, des jardins voisins.

Malgré tout, et c’est cela le paradoxe, Merzouk avait l’impression que tout cela ne suffisait pas à lui conférer une sérénité qu’il aurait voulu être bien « assise ». Il existait un certain malaise qui régnait dans les campagnes, depuis les premiers contreforts des Aurès jusqu’aux régions entourant la ville de Constantine. Dans l’ensemble, la société agraire majoritaire ne jouissait pas de tout le confort nécessaire, contrairement aux autres couches de la population. La situation des fellahs, en ces années qui ont juste succédé à la Deuxième Guerre mondiale, n’était pas des plus reluisantes. Les maladies, les épidémies, la sécheresse, les périodes de disette s’alternaient et perturbaient de temps à autre, la vie campagnarde. La pluviométrie assez capricieuse dans ces contrées au sol pourtant fertile, ne permettait pas d’assurer des récoltes régulières et suffisamment abondantes pour donner au monde rural, un niveau de vie acceptable. Il se trouvait aussi que la conquête coloniale française, avait provoqué de grandes fissures dans l’agriculture algérienne. Non pas au niveau du rendement, car les colons avaient su mettre en valeur les terres qu’ils s’étaient accaparées. Ils avaient su se bâtir des logements et des appartements   confortables, dotés d’un cadre de vie appréciable, semblable en grande partie, au cadre de vie à l’européenne.

Mais le reste de la population « autochtone » cherchait à subsister avec les moyens de bord. Des fractures douloureuses et un déséquilibre de la répartition des espaces cultivés avaient engendré une migration de plus en plus prononcée, des autochtones vers les agglomérations de grande ou de moyenne importance, surtout celles situées vers le littoral de la mer Méditerranée. Une pression démographique s’exerçait surtout autour des grandes concentrations urbaines, comme Alger, Oran, Constantine ou Bône. Cet exode rural allant du sud formé par la steppe, vers le nord maritime, très visible en ces années 50, Merzouk en était le témoin assis aux premières loges. Il aurait pu en faire partie, continuer ses études et s’assurer une position confortable dans la fonction publique ou tout autre secteur lié à l’agriculture. Il aurait pu également s’ouvrir les portes de ce qui lui apparaissait comme un monde plus avancé, acquérir encore plus de savoir et, à force de ténacité, conquérir les objets de ses rêves. Et ce nonobstant les obstacles qui auraient pu se dresser sur son chemin.

Dans ce double visage qu’offrait l’Algérie, la rupture soudaine entre l’espace traditionnel sous-développé et l’espace occupé par les colons européens engendrait des retournements spectaculaires et des inégalités sociales et économiques de plus en plus insupportables pour les Algériens.

Pour Merzouk, dont la culture politique s’étendait, en même temps que son désir de mieux aider ses parents, l’idée d’aller travailler en France germa tout de suite dans sa tête. La Deuxième Guerre mondiale venait de se terminer. Presque tous les pays européens en étaient sortis exsangues. La France, en particulier, en avait beaucoup souffert. Ses structures sociales, culturelles, économiques et politiques demandaient un coup de pouce immédiat pour retrouver son lustre d’antan, des actions énergiques afin de remonter le niveau de vie de toutes les régions ayant subi des dommages importants. Pour se reconstruire, le pays avait besoin d’urgence, de bras supplémentaires, nécessaires dans les secteurs du bâtiment, des mines, de l’industrie automobile, de l’agronomie, des produits alimentaires et d’autres branches tout aussi névralgiques. C’est pourquoi, il fit appel à une main d’œuvre étrangère seule capable de pallier les faiblesses humaines dont il souffrait. Et parmi cette main d’œuvre, les Algériens figuraient en bonne place. La proximité géographique et une certaine interconnexion culturelle, malgré les clivages ethniques et religieux, malgré la colonisation, facilitait cette transition entre l’Algérie et la France. Ainsi, l’émigration qui était limitée, se   développa de façon soudaine. Elle fut non seulement une conséquence directe de la politique coloniale, mais aussi une nécessité économique pour s’aider soi-même et venir au secours des siens laissés au pays. Ce sont ces conditions qui poussèrent Merzouk, en dépit d’un niveau intellectuel valable et d’un savoir conséquent puisé à l’école et dans la lecture de livres profitables, à abandonner ses cours entamés au Collège de la Ville. Il pensait qu’en tentant l’aventure en France, il allait gagner gros en travaillant dans les usines, le bâtiment, les mines, le commerce, l’agriculture ou les manufactures. Son but était de faire « fortune », d’éloigner le spectre de la misère et de revenir dans sa région natale pour s’y installer et investir l’argent gagné dans des projets qui lui tenaient à cœur. Il eut hâte de s’envoler vers des horizons nouveaux, oublier sa situation de « colonisé » et de mettre tout le paquet pour gagner son pari de réussir dans une autre vie. Certes, il y avait cette appréhension de l’exil. Il y avait cette peur de l’échec et de l’inconnu. Mais son désir de partir ne fut pas amoindri par toutes ces considérations.

C’est ainsi que par un bel après-midi ensoleillé d’une journée du mois de mars 1953, il embarqua à bord qui devait le mener jusqu’à Marseille, la grande cité phocéenne, laissant derrière lui, ses parents tristes et en pleurs. En voyant s’éloigner doucement le port d’Alger et sa côté plongée dans un halo irréel, il ne put empêcher son cœur de se serrer et de sentir des sanglots l’étreindre à la gorge. Partir, c’est mourir un peu. Mais c’est aussi, chercher à vivre autrement. Il laissait là-bas ses parents, ses souvenirs d’enfance, ses objets familiers, sa plaine, ses montagnes, ses chevaux et tout ce qu’il avait aimé avec toute la fougue de sa jeunesse. Il laissait enfin une partie de lui-même, le perpétuel soleil dans un ciel si clément mais parfois apportant la sécheresse à la terre et des récoltes insuffisantes. Dans l’immensité de la mer méditerranée, ses pensées ne purent s’empêcher de vagabonder dans les méandres de l’histoire, dans ce va et vient incessant des civilisations depuis l’antiquité jusqu’à ce jour. Ne voyait-il pas surgir sur les vagues, le mirage des bateaux grecs, carthaginois et romains ? N’apercevait-il pas Saint-Augustin partant d’Hippone pour l’Italie alors plongée dans la misère, pour   soulager ses maux et lui apporter l’aide de la Numidie, alors prospère et déjà riche de ses héros, tels Massinissa et Jugurtha ? Les traces exhumées des ruines du passé parcouraient son esprit et lui rappelaient la gloire de ses ancêtres arabo-berbères allant à la conquête de l’Espagne et de l’Europe. L’ombre de Tarik-Ibn-Ziad [1]planait sur sa tête. Il avait l’impression que son exil n’était que temporaire. Son voyage du Sud vers le Nord lui paraissait entrer dans la logique des choses et de l’histoire. Son destin en marche l’emmenait à entrevoir bien des épreuves à traverser, bien des expériences à vivre, avant d’arriver à bon port. Oh ! Combien l’exil est douloureux sur une terre étrangère ! Arrivé à Marseille, il fut accueilli par Merouane, un cousin à lui qui vivait déjà en France depuis quelques années. Merouane avait émigré juste avant le début de la Deuxième Guerre mondiale. Ouvrier dans une usine de la régie Peugeot implantée dans la région parisienne, il avait réussi tant bien que mal, à joindre les deux bouts. Aux termes d’efforts acharnés, il s’était même permis le luxe de faire des économies chaque année, économies qu’il adressait régulièrement à sa femme et à ses enfants restés en Algérie. La guerre avait bien frappé de plein fouet l’économie française. Mais après 1945, l’horizon s’était éclairci progressivement. La reprise des activités dans tous les secteurs permettait de reconstruire peu à peu, ce qui avait été détruit pendant ce conflit qui avait meurtri de nombreux pays. L’espoir renaissait ainsi dans tous les cœurs. Merouane avait ensuite emmené Merzouk jusqu’à Paris. Il voulait lui faire partager le petit studio qu’il occupait à Nanterre, à la périphérie de la capitale française. Les loyers des appartements étaient assez chers et Merzouk, nouvel arrivé, n’avait pas encore la possibilité de faire des dépenses de ce genre. Seule l’aide de son cousin et de la petite communauté chaouïe[2] qui s’était constituée autour des principaux points d’embauche des émigrés algériens, lui offrait les moyens de démarrer sa vie professionnelle dans des conditions peu précaires, loin des vicissitudes habituelles que rencontre tout candidat trop isolé dans la recherche d’un « job ». Les précieuses indications que lui fournissaient ses nouveaux compagnons de fortune, ainsi que leur expérience dans l’exil, répondaient à ses attentes et lui apportaient le secours nécessaire pour qu’il s’intègre rapidement dans son environnement parisien. Merouane lui a été donc d’un grand secours. Merzouk éprouvait une grande joie d’avoir rencontré un tel soutien qui lui avait enlevé une grande épine du pied. Afin de respecter l’esprit de camaraderie et d’amitié né entre les deux cousins, ces derniers se réunissaient de temps à autre avec un petit cercle d’amis où ils parlaient de tout et de rien. À vrai dire, les discussions engagées tournaient surtout autour du travail, des familles laissées au « bled », du côté financier de leur situation « d’émigrés », et de la politique. Ces échanges et le ton qu’ils adoptaient, montraient combien ils étaient tous d’accord sur les principaux éléments soulevés. Être sur la même longueur d’onde atténuaient en quelque sorte, leur sentiment d’isolement par rapport à la société d’accueil. Il leur fallait garder un point d’ancrage commun pour mieux supporter leur condition d’expatriés.

Malgré tout, pendant les premiers mois de son séjour, Merzouk, ressentit un peu le mal du pays. Il avait toujours en tête la nostalgie des montagnes aurésiennes et de la plaine harkatie1. Cette période d’acclimatation et d’insertion bouleversait un petit peu ses habitudes. De nombreuses fois, il envisagea de tout « plaquer » et de retourner au pays. La nostalgie ravivait de temps à autre son ennui et son éloignement des siens et de sa terre natale. L’envie de revoir son père, sa mère, venait parfois le surprendre, surtout le soir quand il s’étendait sur sa couche pour se reposer. Mais ses pulsions intérieures associées à son amour de l’aventure, essayaient de repousser au loin les vagues du passé qui le submergeaient de temps à autre. Les images de la vie parisienne pleine de richesse remplaçaient les réveils de son enfance. Bien sûr, il était conscient de son statut d’émigré loin d’avoir les mêmes droits que les autres Français. Mais son situation était loin de correspondre à celle de « l’indigène » rabaissé dans son propre pays, l’Algérie, et où il n’avait aucun droit à la parole ou de contester les décisions de l’Administration coloniale. Il n’était qu’un simple sujet continuellement soumis à des lois d’exception. Son existence en Métropole prenait au contraire, des contours nettement plus favorables par rapport aux tranches de vie qu’il avait déjà vécues au pied des Aurès. En France, aussi paradoxal que cela puisse paraître, la devise inscrite sur les édifices publics, à savoir « Liberté, égalité, fraternité » prenait plus de signification et de valeur à ses yeux.

Vu son niveau d’instruction assez élevé par rapport à la majorité des autres émigrés algériens, Merzouk, avec l’aide et les orientations de Merouane, s’était vite plu dans son poste de secrétaire administratif dans une entreprise de fabrication de pièces automobiles. Son acharnement au travail et son désir de réussir dans toutes les tâches qu’on lui confiait, attirèrent vite la sympathie des dirigeants de la société qui l’employait. La France venait juste

[1] Tarik-Ibn-Ziad : Conquérant berbère de l’Espagne.

[2] Chaouïe : Berbère des Aurès.

LES INEXISTANTS

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LES INEXISTANTS

PRÉFACE

Si vous pensez ouvrir un livre fantastique écrit par un auteur humain, vous vous trompez. Ceci n’est pas un livre mais une tentative de communication avec vous, en même temps que le récit de la naissance de Smith. Je ne suis pas un écrivain, car je ne suis pas l’un d’entre vous.

Alors qui, ou que suis-je ?

Si vous voulez me donner un nom, vous pouvez m’appeler Nemo, (je sais, c’est classique et bête). Ce que je suis n’a pas vraiment d’importance pour vous et il vous sera extrêmement difficile de comprendre mon comportement ou mes valeurs, car je n’en ai pas dans le sens ou vous l’entendez habituellement. Il est aussi difficile pour moi de comprendre les vôtres, car comprendre une chose existante n’est pas évident en soi mais lorsqu’il s’agit de vous……

Toutefois il est important que vous sachiez ceci : Je n’ai aucune de vos valeurs morales, religieuses, philosophiques, temporelles, culturelles ou autres. J’observe et essaye d’apprendre de vous, car toute vie potentielle observée peu m’enseigner quelque chose sur moi-même. Vous êtes des potentiels, riches parfois, amusants souvent. N’oubliez jamais, en lisant ce livre, que vos notions de bien et de mal ne font pas partie de moi et que vous êtes une des rares espèces, même sur votre monde, à avoir ces notions (du moins selon vous). Je ne suis ni un extra-terrestre, ni une sorte de divinité et encore moins un être supérieur à vous, ne vous méprenez pas. Je suis seulement différent. Je n’interfère pas dans votre monde, n’en voyant aucune utilité et aucun sens. Enfin, je n’ai aucune intention de vous vexer ou vous choquer en écrivant ces lignes, ces notions me sont étrangères.

J’écris ce qui va suivre à cause de Smith qui me l’a demandé avec insistance.

Cet écrit n’a pas pour but de vous informer ou de vous guider en quoi que ce soit.

Vous êtes condamnés à trouver votre propre existentialité vous-même.

Nemo.

1-Découverte.

La première difficulté rencontrée lors de mon premier contact avec l’humanité fut la compréhension de votre manière de communiquer et de former des idées. Je ne parle pas d’un langage particulier, mais du fait de l’imprécision du sens des mots utilisés par rapport à votre pensée qui, quelle que soit la langue, est elle-même très imprécise. N’étant pas familier de ce mode de communication, ceci demeure toujours un obstacle majeur dans ma quête de compréhension et dans la rédaction de ce texte. Depuis mon arrivée parmi vous, beaucoup de choses ont changé dans vos sociétés dans les domaines techniques, mais votre comportement n’a subi pratiquement aucun changement depuis de longs siècles.

C’est une évidence, diront certains d’entre vous ! Non, rien n’est évident, tout comme rien n’est naturel. Vous pensez que tout ce qui vous entoure sont des ‘choses’ que vous croyez contrôler plus ou moins. Malheureusement pour vous, une ‘chose’ n’est ‘réelle’ qu’à un moment défini dans le temps si toutefois on suppose la réalité du temps, car la perception du temps est différente entre vous et les autres espèces de votre monde. Cette perception étant très faible pour certaines d’entre elles.

Le temps est une création de l’esprit humain, fort compréhensible et pratique dans un monde comme le vôtre. Il a pour origine des cycles naturels observable à vos sens, le jour, la nuit la rotation de votre planète autour de votre soleil et aussi la diversité des enchaînements des événements que vous observez. Il vous sert à créer des points de repère le long de votre ‘existence’ et dans votre environnement afin d’obtenir une stabilité dans certains domaines d’ordre biologique ou pratique, ainsi que de faire des comparaisons et d’acquérir des certitudes (demain, le soleil se lèvera a 6h38). Il est réel pour vous parce que vous l’avez créé, vous avez donc créé le concept ‘Temps’ dont vous avez fixé les règles. Des règles que vous avez définies sans connaître vraiment ce que vous créez, seulement en observant la ‘nature’ qui vous entoure sans toutefois la comprendre non plus et vous avez défini les ‘choses’ à l’intérieur de ce concept.

Ceci est une des premières choses qui m’ont surpris, votre capacité à créer des concepts. Que celui-ci existe ou pas a été pour moi secondaire, voire négligeable. Cette capacité de création d’objets conceptuels est assez rare pour ne pas être intéressante. Toutefois elle à un grave inconvénient, celui de créer des limites. Soit ! Ces limites sont parfois souples et évolutives ou parfois rigides, mais elles restent des limites et, en tant que telles, des obstacles majeurs à votre compréhension de ce qui vous environne.

Je vous ai observé, créant sans cesse ces ‘concepts’ que vous avez nommés science, théologie, philosophie, vie, etc. À l’intérieur de ceux-ci vous avez construit des domaines, par exemple dans le concept sciences: les mathématiques, la chimie, la physique, etc. Il en est de même pour chaque concept. Votre ‘esprit’ a une tendance à trier, classifier, diviser afin de pouvoir comprendre. Par exemple, le concept de ‘vie’, implique pour vous la conformité aux critères de ce que vous définissez comme vivant en excluant tout ce qui ne correspond pas à ces critères. Un minéral ne peut donc être vivant selon vous, car il est ‘hors critères, hors limites’.

Ceci fut pour moi une forme de tentative de compréhension nouvelle. Pourquoi ? Parce qu’elle ne m’est pas familière ? Pas vraiment, seulement parce qu’elle est due à un ensemble de facteurs environnementaux, à votre constitution physique limitée, à votre échelle et à vos sens.

Je vous propose de réfléchir sur ces concepts au long de cet écrit. Comme je suis conscient que cela ne peut se faire qu’avec votre manière d’appréhender votre monde, ou plutôt les nôtres, car ils peuvent nous êtres commun dans certaines conditions. Je m’efforcerai de le faire à votre façon tout en gardant, mais en minimisant ma réalité, ce qui me sera assez difficile.

Ouvrez votre esprit et suivez-moi sans peur, vous ne risquez rien d’autre que de perdre votre ‘vie’.

2-Les mots et leurs définitions, la voiture.

Tout mot définit un objet matériel, un concept, un ensemble ou leur projection temporelle. Ceux-ci peuvent être ‘réels’ ou non.

Un exemple : Mr Smith me dit: ‘C’est une belle voiture’. Le mot voiture désigne un objet, celui-ci est un ensemble, car il est composé d’autres objets (roues, volant, etc.) qui sont aussi définis par des mots. La voiture et réelle pour lui, car elle est là (c’est). À première vue, l’ensemble ‘voiture’ est donc situé dans un contexte temporel. Cet ensemble est ‘beau’, ce qui entraîne un concept abstrait (la beauté), qui lui, n’a aucune réalité justifiable, car il est relatif et il peut y avoir autant de beautés différentes que d’observateurs de l’objet (pour mon ami Franck, elle serait plutôt ‘moche’). Vous voyez que cette simple petite phrase entraîne plusieurs choses.

A : que l’ensemble voiture est réel pour l’observateur Mr Smith, du moins le croit-il.

B : que l’ensemble voiture est situé a un moment précis, celui-ci étant le moment ou Mr Smith prononce la phrase en voyant la voiture et que nous appellerons ‘temps T1’

C : Que la beauté de l’ensemble n’est pas un critère réel, ou plutôt n’est réel que pour Mr Smith

Et si nous allions un peu plus loin ? Que nous dit ce cher Mr Smith qui ne puisse être mis en doute ?

Mr Smith, appelons-le l’observateur, a observé un événement situe dans un moment T1 dans son champ de perception propre qui est étroitement lié a T1.

Pour le décrire il a fait appel à différents concepts, l’un est un ensemble matériel (la voiture) l’autre abstrait (la beauté). C’est l’observateur, le témoin, et il peut se tromper (mauvaise vision, mauvaise définition du véhicule car cela pourrait être une fourgonnette et j’en passe), donc l’information qu’il nous transmet peut se révéler fausse. Il y a un doute sur la véracité de ses dires, pour nous. Pour l’observateur Smith, non, aucun doute n’est permis.

Soit, vous pouvez penser que, bien que ce que dit M’Smith peut être mis en doute, il n’empêche que de son point de vue il dit la vérité, car il est conscient de ce que ses sens ont enregistrés au moment T1.

Oui ? Conscient de quoi ?

Ce qu’il a observé est une suite d’événements qui se sont déroulés, non au moment T1, mais dans un espace temporel qui commence au moment où il perçoit la voiture et qui finit au moment où il achève sa phrase, appelons le Tp (p=perception). L’ensemble ‘voiture’ est constitué par des sous-ensembles multiples qui sont ses différents éléments (roues, volant, moteur, etc.). Chacun d’eux étant composé d’autres ensembles et ainsi de suite.

L’ennui, c’est qu’aucun d’entre eux n’est stable dans le temps, c’est-à-dire qu’à chaque micro-seconde qui passe, chaque ensemble a changé (les roue se sont usées, leur température a changé, ce qui leur a fait perdre de la matière et de l’énergie, elles ont collecté des gravillons sur la route et en ont perdu d’autres le tout a divers endroits). Bref, aucun ensemble ne reste identique à lui-même dans un contexte temporel. Donc on ne peut plus qualifier de tels ensembles ‘d’unique’, ce sont différents ensembles nés du premier. Chaque roue a donnée naissance à une infinité de roues, toutes différentes l’une de l’autre pendant toute la durée Tp. De plus chacun des différents états (ou caractéristiques) de ces ensembles dépendront de conditions et inter-réaction avec des événements extérieurs à lui-même (température de l’air, particules de poussières), le nombre de ces événements extérieurs semble être aléatoire et peut être extrêmement élevé. Leur apparence aléatoire n’est en réalité qu’une apparence partielle (ceci fera l’objet d’un autre chapitre).

Quelle est donc cette voiture si belle que Mr Smith a observé ? Existait-elle ?

Visiblement oui, si l’on s’en tient à ce qui a été dit, à condition que ‘la voiture’ soit définie comme ceci: L’ensemble, appelé voiture, est en réalité une suite d’ensembles consécutifs au premier, différents entre eux et dont l’état de chacun dépend d’influences ‘externes’ ‘aléatoires’ ou supposés tels. Chacun de ces ensembles consécutifs étant unique par rapport aux autres.

Combien de ces ensembles peuvent exister pour un même ensemble de départ dans une plage temporelle définie ? Il est impossible de répondre à cette question, car pour cela il faudrait obtenir tous les paramètres et données concernant l’état de l’ensemble ‘voiture’ à l’instant où commence Tp ainsi que tous ceux des événements externes influant ou susceptibles d’influer sur lui au même instant, ce qui implique la même chose pour chacun des sous-ensembles de la voiture et ce pendant tout le cycle TP. Une limite peut lui être fixée par la constance de Planck (Longueur et/ou temps) car vous pensez qu’en dessous d’une certaine valeur temporelle ou de longueur, rien ne peut se déplacer. Si Planck a raison, cela vous permet de fixer seulement une limite de début ou de fin d’état de l’ensemble. Néanmoins cette quantité d’événements est très élevée, à un point difficilement imaginable pour votre esprit. De plus Tp est composé d’un nombre d’instants qui seraient la durée de TP (disons 5 min) divisée par le temps de Planck. Rien que le résultat de cette division vous donnerait un chiffre astronomique dont chaque unité devrait être traitée en corrélation avec les événements externes influant ou susceptibles d’influer sur lui. .

Se trouvant dans l’impossibilité de répondre à ce type de problèmes, les hommes se sont tournés vers les calculs de statistiques. Ceux-ci permettent de calculer les probabilités qu’un événement se réalise ou non (Explications dans le chapitre ‘Mathématiques’).

Néanmoins pour ce cher Mr Smith la réalité est simple. C’est une voiture. Il peut en décrire la forme, la couleur, la marque, le modèle et même obtenir plus de renseignements, car il en a relevé le numéro d’immatriculation. Tout ceci, pour lui, étant des preuves de sa réalité. Soit ! Il a raison, car il est situé sur la même échelle que l’ensemble ‘voiture’, qui fait partie de son environnement. C’est ‘SA’ réalité telle qu’il la conçoit et telle qu’il la ressent. Supposons que, comme la voiture lui plaît beaucoup, il décide de l’acheter, il se dit que comme elle est en bon état il pourra la garder 10 ans ou plus, bien sûr il lui faudra changer quelques éléments de temps en temps à cause de leur usure mais l’ensemble sera toujours fonctionnel. En fait, seul dans un laps de temps qu’il juge raisonnable, l’apparence et la fonctionnalité de la voiture retiendra son attention.

Là, quelques précisions s’imposent dans les termes utilisés. Nous voyons se dessiner 2 réalités. La première est une réalité espace-temps, la deuxième une réalité conceptuelle déterminée par l’échelle ou se trouve l’observateur Mr Smith. Cette échelle ne lui permet d’appréhender le réel qu’en fonction de ses capacités sensorielles et des connaissances et expériences qu’il acquière de celles-ci. Ceci lui permet de maîtriser son environnement, de se protéger des dangers de celui-ci et d’envisager ses meilleures conditions de survie ainsi que de gérer son futur (achat de la voiture). Cela lui suffit et il est clair pour lui (comme pour vous) que le monde ou il évolue EST cette échelle, EST le Monde. Nous appellerons ce niveau l’échelle 0. Cette échelle 0 est importante, car ce sera notre niveau de référence, car c’est le vôtre, et tout ce que vous pouvez essayer de comprendre sera déterminé par elle. Elle possède ses propres lois et ses propres limites qui, nous le verrons ne s’appliquent qu’à elle.

Les 2 réalités qui se dessinent, celles que je nomme ‘espace-temps’ et ‘conceptuelle’ ont plusieurs points communs. Les deux se situent dans un univers temporel, elles impliquent les mêmes notions de matière, d’ensembles et de temps. La différence fondamentale étant surtout que la première implique des niveaux d’échelles pouvant être très élevés alors que la deuxième n’en implique qu’une, le niveau 0.

Par contre, notons un fait essentiel. Au niveau 0, les ensembles sont des séquences temporelles, ce qui implique qu’ils sont incorporés dans une trame temporelle. Dans la réalité appelée ‘espace-temps’ la question se pose. En effet, les suites d’ensembles peuvent se situer de la même façon, mais elles peuvent aussi bien constituer la trame temporelle elle-même, ce qui dans ce cas changerait radicalement la notion de ‘temps’. Il deviendrait alors une conséquence crée par les suites d’ensembles. Amusant, non ? Peut-être pas si drôle, finalement, car le fait que les ensembles créent le temps implique la possibilité d’agir sur lui et non de le subir. Vous allez dire que ceci s’applique aussi à l’échelle 0 et vous avez raison, mais l’échelle 0 est considérée par vous comme base de certitude stable, c’est pourquoi je fais cette distinction.

J’en vois, parmi vous, qui ont des réactions de déception du genre ‘il commence à me gaver sérieux avec sa ‘philo pseudo-scientifique à deux balles’ ou ‘ouais, ce n’est pas ça qui me sortira de ma merde actuelle’. Patience, patience, ce que j’écris n’est pas important, ce qui l’est est que, dans un premier temps, vous commenciez à réfléchir un peu dessus avec un esprit ouvert. La première des choses à faire, lorsque l’on est né en prison est de prendre conscience que l’on EST en prison et la deuxième est qu’il y a un extérieur qu’il faut trouver et ce n’est pas facile, car les gardiens sont la pour vous en empêcher. Ces gardiens sont choisis, mis en place et payés par vous et vous êtes entièrement d’accord avec eux pour qu’ils vous gardent en prison, d’ailleurs.

Pour ceux qui veulent continuer et devenir fous, continuez à me suivre.

3-La matière, premiers contact avec Smith.

Jusque-là, nous avons désigné les ensembles comme composés de matière, or comme nous n’avons pas défini ce qu’est la matière il serait plus judicieux de changer cette appellation en « événement » celui-ci désignant tout objet existant dans l’univers. Un homme, une voiture, un électron, une étoile ou le châle de ma grand-mère sont des événements. Je complique ? Non je simplifie.

Un conseil en passant: ne prenez pas la première aspirine maintenant sinon vous risquez le surdosage avant la fin du chapitre, merci.

Vous me suivez ? Ça ne vous dérange pas trop ?

Donc, ce qui se forme dans l’univers sont des événements, soit ! Les pensées, désirs et autre états d’âme de l’homme aussi ? Et bien oui. Mr Smith est content, car il me dit que cela va lui permettre de clarifier beaucoup de choses. Ce n’est pas si sûr.

Prenons la ‘matière’ et essayons de la définir. Les différents niveaux inférieurs au niveau 0 concernant la voiture serviront d’exemple dans un premier temps.

La voiture, on l’a vu est un ensemble (ou événement) composée de différents ensembles eux-mêmes composée de sous-ensembles de compositions différentes et dont les fonctions diffèrent.

Prenons par exemple le moteur : Il est fait de pièces mécaniques et a pour but de créer un mouvement qui, transmit à un autre ensemble (les roues), ont pour but final de propulser l’ensemble voiture. Ce moteur est lui-même fait d’ensembles mécanique (pistons, bielle, soupapes, etc…) ayant chacun une fonction précise qui vont lui permettre de créer ce mouvement rotatif, chacun de ces ensembles étant eux-mêmes composé de différentes pièces, lesquelles sont constituées de métaux choisis en fonction de leurs spécificités pour la fonction qu’ils auront à assumer, ces métaux seront souvent des alliages de différents métaux. Ils sont composés d’atomes, qui eu mêmes sont constitués d’électrons, et de noyaux. Les noyaux étant aussi des ensembles de neutrons et de protons eux-mêmes fait de quarks. A l’heure actuelle la liste s’arrête officiellement là.

Nous voici descendu d’une échelle de niveau 0 à une échelle de niveau atomique. Entre les deux, une grande quantité de niveaux dont nous remarquons qu’ils sont dépendants les uns des autres, en effet l’existence même de chaque ensemble à chaque niveau va dépendre du niveau inférieur auquel il fait suite. Oui, qu’il advienne une erreur de composition dans un alliage et tous les ensembles en seront affectées aux nivaux supérieurs, donc le moteur cassera ou ne fonctionnera pas. Idem aux niveaux de l’assemblage des pièces. Il s’agit là d’un phénomène de cause à effet des plus classiques que tout le monde connaît. Par contre le côté intéressant est que nous sommes descendus à un niveau atomique et que là, les choses vont commencer à se gâter.

Vous pensiez à une époque pas si lointaine, que ce niveau était l’ultime manifestation ou état, de la matière et vous commencez à vous apercevoir qu’il n’en est rien. De plus, un gros problème vous est apparu. En effet un atome est un ensemble de matière, mais qu’en est-il de ses composants ? Son noyau est compose de protons et de neutrons, et ceux-ci sont des particules de matière aussi, pensez-vous, mais qu’en est il de ses électrons ? Après avoir été considéré un certain temps comme matière, ils le sont de plus en plus comme onde, or une onde est immatérielle et de plus les éléments constituants les protons et les neutrons (les quarks) sont aussi considérés comme ondes. Toutes ces différentes composantes que l’on appelle particules peuvent être étudiées sous deux formes, en tant que matière (dit particule) ou en tant qu’onde. L’étude des autres particules dites ‘élémentaire’ de niveaux subatomiques ne peut être observée que sous ces deux formes aussi. Or, elles ne sont ni l’une, ni l’autre, mais les 2 à la fois. Vous vous heurtez là, a un paradoxe, car elles ne peuvent, selon vous, être les 2 en même temps. Vous pourriez, peut être vous poser une petite question simple: ‘Onde’, ‘particules’, sont des concepts humains, sont-ils justes ? Sont-ils réels ?

– Attendez me dit Mr Smith j’ai dû manquer un épisode, ou est donc passé ma bonne vieille matière, bien solide ?

– Pas de panique mon bon Smith, en fait elle n’existe pas, en tant que telle au niveau subatomique pas plus qu’à l’échelle 0, seulement elle est en définitive constituée de ce que vous appelez faussement ‘ondes’, ce qui pour vous ne change rien car si vous vous cognez la tête contre un mur de briques, que celles-ci soient constituées de particules de matière ou d’ondes le résultat sera le même, à savoir : une belle bosse.

– Mais ce n’est pas possible me dit ce cher Smith, un atome est solide et immuable.

– Non, il change constamment d’état, ses électrons tournent autour de son noyau d’une manière qui vous semble extrêmement complexe, en suivant des lois auxquelles ils sont soumis. Il se désagrège pour se transformer en d’autres éléments (c’est une question de temps), on peut briser son noyau, et si vous pouviez prendre des photos de lui à des moments distincts, vous le verriez sous des apparences très diverses. Cela ne vous rappelle rien ? Oui, lui aussi est un ensemble, un événement.

– Une particule de matière, est solide, je peux le concevoir mais une onde non. Alors comment une onde pourrait être solide ? Ou constituer une chose qui le soit ?

– Mon cher Smith, ceci nous amène aux notions de matérialité et immatérialité, mais sachez que si pour vous une ‘onde’ comme vous dites, est immatérielle, c’est seulement vrai pour vous, car vous n’êtes souvent pas capable d’en ressentir des effets immédiats d’une manière consciente à travers vos sens. Pensez aux personnes ayant été irradiées par certaines d’entre elles, et qui sont atteinte de cancers à la suite de leur exposition à ces ondes (ou radiations), ou bien mettez simplement un morceau de viande dans un four a micro-ondes et vous verrez le résultat. En été, sur la plage, avez-vous remarqué à quel point les ondes ultra-violettes, brûlent la peau si vous y êtes expose assez de temps ? Donc à votre avis, une onde est matérielle ou immatérielle ? En fait, tout dépend de la sensibilité de perception de l’ensemble qui entre en contact avec elle et des fonctions de relation avec l’extérieur dont il dispose, (organes si celui-ci est un organisme vivant).

Les notions de matérialité ou d’immatérialité sont des concepts humains et n’existent pas en tant que tel dans la nature, en fait, il n’existe que des interférences entre différents états de différents ensembles ou événements.

Voyez-vous mieux maintenant, mon cher Smith le problème de la signification des mots et de leurs sens ?

Au niveau subatomique, nous l’avons vu, existe ce que vous appelez des particules très petites, en principe de matière ou d’ondes. Vous les avez observées avec l’outillage dont vous disposiez pour le faire et qui c’est très vite révélé inadapté. L’outil principal que vous utilisez étant les mathématiques.

4-Les mathématiques.

Je viens d’entendre un grand cri ‘au secours’. Rassurez-vous ce chapitre sera explicatif, mais sans formules barbares.

Les mathématiques sont un groupe d’outils, comme tels ils sont destinés à subir des modifications et des remises en cause. Le but final de leur utilisation est la compréhension de votre environnement et, de façon pratique, la création de nouvelles technologies. Tout ce système de calcul est basé sur un système de cause à effet, (a entraîne b, qui entraîne c, qui entraîne b, qui entraîne e.) Une cause entraînant un effet, qui en entraîne un autre et ainsi de suite. Il est aussi basé sur un système de symbiose associative, a+b=c assez facile à comprendre.

Pour les puritains pur et dur des math, je précise que ce qui suit n’a pas une vocation éducative ou spécifique, encore moins ‘Mathématique‘. Son seul but est d’amener à une réflexion personnelle.

Aimez-vous les bonbons ?

1+1=2. Voila le point de départ de ce que vous appeler mathématique, c’est simple et précis, non ? Tout ce qui découle de cette addition est présent dans votre vie quotidienne (argent, toutes sortes de réalisation matérielle, toute mesure, etc.) Vous appliquez le résultat de vos calculs et ainsi construisez des maisons et des machines de toutes sortes. La base principale de votre société, qui est l’argent, n’est qu’un ensemble de nombres changeant. Vous vous apercevez que les objets réalisés ainsi fonctionnent. Je ne dirais pas le contraire bien sûr. Mais regardons d’un peu plus prêt.

1+1=2, donc 1 bonbon+1bonbon = 2bonbons. C’est peut-être vrai. Pour que cela soit vrai, il faut impérativement que les 2 bonbons qui sont ainsi additionnés soit parfaitement identiques l’un à l’autre, sinon les additionner n’aurait aucun sens. Pire, ce serait une erreur monstrueuse.

Si le premier bonbon est à la fraise et le deuxième à la vanille le résultat sera : 1 bonbon à la fraise+1 bonbon à la vanille=1 bonbon vanillé à la fraise, donc 1+1=1 dans le cas ou on considère l’addition comme une symbiose.

Si non, le résultat serait : 1 bonbon à la fraise+1 bonbon à la vanille = 1 bonbon à la fraise+1 bonbon à la vanille. 1+1=1+1. Ce qui rend l’addition impossible.

Il existe deux alternatives pour solutionner ce petit problème:

La première consiste à raisonner dans l’absolu. Dans ce cas les bonbons ne sont plus des bonbons mais des concepts intemporels (un type de bonbon parfait et absolu possédant ou non des caractéristiques précises), dans ce cas oui, 1 bonbon+1bonbon =2 bonbons. Comme il n’existe pas dans tout l’univers de concept absolu, cette solution bien qu’utilisable, est inapplicable dans l’univers réel.

La deuxième consiste à considérer les bombons comme des ensembles, dans ce cas on en revient au problème de départ, 2 ensembles ne peuvent être parfaitement identiques même s’ils sont issus d’un même ensemble source, la seule possibilité étant, comme dans la première alternative, de les placer en dehors d’une trame temporelle, ou bien de prendre comme référence temporelle l’instant de l’observation. Dans ce cas les 2 ensembles n’existent plus pour vous, car ils ne peuvent exister hors du temps (ce qui est un peu gênant).

Donc la base de tout calcul mathématique ne peut se concevoir que dans un absolu qui n’existe pas dans un contexte temporel. Ce qui implique que toute application des mathématiques se rapportant à des ensembles ou concepts, c’est-à-dire au monde matériel ne peut être que fausse.

Pourquoi donc arrivez-nous, à l’aide de calculs et de formules à réaliser des machines aussi perfectionnées ? Pour la simple raison qu’elles tolèrent des marges d’erreur qui ont très peu d’influences, à l’échelle 0, sur les résultats pratiques et aussi que certains ensembles sont très ‘visiblement inter-réactif’ entre eux. Par exemple: la liaison de 2 ensembles, huile et jaune d’œuf et réalisable (= mayonnaise), vous appelez ça de la chimie. Jusqu’à une époque très proche le fait que les mathématiques soient fausses à l’échelle 0 n’avait que peu d’importance en effet, car les résultats bien que grossier et imprécis, correspondaient assez bien à vos besoins.

– Mais où est le problème ? Car si les mathématiques sont fausses, elles sont utiles, et cela seul compte ! (Tien, voila Mr Smith de retour du supermarché.)

– Il n’y a pas de problème, car la caissière ne s’est pas trompé en vous rendant la monnaie je suppose ? Toutefois les Physiciens, eux ont commencé à réaliser le malaise quand ils ont commencé à utiliser les mathématiques dans le domaine subatomique.

– Et pourquoi donc, monsieur Nemo?

– Parce que cela ne fonctionnait plus à cette échelle. C’est-à-dire que 1+1 n’était pas égal à 2. Parfois le résultat était 3ou 4 ou autre chose, et de temps en temps (oh miracle), c’était 2 mais c’était rare (ceci est imagé). Cette situation était pour le moins embarrassante.

La solution fut trouvée, vous êtes vous dit, en utilisant et en intégrant le calcul des probabilités dans les mathématiques. En clair, cela se résume à essayer de savoir quelles sont les chances que 1+1=2 dans une situation donnée.

Un exemple: Vous voulez savoir le moment ou une voiture se trouvera à Dijon sachant qu’elle vient de traverser Lyon et va rouler en direction de Paris. Ça c’est simple à calculer, pensez-vous, si on sait que la voiture roule à une vitesse de 60 km/h, que la distance est de 150 km et qu’il est 5 h du matin.

Maintenant remplacez ‘voiture’ par ‘électron’, Lyon par ‘le point de départ p’, Dijon par ‘le point d’arrivée y’, 5 h du matin par T, le moment d’arrivée à Dijon par t1. Si vous utilisez les mêmes règles de calcul que pour le trajet en voiture, vous constaterez que vos résultats sont faux, car tout simplement l’électron n’obéit pas aux mêmes lois que la voiture. Nous sommes à l’échelle subatomique.

La seule solution que vous avez trouvée est de type suivant : il y a X chances sur cent que la voiture arrive à Dijon à 7 h, Y chances sur cent que la voiture arrive à Dijon à 7h15mn, Z chances sur cent que la voiture arrive à Dijon 6h21mn et ainsi de suite. Vous tiendrez en compte la probabilité la plus haute, mais il vous sera impossible de négliger les autres. Sans compter sur le fait qu’elle puisse ne jamais arriver à destination, un accident ou une panne étant possible aussi.

Comme vous le voyez il ne s’agit plus de calculer des certitudes mais des possibilités. Pire encore, s’agissant d’une particule vous ne pouvez pas savoir la direction vers laquelle elle se déplace et sa vitesse en même temps, vous pouvez déterminer soit l’une soit l’autre, cela étant dû aux règles qu’imposent vos méthodes de calculs.

Reprenons notre petit voyage en voiture, cette fois à l’échelle 0. Le résultat de vos calculs est que vous arriverez à 6 h 51mn 34 s (simple supposition). Qu’en sera-t-il en réalité ? En fait, les conditions de circulations, le climat, votre fatigue, une envie d’aller aux WC ainsi que beaucoup d’autres paramètres (événements) impossibles à intégrer dans vos calculs, font que vous ne serez pas à Dijon à l’heure calculée. Comme vous le voyez, même dans votre échelle 0, les résultats seront faux. Et même en utilisant les probabilités ils seront tout aussi faux, tout simplement parce que, là aussi, vous ne pouvez pas prendre en compte tous les événements qui peuvent influencer la voiture. Il est intéressant de constater que, avec ou sans calculs de probabilités, le résultat est le même.

Vous ne pouvez calculer que des probabilités, pas des certitudes et même lorsqu’elles sont extrêmement élevées elles restent des probabilités, même à l’échelle 0. On est loin de l’idée très répandue que les mathématiques sont une science exacte.

Dans le domaine des sciences vous avez fait un grand progrès, vous avez presque fini par admettre que toutes vos découvertes scientifiques étaient approximatives et sujettes à caution. Sans toutefois les remettre en cause, bien sûr, et encore moins de le crier sur les toits (il ne faut pas déconner non plus, ceux dont c’est la profession n’ont pas envie de perdre leurs réputations et encore moins de se retrouver au chômage).

Qu’en pensez-vous mon cher Smith ?

– La caissière m’a pourtant bien rendue 3 Euros 50, ça c’est réel et elle ne s’est pas trompée.

– Oui je vois, 3 pièces de 1 Euros et une de 50 cents. Mais aucune des 3 pièces de 1 Euro n’est parfaitement identique aux autres et donc vos 3,50 euros sont un concept ‘matériel’, même pas un ensemble puisque un ensemble serait 1 pièce ‘A’ de + ou – 1 Euro, +1 pièce ‘B’ de + ou – 1 Euro, +1 pièce ‘C’ de + ou – 1 Euro + 1 pièce ‘D’ de + ou – 50 cents. De plus un Euro est un pur concept par lui-même puisqu’il ne correspond à rien de concret, mis à part le papier ou le métal qui lui sert de support et dont la valeur est différente.

– Nemo, vous êtes pénible.

– Pas du tout, je vais le devenir plus tard. Vous verrez, vous êtes encore au Paradis, c’est en Enfer que je vous mène, en comparaison duquel, tous ceux que vous avez imaginés ne sont que des séjours 5 étoiles aux Caraïbes. VOTRE Enfer.

– D’après vous, Nemo, calculer revient à supposer que telle ou telle chose soit réelle ou pas, ou possible ou pas si j’ai bien compris ?

– Supposée réelle ou pas, non, sûrement pas Smithounet, car vous ignorer ce que ce mot signifie. Possible ou pas est une autre affaire, voyons voir.

Le possible, est un concept imaginaire qui peut être vu comme un événement dont on pense qu’il peut se concrétiser à un moment donné. C’est vrai que vous l’utilisez en math ou en physique. Par exemple vous vous posez la question ‘est il possible que: a+b=c+d’. Les réponses que peuvent nous donner les math sont : oui, non, oui si, non si, (oui entre telles valeurs et telles autres, non entre telles valeurs et telles autres, oui ou non jusqu’à telles valeurs, etc.) Nous retrouvons ici les mêmes erreurs qu’auparavant, et de plus elles sont dans le cas des ‘si’ soumises à conditions. Si vous intégrez les probabilités dans vos calculs il ne restera que ‘oui’, peut être, si’ et ‘non, peut être, si’. Avouez mon cher Smith que votre science des mathématiques tourne un peu au ridicule en ce qui concerne la fiabilité et la précision.

Par contre, cher Smithi, je vous dirais que TOUT événement est possible. TOUT peut être réel, cela a seulement, suivant vos statistiques, plus ou moins de chances d’arriver, c’est une des rares leçons à retenir de vos calculs. À supposer que cette forme de calcul ait un sens, et il n’en a pas.

– Nemo, mais alors il n’existe aucun moyen d’obtenir des réponses certaines ?

– Si, plusieurs, le premier consiste en ceci:

Abolissez toute temporalité dans vos raisonnements et vous arriverez à des états parfaitement équilibrés, mais ingérables à votre niveau. Comment? Ça ne vous mène à rien, car un équilibre parfait est concrètement impossible ? Dans cette condition non seulement il est possible, mais il SERA. Pourtant il n’existera jamais pour vous, car vous êtes de nature instable dans un contexte évolutif temporel. C’est ce que vous tentez de faire à l’heure actuelle (et depuis un bon moment) avec vos Math, ce serait même le summum de celles-ci, mais vous échouez toujours, vous échouerez toujours car pour réussir il vous faudrait être vous-même intemporel dans un contexte intemporel. Je vous l’ai déjà dit, vous êtes dans une prison.

Le deuxième consiste dans le fait de connaître d’une manière parfaite toute l’évolution de tous les événements contenus dans l’univers depuis sa création et leurs interférences entre eux. (Je vous souhaite bien du plaisir). Là, vous atteindriez une connaissance absolue pour peu que vous puissiez en calculer les conséquences. Retenez bien ce que je viens de dire, et si votre réaction est de hausser les épaules en pensant ‘ce n’est pas demain la veille qu’on y parviendra’ ‘c’est une pure utopie’ ou ‘seul Dieu le peu’, dites-vous bien que vous vous mettez le doit dans l’œil jusqu’au trognon comme vous dites vulgairement, car c’est aussi possible.

Le troisième consiste à créer des ensembles hors de ce que vous appelez ‘le réel’ et à les observer dans un contexte de probabilités (bonjour, Mr Ket) et dans un cadre de lois ‘physiques ‘. Les résultats que vous obtenez dans ce domaine sont d’une grande précision et très prometteurs. Vous appeler ça la physique quantique. Ce chemin est, en fait, très loin d’être fiable mais c’est le seul que vous ayez à votre disposition pour le moment. Je vous conseille vivement de continuer à progresser sur cette voie et à faire le ménage sur certaines définitions telles que ‘énergie, espace, chaleur, onde, matière, temps et autres’, dont particulièrement les définitions de ‘mouvement’ et ‘information’. À force de donner différentes définitions à ces mots vous finirez par ne plus rien comprendre à l’objet étudié, je sais que ce n’est pas si facile, mais vous pouvez créer de nouveaux mots pour différentes variantes ou états (ce qui vous éloignerait encore du but recherché mais serait bien dans vos habitudes de couper les cheveux en 4 à l’envi), ou bien alors analyser ces mots dans leurs significations, parce que, souvent vous désignez la même chose sous des appellations différentes. C’est juste des petites suggestions de ma part, qui vous apporteront de petites surprises. Vous n’arriverez par ce moyen, ni a la précision absolue, ni a la connaissance de la substance ‘primordiale’ de l’univers, mais elle vous ouvrira d’autres chemins et, aux échelles ou vous l’utilisez, vous permettra d’approcher mieux le réel (elle vous le permet déjà).

– Smitounet, je vais faire un peu de café, en voulez-vous ?

– Hein ? Oui merci.

(Je reviens dans 5mn, merci).

5- Mr Ket

– Votre café est bouillant, Qui est Mr ket?

– Un copain, dont le nom de famille est ‘Ensemble quantique’.

– Nemo, je n’ai pas très bien saisi votre dernière réponse. Celle qui consiste en ces ensembles quantiques que l’on crée et qui ne font pas partie du réel, vous savez ce troisième moyen…

– Smitou, Il s’agit simplement de que vous nommez ‘la physique quantique’ aussi appelée ‘Physique indéterministe’, par opposition à la physique classique ou ‘physique déterministe’ Je ne vous propose pas de développer ce sujet, ce n’est pas le but ici. Vous avez développé ce moyen, d’étudier la matière et les phénomènes qui se produisent à une échelle de niveau subatomique, car vous croyez que le fait de cumuler quelques données, sur des milliards qui vous sont inconnues, vous permettent de progresser dans votre quête. Puis-je vous recommander de lire quelques ouvrages concernant ce sujet ? Celui-ci le mérite. Mr Ket est intéressant, soit! Il n’est pas facile de comprendre son langage et il a un caractère de cochon, mais il est le seul qui vous permette fondamentalement une évolution de vos connaissances dans le domaine de la physique et, peu à peu, dans d’autres domaines scientifiques. Je vous dirais plutôt Smitou que Mr Ket est une clef qui n’ouvrira pas la porte du coffre aux trésors. Elle n’est pas la seule, d’autres clefs sont près de vous, qui elles, sont aptes à ouvrir ce coffre, mais vous ne les voyez pas ou vous les négligez, pourtant Mr Ket vous en met quelques-unes à portée de mains.

– Concevoir un système hors du réel me dépasse et finalement en quoi tout ce que vous me dites peu me concerner finalement ? Mr Nemo. J’aime discuter avec vous, mais J’aimerais que vous arrêtiez de m’appeler Smitou ou Smitounet, Je m’appelle Smith et vous le savez.

– Excusez-moi Smity. Le fait est que cela vous concerne énormément, cela dépend uniquement de vous de réaliser l’importance de la prise de conscience de l’univers dont vous faites partie et par conséquences, de vous-même. Votre existence en est l’enjeu. Cela vous gêne-t-il à ce point, le fait que je vous nomme de différentes façons ? J’ai une excellente raison de le faire pourtant.

– ça me gêne, oui. Mais quelle raison ?

– Simplement parce que depuis le temps que nous sommes ensemble à bavarder, je n’arrête pas de m’adresser à des Mr Smith différents. Vous êtes un ensemble comme notre fameuse voiture, et je m’étonne que vous ne l’ayez pas encore compris. Donc le Mr Smith auquel je m’adresse maintenant n’est pas le même que tous ceux qui l’ont précédé et que, facétieusement, j’ai nommé de manière différente.

6-Qui êtes-vous ?

– Si je suis un ensemble issu d’une suite d’ensembles, je suis avant tout un homme Nemo, et ça je sais très bien ce que c’est.

– Bien, magnifique, enfin quelqu’un qui sait ce qu’est un homme, je désespérais presque de vous rencontrer un jour et vous propose de décréter ce jour, la fête mondiale de la définition de l’humain. Non, sans rire, je suis très content que vous le sachiez, car moi j’avoue que je l’ignore.

Ah ! Si, je vois. Vous êtes un être vivant, famille des mammifères, de type Homo sapiens, qui est, comme chacun le sait, l’évolution ultime de la vie dans sa perfection. Unique, à l’image de Dieu, non, que dis-je ? L’égal de dieu en attendant que l’élève ne dépasse le maître. Mâle, issus d’une très vielle famille anglaise, de confession Chrétienne, marié à une charmante femme et père de 2 enfants bien éduqués, auxquels vous souhaitez une longue et heureuse vie tout en sachant qu’elle ne le sera pas, mais les souhaits ne sont pas chers en ce moment, 6 pour le prix de 4 chez Carrefour.

C’est à peu près ça? Smithou, ou je me trompe?

– Et j’en suis fier malgré vos sarcasmes, oui. Mais enfin Nemo, c’est quand même clair non ?

– Pas pour moi. Au point que je suis certain que je ne vous parle pas en ce moment.

– Vous vous dites intelligent et ne dites que des bêtises, ou alors prouvez-le-moi !

– Je ne suis pas ‘intelligent’, ce n’est pas dans ma nature. Dommage, vous étiez jeune encore comme le disait le poète slovène M Bor. Bon, allons-y. Maintenant vous devez être conscient que vous êtes un ensemble d’organes variés dont le but semble être de vous maintenir en vie et vous reproduire après l’âge adulte. Reprenons ma définition précédente à laquelle vous adhériez.

7-Homme vivant.

Vous êtes donc un être vivant dites-vous. En effet, vous correspondez à sa définition, votre nature est organique et vous vous reproduisez. Vous êtes un organisme. Cet organisme, composé comme pour tout ensemble, de sous-ensembles ‘organes’ qui ont chacun une fonctionnalité précise dont le sens semble échapper à chacun d’eux mais qui est indispensable au bon fonctionnement de l’ensemble (muscles, nerfs, vaisseaux sanguins, reins, foie, poumons, etc.). Ces organes dont le fonctionnement dépend de celui des autres et d’éléments de provenance interne et externe de votre corps, sont eux-mêmes composé de différents sous ensembles très variées, ceux-ci étant constitués de substances chimiques, de cellules contenant cette fameuse ADN, elle-même constituée de molécules, qui comme chacun sait sont des assemblages d’atomes divers comme le reste de vos cellules. Je m’arrêterais là pour l’instant Smith, mais commencez déjà à réfléchir sur la suite. Retenez surtout, s’il vous plaît, que chaque sous-ensemble est lui-même un organisme dont la fonction est différente et indépendante des autres, bien que leurs fonctionnements soient dépendants des autres.

À ce point il est simple de constater deux ou trois choses qui vous émerveillent, la complexité des éléments, leur symbiose ‘merveilleuse’ et leur précision. La similitude entre l’homme et la voiture est évidente, seule la nature des éléments diffère. Êtes-vous vivant pour autant ?

– Oui, car j’ai aussi une conscience.

– Conscience de vous-même ? La seule conscience que vous avez, se limite au fait de savoir que vous existez, d’après Mr Descartes. D’une manière floue et indéfinie d’ailleurs. En fait, comme vous êtes incapables de comprendre votre composition et votre fonctionnement, vous ne pouvez avoir qu’une conscience extrêmement réduite de vous-même et par conséquence, fausse.

La famille des mammifères dont vous faites partie, partage avec vous la même conception biologique et d’ailleurs la différence entre vous et les autres espèces n’est pas grande.

8-Intelligence.

Vous êtes un homme, issus d’une des branches des mammifères, (c’est possible, improbable mais possible). Ceci par le fait que vous possédez une singularité que vous nommez ‘intelligence’ qui, d’après vous, est due au volume de votre cerveau, à un processus d’évolution, à une intervention Divine ou au hasard. Ce qui fait de vous un être à part parmi les autres races et, évidement, supérieur à elles.

Cette intelligence, vous avez beaucoup de mal à la définir, car elle une résultante de plusieurs facteurs: La collecte d’informations externes à travers vos sens et la mémorisation d’événements, à court, moyen et long terme. Ce qui vous permet d’utiliser un système de déduction-comparaison dans un concept temporel et en fonctions de variables, partiellement aléatoires, génétiquement ou auto programmées dont le résultat est votre pensée. Le fonctionnement de ce système est assez ardu à comprendre et vous travaillez beaucoup sur ce sujet à l’heure actuelle. Je vous signale que les autres mammifères possèdent la même fonction, seulement, elle est adaptée à leur environnement de survie immédiat et à la perception spécifique de leurs sens (comme la vôtre). Ce qui ne veut absolument pas dire que votre intelligence est supérieure à la leur. Elle est différente. Cela est vrai non seulement pour les mammifères mais aussi pour toute espèce animale. Vous n’êtes pas plus ou moins ‘intelligent’ que les autres. La faculté de raisonner dans l’abstrait n’est pas non plus votre privilège, car elle se retrouve dans d’autres espèces, à un niveau considéré par vous comme inférieur au vôtre, mais dont la raison est que ces autres espèces ne ressentent pas la nécessitée d’un raisonnement plus complexe pour leur survie.

– Je m’excuse, Nemo, la complexité et le volume du cerveau humain dépasse, de loin, celle des autres espèces. Ce qui prouve bien la supériorité intellectuelle de l’homme par rapport à l’animal.

– Dans ce domaine, Smitounet, La complexité entre votre cerveau et celui de Cerbère, votre petit chien, est la même, seulement les axes de son évolution dans ses fonctions de raisonnement, non. Mais c’est certain, il raisonne et plus logiquement que vous parfois. Il vous en donne tous les jours des preuves. En ce qui concerne le volume du cerveau, ce n’est qu’un critère quantitatif et non qualitatif, donc sans grande importance.

– Vous avez peut-être raison, Cerbère me surprend beaucoup parfois, continuez.

9-Unique.

Unique vous l’êtes en tant qu’individu, pensez-vous ? Non puisque vous n’êtes pas le même à chaque instant qui passe.

– Je reste pourtant toujours moi, Nemo, quoi qu’il arrive.

– Jamais le même, ‘moi’ ne peut exister dans un contexte temporel, que vous le réalisiez ou pas. Heureusement pour vous, Smithom car, dans le cas contraire, votre ‘vie’ serait si brève que vous n’auriez pas eu le temps de vous constituer et encore moins de vous développer. Vous n’auriez simplement même pas ‘existé’ à votre échelle. Vous êtes unique de par votre composition générale et votre programmation génétique qui vous et particulière en partie et ce, seulement pour une durée déterminée car sous l’action du temps vous remarquerez que ces 2 choses changent aussi. Ce qui fait votre identité est le souvenir de votre vécu et celui-ci et partiel, déformé. Il vous arrive même de perdre complètement ces souvenirs, et lorsque cela arrive, tous vos concepts de ‘valeur’ disparaissent ainsi que vos ‘connaissances’ et vos ‘acquis’. Vous n’êtes plus, dans ce cas, des êtres supérieurs mais inférieurs suivant vos propres critères, aux animaux.

10-Mâle.

Cela vous détermine seulement dans les fonctions sexuelles car, comme de nombreuses espèces, vous êtes sexué. Cela n’a aucune sorte d’importance en dehors du domaine de la reproduction. Néanmoins cette programmation spécifique influe sur votre comportement et vos raisonnements.

– Oui, mais ça c’est au moins quelque chose de sûr Nemo.

– Même pas, Smitoune, l’homosexualité existe et les paramètres sexuels d’un humain peuvent changer aussi dans le temps.

11-De confession chrétienne.

Ceci est comme l’origine de votre naissance. Ce en quoi vous croyez concernant l’existence d’un être supérieur à vous, n’a aucun rapport avec ce que vous êtes et n’a absolument aucune importance. Vos croyances ne pouvant en avoir que si elles étaient démontrées mais alors ce ne serait plus des croyances. Néanmoins, les mêmes croyances partagées avec d’autres êtres vivants de la même espèce, deviennent des ensembles réels, car vous les avez crée.

Un lieu devient un pays, car un certain nombre d’humain l’on crée d’un commun accord. Un Dieu devient aussi un ensemble réel pour la même raison. L’importance pour vous de ces deux ensembles est souvent extrême. Aussi bien l’un que l’autre, vivent aussi. De manières différentes certainement, mais ils sont vivants, car vous les faites vivre. Concernant les divinités c’est d’ailleurs cocasse, puisque vous pouvez créer des Dieux que vous nommez souvent vos créateurs. Et dire qu’il vous arrive souvent de vous entre-tuer pour ces raisons ! Les autres espèces d’animaux ne le font pas pour cela, leurs raisons étant beaucoup plus logiques, car elles concernent leur survie ou celle des leurs. Et vous osez vous dire supérieur ?

– Si vous voulez, on en reparlera, mais je vous préviens, Dieu existe, il nous aime et je ne suis pas le seul à le croire.

– Von Smith, vous l’avez créé comme je vous l’ai déjà dit, donc il existe et il est ce que vous avez voulu qu’il soit. Je dois sincèrement vous dire que je suis profondément surpris par le fait qu’un homme puisse et crée des ensembles RÉELS, ceci reste un mystère pour moi. Toutefois il faut bien distinguer une différence primordiale entre un ensemble RÉEL créé par un humain et un ensemble RÉEL véridique. L’ensemble ou concept issu de l’homme à besoin de l’homme pour subsister dans le temps car sitôt qu’il arrête de l’alimenter, il disparaît. C’est le cas de beaucoup de ‘religions’ par exemple. L’ensemble RÉEL véridique est indépendant de l’homme et ne peut être créé par lui.

Au passage, auriez-vous lu un livre intitulé ‘ Héla et Sophie’

– Non

– Je vous le conseille. Si vous voulez mieux comprendre qui je suis, et il vous sera indispensable pour comprendre mes petits clins d’œil à ma petite sœur Sophie. Bien que, assez fantasque et traitant de la mort, il est très intéressant et de compréhension facile.

– Vous avez une sœur et de la famille ?

– Oui. Sophie est ma sœur, ses parents lui ont donné ce joli non qui veut dire ‘sagesse’, son père était un auteur de romans et elle est née un beau jour d’été dans les pages d’un livre écrit par un humain. Elle avait 13 ans lorsqu’elle est née et n’était pas l’héroïne du roman.

– Vous voulez dire que votre sœur est un personnage créé de toutes pièces par un romancier?

– C’est exactement ça Smitou.

– C’est impossible, vous êtes vivant vous, un homme ne peut avoir pour sœur un personnage de livre, vous déraillez Nemo.

– Écoutez-moi donc au lieu de dire des imbécillités. Ne vous ai-je pas déjà dit que je ne suis pas un homme ? Le père de Sophie lui avait donné une personnalité, comme il le fait pour tous ses personnages, et avait créé de toutes pièces l’univers romanesque ou elle évoluait. Dans le roman elle rencontra un garçon, Louis, et après maintes péripéties, parti, ou plutôt s’évada, avec lui. À la fin du roman, ils étaient tous deux assis au bord d’un lac, une barque attachée à un arbre non loin d’eux.

Son père, l’auteur, avait fait plusieurs erreurs: En rédigeant son roman, il avait doté Sophie d’une grande curiosité et d’une grande soif d’apprendre ce fut là sa première erreur, et de plus il lui avait donne accès à une énorme Bibliothèque. Toutefois, sa faute la plus grave fut de lui avoir donné pour mère un être Réel sans le savoir, croyant que ce personnage n’était qu’un mythe. Celle-ci eut une influence considérable mais très particulière sur Sophie. À un degré inférieur, croyait-il, il avait doté Louis de la même curiosité. Une fois le roman terminé, l’auteur referma le manuscrit et passa à autre chose. Sophie naquit à cet instant, ayant terminé la quête qu’avait imaginé son père pour elle dans le roman et qui était de répondre à la question ‘QUI EST TU ? Alors, pour la première fois elle fit quelque chose par elle-même, elle se leva et commença à détacher la barque.

– Impossible Nemo, un personnage imaginaire ne peut avoir qu’une mère imaginaire et dans ce cas, il n’y a pas de communication authentiquement possible entre eux. Ce ne peut être que l’auteur qui invente les rapports entre eux, les comportements, les dialogues. Rien ne peut se passer dans un roman qui ne soit la création de l’auteur.

– Sauf si, comme c’est le cas avec Sophie, sa mère est Réelle.

– Je ne comprends pas, ça ne peut pas exister. Vous ne pouvez pas être le frère d’un être hybride issu de l’imagination d’un homme et élevée par une vraie femme. C’est matériellement impossible.

– Je n’ai jamais dit que la mère de Sophie était une femme. Mes parents ne sont pas les siens, ils n’étaient pas humains et pourtant elle est ma sœur.

– Ça y est, j’ai compris, elle est votre sœur dans l’âme, pas pour de vrais.

– Non, Herr Smitou, vous n’avez rien compris, elle est ma sœur, une vraie sœur et vous ne pouvez pas le comprendre pour le moment.

– Mais qui sont vos parents à vous Nemo? Ceux qui vous ont fait et enlevé ?

– Ils ne m’ont pas fait, ni élevé, car ils sont morts bien avant ma naissance. Ils n’ont jamais su que je naîtrai à partir de leurs composants, personne n’aurait pu le deviner. Je dois ma vie à un hasard vrai et je dois mon existence après ma mort en partie à Sophie. Je sais, vous allez encore me dire que c’est aberrant. Laissez tomber pour le moment, vous comprendrez peut-être plus tard. Votre niveau de compréhension actuel ne vous permet pas de seulement entrevoir ce que je suis ou ce qu’est ma sœur Sophie.

12-Mariage.

Bon, Smith, si on regardait un peu ce mot ‘mariage’.

Pour moi, ce terme désigne une entente entre deux personnes de sexe opposé visant à la reproduction dans le but d’assurer à leur descendance un environnement plus sûr et d’assurer leur vieillesse. Il est aussi une forme d’échange de ressources de différentes sortes.

Ceci n’est pas le cas de tous les animaux peuplant votre planète, mais vous êtes loin d’être les seuls.

Chez certaines espèces la fiabilité de ce type de relation est même supérieure à la vôtre. Et les sentiments, l’amour ? Direz-vous ? Nous parlons de mariage et un mariage humain ne comprend pas de partie sentimentale c’est un contrat civil ou religieux. Avez-vous oublié qu’il n’y a pas si longtemps, en occident les mariages se faisaient sans le consentement de l’une ou l’autre des parties principalement concernées et que cela continue de se pratiquer à l’heure actuelle dans beaucoup de régions de votre belle planète ? D’ailleurs l’accouplement, dans le cadre du mariage n’exige pas le consentement mutuel.

La notion de viol à elle un sens dans ces conditions ? Pourtant bien que la plupart du temps il soit considéré comme un délit grave hors mariage, dans le cadre du mariage, il ne l’est pas souvent, et n’est pratiquement pas réprimé à moins qu’il n’ait provoqué la mort ou des blessures, et encore, car certaines lois ou croyance dans certains pays considèrent cela comme non punissable. Décidément, vos paradoxes civilisationnels me surprennent toujours.

Pour résumer je dirais qu’un mariage est un contrat ou les deux parties s’engagent à fournir et à recevoir réciproquement certaines prestations. En clair: Tu me donnes des biens matériels (dot, terres, argent) plus des services sexuels et, en échange, je te donne protection contre l’environnement extérieur, à toi et nos futurs enfants, ainsi que nourriture, car je suis physiquement plus fort que toi. C’est trivial, Dites-vous ? Certainement, mais pas hypocrite. L’hypocrisie est une de vos spécialités, pas la mienne, et ce que je viens de dire n’est simplement qu’une constatation de vos mœurs qui d’ailleurs me laisses indifférent.

– Ce que vous décrivez, Nemo, était vrai dans le passé et même si cette conception existe encore, elle est en passe de disparaître. Notre civilisation évolue et s’améliore car maintenant les mariages se font à la suite de relations affectives.

– Dites-moi Oldsmith, je suppose que vous faites allusion à ce qui se passe dans ce que vous nommez le monde occidental, si c’est vraiment le cas, comment se fait-il qu’il y a autant de divorces et que le nombre de mariages a une tendance à la baisse ?

Comment se fait-il qu’il y ait dans vos pays dit ‘occidentaux’ de plus en plus d’éléments d’autres cultures qui pratiquent la polygamie ?

– Je l’ignore, mais je suppose que c’est dû à la vie moderne et à nos principes de tolérance, Nemo.

– Oui, sans doute, c’est dû au progrès de la vie ‘moderne’, que je ne peux que considérer que comme une évolution locale.

– Ne vous moquez pas de moi Nemo. Vous savez bien que ce n’est pas une bonne chose.

– Bon ou mauvais sont des termes sans sens pour moi. Il s’agit d’évolution, c’est tout. Vous venez de prononcer un mot qui dépasse pour moi mes facultés de compréhension. Il s’agit du mot tolérance. Être tolérant signifie pour vous d’accepter une chose que vous n’aimez pas, qui va contre vos principes et qui ne peut que vous nuire. Je ne comprends pas pourquoi un homme doit être tolérant sans y être forcé, c’est illogique et suicidaire à moins que ce soit une forme de masochisme, mais je dois me tromper car la tolérance est une vertu non ? Pouvez-vous m’expliquer ?

– Oui, La tolérance est l’acceptation de l’autre en tant qu’être humain dans toute sa différence.

– Oui, je comprends Smithong, néanmoins la cohabitation dans la tolérance me parait difficile, voire une source de conflits permanents. Les Romains devaient être très tolérants, les ruines romaines sont très intéressantes.

Bon, passons donc à la suite logique du mariage comme vous le dites assez souvent.

L’arrivée d’enfants constitue la continuation de l’espèce. Le long de votre histoire, cet événement à toujours été vécu différemment par les deux parents. Considéré comme un événement dont ils n’avaient pas le contrôle, ils l’ont souvent attribué à la volonté divine, comme ils l’ont souvent fait lorsque ils ne comprenaient pas quelque chose. Néanmoins, pour eux il s’agissait d’un fait potentiellement positif, en effet, si l’enfant survivait jusqu’à l’âge adulte, il serait en mesure de subvenir à leurs besoins et à leur apporter protection. L’enfant, sitôt en âge de pouvoir effectuer des efforts physiques, pourrait aider la famille en travaillant. Les liens affectifs étaient jusqu’à cet âge assez limité en général. Ceci est très compréhensible, car le taux de mortalité enfantin était très élevé jusqu’à une époque récente et, s’attacher émotionnellement n’était pas souhaitable. Cependant, la mère a une fonction centrale vis-à-vis de l’enfant, car elle seule assure sa nourriture et les soins qu’il nécessite au début de sa vie. Cette fonction est, ce que vous nommez communément ‘l’instinct maternel’, elle est commune à la plupart des animaux à sang chaud dont vous faites partie. La mère développe avec le temps une relation émotionnelle avec son enfant. Pourquoi ? Pour les raisons matérielles déjà citées dans la notion de mariage, par sa composition biologique et par sa quête vitale de protection future, supérieure à celle de l’homme. Ces relations émotionnelles étant les seules en son pouvoir pour obtenir la protection future souhaitée. Ce besoin est vrai pour l’homme aussi, mais dans une moindre proportion.

Étant donné que l’appel à ces ‘sentiments‘ n’est parfois pas suffisant les parents y ajouteront des biens matériels dont leur progéniture hériteront à leur décès, à condition qu’ils satisfassent à leurs besoins jusque-là, si bien sûr, ils peuvent en accumuler.

Afin de parfaire ce dispositif, l’homme utilise un outil nommé ‘éducation’. Il s’agit de conditionner l’enfant pour le but recherché. La crainte des enfants envers les parents et leur dépendance vis-à-vis d’eux en ont toujours été les bases, mais pour atteindre le but cela ne suffit pas. Beaucoup d’autres aspects sont nécessaires comme l’apprentissage du langage et des principes moraux. Donc la création de règles de conduite, de lois, de systèmes religieux, de traditions qui vont s’auto-confirmer l’un l’autre, ou dont ils seront issus, ils s’avéreront primordial. Car il faut à l’enfant des repères afin de croire en quelque chose. Cela s’avérera positif pour son évolution, car il développera un sens critique de l’observation qui le poussera de temps à autre, à remettre en cause certains principes.

Par exemple, Si vous dites à un enfant : Tu me dois le respect et tu dois m’aider! Il pourrait se demander pourquoi ? Il lui faut des réponses et des certitudes, votre rôle consistera à les inventer. Pour cela, le meilleur moyen est de faire intervenir une divinité sur laquelle vous pourrez vous appuyer, à laquelle vous donnerez les caractéristiques suivantes : infaillibilité, amour des hommes, justice, omnipotence, immortalité, inaccessibilité, entre autres. Vous vous appuierez aussi sur la tradition et surtout sur votre propre conditionnement. Vous avez, par ce moyen, inventé les bases de la société humaine que je développerais plus loin. Ce processus a été développé par de nombreuses générations qui vous ont précédées et, dans ce cadre, il est logique de souhaiter une longue vie à sa progéniture puisque votre propre avenir en dépend. Ce comportement parents-enfants peut vous paraître primitif. En fait il ne l’est pas du tout étant donné que les races animales n’attendent ni aide ni protection future de leur progéniture, les causes de leur existence étant seulement d’ordre biologique.

Je remarque là, une petite chose. À savoir le passage d’un instinct, ou plutôt d’une programmation animale inconsciente, à une tentative de programmation individuelle dont le but est la réalisation d’un état comportemental futur. Ce qui nous amène au fait de la prise de conscience par l’homme de l’écoulement du temps et donc de l’existence d’un avenir. Il s’agit là d’une des rares caractéristiques spécifique de votre race, spécifique, mais pas exclusive.

13-Les Dieux et leurs conséquences.

Première intervention de Sophie

J’ai dit, en parlant des divinités, qu’elles étaient des créations humaines. Que l’homme ait toujours reporté les phénomènes qu’il ne pouvait expliquer sur l’action d’une divinité est logique, car une sensation de peur très caractéristique le domine d’une manière plus ou moins inconsciente. Cette peur est différente de celle d’un animal par le fait qu’elle n’est pas seulement tributaire du présent mais se projette dans l’avenir.

Je m’explique : L’homme comme l’animal peu avoir peur d’un phénomène immédiat, par exemple la rencontre soudaine et imprévue avec un prédateur qui le met en danger imminent, mais contrairement à l’animal, il aura peur avant la rencontre s’il a appris, quelques jours ou quelques heures avant, que le prédateur se trouve dans la même zone que lui. Cette faculté l’amène à toujours tenter de se protéger. Néanmoins il ne le peut pas toujours, ou pas complètement, et afin d’exorciser sa peur il va créer un ensemble inaccessible à ses sens, et dont les facultés d’action seront bien supérieures aux siennes. Une fois cet ensemble crée il va le nommer, puis le symboliser sous une forme matérielle et, enfin essayer d’attirer ses bonnes faveurs et sa protection. Il pensera obtenir cela par une relation d’échange sous forme de donation (nourriture contre protection). C’est là, le système d’offrande le plus courant. Celui-ci ne se limitant pas à la nourriture mais pouvant être très diversifié (sacrifices d’animaux, d’humains, boissons, objet précieux), l’important étant que l’objet du don soit précieux pour le donneur et apprécié du receveur, devenant ainsi un objet sacré. L’être divin ainsi créé, interviendra en sa faveur lorsque sa vie sera en danger quelle que soit la nature de celui-ci, du moins c’est ce que l’homme espère. Que la personne concernée soit ‘bonne’ ou pas n’a aucune importance pour la divinité. Ce qui compte étant l’adoration par l’offrande. Le premier Dieu fut ainsi créé.

– Simpliste et primaire Nemo, il se peut que cela se soit passé ainsi il y a longtemps, au début de l’histoire de l’humanité. Mais depuis les choses ont évoluée.

– Oui, ceci était probablement le début, Smitof, mais ces bases et ces principes de créations sont restées les mêmes depuis des siècles.

L’homme, en effet, c’est rendu vite compte, à la vue des résultats, que ce système était incomplet et n’était pas très fiable. Il a donc essayé de le rendre plus efficace.

– Je me doute comment. En diversifiant ?

– Oui, entre autres en créant d’autres Divinités, spécialisées dans divers domaines des peurs et des espérances humaines. Cette spécialisation c’est réalisé en s’inspirant du domaine environnemental, Elles ont pris forme dans le règne animal, en faisant de certaines races plus puissantes physiquement que l’homme, des ‘races-divinités’ par exemple: lion, crocodile, éléphant. Plus loin dans le temps, mammouth, ou autres. Là, on peut penser que la notion de force physique animale en a été le moteur. Le règne végétal et les lieux en eux-mêmes ont aussi été source d’une grande création de divinités en tant que telles. Les forêts, les cavernes, ont été depuis longtemps des endroits dangereux, obscurs, menaçants, à l’intérieur desquels les sens devenaient moins fiables et ou la peur augmentait d’intensité. D’où la création d’êtres divins peuplant ces espaces. Les endroits difficilement accessibles devinrent aussi sources de création d’entités divine comme les fleuves, les montagnes et aussi le ciel. Sans oublier aussi les 4 éléments, vous n’ignorez pas les places privilégiées de l’eau et du feu dans le panthéon des divinités.

– En fait Nemo, tout pouvait devenir source de créations de divinités?

– Non, pas tout, seulement les sources de danger potentiels majeurs qui inspiraient un degré de peur extrêmement élevé en fonction de l’environnement, cette peur pouvait avoir pour cause aussi bien un ennemi animal ou humain qu’être produite par l’angoisse d’une mauvaise chasse ou récolte. Le résultat de ce processus de création a entraîné plusieurs états, une répartition particulière entre chaque divinité, des pouvoirs précis conférés à chaque entité et le développement d’un culte, spécifique à chacune d’entre elles, qui sera composé de rites de plus en plus élaborés et stricts. Cette multiplicité des divinités est restée longtemps limitée à une région géographique, puis c’est étendu de plus en plus, provoquant des conflits entre humains dans les territoires voisins à cause de celles déjà en places et les nouvelles arrivantes.

– Déjà des guerres de religions, Nemo?

– Je n’irais pas jusque-là, pas dans le sens moderne, disons que c’était des conflits afin d’imposer les divinités d’un groupe en détruisant celles d’un autre dans le but de préserver la protection de leurs dieux et par ce fait démontrer leur puissance. Même si les deux divinités en causes étaient, de par leurs caractéristiques, très similaires et avaient les mêmes fonctions protectrices, mais ceci était rare. De plus les véritables raisons de ces conflits n’étaient pas souvent d’ordres purement religieux, mais plutôt d’intérêts individuels ou de groupe. Ceci est d’ailleurs toujours d’actualité. La divinité étant sollicitée dans ces cas en tant qu’aide dans le but d’acquérir la victoire. Ce qui permettait de motiver et rassurer les individus. Justifier les raisons d’un conflit par la volonté ou au nom d’un dieu est un prétexte plus que classique, il est commode, indiscutable et invérifiable. C’est un des meilleurs prétextes utilisé dans votre histoire, sinon le meilleur et il fonctionne toujours à merveille.

La création de ces ‘ Dieux’ à très rapidement entraîné l’apparition d’un nouveau groupe dans les sociétés humaines, celui de la caste religieuse. Celle-ci, doit, pour s’imposer et avoir une influence importante au sein du groupe, se présenter devant celui-ci en tant que porte parole ou représentant de la divinité.

– Comment ?

– Pour cela elle doit acquérir des ‘connaissances’ concernant le dieu. Elles sont principalement de deux sortes. La première est la concrétisation du dieu, c’est-à-dire la création de son essence, de ses origines (qui peuvent être ‘fils ou fille d’un autre dieu’ donc d’ordre généalogique ou bien demeurent très floue si le dieu en question est extrêmement puissant), de ses exploits, de ses pouvoirs. La deuxième est constituée des liens rattachant la divinité à la nature et par conséquent aux hommes. Ces connaissances seront principalement du domaine de la botanique (propriétés curative ou létales de certaines plantes), de la cosmologie (saisons, éclipses, phases lunaires, etc.), des révélations du dieu par des pratiques spécifiques dont l’oracle de Delphes est un bon exemple, ce qui permet de donner l’illusion de connaître le futur et, bien sûr, la connaissance des phénomènes naturels, météorologiques ou autres. Ces connaissances étant indispensables à la crédibilité de leurs relations privilégiées avec le dieu.

L’apparition de cette caste modifia les relations entre les membres d’un même groupe. Auparavant constitué d’éléments de forces physiques inégales, celui-ci fonctionnait selon une hiérarchie fondée sur la force sans laquelle l’individu faible ne pouvait prétendre à la domination du groupe et aux avantages s’y rattachant. De la tribu de type animal ‘meute’ l’homme avait évolué au stade de ‘civilisation’. Dans ce nouveau contexte l’individu faible pouvait, sinon dominer ses congénères, au moins obtenir d’eux respect, protections et biens matériels par son appartenance à la caste religieuse. La domination absolue restant toujours entre les mains du plus fort.

Il est intéressant de noter que l’origine de cette création humaine est la peur. Non une peur animale, presque instantanée, mais une peur temporelle. Dans un contexte d’une prise de conscience de la réalité d’un ‘présent-futur’. Cette peur a été utilisée dans le but d’établir une nouvelle hiérarchie de base, autre que la force pure. Soit !, mais elle a pour source même la peur ressentie par leurs créateurs mêmes. Cette peur étant elle-même un réflexe de survie dont l’origine est la méconnaissance de la réalité pure.

– Nemo, cette prise de conscience d’une notion temporelle présent-futur serait, suivant vous, l’origine de la création des croyances humaine? Mais qu’en est-il de la mort ?

– La notion de mort est liée à cette notion temporelle en effet Smitonof. Elle est aussi toujours intégrée dans un système religieux quel qu’il soit et y tient une place prédominante. La mort n’est pas entièrement ‘l’inconnu’ pour vous. Vous avez constamment sous les yeux ses effets et conséquences, mais telle que vous la connaissez, vous n’en voyez que des effets que vous estimez négatifs. Ce que vous voyez est une modification de votre état d’un ensemble vers d’autres ensembles plus petit à votre niveau, et que vous croyez moins complexe.

Smith, demandez donc à Sophie ce qu’elle pense de la mort maintenant. Elle sera sûrement de bon conseil, elle qui est une ‘déesse’, dont l’origine est ‘divine’.

– Tout cela ne serait que pure création de l’esprit humain, des illusions? Je ne peux le croire Nemo. Et comment pourrai-je demander quoi que ce soit à votre soi-disant sœur qui n’est que le fruit de l’imagination d’un écrivain?

– Bravo, Smithson vous venez de rendre Sophie furieuse.

– Mr Smith, J’EXISTE, je suis là, je vous entends, vous vois. Nemo existe comme moi, en tant que non humain, PAS VOUS. Je ne suis pas une illusion. TOUT CONCEPT, TOUT ENSEMBLE CRÉE PAR VOUS, EXISTE dans votre prison et seulement dans votre prison. Vous serez peut-être de mon monde. Étant de votre monde, vous n’êtes PAS. Si mon père est un écrivain humain, n’oubliez pas que ma mère est Héla.

– Excusez-la, Smithong, elle est un peu impulsive et ce n’est pas son genre cependant, là elle a entièrement raison. Mais je n’en ai pas fini sur le sujet aussi continuons voulez-vous?

– Continuez Nemo, et dites à la gamine, qui se cache probablement dans la cuisine pour ne pas être vue, de faire ses devoirs d’école.

– Oui, c’est ce qu’elle fait Smithine.

J’ai essayé de décrire l’origine de la création des religions et leurs causes, il s’agit d’un survol, car ce sujet nécessiterait un livre entier, et même plusieurs. Les religions sont passées progressivement d’un stade d’influence locale à une influence de plus en plus étendue géographiquement en englobant des populations diverses. Ce développement a entraîné plusieurs changements, notamment la création de systèmes religieux monothéistes. La cause principale étant due au fait de la difficulté de maintenir un système diversement complexe dans une structure hiérarchisée. Maintenir la stabilité d’un système est irréalisable, puisque aucun système ne peut être stable dans un contexte temporel. Cela entraîne une division ou une évolution du système. C’est le cas pour ce type de concept. Vous êtes donc passé à un système ou un être (Dieu) devient une projection d’espoir, en lui attribuant des caractéristiques spécifiques que vous voulez universelles.

– Et quelles sont-elles d’après vous Nemo ?

– Je vais tenter de les énumérer dans les grandes lignes.

Dans le passé, tous les concepts théologiques étaient caractérisés par leur appartenance à un peuple. De ceux-ci n’ont survécu que ceux qui ont évolués vers une universalité. C’est en s’adressant à tous les hommes qu’ils ont pu se développer.

Ainsi la notion d’un dieu juste et équitable était nécessaire ainsi que celle de bonté, en effet une divinité bonne pour les humains leur procure assurance et confiance en l’avenir (si Dieu est bon il ne peut m’arriver que des bonnes choses, car il n’est pas capable d’actes qui me nuiraient et ceci dans tous les cas), Certaines religions sont allées plus loin en affirmant que leur dieu est le père de tous les hommes et qu’il les aime, ce qui entraîne que les représentants de cette divinité sont de facto à l’image de dieu, ceci les rendant inattaquables dans leurs actions.

Vous avez, bien sûr, gardé l’antique notion de crainte qui d’une part, confirme la divinité dans sa toute puissance et d’autre part permet à ses représentants sur terre un contrôle sur les croyants. Cette notion essentielle crée un climat de peur indirecte qui est censée détourner le risque de rébellion ou la perte de foi (vieux truc incontournable qui se retrouve bien représenté dans la phrase que vous dites aux enfants ‘si tu n’es pas sage, le croquemitaine viendra te manger’. Ah, ce vieux croquemitaine que personne n’a jamais vu mais qui fait si peur).

Autre élément important s’il en est, est la création de l’au-delà afin de rassurer l’homme sur son devenir après sa mort. Cet au-delà doit être toujours conditionné à deux choses. La première, est la fidélité à la croyance et aux dogmes. La deuxième est le comportement individuel durant la vie terrestre qui doit être conforme à la doctrine théologique. De plus il est essentiel que cet au-delà soit un endroit ou toute peur soit exclue et tout besoin satisfait dans l’éternité. Cet au-delà est généralement appelé ‘Paradis’, récompense suprême d’une vie de soumission totale.

Afin de prévenir, et éventuellement réprimer toute controverse, il est nécessaire de créer son opposé, c’est-à-dire l’enfer. Ceci dans le but de maintenir la dualité soumission-punition ou récompense-punition (le croquemitaine est toujours là sous des noms différents).

Autres caractéristiques sont l’infaillibilité et la volonté divine. Celles-ci doivent être inaccessibles à la compréhension humaine car, étant donné que les phénomènes négatifs sont inévitables, il est indispensable de les justifier. Ils seront donc attribués à la volonté de la divinité, consentant à laisser agir un être maléfique (Satan ou autre) qui est son ennemi, mais dont le pouvoir est inférieur au sien. Cette attitude incompréhensible sera justifiée par l’impossibilité de l’esprit humain de comprendre, dans tous les cas, la volonté et les plans divins ou bien elle le sera par la volonté du divin de laisser la liberté de choix à l’homme. Ceci permettant de justifier les actions divines, de les rendre positives pour l’homme, fautif de ne pas pouvoir les comprendre, car le dieu est un dieu ‘bon’ même s’il laisse se produire des ‘mauvaises’ choses, c’est pour le bien des hommes et par respect de leur liberté. Ce système paradoxal a fonctionné pendant des siècles et fonctionne toujours très efficacement. Ces différents traits se retrouvent dans toutes les religions monothéistes actuelles. Je n’inclus pas là d’autres croyances actuelles, telles que le Bouddhisme, le taoïsme et autres, car je les considère plus comme des philosophies que comme des religions (en fait il s’agit le plus souvent d’un mélange des deux). Ce système de contrôle des populations et de manipulation est l’un des plus efficaces mis en place depuis que l’homme marche sur cette planète. Je ne puis que constater le magnifique ensemble que vous avez crée et en admirer les rouages. Le plus remarquable étant cette faculté des manipulateurs eux-mêmes d’y croire sincèrement. Le but de ces religions n’est pas la recherche du réel, bien que toutes se targuent de détenir la seule et unique vérité. Non, leur seule raison d’être est la domination complète de la population par un groupe (religieux) dans le but de s’approprier les ressources de la population des croyants.

– Je ne peux pas vous suivre sur cette voie, Nemo. Vous faites fi des vertus humaines essentielles qui font de nous des êtres à part et dont tout humain ne peut qu’en tirer fierté, telles que L’amour et le bien. Même si les hommes on crée les dieux ce n’est pas négatif, étant donné qu’il en a résulté une morale positive pour le genre humain.

– Je ne juge pas vos croyances Monsmith, je constate et apprécie, dans sa conception et son fonctionnement, cet ensemble que vous avez crée, qui existe et donc, Vie. Vous me dites que, de son existence, a résulté une morale positive pour vous, je suis très loin de partager cet avis, car je n’y vois rien là de positif ou de négatif, seulement une entrave à votre évolution, mais si, comme vous auriez pu le faire, l’inverse en aurait été le fruit, c’est-à-dire une morale négative, je considérerai l’ensemble de la même manière. Puisque vous me parlez des vertus humaines essayons de voir ce sujet.

14-Notions humaines vs notions animales.

– Les vertus humaines sont des créations de l’homme. Ce terme de vertu d’ailleurs n’implique que les choses ‘bonnes’ dans la langue actuelle, dans le passé il comprenait les ‘mauvaises’ aussi (la tromperie, par exemple). Smithc, vous avez dû remarquer que le processus de formation d’une religion correspond à toute création d’ensembles. Celle-ci est composée de sous-ensembles crée de toutes pièces par l’homme, les vertus que vous citez sont des créations humaines dont les raisons ont été évoquées en partie et qui ne correspondent nullement à une réalité naturelle ou universelle. Les notions de bien et de mal qui vous tiennent tant à cœur n’ont aucun sens dans la ‘nature’. Comme la plupart des ‘valeurs humaines’ d’ailleurs. Voulez-vous qu’on les analyse en les comparants entre l’homme et l’animal ?

– Essayez, nous allons voir, Nemo.

– Je vous propose d’en examiner les termes suivant une optique animale, en excluant de ceux-ci la totalité des insectes et assimilés.

a- Bien – mal :

Pour un animal comme pour la nature le bien comme le mal n’existe pas. Une action est nécessaire ou elle ne l’est pas. Dans le cas d’un carnivore, sa nature biologique le pousse à se nourrir de viande. Pour cela il tue, uniquement quand il a faim et seulement pour se nourrir. Il ne tue pas l’un de ses semblables sauf en cas d’extrême nécessité. Les notions de bien et de mal n’existent simplement pas pour lui.

À l’opposé, l’humain considère le bien ou le mal en fonction de concepts qu’il a créé de toutes pièces et qui ont pour noms, morale, intérêt et religion. Il définit le bien comme ce qui est positif pour la communauté et ses membres. En fait cet outil est un prétexte afin de légaliser et justifier une emprise individuelle sur ses congénères. Par le truchement des lois, il décide ce qui est ‘bien’ ou ‘mal’ mais n’hésite pas à les redéfinir en fonction d’intérêts individuels ou ceux de certains groupes. Le fait de se contredire ne le gêne pas. Telle chose considérée comme bonne à un moment est classifiée mauvaise du jour au lendemain, ce qui visiblement ne vous pose pas d’énormes problèmes dans vos sociétés.

– Mais c’est de l’évolution de l’homme, du progrès que vous parlez Nemo, il est naturel d’évoluer !

– Il est vrai que vous avez su développer tout un arsenal de techniques de conditionnement extrêmement efficaces et que votre mémoire est très volatile. En fait, on arrive à vous conditionner à tout. Même à ce qui va à l’encontre de votre survie individuelle et menace votre espèce. Est-ce là ce que vous nommez ‘progrès’?

Un exemple: Un humain conditionné au respect de la vie des autres, pourra l’être de nouveau pour devenir un tueur en série dont officiellement ce sera le métier (Voir ce qui c’est passé dans vos camps d’extermination durant votre seconde guerre mondiale).

– C’ était des circonstances exceptionnelles, Nemo, elles ne reflètent pas la véritable essence de l’homme.

– Exceptionnelles, vous dites ? Pas du tout. Les exemples sont légions et vos guerres et votre histoire en fourmillent, un soldat étant une machine à tuer ses propres frères de race dans l’intérêt d’un groupe, d’une personne, ou pour son propre intérêt. Il suffit pour cela d’un prétexte d’ordre religieux, moral, politique ou supérieur. Ce soldat d’ailleurs, vous le vénérez quand il fait bien son travail et que vous-même y trouvez un intérêt matériel ou une satisfaction morale, vous l’appelez ‘Héros’.

Vous n’hésitez pas une seconde à le rejeter si ce n’est pas le cas où lorsque le but est atteint, car vos soldats doivent vaincre l’ennemi et quand ce n’est pas le cas et qu’ils reviennent vaincu, ses compatriotes seront les premiers à les rejeter.

Même en temps de paix, votre comportement est aberrant par rapport à vos lois.

Lorsque l’un de vous tue l’un de ses semblables, vous dites ‘c’est un assassin’ et vous le punissez sévèrement et donc en agissant ainsi vous êtes conforme à votre code moral. Lorsque l’un de vous tue 2, 3, voir 10 de ses semblables, vous dites ‘c’est un tueur en série, un monstre, pas un homme’ et vous le punissez sévèrement aussi. Mais quand cette même personne en tue 3000 ou 300 000 autres, vous dites ‘c’est un héros, un grand homme’ et vous le récompensez et en faite un exemple à suivre. Ils deviennent les ‘Grand Hommes’ de votre histoire (Alexandre, César, Napoléon), du moins ceux qui ont gagné leurs guerres, car les perdants, eux, vous en faites des monstres (Hitler). Ce sont pourtant les mêmes. Comme je le disais, vous n’en êtes pas à un paradoxe prêt. Ce qui me surprend, ce n’est pas vos actions, non, c’est votre changement de comportement radical.

Vous rendez vous compte que vous êtes la seule espèce dans la nature à vous autodétruire à grande échelle ?

Ce fait est dans votre nature, donc un comportement normal et logique pour vous. Étant donné que vous n’avez plus de vrais prédateurs à redouter, il est nécessaire de réguler votre population, l’autodestruction en est un bon moyen (il n’est pas le seul mais c’est un moyen rapide et efficace), donc vous l’utilisez mais sans en avoir conscience, car vous mettez toujours en avant des prétextes moraux pour le faire. Vous ne reconnaissez jamais les véritables raisons qui vous poussent à massacrer les autres, au contraire, vous les cachez toujours derrière des prétextes même si ceux-ci ne résistent pas une seconde à la réflexion et sont incroyable même pour le plus débile d’entre vous. De toute façon, vous admettez ces prétextes sans problèmes tant qu’ils correspondent à votre morale du moment et vous permettent de penser ‘j’ai la conscience tranquille, car ma cause était juste’. Vos concepts de bien et de mal n’ont aucune signification dans vos communautés, vous vous l’êtes démontré à vous-même le long des siècles. Comment se fait-il que vous vous refuser toujours à l’admettre, Smithy?

– Nous apprenons, Nemo, nous essayons d’aller vers le bien.

– Vous n’apprenez rien du tout, vous n’avez rien appris sur la vie et l’univers depuis des siècles. Vous ne savez même pas l’essentiel, à savoir ce que vous êtes et où vous vous trouvez. Ce n’est pas un reproche, Smithy, je ne peux pas reprocher quoi que ce soit à un ensemble croyant être en vie.

– Enfin, Nemo, c’est vrai que les guerres sont une catastrophe, mais elles sont inévitables. Pour progresser, il faut se battre contre ceux qui veulent nous priver de notre liberté ou de nos biens.

– Quelle liberté ? Quels biens ? Vous n’avez rien du tout. Vous croyez posséder des objets matériels, des ‘biens’ comme vous dites, une liberté inexistante, un honneur que vous n’avez jamais eu. Allez donc faire un tour sur un lieu de conflit (autrefois ‘champ de bataille’), vous me reparlerez d’honneur, de bien, de justice, de libertés après. Si vous n’en revenez pas dans un sac en plastique.

– Et ma vie, Nemo? C’est mon plus grand bien et il est normal de la défendre.

– Ce serait normal, mon capitaine, si vous étiez vivant, hors ce n’est pas le cas et, tant que vous ne le serez pas vos actions ne seront que chimères.

Vous êtes dans la pire des situations possible, bien en dessous de l’état de cadavre.

– C’est faux, je vis.

– Non, et c’est pour cela que vos ‘actes’ sont sans conséquences.

– Reprenons.

b- Amour 1 ou ‘Désir’:

Dans le cas de l’animal, il s’agit d’une fonction biologique, dont le but est la reproduction de l’espèce. Il l’effectue avec plaisir et suivant un processus particulier à sa race. Vous vous comportez comme eux.

c- Amour 2 ou ‘Amour vrais’:

Considéré comme un sentiment semblable à l’amitié humaine et hors de tout contexte sexuel, il existe pour certains animaux, particulièrement chez les mammifères. Les exemples en sont nombreux, même entre races différentes (homme-cheval, chat-chien, etc.) Il se caractérise toutefois par une absence totale d’intérêts matériels.

Ces 2 formes d’amours se retrouvent chez vous. Toutefois, l’absence totale d’intérêts matériels en est souvent exclue. Intérêts matériels et soif de possession sexuelle en sont les sources la plupart du temps.

Haine, cupidité, avarice, meurtre, colère, envie, mensonges, tromperie, morale, lois, répression, racisme, fanatisme, devoir, dieux, lâcheté, héroïsme, luxure, bonté, méchanceté, ordre, simulation, cruauté, honnêteté-malhonnêteté, orgueil, jalousie, n’existent pas dans le règne animal.

Ces termes n’existent que chez l’humain, ils en sont même les détenteurs exclusifs avec, bien sûr, leurs contraires. Vous estimez qu’ils sont des défauts ou des qualités de votre race. C’est vrai pour vous, mais seulement suivant les circonstances. De votre point de vue je ne peux que vous donner raison, puisque, visiblement pour vous, seul compte la satisfaction de vos désirs individuels dont la sexualité est l’un des plus importants à vos yeux, peu importe les moyens de les assouvir et leurs conséquences. Pour moi, ce ne sont ni des défauts ni des qualités. Ce sont juste des comportements sans intérêts.

– Nemo, des hommes ont donné leur vie par amour, par amour pur!

– La plupart d’entre eux l’on fait par orgueil ou par rage, rare, très rare l’ont fait par amour pur, comme vous dites. Les hommes donnent très rarement leur vie volontairement. J’ai assisté à ce genre de scène plusieurs fois. Une fois même, je suis intervenu. Cela se passait pendant les guerres Napoléoniennes dans un village allemand. Des soldats avaient massacré une famille dans une ferme, la femme et les enfants étaient morts ainsi que trois voisins. Le mari, désarmé, regardait sans réagir. Sa peur de mourir était visible ainsi que sa rage, pourtant il n’était pas immobilisé et les soldats ne s’occupaient pas vraiment de lui. Je me tenais à côté de lui, invisible et plantais à ses pieds une épée. Il la vit, la regarda un moment mais ne fit rien pour la prendre. Je sentais qu’il ne voulait qu’être avec les siens. Je ressentais cet amour pur qui émanait de lui et n’avait qu’un seul but, sa famille. Les soldats le tuèrent peu après.

– Que vouliez-vous qu’il fasse contre un groupe de soldats ennemis avec une épée, Nemo?

– Cette épée était une clef, une clef portée au rouge, à la poignée hérissée de pointes acérées. Une des rares qui ouvre la porte du réel, de la vie. Il ne l’a pas saisie et a été entièrement détruit. S’il l’avait fait, il aurait eu une chance de se sauver, de sauver sa famille et tout ce qui aurait été lui.

– Sa famille était déjà morte, Nemo. Vous venez de le dire et comment voulez-vous qu’il saisisse une épée brûlante et dont la poignée l’aurait blessé ?

– Morte, oui, pas détruite encore. L’épée était portée au rouge, sa poignée l’aurait blessé, elle aurait brûlé et percé sa main, oui, infiniment plus que vous ne pouvez le concevoir. C’était mon épée. La seule issue possible à ce moment-là. La seule clef disponible, pas la plus facile à utiliser. Le plus drôle est que lui, la voyait comme une épée banale, sans danger pour lui.

Je vous demande une minute, Smith, Sophie pleure, je l’entends.

– Me voila de nouveau, j’ai lamentablement échoué à calmer complètement sa douleur. Je n’ai pas pu, pas su. Pardonne-moi, Sophie.

Me revoilà dans votre monde, Smith. Il m’est toujours très pénible d’y revenir mais comme tous les mondes sont reliés les un aux autres il m’est impossible de l’ignorer.

– Nemo, je suis désolé pour Sophie, suis-je la cause de sa peine ? Puis-je aller lui parler dans la cuisine ?

– Oui, Smithy vous en êtes la cause, mais peut être que vous ne le serez plus. Quant à aller la calmer c’est impossible pour vous pour l’instant.

– Quand le pourrais-je ?

– Quand vous la verrez et discuterez avec elle.

– J’espère que ce sera bientôt, Nemo. En tout cas vous êtes drôle par moment, appeler la cuisine ‘un autre monde’, quand même, et votre histoire lors des guerres Napoléoniennes est simplement loufoque, vous n’étiez même pas née, c’est n’importe quoi.

– Bientôt ? J’en doute, étant donné la rapidité de compréhension dont vous faites preuve. Quant à ma naissance, j’étais déjà vieux, quoi que relativement jeune lorsque cela c’est produit. Néanmoins, comme vous êtes une exception, vous Smith et pas un autre, ce moment de compréhension arrivera peut-être et, si ce jour arrive, vous serez le premier à le regretter amèrement.

– Parlons de propriété voulez-vous ?

d- Propriété :

Pour l’animal, cette notion n’existe que dans les cadres suivant:

Territoire de chasse, logement (terrier ou autre), nourriture et parfois la sexualité.

Chez vous, c’est différent. Elle s’étend à tout ce que vous considérez comme ayant une valeur, matérielle ou autre. Tout ce qui vous entoure devient votre propriété potentielle ou effective. Une maison devient votre maison, un travail, votre travail, une femme, votre femme, un terrain, votre terrain, et ainsi de suite. Grossières erreurs, Smith, vous ne possédez rien et ne posséderez jamais rien.

– C’est faux, je suis propriétaire de ma voiture et personne ne peut me la prendre jusqu’à ma mort ou jusqu’au moment où je décide de la vendre.

– Vous l’avez dit. Pour une certaine durée, dépendante ou non de votre volonté. Cependant une institution que vous nommez ‘état’ peut vous la prendre à tout moment, vous appelez ceci une ‘réquisition’. Pour posséder réellement quelque chose il faut quatre conditions essentielles mon cher Smitounet.

– Lesquelles d’après vous ?

– Que l’objet qui est votre propriété existe, que vous-même existiez dans l’univers, que vous ayez conscience de votre état dans celui-ci, et que vous sachiez quel est l’état réel de l’objet que vous convoitez.

Aucune de ces conditions n’est remplie étant donné que vous ne pouvez pas définir votre réalité, vous n’en avez aucune conscience.

Le jour ou vous réaliserez que vous n’existez pas, sera un grand jour pour vous, car à partir de ce moment-là, vous commencerez peut-être d’exister et deviendrez réels. Si un jour cela arrive, vous constaterez que la ‘propriété’ n’existe pas. Ce qui me fera bien rire.

– Ce n’est pas possible ça. Je ne peux pas l’admettre, j’existe ! Et vous, Nemo, vous n’êtes pas réel.

– Oh que si, mon Smithiton, je suis réel et je ne suis pas le seul. Cela vous fait peur ? Non ? Pas encore ? Cela viendra.

Continuons donc.

e- Peur :

Existe sous forme instantanée et devant une menace vitale, se dissipe très vite ou se transforme en énergie combative pour faire place au combat proprement dit, si la vie de l’animal est en jeu. Elle peut aussi se transformer en résignation ou en fuite dans le cas où le rapport de force est trop inégal ou que le sujet pense qu’il l’est.

La peur humaine est identique à la différence qu’elle se projette plus loin dans le temps et l’espace. Dans ce cas, il prend diverses formes comme la peur de tomber malade ou de perdre un ‘bien’ quelconque. Votre peur de l’avenir a pour source votre non-réalité et la non-réalité de votre environnement, ainsi que la conscience de votre mort prochaine telle que vous la concevez. Elle est la source de votre croyance en une vie après la mort que vous imaginez heureuse, sans soucis, dans l’opulence et éternelle.

– C’est naturel, Nemo.

– Pas du tout, bien au contraire. Comment peut-on avoir peur si vous êtes conscient que vous n’avez absolument rien à perdre, pas même la vie ? Puisque vous ne possédez rien et n’êtes rien.

– Vous délirez complètement.

– Ça, c’est une chose que je ne peux pas faire comme vous, ‘délirer’ comme vous dites.

f- Vol :

S’approprier la nourriture d’autrui lorsqu’il a faim est naturel, car il s’agit d’une question de survie pour l’animal. Votre race agit de même, non seulement pour sa survie mais aussi pour son confort personnel.

– Nous punissons cela Nemo, et sévèrement. C’est du vol.

– Ah, bon ? Pas toujours. J’ai surtout remarqué que vous utilisiez d’autres mots et expressions afin de contourner une éventuelle punition et justifier un vol par la légalité. Par exemple, expropriation, décret (très jolis fourre- tout, celui-là), contrat, Intérêt national, volonté divine. Lorsque vous les utilisez, c’est la personne volée qui est punie en cas de rébellion, pas le voleur. D’ailleurs j’ai remarqué que, plus le vol est important, plus les mots pour le légaliser font appel à des instances supérieurement puissantes mais vagues, qui n’impliquent pas une ou des personnes précise, tel que par exemple, la loi, l’état ou Dieu.

De plus il est assez courant chez vous de punir un vol dont le but manifeste était la survie d’un homme mais de ne rien faire contre un voleur de grande envergure possédant des appuis puissants et un statut élevé dans vos sociétés.

g- Justice :

Ce terme est considéré comme l’un des plus importants dans vos sociétés. Il est aussi l’un des plus mal interprétés. La justice est synonyme d’équité et représente le ‘bien’. Son rôle étant la punition du ‘ mal ‘ et le rétablissement du ‘bien’ lorsque cela est possible. C’est du moins ce que pensent la plupart des humains. Il n’en est rien. Dans les faits, elle n’est que l’application de lois, qui elles ont été faites dans des buts de protection d’intérêts individuels ou collectifs. La plupart du temps, elles n’ont de ‘juste’ que le nom et ne s’appliquent pleinement qu’à des personnes de rang social bas. Tout cela vous le savez, Smithonito, aussi vous réagissez comme tant d’autres en disant ‘ Dieu est juste et il punira les hommes ‘mauvais’ après leur mort, car on ne peut rien lui cacher’.

– C’est vrai, et ils n’échapperont pas à la justice divine.

– Les dieux étant une création de l’esprit humain, j’en doute fort. Néanmoins il y a un tout petit peu de vrais dans ce que vous dites, car un homme tourné vers ses intérêts personnels et méprisant les autres ne peut généralement pas parvenir au stade d’existence, il demeure enchaîné à ses passions et ne peut concevoir une réalité, sauf de rares exceptions. Dans ces rares cas, leur réalité serait considérée par vous comme négative ou ‘mauvaise’, pour moi, elle est comme les autres. Certains d’entre vous y sont parvenus comme un certain Donatien, marquis de Sade, A.Hitler ou Néron, de leurs noms terrestres, mais ils sont vraiment très rares.

– Comment ? Ces types devraient être en enfer !

– Si vous voulez, ils y sont, mais dans le leur, et ils s’y trouvent très bien.

– Ce n’est pas possible, ils ne peuvent pas s’y trouver bien.

– Non seulement ils s’y trouvent bien, mais ils y sont pleinement ‘heureux’ comme vous dites, car ils ont Réalisé ce qu’ils étaient.

– Si c’est vrai, il n’y a pas d’enfer ou de justice.

– Bingo, O’ Smith.

h- Fidélité :

– Bien qu’existante chez certaines espèces (oiseaux, mammifères) elle n’est pas une généralité. Elle a parfois une origine sexuelle comme pour l’homme, mais il est difficile de dire que seule la sexualité en est la cause. Plusieurs éléments comportementaux me portant à croire que non. Vos principes d’amitié, d’allégeance, d’honneur, entre autres, peuvent entraîner un phénomène de fidélité. Il est important de comprendre ceci : il existe une forme de fidélité qui est une clef.

– Laquelle ?

– Si vous trouvez la bonne réponse, et c’est facile, vous n’aurez plus besoin de clef, car la porte sera ouverte.

i- Douleur physique :

Son existence est incontestable, et d’origine biologique, quelle que soit l’espèce, bien que se manifestant la plupart du temps chez l’animal d’une façon moins expressive que chez l’homme.

Elle n’existe qu’à votre échelle.

j- Peine – tristesse :

Non seulement elle existe chez beaucoup d’espèces mais de plus elle s’exprime spontanément avec une sincérité pure, n’ayant subit aucune influence sociale, morale ou religieuse. Elles sont d’ailleurs très liées aux amours 1 et 2. Il en est de même pour vous, si l’on met au conditionnel les aspects de sincérité pure et d’influences. J’entends, par là que votre peine peut, et est, souvent feinte volontairement, ou elle est le résultat d’un conditionnement, ce qui dans ce cas sera une peine non sincère, mais non consciente.

– Comment savoir si une peine est purement sincère, Nemo?

– Difficile, très difficile. On ne parvient à le savoir que lorsque l’on naît réellement. Je sais que ce n’est pas la réponse que vous attendez mon cher Smithsen. Ce que je peux vous assurer c’est que tous ceux qui sont comme moi, l’on apprit à ce moment-là. Ce n’est pas que je ne veuille pas vous le dire, je ne sais pas si l’on peut connaître la réponse hors de ce moment. Et il en est de même pour la joie.

k- Joie :

L’expression de la joie est aussi très présente dans le règne animal comme je l’ai défini. Il se caractérise par des gestes et des expressions faciales comprenant le sourire, de la même manière que dans la race humaine. Il n’est pas besoin de s’étendre plus sur la joie, car vous la connaissez, mais comme elle peut avoir une grande variété de sources, il serait bon que vous vous penchiez un peu sur ces sources, car l’une d’elles est intéressante.

l- Partage :

Le partage, à la base, concerne surtout la nourriture et se fait dans le cadre familial ou dans le cadre d’un groupe (meute, société). Il est toujours hiérarchisé obéissant à la règle de base ‘ le plus fort est le premier à se servir ‘.

Il se pratique dans le cadre familial animal afin de nourrir les petits et le parent qui reste pour les protéger, dans le but de la préservation de l’espèce.

Dans le cas de la meute/société, la nourriture étant le résultat d’une action communautaire, elle est partagée entre les membres, le but reste la préservation du groupe. Il s’agit là d’un type de société animale assez évoluée, surtout dans le monde des insectes ou sa structure atteint un haut degré d’évolution.

Le partage des ressources a constamment été source de débat chez vous. Elle vous est naturelle dans le cadre familial quoi qu’elle le devienne de moins en moins. Dans celui de la communauté c’est différent. Autrefois le partage de type ‘meute’ était assez répandu, car il présentait de grands avantages individuels. Maintenant, la tendance c’est inversé. Ce qui domine est l’individualité, car les dangers venants de l’extérieur de la communauté ont fortement diminué ou ont disparus et il est de moins en moins nécessaire d’unir vos forces pour obtenir ce que vous convoitez, la technologie remplaçant les hommes. Du moins c’est ce que vous avez tendance à croire. Certains d’entre vous pensent qu’ils peuvent se passer des autres, qui de toute manière sont trop nombreux et qu’ils n’en seront que plus riches et plus puissants. Dans votre situation, il serait peut-être judicieux de ne pas baisser votre garde, si vous voulez conserver une chance de pouvoir exister un jour. Qu’en dites-vous ?

– Oui, les dangers nous menacent toujours, je suis conscient que nous ne sommes pas à l’abri de phénomènes naturels tels que les séismes ou les épidémies. Il serait peut-être plus sage de partager plus nos ressources. En cela je suis d’accord avec vous.

– Ne vous méprenez pas encore, Smithneth, ce que je viens de dire est juste un avis, même pas un conseil car quoi que vous fassiez, cela ne me concernera jamais directement et l’éventuelle disparition de votre race me laisse totalement indifférent, car tout ensemble non réalisé est un vide total, absolu, figé dans le néant, dans le non-être.

– Soyez franc, Nemo, vous êtes concerné et de plus, ce que vous exprimez peut se révéler très dangereux pour vous. Vous savez bien que nous n’avons jamais hésité à éliminer ceux qui exprimaient autre chose que les idées du moment.

– Une irréalité ne peut agir contre une réalité. Je suis hors de votre portée, quoi que vous tentiez. Par contre l’inverse n’est pas vrai. Je peux vous empêcher assez facilement de devenir réel, même de vous détruire, il ne me faut pour cela que l’accord de votre ‘père’ et je l’ai déjà. Je peux aussi vous aider à devenir réel. Je ne ferais rien de tout cela car, comme je vous l’ai expliqué ça m’est complètement indifférent. Cette indifférence est dans l’ordre des choses dans le réel, ce n’est pas de la cruauté de ma part.

Je ne suis pas un de vos dieux, Smitho, je ne suis pas là pour aider ou détruire quoi que ce soit et, si pour vous, je fais une exception et interviens, c’est simplement parce que je ne peux pas faire autrement que de tenir mes promesses.

– Pourquoi une exception en ce qui me concerne ? Par respect, par pitié ?

– De part votre nature Smith, de part ce que vous êtes sans le savoir.

– Le jour ou Nemo vous respectera ou éprouvera de la pitié pour vous il pleuvra des pièces d’or Mr Smith. Excusez mon rire, mais vous êtes si drôle dans votre bêtise.

– Nemo, comment pouvez-vous tolérer cette insolence ? Si vous ne réagissez pas, je vais dans la cuisine apprendre la politesse à cette gamine effrontée.

– Asseyez-vous Smitonigno, vous ignorez à qui vous avez affaire et, croyez-moi, elle n’est pas une ‘gamine effrontée’. Ne vous ai-je déjà pas dit qu’elle est une ‘Déesse’.

– Déesse ou pas, elle aura une belle baffe si elle continue à se moquer de moi, comment pouvez-vous rester assis sans réagir ?

– Ce n’est pas une forme de moquerie Mr Smith. Quant à me donner une baffe, vous rêvez. Vous me comprendrez mieux au moment de votre mort.

– Calmez-vous, mon cher Smitounino, vous auriez tout à perdre si vous allez dans la cuisine ma sœur n’a rien contre vous, mais elle peut être impulsive, je vous l’ai déjà dit.

– Peut-être, mais une gamine adolescente doit respecter ses aînés.

– Sachez que vous l’insultez en l’appelant ‘gamine adolescente’, à votre place je surveillerai mon langage, elle n’est pas votre ennemie, bon oubliez ça et venons-en au respect

m- Respect :

Celui-ci est étroitement lié à la hiérarchie, qui elle-même est déterminée par les rapports de forces entre individus. L’animal ne possédant pas les notions de bien ou de mal, ces rapports de force sont naturels et de plus, étant donné que le chef est le plus fort, il est le plus apte à protéger la communauté. Dans une meute, il sera parfois le seul à procréer, et dans ce sens tendra à améliorer la force, la résistance et la combativité de la génération suivante.

Il en est de même chez vous à la différence que la ruse a remplacée au fil du temps la force brute et que le chef humain ne sera pas le seul reproducteur du groupe, au mieux se contentera-t-il d’un ‘harem’, mais grâce à la quantité de sa ‘fortune’ et de sa ‘notoriété’ il pourra posséder toutes les femelles qu’il veut.

– Pas du tout, je respecte certains hommes pour leurs actes et pour ce qu’ils ont apporté à l’humanité de positif. Vous ne pourrez nier le génie, la grandeur d’âme ou les découvertes de certains hommes, d’Einstein, de Newton, Descartes, Voltaire, Da Vinci et de tant d’autres. Sans parler d’êtres comme Shakespeare, Gandhi.

– Ouah, je vais vous révéler quelque chose Smithodor, de tous ces hommes que vous avez cités, un seul existe maintenant, celui que vous appeliez le Mahatma Gandhi. Il fait partie de ma famille et est un de mes frères, nous nous connaissons bien et sommes très proches. Parmi ceux dont vous avez parlé il est le seul, mais d’autres que vous avez oublie en font partie. D’ailleurs votre respect concernant mon frère était très ‘élastique’ quand il se trouvait parmi vous. Le connaissiez-vous ? Non, vous connaissiez le Mahatma Gandhi, la ‘grande âme’ Gandhi. Si vous saviez à quel point cette expression dont vous l’affûtiez est juste vous ne seriez pas ici, mais avec nous.

Connaissiez-vous Voltaire, ce ‘magouilleur’ aux affaires louches, Newton, cet arrogant présomptueux et les autres que vous avez cités. Dites-vous bien que s’ils ne font pas partie de ma famille il y a une bonne raison. Votre respect est sans sens, car mes frères et moi n’en tenons aucun compte. Vous accordez quelque chose que vous nommez ‘respect’ à des objets idolâtrés, sans les connaître. Il s’agit simplement d’adoration aveugle ou d’une expression de votre peur.

– Mais je respecte les autres hommes, leurs différences, leurs opinions, même si je ne pense pas comme eux, même si je désapprouve leurs comportements ou leurs idées.

– Parce que vous savez, au fond de vous-même, que si vous vous dressez contre eux ouvertement, ils vous nuiront. Ce que vous appelez ‘respect’ est seulement de la lâcheté, ou au mieux une attitude prudente née de la peur.

– Est-ce de la lâcheté ou de la peur de respecter la race, la religion ou la culture d’un autre homme ?

– Cela ne le serait pas si vous regardiez seulement l’homme en question. Si vous ne compariez pas sa race, sa religion, sa culture aux vôtres. Déterminant finalement que vos valeurs sont supérieures ou inférieures aux siennes.

Si vous cherchiez ensemble à savoir qui, ou ce que vous êtes. Dans ce cas, le respect serait aussi un mot vain. Ce serait de ‘amour 2’, ce serait une symbiose. Réfléchissez ces paroles, car ce que je viens de dire, vous seul, plus que tout autre pouvez facilement le comprendre. Je sais que vous le sentez au fond de vous-même.

n- Égoïsme :

N’existe, dans le règne animal, que dans le cadre de la survie, ce qui lui confère un sens. En cela il ne diffère pas beaucoup de l’égoïsme humain à la base. Néanmoins ce dernier l’étend à des domaines qui débordent largement le cadre des besoins vitaux. En fait il s’étend à presque tous les domaines. Si toutefois il utilisait cet égoïsme avec d’autres yeux, il pourrait trouver plus facilement une clef.

– Comment ? Une comme celle dans votre histoire de fermiers massacrés?

– Oui, pas la même, évidemment, mais ouvrant la même porte. Décidément, vous n’avez toujours rien compris à l’histoire de cet homme et de sa famille que je vous aie raconté, c’est dommage.

– Oui, décidément, Nemo, vous devez être un peu dérangé parfois. Un homme égoïste pourrait selon vous trouver l’une des clefs, et comment le pourrait-il ?

– En ramenant tout à lui-même.

– Je ne comprends pas.

– Du calme frangin, je sens que l’inverse de ton attitude envers lui jusqu’à présent ne va pas tarder à se manifester en toi. Reste dans le côté de toi que tu as choisis au départ. Je suis ici pour cela, prés de toi.

– Il ne comprend pas. Il ne comprend rien, il n’est toujours rien, il ne sera jamais que rien. Sophie, il n’y a rien à attendre de cette chose vide.

– Si. Te rappelles-tu de cette histoire humaine de la boite de Pandore ? Tout ce qu’il en était sorti ?

– Oui Sœurette.

– Et de cette unique chose qui est restée dans la boite, cette chose est mienne et je te la donne maintenant

Frérot. Prends là en toi. Partage-la avec moi.

– Non, garde là, elle est tienne, elle est aussi toi. Je n’ai pas besoin d’elle pour continuer Sophie. Je vais continuer sur le chemin que je t’ai promis.

– Tu l’auras quand même.

– Je ne comprends pas tout ce que vous dites Nemo, mais j’essaye. Tous ce qui arrive est invraisemblable pour mois. Vous en premier. Votre comportement est plus qu’étrange. Vous vous entretenez avec Sophie comme si je n’étais pas présent. J’ai eu beaucoup de mal à comprendre votre conversation avec Sophie. Elle parlait du contenu au fond de la boite de Pandore et ce qui y est resté. Si ma mémoire est bonne c’est l’espoir et elle en parle comme si l’espoir lui appartenait ou comme s’il était un de ses membres, comme une de ses mains.

– C’est le cas. Bon, Smith Kim, égoïsme peut se traduire par ‘Tout est à moi rien n’est aux autres, car ‘je’ suis le centre de tout et rien n’est important sauf moi’. Évidement, il s’agit d’une petite définition. L’évolution est toujours individuelle, l’individu-ensemble seul peut Exister, avec un esprit, son esprit. Par contre, c’est une voie vers l’existence extrêmement difficile car pour parvenir au bout du chemin il est nécessaire mais pas suffisant d’être égoïste. Cette clef est infiniment plus difficile à manier que mon épée.

– Je commence à comprendre un peu. En fait l’égoïsme est nécessaire, mais il ne fait pas tout, non ?

– Oui. En ce qui concerne la compréhension de l’égoïsme Smithoukai. Sachez que je ne souhaite pas que vous me compreniez mais que vous vous compreniez.

– Nemo, cette épée dont vous parliez, existe-t-elle ou elle est une sorte de symbole ? Je ne vois rien sur vous.

– Elle fait partie de moi, elle est l’un de mes sous-ensembles. Oui elle Existe. Elle est même mon essence, car elle est à double tranchant.

– Pourquoi je ne vois rien sur vous en ce cas ?

– Dans votre état actuel, il est préférable que vous ne la voyiez pas. Elle ne serait d’aucune utilité pour votre avenir, au contraire. Vous savez, vous avez dans votre mythologie nordique une épée dont j’ai oublié le nom, ah oui, l’épée de Ragnarök je crois, dont le fait de la sortir de son fourreau déclencherait la fin du monde, la mienne est un peu comme ça. Prenez ces mots dans un sens positif, elle est une arme et un symbole. Elle est aussi moi.

o- Bonté :

Ce terme suggère un acte de don gratuit ou un sentiment bienveillant et protecteur envers un autre être vivant. Il est aussi étroitement lié à l’amour. Alors l’animal est il bon ?

Ignorant la ‘méchanceté’, il l’est assurément envers les êtres qu’il choisit. Toutefois, il l’est avant tout envers lui-même, car son instinct de survie prime avant toute chose. Votre chien est bon pour vous dans ce sens, il vous aime aussi et vous pleurera au moment de votre décès. Cela ne l’empêchera pas de manger votre cadavre s’il a faim. (Et entre nous Smith, il aura raison et personne ne pourrait lui en tenir grief sauf les imbéciles).

Vous êtes capable aussi de bonté. Vous en avez même fait un dieu, un dieu de bonté et d’amour.

– Cela prouve notre humanité non ? C’est une preuve flagrante Nemo.

– Si vous considérez la bonté comme un caractère majeur de votre humanité, non, car elle ne l’est pas. Elle en est aux antipodes. Le raisonnement paradoxal, par exemple, entre bien mieux dans les caractéristiques humaines.

Désolé Smith. Vous êtes bons avant tout envers vous-même. En général, vous vous foutez complètement des autres, surtout s’ils ne vous sont pas utiles.

– Jésus était un homme bon, il l’a prouvé.

– C’est à se tordre de rire. Vous ne le connaissez pas. Ce que vous savez de lui n’est que son image écrite. A-t-il existé ? Si oui, était-il comme les écrits vous le disent ? Encore une fois, vous parlez de choses que vous ignorez et en déduisez des certitudes.

– C’est vrai, Nemo, excusez-moi, mais franchement, vous qui dites ne pas être humain, vous devez le savoir ?

– Oui.

– Alors ?

– C’était un homme qui a donné un sens incomparable à un mot.

– Quel mot ? Amour ?

– Non, Bonté.

– C’est un de vos frères ?

-Non, il sera peut-être l’un des nôtres.

-Ce n’est pas possible, vous dites avoir une sœur qui visiblement n’est qu’une ado effrontée, et Jésus ne serait pas un de vos frères, il n’existerait pas ? Lui, qui vaut bien plus qu’elle ? Votre soi-disant famille ne vaut pas grand-chose.

– Je n’ai pas dit qu’il n’Existait pas, mais qu’il n’était pas de mes frères, pas encore.

– Comment, ‘pas encore’?

– Il doit encore attendre un événement.

– Lequel ?

– L’existence de son père. En ce moment il est en compagnie de la mère de Sophie.

– Nemo, il n’en a pas besoin, lui est son père ne font qu’un, il l’a prouvé par sa mort et sa résurrection. Il est bonté, vous l’avez dit vous-même !

– Pour que l’amour vrai existe il faut être deux, l’aimant et l’aimé. Comme vous le dites, il est mort et ressuscité dans votre monde, mais sa résurrection réelle ne s’est pas encore produite. Il n’est encore que mort et attend la naissance de son père. Son père est celui qui ressent pleinement sa bonté.

p- Mort :

Assurément, l’animal est conscient de la mort. Quand il est directement concerné et qu’elle est la suite d’une maladie ou d’un accident, il le sait souvent par avance.

J’ai vu des animaux mourir de diverses manière, tous ou presque, exprimaient de la tristesse, du regret ou de la douleur, jamais de la peur. S’agissant de la mort d’un autre animal proche (compagne ou enfant), leurs attitudes étaient toujours indescriptibles. Si les mots d’amour et de peine ont un sens, c’est dans leurs yeux que je l’ai vu, brûlants, limpides, déchirés.

Bien sur cela ne dure pas, car la vie reprend son cours comme vous dites.

Il peut paraître paradoxal que lorsqu’il s’agit de la mort d’une proie il n’en soit pas ainsi. Cela ne l’est pas, car il s’agit d’une proie qui va le nourrir, d’un animal étranger de par sa race, et avec lequel il n’a aucune relation affective.

Je constate qu’il en va de même pour les humains, sauf quand la mort d’un proche apporte un profit ou exalte une haine. Dans ces cas c’est une joie qui vous domine. Le plus souvent aussi, votre conditionnement détermine votre attitude et, au fond de vous-même, vous voyez dans la mort de votre parent votre propre fin.

– Nemo, rien que pour ça nous méritons de vivre, d’exister, j’en suis sûr. Malgré les réactions de joie que nous pouvons avoir parfois.

– Je vais vous surprendre, cela pourrait être une des raisons qui feraient de vous une réalité, toutefois vous ne ‘méritez pas de vivre ‘, vous n’êtes pas vivant. En supposant que votre existence soit conditionnée à des raisons, ce qui n’est le cas que très partiellement pour toute forme de réel, ce ne serait pourtant pas suffisant. Vous verrez quand vous connaîtrez mieux ma petite sœur, ce qu’est, ou peut être la mort, elle connaît bien ce domaine.

– Vous m’avez dit hier qu’il existait un état pire que la mort et que vous nommez ‘destruction totale’. La mort, pour moi, est un passage, j’y serais jugé et suivant mes actes passes, admis dans un monde meilleur ou pire, est-ce dernier que vous appeler ‘destruction totale’?

– Non, pas du tout. Il n’y a pas de jugement à ce moment-là et encore moins de ‘redirection’ vers un monde pire ou meilleur. Il y a seulement vous et votre guide et celui-ci ne peut que vous conduire à votre fin définitive, à moins que vous deveniez lucide, cela est rare, très rare.

– Un guide ?

– Oui, ou plutôt une accompagnatrice. Le mot guide est inapproprié, il implique un être qui montre un chemin, une voie. Ce qui n’est pas le cas. Elle est là pour adoucir l’instant de votre anéantissement, Pour être avec vous.

– Une accompagnatrice, c’est donc une femme ?

– Oui, elle est féminine, comme la vie.

– Mais enfin elle n’est d’aucune utilité si elle n’est pas là pour me conduire, m’expliquer, me parler. Elle ne serait que mon bourreau.

– Vous êtes votre bourreau, pas elle. Elle vous dira seulement une phrase et bien que j’en sache la raison, j’ignore pourquoi elle prend toujours cette peine. Elle ne l’a pas prononcé pour moi.

– Laquelle, Nemo?

– ’Regarde-moi.’

– Pourquoi ? Pourquoi ne vous l’a-t-elle pas dit ?

– Par ce que c’est Elle, par ce qu’Elle Est, par ce qu’elle n’avait pas besoin de me le dire, car je la connaissais déjà et elle m’avait touché depuis un moment.

– Vous m’aviez dit que votre petite sœur Sophie connaissait bien ce sujet, est-ce elle, cette ‘accompagnatrice’?

– Bavarde et curieuse comme elle est ? Non, Smithounetto. Sophie est trop enthousiaste, trop spontanée et parfaitement incapable de faire ce travail sauf peu être pour un cas particulier. Ce n’est pas dans sa nature, ni dans la mienne d’ailleurs. Au fond d’elle-même elle sent qu’elle voudrait aider, agir comme sa mère et je suis sûr que tôt ou tard elle essayera, c’est son héritage maternel qui la pousse, je suppose. Je sais que des tas de questions viennent à votre esprit, mais vous devez trouver les réponses vous-même. Montrez-vous intelligent.

– Nemo, combien de temps me reste-t-il avant ma destruction totale?

– Maintenant, il vous en reste peu jusqu’au moment où ma sœur vous demandera de la regarder.

– Je ne regarderais pas Sophie.

– Le mieux qu’il puisse vous arriver est que vous n’auriez pas à le faire, hélas c’est impossible, mais si vous mourrez et, en présence de ma sœur, vous ne le faites pas, vous ne serez plus rien. Je vois que vous êtes un peu sourd par moment, la sœur dont je parle n’est pas Sophie.

– Excusez-moi, oui vous m’avez dit que Sophie n’est pas ‘l’accompagnatrice.’ ………..

Nemo.

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ISBN 979-8879558968

Les Portes Cristallines au-delà des Monts – Tome 2 Rencontres

Contenu complet

Tome 2 – Chapitre II – Changement de paradigme.

Scène – Rencontre dans le jardin Jérôme –

  Dans cette période de fin mai, alors que les feuillages de leurs clartés resplendissaient des tons de jaune et de vert des fleuraisons de l’époque, Finièce Sodiam et Amîha arrivèrent dans les jardins magnifiques.

C’est ici le legs que Jérôme, le compagnon de Finièce et père d’Amîha, fit à Finièce lors de sa disparition. Et c’est lui qui en avait agencé les formes et la géographie de toute sa flore.

Finièce adorait être en ces espaces, et elle avait pu participer avec lui à agencer quelques parterres de fleurs exquises ici et là. C’était une période où Jérôme était en romance avec elle, et qu’il avait choisi de lui faire découvrir des fleurs et des plantes magnifiques, qui reflétaient l’amour qu’il pouvait éprouver pour elle.

Elle se sentait ici comme dans un petit paradis. Un sentiment de liberté la traversait lorsqu’elle s’y trouvait. Une association à la nature lui procurait un doux sentiment, quand elle y passait la plupart de son temps. Elle prenait grand soin à préserver tout le travail que Jérôme avait fourni pour agencer tout ce petit monde riche de saveurs.

  En arrivant, Sodiam sentait les multiples odeurs venir éveiller les sensations de son odorat. Il regarda Amîha qui, sautant expressément comme une enfant joyeuse, se mit à bondir en toute gaieté pour s’empresser de pénétrer dans ces jardins, qui semblaient tout aussi riches que luxuriants. Finièce ne disait mot, elle laissait Sodiam découvrir tout ce petit univers, voir ce que cela pouvait signifier pour lui.

Après avoir fait quelques pas dans le silence le plus complet, sentant ce besoin du respect de cet espace, dans ce précieux environnement dégageant l’état profond de la nature, de la vie enrichie par des ondes de bien-être, il observait avec beaucoup de joie l’agencement de tous les parterres. Des formes des arbustes, comme des voûtes florales dessinées au-dessus de quelques chemins. Il sentait bien au fond de lui le soin apporté à cet environnement et, sans regarder Finièce, percevait en elle le plaisir qu’elle avait à lui faire découvrir cela.

Amîha avait disparu, élancée qu’elle l’était dans sa petite foulée à valser et rayonner sur les sentiers entourant ces plantes. Elle ne faisait que suivre son habitude, celle de parcourir l’esprit vide des petits parcours irréfléchis, comme une petite linotte[1] qui vole avec aisance entre les fleurs, sans se soucier du temps ou de l’espace.

Sodiam s’arrêta et prit place sur l’un des bancs qui se trouvait sur son passage. Finièce s’était arrêtée un peu avant, l’observant en train de contempler ce lieu magique. On entendit Amîha crier au loin.

– « MAM ! VOUS ÊTES OÙ !? ».

– « ICI MA CHÉRIE ! ».

Finièce se rapprocha de Sodiam et déposa son panier à ses pieds.

Finièce « Je pense que nous serons bien ici. Je vais aller chercher une petite table et une ou deux chaises, je reviens. ».

Sodiam « Tu veux que je t’aide ? ».

– « Non non, reste avec Amîha, ces objets sont très légers, je peux très bien me débrouiller seule avec. ».

– « Bon très bien. À de suite alors. ».

  Pendant qu’elle s’en allait chercher cela, Amîha jaillit de derrière quelques arbustes bien touffus, avec un sourire aux lèvres et une joie pétillante qui en disait long sur son état, comme sur l’osmose qui se manifestait en elle dans ce lieu inspirant. Sodiam était heureux de voir cette femme aussi ravissante dans son état naturel. Elle s’approcha de lui avec une démarche enjouée, alors qu’elle regardait sa mère partir au loin.

Amîha « Elle est partie chercher quelque chose ? ».

– « Oui, une table et des chaises elle m’a dit. ».

– « Super ! Tu te plais ici ? ».

– « Oh que oui, c’est juste somptueux, on se croirait dans un rêve. ».

– « Ah oui tu as raison, c’est un vrai rêve d’être ici. Tu comprends, je pense, pourquoi mam perçoit cet endroit comme un joyau. Je pense qu’elle se sent même plus chez elle ici que dans notre logis. ».

– « Ça ne m’étonne guère. Vivre ici doit être juste merveilleux tous les jours. ».

– « Ouiiiii ! Mais elle travaille beaucoup pour entretenir toute cette merveille. Elle n’est pas seule bien entendu, sinon cela serait impossible de traiter tout ça. Une personne seule ne le pourrait. Mais elle est comme une artiste qui accommode les plantes les unes avec les autres. ».

– « J’ai vu ça oui. ».

– « Personnellement, je ne connais pas le nom de toutes ces plantes, il y en a beaucoup trop de sortes. Elle a, je crois ne pas me tromper en disant ça, toutes les plantes qui puissent exister sur notre chère Urzià. ».

– « Ah oui en effet, ça ne doit pas être évident de retenir tout ça. Elle doit avoir une bibliothèque certainement pour répertorier toutes ces plantes. ».

– « Oui, elle en a une bien sûr, mais elle retient les noms de toutes les plantes par contre, en plus de ça. Elle a une mémoire eidétique[2] que j’aurais aimé aussi avoir, mais l’univers n’en a pas décidé ainsi. Hihihi ! ».

– « Tu as d’autres qualités c’est pour ça. Tu es une jeune femme merveilleuse. Tu n’as pas besoin de mémoire car, et je l’ai bien ressenti, tu as une force de cœur qui se projette sur tout ce qui t’entoure. C’est une puissance qui n’a pas besoin de mémoire. », fit-il avec un sourire d’appréciation de cela.

– « Oui tu as sûrement raison, je suis bien comme je suis. Si j’avais été une scientifique par exemple, ça aurait été une tare. Hahaha ! ».

  Après un instant où ils contemplèrent tous deux cette nature façonnée de la main humaine, et croisant leurs regards de temps à autre dans un silence un peu gênant, elle vint s’asseoir à côté de lui avec beaucoup de délicatesse, dans son apparat qu’elle avait soigneusement modelé sur sa personne pour lui complaire. Puis, elle le regarda avec des yeux tendres, qui eurent pour effet de mettre Sodiam un peu mal à l’aise. Dans cette position intimiste un peu délicate pour lui tout de même, il prit le soin d’accueillir cette tendresse, en essayant de ne pas montrer cette gêne.

– « Ton compagnon va venir bientôt tu penses ? », lui demanda-t-elle d’une voix mielleuse.

– « Je…  …je ne sais pas trop, je pense qu’il est fort possible qu’il soit déjà là. Peut-être même qu’il est arrivé bien avant nous. ».

– « Pas trop tôt alors, car on est bien là, ensemble. ».

Elle sentait qu’elle appréciait de se retrouver entièrement seule avec lui, et qui plus est, dans un espace assez romantique, qui puisse animer en elle toute la féerie qu’une jeune femme aime à sentir vibrer dans tout son Être.

L’air était un peu frais, et le Solis se montrait à peine entre les légers nuages dans le ciel. L’ambiance de ce lieu prêtait idéalement à la romance, et l’atmosphère, avec cette légère brise, et les éclairages naturels des rayons blanc nacré de leur soleil, accentuait la richesse de leur présence. Le calme était palpable à l’extérieur, mais à l’intérieur de ces deux Êtres, se généraient des vibrations bien perturbantes.

Sodiam appréciait étrangement cette situation. Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas ressenti de telles choses en lui, depuis ces choix d’avoir abandonné son pays et la compagne qu’il avait de l’époque. Il trouvait cela attendrissant, mais il restait tout de même dans son inconfort.

Amîha quant à elle, était comme une bouilloire qui commençait à transpirer légèrement. La tension en elle, de son attraction envers cet homme qui la retournait entièrement, la plaçait à la bordure de l’explosion de ses sentiments.

  Revenant avec ses supports, Finièce s’arrêta au loin, et marqua un temps pour regarder ces deux Êtres magnifiques, assagis sur ce banc printanier dans un instant de magie. Elle les voyait tels deux esprits enrichis par la vie, émettant une atmosphère aurique[3] si somptueuse, qu’elle n’osait à peine bouger, de crainte de troubler cet instant qui les rendait si exaltants à contempler.

Sodiam leva les yeux et vit Finièce dans sa posture de retrait. Il comprenait très bien ce qui avait forcé son arrêt. Il était comme à s’observer également d’un œil détaché bien au-dessus d’eux, appréciant cet instant et l’harmonie qu’il percevait dans les énergies qui les entouraient. Il se disait que cela était indéniable, que ces deux Êtres, s’observant de l’extérieur, étaient sans contrefaçon le fruit d’une raliance vibratoire si pure, si harmonieuse, qu’il comprenait à quel point la vie l’avait porté jusqu’à cet instant, en ayant soigneusement adapté tout son Être à se préparer à cet espace de communion.

Finièce finit par s’avancer et se rapprocher d’eux. Doucement, elle commença à installer chaises et table avec délicatesse, sans ne dire mot, comme de crainte de briser l’apaisement de ce tendre moment.

Amîha la regarda, et savait très bien que, étant dans le même état d’être que sa mère, que celle-ci pouvait très bien ressentir en elle ce qu’elle accueillait dans son corps. Elle lui fit un sourire, l’invitant à laisser la chose telle quelle, dans la jonglerie du départ, sur un autre état d’esprit.

Amîha « Eh alors, nous n’avons plus qu’à attendre. N’est-ce pas mam ? ».

– « Oui ma chérie, la connaissance de Sodi ne devrait plus tarder. ».

Sodiam revint à l’esprit de la réflexion de cette pensée, et fit le choix d’aller le chercher, de partir à la rencontre de son camarade qui devait certainement errer entre les parterres de fleurs.

– « Je vais aller à sa rencontre ! », fit-il d’une voix assurée.

Amîha acquiesça de la tête.

Finièce « Fort bien ! Nous allons vous attendre et préparer le déjeuner. Cela ne devrait pas être compliqué. Tout est déjà prêt dans le panier. Hihihi ! ».

  Sodiam se leva d’un air un peu perturbé tout de même. Ces instants où il s’était senti comme dans un petit cocon de tendresse, dans ce bain d’amour léger et détaché, avait quelque peu désorienté son état premier. Il était animé au départ par le palpitant et l’excitation face à sa découverte, et à l’engouement de faire découvrir cela. Mais surtout, dans le plaisir de revoir Médhèna, qu’il considérait comme étant l’une des personnes qu’il appréciait le plus, et lui offrir la joie de découvrir ceci également.

Tout ce chapitre, au départ, avait animé en lui une forte vivacité qui s’était soudain estompée dans cette aura subtile et raffinée. Elle avait entouré l’espace dans lequel Amîha et lui-même s’étaient retrouvés à cet instant précis. Il n’en restait pas moins ravi et heureux de revoir ce camarade, mais il se sentait comme flotter sur le sol, alors qu’un peu plus en avant, il était dans un esprit assez scientifique, dans une réelle focalisation de la structure qui était le sujet de sa journée.

  Pendant qu’il parcourait les étendues de tous ces petits sentiers, animés par la joliesse[4] de ce parc qu’il l’était, Finièce et Amîha conversaient au sujet de ce rapport étrange qui se mettait en place entre eux deux. Finièce comprenait bien qu’Amîha avait besoin de réponses à ses questions. Mais elle préférait la laisser trouver ses propres réponses par elle-même. Elle ne voulait pas interférer avec ses propres songes, car elle avait le sentiment qu’elle n’avait pas non plus toutes les réponses. Que ce qu’elle pourrait lui dire fausserait certainement ce soupçon de simplicité, qui devait laisser place à la réflexion pure de la personne vivant la chose. Alors elle ne répondait qu’en forme d’acquiescement à ce qu’Amîha formulait sur ce qu’elle en pensait, sur ce qu’elle ressentait, et ne faisait que lui offrir des suppositions sur la multitude de possibilités que cela pouvait faire émerger dans chaque situation.

Amîha se sentait perdue d’une certaine manière, mais comme elle l’exprimait à sa mère, cette sensation de bien-être, ce sentiment d’être complète en présence de Sodiam, elle lui disait que cela suffisait amplement à la satisfaire. Sans trop chercher à comprendre la chose exactement, et même si elle voyait bien que son mental était en perpétuel trouble dans l’effet instable de la question persistante, elle laissait faire.

Finièce, toujours impressionnée par le caractère de sa fille, était confiante dans tout ce qui se déroulait. Elle comprenait très bien que cet effet de vie était une chose exceptionnelle d’une certaine manière. Elle savait au fond d’elle que sa fille n’était pas commune, et que cette rencontre était le fruit d’un déclenchement majeur.

Jérôme avait pris le soin de lui expliquer que leur fille était surtout le produit d’un agencement très précieux. Que leur création en cet Être avait été accompagné par les hautes sphères de vie, afin de déposer un élément déclencheur dissimulé et très puissant dans le corps d’une femme, d’une petite fille frêle, afin que cela reste imperceptible. Et que cela puisse, le moment venu, éclater au grand jour, et inonder le monde d’une chose merveilleuse. Amîha n’avait aucune idée de cela, pas plus que Sodiam qui était l’outil servant d’élément déclencheur.

Ils sentaient par contre, tous deux, que la vie devenait bien plus palpitante depuis le premier jour où ils se sont rencontrés. Dans cet élan d’incompréhension partagée, il se passait des choses dans leur environnement, qui faussait entièrement la donne sur tout ce qu’ils se voyaient être avant cela.

Bien évidemment, un tel chamboulement ne laisse pas indifférent, et invite à se poser beaucoup de questions en l’Être. Cela étant, même si Sodiam se caractérise comme une personne analytique, expérimentant la synthèse systémique sur la globalité des choses, ce phénomène avait modifié avec beaucoup de finesse sa façon d’être et de réagir. Et, forcément, se sentant changer dans cette proportion, il se voyait comme devenir autre chose. Ou plus exactement, percevoir une forme de modulation plus aiguisée de ce qui agence tout son Être, de sa psyché à ses perceptions extra-sensorielles.

  À force de marches vives, il finit par apercevoir Médhèna au loin, constatant que les parcours de ce parc sont très multiples, tout aussi bien que sa diversité, mais également que son envergure. Toutes ces appréciations lui apportèrent le sentiment que dans cette recherche assez fastidieuse, et sur son chemin, il ne put manquer de s’en faire la réflexion, il était délicat d’arriver à dénicher une personne dans une telle amazonie.

– « MÉDHÈNA !! JE SUIS LÀ ! VIENS NOUS REJOINDRE MON FRÈRE. », lui cria-t-il avec, dans le fond de sa voix, la joie de le revoir à nouveau.

Médhèna tourna la tête dans sa direction, alors qu’il était encore absorbé par la contemplation de la diversité de ce qu’il foulait de ses pas. Il leva la main et lui fit un signe avec, dans le regard, la marque du plaisir de le revoir.

Lâchant l’attention qu’il manifestait sur toutes ces merveilles, il se dirigea vers Sodiam avec hâte, dans un engouement de se retrouver en sa compagnie, que Sodiam percevait bien dans la gestuelle de son compagnon. Ces deux-là se connaissaient très bien, et s’étaient toujours senti être très proches l’un de l’autre. Cela avait forcément créé entre eux cette marque indélébile permettant de savoir entièrement, ou presque, lire en l’autre son état d’esprit dans ses gestes et sa façon d’être.

Médhèna « Wouhaa comme ça me fait trop plaisir de te revoir mon frère, depuis tout ce temps. Comment te portes-tu ? Quelles sont les joies de ton parcours ? J’ai tant envi de partager avec toi. Tu avais pris une place si importante dans ma vie, j’ai l’impression de ne jamais t’avoir quitté finalement. Alors que nous avons pourtant passé une grande majorité de notre vie éloignée l’un de l’autre. », lui exprima-t-il en le prenant dans ses bras, lui faisant une accolade chaleureuse.

Sodiam « Merci d’être venu mon bon. Je suis aussi très en joie de te revoir. Juste lorsque j’ai eu l’impulsion de la pensée que ce que j’ai découvert pourrait t’interpeller, alors là, à cet instant précis, je me suis vu comme lorsque nous étions enfants, et que je savais que nous allions nous voir. Tout ce palpitant, cette excitation en moi est venue se réanimer en un éclair. C’était tellement intense et bon à la fois. ».

– « Hahaha ! J’en ai de même ès sensations mon frère. ».

– « Viens avec moi. Avant que je te montre et que je te parle de ce pourquoi je t’ai fait venir, je vais te présenter les personnes avec qui je suis venu à ta rencontre. ».

– « Allez ! ».

[1] Linotte : Petit oiseau à la gorge et au-dessus de la tête rouge, qui parcours ce jardin et s’y niche.

[2] Mémoire eidétique : Capacité à se rappeler d’un nombre important d’informations.

[3] Aurique : Relevant du champ vibratoire, d’une onde, de l’aura d’un Être.

[4] Joliesse : Caractère de ce qui est jolie et délicat.

Fin de l’extrait. Merci de m’avoir lu.

Tome 2 Chapitre 2

Tome 2 Chapitre 2

Dans cette période de fin mai, alors que les feuillages de leurs clartés resplendissaient des tons de jaune et de vert des fleuraisons de l’époque, Finièce Sodiam et Amîha arrivèrent dans les jardi…

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L’enfer des cadres

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Chapitre I

Bachelier en 1964, j’étais parti de la ville d’Aïn-Beïda, située à environ 110 km, au Sud-Est de Constantine, vers Alger dans le but de faire des études universitaires. Mais les suites de problèmes familiaux, ajoutées à des difficultés   financières me perturbèrent et portèrent un coup sérieux à mon programme. Il me fallut une bonne dose de courage pour ne pas perdre complètement mes principaux points de repère. Les raisons évoquées ci-avant m’empêchèrent de me concentrer suffisamment dans mes études supérieures. Il s’ensuivit pour moi une période d’instabilité que mon manque d’expérience accentua. Entre-temps, comme vivre à Alger, malgré sa beauté, était assez difficile surtout lorsqu’on est tout seul et sans ressources, loin de chez soi, je résolus d’entrer dans le monde du travail, après une année passée à l’université. Avec mon « petit » bagage de bachelier, j’escomptais tout au moins décrocher une fonction bien rétribuée, capable de me mener en direction d’une vie plus confortable. Plusieurs mois passés à Alger au seuil de la pauvreté m’obligèrent à retrousser les manches. C‘est pourquoi je me mis à la recherche d’un emploi. C’était tout à fait une nouvelle perspective pour moi, habitué aux études dans les lycées et collèges. À l’époque, de nombreux postes étaient offerts dans l’administration et les Sociétés Nationales récemment créées. Presque chaque jour, dans le journal El-Moudjahid, je voyais des avis de recrutement dans de nombreux secteurs et pour diverses qualifications. Je choisis à ce moment là de faire une demande à l’Académie d’Alger en vue d’exercer les fonctions de professeur de l’enseignement général. Je fus nommé Maître auxiliaire des Mathématiques à l’Ecole Militaire des Transmissions de Bouzaréah, (Air de France), un quartier des hauteurs d’Alger. Là, de 1966 à 1970, je contribuai à la formation de plusieurs promotions de sous-officiers. Mon travail se déroula sans fait notable. Puis, je quittai cet établissement pour le poste de professeur au Collège d’Enseignement Général (C.E.G) de la Cité La Montagne et à l’Institut de Formation Pédagogique de Ben Aknoun, deux autres quartiers de la Capitale, de 1970 à 1971. Mon idée était de faire carrière pour de bon dans l’enseignement secondaire. En plus de son côté très motivant qui permettait de communiquer à autrui ses connaissances, furent-elles modestes, elle me laissait une large part de liberté avec les vacances d’hiver, de printemps et d’été. Nous vivions encore l’euphorie de l’indépendance où des foules immenses avaient dansé et chanté dans les rues. Chaque année, les fêtes du 1er novembre et du 5 juillet étaient célébrées avec éclat. La propagande officielle présentait sans cesse les choses sous le meilleur angle qui soit et dans le meilleur des mondes possibles. On croyait fermement que l’Algérie avait un futur. L’effort de développement devenait une vraie bataille, estompant un peu les crises et les confrontations qui suivirent l’indépendance, avec l’élimination du G.P.R.A qui avait signé les accords d’Evian et l’instauration d’une République autoritaire. Au fur et à mesure du temps qui passait, notre désenchantement du début laissait la place à l’espoir. La Révolution, le socialisme triomphant, la mobilisation des masses, la production et la productivité dans les champs et dans les usines, les forces « progressistes » et de nombreux autres facteurs donnaient l’apparence d’une grande énergie en perpétuelle évolution. Les mots d’ordre pleuvaient de partout et nous poussaient à avancer plus loin. Les moudjahidine survivants ou des témoins de la guerre de libération furent mis à contribution. On leur demanda d’écrire leurs mémoires et de décrire les faits qu’ils avaient vécus, depuis les premiers coups de feu, la nuit du 1er novembre 1954 jusqu’au 19 mars 1962, date du cessez-le-feu. Quelques unes de leurs contributions seront éditées un peu plus tard sous la forme d’un recueil intitulé « Récits de feu ».

Pour ma part, au fil des années qui fuyaient, je m’aperçus que ma carrière de professeur n’évoluait pas de façon significative. J’eus envie de changer de métier. Mon avenir dans l’enseignement ne me parut pas offrir de larges possibilités d’épanouissement. J’aspirais à une autre vocation non pas plus enrichissante (car l’enseignement l’est aussi) mais à une place plus stable et à une expérience plus variée. D’autant plus que maintenant, je résidais dans un appartement à Alger, dont j’avais loué le pas-de-porte avec mes économies mises patiemment de côté. Je me considérais déjà comme faisant partie de cette classe moyenne naissante. Sans disposer de ressources considérables à l’instar de la future nomenklatura qui elle aussi se constituait en vase clos et commençait à exploiter sans vergogne le potentiel économique et financier de l’Algérie, j’entendais mener une vie honnête et sans trop de contraintes. Passionné à l’idée de voir mon pays sortir de l’ornière, je ne cherchais que l’occasion de me plonger dans la bataille de « l’édification » et de fournir les preuves de mon dévouement.

En janvier 1972, j’entrai donc à la Direction Régionale des Domaines d’Alger comme Inspecteur des Domaines contractuel. Dans toute l’Algérie, il n’existait que trois Directions de ce genre, implantées respectivement à Alger, Oran et Constantine, calquées sur les trois anciens départements de l’Algérie. J’avais entendu dire que cette administration « noble » dépendant du Ministère des Finances, n’était pas dépourvue d’intérêt. Héritière de traditions et de procédures anciennes remontant au temps des Romains dans l’arpentage des terres domaniales et la délimitation du territoire de l’Empire de César, elle jouissait d’une grande considération auprès du public et des autres services de l’Etat. Et pour cause, elle possédait de nombreuses attributions. D’abord au niveau financier : elle était chargée de collecter la vente des produits divers de l’Etat, de procéder au recouvrement des diverses taxes et des loyers des immeubles et autres biens nationaux et de les imputer au budget général   par le truchement du trésor public. Ensuite et c’est cela son rôle le plus important, elle était en même temps l’expert foncier, l’agent immobilier, le notaire, le commissaire-priseur, le conseiller, et le géomètre attitré de l’Etat, des collectivités locales et des autres établissements qui en dépendent, dotés ou non de la personnalité morale et de l’autonomie financière. En un mot, son champ d’intervention est très large. Il en faisait un outil de première importance dans tout ce qui était lié aux ventes, locations et acquisitions de bien meubles et immeubles au profit des services publics.

Dès mon installation, je constatais pour la première fois, l’une des contradictions de l’Administration : On me mit sous les ordres d’un Contrôleur, grade inférieur à celui d’Inspecteur. Ce contrôleur avait soi-disant beaucoup d’expérience. Bon, comme je me devais de rentrer dans le vif du sujet, je n’avais qu’à écouter ses conseils. Il était là pour me guider, si j’avais besoin de plus de renseignements sur le fonctionnement du service. Son ancienneté valait mon grade.   Je résolus de mettre à jour mes connaissances dans cette branche nouvelle avec son aide. Comme je n’avais étudié dans aucune Ecole Spécialisée en matière financière (puisque nous dépendions du Ministère des Finances au même titre que beaucoup d’autres services financiers), ma formation se fit sur le tas ou de façon autodidacte. Les mois suivants de mon activité, je fus pris en charge par un Inspecteur Principal des Domaines délégué par le Service Central au niveau de la Direction Régionale. Son aide me fut précieuse. Il me confia trois fascicules édités par l’Ecole d’Application Economique et Financière de la rue Tirman, à Alger. Il savait combien j’avais besoin de sortir de mon ignorance sur le sujet des affaires domaniales. En sa présence, je me sentais réconforté. Il avait une certaine prestance dans son physique aussi bien que dans ses manières d’aborder les problèmes, malgré un handicap de langage (bégaiement), contacté certainement depuis son enfance. Les informations communiquées revêtaient une importance vitale.

Ces fascicules contenaient des cours détaillés sur la réglementation foncière, la distinction à faire entre les terres publiques de l’Etat et les terres privées de l’Etat. Sans compter de nombreuses autres précisions sur les méthodes d’évaluation des biens et des notions sur le droit administratif. J’exploitais aussi d’autres moyens de me perfectionner encore plus. Outre le livre intitulé Maguero, une sorte de dictionnaire qui répertoriait toutes les solutions à apporter aux cas pratiques qu’on rencontrait dans notre travail au bureau ou sur le terrain, je me mis à parcourir les librairies d’Alger, (il y en avait encore avec un foisonnement d’ouvrages de toutes les branches), à la recherche de bouquins intéressants. Il m’arrivait d’acheter sans hésiter des volumes de la collection Dalloz. Ces derniers avaient la particularité de mettre en relief beaucoup d’analyses se rapportant directement à mes nouvelles occupations professionnelles.

Mais ce qui m’intéressa le plus, ce sont les anciens dossiers fonciers, laissés comme archives, par l’administration française, aux feuilles jaunies par le temps. Un véritable trésor pour la mémoire. Une véritable vitrine sur l’évolution de la colonisation « technique » depuis 1830. On donnait de nombreuses définitions sur les biens Domaniaux, Habous (dédiés à la mosquée et aux œuvres pieuses), Arch (tribal), communaux, vacants ou en déshérence. Les origines de propriété des immeubles, depuis le temps   des Turcs ottomans régnant sur la Régence d’Alger jusqu’à l’occupation française et son extension aux Territoires du Sud laissaient apparaître tout un pan plus ou moins méconnu de l’Histoire. Le Sénatus Consulte de 1869, les terres agricoles confisquées ou séquestrées sur les « indigènes » par suite de révoltes, le lotissement des villages européens, les modalités de formation du tissu urbain des grands centres coloniaux, les expropriations, les points d’expansion du Nord vers le Sud, et de l’Ouest vers l’Est, les délimitations topographiques des principaux centres militaires, sont consignés de façon méticuleuse sur des registres AD HOC, avec des plans topographiques parfaitement tenus à jour, reportés sur des parchemins vieillis mais très lisibles. Tout correspond à un labeur mené chronologiquement dans l’intérêt des immigrants qui affluaient d’Alsace, de la Lorraine, de Paris ou de la Provence. Sans compter ceux originaires d’Italie, de Malte et d’Espagne. On n’a qu’à plonger dans toutes ces archives pour avoir une vue d’ensemble sur l’expansion des Français et de leur main mise sur les meilleures zones de culture agricole, notamment la Mitidja, fidèlement reproduite à travers des registres et des documents écrits et topographiques répertoriés depuis des décennies. Pour celui qui veut approfondir ses recherches sur cette période, il y avait là de quoi satisfaire sa curiosité.

Le début de mes activités à la Direction Régionale coïncidait avec un certain nombre d’opérations « politiques » qui venaient d’être entamées. Restructuration des comités de gestion dans les fermes déclarées libres après le départ des colons, nationalisation des hydrocarbures, création de grands ensembles industriels, lancement de la Révolution agraire, nouveau recensement des biens vacants dévolus à l’Etat, promulgation de nombreuses ordonnances et de nombreux décrets concernant divers secteurs. Etant donné le caractère foncier et les aspects financiers de nombreux secteurs de l’entreprise, notre intervention était nécessaire. Comme par exemple en matière de terres nationalisées dans le cadre de la Révolution Agraire. Des moyens humains et matériels très importants furent mobilisés pour mener à bien notre mission. Pendant presque une année, les agents des Domaines assistèrent à plusieurs séminaires de « vulgarisation ». On nous distribua un tas de documents accompagnés de nombreuses annexes. Les éléments fournis nous ouvraient l’accès à un maniement convenable de la procédure de nationalisation des terres. Dans l’Algérois, je fus dépêché avec une brigade d’agents topographes, recenseurs et évaluateurs pour procéder à une première localisation des sols cultivables. Des dispositions législatives draconiennes avaient été prises pour contrecarrer tout « contre-révolutionnaire » qui viserait à mettre en échec la réussite de l’opération. Nous participâmes également à Alger et dans de nombreuses agglomérations de la wilaya, à la revalorisation des loyers des locaux commerciaux et industriels appartenant au secteur public.

Mais, en mars 1973, mon itinéraire fut provisoirement interrompu. Je fus envoyé à Paris pour deux mois, avec un groupe d’Inspecteurs pour parfaire notre formation à l’Ecole Nationale des Impôts. Ce fut le premier et dernier stage que je fis à l’étranger. Alors que d’autres moins méritants que moi bénéficieront par la suite de nombreuses missions à l’étranger, sélectionnés sur la base de je ne sais quels critères.

De retour à Alger, je me remis assidûment au travail. Je pressentais que nous étions à l’aube d’une ère nouvelle. Les mots d’ordre étaient « engagement, compétence, intégrité ». En théorie seulement. En pratique, l’administration était infestée d’arrivistes de tout niveau. Malgré quelques recrutements effectués sur la base de diplômes ou d’une maîtrise effective du métier, elle se trouvait composée de deux catégories de fonctionnaires, en dehors de ceux qui se réclamaient d’une légitimité « historique » ou « révolutionnaire » la plus souvent usurpée. Depuis l’indépendance, le départ massif et précipité des Français laissait une énorme quantité de places « techniques » à pourvoir dans les différents paliers de la haute hiérarchie administrative. Notamment au niveau des Ministères et des Préfectures non encore converties en wilayas. Une partie du vide existant fut comblé par l’apport du personnel puisé dans les réfugiés revenus du Maroc ou de Tunisie. L‘autre partie provenait de fonctionnaires subalternes déjà en place, en 1962. De simples agents de bureau, de dactylographes ou autres agents de constatation et d’exécution recrutés du temps de l’administration française, se retrouvèrent dans des postes de responsabilité sans commune mesure avec leur réelle compétence. Les statuts de la Fonction publique promulgués par une Ordonnance de 1966 régularisèrent leur situation, grâce à des arrangements dont seul le législateur a le secret. Ils achevèrent de les hisser au plus haut rang, tout en mettant une barrière pour les futurs candidats. Il fallait passer dès lors une foule de concours, d’examens et transiter par de nombreuses listes d’aptitude et de stages pour prétendre décrocher un poste de « chef ».

Ne faisant partie d’aucune de ces catégories citées en premier, ma transition de l’état de contractuel à celui de titulaire nécessita deux années de stage. Ce n’est qu’en 1974 que fut enfin institué un concours d’intégration dans le corps des Inspecteurs des Domaines Au terme de ce concours, ma qualification fut prouvée et je sortis major de la promotion. Je fus titularisé au poste d’Inspecteur. Cependant, mon activité débordante, mon enthousiasme et mes capacités d’organisation avérées allaient m’attirer les premiers ennuis. Il se trouve toujours quelque jaloux pour vous barrer le chemin, quand vous vous mettez trop en relief. Ce jaloux n’était autre qu’un Directeur Régional adjoint par intérim, sous la coupe duquel j’avais été placé. En 1975, il se mit à me provoquer pour me faire abandonner mon poste. Il alla même jusqu’à me supprimer injustement ma prime de rendement trimestrielle, au motif que je ne donnais pas le bon exemple. Ses affirmations étaient loin de refléter la réalité et mon énorme débauche d’énergie. J’apprendrai à mes dépens dans mes autres expériences futures que cette façon de procéder était le propre des imposteurs. Incapables de vous attaquer sur ce que vous valez vraiment, ils entendent vous décourager et vous attribuer tous les péchés de l’humanité. Tantôt vous ciblant de front, tantôt en catimini, ils n’hésitent pas à vous mener la vie dure. Très versés dans l’art d’inverser les rôles, ils ne reculent devant rien à seule fin de vous transformer en diable, lorsque vous vous placez en travers de leur chemin. Avec eux, ce qui est blanc devient noir et ce qui est noir devient blanc, ce qui est innocent devient coupable et ce qui est coupable devient innocent. Ils n’éprouvent aucun remords à vous coller des défauts imaginaires dès que vous vous dressez sur leur chemin. Tout en réagissant vigoureusement aux tentatives de me déstabiliser (j’écris à ce propos une lettre de protestation au Directeur Général), je m’étais mis en tête de changer de ville et d’air.

Plusieurs wilayas (l’équivalent des départements français), résultant d’un découpage administratif décidé par un texte législatif, avaient été créées. C’est ce qu’on dénomme la régionalisation des institutions. Les trois Directions Régionales des Domaines disparurent. À la place, une Sous-direction des Affaires Domaniales et Foncières (SDADF) fut implantée au niveau de chaque wilaya. Le problème est qu’elle dépendait d’une Direction des Services Financiers (DSF), toujours à l’intérieur de la wilaya, qui lui laissait une marge de manœuvre très restreinte. Cette décentralisation peu commode allait engendrer un conflit d’autorité et une confusion permanente entre les attributions de chacun. Tout en causant des désagréments sans nombre aux nouveaux Sous-directeurs. Dépendions-nous de la wilaya ? Dépendions- nous du Ministère ? C’est la question qui allait se poser continuellement aux futurs Sous-directeurs. Il arrivait que les instructions parvenues du Service Central à Alger ne cadraient pas ou étaient en totale opposition avec ceux transmises par les services locaux. Le wali (ex-préfet), « représentant légal » de tous les Ministères, se laissait parfois aller à des abus d’autorité. Dans certaines wilayas, il se considérait comme un maître incontestable, sans attache avec quiconque ou ne rendant compte qu’à ceux qui l’ont parachuté à ce poste tant convoité.

En tout cas, las d’être la cible de mesquineries à la Direction Régionale désormais dissoute, je fus heureux de me voir offrir un poste de chef de bureau à la Sous-direction des ADF nouvellement mise en route à Bouira, à environ 120 km à l’Est   d’Alger. Le Sous-directeur de cette structure m’accueillit amicalement et m’encouragea dans l’exercice de mes fonctions. Je n’y resterai pas longtemps (à peine une année). Mais là, je connus un certain nombre d’amis. Je contribuai à la bonne marche du service, tout en essayant de limiter les carences apparues dans la gestion de la division. Les agents qui n’avaient que quelques mois de pratique, n’étaient pas encore aguerris. Il leur manquait un apprentissage de base sur la réglementation domaniale et foncière. Il s’agissait en même temps de penser à l’application des textes relatifs à la constitution des Réserves Foncières Communales ayant vu le jour en 1974. Réserves Foncières englobant aussi bien les terres publiques de l’Etat que les terres privées des personnes physiques ou morales. Je me fis un réel plaisir de leur montrer ce dont ils avaient besoin pour mieux saisir leurs objectifs en ce domaine. Leur faire prendre conscience de l’importance de la tâche, c’était cela mon but. Mon instinct de professeur me rattrapait là dessus. Et je me sentais heureux de contribuer à leur « rodage »

Arrivé à ce stade de ma narration, je prie le lecteur de bien observer avec moi une courte pause. La chronique simplifiée où je ne donne que les principaux détails et en omettant de mentionner l’intégralité de ce que j’ai vécu n’a pas uniquement pour but de montrer les dysfonctionnements bien connus de l’administration, visibles de l’intérieur ou de l’extérieur. Beaucoup de gens, jusqu’à aujourd’hui continuent à en faire les frais, sans possibilité de redresser les torts causés psychologiquement ou matériellement. Je veux montrer dans la mesure de mes capacités, la face cachée d’un système loin de respecter les fonctionnaires compétents et de leur donner le rang qu’ils sont en droit de réclamer. Si je parle de moi, ce n’est pas par narcissisme, ou par désir de vengeance. Je veux simplement révéler, au fil de ma narration la grave injustice dont je fus victime. J’écris pour tous ceux qui un jour ou un autre ont subi dans leur chair et dans leur âme, le cynisme des « grands chefs ». Les atteintes à la dignité humaine, quelles soient morales ou physiques, sont l’expression de l’impuissance des bourreaux à se hisser au niveau de leurs semblables. Leur rage à s’acharner sur leurs victimes démontre à mon sens, leur propre dégradation.

Comme beaucoup d’autres, j’aurais pu choisir de me taire. Quand vous vivez parmi les loups, votre témoignage sur la façon dont ils dévorent les agneaux ne vous attirera que des ennuis et des représailles. Mais c’est plus fort que moi. Ma conscience ne peut s’accommoder du silence, ni tolérer l’hypocrisie. Surtout quand vous êtes touché dans vos convictions les plus profondes. Il ne faut pas que le mensonge éclipse la vérité, que les rôles soient inversés jusqu’à vous faire paraître, vous l’être humain le plus intègre, le plus sincère et le plus droit qui soit, comme quelqu’un de peu scrupuleux.

Mon court passage à Bouira, ville vers laquelle je reviendrais par la suite m’offrit l’occasion de me frotter à un service domanial et foncier en dehors de la capitale. J’avais besoin de plus d’espace pour exprimer ma soif de bien faire. Fin 1976, nous reçûmes une note de notre Service Central disant que le poste de Sous-directeur dans la wilaya de Laghouat, aux portes du désert, était vacant. Je me portais tout de suite volontaire à ce poste, en suivant les suggestions du Sous-directeur de Bouira qui me conseilla de présenter ma candidature. Elle fut tout de suite acceptée par le Service Central, tout heureux de pourvoir un poste pour lequel les prétendants ne se pressaient pas au portillon. Pour beaucoup, exercer au Sahara pendant des années ne présentait pas énormément d’avantages, étant donné la rudesse du climat et les conditions d’une vie plus contraignante. Il n’est pas donné à tout le monde de séjourner trop longtemps dans le Sud et de s’y habituer aisément.

Dès mon arrivée là-bas, je constatai que j’avais en face de moi une lourde tâche. En l’absence d’un responsable dûment habilité, la structure était pratiquement inexistante. Les 3 bureaux du Cadastre, des Hypothèques et des Domaines qui la composaient, ainsi que les Recettes (dont la caisse se chargeait de récolter pour le budget de l’Etat, les diverses taxes et produits financiers, fonciers et domaniaux) fonctionnaient au ralenti. Le parc automobile se réduisait à quelques véhicules désossés qu’il fallait soit rénover, soit réformer définitivement. Les locaux de la Sous-direction étaient trop vétustes et demandaient une restauration rapide.

La présence d’un « chef » capable de donner une nouvelle impulsion se faisait cruellement sentir dans cette armature « fantôme » complètement à l’abandon. Je dus résolument la prendre en charge pour lui donner un sang nouveau et une âme agissante. Même les loyers dus par les sociétés pétrolières occupant le périmètre dans la zone gazière de Hassi R’Mel n’avaient pas été versés en temps voulu. Un calendrier fut établi. Je leur rappelai la nécessité de s’acquitter de leurs redevances dans les plus brefs délais. Devant leur réticence, je leur laissai le loisir d’éponger leur passif par tranches. Je donnai des instructions à la Recette en vue de corriger tous les articles ouverts sur le registre des baux et droits constatés, par le biais d’un échéancier précis. Pendant les deux années où j’ai habité à Laghouat, bien d’autres difficultés surgirent. L’absence de moyens financiers consistants et l’insuffisance des matériels constituaient un grand handicap. Le budget de fonctionnement étant géré par la DSF, il fallut intervenir pour la dotation en climatiseurs et appareils de chauffage : À Laghouat, le climat est très chaud l’été et très froid l’hiver. La seule façon de se prémunir contre les effets du temps reposait sur un équipement adéquat. En plus, les conditions de mon propre hébergement laissaient beaucoup à désirer. La seule faveur était le congé de 50 jours qu’on pouvait s’octroyer chaque année d’exercice.

Je fus obligé de me battre pour progresser. Et obtenir des résultats dans la réorganisation de cette Sous-direction demeurée auparavant en friche. Je recrutai de nouveaux agents avec lesquels je tenais des séances de travail régulièrement. J’attendais d’eux qu’ils se lancent hardiment dans tout ce qui leur incombait. Dans l’ensemble, mes efforts ne furent pas vains. Mais je fus frappé par des malheurs familiaux survenus à l’improviste. De plus, mes relations avec la DSF de la wilaya, qui tentait de s’immiscer dans tout ce que j’entreprenais et citée plus haut, n’étaient pas au beau fixe. Elles étaient même exécrables. Moi, je souhaitais avoir les mains libres et réussir dans mes initiatives en toute liberté. Tandis que la DSF me collait des bâtons dans les roues et cherchait par tous les moyens à s’opposer à mes décisions.

Si l’au-delà m’était conté

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La révélation d’un don
Il était difficile d’obtenir un rendez-vous avec elle. Il fallait
s’y prendre longtemps à l’avance. Et quand celui-ci était enfin
pris, l’attente était longue au cabinet avant de la rencontrer. Le
lieu où elle recevait ses clients était accueillant et chaleureux.
Nous sommes à Paris, dans le 8e arrondissement, un quartier
résidentiel où se côtoient des avocats et des notaires
internationaux, des assureurs de grands comptes, des familles
bourgeoises et aristocratiques… Des domestiques aussi, dont
certains ont fui l’Espagne ou le Portugal lors de conflits afin de
trouver de meilleures conditions de vie. Le dimanche, quand les
rues sont en général désertes, il n’est pas rare que les uns et les
autres se croisent en se promenant au parc qui jouxte l’avenue
Messine. Un magnifique jardin parisien immortalisé par des
peintres comme Monet, Caillebotte ou Brispot, auteur de la
première affiche du cinématographe des frères Lumière. On y
rencontre également quelques artistes connus, des comédiens et
des chanteurs. En somme, un environnement rassurant pour
consulter une voyante. Je pensais que sa clairvoyance devait être
au diapason des dorures qui ornent les grilles du parc Monceau.
Je ne la connaissais pas, mais j’en avais entendu parler comme
l’une des grandes voyantes de la « Place de Paris ». Elle était
souvent comparée à madame Fraya, voyante française de la
12
fin du XIXe et du début du XXe siècle. En annonçant que
l’Allemagne déclencherait une guerre mondiale qu’elle finirait
par perdre, madame Fraya eut le droit à la reconnaissance des
plus sceptiques, après que les célébrités de la Belle Époque
eurent été touchées par ses révélations. C’était donc une grande
dame prophétesse qui m’attendait après que je l’ai convaincue
de me recevoir, alors qu’elle était peu disposée à parler de son
don et de ses expériences extraordinaires.
Ah oui, je ne me suis pas présenté. Je suis un jeune journaliste
indépendant âgé de 28 ans, diplômé de l’école des journalistes
de Lille. De taille moyenne, plutôt mince, brun aux yeux bleus,
la vue nécessitant de petites lunettes rondes, j’ai le teint mat car
j’aime bien le soleil et je n’hésite pas à m’installer dehors dès
qu’il fait beau. Mon regard est plutôt vif, ce qui m’aide parfois
à convaincre mes interlocuteurs. J’aime découvrir les autres, les
faits de société m’intéressent et je suis curieux de nature. Les
gens que je rencontre ainsi que mes amis me trouvent plutôt
sympathique et doté d’un certain charme. Décontracté, vêtu en
général d’un blouson de cuir, d’un pantalon fuselé vert-kaki et
d’une chemise à carreaux assortie, je m’adapte couramment aux
situations ; ce qui ne m’empêche pas de réagir quand il le faut.
Toute injustice ressentie peut vite m’irriter.
Pour mes prochains articles, je souhaitais réaliser un
reportage sur une personnalité extralucide et le proposer à un
quotidien dont le tirage est important en France. Je voulais éviter
la boule de cristal et les tarots, et j’avais donc décidé
d’interviewer un praticien qui n’utilisait aucun support. Je me
demandais en effet comment il était possible de deviner l’avenir,
juste comme cela. Était-ce vraiment possible ? Vérifiable ? Y
avait-il des moments, des conditions, des dispositions plus
propices que d’autres à l’exercice de la voyance ? Je
13
m’interrogeais aussi sur son parcours apparemment atypique :
quelle était la vie d’une devineresse, était-elle mariée, et si oui
qu’en pensait son mari ? Et ses enfants, en avait-elle d’ailleurs ?
Naît-on avec ce don, ou vient-il ainsi au gré d’un évènement,
d’une circonstance de vie heureuse ou à la suite d’une situation
difficile ? Le sujet n’était pas facile à traiter, le scepticisme est
tel vis-à-vis des parasciences que ce témoignage se devait d’être
pertinent. Quoiqu’il en soit, cette enquête serait réalisée avec
objectivité, même si le sujet n’était pas forcément accessible aux
lecteurs éventuels. J’allais donc vers elle avec curiosité et
perplexité, mais impatient de découvrir cette « science » dite
irrationnelle. Je pensais aussi que je frappais à la bonne porte,
car ma voyante s’était notamment confrontée aux experts de
l’Institut métapsychique international de Paris en faisant des
expériences ésotériques. Cette organisation avait été fondée en
1919 pour étudier les phénomènes dits « paranormaux » avec
une approche rigoureuse et ouverte. Ses expériences l’avaient
amenée à faire un direct radiophonique du 3e étage de la tour
Eiffel, dans le salon de l’illustre ingénieur Gustave Eiffel, dont
le patronyme originel, Bonickhaussen, était particulièrement
difficile à prononcer. Cette émission intitulée C.Q.F.D était
retransmise en direct sur la radio Europe 1.
Je craignais aussi qu’elle me devine. Je ne voulais pas que les
questions que j’allais lui poser appellent des réponses
personnelles touchant à mon intimité. J’avoue que rien qu’en y
pensant, cela me donnait un sentiment d’inquiétude. Je venais en
effet de me séparer d’Isabelle, une jeune femme que j’aimais
encore, une étudiante en droit, fille d’un avocat de la région
parisienne. Nous nous étions rencontrés lors d’un séminaire
traitant de la politique française sous la Ve République. Peut-être
inconsciemment avais-je envie de savoir si Isabelle m’aimerait
de nouveau et si cette grande voyante me le prédirait ?

 

 

 

 

Une orange au pays des pommes, une enquête du commissaire Rizzoli.

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Chapitre 1

 

4 mai.

 

Ils avaient prévu un beau temps sec et exceptionnellement ensoleillé pour ce dimanche matin de début mai. Matteo Degasperi avait invité Lisa Innerhofer à le retrouver après la messe de 9 heures devant la pension Rosslwirt. Ce modeste hôtel se situait à mi-chemin entre Lana di Sotto, où résidait la famille de Lisa, et Lana di Sopra, où l’adolescent habitait avec ses parents. Dans ce gros bourg agricole de Lana, à la périphérie de Merano, une partie des habitants, des Bau’r1 tenaces, travailleurs et malins, produisent des pommes, tandis que d’autres offrent aux nombreux touristes le gîte et le couvert. Certains cumulent opportunément les deux activités.

Les parents de Lisa sont agriculteurs depuis plusieurs générations, ceux de Matteo gèrent la trattoria pizzeria Al Forno. Alors que les Degasperi occupent un petit appartement dans un immeuble ordinaire, Via Palade, tout au nord de la localité, les Innerhofer résident dans une propriété cossue au toit pentu, immergée dans un verger aux démarcations imprécises. Les pommes constituent en effet la principale source de revenus de cette famille de paysans qui déverse leurs succulents fruits à l’usine Zuegg de la ville, l’un des principaux producteurs de jus de fruit et de confitures d’Italie.

Les deux adolescents se rejoignirent à l’endroit convenu. Ils se sourirent et s’accordèrent un baiser furtif avant d’enfourcher leurs vélos pour une promenade qui devait les mener au bout d’un chemin de terre, sur le tapis herbeux de l’un de ces innombrables vergers qui s’étendent à perte de vue. La pollinisation des fleurs touchait à sa fin, mais les paysans n’avaient pas encore retiré les ruches bourdonnantes, installées là au début du printemps juste après l’éclosion des corolles. C’était toujours dans cet écrin de verdure, un rien bucolique, que les deux soupirants avaient leurs habitudes. Ils se plaisaient à imaginer leur avenir, encouragés par le bruissement des abeilles et les vocalises des mésanges charbonnières dissimulées dans les arbres fruitiers à la recherche de larves et de petits insectes. Souvent, les deux jeunes gens s’embrassaient et se caressaient en toute discrétion dans la clandestinité et, parfois même, ils consommaient le fruit défendu jusqu’au dernier pépin.

Matteo n’avait pas 17 ans lorsqu’il rencontra Lisa pour la première fois et à peine plus lorsque les deux adolescents se fréquentèrent de manière suffisamment assidue pour que la famille Innerhofer intervienne dans cette relation qu’elle désapprouvait. Les parents mirent en garde leur fille unique contre ce garçon à la réputation sulfureuse. Dans la petite ville de Lana où tous les habitants se connaissent, les bavardages se dévoient en commérages acrimonieux. Ici, nul besoin des réseaux sociaux pour accréditer à la face des gens l’image d’un Matteo, séducteur et coureur de jupon pour les censeurs les plus bienveillants, adolescent débauché et lubrique aux yeux des plus sévères. Le jeune homme ne fréquentait plus de façon aussi assidue les offices dominicaux depuis qu’il avait fait sa communion solennelle vers l’âge de 13 ans, l’âge des premières tentations. Cette entorse à la bienséance suffisait déjà à l’accabler…

Matteo Degasperi n’incarne pas l’archétype du beau gosse, celui des défilés et des paillettes, même si d’aucuns affirment qu’un certain charme se dégage de sa physionomie. Pas très grand de taille et de corpulence robuste, l’adolescent présente un visage carré, habillé de sourcils finement dessinés, dont le nez aquilin descend en aplomb sur une bouche en cœur. Lorsqu’il fit la connaissance de Lisa, le jeune homme arborait un soupçon de moustache et de barbe taillés ras qui le faisait paraître plus mûr que son âge. Lisa trouvait romantique son regard triste, reflété par de grands yeux clairs à l’affût de centres d’intérêt aux contours encore flous. Son abondante chevelure châtaine présentait des reflets auburn que les filles du lycée linguistique de Merano ne se lassaient pas d’ébouriffer pendant les intercours en plaisantant la clope au bec tout en braillant des niaiseries dont le garçon en acceptait la superficialité. Le lycéen souriait et ses doigts venaient alors labourer sa lourde chevelure aux boucles spiralées qu’il tentait de remettre en place. Il semblait flatté par ces sollicitations tactiles, sans pour autant daigner y répondre car, jusqu’à sa liaison amoureuse avec Lisa, les filles de son âge ne l’intéressaient guère.

Vers l’âge de 16 ans, Matteo décida de satisfaire sa libido d’adolescent avec des femmes plus âgées que lui. Le garçon les dénichait en salle lorsqu’en semaine, il aidait ses parents pendant le service du soir. Il accaparait la clientèle qui privilégie les sorties entre filles en prenant leur commande, entre sourires, conseils gastronomiques et bonne humeur. Puis, il assurait le service en lançant des regards furtifs, mélancoliques ou amusés, en fonction des personnalités de chacune. Il pratiquait l’art de déposer, sur leur table, les assiettes de tagliatelles ou les pizzas fumantes tout en s’immisçant dans leurs conversations, donnant ici son avis, partageant là de bons mots dont les jeunes femmes raffolaient. Le garçon ne choisissait pas ses conquêtes : il cherchait simplement à toutes les ferrer, indépendamment de ses attirances personnelles. Parfois, il faisait mouche. À la fin du repas, il arrivait que l’une d’elles se dirige vers la caisse en présentant sa carte bleue accompagnée d’un numéro de téléphone. Toujours, il rappelait. Mêlant séduction et manipulation, le garçon parvenait à ses fins : offrir aux femmes qui l’avaient choisi une peau encore ingénue et ses pulsions de jeune mâle.

De temps à autre, l’adolescent exerçait son pouvoir de séduction dans les boîtes de nuit de Bolzano, à moins d’une heure de Lana par le tortillard local. Le samedi soir était son jour de sortie préféré, bien que le début du weekend corresponde aux périodes de coups de feu, particulièrement bienvenues pour les parents du garçon, qui les géraient avec bonne humeur, voire obséquiosité. Après un dîner expédié à la va-vite en compagnie de Leo, son petit frère de trois ans son cadet, suivi d’un passage sous la douche, puis devant le miroir de la salle de bain à fixer sa tignasse avec des louches de gel béton, effetto bagnato fortissimo, Matteo enfourchait son vélo pour rejoindre la gare de Lana.

En général, le train arrivait à l’heure. Le Régional 2046 de 21h55 lui faisait rejoindre la grande ville plus excitante, mais surtout plus anonyme que son gros bourg, à 22h26 précises. L’adolescent y rejoignait quelques amis sur la Piazza delle Erbe toute proche, épicentre de la movida locale, dans l’un des nombreux bars de la zone piétonne. Une amitié qu’il avait su entretenir tout à son profit, car elle lui permettait l’accès aux discothèques bien qu’il fût encore mineur. Après une dernière Radler, mélange subtil de bière Forst, brassée dans un château féérique en périphérie de Merano, et de limonade aux arômes d’agrumes, le groupe d’amis se dirigeait vers la boîte située Via Herman Von Gilm, la plus tendance de toutes.

 

La ville de Bolzano, que les Allemands appellent Bozen, enserrée dans un écrin de vertes montagnes et protégée des invasions par une série de châteaux forts, apparaît en effet comme une cité au caractère germanique affirmé. Un chef-lieu chiuso, sur la réserve, verrouillé dans ses traditions séculaires assez peu italiennes, dans ses coutumes et sa mentalité, une « ville allemande », comme la définissent les Italiens de l’intérieur installés là depuis quelques générations seulement, alors que la province était tombée dans l’escarcelle du Royaume d’Italie au hasard des combats de la première guerre mondiale et des traités de paix qui suivirent. Les affaires se traitent ici de façon plus rigoureuse que dans le reste de la Péninsule. C’est ce qui se dit et s’écrit en tout cas à Rome, à Florence ou à Caserte.

Sur un plan strictement sécuritaire, en ville, c’est « tolérance zéro, point à la ligne » et à la police municipale, la Stadtpolizei, on n’est pas peu fier d’annoncer des résultats les plus enviables.

Qu’ils soient Roncolo, Firmiano ou Flavon, perchés sur les hauteurs de la ville, les châteaux d’ici font voyager dans le temps. Avec leurs donjons circulaires, leurs herses et leurs pont-levis, leurs meurtrières et leurs créneaux, ces forteresses germaniques du Moyen-Âge exaltent l’âme de la ville.

En revanche, les discothèques dignes de ce nom, celles dont les jeunes raffolent avec leurs sunlights, leur dose de techno et de musique électro qui déchirent les oreilles et invitent au déhanché ne sont pas si nombreuses. On pourrait même affirmer que cette ville ne fait pas vraiment la part belle à sa jeunesse, lui offrant bien peu d’établissements dédiés aux plaisirs et aux loisirs contre quelques euros en espèces sonnantes et trébuchantes. La vie nocturne transcendait le jeune Matteo. Elle lui donnait de l’assurance. Il y perdait sa candeur, celle qui se manifestait au lycée entouré de ses camarades.

En réalité, l’adolescent savait parfaitement s’y prendre avec les femmes et particulièrement avec celles qui, enfermées dans le célibat, voyaient poindre le cap de la trentaine avec une certaine angoisse comme l’achèvement d’un cycle et l’avènement d’un autre qui marquerait l’altération présumée de leur féminité. L’adolescent au summum de sa virilité ou croyant l’être jouait d’une séduction calculée et d’une ardeur particulièrement efficace auprès de ces femmes-là, laissant agir un sourire surfait mêlé d’un certain exhibitionnisme verbal et gestuel aux confins de l’indécence. Matteo repartait rarement seul de la boîte de nuit. Il n’était plus en compagnie de ses amis, mais on le voyait déambuler à l’aube dans les rues désertes au bras de femmes, rarement la même, baignées de ses délicates attentions comme celles que prête l’amoureux transi à sa dulcinée attisée par le désir.

Marie-Laure

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Je me suis souvent demandé pourquoi les hommes
veulent toujours faire la guerre. Il suffit d’examiner les
actualités journalières pour constater cette évidence, Je ne
parle pas du passé avec les deux Guerres Mondiales les plus
meurtrières que l’humanité ait connues, Je veux surtout
parler du présent, J’ai toute une liste interminable de conflits,
provoqués par la bêtise humaine : Guerres en Irak, en
Tchétchénie, en Syrie, en Palestine, en Libye, en Afghanistan,
en Ukraine et j’en passe, Quand je me lève le matin, j’aime
observer le lever du soleil, magnifique par beau temps. Les
rayons qui apparaissent progressivement et qui flamboient
doucement au contact de l’azur et de l’air illuminé,
m’émerveillent et me laissent admiratif. Ce spectacle de la
nature me paraît un don ineffable et irremplaçable, Je sens et
je devine au loin, notamment au printemps, la sève des
plantes en train de monter à partir de leurs racines et les
chants des oiseaux s’élever vers le ciel. Les fleurs
s’épanouissent et toute une gamme de bruits et de sons
sortent des tréfonds de la terre et donnent une harmonie
particulière à tout cet ensemble réglé comme une horloge
aux réserves inépuisables. Et en mon for intérieur, je ne
cesse de me poser la question suivante : Pourquoi les gens et
plus particulièrement les dirigeants de tous les pays de la
planète, au lieu de faire la guerre et de faire preuve d’un
bellicisme outrageant, ne prennent pas la peine de se
réveiller tôt le matin et de regarder les yeux ouverts et le
coeur empli de sollicitude envers le créateur de tant de
beauté. D’apprécier à sa juste valeur, la paix et la sérénité se
dégageant de tant de force tranquille, et apaisante, Je suis
sûr qu’à ce contact loin d’être superficiel, ils verront la vie
d’une autre manière. S’ils veulent vraiment mieux réfléchir, ils
constateront que ces visions sont irremplaçables, Et qu’au
lieu de passer leur temps à créer des prétextes pour s’entretuer,
ils feraient mieux de contempler le ciel, les étoiles, la
mer, la terre et la limpidité de l’atmosphère, quand le soleil
apparaît à l’horizon. Il n’y a rien de comparable. Dans des cas
pareils, on ne demande qu’à s’étendre sur l’herbe, rester au
bord d’une plage pour entendre le bruit des vagues ou
monter au sommet d’une montagne afin d’avoir des vues
splendides sur les plaines qui se déroulent à nos pieds. On
voudrait aussi s’asseoir parmi les fleurs printanières, dans
une verte prairie, sous un arbre aux feuillages épais, pour lire
et mieux savourer le contenu d’un roman à l’intrigue
fascinante. N’est-ce pas que cette évasion de l’esprit vers
des mondes imaginés suscitant l’émotion à chaque page, et
nous transportant vers des rêves vécus comme une réalité
moins routinière et moins morose, nous anime de
sentiments d’espoir et de détente profonde ? N’est-ce pas
que lire est un moyen d’entrer dans un autre monde que le
sien ? Il en découle parfois des souvenirs bien ancrés dans
notre mémoire remise en éveil. À part ces réflexions
philosophiques et un peu romantiques, il existe parfois des
situations exceptionnelles avec un côté inconnu qui suscite la
curiosité et l’intérêt, comme ceux soulevés par la lecture d’un
ouvrage à multiples rebondissements.
Mais certaines vocations démarrent très tôt. La mienne,
c’est-à-dire de rêver tout en faisant des études, m’a été
inculquée, dans ma prime jeunesse, aussi bien par mon
tempérament, que par mon milieu familial et scolaire. Je
n’avais pas beaucoup fréquenté la rue, à part quelques amis
et camarades de classe. On peut dire que mon caractère
timide et ma propension à m’isoler n’est pas du tout un rejet
de la société des hommes. Bien au contraire, cette envie de
toujours rester à l’écart traduit tout simplement mon désir
de me plonger dans mes pensées sans trop être perturbé par
l’environnement. Dès l’âge de sept ans, ce fut une
caractéristique permanente de mes attitudes vis-à-vis de
moi-même et vis-à-vis d’autrui.
À l’époque, c’était surtout pour moi une façon de montrer
à mes parents et à mes grands-parents ma stabilité
personnelle, une volonté de perpétuer notre réputation
d’êtres paisibles et sans histoire. Cela ne veut pas dire que
nous étions insensibles à ce qui se passait autour de nous.
Surtout depuis le 1er novembre 1954 et le début de la
guerre en Algérie. Je voyais bien que mes parents étaient
profondément empreints de « nationalisme ». Sans être antifrançais,
puisqu’ils s’étaient nourris de culture française, ils
visaient à se débarrasser du statut d’indigènes qui collait à la
peau de la majorité des Algériens, En ce qui me concerne,
dès mon jeune âge, mon comportement conforme à la
devise « Liberté, égalité, fraternité » était aussi peut-être le
reflet inconscient de l’amour que je portais à mon père et à
mon grand-père, dont je cherchais à susciter la fierté, en me
montrant digne de leur affection et de leur sollicitude à mon
égard. J’étais toujours déterminé et passionné à l’idée de
leur plaire dans toutes les situations qui se présentaient à
moi. Notamment, mon grand-père qui m’a transmis l’amour
du terroir.

Souvenirs archivés.

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Souvenirs archivés.


 

Un appel vocal, c’était bizarre, qui pouvait bien utiliser ce matos obsolète ? Le soldat a levé la tête.

— Commandant, vous devez savoir quoi faire ?

Sous-entendu, « vu ton âge, vieux schnock ». J’ai touché le symbole, un bocal à cornichons au couvercle hypertrophié, puis ledit couvercle s’est soulevé, se transformant en carré flanqué d’un trapèze. Un haut-parleur. Le soldat est retourné à ses diagrammes.

— Qui appelle ?

— Patrick, tu reconnais ma voix ?

— Non…

— Le bourreau s’est lavé les mains de notre sang, les pavés ont quitté la barricade en rang…

— Je… Juliette ?

— Oui, ces années t’ont-elles paru longues ?

— J’ai été assez occupé…

— Je sais. Demain, tu auras un compagnon.

— Ça m’étonnerait.

— Ou après-demain, peu importe, mais tu l’auras. Il ne doit pas s’approcher de l’objet, il ne doit pas pouvoir le toucher. Tue-le s’il le faut.

— Qu’est-ce que c’est que ce délire ? Comment as-tu fait pour appeler ici ?

— Tu as besoin d’une justification ?

— Oui, et d’une bonne, Juliette.

— S’il ouvre l’objet, et il devrait pouvoir le faire, ce sera la fin de l’humanité. Il n’y a pas de meilleure justification.

— Désolé, elle est insuffisante.

— Tu as oublié qui je suis, Patrick. Tu as oublié ce que je suis. Fais un effort, rassemble tes souve…

J’ai coupé la communication d’un geste brusque. Le soldat a levé la tête.

— Commandant, je dois faire un rapport…

— Allez-y. Je crois que cette femme est folle. Appelez d’abord Mikowski, j’ai besoin de précisions sur mes souvenirs.

 

* * *

 

La forêt était claire, malgré le ciel noir et bas. Pas vraiment lumineuse, mais claire, simplement claire. Bien sûr, l’absence du feuillage y était pour beaucoup, mais c’était surtout la proximité du cratère. L’air avait une transparence absolue, comme après une averse. Le bord était tout proche, maintenant, et le grésillement du compteur alpha n’allait pas tarder à se faire entendre. Aujourd’hui, je n’étais pas seul, comme Juliette me l’avait annoncé. Une fille tarabustait les gros bonnets de l’armée depuis huit jours, la rumeur faisait d’elle une parente quelconque et variable d’un membre du parlement, ou bien la patronne de la TransMedia. Efficace, car elle était derrière moi, dans un scaphandre répéteur.

 

J’étais prêt à partir quand l’ordre est venu.

— Ici Contrôle. Avancez de cinq mètres et attendez sur place. Quatre minutes. On vous colle un rép. C’est Mademoiselle Qwant du S.E.T.

— Reçu Contrôle.

Le tout puissant S E T. Agissant partout, inactif nulle part. Le Saint Espace Terrestre avait phagocyté l’immense majorité des églises et des sectes depuis près d’un siècle. Rien ne s’opposait à sa volonté, partout dans le monde, on voyait arriver ses dignitaires muets, imposant leurs chasubles rouges dès qu’une décision était en cause. Elle était inévitablement prise dans un certain sens, depuis des années, sur un geste, sur une inclinaison de tête, sans qu’une parole ne soit prononcée.

— Ici Contrôle, duplex établi et sécurisé, vous pouvez vous parler.

— Bonjour Commandeur…

La voix était agréable, celle d’une femme plus toute jeune, en train de faire ce qu’elle pouvait pour entrer dans le rép. Il faudrait peut-être plus de quatre minutes.

— C’est Commandant. Bonjour mademoiselle Qwant.

— Pardon, oui, je… j’arrive au plus vite.

Je ne la voyais pas mais j’entendais son souffle court dans le circuit de com. Finalement, elle s’était bien débrouillée, elle était arrivée à l’heure dite. Le rép jouait le culbuto dans mon dos, tentant de se synchroniser sans me percuter.

— Ne vous crispez pas, mademoiselle, laissez-vous porter.

— Merde ! Pardon, je ne voulais pas…

Ce n’était pas simple de se faire balader dans un rép. Chacun avait sa façon de marcher personnelle, évidemment, et les mouvements du meneur étaient souvent différents des siens propres. On s’épuisait facilement à essayer de rectifier l’équilibre d’une demi-tonne en marche.

 

Les premières particules radioactives ont excité les détecteurs.

— Nous entrons dans la zone dangereuse. Pause.

J’ai vérifié l’étanchéité des deux scaphandres. Le rép était en télécommande complète. Ce serait facile, une fois tout près de notre but, au cœur du champ radioactif le plus dense que l’environnement terrestre ait jamais connu. Il me suffirait d’ouvrir la purge du joint tournant, ou celle de l’échangeur thermique. Adieu mademoiselle Qwant du S.E.T., un goût de sel dans la bouche, des étincelles devant les yeux, le temps de dire un mot, peut-être deux…

Ce serait rapide.

Mikowski a fait une erreur, il a laissé traîner le souvenir de la conversation d’hier, après le sondage approfondi, et ce souvenir me fait penser à des choses. Il faut que je le fasse supprimer, c’est préjudiciable à la mission. Mikowski n’a presque rien trouvé, malgré son intrusion dans ma mémoire. Un flirt ancien, une jeune femme exaltée, membre d’un obscur mouvement plus microscopique que subversif. Elle était pourtant présente dans mon inconscient sexuel. Mikowski a avoué que c’était rare, très rare, une telle hégémonie sur la libido, une emprise aussi nette. Il a dit qu’à son avis, je ne pouvais résister à aucune rousse aux yeux verts, même la plus repoussante, et qu’il devait donc faire un rapport. Comme si quelqu’un lisait les rapports de Mikowski…

— Commandant ?

La demoiselle était sans doute pressée d’arriver à l’objet.

— On y va.

— Ici Contrôle. Situation nominale.

J’ai accusé réception de l’avis de Contrôle. Le talus qui marquait le bord du cratère était échancré par nos multiples passages. À l’intérieur, la pente était quasiment verticale sur une vingtaine de mètres, puis la première des trois terrasses d’effondrement formait une brève surface horizontale.

En écartant les bras, comme si je voulais m’envoler, j’ai fait un pas en avant vers le vide, plantant les talons du scaphandre dans la terre et la caillasse pour ralentir la chute avant la plate-forme. Elle a crié, bien sûr, et les voyants d’alerte humidité du rép se sont allumés.

— Excusez-moi, j’aurais dû vous prévenir, mademoiselle. Je vais faire de même pour les deux autres terrasses, mais elles sont moins hautes. Ensuite, le terrain est plat jusqu’aux débris de la coque. Tout va bien ?

— Je m’en remettrai. Vous vous amusez bien ?

— Autant que vous.

Atteindre les débris de la coque nous a pris presque une demi-heure. J’avais baissé deux fois le niveau sonore du détecteur. Au-dessus de nous se dressaient d’énormes pétales noircis. Les restes du blindage qui avaient protégé l’objet pendant la traversée de l’atmosphère et lors de l’impact avec le sol.

Il était là, bien dégagé, maintenant, net et légèrement brillant malgré les nuages. En le regardant, je retrouvais l’impression de malaise de mon premier regard. Ovoïde, mesurant un mètre de haut, il portait des marques évoquant irrésistiblement une écriture hiératique, accessible aux seuls initiés.

 

— Commandant, l’autonomie, s’il vous plaît. Passez-moi les commandes de mon scaphandre.

— Oui, faites attention, mademoiselle, je garde le contrôle des fonctions principales.

Le rép m’a dépassé, en vacillant un peu. Elle parvenait à le manœuvrer avec hésitation, mais sans difficulté. Elle s’est penchée sur l’objet, en douceur, puis elle a tendu la main pour toucher les caractères, pas tout à fait au hasard. Il devenait évident qu’elle savait comment l’ouvrir…

— Non ! Attendez !

— Quel est votre problème, Commandant ?

— Quelque chose me revient en mémoire… pourquoi…

— Que voulez-vous savoir, commandant ?

— Pourquoi voulez-vous l’ouvrir ?

— Voyons, vous devriez l’avoir deviné, commandant.

J’avais oublié qui était Juliette, ou plutôt, ce qu’elle était, ce qui expliquait sa main mise sur ma libido. La découverte de Mikowski aurait dû m’alerter, m’obliger à réveiller par moi-même mes souvenirs, au lieu de les classer encore un peu plus profondément. Juliette régnait sur ma libido. Je n’avais pourtant pas cherché à en comprendre la raison, pendant l’entraînement à la perception mentale, pendant que j’apprenais à utiliser et à perfectionner ma propre capacité à capter les sensations, celles venant du scaphandre, artificielles, celles des autres personnes, organiques. La conversation d’hier, imparfaitement effacée, remettait au premier plan le souvenir de Juliette au lit, répondant à mes propres sensations. Juliette était une sensitive, comme moi, mais naturelle, instinctive, elle n’avait pas besoin d’entraînement, pas besoin de machine. Elle captait même des souvenirs de choses qui ne s’étaient pas encore produites. Juliette était, est toujours, je pense, une voyante… elle avait vu ce moment, et savait donc le but ultime et secret du S.E.T.

— Je dois…

— Oui ?

— Je dois vous tuer, mademoiselle.

J’ai cherché le tableau de commande des purges. Il m’était sorti de l’esprit. Le tableau de l’échangeur… l’échangeur… je ne le trouvais pas non plus.

Elle s’est relevée, s’est tournée vers moi.

— C’est inutile, Commandant.

 

Des yeux verts, une frange couleur de cuivre, je voyais son visage pour la première fois. Il n’était même pas repoussant.

— Pour quelques secondes, vous allez savoir, vous et ceux qui sont à portée de liaison. Je vous annonce que le Saint Espace n’est pas uniquement Terrestre.

 

Quelqu’un aurait dû lire les rapports de Mikowski…

 

 

 

 

Nördlingen, cratère du Ries, Allemagne,

samedi 21 juillet.

Tout est normal

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  • Tout est normal !

    Tout est normal ?

     

 

Prologue

Il y a des histoires qui commencent avec des il était une fois, d’autres par un meurtre qui lance une enquête. La mienne commence par une gifle. Une gifle lancée par mon compagnon et arrivée sur ma joue. Cette gifle provoqua une réaction en chaîne quelque peu imprévisible.

Laissez-moi me présenter, je suis Sophie Baumgartner. J’ai vingt-six ans, brune aux yeux noisette, pas grande, mais pas petite ! Je plafonne à un mètre soixante. Je suis la troisième d’une famille de quatre enfants.

Ma famille est une famille parfaite. Des parents mariés depuis quarante ans, trois filles et un fils. Les deux aînés mariés, avec enfant, maison et chien. Moi, fiancée et bientôt mariée, mais sans travail, puisque pour mon homme, fidèle aux mêmes croyances que ma famille, la place de la femme est à la maison. J’étais heureuse dans mon petit monde de certitudes, coincée entre une mère qui me trouvait pas assez ou trop selon l’occasion et un futur mari qui m’avait persuadée que sans lui, je n’étais plus rien.

Vous voyez où je veux en venir ? Bien sûr…

L’homme merveilleux, aimé de mes parents, avait décidé de partir travailler à l’étranger, emportant avec lui sa femme. Elle, pas réellement ravie, s’était occupée de vendre meubles, bibelots et autres choses en prévision du grand départ et de la nouvelle vie qu’il voulait mener. Trois jours avant le grand départ, elle avait peur, peur de quitter son nid douillet, peur de quitter ceux qu’elle aimait, peur de se retrouver seule loin de tout ce qu’elle connaissait, alors elle refusa de partir comme ça après plusieurs mois de préparation. Je vous fais grâce de la conversation qui en suivit, elle s’étira lamentable entre des : tu ne peux pas me faire ça et des : tu n’es qu’une idiote et se finit par LA gifle.

L’avantage quand on a prévu de partir, c’est que pour quitter son ex, il n’y a plus grand-chose à em­baller, à peine une valise. Fuyant chez mes parents, déjà au courant par un coup de téléphone, je fus reçue avec un « t’es contente de tout foutre en l’air à cause d’un petit mouvement d’humeur, enfin tu as, dieu merci, le temps de réfléchir à ta connerie ! » Merci maman !

Deux jours plus tard, je savais deux choses : que jamais je ne retournerai avec mon ex et qu’il fallait que je parte d’ici et vite. Mes options ? Pas de boulot, pas d’amis prêts à m’héberger, ben oui, ce sont les mêmes que les siens, mais un billet d’avion déjà payé et l’argent de mes études pas faites sur mon compte.

Ce vol, nous devions le prendre ensemble et à chaque nouvel arrivant, je tressaillais de peur. À vingt minutes de l’embarquement, il n’était toujours pas là et je recommençais à respirer. J’allais partir seule et loin et ne jamais revenir, bref, j’allais faire exactement ce qui m’avait fait si peur. La vie de rêve dans ce pays, prévue avec mon ex servirait à quelque chose après tout : à ma renaissance. Bien décidée à mettre le plus de distance entre cette vie et la suivante, je me sentais forte, enfin, j’avais la trouille, mais une formidable envie de me prouver que non, je n’étais ni stupide, ni moche, ni inca­pable et que le nouveau monde m’appartenait.

Sauf que, arrivée à New-York, assise sur ma valise au milieu de la foule, je n’en menais pas large. Quoi faire, maintenant ? Où aller ?

Avisant une agence de voyage, je décidais de laisser le hasard décider, je fermais les yeux, attrapais un prospectus, voilà où j’irais. Contente de moi, je rentrais dans l’agence en tendant le prospectus à la jolie blonde qui s’y trouvait. Le hasard se planta grave. La demoiselle derrière son ordinateur me dit avec un grand sourire :

–  Ah, Paris au printemps, c’est magnifique.

Mais non, non, pas Paris, pas l’Europe, quel con ce hasard ! Je me décomposais, à ma tête, elle avait compris que quelque chose n’allait pas, alors elle me demanda ce que j’avais, je fondis en larme et en bégayant. Je lui narrais mon histoire, en finissant par un : je veux du calme. Elle était parfaite, elle m’écouta sans rien dire en me fournissant en mouchoir. Puis elle me dit :

– Du calme, de la nature et loin de lui. C’est ça ?

Je fis oui de la tête.

– Hé, Mandy, tu avais été où en vacances l’année passée, tu sais ce bled perdu ?

Sa collègue ap­procha.

– C’est perdu, mais joli, il y a un lac, un endroit rêvé pour se reposer.

– Vendu ! Répondis-je avec un grand sourire entre mes larmes.

Il faut vraiment que j’apprenne à réfléchir avant de parler, vol avec deux escales, puis changement d’appareil, puis à nouveau une escale, un trajet presque aussi long que Paris-New-York, Youpi ! Perdue, j’allais l’être et mon enthousiasme disparaissait à mesure que mes heures de vols augmen­taient. J’étais en fuite, avouons-le. J’allais, je ne savais pas où. Je n’avais rien à y faire.

Je devais trouver une idée ! Il me fallait un plan !

Le formidable pourquoi pas tu peux le faire c’était transformé en mais pourquoi l’as tu fait, puis en t’es qu’une idiote dès que j’ai posé un pied dans le minuscule avion douze places qui devait m’emme­ner dans un bled dont je ne suis pas capable de retenir le nom, coincée entre des marchandises di­verses et variées ou, à l’odeur, pas loin d’être avariées. Ben oui, agir avant de penser, ça pose par­fois des petits soucis surtout lorsqu’on ne l’a jamais fait.

Le fameux plan que je n’avais pas trouvé depuis, c’est le passager à côté de moi qui m’en donna l’idée. Il m’avait assommé de questions sur qui, où, quoi, comment, etc. Devant mes réponses pas claires, il en avait conclu que je cherchais une maison à acheter pour les vacances et pourquoi pas ?

Je cogitais dur, point un, acheter une maison, ce qui m’éviterait de faire demi-tour aux premières difficultés, du moins je voyais ça comme ça. Point deux, trouver du travail, dans une région touris­tique, je devrais m’en sortir. Point trois… Je n’avais pas de point trois, mon plan n’allait pas loin. Il avait juste l’avantage d’exister. Un peu… Voilà, un début, un presque rien, mais un peu.

Je profitais de la dernière escale, hé oui, encore une, pour faire ma recherche. Je tombais sur une an­nonce : Une maison à vendre avec travaux, cuisine, salon-salle à manger et une grande salle de bain au rez, trois chambres à l’étage, pas chère, loin d’être neuve et, d’après les photos, abandonnée depuis des années. Cette petite maison me semblait parfaite si j’évitais de penser à la somme incroyable de travaux qu’il faudrait pour juste la rendre habitable et je ne parle pas de confortable…

Bref, dans un élan de fol optimisme, j’avais appelé l’agence qui la vendait, baragouiné comme je pouvais mon intérêt et fixé un rendez-vous de visite. C’est emplie de fierté que je remontais dans le coucou volant qui allait m’amener vers mon coup de cœur.

J’étais épuisée, je sentais aussi mauvais que le carton qui restait à livrer et avec mes cernes sous les yeux, je devais ressembler à un panda sous calmant.

Voilà comment j’arrivais dans ma première nouvelle vie. Vous m’y suivez ?

Chapitre 1

En descendant de l’avion, j’étais super fière de moi ! Là, sur le banc devant la piste du mini aéroport, je doutais et plus j’attendais la voiture que j’avais cru comprendre que l’on m’envoyait, plus je paniquais. Pas une petite panique commune à tous, non, une vraie, immense, intense, explosive, dévastatrice, panique me lais­sant là, incapable de réfléchir et faisait tourner en boucle dans ma tête des scénarios catastrophes des plus terrifiantes.

J’ai une grande imagination. ce qui n’est dans ces moments-là, pas une qualité, croyez-moi, entre on m’a oublié et je vais me faire attaquer par un tueur en série ou un ours affamé, un loup peut-être ? D’ailleurs ce corbeau me regardait d’une drôle de manière, non ? Mon esprit s’amusait à me voir mourir de mille manières plus gores les unes que les autres. Ça a duré des heures soit 10 min que l’on se fie à mon esprit ou à mon téléphone qui ne sont pas du tout d’accord entre eux.

Au moment où une jolie brune souriante s’avança enfin vers moi en me tendant la main, un immense sou­rire aux lèvres, mon cerveau quitta mes talons où il se planquait et se remit à fonctionner, ouf !

– Bonjour. me dit-elle, en français !

Je la fixais hébétée, mais ravie, j’étais sauvée de l’ours, du loup, du corbeau et du tueur psychopathe qui m’avaient tous menacée !

– Je suis Ada, continua-t-elle, votre accent m’a soufflé que vous étiez de langue française.

– Bonjour, euh oui, enfin, je suis pas française enfin, mais oui, je parle enfin, c’est sympa que vous, enfin, c’est éton­nant, mais je, Sophie, enfin ravie, je suis.

Et au milieu de ce cafouillis verbal empli d’enfin, je lui tendis ma main en souriant.

– Sophie ? C’est ça ? Bienvenue ! Je ne vous ai pas trop fait attendre ?

Elle était plus grande que moi d’au moins une tête, pas difficile, je vous rappelle que je culmine à 1,60 m, non je ne suis pas petite, fine avec des yeux bruns pétillants qui illuminaient un visage un peu trop allongé, encadré d’une cas­cade brune tombant dans son dos et vêtue d’un petit tailleur pantalon bleu. Elle avait tout de la femme d’affaires et elle me détaillait curieuse, à côté d’elle, je devais ressembler à une sans-abri, avec mes poches sous les yeux, mon pantalon noir et mon t-shirt froissé.

– Désolée, bonjour Ada, je suis Sophie, je parle français et je suis vraiment ravie de vous rencon­trer ! Vous ne pouvez pas savoir à quel point !

J’avais réussi à faire des phrases sans bafouiller et sans trop me sentir idiote. Je lui souriais à pré­sent et me sentais sauvée.

– Je m’en doutais, pouffa-t-elle. Mais, ici, on dit, tu ! Viens, nous avons encore un bout de route avant la ville et je veux tout savoir de ce qui t’amène ici. Nous discuterons dans ma voiture.

Elle attrapa ma valise d’une main, la balança dans la voiture et fit le tour pour se mettre au volant, avant de s’inquiéter.

– Tu n’as rien d’autre ? Tes bagages arrivent plus tard ?

– Rien d’autre ! Juste moi !

Elle me fixa un instant, troublée et dit :

– Nouveau départ ?

– Oui !

Je la fixais fièrement, oui, nouveau départ et rien de mon passé ne devait avoir de place ici. J’étais fermement décidée à tirer un trait sur la gentille, timide et effacée Sophie.

– Alors tu as choisi le bon coin ! Tu verras, la ville est sympa, un peu perdu hors saison, mais on s’y sent bien.

– Pas grave, là tout ce que je veux, c’est du calme et du temps pour moi.

Elle rit de bon cœur et me fit un clin d’œil.

– Ce n’est pas avec les animations du coin que tu vas être débordée ! Je comprends mieux ton choix cette maison est en dehors de la ville, cinq kilomètres, ce n’est pas le meilleur moyen pour s’intégrer, mais si tu cherches le calme, tu vas le trouver. Bien que je pense que pour le début, tu devrais t’installer plus près du centre.

– Comment ça la maison, tu n’es pas envoyée par l’agence de tourisme ?

– Oui, mais je m’occupe aussi d’immobilier et d’autre chose. Je t’y conduirai demain et j’ai d’autres maisons à te montrer, tu sais. Pour le moment, je vais te déposer à l’hôtel, en ville, tu as réservé pour une semaine. Il faut bien ça pour s’habituer. Tu verras que c’est calme en cette saison.

Calée dans mon siège, je me laissais bercer par les paroles d’Ada qui me décrivait la petite ville, les coins à voir et que connaître pour m’y sentir chez moi. Elle insistait sur la froideur relative des habi­tants, peu enclin à faire confiance au premier regard, beaucoup arrivaient ici, pour ne pas rester, mais si je tenais bon, au moins une année, je verrais le changement dans leur comportement. Je lui parlais des raisons qui m’avaient amenée ici que du très banal finis-je par dire. Elle fit non de la tête et se lança dans un discours sur le courage de changer. Elle était d’une curiosité incroyable et d’une gentillesse intrigante pour la nouvelle arrivée que j’étais.

Je me sentais bien là, dans ce pick-up défoncé à écouter une parfaite inconnue me parler comme si nous étions de vieilles amies, démentant en même temps ces dires sur la froideur des gens du coin.

Puis elle me parla de la maison longtemps, sérieusement comme si elle tentait de me faire changer d’avis, trop loin, perdu dans les bois, difficile pour quelqu’un comme moi, elle insistait sur les his­toires de fantômes qui s’y rattachaient, de la difficulté des travaux, tellement que je finis par lui de­mander si elle souhaitait la vendre ou pas.

Elle me fixa et me dit :

– Ce n’est pas ça, mais il y a déjà eu quatre propriétaires et ils ne sont pas restés et j’ai envie que tu restes, au moins un peu, ce n’est pas souvent que je peux parler français et cela me manque, c’est ma langue maternelle et puis, la maison est vraiment loin de tout et en mauvais état, il faut bien le reconnaître, plein de travaux commencés et jamais finis. J’en ai d’autres à te montrer, tu sais, plus proche de la ville, mais quand même un peu perdu. Ce serait peut-être mieux ? J’ai bien compris que tu étais arrivée ici un peu par hasard et pour changer de vie, ce n’est pas tou­jours facile, alors pourquoi commencer par une maison si loin ? Tu pourrais t’installer en ville et voire comment tu t’y sens avant de t’isoler autant. Il n’y a pas d’urgence à acheter quelque chose, ce n’est pas ici que tu risques de perdre une maison si tu ne l’achètes pas tout de suite, gri­maça-t-elle. C’est tellement calme que la vente n’est qu’un passe-temps, je suis guide en mon­tagne le reste du temps et les locations se font par l’office de tourisme. Alors je peux te pro­mettre que même dans un an, la maison sera toujours là, si tu y tiens.

Que dire ? Que m’isoler était justement ce que je voulais, disparaître et prendre le temps de savoir qui j’étais puis m’intégrer, mais pas dans l’immédiat. J’aimais l’idée de vivre loin de tout, sans personne, sauf mon café ! Oui, parce qu’entre mon café et moi l’histoire d’amour était totale et éternelle. Voilà, une vie simple sans personne pour me prendre la tête, me juger, me blesser, me gou­verner. Devenir moi était le but de cette aventure, pas devenir membre émérite de la communauté.

– C’est ce que je souhaite, la ville, tu sais, je n’aime pas, trop de monde et de bruit pour moi. Je cherche le calme. J’en ai besoin là.

Elle rit franchement, un bon moment puis me montra la ville en question qui apparaissait entre les sapins. Ok, elle ressemblait plus à un gros village perdu dans la montagne qu’à une métropole, pas un seul bâtiment de plus de trois étages, une grande rue longeant le lac et des parcs, partout, beau­coup comme si la nature avait bien voulu céder quelques morceaux de terre de-ci de-là pour une mai­son, mais n’avait pas voulu abandonner le lieu.

Je me mis à rire aussi.

– Ce n’est pas tout à fait la ville que j’attendais, je le reconnais. Alors, je verrai ces maisons que tu as en réserve, mais pas au centre, on est bien d’accord ?

– Promis, tu verras, il y a le choix. Pour ces prochains jours, tu devras t’y faire, l’hôtel est sur la grande rue. Mais, je t’assure que ce sera calme, nous ne sommes pas en saison.

– Saison de quoi ?

– Ski et randonnée, deux des activités possibles ici, il y a aussi un peu de chasse.

Elle haussa les épaules et grimaça en le disant.

– Mais c’est plus loin, les chasseurs ne font qu’une halte ici. Tu sais skier ?

Là, j’éclatais de rire.

– Non, pourtant je viens d’une région de montagne pleine de station, mais je n’ai jamais appris. Par contre, le ski de fond ou les raquettes, oui.

Elle me fixa et se mit à rire.

– Alors tu pourras en faire sans aller plus loin, en hiver ce n’est pas la neige qui manque ici.

C’est de joyeuse humeur que je débarquais devant la façade fatiguée de l’hôtel : le royal ! Qui de­vait avoir été royal quelques siècles plus tôt. L’hôtel comme la ville semblait figé dans le passé, loin de nos temps modernes et j’en étais ravie.

La porte de la voiture juste claquée, une femme, la soixantaine, à l’allure de grand-mère, attrapa ma valise, faisant signe de la main à Ada qui me criait à demain en agitant la main.

– Bonjour, petite, contente de voir une amie de notre Ada, viens, je t’ai préparé notre meilleure chambre, je vais te monter un plateau, comme ça tu pourras te reposer tranquillement, le voyage à dû être long. Ah, la France, Ada s’en ennuie parfois, mais c’est bien si ses amies se décident à venir la voir, depuis le temps. Elle nous a dit que tu pensais à venir vivre ici, toi aussi, ce serait bien pour elle, les Européens ne réagissent pas toujours comme nous, mais tu t’y feras, elle va t’aider ce sera plus simple pour toi, voilà nous y sommes, ne t’inquiète de rien, repose-toi, le pe­tit déjeuner est servi à sept heures. Je reviens tout de suite avec de quoi manger. J’espère que tu aimes les patates douces, ma petite.

Noyée, j’étais noyée par un flot ininterrompu de paroles, lancés avec gentillesse, mais sans pause par une dame qui avait dû comprendre de travers les paroles d’Ada ou alors c’est que mon anglais était encore pire que je le pensais.

Dans le doute, je ne disais rien, souriante et hochant de la tête dès qu’elle reprenait sa respiration, j’espérai qu’elle ne verra là qu’une nana fatiguée et pas une idiote incapable de parler.

Elle m’abandonna dans une jolie chambre avec grand lit en plein centre, une table coincée sous la fenêtre et deux chaises. Une petite salle de bain sur le côté me faisait de l’œil et je cédais à son appel, ravie d’y découvrir une baignoire.

Alors que l’eau coulait, la porte s’ouvrit sans que personne frappe et la dame dont j’ignorais toujours le nom, les bras chargés d’un plateau, pointa son nez. Elle le posa sur la table près de la fenêtre, mit ses mains sur ses hanches, me fixa, sourit et disparu.

Voilà, je restais bête un instant, des gens froids ? Il devait y avoir erreur. J’avais l’impression d’être tombée dans la maison d’une lointaine cousine qui était ravie d’avoir de la compagnie et je crai­gnais qu’un interrogatoire en ordre arrive avec le petit déjeuner, voire que faire la vaisselle soit com­prise dans le lot, comme chez tata.

Pour le moment, mon estomac remit mon cerveau en marche et c’est décidé que je transportais le plateau dans la salle de bains où je m’installais dans la baignoire, le calant entre elle et le lavabo. Une heure plus tard, je me traînais mollement de la baignoire au lit et ne vis plus rien du reste de cette étrange journée.

L’interrogatoire redouté n’a pas eu lieu, je n’avais croisé personne, strictement personne. Une table était prête, oui parce qu’il n’y avait que ma table de mise, un couvert et un petit déjeuner gardé au chaud, voilà, c’est tout. Moi, les tables, les chaises et le mur, et rien d’autre. Je mangeais, remontais dans ma chambre et quant à huit heures Ada y frappa, j’étais à deux doigts de l’embrasser, tellement je ne sa­vais pas quoi faire.

Toujours en tailleur bleu, mais celui-ci bleu foncé, les cheveux attachés dans une queue de cheval serrée, il n’y avait que ces yeux pétillants de malice qui venaient contredire le sérieux qu’elle affichait.

À peine un bonjour lancé, elle m’attrapait le bras et me poussait vers la sortie.

– On a beaucoup de choses à voir, j’ai plusieurs maisons à te montrer. Tu vas voir, elles sont parfaites comme tu voulais des travaux tu as vraiment le choix, ce n’est pas la demande la plus cou­rante.

Une ville à cyclone, voilà où j’étais tombée. Hop, elles apparaissent, emportaient mon cerveau et boum, le vent retombait et je ne comprenais plus rien ni où j’étais.

– Euh, bonjour, oui, chouette. Si tu veux.

Elle pilla net devant la porte de l’hôtel et me regarda.

– Oh, pardon, je suis parfois trop enthousiaste. Je m’emballe d’un coup et j’oublie que me suivre n’est pas facile. On me le reproche tout le temps. Je pense trop vite et j’oublie de parler du coup, on ne sait pas où je vais, mon oncle s’en plaint tout le temps.

Elle avait l’air si désolée que je ris franchement.

– Me voilà prévenue, nous allons donc voire ces fameuses maisons avec travaux et ensuite celle dans les bois ?

– Oui, celle dans les bois, uniquement si tu n’as pas trouvé ton bonheur avant, tu sais garde l’esprit ouvert et puis tu n’es pas pressée, l’hôtel est vide en cette saison, donc tu peux garder ta chambre un moment. Mona te fera un prix, j’en suis sûr.

– Mona ?

– Oui, la patronne. Elle t’a accueilli hier.

Je fis une grimace en y repensant.

– Elle m’a attrapé, poussé dans l’escalier jusqu’à ma chambre en me sous-entendant que tes amies t’avaient laissée tomber et m’a planté là. Oh, elle m’a aussi amené à manger, mais a dû oublier les présentations, tu n’es pas la seule tornade du coin.

Ada, rougit, mais vraiment, elle devient écarlate, je sentais la chaleur qui se dégageait de ses joues. Elle baissa les yeux en marmonnant :

– J’ai trouvé plus simple de dire que je te connaissais. On est hors saison et Mona t’aurait fait crouler sous ses questions et c’est aussi plus simple pour ache­ter, les prix seront plus bas pour une amie que pour un touriste, alors je me suis permise…

Je comprenais, une amie, on l’accueille, une étrangère non, ce serait plus simple pour moi de me faire accepter en ville. Ce qui était gentil de sa part, mais je ne comprenais pas pourquoi cette fille tenait tant à ce que je reste.

– Pourquoi fais-tu ça pour moi ? On ne se connaît pas. Pourquoi tiens-tu tant à ce que je reste ?

– Tu sais, souffle-t-elle en regardant au loin. Je suis arrivée il y a seize ans, j’avais quatorze ans et la men­talité entre l’Europe et ici, je t’assure, c’est vraiment différent, j’ai eu du mal à m’y faire et puis parler français me manque réellement, j’ai l’impression de le perdre chaque année un peu plus et avec lui, ce sont des souvenirs qui partent.

Elle baissa la tête et regarda ses pieds.

– À ce point-là différent ? En quoi ? Et, si tu n’aimes pas la vie ici pourquoi es-tu restée ?

– Je n’ai pas dit que ça ne me plaisait pas, j’aime la vie ici. Juste que je ne me suis pas fait de vraies amies. Lorsque j’ai perdu mes parents, je suis venue vivre chez mon oncle, ma seule fa­mille. Il n’était pas prêt à s’occuper d’une ado de la ville. Elle rit doucement. Pauvre tonton, je lui en ai fait voir. Mon oncle n’est pas très sociable, il vivait loin de la ville et y a déménagé à mon arrivée. Les choses n’ont pas été simples. Je n’ai rien fait pour les rendre faciles. J’en suis consciente.

Il a vieilli et c’est vraiment ma seule famille. Je n’ai pas envie de partir loin de lui, même si depuis quelques années, il est retourné à sa cabane et moi, je suis restée en ville. Je me sens chez moi ici, mais avoir une amie avec qui partager me manque. J’aurais pu m’en faire, mais mes premières an­nées, tu sais, je n’ai pas été sympa et même pire. J’avais du mal à accepter d’avoir dû tout quitter et je l’ai fait payer à tous ceux qui m’approchaient.

Elle leva les yeux au ciel, ils s’étaient assombris alors qu’elle parlait.

– Bref, je ne me suis pas faite d’amies, alors, je me suis dit…

– Pourquoi pas la débile qui débarque dont ne sait où et sans savoir où elle met les pieds ?

– Non, tu n’es pas…

je l’interrompis en riant.

– Je rigole, mais je te comprends. Je pensais avoir des amis et ils m’ont laissé tomber, ce n’était pas réellement des amis. Alors, je peux comprendre. En plus, tu parles français, c’est un atout ma­jeur pour moi, une vraie chance en fait.

Je lui souris, elle me sourit en retour en me tendant la main elle dit :

– Salut, je suis Adeline Chérine, mes amis m’appellent Ada.

Je lui serrais la main.

– Salut, je suis Sophie Baumgartner et je t’interdis de m’appeler Soso…

Une poigne de main franche cella notre pacte. J’avais une amie apparue comme par magie alors que je pensais im­possible de m’en refaire une dans cette nouvelle vie. Une petite voix me souffla qu’il y avait certainement une arnaque là-dessous, j’y penserai plus tard pour le moment j’appréciais de connaître quelqu’un dans ma nouvelle vie.

Chapitre 2

Elle tint parole et me fit visiter, six maisons, toutes charmantes du même modèle que celle qui m’avait amené ici. Pas très grandes, deux étages, chauffage au bois et des travaux, beaucoup de tra­vaux, pour toutes.

Mais je ne craquais pas, il me manquait à chaque fois un quelque chose, un je ne sais quoi, rien n’y faisait, pas de coup de cœur pour elles. Dépitée, ma nouvelle amie finit par m’amener à ma maison.

Oui, ma maison, sans aucun doute possible, j’en étais tombée amoureuse sur la photo de l’annonce et ce sentiment devint une évidence quand je la vis et l’avoir à moi devint urgent.

Perdue, elle l’était, en mauvais état moyennement, les anciens propriétaires avaient commencé les travaux, mais rien n’était fini. Le toit perdait ses tuiles, les volets qui restaient pendaient et servaient de perchoirs aux corbeaux, la peinture n’avait de blanc que le souvenir.

Pour ouvrir la porte, il fallut à Ada un grand coup d’épaule et le grincement qui suivit me fit rire. Le salon était rempli de matériel et il était impossible d’en voir la taille, la cuisine datait de l’époque des fourneaux à bois et les chambres, seules pièces à peu près finies, étaient remplies de toiles d’araignée, seules habitantes du coin depuis longtemps. La maison était sur une petite butte dégagée, entourée d’arbres, cachée de la ville, probablement hantée insistait Ada.

Ok, une vieille maison de bois dans les bois, hantée, me faisait de l’œil et je craquais. Je la voulais ! Et, je la voulais maintenant, pas dans une année. Elle, pas une autre.

C’est une Ada soupirante qui me ramena en ville. Elle bouda jusqu’à ce que je lui dise :

– Boude pas, là au moins, tu as une excuse pour rester dormir, trop loin pour rentrer de nuit pour les jeunes filles sages que nous sommes.

Elle sourit, hocha la tête et rajouta :

– Et personne pour savoir à quelle heure et dans quel état on s’est couché…

J’éclatais de rire. Fin de la bouderie, début d’un concours de bêtises sur la curiosité des gens des petites villes et de comment éviter de se faire pincer quand on est un jeune du coin. C’est riant comme des petites filles que nous arrivions en ville, elle me traîna à son bureau où son chef, un gros type en tenu de chasse, me salua à peine d’un yo avant de replonger son nez dans son ordinateur. Elle me fit m’asseoir dans un joli canapé qui semblait s’être égaré dans un coin de la pièce et prit les documents de vente sur le second bureau. Elle les avait préparés au cas où, me dit-elle.

– Tu es vraiment sûr ? Tu ne veux pas y réfléchir encore ? Me redemanda-t-elle.

– Oui, je suis sûre, arrête maintenant sinon je t’engage pour les travaux !

La voix de son patron sonna dans la pièce.

– Parlez pas français ici, je veux pas qu’on vienne me dire que je suis un escroc qui profite des touristes.

– C’est pas une touriste, boss, répondit Ada, C’est une de mes amies qui vient s’installer ici. Elle loue pas, elle achète.

La tête du boss sorti de derrière l’écran.

– Elle achète ?

– Oui, et cash !

– Oh, mais le contrat est en anglais, pas dans sa langue.

– Je sais, mais elle parle aussi anglais, elle manque juste de pratique, pour ses débuts, c’est plus simple si je traduis.

– Ok, mais elle achète quoi ?

Elle me fixa et me demanda en anglais cette fois :

– Tu es sûr, vraiment ?

– Oui, dis-je, ou plutôt yes…

Le regard de son boss allait d’elle à moi, ses sourcils froncés, tentant de comprendre l’hésitation d’Ada.

– Elle veut laquelle ? Redemanda-t-il.

– La maison hantée, grimaça Ada.

– Ah, celle-là, tu lui as raconté ?

– Oui, enfin elle n’y croit pas, j’ai pourtant essayé.

– C’est ton amie, ton problème. Faites un tour à la bibliothèque avant la vente, ça pourrait lui faire changer d’avis.

Elle fit oui de la tête et même si j’insistais pour signer tout de suite, elle me proposa de prendre un peu de temps avant.

– Tu sais, il te faut une voiture et chiffrer les travaux et leur durée. Tu pourrais louer quelque chose en attendant et puis il faut tout commander, ici il n’y a pas beaucoup de magasins alors, tu vois…

Ce que je voyais surtout, c’est le manque d’entrain qui ressortait, le sien et celui de son boss, sans que je puisse voir en quoi cette maison était un monstre. Pour moi, ce n’était que croyances et médisances. La maison isolée pouvait sans aucun doute prêter à ce genre de légendes urbaines. Si fantômes il y avait, j’étais prête à leur tenir tête et à les virer de là parce que cette maison, je la voulais. Mais, je pouvais attendre encore un peu, je n’étais pas à un jour près et il me fallait recon­naître que oui, j’avais besoin d’une voiture, de quelqu’un qui me montre où tout acheter, du clou au lit. Donc en attendant, je pouvais prendre le temps de visiter la bibliothèque et les magasins du coin.

– Bon, d’accord, finis-je par dire en me levant du canapé. Tu as gagné. Allons voir cette biblio­thèque.

– Super !

Fut la seule réponse que j’eus et elle me poussa dehors en lançant un à demain à son boss. L’avantage des petites villes, c’est que tout est proche. Trois immeubles plus loin se trouvait l’école qui cachait une bibliothèque incroyable, une merveille, vraiment. La bibliothécaire d’une quaran­taine d’années, était blonde plus petites que moi avec des yeux verts à tomber. Une véritable poupée qui ne correspondait pas réellement à l’idée que l’on se fait de la bibliothécaire vieille fille et coincée. La petite dame discutait avec un homme grand, pâle et presque chauve. Ada me précisa que Flo tenait depuis peu la bibliothèque et que James, le vieil homme, était l’ancien bibliothécaire et lui correspondait à l’idée que l’on se fait d’un bibliothécaire, vieux, sérieux et peu souriant.

Ils discutaient en chuchotant, penchés sur un livre. Ils levèrent la tête en même temps et Ada se transforma d’un coup en petite fille gênée, au seul regard du vieux monsieur, ça me fit sourire. Flo vint vers nous et me fixa étonnée.

– Bonjour, dis-je.

– Bonjour, répondit-elle et elle ne dit plus rien d’autre.

Ada demanda timidement si je pouvais consulter les archives des journaux de la région à quoi un pourquoi et un haussement de sourcils lui répondirent.

– Je m’intéresse à la maison hantée !

Deux yeux glaciaux me fixèrent.

– Vous croyez à ses bêtises ?

Le ton était sec, agacé et elle ne me regardait plus, mais fixait Ada.

– Non, mais on m’a conseillé de me renseigner avant de l’acheter.

– Bien, les yeux verts pivotèrent vers moi, je comprends, vous savez les gens d’ici ont leurs lé­gendes.

– Je n’en doute pas, fis-je avec un petit sourire. Pourtant, j’avoue que connaître le passé de la maison serait un plus, si je trouvais des plans…

– Impossible, me coupa-t-elle, dans les coins les plans…

Son regard était interrogateur, bon sang, on pouvait lire dans ses yeux la moindre de ses émotions.

C’était troublant. Elle me fit signe de la suivre. La salle des archives, comme toute bonne salle d’ar­chive, était au fond, tout au fond, remplie d’armoires en métal avec une table au centre, le tout sentait la pous­sière, normal.

– Nous n’avons rien sur informatique, dit-elle, du moins rien de récent. James n’était pas…

La phrase laissée en suspens comme si personne ne pouvait comprendre à quel point ce James était hors du temps.

– Ce n’est pas grave, je préfère de loin le papier.

Elle me sourit d’un coup.

– Les jeunes et leurs ordinateurs ne comprennent plus rien aux livres, dit-elle en haussant les épaules.

– Et pourtant, le toucher, l’odeur, le plaisir de tourner les pages, dis-je pour compléter sa phrase.

Et hop, les yeux verts me scrutèrent plus intensément encore cette fois-ci, ils étaient tellement expressifs, mais leur propriétaire ne dit rien de plus que :

– Je vous laisse, Ada sait où chercher, n’est-ce pas ?

Sa voix se fit mielleuse lorsqu’elle lui parla et me fit froid dans le dos. Oui, Ada savait exactement où chercher et quels articles me faire lire. Le premier, le plus ancien, parlait de la découverte de la femme du premier propriétaire retrou­vée assassinée dans la cuisine, le mari étant porté disparut, mais suspect. Le second du troi­sième ou quatrième propriétaire retrouvé pendu dans sa chambre puis une série impressionnante d’article annonçant les nombreux accidents arrivés aux différents ouvriers engagés pour y faire des travaux puis quatre propriétaires différents avaient eu des pépins plus ou moins impor­tants, allant de la perte d’un doigt, resté coincé dans une porte, à une commotion due à une chute dans l’escalier.

Bon, je devais bien admettre que la maison n’aimait pas trop les étrangers. Si fantômes il y a, la femme du premier couple à y avoir vécu semblait être toute désignée, elle ou son mari, jamais re­trouvé, mais rien n’y faisait, je la voulais. Allez comprendre…

Je promis à Ada que si perte d’un doigt il y avait, je déménagerais tout de suite même si j’en avais neuf de plus. J’étais sérieuse, vraiment ! Mais, elle soupira, secoua la tête et me dit :

– Viens, j’ai faim !

Elle ne dit plus un mot jusqu’à ce que nous soyons assisse à la table d’un des deux restaurants de la ville. Le Grill, un simple nom justifié par les plats servi, tout était grillé de la viande aux légumes jusqu’aux nappes. Elle ne me dit pas un mot avant que nos plats arrivent. J’en avais profité pour re­garder les autres clients. Le restaurant était plein, pas une table de vide et les regards me passait des­sus, s’arrêtant sur Ada, avant de nous ignorer totalement.

– Tu m’en veux parce que je tiens toujours à acheter la maison ?

– Non, souffla-t-elle, je t’avoue que j’aurais préféré te voir rester en ville, c’est plus sûr, tu ne connais rien à la vie ici, mais j’aurais au moins tenté de te faire changer d’avis.

Elle pointa son menton vers la salle.

– Une réputation est vite faite ici, déjà te voir avec moi ne va pas t’aider alors si, en plus, tu achètes la maison maudite…

Du coup, je doutais de ne jamais m’adapter à cette ville. Elle ne semblait pas y être parvenue et bien que je comprenne son envie de se trouver une amie qui ne soit pas d’ici, je redoutais cette amitié, un peu trop rapide. Et, puis zut !

– He bien, au contraire, tu devrais être contente, d’un, personne ne saura jamais ce que j’y fais donc ce que tu y feras non plus. De deux, tu n’as pas besoin, avec moi, d’être ce que tu ne veux pas, je me fiche de ton passé, le mien n’est pas glorieux et franchement, je ne suis pas là pour me faire des amis. De trois, tu pourras les menacer de faire venir toutes tes folles d’amies de France pour les faire taire. Qui sait, je pourrais être un medium venu pour parler aux fantômes et c’est pour cela que je tiens à l’acheter, tes autres amies, sorcière, non ? Ça pourrait le faire ?

Un œil incrédule me fixa puis une lumière y dansa répondant à celle qui était dans mes yeux. Le rire nous prit par surprise. Vous savez, ce rire franc, heureux qui vous secoue de la tête au pied, magistral et renforcé par les regards sur nous.

Bien dix minutes plus tard, le calme revenu et difficilement maintenu, j’étais absolument convaincue d’être classée parmi les folles furieuses du coin.

– Si tu voulais passer pour quelqu’un de normal, c’est fichu…

– Tant mieux j’en avais marre d’être normal !

Je lui tirais la langue. Le pacte scellé la veille se renouvelait et mes doutes se turent, ça allait vite, mais je me sentais heureuse, finalement, je me fichais de ce que ces gens penseraient de moi, rappelez-vous, je ne suis pas venue me faire des amis. Une, c’était déjà bien plus que prévu. Elle passa la soirée à me montrer discrètement les personnes présentent, me faisant un petit topo sur leur vie, tout se savait ici. Le temps fila, je me sentais bien et mon « non » projet semblait prendre une tournure intéressante !

J’avais hâte et je me sentais prête à remuer des montagnes.

Chapitre 3

Refusant toujours de me laisser signer l’acte de vente, Ada m’avait fourni les papiers concernant la maison. Il y avait l’état des lieux, enfin surtout la liste des travaux à faire d’urgence et le devis des travaux. Mes économies n’y suffiraient pas si je devais faire appel à une entreprise. Une fois bien épluché la liste, j’en avais conclu, optimiste, qu’à part le toit, je devrais pouvoir tout faire de mes blanches mains. Je décidais par où commencer, la salle de bains me semblait être l’obligation d’ur­gence, puis je fis une magnifique liste de ce dont j’aurais besoin, longue de plusieurs kilomètres. Non, je n’exagérais pas. Elle commençait par trouver une voiture, ou un bus, ou un camion, enfin un n’importe quoi avec des roues et un coffre, un grand, au vu des travaux prévus et avec un budget serré, du neuf était impossible.

Impossible n’étant presque pas Ada, elle prit les choses en main et je me retrouvais devant une femme d’une cinquantaine d’années, grande, charpentée comme un bûcheron qui me fixait d’un drôle d’air. Mais, si vous savez, ce regard que les natifs d’un coin posent sur ceux qui débarquent et qui dit : toi tu ne vas pas faire de vieux os ici, charmant !

Sauf que sans trop savoir comment le regard se modifia au fur et à mesure qu’Ada me présentait et expliquait mes besoins. Je me retrouvais avec une jeep rouillée et une remorque qui l’était encore plus, en moins de dix minutes et la vente se conclut par :

– Tu peux payer en plusieurs fois si tu restes, sinon je reprends le tout quoique tu aies déjà payé.

Ok, c’était simple et précis.

– Merci madame.

– Pas madame, Suzanne, juste Suzanne.

– Merci Suzanne, fis-je en lui tendant la main.

Elle la saisit entre les deux siennes et après un instant dit doucement :

– Soit la bienvenue, la vie n’est pas facile ici, mais si tu t’accroches, tu devrais t’y plaire. Passes me voir si tu as besoin de quelque chose.

Elle nous fit un signe de tête avant de partir.

– La voiture, c’est fait. Viens, cette fois-ci, tu peux signer les papiers pour la maison ! Je t’ai obte­nu un rabais. Ils sont pressés de vendre.

J’avais loupé quelque chose, non ? Les papiers comme ça, boum et en vitesse, je vous prie. J’avais vraiment loupé quelque chose. Rien compris moi. Bref, en moins d’une semaine, j’avais une mai­son presque en ruine, une voiture qui ne valait pas mieux, une remorque qui grinçait tellement que l’on devait m’entendre de plusieurs kilomètres, un compte dans le seul magasin de bricolage du coin, le tout mis en place au pas de course par une Ada survoltée qui ne me laissait pas le temps de souf­fler.

En ville, on commençait à me reconnaître, l’attraction de la nouveauté ne s’essoufflait pas aussi vite que je l’avais espéré et les regards qui s’attardaient sur moi me mettaient mal à l’aise, j’avais hâte de pouvoir filer loin de tous. Oui, même loin d’Ada dont je ne comprenais pas l’enthousiasme frénétique de ces derniers jours et qui m’épuisait.

Papiers signés devant l’œil attentif de Bogdan, le patron d’Ada. Mon compte en banque dépouillé de beaucoup moins que prévu. C’est l’esprit conquérant et toute seule, comme une grande que je me rendis « chez moi » avec l’espoir fou, j’en suis consciente, de pouvoir rapidement m’y installer. Lorsqu’au dernier contour, la maison se fit visible, je stoppais net.

Chez moi, fut la seule chose à laquelle je pensais, chez moi et loin de tout. Un vrai bonheur m’envahit, sauvage, puissant, chez moi, toute seule.

Je restais là à contempler un long moment cette maison qui m’avait fait tant envie et qui aujourd’hui était en passe de devenir mon foyer. Je profitais du calme. Je profitais de ce sentiment de confiance qui grandissait en moi. Je prenais le temps de paniquer, un peu, devant l’ampleur de la tâche puis me décidais à me bouger. Je fis le reste à pied, le coin était si calme que je n’avais pas envie de troubler ce silence avec un moteur. Je m’approchais et caressais la porte du bout des doigts en murmurant.

– Salut, toi, c’est moi, tu penses que l’on va s’entendre ? J’en ai bien envie, tu sais.

Je restais là, devant cette porte ne sachant trop ce que je voulais faire puis je me traitais d’an­douille, ris un peu et ouvris cette fichue porte pour faire le tour de MA maison !

Rien de bien remarquable, il faut le reconnaître, une cuisine assez grande, séparée du salon-salle à manger envahi de matériel, dont il faudra bien que je fasse l’inventaire et une salle de bain où ne restait qu’un trône et un bout de miroir perdu au milieu de mor­ceaux de carrelage. Un désastre qui me fit soupirer. Arriverais-je à m’en sortir ? En regardant de plus près je fus pris de doutes monstrueux qui m’accompagnèrent à l’étage, là, les trois chambres étaient vides, les murs repeint et habitable en l’état, une fois délogées les centaines d’araignées qui les avaient colonisés.

Une odeur de moisi envahissait le tout. J’ouvrais les fenêtres, débloquais comme je pus les vo­lets qui restaient et laissais entrer le soleil et l’air pur. Le monstrueux doute qui me tenait compagnie ne résista pas à la vue sur les arbres et au silence qui régnait. Je voulais vivre ici et j’allais y arriver.

Laissant tout ouvert, j’attaquais l’inventaire de ce que contenait le salon, entre les fenêtres et les meubles rassemblés là, je trouvais un tableau noir où des dessins d’enfants à la craie étaient à moi­tié effacés. Je le posais contre un mur, le nettoyais avec ma manche et en riant, je notais : Bonjour à vous fantômes de la maison, je suis Sophie et je vais vivre ici, j’espère que nous serons amis dans un avenir proche.

Je rigolais et commençais à effacer ma demande d’amitié quand un klaxon m’interrompit. Ada arri­vait. Elle bossait quand elle ? Donc je disais, Ada arrivait avec dans sa voiture, le matériel com­plet de la parfaite femme de ménage. Elle avait même caché ses cheveux sous un long foulard. Je pouffais en la voyant.

– Tu changes de métier ?

– J’y songe, hors saison ce boulot est d’un ennui, tu n’imagines pas.

– Et nettoyer la maison t’as semblé une bonne occupation ?

– Non, mais te regarder faire, oui !

Elle me passa devant en me jetant un foulard.

– Au boulot, cria-t-elle comme le général qu’elle semblait être devenue avec moi.

C’est râlant ouvertement que je la suivis à l’intérieur et toujours en râlant devant son air faussement outré que nous avons attaqué la chasse aux araignées de l’étage.

J’étais alors, bien décidée à ne sor­tir de là qu’une fois les nettoyages finis, mais alors que je ramassais les débris de catelle dans la salle de bain. Je fus arrêtée net par le bout tranchant de l’une d’elle. Les doigts ça saigne, les miens en­core plus, ils saignent, vraiment, beaucoup. J’en mis partout, on pouvait me suivre à la trace, mince, et en plus un morceau était resté figé dans la coupure. Bien sûr, pas d’eau, pas de pansement, nous n’avions rien prévu.

Je râlais, pestais contre ma maladresse et les rire d’Ada ne m’aidèrent pas à me calmer. Je la fusillais du regard.

– Arre oi bin.. erci, finis-je par dire la bouche pleine de mon doigt, ce qui ne fit rien pour la cal­mer, bien au contraire.

Nettoyages terminés pour aujourd’hui, direction la ville et la pharmacie.

Une fois mon doigt déguisé en poupée, ma fierté écornée me poussa à abandonner ma soi-disant amie ricanante. J’étais trop fatiguée pour sortir et tout ce que je voulais, c’était un bon bain chaud et dormir. Mon doigt tapait encore et je me promis de commencer par m’équiper de gants dès le lendemain et en m’endormant, je songeais à tout ce que je devrais encore acheter.

Ada ne m’ayant pas laissé conduire, elle avait raison, j’aurais mis du sang partout, je devais me ta­per cinq kilomètres et des poussières à pied pour aller retrouver ma voiture.

En arrivant à la maison, je trouvais les fenêtres fermées. J’étais pourtant sûr de les avoir laissés ouvertes. Ada était probable­ment revenu les fermer, gentil à elle. J’effectuais un rapide tour et repartis en voiture cette fois-ci. L’achat de gants, achat hautement important, me ramenant en ville, je profitais pour étoffer un peu mon ma­tériel. Une brouette, une pelle et une ramassoire en fer me vengeraient de ces fichues catelles. Le reste de la journée, je l’occupais à contrôler ma liste et à réfléchir mollement assise dans le petit parc à ce qu’il me faudrait commander en premier. Je me décidais pour de nouvelles toilettes, ça, c’était urgent ! Réellement urgent !

Il me fallut plus d’une semaine pour vider tout le fatras qui s’entassait dans le moindre coin du rez, j’avais acheté un de ses abris de jardin en kit qui me serviraient d’entrepôt, cassé la pelle, plié la ra­massoire et découvert plusieurs muscles que j’ignorais posséder, eux aussi ignoraient qu’ils ser­vaient à quelque chose et leur réveil fut des plus douloureux.

L’absence d’Ada se faisait sentir, après les premiers jours où elle m’avait servi de nounous, elle avait repris son travail à plein temps, la sai­son avait commencé. Je souriais en pensant à elle à chaque fois que je passais devant le tableau noir, le jour où elle était venue fermer les fenêtres, elle avait répondu à mon message par un “moi aus­si” écrit avec soin à côté de ma note.

J’avançais dans les travaux, pas vite du tout, mais le temps était venu pour moi de quitter ma chambrette en ville. J’allais dormir sur un lit de camps, faire la cuisine sur un réchaud de camping, mais le plus important, j’avais des toilettes fonc­tionnelles. Le luxe !

Je n’avais pas revu Ada, je passais donc à son bureau pour lui annoncer mon emménagement. Elle n’y était pas. Son patron m’annonçant qu’elle était absente pour encore trois jours, je laissais un mot sur son bureau, un peu dépitée et je retournais pour la dernière fois à l’hôtel. Je vidais ma chambre et fis mes adieux à la ville avec soulagement. C’est euphorique que j’arrivais dans ma mai­son !

Euphorie qui une fois sur place ne dura que quarante-cinq minutes, maximum. Alors que je finissais mon installation de fortune, posant ma valise dans un coin du salon, trop flemmarde pour la monter dans une chambre et transportant mes affaires dans la salle de bain, mon front décida de faire une rencontre sonore avec la tablette du lavabo fantôme de la salle de bain. Ce fichu bout de porcelaine qui avait résisté à la destruction des anciens propriétaires, sûrement parce qu’il était plus que soli­dement fixé, c’est du moins l’impression qu’eut mon front. Je vis des étoiles, du sang couler devant mon œil, bobo, gros bobo et merde. J’enroulais ma tête dans une serviette après avoir désinfecté la plaie, avalais un cachet en râlant puis me couchais en espérant que ça passe. Pour une première journée, ce fut une journée mémorable, aïe !

Je me réveillais avec un atroce mal de tête et je ne bougeais pas. Je pris le temps de me souvenir de qui j’étais et où, d’être bien sûr que j’étais vivante que ma tête ne tournait pas trop. Ho, elle faisait mal, un mal de chien, mais je ne m’en tirais pas si mal. Un bon moment plus tard, je me levais en titubant en direction de la cuisine et de la petite pharma­cie qui s’y trouvait. J’avalais deux cachets, hésitais à en prendre un troisième et retournais me coucher. Grosse journée en vue.

C’est le soleil qui me réveilla le lendemain, ma tête allait mieux et bien que je me sentai vaseuse, mon estomac, lui, était en forme. Un café et deux tartines plus tard, je me dé­cidais à contrôler l’ampleur du désastre sur mon front. Une cicatrice légère au milieu d’une bosse, elle-même au milieu d’un bleu qui englobait mon œil et une partie de ma joue. Je ressemblais à un boxeur, le perdant bien sûr. Tablette de lavabo un, moi zéro !

Je ne sais pas pourquoi, je m’attendais à bien pire. Il me semblait avoir plus saigné, mais je ne trou­vais pourtant que quelques traces et uniquement à la salle de bain. Il faut croire que le choc avait été rude, sacrément rude, mais sans gros dégâts.

Dire que j’ai eu du mal à me remettre à mes travaux, n’est rien à côté du courage que je n’avais pas. Au fil de la journée, je passais plus de temps à rêvas­ser qu’à travailler. Je finis par m’installer dehors pour avaler mon sandwich, les journées rallon­geaient, le temps était plus doux et j’avais envie de profiter du soleil en ce début d’après-midi pour refaire le plein de volonté que je n’avais toujours pas et qui me faisait surtout tour­ner en rond. Lasse de mon manège et pour décider par où commencer, je finis par reprendre le ta­bleau noir, le nettoyais et commençais à noter :

Cuisine, ouvrir ou non ?

Sol, carrelage ou lino ?

Four, gaz ou électrique ?

Micro-onde ?

Salle de bain, place pour baignoire ou non ?

Quelles couleurs ?

Douche ?

Salon, mettre un nouveau sol ?

Garder la cheminée ouverte ?

Et ainsi de suite. La liste des questions s’agrandissait, celle des réponses ne bougeait pas. Le temps passait en interrogation et je me couchais en pensant à tout ce qui me restait à décider. Dans un grand élan de lucidité, je décidais de ne pas décider pour le moment ! Cette bonne résolution prise, je m’endormais.

C’est le hurlement suraigu d’une alarme qui me réveilla au petit matin. La sirène d’alarme se nom­mant Ada, était debout devant moi, gesticulante. Je crus comprendre des mots comme, folle, porte non fermée, visage défiguré, risque de mort, têtue et en danger, dit d’une voix si forte et aiguë que tous les chiens dans un rayon de dix km devaient hurler pour y répondre. Mon mal de tête était de retour ou était-ce un nouveau provoqué par le flot de parole qui se déversait sur moi ? Dans le doute, je re­fermais les yeux.

Oui, j’avais mal à la tête, oui, Ada hurlait, oui, il fallait arrêter ça.

– Bonjour, ça fait plaisir de te voir. Glissais-je rapidement alors qu’elle reprenait sa respiration.

– Ben pas à moi, répondit-elle tu as vu dans quel état tu es, dix jours et je te retrouve à moitié morte.

Sa voix tremblait un peu, me prouvant qu’elle était réellement inquiète.

– C’est rien, je t’assure, je me suis cognée, la tablette de la salle de bain a gagné, mais c’est plus moche que grave.

– As-tu mal à la tête ? Des vertiges ?

– Oui, non, mais oui, parce que tu hurles là.

– Non, je ne hurle pas, dit-elle en hurlant.

– Si, un peu quand même.

– Non, juste ce qu’il faut ! Et il faut bien que tu te rendes compte de tes bêtises, non ?

– Hurler, ça me donne plutôt envie de faire le contraire, répondis-je en riant.

Elle soupira, une fois, deux fois, trois fois, ferma les yeux, puis avec un quatrième soupire, dit beau­coup plus calmement :

– Quand j’ai trouvé la porte ouverte, j’ai eu peur que tu sois partie ou pire morte.

– Je ne suis ni partie, ni morte. J’ai juste un œil au beurre noir, qui va rester quelques jours avant de se transformer en joli arc-en-ciel et disparaître, rien de grave. Allez calme-toi. J’ai besoin d’un café, tu en veux un ? Ou plutôt une tisane ? Calmante ! Dis-je en riant.

Elle me suivit dans la cuisine et mon petit réchaud de camping fit sans broncher son travail.

Une tasse de café à la main, Ada ayant catégoriquement refusé la tisane, nous nous installions dans le jardin. De vieux rondins vermoulus nous servirent de chaises et je profitais du soleil.

– Bon, sang, tu ne t’es pas ratée, il est immense ce bleu.

– Yep, je sais, un sacré match, mais mon adversaire à tricher. Je ne l’avais pas vu venir.

Elle sourit en tendant un doigt pour me toucher. Je reculais la tête en vitesse de peur d’avoir mal et glissais du rondin, me retrouvant pleine de café, les fesses par terre.

– Ok, fit-elle, tu es un vrai danger pour toi-même, il va falloir que je passe régulièrement pour contrôler que tu n’as pas cassé quelque chose ou coincé, ou coupé…

Elle parlait sérieusement, enfin essayait, le rire pointait dans ses yeux. Je me relevais, secouais mes vêtements et alors que je passais devant elle, hautaine et fière, son rire fusa d’un coup. Je me retour­nais et la vis tenter d’essuyer les larmes de rire qui perlaient.

– Tes fesses, souffla-t-elle entre deux hoquets.

Je passais ma main sur elles, mince le pantalon était déchiré. Ok, j’étais ridicule, un œil au beurre noir et les fesses à l’air. Elle se fichait de moi, qui pouvais-je ? Je ruminais une vengeance en me préparant une nouvelle tasse de café. Pourtant, je reconnaissais que la voir était un vrai plaisir, j’appris que nous étions lundi, son jour de congé et qu’elle avait décidé de me traîner en ville. J’avais selon elle besoin de vêtement mieux adapté à mon mode de vie. Les éclairs dans ses yeux sous-entendaient, mieux adapté à ma maladresse. Je ne répondis rien, me drapais dans ce qui me restait de dignité et allais me changer. Mon œil au beurre noir ne passerait pas inaperçu et allait susciter des commérages pour plusieurs jours, mais comme je ne connaissais personne, je ferais avec. Je soupirais en souriant et en­filais des vêtements entiers.

Néanmoins, je passais une merveilleuse journée et quand je rentrais, les bras chargés de sacs, j’étais épuisée. Je ne sais pas où Ada puisse son énergie, mais moi, je n’en ai jamais eu autant.

C’est en souriant que je me préparais à manger et je m’installais dans mon salon pour recommencer à réflé­chir à ce que je voulais. En regardant le tableau, je fus étonnée de voir qu’Ada avait répondu à mes questions. Je pouvais lire à côté de ma liste des commentaires à cuisine, ouvrir ou non ? Un non-mur porteur était rajouté pour le reste le choix était entouré jusqu’à salle de bain ou douche et bain étaient entourés avec un si possible les deux, ajouté à côté.

Mais l’autre, quel culot ! Je rigolais en lisant ses choix. Arès tout pourquoi pas, un vrai petit gé­néral cette nana, mais qui n’avait pas tort, une douche et une baignoire, mmm, ce serait merveilleux. Je rangeais mes nouvelles affaires dont une salopette en jeans solide que j’avais tenu à acheter mal­gré les soupirs et les yeux au ciel à cause de mon mauvais goût, de mon amie. Demain, je m’attaquerai à la salle de bains et me vengerais de mon adversaire victorieux ! Na !

C’est plein d’entrain que j’attaquais bout par bout la maison. Le jardin avait pris des airs de camping sauvage, des abris en toiles s’amoncelaient, un par pièce et j’y entassais les choses que je voulais garder. J’avais même installé un véritable atelier. Je travaillais beaucoup et à force de me tromper, de casser, j’apprenais et j’étais fière de moi !

Le tableau noir en guide précieux se noircissait de pe­tites notes et de réponses, je ne comprenais pas comment Ada arrivait à les écrire aussi souvent. Trop occupée et trop fatiguée, je laissais de côté les choses étranges.

La salle de bains, pas complètement finie, avait maintenant une douche. Les catelles anciennes fai­saient un joli carré en son centre et la baignoire commandée n’arrivera que dans quelques se­maines, ici tout prenait des semaines.

J’avais recopié au propre les suggestions du tableau noir et finalement, elles semblaient me convenir ou alors mon côté petite fille obéissante n’avait pas totale­ment disparu ce qui mériterait que je prenne un instant pour y songer. Je le ferai plus tard, ce n’était qu’une réponse de plus à trouver. J’en avais déjà plein.

Comme aucun accident ni fantôme n’étaient venus me compliquer la vie, j’avançais, vraiment pas vite, mais j’avançais. Les journées étaient longues. Heureusement mes muscles hurlant de contrarié­té au début s’y faisaient, moins de courbatures, plus de travail et moi qui avais toujours été un peu ronde, j’avais trouvé le meilleur des régimes, bouge-toi et bosse ! Je vous le recommande.

Je me couchais avec les poules, bien plus tôt que le soleil qui traînait trop longtemps pour moi de­puis que l’été était arrivé et me levais avec le soleil. Un rythme soutenu, car je voulais avoir fini les gros travaux avant l’hiver. Je voulais avoir chaud et être bien installée pour affronter la neige.

Chaque jour était rempli de petits travaux qui n’avaient rien de compliqué sur le papier, mais prenait un temps fou. Un temps que je perdai régulièrement en soupir et raz le bol. Mon vocabulaire rageur partait du français et quand j’en avais fait le tour passait à l’anglais. Langue qui s’étoffait de jurons plus que d’autres mots, merci Ada.

Les jours passaient et se ressemblaient, inter­rompu par ses visites, qui ne servaient qu’à vérifier que je ne m’étais pas coupé un bras ou pire, car elle les passait à boire une bière assisse par terre et à me regarder faire, une aide précieuse…

Chapitre 4

J’avais pris l’habitude de faire mon programme sur le tableau noir. Liste que je prenais plaisir à tracer tous les soirs et qui me faisait soupirer par son peu d’avancement. J’avais bien compris que pour rester motivée, je devais me limiter à quelques lignes réalistes pour le lendemain. Ce soir-là, je notais finir la salle de bains, vider la cuisine, demander de l’aide pour sortir le vieux fourneau, voir s’il peut être réparé, enlever le sol et si encore temps démonter les placards. Quatre petites choses de rien du tout, mais de l’aide ne serait pas mal venue. Je soupirais. Pourquoi tout était-il aussi lourd ?

Bref, ça attendrait demain, le plus urgent était de filer me laver de toute la crasse accumulée dans la journée. Alors que je sortais de la douche, mon orteil fini dans un carton de catelle. Vous ai-je dit que la salle de bains n’était pas tout à fait finie ? Oui, elle est dans ma liste. Un carton de catelle, posé là par des lutins qui en avaient après moi, j’en étais persuadée, c’est beaucoup plus dur qu’un orteil. Je hurlais, les orteils, ça fait mal !

Sautillant en râlant, je partais à la recherche de ma trousse à pharmacie, glissais et finissais la tête contre la cheminée. Bobo. Mais, vraiment aïe, je vis mes copines les étoiles et merde, tout ça pour un orteil. Ma tête se mit à tourner et je ne vis plus rien.

Je me réveillais avec un mal de tête atroce, encore une fois. Le souvenir de mon œil encore bien présent dans la tête, je jugeais que là, c’était pire, vraiment pire. J’avais mal partout. Je pris un temps fou pour lentement m’asseoir et j’étirais muscles après muscles, jusqu’à ceux de ma nuque qui refusèrent de fonctionner, oh surprise !

Je devais me lever et me diriger vers la cuisine où se trouvait la trousse. Je ne serais capable de rien sans un cachet contre la douleur. J’étais mal, franche­ment et avant de me lever, je jetais un œil autour de moi, cherchant quelque chose pour m’aider à avancer. La trousse était là, pas à la cuisine, mais à un mètre de moi sur le sol, sauvée ! Je me levais doucement et tanguais dans sa direction. Me pencher fut une véritable prouesse tant ma tête cognait, mais j’y parvins en faisant très, mais alors très attention. J’avalais deux cachets, fit demi-tour en traînant la trousse et retournais me coucher en me promettant d’appeler Ada si des nausées apparaissaient.

Je ne le fis pas. Je dormis toute la journée et le lendemain, je me levais en mode zombie, la nuque raide pour trouver un mot mis sur la table de la cuisine. Quelqu’un y avait écrit : faites un peu plus attention ! J’ai sorti le fourneau pour vous avancer.

Je fixais la note bêtement, mon cerveau en panne refusait de comprendre. Qui avait sorti le fourneau qui pesait deux tonnes ? Ok, donc, heu, voilà, c’est quoi ce bordel ? Il y avait quelqu’un chez moi ? Mes pieds décidèrent de retourner au salon où mon corps, cerveau toujours absent, me fit tomber assise sur mon lit. Je restais là, bêtement, loin de la cuisine comme si d’un coup tout allait revenir à la normale. La douleur de ma tête me fit sentir vivante, ce fut du moins la seule chose qui me sem­blait normal.

Vous connaissez cette impression que votre cerveau gèle ? C’est au-delà de la panne simple et bête, rien, plus rien ne marchait dans ma fichue caboche. Un grand vide y régnait. Mon corps avait pris la relève, mais une fois réfugié au salon, il abandonna la direction des opérations. Plus rien, nada, néant total. Seuls mes yeux semblaient vouloir faire le boulot, enfin un peu, je voyais flou. À grand coup de respiration profonde, je tentais de reprendre mes esprits et de calmer la douleur. Non, je n’allais pas retourner voir la cuisine, enfin pas tout de suite. J’étais tentée de m’enfuir, mais sans l’aide de mes jambes ce n’était pas possible.

Deux pauvres neurones se remirent à fonctionner et tentaient à eux deux de réfléchir à la situation, pas bien, vraiment, rien de concret pour les aider. J’avalais un contre-douleur. L’un mes deux neurones eut l’idée idiote de me faire bouger les yeux. Ils se fixèrent sur le tableau noir où ma liste d’à faire s’étalait. Je la relisais : finir la salle de bain, vider la cuisine, demander de l’aide pour sortir le vieux fourneau, voir s’il peut être réparé, enlever le sol et si encore temps démonter les placards, rien à dire, sauf que, sauf qu’en dessous, juste en dessous « demandez quand vous avez besoin d’aide » était noté. C’était l’écriture d’Ada. Enfin me dit un de mes neurones, tu pensais que c’était l’écriture de… Ha, ha gros malin de te décider à analyser ça maintenant et l’autre neurone, celui qui n’était pas occupé à faire des conclusions désagréables, relu une bonne dizaine de fois le texte qui ne changeait pas. Il était donc possible qu’il soit bien là et que ce n’était pas une hallucination due au choc, comme celui de la cuisine. Et mince. Enfin peut-être, pour la cuisine, il faudrait que je re­tourne voir. Non, pas envie du tout et puis mes pieds ne voulaient pas.

Je restais là, un temps infini. Je fixais le tableau. Ma tête restait vide. J’étais en panne, panne totale.

Mon fichu estomac se moquant complètement de la situation se mit à gronder : du café dit-il ! Si, il l’a dit, j’en suis sûr. De toute façon au point où j’en étais un estomac qui parle, ce n’était que du nor­mal. Je fermais les yeux, fort, jusqu’à voir des petites lumières se balader contre mes paupières. Je respirais profondément. J’ouvris les yeux, le texte était toujours là, je me levais, celui de la cuisine aussi. C’était réel, je me fis une tasse de café, la bus, puis une deuxième avant de retourner au salon.

Je relus le texte pour la millième fois, mieux réveillée cette fois-ci, pas en forme, pas à l’aise, mais mieux réveillée. Un troisième neurone, sûrement boosté par le café se fit entendre. Il voulait faire un conseil à trois ou plus. Le conseil se teint et conclu que d’un, ça ne pouvait pas être Ada, de deux, c’était écrit en français. En français, bordel t’a noté, en français ! À part Ada personne ne le parlait ici. De trois, c’était plutôt gentil de m’avoir aidé, flippant, mais gentil. De quatre que mes yeux étaient des imbéciles de n’avoir pas lu jusqu’au bout. En effet, en dessous de la signature que je peinais à lire, un P.S. était rajouté. Il disait : il serait souhaitable que nous nous rencontrions, ne pensez-vous pas ? Quel soir vous conviendrait ? Amicalement Louis.

Enfin je pense, la signature commençait par un L, c’était sûr, le reste beaucoup moins.

Mais, bordel, c’était qui ce type ? Il faisait quoi chez moi ? D’ailleurs vu son message le premier jour, il était là avant moi. Les fantômes écrivent ? Sérieux ? Ok, panique ! Là, maintenant, tout de suite, fou le camp, putain de pieds de merde ! Ils ne bougeaient pas. Je ne bougeais pas.

Il y avait quelque chose, je devais y réfléchir. Vraiment, je devais prendre le temps d’y penser. Mais penser à quoi ? Au café dit neurone numéro trois, plein de café rajouta numéro quatre qui sortait de je ne sais où en baillant, ok, encore plus de café, c’était un bon début. Début à quoi ? Je n’en savais rien, mais mon mal de tête atténué par le cachet et le café me laissait un peu plus de place pour réfléchir.

Café en main, assise par terre, je regardais le jardin. Quelques neurones supplémentaires se ré­veillèrent et se joignirent à la longue conversation qui se tenait dans ma tête.

Bon, disait numéro trois, oui, c’était lui, n’en doutez pas, récapitulons. Récapituler quoi ? Franchement, aucune idée et puis, numéro quatre dit, on reprend depuis le début, ok les gars ? Et, là, ils se mirent au boulot. Mon cerveau gavé de café dégela. Je pouvais à nouveau penser.

Depuis le début donc, voyons, déjà depuis quel début ? Mon arrivée ou ma maison ? Je me levais, allais au tableau noir et notais, arrivée à la maison et là, je bloquais. Que c’était-il passé que je n’avais pas retenu, mais qui au fond de mon esprit s’était imprimé suffisamment pour que cette im­pression d’avoir loupé un truc énorme soit si présente et pourquoi cette impression ne vient que maintenant ? Tu étais crevée dit numéro un. Bon, passons.

Donc le premier jour, je me suis coupé le doigt et les fenêtres ouvertes, j’en étais sûr, elles étaient ouvertes, mais retrouvées le lendemain fermé. J’avais pensé à Ada mais non, alors, le fantôme ? Je grimaçais. Et, quoi d’autre ? Le sang, j’en avais mis partout et le lendemain, presque plus rien. Les fantômes font le ménage ? Je ricanais. Puis mon choc à la tête dans la salle de bains, un sacré coup et peu de sang. Je secouais la tête, non impossible, je délirais. Les désires sur le tableau noir, ceux du fantôme ? Tous les petits mots trouvés ? Mais, quand même c’était, non rien, ce n’était pas possible et voilà, mais…

La tête entre les mains, je me sentais vide. Je cherchais encore et encore ce que j’avais pu ne pas voir, ne pas considérer comme important. Je me mis à douter, une plaisanterie ? Un vagabond vivant dans la maison ? Il n’avait rien fait de mal pour le moment. Il m’avait aidé, mais pourquoi ces mots maintenant ? Je n’avançais pas, ne trouvait rien, ne comprenait pas.

Dans le flou et la panique, une idée germa. Une seule qui me semblait pouvoir m’apporter une ré­ponse. Il fallait que je retrouve mon calme, au moins un peu. J’effaçais le tableau noir, deux fois.
Quand les phrases dans ma tête se mirent dans un ordre que je jugeais correct, j’écrivis : Qui êtes-vous ? Que faites-vous là ? Pourquoi ne pas vous être montré avant ? Partez de chez moi !

C’était nul, mais n’ayant aucune autre idée, ça ferait l’affaire. J’attrapais vite fait mes clefs et fuyait ma maison.

Quand la ville fut en vue, je m’arrêtais, une partie de moi voulait fuir, une autre me disait que non, la fuite, j’avais déjà fait. L’envie de me battre pour ma nouvelle vie se disputait avec mon envie de me cacher. Arrêtée au bord de la route, je regardais la ville en tentant de décider quoi faire et puis zut ! C’était chez moi. L’autre-là n’avait rien à y faire. J’avais assez courbé l’échine, assez laissé les autres déci­der pour moi, n’est-ce pas, cette maison, je la voulais. D’accord, je reconnais qu’être seule n’est pas aussi facile que je ne le pensais, mais c’était ma maison.

Une petite voix au fond de moi susurrait doucement que je ne craignais rien. Elle avait du mal à se faire entendre entre panique et colère, mais elle était là, me rappelant que, oui, depuis le début je n’étais pas seule. Elle me soufflait que si problèmes il y avait, rien de grave ne s’était passé, que la pa­nique était mauvaise conseillère. Elle se faisait entendre entre les deux grosses musclées qu’étaient panique et colère, prenant le pas sur leurs directives. Si tu as peur, va dormir dans une chambre et ferme-la, la nuit, continuait-elle, tu ne risques rien sinon le pire serait déjà arrivé et puis il veut se présenter. Tu peux lui laisser une chance.

Je ne sais pas d’où cette petite voix sortait, mais sa douceur était persuasive et faisait taire ma panique, laissant la colère qui me poussait dans la même direction. Rentre chez toi et bats-toi pour. Oui, je l’aimais cette baraque, j’y avais passé des heures à la retaper, j’y avais des projets et non, je ne voulais pas la laisser, à personne, pas sans me battre, pas cette fois-ci.

Bien plus tard, je soupirais en sortant de la voiture. Je soupirais toujours en transportant mes affaires dans la plus grande des chambres. Je m’y installais en frissonnant, inquiète. Je restais là, assise sur le lit de camps, regardant autour de moi, la porte fermée à clef, une chaise coincée sous la poignée. Je ne savais plus quoi faire d’autre. Je me sentais à nouveau incapable, nulle, perdue comme si ces dernières semaines ne m’avaient rien appris. Une petite chose incapable d’affronter le monde et qui, réfugiée dans sa chambre, laissait le moindre problème la submerger. La seule chose qui sortait de ce marasme était que je voulais garder ma maison. Quitte à la partager ? Je n’en étais pas sûr. Pouvais-je faire confiance à cette petite voix ? Il me fallut des heures pour calmer le tourbillon de mes pensées et m’endormir.

Quelque chose était arrivé, je dormais et n’ai rien entendu. Pourtant, au petit matin, j’avais bien la preuve que quelque chose était arrivé, un message remplaçait le mien. Je pris le temps de boire un grand café noir avant de le lire, enfin deux, même si j’avais dormi la nuit avait été courte et mes neurones toujours sous le coup de la panique pédalaient dans le vide.

Debout en face du tableau, ma deuxième tasse de café en main, je m’obligeais à me calmer avant de lire ou plutôt à respirer avant de lire puis doucement, je levais les yeux. « Bonjour, je ne vous veux pas de mal. J’apprécie de savoir que ma maison est aujourd’hui aussi votre maison. Vous ne risquez rien, je vous le promets. Je pensais que mes petits mots avaient suffi à vous faire comprendre que vous n’étiez pas seule. Je suis navré qu’ils n’aient pas suffi. Pensez-y tran­quillement. Votre ami. Livius »

Bon, voilà et je faisais quoi moi maintenant ? Sa maison ? Non, ma maison ! Un de mes fichus neu­rones regardait la signature et me faisait signe que je m’étais gourée, pas Louis, Livius.

– Et alors connard, dis-je à haute voix, que veux-tu que ça change ?

Rien ça ne changeait rien. Je restais toujours là à ne pas savoir quoi faire. Pas avoir peur, il en avait de bonnes. Y penser, si seulement je pouvais juste penser. Fichue trouille, fichue colère, mais où était la petite voix tran­quille quand on avait besoin d’elle ? Partie, elle aussi, je me sentais seule, je me sentais perdue, mon cerveau ramait de nouveau et je faillis mourir lorsque mon téléphone sonna. Mon télé­phone sonnait. Put… mon téléphone, Ada ?

Ce n’était pas Ada, juste le magasin du coin qui m’annonçait l’arrivée de ma baignoire. Je raccrochais au nez du vendeur et appelais Ada qui ne répondit pas. Il fallait que je fasse quelque chose, n’importe quoi pour ne plus me sentir si stupide.

Je m’occupais les mains pendant une journée interminable, rien ne retenait vraiment mon attention et je sursautais au moindre bruit. J’avais même réussi à me faire peur toute seule en laissant tomber un crayon. La journée tirait en longueur, mon esprit bloquait. J’avais fini par me mettre au démon­tage des placards, transportant les portes dehors pour les poncer puis les repeindre. Je n’avais pas encore décidé de la couleur, mais je fis quelques tests, mes gestes étaient mécaniques, peu précis, trop occupé qu’était mon cerveau à analyser, décortiquer, comprendre, faire des conclusions et leurs contraires. Usée par ce méli-mélo de pensées, je finis par aller me coucher sans manger pour m’endormir à peine la tête posée sur l’oreiller, la fatigue nerveuse l’emportant. Notez que si la fatigue physique permet un bon sommeil, la fatigue nerveuse pas du tout !

À mon réveil, j’évitais le salon et filait à la cuisine. Le rituel du café réveil neurones effectué, je me posais en face du tableau, les yeux fermés, je respirais à fond et lu le nouveau mot qui était sur le tableau. « Merci d’être restée et de me faire confiance. Content de voir que vous vous êtes enfin installée dans une chambre. Bonne journée Sophie. P.S. Je préfère le bleu pour les portes des placards, mais faites comme vous le souhaitez. P.P.S. Vous buvez trop de café. »

Ho, ha, et ? T’es pas ma mère fut ma première pensée. Ok, ça ne volait pas haut, lui faire confiance ? Il rigolait là ? C’était juste dingue et j’étais dingue. J’avais des hallucinations à force de rester seule voilà. Néanmoins tout cela semblait bien réel.

Je n’avais toujours pas réussi à décider quoi faire alors voire où cette situation allait me mener pour­quoi pas. Finalement toutes les solutions envisagées me semblaient dingues. Je notais une réponse dans ce sens et attaquais la peinture bleue des placards, c’était aussi ma préférée, nous avions au moins des goûts en commun, me figes-je en ricanant.

Mon humour refit son apparition dans la journée, finalement la maison était bel et bien hantée. D’un fantôme parlant français, s’il vous plaît. Ce qui expliquait pourquoi les anciens propriétaires avaient fuis. Que des emmerdes avec ces Européens ! Du coup, comme j’en étais une, nous devrions nous entendre.

C’est dans cet état d’esprit que j’attaquais les jours suivants. Mon fantôme communiquait. Tous les jours, je trouvais un mot, ça allait de la couleur d’un mur à la supplication de ne pas détruire telle chose ou telle autre, jusqu’à sa désapprobation maintes fois exprimé sur ma consommation de café. De quoi je me mêle avais-je fini par lui écrire qu’il laisse donc mon histoire d’amour avec le café en paix.

Je découvrais petit à petit les goûts très vieux jeu de mon colocataire fantôme. Il voulait tout conserver, je voulais moderniser. Il ne lâchait rien, allant jusqu’à récupérer ce que je jetais pour le remettre dans la maison. Je ne lâchais rien moi non plus, je n’allais pas me laisser faire comme ça. Je me découvrais têtue et ma confiance en moi augmentait de jour en jour face à cet adversaire invisible.

L’aide qu’il m’apporta durant cette période, me permit d’avancer plus vite que prévu. Le sol de la cuisine fut arraché puis la baignoire posée devant la maison par le livreur, fut magiquement mise en place pendant la nuit. Je l’avais découvert doué en menuiserie et le laissa refaire la table et réparer les chaises.

Cela fonctionnait bien, une relation de confiance se tissait et j’aimais de plus en plus l’idée de cette étrange colocation, néanmoins je refusais ses demandes de rencontre. Il ne s’en forma­lisait pas, attendait quelque jour puis relançait l’invitation que je refusais. Je ne me sentais pas prête à conforter l’idée que je me faisais de lui à travers nos échanges avec une réalité que je craignais moins agréable.

Non, je ne l’imaginais pas beau, craquant et super musclé, mais vieux, barbu, style ermite en perdition et cette idée de lui me le rendait sympathique, bien plus que la version musclée et beau. J’appréhendais tellement cette rencontre que lorsque je l’entendais travailler la nuit, je faisais semblant de dormir. Un jour, il me faudra accepter la rencontre, mais pour le moment cette relation dingue me convenait et calmait mes appréhensions.

L’été tirait à sa fin quand le grand projet du toit fut inscrit sur le tableau noir. Je ne pouvais pas le faire seul et l’entreprise contactée devait arriver dans trois jours. Je notais donc sur notre tableau, oui, c’était devenu le nôtre, notre moyen de communication, que le toit serait refait à partir de lundi et que si tout allait bien serait fini le vendredi.

J’étais contente que ce gros chantier soit fait avant l’hiver. L’entrepreneur, Francis, qui supporta mes ap­pels presque six semaines avant de craquer, devait s’en occuper. Pour être honnête, je ne gagnais que suite à l’inter­vention de Suzanne, sa tante, qui une fois que je l’avais, sans savoir leur lien de parenté, mise au courant de la situation, fonça sortir son neveu de son bureau pour lui faire promettre de venir dès la semaine suivante.

Je profitais de passer la soirée avec Ada qui depuis le début de la saison n’avait plus de temps pour rien. Elle passa son temps à pester sur les touristes et regardait d’un œil noir ceux qu’elle croisait en ville. D’amicale et char­mante durant son travail, elle se transformait en monstre dès qu’elle quittait son rôle de guide, pour mon plus grand plaisir.

Je passais une agréable soirée à l’écouter se plaindre des gens de la grande ville et de leur équipe­ment hors de prix, mais totalement inutile ici. Elle en avait après les gens stupides qui confondaient randonnée en montagne et balade au bord de mer, les baskets, pas faites pour marcher, mais pour frimer, les ongles peints qui ne servent à rien, les bottes pas « cassées » avant la marche et qui faisait des ampoules à des citadins surpris d’apprendre que si, il fallait les porter avant, ainsi qu’à tout ce ou ceux qui n’étaient pas faits pour la montagne. Je l’écoutais en souriant ne l’interrompant que pour lui dire combien elle avait raison. Je n’avais pas envie, vu son humeur, qu’elle me râle aussi dessus puis je rentrais, bien contente de ne pas voir ces gens-là autour de chez moi et je m’écroulais au fond de mon lit pour un repos bien mérité. Elle était presque plus fatigante que les travaux.

Chapitre 5

– Sophie, Sophie, s’il te plaît, réveille-toi !

Une voix rauque me parvenait dans mes rêves, une voix qui parlait français avec un accent.

– Sophie, réveille-toi !

L’odeur du café me chatouilla le nez, mmm, je m’étirais en soupirant.

– Sophie, c’est important, réveille-toi !

Une main se posa sur mon épaule et me secoua doucement. Une main ? Je sursautais renversant la tasse que tenait une autre main devant mon visage. Assise d’un coup, je fixais deux yeux noirs qui me fixaient et je hurlais. L’homme recula d’un bond et me dit doucement :

– Sophie, calme-toi, c’est moi Livius.

Me calmer ? Me calmer ! Il était dans ma chambre ! Je pris le coussin et le lui jetais à la figure.

– Dehors ! Hurlais-je.

Il recula les mains en avant.

– Je vais à la cuisine vous refaire du café, il faut que l’on parle.

Et, il me planta là.

Mon cœur menaçait de sortir de ma poitrine par ma gorge, mes mains et mes jambes tremblaient. Il me fallut un bon moment avant de me souvenir d’où j’étais et de qui pouvait bien être ce type, Li­vius. Je mis ma tête entre mes genoux, ce qui ne servit à rien, pris de grandes inspirations pour me calmer, ce qui ne servit à rien non plus et me levait. Il allait m’entendre ! Je vous jure qu’il allait m’entendre l’autre là.

Il était sagement assis à la cuisine, une tasse de café posé loin devant lui et un petit sourire gêné sur les lèvres. Brun, la quarantaine, les yeux noir charbon, un visage taillé à la hache et une fossette sur la joue droite, il semblait bien plus grand que moi, fin, mais pas maigre. Il était bien loin de l’image du SDF poilus squattant mon sous-sol que je m’étais faite. Pas mignon, non, ça marchait pour les chatons, mais pas pour lui, beau ? Oui, mais d’une beauté sombre, il se dégageait de lui une force incroyable qui me mettait mal à l’aise.

J’attrapais la tasse de mauvaise grâce et le fixait mé­chamment presque déçue qu’il ne soit pas le gentil ermite que j’avais imaginé.

– Je ne voulais pas vous faire peur, mais vous avez le sommeil plutôt profond. Me dit-il douce­ment.

Les accents rauques de sa voix étaient étonnants, je le fixais sans rien dire. Il me fixait, lui aussi, mais pas en me détaillant, il fixait mes yeux y cherchant quelque chose. Puis, il dit dans un demi-sourire :

– Pas trop déçue ?

Toujours ses yeux au fond des miens, déçue, non mais plutôt mourir que de le dire puis j’eus très chaud, mon visage virait au rouge pivoine, le sale traître.

– Enfin, non, enfin, ça va, enfin…

Et voici, Sophie, la reine de la conversation dans son œuvre la plus connue, les enfin en cascades. Il allait me prendre pour une idiote à bafouiller en rougissant comme ça.

– Je ne voulais pas vous faire peur.

– Tu ! Le coupais-je.

– Te faire peur, corrigea-t-il.

Je bus mon café pour me donner contenance. Il était infect, vraiment imbuvable ! Ce qui eu l’avan­tage de refroidir mes joues et de remettre mon attention sur autre chose que ce demi-sourire.

– C’est important, il fallait que nous parlions.

– J’avais cru comprendre, marmonnais-je le nez dans la tasse. Et, de quoi ?

– Des ouvriers pour le toit.

Je relevais la tête, le ton plus que désagréable qu’il avait, n’annonçait rien de bon.

– Ben quoi les ouvriers ?

– Je n’en veux pas.

Net, simple et glacial, cinq petits mots qui semblaient dire, ils viennent, ils sont morts.

– Et vous compter refaire le toit tout seul ? Demandais-je. Il faut changer une partie de la char­pente.

C’est bien le café dégueulasse, ça me garde sur ma réserve. Bon, soyons honnête, ce n’était pas du tout la première question que j’avais à lui poser et de loin. J’en avais plein, merde, j’aurais dû les noter.

– Pourquoi la charpente ?

Tiens ses sourcils se froncent et ses yeux semblent encore plus noirs.

– Pourri !

Puisqu’il économisait ses mots, j’allais en faire autant. Je me levais pour refaire du café, du bon cette fois, le laissant réfléchir et me disant qu’au lieu de parler de charpente, je devrais lui demander d’où il sortait et pourquoi il parlait français et zut à la fin.

– Vous buvez trop de café.

Ha, ben oui, ça aussi, c’était super important.

– Je sais vous me l’avez souvent écrit. Je suis fatiguée, j’aime le café et pour le moment, c’est comme cela.

– La charpente est vraiment abîmée ?

Retour brutal à la discussion super importante qui m’a sorti du lit.

– Oui, il y a des fuites, des tuiles se sont déplacées et à force la charpente a pourri. Il vaut mieux changer les poutres. Je ne sais pas faire.

Il soupira, moi aussi, plus fort, exprès.

– Moyen de raccourcir leur présence ?

– Enlever et remettre vous-même les tuiles.

– Toi.

– Quoi moi ? Ça va pas ?

– Si je te dis tu, toi aussi, pas toi enlèves les tuiles.

Il sourit, un vrai, pas le truc de travers à moitié. On avançait, super. Je lui souris en retour.

– Donc je disais, pour que ça aille plus vite il faut que TU enlèves les tuiles avant leur arrivée, lundi. Je ne monterais pas sur le toit.

– Je vais m’en occuper. Conclut-il

Il y eut un long silence, ben voyons il va s’en occuper et la marmotte… Puis j’éclatais me faire réveiller pour ça ?

– Et c’est tout, pourquoi c’est un problème ? Finalement, ils viennent de jour et tu as l’air de vivre la nuit, va savoir pourquoi. Je ne vois pas en quoi leur présence te dérange à ce point-là ? Franche­ment, tu te prends pour quoi, me réveiller en pleine nuit alors qu’un simple mot aurait suffi. Et puis d’où tu parles français et d’où tu sors et… et… et…

Je croisais un regard noir, des sourcils froncés, une bouche pincée. 

– Mais, c’est vrai, quoi, mais enfin ? Chevrotais-je en me rasseyant le nez dans ma tasse de café.

Rougissants, bafouillant et maintenant chevrotante, le tiercé de la honte dans l’ordre. La petite voix douce se fit entendre dans ma tête. Tiens, la revoilà celle-là : calme-toi, regarde-le, il ne rit pas.

Non, il ne riait pas, n’avait même plus l’air en colère, il me fixait d’un air interrogatif.

– Tu as raison, nous avons à parler, mais je te propose de remettre ça à la fin des travaux.

Finit-il par lâcher du bout des lèvres.

– Ho, alors dans dix ans plus ou moins si je dois tout finir avant. Grinçais-je.

– Non, le week-end prochain, je répondrais à tes questions.

Il était super sérieux, presque raide, pas fâché, mais mal à l’aise et pas franchement ravi d’avance.

– Mouais, ça marche, plus de réveil au milieu de la nuit et plus jamais tu n’entres dans ma chambre. Marchandais-je en plus.

– Sauf si urgence.

Vu SES urgences, je doutais qu’il tienne parole. Le prochain réveille aurait certainement lieu pour un problème de plomberie ou parce que j’aurais envie d’inviter Ada à la maison. D’ailleurs en y pen­sant :

– Au fait…

Il me coupa.

– Retourne te coucher, si tu arrives à dormir avec tout ce café. Il faut que je m’y mette si je veux finir pour lundi.

Et il me planta là.

Je pris ma tasse, remontais dans ma chambre et je m’y enfermais. Je restais un long moment à écou­ter les bruits venant du toit et à réfléchir à cette drôle de rencontre. Le bruit au-dessus de ma tête continuait toujours, c’est alors que ma petite voix recommença : il est pas mal le fantôme ! Oui, un peu brute de décoffrage, mais à quoi fallait-il s’attendre d’un homme qui vit caché dans un sous-sol. Il avait dû faire un effort de tenu pour moi. C’est vrai que je m’attendais à un ours poilu et revêche. J’avais un ours pas poilu et franchement aussi revêche qu’imaginé, mais plus craquant. Je pouffais dans mon coussin, me traitait d’idiote et fermais les yeux, soulagée que mon fantôme n’en soit pas un.

Il n’y avait aucun mot sur le tableau le lendemain matin. Je sortis dans le jardin et vus des piles de tuiles posées en tas régulier contre la maison, je rentrais, me préparais un grand petit déjeuner que je dégustais tranquillement au soleil. Oui, je traînais, et alors ? Je m’offrais le droit de ne rien faire aujourd’hui, si monsieur le colocataire voulait se la péter en démontant tout seul le toit, qu’il le fasse. Aujourd’hui ce serait sans moi.

Je finis par appeler Ada pour lui proposer une pizza en ville et je partis sans trop attendre rejoindre mon amie. Sa pizza avalée, elle lorgnait sur la mienne. Je lui en tendis presque la moitié. Mais où met­tait-elle tout ça ? Ada se remit à se plaindre des touristes. Je commençais à penser qu’elle le faisait exprès, au fond, elle devait adorer s’en moquer.

L’après-midi fila mais je n’avais pas envie de ren­trer, pas aujourd’hui alors Ada, ravie, me traîna au cinéma où ce jouait un marathon Seigneur des An­neaux. Du pop-corn, du coca et plein de cochonneries, nous tiendraient compagnie. Si je devais ap­précier une chose chez mon amie, c’était que nos goûts étaient pareils, en matière de cuisine, de livres et de cinéma.

Repus de plus de sucre que je n’en avais mangé depuis un an, avec une envie pipi à me fendre le crâne, c’est vers quatre heures du matin que je rentrais. Je me garais, filais à la salle de bain et à peine étais-je assise, qu’on y frappa.

– Tout va bien ? Fit une voix inquiète, tu…

C’est pas vrai, pas maintenant.

– Oui, un moment, j’arrive. Coupais-je.

Depuis mon arrivée il avait toujours été super discret et là… Mais c’est pas vrai, pouvais-je faire pipi en paix ? Et puis, il avait quoi à être inquiet. Je soupirais, encore, ça devenait une manie. Je sor­tais de là pour trouver mon colocataire assis à la table de la cuisine, il était inquiet cela se voyait.

– Tu vas bien ? Il est tard.

– Oui je vais bien, je suis sortie avec une amie. Nous sommes allées au cinéma et le temps de rentrer… Je haussais les épaules en faisant un geste de la main. J’avais envie de faire autre chose aujour­d’hui.

Il hocha la tête.

– Je m’en suis douté quand j’ai vu que rien n’avait bougé. Il avait l’air penaud. J’ai contrôlé si tes affaires étaient toujours là et comme le temps passait, je me suis demandé si tu avais un pro­blème ou un accident et puis il n’y avait pas de mot sur le tableau.

Le demi-sourire était de retour, ironique à souhait, contre lui cette fois-ci. Je le fixais interloquée.

– Je suis sortie, depuis quand dois-je te prévenir ?

Je retins de justesse le : tu n’es pas mon père qui arrivait dans ma bouche. Bien ma fille, tu progresses et une ânerie de non dite, une.

– Ce n’est pas habituel, se justifia-t-il, tu es plutôt du style à te coucher tôt.

– Je suis habituellement tellement fatiguée que même si je le voulais, je ne pourrais pas me cou­cher tard. Aujourd’hui j’ai fait une pause et pris du temps dehors. J’en avais besoin.

– À cause de moi ?

Là j’hésitais entre le oui, tu me rends dingue et le non, tu n’es pas le centre du monde ou alors un peu ? J’optais pour ce dernier.

– Un peu, je ne comprends pas tout, nous nous connaissons seulement par écrit et je n’étais pas vraiment prête à te rencontrer pour de vrai et un peu parce que Ada est ma seule amie ici et pas­ser du temps avec elle me fait du bien.

– Je comprends.

Il en avait de la chance, moi, pas grand-chose.

– Bon, maintenant que tu es rassuré et que tu m’as vu vivante, la couche-tôt que je suis ayant lar­gement dépassé son heure de coucher va aller dormir.

Je faillis aller l’embrasser pour lui dire bonne nuit, mais au secours, quelle gourde ! Je déviais vive­ment pour attraper une tasse que je remplis d’eau pour en faire quelque chose et je filais sans plus attendre dans les escaliers.

– Bonne nuit Sophie, fit-il juste derrière moi.

Je me retournais d’un coup et mon visage fini dans sa poitrine, ma tasse contre son ventre. Je recu­lais, renversais tout et bredouillais une bonne nuit gênée. Il souriait franchement, me fit un clin d’œil et me laissa en disant :

– Si tu le demandes, je veux bien te faire un bisou de bonne journée demain matin.

Il se moquait de moi, j’avais les joues en feu et merde. Il se moquait de moi et je ne trouvais rien à répondre. Je montais en écrasant chaque marche pour bien montrer mon énervement, ce qui le fit rire et me rendis encore plus énervée. Bref, il était plus que temps que je dorme, au moins au fond de mon lit, je n’allais pas faire ou dire de bêtises puis je me rendis compte, il s’était inquiété et sans comprendre pourquoi, j’en étais ravie.

Le lendemain, un mot sur le tableau me donna la rage nécessaire pour faire en une journée ce que j’avais prévu de faire en deux. C’est bien la rage, ça permet d’avancer. Pourquoi étais-je de cette humeur merveilleuse ? Le mot sur le tableau disait : je n’ai pas osé te réveiller d’un baiser, tu étais rentrée tard et au vu de tes ronflements, j’ai pensé qu’il valait mieux que tu te reposes encore. Bonne journée.

Ha, ha très drôle ! J’en avais mal aux côtes de rire. Du coup, c’est en imaginant la tête du comique nocturne que je lavais et frottais les meubles stockés dehors. En levant la tête, je pus voir que le clown avait presque fini de démonter le toit. Demain tout serait prêt pour le neveu de Suzanne. You­pi, comme ça mon colocataire à l’humour défaillant se calmerait. Allais-je, oui ou non lui répondre et que lui répondre. La fatigue avait eu raison de ma mauvaise humeur, mais je ne voulais pas le laisser gagner comme ça. Je pris le temps et notais : Seul un prince charmant aurait pu me réveiller d’un baiser pas un fantôme. Bonne nuit. Il comprendrait ou pas.

Le matin, je me levais courbaturée, tiens, ça faisait longtemps. Une bonne douche plus tard, ma deuxième tasse de café en main, je regardais sur le tableau sa réponse : Je ne suis pas UN fantôme, mais je veux bien être le tien ! Bonne journée, ma belle au bois dormant.

Ok, Il avait gagné, car c’est en souriant que j’ouvrais aux ouvriers qui se présentèrent devant la porte. Francis me dit :

– C’est sympa d’avoir avancé le travail, tante Suzanne m’a fait promettre de venir cette semaine. Cependant, j’ai un autre chantier en cours. Il faudra que tu m’expliques comment tu as fait, sans vouloir être impoli, tu ne ressembles pas vraiment à une force de la nature.

Je ne répondis rien, mais il me faudrait penser à remercier mon fantôme pas charmant parce que si Francis n’avait qu’une semaine, l’opération rénovation du toit aurait capoté. Ce que je n’avais pas pré­vu, c’est l’énorme engin qui arriva peu après et auquel il fallut faire de la place.

Malgré mes doutes, Francis et son équipe travaillaient vraiment bien. Mémo personnel, faire plus confiance aux dires de Suzanne. En fin de journée, son équipe partie, Francis traîna pour boire une bière et discuter un peu.

Il m’avait vu au cinéma avec Ada et me demanda très sérieusement si j’avais choisi d’y aller ou si Ada m’y avait traînée de force. J’allais lui répondre sèchement quand j’aperçus son regard pétiller.

Je fronçais les sourcils et demanda pourquoi ?

– Je la connais depuis son arrivée, me confie-t-il. Elle était en classe avec mon frère. Sa réputation de terreur est méritée crois-moi. Elle en a fait voir à tous à son arrivée, une vraie rebelle.

J’en ris et lui répondis que non, j’aimais ce genre de film et que je les avais déjà vus plusieurs fois et que la seule chose que je pouvais reprocher à mon amie, c’était cette extraordinaire énergie. Elle m’épuisait parfois.

Il était parfaitement d’accord, nous avons parlé de tout et de rien, soudain il me dit que sa tante m’attendait pour manger samedi soir. Il avait failli oublier, elle ne l’aurait pas pardonné. Il me fit un clin d’œil puis me souhaita bonne soirée et fila avant même que je puisse refuser l’invitation.

L’urgence pour le moment était de me couler dans un bon bain chaud, le reste attendrait.

Le reste attendit plus que prévu, je m’étais endormie. Je sortis de là alors que la nuit était déjà tombée. Mince, j’avais trempé sacrément longtemps et je mourrais de faim. Je me séchais rapidement puis entourais ma serviette autour de mes cheveux et filais à la cuisine mettre mon repas à réchauffer, l’estomac gar­gouillant d’anticipation. J’y pénétrais comme un courant d’air et me figeais net.

Il était là, devant le micro-onde, un bol fumant à la main et son regard, ho, mon Dieu son regard. De surpris, il se fit curieux puis ravi ? Je le fixais et je réalisais en voyant son sourire apparaître que j’étais nue, une serviette enroulée sur ma tête comme seul vêtement. Et merde, merde, merde…

Mes pieds firent un demi-tour tandis que mes mains attrapaient le linge et le déplaçaient de ma tête à mon corps. Les escaliers furent montés en 2 secondes, la porte de ma chambre claquée et c’est trem­blante que je m’y appuyais pour reprendre mon souffle.

Non mais c’est pas vrai, il venait de me voire nue. J’étais passée par tous les rouges connus pour fi­nir avec un qui en plus chauffait sur mes joues. Je glissais le long de la porte et me pris la tête entre les bras. Je ne suis pas pudique, mais pas franchement à l’aise quand je suis nue. Je restais as­sise contre la porte en me sermonnant. Il n’y avait pas de drame, ce n’était rien, enfin, c’était pas grand-chose et puis il n’avait rien dit, pensé, j’en étais sûre, mais rien dit, c’était déjà ça de pris. Je reprenais contenance petit à petit et le léger coup donner contre ma porte me sortit de ma tornade de pensées.

– Sophie ? Ça va ?

Mon nom était juste soufflé très bas, doucement, presque un murmure. Il voulait juste me faire sa­voir qu’il était là.

– Oui ! J’arrive, un instant, dis-je.

Bon, finalement, il m’avait vu nue et puis ? C’était un accident rien de plus. Reprends-toi, tu n’es pas une nonne ! Lui peut-être, n’était-il pas ermite ? Il n’a même pas fait un geste alors arrête de baliser. Puis l’image me frap­pa, je l’imaginais en nonne. Mais c’est pas vrai ! L’image de mon fantôme en nonne flotta un mo­ment dans mon esprit et me permit de finir de me calmer. Le ridicule ne tue pas et l’imaginer ainsi me permettait de dédramatiser.

Arrivée à la cuisine, je vis que le bol était lavé, posé sur l’évier et lui était assis sagement à table. Je lui fis un petit signe de tête pour me donner contenance. Je fouillais dans mon frigo et en sorti un sandwich. Mon repas en main, j’allais m’asseoir en face de celui qui n’avait rien dit de­puis mon arrivée.

– Bonsoir Sophie, dure journée ?

Il parlait tranquillement, d’accord, faisons comme si rien ne s’était passé.

– Oui, épuisante ! Il a fallu faire de la place pour la grue et je me suis endormie dans la baignoire.

Bien, ma grande, tu n’as même pas bafouillé, tu as parlé normalement. Je fixais mon assiette, seul moyen que j’avais trouvé de ne pas le regarder. Un doigt vint se loger sous mon menton pour le sou­lever et ses yeux noirs cherchèrent les miens.

– Ne te prends pas la tête. Tu n’es pas la première femme que je vois nue et je te promets que tu ne risques rien !

Il avait un regard si sérieux et un sourire doux. Il ne lâchait pas mes yeux y cherchant je ne sais quoi. Je devais le prendre comment le : tu ne risques rien ? Je suis moche, c’est ça ? Ou il est gay ?

– Merci, mais je n’ai pas aimé la surprise.

Il sourit malicieux.

– Moi, oui et j’ai apprécié !

Il appuya ses dires d’un clin d’œil et me voyant rougir, il redevint sérieux et dit :

– Parlons d’autre chose, donc la journée fut fatigante, mais les travaux ont bien avancé.

– Oui, soufflais-je, le toit est démonté, plus vite que je ne le pensais. Francis et son équipe ont bien travaillé.

Il fronça les sourcils.

– Francis ?

– Oui, le charpentier où je ne sais quoi, le neveu de Suzanne, son entreprise est en ville.

– Et donc, les travaux dureront encore combien de jours ?

Il y avait comme un agacement dans sa voix, lui et sa sacro-sainte tranquillité !

– Demain, ils attaquent le remplacement. Francis m’a promis que ça ira vite. Ils sont venus en nombre pour finir au plus vite. Il est resté un mo­ment pour parler après sa journée, il m’a vu avec Ada au cinéma et m’a raconté les bêtises qu’elle avait faites plus jeune.

Je souriais à ce souvenir mais, quand je croisais son regard, mon sourire disparut. Il semblait fu­rieux et je ne comprenais pas ce que j’avais bien pu dire pour le mettre de cette humeur. Trop crevée pour y réfléchir et surtout bien décidé à ne plus réfléchir en ce qui le concernait, sinon j’allais paniquer et probablement déménager ailleurs. Encore une fuite et celle-là, je ne voulais pas la faire donc tout était normal venant de lui. Je biaisais.

– Je n’ai plus faim, je vais aller me coucher, demain sera encore une journée compliquée. Bonne nuit Livius.

– Bonne nuit, Sophie.

Je sentis son regard me suivre jusqu’aux escaliers et une fois dans ma chambre, je pris un minuscule temps pour réfléchir à cet étrange moment. Son humeur était si changeante que j’avais du mal à suivre. Il devait avoir passé trop de temps seul, puis son image en nonne revint à mon esprit et je fus pris d’un véri­table fou-rire qui me détendit et me permit de dormir sans rêves.

Chapitre 6

Francis était à l’heure et à la pause nous avons discuté de mon arrivée et des bruits qui courrait sur moi, alimentés par mon amitié avec Ada et des différences entre ici et l’Europe. Discussion lancée car se plaignait-il, mon café avait failli les tueuses et qu’Ada le buvait de la même manière. Je veux bien reconnaître qu’entre un expresso italien et le jus de chaussette servi dans le coin, la différence pouvait surprendre, mais j’insistais, le mien était meilleur, ils n’étaient que des mauviettes.

Je lui fis promettre de demander à Suzanne de ne pas en faire trop, précisant que je ne mangeais pas beau­coup et je ne buvais que peu d’alcool et lui rappelant que je devais encore rentrer. Il me promit de transmettre le message, mais précisa qu’avec sa tante, je n’aurais pas d’autre choix que de manger et boire. Au pire, il se ferait un plaisir de me ramener puisqu’il serait présent ainsi que la moitié de la famille ou je pourrais demander à Ada qui venait elle aussi.

Voyant ma tête, il se mit à rire et fuit avant que je ne puisse lui dire que non, je ne viendrais pas. Une fois assez loin de moi, il me dit en criant :

– Tu as dit oui, alors tu viens.

Il était mort de rire. Je m’étais fait avoir. Mais pourquoi avais-je accepté sans demander d’abord ce qui était prévu ?

Le soir arrivait et la seule chose que je souhaitais en ce moment était un bon repas suivit d’un dodo de compétition. Je traînais des pieds en entrant dans la cuisine, hésitais un instant et me fit des crêpes. Je sursautais en entendant un bonsoir, lancé depuis la porte. Mon colocataire était là, appuyé contre le mur et n’avait pas exactement la tête des bons jours.

– Ça sent bon, que prépares-tu ?

– Bonsoir, des crêpes, tu en veux ?

– Non merci, à plus tard, bon appétit.

Je répondis dans le vide un : merci bonne soirée. Il n’était déjà plus là, à croire que de me croiser le soir le dérangeait. Bon sang qu’est-ce qui m’avait pris d’accepter sa présence ? En étant honnête, je pense qu’une partie de moi était ravie de ne pas être seule, dur de changer du tout au tout en si peu de temps. La petite fille n’était jamais loin et faisait des retours pas toujours agréables pour celle que je souhaitais devenir.

Allez arrête, tu ne vas pas recommencer les prises de tête, à table, made­moiselle Sophie et au dodo !

Je ne l’ai pas revu. A vrai dire, je faisais attention de ne pas traîner plus tard que les journées d’été me le permettaient. Je filais dans ma chambre avant que la nuit n’arrive. Je laissais des petits mots, il y répondait et voilà, la situation me convenait.

Les tuiles retrouvaient le toit, le bruit du marteau ne m’avait pas vraiment dérangé, mon désagréable fantôme semblait attendre que je sois profondément endormie pour s’y mettre. Oui, bon d’accord, il n’était pas si désagréable que ça. Il faisait attention à moi, mais franchement il n’était pas facile à cerner.

Le vendredi matin, la note sur le tableau disait : le toit est presque fini, qu’as-tu prévu ? Sans signa­ture, sans bonjour. Alors, j’avais bien le droit de le trouver désagréable, non ? J’y avais répondu : comme je sors samedi soir, je pense que nous pouvons nous offrir un week-end tranquille, lundi il faudra attaquer les fenêtres.

Soit, j’avais maintenant une cuisine remise à neuf, une salle de bain de luxe, hé oui, j’avais bossé pour, un toit qui ne fuyait plus, mais je n’avais toujours pas changé les fenêtres. Les nouvelles achetées par les anciens propriétaires attendaient dehors et la cheminée ne servirait à rien si les courants d’air persistaient. Mais ce soir je sortais et franchement, j’en avais envie même si je craignais un peu le nombre d’invités présent. Au matin j’avais trouvé une note : amusez-vous bien avec votre Francis. Mais que diable venait faire Francis là-dedans ? Je répondais à l’invi­tation de Suzanne.

La journée s’étira, vraiment, beaucoup, horriblement. Je me traînais d’un coin à l’autre réfléchis­sant un moment à ce que je devais encore faire, un autre à cette étrange colocation ou plutôt au ca­ractère de mon fantôme, réussissant à ne rien faire de concret.

Je décidais de me préparer et de par­tir en ville. J’envoyais un message à Ada, priant pour qu’elle soit libre et abandonnais mon chantier, ma maison, mon fantôme et je l’espérais mes interrogations. Ada n’était pas libre, oh surprise. Je flânais donc en ville, le lèche-vitrine reste une occupation comme une autre.

À dix-neuf heures tapantes, une Ada survoltée, normale quoi, me sauta dessus pour m’emmener chez Su­zanne, imposant de prendre sa voiture et d’y arriver ensemble sans me laisser le temps de répondre. Je suivis en soupirant, elle m’y traînait en rayonnant, c’est donc avec des sentiments complètement différents que nous sommes arrivées, bien qu’elle m’ait assuré durant le trajet que j’allais adorer.

Ada entra sans frapper, criant :

– Coucou, c’est nous.

Auquel une dizaine de voix répondirent. Mince, mais ils étaient combien ? Une Suzanne en tablier à petite fleur surgit devant moi, me prit dans ses bras, me cassant sûrement deux côtes, me claqua deux énormes et bruyantes bises sur les joues en me souhaitant la bienvenue. Relâchée d’un coup, de cette formidable étreinte, je faillis tomber à la renverse. Je fus retenue par Francis qui murmura à mon oreille.

– Suzanne est un peu démonstrative, tu vas t’en remettre ?

Le ton était moqueur à souhait alors qu’il m’attirait contre lui en me retour­nant pour me claquer, lui aussi, deux énormes bises sur les joues.

Je rencontrais d’un coup, le mari de Suzanne, leurs enfants, un frère de je ne sais plus qui, le cousin de truc et un ami de la famille ou un membre de la famille, une amie de cousin truc et quelques autres personnes dont je ne compris ni le lien avec les autres, ni d’où ils pouvaient bien sortir. Je ne reteins aucun nom, fus embrassée à chaque fois et finis par me retrouver assise sur un canapé avec une assiette de petits fours sur les genoux. Étourdie, épuisée et pas vraiment sûre de ce qui venait de se passer, je subissais les conversations plus que je n’y participais.

Le reste de la soirée fut semblable, un peu comme se retrouver à une fête de famille, mais pas la sienne, où les repères sont inexistants et les gens, trop heureux de vous y accueillir, vous noient sous une tonne d’anecdotes dont vous ne comprenez rien. Je serais ingrate de dire que je passais une mauvaise soirée, car ce ne fut pas le cas, juste que je me sentais un peu submergée par tant de pa­roles, de gens et de nourriture.

À vrai dire, surtout de nourriture, Suzanne remplissait mon assiette de tout, de beaucoup, tout le temps. Elle semblait trouver que je devais prendre dix kilos avant la fin de la soirée. Ada à ma droite vidait régulièrement mon assiette. Je la remerciais à chaque fois par une grimace de soulagement. Je dois avouer que j’attendais le café avec impatience bien que je craignais qu’il ne soit que le jus de chaussette, habituel ici. Quel ne fut pas ma surprise quand je vis arriver devant mon nez un café dont l’arôme ne pouvait tromper, un vrai café ! Je le fixais un mo­ment puis en levant la tête, je vis Suzanne me faire un sourire.

– C’est ce que tu appelles du vrai café, non ?

– Oui, il semble parfait, merci

– Tu vois je t’avais dit, triple dose pour elle.

Je fixais Ada.

– Triple ? Mais, ils boivent de l’eau colorée ?

Mon air faussement effaré les fit rire aux larmes et Suzanne finit par répondre.

– Ada aussi, aime le café trop fort.

Elle leva les yeux aux ciels.

– Tu vois ce que j’ai dû endurer avant ton arrivée. Ils étaient tous persuadés que je faisais exprès de les contredire.

Alors que depuis que tu es là, ils savent que c’est juste une différence, notable cependant, entre eux et le reste du monde.

– Une vraie faute de goût d’ailleurs, ajoutais-je en rigolant.

Ada opina de la tête, Suzanne et Francis soupirèrent et le reste de la tablée se lança dans une discus­sion animée sur les différentes habitudes selon les régions. J’appris ainsi que Suzanne venait d’une famille anglaise, que le cousin truc avait de la famille en Australie et qu’en fait presque personne ici, n’était natif du coin.

Je me sentais un peu moins perdue dans cette assemblée, qui m’avait acceptée comme l’une des leurs. Ada me souriait. Suzanne s’inquiétait que j’aie assez mangé. Francis expli­quait à son père ou au mari de Suzanne ou à l’oncle machin, je n’en savais rien, les travaux que j’avais déjà faits dans ma maison. Celui-ci me félicitait en me demandant ce que je devais encore faire et la soirée avançait.

Lancée dans une discussion animée avec Francis, un mouvement avait attiré mon attention, une ombre derrière la fenêtre, une ombre que j’avais l’impression de connaître. Je fronçais les sourcils pour comprendre. L’ombre avait déjà disparu. Francis interprétant de travers mon froncement de sourcil, me dit :

– Je sais que c’est beaucoup de travail, mais il faut le faire, ta sécurité compte.

Je le fixais complètement perdue, mais de quoi parlait-il ? Ha oui, la cheminée…

– Je sais bien, il faut que je le fasse correctement, mais je ne sais pas si j’arriverai à tout finir avant l’hiver.

Il se lança dans une longue explication sur l’importance du risque incendie, ouf, bien rattrapé. Je perdis le fil de la conversation, perdue dans mes pensées. Francis fini par décréter que j’étais trop fatiguée et que je devais rentrer. Il héla Ada pour qu’elle me reconduise et en quelques minutes j’étais assise dans une voiture ceinture bouclée et la tête remplie de faites attention, bonne nuit, à bientôt, repose-toi ! Les joues encore vibrantes de baisers plaqués avec force et les côtes doulou­reuses d’étreintes énergiques, sans trop bien comprendre comment j’étais arrivée là. Je trouvais Ada épuisante, elle était calme et zen comparée au reste des invités. J’étais épuisée.

Le retour se fit dans le calme habituel d’Ada, elle parla non-stop.

– Alors tu vois, ils sont sympas non ? Je sais que ça fait beaucoup en une fois, mais tu verras tu t’y feras. Suzanne t’attend samedi prochain. C’est cool, non ? Comme ça, tu vas rencontrer tout le monde. Enfin tous les amis de Suzanne et sa famille. Tu seras plus vite adoptée. Ils t’ont trouvé adorable. Tu fais déjà partie des habitants, tu sais, pour beaucoup le boulot que tu as fait…

Je n’écoutais qu’à moitié, en partie parce qu’affolée à l’idée de remettre ça dans une semaine, en partie parce que inquiète, sans trop savoir pourquoi de ce qui m’attendait à la maison.

Sortie du dernier contour, la vue de ma maison dont la cuisine était éclairée, m’affola d’un coup. Je criais presque à Ada de s’arrêter là, tout de suite. Elle planta sur les freins et regardant de tous les côtés, elle me demanda pour­quoi.

– Il y avait un écureuil, fut la seule réponse que je trouvais. Enfin, j’ai cru. Je crois que j’ai dû m’endormir. Laisse-moi ici un peu d’air me fera du bien.

– Tu en es sûr ?

– On y est presque, je t’assure que ça me fera du bien.

Dix minutes plus tard, après avoir promis que, si, j’avais besoin d’un peu d’air et que non, je ne traî­nerai pas et que oui, j’avais probablement oublié d’éteindre les lumières. Dis trente fois merci et bonne soirée, assuré que je viendrais samedi prochain et que j’avais a-do-ré la soirée, je pus sortir de la voiture.

J’attendais en faisant au revoir de la main qu’elle fasse demi-tour avant d’avancer vers la lumière, mais quelle idiote j’étais de ne pas avoir pensé que mon colocataire pourrait être là. Il faudrait sortir de ce secret tôt ou tard et tôt serait mieux pour mes nerfs.

Alors que j’avançais dans le jardin, je le vis assis sur les marches devant la cuisine. Il me fixait sans rien dire. Arrivée à sa hauteur, je m’assis mal à l’aise et je me mis à fixer les objets que la lumière de la cuisine faisait apparaître sur le sol. Je sentais toujours son regard sur moi puis un murmure.

– Alors tu as passé une bonne soirée ?

– Oui, un rien étourdissante, mais la famille de Suzanne est vraiment adorable. Je suis invitée sa­medi prochain.

– Je vois.

– Tu vois quoi ?

Il ne répondit rien et son regard se perdit dans le vide.

– Tu vois quoi ? Insistais-je

– Tu t’adaptes plutôt bien.

– C’est gentil, mais là j’ai plutôt l’impression d’avoir survécu à un typhon.

Je me massais les côtes en souriant. Un typhon de bisous et de câlins qui m’avait laissée tout étour­die et pas complètement remise.

– Fait attention aux gens de la ville, ils ne sont pas tous comme Suzanne.

– Parce qu’il y en a d’autre comme Suzanne ou Ada ?

– Je disais juste que tout le monde ici, n’est pas aussi amical qu’elles.

– Je pense bien mais…

– Mais tu verras bien, fais juste attention !

– Côté gens incorrects, je pense avoir un peu de… enfin, j’en ai connu et je ne pense pas que, enfin… pas Suzanne en tout cas.

– Sois prudente, c’est tout.

Lâché dans un souffle comme à contre-cœur, une petite phrase de rien du tout qui me fit du bien. Bon sang, je m’étais attaché à lui au fil des jours et son absence due à sa froideur et sa colère des derniers temps m’avait plus blessée que je ne voulais l’admettre alors cette petite phrase me faisait du bien.

– Je tiens à toi aussi.

Je lui répondis en l’embrassant sur la joue. Je me levais, filais à la cuisine. Avant même d’y parvenir je sentis deux bras me saisir la taille, une tête se nicher dans mon cou et deux lèvres remuer contre ma peau. Un baiser doux, un soupir puis au creux de mon oreille un souffle rauque.

– Va te coucher il est tard, petit ange.

Il m’avait embrassée juste en dessous de l’oreille provoquant une pluie de frissons. Ses mains libé­rèrent mes hanches et alors que son corps s’éloignait du mien, j’eus froid. Je me retournais pour trouver la cuisine vide. Je restais là, ébranlée. C’était quoi ça ? Non, pas le baiser, pas son com­portement, mais ma réaction. Je suis pas idiote, c’était clairement du désir, mais je ne voulais pas. Je ne voulais pas ressentir de désir pour mon fantôme, pas plus que pour aucuns autres hommes du coin. Désirer quelqu’un c’est le bordel, ça me met la tête à l’envers, m’empêche de réfléchir et je vire stupide et soupirante, incapable de voir les défauts, avalant les mensonges comme du petit lait et me laissant berner, j’y étais déjà passée. Stop, stop, stop, hors de question de. Bien décidée à ne pas me laisser aller, je filais sous la douche pour me calmer parce que oui, mon corps lui, était un imbé­cile de première. Et, merde, je ne suis pas une sainte ! Loin de là ! J’ai des besoins comme tout le monde, mais je ne voulais plus avoir envie de, enfin si, mais pas comme ça, pas maintenant, pas lui.

Je ne le revis plus, le tableau noir repris son usage premier. Je notais le programme, il indiquait ce qui était fait, je lui souhaitais bonne soirée, il me souhaitait bonne journée. Mes nuits restaient com­pliquées, mon esprit l’imaginant devant ma porte, elles n’étaient plus vraiment reposantes. Je m’épuisais pendant la journée pour tenter de dormir. Je m’épuisais pendant la nuit pour tenter de ne pas penser, mais je tins bon.

Le samedi arriva comme un sauveur. J’allais faire face à plusieurs ouragans amicaux, mais cela me semblait plus calme et reposant que la semaine qui venait de passer. Je ne fus pas déçue. Il y avait encore plus de monde, dont bien sûr, je ne retins aucun nom, trop à manger, merci Ada, beau­coup de bruits, de rires et une Suzanne inquiète de ma petite mine. Mes joues et mes côtes subirent les assauts affectueux de tout le monde à l’arrivée comme au départ.

Je rentrais pour trouver la lumière de la cuisine allumée, mais personne ne s’y trouvait. Un mot sur le tableau me souhaitait une bonne soirée et une bonne nuit, c’était la seule trace de mon fantôme.

Les semaines se suivirent sur le même modèle ou presque. Mon cerveau reprenait le dessus, mes nuits se firent plus calmes, sans ruminations interminables sur mon colocataire et je pus me reposer vraiment.

La cheminée fut inspectée, réparée et attestée sans danger par un ami de Francis, David qui m’invita à sortir à chacune de ses visites. Il reçut la même réponse que celle donnée à Francis au cours des derniers samedi : merci, mais non merci. J’allais finir par être taxée de pénible ou de vieille fille frigide. Ada fut d’une aide précieuse en précisant à tous les invités de Suzanne, le samedi suivant, alors que Francis se montrait insistant, que, vu mon passé, un homme n’était pas une urgence pour le moment. Ils en conclurent que j’avais eu une grave déception, ce qui n’était pas faux, ce qui amena Francis à s’excuser de son insistance et à clore une fois pour toute, le sujet.

Sauf que si je m’en étais remise et que j’aurais pu faire de la place à un nouvel amant, même si je ne désirais ni David, ni Francis. Parce que pour le moment la situation n’était pas aussi simple que si mon fantôme n’existait pas.

L’automne s’installa, les journées raccourcissant, il me devenait de plus en plus pénible de me

coucher avant le soleil. Il fallait trouver un autre accord au moins avant l’hiver. Le tableau noir se vit promu médiateur. Je le couvrais de : il faut que l’on parle, formulés de toutes les manières pos­sibles et imaginables, auquel étaient répondu des : de quoi, sans autres commentaires.

Je tentais une autre approche en la jouant claire et nette : qu’allons-nous faire cet hiver, les jours raccourcissent et il serait bien que l’on trouve un moyen de cohabiter, à quoi me fut répondu un : ça ira, laconique.

Mon colocataire avait coupé suffisamment de bois pour chauffer la maison, au moins plusieurs hivers ou lors d’une mini glaciation, nettoyé le jardin de tout ce que j’y avais stocké et l’avait parfaitement rangé dans la cabane en bois qu’il avait construite. J’avais quant à moi, fini de changer les fenêtres et repeint le salon et une partie des chambres. Un canapé avait fait son apparition ainsi qu’une télé­vision et surtout d’un lecteur DVD. L’installation de ma super bibliothèque était en cours, car à force de me coucher avant le soleil, j’avais fini par dévaliser la petite librairie du coin, étonnant…

La maison perdait petit à petit son air de maison hantée et prenait doucement l’apparence du foyer que j’avais vu en elle.

Je laissais tomber les tentatives de discussions en septembre. Finalement, si nous devions nous croiser, arrivera ce qui devait arriver. Les jours devenant de plus en plus courts, je refusais de me ranger dans ma chambre de plus en plus tôt. Je l’annonçais sur le tableau, n’y trouvais aucune réponse le lendemain, excepté le “bonne journée” habituel.

Je m’intégrais beaucoup, grâce à Suzanne, un peu à contre-cœur à cause de mon fantôme. Je com­mençais à retenir les visages, quelques noms, pas beaucoup, je l’avoue. Je saluais gaiement les gens en ville, sortais de plus en plus le soir et me fis une nouvelle amie.

Elle travaillait dans une boutique qui vendait des articles artisanaux. Boutique ouverte en saison et qui pratiquait la vente à la tête du client. Je m’explique, un prix pour les touristes, un pour les habi­tants, un autre pour les habitués. Il valait mieux y arriver avec quelqu’un de connu du propriétaire ou de la vendeuse, ce que j’appris plus tard.

La première fois que j’y entrais, je craquais littéralement pour un tapis aux couleurs vivent, remplis de dessins stylisé d’animaux du coin. Quand je demandais le prix, je pâlis. Non, mais je devais vendre un rein pour l’avoir ? Je ne l’achetais pas, mais pris une petite lampe dont le prix me sembla plus correct. J’y retournais plusieurs fois et finis par engager la conversation avec la petite rousse derrière la caisse. Elle se nommait Théa et avait appris depuis peu que je n’étais pas une touriste. Elle était rouge de la tête aux pieds quand elle me présenta ses ex­cuses pour le prix demandé lors de mes achats précédent. C’est ainsi, que j’appris qu’en ville les touristes, comment dire, on les saignait volontiers alors qu’on faisait attention à ne pas exagérer avec les gens du coin. Ce qui expliquait pourquoi Ada m’avait traînée partout en me présentant comme une amie.

Les prix baissèrent sérieusement après notre discussion et je repartis avec le tapis qui soudain était tout à fait dans mes moyens. J’eus même droit à une remise important en guise d’excuse. Tapis et lampes voyagèrent de la boutique à la maison suivit par un couvre-lit en patchwork livré, un mer­credi, par une petite rousse survoltée comme tout le monde ou presque ici.

Elle resta manger puis revint le mercredi suivant puis Ada pris le temps de se joindre à nous puis le mercredi soir fut le re­pas copine de la semaine. Finalement, les habitudes se prenaient vite ici sauf une…

Chapitre 7

Je ne me faisais pas à l’idée de ne plus revoir mon fantôme qui comme au début se montrait discret, tellement que si des mots n’apparaissaient pas sur le tableau, j’aurais pu le croire parti. Alors que je m’étais fait tout un monde de sa présence, je n’avais plus envie de le voir disparaître. Je devais recon­naître que j’avais pris l’habitude et qu’il avait pris une place importante dans ma vie et si on excluait le passage du baiser dans le cou, il s’était comporté en grand frère. Bien que je n’aimais pas trop l’idée qu’il me voit comme une sœur. Il me manquait. Je me l’étais avoué un soir alors qu’enroulée dans une couverture devant la télévision, je me retrouvais à parler à voix haute. Stupide moi !

J’avais rencontré Théa, j’allais manger tous les dimanches chez Suzanne. Oh, j’avais oublié de vous dire, les repas du samedi soir ne permettant pas au plus jeune de profiter du cinéma ou de diffé­rentes sorties entre amis, le repas fut déplacé au dimanche midi enfin au dimanche une heure puis transformer en brunch. Je disais donc, le samedi, sorties, le dimanche, gavage chez Suzanne, le mer­credi, repas filles, le reste de la semaine, nettoyages, peintures et aménagement. Je n’avais pas le temps de m’ennuyer et pourtant je m’ennuyais. Je m’ennuyais de mon fantôme qui portait beau­coup trop bien son surnom depuis quelques semaines.

Septembre passa, octobre pointant le bout de son nez Ada devint comme folle. Son amour des tou­ristes ne se démentait pas et les repas du mercredi s’enrichirent de longues tirades sur la bêtise et les âneries de ses clients adorés, le tout saupoudré par les arnaques du boss de Théa. J’avais mal au ventre à force de rires. Le repas finissait toujours par la promesse de ne rien dire de ce qu’elles m’avaient confié, promesse que je renouvelais sans soucis, tellement j’aimais les entendre raconter leurs petites et grosses arnaques.

Octobre était aussi une période folle pour Suzanne et pour la moitié de la ville, la fête du saint patron de la ville ou du premier colon, selon les sources consultées, avait lieu le deuxième samedi du mois et monopolisait toute âme charitable à la ronde. Je fus engagée sans avoir pu dire non, ni bien com­pris comment d’ailleurs, pour tenir un stand de tartes fabriquées par toutes les femmes du coin. Juste pour la matinée m’avait promis Suzanne.

Je me retrouvais donc affublée du magnifique tablier à fleur de ladite Suzanne. C’est pas sérieux de vendre des tartes sans tablier avait-elle répliqué à ma protestation, placée derrière trois énormes tables croulantes sous des tartes à tout, des myrtilles à la viande en passant par les pommes ou le poulet. Je n’allais jamais savoir laquelle était à quoi. Je me voyais déjà vendre du poulet à la place des fraises et me faire hurler dessus par un touriste mécon­tent, mais je ne vis pas un seul touriste. Les tartes partirent comme des petits pains, achetées presque en­tières qui par le frère de la cuisinière qui par le mari. Je compris au fil de la matinée que les hommes du coin venaient acheter les tartes de leur cuisinière pour éviter que celles-ci, les tartes pas les cuisi­nières, ne restent invendues au soir et provoque le désespoir de celle-ci. Une jolie preuve d’amour vite démentie par un jeune homme qui me dit que si elle n’est pas vendue ce soir, ce serait à lui de la manger. Il me fit un clin d’œil et disparut avec la tarte. Voilà pourquoi avant même la fin de la matinée, j’avais tout vendu.

Suzanne apparue sur le coup dès onze heures m’expliqua que c’était parti plus vite que les autres an­nées. Normal, je ne connaissais pas assez les gens d’ici pour savoir qui avait fait quelle tarte. Je la re­gardais consterner et elle se mit à rire.

– Ne t’en fais pas, c’est tous les ans pareil, me consola la voix d’Ada, Suzanne a juste profité que tu sois moins connue pour se débarrasser au plus vite de tout ça. De plus l’argent va servir pour ré­nover le parc alors c’est pour la bonne cause.

Mouais, je retirais le tablier à fleur en ignorant le : ho, non il te va si bien, de ma future ex-amie et le tendis à Suzanne.

– Allez les jeunes, filez profiter de la journée, il y a plein à faire.

Finalement, je me consolais en m’octroyant le titre de vendeuse la plus rapide de la ville. Titre validé par Théa quand je lui expliquais. Elle tenait un stand rempli de comment dire, de trucs étranges, sur tout était indiqué artisans de la région et pour être honnête, je ne suis pas fan des animaux empaillés, ni des fourrures où l’on voit la tête de l’animal. Si je comprenais bien l’avantage de la fourrure dans le coin où les hivers étaient froids, je n’étais pas pour. Mon côté citadin restait bloqué sur l’idée que pour avoir de quoi faire tout cela, il avait fallu tuer un animal et je n’arrivais même pas à tuer les araignées alors, c’était incompréhensible pour moi et voilà. Mes deux amies levèrent dans un bel ensemble, les yeux au ciel. Je leur tirais la langue, fis promettre à Théa de nous rejoindre plus tard et filais au stand suivant.

Remplie à ras bord de hot-dogs, de gaufres et d’un tas d’autres nourritures grasses et sucrées, trois na­nas tentaient de digérer, affalées sur un banc. Même Ada avait déclaré forfait, c’est dire. Armées d’une tisane digestive, avait dit la vendeuse du stand, nous tentions de faire discret les burps que nos estomacs produisaient. Sexy les nanas. La soirée était déjà bien entamée et s’il n’y avait eu un feu d’artifice prévu dans un peu moins de trente minutes, je serais déjà rentrée chez moi, mourir dans mon canapé. Franchement, j’hésitais à me rouler jusqu’à ma voiture, mais je n’avais pas assez de courage pour bouger.

Après le feu d’artifice, Ada nous abandonna pour aller s’offrir un dernier verre et Théa baillait encore plus que moi, lorsque je donnais le signal du départ.

– Bon, c’est pas tout ça, mais faut rentrer.

Deux bises plus tard, je filais en direction de ma voiture, la longue agonie digestive avait au moins permis de dégager le parking, il ne res­tait que quelques voitures parsemées. En dépassant un quatre-quatre noir, je vis David qui ne marchait plus très droit. Il se dirigeait vers moi en me saluant de grand geste. Je le saluais en retour et continuais d’avancer vers ma voiture. Il me rattrapa, me saisit pas le bras et m’attira à lui et sans que je puisse rien faire m’embrassa. Son halène puait l’alcool. Je le repoussais de toutes mes forces, en tournant la tête de droite à gauche pour éviter sa bouche. Il me tenait fermement. Il ne me lâchait pas. Il marmonnait des : laisse-toi faire qui me glaçait le dos. Mince, il était bien plus fort que moi, complètement saoul aussi. Crier ? Vu le bruit de la musique, cela ne servirait à rien. Je tentais de le raisonner, peine per­due. Il était passé de laisse-toi faire à t’es une salope. J’avais envie de vomir. Je ne voyais pas com­ment me tirer de là.

Ma voiture n’était qu’à dix mètres si j’arrivais à me dégager, peut-être. Ses baisers se firent insis­tants. Sa bouche ne décollait pas la mienne. Sa main droite se glissa sous ma veste. Je tentais de lever mon genou, mais il était tellement collé à moi que j’arrivais à peine à bouger. Je sentais la nausée arriver. Je paniquais. Il était clair qu’il n’allait pas s’arrêter là. J’avais peur. Je pleurais. Je pouvais à peine respirer.

Je luttais pour rester debout, ne pas tomber pour ne pas me retrouver piégée sous lui. Je suppliais. Lui était parti dans un discours fait de tu vas aimer suis un bon coup et de tu fais envie et tu dis non alors il ne faut pas t’étonner. Merde. Le temps s’étirait. J’avais l’impression que ça ne servirait à rien de continuer à me débattre qu’il aurait de toute façon le dessus. Je ne voyais pas comment me tirer de là. Je le suppliais. Je me raccrochais à l’espoir que quelqu’un, n’importe qui passe par là. Il continuait à écraser ma bouche. Sa main avait fini par se glisser sous mon pull empoignant mon sein et le malmenant. Il pesait de tout son poids contre moi. Il me maintenait avec force contre lui. Il continuait son monologue.

Sous son poids, je basculais en arrière. Il me tomba dessus m’écrasant encore un peu plus contre lui. Je sentis sa main quitter mon dos pour s’accrocher à mon pantalon et tenter de l’ouvrir alors que son autre main ouvrait déjà le sien. Je hur­lais de panique. Je hurlais, je me tortillais pour me sortir de dessous lui. Je le suppliais encore de me laisser. Il riait en m’assurant que j’allais aimer. Sa main avait ouvert mon pantalon et tentait de se glisser entre mes jambes. Il reprit ma bouche pour me faire taire. Il serra son corps contre le mien et je sentais parfaitement bien l’envie qu’il avait. Je pleurais de plus en plus fort. Je gémissais de peur. Il se moqua de moi et il disparut.

Il disparut ? Je me recroquevillais en pleurant, de soulagement et de peur. Je n’arrivais pas à calmer mes larmes. Je tremblais. J’avais envie de vomir. Deux bras me saisir doucement. Je paniquais lorsque je me retrouvais plaquée contre un torse dur. Je voulais hurler. Je me débattais. Une voix douce se fit entendre, juste un murmure.

– Je suis là, mon ange.

Je me figeais hébétée à ce mot et ce fut le trou noir.

Je me réveillais en fin d’après-midi dans mon lit. J’avais mal partout. Les souvenirs de la nuit remontaient et les larmes coulaient à chaque fois. Je pris une longue douche m’arrachant presque la peau pour enlever l’impression des doigts de David qui y restaient accrochés. Je tremblais toujours de peur. Je restais en robe de chambre incapable de me motiver à autre chose qu’à pleurer.

Dire que je commençais à me sentir chez moi, en sécurité auprès des habitants, que je m’étais faite des amis et… et… Les sanglots firent cesser toutes réflexions. Je n’étais que douleur et pleurs. Je me traînais jusqu’au canapé et allumais la télévision, j’avais besoin de bruit pour me sentir rassurée.

Mon téléphone sonna. Je ne regardais même pas qui appelait. Je ne voulais voir personne.

Vingt mi­nutes plus tard, Ada défonçait la porte de la cuisine. Je ne bougeais même pas. Elle était avec Su­zanne et Théa. Elles me regardèrent. Elles ne posèrent aucune question. Mes amies me prirent dans leurs bras. Suzanne se mit à préparer du café. Je pleurais. Puis Théa, tout doucement, en me caressant les cheveux posa la question qui devait les rendre folles.

– Est-ce que ce connard t’a, enfin, est-ce que ?

Je secouais la tête vivement. J’entendis trois soupirs. J’eus presque envie de rire.

– Non, il a voulu, mais enfin, mais on est venu à mon aide. Quelqu’un l’a, enfin je sais pas trop. Mais, d’un coup, il n’était plus là.

En fait, même si je savais qui ce quelqu’un était, je n’avais pas tout compris. Je ne mentais pas. Un moment, il était là, l’instant d’après il ne l’était plus. Je regardais Théa.

– Mais com…

Ada me coupa.

– On a retrouvé David ce matin, il était salement amoché. Il a fallu du temps pour qu’il explique ce qui s’était passé. Il a fini par expliquer sa soirée quand Francis a menacé de remuer toute la ville pour trouver le coupable et lui casser la gueule. Je pense qu’il a préféré donner sa version quand il a su qu’on avait retrouvé ta voiture sur le parking et qu’on pourrait relier son passage à tabac avec toi. Il a tenté de te faire passer pour une allumeuse qui avait changé d’avis et qui était partie avec un autre type après que le type en question s’en soit pris à lui parce qu’il n’avait pas voulu le laisser t’emmener. C’était du moins sa version avant que Judicaël n’arrive et ne l’oblige à donner la bonne. Il ne lui a pas laissé le temps de se trouver des excuses ni d’inventer autre chose, il a fini par le menacer pour avoir la vérité et je t’assure qu’il l’a encore moins bien pris que nous.

On aurait dit qu’elle vomissait, rien que d’y penser. Suzanne était assise raide au bord de sa chaise et Théa me serrait fort contre elle.

– Il a eu de la chance, continua-t-elle. Si moi ou Francis l’avions surpris, ce n’est pas qu’amoché qu’il aurait été. Oh mon Dieu Sophie, jamais je n’aurais dû te laisser rentrer seule. Je m’en veux tellement.

– On s’en veut, on aurait dû rester avec toi.

– Vous ne pouviez pas savoir, soufflé-je.

Je me serrais encore plus contre Théa et Ada. Suzanne renifla, pas de peur ni d’émotions, elle reni­flait de fureur. Tout en elle était raide, furieux. Elles restèrent jusqu’au soir, s’assurant que j’allais mieux, me forçant à manger au moins un peu, me proposant de rester pour la nuit pour que je me sente en sécurité. Je finis par les mettre dehors en leur promettant de me coucher et de fermer tout à clefs, à double tour, même à triple et de coincer une chaise sous ma porte. Je promettais de prendre toutes les protections possibles et imaginables.

J’avais besoin de rester un peu seule, non, pas seule. J’avais besoin de voir et de remercier mon fantôme. Une fois mes amies parties, je fermais la porte à clef, éteignis toutes les lumières, me posais sur le canapé et attendis. Je finis par m’endormir. Une main posée sur ma joue me réveilla. Je sursautais, ouvris les yeux d’un coup et ne vit rien. Le noir était complet. Je paniquais et hurlais.

– Doucement mon ange, ce n’est que moi.

Soulagée et sans réfléchir, je me penchais en avant pour l’enlacer simplement pour le remercier, en­fin j’enlaçais ses jambes, ma tête à hauteur de…, mince, il s’était redressé. Et re-mince ma position, n’était pas, enfin, j’étais tout contre, bref, je sentais, oh merde. Il s’était redressé de partout et j’ap­puyais ma joue sur, voilà, voilà. Je virais au rouge carmin, les joues en feu, brûlantes contre son… Je bafouillais. Je le lâchais et m’écrasais par terre.

Il ne dit rien pendant que je réunissais le peu de dignité qu’il me restait. Il me tendit la main pour m’aider à me relever, me tira avec douceur entre ses bras. Il m’embrassa sous l’oreille et me mur­mura :

– Ça va aller ?

J’opinais de la tête et je soufflais ces mercis que j’avais à cœur de lui dire.

– Sans toi, je…

Je ne finis pas ma phrase, un doigt posé sur mes lèvres, m’en empêcha. La main posée dans mon dos me resserra contre lui et sa voix rauque me répondit.

– Si j’étais arrivé juste quelques minutes plus tard, jamais je ne me le serai pardonné.

– Tu es arrivé à temps. Rien de grave ne s’est passé.

– Rien de grave ?

Il releva la tête si vite que je partis en arrière, son bras dans mon dos me reteint alors que je l’enten­dais grogner d’une voix encore plus grave.

– Ce salaud a osé te toucher et tu dis que ce n’est pas grave ?

Sa vois vibrait de rage, tout son être semblait animé d’une fureur. L’entendre ainsi me coupait littéra­lement le souffle. Tout en lui, dégageait une puissance écrasante et bien que la fureur que je sentais ne m’étant pas destinée. Je me sentais toute petite devant lui. Je touchais son bras du bout des doigts, remontant vers sa joue. Je voulais juste le calmer. Le pire avait été évité et même si je ne me sentais pas bien, le pire avait été évi­té. Je le lui redis

– Tu es arrivé à temps. Le pire n’est pas arrivé grâce à toi. Si j’ai bien compris, tu m’as en plus vengée. C’était vraiment une chance que tu sois là, sans toi, j’aurais passé un mauvais moment

voir bien pire.

Je frissonnais à l’idée de ce qui aurait pu se passer, mais j’étais en un morceau, chez moi et je voulais juste remercier l’homme qui m’avait tiré de là. Je ne voulais penser qu’à ça. J’étais en sécurité chez moi. Il me serra contre lui, son visage enfoui dans mon coup. Je le sentais trembler d’une rage contenue contre moi. Je n’en menais pas large non plus et la bosse qui s’imprimait dans mon bas ventre focalisait mon attention.

Bien sûr, idiote, tu as failli te faire violer et la seule chose d’intelligent que tu trouves à faire, c’est te coller à un autre homme. Bien ma fille, tu es d’une logique parfaite sur le coup là. Reviens sur terre et décolle-toi de lui !

Je reculais un peu alors que ma main restait posée sur son torse et glissait en direction de… Je la stoppais ne sachant plus trop comment réagir. Il se dégagea d’un coup. Il m’embrassa sur la tempe et m’envoya dormir, car il était tard et que j’avais besoin de repos.

Mais non. Je suis pas d’accord là, c’est quoi ce délire ? Mais non alors ! Je le suivis à la cuisine pour lui dire que non, je n’allais pas dormir, enfin pas de suite. Je lui rentrais dedans. Il avait stoppé net. Me massant le crâne, je pestais contre lui. Il se pencha vers moi et murmura à mon oreille.

– Ça suffit mademoiselle Baumgartner, il est temps pour vous d’aller vous coucher.

Puis, il me fit pivoter et me poussa vers l’escalier. Le, vous, m’avait glacé, j’avançais, encore une fois perdue. D’accord, j’avais eu peur et d’accord, il me faudrait un peu de temps. Je re­connais que j’avais surtout besoin de douceur et grand seigneur, il n’en profitait pas et il me repoussait, mais ça ne me convenait pas. Fichu corps qui perdait le nord, fichu cerveau qui analysait trop, fichu fantôme trop correct. Là, je les haïssais tous.

Cette histoire provoqua petit à petit, un changement, mon fantôme se socialisa. Il passait depuis peu, ses soirées avec moi. Le nez dans un bouquin, un de ces vieux livres reliés de cuir écrit dans une langue que je ne connaissais pas, en râlant contre les séries débiles que je regardais. Il en avait sur­tout après Buffy que j’avais plutôt été contente de dénicher lors d’un vide-grenier. Lui n’aimait pas et le faisait savoir, moi, j’aimais et je faisais semblant de ne pas l’entendre. Il était assis sur un fauteuil de cuir qu’il avait sorti de je ne sais où alors que moi, je m’étendais sur tout le canapé, enroulée dans une couverture. Il s’occupait de remettre du bois dans la cheminée et je somnolais.

Il ne mangeait pas avec moi, apparaissant une fois que je m’étais installée devant la télévision. Il se faisait chauffer un bol de je ne sais quoi et me rejoignait au salon. Nous parlions peu. Sa présence était, je voulais m’en convaincre, suffisante, mais surtout j’avais besoin de me sentir en sécurité et l’avoir avec moi le soir, m’y aidait.

La journée Ada et Théa se relayait pour ne jamais me laisser seule. J’avais durement gagné le droit de passer mes soirées et nuits seule. Suzanne me couvait du regard et se montrait agres­sive dès qu’un homme de sa famille ou pas, me parlait trop longtemps selon elle. Toute la ville sa­vait ce qui était arrivé, toute la ville se sentait coupable. Je n’allais plus trop en ville.

Chapitre 8

Le temps semblait s’étirer sans fin et je m’occupais du mieux que je pouvais. Je me retrouvais démuni quand les chambres furent finies. Lits, ri­deaux et tapis installés, il ne me restait presque plus rien à faire. Tout se mettait en place et si la fa­çade devait encore être refaite, la neige et le froid extérieur m’en empêcheraient encore quelques mois. Il ne restait plus que la cave que son occupant m’interdisait.

Donc je traînais ma désolation de pièces en pièces, donc je virais invivable d’ennui, même s’il me restait les mercredis et les di­manches midi pour me changer les idées.

Fin novembre même mes mercredis me furent arrachés. Trop de boulot pour l’une, touristes à materner pour l’autre, et hop, plus personne ne venait manger. Les dimanches restaient une bouffée d’air même si de moins en moins de personne y était, eux aus­si avaient trop de travail. Je devais m’occuper et vite.

C’est ainsi que je me retrouvais à proposer à Suzanne de la décharger du repas du dimanche. Allez hop, tout le monde chez moi. L’avantage de cette situation était que je pouvais inviter Théa. Je pré­vins mon colocataire qui ne râla même pas à l’idée d’être envahi. La journée, c’était chez moi et puis je le lâchais un peu avec la cave. Nous y trouvions tous les deux notre compte.

Décembre pointa le bout de son nez, couvert de neige et bien froid et j’ai toujours aimé cette période pour les décora­tions de Noël, les lumières, les pères-Noël et le sapin. Je craquais littéralement pour une pluie d’étoiles à accrocher sous le toit ce qui fut la cause d’une première vraie dispute entre Livius et moi.

Je voulais fêter Noël, lui pas. Je voulais décorer, lui pas. Je voulais un sapin, lui pas. Je fulminais devant tant de non et fini par le menacer de tout faire en douce durant la journée. Il me répondit qu’il déferait toute la nuit. Je pestais, il restait calme. Je tapais du pied, il levait à peine les sourcils. Trois jours de tempête et rien n’avançait, le refus était toujours aussi net et mon envie toujours aussi forte. Je ne savais plus comment me faire entendre de cette tête de mule.

Ma maison était la seule à ne pas briller de décorations alors dépitées, je filais admirer celle de la ville. Une soirée à regarder les lumières des autres, à faire sauter de joie la petite fille en moi. Je traînais depuis des heures, pas pressée de rentrer quand je croisais Théa.

Nous nous sommes baladé, admirant les décorations, riant comme deux petites filles. Théa n’était pas plus croyante que moi, Noël était pour elle, un moment de joie dans l’hiver rien de plus. Pour moi, c’était surtout lié à mes souvenirs d’enfance. Mes parents sont très croyants.

La soirée s’avan­çant Théa me proposa de rester avec elle. Elle logeait en hiver à l’hôtel. La route menant à sa mai­son n’avait de route que le nom, gelée tout l’hiver, le chemin n’était pas sûr et son patron fatigué de la voir arriver en retard la moitié de l’année, avait trouvé comme solution de lui louer une chambre. Elle pestait un peu de ne vivre que six mois dans sa maison, mais était ravie de n’avoir plus la route à faire et elle se sentait comme chez elle chez Mona.

La soirée fut courte. Elle avait voulu me prêter un T-shirt qui resta coincé sur ma tête. Vous ai-je dit qu’elle est petite et toute fine ? La soirée pyjama fut faite sans pyjama ! Rien n’aurait pu m’aller et c’est enroulée dans une couverture que je m’installais dans le lit tout en continuant à papoter avec Théa.

Le lendemain matin, quand son réveil sonna, elle était en grande forme, moi en forme de zombie. Le manque de sommeil et moi ne sommes pas copain. Je me traînais jusqu’au café, jus de chaussette de l’hôtel puis, après un au revoir gai comme tout de sa part, à moitié baillé de la mienne, je filais chez moi prendre un vrai café ou deux.

Quand j’arrivais, rêvant de mon café, la lumière à la cuisine était allumée comme à chacune de mes absences. À peine avais-je éteint le moteur que Livius ouvrait ma portière. Il était furieux. Il me saisit par le bras, me tira dehors de ma voiture, grommelant je ne sais quoi. Il me poussa vers la cuisine, là je pouvais comprendre quelques mots : inconsciente, stupide et autre qualificatifs pas très sympathiques. Je fus auscultée, non mais vraiment, sous toutes les faces, retournée, palpée de partout. Non mais ça va pas ou quoi ? Je chassais les mains, poussais leur propriétaire et me plantais en face de lui.

– C’est quoi ton problème ? grondais-je.

– Tu as disparu toute la nuit, je ne t’ai pas retrouvée et…

– Et tu t’es dit que je m’étais de nouveau mise dans une sale position, soupirais-je en me passant la main sur le visage.

– Oui, soupira-t-il en écho

– J’étais avec Théa, j’ai dormi chez elle, enfin à l’hôtel. Il était tard et je ne voulais pas faire la route.

– Tu aurais pu prévenir !

Ben oui, voyons et comment ? Pas de téléphone dans la maison, je n’avais pas son numéro, s’il en avait un et je n’allais pas faire la route pour lui dire, au fait, je repars pour dormir en ville pour ne pas faire le trajet, mais bien sûr ! Je levais les yeux au ciel. J’allais répondre un oui papa, mais me mordis les lèvres.

– Reprenons. Je suis sortie hier après-midi pour aller en ville, j’avais envie de voir les lumières de Noël dans les jardins, j’ai traîné un peu, Théa m’a rejointe et voilà, rien de grave

– Tes satanées décorations !

Il vomit le dernier mot.

– C’est bon, j’ai bien compris que tu n’en voulais pas.

Je me dirigeais d’un pas lourd vers la machine à café si nous recommencions à nous prendre la tête j’en avais encore plus besoin. Comme aucune réponse ne me parvenait, je me retournais. Il me fixait, une sale habitude à mon avis.

– Ben quoi ?

– Mets tes fichues décorations si tu y tiens !

Il lâcha ces mots du bout des lèvres, fit demi-tour et disparut. Il me fallait vraiment un café. Café bu, suivit d’un autre puis le troisième en main, je sais, je suis accro, je me traînais jusqu’au salon où se trouvait l’emmerdeur de service.

– Ça veut dire quoi exactement ?

– Mets tes décorations puisque tu y tiens tellement, c’est assez clair, non ? Mais, je ne veux pas voir de crèche, rien de religieux !

– Ce n’est pas le côté religieux de Noël que j’aime, mes parents sont croyants, moi pas. C’est le côté lumière au cœur de l’hiver, c’est le côté réunion entre famille et amis que j’aime et les ca­deaux, aussi, faut pas les oublier.

Un doigt en l’air pour souligner ce fait important, je souriais à moitié moqueuse.

– Ah, oui les cadeaux, pas très religieux ça.

– Mais important !

Il éclata de rire.

– Dois-je comprendre quelque chose ?

Il haussa un sourcil.

– Même pas, j’aime les faire, c’est un vrai plaisir pour moi. Par contre, les recevoir c’est plus compliqué.

Froncement de sourcil, je m’expliquais.

– Je n’ai jamais reçu de cadeaux qui me plaisent réellement, des utiles, des qui aurait pu me plaire mais… Je n’ai pas, enfin, ce n’est pas que je sois pénible non, mais c’est comme si…

– Ta famille ne savait pas qui tu es, finit-il à ma place.

– Je suis le mouton noir.

Je grimaçais en le disant, parce que oui, j’étais le truc bizarre dans une famille bien sous tout rap­port, une famille croyante et pratiquante, pas moi et pourtant j’avais essayé de me couler dans le moule, rien à faire, je débordais du cadre. Il a dû voir quelque chose dans mes yeux, car j’étais dans ses bras et il me caressait le dos.

– Tu es parfaite comme tu es, mon ange, me souffla-t-il au creux de l’oreille.

Je soupirais en le repoussant.

– Ouais, on dira ça. Bon, je vais mettre les décorations avant que tu ne changes d’avis. Je te dis bonne nuit.

Je filais à l’étage où les achats décoratifs avaient échoué au cours des derniers jours. Mettant court à cette discussion qui me replongeait dans de mauvais souvenirs. J’étais en train de choisir par où commencer quand du pas de la porte, il intervint.

– Ne va pas te rompre le cou pour placer les lumières. Je m’en occuperai ce soir.

– Oh, hé, je ne suis pas aussi maladroite, protestais-je.

– D’accord alors ne va pas te casser une jambe…

Je me tournais, le fixais méchamment.

– Mais ça suffit, entre toi, Ada, Théa, Suzanne et Francis, on dirait que je suis en verre et que vous avez tous peur que je finisse par me casser. Je suis une grande fille, c’est clair ?

Aucune réponse autre qu’un demi-sourire moqueur et un ricanement, il ne me prenait pas au sé­rieux. Sans répondre, je pris un premier sac pour le descendre à la cuisine, lui passa devant en le­vant haut le menton, risquant de quelques millimètres de me casser la figure dans les escaliers, fis semblant de rien et restais digne jusque dans la cuisine où je rageais de l’entendre rire.

Je passais le reste de la journée à installer mes décorations. Un traîneau lumineux avec deux rennes magnifiques dont l’un avec un nez rouge, plein de petits animaux et une étoile. Je fis sauter trois fois les plombs. Je finis par crier Francis au secours dans mon téléphone et l’entendit me ré­pondre qu’il passait à midi, ce qui m’amena à calmer le jeu et à lui préparer un bon repas de remer­ciement.

Francis resta un peu plus longtemps que prévu, lui aussi, insistait pour que je ne me tue pas en met­tant les décorations le long du toit, mais franchement, je n’étais pas si maladroite que ça, je l’en­voyais promener en grognant que j’avais déjà un grand frère qui lui me fichait la paix.

– Il est de l’autre côté de la planète, il peut, me railla Francis. Suzanne va me tuer s’il t’arrive quelque chose. Se plaignait-il

– Pfff, oust, vilain !

Je le poussais à sa voiture.

– T’as pas du boulot autre que de me materner ?

– Si, mais moins risqué !

Je le frappais sur l’épaule, en fronçant les sourcils.

– File, méchant ! dis-je en souriant. Je te rappelle que j’ai retapé la maison sans me tuer.

– Oui et on ne sait toujours pas comment tu as fait !

Bon, c’est vrai, pas toute seule, mais j’avais bien bossé, faut pas l’oublier. Il finit par partir en se moquant de moi et en me promettant la pire des vengeances si je me blessais, je restais debout à lui faire des au revoir de la main jusqu’à ce que congelée, je rentre me réchauffer.

En fin d’après-midi la maison avait pris des airs de fêtes, ne manquait qu’un sapin pour parfaire le décor et bien sûr, les lumières sous le toit. J’attaquais le pain d’épice, tradition familiale, dans le vain espoir de réussir à en faire une maison. L’odeur était suffisante pour que je me sente retomber en enfance.

Je réalisais d’un coup que pour la première fois j’allais passer les fêtes seule. Le cafard me submergea. Les larmes se mirent à couler le long de mes joues sans que je puisse les arrêter. Je pleurais toujours en découpant le pain d’épice. Je pleurais encore en construisant la maison. Je pleu­rais sans cesse quand Livius entra dans la cuisine. La maison était montée, remplie de cure-dent pour tenir, j’avais mangé toutes les chutes, je frôlais l’indigestion et je pleurais sans bruit.

Deux bras me soulevèrent et je me retrouvais serrée contre lui. Ses lèvres contre mon front, il ne di­sait rien. Il me serrait. Mes larmes coulaient toujours doucement et je murmurais.

– Je ne veux pas passer Noël seule.

– Penses-tu que Suzanne ou Ada le permettront ? Tu vas te retrouver entourée de plus de gens qu’il m’est possible de supporter.

Je sentis ses lèvres s’incurver dans un sourire.

– C’est pas pareil, ce n’est pas ma famille.

– C’est mieux, eux t’ont choisi.

Là, il marquait un point, plusieurs même. Je restais songeuse, être entourée de ma famille dans la­quelle je m’étais toujours sentie étrangère ou être entouré d’étrangers avec qui je me sentais en fa­mille. Finalement, je serais mieux ici, non ? L’idée de passer les fêtes loin de ma famille me faisait mal, mais les passer entourée d’amis, de vrais amis, me mettait du baume au cœur.

Je soupirais, coinçais ma tête contre l’épaule de Livius et laissais mes larmes se calmer. Il ne disait toujours rien. Un long moment plus tard, mes pieds touchèrent le sol et mon fantôme, levant les yeux au ciel me dit :

– On va les mettre ces fichues lumières ?

Sa tête déconfite, sa moue boudeuse et ses yeux désespérés me firent rire. J’en avais mal au ventre alors qu’il se dirigeait, droit comme un I en direction de la porte.

– Tu as deux minutes pour me les apporter.

Je filais au salon, attrapais le sac et le lui tendis en moins de vingt secondes. Un énorme sourire aux lèvres, fière de moi. Il prit le sac, grogna et sortit. Je chopais ma veste et le suivit. Il me repoussa dans la cuisine d’un air grognon, m’enfila mon bonnet qu’il descendit jusqu’à mes yeux puis pris une écharpe qu’il noua au niveau de mon nez. Il recula d’un pas, admirant son travail. Je voyais à peine et ne pouvais presque plus respirer, mais il avait l’air satisfait. Merci papa ! C’est dingue ce be­soin de me materner qu’ils avaient tous, je n’arrivais pas à m’y faire.

Il nous fallut presque deux heures pour les mettre mes fichues lumières. Tout d’abord, parce que nous ne trouvions plus l’échelle, puis parce que nous n’étions pas d’accord de comment la mettre, enfin parce que je n’avais pas pensé à où la brancher. Il fallut tout démonter pour que la prise soit au bon endroit.

Seule possibilité pour la brancher, la prise de mon réveil, dans ma chambre. Je filais donc ouvrir ma fenêtre pour attraper le bout de câble qui pendouillait devant et le tirais pour le brancher. Je tirais si bien que le pied de Livius parti avec le câble qui s’y était enroulé, un gros merde, suivit d’un boum, me fit paniquer. Merde, merde, merde, je l’avais blessé, sûrement gravement, non tué, j’en étais sûr, c’était une sacrée chute. Je descendis l’escalier quatre à quatre, Oh mon Dieu, je l’avais tué.

Je retrouvais mon fantôme de chair et de sang, assis par terre à côté de l’échelle, le regard noir. Il était vivant. Ouf ! Mais sûrement blessé. Je courrais vers lui et me mit à le tâter de partout en deman­dant :

– Où as-tu mal, je suis… désolée, enfin, merde, je… Comment… je suis… oh lala…

J’étais parfaitement clair dans mes paroles et pas du tout complètement affolée. Pas du tout ! Il me posa la main sur la bouche, secoua la tête et se releva.

– Des bleus et des bosses ce n’est rien. Ta tentative d’assassinat n’a pas marché, je suis plus solide que ça. Par contre, ces horribles choses ne bougeront plus jamais de là, ne compte pas sur moi pour les enlever ou les remettre et je t’interdis de le faire toi-même. Suis-je bien clair ?

J’opinais de la tête vivement. Soulagée qu’il n’ait rien de grave, j’étais prête à lui promettre la lune pour me faire pardonner.

– Tu vas les allumer ou rester là à me regarder ?

Je filais dans ma chambre, tirais tout doucement sur le câble, ce qui me valut un commentaire moqueur.

– Vas-y tire, je suis dé­jà par terre.

Je branchais la prise, courus dehors pour voir et restais là, à admirer les étoiles qui tombaient en cascade le long de mon toit.

– Elles se reflètent dans tes yeux dit le cascadeur, en m’entourant de ses bras. Tu avais raison, le jardin est magique avec toutes ces lumières.

Je me laissais aller contre lui en souriant. Oui, il avait raison. C’était magique. Nous sommes restés là un long moment puis alors que je commençais à me transformer en petit glaçon, il se détacha de moi et me poussa vers la maison. J’étais transie de froid alors que lui, juste avec son pull ne sem­blait pas frigorifié. Ada était pareil, Théa était comme moi par contre, heureusement, qu’au moins une de mes connaissances ne supportait pas le froid.

Je me fis un chocolat chaud, éteignis toutes les lumières de la maison et debout derrière la fenêtre, je regardais mon jardin illuminé. Livius m’avait enroulée dans une couverture et me frottait les bras. Je me sentais bien, prête à attaquer les fêtes sereinement.

Ce ne fut pas si serein que ça, finalement. Ada rentra blessée de sa dernière randonnée, et donc d’une humeur frisant la perfection. J’en entendis de toutes les couleurs sur la bêtise crasse des touristes-citadins-abrutis qu’elle avait dus accompagner. Théa n’avait pas un moment de libre, trop occupée à ar­naquer les susnommés touristes, quant à Francis, il avait disparu, occupé pour dix jours m’avait annoncé Suzanne, il serait de retour pour les fêtes.

Le compte à rebours avait commencé. Je me rendis compte que contrairement à ce que je m’étais imaginé, la plupart de mes amis voyaient les fêtes comme Théa, un bon moment à passer en famille.

J’avais profité des vacances forcées et de l’humeur radieuse de ma meilleure amie pour faire les deux heures de route qui séparait notre petite ville de la prochaine. Journée achat cadeaux, lui avais-je annoncé, ce qui me valut un fait chier, encourageant. Son en­thousiasme fut tel, qu’en fin de matinée nous avions à peine fait cinq magasins. A ce rythme-là, il me faudrait la semaine pour tout faire et bien plus de patience que je n’en avais pour la supporter.

Elle me laissa tomber comme une vieille chaussette quand elle reconnut dans la foule un de ses voi­sins. Elle le supplia de la ramener, elle semblait prête à se mettre à genoux. Non, je ne fus même pas vexée, si, un peu, mais juste un peu, j’étais trop contente de pouvoir finir mes achats sans le dober­man qui se traînait en râlant derrière moi.

Deux heures plus tard j’avais fini. La citadine en moi s’était réveillée et le bain de foule dans les magasins m’avait fait du bien. Je rentrais le coffre plein de cadeaux et l’humeur chantante. À vrai dire, je massacrais tous les chants de Noël qui passaient à la radio, c’était chouette.

Arrivée à la maison, j’eus la surprise d’y trouver un sapin dans le salon et un Livius y accrochant des pommes en guise de boules. Je lui sautais au cou, lui claquant un énorme baiser sur la joue. Le plantant là, je filais faire du pop-corn à la cuisine pour en faire des guirlandes. Me retournant je le vis planté sans avoir bougé, l’air ébahi. Je lui fis mon plus énorme sourire et lui dit :

– Suis trop contente, il est superbe !

– Merci, j’espérais bien qu’il te fasse plaisir, sinon il ne serait jamais arrivé là. Tu fais quoi ?

– Du pop-corn pour les guirlandes, bien sûr !

– Bien sûr…

Je passais la soirée à confectionner des kilomètres de guirlande et à expliquer à Livius où et com­ment les mettre. Il fut parfait, ne râlant que quelques centaines de fois sur mon exaspérante idée puis sur ma tendance à exagérer, même pas vraie.

Je montais en excitation de jour en jour. Mon pre­mier Noël, oui bon, le premier loin de ma famille, mais mon premier à moi, à ma manière. Plus on s’en approchait plus je virais infernal, mais adorable, oui, même si seule Théa le trouvait. Les autres me supportaient de moins en moins. Ils allaient s’en remettre.

Chapitre 9

Deux jours avant la date fatidique la cuisinière de Suzanne tomba en panne. Je la vis débarquer en sueur, les bras charger d’un truc qui devait être la plus grosse dinde jamais vue. Elle me passa de­vant comme une folle en direction de ma vieille cuisinière et mis sa dinde dedans avant de dire.

– Ouf, chez toi elle passe.

Ha bon, bonne ou mauvaise nouvelle ? Du point de vue de Suzanne la nouvelle avait l’air parfaite, moi, je ne voyais pas encore les conséquences.

– Je vais prévenir tout le monde, nous passerons Noël ici. On ne va pas tout transporter deux fois.

Elle sortit la dinde du four, la fourra dans mon frigo en virant presque tout son contenu pour y arri­ver, m’embrassa sur les deux joues et sorti en téléphonant à je ne sais qui pour annoncer que le re­pas de Noël se ferait chez moi.

Heu… oui, mais non, là ça allait poser problème et me demander et mon fantôme alors ? Mon télé­phone sonna, Ada me remerciait d’accepter de recevoir tout le monde parce que j’étais la seule à avoir un four assez grand. Bon la seule aussi à avoir assez de place, mais c’était semble-t-il secon­daire, le four d’abord, les chaises après. Elle me raccrocha au nez avant que je ne lui réponde.

Le téléphone re-sonna et une Théa toute timide me demanda si, comme c’était chez moi, peut-être que, enfin si j’étais d’accord, elle pourrait venir, mais seulement si j’avais envie. Je lui répondis mais tu viens bien sûr et elle raccrocha. Puis j’eus Francis pour me dire qu’il amenait tout demain, puis Suzanne pour me dire de ne pas m’inquiéter elle s’occupait de tout. Je fixais bêtement mon té­léphone, debout dans la cuisine, incapable d’intégrer les différents ouragans qui venaient de se dé­chaîner.

Mon colocataire me trouva ainsi. Surpris, il me demanda :

– Un problème ?

– Il semblerait que Suzanne ait décidé de faire son repas de Noël ici, je n’ai rien pu dire.

J’étais encore perdue, mes sourcils étaient froncés et je parlais en fixant mon téléphone.

– Il y a moyen de les mettre dehors ?

– Je pense pas, soufflais-je en lâchant enfin mon téléphone pour fixer mon fantôme.

– Ça devait arriver, commenta-t-il en haussant les épaules. Je me ferais discret pour la soirée.

– Mais non, grinçais-je, c’est pas à toi de…

Sa main se posa sur ma bouche pour me faire taire. Je détestais cette manie. Il me fit un clin d’œil puis dit :

– Je n’avais pas prévu de faire la fête, tu le sais bien, je passerai une soirée tranquille à lire et toi, tu vas être l’hôtesse la plus merveilleuse du monde.

Il m’embrassa le bout du nez et se prépara son bol me laissant là, digérant les événements. Je sursautais quand le téléphone sonna. Suzanne au bout du fil me demandait si j’avais un congéla­teur et un deuxième frigo, tout ne passerait pas dans le mien. J’eus à peine le temps de dire non qu’elle me raccrochait au nez pour me rappeler trois minutes plus tard et me dire que Francis me li­vrerait le tout demain avant de raccrocher. Je levais mes yeux pour voir le truc qui me servait de colo­cataire s’étrangler de rire le nez dans son bol, pffff.

– Elle est impossible, dis-je.

– Elle en a l’air, rigola-t-il.

Je regardais tout ce qu’elle avait viré du frigo pour y mettre le monstre, pardon la dinde. Je mis le tout dans un sac et le posais dehors, vu les températures, ça ne risquait rien.

– Mauvaise idée, fit Livius.

– Pourquoi ? Ça risque de geler c’est tout.

– Ça va attirer les animaux. Donne, on va leur trouver de la place !

On leur en a trouvé en jouant au Tétris. Le lendemain ma cuisine fut envahi, tôt le matin, par Francis qui me livrait un énorme frigo qui trouva une place dans la petite réserve, puis il arriva, je ne sais pas trop comment à y coincer le congélateur bahut. Mes boites de conserves virées de là, déménagèrent dans une des chambres à l’étage. Francis voulait les descendre à la cave, je l’en empêchais prétextant que l’escalier était mort et que je n’avais pas prévu de le réparer avant le printemps.

– Tu devrais faire venir quelqu’un pour le refaire, c’est dangereux les escaliers.

Et, les bêtes sauvages et les échelles et… et… et… tout était dangereux pour moi si je les écoutais. Moins de dix minutes plus tard, un type que je ne connaissais pas frappa à ma porte, déposa des caisses de légumes sur le palier, me salua et parti avant même que je puisse réagir. Suzanne surgit droit après, elle s’en empara et fila dans la cuisine.

Ouragan Suzanne sur place, accrochez-vous ! J’allais la rejoindre, reçus un tablier à petite fleur, pas le même qu’à la foire, mais elle en avait combien ? Et, je fus mise au travail. Lorsque le tas d’éplu­chure dépassa ma tête, Suzanne me permit d’arrêter. Elle n’avait pas cessé de parler de son mari, de son neveu, de la voisine, bref, le tour complet de la ville ou presque en cancans et petites histoires. J’avais mal aux mains. J’étais saoulée de paroles et épuisée par l’énergie qu’elle déployait. Les lé­gumes furent coupés, émincés en moins de temps que j’avais mis à les éplucher. Elle m’expliquait sa recette au fur et à mesure et m’assurait que tout serait meilleur réchauffé sauf la purée et la dinde qu’elle préparerait demain.

Une fois ma cuisine dévastée, elle fila, plein à faire s’excusa-t-elle. Je rangeais mollement quand une voix derrière moi me fit sursauter.

– C’est un vrai chantier !

– Oui et c’est que le début, je ne sais même pas combien de personne vont débarquer demain.

– Tu ne le lui as pas demandé ?

Je me tournais vers lui, mon regard disait tout.

– D’accord, je n’ai rien dit. Un café ?

– Même dix ne suffiraient pas.

Il m’en prépara un, mis son bol à réchauffer et pendant que je buvais mon café en fixant le vide, il fit comme tous les soirs, bol avalé, lavé, rangé. Je soupirais, je me sentais si molle que de le voir bouger m’épuisait.

– Va prendre un bain se moqua-t-il. Je te réveillerai dans une heure.

– Même pas la force d’y aller.

Ma tête tomba sur la table pour bien signifier que là, je ne bougerai plus. Morte, j’étais. Il me soule­va et me déposa dans la salle de bains. Il en sortit en claquant la porte.

– Dans une heure, je te réveille !

Je lui tirais la langue, il ne le vit pas. Une heure plus tard, il me réveillait en tambourinant contre la porte. Je coulais hors de la baignoire, m’enroulais dans ma robe de chambre et sortis en baillant. Il se marrait. Je le haïssais. Je fus soulevée et transportée devant ma chambre. Il n’y entra pas, mais m’ouvrit la porte.

– Bonne nuit, pauvre petit ange fatigué !

– b’nuit vous !

Je ne pris pas la peine d’enlever mon peignoir, je me glissais entre les draps et dormis. Suzanne dé­barqua à l’aube, oui bon d’accord, à huit heures, les bras chargés de nappes, couverts et services. Je comptais rapidement quarante assiettes, quarante ? Mon Dieu ! Quarante ! Ça ne passera jamais, on va se retrouver plus serré que des sardines dans mon salon. Il faudra un chausse-pied pour tous nous faire rentrer à moins qu’ils ne comptent asseoir la moitié sur les genoux de l’autre. Je commençais à regarder ma table, elle ne suffirait jamais et je n’avais pas la place pour en mettre d’autres, d’ailleurs comment je m’étais retrouvée là-dedans moi ? J’étais perdu dans mes pensées quand Ada surgit.

– Je mets où les tables.

– Regarde avec la petite comment elle veut faire. Il faudra pousser un peu le canapé, j’en ai peur.

Donc résumons. Quarante personnes allaient débarquer dans quelques heures, il me faudrait vider la moitié de la maison et je n’avais pas mon mot à dire. C’était limpide.

J’allais dans le salon et commençait à donner des ordres aux deux cousins, me semblait-il, de Suzanne qui atten­daient là. La télévisons et son meuble disparurent à l’étage, suivit du canapé, du fauteuil et du tapis. Le vais­selier prit le même chemin. Il ne restait que ma table qui fut mise en long et d’autres apparurent par magie, bon d’accord, portées par les cousins et Ada pour former un U dans mon salon.

J’oubliais, le sapin déménagea de son angle pour se retrouver à côté de la porte de la cuisine. Ben oui, il gê­nait pour les chaises et j’avais refusé de le voir grimper dans une chambre. Franchement, le sapin quoi ! Vers dix heures, une petite voix se fit entendre.

– Je peux aider ?

Théa toute mal à l’aise était à la porte de la cuisine. Je lui sautais au cou en lui disant d’entrer. Il fallait mettre les nappes et tout et tout, elle ne serait pas de trop. Suzanne lui jeta un drôle de coup d’œil, mais me voyant lui prendre le bras pour la tirer au salon, ne dit pas un mot. Ada était déjà en train de se prendre la tête avec un cousin qui mettait les nappes à l’envers. Je virais les cousins, at­trapais les nappes et dit à Ada.

– Bon, chef comment tu les veux, ces fichues nappes ? Nous sommes à tes ordres, mais n’oublie pas, tu es chez moi !

Théa pouffa, Ada râla. Les nappes furent mises ainsi que les couverts. Il était à peine midi que tout était en place, nous avions un peu d’avance. Ada disparut, un truc à faire et je me retrouvais avec Théa qui fixait mon sapin.

– J’aime beaucoup tes décorations, les pommes, c’est plus vivant que les boules en verre. Savais-tu qu’avant les sapins étaient décorés de pommes tous les hivers pour fêter le solstice ?

– Non, je ne savais pas.

Elle avait l’air rêveuse, perdue dans ses songes puis elle me prit la main avant de demander :

– Tu as prévu quelque chose pour décorer les tables ?

– Non, pas vraiment, tout c’est passé si vite, je n’avais même pas prévu de tout déménager.

– Viens, on va trouver quelque chose.

Je l’amenais à l’étage pour fouiller dans les décorations toutes neuves qui s’y trouvaient, elle fixa son choix sur des petits anges en verre et quelques boules bleues. Je la laissais décorer les tables et filais à la cuisine pour demander à Suzanne si elle avait besoin d’aide et je compris que non quand elle me vira de là. Bon, ben, voilà, plus qu’à attendre.

À quatre heures Ada réapparut suivie de Francis et de ses parents. Puis, par petit groupe, tout le monde arriva. Mes joues furent mises à l’épreuve, mes côtes protestèrent et Théa disparaissait der­rière moi à chaque arrivée. Je finis par la prendre dans mes bras et à lui affirmer qu’elle avait plus que bien d’autre le droit d’être là. Elle était mon invitée et si cela dérangeait quelqu’un, il n’avait qu’à aller fêter Noël ailleurs, car ici, c’était chez moi et qu’en tant qu’amie, elle y était toujours la bien­venue. Je le dis assez fort pour que Suzanne qui avait toujours ce drôle d’air quand elle la regardait m’entende, en fait tous m’avaient entendu et Théa se détendit d’un coup. Elle redevint le petit lutin drôle que j’avais plaisir à voir. La soirée s’annonçait parfaite

On a trop bu, bien rit et ainsi respecté à la lettre la tradition. Vers deux heures du matin, les premiers invités partirent, leurs cadeaux encore emballés sous le bras. On les ouvre le vingt-cinq au matin ici, non mais, m’avait houspillée Suzanne alors que je tentais d’en déballer un en douce, je compris vite que la tradition était importante et mis de côté ma curiosité.

Suzanne voulu rester pour m’aider à ranger, je la poussais dehors lui promettant qu’entre Théa, Ada et moi, ça ne prendrait pas long. Je finis par virer Ada qui avait oublié de me dire qu’elle partait en rando dans moins de quatre heures et je proposais à Théa de rester dormir à la maison si elle voulait bien m’aider à ranger. Elle était de si bonne humeur que le rangement se transforma en jeu. La vais­selle était à moitié lavée, entassée dans la cuisine. Les nappes furent mises en tas sur une table et les restes rangés dans le grand frigo.

L’heure du dodo avait depuis longtemps été dépassée. On se traîna à l’étage, se souhaitant en baillant bonne nuit.

La nuit fut courte. Je tombais du lit à neuf heures. Des coups répétés se faisaient entendre. Francis et ses cousins étaient devant la porte, frais et fringuant, j’étais derrière la porte les cheveux en ba­taille et des cernes sous les yeux. Mais, que cette famille pouvait être épuisante de bonne santé ! Heu­reusement, le truc roux qui descendait les escaliers dans un de mes t-shirts qui lui faisait robe, en râ­lant, les cheveux en bataille et des cernes presque aussi noirs que les miennes, me rassura. J’ouvrais aux trois énervés, leur dit de se débrouiller et filais à la cuisine rejoindre ma rouquine préférée pour nous faire du café. Les tables, nappes et assiettes disparurent alors que nous faisions un concours d’apnée en café que j’étais bien décidée à gagner quand je signalais à Francis que le frigo et le congélateur étaient encore là, il me dit qu’ils resteraient là, cadeaux de Suzanne.

Théa me regarda, je regardais Théa en haussant les épaules. Les trois trucs montés sur ressort finirent de tout emporter. Francis avait insisté pour que je garde des restes. Je l’avais supplié de tout prendre, soutenue par Théa dont autant la mine que l’es­tomac était plus proche des miens que des leurs. Une bonne soupe serait plus que suffisante après une bonne sieste ou l’inverse. Francis voulu encore redescendre mes meubles. Comme j’étais fatiguée de le voir tourner comme une hélice, je lui certifiais que j’allais me débrouiller toute seule. Il n’insista pas, il avait à faire. Je lui fis au revoir de la main et après un long regard désabusé, Théa et moi remontions nous coucher.

Je me relevais à quatre heures, l’estomac toujours en mode digestion intensive, ma seule envie était de boire un café, assise sur mon canapé, canapé qui n’était plus à sa place. Théa, levée avant moi, avait descendu la télé et son meuble, une partie du matériel qui devrait se trouver dans le vaisselier et avait balayé et récuré le salon et la cuisine. Efficace la demoiselle ! Me voyant arriver, elle me fit un énorme sourire et fila chercher les coussins du canapé.

– Je vais les chercher comme ça on pourra au moins s’asseoir, avait-elle lancé en remontant comme une furie.

N’y avait-il que moi qui ne pouvais plus en avant ? Ils avaient quoi tous ? Plus l’habitude des excès que moi certainement. Théa revint les bras chargés, elle balança les coussins par terre et me poussa dessus.

– Reste là, je vais te faire ton café !

Excellente idée ! Elle avait même remis le sapin à sa place et à ses pieds les cadeaux reçut qui ne de­vaient pas être ouverts avant, ben, avant aujourd’hui. Curieuse, je tendais déjà la main pour attraper le premier quand un bol de truc noir et fumant arriva devant mon nez. Oh bonheur !

– Tu ouvres le mien en premier ?

Elle me tendit un tout petit paquet, emballé d’un papier bleu. Elle aimait vraiment le bleu. Je ne pris même pas la peine de boire mon café. J’attrapais le paquet et après l’avoir retourné dans tous les sens, l’ouvris super curieuse et déjà ravie du cadeau. Je restais sans voix devant le minuscule cœur en pierre qui s’y trouvait. Je l’observais longuement et la petite voix de Théa intervint.

– Je sais que c’est pas grand-chose. Je l’ai trouvé dans la rivière à côté de chez moi. Tu sais comme tu es ma première amie fille, je me suis dit que…

Elle parlait la tête baissée alors je la pris dans mes bras en disant :

– Il est magnifique. J’adore !

Parce que oui, il était magnifique, la pierre grise était striée de blanc et érodée par l’eau, elle était douce au toucher. Je lui claquais deux énormes bises sur les joues.

– Tu es génial, merci.

Ses yeux se remirent à pétiller et je lui tendis mon cadeau, j’avais trouvé un petit pendentif en forme de larme ou de goutte plutôt, en verre teinté de bleu, sa couleur préférée et je l’avais suspendu à un cordon de cuir blanc. Sans qu’elle ne le voie, je croisais les doigts dans mon dos, j’espérais tel­lement qu’il lui plaise.

– Tu sais, tu n’avais pas besoin de m’offrir quelque chose, commença-t-elle, pouvoir passer la soi­rée ici plutôt qu’à l’hôtel, était déjà beaucoup.

Elle faisait tourner le paquet dans ses mains sans l’ouvrir.

– Tu aurais passé la soirée seule ?

– Pas vraiment, mais avec les clients de l’hôtel et la famille de Mona. Ce n’est pas pareille.

Et, hop, la tête se rebaissait sur une petite moue dépitée.

– Oui, comme Ada quoi, finalement on fait un chouette trio. Pas de famille pour nous et si ma réputa­tion dans le coin n’est pas trop mauvaise, tu devrais entendre ce que ma famille dit de moi.

Elle releva la tête d’un mouvement brusque et la surprise se lut dans ses magnifiques yeux.

– Mais toi, t’es adorable.

– Pas pour tout le monde. Je haussais les épaules. Je ne suis pas venue ici pour rien, je fuyais ma famille, mon ex et mes problèmes…

Elle ne répondit pas et ouvrit son cadeau. C’est avec des yeux remplis de larmes qu’elle sortit le petit pendentif de sa boite. Elle le retourna, l’inspecta et finit par le mettre à son cou puis fila à la salle de bain comme une furie. Je la suivis.

– Il te plaît ?

Elle admirait son reflet et caressait la petite larme. Elle se jeta dans mes bras.

– Il est parfait, vraiment !

Je crus entendre dans le soupir qui suivit, mon premier vrai cadeau. J’avais du mal entendre.

Théa n’avait sous le sapin qu’un autre paquet de la part d’Ada, une bouteille. Pour moi, notre amie avait déniché quatre livres en français, j’étais ravie.

Théa fila avant que je n’ouvre les autres, la route, la nuit, etc. j’avais plutôt l’impression qu’elle ne voulait pas que je me sente gênée d’ouvrir mes autres cadeaux, alors qu’elle n’en avait plus. Nous nous fîmes un énorme câlin sur le pas de la porte et j’y restais, agitant la main, jusqu’à ce que sa voiture disparaisse.

De retour sur mon coussin, je déballais mes cadeaux, un tablier à fleur de la part Suzanne, oh com­bien ironique, mais drôle, un bon d’achat de la librairie de Francis, de vieux DVD de la part de Joe, mais c’est qui lui ? Des boîtes de biscuits en nombre, le cadeau fourre tout quand on ne connaît pas. Des écharpes tricotées, ok, je suis frileuse, le bonnet le plus moche que je n’aie jamais vu, chaud, mais moche le truc et au fond une petite boîte sans papier.

J’avais le bonnet sur la tête, dix écharpes autour du cou, le tablier sur l’épaule, une montagne de boîte à biscuits à côté de moi et la petite boite en main quand un rire fusa à ma gauche.

– Tu as été gâtée, on dirait, il y avait un concours de l’écharpe la plus moche ?

C’était méchant, pas tout faux, soyons honnête, mais méchant.

– Ils ne me connaissent pas bien, alors, les biscuits et les écharpes, c’est plus simple.

J’avais toujours la boîte dans les mains et je devais avoir l’air stupide enroulée dans mes écharpes en plus j’avais trop chaud.

– Et original, vraiment !

Il s’approcha et pris la boîte de mes mains.

– Celui-là, il est de ma part.

Il tournait et retournait la petite boîte avant de me la rendre.

– Je croyais que tu ne fêtais pas Noël ?

– Je ne le fête pas, mais je peux faire des cadeaux comme tout le monde, enfin pas des horreurs pareilles.

Il venait de voir le tablier et le pointait du doigt. J’ignorais sa remarque, intriguée par la boîte, émue à l’idée qu’il avait pensé à moi. En l’ouvrant, je découvris un pendentif doré, un hibou minuscule sur une branche avec comme deux lunes de part et d’autre de la branche, enfin plutôt en dessous. C’était d’une finesse incroyable, car malgré sa taille, deux ou trois centimètres tous les détails étaient visibles. La branche était remplie de motifs et les plumes du hibou étaient grises. Une petite merveille !

– Si tu virais les horreurs que tu as autour du cou que je puisse te le mettre ?

Sa voix était rauque et je relevais la tête surprise

– Il est magnifique, c’est fou, tu n’aurais pas dû.

Il était en train de m’enlever les écharpes qu’il jetait au sol.

– N’en fais pas une maladie, c’est un vieux truc, je me suis dit qu’il te plairait. Savais-tu que le hibou est symbole de sagesse, je vais espérer qu’en porter un t’évite de te blesser.

Vieux sûrement, truc pas d’accord, il était trop beau pour être traité de truc. Qu’il me plaise, oh que oui, qu’il me rende sage, fallait pas rêver non plus. Sans plus attendre il saisit la boîte et me passa le collier autour du cou et je fis comme Théa, le plantant là pour filer à la salle de bain le regarder dans le miroir. Il était absolument magnifique et je le caressais du bout des doigts un long moment.

Lorsque je retournais au salon, Livius n’y était plus, il lavait son bol à la cuisine. Je l’y rejoins et me coulais entre ses bras.

– C’est une merveille, soufflais-je.

Il m’embrassa le bout du nez, pris le pendentif entre deux doigts puis reposa contre ma peau en di­sant.

– Je trouve qu’il te va bien.

Il ne me regardait pas, il ne regardait que le hibou au creux de mon cou. Je restais là, blottie contre mon fantôme en me disant qu’il avait eu raison, un Noël loin de ma famille pouvait être magique tant mes nouveaux amis étaient incroyables quand je me souvins que j’avais moi aussi un cadeau pour lui. Je m’échappais de ses bras, filait dans ma chambre et revint en courant presque tenant son paquet.

– Pour toi !

Fière de moi, les bras tendus, j’attendais qu’il le prenne, mais il l’ouvrit alors que je le tenais tou­jours. J’avais trouvé une édition de Sherlock Holmes reliée en cuir, un beau livre. Bon, j’ignorai s’il aimait les livres policiers, mais qui n’aime pas Sherlock ? J’eus droit à un baiser sur le nez, à un mer­ci qui m’avait semblé sincère et à bonne nuit. Avais-je fait un bide ?

Alors que je me flagellais mentalement de n’avoir pas su trouver le bon cadeau, il s’occupa de descendre son fauteuil et une partie du vaisselier. Je pris une longue inspiration et allais le voir. Il était installé dans son fauteuil mon livre entre les mains et avait commencé sa lecture. Perdue dans mon autocritique, j’en conclus qu’il voulait juste être poli et vexée comme un pou, je lui souhaitais bonne nuit et filais d’un pas ra­geur dans ma chambre. J’avais l’impression qu’une écharpe ne lui aurait pas moins fait plaisir. Pfff

La remise en place du salon m’occupa le lendemain. Les petits mots de remerciement que je m’appliquais à écrire, deux jours de plus, je me promis de retenir les noms à partir de la tout de suite, je ne savais même pas à qui je disais merci, frustrant.

Chapitre 10

Nouvel an arriva, je le passais avec Théa à l’hôtel, il y avait des animations plein les rues et nous fîmes honneur au champagne offert par la maison, je crois bien que notre interprétation des chan­sons qui passaient à la radio restera dans les mémoires, oh pas dans les nôtres heureusement.

La rou­tine revenait, les mercredis avec les filles me manquaient et même si les dimanches midi étaient de retour chez Suzanne, qui avait décrété qu’on m’avait bien assez dérangé, ils rythmaient bien mon manque d’activité.

J’avais tenté à plusieurs reprises de sous-entendre que la cave devait enfin, voilà, faudrait s’y mettre. Mon fantôme virait sourd à chaque fois, donc je laissais tomber.

L’ennui devenait pénible, le froid intense et les jours longs, très longs, non mais vraiment longs. Je traînais mon ennui partout. Je de­vais sentir l’ennui à des kilomètres alors que tous ceux que je connaissais en ville courraient partout. La saison d’hivers battait son plein et moi, je tournais en rond.

Il me fallait une occupation. Je m’essayais au tricot. Je fis de magnifiques serpillières qui auraient dû être des pulls, pas concluant du tout. Puis je testais la peinture, à part pour peindre les murs, j’étais nulle. Je me lançais dans la sculpture sur bois, trois doigts transformés en poupée plus tard Livius balança le tout à la poubelle, m’interdisant de continuer. Je devais faire quelque chose de ma vie.

C’est quand on touche le fond que les miracles se produisent, le mien arriva sous la forme d’un li­braire dépassé. Alors que j’écumais plusieurs fois par semaine la librairie, fallait bien s’occuper et qu’à cause de mes nouvelles résolutions, je demandais pour la quatrième fois son nom au gentil monsieur dernière le comptoir pour ne pas dire une connerie, une voix sortit de l’arrière-boutique pour dire :

– Vous prenez pas la tête. Il ne restera pas longtemps. Il me lâche.

Je me dévissais la tête pour observer le vieux type qui me parlait. Rhaa, je le connaissais, c’était, haaa c’était, mais merde, d’où je l’avais vu lui ?

– James Andersen, ancien bibliothécaire, nous nous sommes croisés peu de temps après votre arri­vée

– Ha, heu, oui, enchantée.

– Je vous disais donc, mademoiselle Sophie que mon vendeur quittait la ville pour tenter sa chance ailleurs, alors ne prenez pas la peine de retenir son nom !

Ok, donc il semblerait que mon incapacité à retenir le nom de gens était connu, il fallait vraiment que je fasse des efforts, parce que là j’avais compris, tiens prends ça dans les dents, moi je connais ton nom.

– Ce qui me dérange le plus, continua-t-il, c’est quand cette saison trouver un remplaçant va être difficile.

Je levais le doigt avant même que mon cerveau n’enregistre le tout.

– Moi, je suis libre, tout de suite si vous en avez besoin, je n’ai rien de prévu avant plusieurs mois.

Le doigt en l’air comme à l’école, j’avais parlé avant même d’y avoir vraiment réfléchi. Au fond pourquoi pas, mon anglais s’était amélioré au cours des dimanches et de mes mercredis entre fille et je connaissais presque par cœur les rayons de la librairie pour y avoir traîné mon ennui des jours durant.

Je vous passe le comment du pourquoi, mais le lundi suivant, je commençais à faire la poussière dans la librairie en attendant un potentiel client. Je voyais s’envoler mon ennui et mieux encore je me mettais à espérer que ce travail deviendrait mon travail. La routine reprit un rythme qui me convenait bien.

Deux mois plus tard j’étais toujours derrière le comptoir de la librairie et même si j’étais ma meilleure cliente, presque la seule d’ailleurs, les jours passaient gaiement. Je retrouvais mes mercredis midi filles, plus chez moi, mais à la pizzeria du coin, la seule de la ville tenue par Adisorn et Rasamee, deux Thaïlandais vraiment sympathiques. Non, ne vous moquez pas, leurs noms sont écrits sur toutes les cartes de menu, à force je les ai rete­nus. Mes bonnes résolutions, vous vous rappelez ?

Je disais donc, les repas filles du mercredi avaient recommencé même si Ada nous lâchait régulièrement. Mes dimanches étaient remplis de trop de nourriture avalée chez Suzanne et le reste de la semaine, je mangeais sur le pouce coincé entre les cartons dans la réserve. Mon colocataire s’était de nouveau transformé en fantôme. Je ne le croi­sais presque plus, Mes soirées à regarder des séries, sans râleur à côté, étaient devenues mon petit plaisir.

L’hiver s’étirait puis le printemps pointa son nez, je troquais mon bonnet moche et mes écharpes tricotées mains pour une écharpe fine. Le fond de l’air restait frais en soirée. Puis l’écharpe rejoignit la penderie avec les pulls et je sortis les chemisiers, enfin ! Le mois de mai était là et j’appréciais tous les jours un peu plus Théa qui, elle aussi, gardait une veste sur les épaules alors qu’Ada était déjà en tongs, nous nous faisions traiter de frileuses et nous l’assumions plutôt bien à deux contre une.

Je n’étais plus la seule cliente de la librairie, la curiosité de savoir que la nouvelle travaillait là, atti­rait du monde. Monde qui n’osait pas repartir sans rien acheter. Monsieur Andersen m’assura qu’il n’avait jamais eu un mois de mai aussi rentable. Je fus confirmé à ma place.

Ma nouvelle vie me plaisait, mes amis étaient incroyables et j’envisageais l’avenir avec un bonheur que je n’avais pas ressenti depuis longtemps. La pauvre petite chose arrivée ici il y a un an, avait disparu, laissant place à une nana bien dans sa peau.

Ada me sauta dessus un jeudi matin pour me dire que la boutique serait fermée l’après-midi, James était d’accord. Finalement, elle me fit fermer tout de suite et me traîna derrière elle.

– Faut que je te montre un truc, avance, plus vite !

Avancer ? Il me fallait presque courir pour me maintenir à sa hauteur. Elle me poussa dans l’hôtel puis me tira dans la grande salle, le tout au pas de course. J’étais essoufflée et quand je finis par la rejoindre, je me statufiais. Il y avait un « bon anniversaire » accroché contre le mur, plein de ballon partout et mes amis.

– Ça fait un an que tu es arrivée ! Me dit Ada. Fallait bien le fêter, non ? Tu te rends compte, qui au­rait pensé que tu allais tenir ?

Pas moi, en fait, un an, un an que j’étais arrivée déjà ? J’avais la bouche ouverte, les yeux exorbités et je me mis à pleurer. Ce fut la panique en deux secondes, Suzanne me prit dans ses bras, Ada me serrait une main dans les siennes, Théa me frottait le dos et Francis se marrait.

Merci, Francis, le voir rire me permis de retrouver un peu de cervelle, pour murmurer entre deux sanglots :

– C’est trop, fallait pas.

Je fus traînée et assise à table entourée de ces gens formidables qui, je ne comprendrais jamais pourquoi, m’avaient adoptée aussi facilement.

Quoique, j’appris que le mari de Suzanne avait parié que je ne passerai pas l’hiver. Rhaa, Judicaël quel prénom impossible, donc Judicaël avait parié que je ne passerai pas l’hiver, les paris variaient entre fin octobre et mars, même Ada avait parié, la traîtresse !

Elle se justifia par mon passage d’ennui profond qui l’avait fait craindre un départ pour ailleurs. Elle se justifia d’une toute petite voix contrite encore plus quand il s’avéra que Théa avait parié que je resterais, elle ! Ce fut un chouette moment entre amis et je rentrais sur un petit nuage, un an ! Waouh, je n’en revenais pas.

Au milieu de la nuit, mon téléphone sonna, c’était ma mère. Vive le décalage horaire ! Elle me demanda de but en blanc quand je rentrais maintenant que mon année sabbatique était finie. Quand je lui dis que non, je ne rentrais pas, elle me fit bien comprendre en hurlant ce qu’elle pensait de ma crise d’ado­lescence tardive. J’étais une inconsciente qui allait finir sous les ponts ou pire à la charge de mes frères et sœurs qui, eux, avaient réussis etc, etc. je connaissais par cœur le discours.

C’est en mettant le téléphone sur haut-parleur et en buvant stoïquement un café que je répondais à intervalle régulier des oui mais, non mais, ça va aller ou je comprends mais…

Je n’essayais même pas de finir une phrase, j’attendais patiemment que ma mère en finisse. Je savais qu’une fois qu’elle au­rait raccroché, j’aurais droit au même discours de ma sœur aînée qui rajouterait, mais tu sais on t’aime, c’est pour ça qu’on s’inquiète puis mon grand-frères le ferait aussi, en étant moins virulent et en précisant qu’il faut comprendre les parents, c’est pas moi, c’est eux qui s’inquiètent. Quand il aura raccroché ma petite sœur m’enverra un texto me remerciant de foutre le bordel pour faire mon intéressante. Une fois qu’ils m’auront bien tous prédit le pire, ils me lâcheront et je n’en entendrai plus parler, jusqu’à la prochaine fois.

Je regardais dans le vide, ma sœur parlait, parlait, parlait. Mon fantôme entra, écouta un moment, me fit une grimace qui faillit me faire rire. Pas bonne idée, mais alors pas du tout, ne pas rire quand grande sœur faisait la morale sinon j’en reprendrais pour le double. Je haussais simplement les épaules.

Il s’installa en face de moi et écouta très attentivement. Il se décomposa au fur et à mesures. Je lui fis signe de se taire et profitait que ma sœur raccroche pour lui dire.

– Ma mère vient de lui dire que je ne rentrerais pas. J’ai même pas réussi à dire que j’avais un tra­vail ici. Ils pensaient tous qu’à la fin de mon année sabbatique, je rentrerai la queue entre les jambes.

Mon frère appela et les reproches reprirent.

– Un an ? Mima Livius.

Je fis oui de la tête et murmurait loin du téléphone.

– Un an, aujourd’hui !

Il fit bravo des deux mains sans un bruit puis alors que je désespérais que mon frère se taise, il dit à voix haute :

– Quand allez-vous finir de vous écouter parler, c’est le milieu de la nuit et votre sœur travaille de­main.

Et, merde non, il n’avait pas osé, mais ce n’est pas vrai, il allait empirer la situation.

– Qui êtes-vous ? Questionna sèchement mon cher et adorable frère.

– Un de ses locataires, répondit courtoisement mon coloc

– Un de tes quoi ?

– Locataires, compléta tranquillement le fourbe qui me toisait alors que je me décomposais.

– Tu as des locataires ?

– Je viens de vous le dire. Un de ses locataires. Il se moquait de moi en continuant. Vous avez de la chance de n’avoir pas réveillé Mademoiselle Théa, elle est un peu revêche au réveil.

– Sophie qu’est-ce que ça veut dire ?

Je coupais le haut-parleur, fusillait du regard mon « locataire » et répondis à mon frère. Oui, j’avais une maison et oui, je louais des chambres. Je ne pouvais pas lui révéler que je partageais la maison avec un homme dont je ne savais presque rien et que ledit homme venait de s’amuser à ses dépens ou avait tenté de me défendre, à choix.

Étrangement, il raccrocha dès l’explication bancale donnée. Je savais qu’il allait téléphoner à ma mère qui elle-même téléphonera à ma sœur et que l’une d’entre elle finirait par me téléphoner pour à nouveau me faire la morale sur cette fois-ci le thème de tu ne nous dis rien.

Je ne soulignerai pas qu’on ne m’avait pas laissé parler et attendrais que ça se tasse. Depuis le temps, je ne me prenais plus la tête. Je fis un pâle sourire au pire locataire de l’année en lui précisant que c’était gentil, mais ne servirait à rien, j’allais avoir droit à un nouveau sermon alors que j’en voyais le bout.

– Retourne te coucher et éteint cet engin de malheur !

Mais combien de fois m’avait-il envoyé au lit ? Je crochais sur cette question en allant me coucher. Bonne fille qui obéit.

Les téléphones familiaux n’eurent plus lieu au milieu de la nuit, mais très tôt le matin. Je fus estoma­quée quand je me rendis compte que ce que ma mère retenait était en un, que j’avais une maison as­sez grande pour y loger du monde, en deux, que je gagnais de l’argent et c’est tout. Je n’insistais pas. Les téléphones se calmèrent. Je repris ma petite vie.

Chapitre 11

C’est le mois suivant que tout bascula. Il faisait beau et chaud. Un soleil radieux m’accompagnait tout au long de la journée et arrivait même à percer au milieu des livres. Je mangeais à midi, sur un banc profitant du bienfait du soleil. Je troquais mes chemises contre des hauts à petites bretelles ou de petites robes. Je vivais en tong, comme la moitié des habitants, et étais capable de repérer un tou­riste à dix mètres. J’étais devenu du coin. Je me sentais du coin.

Ce mercredi-là, avec Théa nous avions décidé de manger sur l’herbe du parc. Tout se passait bien quand je retirais le châle que j’avais mis. Elle resta immobile à fixer mon pendentif. Elle blêmit en me demandant sèchement :

– Qui t’a offert ça ?

– Il était dans mes cadeaux de Noël.

– Tu te souviens de qui te l’a offert ?

– Non, pas vraiment il faudrait que je cherche.

Même si j’en avais assez de cacher ce gros pan de ma vie, je ne me sentais pas prête à l’avouer à mon amie, alors que je voyais bien que ces yeux revenaient sans cesse sur le collier.

– Et si on se faisait une soirée fille, je passe prendre des pizzas et on se retrouve chez toi pour se regarder ta série débile là.

– Laquelle ? Tu trouves toutes mes séries débiles. 

– La fille blonde et le beau mec et son père

– Fringe ?

Elle fit oui de la tête, cool, ce serait sympa, je lui dis oui.

L’après-midi passé, la boutique fermée sans avoir vu per­sonne, c’est toute contente que je filais en direction de ma maison. Théa était déjà devant la porte avec deux énormes cartons dans les mains.

Installée dans le canapé, les cartons de pizza vides sur la table basse, je digérais en écoutant la rousse expliquer sa journée. L’arnaque aux touristes fonctionnait à plein, j’étais heu­reuse que dans ma petite boutique ce sport ne se pratiquait pas, les prix des livres étaient fixes, tant mieux. Quatre épisodes de ma série débile plus tard, le quatrième ayant été exigé par Théa qui voulait abso­lument voir la suite, je finis par l’abandonner sans regrets. Je notais dans un coin de ma tête de lui of­frir la série complète, débile pour elle peut-être, mais addictif, tout en montant me coucher.

C’est vers quatre heures du matin que des voix me réveillèrent, persuadée qu’elle s’était en­dormie devant la télévision allumée, je me motivais pour descendre l’éteindre, la télévision pas Théa.

À mi-chemin, je stoppais net, ce n’étaient pas les voix des acteurs que j’entendais, mais celles Théa et de Livius. Bon, une discussion s’imposait, flûte, m’approchant pour intervenir, je restais figée en entendant Livius.

– Qui de toi ou de moi représente le plus grand danger pour elle ? Si j’avais voulu la blesser, ce serait déjà fait, ne penses-tu pas ? J’ai eu plus d’un an pour. Mais, toi, contrôles-tu vraiment tes instincts ?

Un silence.

– Avec elle ce n’est pas pareil. C’est mon amie. Elle ne risque rien.

– Alors tu peux comprendre qu’elle ne risque rien avec moi.

Ok, ils parlaient de moi, mais c’était quoi ce bordel, qu’avais-je à craindre de Théa et comment se connaissaient-ils. Parce qu’ils se connaissaient, là j’en étais sûr. J’avançais pour me montrer, bien décidée à tirer au clair ces étranges paroles. C’est Théa qui me vit en premier. Elle se figea. Livius ne se tourna pas, il passa sa main sur son visage et dit :

– Bonsoir Sophie, désolé de t’avoir réveillé et si tu venais t’asseoir ?

Ben non, je voulais rester debout moi et surtout je voulais des réponses.

– De quoi parliez-vous ?

Mes yeux allaient de l’un à l’autre, Théa répondit.

– C’est à cause du collier, je l’ai reconnu, alors je voulais savoir pourquoi tu l’avais et surtout si tu savais qui te l’avait offert.

Elle fit un geste du menton en direction de mon colocataire. Il se tourna vers moi pour répondre.

– Je connais Théa depuis longtemps.

– Et comme tu ne m’avais pas dit que tu n’étais pas réellement seule ici, je voulais…

Elle s’arrêta net.

– Elle voulait être sûre que tu me connaissais bien.

Ben, non, je ne le connaissais pas bien du tout.

– Et ?

– Et comme dans le coin je ne suis pas très appréciée, tu as bien vu comment Suzanne me regarde, continua-t-elle.

– Oui et ?

– Je n’ai pas bonne réputation

– Moi, encore moins, dit-il.

– Ok, en quoi vos réputations risquent de me faire du mal ?

Parce que oui, si je me moquais complè­tement de ce qu’on disait d’eux, je ne me moquais pas de ce que je venais d’entendre, deux énormes soupirent me répondirent.

– C’est une façon de parler. Tu sais les gens parfois se comportent.

– Comme des cons et vous pensez que j’en suis aussi. C’est pas crédible là.

J’étais énervée de les voir noyer le poisson, sans vraiment me répondre. On évitait de me regarder dans les yeux, on admirait ses chaussures. Ils me prenaient pour une débile.

– Bon, il va falloir que vous arrêtiez de me mentir tous les deux. Quel est vraiment le problème ?

S’il me restait un doute sur le fait qu’ils me mentent, là je n’en avais plus aucun. Théa avait pâli et Livius regardait par-dessus ma tête. Certes mon mur était très joli, mais pas à ce point-là. Je ta­pais du pied.

– J’attends !

Le concerto pour soupires en do mineur se fit entendre. Théa tomba plus qu’elle ne s’assit sur le ca­napé et Livius me fit signe de m’asseoir. L’heure des révélations avait sonné et j’étais bien décidée à ne rien lâcher avant d’avoir eu la vérité.

– Bon par où veux-tu que l’on commence ? Dit Théa en me serrant la main

– Par le début ? Enfin, commençons par : vous vous connaissez depuis quand ?

– J’ai rencontré Livius à mon arrivée ici, il m’a aidé à trouver un coin qui me convenait.

D’accord, donc en gros une dizaine d’années, elle n’avait pas plus de 30- 35 ans.

– De gros problème avec ma famille m’avait poussé à m’éloigner. Je ne connaissais personne et j’étais en pleine révolte. Toi, tu es arrivée en douceur, tu voulais avoir la paix, moi, je suis arrivée furieuse et je cherchais, bref, je n’étais pas là pour me faire des amis.

– D’où ta mauvaise réputation…

– Entre autres, continuât-il. Elle a logé chez nous, le temps de trouver où aller. Carata l’aimait bien.

– Carata ?

Il ferma les yeux, ceux de Théa se remplirent de larmes.

– Ma compagne, elle est morte.

Ok, sujet sensible, très sensible à voir la tête de Théa.

– Je suis…

– Il y a longtemps maintenant, donc je disais, Théa est restée ici le temps de trouver où se loger.

– Tu ne m’as jamais dit que tu connaissais la maison, lui reprochais-je.

– C’est plus tout à fait la même et te dire que j’avais connu un des anciens propriétaires aurait ser­vi à quoi ? Je pensais qu’il était parti.

– À éviter tout ce merdier ?

Ils grimacèrent tous les deux.

– Il faut la comprendre, à la mort de Carata, j’ai disparu, je ne voulais plus voir personne. Elle a pensé que j’étais parti, c’est normal.

Ça, je pouvais comprendre, même si je me sentais blessée de ne pas avoir été mise au courant. Voilà bien la preuve que je ne connaissais rien de lui. Rien d’eux. Je touchais mon pendentif, Théa fixait ma main.

– Tu as reconnu le collier parce que tu l’avais déjà vu. C’est pour ça que tu m’as demandé qui me l’avait offert. Ne me dites pas qu’il était à elle.

Je t’en supplie, pas le collier d’une morte à mon cou, s’il te plaît. Pas ça !

– Carata ne l’a jamais porté, ce collier est dans ma famille depuis longtemps.

Sec, net, précis, n’en demande pas plus disait sa voix. Bon, mais, du coup se posaient plein d’autres questions.

– Alors pourquoi me l’as-tu offert ?

– On en parle plus tard, tu as demandé depuis le début, non ?

Sans me laisser répondre il continua.

– Donc après son décès, je ne voulais plus voir personne. Je voulais qu’on me laisse en paix, tu peux comprendre ?

Oui, son grand amour est mort, il s’est retiré du monde pour la pleurer, jusque-là, ça allait. Si j’ou­bliais la tristesse infinie que je ressentais. Pour changer de sujet, je demandais :

– Et tu as joué sur la croyance que la maison était hantée pour faire fuir les nouveaux habitants.

– Oui, on peut dire ça, c’est ma maison.

Re coup de poignard au cœur, sa maison oui, pas la mienne, des larmes perlèrent à mes yeux. J’étais l’étrangère ici.

– Quand j’ai vu le collier, j’ai compris qu’il n’était pas parti et je me suis demandée pourquoi tu n’avais jamais parlé de lui et je me suis inquiétée parce qu’il n’est pas, enfin, il n’a pas l’air de… c’est un…

Elle se tue, cherchant visiblement ses mots.

– Un quoi ?

– Heu, tu ne sais pas ? Ho, je n’aurais pas dû.

Elle avait blêmi d’un coup, Livius se mit à genoux en face de moi, me prit les mains, plissa les lèvres et finit par dire sèchement :

– C’est bon, Théa, je pense que tu peux te taire.

Elle baissa la tête, mais continua.

– Il va bien falloir le lui dire.

– Je sais.

Deux mots murmurés les yeux fermés, sa bouche ne faisait qu’un trait, tout en lui était tendu et mon imagination partit en vrille. C’était un tueur en série, non un agent secret, non, c’était un pervers qui dormait avec le cadavre de sa femme et c’est pour cela qu’il m’interdisait la cave, non, il avait juré de vivre la nuit pour être avec le fantôme de sa femme, non, il était, stop, stop Sophie, tu te calmes et tu écoutes. J’étais complètement paniquée, car je m’attendais au pire quand il continua presque en chuchotant.

– Sophie, je vis la nuit, tu l’as bien remarqué ?

Je fis oui de la tête et d’ailleurs, c’était saoulant.

– J’ai pu déplacer la cuisinière seul, elle est plutôt lourde. Comment ai-je pu le faire ?

Oh qu’elle était bonne cette question-là. Il n’avait pas l’air super musclé, style haltérophile, c’est vrai.

– Je n’y ai même pas réfléchi, avouais-je

Les yeux de Théa doublèrent de volume et Livius secoua la tête.

– Tu es vraiment un ange, incroyable.

– Elle l’est. Confirma Théa.

Là je doutais que ce fut un compliment, idiote, naïve serait bien meilleure comme qualificatifs.

J’eus droit à un baiser sur le front.

– Donc résumons, je vis la nuit, j’ai beaucoup de force, je suis rapide et je peux tomber d’une échelle sans me faire mal. Je suis…

À son regard, il attendait une réponse. Mes neurones se mirent à faire des brasses, je nageais. Il avait bien remarqué que rien ne sortait de ma petite caboche. Il ferma les yeux, baissant la tête sur un sourire.

– Le soir, je bois toujours un bol de ?

Pas de café, sinon il ne l’aurait pas demandé comme ça, un bol de quoi ? Mince, mes neurones ne fai­saient plus de brasses, ils coulaient. Je savais qu’un truc énorme m’échappait, la connexion ne se faisait pas. Je me sentais idiote, mes neurones ne coulaient plus, ils étaient portés disparus et les se­cours n’arriveraient jamais à temps.

Je le fixais. Il avait posé une main sur ma joue et de son pouce caressait ma tempe, il attendait et moi je pataugeais. Théa intervint.

– Imagine que l’on est dans une de tes séries. Je suis certaine que tu sais.

Dans mes séries ? Mon fantôme serait quoi ? Mes yeux se posèrent sur l’étagère et je passais en revue mes DVD. Je tombais sur Supernatural puis sur Buffy et je secouais la tête, faut pas exagérer non plus. Dans ces séries-là, il serait un vampire sauf que les vampires, ça n’existe pas ! Un tueur en série recherché ? Un alien tant qu’on y est ! Dans mes séries, il n’y avait que ça. Ha non, j’oubliais les zombies. Nan, pas possible.

– Montre-lui !

– Laisse-lui encore un peu de temps pour tout assembler.

Sauf que je n’assemblais rien du tout. Je me tournais vers Théa et l’interrogeais du regard.

– As-tu confiance en lui ? Me demanda-t-elle.

Je pris le temps de réfléchir. Depuis mon arrivée, il m’avait aidée avec la maison, sortie des griffes de David et m’avait toujours bien traitée. Jamais il ne m’avait rabaissée ou jugée ou blessée. Je n’avais pas peur de lui, même si son caractère n’était pas toujours facile, mais je ne connaissais pas grand-chose de sa vie, enfin, carrément rien. Avais-je confiance en lui ?

Ma petite voix qui sortait toujours dans les moments où mes neurones ne me servaient plus à rien, intervint. T’es con, disait-elle, je te rappelle que tu as accepté de vivre avec lui sans trop te poser de question et que tu ne l’as jamais regretté. Arrête de te pourrir la tête dit oui et assume la suite !

La suite était justement le pro­blème, mais le pouce sur ma tempe, les yeux noirs attentifs et le soupir qu’il semblait retenir, finit par avoir raison de ma peur. Je me noyais dans ses yeux et dit :

– Oui, j’ai confiance en toi.

Le soupir retenu sortit et il souleva mon menton.

– Je ne te ferais jamais de mal, je te le promets à nouveau. Jamais. Quoi qu’il arrive !

Je fermais les yeux, il prit mon visage entre ses mains et tout doucement me releva la tête.

– Regarde-moi, mon ange. Regarde-moi attentivement !

J’ouvris les yeux et les fixais sur les siens. Il fit un petit non de la tête en indiquant sa bouche. Je fron­çais les sourcils. Merde, je rêvais ou j’hallucinais ou je devenais folle ?

Deux canines étaient en train de s’allonger devant mes yeux et pas qu’un peu. C’est quoi ce délire ?

Ok, c’était la merde. Comme j’étais une jeune femme équilibrée et bien dans ses baskets, mon cer­veau se mit en grève et mes muscles tétanisèrent. Boum, je tombais en panne, plus rien ne fonction­nait, enfin, non, un truc fonctionnait, ma terriblement énervante petite voix qui était en train de bondir de tous les côtés en hurlant des c’est trop cool, youpi et autres joyeusetés. La conne ! Elle jouait à la balle élastique dans mon crâne. Je sentais venir la migraine.

Elle se calma un peu et devint toute douce en me faisant le résumé : bon, tu n’avais rien vu, normal quand on pense que les vampires n’existent pas, on ne cherche pas de preuve. Là, quand même, tu dois reconnaître que des preuves, il y en a. Oui, là je pouvais admettre que les preuves étaient solides, surtout les deux dents qui étaient toujours sorties et que je fixais sans pouvoir m’en détacher. Sauf que même si j’adorais les séries avec des vampires, des loups-ga­rous et des zombies, là on n’était pas dans une série.

Mais bon sang, dans quoi m’étais-je fourrée. C’est ton ami, continua la petite voix. Ne l’oublie pas. Il te fait confiance, tu crois qu’il montre qui il est à tout le monde ? Franchement, tu en as de la chance et puis tu lui fais confiance souviens-toi ! Oui, c’est vrai, enfin j’avais confiance dans mon fantôme. Fantômes, vampires repris la voix, du pareil au même. Allez arrête de faire l’autruche et réagit. Mais oui, hurler me semblait une bonne idée ou m’évanouir ?

Une partie de moi réagissait, je sentais à nouveau la caresse de son pouce sur ma tempe et la main de Théa qui me frottait le dos. Je croisais son regard. Incroyable ce qu’il semblait inquiet. Je crois que c’est cette lueur de peur que j’y voyais qui me décida à revenir dans le monde des vivants. Un mot s’échappa de mes lèvres.

– Vampire ?

Les crocs disparurent, ses yeux se fermèrent et il fit juste oui de la tête.

– J’ai besoin d’un verre.

Ben oui quoi, je ne pouvais pas douter de ce que je voyais, pas besoin de me pincer. Sauf qu’il fallait l’avaler, pas le verre, la vérité. Sa tête lorsque je disais ça, faillit me faire rire. Théa revenait déjà avec un grand verre qu’elle me fourrait dans les mains. Je ne sais pas ce que c’était, mais je me mis à tousser, les larmes me piquèrent les yeux et l’émail de mes dents parti voir ailleurs s’il y était, à peine la première gorgée avalée. Ça me fit un bien fou.

– Ça va ? Comment te sens-tu ? Demanda mon fan… non mon vampire.

– Si je suis pas devenue folle enfin, ça devrait aller, enfin, c’est juste que, enfin les vampires, en­fin ça n’existe pas, enfin je croyais, enfin.

Allais-je arrêter de dire enfin ? Merci mon cerveau pour me soumettre à cet instant précis la seule question qui n’avait aucun intérêt.

– Tu le savais, accusais-je Théa.

– Je savais que les vampires existent, mais ils sont supers discrets, m’informa Théa. Plus que les loups, eux, ils laissent des traces partout.

Ha, oh, les loups, ok, on va où là ? Et hop, une gorgée du truc trop fort pour faire passer cette nou­velle information.

– Mais tu sais, ce ne sont pas les pires, continuait la rousse.

Je levais la main pour l’arrêter, paniquée.

– Laisse-moi déjà digérer le fait que les vampires et je suppose par loup que tu veux dire loup-ga­rou, existent, d’accord. Pour quelqu’un comme moi, c’est déjà trop.

– Tu prends plutôt bien la chose. Tu trouves pas Livius  ?

Lui ne disait rien, mais observait attentive­ment. Ses mains reposaient sur mes genoux et il s’était légèrement reculé. Je ne sais pas ce qu’il cherchait à voir en moi. Je ne savais toujours pas si c’était réel ou non.

– Tu vas avoir besoin de temps pour digérer.

Il leva la main et la garda en l’air. Il était indécis et me scrutait. Le léger mouvement de recul que j’avais eu ne lui avait pas échappé. Sa main retomba et il se releva pour s’éloigner.

– Je vais vous laisser en discuter, le jour ne va pas tarder.

Il était lugubre et je me sentis mal d’avoir eu ce recul, mais il pouvait comprendre. J’avais de bonnes raisons là. J’avais un peu peur, beaucoup en fait. Il ne dit rien de plus, me fit un signe de tête et dis­parut au sous-sol Théa grimaçait un peu et voulu relancer la discussion.

– Non, s’il te plaît, là, j’ai besoin d’un moment, seule. Si tu pouvais rentrer chez toi, ce serait sympa. Je, j’ai vraiment besoin de réfléchir tranquillement.

– Tu es sûre, je pense qu’il faut qu’on en parle, tu as des questions à poser et je ne vais pas te lais­ser seule dans un moment pareil.

Il me fallut presque une heure pour la convaincre de partir. Car, non, je ne voulais pas en parler et non, je ne voulais rien savoir de plus. Là déjà, c’était trop. Elle finit par céder de guerre lasse.

– D’accord et ne t’inquiète pas, je préviendrais James que tu es malade, comme ça tu as la journée pour, enfin, tu pourras rester tranquille, puisque c’est ce que tu veux.

Je la remerciais, lui souhaitais une bonne journée et montais m’enfermer dans ma chambre. Je vou­lais être seule. Quand j’entendis la porte se refermer et la voiture de Théa démarrer, il y eut dans ma tête comme une tempête. J’étais assise sur mon lit, incapable de dormir ni de réellement penser. Je restais ainsi toute la matinée. Je n’avais ni faim, ni soif, mais je m’obligeais à avaler une soupe. J’avais l’impression de bouger dans du coton dense. Le moindre geste était compliqué et me demandait plus d’énergie que je n’en avais.

Chapitre 12

Dans l’après-midi, un vent de panique me tomba dessus, un truc énorme. Je tremblais de la tête aux pieds et si j’étais toujours incapable de réfléchir correctement, toutes les fibres de mon corps criaient à la panique alors j’y cédais.J’attrapais ma valise, y fourrais de tout en vrac, descendis quatre à quatre l’escalier et filais sans m’arrêter à ma voiture. Je ne pris même pas la peine d’ouvrir le coffre, je jetais la valise sur le siège passager et je fuis, encore. Fuyant ce que mon petit cerveau refusait de considérer comme réel. Juste fuir.

Je roulais droit devant, tentant de ne réfléchir à rien. Tellement à rien que j’oubliais que les routes ici, ne sont pas vraiment des boulevards et après des heures à lutter entre les trous, les bosses et les chemins de terre, j’étais épuisée et je m’étais perdu. La nuit avait fini par tomber, brouillant encore plus mes repères. Il valait mieux attendre le jour pour reprendre la route. Je me glissais à l’arrière, contrôlais que j’avais bien fermé les portes et les fenêtres, me recroquevillais sur le siège et fermais les yeux.

Les larmes arrivèrent à ce moment-là et je versais toute l’eau de mon corps. J’étais secouée de san­glots impossibles à arrêter. Je pleurais sur moi, sur mon idiotie de n’avoir rien vu, de ses amis qui m’avaient menti sur quoi d’autre encore ? Je m’apitoyais sur mon sort. Je m’épuisais de chagrin. Rien d’autre ne comptait plus que mes larmes qui semblaient ne pas vouloir se tarir.

J’avais physiquement mal au cœur. Je me sentais plus nulle qu’à mon arrivée. Je pleurais, c’était tout ce que je pouvais faire. J’étais au milieu de nulle part. J’étais seule. J’avais peur du noir cette nuit et ma lampe de poche montrait des signes de faiblesse et j’étais perdue dans tous les sens du terme. Tout ce que je pouvais faire, c’était pleurer.

La crise durait encore quand on frappa à la vitre. Je relevais la tête et croisais des yeux noirs. Je ne voulais pas lui parler. D’un coup, je me sentais en colère, tout ça c’était sa faute. Je secouais la tête et la plongeait entre mes bras en collant mon nez contre le siège. Mais, qu’il me fiche la paix, qu’ils me fichent tous la paix !

– Ouvre, sinon je casse la vitre !

– Non !

Il se prenait pour qui ?

– Sophie, ouvre ! Je n’hésiterai pas à casser la vitre.

Mais, bien sûr, continu à me menacer comme ça j’aurais confiance. Il était dingue ou quoi ? Je rele­vais la tête. Il avait le front appuyer contre la vitre et son inquiétude était visible.

– Sophie, mon ange, ouvre-moi s’il te plaît !

Je ne sais pas si c’est d’entendre ce doux surnom, la voix qu’il avait ou le s’il te plaît que je ne lui avais jamais entendu dire. Les yeux noirs étaient suppliants. Il restait là à me regarder. Je déverrouillais la porte sans plus réfléchir. Il entra, ne dit rien, me prit contre lui en soupirant.

– Tu m’as fait une peur bleue. J’ai cru, j’ai cru…

J’étais dans ses bras, il me serrait contre lui, m’embrassant les cheveux. Il ne disait plus rien, mais ne desserrait pas son étreinte. Mon corps me trahissait en se détendant contre lui. J’étais furieuse une seconde plus tôt et maintenant, je restais sans rien dire, blottie contre lui. Je suis d’une logique sans faille.

Au bout long d’un moment, il souffla à mon oreille.

– Tu veux bien rentrer à la maison, je sais que c’est difficile à accepter, tu sais, partir n’est pas la bonne solution. Théa est morte d’inquiétude.

Je ne l’écoutais qu’à moitié parce que ma petite voix faisait un vacarme de tous les diables dans ma tête, trop heureuse de retrouver son, mon vampire. Elle faisait des cabrioles l’idiote et hurlait, tu vois il tient à toi. Mais bien sûr… Elle refusait de se taire et c’est elle plutôt que moi qui répondis

– C’est juste que…

– C’est difficile à avaler, finit-il à ma place

– Mouais et pas qu’un peu.

Il me serra plus fort.

– La vérité n’est pas toujours le mieux.

– Mais elle est préférable.

– Pas toujours, crois-moi, pas toujours.

Il ne dit plus rien. Je tentais de donner un ordre dans tout ça. Je ne sais pas combien de temps passa avant qu’il ne demande :

– Tu préfères renter en voiture ou que je te ramène ?

Là, sa question était bizarre, je relevais la tête.

– Je vais te révéler un secret de plus, je ne sais pas conduire. Alors, soit tu laisses ta voiture ici et je te porte pour rentrer, soit si tu n’es pas trop fatiguée, tu conduis pour nous ramener.

Il me fit une grimace penaude et j’éclatais de rire. Ho, bon sang que ce rire me fit du bien.

– Je ne le dirai à personne. Promis ! Sauf que je ne sais pas du tout où nous sommes, je me suis perdue.

– À dix minutes de la maison à peine je te guiderais.

Ok, j’avais donc tourné en rond et je n’étais pas allée loin. J’avais raté ma fuite, bravo, bien joué ! Note à moi-même faire des plans avant de fuir.

Une fois devant la maison, je me retrouvais dans des bras qui me serraient fort, à croire qu’il avait peur de me voir encore fuir. Il me faut avouer qu’une partie de moi y avait songé. La porte s’ouvrit sur une Théa livide et en pleurs, mon cœur se serra encore plus si c’était possible.

– C’est bon, je l’ai retrouvée et en un morceau

Le soupire que poussa Théa me fit me sentir mal, elle s’était vraiment inquiété. Je ne pus pas y réfléchir, j’étais déjà dans ma chambre où avec une infinie douceur il me posa sur mon lit.

– Tu veux boire ou manger quelque chose ?

– Un grand verre d’alcool, fort !

Je reçus un baiser sur le nez.

– Sale gamine, je reviens, je vais te chercher un de tes affreux cafés et de l’eau. Promets-moi de ne pas bouger.

Gamine ? Au fait, il avait quel âge ? Gamine possible du coup, je fis oui de la tête. Je n’avais de toute manière plus aucune force. Ma petite voix était toute triste à l’idée qu’il ne voyait en nous qu’une gamine et je me sentais réellement comme une gamine prise en faute. Papa inquiet de sa fifille qui avait fuguée, mais soulagé de l’avoir retrouvée et la mettant au lit, voilà l’impression qu’il me donnait.

Le café bu, il remonta les draps presque sous mon nez et me caressa encore les cheveux. Voilà, papa met sa petite fille au lit. J’avais envie de pleurer tellement cette impression me faisait sentir mal. Il resta là, attendant que je m’endorme tout en me chuchotant que j’étais ici chez moi et qu’il ferait tout pour que je m’y sente bien et en sécurité. J’avais envie de hurler merci papounet, mais je ne dis rien. La caresse de ses doigts dans mes cheveux était si douce que je m’endormis, épuisée.

C’est Théa qui me réveilla en fin de journée, je me sentais toujours fatiguée. Elle déposa sur mes genoux un plateau contenant deux tartines et une cafetière remplie à raz bord d’un breuvage noir qui sentait divinement bon.

– Je n’ai jamais connu quelqu’un qui boive autant de café. Je me suis dit qu’une tasse ne serait pas assez. Les tartines sont à la confiture de mûres, je n’ai pas trouvé celle aux myrtilles.

– Je l’ai finie, mais mûres, c’est bien aussi.

Ma voix était éraillée, ma gorge me faisait mal et même si je me sentais mieux, je redoutais le mo­ment où il faudrait parler. Alors, je mangeais le plus lentement possible. Elle attendait que je fi­nisse. J’en étais à ma quatrième tasse de café quand elle saisit le plateau.

– Je te laisse ton café et le temps de te lever. Après il faudra que l’on discute de cette horrible ten­dance que tu as à fuir.

Avant que je ne puisse lui répondre la porte se refermait sur elle. Et voilà, c’était ma faute. Ben voyons ! Et, puis la fuite, c’est bien. Moi j’aime bien.

Étrangement après ma crise de panique, je me sentais bien, fatiguée, épuisée, mais bien. En arrivant à la cuisine, je trouvais mon vampire et Théa, ils me scrutaient et j’allais faire demi-tour quand elle me prit dans ses bras en pleurant. Là, je me sentais coupable. Ah, flûte, je ne devrais pas, mais les larmes de Théa…

Je répondis à son étreinte. Bon, à première vue, mon amie avait eu peur.

– Mes côtes ne t’ont rien fait, lâchais-je.

– Tu nous as fait une sacrée peur, renifla Théa, alors tes côtes peuvent payer pour.

– Et si tu la laissais respirer ?

Je fus poussée dans le salon, assise sur le canapé à la même place qu’hier, sauf que là, en face de moi ils avaient l’air encore plus mal à l’aise.

– Bon, heu je commence, dit Théa.

– Attends, en premier, Sophie, je comprends, tu as dû faire face à quelque chose que, comment dire. Tu as dû accepter une réalité un peu différente. Je comprends ta réaction, mais je tiens à te prévenir que si tu fuis à nouveau…

Il ne lui manquait qu’une paire de lunettes et le doigt en l’air pour ressembler à monsieur Carron mon prof de math alors qu’il nous sermonnait. Stop, je devais me concentrer pour ne pas laisser mon esprit dé­river.

– Je ne fuirais pas, il me fallait un peu de recul pour digérer et ma foi, paniquer un peu.

Ils levèrent les yeux au ciel.

– Bon d’accord, beaucoup. Mais, pour ma défense, j’ai été élevée dans la foi catholique et je ne suis pas croyante. Alors croire en…, en…, en ça…, en toi

Je levais les mains en signe de paix.

– Je veux dire que, enfin, c’est pas, non enfin, c’est beaucoup, enfin ça fait un choc, enfin non, pas un choc enfin, si.

Le retour des enfin en cascade, mais fermes là, Sophie, fermes là ! Je repris ma respiration, en souf­flant un bon coup.

– Je veux bien croire que c’est vrai. J’ai des millions de questions, mais pour le moment, c’est le gros bordel dans ma tête. Je ne sais pas quelles révélations m’attendent encore et à vos têtes, il y en a. Je n’ai pas envie de tout entendre. Là, c’est déjà assez, je me sens déjà stupide. Vous vous rendez compte que pour moi, tu n’étais qu’un type agoraphobe avec quelques ma­nières étrange et que je ne me suis pas posé plus de question. Une vraie idiote. Vous avez du bien rire.

Théa ne souriait pas, mais alors pas du tout et c’est avec un air presque sévère qu’elle me dit.

– Non, tu n’as pas été idiote, juste trop confiante et ne le prend pas comme un défaut. Pour moi, cette confiance n’a pas de prix. Écoute, je comprends que tout te dire d’un coup n’est pas la meilleure façon de faire. Même si ne plus avoir à te mentir serait pour moi, pour nous, une vraie délivrance. Alors, je te propose que tu prennes le temps de parler à Livius et à digérer déjà ce cô­té-là. Quand tu te sentiras prête viens me voir. Il n’y a aucune urgence, je tiens juste à tout te dire. Plus de mensonges ! Si je ne t’ai pas parlé avant, c’est par peur de te perdre, car je tiens beau­coup à toi. Quand on ne t’a pas trouvé hier, j’ai craint le pire. J’ai bien compris qu’il te fallait du temps, donc téléphone-moi quand tu veux. Promis ?

Je promettais, soulagée de ne pas avoir à faire face à plus ce soir. Elle partit avec timide au revoir. Je me retrouvais seule face à mon… face à un vampire. Que lui dire ? Plein de questions avaient tourné dans ma tête et là, je n’en trouvais pas une seule. Tout ce qui me venait me semblaient si stu­pide. Je ne trouvais rien à dire, je cherchais quand je m’entendis demander.

– Quand j’ai acheté la maison ai-je aussi acheté le vampire ?

Merde, je l’ai dit à voix haute. Moi qui faisais de l’ironie dans ma tête, pourquoi cette question-là justement. Mais quelle idiote, pauvre conne, tu n’avais rien de mieux à demander, franchement. Bravo Sophie, on sent que tu as bien pris le temps de réfléchir à ce qui était important de savoir. Non, parce que lo­gique, il fallait commencer par…

Son rire interrompit mon autoflagellation. Il riait, à gorge dé­ployée. Bon, au moins un qui était détendu lorsqu’il reprit son sérieux, il s’installa dans son fau­teuil et en regardant le vide, il me dit :

– Je me suis réveillé pour trouver un mot sur un tableau noir. Je l’ai relu plusieurs fois. Je me suis de­mandé quel genre de créature pouvait croire aux fantômes. Par amusement, j’y ai répondu. Quelque temps plus tard, alors que je voulais te mettre dehors, je t’ai trouvé allongée sur ton lit de camp. Quand tu t’es retournée dans ton sommeil, tu avais une énorme bosse sur le front et un bleu que je voyais grandir. Tu semblais si fragile. Je me suis persuadé qu’après ça tu laisserais tomber. Tu es bien plus têtue que tu en l’air. Au fil des jours, je voyais ton travail et la maison re­naître comme tu ne semblais pas troublée par mes notes j’ai pensé que tu savais que j’étais là. Et il y a eu cette nuit où je t’ai entendu tomber quand je suis sorti de la cave, tu convulsais.

Il fit un geste pour me faire taire alors que j’allais protester.

– Tu convulsais à ce moment-là. Il haussa les épaules en secouant la tête. Je ne sais pas pourquoi je t’ai fait boire de mon sang, juste un peu. Ajouta-t-il en me voyant grimacer. Je ne vais pas t’ap­prendre que le sang de vampire guérit.

– Ah, parce que c’est vrai ? Et, le reste ? Demandais-je.

– Attends, je répondrais à tout après. Laisse-moi finir que tu comprennes. Ensuite, il y a eu cette ordure qui s’en est pris à toi. C’est là que j’ai réalisé que je tenais à toi. Incroyable, je tenais à une humaine, maladroite, mal dans sa peau et terriblement naïve. Le comble pour un des miens, une vraie gageure. Impossible, me suis-je dit, mais si je suis honnête, je dois le reconnaître, je tiens à toi.

Je me renfrognais. Bon, d’accord il n’avait pas tout tort, mais pas besoin de le dire comme ça !

– Ne te vexe pas ! Dit-il en pointant un doigt vers moi. Tu ne vas pas me dire que tu ne l’es pas. Malgré cela, tu as éveillé le même sentiment chez Théa. Nous tenons à toi, une humaine.

Bon, il allait vraiment finir par me vexer. Il prononçait le mot humain comme moi, je dirais limace, avec un dégoût non feint.

– C’est bon, j’ai compris. Une humaine, idiote, maladroite et naïve. Sympa merci.

Il me souriait moqueur.

– Oui et à laquelle je tiens. Le jour où tu t’es fait agresser par ce connard. J’ai fini par comprendre que tu étais plus importante que je ne voulais l’admettre. Je pensais juste que je tenais à toi, car tu ramenais de la vie dans la mienne. C’est ce qui s’est passé ce jour-là qui m’a poussé à t’offrir le collier.

Je touchais le petit hibou en fronçant les sourcils.

– Pourquoi ? Il a quoi ce collier ?

Il y avait un truc qui allait me déplaire, parce qu’il passait sa main nerveusement dans ses cheveux et avait fermé les yeux. Ho, comme je ne la sentais pas la nouvelle révélation. Il me répondit enfin

– Il, enfin le hibou est mon emblème, je ne suis pas tout jeune, tu t’en doutes. C’était une tradition qui s’est perdue. Peu de jeune vampire choisissent un symbole. C’est surtout que… Ne te fâche pas d’accord. C’est juste un moyen d’indiquer…

Oui, d’indiquer quoi ? Mais bon sang accouche !

– Ton symbole autour de mon cou, ça veut dire quoi ?

Il prit une grande inspiration et lâcha :

– Il indique que tu m’appartiens aux autres vampires.

Ok bon. Là non, j’allais me mettre à hurler quand il continua très vite.

– Et pas qu’à eux, mais ce n’est pas ce que tu crois.

– Ouais et je crois quoi ? Demandais-je entre mes dents serrées.

– Théa l’a reconnu, tu t’en doutes.

– Oui et ?

– Elle n’est pas la seule.

Oh, mais j’allais le découper en morceau s’il ne finissait pas très vite son explication. Je bouillais de rage.

– C’est le moyen que j’ai trouvé pour te protéger, c’est tout !

– Me protéger de quoi ? Les vampires sortent la nuit et la nuit, je suis ici ou avec du monde.

– Pas que des vampires. Sophie, Théa n’est pas humaine et vit le jour et elle n’est pas la seule ici.

Bon, de ce point de vue-là, je pouvais comprendre, pas en être contente, mais comprendre. Même si cette explication pas franche me faisait sentir encore plus idiote qu’avant. Théa n’était pas humaine et qui d’autre ? Et, puis si c’était son symbole alors…

– Pourquoi m’as-tu dit que Carata ne l’avait jamais porté si c’est une protection ?

– Elle n’en avait pas besoin, elle était vampire.

La réponse avait fusé et je me sentis stupide d’avoir posé cette question et encore plus de la pointe de jalousie que j’avais ressenti en apprenant qu’il avait une compagne. Reviens à la réalité, déjà qu’elle n’est plus vraiment ce que tu connaissais, concentre-toi sur l’important.

– Et moi, j’en ai besoin, car je ne suis qu’une petite humaine idiote.

– Non, toi, tu en as besoin parce que je tiens à toi, toute humaine que tu sois.

Je haussais les épaules, agacée.

– Je peux toujours l’enlever !

Il fronça le nez et ses dents sortirent. Oups…

– Non, tu ne peux pas.

Il le dit dans un grognement et de rage, je glissais mes mains dans ma nuque pour ouvrir le collier. Sauf que je ne trouvais pas le fermoir. Mes yeux s’arrondirent alors que je le fixais.

– Vieille magie, dit-il.

Là, il avait l’air de ce qu’il était, loin de mon fantôme agoraphobe, il se rapprochait bien plus du prédateur. Je tremblais, il s’en aperçut et soupira.

– Écoute, je te l’enlèverai dans quelque temps, si tu y tiens. Il ne t’oblige à rien !

Donc bonne nouvelle, on pouvait l’enlever.

– Mais tu penses que j’en ai besoin, soufflais-je

Il ne répondit pas.

– Garde-le, le temps de trouver toute la vérité.

Ce n’était pas un ordre plus une demande. Je triturais le hibou. La pauvre humaine que j’étais, avait-elle besoin de protection ? Il semblerait bien que oui. De la sienne ? Et, contre qui ? D’autres vampires, des loups et quoi d’autres ? Je sentais la panique revenir. Il me fallut de longues minutes pour la calmer et pouvoir répondre.

– D’accord, pour le moment je le garde.

Un soupir de soulagement me répondit. Je continuais.

– Vampires, loup et quoi d’autre ?

Tant qu’à faire autant me foutre la trouille du siècle d’un coup, me soufflait mon énervante petite voix. Tant qu’à faire…

– Un peu de tout.

Ok, on n’allait pas loin avec une telle révélation. Un peu de tout donc…

– Théa est mieux placée que moi pour te répondre. Je ne sors plus assez.

Vu comme ça, il n’avait pas tort. Je demandais sans grand espoir.

– Et Théa est ?

– Une ondine, elle t’expliquera ce qu’elle est mieux que moi.

Je relevais la tête d’un coup, j’étais certaine qu’il ne répondrait pas.

– Plus de mensonges ! J’ai promis !

Bon, plus de mensonge et des réponses, allez Sophie pose tes questions. Courage, par où commen­cer ?

– Parle-moi des tiens ? Des vampires.

– Pas grand-chose à dire, on se nourrit du sang, pas forcément humain.

Là, j’étais intriguée.

– Nous avons besoin de sang, mais du sang reste du sang. Le goût change et celui des humains est meilleur. Je ne vais pas te mentir, il apporte plus d’énergie et calme notre faim plus long­temps, mais nous pouvons boire du sang animal. Nous vivons la nuit et dormons le jour, ça reste vrai.

– Pourquoi reste ?

– Nous ne brûlons pas comme une torche au soleil. Disons que c’est plus comme des coups de so­leil qui nous affaiblissent, mais les plus vieux résistent à cette brûlure et peuvent passer plusieurs heures au soleil, toutefois nous préférons la nuit.

– Vous vivez très vieux ?

– Sans accident oui. Il y a peu des nôtres qui vivent des milliers d’années entre les morts violentes et une sorte de dépression, d’ennui qui fait que beaucoup se laissent mourir au bout d’un mo­ment. Notre nombre reste assez stable. Le temps passant, l’immortalité perd de son attrait.

Il disait ça d’un ton si désabusé que je compris qu’il avait dû ressentir cet ennui.

– Tu es vieux à ce point ?

– Je suis vieux.

– Et moi une gamine, marmonnais-je. Tu as dit qu’ils se laissaient mourir ? Comment ?

– Contrairement aux idées reçues nous ne sommes pas des cadavres ambulants, c’est plus comme une mutation. Voilà pourquoi nous avons besoin de sang, il nous apporte vitamines et nutriments sans avoir à digérer. Je ne connais pas tout le processus, mais certains des nôtres sont devenus des experts. La plupart n’y songent même pas.

– Donc pour vous laisser mourir, vous ne vous nourrissez plus ?

– Tu as compris. Nous arrêtons de nous nourrir, c’est souvent la mort que choisissent les plus vieux. Le seul problème, c’est le temps que prend ce mode de suicide. Rester au soleil ou se faire tuer est bien plus simple, en cessant de manger, nous nous momifions petit à petit, mais restons conscient et vivant pendant ce temps.

Ma petite voix et moi n’avions pas envie d’en entendre plus, on était un peu dégoûtées. Il dut le sen­tir, car il se leva pour prendre mon visage dans ses mains. Au moment où il commença sa phrase des coups violents se firent entendre. Je sursautais lorsque la porte claqua contre le mur et où Ada folle furieuse déboulait dans le salon en hurlant :

– Lâchez-la !

Il m’embrassa le bout du nez avant de se redresser en disant.

– Tu voulais que ça aille doucement que tu puisses digérer les révélations les unes après les autres, désolé, je crains que tout sorte ce soir.

Ada interloquée nous regardait tour à tour en demandant.

– Qu’est-ce que ça veut dire ?

– Que Livius, ici présent m’a avoué être un vampire que Théa est une ondine et…

Je faisais un geste vague de la main. Ada avait blêmi.

– Alors tu sais que je suis une louve !

Ha ben non, ça pas, mais bon, allez je n’étais plus à ça prêt. Et, hop, une vérité de plus.

– Théa n’avait rien dit. Lui répondit Livius.

Je me levais sans plus faire attention au vampire moqueur et à la louve blême. Je fonçais sur le bar, en sortis une bouteille et en avala de grandes gorgées directement au goulot. Finalement, une gueule de bois me semblait aller dans le sens de cette nuit.

Ada me l’arracha des mains, me prit dans ses bras et gémit.

– Je voulais te le dire, mais je n’ai jamais trouvé le bon moment et puis c’est pas facile comme aveu.

– Suis plus à ça prêt, lui répondis-je.

– Et puis la vérité, c’est bien.

Oui, bien sûr, faut juste l’avaler. Elle renifla contre mon épaule et me lâcha. Je repris la bouteille et me rassis. Voilà quoi faire d’autre ? Qu’est-ce qui allait encore me tomber sur la tête ?

– Il y a quelqu’un en ville de normal ? Enfin d’humain à part moi ?

Ada secoua la tête, non

– Pas beaucoup et la plupart savent ce qui se passe. Et, il y a James, il est sorcier, c’est presque comme un humain.

À la bonne heure, je bossais pour l’être qui se rapprochait le plus d’un humain. Youpi, non, je ne suis pas sarcastique ! D’accord, un peu et pendant qu’on y est…

– Et les touristes ?

– Moitié-moitié, dit Ada.

Prévisible, allez une gorgée pour Sophie et une grosse.

– Au fait, qu’est-ce que tu fais là ?

– Je viens de rentrer et j’ai appris que tu étais malade. Je venais voir comment tu allais.

– Moi pas encore malade, demain oui, mais pas encore, marmonnais-je le nez dans ma bouteille.

Ma bouteille disparut, pouf, envolée. Je croisais le regard sévère du vampire-colocataire-protecteur et papa à ses heures. Je tentais de la rattraper, mais purée qu’il était rapide. Je ne demandais même pas son retour, à la bouteille pas au vieux truc et je filais m’en prendre une autre. Na ! Je fus soulevée sans ménagement et jetée sur le canapé. C’est pas drôle un vampire.

– Tu as assez bu. Tu vas avoir une belle gueule de bois demain.

– Bah, c’est mieux que de réfléchir, je peux fuir si c’est ça.

Ça grognait, pas que le truc à dent longue, Ada aussi, pas drôle.

J’étais assise et je boudais. C’était mon droit ! Je boudais si je voulais. Honnêtement, j’avais trop bu et la fatigue me tombait dessus. Tout me tomba dessus et je me mis à pleurer. Papa-vampire me souleva et me mit au lit en me grondant. Ada me fit un gros bisou sur le front et le lit se mit à tanguer dangereusement. Alcool et mer déchaînée ne sont pas un bon mélange. Je ne les loupais ni l’un ni l’autre quand je vomis. Bon, tire ! Hurla ma petite voix dans ma tête. Après tout devint flou.

Dire que j’avais la gueule de bois était bien en dessous de ce que je ressentais. Je n’arrivais à me le­ver qu’au troisième essai. Il me fallait d’urgence un café et un cachet. Oh, surprise, je trouvais à la cuisine Ada et Théa assises sagement qui devaient attendre que ma majesté se lève. Enfin, majesté des poubelles serait plus juste, vu comment je me sentais.

Une tasse apparu son mon nez et une main charitable me tendit un cachet. Ouf, sauvée ! Je tombais plus que je m’asseyais. Deux bouchent grimaçaient un sourire en face de moi, elles ne dirent rien me laissant retrouver le peu de dignité qu’il me restait. Théa fut la première à se lâcher.

– Il semblerait que tu aies un moyen de défense efficace !

Ses yeux pétillaient et elle faisait de gros effort pour se retenir de rire. Ada avait l’air moins joyeuse.

– La petite humaine fait ce qu’elle peut.

– Et ça marche, fit-elle dans un éclat de rire, en tout cas ça a marqué !

Son rire raisonnait dans ma tête. Mince, j’allais passer une journée de merde. Je frottais mes yeux sous le regard goguenard d’Ada.

– Vas-y moque-toi !

– Même pas, tu es assez punie et c’est en partie notre faute, tu as beaucoup à digérer.

Elle était super sérieuse alors que l’autre était rayonnante.

– Et si on passait une fin de journée tranquille, sans rien de…

– Il va falloir parler, grimaça Ada.

– On parlera…

Mais, pas aujourd’hui, ni demain. J’allais tout faire pour.

Chapitre 13

Je pris encore deux jours de repos, refusant toutes discussions avec mes amies. J’en avais assez à di­gérer et toute information complémentaire n’était pas la bienvenue. Je voulais retrouver mon calme et ma petite vie.

Rappelez-vous je suis venue ici pour recommencer une vie tranquille loin des drames ! Pas pour ce bordel sans nom.

Mon retour à la librairie fut un vrai bonheur, retour à la nor­mal me disais-je. Bon, pas tout à fait, je regardais les habitants différemment, ce que j’avais mis dans les différences entre l’Europe et les USA, se transformait en différence entre humain et, et quoi d’ailleurs ? Une partie de moi refusait de savoir, l’autre tentait de deviner.

J’étais mal dans ma peau et Théa me rendait folle. Son besoin de tout me révéler, alors qu’elle avait promis d’attendre, la rendait nerveuse, explosive même. Autant Ada était devenue calme et attentive à ne pas me mettre mal à l’aise, autant Théa ressemblait à une boule magique qui rebondissait par­tout. Quant à papa-vampire, lui restait sombre, discret et horriblement paternel.

Je me raccrochais à mes habitudes. Tout va bien dans le meilleur des mondes ! Viendrait le temps où je devrais ouvrir un peu plus la porte de cette nouvelle vie, pour le moment je m’accrochais comme je pouvais. Vous pouvez en penser ce que vous voulez, tout ce que je voulais, c’était rester dans l’ignorance, encore un peu.

C’est le dimanche que je compris qu’il n’y aurait pas de retour possible et que tout avait bel et bien changé. Lorsque j’arrivais chez Suzanne et qu’au lieu d’être accueillis par toute une troupe, je me retrouvais seule avec Ada. Suzanne me prit dans ses bras, me collant au passage ces habituelles énormes bises, puis me serrant toujours contre elle, elle me dit :

– Je suis tellement heureuse que tu sois restée. La plupart des humains fuient quand ils nous dé­couvrent alors pour te laisser un peu respirer, Judicaël a décidé que tu n’avais pas besoin d’en­tendre plus et que nous reprendrions les repas une fois que tu te sentiras vraiment à l’aise.

À ce que je comprenais, on me chouchoutait encore plus. Je n’avais pas super bien réagi, alors on me laissait un peu d’air, mais j’étais toujours là et pour mes amis, ça faisait toute la différence. De l’air, j’allais en avoir besoin et de beaucoup…

Un jour monsieur Andersen décida qu’il était temps pour moi d’arrêter de faire l’autruche. Il posa devant mon nez un livre duquel dépassait des marques pages.

– J’ai indiqué les noms de tes connaissances et leurs clans. Je pense qu’il est temps pour toi, d’ar­rêter de te cacher.

Ben, non, je trouvais mon attitude plutôt agréable, ne pas se prendre la tête, ne rien vouloir savoir, rester zen et tranquille. Je ne vois rien, je ne sais rien, mon nouveau mantra ! Qui ne semblait ne convenir qu’à moi.

– Au moins fait le pour Théa ! Elle va devenir folle si elle doit encore se taire.

Là, il n’avait pas tort, elle virait sur les nerfs. Elle allait finir par exploser et me coincer pour tout me dire d’un coup. Je me massais les tempes en soupirant. Ils allaient tous me rendre dingue à force.

– Allez le plus dur est fait. Tu as accepté que le monde n’est pas tel que tu le pensais, le reste n’est que des détails, ne joue pas à la gamine.

Oulà, il m’avait vexée. Déjà que tout le monde me maternait, lui hors de question ! Je relevais la tête et il me fit un clin d’œil. Il savait qu’il avait tapé juste !

– Leur vie est bien plus longue que la nôtre, nous ne sommes que des enfants pour eux.

Vu l’âge de mon patron, je ne devais même pas être sortie du berceau. Je fis oui de la tête, mais plu­tôt que de découvrir dans un livre la vérité, j’envoyais un message à Théa pour l’inviter à la maison.

Elle n’était pas survoltée en arrivant, c’était bien pire. Nous avons parlé une bonne partie de la nuit. Elle est une ondine, ça je le savais, particularité de son clan dont, heureusement, elle est la seule re­présentante ici, noyer gaiement les jeunes filles. Si, si elle a dit gaiement !

Elle me précisa à plu­sieurs reprises que moi, elle n’avait pas envie de me noyer, une chance pour moi, un vrai coup de bol ! Ça expliquait ses nombreuses remarques sur le fait que j’étais sa première amie femme, souf­fla ma petite voix.

Au fil de la soirée, je me rendis compte que c’était surtout de me dire qu’elle ne me voulait pas de mal qui lui tenait à cœur, puisqu’elle ne répondait pas à la moitié de mes questions dont une qui me titillait : son âge.

– Je suis plus vieille que j’en ai l’air et pour te donner une idée, je suis presque aussi vieille que LUI Oui, parce que depuis la révélation de la nature de mon colocataire, elle en parlait en disant LUI.

Je ne savais pas trop quoi penser. Oh, j’étais heureuse de n’avoir provoqué aucune envie de meurtre chez mon amie, mais avoir une tueuse comme amie, est-ce bien raisonnable ?

Je compris l’importance de cette révélation quand, alors qu’elle me redisait combien elle était contente de ne pas avoir envie de me noyer, papa aux dents longues fit son apparition. Il avait entendu la fin de la conversation et fixait Théa les sourcils froncés.

– Pas envie ? Tu veux dire que tu te contrôles ?

– Mais non, explosa-t-elle, pas envie ! L’idée ne m’a même pas traversé la tête ! Au début, je me suis dit que je l’aimais bien et que l’envie me prendrait plus tard. C’est déjà arrivé et puis une humaine de plus ou de moins. Mais, non, rien n’est venu même pas quand nous nous sommes baignées ensemble !

J’appris une nouvelle chose : un vampire, ça peut blêmir

– Baignées ensemble ?

Il avait la voix aussi blanche que le teint.

– Oui, tu te rends compte. Même pas là !

– Sophie, on ne se baigne pas avec une ondine !

– Mais si elle peut avec moi, insista Théa. Et j’adore ça !

Elle était à nouveau montée sur ressort et sautillait de joie devant un Livius transformé en statue. Je fis une mini crise de panique quand j’assimilais qu’une ondine, une humaine et une baignade…

Ha, non, c’était pas une bonne idée. Puis ma petite voix se mit à se marrer, un peu tard pour s’en in­quiéter. Mouais, elle n’avait pas tort. La statue blanchounette debout devant Théa due en conclure la même chose et se remit à parler.

– Et comment tu expliques ça ? Tu as perdu ton besoin de tuer ?

– Oh non, je dois éviter de trop traîner avec Ada, si Sophie n’est pas là, je suis tentée. Je dois vrai­ment faire attention parce que les loups, c’est pas comme les vampires, ça ne ressort pas de l’eau quand on les noie et je ne pense pas que Sophie me le pardonne, alors je gère.

Elle finit sa phrase en baissant la tête alors que lui levait les yeux au ciel. Pensez à prévenir Ada de ne pas traîner avec l’autre folle dingue. Quoi qu’elle dût être au courant ainsi que toute la ville ; ce qui expliquait les regards de travers de Suzanne…

La tueuse rousse se tourna vers moi.

– C’est ma nature, je lutte contre mais c’est ma nature et en ville, on me craint un peu, je me suis laissé emporter parfois. La ville borde le lac alors… Toi, tu ne risques rien, je te le promets ! Ja­mais je ne te ferais de mal !

Elle avait les yeux suppliants. Elle se tenait debout devant moi. Je crois qu’elle venait de se rendre compte de ce que je pouvais ressentir. Théa était une tueuse, mon colocataire proba­blement aussi. Mais, qu’est-ce que je foutais là au milieu ? Je lorgnais du côté du bar quand un non, sec fusa. Mince repérée, il ne m’avait pas vraiment pardonné de lui avoir vomi dessus. Ma petite voix se marrait au souvenir et Théa le regarda, étonnée.

– Ton amie ne supporte pas bien l’alcool. Dit-il. Demande à Ada !

Oui, bon une fois, juste une où j’ai un peu abusé faut pas non plus en faire un drame.

– J’avais de bonnes raisons. Fis-je en levant le menton.

Théa se marra, lui pas. Je souris. Sale gamine disait les yeux noirs, ceux de Théa passaient de l’un à l’autre, elle se retenait de commenter, c’était visible.

J’en rajoutais, j’en étais consciente, mais que pouvais-je faire d’autre ? Comme j’étais bien décidée à ne pas me rendre malade des révélations qui me tombaient dessus, énerver papa-vampire m’offrait une diversion. Je lui tirais donc la langue et proposait à Théa une fin de soirée plus tranquille devant la télévision.

Pour faire râler mon copropriétaire, je proposais Buffy. Théa ne connaissant pas, elle fut un amour d’amie en disant oui, malgré le commentaire désagréable qui tomba du fauteuil et elle fut encore plus une alliée quand elle trouva Angel super sexy et se mit à baver dessus au grand dam du vrai vampire du coin.

Et ce fut ma vie. Faire enrager le vieux vampire pas drôle, voir Théa rire de toutes ses dents, rayon­nante et profiter du calme relatif d’Ada. Et oui, à côté de la bombe rousse, ma grande brune semblait calme, c’est dire. Je profitais de chaque instant où nous n’étions que tous les deux, Théa prenant de plus en plus de place. Ada comprenait et trouvait drôle de me voir suivie par une ombre rousse qui regardait presque tout le monde de travers, enfin tous ceux qui m’approchaient. Je le supportais sans peine, j’avais compris que l’amitié d’Ada et de Théa m’avait évité bien des ennuis. Depuis l’été, le collier visible à mon cou complétait mes gardes du corps.

À mon arrivée, on me regardait de travers, car j’étais nouvelle, aujourd’hui on me regardait de travers à cause de mes fréquentations. Rien ne changeait vraiment et ça me convenait parfaitement !

Je posais peu de question, le livre de monsieur Andersen trônait sur ma table de nuit, mais je ne l’avais pas ouvert, je ne me sentais pas prête à franchir une nouvelle étape.

Je finis par éviter mon vampire, me conduire comme une idiote pour le faire râler avait perdu de son charme. Je redoutais l’arrivée de l’hiver et de ses longues nuits où il serait plus difficile de ne faire que le croiser. Mon comportement avec lui posait problème à Ada mais faisait marrer Théa. Je n’y pouvais rien, me faire traiter de gamine ne me donnait que l’envie d’en être une.

L’été s’étira, rempli de sortie entre fille, de repas en petit comité et de rien de neuf en fait. J’arrivais presque, à occulter les révélations.

C’est l’arrivée de l’automne qui provoqua chez moi une réaction, mais pas celle que tout le monde attendait. Plus la date de la fête de la ville approchait, plus je montais sur les nerfs ne supportant plus rien. Je refusais toute sortie et passais mes soirées enfermées dans ma chambre. Je revivais mon agression presque chaque nuit, provoquant l’arrivée en mode ouragan d’un papa-vampire inquiet et consolant. Moi qui pensais avoir bien géré…

La date se rapprochant, Ada était venue m’assurer que rien ne m’arriverait, que je ne serais jamais seule, qu’elle ne me lâcherait pas de la journée, ni de la soirée et pour une fois Théa était silencieuse, elle devait toujours s’en vouloir.

Le jour dit, je ne fus effectivement pas une minute seule, Suzanne tint le stand de tarte avec moi, ce qui nous prit la journée. Ada passait régulièrement voir comment je me sentais et Théa avait installé son stand en face des tartes. J’étais sous haute surveillance. Néanmoins, je voyais David partout. Je me décidais à demander à Suzanne si elle savait où il était.

– Non, personne ne l’a vu partir de la ville. Vu ce qu’il t’a fait, personne n’a pris la peine d’aller le voir à la clinique.

Elle renifla méprisante et ne dit rien de plus. Plus tard dans la journée, je reposais la question à Ada.

– Il a été banni, je pensais que tu le savais, David avait passé outre les ordres de Judicaël, notre chef de clan. On ne pardonne pas la désobéissance.

– Les ordres ?

– Tu as la protection de Suzanne, elle t’adore et ce que Suzanne veut…

Et, hop, encore un garde du corps, mais combien en avais-je ? Je soupirais, le savoir banni et hors de la ville ne calma pas vraiment mon angoisse. La ville accueillait plein de touristes en cette période, il pouvait se glisser parmi eux. Mais au moins, il ne se montrerait pas devant Ada. Plus l’heure du feu d’artifice approchait, plus je paniquais.

Théa avait tenu à s’installer sur le même banc, pour exorciser, avait-elle dit. Ça ne marchait pas. Franchement, je n’arrivais ni à me détendre, ni à profiter des feux. Je me dandinais sans cesse sur le banc, c’est là qu’elle murmura à mon oreille.

– Je t’assure qu’il ne reviendra plus.

Sa voix était sèche et assurée. D’un coup deux fils dans mon cerveau se connectèrent et je la fixais.

– Quoi ? Il s’en était pris à toi et je n’avais tué personne depuis un moment alors lui…

Elle haussa les épaules et se remit à manger sa glace. Ben oui quoi, semblait-elle dire, je suis ce que je suis et lui ne méritait rien de mieux, que du normal. Je ne sais pas comment expliquer ce que j’ai ressenti. C’était un mélange de soulagement et d’ahurissement, un peu de peur aussi de la voir si calme. Elle avait tué un méchant qui selon elle le méritait amplement et puis ça lui avait fait du bien de se lâcher un peu. On allait pas en faire une maladie. Si un peu quand même, un peu beaucoup même. Non ?

– Tu l’as eu avant nous, s’étonna Ada. Tu as été rapide !

Ha ben non, Stop une minute hein ? Quoi ?

– Je ne voulais pas vous le laisser, s’excusa Théa.

Ben voyons, tout est normal !

– Je te comprends, répondit Ada.

Ben pas moi, je les écoutais l’air complètement effaré et j’assimilais que mes amies ne col­laient pas vraiment avec l’image que j’avais eu d’elles. Normal, tout est normal… Mouais non, rien n’est normal. Je me pinçais l’arête du nez.

– Allez, ne prend pas les choses comme ça. Au moins tu es tranquille, il ne reviendra pas.

– Et personne n’osera plus t’approcher, ricana Ada.

– Comment ça plus personne n’osera m’approcher ? Couinais-je.

Ada désigna la petite rousse qui regardait sa glace comme si elle était l’objet le plus important au monde.

– Disons que notre amie a sa petite réputation, mais elle ne s’était jamais prise à un loup, on est plutôt coriace.

– Et ? Demandais-je effarée.

– Et quand sa réaction, on dira ça comme ça, sera su même les loups éviteront de se la mettre à dos.

Je fixais incrédule la petite rousse qui se la jouait timide sauf que dans ses yeux luisait une lueur de fierté non dissimulée. Rappelle-toi Sophie, tout est normal.

– Elle ne risque pas d’ennui ?

– Notre justice est un peu plus expéditive que la vôtre, expliqua Ada en haussant les épaules.

– Oui, juste un peu plus.

– Ce que tu dois comprendre, reprit Ada, c’est que nous ne sommes pas de gentils nounours. Nos règles sont strictes et la mort fait partie de notre nature.

– Si nous vivons plus ou moins en paix, c’est parce que nous ne laissons rien passer. Continua Théa, nos guerres ne sont pas si lointaines.

– Donc si je résume, David a désobéi à un ordre de son chef de clan et méritait la mort pour ça ?

– Oh non, fit Théa. Il méritait la mort parce qu’il s’en était pris à toi et que j’avais été clair, tu es mon amie.

Je fermais les yeux un instant. Elle disait ça si calmement.

– Il avait été banni pour avoir désobéi ce qui a permis à Théa de te faire justice sans crainte de re­présailles des loups.

Ben voyons, soyons clair, on ne tue pas n’importe comment ! Au secours !

– Et s’il n’avait pas été banni ?

– Je ne risquais rien, je sais faire disparaître les preuves.

Elle disait ça avec un mouvement négligeant de la main et un haussement d’épaule.

– Les règles des autres clans, je m’en fiche.

Et, c’était clairement ce qu’elle pensait, pas le moindre remords, pas la moindre émotion. Il le méri­tait et que les autres soient ou pas d’accord, elle s’en moquait totalement. Ma petite voix me souffla que finalement, il valait mieux avoir une psychopathe comme amie et protectrice que de figurer à son tableau de chasse. Mouais, vu comme ça, en effet.

On ne parla plus jamais de David. Je pus constater que la nouvelle du jugement de Théa était connue par le discret, mais réel vide qui s’était fait autour de moi.

Nous évitions de parler de meurtre commis par l’une ou l’autre de mes amies. Parce que oui, je les considérais toujours comme mes amies et je ne me sentais pas mal à l’aise en leur présence, ce qui restait incroyable pour une partie de moi, enfin, tant qu’elles évitaient de parler de chasse, noyade ou autres habitudes de leurs clans. Là, j’avoue que mon côté petite humaine fragile ressortait. Elles se taisaient net dès que je me mettais à grimacer. Elles étaient adorables avec moi.

J’avoue que je supportais bien mieux leur protection que celle du truc à dent longue à la maison. Lui me rendait folle, si à chaque cauchemar il débarquait dans ma chambre pour me rassurer, il se montrait si distant le reste du temps que je n’arrivais plus trop à le cerner.

J’avais fini par demander à Théa ce qu’elle en pensait, elle tapota mon collier et me dit :

– Il tient beaucoup plus à toi qu’il ne veut l’admettre et tu es si jeune. Là-dessus, on se ressemble, lui et moi. L’idée de te survivre n’est pas des plus agréables. C’est pour cela qu’il se protège, moi, au contraire, j’ai décidé d’en profiter à fond.

Et elle me claqua deux bisous sur la joue. Franchement, je fus surprise qu’elle ne les pince pas. J’al­lais finir par me promener avec un biberon avec ces deux-là.

Noël me prouva qu’elle avait raison. J’avais refusé de me rendre chez Suzanne pour le passer tran­quillement à la maison avec Théa. Ada et son oncle avaient choisi de se joindre à nous et avaient embarqué monsieur Andersen. Après le repas, Théa alla déterrer Livius qui finit la soirée avec nous, gros effort de sa part, pour me faire plaisir avait-il grommelé. Mon petit monde se limitait à moins de dix personnes. C’était amplement suffisant ! Surtout quand on connaît les personnes.

Pour nouvel an par contre, je fus traînée par deux furies dans la ville voisine. Une nouvelle boîte avait ouvert et elles voulaient y passer la soirée. C’est en traînant les pieds que j’y allais, poussée par les deux folles. Alors que mes amies se déhanchaient, j’incrustais la forme de mes fesses sur un siège du bar.

La soirée al­lait être longue cependant elles ne me lâchaient pas des yeux et venaient régulièrement s’assurer que j’allais bien et n’avais besoin de rien. Partir n’étant pas une option, je noyais cette envie sans grande conviction dans les cocktails. À chaque fois qu’on m’approchait, hommes ou femmes, je voyais rap­pliquer en vitesse non pas une mais mes deux gardes du corps. Du coup je discutais avec le barman qui, intrigué par le comportement des deux dingues, m’avait posé des questions. Il compatissait, mais trouvait la situation hilarante, pas moi. La soirée n’en finissait pas. Je sais qu’elles n’avaient que de bonnes intentions, mais, franchement, si je n’avais pas autant bu, j’aurais piqué la voiture pour rentrer.

Aux douze coups de minuit mes joues furent mal menées par les deux cinglées et alors que mon voi­sin de bar se tournait vers moi pour m’embrasser comme tout le monde. le barman tendit la main pour l’en empêcher sans que je comprenne pourquoi. Son geste n’avait pas été assez rapide et l’homme qui m’avait à peine touché le bras, hurla et regarda sa main d’un air étonné. Elle était recouverte de cloques. Je restais figée en la regardant et j’hallucinais, les cloques guérissaient rapidement puis je levais les yeux vers l’homme qui semblait aussi perdu que moi et je constatais que ses canines étaient sorties. Mon voisin de bar était un vampire. Je ne pus pas réfléchir plus longtemps.

– Voilà qui est intéressant, dit une voix derrière moi. Il y a longtemps que je n’en avais pas vu.

Je me retournais surprise. En face de moi, se trouvait un homme d’une cinquantaine d’années, grand, mince, les cheveux aussi noirs que ceux de Livius et des yeux d’un bleu profond.

– Vous permettez que je regarde de plus près ?

Il montrait mon pendentif du doigt avant que je puisse répondre mes deux gardes du corps réappa­raissaient. Il leva les mains et sans se démonter dit :

– Allons, on se calme ! Geraldo Conti, se présenta-t-il, je suis le propriétaire, je suis bien intrigué par la présence d’une humaine accompagnée d’une louve et d’une ondine dans mon repaire. Si nous allions au calme ? Je suis dévoré de curiosité.

Il leur fit un clin d’œil et me fit signe de la main de le suivre. Là, j’avoue, je n’ai pas tout compris quand Ada siffla d’admiration et que Théa se mit à glousser. C’est qui lui ? Et entendre glousser Théa était, comment dire, tellement incongru que j’en restais sans voix. Je me levais un peu mal à l’aise et alors que mes deux amies me poussaient, je traînais des pieds en suivant le curieux qui nous mena dans une alcôve un peu à l’écart, commanda du champagne et resta un long moment à fixer mon collier.

– Alors comment une humaine a-t-elle pu finir dans un bar ouvert pour les autres espèces ?

J’indi­quais du doigt les deux nanas qui m’accompagnait.

– Je vois et avec de telles accompagnatrices, vous ne risquiez pas grand-chose, encore plus avec ceci.

Il pointait un doigt vers le pendentif.

– Je suis heureux de savoir que Livius est sorti de sa quarantaine. Comment va ce vieil emmer­deur ?

Ses yeux avaient quitté le hibou pour se planter dans les miens et milles questions semblaient y tourner.

– Égal à lui-même, répondit à ma place Théa. Rigide, têtu et associable.

Il se tourna vers elle, mais pointa un doigt sur moi.

– Et comment expliques-tu ceci ?

Elle haussa les épaules.

– Disons qu’avec Sophie les choses ne s’expliquent pas vraiment.

– C’est peu dire, compléta Ada.

Un long moment passa, lui réfléchissait à ce qui venait d’être dit. Ada et Théa sirotaient tranquille­ment leur champagne et moi, comme d’habitude, je nageais. Rien de neuf, je le reconnais. Un jour, j’arriverai peut-être à ne pas me sentir complètement larguée. Bha non, je n’y croyais même pas.

– Ce qui m’étonne le plus après le collier, c’est votre comportement à toutes les deux. Mon bar­man m’a signalé que vous étiez arrivées toutes trois ensembles et que vous deux, ne lâchiez pas des yeux cette demoiselle.

– C’est une amie, firent-elles en cœur.

Là, je dois dire que sa tête faillit me faire éclater de rire. Pour une fois, je n’étais pas la seule complè­tement larguée.

– Comme je te l’ai déjà dit, avec Sophie les choses ne s’expliquent pas vraiment.

Le sourire de Théa était moqueur et se tournant vers moi elle compléta.

– Mais on aime ça, c’est différent.

Mouais était-ce moi qui étais différente ou elles ? La question se posait non ? En tout cas pour moi, elles l’étaient. Ils étaient tous étranges et différents et les deux rayons laser qui sortaient des yeux de notre hôte et qui me passaient au crible pour comprendre, me le prouvait.

Je voyais bien qu’il n’arrivait pas à comprendre ce que j’avais de spécial, comme moi non plus, je ne voyais pas, je me contentais de siroter doucement, très doucement mon verre. Ces longues pauses si­lencieuses ne semblaient pas déranger mes amies, pour moi, c’était un supplice tant j’étais fixée.

Il fit claquer sa langue et finit par rompre ce silence.

– D’accord, je ne comprends pas, mais d’accord, elle ne peut être qu’unique pour avoir de tels protecteurs. Il faut m’en dire plus Théa, j’y tiens.

Théa fit un oui de la tête et en haussant les épaules lui répondit :

– Si je comprends, je t’expliquerais. Pour le moment fait comme tout le monde, prends les choses comme elles viennent.

Ok, je n’étais pas la seule à ne rien comprendre et si elle venait de le dire calmement, lui semblait avoir pris la foudre sur la tête. Je levais mon verre et dit :

– Bienvenue au club de ceux qui ne comprennent rien, contente de ne pas être la seule.

Là, j’eus trois regards sur moi, je haussais les épaules.

– Ben quoi ? Ça fait un moment que je ne cherche plus à comprendre. Moi, je nage depuis mon arrivée ici.

Ada me sourit.

– C’est vrai, mais pour nous, c’est une première alors que…

Elle se tut net.

– Alors que pour la petite humaine que je suis, c’est normal d’être larguée. Complétais-je amer.

Et hop, re long silence, c’est cool, on avançait bien, c’était constructif. Non, je ne suis pas sarcas­tique ! Ma petite voix, elle, oui. Elle se bidonnait de voir à quel point j’intriguais et se réjouis­sait que je mette un peu de bordel. Une sale bête cette petite voix.

Je fus prise d’un bâillement phénoménal, trop calme pour moi cette fin de soirée, et j’avais encore trop bu. Je pensais que la discussion à peine entamée allait reprendre, mais le type là, le Geraldo me sourit en me tendant une carte.

– Vous êtes fatiguée, il est temps de rentrer. Donnez ça à Livius et dites-lui que je passerais le voir. Où puis-je le joindre ?

Alors là, bonne question, je grimaçais mon ignorance, regarda mes amies qui semblaient aussi igno­rantes que moi et finit par lui dire d’attendre l’appel de l’asocial. Ada se levait déjà comme si elle n’avait attendu que le droit de me ramener. Théa faisait de même quand il me dit.

– Dites-lui bien que je suis heureux pour lui.

Mouais, heureux, pourquoi ? Allez encore une question dont je n’aurais pas de réponse. Je tentais d’en obtenir durant le trajet de retour, mais la seule réponse que je reçus de Théa fut de le lui demander directement.

Mes gardes du corps me posèrent à 10 cm de ma porte et attendirent que je sois dedans avant de repartir. La raison ? Il n’y avait pas de lumière à notre arrivée mon papa-vampire devait être absent. Ne vou­lant pas oublier de lui transmettre ce message énigmatique, je collais la carte sur le tableau noir et laissais un mot. Contente de moi, j’allais cu­ver mes cocktails au fond de mon lit. Hum, bonheur !

Chapitre 14

Bonheur qui ne dura qu’un instant quand un orage entra dans ma chambre. Je m’envolais du lit, ti­rée de là, d’une main ferme par un vampire en rogne qui me criait dessus. Oulà, ma pauvre tête, j’ouvris les yeux très doucement, regardais le pénible d’un regard flou et secouant la tête pour en chasser la brume, je demandais :

– quèquia ?

Il arrêta de hurler, bon point ! Il soupira et me traîna à la cuisine où il me fit un café. Oh, la bonne idée. Il restait debout, raide en face de moi et dardait ses yeux sur moi. Le café bu, je redemandais :

– Qu’est-ce qu’il y a ?

– Qu’est-ce que ça veut dire ?

Il me tendait la carte de l’autre là.

– J’ai pas noté ?

– Oui, mais je veux une explication.

– Je suis sortie avec Ada et Théa pour aller fêter nouvel an en boîte, un type s’est brûlé en me touchant et ce type est venu pour me parler.

J’avais débité le tout d’une voix monotone, pas vraiment certaine de ce qu’il voulait savoir.

– Que voulait le type qui s’est brûlé ?

– Me faire une bise pour nouvel an.

Ne pas faire de longue phrase, être précise pour pouvoir retourner mourir au fond de mon lit le plus vite possible.

– Et lui ? Demanda-t-il en me montrant la carte.

– Prendre de tes nouvelles et comprendre ce que je faisais avec elles.

– Avec qui ?

– Ben, avec qui ? Ada et Théa qui d’autre ?

Pour sortir avec quelqu’un d’autre, il faudrait déjà que ces deux-là me lâchent un peu ou soient mortes, personne n’oserait m’inviter tant qu’elles étaient aussi présentes.

– Qu’as-tu répondu ?

– Rien, c’est Théa et Ada qui ont parlé. Au fait, pourquoi l’autre type s’est brûlé ? Je n’ai pas eu de réponse.

– Il n’avait pas à te toucher. Elles ont dit quoi exactement ?

– Que j’étais bizarre.

En résumé, c’est bien ce qu’elles avaient dit, non ?

– Elles ont dit quoi ?

Il était furieux, enfin ce n’était plus la même colère. Il me fixait outré alors que celle qui aurait dû se vexer, c’était moi.

– Elles ont dit qu’avec moi les choses ne s’expliquaient pas. C’est comme ça qu’elles l’ont formu­lé.

Il s’assit en face de moi. Il était plus calme et opinait de la tête.

– C’est une bonne manière de le dire, c’est juste.

– Je sais que mon amitié avec une ondine est particulière, mais je ne vois pas en quoi les autres sont concernés, pas par mon amitié, mais en quoi je suis différente pour les autres. Soupirais-je.

Il se mit à me caresser la joue, sans rien répondre, encore. Il posa la carte sur la table.

– Et lui, il a dit quoi ?

– Il m’a dit de te dire qu’il passerait te voir et qu’il était heureux pour toi, mais il n’a pas dit pour­quoi.

– Pourrais-tu l’appeler pour moi ?

– Pour lui dire quoi ?

– Pour me le passer au téléphone, je n’en ai pas, je te rappelle.

Voilà encore une bataille qu’il me faudrait mener, voiture, téléphone, ordinateur étaient pour lui des objets dont il ne voulait pas et que surtout il ne comprenait pas. De mon point de vue, le pratique de tout ça était bien plus important que son refus. Il allait apprendre à s’en servir, parole de Sophie.

– Maintenant ?

– C’est un des miens, il ne dort pas encore.

Oh surprise, je ne l’aurai jamais deviné. Prends-moi pour plus cruche que je ne le suis et tu verras combien tu vas me le payer. Je plissais les yeux, piquée au vif.

– Ne fais pas cette tête, je ne me moquais pas, appelle-le !

– Oui, chef, à vos ordres chef !

Il grogna, une sale gamine entre ses dents alors que je composais le numéro. Je n’attendis pas que l’autre réponde, je lui filais l’appareil en mode haut-parleur dans les mains et lui dit :

– Je vous laisse entre adulte et la sale gamine va se coucher.

Je le plantais là pour retourner tout oublier au fond de mon lit pendant environ dix minutes. Il avait appuyé sur il ne savait pas quoi et avait coupé le micro. Vingt minutes plus tard, il coupa l’appelle sans le vouloir et ne savait pas comment rappeler. Au troisième réveil, je le haïssais et j’avais la preuve qu’il était urgent de lui acheter un téléphone. Je dormais le nez à moitié dans une tasse de café quand, enfin, la conversation se termina. Pour ma défense, il était six heures du matin, j’avais une nuit blanche der­rière moi, je n’avais rien compris de ce qu’ils disaient et aucun café au monde aurait pu lutter contre ma fatigue.

C’est une main toute douce qui se posant sur ma joue me réveilla. Je râlais un laisse-moi dormir, puis je fus transportée dans mon lit où un baiser sur le front plus tard, je me retrouvais seule et où je ne dormis plus, normal. Ma petite voix passait en revue la soirée et la nuit, elle voulait absolument me montrer qu’il s’était passé quelque chose d’important. Heureusement, la dose de cocktail et de champagne avalé eu raison d’elle. Je pouvais enfin dormir et ne penser à rien, puisque de toute manière, je n’aurais aucune réponse à mes questionnements.

Les fêtes disparurent dans le lointain et au cours du mois de février, les repas entre filles reprirent,. Francis et monsieur Andersen s’étaient tout naturellement invités, nous avions déplacés nos repas, du mercredi midi au mardi soir ce qui nous permettait de profiter de plus de temps. Livius faisait des apparitions, mais ne comprenait pas ce rituel.

Au cours du printemps, Suzanne et Judicaël vinrent par moments grossirent les rangs. Mona, vous vous souvenez ? Mais, si, la patronne de l’hôtel, invitée par Théa fini par s’incruster. Non, c’est pas gentil, elle est adorable, elle avait trouvé l’ambiance tellement sympa qu’elle nous rejoint avec plaisir. Les soirées du mardi soir, choisi je l’avoue pour mon amour d’Agatha Christie, cherchez, vous comprendrez, étaient pleines de rires. Je savais que j’étais de loin la plus jeune et que mes invi­tés étaient tous, différents, dirons-nous, mais l’ambiance générale était à la plaisanterie. Nous riions beaucoup, mangions trop et sous le contrôle de tout le monde, je buvais peu, sans commentaire.

Alors que j’écoutais Francis se plaindre de sa tante, on frappa à la porte et j’y découvris Monsieur Geraldo Conti, Conti pour les amis, m’avait-il, précisé. Invité par Livius à passer, mais pas prévenu de l’assemblée disparate qui traînait par là le mardi. Je l’entendis murmurer alors qu’il saluait mes invités.

– Ondine, loups, sorcier, fée et humaine, rassemblés au même endroit et passant la soirée en­semble.

– Et vampire, faut pas l’oublier, un ici, fis-je en le désignant, un là-bas, fis-je en montrant Livius qui pointait son nez.

– Et vampire opina-t-il, un sacré mélange que vous avez là.

– Mes amis, lui affirmais-je.

– Encore plus surprenant. M’avoua-t-il. Il faut vraiment que vous trouviez le temps de m’expli­quer comment tout cela est arrivé.

Oui, alors on allait vite être à court de mots puisque je n’en savais fichtrement rien. Sauvée de cet étrange intérêt par l’autre vampire, je poussais tout le monde au salon pour boire le café, jus de chaussette pour les six petites natures, vrai café pour deux d’entre nous et verre de sang pour les deux derniers. Je finissais doucement par m’y faire, du moins je n’avais plus de haut le cœur en le voyant boire et depuis que j’avais vu arriver des poches de sang étiquetées dans le deuxième frigo, je n’imaginais plus qu’il avait égorgé un pauvre écureuil ou avait prélevé sur un humain inconscient sa dose quotidienne, mais je préférais et de loin quand il le buvait dans un bol et que je ne voyais pas la couleur qui ne pouvait pas passer pour du vin rouge.

Judicaël mit la main sur un digestif, en propo­sa à tout le monde, sauf à moi, bien sûr, me prouvant que non, le comique à répétition n’est pas drôle, mais alors pas du tout, vous pouvez me croire. La soirée s’étirait et je voyais bien le regard de Conti passer des uns aux autres sans cesse, intrigué. C’est quand il ne restai plus que Théa qu’il posa la question qui lui brûlait les lèvres.

– Mais comment est-il possible que tous ces clans se supportent ?

– L’effet Sophie ! Annonça en riant Théa, je l’avais dit, c’est inexplicable, mais c’est comme ça.

– C’est quoi le problème des clans ? Lançais-je.

– J’ai rarement autant de clans représentés au même endroit pour juste passer du bon temps. La dernière fois que j’avais vu une fée tolérer un sorcier remonte loin.

– Mona est présente chaque fois, elle adore nos soirées. Et j’aime beaucoup Mona

– Durant les guerres, les sorciers ont tué plus de fées que tout autre clan, une idiote rumeur qui fai­sait du sang de fées un puissant ingrédient pour les contres-sorts

Ok, stop on rembobine, il faut reconnaître qu’avec tout ce que j’avais à vous dire j’avais omis de vous parler de ce que pensent mes amis des représentations humaines de leurs espèces. Alors comment dire, je ne vais pas m’étaler sur ce que Théa pense de Paracelse pour elle, il avait de sérieux problèmes avec les femmes, probablement impuissant ou avec une ex dont il n’avait pas que de bons souvenirs et dont il s’était vengé, puisqu’il avait représenté son espèce en blonde fadasse passant le temps à se coif­fer et les fées en petites choses toutes fragiles, les sirènes belles mais avec une queue de poisson et enfin vous voyez ce que je veux dire. Je ne dirais pas non plus tous les adjectifs qu’elle utilisa pour décrire sa pensée, mais vous en avez une idée.

Pour les autres, les descriptions n’étaient pas non plus très juste, mais au moins un peu moins éloigné de la réalité. Quant aux loups, ils se fichaient de la repré­sentation qu’on pouvait faire d’eux, un loup reste un loup dans toutes les descriptions, des brutes épaisses soumis à la loi de la meute, pas totalement vrai, mais pas faux.

Revenons à ce qui m’intriguait à ce moment-là, il avait bien parlé de guerres ? Conti vu mon étonnement.

– Chère mademoiselle, je crois qu’il vous reste beaucoup à découvrir.

Puis se tournant vers Livius.

– Quant à toi mon ami, tu as bien plus à me raconter que tu ne me l’avais laissé croire, je suis mort de curiosité !

Que dire, j’étais ravie d’entendre quelqu’un d’autre que moi poser des questions et cerise sur le gâ­teau, Conti ne lâchera rien, j’en étais sûre. Je m’installais confortablement dans le canapé à côté de Théa et fixais papounet-vampire en attente de réponses, déjà prête à me délecter de la discussion à venir. Théa répondit avant Livius.

– On te l’a déjà dit, l’effet Sophie…

Mouais, Ok, ça ne voulait rien dire ça. Il se tourna vers elle.

– Développe !

– Je ne sais pas comment expliquer ni ce qui se passe réellement, mais juste que je n’ai pas envie de la tuer, que les loups ressentent le besoin de la protéger et que Mona l’a évité à son arrivée pour ne pas avoir à la charmer. Tu sais, les fées, elles nous protègent, mais Mona ne voulait pas que Sophie soit prise dans le charme, remarque même Andersen a refusé.

– Quoi ?

La question fusa au même instant de ma bouche et de celle des deux vampires.

– Oui, quand tu es arrivée, tu as logé à l’hôtel. Normalement, Mona aurait dû te charmer pour que tu ne restes pas ici. Tu voulais t’installer et c’est la procédure habituelle. Les nouveaux logent un temps à l’hôtel, Mona les charme et ceux qui sont humains ressentent le besoin de repartir et ne restent pas, mais le lendemain tu voulais toujours rester, donc Ada a pensé que tu devais être une sorcière, alors que non. Mona lui a avoué qu’elle n’avait pas pu se résoudre à te charmer, quelque chose l’en empêchait. L’effet Sophie !

Elle haussa les épaules comme si tout était dit.

– C’est pas normal, pas normal du tout, souffla papounet.

– Ça n’est jamais arrivé, compléta Conti.

– Et Andersen, demandais-je ?

– Oh lui, rien à voir, pouffa-t-elle, il a simplement dit qu’un peu de nouveauté était la bienvenue, mais je suis persuadée que c’était pour agacer les huit.

– Les huit ?

– Les chefs de clans, répondit Conti. Nous n’en avons pas parlé lors de nos dernières réunions !

Bon, donc ce type-là, était chef de clan, je notais. Je notais aussi qu’il y en avait sept autres.

– Normal, Mona n’avait pas envie de le dire et Andersen est son propre chef de clan, rigola Théa.

Conti grimaça et me fixa.

– J’aimerais vraiment savoir ce que vous êtes.

– Comment ça, ce que je suis ? Je suis une humaine tout ce qu’il y a de plus normal…

– Non, je ne pense pas que vous soyez si normal que ça, pas de sorcière dans votre lignée ? Des mages ? Ou d’autres non-humains ?

– Des curés et des nonnes, ça compte ? raillais-je.

Là, je dois dire que leurs têtes à tous les trois étaient fabuleuses.

– Famille catholique à fond, je l’ai déjà dit non ?

– Oui, souffla Livius, beaucoup de prêtres ?

– Pas mal, oui, et à chaque génération au moins une nonne. Ma tante Annette l’est et puis il y a un cousin de ma mère qui est moine, pourquoi ?

Ils grimacèrent les trois.

– On n’est pas vraiment copain, murmura Théa

J’éclatais de rire.

– Je ne suis pas croyante, tu te souviens, pour moi tout ça, ce sont des.

Je m’arrêtais net. Ok, j’allais dire des croyances imbéciles, mais si eux, vampires, ondines et tous les autres existaient alors se pouvait-il que ? Je secouais fermement la tête, non cette question-là, j’y avais répondu il y a des années, au grand dam de ma famille, d’ailleurs.

– Je ne suis pas croyante, reprenais-je. J’ai grandi entourée de la foi des membres de ma famille, mais petit à petit je me suis détachée de tout ça. Je trouvais étrange qu’un être que l’on dit par­fait, enfin bref, j’ai cessé de croire petit à petit et je m’en porte bien.

– Amusant, donc vous n’êtes pas une des nôtres. Reste que le comportement de vos amis est un peu étrange.

Je haussais les épaules.

– Pour moi, depuis mon arrivée tout est étrange, contente de voir que je ne suis pas la seule.

Il me bombarda de questions et râlait de mes non-réponses. Pour lui il y avait quelque chose chez moi qu’il se devait de découvrir. Je laissais faire en répondant au mieux. Théa et Livius se marraient en douce en l’écoutant s’énerver de ma si grande normalité. Humaine, j’étais, humaine, je restais. Au bout d’un moment, ne trouvant plus rien à me demander, il fixa Livius et dit :

– Je suis sûr que ton humaine cache quelque chose. Il n’y a rien qui puisse expliquer que tous la respectent et qu’elle soit si calme devant nous, regarde-la. Les humains sentent instinctivement que nous sommes des prédateurs et elle, elle fonce dans le tas sans problème.

– Elle n’a pas vraiment le sens de l’auto-préservation, fit Livius avec un clin d’œil dans ma direc­tion. Elle a plutôt tendance à se mettre dans la situation inverse.

– J’avais cru comprendre, venir dans la région, déjà, c’est risqué, mais dans cette ville et dans cette maison. Vouloir absolument y venir sans rien sentir même au bout de plusieurs mois, c’est évident que son radar à danger n’est pas des meilleurs.

– Quant à se baigner avec une ondine…

Les yeux de Livius se levèrent au plafond alors qu’il di­sait ça, ceux de Conti lui sortirent de la tête puis se fixèrent sur moi.

– C’est peut-être ça finalement, murmura Conti, sa confiance.

Il se frottait le menton et nous regardait tour à tour.

– Tu penses que c’est la confiance qu’elle a pour nous qui fait qu’elle ne risque rien ? Peut-être pour les autres, mais ça ne marche pas pour les miens. Nous jouons avec la confiance des humains, ça ne changerait rien.

Théa fron­çait les sourcils si fort en disant ça qu’on ne voyait presque plus ses yeux et avait l’air perdue dans ses souvenirs.

– Alors, je ne vois pas, conclus Conti.

Livius lui mit une énorme tape dans le dos en riant.

– Fais avec, comme nous ! Mesdemoiselles, il est temps d’aller dormir pour vous et de discuter pour nous.

Théa releva la tête surprise et marmonna un mais bien sûr vieux chnoque en le fixant d’un air mau­vais. Je me reteins de rire alors qu’elle se levait et filait en direction des chambres en lançant :

– Tout est une question d’état d’esprit vieux débris. Viens Sophie, laissons donc les vieux discuter ensemble, nous avons mieux à faire qu’écouter les souvenirs poussiéreux de ces deux vieillards décrépits.

Je la suivis en rigolant devant l’air outré de Conti. Oui, nous avions mieux à faire, j’avais un million de questions sur ce type à poser à Théa. Une fois enfermées dans ma chambre, je regardais Théa qui me fit un oui de la tête et commença à me raconter.

En résumé, Conti, vampire de son état, cadet de Livius, avait pris la tête du clan à la disparition de celui-ci. Il aimait le luxe, les femmes, bref, c’était un condensé de clichés à lui tout seul. Ils étaient amis de longue date, mais concurrant de presque aussi longtemps. Il avait été l’amant de Théa, une folie passagère, m’assura-t-elle, ce qui expliquait les gloussements de nouvel an. Il était l’un des der­niers vampires d’origine européenne, ce qui le plaçait d’office dans les plus vieux, jeune continent oblige, de Mésopotamie, il aimait à le préciser. Vieux, très vieux et fier de l’être. Mais, quel âge avait donc mon papounet-vampire ?

Conti était un tel ramassis de clichés qu’à force d’entendre les histoires que Théa avait sur lui, j’étais morte de rire. Il aurait pu sans souci prendre la place de Dracula dans un film. Je fis la remarque et fus prise d’une crise de fous-rires infernal quand Théa, levant un sourcil me souffla d’un air machiavélique :

– Et pourquoi penses-tu qu’il a choisi Conti comme nom de famille ? le Conti-Dracula…

J’en pleurais de rire et les mimiques de mon amie n’arrangeaient rien alors que je tentais de toutes mes forces de me calmer. Elle s’était drapée dans mon couvre-lit, avait sorti ses dents et battait de l’air comme une chauve-souris. Elle murmurait d’un ton lugubre.

– Ton sang, je veux ton sang, au moment où la porte s’ouvrit sur deux vampires incrédules et fâchés. Ou vexés ?

Ce fut trop pour moi, la crise de fou-rire me reprit, incontrôlable, j’en avais mal au ventre, aux joues, par­tout, mes larmes coulaient et j’étais pliée en deux. Impossible de me calmer, dès que je levais les yeux, je voyais les deux vieux tirer une tête de dix pieds de long et si je ne les regardais pas, je voyais l’air faussement navré de Théa.

Livius finit par secouer la tête et faire signe à Conti-Dracula de nous laisser. Théa vint alors me prendre dans ses bras en me frottant le dos puis une fois sûr qu’ils étaient repartis, elle me souffla :

– En plus, cette espèce a une haute opinion d’elle-même et pas le moindre humour. Tous de vieux cons.

Elle me fit un clin d’œil et me laissa seule pour reprendre mes esprits. C’est un bon moment plus tard que je me couchais, le sourire toujours aux lèvres. Je ne dormais tou­jours pas quand j’entendis ma porte s’ouvrit doucement. Livius était là et dans un murmure, me deman­dait si je dormais. Je fis non de la tête et il vint doucement s’asseoir sur le lit. Il me fixait avec un petit sourire et finit par me dire :

– Vous êtes deux pestes.

Je fis oui de la tête.

– Je ne sais pas ce qu’elle a pu te dire avant cette interprétation hasardeuse, mais je tenais à te prévenir que je n’ai pas pu refuser de reprendre la tête de mon clan. La hiérarchie chez les vam­pires est assez strict. Cependant, ça ne changera pas grand-chose, Conti va continuer de s’occu­per des affaires courantes et sa maison restera notre lieu de réunion, tu ne seras pas envahie. Propose à Théa et Adeline de s’installer ici, pour quelque temps du moins, je me sentirais plus tranquille ! La nouvelle de mon retour risque de provoquer des remous et te savoir seule la nuit, n’est pas pour me plaire.

– Théa vit déjà à moitié ici et Ada a du boulot. Fis-je en haussant les épaules.

– Oui, mais faire savoir que les loups ont un pied-à-terre ici, ainsi que la présence de ta Théa évi­teront bien des soucis. La réputation de Théa fait déjà bien son travail, mais le nombres de loups est un excellent argument pour calmer les plus téméraires. Se faire chasser par une personne ou plusieurs centaines change la donne.

Là, j’étais inquiète.

– Je risque quelques choses ?

Il prit ma joue dans sa main et du pouce me caressa la tempe.

– Si fragile, murmura-t-il, et pourtant…

Ouais, bon, il me passait de la pommade pour me faire avaler son histoire de clan. Solide moi ? À d’autres, je soupirais.

– C’est la merde à ce point-là ?

– Pas vraiment, c’est juste que je ne fais pas confiance à certains membres de mon clan, j’ai ap­pris à me méfier et mon retour n’arrange pas tout le monde. Je préfère être prudent.

– Je demanderai à Ada, je ne vois pas pourquoi elle dirait non.

Le silence se fit, il promenait toujours son pouce sur ma tempe, mais son regard était figé sur le hibou qui pendait autour de mon cou. Il finit par le prendre dans ses doigts et joua avec un moment.

– Si tu ne me l’avais pas offert, personne ne saurait que tu es revenu, soufflais-je

Il eut un sourire triste.

– Si je ne te l’avais pas offert, j’aurais déjà dû tuer la moitié des vampires de la ville.

J’ouvris les yeux comme des soucoupes.

– Hein ?

Il se pencha vers moi, posa un bref instant ses lèvres sur mon cou puis se relevant il dit :

– Les vampires aiment le sang neuf, tu es nouvelle et ton sang a une odeur particulièrement agréable, comme une étiquette qui dit “produit fermier, bio, élevage de qualité”. Les jeunes vam­pires arrivent à peine à résister à ce genre de publicité. A vrai dire, même moi parfois.

Il eut un petit rire et disparut.

Ben voyons, me voilà reléguée à poulet fermier, sympa, merci ! Sauf que l’idée d’être tentante ne me convenait pas, mais alors pas du tout, impossible de dormir après une telle révélation, en soupi­rant, je me glissais vers la chambre de Théa, frappais un petit coup et entrouvris la porte.

– Théa, je peux dormir avec toi ?

– Qu’est-ce qui t’arrive ?

Je lui expliquais en deux mots, elle se bidonna en me lançant :

– Pas trop tôt, tu ne te rends pas compte le nombre de fois où on est intervenu avec Ada.

Elle tapota son lit pour m’y inviter. Je m’y glissais en lui disant merci, merci pour m’avoir protégée, merci de me laisser être l’an­douille que je suis et merci pour m’avoir fait un peu de place dans son lit.

– Allez ne te prends pas la tête, avec nous, tu ne risques rien et puis un vampire, c’est facile à éliminer et l’avantage, c’est qu’il n’y a pas de cadavre à dissimuler.

– Tu en as déjà tué à cause de moi ?

Là, je me sentais mal.

– J’aurais bien aimé, mais Ada a préféré leur faire comprendre ce qu’ils risquaient en te tournant autour. Il paraît que prévenir c’est courant, mais je trouve que ça prend trop de temps. En tuer quelques-uns pour l’exemple, c’est plus ma manière de faire, tu vois. Après quelques morts, plus besoin de signaler qu’il est dangereux de t’approcher.

C’était plus clair, mais pas vraiment à mon goût.

– Et puis continua-t-elle, après David, ils ont été nettement moins nombreux à te penser fragile et sans défense.

– Franchement, plus j’en apprends, plus je me sens fragile et sans défense. Vous avez dû me prendre pour une sacrée idiote. J’ai rien vu, rien compris. Et, sans toi et Ada…

Je frissonnais à l’idée de tout ce qui aurait pu m’arriver. Elle rigolait franchement à côté de moi, un rire clair et contagieux. Je me mis à rire aussi, un peu de ma stupidité, un peu de soulagement, beaucoup de reconnaissance envers mes amies.

– Tu n’as jamais été sans défense, Ada y a veillé. Elle ne te l’a jamais dit ? S’étonna-t-elle en voyant ma tête. Pourquoi penses-tu qu’elle t’ait présenté à Suzanne ? C’est la femme de son chef de clan, si elle t’aimait bien, Ada était convaincue qu’elle obligerait son mari à te protéger. Tu es sous la protection des loups presque de­puis ton arrivée. Il en rôde toutes les nuits autour de ta maison.

Où comment se sentir encore plus conne !

– Tu as quoi d’autre à m’avouer ?

– Je n’avoue rien, j’explique ! Donc Suzanne ayant apprécié ta nature, continua-t-elle en se fi­chant clairement de moi, les loups t’ont protégé de loin et Livius a rencontré Judicaël pour lui signaler que tu étais aussi sous sa protection. Judicaël n’a rien dit à Ada, mais il lui a interdit de tourner toutes les nuits autour de la maison. Tu la connais, elle aurait préféré ne plus travailler que de te laisser seule.

– Livius est passé voir Judicaël ?

– Oui, quelques jours après les travaux du toit. Je pense qu’il devait se dire que son odeur avait été repérée et qu’on se douterait qu’il y avait vampire sous roche. C’est à cause de cette protection que je ne te connaissais pas, grinça-t-elle d’un coup, énervée. On a tous pensé que tu étais la compagne humaine d’un loup, venue ici pour se cacher. La plupart des clans n’aiment pas la mixité alors personne n’a vraiment cherché à te connaître. Heureuse­ment que tu es passée à la boutique, on aurait loupé plein de choses.

– Tu m’as arnaquée alors que tu savais que j’habitais ici ?

– Pour moi, tu étais avec les loups. Elle haussa les épaules. Et, ils ne m’aiment pas trop.

– J’avais remarqué, dis-je en riant. La tête de Suzanne quand elle t’a vu, se passait de mots.

– Finalement je t’ai trouvée sympa et en me renseignant, j’ai appris que tu n’appartenais pas aux loups. J’ai été curieuse de comprendre pourquoi ils te protégeaient alors je suis venue te livrer. La suite, tu la connais.

Oui, la suite, je la connaissais, une improbable amitié avec une tueuse, un peu psychopathe et la protection absolue de sa part pour le reste de ma vie.

– C’est pas un peu vieux jeu, cette histoire d’appartenance ?

– Oui, mais quand on sait l’âge de certains d’entre nous, on comprend que l’évolution a eu de la peine à à passer par eux. Les anciennes traditions sont bien implantées. Ils restent bien ancrés dans leurs habitudes.

Ses yeux pétillaient de rires et en repensant aux deux vampires du coin, le fou-rire me reprit.

– Avec ces deux là, on a dû s’arrêter à l’âge des cavernes !

Et, l’un des deux n’avait-il pas sous-entendu qu’il avait parfois envie de me mordre, à vrai dire, lui aussi ? Mon rire cessa net et je chassais ce souvenir de ma tête, Théa ne le laisserait pas faire, j’en étais persuadée.

L’avantage de dormir auprès d’une tueuse qui vous protégera quoi qu’il arrive et contre tout, était que les cauchemars restaient à distance. Je mis un moment à me souvenir d’où j’étais et de pourquoi puis l’odeur de café frais me tira hors de la chambre de Théa.

Ada était à la cuisine, tentant d’expliquer comment faire de vraies crêpes à une Théa pas convaincue. Le spectacle était incroyable, si on prenait en compte la montagne de valises échouées près de la porte, montagne qui semblait dire, je m’installe pour des semaines et pas moins.

– C’est quoi tout ça ?

– Mes affaires pour quelques jours, on m’a prévenue que tu aurais besoin de ma présence pour un moment.

– Tu comptes vivre ici six mois ? Et, qui t’as prévenue ?

– Livius et non pas six mois, c’est juste de quoi tenir une semaine ou deux.

– Les loups abîment beaucoup leur vêtements, tu verras pourquoi un jour. Livius craignait que tu ne demandes pas à Ada de venir.

Voilà que pouvais-je répondre, merci de me traiter en gamine stupide et incapable, ce que j’étais à leurs yeux me semblait-il et je dois l’avouer un peu aux miens depuis quelques jours.

– Il est prêt le café ? Fut tout ce que je demandais.

Chapitre 15

La vie suivit son cours. La seule exception, pour laquelle je m’étais battue, a ma surveillance rapprochée, était de pouvoir prendre ma voiture toute seule. Il y avait une raison à ça, Ada avait toujours des déplacements et Théa était un vrai danger au volant. Non, je n’exagère pas ! Elle roulait comme elle vivait, à toute vitesse.

Les semaines passèrent sans que rien, du moins rien de mon point de vue, ne se passe. Nos soirées marathon de série passèrent de Fringe à Code Quantum, prêté par un ami de Francis, puis de Z Na­tion à Sanctuary.

Théa craquait invariablement pour le gentil de l’histoire, Ada pour le musclé et moi pour le torturé. Nos différences de goût nous entraînaient dans de longues discussions philoso­phiques, le tien est moche, le mien est mieux, très profonde comme réflexion, de vraies gamines. Puis vinrent les Sherlock ! Si Ada ne jurait que par l’interprétation de Robert Downey Jr., mon cœur craquait pour Benedict Cumberbatch et Théa, enfin le côté ultra féministe de Théa, avait trouvé en Jonny Lee Miller un Sherlock passable, mais en Lucy Liu, une Watson incroyable. Notre amitié faillit ne pas s’en remettre alors qu’avec Ada nous avions osé dire qu’un Watson devait avoir une moustache. Remarque à peine faite que la guerre éclata dans mon salon !

Les coussins volaient bas et les cris de sioux de Théa nous perçaient les tympans pendant qu’Ada et moi sautions de tous les côtés pour éviter les coussins. Trois furies en training se cour­sant en riant à travers la moitié de la maison furent stoppées net par l’intrusion d’un inconnu.

Il nous fixait d’un air ébahi, debout à l’entrée de la cuisine. En deux secondes, ma belle brune dispa­rut remplacée par un loup brun qui dépassait ma taille, les babines retroussées et le grognement qu’elle émettait vibraient jusque dans mon ventre. Quant à Théa, elle flottait à plusieurs centimètres du sol comme si un vent ne soufflait que pour elle et ses yeux émettaient une lueur de danger. Elle chantonnait, c’était un son bas et franchement désagréable. Je restais un long moment bloquée à les regarder. Je ne les avais jamais vues ainsi et la puissance qui émanait d’elles était palpable et me coupait presque le souffle. Elles étaient incroyables et je voyais en cet instant ce que je n’avais fait qu’entre apercevoir dans leurs paroles. Elles étaient dangereuses. Elles étaient puissantes et même si je n’avais pas vraiment de point de comparaison et que je ne me fiais qu’à ce que j’avais entendu, je les voyais presque invincibles et totalement flippantes.

L’intrus, un jeune homme blond, recula en mettant les mains devant lui et bredouilla qu’il venait voir son tribun.

– Votre quoi ?

Il ne m’entendit pas entre les grognements et cette horrible et flippante chanson.

– Ça suffit les filles, dit Livius d’une voix sèche.

Ada plantée devant moi, continuait à fixer l’inconnu toujours sous sa forme de loup. Théa remit pied à terre et me dit d’une voix plus grave que d’ordinaire :

– Tribun est le titre des chefs vampires, des vieux vampires.

– Merci.

Livius vient vers moi, passant à côté de la louve en lui disant de se calmer. Il me prit dans ses bras, posa un léger baiser sur mes lèvres et en se reculant dit :

– Je reviens vite ma chère, je vous laisse sous bonne garde. Et, se tournant vers l’homme qui était de plus en plus ébahi. Je vous avais dit de m’attendre dehors. Vous avez de la chance qu’elles soient de bonne humeur. La prochaine fois, elles n’attendront pas pour attaquer.

Ils nous plantèrent là. Je regardais Théa qui se gondolait en face de moi alors qu’Ada redevenait une belle brune à poil sans poils. Elle aussi trouvait la situation marrante, moi moins.

– Il s’est passé quoi là ?

– De la stratégie, gloussa Théa. Un coup de maître.

Bon, Ok, d’accord, on se foutait de moi et je ne comprenais rien au jeu de stratégie qui venait de me tomber dessus.

– Explique !

– Tu n’as vraiment pas compris ? En t’embrassant, il te désigne comme sa compagne à l’autre abruti qui va faire sa commère comme tout bon vampire et le dire à tout le monde. En l’ayant fait venir ici, il a fait en sorte que son pion nous voie en position d’attaque pour te défendre, et ainsi faire comprendre à tout le monde que tu n’es pas seule lorsqu’il est absent et qu’il faudrait être dingue pour s’attaquer à toi puisque tes gardes du corps sont assez connues pour être dissuasives. Il faudrait être fou pour s’attaquer à moi. Au fait Ada, je ne savais pas que tu étais une louve rouge, je pensais que ton espèce avait disparu.

– Il ne reste que mon oncle et moi, fit-elle les lèvres pincées.

– Au moins c’est encore plus dissuasif que les gris ou les noirs, s’il avait pu, il aurait fait dans son pantalon le pauvre pion.

Bon, petit récapitulatif m’a fait ma petite voix, papounet-vampire, inquiet de la nouvelle situation avait fait déménager Ada et Théa pour que tu ne sois jamais seule, De plus, il fait en sorte que son clan te prenne pour quelqu’un d’important à ses yeux et avec une protection rapprochée, Je voulais bien comprendre. Il avait paré à toutes les éventualités. Je n’aimais ni l’idée ni la façon. Le seul point agréable était la présence des deux cinglées. Au fait, elle avait dit quoi sur Ada ? Une louve rouge ?

– Ada, je sais que tu n’aimes pas trop qu’on se mêle de tes affaires, mais, une louve rouge est si différente des autres ?

Son regard se voila, elle soupira et alors que j’étais certaine qu’elle ne me répondrait pas, elle dit :

– Il existe quatre races de loup, les noirs sont les plus courants ici, ils sont originaires de ce conti­nent. Les gris sont les plus nombreux, Asie, Russie, Europe, leurs territoires sont très variés. Les blancs restent concentrés dans les pays nordiques. Les roux ou rouges sont eux originaire d’Afrique du Nord, mais ont été assimilé au gris. Il n’existe plus de lignée pure. Mon oncle et moi sommes déjà des métisses, mais nous avons gardé les caractéristiques des roux, les autres les ont perdus. Lors de la der­nière guerre, nos clans ont refusé de prendre part au conflit. Nous avons été massacrés en représailles.

Et, elle se tut.

– Elle date de quand cette dernière guerre ?

– De quand date la dernière des humains ?

Surprise, je répondis :

– Il y en a toujours une en cours.

Elle ferma les yeux, se frotta la nuque. J’attendais sans rien dire, mais elle ne semblait pas décidée à me répondre.

– Les loups aiment la guerre, enfin la grande majorité. Il y a sûrement des loups dans vos conflits en cours et certains ont dû les favoriser. Notre dernière guerre de clan date de votre der­nière guerre mondiale. Des accords ont été signés peu après, trop de perte, vos armes ont évolué plus vite que nous. Elles ont fait suffisamment de mort pour que nos clans décident de ne plus prendre parti dans les conflits humains.

Théa avait répondu d’un ton monocorde en regardant par terre. Ada regardait au-dehors et moi, je me sentais mal à l’aise, s’ensuivit une longue, longue discussion sur les faits de guerre, les clans, les amis perdus et les raisons d’une telle boucherie. Je n’écoutais pas, je les regardais tour à tour et je m’étonnais de les voir parler sans passion d’événements aussi terribles. En fait, pas sans passion, mais avec du recul et un respect tangible. C’est lorsque Ada dit qu’avoir été bannie était moins terrible que ce à quoi elle s’attendait, que je tiquais.

– Bannie ?

Le mot sorti comme un cri. Elles me regardèrent, soupirèrent et dire en chœur

– Oui, tu pensais qu’on était là pourquoi ?

Parce que le coin était sympa, la ville jolie, le calme de la nature apaisant, il y avait, de mon point de vue, une dizaine de bonnes raisons. Elles ont dû voir que je ne percutais pas, normal. Théa se mit à rire.

– Tu crois que tu es où ?

Dans le trou du cul du monde, faillis-je répondre, mais à leurs têtes, il y avait encore quelque chose que j’avais loupé. Je soupirais.

– Je n’en sais rien à première vue.

– La ville des bannis, joli petit coin dans les montagnes placé sous la surveillance de José, géant de son état, où ont été casé les indésirables de chaque clan.

– Les indésirables ?

– Les meilleurs soldats si tu préfères. Ceux que les autres clans ne voulaient pas voir circuler libre­ment, ceux dont on préférait ne pas se souvenir, ceux qui dans l’histoire ont tout perdu parce qu’ils ont fait ce qu’on attendait d’eux. Ceux qui furent sacrifiés dans les jeux politiques pour, soi-disant, promettre la paix. On s’est débarrassé de nous. On nous a écarté du reste du monde. On nous a volé nos vies. On nous a parqué dans cette région, zou, fini plus de problème.

La colère contenue dans ses paroles me fit l’effet d’un coup à l’estomac. Je les fixais, incrédule. Oh, je savais bien qu’elles n’étaient pas de gentilles petites dames, je l’avais bien compris, mais je n’avais jamais pensé aux raisons de leur présence ici. Avant même que je puisse en demander plus, Ada changea complètement de discussion.

– Je maintiens toujours que Robert Downey Jr. est le meilleur Sherlock Holmes !

– Peut-être, mais au moins Lucy Liu est badasse en Watson, faut prendre en compte les caractères secondaire et pas que le grand détective !

J’intervenais pour calmer la longue discussion qui pointait son nez.

– Je suis d’accord que mettre plus de femme dans l’histoire est sympa, mais si on se tient aux livres alors Elementary s’en éloigne beaucoup.

– Faut les mettre aux goûts du jour, c’est tout, s’obstina Théa.

– Alors dans ce cas-là, l’adaptation avec Benedict Cumberbatch est la meilleure. D’ailleurs la sé­rie garde le nom de Sherlock Holmes.

– Et les femmes dedans sont des cruches aussi ?

La féministe de la première heure en Théa fulminait. Une seule solution s’imposait.

– Ada file enfiler quelque chose, on va avoir une longue nuit devant nous.

Elles me regardèrent intriguer. Je filais à ma bibliothèque et en sorti un DVD de la première saison d’Elementary, un du Sherlock de la BBC et un avec Robert Downey Jr et leur montra.

– Reste plus qu’à tout regarder pour savoir si les femmes sont cruches et les Sherlock et Watson trop machos. Qui me suit ?

Elles ont filé comme le vent, Ada en direction de sa chambre enfiler une tenue décente, Théa en di­rection de la cuisine en hurlant qu’elle s’occupait du pop-corn, pendant que je remettais les coussins du canapé en place. Parce que oui, il est beaucoup plus important de décider quelle version est la meilleure que de parler du passé trouble de mes amies, pas vrai ?

Au retour de Livius nous dormions toutes trois affalées sur le canapé, gavée de pop-corn et toujours pas d’accord sur le meilleur Sherlock. Je ne le vis pas rentrer, je ne le vis pas secouer la tête en sou­riant, pas plus que je ne vis la personne qui le suivait et qui disparut dans la cave avec lui. Non, je ne vis rien, mais Ada, oui. Elle nous secoua doucement puis le doigt posé sur ses lèvres, elle nous fit signe de la suivre à l’étage. Là, sans un mot elle prit un papier et nota ce et qui elle avait vu. Théa blêmit puis rougit de rage et avant que nous ne comprenions ses intentions, elle fila à la cave. Elle en claqua la porte si fort que le bruit résonna. Ada me prit par le bras pour m’empêcher de la suivre. Elle me poussa doucement sur le lit, s’y assit et me dit

– C’est une histoire à régler entre elles, il n’aurait pas dû amener Katherina ici alors que Théa était présente. Du moins pas sans la prévenir d’abord. Ne nous en mêlons pas, ça risque de faire des étincelles. Il faut espérer qu’il avait de bonnes raisons de la faire venir.

– Qui est Katherina ?

– Une Baba Yaga, une sorcière russe, précisa-t-elle devant mon regard vide. Elle vit encore plus loin de la ville que mon oncle. Ce sont des solitaires. Elle est arrivée avec le clan de Judicaël. Elle n’est pas méchante, mais Théa et elle, se sont battues pour la possession d’une source et Katherina n’a pas vraiment été correct. Une vieille histoire, ne t’inquiète pas même si Théa est un peu rancu­nière, ça devrait aller.

Mais au bout de trente minutes, j’étais convaincue que ça n’irait pas. Les bruits qui nous prove­naient du sous-sol, donnaient l’impression que la maison allait s’écrouler. Je tenais encore cinq mi­nutes et contre l’avis d’Ada, je filais en direction de la cave. Ma sadique petite voix me murmurait, cool comme ça tu vas pouvoir, enfin, refaire cette fichue cave, mais mon amitié pour Théa me disait de foncer m’assurer qu’elle allait bien.

Livius se tenait sur le canapé, calme, tranquille, l’air pas inquiet du tout. Ada me suivait de près et finit par me stopper avant que je ne puisse descendre.

– Laisse-les faire, me dit-elle, ne t’en mêle pas, viens, on va attendre avec lui !

Elle me tenait fermement et me fit tomber dans le canapé. Je fulminais. Mais pourquoi aucun d’eux ne réagissait aux hurlements et autres bruits sourds qu’on entendait. Je tentais de me relever, Livius me bloqua.

– Laisse-les s’expliquer, elles font toujours pareil. Elles vont se calmer. J’aurais dû le prévoir, mais je ne pensais pas vous trouver encore au salon.

– Si tu m’avais prévenue, j’aurais fait en sorte que nous n’y soyons plus avant que tu ne rentres, c’était jouer avec le feu de les mettre sous le même toit.

Il soupira en grimaçant.

– Je pensais que depuis le temps…

– Es-tu certain de bien connaître Théa ?

Ils éclatèrent de rire. Tout était normal. Tout allait bien. Rien de grave ne pourrait arriver. Je remontais mes genoux contre mon torse et y enfuis ma tête. Ils allaient tous me rendre dingue. Ada me passa la main dans le dos pour me réconforter. Elle me souffla.

– Théa n’est pas une petite chose fragile et Katherina n’est pas assez idiote pour la provoquer plus que nécessaire. Elles vont finir par se calmer. Ne t’inquiète pas.

En effet, les cris se firent moins perçants. Les murs cessèrent de trembler puis ce fut le silence.

Théa sortit de la cave, le menton relevé et les yeux encore étincelants. Elle était fière. Une femme qui semblait terriblement âgée complètement détrempée et encore plus contrariée, la suivait.

– Tu vois, me dit Ada, elles en ont fini.

Oui, j’avais remarqué le niveau sonore était revenu à la normale sauf que Théa ressemblait à un chat qui vient d’avaler un bol de crème et que l’autre ressemblait à la crémière qui se l’était fait piquer et le soupir qui émanait du seul mâle de la pièce m’intriguait. Je me tournais vers lui, mais il ne me regardait pas, il avait les yeux fermés et la bouche pincée, l’air vraiment contrarié. Théa se jeta sur le canapé entre lui et moi, le poussant sans ménagement.

– Alors j’attends, dit-elle.

Je me tournais vers elle en fronçant les sourcils.

– Tu attends quoi ?

– Que le vieux chnoque ici présent s’excuse et que l’autre là, se comporte en être civilisé enfin au­tant que possible, il ne faut pas rêver.

– Je n’ai pas à m’excuser d’inviter qui je veux chez moi.

– C’est pas chez toi ! C’est chez Sophie et elle tolère de te laisser le sous-sol. Mais franchement, si elle décide de te virer, je serais ravie de l’aider. Sait-on jamais, tu pourrais avoir un souci durant la journée, les accidents, ça arrive.

Elle l’avait coupé net et fait sa tirade d’une voix forte. Ok, bon, voilà qui m’étonnait, je pensais que ces deux-là s’aimaient bien. Je me tournais pour regarder la cause de tout ce bordel qui ne regardait personne, mais fixait le mur comme si sa vie en dépendait. Je me tournais vers Théa et Livius, lui les lèvres pincées, la fixait droit dans les yeux et elle me tournait le dos pour le regarder bien en face. Je me tournais vers Ada qui me fit un clin d’œil en haussant les épaules. Le silence s’éternisait et je faillis mourir d’une crise cardiaque quand la voix de la vieille femme s’éleva.

– Bonsoir mademoiselle, fit-elle, je suis Katherina, monsieur Conti m’a demandé de venir parler avec votre a…, votre, avec Livius. Je crains que Conti ait omis de préciser plusieurs choses comme la présence de. Elle tendit la main en direction de Théa. Il semble qu’il n’avait pas trouvé important de prévenir Livius non plus.

Elle était toujours raide comme un piquet, ne me regardait pas un instant et fixait tellement le mur que j’étais tentée de me retourner pour voir s’il était taché ou je ne sais quoi.

– Elle est venue à la demande de Conti pour s’assurer que nous n’étions pas sous la coupe d’une sorcière assez puissante pour cacher sa nature, soupira le vampire à côté de moi.

– Quoi ?

Fut tout ce que je pus dire. Moi ? Une sorcière ? Je devais avoir l’air complètement abruti, car il ri­cana.

– Conti est du genre prudent et voir réunis au même endroit plusieurs clans lui a semblé tellement anormal qu’il a cherché toutes les explications possibles.

Je me tournais vers Katherina qui fixait toujours obstinément le mur. Je tentais d’attirer son atten­tion pour entendre sa version, mais elle m’ignorait.

– Elle a peur que tu la charmes si elle te regarde, grinça Théa, ça se dit puissant, mais c’est mort de peur devant la première humaine qui ne rentre pas dans le cadre. Elle a cherché partout des pentacles ou des marques de magie et comme elle n’a rien trouvé, elle s’est convaincue que tu agissais par l’esprit.

Je regardais Théa les yeux ronds et la bouche grande ouverte sur un oh qui ne voulait pas sortir.

Elle me rendit mon regard en haussant sourcils et épaules avec un sourire narquois. Je retrouvais ma voix.

– C’était ça votre dispute ?

– En partie, nous avions un vieux litige à régler d’abord puis, franchement, je n’allais pas la lou­per. Si Conti croit être le premier à s’être posé des questions sur toi, il se trompe. Je pense que la moitié des habitants ont fait des recherches pour comprendre. Tu penses que James t’a engagé sans contrôler ?

Non, je pensais qu’il avait juste besoin d’une vendeuse et que je faisais l’affaire à défaut de mieux. Je tombais de haut.

Vous dire mes sentiments à cet instant serait totalement impossible. J’oscillais entre fureur, décep­tion, honte et peur. Je me sentais mal en résumé et un peu conne, beaucoup conne. Et, vous savez quoi ? Un petit coup s’imposait. Je me levais, me dirigeais vers le bar, prenais une bouteille et, grosse amélioration, un verre. Je filais vers la cuisine pour ne plus voir les quatre personnes qui étaient chez moi. Je posais le verre et la bouteille sur la table, me rendis dans la réserve en sortis de la glace vanille et je me préparais un petit frappé Bayles-vanille. Ben quoi ? Pas de honte à se remonter le moral d’une manière ou d’une autre.

Mon verre en main, une paille dedans, je retournais au salon où personne n’avait bougé ni parlé. Je me posais entre mes amies, balançais mes pieds sur la table basse et allumais la télévision tout en si­rotant mon frappé.

TOUT EST NORMAL !

Je tombais après un zapping féroce sur le retour des tomates tueuses, parfait ! Je m’employais à ignorer totalement les autres personnes présentes dans la pièce. Non, je ne boudais pas. Non, je ne dé­lirais pas. J’en avais juste marre.

Il fallait être clair, il y avait quatre statues dans mon salon dont trois qui me fixaient d’un air ahuri, bon l’autre regardait toujours le mur, rien à y redire. Moi, je regardais mon film et je les ignorais. Je sentais bien qu’ils réfléchissaient à mon comportement et n’y comprenaient rien. M’en fiche, à eux de nager un peu.

C’est Ada qui rompit le silence.

– C’est qui l’acteur ? Sa tête me dit quelque chose.

– George Clooney.

– Il est vachement jeune là, siffla Théa.

Le silence revient, je restais concentrée sur le film.

– Et c’est tout ? Vous ne réagissez pas plus ?

C’était une voix grave qui venait de s’élever dans le salon, je sursautais et me tournais vers la vieille femme qui avait arrêté d’admirer le mur pour poser les yeux sur moi. Je la regardais distraitement sans m’attarder puis sans rien dire, je retournais mon attention sur le film.

Ils étaient quatre à me fixer, je sentais leurs regards sur moi. Non, je ne dirais rien, je ne bougerai pas, je ne réagirai à rien. J’en avais marre. C’était tout simple, je voulais qu’on me fiche la paix. Pas envie d’être un pion dans le jeu politique de l’un ou un objet à surveiller pour d’autres, pas plus envie d’être une petite chose à protéger pour mes amies. J’étais en train de me poser, réellement, la ques­tion d’un retour en Europe, un retour à la normale et l’envie en ce moment était très forte. Je fixais l’écran en mâchouillant ma paille. Pour dire vrai, je cogitais comme une malade sur les événements et les révélations de ces derniers mois, me demandant combien il y en aura encore. Je pris une dé­cision, enfin, ma petite voix m’en a soufflé une. Le livre d’Andersen, et si je le lisais enfin, lui qui dor­mait sur ma table de nuit. Je me levais, posais mon verre à la cuisine et sans regarder personne, je fi­lais dans ma chambre saisir l’objet et quelques affaires de rechange. J’avais besoin d’un autre environnement et je trouvais la petite chambre à l’hôtel de plus en plus intéressante. Je redescendais presque en courant les escaliers et je chopais mon sac et mes clefs de voiture avant de lancer aux quatre ahuris dans mon salon.

– Amusez-vous bien, j’ai besoin de calme !

Et je les plantais là.

Chapitre 16

Je n’arrivais pas à l’hôtel. À peine sorti, je tombais sur une voiture qui venait de s’arrêter. Le conducteur ne m’était pas inconnu, monsieur Andersen me fixait intensément puis sembla comprendre la situation et ouvrit la portière côté passager.

– Monte ! J’ai l’impression que tu as besoin de calme et de réflexion et j’ai une chambre d’ami qui devrait faire l’affaire pour un moment de solitude. Si ça te dit. Je pensais arriver à temps pour éviter à Théa et Katherina de s’entre-tuer, mais la maison est toujours debout et je n’entends pas de cris, donc ça doit aller.

Je ne pris même pas la peine de réfléchir et je m’installais dans la voiture. Une fois arrivés chez lui, il m’amena dans une petite chambre mansardée au dernier étage de sa maison, au-dessus de la li­brairie et me demanda si j’avais besoin de quelque chose. Je lui fis non de la tête tout en regardant cette chambre dépouillée, un lit, une table, une chaise et rien, enfin si, une petite salle d’eau sur le côté. Il me fit un petit sourire, hocha de la tête et il me laissa seule.

Je restais là comme une conne puis m’allongeais sur le lit pour réfléchir, mais je m’endormis. Lorsque je me réveillais, le soleil était déjà haut dans le ciel, ne sachant pas trop quoi faire, je restais assise les yeux dans le vague et si un coup n’avait pas retentit contre la porte, je pense que je serais restée là, à regarder le vide pour le restant de ma vie.

Monsieur Andersen se tenait devant la porte un plateau dans les mains. Il me fit un petit sourire et dit :

– Tu peux rester ici le temps nécessaire, je pense que personne n’a besoin de savoir où tu es.

Je l’interrompai.

– Je n’ai pas besoin d’un protecteur de plus, là j’en ai mon compte.

Il partit d’un éclat de rire franc et joyeux.

– Non, non, tu m’as mal compris. Je ne vais pas me transformer en protecteur ou te garder enfermée. Dis-toi que je comprends mieux que tu ne le penses ta position. Ils sont par­fois invivables avec leurs manières et ils oublient trop vite que leurs connaissances et leur âge, ne sont pas les nôtres.

– Pourtant, monsieur Andersen, vous n’êtes pas humain alors…

– Alors, je suis un mage et mon espérance de vie, bien que plus longue que celle d’un humain ne dépassera pas les deux cents ans, pas des millénaires comme Théa ou Livius, me sourit-il. Rien à voir !

Il me tendit le plateau rempli de mon petit déjeuner.

– Je sais que c’est beaucoup à avaler entre les mensonges, les non-dits et les oublis de tes amis. C’est dans leur nature et je trouve que tu prends les choses plutôt bien, tu restes étonnement calme. Un trait de caractère qui n’arrête pas de m’étonner. Profite de rester tranquille et de lire un peu ! Laisse-les s’inquiéter et se prendre la tête, c’est leur tour. Je pense que ça leur fera du bien d’être incapable de tout surveiller. Ils ont un peu trop pris l’habitude de te couver, ici ils ne te trouveront pas. Et, je m’appelle James.

Il me planta là sans un autre commentaire. Interloquée, je posais le plateau sur la petite table et me servit un café-jus de chaussette infecte, tout en repensant à ce qu’il venait de me dire en ne sachant pas trop quoi en faire. Je regardais un instant les œufs brouillés qui ne me disais rien et me recouchait pour me rendormir presque aussitôt.

Il me réveilla en rentrant, étonné de me trouver encore endormie. Je ne sais pas pourquoi, mais son air inquiet et attentif, l’expression de compréhension que je lisais dans ses yeux provoqua chez moi une réaction inattendue. Je me jetais dans ses bras et pleurais toutes les larmes de mon corps, il ne dit rien se contentant de me frotter le dos, tient ça devient une habitude pour les gens du coin. Après un temps infini, je me calmais, reniflais et levais les yeux vers l’individu qui ressemblait, de mon point de vue, le plus à un humain et lui soufflais.

– J’en ai marre de tout ça. Je veux rentrer chez moi.

– Allez, calme-toi, tu tiens bien le choc, mieux que tous ceux qui sont passés là avant toi. Tu prends les choses comme elles viennent sans tenter de caser cela dans une logique qui n’a rien à y faire et tu restes toi-même. C’est surprenant, mais c’est une bonne manière de faire. Cependant, je reconnais que tu as besoin d’une pause loin de tout ça et de calme pour réfléchir.

Il me fit me lever et du doigt m’indiqua le livre qui traînait sur le sol

– Tu devrais vraiment le lire. La maison est à toi, je dois m’absenter quelques jours. Prends le temps nécessaire ! Ma maison est protégée, la magie te cachera aux yeux de tous. Ils en ont besoin, perdre le contrôle n’est pas ce que tes amis apprécient le plus, fit-il en m’offrant en sourire démoniaque. Ils vont devenir fous et ce sera plus facile pour toi de prendre du recul sans être tout le temps en leur compagnie. Réfléchis, calme-toi, prends tout le temps dont tu as besoin ! Tu es ici chez toi.

Je devais avoir l’air d’une grosse andouille, les yeux et le nez rouges, les joues encore trempées de larmes et le regard vide. Cool, je me sentais vraiment bien. Si, si vraiment.

J’attrapais le livre et me jetais sur le lit. Je le regardais comme si c’était un crapaud visqueux ou un truc qui allait me sauter à la figure, à peine ouvert. Je le retournais dans tous les sens sans réussir à me décider.

En soupirant, je regardais les petits marques pages qui en dépassaient, portant le nom de toutes les personnes que je connaissais en ville. Toutes ! Elles y étaient toutes. Pas un humain n’était dans mes connaissances. Je tripotais le livre toujours hésitante et finit par l’ouvrir au marque-page qui portait le nom de Théa. Je pris une grande inspiration, soufflais fort et me mit à lire.

Ce que je trouvais le plus étonnant, n’était pas les détails sur les ondines qui finalement ne représentaient que deux chapitres et je savais par Théa que son clan était un des seuls vraiment dangereux. Mais ces pages donnaient les détails de la vie de Théa et que de la vie de Théa. Certes, pas tous les détails si son nom complet, La Théadora était bien écrit en majuscule, je ne trouvais pas son âge, ni les lieux de son enfance. Son histoire semblait ne commencer qu’avec la submersion de l’île de Santorin en moins mille-six-cent quelque chose, ce qui, si je calculais bien, lui donnait presque quatre mille ans.

Waw, je pouvais me sentir comme une gamine encore longtemps. Ce qui sous-entendait que Livius était encore plus vieux. Voilà, gamine j’étais, gamine je resterai, cool le petit aperçu de leur âge me faisait me sentir encore plus mal, minable aussi.

Je regardais la page indiquée comme celle d’Ada, même topo, le premier chapitre donnait les caractéristiques de la race et me permit d’apprendre que les métamorphes, loups et autres, vieillissaient vraiment moins vite que moi, puis uniquement celle d’Ada. De sa naissance, en 1980, donc, elle aussi, ne faisait pas son âge, au meurtre de sa famille et à sa vengeance total jusqu’à sa vie de ses dernières semaines alors que le livre était dans ma chambre.

Passant sur le comment, passant sur le pourquoi, je lus attentivement tous les détails sur mes amis soudain affamés d’en apprendre plus sur ce monde que dorénavant je côtoyais et dont les membres avaient oublié de préciser suffisamment de détails pour que je considère qu’ils m’avaient tous menti.

Au fur et à mesure de ma lecture, je me sentais de plus en plus fragile, jeune et je me sentais totalement idiote. Je ne comprenais toujours pas pourquoi, ils s’étaient liés à moi, mais pourquoi ils me protégeaient, devenait à chaque page plus compréhensible. Leur comportement avec moi s’expliquait et je leur en étais à chaque ligne plus reconnaissante.

Je restais cachée trois jours qui me firent le plus grand bien. J’avais étudié à fond les différentes personnes que j’avais rencontrées depuis mon arrivée ici. J’avais tenté de me donner toutes les chances de ne plus me mettre en danger ou à défaut de ne plus obliger mes amis à me défendre.

J’avais aussi, pris la décision de rester et de prendre une part active dans ma vie et ne plus laisser tout le monde décider pour moi. Si, j’y arriverai, je m’en étais auto-persuadée. On ne se moque pas ! C’est remplie de confiance en moi que je décidais de rentrer dans Ma maison, dans ma nouvelle vie, j’avais le menton haut et je me sentais prête à conquérir cette vie.

Enfin que j’avais décidé d’y rentrer parce qu’à peine trois minutes après avoir fermé la porte de chez monsieur Andersen, de chez James, qu’Ada flanquée de Suzanne, furieuses, échevelées et franchement remontées après moi, me tombèrent dessus en hurlant.

Pour faire clair, les seuls mots que je pus comprendre tournaient tous autour de t’es folle, inquiets, plus jamais et idiote. J’en ai fait un résumé, mais vous avez compris la teneur de la majestueuse en­gueulade que je me pris. Pendant qu’Ada s’époumonait en cœur avec Suzanne, une fusée rousse me sauta dessus en me serrant si fort que j’en eus le souffle coupé et trois côtes sûrement fêlées puis me relâcha pour unir sa voix à celle des deux autres.

Je laissais faire, franchement qu’auriez-vous fait à ma place ? Je laissais la tempête se calmer sans tenter de me justifier ni de réagir, une vieille habitude que j’avais prise lors des discours de ma mère. J’étais devenue maître dans le mouvement de tête qui ne voulait rien dire, mais qui pouvait faire croire que j’écoutais. Une fois le pire, pas passé, mais calmé, je pris ma petite voix et leur dis :

– J’avais besoin de calme et je n’étais pas perdue, mais juste chez monsieur Andersen, chez James et si j’ai bien compris dans le seul endroit en ville où vous ne pouviez pas me retrouver. Franchement, je ne suis pas stupide au point de me mettre en danger. J’ai bien compris qu’ici ce n’était pas le coin le plus sûr pour moi. J’en ai marre que vous me preniez pour une idiote finie, mais je peux comprendre que vous vous soyez inquiétées.

Silence, soupirs, yeux au ciel, les miens, la conversation avançait bien. Je lançai sûre de moi.

– Et puis c’était que trois jours et mon patron était au courant de mon absence puisque je squattais chez lui, rien de si terrible. Si vous ne vous calmez pas, je repars en vacances, loin de vous.

Franchement, je voulais bien reconnaître qu’elles avaient dû s’inquiéter, mais dans le coin que pouvait-il se passer en trois jours ?

– On était tous inquiets, ne pas te retrouver…On a imaginé le pire, dit Théa en fermant les yeux.

– J’ai quand même le droit de vivre sans être tout le temps collée à vous !

– Oui, bien sûr, grinça Ada. Mais pas sans, pas si, pas comme ça, au moins donne des nouvelles.

Je haussais les épaules.

– Je suis venue dans cette ville chercher le calme, on ne peut pas dire que c’est ce que j’ai trouvé. Alors un peu de temps pour souffler ne me semble pas être trop demandé.

Là, elles avaient toutes trois l’air gênées.

– Je sais ma petite, finit par dire Suzanne, je sais, ce n’est pas vraiment ce que tu pensais, mais ne crois-tu pas que c’est ce que tu recherchais ?

Mais, elle me prend pour qui elle ? Désolée, mais non, du calme, c’était trop demandé ? Je soupirais, une fois, deux fois et en prenant toujours de grandes inspirations, je les regardais tour à tour.

– Je vous aime toutes les trois. Vous êtes des amies géniales. Je n’en ai jamais eu comme vous. Mais arrêtez de me surprotéger. Qu’à mon arrivée, comme je ne savais rien, vous vous êtes oc­cupées de me rendre la vie facile, je vous en suis reconnaissante que je puisse vivre sans avoir à m’inquiéter des dangers qui pourraient me tomber dessus, avec de la population du coin, c’est fabuleux. Je sais bien que ce n’est qu’à vous que je le dois. Néanmoins, je pense que depuis quelques semaines, vous exagérez et franchement je me sens étouffer. Je n’ai plus dix ans et puis je voulais prendre le temps de…

Je sortis le livre de James de mon sac et le leur montrais, Suzanne pâlit, elle connaissait donc l’existence du livre et son contenu.

– Tu l’as lu ?

– Oui.

– Oh !

Elle ne dit plus rien, vraiment plus rien. Elle regardait par terre, mal à l’aise, mais Théa réagit différemment, un peu comme je l’avais imaginé en fait.

– Cool, alors tu sais, je me demandais quand tu te déciderais, depuis le temps que tu l’as et qu’as-tu pensé de mon histoire ?

Elle était sérieusement curieuse, pas inquiète pour deux sous. Ses yeux verts plantés dans les miens.

– T’en as bavé.

Voilà tout ce que je trouvais à dire à mon tour. Oui, mon amie aussi étrange que dangereuse, en avait bavé. Elle était la seule de son espèce à avoir été bannie, toutes les autres ondines avaient plus ou moins reçu le pardon et continuaient leur vie d’avant, pas elle. Elle avait payé pour les autres. Enfin, elle n’avait pas rien fait, loin de là, elle était si j’en croyais les écrits, la tueuse la plus proli­fique de son espèce. Cependant, lors du traité de paix, elle seule fut sacrifiée en signe de bonne vo­lonté de son clan et se retrouver ici, loin des siens, comme une pestiférée, n’avait pas amélioré son caractère. A son arrivée en ville plusieurs disparitions lui étaient imputées et quelques bagarres plu­tôt sanglantes, mais elle semblait s’être calmée au fil des années et se tenir presque à carreau depuis mon arrivée.

Les autres clans avaient banni plusieurs des leurs comme Suzanne et Judicaël et les cinquante membres de leur meute qui ont été rejoints par quelque centaine d’autres loups au fil des négocia­tions. Donc, personne ici n’est tout blanc ni tout doux. Je m’étais interrogée sur la paix qui régnait malgré tout en ville et je ne voyais pas comment de tels soldats avaient pu se ranger sans souci. Finalement ce n’était pas mon problème. Non, mon problème était plutôt de leur tendance ultra protectrice avec moi. Attention ! Je ne niais absolument pas que j’avais toujours besoin de protection. J’avais déjà bien compris qu’ici je n’étais rien, mais depuis nouvel-an, c’était l’escalade. C’était parti de la petite humaine innocente et soyons honnête, stupide à la petite humaine qui savait, mais que l’on de­vait couver et je n’appréciais pas.

– Pas tant que ça. La voix de Théa coupa mes réflexions. Plus de la solitude que du coin.

Sa voix était douce sans colère, juste des regrets puis elle redevint le feu follet dont j’avais l’habi­tude

– Maintenant qu’on t’a retrouvée, il va falloir discuter d’un léger problème dont je peux me char­ger si tu veux. Mais elles, elle fit un signe de tête vers les louves, ne sont pas vraiment d’accords

– Un problème ?

– Bien des choses se sont passées en trois jours ! Râla Ada.

– Et un nombre impressionnant de messages sont arrivés sur ton téléphone. Un certain Jacques a tenté de te joindre au moins une centaine de fois.

Ok, donc mon ex avait tenté de me joindre, mais était-ce le problème ?

– C’est lui le problème, pourquoi ?

– Il arrive en fin de semaine.

Je grimaçais et je posais la question la plus sensée qui me venait en tête.

– Et ça change quoi ? Il va loger à l’hôtel, donc Mona pourra…

– Le faire repartir, mais pas l’empêcher de te voir, finit Ada.

– Hé bien je le verrais, ça change quoi ? Je m’attendais à voir débarquer mes parents un jour. Vous ne les connaissez pas, mais ça va finir par arriver. Alors que ça commence par lui ou par eux, ce n’est pas la catastrophe. Vous pensiez me cacher ? Pourquoi ? C’est un humain, donc je peux parfaitement gérer. Ce n’est que mon ex pas un dragon qui débarque, autant y faire face et le faire repartir vite fait.

Je trouvais cela même mieux. Je ne ressentais plus rien pour lui depuis longtemps. Non, ce n’est pas vrai, je lui en veux toujours pour la gifle, mais pas au point de laisser Théa régler le problème. L’idée faillit me faire marrer.

– Et non, Théa, dis-je en la fixant, ce n’est pas parce que c’est mon ex que tu dois te croire obligée de le tuer. C’est un connard. Il a eu un geste qu’il n’aurait jamais dû avoir, mais qui ne mérite pas la peine de mort. Et puis vous devriez le remercier, je ne serais jamais arrivée ici sans ça.

Je ne le leur dis pas, mais j’en étais persuadée qu’il venait à la demande de mes parents pour me convaincre d’en finir avec ma crise d’adolescence tardive et revenir à la maison comme la bonne fifille que je de­vrais être selon eux. Il allait être déçu. J’imaginais sans peine les réactions des deux folles qui me servaient d’amie-garde du corps et tueuses à temps partiel, s’il se montrait trop têtu ou qu’il tentait de m’intimider. Voilà, une chose qui avait changé, il ne me faisait plus peur.

– De toute façon, dit celle-ci, Suzanne et Ada ont réfléchi ensemble à une solution et elles pensent que ça te conviendra.

– Une solution à quoi ?

– Pour le faire partir rapidement, dit Suzanne, qu’il comprenne bien qu’il n’est pas le bienvenu, mais nous en parlerons une fois rentrées. Livius vire dingue.

Je fus poussée jusqu’à la voiture d’Ada et je ne reçus aucune réponse à mes questions sur l’humeur de Livius. Je me calais dans mon siège en fronçant les sourcils. Qu’allait-il encore m’arriver ? Que me réserverait ma mini-fugue avec le vampire-colocataire ? Qu’avaient-elles encore inventé ? Pourrais-je, un jour, retrouver le calme que je désirais ?

Le trajet du retour se fit en silence, moi derrière, le front appuyé contre la vitre, Suzanne raide comme la justice sur le siège passager avant, Ada lèvres serrées au volant, Théa nous suivant dans sa voi­ture. On aurait juré que nous nous rendions à l’enterrement d’un ami proche, mais non, nous ren­trions chez moi dans la joie et la bonne humeur.

Mes bonnes résolutions semblaient disparaître avec la distance qui se réduisait entre la ville et mon chez-moi. J’avais la trouille qui remontait, le nœud dans mon estomac en était la preuve. J’avais occulté ce besoin maladif que Livius avait de me protéger et ce que j’avais lu sur lui me le présentait sous un jour plutôt particulier. Je comprenais le pourquoi de ce comportement de papa inquiet. Pourtant, j’avais du mal à associer les deux visions que j’avais de lui, celle du livre et celle du papa-vampire qui vivait avec moi.

Vieux, à ce point-là, je ne me l’étais jamais imaginer. Il était plus vieux que les pyramides et avait dû voir leurs constructions. Conti et lui étaient mésopotamiens. J’avais noté dans un coin de ma tête de contrôler dates et lieux, mais je n’avais pas pris le temps de le faire durant ma retraite. Ce qui m’avait frappé, c’est qu’il avait choisi de vivre ici. Il n’était pas parmi les bannis de son peuple. Pourtant, il avait préféré suivre sa compagne et son ami Conti et ce qui me mettait dans tous mes états et m’inquiétait, étaient les événements qui ont suivi, l’amenant à disparaître.

Sa compagne Carata, assassinée par un clan de vampire rivale, lors de son absence pour un conseil où sa présence, en tant que représentant des vampires du coin était obligatoire. À son retour, il avait retrouvé sa maison en feu et la tête décapitée de sa femme mis bien en vue sur le porche. Sa réaction fut, à mes yeux, terriblement violente. Non seulement, il tua les responsables, mais fit disparaître toutes les lignées ascendantes et descendantes des responsables, soit presque trois cents vampires tués dans cette course à la vengeance. Vengeance comprise et admise par les siens, mais qui avait fait de lui, l’un de vampire les plus meurtriers et l’avait fait entrer dans la légende.

Puis, il avait disparu.

Plus aucun écrit jusqu’à mon arrivée. Le livre n’avait donné aucune explication sur ce retour en « vie ». Juste que ça correspondait, plus ou moins, à mon installation dans la maison et ça me foutait la trouille, parce que le livre n’avait pas levé le voile sur grand-chose pouvant expliquer cette relation étrange qu’il y avait entre nous.

Je me traitais d’idiote, il ne fallait pas que je me laisse aller à paniquer. Je devais me tenir à mes dé­cisions et ne plus subir sans réagir et d’être une idiote d’humaine, certes, mais pas une marionnette, même si pour mes amis les raisons de me protéger semblaient plus que valable et pour moi aussi, si je me montrais honnête.

C’était d’un pas décidé que je poussais la porte et entrais avant de me figer et de faire demi-tour. Voi­là, j’étais une grande fille et je décidais de ne plus me laisser marcher dessus et je ne paniquais pas. Non, du tout, mais alors pas du tout, je ne paniquais pas ! Mais, que foutait tout ce monde chez moi ? C’est donc, avec convictions et fierté que je faisais demi-tour. Ada me chopa par un bras, Théa me poussa sur le ventre pour me faire reculer et Suzanne voyant que je résistais, m’attrapa par l’autre bras pour me faire rentrer. Voilà, c’était donc à moitié soulevée par les deux louves et maintenue par Théa que je rentrais chez moi, en marche arrière, sous le regard étonné des gens qui squattaient mon salon.

Je sentais bien combien on me respectait et combien on respectait mon libre arbitre. Bref, tout est normal. Je n’avais pas déjà dit ça ? Donc je redisais encore une fois tout est normal !

Posée presque de force sur le canapé, la mine boudeuse, je regardais les intrus qui squattaient ma maison, en face de moi se tenait Mona, Livius, Conti, Judicaël, Katherina et Bogdan, le boss d’Ada, et tous me regardaient de travers. Mes bonnes résolutions fondaient comme neige au soleil. Je me ratatinais dans le canapé, oui, je faisais à cet instant vraiment grande fille sûr d’elle et décidée à se faire respecter. On ne se moque pas de moi ! Je voudrais vous y voir. Ada s’assit à côté de moi avec le sourire de travers et Théa se jeta de l’autre côté en rebondissant et me faisant sursauter. Elles se mar­raient.

Bon, voilà, voilà…

– Elle était où ? demanda Mona.

– Chez moi, dit James en passant la porte avec un sourire allant d’une oreille à l’autre.

Tiens man­quait plus que lui. Ils se retournèrent tous et le fixèrent. Il leva les mains en signe de paix devant les regards assassins qui le fixaient.

– Elle avait besoin de s’éloigner un peu de vous, de nous. Vous la traitez comme une enfant. Elle l’est pour vous, mais pour une humaine, elle est adulte, plus une enfant depuis longtemps et elle est capable de prendre ses propres décisions si vous lui donniez toutes les données et pas seulement des bouts arrachés de-ci de-là. Vous avez de la chance qu’elle ait ce caractère. Accepter notre exis­tence, accepter nos secrets, accepter ce besoin de la surprotéger, nous accepter tel que nous sommes, sans demander plus. Il était normal de la laisser un peu souffler loin de nous, franchement vous auriez dû le faire avant et je lui ai fourni les informations nécessaires que vous n’avez pas eus envie de donner.

– Il lui a refilé son bouquin traqueur, se marrait Théa.

Là je dois dire que les têtes en face de moi se tendirent sérieusement, il y eut des grognements et des soupirs.

– Bien, reprit James, on ne va pas en faire une maladie, elle n’est plus une enfant, martela-t-il. Le savoir permet de mieux éviter les problèmes, au lieu de juste les gérer pour elle et de tout lui cacher.

Il avait l’air si calme et tranquille que je regardais plus attentivement autour de moi. Tous les autres semblaient contrariés et tendus. Ce que j’avais appris sur eux me permettait aujourd’hui de voir dans leurs expressions ce qu’ils étaient derrière le masque. Surtout, ça me permettait de me rendre compte que seule Théa assumait totalement et pourtant si quelqu’un avait à se reprocher quelque chose, c’était bien elle. Là, je dois admettre que l’avoir pour amie était une chance, le contraire aurait été une fin rapide pour moi. J’en frissonnais, mais la rouquine me fit un clin d’œil et souriait.

– Ils ont tous l’air super coincé, tu ne trouves pas ?

Je repensais à son imitation de Conti-dracula, me mordis les lèvres pour ne pas rire alors que tous ceux présents tiraient la tronche puis elle rajoutait.

– Et puis sont tous super vieux et super vieux jeu.

Je pouffais devant ses yeux qui pétillaient et craquait définitivement alors qu’elle concluait.

– Je suis plus vieille qu’eux, plus dangereuse et nettement plus dans le coup, moi.

Je me mis à rire franchement. Car oui, elle était plus jeune dans sa tête que moi et plus dangereuse que tous ceux présents. Je l’avais bien compris, mais surtout elle ne se prenait pas au sérieux dès que j’étais dans les parages comme pour me prouver qu’elle ne me voyait pas comme une enfant et que son amitié était des plus vraie. J’aimais ça. Calmée nette, par le regard tueur et furieux de papounet-vampire, je demandais entre mes dents :

– Il est vraiment furieux après moi ?

– Il s’est inquiété, tu vas te faire engueuler, mais ne l’écoute pas, c’est qu’un vieux ronchon.

Bonne description sauf qu’après ce que j’avais appris, je comprenais mieux son inquiétude et je me sentais mal à l’aise. Il ne me restait plus qu’à subir sans rien dire l’engueulade que j’allais me prendre.

– Ils font quoi tous là ?

Continuais-je sans oser regarder qui que ce soit.

– Nous nous sommes invitées à une réunion des huit. Je n’ai jamais réussi à m’y incruster.

– Tu n’y es pas ?

– Je suis sous l’autorité de Mona. Du moins, ils le croient.

Elle me grimaça un sourire et fit semblant d’être super attentive à ce qui se passait autour de nous.

– Je pense que la réunion devrait être reportée puisqu’il n’y a rien à débattre d’important et que la présence de plus que les huit, nuit à la réunion. Fît la voix grave de Katherina

Elle était raide comme une planche et avait repris son inspection du mur derrière moi. James le re­marqua et lui fit la remarque. Elle lui répondit d’un ton encore plus sec

– Elle n’est ni sorcière, ni elfe, ni fée, ni quoi que ce soit de connu. Je sais pourtant qu’elle n’est pas qu’humaine. Mais comme ce n’est pas le but de ce conseil, je ne vois pas pourquoi je devrais la supporter donc je vais m’en aller, si certains souhaitent rester qu’ils le fassent.

Elle fit une mimique qui disait qu’elle ne le voulait pas, c’était parfaitement clair. Elle se leva, fit un geste de tête en direction des autres et sortit suivie par Bogdan et Mona. Et hop, trois de moins en res­tait cinq, loup, sorcier, ondine et vampires, tiens au fait, ils faisaient quoi les deux sangsues debout en pleine journée ?

– Vous ne dormez pas ?

– Les avantages de l’âge, me répondit Conti dans un sourire.

Je le lui rendis, mais la mine sévère de Livius me fit me coller à Théa qui me souffla dans l’oreille.

– Pas de panique. Ada et moi on lui fait sa fête s’il t’attaque.

Ada assura doucement.

– Demande et on se le fait sans souci. J’ai besoin de calmer mon stress, c’est une bonne solution plutôt que de t’égorger.

Théa éclata de rire. Moi, je me sentais super mal à l’aise et cherchais dans le regard de la brunette si oui ou non, elle le pensait. Son regard glacial me fit mal au cœur, puis je vis un éclair qu’elle n’arri­vait pas à retenir, un éclair de moquerie planqué tout au fond, mais bien réel. Impulsivement, je l’embrassais sur la joue en lui demandant pardon de l’avoir inquiété. Elle me prit dans les bras et nous fûmes rejointes par Théa.

Là, si j’étais franche, je me sentais à la maison, en sécurité et heureuse de l’accolade de mes amies. J’étais simplement bien. J’étais à ma place. Ne me demandez par comment ces deux pestes avaient pris tant de place dans mon cœur. Pourtant, je me sentais plus proche d’elles que de mes sœurs et à ce moment précis, je comprenais que jamais je ne partirais d’ici parce que ici, c’est chez moi.

Chapitre 17

Nous étions toujours toutes les trois enlacées quand une main se posa sur ma joue. Je levais la tête et croisais des yeux noirs qui me disaient à quel point leur propriétaire s’était inquiété, mais qui me disaient aussi que j’allais le payer.

– Si vous pouviez stopper les effusions, nous devons parler de ce Jacques.

Suzanne s’en mêlait. Je me tournais vers elle d’un coup en lâchant mes amies. La main qui était sur ma joue se retrouva sur ma nuque et la pression que je sentais n’indiquait rien de bon.

– C’est quoi votre problème avec lui, il vient, il me voit, me dit ce qu’il a à me dire et il s’en va.

Ok, Jacques venait me voir et ? Franchement, j’étais étonnée qu’il ne soit pas déjà venu et que ma famille et lui m’avaient laissé aussi longtemps tranquille. Ça devait finir par arriver. Les premiers moins, je pensais les voir débarquer tous les jours. Avec le temps, je m’étais dit qu’ils s’étaient fait une raison et comme ma mère avait cessé de me parler de Jacques, je m’étais imaginée qu’il avait trouvé une autre gentille petite femme. Ce n’était pas le cas, il venait pour me récupérer. C’était dans son ca­ractère, mais je ne céderais pas. Je ne l’aimais plus et je n’avais aucune raison de retourner en Europe. Sa visite méritait un tel branle-bas de combat ? Nope, pas de mon point de vue.

– Tu es certaine que ce sera aussi simple ? Me demandait Suzanne, l’air préoccupée.

– Ben oui.

– Tu ne penses pas qu’il va s’incruster ou…

Je compris alors une partie du problème.

– Je ne partirai pas. Je n’en ai aucune envie et de plus, je ne ressens plus rien pour lui.

Voilà, c’était clairement annoncé.

– Mais s’il fait le voyage pour te voir.

C’était au tour d’Ada d’avoir l’air mal à l’aise.

– Et quand bien même, la coupais-je. Il restera chez Mona, ici, c’est complet. Après m’avoir vu, il repartira.

– On s’était dit que si tu n’étais plus célibataire ça aiderait, continua Ada.

Je prenais le temps d’y réfléchir. Oui, ça aiderait à le faire partir plus vite et ça calmerait aussi mes parents qui n’auraient plus de raison de me demander pourquoi je me plaisais plus ici que chez eux. Je ne pouvais pas leur répondre que je me sentais plus aimée par ces étrangers qui m’entouraient que par ma propre famille donc je ne répondais jamais. Je ne pensais que cela serait bien pris.

Je les regardais ces étran­gers, je les regardais vraiment. Suzanne qui se comportait comme une mère pour moi. Judicaël, bourru, mais toujours présent. James qui m’avait offert un travail. Conti qui, Conti qui rien en fait, Livius à la fois papa, protecteur et ami aux sentiments si complexes, Ada et Théa, mes inséparables amies, sœurs de cœur qui comptaient au­jourd’hui plus que personne d’autre n’avait jamais compté. J’avais déjà compris que je ne partirai jamais d’ici, mais à cet instant, mon cœur fut rempli d’amour et me fit presque mal, tellement je les aimais ces étrangers bi­zarres et dangereux.

– Ça aidera, mais de toute façon, je ne partirai pas. Je suis heureuse ici.

J’avais failli dire avec ma nouvelle famille, car c’est ce qu’ils devenaient, ma famille.

Quelque chose se passa, je pus voir dans les regards qu’ils avaient sentis ou compris ce que je ve­nais de comprendre. Suzanne se mit à pleurer doucement sans bruit. Judicaël lui passait la main dans le dos en se grattant la gorge. James souriait en me regardant. Théa pleurait comme une fon­taine sur mon épaule, imitée par Ada dans mon dos. Conti fronçait les sourcils sans bien com­prendre quant à Livius, lui c’était figé les yeux brillants sans rien dire ni laisser plus transparaître. Je craquais et me mit à pleurer aussi, de bonheur.

– Il se passe quoi ici ? Demanda un Conti complètement ébahi.

– Rien, grogna Judicaël, juste une petite mise au point qui était nécessaire pour certaines.

Il se racla la gorge et repris.

– Nous nous étions dit qu’avoir un petit ami ici permettrait à ce type de ne pas traîner. Francis, c’est proposé, mais nous ne nous sommes pas encore mis d’accord et finalement, c’est à toi de déci­der.

– C’est urgent ? reniflais-je. Il arrive quand ?

– Il arrive demain et Ada est censé aller le récupérer à l’aéroport.

– Pourquoi Ada ?

Je me tournais vers elle.

– Comme pour toi, service de l’agence de voyage pour ceux qui débarquent en ville. Comme tu ne répondais pas à ses appels, je lui ai dit que tu étais partie en rando avec mon boss et que le téléphone ne passait pas en forêt.

Je hochais de la tête et j’allais assurer que Francis m’allait bien quand Théa l’ouvrit.

– Je ne suis pas pour Francis. Il y a déjà un homme qui vit ici et si l’on part du principe qu’il y a trois chambres dont deux sont occupées par Ada et moi, que Livius dorme dans celle de Sophie au lieu de dormir à la cave, donnerait plus l’impression qu’ils sont en couple que Francis qui a un chez-lui en ville. De plus, ses affaires traînent déjà dans tous les coins.

D’un geste elle indiquait les livres, le fauteuil et la pipe qui traînaient toujours au salon puis de son autre main elle montrait le manteau et les chaussures qui étaient rangés dans l’entrée.

– Rien à changer, juste le dodo.

Avant même que je puisse répondre un mais non, ça va pas la tête ? Parce que oui, ma relation avec ce truc plein de dents n’était pas claire, mais alors pas clair du tout. De plus presque deux ans de célibat ne me permettait pas d’éviter à le trouver totalement comestible et craquant. Oui, bon là d’accord, c’était petit, mais ce n’était qu’une vengeance mentale au poulet fermier. Je ne tenais pas à dormir avec quelqu’un qui m’avait bien pré­cisé qu’il avait envie de me goûter et je n’étais franchement pas attirée par l’idée. Je ne pus rien dire du tout, car ça causait de tous les côtés sur le bien-fondé de la réflexion de Théa seul Conti n’y participait pas. Lui regardait alternativement Livius et moi, et lâcha surpris :

– Vous n’avez pas encore couché ensemble ?

Sa remarque fit un effet bœuf, plus personne ne parlait et tous nous regardaient. Youpi, c’était ma fête.

– Nous sommes amis, dis-je de la pire voix de fausset que j’avais en répertoire. Lorsque je m’en­tendis je complétais vite fait. Il me traite comme sa fille !

Voilà, je n’avais rien de plus à dire. Je me retournais vers Livius pour qu’il confirme. Il ne le fit pas.

– Je déménagerais quelques jours dans ta chambre. Quelles excuses pour mes absences en jour­née ?

– Ton travail, tu bosses, tu rentres tard et tu profites de ta chérie et de ses dingues d’amies, très humain comme comportement.

Théa avait lancé ça comme si tout était normal et tout le monde en conclu que c’était la meilleure solution. Mais non, je suis pas d’accord moi. Je peux dire que je ne suis pas d’accord ? Mon regard tomba sur Conti et je me mordis les joues pour ne rien dire. Quelque chose dans le regard qu’il posait sur Livius me retint de me plaindre. Bon, me voilà en couple avec, avec… lui !

Qu’avais-je dit sur le fait de m’imposer et de ne plus me laisser traiter en petite fille ? Je suis nulle.

Comme ma situation de couple avait été réglée au mieux d’après les personnes présentes, il m’avait fallu expliquer mes trois jours de retraite, puis leur promettre que rien de ce que j’avais lu ne m’avait décidé à les haïr ou à en avoir trop peur pour les considérer comme mes amis. Il me fallut ensuite écou­ter sans broncher pour la millième fois leurs reproches. Si Conti nous quitta à la nuit tombante, les trois autres insistèrent pour rester et préparer encore l’arrivée de mon ex.

Après un repas copieux cuisiné par Suzanne et avalé en partie par Ada, une bonne dose de reproche et de commentaires sur mon caractère, les comploteurs se décidèrent à rentrer chez eux, me laissant avec Ada, Théa et Livius.

Alors que je m’attendais à finir la soirée en blablas, reproches et cancans, Ada et Théa dans un duo parfait se mirent à bailler et annoncèrent qu’elles allaient se coucher. Mouais, ça ressemblait plutôt à une fuite en règle ou à un piège, plutôt un piège d’ailleurs. Voilà, je me retrouvais seule avec celui qui jouerait au petit ami dès demain soir, mais qui pour le moment ne disait rien, le nez dans un bou­quin.

Je le regardais attentivement me demandant comment nous pourrions avoir l’air d’un couple heu­reux puis mes pensées dérivèrent et je pâlis. Non, je ne pensais pas à lui, enfin pas en tant qu’amant, mais plutôt à ce qui arriverait si, un jour, je ramènerai un ami dans mon lit. Je me voyais lui dire : ne fait pas de bruit papounet est réveillé, il ne faut pas qu’il te voie. Je m’imaginais dire : allons plutôt chez toi, même si ce chez toi était une chambre humide au fond d’une cave. Je pouffais puis me fi­geais en réalisant qu’entre mes trois colocataires, il n’y aurait jamais de place pour un homme dans mon lit. Comment en trouver un qui convienne ? Comment leur dire : celui-là je me le fais alors laisser le tranquille. Déjà comment leur dire : au fait les amis, j’ai des envies et j’ai décidé de draguer truc ou machin. Aucun homme, loup ou quoi que ce soit de masculin vivant ou non ne ferait l’af­faire pire qu’avec mes parents. J’étais atterrée. Je réalisais que protégée comme je l’étais, trouver un volontaire pour me courti­ser tirait sur l’impossible. Personne n’oserait me draguer ouvertement avec ces trois-là. Et leur espérance de vie dépassant de beaucoup la mienne, ils seront toujours là à surveiller qui m’approchait. Je me sentis complètement fichue.

Ça me tombait dessus d’un coup, j’allais finir vieille fille, pas le choix. Mais non, je ne suis pas accro au sexe, mais quand même j’aime bien et même beaucoup. Faudrait-il que je fasse collection de jouets ? Je réalisais que parti comme c’était, j’allais respecter la tradition familiale et finir bonne sœur comme tante Annette.

Boum, je me figeais quand la réalité me frappa, j’allais finir nonne.

Livius du sentir quelque chose, car il tourna la tête vers moi, il me regardait attentivement, très at­tentivement. Je virais au rouge cramoisi après un long moment, il se leva et me dit :

– Je m’occuperai de mettre certaines de mes affaires dans ta chambre, comment souhaites-tu que je me comporte avec toi durant la visite de cet humain ?

Mince, je m’attendais à me faire sermonner au minimum. Non je m’attendais à me faire engueuler comme un poisson pourri pour ma fugue et l’inquiétude que je leur avais fait ressentir. En revanche, je ne m’attendais pas à cette froideur et à ce détachement poli. Oups, il devait être nettement plus furieux contre moi que tout ce que j’avais pu imaginer. Gloups, j’allais prendre cher une fois le cas Jacques réglé.

Reprends-toi, Sophie et pense à respirer ce serait bien. Remets en action les neurones qui ne sont pas partis se planquer dans tes talons. Oui, oui, les trois courageux qui restent vaille que vaille. D’accord ils ne sont pas les plus doués, mais les plus courageux, donc fait les bosser. Comportement avec moi, oui donc, je voulais quoi ?

– Jacques était dominateur avec moi, il décidait de tout et finalement, je me sentais comme une jolie plante verte. Un rire m’échappa. Un peu comme vous le faites tous ici, même si les raisons sont plus, enfin moins égoïst.

– Donc l’opposé ?

– Non, je l’interrompais net, un homme possessif et jaloux qui montre que je lui appartiens et qu’il ne me lâchera pas. C’est ce qu’il est capable de comprendre et se retrouver en face de quel­qu’un qui parle son langage devrait le convaincre que c’est vrai et pas de la comédie. Je ne pense pas qu’il puisse prendre au sérieux une relation d’égal à égal. Je haussais les épaules, désabusée. Donc ne change rien à ta manière d’être, rajoute juste des contacts physiques.

J’en frissonnais, ben oui, je ne suis pas nonne, enfin pas encore et le vampire qui partage ma vie, depuis presque deux ans est sexy, rien à jeter. Même si notre relation n’est pas claire, oscillant entre protecteur, ami et, et quoi d’autre en fait ? Il me désire, j’en ai eu la preuve, enfin il a envie de planter ses dents dans ma gorge, il me l’a dit. Son comportement avec moi n’est pas sain, j’en ai conscience, mais là, l’imaginer en chéri collant et amoureux me file des frissons de peur. Comment vais-je réagir ? Comment vais-je réussir à ne pas montrer à quel point il me met mal à l’aise. Mais, merde dans quoi me suis-je encore fourrée. Je fermais les yeux me frottant l’arrête du nez d’un geste nerveux.

– Bien, je serais donc possessif et jaloux.

Et, il disparut dans sa cave sans rien ajouter. Je montais me coucher avec la peur au ventre, en pen­sant aux jours à venir. Demain, je ferai face à mon ex avec à mes côtés mes amies et mon chéri, à mourir de rire. Or, je dormis comme un bébé, à croire que plus rien n’arrivait à me stresser au point de ne pas dormir. Je sentais que la journée à venir serait rude, elle était passée où la grande fille qui prend ses décisions toute seule ? Pouf ! Disparue !

Chapitre 18

C’est Ada qui me réveilla en sautant sur mon lit avec des cris stridents. J’ouvrais un œil puis le deuxième. Inutile de râler ou de tenter de rester au fond du lit, pas avec l’autre dingue qui voulait me lever. Je m’étirais, la regardais de travers, soupirais et me levais et je me rappelais que mon ex allait débarquer aujourd’hui.

– Bonjour Ada, pourquoi ce réveil en douceur ? demandais-je, ironique.

– Ton humain arrive dans deux heures.

Moi, qui pensais qu’il n’arriverait que ce soir… Donc elle avait raison, il fallait que je me bouge et vite. Sauf que je buguais.

Dans ma chambre se trouvait désormais un valet en bois recouvert de vête­ment d’homme, sur la deuxième table de nuit, un livre posé ouvert à l’envers. Il avait poussé le dé­tail jusqu’à mettre une robe de chambre sur le côté du lit comme abandonnée là, à la hâte et je n’avais rien entendu. J’ouvrais mon armoire pour y trouver mes vêtements poussés sur un côté et les siens de l’autre. Je saisissais ra­pidement un pantalon et une chemise sans même regarder ce que je prenais puis, je me tournais vers la commode et me figeais un instant. Il n’avait pas osé ? Je tendis une main tremblante et ouvris le pre­mier tiroir, celui où se trouvaient mes sous-vêtements. Mes culottes côtoyaient désormais des boxers noirs, le tout rangés avec soin. Il avait osé. Je fermais les paupières mes joues virèrent au rouge sou­tenu. Il avait osé ! C’est Ada qui me sortit de ma torpeur.

– Waw, il a poussé le détail, c’est cool, personne ne pourrait douter que vous viviez bien ensemble.

– Nous vivons ensemble depuis mon arrivée et je ne pense pas qu’il fallait pousser le détail aussi loin. Je n’ai pas prévu d’ouvrir ma porte à Jacques. Je dois le voir à l’hôtel. Je ne comprends pas pourquoi vous tenez tant à faire autant de mis en scène, dis-je dans un souffle.

– Oui, mais là, elle fit le tour de la chambre d’un geste, franchement vous êtes amants. On ne sait pas ce qui va arriver alors c’est une bonne chose que tout soit prévu, tu ne penses pas ?

– Je sais, oui, c’est bien.

– Je file, Théa ne va pas tarder et je dois aller chercher ton Jacques.

Je saisis ce qu’il me fallait dans le tiroir et filait à la salle de bain, sans lui répondre, noyer mes pensées sous la douche.

Bien plus tard, dans la voiture de Théa, je balisais comme une malade et pour une fois pas de la conduite de mon amie, alors que mon chauffeur volu­bile parlait pour me changer les idées. Pourtant, rien n’y faisait, je paniquais quand le téléphone de Théa interrompit son flot de paroles.

Vous ai-je dit que si je me trimbalais dans un quatre-quatre d’une bonne centaine d’années, Théa avait comme voiture, une petite citadine flambant neuve et remplie de gadgets, de la caméra de recul au parcage assisté en passant par tout ce qui pou­vait être connecté ? C’était donc un haut-parleur qui parlait avec la voix d’une Ada stressée.

– Théa prévient tout le monde le pilote à envoyer un message à Bogdan, l’ex de Sophie ne semble pas être humain.

Théa me fixait d’un air aussi étonné que le mien.

– Je vais le récupérer et je te tiens au courant dès que je me suis fait une idée sur ce qu’il est.

Théa ne répondit rien, pas plus que moi et le bip de fin de conversation emplissait l’air autour de nous. Puis un autre bip bien plus fort et agaçant se fit entendre et nous n’avons dû qu’aux réflexes de Théa de ne pas nous retrouver encastrées dans un arbre.

Elle stoppa la voiture, souffla un bon coup et me regarda en coin. Elle abordait un air si sérieux que je me troublais encore plus qu’à la ré­vélation sur mon ex. Ce n’était pas habituel, puis des éclairs traversèrent ses yeux verts et ses lèvres fremissèrent avant qu’elle ne me balança un :

– Normal quoi, avec Sophie, il ne pouvait pas en être autrement. Tu t’es tapé quoi ? Un troll ? Et, elle s’écroula de rire.

– T’es pas drôle.

Je râlais.

– Excuse-moi, il ne peut pas être un troll trop moche et tu as bon goût. Remarque on a l’embarras du choix. En Europe, il y a presque toutes les races qui sont représentées. Reste plus qu’à espérer que ton ex n’est pas un dragon, c’est pas évident de les noyer.

Elle remit en marche la voiture, en me laissant sur le cul. Oui, je ne voyais pas comment expliquer ce que je ressentais autrement que j’étais sur le cul. Ko, soufflée et super angoissée, assise à côté d’une andouille qui se marrait et qui m’amenait en ville pour jouer l’ex en couple avec Li­vius et heureuse de vivre sa nouvelle vie.Si ma nouvelle vie me rendait effectivement heureuse, le rôle de petite amie du vampire pas cool qui vivait chez moi, moyennement.

De plus, ma cervelle tournait comme une hélice pour tenter de trouver ce que Jacques pouvait bien être. Un dragon ? Nope enfin, le seul que je connaissais était plutôt zen et tranquille, mais le sont-ils tous ? Un loup ? Il était possessif et dominant comme la plupart de ceux que j’avais rencontré. Ce serait possible sauf que ceux d’ici étaient très proche les uns des autres alors que mon ex ne voyait sa famille qu’à chaque tremblement de terre. Un sorcier ? Non, il aurait utili­sé ses dons pour m’empêcher de partir. Un Elfe ? Mmm, non même les noirs, qui étaient ici, étaient proches de la nature ce qui n’était pas le cas de mon ex.

Ma cervelle tournait et retournait tout ce que j’avais appris depuis mon arrivée et n’arrivais pas à trouver assez de point commun entre les races que je connaissais et le comportement de Jacques, si ce n’est qu’il était proche du vampire bipolaire qui partageait ma vie.

Le trajet passa trop, beaucoup trop vite et l’attente dans le grand salon de l’hôtel vira à la panique. Attendre sans savoir, me rendait petit à petit dingue et le calme de Théa avait tout pour m’inquiéter. Mona me fit boire une tonne de tisane de sa conception, censées me clamer qui n’eurent comme seul ef­fet que de me faire courir aux toilettes une centaine de fois, une manière comme une autre de patienter.

Lorsque la voiture d’Ada stoppa devant l’hôtel, Mona me prit par le bras pour me tirer dans la cui­sine avec Théa. Elles avaient décidé, durant une de mes absences toilette, de ne pas me montrer avant de savoir ce qu’était l’homme dont j’avais partagé la vie pendant des années.

Elle nous y laissa et se précipita vers la réception. Est-ce parce qu’aujourd’hui je savais ce qu’elle était ou que je faisais plus attention à ce qui se passait, mais je jure avoir senti comme un courant d’air chaud m’envelopper. Je restais figée à côté de Théa qui me tenait la main. Je balisais. Rien ne se passait, pas un bruit ne nous parvenait et je faillis mourir d’une crise cardiaque quand la porte de la cuisine s’ouvrit d’un coup sur une Ada stressée.

– Un Bersek, furent les seuls mots qu’elle prononça.

À la mine de Théa, la nouvelle n’était pas bonne, elle grimaça.

– Mince, un guerrier ours, pas facile à tuer, mais c’est possible. Tu veux vraiment lui parler, ils ne sont pas franchement tendres et compréhensifs.

Voilà, c’était ma Théa, ne pas s’embarrasser de détails et aller droit au but, parce que franchement quelle perte de temps que de parler et réfléchir, j’en souris. Je la pris dans les bras et attrapais Ada d’une main pour l’attirer avec nous. Entre mes deux amies rien ne pouvait m’arriver. Mona nous rejoint en grommelant que l’autre abruti était dans sa chambre et qu’elle lui avait dit que j’allais ar­river pour le voir puis elle roula des yeux en soupirant.

– Un crétin de Bersek.

– Je vous rappelle à toutes les trois que je ne connaissais rien à rien avant d’arriver ici. Puis je fixais Ada. Je dois savoir quoi sur cette race ? Je n’en connais aucun ici.

Théa commença.

– Tu parles normal, ce sont de guerriers ours. La seule concession qu’ils ont faite lors des traités de paix, c’est de rester dans le nord de l’Europe en dehors des autres races et des humains. Ton Jacques n’a pas respecté le trai­té en se liant à une humaine. Il ne va pas être facile à convaincre, crois-moi. C’est une des races les plus têtues que je connaisse.

Ada lui fit signe de se taire et me répondit tout en consultant Mona du regard.

– Les Berseks ou guerrier ours sont originaires du nord de l’Europe. Les légendes disent qu’ils sont capables de prendre l’apparence et la force d’un ours lors du combat et que c’est eux qui ont mené les vikings à travers leurs invasions. Ils ont un caractère difficile et sont prêts à combattre pour tout et n’importe quoi. Durant la guerre, ils se sont contentés de tuer toutes les autres espèces présentent sur leurs territoires sans distinction. Comme a dit Théa, il était plus simple de les lais­ser en place puisque la seule chose qui les intéressait était de garder leurs terres. Il ne va pas ac­cepter de te laisser sans se battre, parce que pour lui, tu lui appartiens. C’est une chance que tu laisses Livius se faire passer pour ton compagnon. Francis n’aurait eu aucune chance de gagner s’ils avaient décidé de se battre pour ta possession. Ce qui n’aurait pas manqué avec un loup, mais Livius devrait pouvoir éviter ça.

Je blê­mis.

– Comment ça pour ma possession, c’est quoi ces âneries ?

– Je te l’ai déjà dit. Ils sont vieux jeu, bloqués dans le passé et complètement dépassés. Le mâle possède la femelle et voilou. Tu crois que je préfère imaginer comment le tuer plutôt que de ré­fléchir à comment le convaincre de te laisser, pourquoi ? Il n’acceptera pas de te laisser. Je pense qu’il s’est amusé en ton absence et que son amusement du moment ne lui suffit plus, surtout s’il ressent pour toi ce que nous avons senti. Il t’a laissé du temps, probablement pour donner l’apparence de remords envers ta famille et il vient reprendre ce qui lui appartient.

Voilà Théa haussant les épaules et à son regard, elle réfléchissait réellement à comment tuer mon ex et moi, j’appréhendais enfin la réalité de la situation

– Il est aussi dangereux que ça ? Tu penses vraiment qu’il pourrait tuer un loup ?

– Oui, ils sont dangereux, mais pour abattre Livius, il en faudrait plus.

Théa acquiesça et Ada termina par :

– Au pire, elle s’en chargera.

– Oui, avec plaisir.

Elle sourit de toutes ses dents la petite rouquine et à cet instant, elle avait l’air de ce que j’avais appris sur elle, dangereuse et mortelle. Du coup, je ne savais plus pour quelle raison je frissonnais, Jacques ou Livius ou Théa, ils me faisaient tous peur finalement.

Je pris le temps de me préparer mentalement à ma rencontre avec Jacques. Théa resterait avec moi. Ada avait réveillé Livius et ils avaient décidé qu’il devait se pointer à l’hôtel lui aussi, chouette, réunion de famille. Une fois que je ne tremblais plus, même si j’avais toujours peur, ma volonté reprenant le dessus, je m’accrochais à Théa et d’un pas hésitant, j’avançais en direction du salon enfonçant mes ongles dans le bras de Théa qui ne me lâchait pas.

Je le vis. Il était debout dans le salon et regardait le lac par la fenêtre. Superbe comme dans mon souvenir, il était blond, grand et d’une musculature qui m’avait toujours impressionnée. Vous savez les tablettes de chocolat dont on rêve un peu toutes, lui, il les avait. J’avais un pincement au cœur en songeant qu’il m’avait menti sur ce qu’il était tout ce temps, moi qui pensais qu’il avait juste mauvais caractère. Il tourna la tête vers moi et je vis, oh un minuscule instant, ce qu’il était, un guerrier venu pour vaincre. Il s’avança vers moi, les bras grands ouverts, un sourire éblouissant sur les lèvres. Théa s’interposa d’un coup et c’est elle qui lança la discus­sion.

– Recule, Bersek !

Il s’arrêta, baissa les bras et la regarda attentivement avant de cracher dédaigneusement.

– Une ondine.

– Pas une, je suis LA Théodora.

Dit comme ça avec cette voix emplie de pouvoir et de confiance ce simple prénom sonnait comme un avertissement, ce qu’il était. La Théadora, une ondine puissante et incroyablement sauvage, enfin, c’était avant Théa. Il le prit pour ce que c’était puisqu’il recula d’un pas en plissant les yeux.

– Je vois que tu as un garde du corps, me siffla-t-il.

– Non, j’ai une amie.

Ma voix n’avait pas tremblé et Théa, sous mon commentaire, était encore plus fière que la se­conde d’avant. Jacques avait le regard troublé et pas franchement convaincu. L’air était glacial et je me disais que la conversation que je souhaitais, n’aurait jamais lieu alors que la confrontation que vou­lait Théa, semblait bien partie pour avoir lieu, elle.

– Je vois que tu es bien entourée. Je ne me doutais pas qu’en t’installant ici avec tous ces renégats, tu apprendrais la vérité, je les pensais plus intelligents et prudents. Ça ne change rien, je suis venu te récupérer.

Voilà, il ne faisait même plus semblant d’être poli ou vaguement humain. Il me faisait penser à Da­vid et mon estomac se serra. Ma petite voix, tiens qui revoilà, me soufflait de lever la tête et de ne rien montrer de ma peur. Oui, super facile à faire alors que tout ce que je voulais, c’était dis­paraître dans le plus petit trou de souris, si possible de l’autre côté du monde. Je n’avais pas trop le choix, je devais faire face. Après un instant de réflexion, je calquais mon comportement sur celui de Théa, en bien moins impressionnant.

– Je ne t’appartiens pas. Je ne t’ai jamais appartenu et si je devais appartenir à quelqu’un, ce ne serait pas à toi, mais à celui que j’ai choisi.

Ma voix tremblait un peu, mais restait ferme, ouf. Je me concentrais pour ne pas laisser mes mains trembler et surtout pour ne pas faire demi-tour pour m’enfuir. Ce que tout mon corps rêvait de faire. Je le regardais, ses yeux bleus n’avaient plus rien de ceux que j’avais tant vu et admiré alors que nous étions en couple, plus de douceur en eux, mais de la dureté et de la fureur. Il était le même homme, mais je voyais des diffé­rences subtiles comme pour les habitants du coin. Savoir leur vraie nature me permettait de la distin­guer en dessous des traits humains. Je n’étais pas sûre que ce soit un avantage à ce moment.

Il me détaillait de la tête au pied. Il me jaugeait et je voyais parfaitement bien dans sa manière de me regarder que pour lui l’affaire était déjà réglée. Il ne me laisserait pas ici et pour lui, j’étais déjà dans l’avion du retour à ses côtés.

Non, je ne paniquais pas, c’était bien pire. C’est alors que ma pe­tite voix me souffla que je devais mettre mon collier en avant. Il me fallut un moment pour me souve­nir que le petit hibou qui vivait sur ma peau était l’emblème de Livius et montrait aux autres vam­pires que je lui appartenais, enverrait-il le même message à Jacques ? La seule manière de faire qui me vint en tête, fut de jouer avec. Ça marcha au-delà de mes espérances. Les yeux de Jacques s’y ac­crochèrent, ses sourcils se froncèrent et il grogna, toujours furieux.

– Vampire, qui ?

Puis, il me regarda bien en face avec un rictus en ajoutant.

– Aucun mâle ne pourra t’éloigner de moi. Pas plus que la mort liquide dont tu te prétends l’amie.

Les mots froids tombaient entre nous. Je m’attendais presque à entendre un boum ou deux lorsqu’ils toucheraient le sol mais, non, rien ne se produisit. Je campais sur ma position, le menton levé. Du coin de l’œil, je remarquais que Théa flottait à quelques centimètres du sol. Si mes souvenirs étaient bons, c’était le signe qu’elle se préparait à se battre. Je maintenais le regard de cet homme que j’avais profondément aimé et qui devant moi n’était plus qu’un étranger. Je refusais de me montrer plus faible que je ne l’étais. Aujourd’hui, ni lui, ni moi n’étions les mêmes, je savais et lui se montrait sous son vrai jour.

– Je ne prétends pas qu’elle est mon amie, elle l’est tout simplement. Pour être bien précise, elle vit avec moi ainsi que mon autre amie Ada qui t’as conduit jusqu’ici. Comme tu t’en doutes, c’est une louve rouge. Tu vois, ma vie ici me convient. Je ne partirai pas, jamais, et encore moins avec toi.

Pas mal du tout, ma Sophie, clair et net et sans trembler, t’es une championne ma grande, mais pense à respirer ce serait mieux, me susurra la petite voix. Plus qu’à porter le dernier coup. vas-y ma grande ne le loupe pas.

– Tu as perdu tout droit sur moi en me giflant et aujourd’hui je ne suis plus cette gamine qui t’adorait. Maintenant je te laisse le choix, tu t’en vas sans faire d’histoire ou mon mâle comme tu dis et mes amies t’y aideront.

Respire idiote ! Je soufflais, fière de moi.

Il s’avança alors avec une vitesse incroyable et voulu me saisir le poignet, mais j’avais reculé d’un pas et Théa était déjà placée entre nous.

– Tu vas arrêter tes conneries. Tes parents sont d’accord. Tu vas renter avec moi et faire ce qui était prévu, m’épouser. Je ne te laisse pas le choix. Tu n’as pas ton mot à dire. Tes parents et moi avons déjà tout prévu, cesse de faire la gamine.

Sa voix grondait de rage et je savais que l’argument de mes parents était vrai. Ils devaient m’avoir déjà marié avec lui et prévu une flopée de petits-enfants, mais je n’étais plus celle d’avant. Je voyais dans ses yeux ce qu’il pensait vraiment et je savais qu’il allait me tuer si je persistais à lui te­nir tête. Bon ben, je persistais.

– Non.

J’avoue, ce simple mot lancé au visage furieux de mon ex, me demanda bien plus de courage que traverser le monde pour finir ici m’en avais demandé. Je serrais les poings pour me rassurer, je me labourais la paume avec mes ongles sans m’en rendre compte mais, au moins, j’arrivais à dévier mon esprit de la monumentale trouille qui envahissait toutes mes cellules et qui n’allait pas tarder à me paralyser. Il le sa­vait, il le sentait, j’en étais sûr.

Chapitre 19

Je me sentais de plus en plus tendue et je ne voyais pas comment je pourrais raisonner Jacques.

Bonjour, lança la voix faussement joyeuse d’Ada.

Je sursautais, mon cœur manqua plusieurs battements, elle faillit me faire mourir de peur, mais je n’osais pas lâcher Jacques des yeux, car lui aussi me fixait sans ciller.

Ce n’est pas avant de sentir une main se poser sur ma taille et des lèvres effleurer mon cou que je me rappelais qu’elle avait été le chercher, sa main se posa à plat sur mon ventre pour me faire reculer, juste assez pour que je sente son corps se coller au mien. Les lèvres dans mon cou laissèrent passer ses dents et il érafla ma peau. Je le sentais sourire et je vis un chan­gement dans le regard de mon ex. Livius me tenait encore plus serré contre lui. Son autre main remontait doucement le long de mon bras et son souffle sur ma nuque me faisait frisonner. Tout mon corps se détendit et je penchais la tête en arrière contre son épaule. J’étais sauvée. Je laissais échapper un soupir de soulagement et lorsque sa main quitta mon bras pour venir saisir ma gorge, je le laissais faire en fermant les yeux.

– Si tu pouvais gémir, ce serait encore plus convaincant, me souffla Livius au creux de l’oreille.

Je gémissais alors qu’il glissait sa langue le long de ma gorge. Pas parce qu’il me l’avait demandé, mais bien parce que la sensation de son corps contre le mien et celle de sa langue sur ma peau me faisait réagir. Je n’avais pas encore signé pour devenir nonne, je vous signale, pas encore et ce que mon corps me renvoyait en sensations, me prouvait clairement que je ne signerai jamais. Du coup mon gémissement n’avait rien de forcé ni de faux, mais plutôt tout de celui de plaisir que seul un amant devrait entendre. On accusera l’adrénaline…

J’entendis gronder de deux manières différentes, une, était de désir, l’autre de colère. Je ne voulais pas ouvrir les yeux. Je n’avais nulle envie de voir qui d’autre était dans la pièce. Je voulais rester seule dans ma bulle avec Livius mais le grognement de colère se transforma en fureur et m’obligea à re­venir sur terre.

– Vous avez un problème ? Demanda Livius d’une voix calme.

Et amusée ? Oui, il trouvait cela drôle, il me lâcha, me retourna et m’embrassa. Il m’embrassait et merde! Il embrassait terriblement bien et je le laissais faire, pire, je participais. J’étais fichue. Comment retrouver une relation normale, enfin normal pour nous, après ça ? Quoique le seul et unique neurone qui restait en état de réfléchir avait décidé que finalement, on s’en fou de l’après. Il m’engageait à profiter, à fond, du moment présent. J’en profitais donc passant mes doigts dans ses cheveux et en collant le moindre centimètre de mon corps au sien. Le gémis­sement qui s’échappa alors de mes lèvres n’exprimait rien de moins que l’envie que j’avais ignoré depuis plus d’un an. J’oubliais où j’étais, j’oubliais qui était présent, je goûtais avec gourmandise tout ce que Livius m’offrait. C’est lorsque l’une de mes jambes se leva pour s’accrocher à lui qu’il me relâcha, bien trop vite à mon goût et m’ordonna, oui, ordonna !

– Reste à côté d’Ada ! Je dois discuter avec cette chose.

Il me repoussa. Mon esprit se cracha par terre et mon corps obéit automatiquement. Je rejoins Ada qui regardait attentivement le plafond en souriant. J’étais tellement à côté de la plaque que je lançais un regard au plafond pour comprendre ce qu’elle regardait, avant que ma petite voix se fiche royalement de ma gueule et que je tilte sur le pourquoi du comment. En deux secondes, mes joues se transformèrent en phares rouges et brûlants et je me liquéfiais de honte. La meilleure preuve qu’elle était mon amie, fut qu’elle ne fit aucun commentaire sur ce qui venait de se passer, rien de rien.

Le combat de coq qui se passait au fond de la pièce, me rendit mes esprits. Livius se tenait en face de Jacques et se présentait tranquillement, sans élever la voix et sans avoir l’air impressionné ou mal à l’aise, bien au contraire. Il ne tendit pas sa main, mais se plaça à quelque centimètre de Jacques qui ne bougeait plus et ce qui m’étonnait le plus c’était que son regard avait passé d’arrogant à mal à l’aise, je voyais presque de la peur. Ada retrouvant la parole me disait :

– Il était impossible que ton ex ne connaisse pas Livius de réputation même s’il n’a pas reconnu le symbole à ton cou et n’a pas vu tout de suite qui t’embrassait. Il ne peut plus ignorer qui lui fait face. Théa sera déçue de ne pas pouvoir le tuer, mais je ne pense pas que ce mec s’en sorte sans problème. Livius tient trop à toi.

Je regardais Théa du coin de l’œil, elle avait vu mon regard et venait vers nous. Elle avait une mine boudeuse, sa proie venait de lui échapper. Elle tapait des pieds, les mains enfoncées dans les poches, elle semblait si déçue que je me mis à rire. Hé oui, la tension, la peur, le stress ressenti depuis le matin avait décidé de sortir sous forme de rire devant la mine de ma copine trop déçue de ne pas pouvoir tuer gaiement mon ex alors que les deux trucs débordant d’arrogance se jaugeaient au fond du salon.

Li­vius fut près de moi en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire.Il me prit dans ses bras et me fit tournoyer avant de m’embrasser fougueusement. Il me chuchota un t’es folle, mais génial puis me repo­sait et se tournait vers Jacques.

– Tu vois elle est tellement sûre qu’elle est mienne qu’elle rit à l’idée que tu puisses penser qu’elle t’aime encore. N’est-elle pas adorable ?

Puis, d’un ton bien plus sombre, en se rapprochant de Jacques, il précisa :

– Elle m’appartient.

Il avait à peine fini ses mots que Jacques s’élançait vers moi et s’écrasait à mes pieds. Pas tout compris moi, alors qu’il se relevait, je vis que son nez était en sang et qu’une balafre ornait sa joue. Rapide, ce fut. Jacques essuyait le sang qui coulait sur son visage, mais au lieu de reculer, il se jetait sur Livius et fini à terre avec une nouvelle coupure, au bras cette fois-ci. Il reculait, furieux et moins sûr de lui qu’à son arrivée, mais pas encore décidé à laisser tomber.

Alors, je sentis l’air autour de moi s’épaissir, devenir irrespirable, sans que je comprenne pourquoi. Ada disparut de mon champ de vision, enfin, elle ne disparut pas vraiment puisqu’un loup aux ba­bines retroussées l’avait remplacée. Puis j’entendis la chanson qui sortait des lèvres de Théa alors qu’elle s’élevait comme prise d’un ouragan qui ne touchait qu’elle. Cette chanson me donnait envie de vomir, quant à Livius, il restait immobile. Il n’aurait pas eu l’air plus calme s’il avait été dans son fauteuil à la maison. Il m’énervait de calme.

Devant moi, l’homme que j’avais aimé au point de vouloir l’épouser avait une fourrure épaisse et blanche qui le recouvrait et son corps semblait devenir flou, mal défini. Il ne se transformait pas aussi rapidement que ma louve, mais petit à petit, la forme d’un ours devenait tangible. Un ours im­mense debout sur ses pattes arrière qui répondait au grognement de la louve par un encore plus fort. Mince, il était terrifiant.

Ma petite voix se fit entendre, elle me fit remarquer que là je devais me calmer un peu. Tu n’as pas eu peur d’Ada en loup. Tu n’as rien dit quand Théa, c’est mis à voleter alors ta gueule, un ours pfff. Tu ne vas pas faire l’enfant. Ce n’est qu’un ours.

Mouais, mais un ours de plus de deux mètres qui n’avait pas l’air ravi et prêt à tailler en pièce mes amis et c’était de les perdre qui me faisait le plus peur. L’idée qu’ils se battent et soit blessé à cause de moi, me terrifiait encore plus que l’ours qui se dressait devant moi. Je hurlais.

– Jacques, ça suffit, arrête tes conneries !

Stop, pause, c’est moi qui ai hurlé ? Mais heu, il me prend quoi ? Non, parce que là-dedans j’étais quand même la seule qui risquait sa peau. Les quatre autres seraient peut-être blessés, mais moi… Mais bordel qu’est-ce qui m’avait pris ? Au secours ! J’avais envie de me frapper la tête contre un mur pour me remettre les idées en place et faire taire ma petite voix qui hurlait de joie dans ma tête en disant : vas-y mets en leur plein la vue. T’es la meilleure !

Bien sûr, ta gueule la voix, non mais te jure !

A première vue, il n’y avait pas que moi qui en étais surprise parce que plus un bruit ne se faisait en­tendre et que quatre paires d’yeux étaient braqués sur moi. Ils avaient l’air franchement estomaqués. Ben quoi, une petite humaine qui remet au pas quatre dangereux tueurs, à peine de quoi se prendre la grosse tête, non ?

Franchement non, je n’en menais pas large. Je ne me prenais pas pour ce que je n’étais pas. Non, je suis incapable de me battre contre eux, pas la moindre chance de m’en sortir vivante si le cas se présentait. J’avais juste eu un coup de gueule et je le regrettais déjà.

L’ours en face de moi devenait trouble et la louve sur mon côté avait perdu tous ses poils, en quelques instants les deux métamorphes étaient redevenus humains et me fixaient.

– Qu’est-ce que tu es ?

La question maintes fois posée venait cette fois de la bouche de mon ex. J’allais finir par croire que je n’étais pas humaine. Par contre, de là à penser que ma petite personne avait des pouvoirs extraordinaires, c’était risible comme si je pouvais faire plier les dingues qui peuplaient ma vie simple­ment en hurlant. Ridicule et même plus, ce n’était que par surprise que je les avais eus, rien d’autre. La petite chose que j’étais avait osé crier et c’était tellement inhabituel que ça les avait stoppés. Enfin pas tous, Théa était toujours au centre de sa tornade personnel. C’était risible, mais ça avait fonction­né. Le retour de visages humains autour de moi me fit du bien, sincèrement, je me sentais moins pe­tite, moins démunie, pas sauvée, mais mieux.

– Ça ne te regarde pas.

La réponse prononcée calmement venait de Livius, Ada me soufflait à l’oreille.

– Ne dis rien. Ne dis rien, laisse-le parler.

Mais franchement, ce sous-entendu sur ma soi-disant face cachée et non hu­maine ne me plaisait pas. Il y eut un duel de regard, le doute enflait dans celui de Jacques. Un truc lui échappait, il le sentait bien, mais ne voyait pas quoi.

– Je te croyais humaine souffla-t-il, je n’ai jamais senti que tu ne l’étais pas.

– On n’a jamais dit que les Bersek étaient les plus douées pour décrypter les énergies. Vous êtes de bon combattants, mais rien de plus.

Ada l’avait dit d’une voix dédaigneuse. Je ne l’avais jamais entendu parler ainsi. Elle n’était pas en colère, dangereuse, oui, mais pas en mode attaque. On aurait dit qu’elle parlait à une limace dégoû­tante. Mais, bon sang, il y avait combien de limaces dans cette histoire ? Note à moi-même trouver une autre analogie. On en revenait à cette idée stupide que je n’étais pas humaine, ça me fatiguait, mais à un point que vous ne pouvez pas imaginer.

Jacques reculait encore, son regard passait de Théa qui continuait à flotter à Ada qui se moquait clairement de lui, puis il se tournait vers Livius qui avait enfilé son masque de “je suis le meilleur et j’emmerde tout le monde parce que moi je sais”. Bref, il avait le visage du grand con de vieux vampire qu’il pouvait être parfois.

– La dernière louve rouge, la mort liquide et le tribun, tous prêts à se battre pour une femelle, c’est plus qu’une énergie quelconque qui m’échappe. Qu’est-elle réellement ?

Il me regardait de la tête au pied. Il me scannait les sourcils froncés. Il était clair qu’il ne comprenait pas ce que j’avais de spécial, lui non plus. Bienvenus au club ! Chers amis, vous qui tenez à comprendre, veuillez prendre un ticket et attendre votre tour pour tenter de percer le mystère et débrouillez-vous sans moi parce que moi, je n’en savais rien.

– Elle est Sophie, ma compagne et amie des deux femelles qui se trouve ici.

Ce fut la seule réponse qu’il reçut et même si j’avais envie de râler sur le pronom possessif et le terme femelle qui me faisait frémir. Je restais tranquille. Ce n’était pas le pire entendu depuis quelques heures. J’attendais que quelque chose se passe, n’importe quoi et si possible vite, ça m’arrangerait. Je me sentais de plus en plus mal à l’aise.

– Je pense qu’il est temps pour nous de rentrer, me dit le fier compagnon que la situation m’avait offerte.

Il passa un bras autour de ma taille, me poussait doucement en direction de la sortie quand Jacques lança :

– Elle reste mienne.

Il tournait en rond avec ses à moi, à moi, à moi. On n’avançait pas là et j’avais envie de dire à Théa : vas-y fait ce que tu veux. Je fermais les yeux, serrant mes paupières le plus fort possible. J’avais l’impression que rien ne permettrait d’avance, il considérait que je lui appartenais, je considérais que non. Livius, je ne savais pas ce qu’il pensait et là, tout de suite, je m’en moquais. Je voulais rentrer chez moi, retrouver ce semblant de normalité qui était ma vie aujourd’hui.

Je me retournais pour faire face, tout en moi se tendit de rage et de ras le bol. Je regardais Théa, bien en face et je m’entendis dire :

– Fais ce que tu veux, là, j’en ai marre.

À part Théa qui me lança un sourire radieux, les trois autres présents eurent l’air surpris enfin plutôt ahuri ou plutôt, oui je dirais qu’ils me regardaient comme si j’étais devenue folle.

Le monde de­vint flou. Une brume épaisse se mit à remplir la pièce, une brume humide et froide. L’ouragan per­sonnel de Théa semblait l’absorber. Elle était petit à petit entourée d’une brume dont les gouttelettes se regroupaient en filet d’eau de plus en plus épais et nombreux. En quelques instants, un torrent tournoyait autour d’elle. Un torrent qui grondait, mais qui n’empêchait pas la chanson basse qui sor­tait des lèvres de la rouquine de se faire entendre. Le son prenait de l’ampleur et l’eau prenait vie en un bras qui avançait vers Jacques. Plus la chanson devenait forte, plus le torrent d’eau grossissait, plus le bras d’eau s’épaississait.

Le Bersek se retrouva enveloppé d’une bulle d’eau qui semblait le coller quels que soient les gestes qu’il faisait. Il étouffait. Il se noyait. Il s’écroula à genoux, ses yeux me suppliant de tout arrêter. La chanson de l’ondine faisait vibrer toutes les cellules de mon corps. Elle semblait répondre à ma rage, à ma peur. Je ne voulais pas que ça cesse. Je voulais le voir mort. Rien d’autre ne comptait plus.

Je ne me re­connaissais pas. Je voulais la paix et si cela devait passer par sa mort, je m’en moquais. Une partie de moi enfuie bien profond se réveillait et avait pris les rênes de mes pensées. Une part sombre que j’ignorais posséder, mais bien réelle en cet instant. Je voulais le voir mort.

Et, Livius m’embrassa.

Un baiser doux, tendre qui me prit par surprise avalant ma colère. S’il avait été exigeant ou passionné, il n’aurait pas atteint cette partie de moi qui voulais juste la paix et le calme. Un baiser fougueux aurait probablement poussé mon côté sombre, mais pas cette douceur, cette tendresse que je sentais sur mes lèvres. Elle me donnait envie de plus de douceur, mais une par­tie de moi refusait de se calmer. Une partie de moi voulait qu’enfin Jacques me lâche et si pour cela il devait mourir, pas mon problème. Une autre partie me suppliait de refuser de passer ce cap, de rester Sophie, la petite humaine toute simple, de renoncer à laisser mon amie tuer encore une fois à cause de moi.

Je crois que c’est plutôt cette idée, lancée par la petite voix qui ne faisait pourtant que murmurer dans les tumultes de mes émotions qui me fit hésiter. Je ne pouvais pas demander ça à mon amie. J’avais déjà été la cause de la mort de David, peut être méritée pour mes amis, mais la punition était déme­surée de mon point de vue. Je ne voulais pas que Théa tue encore à cause de moi alors qu’il y avait d’autres solutions.

Je repoussais sèchement Livius et me concentrait sur Théa décidée à l’arrêter. Le flot qui l’entourait semblait impéné­trable. Je devais réussir à attirer son attention. Je l’appelais du plus fort que je pouvais. Pourtant, elle n’entendait rien entre sa chanson et le bruit de l’eau. Rien ne pouvait pénétrer son ouragan. Je déci­dais sans trop réfléchir de m’approcher. Je m’attendais à devoir contrer le courant de l’eau qui tour­billonnait. Je m’attendais à devoir lutter pour réussir à passer ce barrage tournoyant. Ce fut plutôt comme entrer dans une rivière, oui il y avait du courant, oui je tenais à peine debout, mais j’avançais doucement sans rencontrer la résistance impénétrable crainte. Je ne voyais plus que Théa qui ne voyait plus rien d’autre que sa proie. Je m’approchais en tendant les bras, un pas après l’autre, dou­cement pour ne pas me faire emporter. Une fois passé la barrière liquide, le calme me surprit. L’œil de l’ouragan, là où mon amie dirigeait le courant, était empli de vent, un vent léger et agréablement chaud. Elle ne me voyait pas. Elle ne m’entendait pas. Alors je fis la seule chose que je pouvais faire, je la tou­chais. Je l’attrapais pour la ramener contre moi et je la serrais fort dans mes bras en lui disant douce­ment avec toute la tendresse que j’avais pour elle :

– Arrête il a compris. Je ne veux pas que tu le tues, pas toi, pas comme ça. Je t’aime trop pour te laisser faire, s’il te plaît, arrête ! Je suis tellement désolée de te l’avoir demandé. Tu mérites mieux comme amie.

L’eau retomba d’un coup en me détrempant et je me pris la plus grosse et la plus longue engueulée de ma vie de la part de ma rouquine furieuse.

Elle était furieuse après moi, pas parce que je lui avais demandé de tuer Jacques, pas non plus de lui avoir demandé d’arrêter, mais totalement hors d’elle que je puisse penser un seul instant que j’étais une mauvaise amie. L’ordre des priorités de Théa n’était vraiment pas le même que le mien. Je la laissais hurler, pester, râler, me maudire jusqu’à ce que le calme fit son retour. Elle était rouge de colère, mais n’avait plus de voix. J’avais les oreilles qui sifflaient et les trois autres avaient des yeux ronds et des bouches béantes.

– Waou, fit Ada.

– Eh bien, fit Livius.

– Merci ! Souffla Jacques.

Du grand n’importe quoi ! Et moi ? Moi, je sautais sur Théa pour l’étouffer dans mes bras en lui as­surant que plus jamais, jamais de toute ma vie, je ne lui demanderais quelque chose de semblable. Je tenais trop à elle. Je dis le tout en pleurant à chaudes larmes.

Jacques restait étendu par terre à reprendre son souffle, Ada se tenait à côté de Livius et tous les deux me regardaient d’un drôle d’air. Je relâchais Théa et me tournais vers Jacques.

– Tu repars demain et tu ne reviens plus. Dis à mes parents que tout va bien pour moi que je suis heureuse. Que j’ai des amies et un ami que je leur présenterai si les choses deviennent sérieuses. Que ce sont des gens bien et que tu les as trouvés sympathiques. Si j’apprends que tu as fait la moindre remarque désagréable sur l’un d’eux. Je ferais en sorte que plus jamais tu ne puisses le faire. Suis-je assez clair ?

Il se releva et me fixait, toujours aussi furieux.

– Tu… commença-t-il.

Et je me mis à hurler.

– Non, je ne t’appartiens pas. Non, plus jamais je ne serais tienne. Je suis ici et j’y reste, je te déteste, comprends-tu bien, tu es un monstre, un salaud.

– Monstre, me coupa-t-il, et elle ?

Sa main montrait Théa. Je hurlais encore plus fort, poussée par ma petite voix qui jouait au coach dans ma tête, je m’étonnais moi-même, mais on ne touchait pas à mes amis.

– Elle est mon amie, j’ai confiance en elle et je t’emmerde. Tu n’es rien de plus qu’un abruti qui pense que la force permet tout. Je me fous du nombre de morts qu’ils ont fait. Je me fous de leur passé. Je me fous de ce qu’ils sont. Aucun d’eux ne m’a frappé. Aucun d’eux ne m’a donné d’ordres.

Bon d’accord ce n’était pas tout à fait vrai, on n’allait pas se prendre la tête pour des détails, je continuais alors que ma voix montait dans les aigus.

– Ils m’ont accepté tel que j’étais sans me dire que je n’étais rien ou pas assez ou trop. Eux, ils m’aiment réellement. Eux ont pris soin de moi. Eux m’ont protégé. Eux, je les aime, pas toi.

Je crachais les derniers mots en reprenant ma respiration pour continuer, mais je n’en eus pas le temps. Je le vis avancer, je vis ma mort dans ses yeux. Je n’avais pas le temps de bouger pour l’éviter. Je paniquais.

Je vis du sang qui coulait de sa bouche. Ses yeux remplis de fureur se voilèrent, ses genoux se plièrent. Il était à genoux devant moi sans que je comprenne comment. Avec lenteur, il s’écroula sur le côté, mort. Ça n’avait duré qu’un instant, un battement de paupière, je n’avais rien vu, rien compris, mais Jacques était mort. Le silence était solide autour de moi. J’avais l’impression que l’air était devenu si épais que j’arrivais à peine à respirer.

Je relevais les yeux du corps à mes pieds en remontant le long des jambes qui se tenaient derrière. Je m’arrêtais un instant sur un long couteau couvert de sang, puis sur la main qui le tenait, puis sur le visage de Livius droit devant moi. La rage déformait son visage, aucune autre émotion n’était visible. Il était juste fou de rage. Le silence s’éternisait. Rien ne bou­geait, puis Ada parla.

– Mince, je n’ai même pas eu le temps d’intervenir.

– Fais chier, il est trop rapide, propre et sans bavure, beau boulot, approuva Théa.

Elles avaient toutes les deux la voix bougonne. Je me tournais pour les regarder. Elles s’étaient rapprochées pour regarder de plus près, sans gêne. Je soupirais, je recommençais à respirer.

– Il aurait pourtant mérité de souffrir un peu plus, grinça Ada.

Voilà, rien de plus à dire, juste flûte trop rapide et trop bien fait, je te jure, je ne m’y ferais jamais.

– Préviens Albert ! Ordonna Livius.

Ada s’empara de son téléphone et discuta tranquillement avec le dénommé Albert. Elle parlerait de sa liste de course qu’elle ne serait pas plus émue. Il fallait vraiment que je m’enfonce dans le crâne qu’aucun de mes amis n’était tout doux, sinon ce genre de réactions allaient continuer à me mettre dans tous mes états. Et puis franchement, c’était la première fois que je voyais un homme, enfin non, enfin si, bref, c’est la première fois que je voyais un mort et je ne le prenais pas aussi bien que mes amis. Ben ouais, je m’effondrais, je m’évanouissais, Black out total. Vous pensiez quoi ? Que je prendrais tout ça tranquillement ? Ben non, je n’avais rien de la tueuse à sang-froid. Je n’étais qu’une petite humaine stupide.

Je ne touchais pas terre, des bras me saisir et m’allongèrent sur le canapé. J’ouvris les yeux pour voire trois paires d’yeux qui m’observaient avec appréhension. Je bougon­nais, agitais la main pour les faire reculer et me redressais lentement. Une fois assise, c’est un quatrième regard qui me troubla.

Un grand type au crâne rasé était debout quelques mètres plus loin, sa peau sombre s’ornait de tatouages et mes neurones pédalaient pour trouver d’où ils l’avaient déjà vu. Ils pédalaient dans le vide, je le reconnais, ils avaient eu leur compte. L’homme regardait la scène qui se passait devant lui, ses sourcils se levaient de plus en plus, preuve que le spectacle était assez surprenant, mais surtout ses yeux passaient sans s’arrêter sur l’équipe qui m’en­tourait. Remarquant que je louchais par-dessus leurs épaules, ils se retournèrent.

– Pas trop tôt, il ne fallait surtout pas te presser.

C’est Ada qui houspillait le nouveau venu.

– C’est qui ? murmurais-je.

– Alfred, le propriétaire de la station-service. Tu l’as déjà vu !

Oui, je l’avais déjà aperçu, enfin surtout ses pieds qui dépassaient parfois des voitures qu’il réparait, mais sans plus. Il ne figurait même pas dans un chapitre de mon livre, alors ma question suivante était, de mon point de vue, logique, pas aux leurs, vu les haussements d’yeux qui me firent face.

– Et pourquoi il est là ?

– Le clan Bersek est sous la responsabilité des miens quand ils quittent leur territoire.

Sa voix était grave et tranquille comme toute son apparence d’ailleurs, si on exceptait ses sourcils le­vés. Il nous laissa pour se planter au-dessus de Jacques et le souleva par la veste, le jeta sur ses épaules et sortit. Voilà, comme si de rien n’était et sans plus de commentaires. C’est Ada qui me fournit les explications

– Il va s’occuper de tout, prévenir la famille et leur expliquer ce qui s’est passé, décider avec eux ce qu’il faut faire du corps, prévenir le clan et faire les démarches pour que la disparition de ton ex soit expliquée. Je pense que ce coup-ci un accident d’avion serait une bonne façon d’éviter toutes les questions. Il a l’habitude de gérer, ne t’inquiète pas ton nom ne sera même pas pro­noncer.

– Heu, si quand même tout le monde savait qu’il venait me voir.

– Tu joueras l’émotion au pire, désolée pour lui, pour ses parents, mais rien de plus.

Mais bien sûr, tout simplement, sans me prendre la tête, elle rêvait. D’un mouvement de main, elle écarta mes protestations à venir.

– Nous ne sommes pas humains, tu te souviens ?

Oui, bon d’accord, ça finira bien par me rentrer dans le crâne, un peu, un jour.

– Allez on rentre, je passe prévenir Mona.

Voilà, on range Sophie et les grandes personnes gèrent le reste, mais comment allais-je pouvoir avaler ce qui s’est passé ?

Je traversais dans une sorte de brouillard les premiers jours puis au fils du temps ma nouvelle nor­malité repris ses droits. Avoir Ada et Théa comme amie aidait bien, Livius, lui disparaissait des se­maines durant, revenait quelques jours avant de repartir.

Il m’a fallu des semaines pour digérer la mort de Jacques. Comme Ada l’avait envisager, la version officielle fut l’accident d’avion. Mes parents me téléphonèrent pour me dire combien ils étaient désolés pour moi que ce drame arrive au moment où, enfin, nous allions nous réconcilier. Du moins c’était ce qu’il avait prétendu et me redire une centaine de fois qu’ils comprenaient que je préfère rester ici, loin des souvenirs. Je jouais sans trop de mal la fiancée choquée par la mort de Jacques, choquée je l’étais réellement, mais pas pour ce que s’imaginait ma famille. Tout avait été réglé et géré par Alfred d’une main de maître.

Une nouvelle routine s’installait, j’avais repris le travail et James me faisait faire l’inventaire entre deux clients, ce surcroît de travail me sortait de mes pensées négatives. Les repas du mardi avaient repris et le chouchoutage intensif prodigué par mes amis finissait doucement de me ramener à la vie. Je me sentais mieux, mais je m’en voulais toujours alors que pour tout le monde rien de grave ne s’était passé, différence énorme de manière de voir ce qui venait d’arriver, mais j’allais de l’avant.

Chapitre 20

À part une certaine ouverture d’esprit, acquise un peu de force, auprès des deux folles qui me servaient d’amies, la plus grande différence dans ma vie, était que le comportement des habitants avait bien chan­gé. Je n’étais plus l’étrangère, je n’étais plus une petite chose sans défense. J’en eus la preuve quand le mois d’octobre pointa son nez et que Suzanne me remit d’office derrière le stand de tarte, encore. Cette fois-ci, ce n’était plus parce qu’on ne me connaissait pas que les clients venaient acheter en grande quantité et rapidement mes tartes, mais au contraire pour éviter de me contrarier, et donc de contrarier mes amis, du moins c’est ce que prétendit Suzanne.

Je dois avouer que de voir Suzanne et Ada mourir de rire en me le disant fut un tantinet désagréable, entendre Théa assurer qu’ils avaient bien raison de se méfier avant d’imiter son fameux Conti-Dracula susurrant à tous les passants “je vais te manger”, fut des plus hilarant. Nous pleurions toutes les trois de rire alors qu’elle restait sérieuse en s’enroulant dans la nappe qui lui servait de cape et qu’elle s’en retournait à son stand de trucs bizarroïdes.

Les tartes vendues, Suzanne ravie me laissa pour aller s’occuper de son mari qui avait disparu de­puis un moment, plus attiré par la bière que par les tartes. Ada étant occupée avec ses chers touristes adorés, non, elle n’en avait dévoré aucun, enfin à ma connaissance. J’allais soutenir Théa à son stand ou l’emmerder selon elle.

Je plaide coupable, mais l’entendre doubler les prix, sans broncher le moins du monde, me faisait grincer des dents. Je lui faisais perdre des ventes selon elle. Elle me poussa loin en m’ordonnant d’aller pourrir la vie de quelqu’un d’autre et qu’elle me retrouverait plus tard, le tout dans un grand éclat de rire.

Ce que je fis me baladant pour la première fois sans garde du corps et sans avoir l’impression de risquer quelque chose. Le souvenir de David ne me revint qu’au moment du feu d’artifice, vite remplacé par les rires de mes amies.

Ma seule contrariété venait des absences de Livius. Bon d’accord notre relation n’était pas clair, pas simple, mais il avait toujours été là et sa présence me manquait, je n’y pouvais rien. D’un autre côté, Conti avait pris en douceur une place lors de nos petites bouffes du mardi soir et se mon­trait beaucoup moins vieux-jeu que prévu. Il supportait de mieux en mieux les remarques ironiques de Théa que je soupçonnais d’avoir toujours pour lui un petit faible, ce qu’elle niait absolument. Le seul problème de Conti était qu’il ne pouvait pas participer au repas et se sentait parfois comme le vieil oncle édenté qui attend sa purée, enfin, c’est Théa qui le qualifiait ainsi. C’est au cours de l’hiver qu’avec Ada nous avons joué aux petits chimistes pour aromatiser la nourri­ture liquide du pauvre oncle Conti. Ce ne fut pas à chaque fois une réussite, j’en conviens. Ils jouaient le jeu et les fous rires que ces grimaces de dégoûts produisaient resteront dans les annales.

Nous avions fini par trouver de quoi lui faire plaisir et il nous suivait entre entrée et dessert avec de petites quantités de sang goût fraise, chocolat ou café, ses préférés. Lorsque Livius était présent, une fois sur deux environ, il refusait avec obstination de tester nos créations et regardait Conti avaler avec plaisir ce qu’il qualifiait de sacrilège avec une mine dégoutté. Mine que Théa appelait sa tête de phobique de la nouveauté avant de préciser que certains vins tournent au vinaigre en vieillissant, heu­reusement d’autre devenaient des grands crus, ce qui faisait sourire Conti de toutes ses dents.

À Noël l’invasion fut totale, quarante-deux loups, ma famille d’adoption, ma sœur ondine, un patron sorcier, deux papa-vampires et moi. Si le nombre continuait à augmenter il faudrait pousser les murs. Là, les meubles étaient entassés dans une des chambres de l’étage. Les tables serrées au maximum et les sardines, pardon les invités, avaient juste la place de respirer.

Au cours de la soirée, j’avais tenté à plusieurs reprises d’ouvrir mes cadeaux arguant que nous étions le lendemain et que la tradition serait respectée, mais rien n’y fit.

Oui, je sais, je veux que l’on me res­pecte comme l’adulte que je suis, pourtant, Noël me faisait redevenir petite fille, c’est comme ça. Et puis j’avais reconnu les fameuses boîtes à biscuits que finalement j’adorais. Biscuits et écharpes avec bon­nets seraient cette année encore mes cadeaux, trois ans et hop, voilà une tradition qui se crée toute seule.

La soirée se finit à l’aube. Personne ne marchait plus très droit. Ha, bonne nouvelle, on avait enfin cessé de surveiller ma consommation d’alcool. Ce qui pour moi, était une vraie avancée.

Théa avait emménagé pour l’hiver ou pour toujours, je n’en étais pas bien sûr. J’en étais ravie, mais elle éparpillait ses affaires comme le petit Poucet ses cailloux et passait des heures sous la douche. Ça me rendait folle ! J’appréciais la vie qu’elle mettait dans la maison avec ses fous rires et je ramassais presque sans râ­ler ce qu’elle s’obstinait à semer.

Ada avait réintégré son chez-elle chéri, mais passait régulièrement pour nos marathons séries. Je m’étais inquiétée. J’avais peur qu’elle pense que Théa prenait toute la place. Ada m’avait rassu­rée, elle aimait son indépendance. Certes les loups vivent en meute, entre le clan des loups très présent en ville et son oncle, elle se sentait déjà assez entourée pour ne pas avoir envie de vivre en colocation surtout avec la pagaille que semait Théa avait-elle précisé puis elle s’était moquée de mes envies de calme pas vraiment respectées, elle n’avait pas tort.

Voilà trois ans que j’étais arrivée ici, voilà trois ans que ma vie avait pris un étrange tournant, riche d’amitié, sombre par le passé et le caractère de mes amis, cependant, rempli d’amour et de tendresse. J’avais fini par intégrer que le monde n’était pas tel que je l’avais pensé pendant plus de 26 ans. Il était bien plus riche. James m’avait fait comprendre que je n’avais fait que soulever le voile, mais soyons sérieux, je trouvais que ce qui avait été dévoilé me suffisait pleinement et je ne souhaitais pas en savoir plus.

Il faut toujours se méfier de ses souhaits.

Les choses sont devenues plus compliquées pour moi en mars. Pas ma faute, je tiens à le préciser, mais par le besoin protectionniste de Livius qui avait atteint des sommets et le rendait invivable, même pour Théa et qui nous avait toutes mises sur les nerfs. Il m’avait réveillé en pleine nuit pour discuter de ce que je devais faire ou pas plusieurs fois par semaine. Il avait fini de me rendre dingue en me secouant encore une fois au milieu de la nuit pour de mon point de vue me pourrir mes nuits, du sien pour me prévenir qu’Ada allait revenir à sa demande et qu’il serait absent deux semaines, colloque vampirique en cause. Il avait mis la moitié de la nuit pour m’expliquer ce qu’il comptait organiser pour ma sécurité.

Je vous explique, sa résurrection avait créé un mini séisme. Il n’était pas le plus vieux vampire en vie, cependant il faisait partie des dix plus vieux, ça Théa avait suffisamment insisté dessus pour que je comprenne.

Un conseil des dix régissait la totalité des clans vampires, un peu comme celui des huit qui régissait la ville sauf qu’eux croyaient en la démocratie, les trucs à dents longues beaucoup moins. Sa résurrection avait donc chamboulé l’ordre du conseil, crée un mini drame politique et secoué le cocotier en pierre du flegme vampirique. Après de longues discussions et remises en ques­tion, il fut décidé de lui rendre son rang enfin pour être précis, il reçut l’ordre de réintégrer son rang. Réintégration qui se ferait en grande pompe la semaine prochaine. Une semaine nécessaire pour res­pecter un protocole vieux et rigide et pompeux.

Il serait donc absent et dans sa tête d’anxieux papounet-vampire-protecteur, rôle qu’il s’était attribué tout seul, il lui fallait donc renforcer la sécurité ce qui me saoulait et pas que moi. Théa fomatait son meurtre dix fois par jour et disait à voix haute combien sa disparition ne saurait tarder. Ada tentait de rester neutre, par contre, elle avait trouvé un moyen de faire connaître avec humour ce qu’elle ressen­tait. Elle portait une veste avec Team Sophie peint dans le dos, sans dire un mot plus haut que l’autre. Il ne nous trouvait pas drôles. On le trouvait lourd. Conti avait même fini par lui propo­ser de dormir au pied de mon lit pour qu’il se calme. Va comprendre, il s’est pris une droite de Li­vius. Ada avait ajouté le symbole peace and love sur l’avant de sa veste et Théa avait proposé que je dorme dans la cave pour le rassurer. Elle était prête à m’enchaîner pour calmer le vampire. Bref, on était tendu.

Le week-end précédent le colloque des sangsues aux dents longues frisa le grand n’importe quoi. Alors que j’étais gavée de conseils sur la sécurité : ferme les portes à clefs, même celle de ta chambre, contrôle que les fenêtres soient toutes fermées correctement, etc. Théa lui fonça dessus, l’attrapa par le col et le tirait en pestant dans la cave. Ada et moi en avions conclu qu’une discus­sion animée allait avoir lieu et Ada alla chercher du pop-corn pour, à défaut de voir, profiter du son. Nous n’avons pas réagi aux cris, mais le bruit de cascade qui nous parvint nous inquiéta. Lorsque avec Ada nous avions ouvert la porte une Théa furieuse en jaillit en râlant. La cave était ravagée enfin, inondée serait plus juste.

– C’est chiant à noyer un vampire !

Nous n’en sûmes pas plus. Ada avait haussé les épaules et retournait au salon regarder la télévi­sion. Elle méritait la médaille d’or du stoïcisme. Je filais à la cave inspecter les dégâts et finis morte de rire en voyant Livius furieux et détrempé au milieu d’un lac souterrain. Deux conclusions s’imposaient : les travaux de la cave commenceraient au printemps et Livius ne pourrait rien en dire et il ne faut vraiment pas énerver Théa.

James débarqua trente minutes plus tard. Ada lui avait envoyé un message. Elle n’avait pas eu be­soin de voir l’état de la cave avant de demander de l’aide à qui de droit. Il regarda le désastre et s’occupa d’évacuer l’eau, Théa ayant refusé. Parfois, c’est pratique d’avoir un sorcier dans ses amis.

Il s’occupa aussi de calmer Livius et pour en finir une fois pour toutes avec cette dispute, lui promis de s’occuper personnellement de protéger la maison.

On n’allait jamais en finir.

Le soir Livius stressait. Théa boudait. James dessinait sur les murs et Ada était allé se promener en annonçant une patrouille autour de la maison et moi ? Moi, je voulais juste dormir. Drôle d’idée…

Je me lançais dans un marathon dvd et juste pour la vie infernale qu’il m’avait fait endurer toute la se­maine, je regardais Twilight, Je vous fais grâce de ses commentaires. Théa finit par me rejoindre sur le canapé. James intrigué se mit à regarder debout derrière nous, avant de finir mort de rire et Ada réapparut avec un bol de chips. Elle aimait les films comiques, m’avait-elle, confié un jour. Nous étions quatre contre un. Livius disparut dans sa cave. Enfin, le calme était revenu.

Livius parti dimanche en fin de soirée. Il avait commencé par redonner toutes les instructions de sé­curité possibles et imaginables, mais avait dû éviter de justesse un flot d’eau qui sortait de nulle part selon Théa et enfin, enfin, il nous laissa. Pff !

Je pensais que Théa était la plus épuisée par tant de conseil, mais c’est Ada qui claqua la porte der­rière lui et nous annonça que s’il n’était pas parti elle aurait fini par l’égorger. Ma reine de la zéni­tude ne l’était pas ! C’est soulagée et riante que nous nous jetâmes sur le canapé et toujours riantes que nous choisissions le programme de la soirée, pizza, chips et Sherlock. Ben quoi ? Nous n’étions toujours pas d’accord sur le meilleur des trois.

J’envisageais les semaines à venir comme un camp de vacances un peu dingue. Ada serait avec moi,même à la librairie. Une concession faite au frappa-dingue de la sécurité. Théa nous retrouverait pour les repas de midi. Une semaine fille pleine de rire, le programme rêvé après les jours de faites attention à ça ou à ci que nous avions traversés.

Le jeudi pointait son nez, nous étions toujours en total désaccord pour Sherlock. Rien à faire nous campions toutes sur nos positions. De guerre lasse, j’avais écumé le net à la recherche d’une nouvelle série qui pourrait nous mettre d’accord, Ada trancha avec Supernatural et la guerre du : c’est qui le plus mignon commença.

C’est installée confortablement sur le canapé entouré de mes amies que la semaine gueguerre de filles, connu un arrêt net. Alors qu’Ada rigolait de la manière dont mourait un vampire. Non elle n’avait rien contre, enfin si, mais contre un en particulier. Je commençais à me sentir mal. Une im­pression d’étouffement, un mal au cœur douloureux. Je respirais par à-coups, je me mis à gémir. Pa­nique générale ! Moi, parce que j’avais l’impression de faire une crise cardiaque, mes amies parce qu’elles n’y comprenaient rien. Je tombais à genoux tenant les mains sur ma poitrine, ça brûlait, ça faisait si mal que j’ai bien cru m’évanouir. Je pleurais, je hurlais. Puis je ne pouvais plus que gémir, re­croquevillée sur le tapis tout mon corps me brûlait et chacune de mes cellules hurlaient. J’avais l’impression de mourir et que l’on m’arrachait le cœur.

D’un coup la douleur cessa. Je pouvais à nouveau respirer. Je me sentais vide, tous mes muscles râlaient, mais je pouvais à nouveau respirer. Je reprenais mon souffle doucement et mon collier se détacha. Mon collier se détacha et tomba sur le tapis. Je le regardais sans comprendre. J’étais étourdie. J’étais mal à l’aise. J’avais l’impression d’avoir perdu quelque chose de précieux. Je restais là fixant le col­lier, incapable de réagir. Je fixais le collier qui s’était détaché.

C’est Théa qui réagit en premier. Elle se mit à pleurer. Théa pleurait. Je ramassais le petit hibou du bout des doigts, pour l’observer de plus près. Je ne comprenais pas et Théa pleurait. Dans mon brouillard j’entendais Ada parler, mais je ne comprenais rien. Ada parler, mais parler à qui ?

– Il faut que tu viennes immédiatement. Il y a un problème avec Livius. Non, je ne plaisante pas rapplique tout de suite !

Je relevais la tête, la voix d’Ada m’avait semblé étrange, mais je ne comprenais rien. Ada pleurait aussi. Moi, j’en étais incapable. Quelque chose était brisé. Théa vint me prendre dans ses bras et me serra fort, elle pleurait toujours. J’avais froid. Ada nous rejoint dans ce câlin qui m’étouffait à moitié. Elles pleuraient toutes les deux. J’étais perdue.

Doucement, elles me relevèrent. Ada me tenait si serrée contre elle que je pouvais à peine respirer. Je m’en foutais. Je ne voulais plus respirer. Je ne voulais pas sortir de la stupeur qui m’entourait. Elles pleuraient. Je ne pleurais pas.

Conti apparut sur le seuil, il s’était arrêté surpris. Ada lui fit un signe de tête et il suivit le mouve­ment des yeux. Il vit le hibou qui brillait dans ma main. Il regarda en blêmissant le collier. Il ne dit rien. Il disparut aussi brusquement qu’il était arrivé.

C’est à cet instant que je m’effondrais. Je ne savais rien de ce qui arrivait. Je ne comprenais pas. Je ne voulais pas comprendre. Ada et Théa s’occupèrent de moi. Elles m’avaient installée sur le canapé et Ada me caressait les cheveux. Son regard était embrumé, mais elle ne pleurait plus. Elle finit par me dire presque en chuchotant.

– Ma chérie, tu sais ce que ça veut dire, n’est-ce pas ?

Je secouais la tête.

– Le collier ne peut être ouvert que par son propriétaire, tu le savais.

J’opinai et je commençais à admettre ce qu’elle allait dire.

– Il ne s’ouvre pas par accident et tu savais aussi qu’il créait un lien entre vous.

Je l’avais compris et je l’avais maudit de m’avoir mis dans cette situation inconfortable.

– Donc, il est tombé.

Parlait-elle du collier ou de… Je ne voulais pas entendre la suite.

– Et si le collier tombe.

Je fermais les yeux.

– C’est que Livius est mort, a dit Théa. Arrête de la traiter comme une enfant. Si le collier se rompt le vampire est mort, c’est tout simple.

Elle avait, elle aussi, encore les larmes aux yeux. Elle avait dit ça d’une voix tremblante, mais dénuée de sentiments et elle serait les points. Ada baissa la tête sur un soupir et moi, je me mis enfin à pleurer en silence.

Et, je lui en voulais.

Et, je m’en voulais.

Dans ma tête tournait des j’aurais dû, il aurait fallu, des et si, et si pas. Je me sentais vide, sonnée. Je lui en voulais vraiment. S’il n’avait pas eu l’idée stupide de m’offrir ce collier et s’il avait fait plus confiance aux loups, jamais personne n’aurait su qu’il n’était pas mort et nous n’en serions pas là. De plus s’il ne m’avait pas mis ce collier le lien entre nous aurait été plus simple, plus clair, plus je n’en savais rien. Mais j’étais sûr que nous n’aurions pas navigué entre tendresse, attirance et mé­fiance. Notre relation aurait été plus claire, plus saine et je pleurais autant sur lui que sur ce qui n’avait pas été.

Ada me souleva délicatement du canapé et me porta dans ma chambre, me murmurant des mots de consolation sans suite. La musique que faisait sa voix me berçait. Elle me mit au lit, m’embras­sa le front et m’assura qu’elle viendrait me tenir au courant de tout. Pour l’instant, je devais me reposer. Elle n’avait pas tort, la douleur que j’avais ressentie m’avait laissée épuisée, mais ma tête ne voulait pas. Je la retenais secouais la tête, je ne voulais pas rester seule. Elle s’assit sur le lit et me frotta la main, restant sans un mot près de moi.

J’ai dû m’endormir parce que, quand j’ai ouvert les yeux, elle n’était plus là. Je ne me sentais pas reposée plutôt épuisée. Mes yeux se remplir à nouveau de larmes, je cachais mon visage dans mon coussin pour étouffer mes pleurs, pas de peine mais de rage. Allez comprendre. Je pleurais et plus mes larmes détrempaient mon coussin plus je me persuadais que c’était impossible. Je m’interdi­sais de réfléchir plus loin. Je refusais même le droit à ma petite voix d’intervenir, pas cette nuit, pas sur ce sujet.

Le lendemain matin, j’allais mieux. Une nouvelle journée s’annonçait et étrangement j’allais mieux. Le sentiment de perte, c’était calmé et je restais comme en attente de quelque chose. Je pensais que mon esprit avait besoin d’une confirmation et qu’en attendant, nier était une bonne manière d’éviter de devenir dingue. Je retrouvais mes amies à la cuisine. Personne ne parla. Personne n’en avait en­vie.

Ada en reine de l’organisation, avait prévenu James que je n’irais pas travailler. Si d’un côté j’en étais heureuse de l’autre sortir d’ici où tout me faisait penser à lui m’aurait fait du bien. Je me traî­nais. Je tournais en rond. J’attendais, je ne sais quoi. Théa avait disparu dans la matinée et Ada se tenait dehors à l’orée de la forêt et je tournais en rond. Doucement, je me faisais à l’idée de ne plus revoir Livius. Je regrettais de ne pas l’avoir plus questionné sur lui ou simplement d’avoir plus profité de sa présence. Je m’en voulais de ne pas avoir été sympa avec lui le soir de son départ. La mort donne toujours des qualités à ceux qu’elle prend et des regrets à ceux qui restent. J’étais emplie de regrets.

Théa réapparut en fin de journée, elle aussi regrettait ce dernier soir. Nous savions toutes les deux que rien ne nous donnerait bonne conscience. Son amitié avec Livius remontait à bien plus longtemps que la mienne et nous nous étions quittés énervés, rien ne pourrait changer ça.

Les soirées DVD n’étaient plus qu’une excuse pour ne pas aller se coucher trop tôt et se prendre la tête. Honnêtement, j’attendais le lundi avec impatience, le retour au travail m’obligerait à me sortir de cette apathie dans laquelle je traînais. J’en avais terriblement besoin. Mais, nous n’étions que samedi soir et le lundi ne me semblait devoir jamais arriver. J’attendais. J’attendais que quelque chose arrive, n’importe quoi.

  • Tout est normal !

    Tout est normal ?

     

 

Prologue

Il y a des histoires qui commencent avec des il était une fois, d’autres par un meurtre qui lance une enquête. La mienne commence par une gifle. Une gifle lancée par mon compagnon et arrivée sur ma joue. Cette gifle provoqua une réaction en chaîne quelque peu imprévisible.

Laissez-moi me présenter, je suis Sophie Baumgartner. J’ai vingt-six ans, brune aux yeux noisette, pas grande, mais pas petite ! Je plafonne à un mètre soixante. Je suis la troisième d’une famille de quatre enfants.

Ma famille est une famille parfaite. Des parents mariés depuis quarante ans, trois filles et un fils. Les deux aînés mariés, avec enfant, maison et chien. Moi, fiancée et bientôt mariée, mais sans travail, puisque pour mon homme, fidèle aux mêmes croyances que ma famille, la place de la femme est à la maison. J’étais heureuse dans mon petit monde de certitudes, coincée entre une mère qui me trouvait pas assez ou trop selon l’occasion et un futur mari qui m’avait persuadée que sans lui, je n’étais plus rien.

Vous voyez où je veux en venir ? Bien sûr…

L’homme merveilleux, aimé de mes parents, avait décidé de partir travailler à l’étranger, emportant avec lui sa femme. Elle, pas réellement ravie, s’était occupée de vendre meubles, bibelots et autres choses en prévision du grand départ et de la nouvelle vie qu’il voulait mener. Trois jours avant le grand départ, elle avait peur, peur de quitter son nid douillet, peur de quitter ceux qu’elle aimait, peur de se retrouver seule loin de tout ce qu’elle connaissait, alors elle refusa de partir comme ça après plusieurs mois de préparation. Je vous fais grâce de la conversation qui en suivit, elle s’étira lamentable entre des : tu ne peux pas me faire ça et des : tu n’es qu’une idiote et se finit par LA gifle.

L’avantage quand on a prévu de partir, c’est que pour quitter son ex, il n’y a plus grand-chose à em­baller, à peine une valise. Fuyant chez mes parents, déjà au courant par un coup de téléphone, je fus reçue avec un « t’es contente de tout foutre en l’air à cause d’un petit mouvement d’humeur, enfin tu as, dieu merci, le temps de réfléchir à ta connerie ! » Merci maman !

Deux jours plus tard, je savais deux choses : que jamais je ne retournerai avec mon ex et qu’il fallait que je parte d’ici et vite. Mes options ? Pas de boulot, pas d’amis prêts à m’héberger, ben oui, ce sont les mêmes que les siens, mais un billet d’avion déjà payé et l’argent de mes études pas faites sur mon compte.

Ce vol, nous devions le prendre ensemble et à chaque nouvel arrivant, je tressaillais de peur. À vingt minutes de l’embarquement, il n’était toujours pas là et je recommençais à respirer. J’allais partir seule et loin et ne jamais revenir, bref, j’allais faire exactement ce qui m’avait fait si peur. La vie de rêve dans ce pays, prévue avec mon ex servirait à quelque chose après tout : à ma renaissance. Bien décidée à mettre le plus de distance entre cette vie et la suivante, je me sentais forte, enfin, j’avais la trouille, mais une formidable envie de me prouver que non, je n’étais ni stupide, ni moche, ni inca­pable et que le nouveau monde m’appartenait.

Sauf que, arrivée à New-York, assise sur ma valise au milieu de la foule, je n’en menais pas large. Quoi faire, maintenant ? Où aller ?

Avisant une agence de voyage, je décidais de laisser le hasard décider, je fermais les yeux, attrapais un prospectus, voilà où j’irais. Contente de moi, je rentrais dans l’agence en tendant le prospectus à la jolie blonde qui s’y trouvait. Le hasard se planta grave. La demoiselle derrière son ordinateur me dit avec un grand sourire :

–  Ah, Paris au printemps, c’est magnifique.

Mais non, non, pas Paris, pas l’Europe, quel con ce hasard ! Je me décomposais, à ma tête, elle avait compris que quelque chose n’allait pas, alors elle me demanda ce que j’avais, je fondis en larme et en bégayant. Je lui narrais mon histoire, en finissant par un : je veux du calme. Elle était parfaite, elle m’écouta sans rien dire en me fournissant en mouchoir. Puis elle me dit :

– Du calme, de la nature et loin de lui. C’est ça ?

Je fis oui de la tête.

– Hé, Mandy, tu avais été où en vacances l’année passée, tu sais ce bled perdu ?

Sa collègue ap­procha.

– C’est perdu, mais joli, il y a un lac, un endroit rêvé pour se reposer.

– Vendu ! Répondis-je avec un grand sourire entre mes larmes.

Il faut vraiment que j’apprenne à réfléchir avant de parler, vol avec deux escales, puis changement d’appareil, puis à nouveau une escale, un trajet presque aussi long que Paris-New-York, Youpi ! Perdue, j’allais l’être et mon enthousiasme disparaissait à mesure que mes heures de vols augmen­taient. J’étais en fuite, avouons-le. J’allais, je ne savais pas où. Je n’avais rien à y faire.

Je devais trouver une idée ! Il me fallait un plan !

Le formidable pourquoi pas tu peux le faire c’était transformé en mais pourquoi l’as tu fait, puis en t’es qu’une idiote dès que j’ai posé un pied dans le minuscule avion douze places qui devait m’emme­ner dans un bled dont je ne suis pas capable de retenir le nom, coincée entre des marchandises di­verses et variées ou, à l’odeur, pas loin d’être avariées. Ben oui, agir avant de penser, ça pose par­fois des petits soucis surtout lorsqu’on ne l’a jamais fait.

Le fameux plan que je n’avais pas trouvé depuis, c’est le passager à côté de moi qui m’en donna l’idée. Il m’avait assommé de questions sur qui, où, quoi, comment, etc. Devant mes réponses pas claires, il en avait conclu que je cherchais une maison à acheter pour les vacances et pourquoi pas ?

Je cogitais dur, point un, acheter une maison, ce qui m’éviterait de faire demi-tour aux premières difficultés, du moins je voyais ça comme ça. Point deux, trouver du travail, dans une région touris­tique, je devrais m’en sortir. Point trois… Je n’avais pas de point trois, mon plan n’allait pas loin. Il avait juste l’avantage d’exister. Un peu… Voilà, un début, un presque rien, mais un peu.

Je profitais de la dernière escale, hé oui, encore une, pour faire ma recherche. Je tombais sur une an­nonce : Une maison à vendre avec travaux, cuisine, salon-salle à manger et une grande salle de bain au rez, trois chambres à l’étage, pas chère, loin d’être neuve et, d’après les photos, abandonnée depuis des années. Cette petite maison me semblait parfaite si j’évitais de penser à la somme incroyable de travaux qu’il faudrait pour juste la rendre habitable et je ne parle pas de confortable…

Bref, dans un élan de fol optimisme, j’avais appelé l’agence qui la vendait, baragouiné comme je pouvais mon intérêt et fixé un rendez-vous de visite. C’est emplie de fierté que je remontais dans le coucou volant qui allait m’amener vers mon coup de cœur.

J’étais épuisée, je sentais aussi mauvais que le carton qui restait à livrer et avec mes cernes sous les yeux, je devais ressembler à un panda sous calmant.

Voilà comment j’arrivais dans ma première nouvelle vie. Vous m’y suivez ?

Chapitre 1

En descendant de l’avion, j’étais super fière de moi ! Là, sur le banc devant la piste du mini aéroport, je doutais et plus j’attendais la voiture que j’avais cru comprendre que l’on m’envoyait, plus je paniquais. Pas une petite panique commune à tous, non, une vraie, immense, intense, explosive, dévastatrice, panique me lais­sant là, incapable de réfléchir et faisait tourner en boucle dans ma tête des scénarios catastrophes des plus terrifiantes.

J’ai une grande imagination. ce qui n’est dans ces moments-là, pas une qualité, croyez-moi, entre on m’a oublié et je vais me faire attaquer par un tueur en série ou un ours affamé, un loup peut-être ? D’ailleurs ce corbeau me regardait d’une drôle de manière, non ? Mon esprit s’amusait à me voir mourir de mille manières plus gores les unes que les autres. Ça a duré des heures soit 10 min que l’on se fie à mon esprit ou à mon téléphone qui ne sont pas du tout d’accord entre eux.

Au moment où une jolie brune souriante s’avança enfin vers moi en me tendant la main, un immense sou­rire aux lèvres, mon cerveau quitta mes talons où il se planquait et se remit à fonctionner, ouf !

– Bonjour. me dit-elle, en français !

Je la fixais hébétée, mais ravie, j’étais sauvée de l’ours, du loup, du corbeau et du tueur psychopathe qui m’avaient tous menacée !

– Je suis Ada, continua-t-elle, votre accent m’a soufflé que vous étiez de langue française.

– Bonjour, euh oui, enfin, je suis pas française enfin, mais oui, je parle enfin, c’est sympa que vous, enfin, c’est éton­nant, mais je, Sophie, enfin ravie, je suis.

Et au milieu de ce cafouillis verbal empli d’enfin, je lui tendis ma main en souriant.

– Sophie ? C’est ça ? Bienvenue ! Je ne vous ai pas trop fait attendre ?

Elle était plus grande que moi d’au moins une tête, pas difficile, je vous rappelle que je culmine à 1,60 m, non je ne suis pas petite, fine avec des yeux bruns pétillants qui illuminaient un visage un peu trop allongé, encadré d’une cas­cade brune tombant dans son dos et vêtue d’un petit tailleur pantalon bleu. Elle avait tout de la femme d’affaires et elle me détaillait curieuse, à côté d’elle, je devais ressembler à une sans-abri, avec mes poches sous les yeux, mon pantalon noir et mon t-shirt froissé.

– Désolée, bonjour Ada, je suis Sophie, je parle français et je suis vraiment ravie de vous rencon­trer ! Vous ne pouvez pas savoir à quel point !

J’avais réussi à faire des phrases sans bafouiller et sans trop me sentir idiote. Je lui souriais à pré­sent et me sentais sauvée.

– Je m’en doutais, pouffa-t-elle. Mais, ici, on dit, tu ! Viens, nous avons encore un bout de route avant la ville et je veux tout savoir de ce qui t’amène ici. Nous discuterons dans ma voiture.

Elle attrapa ma valise d’une main, la balança dans la voiture et fit le tour pour se mettre au volant, avant de s’inquiéter.

– Tu n’as rien d’autre ? Tes bagages arrivent plus tard ?

– Rien d’autre ! Juste moi !

Elle me fixa un instant, troublée et dit :

– Nouveau départ ?

– Oui !

Je la fixais fièrement, oui, nouveau départ et rien de mon passé ne devait avoir de place ici. J’étais fermement décidée à tirer un trait sur la gentille, timide et effacée Sophie.

– Alors tu as choisi le bon coin ! Tu verras, la ville est sympa, un peu perdu hors saison, mais on s’y sent bien.

– Pas grave, là tout ce que je veux, c’est du calme et du temps pour moi.

Elle rit de bon cœur et me fit un clin d’œil.

– Ce n’est pas avec les animations du coin que tu vas être débordée ! Je comprends mieux ton choix cette maison est en dehors de la ville, cinq kilomètres, ce n’est pas le meilleur moyen pour s’intégrer, mais si tu cherches le calme, tu vas le trouver. Bien que je pense que pour le début, tu devrais t’installer plus près du centre.

– Comment ça la maison, tu n’es pas envoyée par l’agence de tourisme ?

– Oui, mais je m’occupe aussi d’immobilier et d’autre chose. Je t’y conduirai demain et j’ai d’autres maisons à te montrer, tu sais. Pour le moment, je vais te déposer à l’hôtel, en ville, tu as réservé pour une semaine. Il faut bien ça pour s’habituer. Tu verras que c’est calme en cette saison.

Calée dans mon siège, je me laissais bercer par les paroles d’Ada qui me décrivait la petite ville, les coins à voir et que connaître pour m’y sentir chez moi. Elle insistait sur la froideur relative des habi­tants, peu enclin à faire confiance au premier regard, beaucoup arrivaient ici, pour ne pas rester, mais si je tenais bon, au moins une année, je verrais le changement dans leur comportement. Je lui parlais des raisons qui m’avaient amenée ici que du très banal finis-je par dire. Elle fit non de la tête et se lança dans un discours sur le courage de changer. Elle était d’une curiosité incroyable et d’une gentillesse intrigante pour la nouvelle arrivée que j’étais.

Je me sentais bien là, dans ce pick-up défoncé à écouter une parfaite inconnue me parler comme si nous étions de vieilles amies, démentant en même temps ces dires sur la froideur des gens du coin.

Puis elle me parla de la maison longtemps, sérieusement comme si elle tentait de me faire changer d’avis, trop loin, perdu dans les bois, difficile pour quelqu’un comme moi, elle insistait sur les his­toires de fantômes qui s’y rattachaient, de la difficulté des travaux, tellement que je finis par lui de­mander si elle souhaitait la vendre ou pas.

Elle me fixa et me dit :

– Ce n’est pas ça, mais il y a déjà eu quatre propriétaires et ils ne sont pas restés et j’ai envie que tu restes, au moins un peu, ce n’est pas souvent que je peux parler français et cela me manque, c’est ma langue maternelle et puis, la maison est vraiment loin de tout et en mauvais état, il faut bien le reconnaître, plein de travaux commencés et jamais finis. J’en ai d’autres à te montrer, tu sais, plus proche de la ville, mais quand même un peu perdu. Ce serait peut-être mieux ? J’ai bien compris que tu étais arrivée ici un peu par hasard et pour changer de vie, ce n’est pas tou­jours facile, alors pourquoi commencer par une maison si loin ? Tu pourrais t’installer en ville et voire comment tu t’y sens avant de t’isoler autant. Il n’y a pas d’urgence à acheter quelque chose, ce n’est pas ici que tu risques de perdre une maison si tu ne l’achètes pas tout de suite, gri­maça-t-elle. C’est tellement calme que la vente n’est qu’un passe-temps, je suis guide en mon­tagne le reste du temps et les locations se font par l’office de tourisme. Alors je peux te pro­mettre que même dans un an, la maison sera toujours là, si tu y tiens.

Que dire ? Que m’isoler était justement ce que je voulais, disparaître et prendre le temps de savoir qui j’étais puis m’intégrer, mais pas dans l’immédiat. J’aimais l’idée de vivre loin de tout, sans personne, sauf mon café ! Oui, parce qu’entre mon café et moi l’histoire d’amour était totale et éternelle. Voilà, une vie simple sans personne pour me prendre la tête, me juger, me blesser, me gou­verner. Devenir moi était le but de cette aventure, pas devenir membre émérite de la communauté.

– C’est ce que je souhaite, la ville, tu sais, je n’aime pas, trop de monde et de bruit pour moi. Je cherche le calme. J’en ai besoin là.

Elle rit franchement, un bon moment puis me montra la ville en question qui apparaissait entre les sapins. Ok, elle ressemblait plus à un gros village perdu dans la montagne qu’à une métropole, pas un seul bâtiment de plus de trois étages, une grande rue longeant le lac et des parcs, partout, beau­coup comme si la nature avait bien voulu céder quelques morceaux de terre de-ci de-là pour une mai­son, mais n’avait pas voulu abandonner le lieu.

Je me mis à rire aussi.

– Ce n’est pas tout à fait la ville que j’attendais, je le reconnais. Alors, je verrai ces maisons que tu as en réserve, mais pas au centre, on est bien d’accord ?

– Promis, tu verras, il y a le choix. Pour ces prochains jours, tu devras t’y faire, l’hôtel est sur la grande rue. Mais, je t’assure que ce sera calme, nous ne sommes pas en saison.

– Saison de quoi ?

– Ski et randonnée, deux des activités possibles ici, il y a aussi un peu de chasse.

Elle haussa les épaules et grimaça en le disant.

– Mais c’est plus loin, les chasseurs ne font qu’une halte ici. Tu sais skier ?

Là, j’éclatais de rire.

– Non, pourtant je viens d’une région de montagne pleine de station, mais je n’ai jamais appris. Par contre, le ski de fond ou les raquettes, oui.

Elle me fixa et se mit à rire.

– Alors tu pourras en faire sans aller plus loin, en hiver ce n’est pas la neige qui manque ici.

C’est de joyeuse humeur que je débarquais devant la façade fatiguée de l’hôtel : le royal ! Qui de­vait avoir été royal quelques siècles plus tôt. L’hôtel comme la ville semblait figé dans le passé, loin de nos temps modernes et j’en étais ravie.

La porte de la voiture juste claquée, une femme, la soixantaine, à l’allure de grand-mère, attrapa ma valise, faisant signe de la main à Ada qui me criait à demain en agitant la main.

– Bonjour, petite, contente de voir une amie de notre Ada, viens, je t’ai préparé notre meilleure chambre, je vais te monter un plateau, comme ça tu pourras te reposer tranquillement, le voyage à dû être long. Ah, la France, Ada s’en ennuie parfois, mais c’est bien si ses amies se décident à venir la voir, depuis le temps. Elle nous a dit que tu pensais à venir vivre ici, toi aussi, ce serait bien pour elle, les Européens ne réagissent pas toujours comme nous, mais tu t’y feras, elle va t’aider ce sera plus simple pour toi, voilà nous y sommes, ne t’inquiète de rien, repose-toi, le pe­tit déjeuner est servi à sept heures. Je reviens tout de suite avec de quoi manger. J’espère que tu aimes les patates douces, ma petite.

Noyée, j’étais noyée par un flot ininterrompu de paroles, lancés avec gentillesse, mais sans pause par une dame qui avait dû comprendre de travers les paroles d’Ada ou alors c’est que mon anglais était encore pire que je le pensais.

Dans le doute, je ne disais rien, souriante et hochant de la tête dès qu’elle reprenait sa respiration, j’espérai qu’elle ne verra là qu’une nana fatiguée et pas une idiote incapable de parler.

Elle m’abandonna dans une jolie chambre avec grand lit en plein centre, une table coincée sous la fenêtre et deux chaises. Une petite salle de bain sur le côté me faisait de l’œil et je cédais à son appel, ravie d’y découvrir une baignoire.

Alors que l’eau coulait, la porte s’ouvrit sans que personne frappe et la dame dont j’ignorais toujours le nom, les bras chargés d’un plateau, pointa son nez. Elle le posa sur la table près de la fenêtre, mit ses mains sur ses hanches, me fixa, sourit et disparu.

Voilà, je restais bête un instant, des gens froids ? Il devait y avoir erreur. J’avais l’impression d’être tombée dans la maison d’une lointaine cousine qui était ravie d’avoir de la compagnie et je crai­gnais qu’un interrogatoire en ordre arrive avec le petit déjeuner, voire que faire la vaisselle soit com­prise dans le lot, comme chez tata.

Pour le moment, mon estomac remit mon cerveau en marche et c’est décidé que je transportais le plateau dans la salle de bains où je m’installais dans la baignoire, le calant entre elle et le lavabo. Une heure plus tard, je me traînais mollement de la baignoire au lit et ne vis plus rien du reste de cette étrange journée.

L’interrogatoire redouté n’a pas eu lieu, je n’avais croisé personne, strictement personne. Une table était prête, oui parce qu’il n’y avait que ma table de mise, un couvert et un petit déjeuner gardé au chaud, voilà, c’est tout. Moi, les tables, les chaises et le mur, et rien d’autre. Je mangeais, remontais dans ma chambre et quant à huit heures Ada y frappa, j’étais à deux doigts de l’embrasser, tellement je ne sa­vais pas quoi faire.

Toujours en tailleur bleu, mais celui-ci bleu foncé, les cheveux attachés dans une queue de cheval serrée, il n’y avait que ces yeux pétillants de malice qui venaient contredire le sérieux qu’elle affichait.

À peine un bonjour lancé, elle m’attrapait le bras et me poussait vers la sortie.

– On a beaucoup de choses à voir, j’ai plusieurs maisons à te montrer. Tu vas voir, elles sont parfaites comme tu voulais des travaux tu as vraiment le choix, ce n’est pas la demande la plus cou­rante.

Une ville à cyclone, voilà où j’étais tombée. Hop, elles apparaissent, emportaient mon cerveau et boum, le vent retombait et je ne comprenais plus rien ni où j’étais.

– Euh, bonjour, oui, chouette. Si tu veux.

Elle pilla net devant la porte de l’hôtel et me regarda.

– Oh, pardon, je suis parfois trop enthousiaste. Je m’emballe d’un coup et j’oublie que me suivre n’est pas facile. On me le reproche tout le temps. Je pense trop vite et j’oublie de parler du coup, on ne sait pas où je vais, mon oncle s’en plaint tout le temps.

Elle avait l’air si désolée que je ris franchement.

– Me voilà prévenue, nous allons donc voire ces fameuses maisons avec travaux et ensuite celle dans les bois ?

– Oui, celle dans les bois, uniquement si tu n’as pas trouvé ton bonheur avant, tu sais garde l’esprit ouvert et puis tu n’es pas pressée, l’hôtel est vide en cette saison, donc tu peux garder ta chambre un moment. Mona te fera un prix, j’en suis sûr.

– Mona ?

– Oui, la patronne. Elle t’a accueilli hier.

Je fis une grimace en y repensant.

– Elle m’a attrapé, poussé dans l’escalier jusqu’à ma chambre en me sous-entendant que tes amies t’avaient laissée tomber et m’a planté là. Oh, elle m’a aussi amené à manger, mais a dû oublier les présentations, tu n’es pas la seule tornade du coin.

Ada, rougit, mais vraiment, elle devient écarlate, je sentais la chaleur qui se dégageait de ses joues. Elle baissa les yeux en marmonnant :

– J’ai trouvé plus simple de dire que je te connaissais. On est hors saison et Mona t’aurait fait crouler sous ses questions et c’est aussi plus simple pour ache­ter, les prix seront plus bas pour une amie que pour un touriste, alors je me suis permise…

Je comprenais, une amie, on l’accueille, une étrangère non, ce serait plus simple pour moi de me faire accepter en ville. Ce qui était gentil de sa part, mais je ne comprenais pas pourquoi cette fille tenait tant à ce que je reste.

– Pourquoi fais-tu ça pour moi ? On ne se connaît pas. Pourquoi tiens-tu tant à ce que je reste ?

– Tu sais, souffle-t-elle en regardant au loin. Je suis arrivée il y a seize ans, j’avais quatorze ans et la men­talité entre l’Europe et ici, je t’assure, c’est vraiment différent, j’ai eu du mal à m’y faire et puis parler français me manque réellement, j’ai l’impression de le perdre chaque année un peu plus et avec lui, ce sont des souvenirs qui partent.

Elle baissa la tête et regarda ses pieds.

– À ce point-là différent ? En quoi ? Et, si tu n’aimes pas la vie ici pourquoi es-tu restée ?

– Je n’ai pas dit que ça ne me plaisait pas, j’aime la vie ici. Juste que je ne me suis pas fait de vraies amies. Lorsque j’ai perdu mes parents, je suis venue vivre chez mon oncle, ma seule fa­mille. Il n’était pas prêt à s’occuper d’une ado de la ville. Elle rit doucement. Pauvre tonton, je lui en ai fait voir. Mon oncle n’est pas très sociable, il vivait loin de la ville et y a déménagé à mon arrivée. Les choses n’ont pas été simples. Je n’ai rien fait pour les rendre faciles. J’en suis consciente.

Il a vieilli et c’est vraiment ma seule famille. Je n’ai pas envie de partir loin de lui, même si depuis quelques années, il est retourné à sa cabane et moi, je suis restée en ville. Je me sens chez moi ici, mais avoir une amie avec qui partager me manque. J’aurais pu m’en faire, mais mes premières an­nées, tu sais, je n’ai pas été sympa et même pire. J’avais du mal à accepter d’avoir dû tout quitter et je l’ai fait payer à tous ceux qui m’approchaient.

Elle leva les yeux au ciel, ils s’étaient assombris alors qu’elle parlait.

– Bref, je ne me suis pas faite d’amies, alors, je me suis dit…

– Pourquoi pas la débile qui débarque dont ne sait où et sans savoir où elle met les pieds ?

– Non, tu n’es pas…

je l’interrompis en riant.

– Je rigole, mais je te comprends. Je pensais avoir des amis et ils m’ont laissé tomber, ce n’était pas réellement des amis. Alors, je peux comprendre. En plus, tu parles français, c’est un atout ma­jeur pour moi, une vraie chance en fait.

Je lui souris, elle me sourit en retour en me tendant la main elle dit :

– Salut, je suis Adeline Chérine, mes amis m’appellent Ada.

Je lui serrais la main.

– Salut, je suis Sophie Baumgartner et je t’interdis de m’appeler Soso…

Une poigne de main franche cella notre pacte. J’avais une amie apparue comme par magie alors que je pensais im­possible de m’en refaire une dans cette nouvelle vie. Une petite voix me souffla qu’il y avait certainement une arnaque là-dessous, j’y penserai plus tard pour le moment j’appréciais de connaître quelqu’un dans ma nouvelle vie.

Chapitre 2

Elle tint parole et me fit visiter, six maisons, toutes charmantes du même modèle que celle qui m’avait amené ici. Pas très grandes, deux étages, chauffage au bois et des travaux, beaucoup de tra­vaux, pour toutes.

Mais je ne craquais pas, il me manquait à chaque fois un quelque chose, un je ne sais quoi, rien n’y faisait, pas de coup de cœur pour elles. Dépitée, ma nouvelle amie finit par m’amener à ma maison.

Oui, ma maison, sans aucun doute possible, j’en étais tombée amoureuse sur la photo de l’annonce et ce sentiment devint une évidence quand je la vis et l’avoir à moi devint urgent.

Perdue, elle l’était, en mauvais état moyennement, les anciens propriétaires avaient commencé les travaux, mais rien n’était fini. Le toit perdait ses tuiles, les volets qui restaient pendaient et servaient de perchoirs aux corbeaux, la peinture n’avait de blanc que le souvenir.

Pour ouvrir la porte, il fallut à Ada un grand coup d’épaule et le grincement qui suivit me fit rire. Le salon était rempli de matériel et il était impossible d’en voir la taille, la cuisine datait de l’époque des fourneaux à bois et les chambres, seules pièces à peu près finies, étaient remplies de toiles d’araignée, seules habitantes du coin depuis longtemps. La maison était sur une petite butte dégagée, entourée d’arbres, cachée de la ville, probablement hantée insistait Ada.

Ok, une vieille maison de bois dans les bois, hantée, me faisait de l’œil et je craquais. Je la voulais ! Et, je la voulais maintenant, pas dans une année. Elle, pas une autre.

C’est une Ada soupirante qui me ramena en ville. Elle bouda jusqu’à ce que je lui dise :

– Boude pas, là au moins, tu as une excuse pour rester dormir, trop loin pour rentrer de nuit pour les jeunes filles sages que nous sommes.

Elle sourit, hocha la tête et rajouta :

– Et personne pour savoir à quelle heure et dans quel état on s’est couché…

J’éclatais de rire. Fin de la bouderie, début d’un concours de bêtises sur la curiosité des gens des petites villes et de comment éviter de se faire pincer quand on est un jeune du coin. C’est riant comme des petites filles que nous arrivions en ville, elle me traîna à son bureau où son chef, un gros type en tenu de chasse, me salua à peine d’un yo avant de replonger son nez dans son ordinateur. Elle me fit m’asseoir dans un joli canapé qui semblait s’être égaré dans un coin de la pièce et prit les documents de vente sur le second bureau. Elle les avait préparés au cas où, me dit-elle.

– Tu es vraiment sûr ? Tu ne veux pas y réfléchir encore ? Me redemanda-t-elle.

– Oui, je suis sûre, arrête maintenant sinon je t’engage pour les travaux !

La voix de son patron sonna dans la pièce.

– Parlez pas français ici, je veux pas qu’on vienne me dire que je suis un escroc qui profite des touristes.

– C’est pas une touriste, boss, répondit Ada, C’est une de mes amies qui vient s’installer ici. Elle loue pas, elle achète.

La tête du boss sorti de derrière l’écran.

– Elle achète ?

– Oui, et cash !

– Oh, mais le contrat est en anglais, pas dans sa langue.

– Je sais, mais elle parle aussi anglais, elle manque juste de pratique, pour ses débuts, c’est plus simple si je traduis.

– Ok, mais elle achète quoi ?

Elle me fixa et me demanda en anglais cette fois :

– Tu es sûr, vraiment ?

– Oui, dis-je, ou plutôt yes…

Le regard de son boss allait d’elle à moi, ses sourcils froncés, tentant de comprendre l’hésitation d’Ada.

– Elle veut laquelle ? Redemanda-t-il.

– La maison hantée, grimaça Ada.

– Ah, celle-là, tu lui as raconté ?

– Oui, enfin elle n’y croit pas, j’ai pourtant essayé.

– C’est ton amie, ton problème. Faites un tour à la bibliothèque avant la vente, ça pourrait lui faire changer d’avis.

Elle fit oui de la tête et même si j’insistais pour signer tout de suite, elle me proposa de prendre un peu de temps avant.

– Tu sais, il te faut une voiture et chiffrer les travaux et leur durée. Tu pourrais louer quelque chose en attendant et puis il faut tout commander, ici il n’y a pas beaucoup de magasins alors, tu vois…

Ce que je voyais surtout, c’est le manque d’entrain qui ressortait, le sien et celui de son boss, sans que je puisse voir en quoi cette maison était un monstre. Pour moi, ce n’était que croyances et médisances. La maison isolée pouvait sans aucun doute prêter à ce genre de légendes urbaines. Si fantômes il y avait, j’étais prête à leur tenir tête et à les virer de là parce que cette maison, je la voulais. Mais, je pouvais attendre encore un peu, je n’étais pas à un jour près et il me fallait recon­naître que oui, j’avais besoin d’une voiture, de quelqu’un qui me montre où tout acheter, du clou au lit. Donc en attendant, je pouvais prendre le temps de visiter la bibliothèque et les magasins du coin.

– Bon, d’accord, finis-je par dire en me levant du canapé. Tu as gagné. Allons voir cette biblio­thèque.

– Super !

Fut la seule réponse que j’eus et elle me poussa dehors en lançant un à demain à son boss. L’avantage des petites villes, c’est que tout est proche. Trois immeubles plus loin se trouvait l’école qui cachait une bibliothèque incroyable, une merveille, vraiment. La bibliothécaire d’une quaran­taine d’années, était blonde plus petites que moi avec des yeux verts à tomber. Une véritable poupée qui ne correspondait pas réellement à l’idée que l’on se fait de la bibliothécaire vieille fille et coincée. La petite dame discutait avec un homme grand, pâle et presque chauve. Ada me précisa que Flo tenait depuis peu la bibliothèque et que James, le vieil homme, était l’ancien bibliothécaire et lui correspondait à l’idée que l’on se fait d’un bibliothécaire, vieux, sérieux et peu souriant.

Ils discutaient en chuchotant, penchés sur un livre. Ils levèrent la tête en même temps et Ada se transforma d’un coup en petite fille gênée, au seul regard du vieux monsieur, ça me fit sourire. Flo vint vers nous et me fixa étonnée.

– Bonjour, dis-je.

– Bonjour, répondit-elle et elle ne dit plus rien d’autre.

Ada demanda timidement si je pouvais consulter les archives des journaux de la région à quoi un pourquoi et un haussement de sourcils lui répondirent.

– Je m’intéresse à la maison hantée !

Deux yeux glaciaux me fixèrent.

– Vous croyez à ses bêtises ?

Le ton était sec, agacé et elle ne me regardait plus, mais fixait Ada.

– Non, mais on m’a conseillé de me renseigner avant de l’acheter.

– Bien, les yeux verts pivotèrent vers moi, je comprends, vous savez les gens d’ici ont leurs lé­gendes.

– Je n’en doute pas, fis-je avec un petit sourire. Pourtant, j’avoue que connaître le passé de la maison serait un plus, si je trouvais des plans…

– Impossible, me coupa-t-elle, dans les coins les plans…

Son regard était interrogateur, bon sang, on pouvait lire dans ses yeux la moindre de ses émotions.

C’était troublant. Elle me fit signe de la suivre. La salle des archives, comme toute bonne salle d’ar­chive, était au fond, tout au fond, remplie d’armoires en métal avec une table au centre, le tout sentait la pous­sière, normal.

– Nous n’avons rien sur informatique, dit-elle, du moins rien de récent. James n’était pas…

La phrase laissée en suspens comme si personne ne pouvait comprendre à quel point ce James était hors du temps.

– Ce n’est pas grave, je préfère de loin le papier.

Elle me sourit d’un coup.

– Les jeunes et leurs ordinateurs ne comprennent plus rien aux livres, dit-elle en haussant les épaules.

– Et pourtant, le toucher, l’odeur, le plaisir de tourner les pages, dis-je pour compléter sa phrase.

Et hop, les yeux verts me scrutèrent plus intensément encore cette fois-ci, ils étaient tellement expressifs, mais leur propriétaire ne dit rien de plus que :

– Je vous laisse, Ada sait où chercher, n’est-ce pas ?

Sa voix se fit mielleuse lorsqu’elle lui parla et me fit froid dans le dos. Oui, Ada savait exactement où chercher et quels articles me faire lire. Le premier, le plus ancien, parlait de la découverte de la femme du premier propriétaire retrou­vée assassinée dans la cuisine, le mari étant porté disparut, mais suspect. Le second du troi­sième ou quatrième propriétaire retrouvé pendu dans sa chambre puis une série impressionnante d’article annonçant les nombreux accidents arrivés aux différents ouvriers engagés pour y faire des travaux puis quatre propriétaires différents avaient eu des pépins plus ou moins impor­tants, allant de la perte d’un doigt, resté coincé dans une porte, à une commotion due à une chute dans l’escalier.

Bon, je devais bien admettre que la maison n’aimait pas trop les étrangers. Si fantômes il y a, la femme du premier couple à y avoir vécu semblait être toute désignée, elle ou son mari, jamais re­trouvé, mais rien n’y faisait, je la voulais. Allez comprendre…

Je promis à Ada que si perte d’un doigt il y avait, je déménagerais tout de suite même si j’en avais neuf de plus. J’étais sérieuse, vraiment ! Mais, elle soupira, secoua la tête et me dit :

– Viens, j’ai faim !

Elle ne dit plus un mot jusqu’à ce que nous soyons assisse à la table d’un des deux restaurants de la ville. Le Grill, un simple nom justifié par les plats servi, tout était grillé de la viande aux légumes jusqu’aux nappes. Elle ne me dit pas un mot avant que nos plats arrivent. J’en avais profité pour re­garder les autres clients. Le restaurant était plein, pas une table de vide et les regards me passait des­sus, s’arrêtant sur Ada, avant de nous ignorer totalement.

– Tu m’en veux parce que je tiens toujours à acheter la maison ?

– Non, souffla-t-elle, je t’avoue que j’aurais préféré te voir rester en ville, c’est plus sûr, tu ne connais rien à la vie ici, mais j’aurais au moins tenté de te faire changer d’avis.

Elle pointa son menton vers la salle.

– Une réputation est vite faite ici, déjà te voir avec moi ne va pas t’aider alors si, en plus, tu achètes la maison maudite…

Du coup, je doutais de ne jamais m’adapter à cette ville. Elle ne semblait pas y être parvenue et bien que je comprenne son envie de se trouver une amie qui ne soit pas d’ici, je redoutais cette amitié, un peu trop rapide. Et, puis zut !

– He bien, au contraire, tu devrais être contente, d’un, personne ne saura jamais ce que j’y fais donc ce que tu y feras non plus. De deux, tu n’as pas besoin, avec moi, d’être ce que tu ne veux pas, je me fiche de ton passé, le mien n’est pas glorieux et franchement, je ne suis pas là pour me faire des amis. De trois, tu pourras les menacer de faire venir toutes tes folles d’amies de France pour les faire taire. Qui sait, je pourrais être un medium venu pour parler aux fantômes et c’est pour cela que je tiens à l’acheter, tes autres amies, sorcière, non ? Ça pourrait le faire ?

Un œil incrédule me fixa puis une lumière y dansa répondant à celle qui était dans mes yeux. Le rire nous prit par surprise. Vous savez, ce rire franc, heureux qui vous secoue de la tête au pied, magistral et renforcé par les regards sur nous.

Bien dix minutes plus tard, le calme revenu et difficilement maintenu, j’étais absolument convaincue d’être classée parmi les folles furieuses du coin.

– Si tu voulais passer pour quelqu’un de normal, c’est fichu…

– Tant mieux j’en avais marre d’être normal !

Je lui tirais la langue. Le pacte scellé la veille se renouvelait et mes doutes se turent, ça allait vite, mais je me sentais heureuse, finalement, je me fichais de ce que ces gens penseraient de moi, rappelez-vous, je ne suis pas venue me faire des amis. Une, c’était déjà bien plus que prévu. Elle passa la soirée à me montrer discrètement les personnes présentent, me faisant un petit topo sur leur vie, tout se savait ici. Le temps fila, je me sentais bien et mon « non » projet semblait prendre une tournure intéressante !

J’avais hâte et je me sentais prête à remuer des montagnes.

Chapitre 3

Refusant toujours de me laisser signer l’acte de vente, Ada m’avait fourni les papiers concernant la maison. Il y avait l’état des lieux, enfin surtout la liste des travaux à faire d’urgence et le devis des travaux. Mes économies n’y suffiraient pas si je devais faire appel à une entreprise. Une fois bien épluché la liste, j’en avais conclu, optimiste, qu’à part le toit, je devrais pouvoir tout faire de mes blanches mains. Je décidais par où commencer, la salle de bains me semblait être l’obligation d’ur­gence, puis je fis une magnifique liste de ce dont j’aurais besoin, longue de plusieurs kilomètres. Non, je n’exagérais pas. Elle commençait par trouver une voiture, ou un bus, ou un camion, enfin un n’importe quoi avec des roues et un coffre, un grand, au vu des travaux prévus et avec un budget serré, du neuf était impossible.

Impossible n’étant presque pas Ada, elle prit les choses en main et je me retrouvais devant une femme d’une cinquantaine d’années, grande, charpentée comme un bûcheron qui me fixait d’un drôle d’air. Mais, si vous savez, ce regard que les natifs d’un coin posent sur ceux qui débarquent et qui dit : toi tu ne vas pas faire de vieux os ici, charmant !

Sauf que sans trop savoir comment le regard se modifia au fur et à mesure qu’Ada me présentait et expliquait mes besoins. Je me retrouvais avec une jeep rouillée et une remorque qui l’était encore plus, en moins de dix minutes et la vente se conclut par :

– Tu peux payer en plusieurs fois si tu restes, sinon je reprends le tout quoique tu aies déjà payé.

Ok, c’était simple et précis.

– Merci madame.

– Pas madame, Suzanne, juste Suzanne.

– Merci Suzanne, fis-je en lui tendant la main.

Elle la saisit entre les deux siennes et après un instant dit doucement :

– Soit la bienvenue, la vie n’est pas facile ici, mais si tu t’accroches, tu devrais t’y plaire. Passes me voir si tu as besoin de quelque chose.

Elle nous fit un signe de tête avant de partir.

– La voiture, c’est fait. Viens, cette fois-ci, tu peux signer les papiers pour la maison ! Je t’ai obte­nu un rabais. Ils sont pressés de vendre.

J’avais loupé quelque chose, non ? Les papiers comme ça, boum et en vitesse, je vous prie. J’avais vraiment loupé quelque chose. Rien compris moi. Bref, en moins d’une semaine, j’avais une mai­son presque en ruine, une voiture qui ne valait pas mieux, une remorque qui grinçait tellement que l’on devait m’entendre de plusieurs kilomètres, un compte dans le seul magasin de bricolage du coin, le tout mis en place au pas de course par une Ada survoltée qui ne me laissait pas le temps de souf­fler.

En ville, on commençait à me reconnaître, l’attraction de la nouveauté ne s’essoufflait pas aussi vite que je l’avais espéré et les regards qui s’attardaient sur moi me mettaient mal à l’aise, j’avais hâte de pouvoir filer loin de tous. Oui, même loin d’Ada dont je ne comprenais pas l’enthousiasme frénétique de ces derniers jours et qui m’épuisait.

Papiers signés devant l’œil attentif de Bogdan, le patron d’Ada. Mon compte en banque dépouillé de beaucoup moins que prévu. C’est l’esprit conquérant et toute seule, comme une grande que je me rendis « chez moi » avec l’espoir fou, j’en suis consciente, de pouvoir rapidement m’y installer. Lorsqu’au dernier contour, la maison se fit visible, je stoppais net.

Chez moi, fut la seule chose à laquelle je pensais, chez moi et loin de tout. Un vrai bonheur m’envahit, sauvage, puissant, chez moi, toute seule.

Je restais là à contempler un long moment cette maison qui m’avait fait tant envie et qui aujourd’hui était en passe de devenir mon foyer. Je profitais du calme. Je profitais de ce sentiment de confiance qui grandissait en moi. Je prenais le temps de paniquer, un peu, devant l’ampleur de la tâche puis me décidais à me bouger. Je fis le reste à pied, le coin était si calme que je n’avais pas envie de troubler ce silence avec un moteur. Je m’approchais et caressais la porte du bout des doigts en murmurant.

– Salut, toi, c’est moi, tu penses que l’on va s’entendre ? J’en ai bien envie, tu sais.

Je restais là, devant cette porte ne sachant trop ce que je voulais faire puis je me traitais d’an­douille, ris un peu et ouvris cette fichue porte pour faire le tour de MA maison !

Rien de bien remarquable, il faut le reconnaître, une cuisine assez grande, séparée du salon-salle à manger envahi de matériel, dont il faudra bien que je fasse l’inventaire et une salle de bain où ne restait qu’un trône et un bout de miroir perdu au milieu de mor­ceaux de carrelage. Un désastre qui me fit soupirer. Arriverais-je à m’en sortir ? En regardant de plus près je fus pris de doutes monstrueux qui m’accompagnèrent à l’étage, là, les trois chambres étaient vides, les murs repeint et habitable en l’état, une fois délogées les centaines d’araignées qui les avaient colonisés.

Une odeur de moisi envahissait le tout. J’ouvrais les fenêtres, débloquais comme je pus les vo­lets qui restaient et laissais entrer le soleil et l’air pur. Le monstrueux doute qui me tenait compagnie ne résista pas à la vue sur les arbres et au silence qui régnait. Je voulais vivre ici et j’allais y arriver.

Laissant tout ouvert, j’attaquais l’inventaire de ce que contenait le salon, entre les fenêtres et les meubles rassemblés là, je trouvais un tableau noir où des dessins d’enfants à la craie étaient à moi­tié effacés. Je le posais contre un mur, le nettoyais avec ma manche et en riant, je notais : Bonjour à vous fantômes de la maison, je suis Sophie et je vais vivre ici, j’espère que nous serons amis dans un avenir proche.

Je rigolais et commençais à effacer ma demande d’amitié quand un klaxon m’interrompit. Ada arri­vait. Elle bossait quand elle ? Donc je disais, Ada arrivait avec dans sa voiture, le matériel com­plet de la parfaite femme de ménage. Elle avait même caché ses cheveux sous un long foulard. Je pouffais en la voyant.

– Tu changes de métier ?

– J’y songe, hors saison ce boulot est d’un ennui, tu n’imagines pas.

– Et nettoyer la maison t’as semblé une bonne occupation ?

– Non, mais te regarder faire, oui !

Elle me passa devant en me jetant un foulard.

– Au boulot, cria-t-elle comme le général qu’elle semblait être devenue avec moi.

C’est râlant ouvertement que je la suivis à l’intérieur et toujours en râlant devant son air faussement outré que nous avons attaqué la chasse aux araignées de l’étage.

J’étais alors, bien décidée à ne sor­tir de là qu’une fois les nettoyages finis, mais alors que je ramassais les débris de catelle dans la salle de bain. Je fus arrêtée net par le bout tranchant de l’une d’elle. Les doigts ça saigne, les miens en­core plus, ils saignent, vraiment, beaucoup. J’en mis partout, on pouvait me suivre à la trace, mince, et en plus un morceau était resté figé dans la coupure. Bien sûr, pas d’eau, pas de pansement, nous n’avions rien prévu.

Je râlais, pestais contre ma maladresse et les rire d’Ada ne m’aidèrent pas à me calmer. Je la fusillais du regard.

– Arre oi bin.. erci, finis-je par dire la bouche pleine de mon doigt, ce qui ne fit rien pour la cal­mer, bien au contraire.

Nettoyages terminés pour aujourd’hui, direction la ville et la pharmacie.

Une fois mon doigt déguisé en poupée, ma fierté écornée me poussa à abandonner ma soi-disant amie ricanante. J’étais trop fatiguée pour sortir et tout ce que je voulais, c’était un bon bain chaud et dormir. Mon doigt tapait encore et je me promis de commencer par m’équiper de gants dès le lendemain et en m’endormant, je songeais à tout ce que je devrais encore acheter.

Ada ne m’ayant pas laissé conduire, elle avait raison, j’aurais mis du sang partout, je devais me ta­per cinq kilomètres et des poussières à pied pour aller retrouver ma voiture.

En arrivant à la maison, je trouvais les fenêtres fermées. J’étais pourtant sûr de les avoir laissés ouvertes. Ada était probable­ment revenu les fermer, gentil à elle. J’effectuais un rapide tour et repartis en voiture cette fois-ci. L’achat de gants, achat hautement important, me ramenant en ville, je profitais pour étoffer un peu mon ma­tériel. Une brouette, une pelle et une ramassoire en fer me vengeraient de ces fichues catelles. Le reste de la journée, je l’occupais à contrôler ma liste et à réfléchir mollement assise dans le petit parc à ce qu’il me faudrait commander en premier. Je me décidais pour de nouvelles toilettes, ça, c’était urgent ! Réellement urgent !

Il me fallut plus d’une semaine pour vider tout le fatras qui s’entassait dans le moindre coin du rez, j’avais acheté un de ses abris de jardin en kit qui me serviraient d’entrepôt, cassé la pelle, plié la ra­massoire et découvert plusieurs muscles que j’ignorais posséder, eux aussi ignoraient qu’ils ser­vaient à quelque chose et leur réveil fut des plus douloureux.

L’absence d’Ada se faisait sentir, après les premiers jours où elle m’avait servi de nounous, elle avait repris son travail à plein temps, la sai­son avait commencé. Je souriais en pensant à elle à chaque fois que je passais devant le tableau noir, le jour où elle était venue fermer les fenêtres, elle avait répondu à mon message par un “moi aus­si” écrit avec soin à côté de ma note.

J’avançais dans les travaux, pas vite du tout, mais le temps était venu pour moi de quitter ma chambrette en ville. J’allais dormir sur un lit de camps, faire la cuisine sur un réchaud de camping, mais le plus important, j’avais des toilettes fonc­tionnelles. Le luxe !

Je n’avais pas revu Ada, je passais donc à son bureau pour lui annoncer mon emménagement. Elle n’y était pas. Son patron m’annonçant qu’elle était absente pour encore trois jours, je laissais un mot sur son bureau, un peu dépitée et je retournais pour la dernière fois à l’hôtel. Je vidais ma chambre et fis mes adieux à la ville avec soulagement. C’est euphorique que j’arrivais dans ma mai­son !

Euphorie qui une fois sur place ne dura que quarante-cinq minutes, maximum. Alors que je finissais mon installation de fortune, posant ma valise dans un coin du salon, trop flemmarde pour la monter dans une chambre et transportant mes affaires dans la salle de bain, mon front décida de faire une rencontre sonore avec la tablette du lavabo fantôme de la salle de bain. Ce fichu bout de porcelaine qui avait résisté à la destruction des anciens propriétaires, sûrement parce qu’il était plus que soli­dement fixé, c’est du moins l’impression qu’eut mon front. Je vis des étoiles, du sang couler devant mon œil, bobo, gros bobo et merde. J’enroulais ma tête dans une serviette après avoir désinfecté la plaie, avalais un cachet en râlant puis me couchais en espérant que ça passe. Pour une première journée, ce fut une journée mémorable, aïe !

Je me réveillais avec un atroce mal de tête et je ne bougeais pas. Je pris le temps de me souvenir de qui j’étais et où, d’être bien sûr que j’étais vivante que ma tête ne tournait pas trop. Ho, elle faisait mal, un mal de chien, mais je ne m’en tirais pas si mal. Un bon moment plus tard, je me levais en titubant en direction de la cuisine et de la petite pharma­cie qui s’y trouvait. J’avalais deux cachets, hésitais à en prendre un troisième et retournais me coucher. Grosse journée en vue.

C’est le soleil qui me réveilla le lendemain, ma tête allait mieux et bien que je me sentai vaseuse, mon estomac, lui, était en forme. Un café et deux tartines plus tard, je me dé­cidais à contrôler l’ampleur du désastre sur mon front. Une cicatrice légère au milieu d’une bosse, elle-même au milieu d’un bleu qui englobait mon œil et une partie de ma joue. Je ressemblais à un boxeur, le perdant bien sûr. Tablette de lavabo un, moi zéro !

Je ne sais pas pourquoi, je m’attendais à bien pire. Il me semblait avoir plus saigné, mais je ne trou­vais pourtant que quelques traces et uniquement à la salle de bain. Il faut croire que le choc avait été rude, sacrément rude, mais sans gros dégâts.

Dire que j’ai eu du mal à me remettre à mes travaux, n’est rien à côté du courage que je n’avais pas. Au fil de la journée, je passais plus de temps à rêvas­ser qu’à travailler. Je finis par m’installer dehors pour avaler mon sandwich, les journées rallon­geaient, le temps était plus doux et j’avais envie de profiter du soleil en ce début d’après-midi pour refaire le plein de volonté que je n’avais toujours pas et qui me faisait surtout tour­ner en rond. Lasse de mon manège et pour décider par où commencer, je finis par reprendre le ta­bleau noir, le nettoyais et commençais à noter :

Cuisine, ouvrir ou non ?

Sol, carrelage ou lino ?

Four, gaz ou électrique ?

Micro-onde ?

Salle de bain, place pour baignoire ou non ?

Quelles couleurs ?

Douche ?

Salon, mettre un nouveau sol ?

Garder la cheminée ouverte ?

Et ainsi de suite. La liste des questions s’agrandissait, celle des réponses ne bougeait pas. Le temps passait en interrogation et je me couchais en pensant à tout ce qui me restait à décider. Dans un grand élan de lucidité, je décidais de ne pas décider pour le moment ! Cette bonne résolution prise, je m’endormais.

C’est le hurlement suraigu d’une alarme qui me réveilla au petit matin. La sirène d’alarme se nom­mant Ada, était debout devant moi, gesticulante. Je crus comprendre des mots comme, folle, porte non fermée, visage défiguré, risque de mort, têtue et en danger, dit d’une voix si forte et aiguë que tous les chiens dans un rayon de dix km devaient hurler pour y répondre. Mon mal de tête était de retour ou était-ce un nouveau provoqué par le flot de parole qui se déversait sur moi ? Dans le doute, je re­fermais les yeux.

Oui, j’avais mal à la tête, oui, Ada hurlait, oui, il fallait arrêter ça.

– Bonjour, ça fait plaisir de te voir. Glissais-je rapidement alors qu’elle reprenait sa respiration.

– Ben pas à moi, répondit-elle tu as vu dans quel état tu es, dix jours et je te retrouve à moitié morte.

Sa voix tremblait un peu, me prouvant qu’elle était réellement inquiète.

– C’est rien, je t’assure, je me suis cognée, la tablette de la salle de bain a gagné, mais c’est plus moche que grave.

– As-tu mal à la tête ? Des vertiges ?

– Oui, non, mais oui, parce que tu hurles là.

– Non, je ne hurle pas, dit-elle en hurlant.

– Si, un peu quand même.

– Non, juste ce qu’il faut ! Et il faut bien que tu te rendes compte de tes bêtises, non ?

– Hurler, ça me donne plutôt envie de faire le contraire, répondis-je en riant.

Elle soupira, une fois, deux fois, trois fois, ferma les yeux, puis avec un quatrième soupire, dit beau­coup plus calmement :

– Quand j’ai trouvé la porte ouverte, j’ai eu peur que tu sois partie ou pire morte.

– Je ne suis ni partie, ni morte. J’ai juste un œil au beurre noir, qui va rester quelques jours avant de se transformer en joli arc-en-ciel et disparaître, rien de grave. Allez calme-toi. J’ai besoin d’un café, tu en veux un ? Ou plutôt une tisane ? Calmante ! Dis-je en riant.

Elle me suivit dans la cuisine et mon petit réchaud de camping fit sans broncher son travail.

Une tasse de café à la main, Ada ayant catégoriquement refusé la tisane, nous nous installions dans le jardin. De vieux rondins vermoulus nous servirent de chaises et je profitais du soleil.

– Bon, sang, tu ne t’es pas ratée, il est immense ce bleu.

– Yep, je sais, un sacré match, mais mon adversaire à tricher. Je ne l’avais pas vu venir.

Elle sourit en tendant un doigt pour me toucher. Je reculais la tête en vitesse de peur d’avoir mal et glissais du rondin, me retrouvant pleine de café, les fesses par terre.

– Ok, fit-elle, tu es un vrai danger pour toi-même, il va falloir que je passe régulièrement pour contrôler que tu n’as pas cassé quelque chose ou coincé, ou coupé…

Elle parlait sérieusement, enfin essayait, le rire pointait dans ses yeux. Je me relevais, secouais mes vêtements et alors que je passais devant elle, hautaine et fière, son rire fusa d’un coup. Je me retour­nais et la vis tenter d’essuyer les larmes de rire qui perlaient.

– Tes fesses, souffla-t-elle entre deux hoquets.

Je passais ma main sur elles, mince le pantalon était déchiré. Ok, j’étais ridicule, un œil au beurre noir et les fesses à l’air. Elle se fichait de moi, qui pouvais-je ? Je ruminais une vengeance en me préparant une nouvelle tasse de café. Pourtant, je reconnaissais que la voir était un vrai plaisir, j’appris que nous étions lundi, son jour de congé et qu’elle avait décidé de me traîner en ville. J’avais selon elle besoin de vêtement mieux adapté à mon mode de vie. Les éclairs dans ses yeux sous-entendaient, mieux adapté à ma maladresse. Je ne répondis rien, me drapais dans ce qui me restait de dignité et allais me changer. Mon œil au beurre noir ne passerait pas inaperçu et allait susciter des commérages pour plusieurs jours, mais comme je ne connaissais personne, je ferais avec. Je soupirais en souriant et en­filais des vêtements entiers.

Néanmoins, je passais une merveilleuse journée et quand je rentrais, les bras chargés de sacs, j’étais épuisée. Je ne sais pas où Ada puisse son énergie, mais moi, je n’en ai jamais eu autant.

C’est en souriant que je me préparais à manger et je m’installais dans mon salon pour recommencer à réflé­chir à ce que je voulais. En regardant le tableau, je fus étonnée de voir qu’Ada avait répondu à mes questions. Je pouvais lire à côté de ma liste des commentaires à cuisine, ouvrir ou non ? Un non-mur porteur était rajouté pour le reste le choix était entouré jusqu’à salle de bain ou douche et bain étaient entourés avec un si possible les deux, ajouté à côté.

Mais l’autre, quel culot ! Je rigolais en lisant ses choix. Arès tout pourquoi pas, un vrai petit gé­néral cette nana, mais qui n’avait pas tort, une douche et une baignoire, mmm, ce serait merveilleux. Je rangeais mes nouvelles affaires dont une salopette en jeans solide que j’avais tenu à acheter mal­gré les soupirs et les yeux au ciel à cause de mon mauvais goût, de mon amie. Demain, je m’attaquerai à la salle de bains et me vengerais de mon adversaire victorieux ! Na !

C’est plein d’entrain que j’attaquais bout par bout la maison. Le jardin avait pris des airs de camping sauvage, des abris en toiles s’amoncelaient, un par pièce et j’y entassais les choses que je voulais garder. J’avais même installé un véritable atelier. Je travaillais beaucoup et à force de me tromper, de casser, j’apprenais et j’étais fière de moi !

Le tableau noir en guide précieux se noircissait de pe­tites notes et de réponses, je ne comprenais pas comment Ada arrivait à les écrire aussi souvent. Trop occupée et trop fatiguée, je laissais de côté les choses étranges.

La salle de bains, pas complètement finie, avait maintenant une douche. Les catelles anciennes fai­saient un joli carré en son centre et la baignoire commandée n’arrivera que dans quelques se­maines, ici tout prenait des semaines.

J’avais recopié au propre les suggestions du tableau noir et finalement, elles semblaient me convenir ou alors mon côté petite fille obéissante n’avait pas totale­ment disparu ce qui mériterait que je prenne un instant pour y songer. Je le ferai plus tard, ce n’était qu’une réponse de plus à trouver. J’en avais déjà plein.

Comme aucun accident ni fantôme n’étaient venus me compliquer la vie, j’avançais, vraiment pas vite, mais j’avançais. Les journées étaient longues. Heureusement mes muscles hurlant de contrarié­té au début s’y faisaient, moins de courbatures, plus de travail et moi qui avais toujours été un peu ronde, j’avais trouvé le meilleur des régimes, bouge-toi et bosse ! Je vous le recommande.

Je me couchais avec les poules, bien plus tôt que le soleil qui traînait trop longtemps pour moi de­puis que l’été était arrivé et me levais avec le soleil. Un rythme soutenu, car je voulais avoir fini les gros travaux avant l’hiver. Je voulais avoir chaud et être bien installée pour affronter la neige.

Chaque jour était rempli de petits travaux qui n’avaient rien de compliqué sur le papier, mais prenait un temps fou. Un temps que je perdai régulièrement en soupir et raz le bol. Mon vocabulaire rageur partait du français et quand j’en avais fait le tour passait à l’anglais. Langue qui s’étoffait de jurons plus que d’autres mots, merci Ada.

Les jours passaient et se ressemblaient, inter­rompu par ses visites, qui ne servaient qu’à vérifier que je ne m’étais pas coupé un bras ou pire, car elle les passait à boire une bière assisse par terre et à me regarder faire, une aide précieuse…

Chapitre 4

J’avais pris l’habitude de faire mon programme sur le tableau noir. Liste que je prenais plaisir à tracer tous les soirs et qui me faisait soupirer par son peu d’avancement. J’avais bien compris que pour rester motivée, je devais me limiter à quelques lignes réalistes pour le lendemain. Ce soir-là, je notais finir la salle de bains, vider la cuisine, demander de l’aide pour sortir le vieux fourneau, voir s’il peut être réparé, enlever le sol et si encore temps démonter les placards. Quatre petites choses de rien du tout, mais de l’aide ne serait pas mal venue. Je soupirais. Pourquoi tout était-il aussi lourd ?

Bref, ça attendrait demain, le plus urgent était de filer me laver de toute la crasse accumulée dans la journée. Alors que je sortais de la douche, mon orteil fini dans un carton de catelle. Vous ai-je dit que la salle de bains n’était pas tout à fait finie ? Oui, elle est dans ma liste. Un carton de catelle, posé là par des lutins qui en avaient après moi, j’en étais persuadée, c’est beaucoup plus dur qu’un orteil. Je hurlais, les orteils, ça fait mal !

Sautillant en râlant, je partais à la recherche de ma trousse à pharmacie, glissais et finissais la tête contre la cheminée. Bobo. Mais, vraiment aïe, je vis mes copines les étoiles et merde, tout ça pour un orteil. Ma tête se mit à tourner et je ne vis plus rien.

Je me réveillais avec un mal de tête atroce, encore une fois. Le souvenir de mon œil encore bien présent dans la tête, je jugeais que là, c’était pire, vraiment pire. J’avais mal partout. Je pris un temps fou pour lentement m’asseoir et j’étirais muscles après muscles, jusqu’à ceux de ma nuque qui refusèrent de fonctionner, oh surprise !

Je devais me lever et me diriger vers la cuisine où se trouvait la trousse. Je ne serais capable de rien sans un cachet contre la douleur. J’étais mal, franche­ment et avant de me lever, je jetais un œil autour de moi, cherchant quelque chose pour m’aider à avancer. La trousse était là, pas à la cuisine, mais à un mètre de moi sur le sol, sauvée ! Je me levais doucement et tanguais dans sa direction. Me pencher fut une véritable prouesse tant ma tête cognait, mais j’y parvins en faisant très, mais alors très attention. J’avalais deux cachets, fit demi-tour en traînant la trousse et retournais me coucher en me promettant d’appeler Ada si des nausées apparaissaient.

Je ne le fis pas. Je dormis toute la journée et le lendemain, je me levais en mode zombie, la nuque raide pour trouver un mot mis sur la table de la cuisine. Quelqu’un y avait écrit : faites un peu plus attention ! J’ai sorti le fourneau pour vous avancer.

Je fixais la note bêtement, mon cerveau en panne refusait de comprendre. Qui avait sorti le fourneau qui pesait deux tonnes ? Ok, donc, heu, voilà, c’est quoi ce bordel ? Il y avait quelqu’un chez moi ? Mes pieds décidèrent de retourner au salon où mon corps, cerveau toujours absent, me fit tomber assise sur mon lit. Je restais là, bêtement, loin de la cuisine comme si d’un coup tout allait revenir à la normale. La douleur de ma tête me fit sentir vivante, ce fut du moins la seule chose qui me sem­blait normal.

Vous connaissez cette impression que votre cerveau gèle ? C’est au-delà de la panne simple et bête, rien, plus rien ne marchait dans ma fichue caboche. Un grand vide y régnait. Mon corps avait pris la relève, mais une fois réfugié au salon, il abandonna la direction des opérations. Plus rien, nada, néant total. Seuls mes yeux semblaient vouloir faire le boulot, enfin un peu, je voyais flou. À grand coup de respiration profonde, je tentais de reprendre mes esprits et de calmer la douleur. Non, je n’allais pas retourner voir la cuisine, enfin pas tout de suite. J’étais tentée de m’enfuir, mais sans l’aide de mes jambes ce n’était pas possible.

Deux pauvres neurones se remirent à fonctionner et tentaient à eux deux de réfléchir à la situation, pas bien, vraiment, rien de concret pour les aider. J’avalais un contre-douleur. L’un mes deux neurones eut l’idée idiote de me faire bouger les yeux. Ils se fixèrent sur le tableau noir où ma liste d’à faire s’étalait. Je la relisais : finir la salle de bain, vider la cuisine, demander de l’aide pour sortir le vieux fourneau, voir s’il peut être réparé, enlever le sol et si encore temps démonter les placards, rien à dire, sauf que, sauf qu’en dessous, juste en dessous « demandez quand vous avez besoin d’aide » était noté. C’était l’écriture d’Ada. Enfin me dit un de mes neurones, tu pensais que c’était l’écriture de… Ha, ha gros malin de te décider à analyser ça maintenant et l’autre neurone, celui qui n’était pas occupé à faire des conclusions désagréables, relu une bonne dizaine de fois le texte qui ne changeait pas. Il était donc possible qu’il soit bien là et que ce n’était pas une hallucination due au choc, comme celui de la cuisine. Et mince. Enfin peut-être, pour la cuisine, il faudrait que je re­tourne voir. Non, pas envie du tout et puis mes pieds ne voulaient pas.

Je restais là, un temps infini. Je fixais le tableau. Ma tête restait vide. J’étais en panne, panne totale.

Mon fichu estomac se moquant complètement de la situation se mit à gronder : du café dit-il ! Si, il l’a dit, j’en suis sûr. De toute façon au point où j’en étais un estomac qui parle, ce n’était que du nor­mal. Je fermais les yeux, fort, jusqu’à voir des petites lumières se balader contre mes paupières. Je respirais profondément. J’ouvris les yeux, le texte était toujours là, je me levais, celui de la cuisine aussi. C’était réel, je me fis une tasse de café, la bus, puis une deuxième avant de retourner au salon.

Je relus le texte pour la millième fois, mieux réveillée cette fois-ci, pas en forme, pas à l’aise, mais mieux réveillée. Un troisième neurone, sûrement boosté par le café se fit entendre. Il voulait faire un conseil à trois ou plus. Le conseil se teint et conclu que d’un, ça ne pouvait pas être Ada, de deux, c’était écrit en français. En français, bordel t’a noté, en français ! À part Ada personne ne le parlait ici. De trois, c’était plutôt gentil de m’avoir aidé, flippant, mais gentil. De quatre que mes yeux étaient des imbéciles de n’avoir pas lu jusqu’au bout. En effet, en dessous de la signature que je peinais à lire, un P.S. était rajouté. Il disait : il serait souhaitable que nous nous rencontrions, ne pensez-vous pas ? Quel soir vous conviendrait ? Amicalement Louis.

Enfin je pense, la signature commençait par un L, c’était sûr, le reste beaucoup moins.

Mais, bordel, c’était qui ce type ? Il faisait quoi chez moi ? D’ailleurs vu son message le premier jour, il était là avant moi. Les fantômes écrivent ? Sérieux ? Ok, panique ! Là, maintenant, tout de suite, fou le camp, putain de pieds de merde ! Ils ne bougeaient pas. Je ne bougeais pas.

Il y avait quelque chose, je devais y réfléchir. Vraiment, je devais prendre le temps d’y penser. Mais penser à quoi ? Au café dit neurone numéro trois, plein de café rajouta numéro quatre qui sortait de je ne sais où en baillant, ok, encore plus de café, c’était un bon début. Début à quoi ? Je n’en savais rien, mais mon mal de tête atténué par le cachet et le café me laissait un peu plus de place pour réfléchir.

Café en main, assise par terre, je regardais le jardin. Quelques neurones supplémentaires se ré­veillèrent et se joignirent à la longue conversation qui se tenait dans ma tête.

Bon, disait numéro trois, oui, c’était lui, n’en doutez pas, récapitulons. Récapituler quoi ? Franchement, aucune idée et puis, numéro quatre dit, on reprend depuis le début, ok les gars ? Et, là, ils se mirent au boulot. Mon cerveau gavé de café dégela. Je pouvais à nouveau penser.

Depuis le début donc, voyons, déjà depuis quel début ? Mon arrivée ou ma maison ? Je me levais, allais au tableau noir et notais, arrivée à la maison et là, je bloquais. Que c’était-il passé que je n’avais pas retenu, mais qui au fond de mon esprit s’était imprimé suffisamment pour que cette im­pression d’avoir loupé un truc énorme soit si présente et pourquoi cette impression ne vient que maintenant ? Tu étais crevée dit numéro un. Bon, passons.

Donc le premier jour, je me suis coupé le doigt et les fenêtres ouvertes, j’en étais sûr, elles étaient ouvertes, mais retrouvées le lendemain fermé. J’avais pensé à Ada mais non, alors, le fantôme ? Je grimaçais. Et, quoi d’autre ? Le sang, j’en avais mis partout et le lendemain, presque plus rien. Les fantômes font le ménage ? Je ricanais. Puis mon choc à la tête dans la salle de bains, un sacré coup et peu de sang. Je secouais la tête, non impossible, je délirais. Les désires sur le tableau noir, ceux du fantôme ? Tous les petits mots trouvés ? Mais, quand même c’était, non rien, ce n’était pas possible et voilà, mais…

La tête entre les mains, je me sentais vide. Je cherchais encore et encore ce que j’avais pu ne pas voir, ne pas considérer comme important. Je me mis à douter, une plaisanterie ? Un vagabond vivant dans la maison ? Il n’avait rien fait de mal pour le moment. Il m’avait aidé, mais pourquoi ces mots maintenant ? Je n’avançais pas, ne trouvait rien, ne comprenait pas.

Dans le flou et la panique, une idée germa. Une seule qui me semblait pouvoir m’apporter une ré­ponse. Il fallait que je retrouve mon calme, au moins un peu. J’effaçais le tableau noir, deux fois.
Quand les phrases dans ma tête se mirent dans un ordre que je jugeais correct, j’écrivis : Qui êtes-vous ? Que faites-vous là ? Pourquoi ne pas vous être montré avant ? Partez de chez moi !

C’était nul, mais n’ayant aucune autre idée, ça ferait l’affaire. J’attrapais vite fait mes clefs et fuyait ma maison.

Quand la ville fut en vue, je m’arrêtais, une partie de moi voulait fuir, une autre me disait que non, la fuite, j’avais déjà fait. L’envie de me battre pour ma nouvelle vie se disputait avec mon envie de me cacher. Arrêtée au bord de la route, je regardais la ville en tentant de décider quoi faire et puis zut ! C’était chez moi. L’autre-là n’avait rien à y faire. J’avais assez courbé l’échine, assez laissé les autres déci­der pour moi, n’est-ce pas, cette maison, je la voulais. D’accord, je reconnais qu’être seule n’est pas aussi facile que je ne le pensais, mais c’était ma maison.

Une petite voix au fond de moi susurrait doucement que je ne craignais rien. Elle avait du mal à se faire entendre entre panique et colère, mais elle était là, me rappelant que, oui, depuis le début je n’étais pas seule. Elle me soufflait que si problèmes il y avait, rien de grave ne s’était passé, que la pa­nique était mauvaise conseillère. Elle se faisait entendre entre les deux grosses musclées qu’étaient panique et colère, prenant le pas sur leurs directives. Si tu as peur, va dormir dans une chambre et ferme-la, la nuit, continuait-elle, tu ne risques rien sinon le pire serait déjà arrivé et puis il veut se présenter. Tu peux lui laisser une chance.

Je ne sais pas d’où cette petite voix sortait, mais sa douceur était persuasive et faisait taire ma panique, laissant la colère qui me poussait dans la même direction. Rentre chez toi et bats-toi pour. Oui, je l’aimais cette baraque, j’y avais passé des heures à la retaper, j’y avais des projets et non, je ne voulais pas la laisser, à personne, pas sans me battre, pas cette fois-ci.

Bien plus tard, je soupirais en sortant de la voiture. Je soupirais toujours en transportant mes affaires dans la plus grande des chambres. Je m’y installais en frissonnant, inquiète. Je restais là, assise sur le lit de camps, regardant autour de moi, la porte fermée à clef, une chaise coincée sous la poignée. Je ne savais plus quoi faire d’autre. Je me sentais à nouveau incapable, nulle, perdue comme si ces dernières semaines ne m’avaient rien appris. Une petite chose incapable d’affronter le monde et qui, réfugiée dans sa chambre, laissait le moindre problème la submerger. La seule chose qui sortait de ce marasme était que je voulais garder ma maison. Quitte à la partager ? Je n’en étais pas sûr. Pouvais-je faire confiance à cette petite voix ? Il me fallut des heures pour calmer le tourbillon de mes pensées et m’endormir.

Quelque chose était arrivé, je dormais et n’ai rien entendu. Pourtant, au petit matin, j’avais bien la preuve que quelque chose était arrivé, un message remplaçait le mien. Je pris le temps de boire un grand café noir avant de le lire, enfin deux, même si j’avais dormi la nuit avait été courte et mes neurones toujours sous le coup de la panique pédalaient dans le vide.

Debout en face du tableau, ma deuxième tasse de café en main, je m’obligeais à me calmer avant de lire ou plutôt à respirer avant de lire puis doucement, je levais les yeux. « Bonjour, je ne vous veux pas de mal. J’apprécie de savoir que ma maison est aujourd’hui aussi votre maison. Vous ne risquez rien, je vous le promets. Je pensais que mes petits mots avaient suffi à vous faire comprendre que vous n’étiez pas seule. Je suis navré qu’ils n’aient pas suffi. Pensez-y tran­quillement. Votre ami. Livius »

Bon, voilà et je faisais quoi moi maintenant ? Sa maison ? Non, ma maison ! Un de mes fichus neu­rones regardait la signature et me faisait signe que je m’étais gourée, pas Louis, Livius.

– Et alors connard, dis-je à haute voix, que veux-tu que ça change ?

Rien ça ne changeait rien. Je restais toujours là à ne pas savoir quoi faire. Pas avoir peur, il en avait de bonnes. Y penser, si seulement je pouvais juste penser. Fichue trouille, fichue colère, mais où était la petite voix tran­quille quand on avait besoin d’elle ? Partie, elle aussi, je me sentais seule, je me sentais perdue, mon cerveau ramait de nouveau et je faillis mourir lorsque mon téléphone sonna. Mon télé­phone sonnait. Put… mon téléphone, Ada ?

Ce n’était pas Ada, juste le magasin du coin qui m’annonçait l’arrivée de ma baignoire. Je raccrochais au nez du vendeur et appelais Ada qui ne répondit pas. Il fallait que je fasse quelque chose, n’importe quoi pour ne plus me sentir si stupide.

Je m’occupais les mains pendant une journée interminable, rien ne retenait vraiment mon attention et je sursautais au moindre bruit. J’avais même réussi à me faire peur toute seule en laissant tomber un crayon. La journée tirait en longueur, mon esprit bloquait. J’avais fini par me mettre au démon­tage des placards, transportant les portes dehors pour les poncer puis les repeindre. Je n’avais pas encore décidé de la couleur, mais je fis quelques tests, mes gestes étaient mécaniques, peu précis, trop occupé qu’était mon cerveau à analyser, décortiquer, comprendre, faire des conclusions et leurs contraires. Usée par ce méli-mélo de pensées, je finis par aller me coucher sans manger pour m’endormir à peine la tête posée sur l’oreiller, la fatigue nerveuse l’emportant. Notez que si la fatigue physique permet un bon sommeil, la fatigue nerveuse pas du tout !

À mon réveil, j’évitais le salon et filait à la cuisine. Le rituel du café réveil neurones effectué, je me posais en face du tableau, les yeux fermés, je respirais à fond et lu le nouveau mot qui était sur le tableau. « Merci d’être restée et de me faire confiance. Content de voir que vous vous êtes enfin installée dans une chambre. Bonne journée Sophie. P.S. Je préfère le bleu pour les portes des placards, mais faites comme vous le souhaitez. P.P.S. Vous buvez trop de café. »

Ho, ha, et ? T’es pas ma mère fut ma première pensée. Ok, ça ne volait pas haut, lui faire confiance ? Il rigolait là ? C’était juste dingue et j’étais dingue. J’avais des hallucinations à force de rester seule voilà. Néanmoins tout cela semblait bien réel.

Je n’avais toujours pas réussi à décider quoi faire alors voire où cette situation allait me mener pour­quoi pas. Finalement toutes les solutions envisagées me semblaient dingues. Je notais une réponse dans ce sens et attaquais la peinture bleue des placards, c’était aussi ma préférée, nous avions au moins des goûts en commun, me figes-je en ricanant.

Mon humour refit son apparition dans la journée, finalement la maison était bel et bien hantée. D’un fantôme parlant français, s’il vous plaît. Ce qui expliquait pourquoi les anciens propriétaires avaient fuis. Que des emmerdes avec ces Européens ! Du coup, comme j’en étais une, nous devrions nous entendre.

C’est dans cet état d’esprit que j’attaquais les jours suivants. Mon fantôme communiquait. Tous les jours, je trouvais un mot, ça allait de la couleur d’un mur à la supplication de ne pas détruire telle chose ou telle autre, jusqu’à sa désapprobation maintes fois exprimé sur ma consommation de café. De quoi je me mêle avais-je fini par lui écrire qu’il laisse donc mon histoire d’amour avec le café en paix.

Je découvrais petit à petit les goûts très vieux jeu de mon colocataire fantôme. Il voulait tout conserver, je voulais moderniser. Il ne lâchait rien, allant jusqu’à récupérer ce que je jetais pour le remettre dans la maison. Je ne lâchais rien moi non plus, je n’allais pas me laisser faire comme ça. Je me découvrais têtue et ma confiance en moi augmentait de jour en jour face à cet adversaire invisible.

L’aide qu’il m’apporta durant cette période, me permit d’avancer plus vite que prévu. Le sol de la cuisine fut arraché puis la baignoire posée devant la maison par le livreur, fut magiquement mise en place pendant la nuit. Je l’avais découvert doué en menuiserie et le laissa refaire la table et réparer les chaises.

Cela fonctionnait bien, une relation de confiance se tissait et j’aimais de plus en plus l’idée de cette étrange colocation, néanmoins je refusais ses demandes de rencontre. Il ne s’en forma­lisait pas, attendait quelque jour puis relançait l’invitation que je refusais. Je ne me sentais pas prête à conforter l’idée que je me faisais de lui à travers nos échanges avec une réalité que je craignais moins agréable.

Non, je ne l’imaginais pas beau, craquant et super musclé, mais vieux, barbu, style ermite en perdition et cette idée de lui me le rendait sympathique, bien plus que la version musclée et beau. J’appréhendais tellement cette rencontre que lorsque je l’entendais travailler la nuit, je faisais semblant de dormir. Un jour, il me faudra accepter la rencontre, mais pour le moment cette relation dingue me convenait et calmait mes appréhensions.

L’été tirait à sa fin quand le grand projet du toit fut inscrit sur le tableau noir. Je ne pouvais pas le faire seul et l’entreprise contactée devait arriver dans trois jours. Je notais donc sur notre tableau, oui, c’était devenu le nôtre, notre moyen de communication, que le toit serait refait à partir de lundi et que si tout allait bien serait fini le vendredi.

J’étais contente que ce gros chantier soit fait avant l’hiver. L’entrepreneur, Francis, qui supporta mes ap­pels presque six semaines avant de craquer, devait s’en occuper. Pour être honnête, je ne gagnais que suite à l’inter­vention de Suzanne, sa tante, qui une fois que je l’avais, sans savoir leur lien de parenté, mise au courant de la situation, fonça sortir son neveu de son bureau pour lui faire promettre de venir dès la semaine suivante.

Je profitais de passer la soirée avec Ada qui depuis le début de la saison n’avait plus de temps pour rien. Elle passa son temps à pester sur les touristes et regardait d’un œil noir ceux qu’elle croisait en ville. D’amicale et char­mante durant son travail, elle se transformait en monstre dès qu’elle quittait son rôle de guide, pour mon plus grand plaisir.

Je passais une agréable soirée à l’écouter se plaindre des gens de la grande ville et de leur équipe­ment hors de prix, mais totalement inutile ici. Elle en avait après les gens stupides qui confondaient randonnée en montagne et balade au bord de mer, les baskets, pas faites pour marcher, mais pour frimer, les ongles peints qui ne servent à rien, les bottes pas « cassées » avant la marche et qui faisait des ampoules à des citadins surpris d’apprendre que si, il fallait les porter avant, ainsi qu’à tout ce ou ceux qui n’étaient pas faits pour la montagne. Je l’écoutais en souriant ne l’interrompant que pour lui dire combien elle avait raison. Je n’avais pas envie, vu son humeur, qu’elle me râle aussi dessus puis je rentrais, bien contente de ne pas voir ces gens-là autour de chez moi et je m’écroulais au fond de mon lit pour un repos bien mérité. Elle était presque plus fatigante que les travaux.

Chapitre 5

– Sophie, Sophie, s’il te plaît, réveille-toi !

Une voix rauque me parvenait dans mes rêves, une voix qui parlait français avec un accent.

– Sophie, réveille-toi !

L’odeur du café me chatouilla le nez, mmm, je m’étirais en soupirant.

– Sophie, c’est important, réveille-toi !

Une main se posa sur mon épaule et me secoua doucement. Une main ? Je sursautais renversant la tasse que tenait une autre main devant mon visage. Assise d’un coup, je fixais deux yeux noirs qui me fixaient et je hurlais. L’homme recula d’un bond et me dit doucement :

– Sophie, calme-toi, c’est moi Livius.

Me calmer ? Me calmer ! Il était dans ma chambre ! Je pris le coussin et le lui jetais à la figure.

– Dehors ! Hurlais-je.

Il recula les mains en avant.

– Je vais à la cuisine vous refaire du café, il faut que l’on parle.

Et, il me planta là.

Mon cœur menaçait de sortir de ma poitrine par ma gorge, mes mains et mes jambes tremblaient. Il me fallut un bon moment avant de me souvenir d’où j’étais et de qui pouvait bien être ce type, Li­vius. Je mis ma tête entre mes genoux, ce qui ne servit à rien, pris de grandes inspirations pour me calmer, ce qui ne servit à rien non plus et me levait. Il allait m’entendre ! Je vous jure qu’il allait m’entendre l’autre là.

Il était sagement assis à la cuisine, une tasse de café posé loin devant lui et un petit sourire gêné sur les lèvres. Brun, la quarantaine, les yeux noir charbon, un visage taillé à la hache et une fossette sur la joue droite, il semblait bien plus grand que moi, fin, mais pas maigre. Il était bien loin de l’image du SDF poilus squattant mon sous-sol que je m’étais faite. Pas mignon, non, ça marchait pour les chatons, mais pas pour lui, beau ? Oui, mais d’une beauté sombre, il se dégageait de lui une force incroyable qui me mettait mal à l’aise.

J’attrapais la tasse de mauvaise grâce et le fixait mé­chamment presque déçue qu’il ne soit pas le gentil ermite que j’avais imaginé.

– Je ne voulais pas vous faire peur, mais vous avez le sommeil plutôt profond. Me dit-il douce­ment.

Les accents rauques de sa voix étaient étonnants, je le fixais sans rien dire. Il me fixait, lui aussi, mais pas en me détaillant, il fixait mes yeux y cherchant quelque chose. Puis, il dit dans un demi-sourire :

– Pas trop déçue ?

Toujours ses yeux au fond des miens, déçue, non mais plutôt mourir que de le dire puis j’eus très chaud, mon visage virait au rouge pivoine, le sale traître.

– Enfin, non, enfin, ça va, enfin…

Et voici, Sophie, la reine de la conversation dans son œuvre la plus connue, les enfin en cascades. Il allait me prendre pour une idiote à bafouiller en rougissant comme ça.

– Je ne voulais pas vous faire peur.

– Tu ! Le coupais-je.

– Te faire peur, corrigea-t-il.

Je bus mon café pour me donner contenance. Il était infect, vraiment imbuvable ! Ce qui eu l’avan­tage de refroidir mes joues et de remettre mon attention sur autre chose que ce demi-sourire.

– C’est important, il fallait que nous parlions.

– J’avais cru comprendre, marmonnais-je le nez dans la tasse. Et, de quoi ?

– Des ouvriers pour le toit.

Je relevais la tête, le ton plus que désagréable qu’il avait, n’annonçait rien de bon.

– Ben quoi les ouvriers ?

– Je n’en veux pas.

Net, simple et glacial, cinq petits mots qui semblaient dire, ils viennent, ils sont morts.

– Et vous compter refaire le toit tout seul ? Demandais-je. Il faut changer une partie de la char­pente.

C’est bien le café dégueulasse, ça me garde sur ma réserve. Bon, soyons honnête, ce n’était pas du tout la première question que j’avais à lui poser et de loin. J’en avais plein, merde, j’aurais dû les noter.

– Pourquoi la charpente ?

Tiens ses sourcils se froncent et ses yeux semblent encore plus noirs.

– Pourri !

Puisqu’il économisait ses mots, j’allais en faire autant. Je me levais pour refaire du café, du bon cette fois, le laissant réfléchir et me disant qu’au lieu de parler de charpente, je devrais lui demander d’où il sortait et pourquoi il parlait français et zut à la fin.

– Vous buvez trop de café.

Ha, ben oui, ça aussi, c’était super important.

– Je sais vous me l’avez souvent écrit. Je suis fatiguée, j’aime le café et pour le moment, c’est comme cela.

– La charpente est vraiment abîmée ?

Retour brutal à la discussion super importante qui m’a sorti du lit.

– Oui, il y a des fuites, des tuiles se sont déplacées et à force la charpente a pourri. Il vaut mieux changer les poutres. Je ne sais pas faire.

Il soupira, moi aussi, plus fort, exprès.

– Moyen de raccourcir leur présence ?

– Enlever et remettre vous-même les tuiles.

– Toi.

– Quoi moi ? Ça va pas ?

– Si je te dis tu, toi aussi, pas toi enlèves les tuiles.

Il sourit, un vrai, pas le truc de travers à moitié. On avançait, super. Je lui souris en retour.

– Donc je disais, pour que ça aille plus vite il faut que TU enlèves les tuiles avant leur arrivée, lundi. Je ne monterais pas sur le toit.

– Je vais m’en occuper. Conclut-il

Il y eut un long silence, ben voyons il va s’en occuper et la marmotte… Puis j’éclatais me faire réveiller pour ça ?

– Et c’est tout, pourquoi c’est un problème ? Finalement, ils viennent de jour et tu as l’air de vivre la nuit, va savoir pourquoi. Je ne vois pas en quoi leur présence te dérange à ce point-là ? Franche­ment, tu te prends pour quoi, me réveiller en pleine nuit alors qu’un simple mot aurait suffi. Et puis d’où tu parles français et d’où tu sors et… et… et…

Je croisais un regard noir, des sourcils froncés, une bouche pincée. 

– Mais, c’est vrai, quoi, mais enfin ? Chevrotais-je en me rasseyant le nez dans ma tasse de café.

Rougissants, bafouillant et maintenant chevrotante, le tiercé de la honte dans l’ordre. La petite voix douce se fit entendre dans ma tête. Tiens, la revoilà celle-là : calme-toi, regarde-le, il ne rit pas.

Non, il ne riait pas, n’avait même plus l’air en colère, il me fixait d’un air interrogatif.

– Tu as raison, nous avons à parler, mais je te propose de remettre ça à la fin des travaux.

Finit-il par lâcher du bout des lèvres.

– Ho, alors dans dix ans plus ou moins si je dois tout finir avant. Grinçais-je.

– Non, le week-end prochain, je répondrais à tes questions.

Il était super sérieux, presque raide, pas fâché, mais mal à l’aise et pas franchement ravi d’avance.

– Mouais, ça marche, plus de réveil au milieu de la nuit et plus jamais tu n’entres dans ma chambre. Marchandais-je en plus.

– Sauf si urgence.

Vu SES urgences, je doutais qu’il tienne parole. Le prochain réveille aurait certainement lieu pour un problème de plomberie ou parce que j’aurais envie d’inviter Ada à la maison. D’ailleurs en y pen­sant :

– Au fait…

Il me coupa.

– Retourne te coucher, si tu arrives à dormir avec tout ce café. Il faut que je m’y mette si je veux finir pour lundi.

Et il me planta là.

Je pris ma tasse, remontais dans ma chambre et je m’y enfermais. Je restais un long moment à écou­ter les bruits venant du toit et à réfléchir à cette drôle de rencontre. Le bruit au-dessus de ma tête continuait toujours, c’est alors que ma petite voix recommença : il est pas mal le fantôme ! Oui, un peu brute de décoffrage, mais à quoi fallait-il s’attendre d’un homme qui vit caché dans un sous-sol. Il avait dû faire un effort de tenu pour moi. C’est vrai que je m’attendais à un ours poilu et revêche. J’avais un ours pas poilu et franchement aussi revêche qu’imaginé, mais plus craquant. Je pouffais dans mon coussin, me traitait d’idiote et fermais les yeux, soulagée que mon fantôme n’en soit pas un.

Il n’y avait aucun mot sur le tableau le lendemain matin. Je sortis dans le jardin et vus des piles de tuiles posées en tas régulier contre la maison, je rentrais, me préparais un grand petit déjeuner que je dégustais tranquillement au soleil. Oui, je traînais, et alors ? Je m’offrais le droit de ne rien faire aujourd’hui, si monsieur le colocataire voulait se la péter en démontant tout seul le toit, qu’il le fasse. Aujourd’hui ce serait sans moi.

Je finis par appeler Ada pour lui proposer une pizza en ville et je partis sans trop attendre rejoindre mon amie. Sa pizza avalée, elle lorgnait sur la mienne. Je lui en tendis presque la moitié. Mais où met­tait-elle tout ça ? Ada se remit à se plaindre des touristes. Je commençais à penser qu’elle le faisait exprès, au fond, elle devait adorer s’en moquer.

L’après-midi fila mais je n’avais pas envie de ren­trer, pas aujourd’hui alors Ada, ravie, me traîna au cinéma où ce jouait un marathon Seigneur des An­neaux. Du pop-corn, du coca et plein de cochonneries, nous tiendraient compagnie. Si je devais ap­précier une chose chez mon amie, c’était que nos goûts étaient pareils, en matière de cuisine, de livres et de cinéma.

Repus de plus de sucre que je n’en avais mangé depuis un an, avec une envie pipi à me fendre le crâne, c’est vers quatre heures du matin que je rentrais. Je me garais, filais à la salle de bain et à peine étais-je assise, qu’on y frappa.

– Tout va bien ? Fit une voix inquiète, tu…

C’est pas vrai, pas maintenant.

– Oui, un moment, j’arrive. Coupais-je.

Depuis mon arrivée il avait toujours été super discret et là… Mais c’est pas vrai, pouvais-je faire pipi en paix ? Et puis, il avait quoi à être inquiet. Je soupirais, encore, ça devenait une manie. Je sor­tais de là pour trouver mon colocataire assis à la table de la cuisine, il était inquiet cela se voyait.

– Tu vas bien ? Il est tard.

– Oui je vais bien, je suis sortie avec une amie. Nous sommes allées au cinéma et le temps de rentrer… Je haussais les épaules en faisant un geste de la main. J’avais envie de faire autre chose aujour­d’hui.

Il hocha la tête.

– Je m’en suis douté quand j’ai vu que rien n’avait bougé. Il avait l’air penaud. J’ai contrôlé si tes affaires étaient toujours là et comme le temps passait, je me suis demandé si tu avais un pro­blème ou un accident et puis il n’y avait pas de mot sur le tableau.

Le demi-sourire était de retour, ironique à souhait, contre lui cette fois-ci. Je le fixais interloquée.

– Je suis sortie, depuis quand dois-je te prévenir ?

Je retins de justesse le : tu n’es pas mon père qui arrivait dans ma bouche. Bien ma fille, tu progresses et une ânerie de non dite, une.

– Ce n’est pas habituel, se justifia-t-il, tu es plutôt du style à te coucher tôt.

– Je suis habituellement tellement fatiguée que même si je le voulais, je ne pourrais pas me cou­cher tard. Aujourd’hui j’ai fait une pause et pris du temps dehors. J’en avais besoin.

– À cause de moi ?

Là j’hésitais entre le oui, tu me rends dingue et le non, tu n’es pas le centre du monde ou alors un peu ? J’optais pour ce dernier.

– Un peu, je ne comprends pas tout, nous nous connaissons seulement par écrit et je n’étais pas vraiment prête à te rencontrer pour de vrai et un peu parce que Ada est ma seule amie ici et pas­ser du temps avec elle me fait du bien.

– Je comprends.

Il en avait de la chance, moi, pas grand-chose.

– Bon, maintenant que tu es rassuré et que tu m’as vu vivante, la couche-tôt que je suis ayant lar­gement dépassé son heure de coucher va aller dormir.

Je faillis aller l’embrasser pour lui dire bonne nuit, mais au secours, quelle gourde ! Je déviais vive­ment pour attraper une tasse que je remplis d’eau pour en faire quelque chose et je filais sans plus attendre dans les escaliers.

– Bonne nuit Sophie, fit-il juste derrière moi.

Je me retournais d’un coup et mon visage fini dans sa poitrine, ma tasse contre son ventre. Je recu­lais, renversais tout et bredouillais une bonne nuit gênée. Il souriait franchement, me fit un clin d’œil et me laissa en disant :

– Si tu le demandes, je veux bien te faire un bisou de bonne journée demain matin.

Il se moquait de moi, j’avais les joues en feu et merde. Il se moquait de moi et je ne trouvais rien à répondre. Je montais en écrasant chaque marche pour bien montrer mon énervement, ce qui le fit rire et me rendis encore plus énervée. Bref, il était plus que temps que je dorme, au moins au fond de mon lit, je n’allais pas faire ou dire de bêtises puis je me rendis compte, il s’était inquiété et sans comprendre pourquoi, j’en étais ravie.

Le lendemain, un mot sur le tableau me donna la rage nécessaire pour faire en une journée ce que j’avais prévu de faire en deux. C’est bien la rage, ça permet d’avancer. Pourquoi étais-je de cette humeur merveilleuse ? Le mot sur le tableau disait : je n’ai pas osé te réveiller d’un baiser, tu étais rentrée tard et au vu de tes ronflements, j’ai pensé qu’il valait mieux que tu te reposes encore. Bonne journée.

Ha, ha très drôle ! J’en avais mal aux côtes de rire. Du coup, c’est en imaginant la tête du comique nocturne que je lavais et frottais les meubles stockés dehors. En levant la tête, je pus voir que le clown avait presque fini de démonter le toit. Demain tout serait prêt pour le neveu de Suzanne. You­pi, comme ça mon colocataire à l’humour défaillant se calmerait. Allais-je, oui ou non lui répondre et que lui répondre. La fatigue avait eu raison de ma mauvaise humeur, mais je ne voulais pas le laisser gagner comme ça. Je pris le temps et notais : Seul un prince charmant aurait pu me réveiller d’un baiser pas un fantôme. Bonne nuit. Il comprendrait ou pas.

Le matin, je me levais courbaturée, tiens, ça faisait longtemps. Une bonne douche plus tard, ma deuxième tasse de café en main, je regardais sur le tableau sa réponse : Je ne suis pas UN fantôme, mais je veux bien être le tien ! Bonne journée, ma belle au bois dormant.

Ok, Il avait gagné, car c’est en souriant que j’ouvrais aux ouvriers qui se présentèrent devant la porte. Francis me dit :

– C’est sympa d’avoir avancé le travail, tante Suzanne m’a fait promettre de venir cette semaine. Cependant, j’ai un autre chantier en cours. Il faudra que tu m’expliques comment tu as fait, sans vouloir être impoli, tu ne ressembles pas vraiment à une force de la nature.

Je ne répondis rien, mais il me faudrait penser à remercier mon fantôme pas charmant parce que si Francis n’avait qu’une semaine, l’opération rénovation du toit aurait capoté. Ce que je n’avais pas pré­vu, c’est l’énorme engin qui arriva peu après et auquel il fallut faire de la place.

Malgré mes doutes, Francis et son équipe travaillaient vraiment bien. Mémo personnel, faire plus confiance aux dires de Suzanne. En fin de journée, son équipe partie, Francis traîna pour boire une bière et discuter un peu.

Il m’avait vu au cinéma avec Ada et me demanda très sérieusement si j’avais choisi d’y aller ou si Ada m’y avait traînée de force. J’allais lui répondre sèchement quand j’aperçus son regard pétiller.

Je fronçais les sourcils et demanda pourquoi ?

– Je la connais depuis son arrivée, me confie-t-il. Elle était en classe avec mon frère. Sa réputation de terreur est méritée crois-moi. Elle en a fait voir à tous à son arrivée, une vraie rebelle.

J’en ris et lui répondis que non, j’aimais ce genre de film et que je les avais déjà vus plusieurs fois et que la seule chose que je pouvais reprocher à mon amie, c’était cette extraordinaire énergie. Elle m’épuisait parfois.

Il était parfaitement d’accord, nous avons parlé de tout et de rien, soudain il me dit que sa tante m’attendait pour manger samedi soir. Il avait failli oublier, elle ne l’aurait pas pardonné. Il me fit un clin d’œil puis me souhaita bonne soirée et fila avant même que je puisse refuser l’invitation.

L’urgence pour le moment était de me couler dans un bon bain chaud, le reste attendrait.

Le reste attendit plus que prévu, je m’étais endormie. Je sortis de là alors que la nuit était déjà tombée. Mince, j’avais trempé sacrément longtemps et je mourrais de faim. Je me séchais rapidement puis entourais ma serviette autour de mes cheveux et filais à la cuisine mettre mon repas à réchauffer, l’estomac gar­gouillant d’anticipation. J’y pénétrais comme un courant d’air et me figeais net.

Il était là, devant le micro-onde, un bol fumant à la main et son regard, ho, mon Dieu son regard. De surpris, il se fit curieux puis ravi ? Je le fixais et je réalisais en voyant son sourire apparaître que j’étais nue, une serviette enroulée sur ma tête comme seul vêtement. Et merde, merde, merde…

Mes pieds firent un demi-tour tandis que mes mains attrapaient le linge et le déplaçaient de ma tête à mon corps. Les escaliers furent montés en 2 secondes, la porte de ma chambre claquée et c’est trem­blante que je m’y appuyais pour reprendre mon souffle.

Non mais c’est pas vrai, il venait de me voire nue. J’étais passée par tous les rouges connus pour fi­nir avec un qui en plus chauffait sur mes joues. Je glissais le long de la porte et me pris la tête entre les bras. Je ne suis pas pudique, mais pas franchement à l’aise quand je suis nue. Je restais as­sise contre la porte en me sermonnant. Il n’y avait pas de drame, ce n’était rien, enfin, c’était pas grand-chose et puis il n’avait rien dit, pensé, j’en étais sûre, mais rien dit, c’était déjà ça de pris. Je reprenais contenance petit à petit et le léger coup donner contre ma porte me sortit de ma tornade de pensées.

– Sophie ? Ça va ?

Mon nom était juste soufflé très bas, doucement, presque un murmure. Il voulait juste me faire sa­voir qu’il était là.

– Oui ! J’arrive, un instant, dis-je.

Bon, finalement, il m’avait vu nue et puis ? C’était un accident rien de plus. Reprends-toi, tu n’es pas une nonne ! Lui peut-être, n’était-il pas ermite ? Il n’a même pas fait un geste alors arrête de baliser. Puis l’image me frap­pa, je l’imaginais en nonne. Mais c’est pas vrai ! L’image de mon fantôme en nonne flotta un mo­ment dans mon esprit et me permit de finir de me calmer. Le ridicule ne tue pas et l’imaginer ainsi me permettait de dédramatiser.

Arrivée à la cuisine, je vis que le bol était lavé, posé sur l’évier et lui était assis sagement à table. Je lui fis un petit signe de tête pour me donner contenance. Je fouillais dans mon frigo et en sorti un sandwich. Mon repas en main, j’allais m’asseoir en face de celui qui n’avait rien dit de­puis mon arrivée.

– Bonsoir Sophie, dure journée ?

Il parlait tranquillement, d’accord, faisons comme si rien ne s’était passé.

– Oui, épuisante ! Il a fallu faire de la place pour la grue et je me suis endormie dans la baignoire.

Bien, ma grande, tu n’as même pas bafouillé, tu as parlé normalement. Je fixais mon assiette, seul moyen que j’avais trouvé de ne pas le regarder. Un doigt vint se loger sous mon menton pour le sou­lever et ses yeux noirs cherchèrent les miens.

– Ne te prends pas la tête. Tu n’es pas la première femme que je vois nue et je te promets que tu ne risques rien !

Il avait un regard si sérieux et un sourire doux. Il ne lâchait pas mes yeux y cherchant je ne sais quoi. Je devais le prendre comment le : tu ne risques rien ? Je suis moche, c’est ça ? Ou il est gay ?

– Merci, mais je n’ai pas aimé la surprise.

Il sourit malicieux.

– Moi, oui et j’ai apprécié !

Il appuya ses dires d’un clin d’œil et me voyant rougir, il redevint sérieux et dit :

– Parlons d’autre chose, donc la journée fut fatigante, mais les travaux ont bien avancé.

– Oui, soufflais-je, le toit est démonté, plus vite que je ne le pensais. Francis et son équipe ont bien travaillé.

Il fronça les sourcils.

– Francis ?

– Oui, le charpentier où je ne sais quoi, le neveu de Suzanne, son entreprise est en ville.

– Et donc, les travaux dureront encore combien de jours ?

Il y avait comme un agacement dans sa voix, lui et sa sacro-sainte tranquillité !

– Demain, ils attaquent le remplacement. Francis m’a promis que ça ira vite. Ils sont venus en nombre pour finir au plus vite. Il est resté un mo­ment pour parler après sa journée, il m’a vu avec Ada au cinéma et m’a raconté les bêtises qu’elle avait faites plus jeune.

Je souriais à ce souvenir mais, quand je croisais son regard, mon sourire disparut. Il semblait fu­rieux et je ne comprenais pas ce que j’avais bien pu dire pour le mettre de cette humeur. Trop crevée pour y réfléchir et surtout bien décidé à ne plus réfléchir en ce qui le concernait, sinon j’allais paniquer et probablement déménager ailleurs. Encore une fuite et celle-là, je ne voulais pas la faire donc tout était normal venant de lui. Je biaisais.

– Je n’ai plus faim, je vais aller me coucher, demain sera encore une journée compliquée. Bonne nuit Livius.

– Bonne nuit, Sophie.

Je sentis son regard me suivre jusqu’aux escaliers et une fois dans ma chambre, je pris un minuscule temps pour réfléchir à cet étrange moment. Son humeur était si changeante que j’avais du mal à suivre. Il devait avoir passé trop de temps seul, puis son image en nonne revint à mon esprit et je fus pris d’un véri­table fou-rire qui me détendit et me permit de dormir sans rêves.

Chapitre 6

Francis était à l’heure et à la pause nous avons discuté de mon arrivée et des bruits qui courrait sur moi, alimentés par mon amitié avec Ada et des différences entre ici et l’Europe. Discussion lancée car se plaignait-il, mon café avait failli les tueuses et qu’Ada le buvait de la même manière. Je veux bien reconnaître qu’entre un expresso italien et le jus de chaussette servi dans le coin, la différence pouvait surprendre, mais j’insistais, le mien était meilleur, ils n’étaient que des mauviettes.

Je lui fis promettre de demander à Suzanne de ne pas en faire trop, précisant que je ne mangeais pas beau­coup et je ne buvais que peu d’alcool et lui rappelant que je devais encore rentrer. Il me promit de transmettre le message, mais précisa qu’avec sa tante, je n’aurais pas d’autre choix que de manger et boire. Au pire, il se ferait un plaisir de me ramener puisqu’il serait présent ainsi que la moitié de la famille ou je pourrais demander à Ada qui venait elle aussi.

Voyant ma tête, il se mit à rire et fuit avant que je ne puisse lui dire que non, je ne viendrais pas. Une fois assez loin de moi, il me dit en criant :

– Tu as dit oui, alors tu viens.

Il était mort de rire. Je m’étais fait avoir. Mais pourquoi avais-je accepté sans demander d’abord ce qui était prévu ?

Le soir arrivait et la seule chose que je souhaitais en ce moment était un bon repas suivit d’un dodo de compétition. Je traînais des pieds en entrant dans la cuisine, hésitais un instant et me fit des crêpes. Je sursautais en entendant un bonsoir, lancé depuis la porte. Mon colocataire était là, appuyé contre le mur et n’avait pas exactement la tête des bons jours.

– Ça sent bon, que prépares-tu ?

– Bonsoir, des crêpes, tu en veux ?

– Non merci, à plus tard, bon appétit.

Je répondis dans le vide un : merci bonne soirée. Il n’était déjà plus là, à croire que de me croiser le soir le dérangeait. Bon sang qu’est-ce qui m’avait pris d’accepter sa présence ? En étant honnête, je pense qu’une partie de moi était ravie de ne pas être seule, dur de changer du tout au tout en si peu de temps. La petite fille n’était jamais loin et faisait des retours pas toujours agréables pour celle que je souhaitais devenir.

Allez arrête, tu ne vas pas recommencer les prises de tête, à table, made­moiselle Sophie et au dodo !

Je ne l’ai pas revu. A vrai dire, je faisais attention de ne pas traîner plus tard que les journées d’été me le permettaient. Je filais dans ma chambre avant que la nuit n’arrive. Je laissais des petits mots, il y répondait et voilà, la situation me convenait.

Les tuiles retrouvaient le toit, le bruit du marteau ne m’avait pas vraiment dérangé, mon désagréable fantôme semblait attendre que je sois profondément endormie pour s’y mettre. Oui, bon d’accord, il n’était pas si désagréable que ça. Il faisait attention à moi, mais franchement il n’était pas facile à cerner.

Le vendredi matin, la note sur le tableau disait : le toit est presque fini, qu’as-tu prévu ? Sans signa­ture, sans bonjour. Alors, j’avais bien le droit de le trouver désagréable, non ? J’y avais répondu : comme je sors samedi soir, je pense que nous pouvons nous offrir un week-end tranquille, lundi il faudra attaquer les fenêtres.

Soit, j’avais maintenant une cuisine remise à neuf, une salle de bain de luxe, hé oui, j’avais bossé pour, un toit qui ne fuyait plus, mais je n’avais toujours pas changé les fenêtres. Les nouvelles achetées par les anciens propriétaires attendaient dehors et la cheminée ne servirait à rien si les courants d’air persistaient. Mais ce soir je sortais et franchement, j’en avais envie même si je craignais un peu le nombre d’invités présent. Au matin j’avais trouvé une note : amusez-vous bien avec votre Francis. Mais que diable venait faire Francis là-dedans ? Je répondais à l’invi­tation de Suzanne.

La journée s’étira, vraiment, beaucoup, horriblement. Je me traînais d’un coin à l’autre réfléchis­sant un moment à ce que je devais encore faire, un autre à cette étrange colocation ou plutôt au ca­ractère de mon fantôme, réussissant à ne rien faire de concret.

Je décidais de me préparer et de par­tir en ville. J’envoyais un message à Ada, priant pour qu’elle soit libre et abandonnais mon chantier, ma maison, mon fantôme et je l’espérais mes interrogations. Ada n’était pas libre, oh surprise. Je flânais donc en ville, le lèche-vitrine reste une occupation comme une autre.

À dix-neuf heures tapantes, une Ada survoltée, normale quoi, me sauta dessus pour m’emmener chez Su­zanne, imposant de prendre sa voiture et d’y arriver ensemble sans me laisser le temps de répondre. Je suivis en soupirant, elle m’y traînait en rayonnant, c’est donc avec des sentiments complètement différents que nous sommes arrivées, bien qu’elle m’ait assuré durant le trajet que j’allais adorer.

Ada entra sans frapper, criant :

– Coucou, c’est nous.

Auquel une dizaine de voix répondirent. Mince, mais ils étaient combien ? Une Suzanne en tablier à petite fleur surgit devant moi, me prit dans ses bras, me cassant sûrement deux côtes, me claqua deux énormes et bruyantes bises sur les joues en me souhaitant la bienvenue. Relâchée d’un coup, de cette formidable étreinte, je faillis tomber à la renverse. Je fus retenue par Francis qui murmura à mon oreille.

– Suzanne est un peu démonstrative, tu vas t’en remettre ?

Le ton était moqueur à souhait alors qu’il m’attirait contre lui en me retour­nant pour me claquer, lui aussi, deux énormes bises sur les joues.

Je rencontrais d’un coup, le mari de Suzanne, leurs enfants, un frère de je ne sais plus qui, le cousin de truc et un ami de la famille ou un membre de la famille, une amie de cousin truc et quelques autres personnes dont je ne compris ni le lien avec les autres, ni d’où ils pouvaient bien sortir. Je ne reteins aucun nom, fus embrassée à chaque fois et finis par me retrouver assise sur un canapé avec une assiette de petits fours sur les genoux. Étourdie, épuisée et pas vraiment sûre de ce qui venait de se passer, je subissais les conversations plus que je n’y participais.

Le reste de la soirée fut semblable, un peu comme se retrouver à une fête de famille, mais pas la sienne, où les repères sont inexistants et les gens, trop heureux de vous y accueillir, vous noient sous une tonne d’anecdotes dont vous ne comprenez rien. Je serais ingrate de dire que je passais une mauvaise soirée, car ce ne fut pas le cas, juste que je me sentais un peu submergée par tant de pa­roles, de gens et de nourriture.

À vrai dire, surtout de nourriture, Suzanne remplissait mon assiette de tout, de beaucoup, tout le temps. Elle semblait trouver que je devais prendre dix kilos avant la fin de la soirée. Ada à ma droite vidait régulièrement mon assiette. Je la remerciais à chaque fois par une grimace de soulagement. Je dois avouer que j’attendais le café avec impatience bien que je craignais qu’il ne soit que le jus de chaussette, habituel ici. Quel ne fut pas ma surprise quand je vis arriver devant mon nez un café dont l’arôme ne pouvait tromper, un vrai café ! Je le fixais un mo­ment puis en levant la tête, je vis Suzanne me faire un sourire.

– C’est ce que tu appelles du vrai café, non ?

– Oui, il semble parfait, merci

– Tu vois je t’avais dit, triple dose pour elle.

Je fixais Ada.

– Triple ? Mais, ils boivent de l’eau colorée ?

Mon air faussement effaré les fit rire aux larmes et Suzanne finit par répondre.

– Ada aussi, aime le café trop fort.

Elle leva les yeux aux ciels.

– Tu vois ce que j’ai dû endurer avant ton arrivée. Ils étaient tous persuadés que je faisais exprès de les contredire.

Alors que depuis que tu es là, ils savent que c’est juste une différence, notable cependant, entre eux et le reste du monde.

– Une vraie faute de goût d’ailleurs, ajoutais-je en rigolant.

Ada opina de la tête, Suzanne et Francis soupirèrent et le reste de la tablée se lança dans une discus­sion animée sur les différentes habitudes selon les régions. J’appris ainsi que Suzanne venait d’une famille anglaise, que le cousin truc avait de la famille en Australie et qu’en fait presque personne ici, n’était natif du coin.

Je me sentais un peu moins perdue dans cette assemblée, qui m’avait acceptée comme l’une des leurs. Ada me souriait. Suzanne s’inquiétait que j’aie assez mangé. Francis expli­quait à son père ou au mari de Suzanne ou à l’oncle machin, je n’en savais rien, les travaux que j’avais déjà faits dans ma maison. Celui-ci me félicitait en me demandant ce que je devais encore faire et la soirée avançait.

Lancée dans une discussion animée avec Francis, un mouvement avait attiré mon attention, une ombre derrière la fenêtre, une ombre que j’avais l’impression de connaître. Je fronçais les sourcils pour comprendre. L’ombre avait déjà disparu. Francis interprétant de travers mon froncement de sourcil, me dit :

– Je sais que c’est beaucoup de travail, mais il faut le faire, ta sécurité compte.

Je le fixais complètement perdue, mais de quoi parlait-il ? Ha oui, la cheminée…

– Je sais bien, il faut que je le fasse correctement, mais je ne sais pas si j’arriverai à tout finir avant l’hiver.

Il se lança dans une longue explication sur l’importance du risque incendie, ouf, bien rattrapé. Je perdis le fil de la conversation, perdue dans mes pensées. Francis fini par décréter que j’étais trop fatiguée et que je devais rentrer. Il héla Ada pour qu’elle me reconduise et en quelques minutes j’étais assise dans une voiture ceinture bouclée et la tête remplie de faites attention, bonne nuit, à bientôt, repose-toi ! Les joues encore vibrantes de baisers plaqués avec force et les côtes doulou­reuses d’étreintes énergiques, sans trop bien comprendre comment j’étais arrivée là. Je trouvais Ada épuisante, elle était calme et zen comparée au reste des invités. J’étais épuisée.

Le retour se fit dans le calme habituel d’Ada, elle parla non-stop.

– Alors tu vois, ils sont sympas non ? Je sais que ça fait beaucoup en une fois, mais tu verras tu t’y feras. Suzanne t’attend samedi prochain. C’est cool, non ? Comme ça, tu vas rencontrer tout le monde. Enfin tous les amis de Suzanne et sa famille. Tu seras plus vite adoptée. Ils t’ont trouvé adorable. Tu fais déjà partie des habitants, tu sais, pour beaucoup le boulot que tu as fait…

Je n’écoutais qu’à moitié, en partie parce qu’affolée à l’idée de remettre ça dans une semaine, en partie parce que inquiète, sans trop savoir pourquoi de ce qui m’attendait à la maison.

Sortie du dernier contour, la vue de ma maison dont la cuisine était éclairée, m’affola d’un coup. Je criais presque à Ada de s’arrêter là, tout de suite. Elle planta sur les freins et regardant de tous les côtés, elle me demanda pour­quoi.

– Il y avait un écureuil, fut la seule réponse que je trouvais. Enfin, j’ai cru. Je crois que j’ai dû m’endormir. Laisse-moi ici un peu d’air me fera du bien.

– Tu en es sûr ?

– On y est presque, je t’assure que ça me fera du bien.

Dix minutes plus tard, après avoir promis que, si, j’avais besoin d’un peu d’air et que non, je ne traî­nerai pas et que oui, j’avais probablement oublié d’éteindre les lumières. Dis trente fois merci et bonne soirée, assuré que je viendrais samedi prochain et que j’avais a-do-ré la soirée, je pus sortir de la voiture.

J’attendais en faisant au revoir de la main qu’elle fasse demi-tour avant d’avancer vers la lumière, mais quelle idiote j’étais de ne pas avoir pensé que mon colocataire pourrait être là. Il faudrait sortir de ce secret tôt ou tard et tôt serait mieux pour mes nerfs.

Alors que j’avançais dans le jardin, je le vis assis sur les marches devant la cuisine. Il me fixait sans rien dire. Arrivée à sa hauteur, je m’assis mal à l’aise et je me mis à fixer les objets que la lumière de la cuisine faisait apparaître sur le sol. Je sentais toujours son regard sur moi puis un murmure.

– Alors tu as passé une bonne soirée ?

– Oui, un rien étourdissante, mais la famille de Suzanne est vraiment adorable. Je suis invitée sa­medi prochain.

– Je vois.

– Tu vois quoi ?

Il ne répondit rien et son regard se perdit dans le vide.

– Tu vois quoi ? Insistais-je

– Tu t’adaptes plutôt bien.

– C’est gentil, mais là j’ai plutôt l’impression d’avoir survécu à un typhon.

Je me massais les côtes en souriant. Un typhon de bisous et de câlins qui m’avait laissée tout étour­die et pas complètement remise.

– Fait attention aux gens de la ville, ils ne sont pas tous comme Suzanne.

– Parce qu’il y en a d’autre comme Suzanne ou Ada ?

– Je disais juste que tout le monde ici, n’est pas aussi amical qu’elles.

– Je pense bien mais…

– Mais tu verras bien, fais juste attention !

– Côté gens incorrects, je pense avoir un peu de… enfin, j’en ai connu et je ne pense pas que, enfin… pas Suzanne en tout cas.

– Sois prudente, c’est tout.

Lâché dans un souffle comme à contre-cœur, une petite phrase de rien du tout qui me fit du bien. Bon sang, je m’étais attaché à lui au fil des jours et son absence due à sa froideur et sa colère des derniers temps m’avait plus blessée que je ne voulais l’admettre alors cette petite phrase me faisait du bien.

– Je tiens à toi aussi.

Je lui répondis en l’embrassant sur la joue. Je me levais, filais à la cuisine. Avant même d’y parvenir je sentis deux bras me saisir la taille, une tête se nicher dans mon cou et deux lèvres remuer contre ma peau. Un baiser doux, un soupir puis au creux de mon oreille un souffle rauque.

– Va te coucher il est tard, petit ange.

Il m’avait embrassée juste en dessous de l’oreille provoquant une pluie de frissons. Ses mains libé­rèrent mes hanches et alors que son corps s’éloignait du mien, j’eus froid. Je me retournais pour trouver la cuisine vide. Je restais là, ébranlée. C’était quoi ça ? Non, pas le baiser, pas son com­portement, mais ma réaction. Je suis pas idiote, c’était clairement du désir, mais je ne voulais pas. Je ne voulais pas ressentir de désir pour mon fantôme, pas plus que pour aucuns autres hommes du coin. Désirer quelqu’un c’est le bordel, ça me met la tête à l’envers, m’empêche de réfléchir et je vire stupide et soupirante, incapable de voir les défauts, avalant les mensonges comme du petit lait et me laissant berner, j’y étais déjà passée. Stop, stop, stop, hors de question de. Bien décidée à ne pas me laisser aller, je filais sous la douche pour me calmer parce que oui, mon corps lui, était un imbé­cile de première. Et, merde, je ne suis pas une sainte ! Loin de là ! J’ai des besoins comme tout le monde, mais je ne voulais plus avoir envie de, enfin si, mais pas comme ça, pas maintenant, pas lui.

Je ne le revis plus, le tableau noir repris son usage premier. Je notais le programme, il indiquait ce qui était fait, je lui souhaitais bonne soirée, il me souhaitait bonne journée. Mes nuits restaient com­pliquées, mon esprit l’imaginant devant ma porte, elles n’étaient plus vraiment reposantes. Je m’épuisais pendant la journée pour tenter de dormir. Je m’épuisais pendant la nuit pour tenter de ne pas penser, mais je tins bon.

Le samedi arriva comme un sauveur. J’allais faire face à plusieurs ouragans amicaux, mais cela me semblait plus calme et reposant que la semaine qui venait de passer. Je ne fus pas déçue. Il y avait encore plus de monde, dont bien sûr, je ne retins aucun nom, trop à manger, merci Ada, beau­coup de bruits, de rires et une Suzanne inquiète de ma petite mine. Mes joues et mes côtes subirent les assauts affectueux de tout le monde à l’arrivée comme au départ.

Je rentrais pour trouver la lumière de la cuisine allumée, mais personne ne s’y trouvait. Un mot sur le tableau me souhaitait une bonne soirée et une bonne nuit, c’était la seule trace de mon fantôme.

Les semaines se suivirent sur le même modèle ou presque. Mon cerveau reprenait le dessus, mes nuits se firent plus calmes, sans ruminations interminables sur mon colocataire et je pus me reposer vraiment.

La cheminée fut inspectée, réparée et attestée sans danger par un ami de Francis, David qui m’invita à sortir à chacune de ses visites. Il reçut la même réponse que celle donnée à Francis au cours des derniers samedi : merci, mais non merci. J’allais finir par être taxée de pénible ou de vieille fille frigide. Ada fut d’une aide précieuse en précisant à tous les invités de Suzanne, le samedi suivant, alors que Francis se montrait insistant, que, vu mon passé, un homme n’était pas une urgence pour le moment. Ils en conclurent que j’avais eu une grave déception, ce qui n’était pas faux, ce qui amena Francis à s’excuser de son insistance et à clore une fois pour toute, le sujet.

Sauf que si je m’en étais remise et que j’aurais pu faire de la place à un nouvel amant, même si je ne désirais ni David, ni Francis. Parce que pour le moment la situation n’était pas aussi simple que si mon fantôme n’existait pas.

L’automne s’installa, les journées raccourcissant, il me devenait de plus en plus pénible de me

coucher avant le soleil. Il fallait trouver un autre accord au moins avant l’hiver. Le tableau noir se vit promu médiateur. Je le couvrais de : il faut que l’on parle, formulés de toutes les manières pos­sibles et imaginables, auquel étaient répondu des : de quoi, sans autres commentaires.

Je tentais une autre approche en la jouant claire et nette : qu’allons-nous faire cet hiver, les jours raccourcissent et il serait bien que l’on trouve un moyen de cohabiter, à quoi me fut répondu un : ça ira, laconique.

Mon colocataire avait coupé suffisamment de bois pour chauffer la maison, au moins plusieurs hivers ou lors d’une mini glaciation, nettoyé le jardin de tout ce que j’y avais stocké et l’avait parfaitement rangé dans la cabane en bois qu’il avait construite. J’avais quant à moi, fini de changer les fenêtres et repeint le salon et une partie des chambres. Un canapé avait fait son apparition ainsi qu’une télé­vision et surtout d’un lecteur DVD. L’installation de ma super bibliothèque était en cours, car à force de me coucher avant le soleil, j’avais fini par dévaliser la petite librairie du coin, étonnant…

La maison perdait petit à petit son air de maison hantée et prenait doucement l’apparence du foyer que j’avais vu en elle.

Je laissais tomber les tentatives de discussions en septembre. Finalement, si nous devions nous croiser, arrivera ce qui devait arriver. Les jours devenant de plus en plus courts, je refusais de me ranger dans ma chambre de plus en plus tôt. Je l’annonçais sur le tableau, n’y trouvais aucune réponse le lendemain, excepté le “bonne journée” habituel.

Je m’intégrais beaucoup, grâce à Suzanne, un peu à contre-cœur à cause de mon fantôme. Je com­mençais à retenir les visages, quelques noms, pas beaucoup, je l’avoue. Je saluais gaiement les gens en ville, sortais de plus en plus le soir et me fis une nouvelle amie.

Elle travaillait dans une boutique qui vendait des articles artisanaux. Boutique ouverte en saison et qui pratiquait la vente à la tête du client. Je m’explique, un prix pour les touristes, un pour les habi­tants, un autre pour les habitués. Il valait mieux y arriver avec quelqu’un de connu du propriétaire ou de la vendeuse, ce que j’appris plus tard.

La première fois que j’y entrais, je craquais littéralement pour un tapis aux couleurs vivent, remplis de dessins stylisé d’animaux du coin. Quand je demandais le prix, je pâlis. Non, mais je devais vendre un rein pour l’avoir ? Je ne l’achetais pas, mais pris une petite lampe dont le prix me sembla plus correct. J’y retournais plusieurs fois et finis par engager la conversation avec la petite rousse derrière la caisse. Elle se nommait Théa et avait appris depuis peu que je n’étais pas une touriste. Elle était rouge de la tête aux pieds quand elle me présenta ses ex­cuses pour le prix demandé lors de mes achats précédent. C’est ainsi, que j’appris qu’en ville les touristes, comment dire, on les saignait volontiers alors qu’on faisait attention à ne pas exagérer avec les gens du coin. Ce qui expliquait pourquoi Ada m’avait traînée partout en me présentant comme une amie.

Les prix baissèrent sérieusement après notre discussion et je repartis avec le tapis qui soudain était tout à fait dans mes moyens. J’eus même droit à une remise important en guise d’excuse. Tapis et lampes voyagèrent de la boutique à la maison suivit par un couvre-lit en patchwork livré, un mer­credi, par une petite rousse survoltée comme tout le monde ou presque ici.

Elle resta manger puis revint le mercredi suivant puis Ada pris le temps de se joindre à nous puis le mercredi soir fut le re­pas copine de la semaine. Finalement, les habitudes se prenaient vite ici sauf une…

Chapitre 7

Je ne me faisais pas à l’idée de ne plus revoir mon fantôme qui comme au début se montrait discret, tellement que si des mots n’apparaissaient pas sur le tableau, j’aurais pu le croire parti. Alors que je m’étais fait tout un monde de sa présence, je n’avais plus envie de le voir disparaître. Je devais recon­naître que j’avais pris l’habitude et qu’il avait pris une place importante dans ma vie et si on excluait le passage du baiser dans le cou, il s’était comporté en grand frère. Bien que je n’aimais pas trop l’idée qu’il me voit comme une sœur. Il me manquait. Je me l’étais avoué un soir alors qu’enroulée dans une couverture devant la télévision, je me retrouvais à parler à voix haute. Stupide moi !

J’avais rencontré Théa, j’allais manger tous les dimanches chez Suzanne. Oh, j’avais oublié de vous dire, les repas du samedi soir ne permettant pas au plus jeune de profiter du cinéma ou de diffé­rentes sorties entre amis, le repas fut déplacé au dimanche midi enfin au dimanche une heure puis transformer en brunch. Je disais donc, le samedi, sorties, le dimanche, gavage chez Suzanne, le mer­credi, repas filles, le reste de la semaine, nettoyages, peintures et aménagement. Je n’avais pas le temps de m’ennuyer et pourtant je m’ennuyais. Je m’ennuyais de mon fantôme qui portait beau­coup trop bien son surnom depuis quelques semaines.

Septembre passa, octobre pointant le bout de son nez Ada devint comme folle. Son amour des tou­ristes ne se démentait pas et les repas du mercredi s’enrichirent de longues tirades sur la bêtise et les âneries de ses clients adorés, le tout saupoudré par les arnaques du boss de Théa. J’avais mal au ventre à force de rires. Le repas finissait toujours par la promesse de ne rien dire de ce qu’elles m’avaient confié, promesse que je renouvelais sans soucis, tellement j’aimais les entendre raconter leurs petites et grosses arnaques.

Octobre était aussi une période folle pour Suzanne et pour la moitié de la ville, la fête du saint patron de la ville ou du premier colon, selon les sources consultées, avait lieu le deuxième samedi du mois et monopolisait toute âme charitable à la ronde. Je fus engagée sans avoir pu dire non, ni bien com­pris comment d’ailleurs, pour tenir un stand de tartes fabriquées par toutes les femmes du coin. Juste pour la matinée m’avait promis Suzanne.

Je me retrouvais donc affublée du magnifique tablier à fleur de ladite Suzanne. C’est pas sérieux de vendre des tartes sans tablier avait-elle répliqué à ma protestation, placée derrière trois énormes tables croulantes sous des tartes à tout, des myrtilles à la viande en passant par les pommes ou le poulet. Je n’allais jamais savoir laquelle était à quoi. Je me voyais déjà vendre du poulet à la place des fraises et me faire hurler dessus par un touriste mécon­tent, mais je ne vis pas un seul touriste. Les tartes partirent comme des petits pains, achetées presque en­tières qui par le frère de la cuisinière qui par le mari. Je compris au fil de la matinée que les hommes du coin venaient acheter les tartes de leur cuisinière pour éviter que celles-ci, les tartes pas les cuisi­nières, ne restent invendues au soir et provoque le désespoir de celle-ci. Une jolie preuve d’amour vite démentie par un jeune homme qui me dit que si elle n’est pas vendue ce soir, ce serait à lui de la manger. Il me fit un clin d’œil et disparut avec la tarte. Voilà pourquoi avant même la fin de la matinée, j’avais tout vendu.

Suzanne apparue sur le coup dès onze heures m’expliqua que c’était parti plus vite que les autres an­nées. Normal, je ne connaissais pas assez les gens d’ici pour savoir qui avait fait quelle tarte. Je la re­gardais consterner et elle se mit à rire.

– Ne t’en fais pas, c’est tous les ans pareil, me consola la voix d’Ada, Suzanne a juste profité que tu sois moins connue pour se débarrasser au plus vite de tout ça. De plus l’argent va servir pour ré­nover le parc alors c’est pour la bonne cause.

Mouais, je retirais le tablier à fleur en ignorant le : ho, non il te va si bien, de ma future ex-amie et le tendis à Suzanne.

– Allez les jeunes, filez profiter de la journée, il y a plein à faire.

Finalement, je me consolais en m’octroyant le titre de vendeuse la plus rapide de la ville. Titre validé par Théa quand je lui expliquais. Elle tenait un stand rempli de comment dire, de trucs étranges, sur tout était indiqué artisans de la région et pour être honnête, je ne suis pas fan des animaux empaillés, ni des fourrures où l’on voit la tête de l’animal. Si je comprenais bien l’avantage de la fourrure dans le coin où les hivers étaient froids, je n’étais pas pour. Mon côté citadin restait bloqué sur l’idée que pour avoir de quoi faire tout cela, il avait fallu tuer un animal et je n’arrivais même pas à tuer les araignées alors, c’était incompréhensible pour moi et voilà. Mes deux amies levèrent dans un bel ensemble, les yeux au ciel. Je leur tirais la langue, fis promettre à Théa de nous rejoindre plus tard et filais au stand suivant.

Remplie à ras bord de hot-dogs, de gaufres et d’un tas d’autres nourritures grasses et sucrées, trois na­nas tentaient de digérer, affalées sur un banc. Même Ada avait déclaré forfait, c’est dire. Armées d’une tisane digestive, avait dit la vendeuse du stand, nous tentions de faire discret les burps que nos estomacs produisaient. Sexy les nanas. La soirée était déjà bien entamée et s’il n’y avait eu un feu d’artifice prévu dans un peu moins de trente minutes, je serais déjà rentrée chez moi, mourir dans mon canapé. Franchement, j’hésitais à me rouler jusqu’à ma voiture, mais je n’avais pas assez de courage pour bouger.

Après le feu d’artifice, Ada nous abandonna pour aller s’offrir un dernier verre et Théa baillait encore plus que moi, lorsque je donnais le signal du départ.

– Bon, c’est pas tout ça, mais faut rentrer.

Deux bises plus tard, je filais en direction de ma voiture, la longue agonie digestive avait au moins permis de dégager le parking, il ne res­tait que quelques voitures parsemées. En dépassant un quatre-quatre noir, je vis David qui ne marchait plus très droit. Il se dirigeait vers moi en me saluant de grand geste. Je le saluais en retour et continuais d’avancer vers ma voiture. Il me rattrapa, me saisit pas le bras et m’attira à lui et sans que je puisse rien faire m’embrassa. Son halène puait l’alcool. Je le repoussais de toutes mes forces, en tournant la tête de droite à gauche pour éviter sa bouche. Il me tenait fermement. Il ne me lâchait pas. Il marmonnait des : laisse-toi faire qui me glaçait le dos. Mince, il était bien plus fort que moi, complètement saoul aussi. Crier ? Vu le bruit de la musique, cela ne servirait à rien. Je tentais de le raisonner, peine per­due. Il était passé de laisse-toi faire à t’es une salope. J’avais envie de vomir. Je ne voyais pas com­ment me tirer de là.

Ma voiture n’était qu’à dix mètres si j’arrivais à me dégager, peut-être. Ses baisers se firent insis­tants. Sa bouche ne décollait pas la mienne. Sa main droite se glissa sous ma veste. Je tentais de lever mon genou, mais il était tellement collé à moi que j’arrivais à peine à bouger. Je sentais la nausée arriver. Je paniquais. Il était clair qu’il n’allait pas s’arrêter là. J’avais peur. Je pleurais. Je pouvais à peine respirer.

Je luttais pour rester debout, ne pas tomber pour ne pas me retrouver piégée sous lui. Je suppliais. Lui était parti dans un discours fait de tu vas aimer suis un bon coup et de tu fais envie et tu dis non alors il ne faut pas t’étonner. Merde. Le temps s’étirait. J’avais l’impression que ça ne servirait à rien de continuer à me débattre qu’il aurait de toute façon le dessus. Je ne voyais pas comment me tirer de là. Je le suppliais. Je me raccrochais à l’espoir que quelqu’un, n’importe qui passe par là. Il continuait à écraser ma bouche. Sa main avait fini par se glisser sous mon pull empoignant mon sein et le malmenant. Il pesait de tout son poids contre moi. Il me maintenait avec force contre lui. Il continuait son monologue.

Sous son poids, je basculais en arrière. Il me tomba dessus m’écrasant encore un peu plus contre lui. Je sentis sa main quitter mon dos pour s’accrocher à mon pantalon et tenter de l’ouvrir alors que son autre main ouvrait déjà le sien. Je hur­lais de panique. Je hurlais, je me tortillais pour me sortir de dessous lui. Je le suppliais encore de me laisser. Il riait en m’assurant que j’allais aimer. Sa main avait ouvert mon pantalon et tentait de se glisser entre mes jambes. Il reprit ma bouche pour me faire taire. Il serra son corps contre le mien et je sentais parfaitement bien l’envie qu’il avait. Je pleurais de plus en plus fort. Je gémissais de peur. Il se moqua de moi et il disparut.

Il disparut ? Je me recroquevillais en pleurant, de soulagement et de peur. Je n’arrivais pas à calmer mes larmes. Je tremblais. J’avais envie de vomir. Deux bras me saisir doucement. Je paniquais lorsque je me retrouvais plaquée contre un torse dur. Je voulais hurler. Je me débattais. Une voix douce se fit entendre, juste un murmure.

– Je suis là, mon ange.

Je me figeais hébétée à ce mot et ce fut le trou noir.

Je me réveillais en fin d’après-midi dans mon lit. J’avais mal partout. Les souvenirs de la nuit remontaient et les larmes coulaient à chaque fois. Je pris une longue douche m’arrachant presque la peau pour enlever l’impression des doigts de David qui y restaient accrochés. Je tremblais toujours de peur. Je restais en robe de chambre incapable de me motiver à autre chose qu’à pleurer.

Dire que je commençais à me sentir chez moi, en sécurité auprès des habitants, que je m’étais faite des amis et… et… Les sanglots firent cesser toutes réflexions. Je n’étais que douleur et pleurs. Je me traînais jusqu’au canapé et allumais la télévision, j’avais besoin de bruit pour me sentir rassurée.

Mon téléphone sonna. Je ne regardais même pas qui appelait. Je ne voulais voir personne.

Vingt mi­nutes plus tard, Ada défonçait la porte de la cuisine. Je ne bougeais même pas. Elle était avec Su­zanne et Théa. Elles me regardèrent. Elles ne posèrent aucune question. Mes amies me prirent dans leurs bras. Suzanne se mit à préparer du café. Je pleurais. Puis Théa, tout doucement, en me caressant les cheveux posa la question qui devait les rendre folles.

– Est-ce que ce connard t’a, enfin, est-ce que ?

Je secouais la tête vivement. J’entendis trois soupirs. J’eus presque envie de rire.

– Non, il a voulu, mais enfin, mais on est venu à mon aide. Quelqu’un l’a, enfin je sais pas trop. Mais, d’un coup, il n’était plus là.

En fait, même si je savais qui ce quelqu’un était, je n’avais pas tout compris. Je ne mentais pas. Un moment, il était là, l’instant d’après il ne l’était plus. Je regardais Théa.

– Mais com…

Ada me coupa.

– On a retrouvé David ce matin, il était salement amoché. Il a fallu du temps pour qu’il explique ce qui s’était passé. Il a fini par expliquer sa soirée quand Francis a menacé de remuer toute la ville pour trouver le coupable et lui casser la gueule. Je pense qu’il a préféré donner sa version quand il a su qu’on avait retrouvé ta voiture sur le parking et qu’on pourrait relier son passage à tabac avec toi. Il a tenté de te faire passer pour une allumeuse qui avait changé d’avis et qui était partie avec un autre type après que le type en question s’en soit pris à lui parce qu’il n’avait pas voulu le laisser t’emmener. C’était du moins sa version avant que Judicaël n’arrive et ne l’oblige à donner la bonne. Il ne lui a pas laissé le temps de se trouver des excuses ni d’inventer autre chose, il a fini par le menacer pour avoir la vérité et je t’assure qu’il l’a encore moins bien pris que nous.

On aurait dit qu’elle vomissait, rien que d’y penser. Suzanne était assise raide au bord de sa chaise et Théa me serrait fort contre elle.

– Il a eu de la chance, continua-t-elle. Si moi ou Francis l’avions surpris, ce n’est pas qu’amoché qu’il aurait été. Oh mon Dieu Sophie, jamais je n’aurais dû te laisser rentrer seule. Je m’en veux tellement.

– On s’en veut, on aurait dû rester avec toi.

– Vous ne pouviez pas savoir, soufflé-je.

Je me serrais encore plus contre Théa et Ada. Suzanne renifla, pas de peur ni d’émotions, elle reni­flait de fureur. Tout en elle était raide, furieux. Elles restèrent jusqu’au soir, s’assurant que j’allais mieux, me forçant à manger au moins un peu, me proposant de rester pour la nuit pour que je me sente en sécurité. Je finis par les mettre dehors en leur promettant de me coucher et de fermer tout à clefs, à double tour, même à triple et de coincer une chaise sous ma porte. Je promettais de prendre toutes les protections possibles et imaginables.

J’avais besoin de rester un peu seule, non, pas seule. J’avais besoin de voir et de remercier mon fantôme. Une fois mes amies parties, je fermais la porte à clef, éteignis toutes les lumières, me posais sur le canapé et attendis. Je finis par m’endormir. Une main posée sur ma joue me réveilla. Je sursautais, ouvris les yeux d’un coup et ne vit rien. Le noir était complet. Je paniquais et hurlais.

– Doucement mon ange, ce n’est que moi.

Soulagée et sans réfléchir, je me penchais en avant pour l’enlacer simplement pour le remercier, en­fin j’enlaçais ses jambes, ma tête à hauteur de…, mince, il s’était redressé. Et re-mince ma position, n’était pas, enfin, j’étais tout contre, bref, je sentais, oh merde. Il s’était redressé de partout et j’ap­puyais ma joue sur, voilà, voilà. Je virais au rouge carmin, les joues en feu, brûlantes contre son… Je bafouillais. Je le lâchais et m’écrasais par terre.

Il ne dit rien pendant que je réunissais le peu de dignité qu’il me restait. Il me tendit la main pour m’aider à me relever, me tira avec douceur entre ses bras. Il m’embrassa sous l’oreille et me mur­mura :

– Ça va aller ?

J’opinais de la tête et je soufflais ces mercis que j’avais à cœur de lui dire.

– Sans toi, je…

Je ne finis pas ma phrase, un doigt posé sur mes lèvres, m’en empêcha. La main posée dans mon dos me resserra contre lui et sa voix rauque me répondit.

– Si j’étais arrivé juste quelques minutes plus tard, jamais je ne me le serai pardonné.

– Tu es arrivé à temps. Rien de grave ne s’est passé.

– Rien de grave ?

Il releva la tête si vite que je partis en arrière, son bras dans mon dos me reteint alors que je l’enten­dais grogner d’une voix encore plus grave.

– Ce salaud a osé te toucher et tu dis que ce n’est pas grave ?

Sa vois vibrait de rage, tout son être semblait animé d’une fureur. L’entendre ainsi me coupait littéra­lement le souffle. Tout en lui, dégageait une puissance écrasante et bien que la fureur que je sentais ne m’étant pas destinée. Je me sentais toute petite devant lui. Je touchais son bras du bout des doigts, remontant vers sa joue. Je voulais juste le calmer. Le pire avait été évité et même si je ne me sentais pas bien, le pire avait été évi­té. Je le lui redis

– Tu es arrivé à temps. Le pire n’est pas arrivé grâce à toi. Si j’ai bien compris, tu m’as en plus vengée. C’était vraiment une chance que tu sois là, sans toi, j’aurais passé un mauvais moment

voir bien pire.

Je frissonnais à l’idée de ce qui aurait pu se passer, mais j’étais en un morceau, chez moi et je voulais juste remercier l’homme qui m’avait tiré de là. Je ne voulais penser qu’à ça. J’étais en sécurité chez moi. Il me serra contre lui, son visage enfoui dans mon coup. Je le sentais trembler d’une rage contenue contre moi. Je n’en menais pas large non plus et la bosse qui s’imprimait dans mon bas ventre focalisait mon attention.

Bien sûr, idiote, tu as failli te faire violer et la seule chose d’intelligent que tu trouves à faire, c’est te coller à un autre homme. Bien ma fille, tu es d’une logique parfaite sur le coup là. Reviens sur terre et décolle-toi de lui !

Je reculais un peu alors que ma main restait posée sur son torse et glissait en direction de… Je la stoppais ne sachant plus trop comment réagir. Il se dégagea d’un coup. Il m’embrassa sur la tempe et m’envoya dormir, car il était tard et que j’avais besoin de repos.

Mais non. Je suis pas d’accord là, c’est quoi ce délire ? Mais non alors ! Je le suivis à la cuisine pour lui dire que non, je n’allais pas dormir, enfin pas de suite. Je lui rentrais dedans. Il avait stoppé net. Me massant le crâne, je pestais contre lui. Il se pencha vers moi et murmura à mon oreille.

– Ça suffit mademoiselle Baumgartner, il est temps pour vous d’aller vous coucher.

Puis, il me fit pivoter et me poussa vers l’escalier. Le, vous, m’avait glacé, j’avançais, encore une fois perdue. D’accord, j’avais eu peur et d’accord, il me faudrait un peu de temps. Je re­connais que j’avais surtout besoin de douceur et grand seigneur, il n’en profitait pas et il me repoussait, mais ça ne me convenait pas. Fichu corps qui perdait le nord, fichu cerveau qui analysait trop, fichu fantôme trop correct. Là, je les haïssais tous.

Cette histoire provoqua petit à petit, un changement, mon fantôme se socialisa. Il passait depuis peu, ses soirées avec moi. Le nez dans un bouquin, un de ces vieux livres reliés de cuir écrit dans une langue que je ne connaissais pas, en râlant contre les séries débiles que je regardais. Il en avait sur­tout après Buffy que j’avais plutôt été contente de dénicher lors d’un vide-grenier. Lui n’aimait pas et le faisait savoir, moi, j’aimais et je faisais semblant de ne pas l’entendre. Il était assis sur un fauteuil de cuir qu’il avait sorti de je ne sais où alors que moi, je m’étendais sur tout le canapé, enroulée dans une couverture. Il s’occupait de remettre du bois dans la cheminée et je somnolais.

Il ne mangeait pas avec moi, apparaissant une fois que je m’étais installée devant la télévision. Il se faisait chauffer un bol de je ne sais quoi et me rejoignait au salon. Nous parlions peu. Sa présence était, je voulais m’en convaincre, suffisante, mais surtout j’avais besoin de me sentir en sécurité et l’avoir avec moi le soir, m’y aidait.

La journée Ada et Théa se relayait pour ne jamais me laisser seule. J’avais durement gagné le droit de passer mes soirées et nuits seule. Suzanne me couvait du regard et se montrait agres­sive dès qu’un homme de sa famille ou pas, me parlait trop longtemps selon elle. Toute la ville sa­vait ce qui était arrivé, toute la ville se sentait coupable. Je n’allais plus trop en ville.

Chapitre 8

Le temps semblait s’étirer sans fin et je m’occupais du mieux que je pouvais. Je me retrouvais démuni quand les chambres furent finies. Lits, ri­deaux et tapis installés, il ne me restait presque plus rien à faire. Tout se mettait en place et si la fa­çade devait encore être refaite, la neige et le froid extérieur m’en empêcheraient encore quelques mois. Il ne restait plus que la cave que son occupant m’interdisait.

Donc je traînais ma désolation de pièces en pièces, donc je virais invivable d’ennui, même s’il me restait les mercredis et les di­manches midi pour me changer les idées.

Fin novembre même mes mercredis me furent arrachés. Trop de boulot pour l’une, touristes à materner pour l’autre, et hop, plus personne ne venait manger. Les dimanches restaient une bouffée d’air même si de moins en moins de personne y était, eux aus­si avaient trop de travail. Je devais m’occuper et vite.

C’est ainsi que je me retrouvais à proposer à Suzanne de la décharger du repas du dimanche. Allez hop, tout le monde chez moi. L’avantage de cette situation était que je pouvais inviter Théa. Je pré­vins mon colocataire qui ne râla même pas à l’idée d’être envahi. La journée, c’était chez moi et puis je le lâchais un peu avec la cave. Nous y trouvions tous les deux notre compte.

Décembre pointa le bout de son nez, couvert de neige et bien froid et j’ai toujours aimé cette période pour les décora­tions de Noël, les lumières, les pères-Noël et le sapin. Je craquais littéralement pour une pluie d’étoiles à accrocher sous le toit ce qui fut la cause d’une première vraie dispute entre Livius et moi.

Je voulais fêter Noël, lui pas. Je voulais décorer, lui pas. Je voulais un sapin, lui pas. Je fulminais devant tant de non et fini par le menacer de tout faire en douce durant la journée. Il me répondit qu’il déferait toute la nuit. Je pestais, il restait calme. Je tapais du pied, il levait à peine les sourcils. Trois jours de tempête et rien n’avançait, le refus était toujours aussi net et mon envie toujours aussi forte. Je ne savais plus comment me faire entendre de cette tête de mule.

Ma maison était la seule à ne pas briller de décorations alors dépitées, je filais admirer celle de la ville. Une soirée à regarder les lumières des autres, à faire sauter de joie la petite fille en moi. Je traînais depuis des heures, pas pressée de rentrer quand je croisais Théa.

Nous nous sommes baladé, admirant les décorations, riant comme deux petites filles. Théa n’était pas plus croyante que moi, Noël était pour elle, un moment de joie dans l’hiver rien de plus. Pour moi, c’était surtout lié à mes souvenirs d’enfance. Mes parents sont très croyants.

La soirée s’avan­çant Théa me proposa de rester avec elle. Elle logeait en hiver à l’hôtel. La route menant à sa mai­son n’avait de route que le nom, gelée tout l’hiver, le chemin n’était pas sûr et son patron fatigué de la voir arriver en retard la moitié de l’année, avait trouvé comme solution de lui louer une chambre. Elle pestait un peu de ne vivre que six mois dans sa maison, mais était ravie de n’avoir plus la route à faire et elle se sentait comme chez elle chez Mona.

La soirée fut courte. Elle avait voulu me prêter un T-shirt qui resta coincé sur ma tête. Vous ai-je dit qu’elle est petite et toute fine ? La soirée pyjama fut faite sans pyjama ! Rien n’aurait pu m’aller et c’est enroulée dans une couverture que je m’installais dans le lit tout en continuant à papoter avec Théa.

Le lendemain matin, quand son réveil sonna, elle était en grande forme, moi en forme de zombie. Le manque de sommeil et moi ne sommes pas copain. Je me traînais jusqu’au café, jus de chaussette de l’hôtel puis, après un au revoir gai comme tout de sa part, à moitié baillé de la mienne, je filais chez moi prendre un vrai café ou deux.

Quand j’arrivais, rêvant de mon café, la lumière à la cuisine était allumée comme à chacune de mes absences. À peine avais-je éteint le moteur que Livius ouvrait ma portière. Il était furieux. Il me saisit par le bras, me tira dehors de ma voiture, grommelant je ne sais quoi. Il me poussa vers la cuisine, là je pouvais comprendre quelques mots : inconsciente, stupide et autre qualificatifs pas très sympathiques. Je fus auscultée, non mais vraiment, sous toutes les faces, retournée, palpée de partout. Non mais ça va pas ou quoi ? Je chassais les mains, poussais leur propriétaire et me plantais en face de lui.

– C’est quoi ton problème ? grondais-je.

– Tu as disparu toute la nuit, je ne t’ai pas retrouvée et…

– Et tu t’es dit que je m’étais de nouveau mise dans une sale position, soupirais-je en me passant la main sur le visage.

– Oui, soupira-t-il en écho

– J’étais avec Théa, j’ai dormi chez elle, enfin à l’hôtel. Il était tard et je ne voulais pas faire la route.

– Tu aurais pu prévenir !

Ben oui, voyons et comment ? Pas de téléphone dans la maison, je n’avais pas son numéro, s’il en avait un et je n’allais pas faire la route pour lui dire, au fait, je repars pour dormir en ville pour ne pas faire le trajet, mais bien sûr ! Je levais les yeux au ciel. J’allais répondre un oui papa, mais me mordis les lèvres.

– Reprenons. Je suis sortie hier après-midi pour aller en ville, j’avais envie de voir les lumières de Noël dans les jardins, j’ai traîné un peu, Théa m’a rejointe et voilà, rien de grave

– Tes satanées décorations !

Il vomit le dernier mot.

– C’est bon, j’ai bien compris que tu n’en voulais pas.

Je me dirigeais d’un pas lourd vers la machine à café si nous recommencions à nous prendre la tête j’en avais encore plus besoin. Comme aucune réponse ne me parvenait, je me retournais. Il me fixait, une sale habitude à mon avis.

– Ben quoi ?

– Mets tes fichues décorations si tu y tiens !

Il lâcha ces mots du bout des lèvres, fit demi-tour et disparut. Il me fallait vraiment un café. Café bu, suivit d’un autre puis le troisième en main, je sais, je suis accro, je me traînais jusqu’au salon où se trouvait l’emmerdeur de service.

– Ça veut dire quoi exactement ?

– Mets tes décorations puisque tu y tiens tellement, c’est assez clair, non ? Mais, je ne veux pas voir de crèche, rien de religieux !

– Ce n’est pas le côté religieux de Noël que j’aime, mes parents sont croyants, moi pas. C’est le côté lumière au cœur de l’hiver, c’est le côté réunion entre famille et amis que j’aime et les ca­deaux, aussi, faut pas les oublier.

Un doigt en l’air pour souligner ce fait important, je souriais à moitié moqueuse.

– Ah, oui les cadeaux, pas très religieux ça.

– Mais important !

Il éclata de rire.

– Dois-je comprendre quelque chose ?

Il haussa un sourcil.

– Même pas, j’aime les faire, c’est un vrai plaisir pour moi. Par contre, les recevoir c’est plus compliqué.

Froncement de sourcil, je m’expliquais.

– Je n’ai jamais reçu de cadeaux qui me plaisent réellement, des utiles, des qui aurait pu me plaire mais… Je n’ai pas, enfin, ce n’est pas que je sois pénible non, mais c’est comme si…

– Ta famille ne savait pas qui tu es, finit-il à ma place.

– Je suis le mouton noir.

Je grimaçais en le disant, parce que oui, j’étais le truc bizarre dans une famille bien sous tout rap­port, une famille croyante et pratiquante, pas moi et pourtant j’avais essayé de me couler dans le moule, rien à faire, je débordais du cadre. Il a dû voir quelque chose dans mes yeux, car j’étais dans ses bras et il me caressait le dos.

– Tu es parfaite comme tu es, mon ange, me souffla-t-il au creux de l’oreille.

Je soupirais en le repoussant.

– Ouais, on dira ça. Bon, je vais mettre les décorations avant que tu ne changes d’avis. Je te dis bonne nuit.

Je filais à l’étage où les achats décoratifs avaient échoué au cours des derniers jours. Mettant court à cette discussion qui me replongeait dans de mauvais souvenirs. J’étais en train de choisir par où commencer quand du pas de la porte, il intervint.

– Ne va pas te rompre le cou pour placer les lumières. Je m’en occuperai ce soir.

– Oh, hé, je ne suis pas aussi maladroite, protestais-je.

– D’accord alors ne va pas te casser une jambe…

Je me tournais, le fixais méchamment.

– Mais ça suffit, entre toi, Ada, Théa, Suzanne et Francis, on dirait que je suis en verre et que vous avez tous peur que je finisse par me casser. Je suis une grande fille, c’est clair ?

Aucune réponse autre qu’un demi-sourire moqueur et un ricanement, il ne me prenait pas au sé­rieux. Sans répondre, je pris un premier sac pour le descendre à la cuisine, lui passa devant en le­vant haut le menton, risquant de quelques millimètres de me casser la figure dans les escaliers, fis semblant de rien et restais digne jusque dans la cuisine où je rageais de l’entendre rire.

Je passais le reste de la journée à installer mes décorations. Un traîneau lumineux avec deux rennes magnifiques dont l’un avec un nez rouge, plein de petits animaux et une étoile. Je fis sauter trois fois les plombs. Je finis par crier Francis au secours dans mon téléphone et l’entendit me ré­pondre qu’il passait à midi, ce qui m’amena à calmer le jeu et à lui préparer un bon repas de remer­ciement.

Francis resta un peu plus longtemps que prévu, lui aussi, insistait pour que je ne me tue pas en met­tant les décorations le long du toit, mais franchement, je n’étais pas si maladroite que ça, je l’en­voyais promener en grognant que j’avais déjà un grand frère qui lui me fichait la paix.

– Il est de l’autre côté de la planète, il peut, me railla Francis. Suzanne va me tuer s’il t’arrive quelque chose. Se plaignait-il

– Pfff, oust, vilain !

Je le poussais à sa voiture.

– T’as pas du boulot autre que de me materner ?

– Si, mais moins risqué !

Je le frappais sur l’épaule, en fronçant les sourcils.

– File, méchant ! dis-je en souriant. Je te rappelle que j’ai retapé la maison sans me tuer.

– Oui et on ne sait toujours pas comment tu as fait !

Bon, c’est vrai, pas toute seule, mais j’avais bien bossé, faut pas l’oublier. Il finit par partir en se moquant de moi et en me promettant la pire des vengeances si je me blessais, je restais debout à lui faire des au revoir de la main jusqu’à ce que congelée, je rentre me réchauffer.

En fin d’après-midi la maison avait pris des airs de fêtes, ne manquait qu’un sapin pour parfaire le décor et bien sûr, les lumières sous le toit. J’attaquais le pain d’épice, tradition familiale, dans le vain espoir de réussir à en faire une maison. L’odeur était suffisante pour que je me sente retomber en enfance.

Je réalisais d’un coup que pour la première fois j’allais passer les fêtes seule. Le cafard me submergea. Les larmes se mirent à couler le long de mes joues sans que je puisse les arrêter. Je pleurais toujours en découpant le pain d’épice. Je pleurais encore en construisant la maison. Je pleu­rais sans cesse quand Livius entra dans la cuisine. La maison était montée, remplie de cure-dent pour tenir, j’avais mangé toutes les chutes, je frôlais l’indigestion et je pleurais sans bruit.

Deux bras me soulevèrent et je me retrouvais serrée contre lui. Ses lèvres contre mon front, il ne di­sait rien. Il me serrait. Mes larmes coulaient toujours doucement et je murmurais.

– Je ne veux pas passer Noël seule.

– Penses-tu que Suzanne ou Ada le permettront ? Tu vas te retrouver entourée de plus de gens qu’il m’est possible de supporter.

Je sentis ses lèvres s’incurver dans un sourire.

– C’est pas pareil, ce n’est pas ma famille.

– C’est mieux, eux t’ont choisi.

Là, il marquait un point, plusieurs même. Je restais songeuse, être entourée de ma famille dans la­quelle je m’étais toujours sentie étrangère ou être entouré d’étrangers avec qui je me sentais en fa­mille. Finalement, je serais mieux ici, non ? L’idée de passer les fêtes loin de ma famille me faisait mal, mais les passer entourée d’amis, de vrais amis, me mettait du baume au cœur.

Je soupirais, coinçais ma tête contre l’épaule de Livius et laissais mes larmes se calmer. Il ne disait toujours rien. Un long moment plus tard, mes pieds touchèrent le sol et mon fantôme, levant les yeux au ciel me dit :

– On va les mettre ces fichues lumières ?

Sa tête déconfite, sa moue boudeuse et ses yeux désespérés me firent rire. J’en avais mal au ventre alors qu’il se dirigeait, droit comme un I en direction de la porte.

– Tu as deux minutes pour me les apporter.

Je filais au salon, attrapais le sac et le lui tendis en moins de vingt secondes. Un énorme sourire aux lèvres, fière de moi. Il prit le sac, grogna et sortit. Je chopais ma veste et le suivit. Il me repoussa dans la cuisine d’un air grognon, m’enfila mon bonnet qu’il descendit jusqu’à mes yeux puis pris une écharpe qu’il noua au niveau de mon nez. Il recula d’un pas, admirant son travail. Je voyais à peine et ne pouvais presque plus respirer, mais il avait l’air satisfait. Merci papa ! C’est dingue ce be­soin de me materner qu’ils avaient tous, je n’arrivais pas à m’y faire.

Il nous fallut presque deux heures pour les mettre mes fichues lumières. Tout d’abord, parce que nous ne trouvions plus l’échelle, puis parce que nous n’étions pas d’accord de comment la mettre, enfin parce que je n’avais pas pensé à où la brancher. Il fallut tout démonter pour que la prise soit au bon endroit.

Seule possibilité pour la brancher, la prise de mon réveil, dans ma chambre. Je filais donc ouvrir ma fenêtre pour attraper le bout de câble qui pendouillait devant et le tirais pour le brancher. Je tirais si bien que le pied de Livius parti avec le câble qui s’y était enroulé, un gros merde, suivit d’un boum, me fit paniquer. Merde, merde, merde, je l’avais blessé, sûrement gravement, non tué, j’en étais sûr, c’était une sacrée chute. Je descendis l’escalier quatre à quatre, Oh mon Dieu, je l’avais tué.

Je retrouvais mon fantôme de chair et de sang, assis par terre à côté de l’échelle, le regard noir. Il était vivant. Ouf ! Mais sûrement blessé. Je courrais vers lui et me mit à le tâter de partout en deman­dant :

– Où as-tu mal, je suis… désolée, enfin, merde, je… Comment… je suis… oh lala…

J’étais parfaitement clair dans mes paroles et pas du tout complètement affolée. Pas du tout ! Il me posa la main sur la bouche, secoua la tête et se releva.

– Des bleus et des bosses ce n’est rien. Ta tentative d’assassinat n’a pas marché, je suis plus solide que ça. Par contre, ces horribles choses ne bougeront plus jamais de là, ne compte pas sur moi pour les enlever ou les remettre et je t’interdis de le faire toi-même. Suis-je bien clair ?

J’opinais de la tête vivement. Soulagée qu’il n’ait rien de grave, j’étais prête à lui promettre la lune pour me faire pardonner.

– Tu vas les allumer ou rester là à me regarder ?

Je filais dans ma chambre, tirais tout doucement sur le câble, ce qui me valut un commentaire moqueur.

– Vas-y tire, je suis dé­jà par terre.

Je branchais la prise, courus dehors pour voir et restais là, à admirer les étoiles qui tombaient en cascade le long de mon toit.

– Elles se reflètent dans tes yeux dit le cascadeur, en m’entourant de ses bras. Tu avais raison, le jardin est magique avec toutes ces lumières.

Je me laissais aller contre lui en souriant. Oui, il avait raison. C’était magique. Nous sommes restés là un long moment puis alors que je commençais à me transformer en petit glaçon, il se détacha de moi et me poussa vers la maison. J’étais transie de froid alors que lui, juste avec son pull ne sem­blait pas frigorifié. Ada était pareil, Théa était comme moi par contre, heureusement, qu’au moins une de mes connaissances ne supportait pas le froid.

Je me fis un chocolat chaud, éteignis toutes les lumières de la maison et debout derrière la fenêtre, je regardais mon jardin illuminé. Livius m’avait enroulée dans une couverture et me frottait les bras. Je me sentais bien, prête à attaquer les fêtes sereinement.

Ce ne fut pas si serein que ça, finalement. Ada rentra blessée de sa dernière randonnée, et donc d’une humeur frisant la perfection. J’en entendis de toutes les couleurs sur la bêtise crasse des touristes-citadins-abrutis qu’elle avait dus accompagner. Théa n’avait pas un moment de libre, trop occupée à ar­naquer les susnommés touristes, quant à Francis, il avait disparu, occupé pour dix jours m’avait annoncé Suzanne, il serait de retour pour les fêtes.

Le compte à rebours avait commencé. Je me rendis compte que contrairement à ce que je m’étais imaginé, la plupart de mes amis voyaient les fêtes comme Théa, un bon moment à passer en famille.

J’avais profité des vacances forcées et de l’humeur radieuse de ma meilleure amie pour faire les deux heures de route qui séparait notre petite ville de la prochaine. Journée achat cadeaux, lui avais-je annoncé, ce qui me valut un fait chier, encourageant. Son en­thousiasme fut tel, qu’en fin de matinée nous avions à peine fait cinq magasins. A ce rythme-là, il me faudrait la semaine pour tout faire et bien plus de patience que je n’en avais pour la supporter.

Elle me laissa tomber comme une vieille chaussette quand elle reconnut dans la foule un de ses voi­sins. Elle le supplia de la ramener, elle semblait prête à se mettre à genoux. Non, je ne fus même pas vexée, si, un peu, mais juste un peu, j’étais trop contente de pouvoir finir mes achats sans le dober­man qui se traînait en râlant derrière moi.

Deux heures plus tard j’avais fini. La citadine en moi s’était réveillée et le bain de foule dans les magasins m’avait fait du bien. Je rentrais le coffre plein de cadeaux et l’humeur chantante. À vrai dire, je massacrais tous les chants de Noël qui passaient à la radio, c’était chouette.

Arrivée à la maison, j’eus la surprise d’y trouver un sapin dans le salon et un Livius y accrochant des pommes en guise de boules. Je lui sautais au cou, lui claquant un énorme baiser sur la joue. Le plantant là, je filais faire du pop-corn à la cuisine pour en faire des guirlandes. Me retournant je le vis planté sans avoir bougé, l’air ébahi. Je lui fis mon plus énorme sourire et lui dit :

– Suis trop contente, il est superbe !

– Merci, j’espérais bien qu’il te fasse plaisir, sinon il ne serait jamais arrivé là. Tu fais quoi ?

– Du pop-corn pour les guirlandes, bien sûr !

– Bien sûr…

Je passais la soirée à confectionner des kilomètres de guirlande et à expliquer à Livius où et com­ment les mettre. Il fut parfait, ne râlant que quelques centaines de fois sur mon exaspérante idée puis sur ma tendance à exagérer, même pas vraie.

Je montais en excitation de jour en jour. Mon pre­mier Noël, oui bon, le premier loin de ma famille, mais mon premier à moi, à ma manière. Plus on s’en approchait plus je virais infernal, mais adorable, oui, même si seule Théa le trouvait. Les autres me supportaient de moins en moins. Ils allaient s’en remettre.

Chapitre 9

Deux jours avant la date fatidique la cuisinière de Suzanne tomba en panne. Je la vis débarquer en sueur, les bras charger d’un truc qui devait être la plus grosse dinde jamais vue. Elle me passa de­vant comme une folle en direction de ma vieille cuisinière et mis sa dinde dedans avant de dire.

– Ouf, chez toi elle passe.

Ha bon, bonne ou mauvaise nouvelle ? Du point de vue de Suzanne la nouvelle avait l’air parfaite, moi, je ne voyais pas encore les conséquences.

– Je vais prévenir tout le monde, nous passerons Noël ici. On ne va pas tout transporter deux fois.

Elle sortit la dinde du four, la fourra dans mon frigo en virant presque tout son contenu pour y arri­ver, m’embrassa sur les deux joues et sorti en téléphonant à je ne sais qui pour annoncer que le re­pas de Noël se ferait chez moi.

Heu… oui, mais non, là ça allait poser problème et me demander et mon fantôme alors ? Mon télé­phone sonna, Ada me remerciait d’accepter de recevoir tout le monde parce que j’étais la seule à avoir un four assez grand. Bon la seule aussi à avoir assez de place, mais c’était semble-t-il secon­daire, le four d’abord, les chaises après. Elle me raccrocha au nez avant que je ne lui réponde.

Le téléphone re-sonna et une Théa toute timide me demanda si, comme c’était chez moi, peut-être que, enfin si j’étais d’accord, elle pourrait venir, mais seulement si j’avais envie. Je lui répondis mais tu viens bien sûr et elle raccrocha. Puis j’eus Francis pour me dire qu’il amenait tout demain, puis Suzanne pour me dire de ne pas m’inquiéter elle s’occupait de tout. Je fixais bêtement mon té­léphone, debout dans la cuisine, incapable d’intégrer les différents ouragans qui venaient de se dé­chaîner.

Mon colocataire me trouva ainsi. Surpris, il me demanda :

– Un problème ?

– Il semblerait que Suzanne ait décidé de faire son repas de Noël ici, je n’ai rien pu dire.

J’étais encore perdue, mes sourcils étaient froncés et je parlais en fixant mon téléphone.

– Il y a moyen de les mettre dehors ?

– Je pense pas, soufflais-je en lâchant enfin mon téléphone pour fixer mon fantôme.

– Ça devait arriver, commenta-t-il en haussant les épaules. Je me ferais discret pour la soirée.

– Mais non, grinçais-je, c’est pas à toi de…

Sa main se posa sur ma bouche pour me faire taire. Je détestais cette manie. Il me fit un clin d’œil puis dit :

– Je n’avais pas prévu de faire la fête, tu le sais bien, je passerai une soirée tranquille à lire et toi, tu vas être l’hôtesse la plus merveilleuse du monde.

Il m’embrassa le bout du nez et se prépara son bol me laissant là, digérant les événements. Je sursautais quand le téléphone sonna. Suzanne au bout du fil me demandait si j’avais un congéla­teur et un deuxième frigo, tout ne passerait pas dans le mien. J’eus à peine le temps de dire non qu’elle me raccrochait au nez pour me rappeler trois minutes plus tard et me dire que Francis me li­vrerait le tout demain avant de raccrocher. Je levais mes yeux pour voir le truc qui me servait de colo­cataire s’étrangler de rire le nez dans son bol, pffff.

– Elle est impossible, dis-je.

– Elle en a l’air, rigola-t-il.

Je regardais tout ce qu’elle avait viré du frigo pour y mettre le monstre, pardon la dinde. Je mis le tout dans un sac et le posais dehors, vu les températures, ça ne risquait rien.

– Mauvaise idée, fit Livius.

– Pourquoi ? Ça risque de geler c’est tout.

– Ça va attirer les animaux. Donne, on va leur trouver de la place !

On leur en a trouvé en jouant au Tétris. Le lendemain ma cuisine fut envahi, tôt le matin, par Francis qui me livrait un énorme frigo qui trouva une place dans la petite réserve, puis il arriva, je ne sais pas trop comment à y coincer le congélateur bahut. Mes boites de conserves virées de là, déménagèrent dans une des chambres à l’étage. Francis voulait les descendre à la cave, je l’en empêchais prétextant que l’escalier était mort et que je n’avais pas prévu de le réparer avant le printemps.

– Tu devrais faire venir quelqu’un pour le refaire, c’est dangereux les escaliers.

Et, les bêtes sauvages et les échelles et… et… et… tout était dangereux pour moi si je les écoutais. Moins de dix minutes plus tard, un type que je ne connaissais pas frappa à ma porte, déposa des caisses de légumes sur le palier, me salua et parti avant même que je puisse réagir. Suzanne surgit droit après, elle s’en empara et fila dans la cuisine.

Ouragan Suzanne sur place, accrochez-vous ! J’allais la rejoindre, reçus un tablier à petite fleur, pas le même qu’à la foire, mais elle en avait combien ? Et, je fus mise au travail. Lorsque le tas d’éplu­chure dépassa ma tête, Suzanne me permit d’arrêter. Elle n’avait pas cessé de parler de son mari, de son neveu, de la voisine, bref, le tour complet de la ville ou presque en cancans et petites histoires. J’avais mal aux mains. J’étais saoulée de paroles et épuisée par l’énergie qu’elle déployait. Les lé­gumes furent coupés, émincés en moins de temps que j’avais mis à les éplucher. Elle m’expliquait sa recette au fur et à mesure et m’assurait que tout serait meilleur réchauffé sauf la purée et la dinde qu’elle préparerait demain.

Une fois ma cuisine dévastée, elle fila, plein à faire s’excusa-t-elle. Je rangeais mollement quand une voix derrière moi me fit sursauter.

– C’est un vrai chantier !

– Oui et c’est que le début, je ne sais même pas combien de personne vont débarquer demain.

– Tu ne le lui as pas demandé ?

Je me tournais vers lui, mon regard disait tout.

– D’accord, je n’ai rien dit. Un café ?

– Même dix ne suffiraient pas.

Il m’en prépara un, mis son bol à réchauffer et pendant que je buvais mon café en fixant le vide, il fit comme tous les soirs, bol avalé, lavé, rangé. Je soupirais, je me sentais si molle que de le voir bouger m’épuisait.

– Va prendre un bain se moqua-t-il. Je te réveillerai dans une heure.

– Même pas la force d’y aller.

Ma tête tomba sur la table pour bien signifier que là, je ne bougerai plus. Morte, j’étais. Il me soule­va et me déposa dans la salle de bains. Il en sortit en claquant la porte.

– Dans une heure, je te réveille !

Je lui tirais la langue, il ne le vit pas. Une heure plus tard, il me réveillait en tambourinant contre la porte. Je coulais hors de la baignoire, m’enroulais dans ma robe de chambre et sortis en baillant. Il se marrait. Je le haïssais. Je fus soulevée et transportée devant ma chambre. Il n’y entra pas, mais m’ouvrit la porte.

– Bonne nuit, pauvre petit ange fatigué !

– b’nuit vous !

Je ne pris pas la peine d’enlever mon peignoir, je me glissais entre les draps et dormis. Suzanne dé­barqua à l’aube, oui bon d’accord, à huit heures, les bras chargés de nappes, couverts et services. Je comptais rapidement quarante assiettes, quarante ? Mon Dieu ! Quarante ! Ça ne passera jamais, on va se retrouver plus serré que des sardines dans mon salon. Il faudra un chausse-pied pour tous nous faire rentrer à moins qu’ils ne comptent asseoir la moitié sur les genoux de l’autre. Je commençais à regarder ma table, elle ne suffirait jamais et je n’avais pas la place pour en mettre d’autres, d’ailleurs comment je m’étais retrouvée là-dedans moi ? J’étais perdu dans mes pensées quand Ada surgit.

– Je mets où les tables.

– Regarde avec la petite comment elle veut faire. Il faudra pousser un peu le canapé, j’en ai peur.

Donc résumons. Quarante personnes allaient débarquer dans quelques heures, il me faudrait vider la moitié de la maison et je n’avais pas mon mot à dire. C’était limpide.

J’allais dans le salon et commençait à donner des ordres aux deux cousins, me semblait-il, de Suzanne qui atten­daient là. La télévisons et son meuble disparurent à l’étage, suivit du canapé, du fauteuil et du tapis. Le vais­selier prit le même chemin. Il ne restait que ma table qui fut mise en long et d’autres apparurent par magie, bon d’accord, portées par les cousins et Ada pour former un U dans mon salon.

J’oubliais, le sapin déménagea de son angle pour se retrouver à côté de la porte de la cuisine. Ben oui, il gê­nait pour les chaises et j’avais refusé de le voir grimper dans une chambre. Franchement, le sapin quoi ! Vers dix heures, une petite voix se fit entendre.

– Je peux aider ?

Théa toute mal à l’aise était à la porte de la cuisine. Je lui sautais au cou en lui disant d’entrer. Il fallait mettre les nappes et tout et tout, elle ne serait pas de trop. Suzanne lui jeta un drôle de coup d’œil, mais me voyant lui prendre le bras pour la tirer au salon, ne dit pas un mot. Ada était déjà en train de se prendre la tête avec un cousin qui mettait les nappes à l’envers. Je virais les cousins, at­trapais les nappes et dit à Ada.

– Bon, chef comment tu les veux, ces fichues nappes ? Nous sommes à tes ordres, mais n’oublie pas, tu es chez moi !

Théa pouffa, Ada râla. Les nappes furent mises ainsi que les couverts. Il était à peine midi que tout était en place, nous avions un peu d’avance. Ada disparut, un truc à faire et je me retrouvais avec Théa qui fixait mon sapin.

– J’aime beaucoup tes décorations, les pommes, c’est plus vivant que les boules en verre. Savais-tu qu’avant les sapins étaient décorés de pommes tous les hivers pour fêter le solstice ?

– Non, je ne savais pas.

Elle avait l’air rêveuse, perdue dans ses songes puis elle me prit la main avant de demander :

– Tu as prévu quelque chose pour décorer les tables ?

– Non, pas vraiment, tout c’est passé si vite, je n’avais même pas prévu de tout déménager.

– Viens, on va trouver quelque chose.

Je l’amenais à l’étage pour fouiller dans les décorations toutes neuves qui s’y trouvaient, elle fixa son choix sur des petits anges en verre et quelques boules bleues. Je la laissais décorer les tables et filais à la cuisine pour demander à Suzanne si elle avait besoin d’aide et je compris que non quand elle me vira de là. Bon, ben, voilà, plus qu’à attendre.

À quatre heures Ada réapparut suivie de Francis et de ses parents. Puis, par petit groupe, tout le monde arriva. Mes joues furent mises à l’épreuve, mes côtes protestèrent et Théa disparaissait der­rière moi à chaque arrivée. Je finis par la prendre dans mes bras et à lui affirmer qu’elle avait plus que bien d’autre le droit d’être là. Elle était mon invitée et si cela dérangeait quelqu’un, il n’avait qu’à aller fêter Noël ailleurs, car ici, c’était chez moi et qu’en tant qu’amie, elle y était toujours la bien­venue. Je le dis assez fort pour que Suzanne qui avait toujours ce drôle d’air quand elle la regardait m’entende, en fait tous m’avaient entendu et Théa se détendit d’un coup. Elle redevint le petit lutin drôle que j’avais plaisir à voir. La soirée s’annonçait parfaite

On a trop bu, bien rit et ainsi respecté à la lettre la tradition. Vers deux heures du matin, les premiers invités partirent, leurs cadeaux encore emballés sous le bras. On les ouvre le vingt-cinq au matin ici, non mais, m’avait houspillée Suzanne alors que je tentais d’en déballer un en douce, je compris vite que la tradition était importante et mis de côté ma curiosité.

Suzanne voulu rester pour m’aider à ranger, je la poussais dehors lui promettant qu’entre Théa, Ada et moi, ça ne prendrait pas long. Je finis par virer Ada qui avait oublié de me dire qu’elle partait en rando dans moins de quatre heures et je proposais à Théa de rester dormir à la maison si elle voulait bien m’aider à ranger. Elle était de si bonne humeur que le rangement se transforma en jeu. La vais­selle était à moitié lavée, entassée dans la cuisine. Les nappes furent mises en tas sur une table et les restes rangés dans le grand frigo.

L’heure du dodo avait depuis longtemps été dépassée. On se traîna à l’étage, se souhaitant en baillant bonne nuit.

La nuit fut courte. Je tombais du lit à neuf heures. Des coups répétés se faisaient entendre. Francis et ses cousins étaient devant la porte, frais et fringuant, j’étais derrière la porte les cheveux en ba­taille et des cernes sous les yeux. Mais, que cette famille pouvait être épuisante de bonne santé ! Heu­reusement, le truc roux qui descendait les escaliers dans un de mes t-shirts qui lui faisait robe, en râ­lant, les cheveux en bataille et des cernes presque aussi noirs que les miennes, me rassura. J’ouvrais aux trois énervés, leur dit de se débrouiller et filais à la cuisine rejoindre ma rouquine préférée pour nous faire du café. Les tables, nappes et assiettes disparurent alors que nous faisions un concours d’apnée en café que j’étais bien décidée à gagner quand je signalais à Francis que le frigo et le congélateur étaient encore là, il me dit qu’ils resteraient là, cadeaux de Suzanne.

Théa me regarda, je regardais Théa en haussant les épaules. Les trois trucs montés sur ressort finirent de tout emporter. Francis avait insisté pour que je garde des restes. Je l’avais supplié de tout prendre, soutenue par Théa dont autant la mine que l’es­tomac était plus proche des miens que des leurs. Une bonne soupe serait plus que suffisante après une bonne sieste ou l’inverse. Francis voulu encore redescendre mes meubles. Comme j’étais fatiguée de le voir tourner comme une hélice, je lui certifiais que j’allais me débrouiller toute seule. Il n’insista pas, il avait à faire. Je lui fis au revoir de la main et après un long regard désabusé, Théa et moi remontions nous coucher.

Je me relevais à quatre heures, l’estomac toujours en mode digestion intensive, ma seule envie était de boire un café, assise sur mon canapé, canapé qui n’était plus à sa place. Théa, levée avant moi, avait descendu la télé et son meuble, une partie du matériel qui devrait se trouver dans le vaisselier et avait balayé et récuré le salon et la cuisine. Efficace la demoiselle ! Me voyant arriver, elle me fit un énorme sourire et fila chercher les coussins du canapé.

– Je vais les chercher comme ça on pourra au moins s’asseoir, avait-elle lancé en remontant comme une furie.

N’y avait-il que moi qui ne pouvais plus en avant ? Ils avaient quoi tous ? Plus l’habitude des excès que moi certainement. Théa revint les bras chargés, elle balança les coussins par terre et me poussa dessus.

– Reste là, je vais te faire ton café !

Excellente idée ! Elle avait même remis le sapin à sa place et à ses pieds les cadeaux reçut qui ne de­vaient pas être ouverts avant, ben, avant aujourd’hui. Curieuse, je tendais déjà la main pour attraper le premier quand un bol de truc noir et fumant arriva devant mon nez. Oh bonheur !

– Tu ouvres le mien en premier ?

Elle me tendit un tout petit paquet, emballé d’un papier bleu. Elle aimait vraiment le bleu. Je ne pris même pas la peine de boire mon café. J’attrapais le paquet et après l’avoir retourné dans tous les sens, l’ouvris super curieuse et déjà ravie du cadeau. Je restais sans voix devant le minuscule cœur en pierre qui s’y trouvait. Je l’observais longuement et la petite voix de Théa intervint.

– Je sais que c’est pas grand-chose. Je l’ai trouvé dans la rivière à côté de chez moi. Tu sais comme tu es ma première amie fille, je me suis dit que…

Elle parlait la tête baissée alors je la pris dans mes bras en disant :

– Il est magnifique. J’adore !

Parce que oui, il était magnifique, la pierre grise était striée de blanc et érodée par l’eau, elle était douce au toucher. Je lui claquais deux énormes bises sur les joues.

– Tu es génial, merci.

Ses yeux se remirent à pétiller et je lui tendis mon cadeau, j’avais trouvé un petit pendentif en forme de larme ou de goutte plutôt, en verre teinté de bleu, sa couleur préférée et je l’avais suspendu à un cordon de cuir blanc. Sans qu’elle ne le voie, je croisais les doigts dans mon dos, j’espérais tel­lement qu’il lui plaise.

– Tu sais, tu n’avais pas besoin de m’offrir quelque chose, commença-t-elle, pouvoir passer la soi­rée ici plutôt qu’à l’hôtel, était déjà beaucoup.

Elle faisait tourner le paquet dans ses mains sans l’ouvrir.

– Tu aurais passé la soirée seule ?

– Pas vraiment, mais avec les clients de l’hôtel et la famille de Mona. Ce n’est pas pareille.

Et, hop, la tête se rebaissait sur une petite moue dépitée.

– Oui, comme Ada quoi, finalement on fait un chouette trio. Pas de famille pour nous et si ma réputa­tion dans le coin n’est pas trop mauvaise, tu devrais entendre ce que ma famille dit de moi.

Elle releva la tête d’un mouvement brusque et la surprise se lut dans ses magnifiques yeux.

– Mais toi, t’es adorable.

– Pas pour tout le monde. Je haussais les épaules. Je ne suis pas venue ici pour rien, je fuyais ma famille, mon ex et mes problèmes…

Elle ne répondit pas et ouvrit son cadeau. C’est avec des yeux remplis de larmes qu’elle sortit le petit pendentif de sa boite. Elle le retourna, l’inspecta et finit par le mettre à son cou puis fila à la salle de bain comme une furie. Je la suivis.

– Il te plaît ?

Elle admirait son reflet et caressait la petite larme. Elle se jeta dans mes bras.

– Il est parfait, vraiment !

Je crus entendre dans le soupir qui suivit, mon premier vrai cadeau. J’avais du mal entendre.

Théa n’avait sous le sapin qu’un autre paquet de la part d’Ada, une bouteille. Pour moi, notre amie avait déniché quatre livres en français, j’étais ravie.

Théa fila avant que je n’ouvre les autres, la route, la nuit, etc. j’avais plutôt l’impression qu’elle ne voulait pas que je me sente gênée d’ouvrir mes autres cadeaux, alors qu’elle n’en avait plus. Nous nous fîmes un énorme câlin sur le pas de la porte et j’y restais, agitant la main, jusqu’à ce que sa voiture disparaisse.

De retour sur mon coussin, je déballais mes cadeaux, un tablier à fleur de la part Suzanne, oh com­bien ironique, mais drôle, un bon d’achat de la librairie de Francis, de vieux DVD de la part de Joe, mais c’est qui lui ? Des boîtes de biscuits en nombre, le cadeau fourre tout quand on ne connaît pas. Des écharpes tricotées, ok, je suis frileuse, le bonnet le plus moche que je n’aie jamais vu, chaud, mais moche le truc et au fond une petite boîte sans papier.

J’avais le bonnet sur la tête, dix écharpes autour du cou, le tablier sur l’épaule, une montagne de boîte à biscuits à côté de moi et la petite boite en main quand un rire fusa à ma gauche.

– Tu as été gâtée, on dirait, il y avait un concours de l’écharpe la plus moche ?

C’était méchant, pas tout faux, soyons honnête, mais méchant.

– Ils ne me connaissent pas bien, alors, les biscuits et les écharpes, c’est plus simple.

J’avais toujours la boîte dans les mains et je devais avoir l’air stupide enroulée dans mes écharpes en plus j’avais trop chaud.

– Et original, vraiment !

Il s’approcha et pris la boîte de mes mains.

– Celui-là, il est de ma part.

Il tournait et retournait la petite boîte avant de me la rendre.

– Je croyais que tu ne fêtais pas Noël ?

– Je ne le fête pas, mais je peux faire des cadeaux comme tout le monde, enfin pas des horreurs pareilles.

Il venait de voir le tablier et le pointait du doigt. J’ignorais sa remarque, intriguée par la boîte, émue à l’idée qu’il avait pensé à moi. En l’ouvrant, je découvris un pendentif doré, un hibou minuscule sur une branche avec comme deux lunes de part et d’autre de la branche, enfin plutôt en dessous. C’était d’une finesse incroyable, car malgré sa taille, deux ou trois centimètres tous les détails étaient visibles. La branche était remplie de motifs et les plumes du hibou étaient grises. Une petite merveille !

– Si tu virais les horreurs que tu as autour du cou que je puisse te le mettre ?

Sa voix était rauque et je relevais la tête surprise

– Il est magnifique, c’est fou, tu n’aurais pas dû.

Il était en train de m’enlever les écharpes qu’il jetait au sol.

– N’en fais pas une maladie, c’est un vieux truc, je me suis dit qu’il te plairait. Savais-tu que le hibou est symbole de sagesse, je vais espérer qu’en porter un t’évite de te blesser.

Vieux sûrement, truc pas d’accord, il était trop beau pour être traité de truc. Qu’il me plaise, oh que oui, qu’il me rende sage, fallait pas rêver non plus. Sans plus attendre il saisit la boîte et me passa le collier autour du cou et je fis comme Théa, le plantant là pour filer à la salle de bain le regarder dans le miroir. Il était absolument magnifique et je le caressais du bout des doigts un long moment.

Lorsque je retournais au salon, Livius n’y était plus, il lavait son bol à la cuisine. Je l’y rejoins et me coulais entre ses bras.

– C’est une merveille, soufflais-je.

Il m’embrassa le bout du nez, pris le pendentif entre deux doigts puis reposa contre ma peau en di­sant.

– Je trouve qu’il te va bien.

Il ne me regardait pas, il ne regardait que le hibou au creux de mon cou. Je restais là, blottie contre mon fantôme en me disant qu’il avait eu raison, un Noël loin de ma famille pouvait être magique tant mes nouveaux amis étaient incroyables quand je me souvins que j’avais moi aussi un cadeau pour lui. Je m’échappais de ses bras, filait dans ma chambre et revint en courant presque tenant son paquet.

– Pour toi !

Fière de moi, les bras tendus, j’attendais qu’il le prenne, mais il l’ouvrit alors que je le tenais tou­jours. J’avais trouvé une édition de Sherlock Holmes reliée en cuir, un beau livre. Bon, j’ignorai s’il aimait les livres policiers, mais qui n’aime pas Sherlock ? J’eus droit à un baiser sur le nez, à un mer­ci qui m’avait semblé sincère et à bonne nuit. Avais-je fait un bide ?

Alors que je me flagellais mentalement de n’avoir pas su trouver le bon cadeau, il s’occupa de descendre son fauteuil et une partie du vaisselier. Je pris une longue inspiration et allais le voir. Il était installé dans son fauteuil mon livre entre les mains et avait commencé sa lecture. Perdue dans mon autocritique, j’en conclus qu’il voulait juste être poli et vexée comme un pou, je lui souhaitais bonne nuit et filais d’un pas ra­geur dans ma chambre. J’avais l’impression qu’une écharpe ne lui aurait pas moins fait plaisir. Pfff

La remise en place du salon m’occupa le lendemain. Les petits mots de remerciement que je m’appliquais à écrire, deux jours de plus, je me promis de retenir les noms à partir de la tout de suite, je ne savais même pas à qui je disais merci, frustrant.

Chapitre 10

Nouvel an arriva, je le passais avec Théa à l’hôtel, il y avait des animations plein les rues et nous fîmes honneur au champagne offert par la maison, je crois bien que notre interprétation des chan­sons qui passaient à la radio restera dans les mémoires, oh pas dans les nôtres heureusement.

La rou­tine revenait, les mercredis avec les filles me manquaient et même si les dimanches midi étaient de retour chez Suzanne, qui avait décrété qu’on m’avait bien assez dérangé, ils rythmaient bien mon manque d’activité.

J’avais tenté à plusieurs reprises de sous-entendre que la cave devait enfin, voilà, faudrait s’y mettre. Mon fantôme virait sourd à chaque fois, donc je laissais tomber.

L’ennui devenait pénible, le froid intense et les jours longs, très longs, non mais vraiment longs. Je traînais mon ennui partout. Je de­vais sentir l’ennui à des kilomètres alors que tous ceux que je connaissais en ville courraient partout. La saison d’hivers battait son plein et moi, je tournais en rond.

Il me fallait une occupation. Je m’essayais au tricot. Je fis de magnifiques serpillières qui auraient dû être des pulls, pas concluant du tout. Puis je testais la peinture, à part pour peindre les murs, j’étais nulle. Je me lançais dans la sculpture sur bois, trois doigts transformés en poupée plus tard Livius balança le tout à la poubelle, m’interdisant de continuer. Je devais faire quelque chose de ma vie.

C’est quand on touche le fond que les miracles se produisent, le mien arriva sous la forme d’un li­braire dépassé. Alors que j’écumais plusieurs fois par semaine la librairie, fallait bien s’occuper et qu’à cause de mes nouvelles résolutions, je demandais pour la quatrième fois son nom au gentil monsieur dernière le comptoir pour ne pas dire une connerie, une voix sortit de l’arrière-boutique pour dire :

– Vous prenez pas la tête. Il ne restera pas longtemps. Il me lâche.

Je me dévissais la tête pour observer le vieux type qui me parlait. Rhaa, je le connaissais, c’était, haaa c’était, mais merde, d’où je l’avais vu lui ?

– James Andersen, ancien bibliothécaire, nous nous sommes croisés peu de temps après votre arri­vée

– Ha, heu, oui, enchantée.

– Je vous disais donc, mademoiselle Sophie que mon vendeur quittait la ville pour tenter sa chance ailleurs, alors ne prenez pas la peine de retenir son nom !

Ok, donc il semblerait que mon incapacité à retenir le nom de gens était connu, il fallait vraiment que je fasse des efforts, parce que là j’avais compris, tiens prends ça dans les dents, moi je connais ton nom.

– Ce qui me dérange le plus, continua-t-il, c’est quand cette saison trouver un remplaçant va être difficile.

Je levais le doigt avant même que mon cerveau n’enregistre le tout.

– Moi, je suis libre, tout de suite si vous en avez besoin, je n’ai rien de prévu avant plusieurs mois.

Le doigt en l’air comme à l’école, j’avais parlé avant même d’y avoir vraiment réfléchi. Au fond pourquoi pas, mon anglais s’était amélioré au cours des dimanches et de mes mercredis entre fille et je connaissais presque par cœur les rayons de la librairie pour y avoir traîné mon ennui des jours durant.

Je vous passe le comment du pourquoi, mais le lundi suivant, je commençais à faire la poussière dans la librairie en attendant un potentiel client. Je voyais s’envoler mon ennui et mieux encore je me mettais à espérer que ce travail deviendrait mon travail. La routine reprit un rythme qui me convenait bien.

Deux mois plus tard j’étais toujours derrière le comptoir de la librairie et même si j’étais ma meilleure cliente, presque la seule d’ailleurs, les jours passaient gaiement. Je retrouvais mes mercredis midi filles, plus chez moi, mais à la pizzeria du coin, la seule de la ville tenue par Adisorn et Rasamee, deux Thaïlandais vraiment sympathiques. Non, ne vous moquez pas, leurs noms sont écrits sur toutes les cartes de menu, à force je les ai rete­nus. Mes bonnes résolutions, vous vous rappelez ?

Je disais donc, les repas filles du mercredi avaient recommencé même si Ada nous lâchait régulièrement. Mes dimanches étaient remplis de trop de nourriture avalée chez Suzanne et le reste de la semaine, je mangeais sur le pouce coincé entre les cartons dans la réserve. Mon colocataire s’était de nouveau transformé en fantôme. Je ne le croi­sais presque plus, Mes soirées à regarder des séries, sans râleur à côté, étaient devenues mon petit plaisir.

L’hiver s’étirait puis le printemps pointa son nez, je troquais mon bonnet moche et mes écharpes tricotées mains pour une écharpe fine. Le fond de l’air restait frais en soirée. Puis l’écharpe rejoignit la penderie avec les pulls et je sortis les chemisiers, enfin ! Le mois de mai était là et j’appréciais tous les jours un peu plus Théa qui, elle aussi, gardait une veste sur les épaules alors qu’Ada était déjà en tongs, nous nous faisions traiter de frileuses et nous l’assumions plutôt bien à deux contre une.

Je n’étais plus la seule cliente de la librairie, la curiosité de savoir que la nouvelle travaillait là, atti­rait du monde. Monde qui n’osait pas repartir sans rien acheter. Monsieur Andersen m’assura qu’il n’avait jamais eu un mois de mai aussi rentable. Je fus confirmé à ma place.

Ma nouvelle vie me plaisait, mes amis étaient incroyables et j’envisageais l’avenir avec un bonheur que je n’avais pas ressenti depuis longtemps. La pauvre petite chose arrivée ici il y a un an, avait disparu, laissant place à une nana bien dans sa peau.

Ada me sauta dessus un jeudi matin pour me dire que la boutique serait fermée l’après-midi, James était d’accord. Finalement, elle me fit fermer tout de suite et me traîna derrière elle.

– Faut que je te montre un truc, avance, plus vite !

Avancer ? Il me fallait presque courir pour me maintenir à sa hauteur. Elle me poussa dans l’hôtel puis me tira dans la grande salle, le tout au pas de course. J’étais essoufflée et quand je finis par la rejoindre, je me statufiais. Il y avait un « bon anniversaire » accroché contre le mur, plein de ballon partout et mes amis.

– Ça fait un an que tu es arrivée ! Me dit Ada. Fallait bien le fêter, non ? Tu te rends compte, qui au­rait pensé que tu allais tenir ?

Pas moi, en fait, un an, un an que j’étais arrivée déjà ? J’avais la bouche ouverte, les yeux exorbités et je me mis à pleurer. Ce fut la panique en deux secondes, Suzanne me prit dans ses bras, Ada me serrait une main dans les siennes, Théa me frottait le dos et Francis se marrait.

Merci, Francis, le voir rire me permis de retrouver un peu de cervelle, pour murmurer entre deux sanglots :

– C’est trop, fallait pas.

Je fus traînée et assise à table entourée de ces gens formidables qui, je ne comprendrais jamais pourquoi, m’avaient adoptée aussi facilement.

Quoique, j’appris que le mari de Suzanne avait parié que je ne passerai pas l’hiver. Rhaa, Judicaël quel prénom impossible, donc Judicaël avait parié que je ne passerai pas l’hiver, les paris variaient entre fin octobre et mars, même Ada avait parié, la traîtresse !

Elle se justifia par mon passage d’ennui profond qui l’avait fait craindre un départ pour ailleurs. Elle se justifia d’une toute petite voix contrite encore plus quand il s’avéra que Théa avait parié que je resterais, elle ! Ce fut un chouette moment entre amis et je rentrais sur un petit nuage, un an ! Waouh, je n’en revenais pas.

Au milieu de la nuit, mon téléphone sonna, c’était ma mère. Vive le décalage horaire ! Elle me demanda de but en blanc quand je rentrais maintenant que mon année sabbatique était finie. Quand je lui dis que non, je ne rentrais pas, elle me fit bien comprendre en hurlant ce qu’elle pensait de ma crise d’ado­lescence tardive. J’étais une inconsciente qui allait finir sous les ponts ou pire à la charge de mes frères et sœurs qui, eux, avaient réussis etc, etc. je connaissais par cœur le discours.

C’est en mettant le téléphone sur haut-parleur et en buvant stoïquement un café que je répondais à intervalle régulier des oui mais, non mais, ça va aller ou je comprends mais…

Je n’essayais même pas de finir une phrase, j’attendais patiemment que ma mère en finisse. Je savais qu’une fois qu’elle au­rait raccroché, j’aurais droit au même discours de ma sœur aînée qui rajouterait, mais tu sais on t’aime, c’est pour ça qu’on s’inquiète puis mon grand-frères le ferait aussi, en étant moins virulent et en précisant qu’il faut comprendre les parents, c’est pas moi, c’est eux qui s’inquiètent. Quand il aura raccroché ma petite sœur m’enverra un texto me remerciant de foutre le bordel pour faire mon intéressante. Une fois qu’ils m’auront bien tous prédit le pire, ils me lâcheront et je n’en entendrai plus parler, jusqu’à la prochaine fois.

Je regardais dans le vide, ma sœur parlait, parlait, parlait. Mon fantôme entra, écouta un moment, me fit une grimace qui faillit me faire rire. Pas bonne idée, mais alors pas du tout, ne pas rire quand grande sœur faisait la morale sinon j’en reprendrais pour le double. Je haussais simplement les épaules.

Il s’installa en face de moi et écouta très attentivement. Il se décomposa au fur et à mesures. Je lui fis signe de se taire et profitait que ma sœur raccroche pour lui dire.

– Ma mère vient de lui dire que je ne rentrerais pas. J’ai même pas réussi à dire que j’avais un tra­vail ici. Ils pensaient tous qu’à la fin de mon année sabbatique, je rentrerai la queue entre les jambes.

Mon frère appela et les reproches reprirent.

– Un an ? Mima Livius.

Je fis oui de la tête et murmurait loin du téléphone.

– Un an, aujourd’hui !

Il fit bravo des deux mains sans un bruit puis alors que je désespérais que mon frère se taise, il dit à voix haute :

– Quand allez-vous finir de vous écouter parler, c’est le milieu de la nuit et votre sœur travaille de­main.

Et, merde non, il n’avait pas osé, mais ce n’est pas vrai, il allait empirer la situation.

– Qui êtes-vous ? Questionna sèchement mon cher et adorable frère.

– Un de ses locataires, répondit courtoisement mon coloc

– Un de tes quoi ?

– Locataires, compléta tranquillement le fourbe qui me toisait alors que je me décomposais.

– Tu as des locataires ?

– Je viens de vous le dire. Un de ses locataires. Il se moquait de moi en continuant. Vous avez de la chance de n’avoir pas réveillé Mademoiselle Théa, elle est un peu revêche au réveil.

– Sophie qu’est-ce que ça veut dire ?

Je coupais le haut-parleur, fusillait du regard mon « locataire » et répondis à mon frère. Oui, j’avais une maison et oui, je louais des chambres. Je ne pouvais pas lui révéler que je partageais la maison avec un homme dont je ne savais presque rien et que ledit homme venait de s’amuser à ses dépens ou avait tenté de me défendre, à choix.

Étrangement, il raccrocha dès l’explication bancale donnée. Je savais qu’il allait téléphoner à ma mère qui elle-même téléphonera à ma sœur et que l’une d’entre elle finirait par me téléphoner pour à nouveau me faire la morale sur cette fois-ci le thème de tu ne nous dis rien.

Je ne soulignerai pas qu’on ne m’avait pas laissé parler et attendrais que ça se tasse. Depuis le temps, je ne me prenais plus la tête. Je fis un pâle sourire au pire locataire de l’année en lui précisant que c’était gentil, mais ne servirait à rien, j’allais avoir droit à un nouveau sermon alors que j’en voyais le bout.

– Retourne te coucher et éteint cet engin de malheur !

Mais combien de fois m’avait-il envoyé au lit ? Je crochais sur cette question en allant me coucher. Bonne fille qui obéit.

Les téléphones familiaux n’eurent plus lieu au milieu de la nuit, mais très tôt le matin. Je fus estoma­quée quand je me rendis compte que ce que ma mère retenait était en un, que j’avais une maison as­sez grande pour y loger du monde, en deux, que je gagnais de l’argent et c’est tout. Je n’insistais pas. Les téléphones se calmèrent. Je repris ma petite vie.

Chapitre 11

C’est le mois suivant que tout bascula. Il faisait beau et chaud. Un soleil radieux m’accompagnait tout au long de la journée et arrivait même à percer au milieu des livres. Je mangeais à midi, sur un banc profitant du bienfait du soleil. Je troquais mes chemises contre des hauts à petites bretelles ou de petites robes. Je vivais en tong, comme la moitié des habitants, et étais capable de repérer un tou­riste à dix mètres. J’étais devenu du coin. Je me sentais du coin.

Ce mercredi-là, avec Théa nous avions décidé de manger sur l’herbe du parc. Tout se passait bien quand je retirais le châle que j’avais mis. Elle resta immobile à fixer mon pendentif. Elle blêmit en me demandant sèchement :

– Qui t’a offert ça ?

– Il était dans mes cadeaux de Noël.

– Tu te souviens de qui te l’a offert ?

– Non, pas vraiment il faudrait que je cherche.

Même si j’en avais assez de cacher ce gros pan de ma vie, je ne me sentais pas prête à l’avouer à mon amie, alors que je voyais bien que ces yeux revenaient sans cesse sur le collier.

– Et si on se faisait une soirée fille, je passe prendre des pizzas et on se retrouve chez toi pour se regarder ta série débile là.

– Laquelle ? Tu trouves toutes mes séries débiles. 

– La fille blonde et le beau mec et son père

– Fringe ?

Elle fit oui de la tête, cool, ce serait sympa, je lui dis oui.

L’après-midi passé, la boutique fermée sans avoir vu per­sonne, c’est toute contente que je filais en direction de ma maison. Théa était déjà devant la porte avec deux énormes cartons dans les mains.

Installée dans le canapé, les cartons de pizza vides sur la table basse, je digérais en écoutant la rousse expliquer sa journée. L’arnaque aux touristes fonctionnait à plein, j’étais heu­reuse que dans ma petite boutique ce sport ne se pratiquait pas, les prix des livres étaient fixes, tant mieux. Quatre épisodes de ma série débile plus tard, le quatrième ayant été exigé par Théa qui voulait abso­lument voir la suite, je finis par l’abandonner sans regrets. Je notais dans un coin de ma tête de lui of­frir la série complète, débile pour elle peut-être, mais addictif, tout en montant me coucher.

C’est vers quatre heures du matin que des voix me réveillèrent, persuadée qu’elle s’était en­dormie devant la télévision allumée, je me motivais pour descendre l’éteindre, la télévision pas Théa.

À mi-chemin, je stoppais net, ce n’étaient pas les voix des acteurs que j’entendais, mais celles Théa et de Livius. Bon, une discussion s’imposait, flûte, m’approchant pour intervenir, je restais figée en entendant Livius.

– Qui de toi ou de moi représente le plus grand danger pour elle ? Si j’avais voulu la blesser, ce serait déjà fait, ne penses-tu pas ? J’ai eu plus d’un an pour. Mais, toi, contrôles-tu vraiment tes instincts ?

Un silence.

– Avec elle ce n’est pas pareil. C’est mon amie. Elle ne risque rien.

– Alors tu peux comprendre qu’elle ne risque rien avec moi.

Ok, ils parlaient de moi, mais c’était quoi ce bordel, qu’avais-je à craindre de Théa et comment se connaissaient-ils. Parce qu’ils se connaissaient, là j’en étais sûr. J’avançais pour me montrer, bien décidée à tirer au clair ces étranges paroles. C’est Théa qui me vit en premier. Elle se figea. Livius ne se tourna pas, il passa sa main sur son visage et dit :

– Bonsoir Sophie, désolé de t’avoir réveillé et si tu venais t’asseoir ?

Ben non, je voulais rester debout moi et surtout je voulais des réponses.

– De quoi parliez-vous ?

Mes yeux allaient de l’un à l’autre, Théa répondit.

– C’est à cause du collier, je l’ai reconnu, alors je voulais savoir pourquoi tu l’avais et surtout si tu savais qui te l’avait offert.

Elle fit un geste du menton en direction de mon colocataire. Il se tourna vers moi pour répondre.

– Je connais Théa depuis longtemps.

– Et comme tu ne m’avais pas dit que tu n’étais pas réellement seule ici, je voulais…

Elle s’arrêta net.

– Elle voulait être sûre que tu me connaissais bien.

Ben, non, je ne le connaissais pas bien du tout.

– Et ?

– Et comme dans le coin je ne suis pas très appréciée, tu as bien vu comment Suzanne me regarde, continua-t-elle.

– Oui et ?

– Je n’ai pas bonne réputation

– Moi, encore moins, dit-il.

– Ok, en quoi vos réputations risquent de me faire du mal ?

Parce que oui, si je me moquais complè­tement de ce qu’on disait d’eux, je ne me moquais pas de ce que je venais d’entendre, deux énormes soupirent me répondirent.

– C’est une façon de parler. Tu sais les gens parfois se comportent.

– Comme des cons et vous pensez que j’en suis aussi. C’est pas crédible là.

J’étais énervée de les voir noyer le poisson, sans vraiment me répondre. On évitait de me regarder dans les yeux, on admirait ses chaussures. Ils me prenaient pour une débile.

– Bon, il va falloir que vous arrêtiez de me mentir tous les deux. Quel est vraiment le problème ?

S’il me restait un doute sur le fait qu’ils me mentent, là je n’en avais plus aucun. Théa avait pâli et Livius regardait par-dessus ma tête. Certes mon mur était très joli, mais pas à ce point-là. Je ta­pais du pied.

– J’attends !

Le concerto pour soupires en do mineur se fit entendre. Théa tomba plus qu’elle ne s’assit sur le ca­napé et Livius me fit signe de m’asseoir. L’heure des révélations avait sonné et j’étais bien décidée à ne rien lâcher avant d’avoir eu la vérité.

– Bon par où veux-tu que l’on commence ? Dit Théa en me serrant la main

– Par le début ? Enfin, commençons par : vous vous connaissez depuis quand ?

– J’ai rencontré Livius à mon arrivée ici, il m’a aidé à trouver un coin qui me convenait.

D’accord, donc en gros une dizaine d’années, elle n’avait pas plus de 30- 35 ans.

– De gros problème avec ma famille m’avait poussé à m’éloigner. Je ne connaissais personne et j’étais en pleine révolte. Toi, tu es arrivée en douceur, tu voulais avoir la paix, moi, je suis arrivée furieuse et je cherchais, bref, je n’étais pas là pour me faire des amis.

– D’où ta mauvaise réputation…

– Entre autres, continuât-il. Elle a logé chez nous, le temps de trouver où aller. Carata l’aimait bien.

– Carata ?

Il ferma les yeux, ceux de Théa se remplirent de larmes.

– Ma compagne, elle est morte.

Ok, sujet sensible, très sensible à voir la tête de Théa.

– Je suis…

– Il y a longtemps maintenant, donc je disais, Théa est restée ici le temps de trouver où se loger.

– Tu ne m’as jamais dit que tu connaissais la maison, lui reprochais-je.

– C’est plus tout à fait la même et te dire que j’avais connu un des anciens propriétaires aurait ser­vi à quoi ? Je pensais qu’il était parti.

– À éviter tout ce merdier ?

Ils grimacèrent tous les deux.

– Il faut la comprendre, à la mort de Carata, j’ai disparu, je ne voulais plus voir personne. Elle a pensé que j’étais parti, c’est normal.

Ça, je pouvais comprendre, même si je me sentais blessée de ne pas avoir été mise au courant. Voilà bien la preuve que je ne connaissais rien de lui. Rien d’eux. Je touchais mon pendentif, Théa fixait ma main.

– Tu as reconnu le collier parce que tu l’avais déjà vu. C’est pour ça que tu m’as demandé qui me l’avait offert. Ne me dites pas qu’il était à elle.

Je t’en supplie, pas le collier d’une morte à mon cou, s’il te plaît. Pas ça !

– Carata ne l’a jamais porté, ce collier est dans ma famille depuis longtemps.

Sec, net, précis, n’en demande pas plus disait sa voix. Bon, mais, du coup se posaient plein d’autres questions.

– Alors pourquoi me l’as-tu offert ?

– On en parle plus tard, tu as demandé depuis le début, non ?

Sans me laisser répondre il continua.

– Donc après son décès, je ne voulais plus voir personne. Je voulais qu’on me laisse en paix, tu peux comprendre ?

Oui, son grand amour est mort, il s’est retiré du monde pour la pleurer, jusque-là, ça allait. Si j’ou­bliais la tristesse infinie que je ressentais. Pour changer de sujet, je demandais :

– Et tu as joué sur la croyance que la maison était hantée pour faire fuir les nouveaux habitants.

– Oui, on peut dire ça, c’est ma maison.

Re coup de poignard au cœur, sa maison oui, pas la mienne, des larmes perlèrent à mes yeux. J’étais l’étrangère ici.

– Quand j’ai vu le collier, j’ai compris qu’il n’était pas parti et je me suis demandée pourquoi tu n’avais jamais parlé de lui et je me suis inquiétée parce qu’il n’est pas, enfin, il n’a pas l’air de… c’est un…

Elle se tue, cherchant visiblement ses mots.

– Un quoi ?

– Heu, tu ne sais pas ? Ho, je n’aurais pas dû.

Elle avait blêmi d’un coup, Livius se mit à genoux en face de moi, me prit les mains, plissa les lèvres et finit par dire sèchement :

– C’est bon, Théa, je pense que tu peux te taire.

Elle baissa la tête, mais continua.

– Il va bien falloir le lui dire.

– Je sais.

Deux mots murmurés les yeux fermés, sa bouche ne faisait qu’un trait, tout en lui était tendu et mon imagination partit en vrille. C’était un tueur en série, non un agent secret, non, c’était un pervers qui dormait avec le cadavre de sa femme et c’est pour cela qu’il m’interdisait la cave, non, il avait juré de vivre la nuit pour être avec le fantôme de sa femme, non, il était, stop, stop Sophie, tu te calmes et tu écoutes. J’étais complètement paniquée, car je m’attendais au pire quand il continua presque en chuchotant.

– Sophie, je vis la nuit, tu l’as bien remarqué ?

Je fis oui de la tête et d’ailleurs, c’était saoulant.

– J’ai pu déplacer la cuisinière seul, elle est plutôt lourde. Comment ai-je pu le faire ?

Oh qu’elle était bonne cette question-là. Il n’avait pas l’air super musclé, style haltérophile, c’est vrai.

– Je n’y ai même pas réfléchi, avouais-je

Les yeux de Théa doublèrent de volume et Livius secoua la tête.

– Tu es vraiment un ange, incroyable.

– Elle l’est. Confirma Théa.

Là je doutais que ce fut un compliment, idiote, naïve serait bien meilleure comme qualificatifs.

J’eus droit à un baiser sur le front.

– Donc résumons, je vis la nuit, j’ai beaucoup de force, je suis rapide et je peux tomber d’une échelle sans me faire mal. Je suis…

À son regard, il attendait une réponse. Mes neurones se mirent à faire des brasses, je nageais. Il avait bien remarqué que rien ne sortait de ma petite caboche. Il ferma les yeux, baissant la tête sur un sourire.

– Le soir, je bois toujours un bol de ?

Pas de café, sinon il ne l’aurait pas demandé comme ça, un bol de quoi ? Mince, mes neurones ne fai­saient plus de brasses, ils coulaient. Je savais qu’un truc énorme m’échappait, la connexion ne se faisait pas. Je me sentais idiote, mes neurones ne coulaient plus, ils étaient portés disparus et les se­cours n’arriveraient jamais à temps.

Je le fixais. Il avait posé une main sur ma joue et de son pouce caressait ma tempe, il attendait et moi je pataugeais. Théa intervint.

– Imagine que l’on est dans une de tes séries. Je suis certaine que tu sais.

Dans mes séries ? Mon fantôme serait quoi ? Mes yeux se posèrent sur l’étagère et je passais en revue mes DVD. Je tombais sur Supernatural puis sur Buffy et je secouais la tête, faut pas exagérer non plus. Dans ces séries-là, il serait un vampire sauf que les vampires, ça n’existe pas ! Un tueur en série recherché ? Un alien tant qu’on y est ! Dans mes séries, il n’y avait que ça. Ha non, j’oubliais les zombies. Nan, pas possible.

– Montre-lui !

– Laisse-lui encore un peu de temps pour tout assembler.

Sauf que je n’assemblais rien du tout. Je me tournais vers Théa et l’interrogeais du regard.

– As-tu confiance en lui ? Me demanda-t-elle.

Je pris le temps de réfléchir. Depuis mon arrivée, il m’avait aidée avec la maison, sortie des griffes de David et m’avait toujours bien traitée. Jamais il ne m’avait rabaissée ou jugée ou blessée. Je n’avais pas peur de lui, même si son caractère n’était pas toujours facile, mais je ne connaissais pas grand-chose de sa vie, enfin, carrément rien. Avais-je confiance en lui ?

Ma petite voix qui sortait toujours dans les moments où mes neurones ne me servaient plus à rien, intervint. T’es con, disait-elle, je te rappelle que tu as accepté de vivre avec lui sans trop te poser de question et que tu ne l’as jamais regretté. Arrête de te pourrir la tête dit oui et assume la suite !

La suite était justement le pro­blème, mais le pouce sur ma tempe, les yeux noirs attentifs et le soupir qu’il semblait retenir, finit par avoir raison de ma peur. Je me noyais dans ses yeux et dit :

– Oui, j’ai confiance en toi.

Le soupir retenu sortit et il souleva mon menton.

– Je ne te ferais jamais de mal, je te le promets à nouveau. Jamais. Quoi qu’il arrive !

Je fermais les yeux, il prit mon visage entre ses mains et tout doucement me releva la tête.

– Regarde-moi, mon ange. Regarde-moi attentivement !

J’ouvris les yeux et les fixais sur les siens. Il fit un petit non de la tête en indiquant sa bouche. Je fron­çais les sourcils. Merde, je rêvais ou j’hallucinais ou je devenais folle ?

Deux canines étaient en train de s’allonger devant mes yeux et pas qu’un peu. C’est quoi ce délire ?

Ok, c’était la merde. Comme j’étais une jeune femme équilibrée et bien dans ses baskets, mon cer­veau se mit en grève et mes muscles tétanisèrent. Boum, je tombais en panne, plus rien ne fonction­nait, enfin, non, un truc fonctionnait, ma terriblement énervante petite voix qui était en train de bondir de tous les côtés en hurlant des c’est trop cool, youpi et autres joyeusetés. La conne ! Elle jouait à la balle élastique dans mon crâne. Je sentais venir la migraine.

Elle se calma un peu et devint toute douce en me faisant le résumé : bon, tu n’avais rien vu, normal quand on pense que les vampires n’existent pas, on ne cherche pas de preuve. Là, quand même, tu dois reconnaître que des preuves, il y en a. Oui, là je pouvais admettre que les preuves étaient solides, surtout les deux dents qui étaient toujours sorties et que je fixais sans pouvoir m’en détacher. Sauf que même si j’adorais les séries avec des vampires, des loups-ga­rous et des zombies, là on n’était pas dans une série.

Mais bon sang, dans quoi m’étais-je fourrée. C’est ton ami, continua la petite voix. Ne l’oublie pas. Il te fait confiance, tu crois qu’il montre qui il est à tout le monde ? Franchement, tu en as de la chance et puis tu lui fais confiance souviens-toi ! Oui, c’est vrai, enfin j’avais confiance dans mon fantôme. Fantômes, vampires repris la voix, du pareil au même. Allez arrête de faire l’autruche et réagit. Mais oui, hurler me semblait une bonne idée ou m’évanouir ?

Une partie de moi réagissait, je sentais à nouveau la caresse de son pouce sur ma tempe et la main de Théa qui me frottait le dos. Je croisais son regard. Incroyable ce qu’il semblait inquiet. Je crois que c’est cette lueur de peur que j’y voyais qui me décida à revenir dans le monde des vivants. Un mot s’échappa de mes lèvres.

– Vampire ?

Les crocs disparurent, ses yeux se fermèrent et il fit juste oui de la tête.

– J’ai besoin d’un verre.

Ben oui quoi, je ne pouvais pas douter de ce que je voyais, pas besoin de me pincer. Sauf qu’il fallait l’avaler, pas le verre, la vérité. Sa tête lorsque je disais ça, faillit me faire rire. Théa revenait déjà avec un grand verre qu’elle me fourrait dans les mains. Je ne sais pas ce que c’était, mais je me mis à tousser, les larmes me piquèrent les yeux et l’émail de mes dents parti voir ailleurs s’il y était, à peine la première gorgée avalée. Ça me fit un bien fou.

– Ça va ? Comment te sens-tu ? Demanda mon fan… non mon vampire.

– Si je suis pas devenue folle enfin, ça devrait aller, enfin, c’est juste que, enfin les vampires, en­fin ça n’existe pas, enfin je croyais, enfin.

Allais-je arrêter de dire enfin ? Merci mon cerveau pour me soumettre à cet instant précis la seule question qui n’avait aucun intérêt.

– Tu le savais, accusais-je Théa.

– Je savais que les vampires existent, mais ils sont supers discrets, m’informa Théa. Plus que les loups, eux, ils laissent des traces partout.

Ha, oh, les loups, ok, on va où là ? Et hop, une gorgée du truc trop fort pour faire passer cette nou­velle information.

– Mais tu sais, ce ne sont pas les pires, continuait la rousse.

Je levais la main pour l’arrêter, paniquée.

– Laisse-moi déjà digérer le fait que les vampires et je suppose par loup que tu veux dire loup-ga­rou, existent, d’accord. Pour quelqu’un comme moi, c’est déjà trop.

– Tu prends plutôt bien la chose. Tu trouves pas Livius  ?

Lui ne disait rien, mais observait attentive­ment. Ses mains reposaient sur mes genoux et il s’était légèrement reculé. Je ne sais pas ce qu’il cherchait à voir en moi. Je ne savais toujours pas si c’était réel ou non.

– Tu vas avoir besoin de temps pour digérer.

Il leva la main et la garda en l’air. Il était indécis et me scrutait. Le léger mouvement de recul que j’avais eu ne lui avait pas échappé. Sa main retomba et il se releva pour s’éloigner.

– Je vais vous laisser en discuter, le jour ne va pas tarder.

Il était lugubre et je me sentis mal d’avoir eu ce recul, mais il pouvait comprendre. J’avais de bonnes raisons là. J’avais un peu peur, beaucoup en fait. Il ne dit rien de plus, me fit un signe de tête et dis­parut au sous-sol Théa grimaçait un peu et voulu relancer la discussion.

– Non, s’il te plaît, là, j’ai besoin d’un moment, seule. Si tu pouvais rentrer chez toi, ce serait sympa. Je, j’ai vraiment besoin de réfléchir tranquillement.

– Tu es sûre, je pense qu’il faut qu’on en parle, tu as des questions à poser et je ne vais pas te lais­ser seule dans un moment pareil.

Il me fallut presque une heure pour la convaincre de partir. Car, non, je ne voulais pas en parler et non, je ne voulais rien savoir de plus. Là déjà, c’était trop. Elle finit par céder de guerre lasse.

– D’accord et ne t’inquiète pas, je préviendrais James que tu es malade, comme ça tu as la journée pour, enfin, tu pourras rester tranquille, puisque c’est ce que tu veux.

Je la remerciais, lui souhaitais une bonne journée et montais m’enfermer dans ma chambre. Je vou­lais être seule. Quand j’entendis la porte se refermer et la voiture de Théa démarrer, il y eut dans ma tête comme une tempête. J’étais assise sur mon lit, incapable de dormir ni de réellement penser. Je restais ainsi toute la matinée. Je n’avais ni faim, ni soif, mais je m’obligeais à avaler une soupe. J’avais l’impression de bouger dans du coton dense. Le moindre geste était compliqué et me demandait plus d’énergie que je n’en avais.

Chapitre 12

Dans l’après-midi, un vent de panique me tomba dessus, un truc énorme. Je tremblais de la tête aux pieds et si j’étais toujours incapable de réfléchir correctement, toutes les fibres de mon corps criaient à la panique alors j’y cédais.J’attrapais ma valise, y fourrais de tout en vrac, descendis quatre à quatre l’escalier et filais sans m’arrêter à ma voiture. Je ne pris même pas la peine d’ouvrir le coffre, je jetais la valise sur le siège passager et je fuis, encore. Fuyant ce que mon petit cerveau refusait de considérer comme réel. Juste fuir.

Je roulais droit devant, tentant de ne réfléchir à rien. Tellement à rien que j’oubliais que les routes ici, ne sont pas vraiment des boulevards et après des heures à lutter entre les trous, les bosses et les chemins de terre, j’étais épuisée et je m’étais perdu. La nuit avait fini par tomber, brouillant encore plus mes repères. Il valait mieux attendre le jour pour reprendre la route. Je me glissais à l’arrière, contrôlais que j’avais bien fermé les portes et les fenêtres, me recroquevillais sur le siège et fermais les yeux.

Les larmes arrivèrent à ce moment-là et je versais toute l’eau de mon corps. J’étais secouée de san­glots impossibles à arrêter. Je pleurais sur moi, sur mon idiotie de n’avoir rien vu, de ses amis qui m’avaient menti sur quoi d’autre encore ? Je m’apitoyais sur mon sort. Je m’épuisais de chagrin. Rien d’autre ne comptait plus que mes larmes qui semblaient ne pas vouloir se tarir.

J’avais physiquement mal au cœur. Je me sentais plus nulle qu’à mon arrivée. Je pleurais, c’était tout ce que je pouvais faire. J’étais au milieu de nulle part. J’étais seule. J’avais peur du noir cette nuit et ma lampe de poche montrait des signes de faiblesse et j’étais perdue dans tous les sens du terme. Tout ce que je pouvais faire, c’était pleurer.

La crise durait encore quand on frappa à la vitre. Je relevais la tête et croisais des yeux noirs. Je ne voulais pas lui parler. D’un coup, je me sentais en colère, tout ça c’était sa faute. Je secouais la tête et la plongeait entre mes bras en collant mon nez contre le siège. Mais, qu’il me fiche la paix, qu’ils me fichent tous la paix !

– Ouvre, sinon je casse la vitre !

– Non !

Il se prenait pour qui ?

– Sophie, ouvre ! Je n’hésiterai pas à casser la vitre.

Mais, bien sûr, continu à me menacer comme ça j’aurais confiance. Il était dingue ou quoi ? Je rele­vais la tête. Il avait le front appuyer contre la vitre et son inquiétude était visible.

– Sophie, mon ange, ouvre-moi s’il te plaît !

Je ne sais pas si c’est d’entendre ce doux surnom, la voix qu’il avait ou le s’il te plaît que je ne lui avais jamais entendu dire. Les yeux noirs étaient suppliants. Il restait là à me regarder. Je déverrouillais la porte sans plus réfléchir. Il entra, ne dit rien, me prit contre lui en soupirant.

– Tu m’as fait une peur bleue. J’ai cru, j’ai cru…

J’étais dans ses bras, il me serrait contre lui, m’embrassant les cheveux. Il ne disait plus rien, mais ne desserrait pas son étreinte. Mon corps me trahissait en se détendant contre lui. J’étais furieuse une seconde plus tôt et maintenant, je restais sans rien dire, blottie contre lui. Je suis d’une logique sans faille.

Au bout long d’un moment, il souffla à mon oreille.

– Tu veux bien rentrer à la maison, je sais que c’est difficile à accepter, tu sais, partir n’est pas la bonne solution. Théa est morte d’inquiétude.

Je ne l’écoutais qu’à moitié parce que ma petite voix faisait un vacarme de tous les diables dans ma tête, trop heureuse de retrouver son, mon vampire. Elle faisait des cabrioles l’idiote et hurlait, tu vois il tient à toi. Mais bien sûr… Elle refusait de se taire et c’est elle plutôt que moi qui répondis

– C’est juste que…

– C’est difficile à avaler, finit-il à ma place

– Mouais et pas qu’un peu.

Il me serra plus fort.

– La vérité n’est pas toujours le mieux.

– Mais elle est préférable.

– Pas toujours, crois-moi, pas toujours.

Il ne dit plus rien. Je tentais de donner un ordre dans tout ça. Je ne sais pas combien de temps passa avant qu’il ne demande :

– Tu préfères renter en voiture ou que je te ramène ?

Là, sa question était bizarre, je relevais la tête.

– Je vais te révéler un secret de plus, je ne sais pas conduire. Alors, soit tu laisses ta voiture ici et je te porte pour rentrer, soit si tu n’es pas trop fatiguée, tu conduis pour nous ramener.

Il me fit une grimace penaude et j’éclatais de rire. Ho, bon sang que ce rire me fit du bien.

– Je ne le dirai à personne. Promis ! Sauf que je ne sais pas du tout où nous sommes, je me suis perdue.

– À dix minutes de la maison à peine je te guiderais.

Ok, j’avais donc tourné en rond et je n’étais pas allée loin. J’avais raté ma fuite, bravo, bien joué ! Note à moi-même faire des plans avant de fuir.

Une fois devant la maison, je me retrouvais dans des bras qui me serraient fort, à croire qu’il avait peur de me voir encore fuir. Il me faut avouer qu’une partie de moi y avait songé. La porte s’ouvrit sur une Théa livide et en pleurs, mon cœur se serra encore plus si c’était possible.

– C’est bon, je l’ai retrouvée et en un morceau

Le soupire que poussa Théa me fit me sentir mal, elle s’était vraiment inquiété. Je ne pus pas y réfléchir, j’étais déjà dans ma chambre où avec une infinie douceur il me posa sur mon lit.

– Tu veux boire ou manger quelque chose ?

– Un grand verre d’alcool, fort !

Je reçus un baiser sur le nez.

– Sale gamine, je reviens, je vais te chercher un de tes affreux cafés et de l’eau. Promets-moi de ne pas bouger.

Gamine ? Au fait, il avait quel âge ? Gamine possible du coup, je fis oui de la tête. Je n’avais de toute manière plus aucune force. Ma petite voix était toute triste à l’idée qu’il ne voyait en nous qu’une gamine et je me sentais réellement comme une gamine prise en faute. Papa inquiet de sa fifille qui avait fuguée, mais soulagé de l’avoir retrouvée et la mettant au lit, voilà l’impression qu’il me donnait.

Le café bu, il remonta les draps presque sous mon nez et me caressa encore les cheveux. Voilà, papa met sa petite fille au lit. J’avais envie de pleurer tellement cette impression me faisait sentir mal. Il resta là, attendant que je m’endorme tout en me chuchotant que j’étais ici chez moi et qu’il ferait tout pour que je m’y sente bien et en sécurité. J’avais envie de hurler merci papounet, mais je ne dis rien. La caresse de ses doigts dans mes cheveux était si douce que je m’endormis, épuisée.

C’est Théa qui me réveilla en fin de journée, je me sentais toujours fatiguée. Elle déposa sur mes genoux un plateau contenant deux tartines et une cafetière remplie à raz bord d’un breuvage noir qui sentait divinement bon.

– Je n’ai jamais connu quelqu’un qui boive autant de café. Je me suis dit qu’une tasse ne serait pas assez. Les tartines sont à la confiture de mûres, je n’ai pas trouvé celle aux myrtilles.

– Je l’ai finie, mais mûres, c’est bien aussi.

Ma voix était éraillée, ma gorge me faisait mal et même si je me sentais mieux, je redoutais le mo­ment où il faudrait parler. Alors, je mangeais le plus lentement possible. Elle attendait que je fi­nisse. J’en étais à ma quatrième tasse de café quand elle saisit le plateau.

– Je te laisse ton café et le temps de te lever. Après il faudra que l’on discute de cette horrible ten­dance que tu as à fuir.

Avant que je ne puisse lui répondre la porte se refermait sur elle. Et voilà, c’était ma faute. Ben voyons ! Et, puis la fuite, c’est bien. Moi j’aime bien.

Étrangement après ma crise de panique, je me sentais bien, fatiguée, épuisée, mais bien. En arrivant à la cuisine, je trouvais mon vampire et Théa, ils me scrutaient et j’allais faire demi-tour quand elle me prit dans ses bras en pleurant. Là, je me sentais coupable. Ah, flûte, je ne devrais pas, mais les larmes de Théa…

Je répondis à son étreinte. Bon, à première vue, mon amie avait eu peur.

– Mes côtes ne t’ont rien fait, lâchais-je.

– Tu nous as fait une sacrée peur, renifla Théa, alors tes côtes peuvent payer pour.

– Et si tu la laissais respirer ?

Je fus poussée dans le salon, assise sur le canapé à la même place qu’hier, sauf que là, en face de moi ils avaient l’air encore plus mal à l’aise.

– Bon, heu je commence, dit Théa.

– Attends, en premier, Sophie, je comprends, tu as dû faire face à quelque chose que, comment dire. Tu as dû accepter une réalité un peu différente. Je comprends ta réaction, mais je tiens à te prévenir que si tu fuis à nouveau…

Il ne lui manquait qu’une paire de lunettes et le doigt en l’air pour ressembler à monsieur Carron mon prof de math alors qu’il nous sermonnait. Stop, je devais me concentrer pour ne pas laisser mon esprit dé­river.

– Je ne fuirais pas, il me fallait un peu de recul pour digérer et ma foi, paniquer un peu.

Ils levèrent les yeux au ciel.

– Bon d’accord, beaucoup. Mais, pour ma défense, j’ai été élevée dans la foi catholique et je ne suis pas croyante. Alors croire en…, en…, en ça…, en toi

Je levais les mains en signe de paix.

– Je veux dire que, enfin, c’est pas, non enfin, c’est beaucoup, enfin ça fait un choc, enfin non, pas un choc enfin, si.

Le retour des enfin en cascade, mais fermes là, Sophie, fermes là ! Je repris ma respiration, en souf­flant un bon coup.

– Je veux bien croire que c’est vrai. J’ai des millions de questions, mais pour le moment, c’est le gros bordel dans ma tête. Je ne sais pas quelles révélations m’attendent encore et à vos têtes, il y en a. Je n’ai pas envie de tout entendre. Là, c’est déjà assez, je me sens déjà stupide. Vous vous rendez compte que pour moi, tu n’étais qu’un type agoraphobe avec quelques ma­nières étrange et que je ne me suis pas posé plus de question. Une vraie idiote. Vous avez du bien rire.

Théa ne souriait pas, mais alors pas du tout et c’est avec un air presque sévère qu’elle me dit.

– Non, tu n’as pas été idiote, juste trop confiante et ne le prend pas comme un défaut. Pour moi, cette confiance n’a pas de prix. Écoute, je comprends que tout te dire d’un coup n’est pas la meilleure façon de faire. Même si ne plus avoir à te mentir serait pour moi, pour nous, une vraie délivrance. Alors, je te propose que tu prennes le temps de parler à Livius et à digérer déjà ce cô­té-là. Quand tu te sentiras prête viens me voir. Il n’y a aucune urgence, je tiens juste à tout te dire. Plus de mensonges ! Si je ne t’ai pas parlé avant, c’est par peur de te perdre, car je tiens beau­coup à toi. Quand on ne t’a pas trouvé hier, j’ai craint le pire. J’ai bien compris qu’il te fallait du temps, donc téléphone-moi quand tu veux. Promis ?

Je promettais, soulagée de ne pas avoir à faire face à plus ce soir. Elle partit avec timide au revoir. Je me retrouvais seule face à mon… face à un vampire. Que lui dire ? Plein de questions avaient tourné dans ma tête et là, je n’en trouvais pas une seule. Tout ce qui me venait me semblaient si stu­pide. Je ne trouvais rien à dire, je cherchais quand je m’entendis demander.

– Quand j’ai acheté la maison ai-je aussi acheté le vampire ?

Merde, je l’ai dit à voix haute. Moi qui faisais de l’ironie dans ma tête, pourquoi cette question-là justement. Mais quelle idiote, pauvre conne, tu n’avais rien de mieux à demander, franchement. Bravo Sophie, on sent que tu as bien pris le temps de réfléchir à ce qui était important de savoir. Non, parce que lo­gique, il fallait commencer par…

Son rire interrompit mon autoflagellation. Il riait, à gorge dé­ployée. Bon, au moins un qui était détendu lorsqu’il reprit son sérieux, il s’installa dans son fau­teuil et en regardant le vide, il me dit :

– Je me suis réveillé pour trouver un mot sur un tableau noir. Je l’ai relu plusieurs fois. Je me suis de­mandé quel genre de créature pouvait croire aux fantômes. Par amusement, j’y ai répondu. Quelque temps plus tard, alors que je voulais te mettre dehors, je t’ai trouvé allongée sur ton lit de camp. Quand tu t’es retournée dans ton sommeil, tu avais une énorme bosse sur le front et un bleu que je voyais grandir. Tu semblais si fragile. Je me suis persuadé qu’après ça tu laisserais tomber. Tu es bien plus têtue que tu en l’air. Au fil des jours, je voyais ton travail et la maison re­naître comme tu ne semblais pas troublée par mes notes j’ai pensé que tu savais que j’étais là. Et il y a eu cette nuit où je t’ai entendu tomber quand je suis sorti de la cave, tu convulsais.

Il fit un geste pour me faire taire alors que j’allais protester.

– Tu convulsais à ce moment-là. Il haussa les épaules en secouant la tête. Je ne sais pas pourquoi je t’ai fait boire de mon sang, juste un peu. Ajouta-t-il en me voyant grimacer. Je ne vais pas t’ap­prendre que le sang de vampire guérit.

– Ah, parce que c’est vrai ? Et, le reste ? Demandais-je.

– Attends, je répondrais à tout après. Laisse-moi finir que tu comprennes. Ensuite, il y a eu cette ordure qui s’en est pris à toi. C’est là que j’ai réalisé que je tenais à toi. Incroyable, je tenais à une humaine, maladroite, mal dans sa peau et terriblement naïve. Le comble pour un des miens, une vraie gageure. Impossible, me suis-je dit, mais si je suis honnête, je dois le reconnaître, je tiens à toi.

Je me renfrognais. Bon, d’accord il n’avait pas tout tort, mais pas besoin de le dire comme ça !

– Ne te vexe pas ! Dit-il en pointant un doigt vers moi. Tu ne vas pas me dire que tu ne l’es pas. Malgré cela, tu as éveillé le même sentiment chez Théa. Nous tenons à toi, une humaine.

Bon, il allait vraiment finir par me vexer. Il prononçait le mot humain comme moi, je dirais limace, avec un dégoût non feint.

– C’est bon, j’ai compris. Une humaine, idiote, maladroite et naïve. Sympa merci.

Il me souriait moqueur.

– Oui et à laquelle je tiens. Le jour où tu t’es fait agresser par ce connard. J’ai fini par comprendre que tu étais plus importante que je ne voulais l’admettre. Je pensais juste que je tenais à toi, car tu ramenais de la vie dans la mienne. C’est ce qui s’est passé ce jour-là qui m’a poussé à t’offrir le collier.

Je touchais le petit hibou en fronçant les sourcils.

– Pourquoi ? Il a quoi ce collier ?

Il y avait un truc qui allait me déplaire, parce qu’il passait sa main nerveusement dans ses cheveux et avait fermé les yeux. Ho, comme je ne la sentais pas la nouvelle révélation. Il me répondit enfin

– Il, enfin le hibou est mon emblème, je ne suis pas tout jeune, tu t’en doutes. C’était une tradition qui s’est perdue. Peu de jeune vampire choisissent un symbole. C’est surtout que… Ne te fâche pas d’accord. C’est juste un moyen d’indiquer…

Oui, d’indiquer quoi ? Mais bon sang accouche !

– Ton symbole autour de mon cou, ça veut dire quoi ?

Il prit une grande inspiration et lâcha :

– Il indique que tu m’appartiens aux autres vampires.

Ok bon. Là non, j’allais me mettre à hurler quand il continua très vite.

– Et pas qu’à eux, mais ce n’est pas ce que tu crois.

– Ouais et je crois quoi ? Demandais-je entre mes dents serrées.

– Théa l’a reconnu, tu t’en doutes.

– Oui et ?

– Elle n’est pas la seule.

Oh, mais j’allais le découper en morceau s’il ne finissait pas très vite son explication. Je bouillais de rage.

– C’est le moyen que j’ai trouvé pour te protéger, c’est tout !

– Me protéger de quoi ? Les vampires sortent la nuit et la nuit, je suis ici ou avec du monde.

– Pas que des vampires. Sophie, Théa n’est pas humaine et vit le jour et elle n’est pas la seule ici.

Bon, de ce point de vue-là, je pouvais comprendre, pas en être contente, mais comprendre. Même si cette explication pas franche me faisait sentir encore plus idiote qu’avant. Théa n’était pas humaine et qui d’autre ? Et, puis si c’était son symbole alors…

– Pourquoi m’as-tu dit que Carata ne l’avait jamais porté si c’est une protection ?

– Elle n’en avait pas besoin, elle était vampire.

La réponse avait fusé et je me sentis stupide d’avoir posé cette question et encore plus de la pointe de jalousie que j’avais ressenti en apprenant qu’il avait une compagne. Reviens à la réalité, déjà qu’elle n’est plus vraiment ce que tu connaissais, concentre-toi sur l’important.

– Et moi, j’en ai besoin, car je ne suis qu’une petite humaine idiote.

– Non, toi, tu en as besoin parce que je tiens à toi, toute humaine que tu sois.

Je haussais les épaules, agacée.

– Je peux toujours l’enlever !

Il fronça le nez et ses dents sortirent. Oups…

– Non, tu ne peux pas.

Il le dit dans un grognement et de rage, je glissais mes mains dans ma nuque pour ouvrir le collier. Sauf que je ne trouvais pas le fermoir. Mes yeux s’arrondirent alors que je le fixais.

– Vieille magie, dit-il.

Là, il avait l’air de ce qu’il était, loin de mon fantôme agoraphobe, il se rapprochait bien plus du prédateur. Je tremblais, il s’en aperçut et soupira.

– Écoute, je te l’enlèverai dans quelque temps, si tu y tiens. Il ne t’oblige à rien !

Donc bonne nouvelle, on pouvait l’enlever.

– Mais tu penses que j’en ai besoin, soufflais-je

Il ne répondit pas.

– Garde-le, le temps de trouver toute la vérité.

Ce n’était pas un ordre plus une demande. Je triturais le hibou. La pauvre humaine que j’étais, avait-elle besoin de protection ? Il semblerait bien que oui. De la sienne ? Et, contre qui ? D’autres vampires, des loups et quoi d’autres ? Je sentais la panique revenir. Il me fallut de longues minutes pour la calmer et pouvoir répondre.

– D’accord, pour le moment je le garde.

Un soupir de soulagement me répondit. Je continuais.

– Vampires, loup et quoi d’autre ?

Tant qu’à faire autant me foutre la trouille du siècle d’un coup, me soufflait mon énervante petite voix. Tant qu’à faire…

– Un peu de tout.

Ok, on n’allait pas loin avec une telle révélation. Un peu de tout donc…

– Théa est mieux placée que moi pour te répondre. Je ne sors plus assez.

Vu comme ça, il n’avait pas tort. Je demandais sans grand espoir.

– Et Théa est ?

– Une ondine, elle t’expliquera ce qu’elle est mieux que moi.

Je relevais la tête d’un coup, j’étais certaine qu’il ne répondrait pas.

– Plus de mensonges ! J’ai promis !

Bon, plus de mensonge et des réponses, allez Sophie pose tes questions. Courage, par où commen­cer ?

– Parle-moi des tiens ? Des vampires.

– Pas grand-chose à dire, on se nourrit du sang, pas forcément humain.

Là, j’étais intriguée.

– Nous avons besoin de sang, mais du sang reste du sang. Le goût change et celui des humains est meilleur. Je ne vais pas te mentir, il apporte plus d’énergie et calme notre faim plus long­temps, mais nous pouvons boire du sang animal. Nous vivons la nuit et dormons le jour, ça reste vrai.

– Pourquoi reste ?

– Nous ne brûlons pas comme une torche au soleil. Disons que c’est plus comme des coups de so­leil qui nous affaiblissent, mais les plus vieux résistent à cette brûlure et peuvent passer plusieurs heures au soleil, toutefois nous préférons la nuit.

– Vous vivez très vieux ?

– Sans accident oui. Il y a peu des nôtres qui vivent des milliers d’années entre les morts violentes et une sorte de dépression, d’ennui qui fait que beaucoup se laissent mourir au bout d’un mo­ment. Notre nombre reste assez stable. Le temps passant, l’immortalité perd de son attrait.

Il disait ça d’un ton si désabusé que je compris qu’il avait dû ressentir cet ennui.

– Tu es vieux à ce point ?

– Je suis vieux.

– Et moi une gamine, marmonnais-je. Tu as dit qu’ils se laissaient mourir ? Comment ?

– Contrairement aux idées reçues nous ne sommes pas des cadavres ambulants, c’est plus comme une mutation. Voilà pourquoi nous avons besoin de sang, il nous apporte vitamines et nutriments sans avoir à digérer. Je ne connais pas tout le processus, mais certains des nôtres sont devenus des experts. La plupart n’y songent même pas.

– Donc pour vous laisser mourir, vous ne vous nourrissez plus ?

– Tu as compris. Nous arrêtons de nous nourrir, c’est souvent la mort que choisissent les plus vieux. Le seul problème, c’est le temps que prend ce mode de suicide. Rester au soleil ou se faire tuer est bien plus simple, en cessant de manger, nous nous momifions petit à petit, mais restons conscient et vivant pendant ce temps.

Ma petite voix et moi n’avions pas envie d’en entendre plus, on était un peu dégoûtées. Il dut le sen­tir, car il se leva pour prendre mon visage dans ses mains. Au moment où il commença sa phrase des coups violents se firent entendre. Je sursautais lorsque la porte claqua contre le mur et où Ada folle furieuse déboulait dans le salon en hurlant :

– Lâchez-la !

Il m’embrassa le bout du nez avant de se redresser en disant.

– Tu voulais que ça aille doucement que tu puisses digérer les révélations les unes après les autres, désolé, je crains que tout sorte ce soir.

Ada interloquée nous regardait tour à tour en demandant.

– Qu’est-ce que ça veut dire ?

– Que Livius, ici présent m’a avoué être un vampire que Théa est une ondine et…

Je faisais un geste vague de la main. Ada avait blêmi.

– Alors tu sais que je suis une louve !

Ha ben non, ça pas, mais bon, allez je n’étais plus à ça prêt. Et, hop, une vérité de plus.

– Théa n’avait rien dit. Lui répondit Livius.

Je me levais sans plus faire attention au vampire moqueur et à la louve blême. Je fonçais sur le bar, en sortis une bouteille et en avala de grandes gorgées directement au goulot. Finalement, une gueule de bois me semblait aller dans le sens de cette nuit.

Ada me l’arracha des mains, me prit dans ses bras et gémit.

– Je voulais te le dire, mais je n’ai jamais trouvé le bon moment et puis c’est pas facile comme aveu.

– Suis plus à ça prêt, lui répondis-je.

– Et puis la vérité, c’est bien.

Oui, bien sûr, faut juste l’avaler. Elle renifla contre mon épaule et me lâcha. Je repris la bouteille et me rassis. Voilà quoi faire d’autre ? Qu’est-ce qui allait encore me tomber sur la tête ?

– Il y a quelqu’un en ville de normal ? Enfin d’humain à part moi ?

Ada secoua la tête, non

– Pas beaucoup et la plupart savent ce qui se passe. Et, il y a James, il est sorcier, c’est presque comme un humain.

À la bonne heure, je bossais pour l’être qui se rapprochait le plus d’un humain. Youpi, non, je ne suis pas sarcastique ! D’accord, un peu et pendant qu’on y est…

– Et les touristes ?

– Moitié-moitié, dit Ada.

Prévisible, allez une gorgée pour Sophie et une grosse.

– Au fait, qu’est-ce que tu fais là ?

– Je viens de rentrer et j’ai appris que tu étais malade. Je venais voir comment tu allais.

– Moi pas encore malade, demain oui, mais pas encore, marmonnais-je le nez dans ma bouteille.

Ma bouteille disparut, pouf, envolée. Je croisais le regard sévère du vampire-colocataire-protecteur et papa à ses heures. Je tentais de la rattraper, mais purée qu’il était rapide. Je ne demandais même pas son retour, à la bouteille pas au vieux truc et je filais m’en prendre une autre. Na ! Je fus soulevée sans ménagement et jetée sur le canapé. C’est pas drôle un vampire.

– Tu as assez bu. Tu vas avoir une belle gueule de bois demain.

– Bah, c’est mieux que de réfléchir, je peux fuir si c’est ça.

Ça grognait, pas que le truc à dent longue, Ada aussi, pas drôle.

J’étais assise et je boudais. C’était mon droit ! Je boudais si je voulais. Honnêtement, j’avais trop bu et la fatigue me tombait dessus. Tout me tomba dessus et je me mis à pleurer. Papa-vampire me souleva et me mit au lit en me grondant. Ada me fit un gros bisou sur le front et le lit se mit à tanguer dangereusement. Alcool et mer déchaînée ne sont pas un bon mélange. Je ne les loupais ni l’un ni l’autre quand je vomis. Bon, tire ! Hurla ma petite voix dans ma tête. Après tout devint flou.

Dire que j’avais la gueule de bois était bien en dessous de ce que je ressentais. Je n’arrivais à me le­ver qu’au troisième essai. Il me fallait d’urgence un café et un cachet. Oh, surprise, je trouvais à la cuisine Ada et Théa assises sagement qui devaient attendre que ma majesté se lève. Enfin, majesté des poubelles serait plus juste, vu comment je me sentais.

Une tasse apparu son mon nez et une main charitable me tendit un cachet. Ouf, sauvée ! Je tombais plus que je m’asseyais. Deux bouchent grimaçaient un sourire en face de moi, elles ne dirent rien me laissant retrouver le peu de dignité qu’il me restait. Théa fut la première à se lâcher.

– Il semblerait que tu aies un moyen de défense efficace !

Ses yeux pétillaient et elle faisait de gros effort pour se retenir de rire. Ada avait l’air moins joyeuse.

– La petite humaine fait ce qu’elle peut.

– Et ça marche, fit-elle dans un éclat de rire, en tout cas ça a marqué !

Son rire raisonnait dans ma tête. Mince, j’allais passer une journée de merde. Je frottais mes yeux sous le regard goguenard d’Ada.

– Vas-y moque-toi !

– Même pas, tu es assez punie et c’est en partie notre faute, tu as beaucoup à digérer.

Elle était super sérieuse alors que l’autre était rayonnante.

– Et si on passait une fin de journée tranquille, sans rien de…

– Il va falloir parler, grimaça Ada.

– On parlera…

Mais, pas aujourd’hui, ni demain. J’allais tout faire pour.

Chapitre 13

Je pris encore deux jours de repos, refusant toutes discussions avec mes amies. J’en avais assez à di­gérer et toute information complémentaire n’était pas la bienvenue. Je voulais retrouver mon calme et ma petite vie.

Rappelez-vous je suis venue ici pour recommencer une vie tranquille loin des drames ! Pas pour ce bordel sans nom.

Mon retour à la librairie fut un vrai bonheur, retour à la nor­mal me disais-je. Bon, pas tout à fait, je regardais les habitants différemment, ce que j’avais mis dans les différences entre l’Europe et les USA, se transformait en différence entre humain et, et quoi d’ailleurs ? Une partie de moi refusait de savoir, l’autre tentait de deviner.

J’étais mal dans ma peau et Théa me rendait folle. Son besoin de tout me révéler, alors qu’elle avait promis d’attendre, la rendait nerveuse, explosive même. Autant Ada était devenue calme et attentive à ne pas me mettre mal à l’aise, autant Théa ressemblait à une boule magique qui rebondissait par­tout. Quant à papa-vampire, lui restait sombre, discret et horriblement paternel.

Je me raccrochais à mes habitudes. Tout va bien dans le meilleur des mondes ! Viendrait le temps où je devrais ouvrir un peu plus la porte de cette nouvelle vie, pour le moment je m’accrochais comme je pouvais. Vous pouvez en penser ce que vous voulez, tout ce que je voulais, c’était rester dans l’ignorance, encore un peu.

C’est le dimanche que je compris qu’il n’y aurait pas de retour possible et que tout avait bel et bien changé. Lorsque j’arrivais chez Suzanne et qu’au lieu d’être accueillis par toute une troupe, je me retrouvais seule avec Ada. Suzanne me prit dans ses bras, me collant au passage ces habituelles énormes bises, puis me serrant toujours contre elle, elle me dit :

– Je suis tellement heureuse que tu sois restée. La plupart des humains fuient quand ils nous dé­couvrent alors pour te laisser un peu respirer, Judicaël a décidé que tu n’avais pas besoin d’en­tendre plus et que nous reprendrions les repas une fois que tu te sentiras vraiment à l’aise.

À ce que je comprenais, on me chouchoutait encore plus. Je n’avais pas super bien réagi, alors on me laissait un peu d’air, mais j’étais toujours là et pour mes amis, ça faisait toute la différence. De l’air, j’allais en avoir besoin et de beaucoup…

Un jour monsieur Andersen décida qu’il était temps pour moi d’arrêter de faire l’autruche. Il posa devant mon nez un livre duquel dépassait des marques pages.

– J’ai indiqué les noms de tes connaissances et leurs clans. Je pense qu’il est temps pour toi, d’ar­rêter de te cacher.

Ben, non, je trouvais mon attitude plutôt agréable, ne pas se prendre la tête, ne rien vouloir savoir, rester zen et tranquille. Je ne vois rien, je ne sais rien, mon nouveau mantra ! Qui ne semblait ne convenir qu’à moi.

– Au moins fait le pour Théa ! Elle va devenir folle si elle doit encore se taire.

Là, il n’avait pas tort, elle virait sur les nerfs. Elle allait finir par exploser et me coincer pour tout me dire d’un coup. Je me massais les tempes en soupirant. Ils allaient tous me rendre dingue à force.

– Allez le plus dur est fait. Tu as accepté que le monde n’est pas tel que tu le pensais, le reste n’est que des détails, ne joue pas à la gamine.

Oulà, il m’avait vexée. Déjà que tout le monde me maternait, lui hors de question ! Je relevais la tête et il me fit un clin d’œil. Il savait qu’il avait tapé juste !

– Leur vie est bien plus longue que la nôtre, nous ne sommes que des enfants pour eux.

Vu l’âge de mon patron, je ne devais même pas être sortie du berceau. Je fis oui de la tête, mais plu­tôt que de découvrir dans un livre la vérité, j’envoyais un message à Théa pour l’inviter à la maison.

Elle n’était pas survoltée en arrivant, c’était bien pire. Nous avons parlé une bonne partie de la nuit. Elle est une ondine, ça je le savais, particularité de son clan dont, heureusement, elle est la seule re­présentante ici, noyer gaiement les jeunes filles. Si, si elle a dit gaiement !

Elle me précisa à plu­sieurs reprises que moi, elle n’avait pas envie de me noyer, une chance pour moi, un vrai coup de bol ! Ça expliquait ses nombreuses remarques sur le fait que j’étais sa première amie femme, souf­fla ma petite voix.

Au fil de la soirée, je me rendis compte que c’était surtout de me dire qu’elle ne me voulait pas de mal qui lui tenait à cœur, puisqu’elle ne répondait pas à la moitié de mes questions dont une qui me titillait : son âge.

– Je suis plus vieille que j’en ai l’air et pour te donner une idée, je suis presque aussi vieille que LUI Oui, parce que depuis la révélation de la nature de mon colocataire, elle en parlait en disant LUI.

Je ne savais pas trop quoi penser. Oh, j’étais heureuse de n’avoir provoqué aucune envie de meurtre chez mon amie, mais avoir une tueuse comme amie, est-ce bien raisonnable ?

Je compris l’importance de cette révélation quand, alors qu’elle me redisait combien elle était contente de ne pas avoir envie de me noyer, papa aux dents longues fit son apparition. Il avait entendu la fin de la conversation et fixait Théa les sourcils froncés.

– Pas envie ? Tu veux dire que tu te contrôles ?

– Mais non, explosa-t-elle, pas envie ! L’idée ne m’a même pas traversé la tête ! Au début, je me suis dit que je l’aimais bien et que l’envie me prendrait plus tard. C’est déjà arrivé et puis une humaine de plus ou de moins. Mais, non, rien n’est venu même pas quand nous nous sommes baignées ensemble !

J’appris une nouvelle chose : un vampire, ça peut blêmir

– Baignées ensemble ?

Il avait la voix aussi blanche que le teint.

– Oui, tu te rends compte. Même pas là !

– Sophie, on ne se baigne pas avec une ondine !

– Mais si elle peut avec moi, insista Théa. Et j’adore ça !

Elle était à nouveau montée sur ressort et sautillait de joie devant un Livius transformé en statue. Je fis une mini crise de panique quand j’assimilais qu’une ondine, une humaine et une baignade…

Ha, non, c’était pas une bonne idée. Puis ma petite voix se mit à se marrer, un peu tard pour s’en in­quiéter. Mouais, elle n’avait pas tort. La statue blanchounette debout devant Théa due en conclure la même chose et se remit à parler.

– Et comment tu expliques ça ? Tu as perdu ton besoin de tuer ?

– Oh non, je dois éviter de trop traîner avec Ada, si Sophie n’est pas là, je suis tentée. Je dois vrai­ment faire attention parce que les loups, c’est pas comme les vampires, ça ne ressort pas de l’eau quand on les noie et je ne pense pas que Sophie me le pardonne, alors je gère.

Elle finit sa phrase en baissant la tête alors que lui levait les yeux au ciel. Pensez à prévenir Ada de ne pas traîner avec l’autre folle dingue. Quoi qu’elle dût être au courant ainsi que toute la ville ; ce qui expliquait les regards de travers de Suzanne…

La tueuse rousse se tourna vers moi.

– C’est ma nature, je lutte contre mais c’est ma nature et en ville, on me craint un peu, je me suis laissé emporter parfois. La ville borde le lac alors… Toi, tu ne risques rien, je te le promets ! Ja­mais je ne te ferais de mal !

Elle avait les yeux suppliants. Elle se tenait debout devant moi. Je crois qu’elle venait de se rendre compte de ce que je pouvais ressentir. Théa était une tueuse, mon colocataire proba­blement aussi. Mais, qu’est-ce que je foutais là au milieu ? Je lorgnais du côté du bar quand un non, sec fusa. Mince repérée, il ne m’avait pas vraiment pardonné de lui avoir vomi dessus. Ma petite voix se marrait au souvenir et Théa le regarda, étonnée.

– Ton amie ne supporte pas bien l’alcool. Dit-il. Demande à Ada !

Oui, bon une fois, juste une où j’ai un peu abusé faut pas non plus en faire un drame.

– J’avais de bonnes raisons. Fis-je en levant le menton.

Théa se marra, lui pas. Je souris. Sale gamine disait les yeux noirs, ceux de Théa passaient de l’un à l’autre, elle se retenait de commenter, c’était visible.

J’en rajoutais, j’en étais consciente, mais que pouvais-je faire d’autre ? Comme j’étais bien décidée à ne pas me rendre malade des révélations qui me tombaient dessus, énerver papa-vampire m’offrait une diversion. Je lui tirais donc la langue et proposait à Théa une fin de soirée plus tranquille devant la télévision.

Pour faire râler mon copropriétaire, je proposais Buffy. Théa ne connaissant pas, elle fut un amour d’amie en disant oui, malgré le commentaire désagréable qui tomba du fauteuil et elle fut encore plus une alliée quand elle trouva Angel super sexy et se mit à baver dessus au grand dam du vrai vampire du coin.

Et ce fut ma vie. Faire enrager le vieux vampire pas drôle, voir Théa rire de toutes ses dents, rayon­nante et profiter du calme relatif d’Ada. Et oui, à côté de la bombe rousse, ma grande brune semblait calme, c’est dire. Je profitais de chaque instant où nous n’étions que tous les deux, Théa prenant de plus en plus de place. Ada comprenait et trouvait drôle de me voir suivie par une ombre rousse qui regardait presque tout le monde de travers, enfin tous ceux qui m’approchaient. Je le supportais sans peine, j’avais compris que l’amitié d’Ada et de Théa m’avait évité bien des ennuis. Depuis l’été, le collier visible à mon cou complétait mes gardes du corps.

À mon arrivée, on me regardait de travers, car j’étais nouvelle, aujourd’hui on me regardait de travers à cause de mes fréquentations. Rien ne changeait vraiment et ça me convenait parfaitement !

Je posais peu de question, le livre de monsieur Andersen trônait sur ma table de nuit, mais je ne l’avais pas ouvert, je ne me sentais pas prête à franchir une nouvelle étape.

Je finis par éviter mon vampire, me conduire comme une idiote pour le faire râler avait perdu de son charme. Je redoutais l’arrivée de l’hiver et de ses longues nuits où il serait plus difficile de ne faire que le croiser. Mon comportement avec lui posait problème à Ada mais faisait marrer Théa. Je n’y pouvais rien, me faire traiter de gamine ne me donnait que l’envie d’en être une.

L’été s’étira, rempli de sortie entre fille, de repas en petit comité et de rien de neuf en fait. J’arrivais presque, à occulter les révélations.

C’est l’arrivée de l’automne qui provoqua chez moi une réaction, mais pas celle que tout le monde attendait. Plus la date de la fête de la ville approchait, plus je montais sur les nerfs ne supportant plus rien. Je refusais toute sortie et passais mes soirées enfermées dans ma chambre. Je revivais mon agression presque chaque nuit, provoquant l’arrivée en mode ouragan d’un papa-vampire inquiet et consolant. Moi qui pensais avoir bien géré…

La date se rapprochant, Ada était venue m’assurer que rien ne m’arriverait, que je ne serais jamais seule, qu’elle ne me lâcherait pas de la journée, ni de la soirée et pour une fois Théa était silencieuse, elle devait toujours s’en vouloir.

Le jour dit, je ne fus effectivement pas une minute seule, Suzanne tint le stand de tarte avec moi, ce qui nous prit la journée. Ada passait régulièrement voir comment je me sentais et Théa avait installé son stand en face des tartes. J’étais sous haute surveillance. Néanmoins, je voyais David partout. Je me décidais à demander à Suzanne si elle savait où il était.

– Non, personne ne l’a vu partir de la ville. Vu ce qu’il t’a fait, personne n’a pris la peine d’aller le voir à la clinique.

Elle renifla méprisante et ne dit rien de plus. Plus tard dans la journée, je reposais la question à Ada.

– Il a été banni, je pensais que tu le savais, David avait passé outre les ordres de Judicaël, notre chef de clan. On ne pardonne pas la désobéissance.

– Les ordres ?

– Tu as la protection de Suzanne, elle t’adore et ce que Suzanne veut…

Et, hop, encore un garde du corps, mais combien en avais-je ? Je soupirais, le savoir banni et hors de la ville ne calma pas vraiment mon angoisse. La ville accueillait plein de touristes en cette période, il pouvait se glisser parmi eux. Mais au moins, il ne se montrerait pas devant Ada. Plus l’heure du feu d’artifice approchait, plus je paniquais.

Théa avait tenu à s’installer sur le même banc, pour exorciser, avait-elle dit. Ça ne marchait pas. Franchement, je n’arrivais ni à me détendre, ni à profiter des feux. Je me dandinais sans cesse sur le banc, c’est là qu’elle murmura à mon oreille.

– Je t’assure qu’il ne reviendra plus.

Sa voix était sèche et assurée. D’un coup deux fils dans mon cerveau se connectèrent et je la fixais.

– Quoi ? Il s’en était pris à toi et je n’avais tué personne depuis un moment alors lui…

Elle haussa les épaules et se remit à manger sa glace. Ben oui quoi, semblait-elle dire, je suis ce que je suis et lui ne méritait rien de mieux, que du normal. Je ne sais pas comment expliquer ce que j’ai ressenti. C’était un mélange de soulagement et d’ahurissement, un peu de peur aussi de la voir si calme. Elle avait tué un méchant qui selon elle le méritait amplement et puis ça lui avait fait du bien de se lâcher un peu. On allait pas en faire une maladie. Si un peu quand même, un peu beaucoup même. Non ?

– Tu l’as eu avant nous, s’étonna Ada. Tu as été rapide !

Ha ben non, Stop une minute hein ? Quoi ?

– Je ne voulais pas vous le laisser, s’excusa Théa.

Ben voyons, tout est normal !

– Je te comprends, répondit Ada.

Ben pas moi, je les écoutais l’air complètement effaré et j’assimilais que mes amies ne col­laient pas vraiment avec l’image que j’avais eu d’elles. Normal, tout est normal… Mouais non, rien n’est normal. Je me pinçais l’arête du nez.

– Allez, ne prend pas les choses comme ça. Au moins tu es tranquille, il ne reviendra pas.

– Et personne n’osera plus t’approcher, ricana Ada.

– Comment ça plus personne n’osera m’approcher ? Couinais-je.

Ada désigna la petite rousse qui regardait sa glace comme si elle était l’objet le plus important au monde.

– Disons que notre amie a sa petite réputation, mais elle ne s’était jamais prise à un loup, on est plutôt coriace.

– Et ? Demandais-je effarée.

– Et quand sa réaction, on dira ça comme ça, sera su même les loups éviteront de se la mettre à dos.

Je fixais incrédule la petite rousse qui se la jouait timide sauf que dans ses yeux luisait une lueur de fierté non dissimulée. Rappelle-toi Sophie, tout est normal.

– Elle ne risque pas d’ennui ?

– Notre justice est un peu plus expéditive que la vôtre, expliqua Ada en haussant les épaules.

– Oui, juste un peu plus.

– Ce que tu dois comprendre, reprit Ada, c’est que nous ne sommes pas de gentils nounours. Nos règles sont strictes et la mort fait partie de notre nature.

– Si nous vivons plus ou moins en paix, c’est parce que nous ne laissons rien passer. Continua Théa, nos guerres ne sont pas si lointaines.

– Donc si je résume, David a désobéi à un ordre de son chef de clan et méritait la mort pour ça ?

– Oh non, fit Théa. Il méritait la mort parce qu’il s’en était pris à toi et que j’avais été clair, tu es mon amie.

Je fermais les yeux un instant. Elle disait ça si calmement.

– Il avait été banni pour avoir désobéi ce qui a permis à Théa de te faire justice sans crainte de re­présailles des loups.

Ben voyons, soyons clair, on ne tue pas n’importe comment ! Au secours !

– Et s’il n’avait pas été banni ?

– Je ne risquais rien, je sais faire disparaître les preuves.

Elle disait ça avec un mouvement négligeant de la main et un haussement d’épaule.

– Les règles des autres clans, je m’en fiche.

Et, c’était clairement ce qu’elle pensait, pas le moindre remords, pas la moindre émotion. Il le méri­tait et que les autres soient ou pas d’accord, elle s’en moquait totalement. Ma petite voix me souffla que finalement, il valait mieux avoir une psychopathe comme amie et protectrice que de figurer à son tableau de chasse. Mouais, vu comme ça, en effet.

On ne parla plus jamais de David. Je pus constater que la nouvelle du jugement de Théa était connue par le discret, mais réel vide qui s’était fait autour de moi.

Nous évitions de parler de meurtre commis par l’une ou l’autre de mes amies. Parce que oui, je les considérais toujours comme mes amies et je ne me sentais pas mal à l’aise en leur présence, ce qui restait incroyable pour une partie de moi, enfin, tant qu’elles évitaient de parler de chasse, noyade ou autres habitudes de leurs clans. Là, j’avoue que mon côté petite humaine fragile ressortait. Elles se taisaient net dès que je me mettais à grimacer. Elles étaient adorables avec moi.

J’avoue que je supportais bien mieux leur protection que celle du truc à dent longue à la maison. Lui me rendait folle, si à chaque cauchemar il débarquait dans ma chambre pour me rassurer, il se montrait si distant le reste du temps que je n’arrivais plus trop à le cerner.

J’avais fini par demander à Théa ce qu’elle en pensait, elle tapota mon collier et me dit :

– Il tient beaucoup plus à toi qu’il ne veut l’admettre et tu es si jeune. Là-dessus, on se ressemble, lui et moi. L’idée de te survivre n’est pas des plus agréables. C’est pour cela qu’il se protège, moi, au contraire, j’ai décidé d’en profiter à fond.

Et elle me claqua deux bisous sur la joue. Franchement, je fus surprise qu’elle ne les pince pas. J’al­lais finir par me promener avec un biberon avec ces deux-là.

Noël me prouva qu’elle avait raison. J’avais refusé de me rendre chez Suzanne pour le passer tran­quillement à la maison avec Théa. Ada et son oncle avaient choisi de se joindre à nous et avaient embarqué monsieur Andersen. Après le repas, Théa alla déterrer Livius qui finit la soirée avec nous, gros effort de sa part, pour me faire plaisir avait-il grommelé. Mon petit monde se limitait à moins de dix personnes. C’était amplement suffisant ! Surtout quand on connaît les personnes.

Pour nouvel an par contre, je fus traînée par deux furies dans la ville voisine. Une nouvelle boîte avait ouvert et elles voulaient y passer la soirée. C’est en traînant les pieds que j’y allais, poussée par les deux folles. Alors que mes amies se déhanchaient, j’incrustais la forme de mes fesses sur un siège du bar.

La soirée al­lait être longue cependant elles ne me lâchaient pas des yeux et venaient régulièrement s’assurer que j’allais bien et n’avais besoin de rien. Partir n’étant pas une option, je noyais cette envie sans grande conviction dans les cocktails. À chaque fois qu’on m’approchait, hommes ou femmes, je voyais rap­pliquer en vitesse non pas une mais mes deux gardes du corps. Du coup je discutais avec le barman qui, intrigué par le comportement des deux dingues, m’avait posé des questions. Il compatissait, mais trouvait la situation hilarante, pas moi. La soirée n’en finissait pas. Je sais qu’elles n’avaient que de bonnes intentions, mais, franchement, si je n’avais pas autant bu, j’aurais piqué la voiture pour rentrer.

Aux douze coups de minuit mes joues furent mal menées par les deux cinglées et alors que mon voi­sin de bar se tournait vers moi pour m’embrasser comme tout le monde. le barman tendit la main pour l’en empêcher sans que je comprenne pourquoi. Son geste n’avait pas été assez rapide et l’homme qui m’avait à peine touché le bras, hurla et regarda sa main d’un air étonné. Elle était recouverte de cloques. Je restais figée en la regardant et j’hallucinais, les cloques guérissaient rapidement puis je levais les yeux vers l’homme qui semblait aussi perdu que moi et je constatais que ses canines étaient sorties. Mon voisin de bar était un vampire. Je ne pus pas réfléchir plus longtemps.

– Voilà qui est intéressant, dit une voix derrière moi. Il y a longtemps que je n’en avais pas vu.

Je me retournais surprise. En face de moi, se trouvait un homme d’une cinquantaine d’années, grand, mince, les cheveux aussi noirs que ceux de Livius et des yeux d’un bleu profond.

– Vous permettez que je regarde de plus près ?

Il montrait mon pendentif du doigt avant que je puisse répondre mes deux gardes du corps réappa­raissaient. Il leva les mains et sans se démonter dit :

– Allons, on se calme ! Geraldo Conti, se présenta-t-il, je suis le propriétaire, je suis bien intrigué par la présence d’une humaine accompagnée d’une louve et d’une ondine dans mon repaire. Si nous allions au calme ? Je suis dévoré de curiosité.

Il leur fit un clin d’œil et me fit signe de la main de le suivre. Là, j’avoue, je n’ai pas tout compris quand Ada siffla d’admiration et que Théa se mit à glousser. C’est qui lui ? Et entendre glousser Théa était, comment dire, tellement incongru que j’en restais sans voix. Je me levais un peu mal à l’aise et alors que mes deux amies me poussaient, je traînais des pieds en suivant le curieux qui nous mena dans une alcôve un peu à l’écart, commanda du champagne et resta un long moment à fixer mon collier.

– Alors comment une humaine a-t-elle pu finir dans un bar ouvert pour les autres espèces ?

J’indi­quais du doigt les deux nanas qui m’accompagnait.

– Je vois et avec de telles accompagnatrices, vous ne risquiez pas grand-chose, encore plus avec ceci.

Il pointait un doigt vers le pendentif.

– Je suis heureux de savoir que Livius est sorti de sa quarantaine. Comment va ce vieil emmer­deur ?

Ses yeux avaient quitté le hibou pour se planter dans les miens et milles questions semblaient y tourner.

– Égal à lui-même, répondit à ma place Théa. Rigide, têtu et associable.

Il se tourna vers elle, mais pointa un doigt sur moi.

– Et comment expliques-tu ceci ?

Elle haussa les épaules.

– Disons qu’avec Sophie les choses ne s’expliquent pas vraiment.

– C’est peu dire, compléta Ada.

Un long moment passa, lui réfléchissait à ce qui venait d’être dit. Ada et Théa sirotaient tranquille­ment leur champagne et moi, comme d’habitude, je nageais. Rien de neuf, je le reconnais. Un jour, j’arriverai peut-être à ne pas me sentir complètement larguée. Bha non, je n’y croyais même pas.

– Ce qui m’étonne le plus après le collier, c’est votre comportement à toutes les deux. Mon bar­man m’a signalé que vous étiez arrivées toutes trois ensembles et que vous deux, ne lâchiez pas des yeux cette demoiselle.

– C’est une amie, firent-elles en cœur.

Là, je dois dire que sa tête faillit me faire éclater de rire. Pour une fois, je n’étais pas la seule complè­tement larguée.

– Comme je te l’ai déjà dit, avec Sophie les choses ne s’expliquent pas vraiment.

Le sourire de Théa était moqueur et se tournant vers moi elle compléta.

– Mais on aime ça, c’est différent.

Mouais était-ce moi qui étais différente ou elles ? La question se posait non ? En tout cas pour moi, elles l’étaient. Ils étaient tous étranges et différents et les deux rayons laser qui sortaient des yeux de notre hôte et qui me passaient au crible pour comprendre, me le prouvait.

Je voyais bien qu’il n’arrivait pas à comprendre ce que j’avais de spécial, comme moi non plus, je ne voyais pas, je me contentais de siroter doucement, très doucement mon verre. Ces longues pauses si­lencieuses ne semblaient pas déranger mes amies, pour moi, c’était un supplice tant j’étais fixée.

Il fit claquer sa langue et finit par rompre ce silence.

– D’accord, je ne comprends pas, mais d’accord, elle ne peut être qu’unique pour avoir de tels protecteurs. Il faut m’en dire plus Théa, j’y tiens.

Théa fit un oui de la tête et en haussant les épaules lui répondit :

– Si je comprends, je t’expliquerais. Pour le moment fait comme tout le monde, prends les choses comme elles viennent.

Ok, je n’étais pas la seule à ne rien comprendre et si elle venait de le dire calmement, lui semblait avoir pris la foudre sur la tête. Je levais mon verre et dit :

– Bienvenue au club de ceux qui ne comprennent rien, contente de ne pas être la seule.

Là, j’eus trois regards sur moi, je haussais les épaules.

– Ben quoi ? Ça fait un moment que je ne cherche plus à comprendre. Moi, je nage depuis mon arrivée ici.

Ada me sourit.

– C’est vrai, mais pour nous, c’est une première alors que…

Elle se tut net.

– Alors que pour la petite humaine que je suis, c’est normal d’être larguée. Complétais-je amer.

Et hop, re long silence, c’est cool, on avançait bien, c’était constructif. Non, je ne suis pas sarcas­tique ! Ma petite voix, elle, oui. Elle se bidonnait de voir à quel point j’intriguais et se réjouis­sait que je mette un peu de bordel. Une sale bête cette petite voix.

Je fus prise d’un bâillement phénoménal, trop calme pour moi cette fin de soirée, et j’avais encore trop bu. Je pensais que la discussion à peine entamée allait reprendre, mais le type là, le Geraldo me sourit en me tendant une carte.

– Vous êtes fatiguée, il est temps de rentrer. Donnez ça à Livius et dites-lui que je passerais le voir. Où puis-je le joindre ?

Alors là, bonne question, je grimaçais mon ignorance, regarda mes amies qui semblaient aussi igno­rantes que moi et finit par lui dire d’attendre l’appel de l’asocial. Ada se levait déjà comme si elle n’avait attendu que le droit de me ramener. Théa faisait de même quand il me dit.

– Dites-lui bien que je suis heureux pour lui.

Mouais, heureux, pourquoi ? Allez encore une question dont je n’aurais pas de réponse. Je tentais d’en obtenir durant le trajet de retour, mais la seule réponse que je reçus de Théa fut de le lui demander directement.

Mes gardes du corps me posèrent à 10 cm de ma porte et attendirent que je sois dedans avant de repartir. La raison ? Il n’y avait pas de lumière à notre arrivée mon papa-vampire devait être absent. Ne vou­lant pas oublier de lui transmettre ce message énigmatique, je collais la carte sur le tableau noir et laissais un mot. Contente de moi, j’allais cu­ver mes cocktails au fond de mon lit. Hum, bonheur !

Chapitre 14

Bonheur qui ne dura qu’un instant quand un orage entra dans ma chambre. Je m’envolais du lit, ti­rée de là, d’une main ferme par un vampire en rogne qui me criait dessus. Oulà, ma pauvre tête, j’ouvris les yeux très doucement, regardais le pénible d’un regard flou et secouant la tête pour en chasser la brume, je demandais :

– quèquia ?

Il arrêta de hurler, bon point ! Il soupira et me traîna à la cuisine où il me fit un café. Oh, la bonne idée. Il restait debout, raide en face de moi et dardait ses yeux sur moi. Le café bu, je redemandais :

– Qu’est-ce qu’il y a ?

– Qu’est-ce que ça veut dire ?

Il me tendait la carte de l’autre là.

– J’ai pas noté ?

– Oui, mais je veux une explication.

– Je suis sortie avec Ada et Théa pour aller fêter nouvel an en boîte, un type s’est brûlé en me touchant et ce type est venu pour me parler.

J’avais débité le tout d’une voix monotone, pas vraiment certaine de ce qu’il voulait savoir.

– Que voulait le type qui s’est brûlé ?

– Me faire une bise pour nouvel an.

Ne pas faire de longue phrase, être précise pour pouvoir retourner mourir au fond de mon lit le plus vite possible.

– Et lui ? Demanda-t-il en me montrant la carte.

– Prendre de tes nouvelles et comprendre ce que je faisais avec elles.

– Avec qui ?

– Ben, avec qui ? Ada et Théa qui d’autre ?

Pour sortir avec quelqu’un d’autre, il faudrait déjà que ces deux-là me lâchent un peu ou soient mortes, personne n’oserait m’inviter tant qu’elles étaient aussi présentes.

– Qu’as-tu répondu ?

– Rien, c’est Théa et Ada qui ont parlé. Au fait, pourquoi l’autre type s’est brûlé ? Je n’ai pas eu de réponse.

– Il n’avait pas à te toucher. Elles ont dit quoi exactement ?

– Que j’étais bizarre.

En résumé, c’est bien ce qu’elles avaient dit, non ?

– Elles ont dit quoi ?

Il était furieux, enfin ce n’était plus la même colère. Il me fixait outré alors que celle qui aurait dû se vexer, c’était moi.

– Elles ont dit qu’avec moi les choses ne s’expliquaient pas. C’est comme ça qu’elles l’ont formu­lé.

Il s’assit en face de moi. Il était plus calme et opinait de la tête.

– C’est une bonne manière de le dire, c’est juste.

– Je sais que mon amitié avec une ondine est particulière, mais je ne vois pas en quoi les autres sont concernés, pas par mon amitié, mais en quoi je suis différente pour les autres. Soupirais-je.

Il se mit à me caresser la joue, sans rien répondre, encore. Il posa la carte sur la table.

– Et lui, il a dit quoi ?

– Il m’a dit de te dire qu’il passerait te voir et qu’il était heureux pour toi, mais il n’a pas dit pour­quoi.

– Pourrais-tu l’appeler pour moi ?

– Pour lui dire quoi ?

– Pour me le passer au téléphone, je n’en ai pas, je te rappelle.

Voilà encore une bataille qu’il me faudrait mener, voiture, téléphone, ordinateur étaient pour lui des objets dont il ne voulait pas et que surtout il ne comprenait pas. De mon point de vue, le pratique de tout ça était bien plus important que son refus. Il allait apprendre à s’en servir, parole de Sophie.

– Maintenant ?

– C’est un des miens, il ne dort pas encore.

Oh surprise, je ne l’aurai jamais deviné. Prends-moi pour plus cruche que je ne le suis et tu verras combien tu vas me le payer. Je plissais les yeux, piquée au vif.

– Ne fais pas cette tête, je ne me moquais pas, appelle-le !

– Oui, chef, à vos ordres chef !

Il grogna, une sale gamine entre ses dents alors que je composais le numéro. Je n’attendis pas que l’autre réponde, je lui filais l’appareil en mode haut-parleur dans les mains et lui dit :

– Je vous laisse entre adulte et la sale gamine va se coucher.

Je le plantais là pour retourner tout oublier au fond de mon lit pendant environ dix minutes. Il avait appuyé sur il ne savait pas quoi et avait coupé le micro. Vingt minutes plus tard, il coupa l’appelle sans le vouloir et ne savait pas comment rappeler. Au troisième réveil, je le haïssais et j’avais la preuve qu’il était urgent de lui acheter un téléphone. Je dormais le nez à moitié dans une tasse de café quand, enfin, la conversation se termina. Pour ma défense, il était six heures du matin, j’avais une nuit blanche der­rière moi, je n’avais rien compris de ce qu’ils disaient et aucun café au monde aurait pu lutter contre ma fatigue.

C’est une main toute douce qui se posant sur ma joue me réveilla. Je râlais un laisse-moi dormir, puis je fus transportée dans mon lit où un baiser sur le front plus tard, je me retrouvais seule et où je ne dormis plus, normal. Ma petite voix passait en revue la soirée et la nuit, elle voulait absolument me montrer qu’il s’était passé quelque chose d’important. Heureusement, la dose de cocktail et de champagne avalé eu raison d’elle. Je pouvais enfin dormir et ne penser à rien, puisque de toute manière, je n’aurais aucune réponse à mes questionnements.

Les fêtes disparurent dans le lointain et au cours du mois de février, les repas entre filles reprirent,. Francis et monsieur Andersen s’étaient tout naturellement invités, nous avions déplacés nos repas, du mercredi midi au mardi soir ce qui nous permettait de profiter de plus de temps. Livius faisait des apparitions, mais ne comprenait pas ce rituel.

Au cours du printemps, Suzanne et Judicaël vinrent par moments grossirent les rangs. Mona, vous vous souvenez ? Mais, si, la patronne de l’hôtel, invitée par Théa fini par s’incruster. Non, c’est pas gentil, elle est adorable, elle avait trouvé l’ambiance tellement sympa qu’elle nous rejoint avec plaisir. Les soirées du mardi soir, choisi je l’avoue pour mon amour d’Agatha Christie, cherchez, vous comprendrez, étaient pleines de rires. Je savais que j’étais de loin la plus jeune et que mes invi­tés étaient tous, différents, dirons-nous, mais l’ambiance générale était à la plaisanterie. Nous riions beaucoup, mangions trop et sous le contrôle de tout le monde, je buvais peu, sans commentaire.

Alors que j’écoutais Francis se plaindre de sa tante, on frappa à la porte et j’y découvris Monsieur Geraldo Conti, Conti pour les amis, m’avait-il, précisé. Invité par Livius à passer, mais pas prévenu de l’assemblée disparate qui traînait par là le mardi. Je l’entendis murmurer alors qu’il saluait mes invités.

– Ondine, loups, sorcier, fée et humaine, rassemblés au même endroit et passant la soirée en­semble.

– Et vampire, faut pas l’oublier, un ici, fis-je en le désignant, un là-bas, fis-je en montrant Livius qui pointait son nez.

– Et vampire opina-t-il, un sacré mélange que vous avez là.

– Mes amis, lui affirmais-je.

– Encore plus surprenant. M’avoua-t-il. Il faut vraiment que vous trouviez le temps de m’expli­quer comment tout cela est arrivé.

Oui, alors on allait vite être à court de mots puisque je n’en savais fichtrement rien. Sauvée de cet étrange intérêt par l’autre vampire, je poussais tout le monde au salon pour boire le café, jus de chaussette pour les six petites natures, vrai café pour deux d’entre nous et verre de sang pour les deux derniers. Je finissais doucement par m’y faire, du moins je n’avais plus de haut le cœur en le voyant boire et depuis que j’avais vu arriver des poches de sang étiquetées dans le deuxième frigo, je n’imaginais plus qu’il avait égorgé un pauvre écureuil ou avait prélevé sur un humain inconscient sa dose quotidienne, mais je préférais et de loin quand il le buvait dans un bol et que je ne voyais pas la couleur qui ne pouvait pas passer pour du vin rouge.

Judicaël mit la main sur un digestif, en propo­sa à tout le monde, sauf à moi, bien sûr, me prouvant que non, le comique à répétition n’est pas drôle, mais alors pas du tout, vous pouvez me croire. La soirée s’étirait et je voyais bien le regard de Conti passer des uns aux autres sans cesse, intrigué. C’est quand il ne restai plus que Théa qu’il posa la question qui lui brûlait les lèvres.

– Mais comment est-il possible que tous ces clans se supportent ?

– L’effet Sophie ! Annonça en riant Théa, je l’avais dit, c’est inexplicable, mais c’est comme ça.

– C’est quoi le problème des clans ? Lançais-je.

– J’ai rarement autant de clans représentés au même endroit pour juste passer du bon temps. La dernière fois que j’avais vu une fée tolérer un sorcier remonte loin.

– Mona est présente chaque fois, elle adore nos soirées. Et j’aime beaucoup Mona

– Durant les guerres, les sorciers ont tué plus de fées que tout autre clan, une idiote rumeur qui fai­sait du sang de fées un puissant ingrédient pour les contres-sorts

Ok, stop on rembobine, il faut reconnaître qu’avec tout ce que j’avais à vous dire j’avais omis de vous parler de ce que pensent mes amis des représentations humaines de leurs espèces. Alors comment dire, je ne vais pas m’étaler sur ce que Théa pense de Paracelse pour elle, il avait de sérieux problèmes avec les femmes, probablement impuissant ou avec une ex dont il n’avait pas que de bons souvenirs et dont il s’était vengé, puisqu’il avait représenté son espèce en blonde fadasse passant le temps à se coif­fer et les fées en petites choses toutes fragiles, les sirènes belles mais avec une queue de poisson et enfin vous voyez ce que je veux dire. Je ne dirais pas non plus tous les adjectifs qu’elle utilisa pour décrire sa pensée, mais vous en avez une idée.

Pour les autres, les descriptions n’étaient pas non plus très juste, mais au moins un peu moins éloigné de la réalité. Quant aux loups, ils se fichaient de la repré­sentation qu’on pouvait faire d’eux, un loup reste un loup dans toutes les descriptions, des brutes épaisses soumis à la loi de la meute, pas totalement vrai, mais pas faux.

Revenons à ce qui m’intriguait à ce moment-là, il avait bien parlé de guerres ? Conti vu mon étonnement.

– Chère mademoiselle, je crois qu’il vous reste beaucoup à découvrir.

Puis se tournant vers Livius.

– Quant à toi mon ami, tu as bien plus à me raconter que tu ne me l’avais laissé croire, je suis mort de curiosité !

Que dire, j’étais ravie d’entendre quelqu’un d’autre que moi poser des questions et cerise sur le gâ­teau, Conti ne lâchera rien, j’en étais sûre. Je m’installais confortablement dans le canapé à côté de Théa et fixais papounet-vampire en attente de réponses, déjà prête à me délecter de la discussion à venir. Théa répondit avant Livius.

– On te l’a déjà dit, l’effet Sophie…

Mouais, Ok, ça ne voulait rien dire ça. Il se tourna vers elle.

– Développe !

– Je ne sais pas comment expliquer ni ce qui se passe réellement, mais juste que je n’ai pas envie de la tuer, que les loups ressentent le besoin de la protéger et que Mona l’a évité à son arrivée pour ne pas avoir à la charmer. Tu sais, les fées, elles nous protègent, mais Mona ne voulait pas que Sophie soit prise dans le charme, remarque même Andersen a refusé.

– Quoi ?

La question fusa au même instant de ma bouche et de celle des deux vampires.

– Oui, quand tu es arrivée, tu as logé à l’hôtel. Normalement, Mona aurait dû te charmer pour que tu ne restes pas ici. Tu voulais t’installer et c’est la procédure habituelle. Les nouveaux logent un temps à l’hôtel, Mona les charme et ceux qui sont humains ressentent le besoin de repartir et ne restent pas, mais le lendemain tu voulais toujours rester, donc Ada a pensé que tu devais être une sorcière, alors que non. Mona lui a avoué qu’elle n’avait pas pu se résoudre à te charmer, quelque chose l’en empêchait. L’effet Sophie !

Elle haussa les épaules comme si tout était dit.

– C’est pas normal, pas normal du tout, souffla papounet.

– Ça n’est jamais arrivé, compléta Conti.

– Et Andersen, demandais-je ?

– Oh lui, rien à voir, pouffa-t-elle, il a simplement dit qu’un peu de nouveauté était la bienvenue, mais je suis persuadée que c’était pour agacer les huit.

– Les huit ?

– Les chefs de clans, répondit Conti. Nous n’en avons pas parlé lors de nos dernières réunions !

Bon, donc ce type-là, était chef de clan, je notais. Je notais aussi qu’il y en avait sept autres.

– Normal, Mona n’avait pas envie de le dire et Andersen est son propre chef de clan, rigola Théa.

Conti grimaça et me fixa.

– J’aimerais vraiment savoir ce que vous êtes.

– Comment ça, ce que je suis ? Je suis une humaine tout ce qu’il y a de plus normal…

– Non, je ne pense pas que vous soyez si normal que ça, pas de sorcière dans votre lignée ? Des mages ? Ou d’autres non-humains ?

– Des curés et des nonnes, ça compte ? raillais-je.

Là, je dois dire que leurs têtes à tous les trois étaient fabuleuses.

– Famille catholique à fond, je l’ai déjà dit non ?

– Oui, souffla Livius, beaucoup de prêtres ?

– Pas mal, oui, et à chaque génération au moins une nonne. Ma tante Annette l’est et puis il y a un cousin de ma mère qui est moine, pourquoi ?

Ils grimacèrent les trois.

– On n’est pas vraiment copain, murmura Théa

J’éclatais de rire.

– Je ne suis pas croyante, tu te souviens, pour moi tout ça, ce sont des.

Je m’arrêtais net. Ok, j’allais dire des croyances imbéciles, mais si eux, vampires, ondines et tous les autres existaient alors se pouvait-il que ? Je secouais fermement la tête, non cette question-là, j’y avais répondu il y a des années, au grand dam de ma famille, d’ailleurs.

– Je ne suis pas croyante, reprenais-je. J’ai grandi entourée de la foi des membres de ma famille, mais petit à petit je me suis détachée de tout ça. Je trouvais étrange qu’un être que l’on dit par­fait, enfin bref, j’ai cessé de croire petit à petit et je m’en porte bien.

– Amusant, donc vous n’êtes pas une des nôtres. Reste que le comportement de vos amis est un peu étrange.

Je haussais les épaules.

– Pour moi, depuis mon arrivée tout est étrange, contente de voir que je ne suis pas la seule.

Il me bombarda de questions et râlait de mes non-réponses. Pour lui il y avait quelque chose chez moi qu’il se devait de découvrir. Je laissais faire en répondant au mieux. Théa et Livius se marraient en douce en l’écoutant s’énerver de ma si grande normalité. Humaine, j’étais, humaine, je restais. Au bout d’un moment, ne trouvant plus rien à me demander, il fixa Livius et dit :

– Je suis sûr que ton humaine cache quelque chose. Il n’y a rien qui puisse expliquer que tous la respectent et qu’elle soit si calme devant nous, regarde-la. Les humains sentent instinctivement que nous sommes des prédateurs et elle, elle fonce dans le tas sans problème.

– Elle n’a pas vraiment le sens de l’auto-préservation, fit Livius avec un clin d’œil dans ma direc­tion. Elle a plutôt tendance à se mettre dans la situation inverse.

– J’avais cru comprendre, venir dans la région, déjà, c’est risqué, mais dans cette ville et dans cette maison. Vouloir absolument y venir sans rien sentir même au bout de plusieurs mois, c’est évident que son radar à danger n’est pas des meilleurs.

– Quant à se baigner avec une ondine…

Les yeux de Livius se levèrent au plafond alors qu’il di­sait ça, ceux de Conti lui sortirent de la tête puis se fixèrent sur moi.

– C’est peut-être ça finalement, murmura Conti, sa confiance.

Il se frottait le menton et nous regardait tour à tour.

– Tu penses que c’est la confiance qu’elle a pour nous qui fait qu’elle ne risque rien ? Peut-être pour les autres, mais ça ne marche pas pour les miens. Nous jouons avec la confiance des humains, ça ne changerait rien.

Théa fron­çait les sourcils si fort en disant ça qu’on ne voyait presque plus ses yeux et avait l’air perdue dans ses souvenirs.

– Alors, je ne vois pas, conclus Conti.

Livius lui mit une énorme tape dans le dos en riant.

– Fais avec, comme nous ! Mesdemoiselles, il est temps d’aller dormir pour vous et de discuter pour nous.

Théa releva la tête surprise et marmonna un mais bien sûr vieux chnoque en le fixant d’un air mau­vais. Je me reteins de rire alors qu’elle se levait et filait en direction des chambres en lançant :

– Tout est une question d’état d’esprit vieux débris. Viens Sophie, laissons donc les vieux discuter ensemble, nous avons mieux à faire qu’écouter les souvenirs poussiéreux de ces deux vieillards décrépits.

Je la suivis en rigolant devant l’air outré de Conti. Oui, nous avions mieux à faire, j’avais un million de questions sur ce type à poser à Théa. Une fois enfermées dans ma chambre, je regardais Théa qui me fit un oui de la tête et commença à me raconter.

En résumé, Conti, vampire de son état, cadet de Livius, avait pris la tête du clan à la disparition de celui-ci. Il aimait le luxe, les femmes, bref, c’était un condensé de clichés à lui tout seul. Ils étaient amis de longue date, mais concurrant de presque aussi longtemps. Il avait été l’amant de Théa, une folie passagère, m’assura-t-elle, ce qui expliquait les gloussements de nouvel an. Il était l’un des der­niers vampires d’origine européenne, ce qui le plaçait d’office dans les plus vieux, jeune continent oblige, de Mésopotamie, il aimait à le préciser. Vieux, très vieux et fier de l’être. Mais, quel âge avait donc mon papounet-vampire ?

Conti était un tel ramassis de clichés qu’à force d’entendre les histoires que Théa avait sur lui, j’étais morte de rire. Il aurait pu sans souci prendre la place de Dracula dans un film. Je fis la remarque et fus prise d’une crise de fous-rires infernal quand Théa, levant un sourcil me souffla d’un air machiavélique :

– Et pourquoi penses-tu qu’il a choisi Conti comme nom de famille ? le Conti-Dracula…

J’en pleurais de rire et les mimiques de mon amie n’arrangeaient rien alors que je tentais de toutes mes forces de me calmer. Elle s’était drapée dans mon couvre-lit, avait sorti ses dents et battait de l’air comme une chauve-souris. Elle murmurait d’un ton lugubre.

– Ton sang, je veux ton sang, au moment où la porte s’ouvrit sur deux vampires incrédules et fâchés. Ou vexés ?

Ce fut trop pour moi, la crise de fou-rire me reprit, incontrôlable, j’en avais mal au ventre, aux joues, par­tout, mes larmes coulaient et j’étais pliée en deux. Impossible de me calmer, dès que je levais les yeux, je voyais les deux vieux tirer une tête de dix pieds de long et si je ne les regardais pas, je voyais l’air faussement navré de Théa.

Livius finit par secouer la tête et faire signe à Conti-Dracula de nous laisser. Théa vint alors me prendre dans ses bras en me frottant le dos puis une fois sûr qu’ils étaient repartis, elle me souffla :

– En plus, cette espèce a une haute opinion d’elle-même et pas le moindre humour. Tous de vieux cons.

Elle me fit un clin d’œil et me laissa seule pour reprendre mes esprits. C’est un bon moment plus tard que je me couchais, le sourire toujours aux lèvres. Je ne dormais tou­jours pas quand j’entendis ma porte s’ouvrit doucement. Livius était là et dans un murmure, me deman­dait si je dormais. Je fis non de la tête et il vint doucement s’asseoir sur le lit. Il me fixait avec un petit sourire et finit par me dire :

– Vous êtes deux pestes.

Je fis oui de la tête.

– Je ne sais pas ce qu’elle a pu te dire avant cette interprétation hasardeuse, mais je tenais à te prévenir que je n’ai pas pu refuser de reprendre la tête de mon clan. La hiérarchie chez les vam­pires est assez strict. Cependant, ça ne changera pas grand-chose, Conti va continuer de s’occu­per des affaires courantes et sa maison restera notre lieu de réunion, tu ne seras pas envahie. Propose à Théa et Adeline de s’installer ici, pour quelque temps du moins, je me sentirais plus tranquille ! La nouvelle de mon retour risque de provoquer des remous et te savoir seule la nuit, n’est pas pour me plaire.

– Théa vit déjà à moitié ici et Ada a du boulot. Fis-je en haussant les épaules.

– Oui, mais faire savoir que les loups ont un pied-à-terre ici, ainsi que la présence de ta Théa évi­teront bien des soucis. La réputation de Théa fait déjà bien son travail, mais le nombres de loups est un excellent argument pour calmer les plus téméraires. Se faire chasser par une personne ou plusieurs centaines change la donne.

Là, j’étais inquiète.

– Je risque quelques choses ?

Il prit ma joue dans sa main et du pouce me caressa la tempe.

– Si fragile, murmura-t-il, et pourtant…

Ouais, bon, il me passait de la pommade pour me faire avaler son histoire de clan. Solide moi ? À d’autres, je soupirais.

– C’est la merde à ce point-là ?

– Pas vraiment, c’est juste que je ne fais pas confiance à certains membres de mon clan, j’ai ap­pris à me méfier et mon retour n’arrange pas tout le monde. Je préfère être prudent.

– Je demanderai à Ada, je ne vois pas pourquoi elle dirait non.

Le silence se fit, il promenait toujours son pouce sur ma tempe, mais son regard était figé sur le hibou qui pendait autour de mon cou. Il finit par le prendre dans ses doigts et joua avec un moment.

– Si tu ne me l’avais pas offert, personne ne saurait que tu es revenu, soufflais-je

Il eut un sourire triste.

– Si je ne te l’avais pas offert, j’aurais déjà dû tuer la moitié des vampires de la ville.

J’ouvris les yeux comme des soucoupes.

– Hein ?

Il se pencha vers moi, posa un bref instant ses lèvres sur mon cou puis se relevant il dit :

– Les vampires aiment le sang neuf, tu es nouvelle et ton sang a une odeur particulièrement agréable, comme une étiquette qui dit “produit fermier, bio, élevage de qualité”. Les jeunes vam­pires arrivent à peine à résister à ce genre de publicité. A vrai dire, même moi parfois.

Il eut un petit rire et disparut.

Ben voyons, me voilà reléguée à poulet fermier, sympa, merci ! Sauf que l’idée d’être tentante ne me convenait pas, mais alors pas du tout, impossible de dormir après une telle révélation, en soupi­rant, je me glissais vers la chambre de Théa, frappais un petit coup et entrouvris la porte.

– Théa, je peux dormir avec toi ?

– Qu’est-ce qui t’arrive ?

Je lui expliquais en deux mots, elle se bidonna en me lançant :

– Pas trop tôt, tu ne te rends pas compte le nombre de fois où on est intervenu avec Ada.

Elle tapota son lit pour m’y inviter. Je m’y glissais en lui disant merci, merci pour m’avoir protégée, merci de me laisser être l’an­douille que je suis et merci pour m’avoir fait un peu de place dans son lit.

– Allez ne te prends pas la tête, avec nous, tu ne risques rien et puis un vampire, c’est facile à éliminer et l’avantage, c’est qu’il n’y a pas de cadavre à dissimuler.

– Tu en as déjà tué à cause de moi ?

Là, je me sentais mal.

– J’aurais bien aimé, mais Ada a préféré leur faire comprendre ce qu’ils risquaient en te tournant autour. Il paraît que prévenir c’est courant, mais je trouve que ça prend trop de temps. En tuer quelques-uns pour l’exemple, c’est plus ma manière de faire, tu vois. Après quelques morts, plus besoin de signaler qu’il est dangereux de t’approcher.

C’était plus clair, mais pas vraiment à mon goût.

– Et puis continua-t-elle, après David, ils ont été nettement moins nombreux à te penser fragile et sans défense.

– Franchement, plus j’en apprends, plus je me sens fragile et sans défense. Vous avez dû me prendre pour une sacrée idiote. J’ai rien vu, rien compris. Et, sans toi et Ada…

Je frissonnais à l’idée de tout ce qui aurait pu m’arriver. Elle rigolait franchement à côté de moi, un rire clair et contagieux. Je me mis à rire aussi, un peu de ma stupidité, un peu de soulagement, beaucoup de reconnaissance envers mes amies.

– Tu n’as jamais été sans défense, Ada y a veillé. Elle ne te l’a jamais dit ? S’étonna-t-elle en voyant ma tête. Pourquoi penses-tu qu’elle t’ait présenté à Suzanne ? C’est la femme de son chef de clan, si elle t’aimait bien, Ada était convaincue qu’elle obligerait son mari à te protéger. Tu es sous la protection des loups presque de­puis ton arrivée. Il en rôde toutes les nuits autour de ta maison.

Où comment se sentir encore plus conne !

– Tu as quoi d’autre à m’avouer ?

– Je n’avoue rien, j’explique ! Donc Suzanne ayant apprécié ta nature, continua-t-elle en se fi­chant clairement de moi, les loups t’ont protégé de loin et Livius a rencontré Judicaël pour lui signaler que tu étais aussi sous sa protection. Judicaël n’a rien dit à Ada, mais il lui a interdit de tourner toutes les nuits autour de la maison. Tu la connais, elle aurait préféré ne plus travailler que de te laisser seule.

– Livius est passé voir Judicaël ?

– Oui, quelques jours après les travaux du toit. Je pense qu’il devait se dire que son odeur avait été repérée et qu’on se douterait qu’il y avait vampire sous roche. C’est à cause de cette protection que je ne te connaissais pas, grinça-t-elle d’un coup, énervée. On a tous pensé que tu étais la compagne humaine d’un loup, venue ici pour se cacher. La plupart des clans n’aiment pas la mixité alors personne n’a vraiment cherché à te connaître. Heureuse­ment que tu es passée à la boutique, on aurait loupé plein de choses.

– Tu m’as arnaquée alors que tu savais que j’habitais ici ?

– Pour moi, tu étais avec les loups. Elle haussa les épaules. Et, ils ne m’aiment pas trop.

– J’avais remarqué, dis-je en riant. La tête de Suzanne quand elle t’a vu, se passait de mots.

– Finalement je t’ai trouvée sympa et en me renseignant, j’ai appris que tu n’appartenais pas aux loups. J’ai été curieuse de comprendre pourquoi ils te protégeaient alors je suis venue te livrer. La suite, tu la connais.

Oui, la suite, je la connaissais, une improbable amitié avec une tueuse, un peu psychopathe et la protection absolue de sa part pour le reste de ma vie.

– C’est pas un peu vieux jeu, cette histoire d’appartenance ?

– Oui, mais quand on sait l’âge de certains d’entre nous, on comprend que l’évolution a eu de la peine à à passer par eux. Les anciennes traditions sont bien implantées. Ils restent bien ancrés dans leurs habitudes.

Ses yeux pétillaient de rires et en repensant aux deux vampires du coin, le fou-rire me reprit.

– Avec ces deux là, on a dû s’arrêter à l’âge des cavernes !

Et, l’un des deux n’avait-il pas sous-entendu qu’il avait parfois envie de me mordre, à vrai dire, lui aussi ? Mon rire cessa net et je chassais ce souvenir de ma tête, Théa ne le laisserait pas faire, j’en étais persuadée.

L’avantage de dormir auprès d’une tueuse qui vous protégera quoi qu’il arrive et contre tout, était que les cauchemars restaient à distance. Je mis un moment à me souvenir d’où j’étais et de pourquoi puis l’odeur de café frais me tira hors de la chambre de Théa.

Ada était à la cuisine, tentant d’expliquer comment faire de vraies crêpes à une Théa pas convaincue. Le spectacle était incroyable, si on prenait en compte la montagne de valises échouées près de la porte, montagne qui semblait dire, je m’installe pour des semaines et pas moins.

– C’est quoi tout ça ?

– Mes affaires pour quelques jours, on m’a prévenue que tu aurais besoin de ma présence pour un moment.

– Tu comptes vivre ici six mois ? Et, qui t’as prévenue ?

– Livius et non pas six mois, c’est juste de quoi tenir une semaine ou deux.

– Les loups abîment beaucoup leur vêtements, tu verras pourquoi un jour. Livius craignait que tu ne demandes pas à Ada de venir.

Voilà que pouvais-je répondre, merci de me traiter en gamine stupide et incapable, ce que j’étais à leurs yeux me semblait-il et je dois l’avouer un peu aux miens depuis quelques jours.

– Il est prêt le café ? Fut tout ce que je demandais.

Chapitre 15

La vie suivit son cours. La seule exception, pour laquelle je m’étais battue, a ma surveillance rapprochée, était de pouvoir prendre ma voiture toute seule. Il y avait une raison à ça, Ada avait toujours des déplacements et Théa était un vrai danger au volant. Non, je n’exagère pas ! Elle roulait comme elle vivait, à toute vitesse.

Les semaines passèrent sans que rien, du moins rien de mon point de vue, ne se passe. Nos soirées marathon de série passèrent de Fringe à Code Quantum, prêté par un ami de Francis, puis de Z Na­tion à Sanctuary.

Théa craquait invariablement pour le gentil de l’histoire, Ada pour le musclé et moi pour le torturé. Nos différences de goût nous entraînaient dans de longues discussions philoso­phiques, le tien est moche, le mien est mieux, très profonde comme réflexion, de vraies gamines. Puis vinrent les Sherlock ! Si Ada ne jurait que par l’interprétation de Robert Downey Jr., mon cœur craquait pour Benedict Cumberbatch et Théa, enfin le côté ultra féministe de Théa, avait trouvé en Jonny Lee Miller un Sherlock passable, mais en Lucy Liu, une Watson incroyable. Notre amitié faillit ne pas s’en remettre alors qu’avec Ada nous avions osé dire qu’un Watson devait avoir une moustache. Remarque à peine faite que la guerre éclata dans mon salon !

Les coussins volaient bas et les cris de sioux de Théa nous perçaient les tympans pendant qu’Ada et moi sautions de tous les côtés pour éviter les coussins. Trois furies en training se cour­sant en riant à travers la moitié de la maison furent stoppées net par l’intrusion d’un inconnu.

Il nous fixait d’un air ébahi, debout à l’entrée de la cuisine. En deux secondes, ma belle brune dispa­rut remplacée par un loup brun qui dépassait ma taille, les babines retroussées et le grognement qu’elle émettait vibraient jusque dans mon ventre. Quant à Théa, elle flottait à plusieurs centimètres du sol comme si un vent ne soufflait que pour elle et ses yeux émettaient une lueur de danger. Elle chantonnait, c’était un son bas et franchement désagréable. Je restais un long moment bloquée à les regarder. Je ne les avais jamais vues ainsi et la puissance qui émanait d’elles était palpable et me coupait presque le souffle. Elles étaient incroyables et je voyais en cet instant ce que je n’avais fait qu’entre apercevoir dans leurs paroles. Elles étaient dangereuses. Elles étaient puissantes et même si je n’avais pas vraiment de point de comparaison et que je ne me fiais qu’à ce que j’avais entendu, je les voyais presque invincibles et totalement flippantes.

L’intrus, un jeune homme blond, recula en mettant les mains devant lui et bredouilla qu’il venait voir son tribun.

– Votre quoi ?

Il ne m’entendit pas entre les grognements et cette horrible et flippante chanson.

– Ça suffit les filles, dit Livius d’une voix sèche.

Ada plantée devant moi, continuait à fixer l’inconnu toujours sous sa forme de loup. Théa remit pied à terre et me dit d’une voix plus grave que d’ordinaire :

– Tribun est le titre des chefs vampires, des vieux vampires.

– Merci.

Livius vient vers moi, passant à côté de la louve en lui disant de se calmer. Il me prit dans ses bras, posa un léger baiser sur mes lèvres et en se reculant dit :

– Je reviens vite ma chère, je vous laisse sous bonne garde. Et, se tournant vers l’homme qui était de plus en plus ébahi. Je vous avais dit de m’attendre dehors. Vous avez de la chance qu’elles soient de bonne humeur. La prochaine fois, elles n’attendront pas pour attaquer.

Ils nous plantèrent là. Je regardais Théa qui se gondolait en face de moi alors qu’Ada redevenait une belle brune à poil sans poils. Elle aussi trouvait la situation marrante, moi moins.

– Il s’est passé quoi là ?

– De la stratégie, gloussa Théa. Un coup de maître.

Bon, Ok, d’accord, on se foutait de moi et je ne comprenais rien au jeu de stratégie qui venait de me tomber dessus.

– Explique !

– Tu n’as vraiment pas compris ? En t’embrassant, il te désigne comme sa compagne à l’autre abruti qui va faire sa commère comme tout bon vampire et le dire à tout le monde. En l’ayant fait venir ici, il a fait en sorte que son pion nous voie en position d’attaque pour te défendre, et ainsi faire comprendre à tout le monde que tu n’es pas seule lorsqu’il est absent et qu’il faudrait être dingue pour s’attaquer à toi puisque tes gardes du corps sont assez connues pour être dissuasives. Il faudrait être fou pour s’attaquer à moi. Au fait Ada, je ne savais pas que tu étais une louve rouge, je pensais que ton espèce avait disparu.

– Il ne reste que mon oncle et moi, fit-elle les lèvres pincées.

– Au moins c’est encore plus dissuasif que les gris ou les noirs, s’il avait pu, il aurait fait dans son pantalon le pauvre pion.

Bon, petit récapitulatif m’a fait ma petite voix, papounet-vampire, inquiet de la nouvelle situation avait fait déménager Ada et Théa pour que tu ne sois jamais seule, De plus, il fait en sorte que son clan te prenne pour quelqu’un d’important à ses yeux et avec une protection rapprochée, Je voulais bien comprendre. Il avait paré à toutes les éventualités. Je n’aimais ni l’idée ni la façon. Le seul point agréable était la présence des deux cinglées. Au fait, elle avait dit quoi sur Ada ? Une louve rouge ?

– Ada, je sais que tu n’aimes pas trop qu’on se mêle de tes affaires, mais, une louve rouge est si différente des autres ?

Son regard se voila, elle soupira et alors que j’étais certaine qu’elle ne me répondrait pas, elle dit :

– Il existe quatre races de loup, les noirs sont les plus courants ici, ils sont originaires de ce conti­nent. Les gris sont les plus nombreux, Asie, Russie, Europe, leurs territoires sont très variés. Les blancs restent concentrés dans les pays nordiques. Les roux ou rouges sont eux originaire d’Afrique du Nord, mais ont été assimilé au gris. Il n’existe plus de lignée pure. Mon oncle et moi sommes déjà des métisses, mais nous avons gardé les caractéristiques des roux, les autres les ont perdus. Lors de la der­nière guerre, nos clans ont refusé de prendre part au conflit. Nous avons été massacrés en représailles.

Et, elle se tut.

– Elle date de quand cette dernière guerre ?

– De quand date la dernière des humains ?

Surprise, je répondis :

– Il y en a toujours une en cours.

Elle ferma les yeux, se frotta la nuque. J’attendais sans rien dire, mais elle ne semblait pas décidée à me répondre.

– Les loups aiment la guerre, enfin la grande majorité. Il y a sûrement des loups dans vos conflits en cours et certains ont dû les favoriser. Notre dernière guerre de clan date de votre der­nière guerre mondiale. Des accords ont été signés peu après, trop de perte, vos armes ont évolué plus vite que nous. Elles ont fait suffisamment de mort pour que nos clans décident de ne plus prendre parti dans les conflits humains.

Théa avait répondu d’un ton monocorde en regardant par terre. Ada regardait au-dehors et moi, je me sentais mal à l’aise, s’ensuivit une longue, longue discussion sur les faits de guerre, les clans, les amis perdus et les raisons d’une telle boucherie. Je n’écoutais pas, je les regardais tour à tour et je m’étonnais de les voir parler sans passion d’événements aussi terribles. En fait, pas sans passion, mais avec du recul et un respect tangible. C’est lorsque Ada dit qu’avoir été bannie était moins terrible que ce à quoi elle s’attendait, que je tiquais.

– Bannie ?

Le mot sorti comme un cri. Elles me regardèrent, soupirèrent et dire en chœur

– Oui, tu pensais qu’on était là pourquoi ?

Parce que le coin était sympa, la ville jolie, le calme de la nature apaisant, il y avait, de mon point de vue, une dizaine de bonnes raisons. Elles ont dû voir que je ne percutais pas, normal. Théa se mit à rire.

– Tu crois que tu es où ?

Dans le trou du cul du monde, faillis-je répondre, mais à leurs têtes, il y avait encore quelque chose que j’avais loupé. Je soupirais.

– Je n’en sais rien à première vue.

– La ville des bannis, joli petit coin dans les montagnes placé sous la surveillance de José, géant de son état, où ont été casé les indésirables de chaque clan.

– Les indésirables ?

– Les meilleurs soldats si tu préfères. Ceux que les autres clans ne voulaient pas voir circuler libre­ment, ceux dont on préférait ne pas se souvenir, ceux qui dans l’histoire ont tout perdu parce qu’ils ont fait ce qu’on attendait d’eux. Ceux qui furent sacrifiés dans les jeux politiques pour, soi-disant, promettre la paix. On s’est débarrassé de nous. On nous a écarté du reste du monde. On nous a volé nos vies. On nous a parqué dans cette région, zou, fini plus de problème.

La colère contenue dans ses paroles me fit l’effet d’un coup à l’estomac. Je les fixais, incrédule. Oh, je savais bien qu’elles n’étaient pas de gentilles petites dames, je l’avais bien compris, mais je n’avais jamais pensé aux raisons de leur présence ici. Avant même que je puisse en demander plus, Ada changea complètement de discussion.

– Je maintiens toujours que Robert Downey Jr. est le meilleur Sherlock Holmes !

– Peut-être, mais au moins Lucy Liu est badasse en Watson, faut prendre en compte les caractères secondaire et pas que le grand détective !

J’intervenais pour calmer la longue discussion qui pointait son nez.

– Je suis d’accord que mettre plus de femme dans l’histoire est sympa, mais si on se tient aux livres alors Elementary s’en éloigne beaucoup.

– Faut les mettre aux goûts du jour, c’est tout, s’obstina Théa.

– Alors dans ce cas-là, l’adaptation avec Benedict Cumberbatch est la meilleure. D’ailleurs la sé­rie garde le nom de Sherlock Holmes.

– Et les femmes dedans sont des cruches aussi ?

La féministe de la première heure en Théa fulminait. Une seule solution s’imposait.

– Ada file enfiler quelque chose, on va avoir une longue nuit devant nous.

Elles me regardèrent intriguer. Je filais à ma bibliothèque et en sorti un DVD de la première saison d’Elementary, un du Sherlock de la BBC et un avec Robert Downey Jr et leur montra.

– Reste plus qu’à tout regarder pour savoir si les femmes sont cruches et les Sherlock et Watson trop machos. Qui me suit ?

Elles ont filé comme le vent, Ada en direction de sa chambre enfiler une tenue décente, Théa en di­rection de la cuisine en hurlant qu’elle s’occupait du pop-corn, pendant que je remettais les coussins du canapé en place. Parce que oui, il est beaucoup plus important de décider quelle version est la meilleure que de parler du passé trouble de mes amies, pas vrai ?

Au retour de Livius nous dormions toutes trois affalées sur le canapé, gavée de pop-corn et toujours pas d’accord sur le meilleur Sherlock. Je ne le vis pas rentrer, je ne le vis pas secouer la tête en sou­riant, pas plus que je ne vis la personne qui le suivait et qui disparut dans la cave avec lui. Non, je ne vis rien, mais Ada, oui. Elle nous secoua doucement puis le doigt posé sur ses lèvres, elle nous fit signe de la suivre à l’étage. Là, sans un mot elle prit un papier et nota ce et qui elle avait vu. Théa blêmit puis rougit de rage et avant que nous ne comprenions ses intentions, elle fila à la cave. Elle en claqua la porte si fort que le bruit résonna. Ada me prit par le bras pour m’empêcher de la suivre. Elle me poussa doucement sur le lit, s’y assit et me dit

– C’est une histoire à régler entre elles, il n’aurait pas dû amener Katherina ici alors que Théa était présente. Du moins pas sans la prévenir d’abord. Ne nous en mêlons pas, ça risque de faire des étincelles. Il faut espérer qu’il avait de bonnes raisons de la faire venir.

– Qui est Katherina ?

– Une Baba Yaga, une sorcière russe, précisa-t-elle devant mon regard vide. Elle vit encore plus loin de la ville que mon oncle. Ce sont des solitaires. Elle est arrivée avec le clan de Judicaël. Elle n’est pas méchante, mais Théa et elle, se sont battues pour la possession d’une source et Katherina n’a pas vraiment été correct. Une vieille histoire, ne t’inquiète pas même si Théa est un peu rancu­nière, ça devrait aller.

Mais au bout de trente minutes, j’étais convaincue que ça n’irait pas. Les bruits qui nous prove­naient du sous-sol, donnaient l’impression que la maison allait s’écrouler. Je tenais encore cinq mi­nutes et contre l’avis d’Ada, je filais en direction de la cave. Ma sadique petite voix me murmurait, cool comme ça tu vas pouvoir, enfin, refaire cette fichue cave, mais mon amitié pour Théa me disait de foncer m’assurer qu’elle allait bien.

Livius se tenait sur le canapé, calme, tranquille, l’air pas inquiet du tout. Ada me suivait de près et finit par me stopper avant que je ne puisse descendre.

– Laisse-les faire, me dit-elle, ne t’en mêle pas, viens, on va attendre avec lui !

Elle me tenait fermement et me fit tomber dans le canapé. Je fulminais. Mais pourquoi aucun d’eux ne réagissait aux hurlements et autres bruits sourds qu’on entendait. Je tentais de me relever, Livius me bloqua.

– Laisse-les s’expliquer, elles font toujours pareil. Elles vont se calmer. J’aurais dû le prévoir, mais je ne pensais pas vous trouver encore au salon.

– Si tu m’avais prévenue, j’aurais fait en sorte que nous n’y soyons plus avant que tu ne rentres, c’était jouer avec le feu de les mettre sous le même toit.

Il soupira en grimaçant.

– Je pensais que depuis le temps…

– Es-tu certain de bien connaître Théa ?

Ils éclatèrent de rire. Tout était normal. Tout allait bien. Rien de grave ne pourrait arriver. Je remontais mes genoux contre mon torse et y enfuis ma tête. Ils allaient tous me rendre dingue. Ada me passa la main dans le dos pour me réconforter. Elle me souffla.

– Théa n’est pas une petite chose fragile et Katherina n’est pas assez idiote pour la provoquer plus que nécessaire. Elles vont finir par se calmer. Ne t’inquiète pas.

En effet, les cris se firent moins perçants. Les murs cessèrent de trembler puis ce fut le silence.

Théa sortit de la cave, le menton relevé et les yeux encore étincelants. Elle était fière. Une femme qui semblait terriblement âgée complètement détrempée et encore plus contrariée, la suivait.

– Tu vois, me dit Ada, elles en ont fini.

Oui, j’avais remarqué le niveau sonore était revenu à la normale sauf que Théa ressemblait à un chat qui vient d’avaler un bol de crème et que l’autre ressemblait à la crémière qui se l’était fait piquer et le soupir qui émanait du seul mâle de la pièce m’intriguait. Je me tournais vers lui, mais il ne me regardait pas, il avait les yeux fermés et la bouche pincée, l’air vraiment contrarié. Théa se jeta sur le canapé entre lui et moi, le poussant sans ménagement.

– Alors j’attends, dit-elle.

Je me tournais vers elle en fronçant les sourcils.

– Tu attends quoi ?

– Que le vieux chnoque ici présent s’excuse et que l’autre là, se comporte en être civilisé enfin au­tant que possible, il ne faut pas rêver.

– Je n’ai pas à m’excuser d’inviter qui je veux chez moi.

– C’est pas chez toi ! C’est chez Sophie et elle tolère de te laisser le sous-sol. Mais franchement, si elle décide de te virer, je serais ravie de l’aider. Sait-on jamais, tu pourrais avoir un souci durant la journée, les accidents, ça arrive.

Elle l’avait coupé net et fait sa tirade d’une voix forte. Ok, bon, voilà qui m’étonnait, je pensais que ces deux-là s’aimaient bien. Je me tournais pour regarder la cause de tout ce bordel qui ne regardait personne, mais fixait le mur comme si sa vie en dépendait. Je me tournais vers Théa et Livius, lui les lèvres pincées, la fixait droit dans les yeux et elle me tournait le dos pour le regarder bien en face. Je me tournais vers Ada qui me fit un clin d’œil en haussant les épaules. Le silence s’éternisait et je faillis mourir d’une crise cardiaque quand la voix de la vieille femme s’éleva.

– Bonsoir mademoiselle, fit-elle, je suis Katherina, monsieur Conti m’a demandé de venir parler avec votre a…, votre, avec Livius. Je crains que Conti ait omis de préciser plusieurs choses comme la présence de. Elle tendit la main en direction de Théa. Il semble qu’il n’avait pas trouvé important de prévenir Livius non plus.

Elle était toujours raide comme un piquet, ne me regardait pas un instant et fixait tellement le mur que j’étais tentée de me retourner pour voir s’il était taché ou je ne sais quoi.

– Elle est venue à la demande de Conti pour s’assurer que nous n’étions pas sous la coupe d’une sorcière assez puissante pour cacher sa nature, soupira le vampire à côté de moi.

– Quoi ?

Fut tout ce que je pus dire. Moi ? Une sorcière ? Je devais avoir l’air complètement abruti, car il ri­cana.

– Conti est du genre prudent et voir réunis au même endroit plusieurs clans lui a semblé tellement anormal qu’il a cherché toutes les explications possibles.

Je me tournais vers Katherina qui fixait toujours obstinément le mur. Je tentais d’attirer son atten­tion pour entendre sa version, mais elle m’ignorait.

– Elle a peur que tu la charmes si elle te regarde, grinça Théa, ça se dit puissant, mais c’est mort de peur devant la première humaine qui ne rentre pas dans le cadre. Elle a cherché partout des pentacles ou des marques de magie et comme elle n’a rien trouvé, elle s’est convaincue que tu agissais par l’esprit.

Je regardais Théa les yeux ronds et la bouche grande ouverte sur un oh qui ne voulait pas sortir.

Elle me rendit mon regard en haussant sourcils et épaules avec un sourire narquois. Je retrouvais ma voix.

– C’était ça votre dispute ?

– En partie, nous avions un vieux litige à régler d’abord puis, franchement, je n’allais pas la lou­per. Si Conti croit être le premier à s’être posé des questions sur toi, il se trompe. Je pense que la moitié des habitants ont fait des recherches pour comprendre. Tu penses que James t’a engagé sans contrôler ?

Non, je pensais qu’il avait juste besoin d’une vendeuse et que je faisais l’affaire à défaut de mieux. Je tombais de haut.

Vous dire mes sentiments à cet instant serait totalement impossible. J’oscillais entre fureur, décep­tion, honte et peur. Je me sentais mal en résumé et un peu conne, beaucoup conne. Et, vous savez quoi ? Un petit coup s’imposait. Je me levais, me dirigeais vers le bar, prenais une bouteille et, grosse amélioration, un verre. Je filais vers la cuisine pour ne plus voir les quatre personnes qui étaient chez moi. Je posais le verre et la bouteille sur la table, me rendis dans la réserve en sortis de la glace vanille et je me préparais un petit frappé Bayles-vanille. Ben quoi ? Pas de honte à se remonter le moral d’une manière ou d’une autre.

Mon verre en main, une paille dedans, je retournais au salon où personne n’avait bougé ni parlé. Je me posais entre mes amies, balançais mes pieds sur la table basse et allumais la télévision tout en si­rotant mon frappé.

TOUT EST NORMAL !

Je tombais après un zapping féroce sur le retour des tomates tueuses, parfait ! Je m’employais à ignorer totalement les autres personnes présentes dans la pièce. Non, je ne boudais pas. Non, je ne dé­lirais pas. J’en avais juste marre.

Il fallait être clair, il y avait quatre statues dans mon salon dont trois qui me fixaient d’un air ahuri, bon l’autre regardait toujours le mur, rien à y redire. Moi, je regardais mon film et je les ignorais. Je sentais bien qu’ils réfléchissaient à mon comportement et n’y comprenaient rien. M’en fiche, à eux de nager un peu.

C’est Ada qui rompit le silence.

– C’est qui l’acteur ? Sa tête me dit quelque chose.

– George Clooney.

– Il est vachement jeune là, siffla Théa.

Le silence revient, je restais concentrée sur le film.

– Et c’est tout ? Vous ne réagissez pas plus ?

C’était une voix grave qui venait de s’élever dans le salon, je sursautais et me tournais vers la vieille femme qui avait arrêté d’admirer le mur pour poser les yeux sur moi. Je la regardais distraitement sans m’attarder puis sans rien dire, je retournais mon attention sur le film.

Ils étaient quatre à me fixer, je sentais leurs regards sur moi. Non, je ne dirais rien, je ne bougerai pas, je ne réagirai à rien. J’en avais marre. C’était tout simple, je voulais qu’on me fiche la paix. Pas envie d’être un pion dans le jeu politique de l’un ou un objet à surveiller pour d’autres, pas plus envie d’être une petite chose à protéger pour mes amies. J’étais en train de me poser, réellement, la ques­tion d’un retour en Europe, un retour à la normale et l’envie en ce moment était très forte. Je fixais l’écran en mâchouillant ma paille. Pour dire vrai, je cogitais comme une malade sur les événements et les révélations de ces derniers mois, me demandant combien il y en aura encore. Je pris une dé­cision, enfin, ma petite voix m’en a soufflé une. Le livre d’Andersen, et si je le lisais enfin, lui qui dor­mait sur ma table de nuit. Je me levais, posais mon verre à la cuisine et sans regarder personne, je fi­lais dans ma chambre saisir l’objet et quelques affaires de rechange. J’avais besoin d’un autre environnement et je trouvais la petite chambre à l’hôtel de plus en plus intéressante. Je redescendais presque en courant les escaliers et je chopais mon sac et mes clefs de voiture avant de lancer aux quatre ahuris dans mon salon.

– Amusez-vous bien, j’ai besoin de calme !

Et je les plantais là.

Chapitre 16

Je n’arrivais pas à l’hôtel. À peine sorti, je tombais sur une voiture qui venait de s’arrêter. Le conducteur ne m’était pas inconnu, monsieur Andersen me fixait intensément puis sembla comprendre la situation et ouvrit la portière côté passager.

– Monte ! J’ai l’impression que tu as besoin de calme et de réflexion et j’ai une chambre d’ami qui devrait faire l’affaire pour un moment de solitude. Si ça te dit. Je pensais arriver à temps pour éviter à Théa et Katherina de s’entre-tuer, mais la maison est toujours debout et je n’entends pas de cris, donc ça doit aller.

Je ne pris même pas la peine de réfléchir et je m’installais dans la voiture. Une fois arrivés chez lui, il m’amena dans une petite chambre mansardée au dernier étage de sa maison, au-dessus de la li­brairie et me demanda si j’avais besoin de quelque chose. Je lui fis non de la tête tout en regardant cette chambre dépouillée, un lit, une table, une chaise et rien, enfin si, une petite salle d’eau sur le côté. Il me fit un petit sourire, hocha de la tête et il me laissa seule.

Je restais là comme une conne puis m’allongeais sur le lit pour réfléchir, mais je m’endormis. Lorsque je me réveillais, le soleil était déjà haut dans le ciel, ne sachant pas trop quoi faire, je restais assise les yeux dans le vague et si un coup n’avait pas retentit contre la porte, je pense que je serais restée là, à regarder le vide pour le restant de ma vie.

Monsieur Andersen se tenait devant la porte un plateau dans les mains. Il me fit un petit sourire et dit :

– Tu peux rester ici le temps nécessaire, je pense que personne n’a besoin de savoir où tu es.

Je l’interrompai.

– Je n’ai pas besoin d’un protecteur de plus, là j’en ai mon compte.

Il partit d’un éclat de rire franc et joyeux.

– Non, non, tu m’as mal compris. Je ne vais pas me transformer en protecteur ou te garder enfermée. Dis-toi que je comprends mieux que tu ne le penses ta position. Ils sont par­fois invivables avec leurs manières et ils oublient trop vite que leurs connaissances et leur âge, ne sont pas les nôtres.

– Pourtant, monsieur Andersen, vous n’êtes pas humain alors…

– Alors, je suis un mage et mon espérance de vie, bien que plus longue que celle d’un humain ne dépassera pas les deux cents ans, pas des millénaires comme Théa ou Livius, me sourit-il. Rien à voir !

Il me tendit le plateau rempli de mon petit déjeuner.

– Je sais que c’est beaucoup à avaler entre les mensonges, les non-dits et les oublis de tes amis. C’est dans leur nature et je trouve que tu prends les choses plutôt bien, tu restes étonnement calme. Un trait de caractère qui n’arrête pas de m’étonner. Profite de rester tranquille et de lire un peu ! Laisse-les s’inquiéter et se prendre la tête, c’est leur tour. Je pense que ça leur fera du bien d’être incapable de tout surveiller. Ils ont un peu trop pris l’habitude de te couver, ici ils ne te trouveront pas. Et, je m’appelle James.

Il me planta là sans un autre commentaire. Interloquée, je posais le plateau sur la petite table et me servit un café-jus de chaussette infecte, tout en repensant à ce qu’il venait de me dire en ne sachant pas trop quoi en faire. Je regardais un instant les œufs brouillés qui ne me disais rien et me recouchait pour me rendormir presque aussitôt.

Il me réveilla en rentrant, étonné de me trouver encore endormie. Je ne sais pas pourquoi, mais son air inquiet et attentif, l’expression de compréhension que je lisais dans ses yeux provoqua chez moi une réaction inattendue. Je me jetais dans ses bras et pleurais toutes les larmes de mon corps, il ne dit rien se contentant de me frotter le dos, tient ça devient une habitude pour les gens du coin. Après un temps infini, je me calmais, reniflais et levais les yeux vers l’individu qui ressemblait, de mon point de vue, le plus à un humain et lui soufflais.

– J’en ai marre de tout ça. Je veux rentrer chez moi.

– Allez, calme-toi, tu tiens bien le choc, mieux que tous ceux qui sont passés là avant toi. Tu prends les choses comme elles viennent sans tenter de caser cela dans une logique qui n’a rien à y faire et tu restes toi-même. C’est surprenant, mais c’est une bonne manière de faire. Cependant, je reconnais que tu as besoin d’une pause loin de tout ça et de calme pour réfléchir.

Il me fit me lever et du doigt m’indiqua le livre qui traînait sur le sol

– Tu devrais vraiment le lire. La maison est à toi, je dois m’absenter quelques jours. Prends le temps nécessaire ! Ma maison est protégée, la magie te cachera aux yeux de tous. Ils en ont besoin, perdre le contrôle n’est pas ce que tes amis apprécient le plus, fit-il en m’offrant en sourire démoniaque. Ils vont devenir fous et ce sera plus facile pour toi de prendre du recul sans être tout le temps en leur compagnie. Réfléchis, calme-toi, prends tout le temps dont tu as besoin ! Tu es ici chez toi.

Je devais avoir l’air d’une grosse andouille, les yeux et le nez rouges, les joues encore trempées de larmes et le regard vide. Cool, je me sentais vraiment bien. Si, si vraiment.

J’attrapais le livre et me jetais sur le lit. Je le regardais comme si c’était un crapaud visqueux ou un truc qui allait me sauter à la figure, à peine ouvert. Je le retournais dans tous les sens sans réussir à me décider.

En soupirant, je regardais les petits marques pages qui en dépassaient, portant le nom de toutes les personnes que je connaissais en ville. Toutes ! Elles y étaient toutes. Pas un humain n’était dans mes connaissances. Je tripotais le livre toujours hésitante et finit par l’ouvrir au marque-page qui portait le nom de Théa. Je pris une grande inspiration, soufflais fort et me mit à lire.

Ce que je trouvais le plus étonnant, n’était pas les détails sur les ondines qui finalement ne représentaient que deux chapitres et je savais par Théa que son clan était un des seuls vraiment dangereux. Mais ces pages donnaient les détails de la vie de Théa et que de la vie de Théa. Certes, pas tous les détails si son nom complet, La Théadora était bien écrit en majuscule, je ne trouvais pas son âge, ni les lieux de son enfance. Son histoire semblait ne commencer qu’avec la submersion de l’île de Santorin en moins mille-six-cent quelque chose, ce qui, si je calculais bien, lui donnait presque quatre mille ans.

Waw, je pouvais me sentir comme une gamine encore longtemps. Ce qui sous-entendait que Livius était encore plus vieux. Voilà, gamine j’étais, gamine je resterai, cool le petit aperçu de leur âge me faisait me sentir encore plus mal, minable aussi.

Je regardais la page indiquée comme celle d’Ada, même topo, le premier chapitre donnait les caractéristiques de la race et me permit d’apprendre que les métamorphes, loups et autres, vieillissaient vraiment moins vite que moi, puis uniquement celle d’Ada. De sa naissance, en 1980, donc, elle aussi, ne faisait pas son âge, au meurtre de sa famille et à sa vengeance total jusqu’à sa vie de ses dernières semaines alors que le livre était dans ma chambre.

Passant sur le comment, passant sur le pourquoi, je lus attentivement tous les détails sur mes amis soudain affamés d’en apprendre plus sur ce monde que dorénavant je côtoyais et dont les membres avaient oublié de préciser suffisamment de détails pour que je considère qu’ils m’avaient tous menti.

Au fur et à mesure de ma lecture, je me sentais de plus en plus fragile, jeune et je me sentais totalement idiote. Je ne comprenais toujours pas pourquoi, ils s’étaient liés à moi, mais pourquoi ils me protégeaient, devenait à chaque page plus compréhensible. Leur comportement avec moi s’expliquait et je leur en étais à chaque ligne plus reconnaissante.

Je restais cachée trois jours qui me firent le plus grand bien. J’avais étudié à fond les différentes personnes que j’avais rencontrées depuis mon arrivée ici. J’avais tenté de me donner toutes les chances de ne plus me mettre en danger ou à défaut de ne plus obliger mes amis à me défendre.

J’avais aussi, pris la décision de rester et de prendre une part active dans ma vie et ne plus laisser tout le monde décider pour moi. Si, j’y arriverai, je m’en étais auto-persuadée. On ne se moque pas ! C’est remplie de confiance en moi que je décidais de rentrer dans Ma maison, dans ma nouvelle vie, j’avais le menton haut et je me sentais prête à conquérir cette vie.

Enfin que j’avais décidé d’y rentrer parce qu’à peine trois minutes après avoir fermé la porte de chez monsieur Andersen, de chez James, qu’Ada flanquée de Suzanne, furieuses, échevelées et franchement remontées après moi, me tombèrent dessus en hurlant.

Pour faire clair, les seuls mots que je pus comprendre tournaient tous autour de t’es folle, inquiets, plus jamais et idiote. J’en ai fait un résumé, mais vous avez compris la teneur de la majestueuse en­gueulade que je me pris. Pendant qu’Ada s’époumonait en cœur avec Suzanne, une fusée rousse me sauta dessus en me serrant si fort que j’en eus le souffle coupé et trois côtes sûrement fêlées puis me relâcha pour unir sa voix à celle des deux autres.

Je laissais faire, franchement qu’auriez-vous fait à ma place ? Je laissais la tempête se calmer sans tenter de me justifier ni de réagir, une vieille habitude que j’avais prise lors des discours de ma mère. J’étais devenue maître dans le mouvement de tête qui ne voulait rien dire, mais qui pouvait faire croire que j’écoutais. Une fois le pire, pas passé, mais calmé, je pris ma petite voix et leur dis :

– J’avais besoin de calme et je n’étais pas perdue, mais juste chez monsieur Andersen, chez James et si j’ai bien compris dans le seul endroit en ville où vous ne pouviez pas me retrouver. Franchement, je ne suis pas stupide au point de me mettre en danger. J’ai bien compris qu’ici ce n’était pas le coin le plus sûr pour moi. J’en ai marre que vous me preniez pour une idiote finie, mais je peux comprendre que vous vous soyez inquiétées.

Silence, soupirs, yeux au ciel, les miens, la conversation avançait bien. Je lançai sûre de moi.

– Et puis c’était que trois jours et mon patron était au courant de mon absence puisque je squattais chez lui, rien de si terrible. Si vous ne vous calmez pas, je repars en vacances, loin de vous.

Franchement, je voulais bien reconnaître qu’elles avaient dû s’inquiéter, mais dans le coin que pouvait-il se passer en trois jours ?

– On était tous inquiets, ne pas te retrouver…On a imaginé le pire, dit Théa en fermant les yeux.

– J’ai quand même le droit de vivre sans être tout le temps collée à vous !

– Oui, bien sûr, grinça Ada. Mais pas sans, pas si, pas comme ça, au moins donne des nouvelles.

Je haussais les épaules.

– Je suis venue dans cette ville chercher le calme, on ne peut pas dire que c’est ce que j’ai trouvé. Alors un peu de temps pour souffler ne me semble pas être trop demandé.

Là, elles avaient toutes trois l’air gênées.

– Je sais ma petite, finit par dire Suzanne, je sais, ce n’est pas vraiment ce que tu pensais, mais ne crois-tu pas que c’est ce que tu recherchais ?

Mais, elle me prend pour qui elle ? Désolée, mais non, du calme, c’était trop demandé ? Je soupirais, une fois, deux fois et en prenant toujours de grandes inspirations, je les regardais tour à tour.

– Je vous aime toutes les trois. Vous êtes des amies géniales. Je n’en ai jamais eu comme vous. Mais arrêtez de me surprotéger. Qu’à mon arrivée, comme je ne savais rien, vous vous êtes oc­cupées de me rendre la vie facile, je vous en suis reconnaissante que je puisse vivre sans avoir à m’inquiéter des dangers qui pourraient me tomber dessus, avec de la population du coin, c’est fabuleux. Je sais bien que ce n’est qu’à vous que je le dois. Néanmoins, je pense que depuis quelques semaines, vous exagérez et franchement je me sens étouffer. Je n’ai plus dix ans et puis je voulais prendre le temps de…

Je sortis le livre de James de mon sac et le leur montrais, Suzanne pâlit, elle connaissait donc l’existence du livre et son contenu.

– Tu l’as lu ?

– Oui.

– Oh !

Elle ne dit plus rien, vraiment plus rien. Elle regardait par terre, mal à l’aise, mais Théa réagit différemment, un peu comme je l’avais imaginé en fait.

– Cool, alors tu sais, je me demandais quand tu te déciderais, depuis le temps que tu l’as et qu’as-tu pensé de mon histoire ?

Elle était sérieusement curieuse, pas inquiète pour deux sous. Ses yeux verts plantés dans les miens.

– T’en as bavé.

Voilà tout ce que je trouvais à dire à mon tour. Oui, mon amie aussi étrange que dangereuse, en avait bavé. Elle était la seule de son espèce à avoir été bannie, toutes les autres ondines avaient plus ou moins reçu le pardon et continuaient leur vie d’avant, pas elle. Elle avait payé pour les autres. Enfin, elle n’avait pas rien fait, loin de là, elle était si j’en croyais les écrits, la tueuse la plus proli­fique de son espèce. Cependant, lors du traité de paix, elle seule fut sacrifiée en signe de bonne vo­lonté de son clan et se retrouver ici, loin des siens, comme une pestiférée, n’avait pas amélioré son caractère. A son arrivée en ville plusieurs disparitions lui étaient imputées et quelques bagarres plu­tôt sanglantes, mais elle semblait s’être calmée au fil des années et se tenir presque à carreau depuis mon arrivée.

Les autres clans avaient banni plusieurs des leurs comme Suzanne et Judicaël et les cinquante membres de leur meute qui ont été rejoints par quelque centaine d’autres loups au fil des négocia­tions. Donc, personne ici n’est tout blanc ni tout doux. Je m’étais interrogée sur la paix qui régnait malgré tout en ville et je ne voyais pas comment de tels soldats avaient pu se ranger sans souci. Finalement ce n’était pas mon problème. Non, mon problème était plutôt de leur tendance ultra protectrice avec moi. Attention ! Je ne niais absolument pas que j’avais toujours besoin de protection. J’avais déjà bien compris qu’ici je n’étais rien, mais depuis nouvel-an, c’était l’escalade. C’était parti de la petite humaine innocente et soyons honnête, stupide à la petite humaine qui savait, mais que l’on de­vait couver et je n’appréciais pas.

– Pas tant que ça. La voix de Théa coupa mes réflexions. Plus de la solitude que du coin.

Sa voix était douce sans colère, juste des regrets puis elle redevint le feu follet dont j’avais l’habi­tude

– Maintenant qu’on t’a retrouvée, il va falloir discuter d’un léger problème dont je peux me char­ger si tu veux. Mais elles, elle fit un signe de tête vers les louves, ne sont pas vraiment d’accords

– Un problème ?

– Bien des choses se sont passées en trois jours ! Râla Ada.

– Et un nombre impressionnant de messages sont arrivés sur ton téléphone. Un certain Jacques a tenté de te joindre au moins une centaine de fois.

Ok, donc mon ex avait tenté de me joindre, mais était-ce le problème ?

– C’est lui le problème, pourquoi ?

– Il arrive en fin de semaine.

Je grimaçais et je posais la question la plus sensée qui me venait en tête.

– Et ça change quoi ? Il va loger à l’hôtel, donc Mona pourra…

– Le faire repartir, mais pas l’empêcher de te voir, finit Ada.

– Hé bien je le verrais, ça change quoi ? Je m’attendais à voir débarquer mes parents un jour. Vous ne les connaissez pas, mais ça va finir par arriver. Alors que ça commence par lui ou par eux, ce n’est pas la catastrophe. Vous pensiez me cacher ? Pourquoi ? C’est un humain, donc je peux parfaitement gérer. Ce n’est que mon ex pas un dragon qui débarque, autant y faire face et le faire repartir vite fait.

Je trouvais cela même mieux. Je ne ressentais plus rien pour lui depuis longtemps. Non, ce n’est pas vrai, je lui en veux toujours pour la gifle, mais pas au point de laisser Théa régler le problème. L’idée faillit me faire marrer.

– Et non, Théa, dis-je en la fixant, ce n’est pas parce que c’est mon ex que tu dois te croire obligée de le tuer. C’est un connard. Il a eu un geste qu’il n’aurait jamais dû avoir, mais qui ne mérite pas la peine de mort. Et puis vous devriez le remercier, je ne serais jamais arrivée ici sans ça.

Je ne le leur dis pas, mais j’en étais persuadée qu’il venait à la demande de mes parents pour me convaincre d’en finir avec ma crise d’adolescence tardive et revenir à la maison comme la bonne fifille que je de­vrais être selon eux. Il allait être déçu. J’imaginais sans peine les réactions des deux folles qui me servaient d’amie-garde du corps et tueuses à temps partiel, s’il se montrait trop têtu ou qu’il tentait de m’intimider. Voilà, une chose qui avait changé, il ne me faisait plus peur.

– De toute façon, dit celle-ci, Suzanne et Ada ont réfléchi ensemble à une solution et elles pensent que ça te conviendra.

– Une solution à quoi ?

– Pour le faire partir rapidement, dit Suzanne, qu’il comprenne bien qu’il n’est pas le bienvenu, mais nous en parlerons une fois rentrées. Livius vire dingue.

Je fus poussée jusqu’à la voiture d’Ada et je ne reçus aucune réponse à mes questions sur l’humeur de Livius. Je me calais dans mon siège en fronçant les sourcils. Qu’allait-il encore m’arriver ? Que me réserverait ma mini-fugue avec le vampire-colocataire ? Qu’avaient-elles encore inventé ? Pourrais-je, un jour, retrouver le calme que je désirais ?

Le trajet du retour se fit en silence, moi derrière, le front appuyé contre la vitre, Suzanne raide comme la justice sur le siège passager avant, Ada lèvres serrées au volant, Théa nous suivant dans sa voi­ture. On aurait juré que nous nous rendions à l’enterrement d’un ami proche, mais non, nous ren­trions chez moi dans la joie et la bonne humeur.

Mes bonnes résolutions semblaient disparaître avec la distance qui se réduisait entre la ville et mon chez-moi. J’avais la trouille qui remontait, le nœud dans mon estomac en était la preuve. J’avais occulté ce besoin maladif que Livius avait de me protéger et ce que j’avais lu sur lui me le présentait sous un jour plutôt particulier. Je comprenais le pourquoi de ce comportement de papa inquiet. Pourtant, j’avais du mal à associer les deux visions que j’avais de lui, celle du livre et celle du papa-vampire qui vivait avec moi.

Vieux, à ce point-là, je ne me l’étais jamais imaginer. Il était plus vieux que les pyramides et avait dû voir leurs constructions. Conti et lui étaient mésopotamiens. J’avais noté dans un coin de ma tête de contrôler dates et lieux, mais je n’avais pas pris le temps de le faire durant ma retraite. Ce qui m’avait frappé, c’est qu’il avait choisi de vivre ici. Il n’était pas parmi les bannis de son peuple. Pourtant, il avait préféré suivre sa compagne et son ami Conti et ce qui me mettait dans tous mes états et m’inquiétait, étaient les événements qui ont suivi, l’amenant à disparaître.

Sa compagne Carata, assassinée par un clan de vampire rivale, lors de son absence pour un conseil où sa présence, en tant que représentant des vampires du coin était obligatoire. À son retour, il avait retrouvé sa maison en feu et la tête décapitée de sa femme mis bien en vue sur le porche. Sa réaction fut, à mes yeux, terriblement violente. Non seulement, il tua les responsables, mais fit disparaître toutes les lignées ascendantes et descendantes des responsables, soit presque trois cents vampires tués dans cette course à la vengeance. Vengeance comprise et admise par les siens, mais qui avait fait de lui, l’un de vampire les plus meurtriers et l’avait fait entrer dans la légende.

Puis, il avait disparu.

Plus aucun écrit jusqu’à mon arrivée. Le livre n’avait donné aucune explication sur ce retour en « vie ». Juste que ça correspondait, plus ou moins, à mon installation dans la maison et ça me foutait la trouille, parce que le livre n’avait pas levé le voile sur grand-chose pouvant expliquer cette relation étrange qu’il y avait entre nous.

Je me traitais d’idiote, il ne fallait pas que je me laisse aller à paniquer. Je devais me tenir à mes dé­cisions et ne plus subir sans réagir et d’être une idiote d’humaine, certes, mais pas une marionnette, même si pour mes amis les raisons de me protéger semblaient plus que valable et pour moi aussi, si je me montrais honnête.

C’était d’un pas décidé que je poussais la porte et entrais avant de me figer et de faire demi-tour. Voi­là, j’étais une grande fille et je décidais de ne plus me laisser marcher dessus et je ne paniquais pas. Non, du tout, mais alors pas du tout, je ne paniquais pas ! Mais, que foutait tout ce monde chez moi ? C’est donc, avec convictions et fierté que je faisais demi-tour. Ada me chopa par un bras, Théa me poussa sur le ventre pour me faire reculer et Suzanne voyant que je résistais, m’attrapa par l’autre bras pour me faire rentrer. Voilà, c’était donc à moitié soulevée par les deux louves et maintenue par Théa que je rentrais chez moi, en marche arrière, sous le regard étonné des gens qui squattaient mon salon.

Je sentais bien combien on me respectait et combien on respectait mon libre arbitre. Bref, tout est normal. Je n’avais pas déjà dit ça ? Donc je redisais encore une fois tout est normal !

Posée presque de force sur le canapé, la mine boudeuse, je regardais les intrus qui squattaient ma maison, en face de moi se tenait Mona, Livius, Conti, Judicaël, Katherina et Bogdan, le boss d’Ada, et tous me regardaient de travers. Mes bonnes résolutions fondaient comme neige au soleil. Je me ratatinais dans le canapé, oui, je faisais à cet instant vraiment grande fille sûr d’elle et décidée à se faire respecter. On ne se moque pas de moi ! Je voudrais vous y voir. Ada s’assit à côté de moi avec le sourire de travers et Théa se jeta de l’autre côté en rebondissant et me faisant sursauter. Elles se mar­raient.

Bon, voilà, voilà…

– Elle était où ? demanda Mona.

– Chez moi, dit James en passant la porte avec un sourire allant d’une oreille à l’autre.

Tiens man­quait plus que lui. Ils se retournèrent tous et le fixèrent. Il leva les mains en signe de paix devant les regards assassins qui le fixaient.

– Elle avait besoin de s’éloigner un peu de vous, de nous. Vous la traitez comme une enfant. Elle l’est pour vous, mais pour une humaine, elle est adulte, plus une enfant depuis longtemps et elle est capable de prendre ses propres décisions si vous lui donniez toutes les données et pas seulement des bouts arrachés de-ci de-là. Vous avez de la chance qu’elle ait ce caractère. Accepter notre exis­tence, accepter nos secrets, accepter ce besoin de la surprotéger, nous accepter tel que nous sommes, sans demander plus. Il était normal de la laisser un peu souffler loin de nous, franchement vous auriez dû le faire avant et je lui ai fourni les informations nécessaires que vous n’avez pas eus envie de donner.

– Il lui a refilé son bouquin traqueur, se marrait Théa.

Là je dois dire que les têtes en face de moi se tendirent sérieusement, il y eut des grognements et des soupirs.

– Bien, reprit James, on ne va pas en faire une maladie, elle n’est plus une enfant, martela-t-il. Le savoir permet de mieux éviter les problèmes, au lieu de juste les gérer pour elle et de tout lui cacher.

Il avait l’air si calme et tranquille que je regardais plus attentivement autour de moi. Tous les autres semblaient contrariés et tendus. Ce que j’avais appris sur eux me permettait aujourd’hui de voir dans leurs expressions ce qu’ils étaient derrière le masque. Surtout, ça me permettait de me rendre compte que seule Théa assumait totalement et pourtant si quelqu’un avait à se reprocher quelque chose, c’était bien elle. Là, je dois admettre que l’avoir pour amie était une chance, le contraire aurait été une fin rapide pour moi. J’en frissonnais, mais la rouquine me fit un clin d’œil et souriait.

– Ils ont tous l’air super coincé, tu ne trouves pas ?

Je repensais à son imitation de Conti-dracula, me mordis les lèvres pour ne pas rire alors que tous ceux présents tiraient la tronche puis elle rajoutait.

– Et puis sont tous super vieux et super vieux jeu.

Je pouffais devant ses yeux qui pétillaient et craquait définitivement alors qu’elle concluait.

– Je suis plus vieille qu’eux, plus dangereuse et nettement plus dans le coup, moi.

Je me mis à rire franchement. Car oui, elle était plus jeune dans sa tête que moi et plus dangereuse que tous ceux présents. Je l’avais bien compris, mais surtout elle ne se prenait pas au sérieux dès que j’étais dans les parages comme pour me prouver qu’elle ne me voyait pas comme une enfant et que son amitié était des plus vraie. J’aimais ça. Calmée nette, par le regard tueur et furieux de papounet-vampire, je demandais entre mes dents :

– Il est vraiment furieux après moi ?

– Il s’est inquiété, tu vas te faire engueuler, mais ne l’écoute pas, c’est qu’un vieux ronchon.

Bonne description sauf qu’après ce que j’avais appris, je comprenais mieux son inquiétude et je me sentais mal à l’aise. Il ne me restait plus qu’à subir sans rien dire l’engueulade que j’allais me prendre.

– Ils font quoi tous là ?

Continuais-je sans oser regarder qui que ce soit.

– Nous nous sommes invitées à une réunion des huit. Je n’ai jamais réussi à m’y incruster.

– Tu n’y es pas ?

– Je suis sous l’autorité de Mona. Du moins, ils le croient.

Elle me grimaça un sourire et fit semblant d’être super attentive à ce qui se passait autour de nous.

– Je pense que la réunion devrait être reportée puisqu’il n’y a rien à débattre d’important et que la présence de plus que les huit, nuit à la réunion. Fît la voix grave de Katherina

Elle était raide comme une planche et avait repris son inspection du mur derrière moi. James le re­marqua et lui fit la remarque. Elle lui répondit d’un ton encore plus sec

– Elle n’est ni sorcière, ni elfe, ni fée, ni quoi que ce soit de connu. Je sais pourtant qu’elle n’est pas qu’humaine. Mais comme ce n’est pas le but de ce conseil, je ne vois pas pourquoi je devrais la supporter donc je vais m’en aller, si certains souhaitent rester qu’ils le fassent.

Elle fit une mimique qui disait qu’elle ne le voulait pas, c’était parfaitement clair. Elle se leva, fit un geste de tête en direction des autres et sortit suivie par Bogdan et Mona. Et hop, trois de moins en res­tait cinq, loup, sorcier, ondine et vampires, tiens au fait, ils faisaient quoi les deux sangsues debout en pleine journée ?

– Vous ne dormez pas ?

– Les avantages de l’âge, me répondit Conti dans un sourire.

Je le lui rendis, mais la mine sévère de Livius me fit me coller à Théa qui me souffla dans l’oreille.

– Pas de panique. Ada et moi on lui fait sa fête s’il t’attaque.

Ada assura doucement.

– Demande et on se le fait sans souci. J’ai besoin de calmer mon stress, c’est une bonne solution plutôt que de t’égorger.

Théa éclata de rire. Moi, je me sentais super mal à l’aise et cherchais dans le regard de la brunette si oui ou non, elle le pensait. Son regard glacial me fit mal au cœur, puis je vis un éclair qu’elle n’arri­vait pas à retenir, un éclair de moquerie planqué tout au fond, mais bien réel. Impulsivement, je l’embrassais sur la joue en lui demandant pardon de l’avoir inquiété. Elle me prit dans les bras et nous fûmes rejointes par Théa.

Là, si j’étais franche, je me sentais à la maison, en sécurité et heureuse de l’accolade de mes amies. J’étais simplement bien. J’étais à ma place. Ne me demandez par comment ces deux pestes avaient pris tant de place dans mon cœur. Pourtant, je me sentais plus proche d’elles que de mes sœurs et à ce moment précis, je comprenais que jamais je ne partirais d’ici parce que ici, c’est chez moi.

Chapitre 17

Nous étions toujours toutes les trois enlacées quand une main se posa sur ma joue. Je levais la tête et croisais des yeux noirs qui me disaient à quel point leur propriétaire s’était inquiété, mais qui me disaient aussi que j’allais le payer.

– Si vous pouviez stopper les effusions, nous devons parler de ce Jacques.

Suzanne s’en mêlait. Je me tournais vers elle d’un coup en lâchant mes amies. La main qui était sur ma joue se retrouva sur ma nuque et la pression que je sentais n’indiquait rien de bon.

– C’est quoi votre problème avec lui, il vient, il me voit, me dit ce qu’il a à me dire et il s’en va.

Ok, Jacques venait me voir et ? Franchement, j’étais étonnée qu’il ne soit pas déjà venu et que ma famille et lui m’avaient laissé aussi longtemps tranquille. Ça devait finir par arriver. Les premiers moins, je pensais les voir débarquer tous les jours. Avec le temps, je m’étais dit qu’ils s’étaient fait une raison et comme ma mère avait cessé de me parler de Jacques, je m’étais imaginée qu’il avait trouvé une autre gentille petite femme. Ce n’était pas le cas, il venait pour me récupérer. C’était dans son ca­ractère, mais je ne céderais pas. Je ne l’aimais plus et je n’avais aucune raison de retourner en Europe. Sa visite méritait un tel branle-bas de combat ? Nope, pas de mon point de vue.

– Tu es certaine que ce sera aussi simple ? Me demandait Suzanne, l’air préoccupée.

– Ben oui.

– Tu ne penses pas qu’il va s’incruster ou…

Je compris alors une partie du problème.

– Je ne partirai pas. Je n’en ai aucune envie et de plus, je ne ressens plus rien pour lui.

Voilà, c’était clairement annoncé.

– Mais s’il fait le voyage pour te voir.

C’était au tour d’Ada d’avoir l’air mal à l’aise.

– Et quand bien même, la coupais-je. Il restera chez Mona, ici, c’est complet. Après m’avoir vu, il repartira.

– On s’était dit que si tu n’étais plus célibataire ça aiderait, continua Ada.

Je prenais le temps d’y réfléchir. Oui, ça aiderait à le faire partir plus vite et ça calmerait aussi mes parents qui n’auraient plus de raison de me demander pourquoi je me plaisais plus ici que chez eux. Je ne pouvais pas leur répondre que je me sentais plus aimée par ces étrangers qui m’entouraient que par ma propre famille donc je ne répondais jamais. Je ne pensais que cela serait bien pris.

Je les regardais ces étran­gers, je les regardais vraiment. Suzanne qui se comportait comme une mère pour moi. Judicaël, bourru, mais toujours présent. James qui m’avait offert un travail. Conti qui, Conti qui rien en fait, Livius à la fois papa, protecteur et ami aux sentiments si complexes, Ada et Théa, mes inséparables amies, sœurs de cœur qui comptaient au­jourd’hui plus que personne d’autre n’avait jamais compté. J’avais déjà compris que je ne partirai jamais d’ici, mais à cet instant, mon cœur fut rempli d’amour et me fit presque mal, tellement je les aimais ces étrangers bi­zarres et dangereux.

– Ça aidera, mais de toute façon, je ne partirai pas. Je suis heureuse ici.

J’avais failli dire avec ma nouvelle famille, car c’est ce qu’ils devenaient, ma famille.

Quelque chose se passa, je pus voir dans les regards qu’ils avaient sentis ou compris ce que je ve­nais de comprendre. Suzanne se mit à pleurer doucement sans bruit. Judicaël lui passait la main dans le dos en se grattant la gorge. James souriait en me regardant. Théa pleurait comme une fon­taine sur mon épaule, imitée par Ada dans mon dos. Conti fronçait les sourcils sans bien com­prendre quant à Livius, lui c’était figé les yeux brillants sans rien dire ni laisser plus transparaître. Je craquais et me mit à pleurer aussi, de bonheur.

– Il se passe quoi ici ? Demanda un Conti complètement ébahi.

– Rien, grogna Judicaël, juste une petite mise au point qui était nécessaire pour certaines.

Il se racla la gorge et repris.

– Nous nous étions dit qu’avoir un petit ami ici permettrait à ce type de ne pas traîner. Francis, c’est proposé, mais nous ne nous sommes pas encore mis d’accord et finalement, c’est à toi de déci­der.

– C’est urgent ? reniflais-je. Il arrive quand ?

– Il arrive demain et Ada est censé aller le récupérer à l’aéroport.

– Pourquoi Ada ?

Je me tournais vers elle.

– Comme pour toi, service de l’agence de voyage pour ceux qui débarquent en ville. Comme tu ne répondais pas à ses appels, je lui ai dit que tu étais partie en rando avec mon boss et que le téléphone ne passait pas en forêt.

Je hochais de la tête et j’allais assurer que Francis m’allait bien quand Théa l’ouvrit.

– Je ne suis pas pour Francis. Il y a déjà un homme qui vit ici et si l’on part du principe qu’il y a trois chambres dont deux sont occupées par Ada et moi, que Livius dorme dans celle de Sophie au lieu de dormir à la cave, donnerait plus l’impression qu’ils sont en couple que Francis qui a un chez-lui en ville. De plus, ses affaires traînent déjà dans tous les coins.

D’un geste elle indiquait les livres, le fauteuil et la pipe qui traînaient toujours au salon puis de son autre main elle montrait le manteau et les chaussures qui étaient rangés dans l’entrée.

– Rien à changer, juste le dodo.

Avant même que je puisse répondre un mais non, ça va pas la tête ? Parce que oui, ma relation avec ce truc plein de dents n’était pas claire, mais alors pas clair du tout. De plus presque deux ans de célibat ne me permettait pas d’éviter à le trouver totalement comestible et craquant. Oui, bon là d’accord, c’était petit, mais ce n’était qu’une vengeance mentale au poulet fermier. Je ne tenais pas à dormir avec quelqu’un qui m’avait bien pré­cisé qu’il avait envie de me goûter et je n’étais franchement pas attirée par l’idée. Je ne pus rien dire du tout, car ça causait de tous les côtés sur le bien-fondé de la réflexion de Théa seul Conti n’y participait pas. Lui regardait alternativement Livius et moi, et lâcha surpris :

– Vous n’avez pas encore couché ensemble ?

Sa remarque fit un effet bœuf, plus personne ne parlait et tous nous regardaient. Youpi, c’était ma fête.

– Nous sommes amis, dis-je de la pire voix de fausset que j’avais en répertoire. Lorsque je m’en­tendis je complétais vite fait. Il me traite comme sa fille !

Voilà, je n’avais rien de plus à dire. Je me retournais vers Livius pour qu’il confirme. Il ne le fit pas.

– Je déménagerais quelques jours dans ta chambre. Quelles excuses pour mes absences en jour­née ?

– Ton travail, tu bosses, tu rentres tard et tu profites de ta chérie et de ses dingues d’amies, très humain comme comportement.

Théa avait lancé ça comme si tout était normal et tout le monde en conclu que c’était la meilleure solution. Mais non, je suis pas d’accord moi. Je peux dire que je ne suis pas d’accord ? Mon regard tomba sur Conti et je me mordis les joues pour ne rien dire. Quelque chose dans le regard qu’il posait sur Livius me retint de me plaindre. Bon, me voilà en couple avec, avec… lui !

Qu’avais-je dit sur le fait de m’imposer et de ne plus me laisser traiter en petite fille ? Je suis nulle.

Comme ma situation de couple avait été réglée au mieux d’après les personnes présentes, il m’avait fallu expliquer mes trois jours de retraite, puis leur promettre que rien de ce que j’avais lu ne m’avait décidé à les haïr ou à en avoir trop peur pour les considérer comme mes amis. Il me fallut ensuite écou­ter sans broncher pour la millième fois leurs reproches. Si Conti nous quitta à la nuit tombante, les trois autres insistèrent pour rester et préparer encore l’arrivée de mon ex.

Après un repas copieux cuisiné par Suzanne et avalé en partie par Ada, une bonne dose de reproche et de commentaires sur mon caractère, les comploteurs se décidèrent à rentrer chez eux, me laissant avec Ada, Théa et Livius.

Alors que je m’attendais à finir la soirée en blablas, reproches et cancans, Ada et Théa dans un duo parfait se mirent à bailler et annoncèrent qu’elles allaient se coucher. Mouais, ça ressemblait plutôt à une fuite en règle ou à un piège, plutôt un piège d’ailleurs. Voilà, je me retrouvais seule avec celui qui jouerait au petit ami dès demain soir, mais qui pour le moment ne disait rien, le nez dans un bou­quin.

Je le regardais attentivement me demandant comment nous pourrions avoir l’air d’un couple heu­reux puis mes pensées dérivèrent et je pâlis. Non, je ne pensais pas à lui, enfin pas en tant qu’amant, mais plutôt à ce qui arriverait si, un jour, je ramènerai un ami dans mon lit. Je me voyais lui dire : ne fait pas de bruit papounet est réveillé, il ne faut pas qu’il te voie. Je m’imaginais dire : allons plutôt chez toi, même si ce chez toi était une chambre humide au fond d’une cave. Je pouffais puis me fi­geais en réalisant qu’entre mes trois colocataires, il n’y aurait jamais de place pour un homme dans mon lit. Comment en trouver un qui convienne ? Comment leur dire : celui-là je me le fais alors laisser le tranquille. Déjà comment leur dire : au fait les amis, j’ai des envies et j’ai décidé de draguer truc ou machin. Aucun homme, loup ou quoi que ce soit de masculin vivant ou non ne ferait l’af­faire pire qu’avec mes parents. J’étais atterrée. Je réalisais que protégée comme je l’étais, trouver un volontaire pour me courti­ser tirait sur l’impossible. Personne n’oserait me draguer ouvertement avec ces trois-là. Et leur espérance de vie dépassant de beaucoup la mienne, ils seront toujours là à surveiller qui m’approchait. Je me sentis complètement fichue.

Ça me tombait dessus d’un coup, j’allais finir vieille fille, pas le choix. Mais non, je ne suis pas accro au sexe, mais quand même j’aime bien et même beaucoup. Faudrait-il que je fasse collection de jouets ? Je réalisais que parti comme c’était, j’allais respecter la tradition familiale et finir bonne sœur comme tante Annette.

Boum, je me figeais quand la réalité me frappa, j’allais finir nonne.

Livius du sentir quelque chose, car il tourna la tête vers moi, il me regardait attentivement, très at­tentivement. Je virais au rouge cramoisi après un long moment, il se leva et me dit :

– Je m’occuperai de mettre certaines de mes affaires dans ta chambre, comment souhaites-tu que je me comporte avec toi durant la visite de cet humain ?

Mince, je m’attendais à me faire sermonner au minimum. Non je m’attendais à me faire engueuler comme un poisson pourri pour ma fugue et l’inquiétude que je leur avais fait ressentir. En revanche, je ne m’attendais pas à cette froideur et à ce détachement poli. Oups, il devait être nettement plus furieux contre moi que tout ce que j’avais pu imaginer. Gloups, j’allais prendre cher une fois le cas Jacques réglé.

Reprends-toi, Sophie et pense à respirer ce serait bien. Remets en action les neurones qui ne sont pas partis se planquer dans tes talons. Oui, oui, les trois courageux qui restent vaille que vaille. D’accord ils ne sont pas les plus doués, mais les plus courageux, donc fait les bosser. Comportement avec moi, oui donc, je voulais quoi ?

– Jacques était dominateur avec moi, il décidait de tout et finalement, je me sentais comme une jolie plante verte. Un rire m’échappa. Un peu comme vous le faites tous ici, même si les raisons sont plus, enfin moins égoïst.

– Donc l’opposé ?

– Non, je l’interrompais net, un homme possessif et jaloux qui montre que je lui appartiens et qu’il ne me lâchera pas. C’est ce qu’il est capable de comprendre et se retrouver en face de quel­qu’un qui parle son langage devrait le convaincre que c’est vrai et pas de la comédie. Je ne pense pas qu’il puisse prendre au sérieux une relation d’égal à égal. Je haussais les épaules, désabusée. Donc ne change rien à ta manière d’être, rajoute juste des contacts physiques.

J’en frissonnais, ben oui, je ne suis pas nonne, enfin pas encore et le vampire qui partage ma vie, depuis presque deux ans est sexy, rien à jeter. Même si notre relation n’est pas claire, oscillant entre protecteur, ami et, et quoi d’autre en fait ? Il me désire, j’en ai eu la preuve, enfin il a envie de planter ses dents dans ma gorge, il me l’a dit. Son comportement avec moi n’est pas sain, j’en ai conscience, mais là, l’imaginer en chéri collant et amoureux me file des frissons de peur. Comment vais-je réagir ? Comment vais-je réussir à ne pas montrer à quel point il me met mal à l’aise. Mais, merde dans quoi me suis-je encore fourrée. Je fermais les yeux me frottant l’arrête du nez d’un geste nerveux.

– Bien, je serais donc possessif et jaloux.

Et, il disparut dans sa cave sans rien ajouter. Je montais me coucher avec la peur au ventre, en pen­sant aux jours à venir. Demain, je ferai face à mon ex avec à mes côtés mes amies et mon chéri, à mourir de rire. Or, je dormis comme un bébé, à croire que plus rien n’arrivait à me stresser au point de ne pas dormir. Je sentais que la journée à venir serait rude, elle était passée où la grande fille qui prend ses décisions toute seule ? Pouf ! Disparue !

Chapitre 18

C’est Ada qui me réveilla en sautant sur mon lit avec des cris stridents. J’ouvrais un œil puis le deuxième. Inutile de râler ou de tenter de rester au fond du lit, pas avec l’autre dingue qui voulait me lever. Je m’étirais, la regardais de travers, soupirais et me levais et je me rappelais que mon ex allait débarquer aujourd’hui.

– Bonjour Ada, pourquoi ce réveil en douceur ? demandais-je, ironique.

– Ton humain arrive dans deux heures.

Moi, qui pensais qu’il n’arriverait que ce soir… Donc elle avait raison, il fallait que je me bouge et vite. Sauf que je buguais.

Dans ma chambre se trouvait désormais un valet en bois recouvert de vête­ment d’homme, sur la deuxième table de nuit, un livre posé ouvert à l’envers. Il avait poussé le dé­tail jusqu’à mettre une robe de chambre sur le côté du lit comme abandonnée là, à la hâte et je n’avais rien entendu. J’ouvrais mon armoire pour y trouver mes vêtements poussés sur un côté et les siens de l’autre. Je saisissais ra­pidement un pantalon et une chemise sans même regarder ce que je prenais puis, je me tournais vers la commode et me figeais un instant. Il n’avait pas osé ? Je tendis une main tremblante et ouvris le pre­mier tiroir, celui où se trouvaient mes sous-vêtements. Mes culottes côtoyaient désormais des boxers noirs, le tout rangés avec soin. Il avait osé. Je fermais les paupières mes joues virèrent au rouge sou­tenu. Il avait osé ! C’est Ada qui me sortit de ma torpeur.

– Waw, il a poussé le détail, c’est cool, personne ne pourrait douter que vous viviez bien ensemble.

– Nous vivons ensemble depuis mon arrivée et je ne pense pas qu’il fallait pousser le détail aussi loin. Je n’ai pas prévu d’ouvrir ma porte à Jacques. Je dois le voir à l’hôtel. Je ne comprends pas pourquoi vous tenez tant à faire autant de mis en scène, dis-je dans un souffle.

– Oui, mais là, elle fit le tour de la chambre d’un geste, franchement vous êtes amants. On ne sait pas ce qui va arriver alors c’est une bonne chose que tout soit prévu, tu ne penses pas ?

– Je sais, oui, c’est bien.

– Je file, Théa ne va pas tarder et je dois aller chercher ton Jacques.

Je saisis ce qu’il me fallait dans le tiroir et filait à la salle de bain, sans lui répondre, noyer mes pensées sous la douche.

Bien plus tard, dans la voiture de Théa, je balisais comme une malade et pour une fois pas de la conduite de mon amie, alors que mon chauffeur volu­bile parlait pour me changer les idées. Pourtant, rien n’y faisait, je paniquais quand le téléphone de Théa interrompit son flot de paroles.

Vous ai-je dit que si je me trimbalais dans un quatre-quatre d’une bonne centaine d’années, Théa avait comme voiture, une petite citadine flambant neuve et remplie de gadgets, de la caméra de recul au parcage assisté en passant par tout ce qui pou­vait être connecté ? C’était donc un haut-parleur qui parlait avec la voix d’une Ada stressée.

– Théa prévient tout le monde le pilote à envoyer un message à Bogdan, l’ex de Sophie ne semble pas être humain.

Théa me fixait d’un air aussi étonné que le mien.

– Je vais le récupérer et je te tiens au courant dès que je me suis fait une idée sur ce qu’il est.

Théa ne répondit rien, pas plus que moi et le bip de fin de conversation emplissait l’air autour de nous. Puis un autre bip bien plus fort et agaçant se fit entendre et nous n’avons dû qu’aux réflexes de Théa de ne pas nous retrouver encastrées dans un arbre.

Elle stoppa la voiture, souffla un bon coup et me regarda en coin. Elle abordait un air si sérieux que je me troublais encore plus qu’à la ré­vélation sur mon ex. Ce n’était pas habituel, puis des éclairs traversèrent ses yeux verts et ses lèvres fremissèrent avant qu’elle ne me balança un :

– Normal quoi, avec Sophie, il ne pouvait pas en être autrement. Tu t’es tapé quoi ? Un troll ? Et, elle s’écroula de rire.

– T’es pas drôle.

Je râlais.

– Excuse-moi, il ne peut pas être un troll trop moche et tu as bon goût. Remarque on a l’embarras du choix. En Europe, il y a presque toutes les races qui sont représentées. Reste plus qu’à espérer que ton ex n’est pas un dragon, c’est pas évident de les noyer.

Elle remit en marche la voiture, en me laissant sur le cul. Oui, je ne voyais pas comment expliquer ce que je ressentais autrement que j’étais sur le cul. Ko, soufflée et super angoissée, assise à côté d’une andouille qui se marrait et qui m’amenait en ville pour jouer l’ex en couple avec Li­vius et heureuse de vivre sa nouvelle vie.Si ma nouvelle vie me rendait effectivement heureuse, le rôle de petite amie du vampire pas cool qui vivait chez moi, moyennement.

De plus, ma cervelle tournait comme une hélice pour tenter de trouver ce que Jacques pouvait bien être. Un dragon ? Nope enfin, le seul que je connaissais était plutôt zen et tranquille, mais le sont-ils tous ? Un loup ? Il était possessif et dominant comme la plupart de ceux que j’avais rencontré. Ce serait possible sauf que ceux d’ici étaient très proche les uns des autres alors que mon ex ne voyait sa famille qu’à chaque tremblement de terre. Un sorcier ? Non, il aurait utili­sé ses dons pour m’empêcher de partir. Un Elfe ? Mmm, non même les noirs, qui étaient ici, étaient proches de la nature ce qui n’était pas le cas de mon ex.

Ma cervelle tournait et retournait tout ce que j’avais appris depuis mon arrivée et n’arrivais pas à trouver assez de point commun entre les races que je connaissais et le comportement de Jacques, si ce n’est qu’il était proche du vampire bipolaire qui partageait ma vie.

Le trajet passa trop, beaucoup trop vite et l’attente dans le grand salon de l’hôtel vira à la panique. Attendre sans savoir, me rendait petit à petit dingue et le calme de Théa avait tout pour m’inquiéter. Mona me fit boire une tonne de tisane de sa conception, censées me clamer qui n’eurent comme seul ef­fet que de me faire courir aux toilettes une centaine de fois, une manière comme une autre de patienter.

Lorsque la voiture d’Ada stoppa devant l’hôtel, Mona me prit par le bras pour me tirer dans la cui­sine avec Théa. Elles avaient décidé, durant une de mes absences toilette, de ne pas me montrer avant de savoir ce qu’était l’homme dont j’avais partagé la vie pendant des années.

Elle nous y laissa et se précipita vers la réception. Est-ce parce qu’aujourd’hui je savais ce qu’elle était ou que je faisais plus attention à ce qui se passait, mais je jure avoir senti comme un courant d’air chaud m’envelopper. Je restais figée à côté de Théa qui me tenait la main. Je balisais. Rien ne se passait, pas un bruit ne nous parvenait et je faillis mourir d’une crise cardiaque quand la porte de la cuisine s’ouvrit d’un coup sur une Ada stressée.

– Un Bersek, furent les seuls mots qu’elle prononça.

À la mine de Théa, la nouvelle n’était pas bonne, elle grimaça.

– Mince, un guerrier ours, pas facile à tuer, mais c’est possible. Tu veux vraiment lui parler, ils ne sont pas franchement tendres et compréhensifs.

Voilà, c’était ma Théa, ne pas s’embarrasser de détails et aller droit au but, parce que franchement quelle perte de temps que de parler et réfléchir, j’en souris. Je la pris dans les bras et attrapais Ada d’une main pour l’attirer avec nous. Entre mes deux amies rien ne pouvait m’arriver. Mona nous rejoint en grommelant que l’autre abruti était dans sa chambre et qu’elle lui avait dit que j’allais ar­river pour le voir puis elle roula des yeux en soupirant.

– Un crétin de Bersek.

– Je vous rappelle à toutes les trois que je ne connaissais rien à rien avant d’arriver ici. Puis je fixais Ada. Je dois savoir quoi sur cette race ? Je n’en connais aucun ici.

Théa commença.

– Tu parles normal, ce sont de guerriers ours. La seule concession qu’ils ont faite lors des traités de paix, c’est de rester dans le nord de l’Europe en dehors des autres races et des humains. Ton Jacques n’a pas respecté le trai­té en se liant à une humaine. Il ne va pas être facile à convaincre, crois-moi. C’est une des races les plus têtues que je connaisse.

Ada lui fit signe de se taire et me répondit tout en consultant Mona du regard.

– Les Berseks ou guerrier ours sont originaires du nord de l’Europe. Les légendes disent qu’ils sont capables de prendre l’apparence et la force d’un ours lors du combat et que c’est eux qui ont mené les vikings à travers leurs invasions. Ils ont un caractère difficile et sont prêts à combattre pour tout et n’importe quoi. Durant la guerre, ils se sont contentés de tuer toutes les autres espèces présentent sur leurs territoires sans distinction. Comme a dit Théa, il était plus simple de les lais­ser en place puisque la seule chose qui les intéressait était de garder leurs terres. Il ne va pas ac­cepter de te laisser sans se battre, parce que pour lui, tu lui appartiens. C’est une chance que tu laisses Livius se faire passer pour ton compagnon. Francis n’aurait eu aucune chance de gagner s’ils avaient décidé de se battre pour ta possession. Ce qui n’aurait pas manqué avec un loup, mais Livius devrait pouvoir éviter ça.

Je blê­mis.

– Comment ça pour ma possession, c’est quoi ces âneries ?

– Je te l’ai déjà dit. Ils sont vieux jeu, bloqués dans le passé et complètement dépassés. Le mâle possède la femelle et voilou. Tu crois que je préfère imaginer comment le tuer plutôt que de ré­fléchir à comment le convaincre de te laisser, pourquoi ? Il n’acceptera pas de te laisser. Je pense qu’il s’est amusé en ton absence et que son amusement du moment ne lui suffit plus, surtout s’il ressent pour toi ce que nous avons senti. Il t’a laissé du temps, probablement pour donner l’apparence de remords envers ta famille et il vient reprendre ce qui lui appartient.

Voilà Théa haussant les épaules et à son regard, elle réfléchissait réellement à comment tuer mon ex et moi, j’appréhendais enfin la réalité de la situation

– Il est aussi dangereux que ça ? Tu penses vraiment qu’il pourrait tuer un loup ?

– Oui, ils sont dangereux, mais pour abattre Livius, il en faudrait plus.

Théa acquiesça et Ada termina par :

– Au pire, elle s’en chargera.

– Oui, avec plaisir.

Elle sourit de toutes ses dents la petite rouquine et à cet instant, elle avait l’air de ce que j’avais appris sur elle, dangereuse et mortelle. Du coup, je ne savais plus pour quelle raison je frissonnais, Jacques ou Livius ou Théa, ils me faisaient tous peur finalement.

Je pris le temps de me préparer mentalement à ma rencontre avec Jacques. Théa resterait avec moi. Ada avait réveillé Livius et ils avaient décidé qu’il devait se pointer à l’hôtel lui aussi, chouette, réunion de famille. Une fois que je ne tremblais plus, même si j’avais toujours peur, ma volonté reprenant le dessus, je m’accrochais à Théa et d’un pas hésitant, j’avançais en direction du salon enfonçant mes ongles dans le bras de Théa qui ne me lâchait pas.

Je le vis. Il était debout dans le salon et regardait le lac par la fenêtre. Superbe comme dans mon souvenir, il était blond, grand et d’une musculature qui m’avait toujours impressionnée. Vous savez les tablettes de chocolat dont on rêve un peu toutes, lui, il les avait. J’avais un pincement au cœur en songeant qu’il m’avait menti sur ce qu’il était tout ce temps, moi qui pensais qu’il avait juste mauvais caractère. Il tourna la tête vers moi et je vis, oh un minuscule instant, ce qu’il était, un guerrier venu pour vaincre. Il s’avança vers moi, les bras grands ouverts, un sourire éblouissant sur les lèvres. Théa s’interposa d’un coup et c’est elle qui lança la discus­sion.

– Recule, Bersek !

Il s’arrêta, baissa les bras et la regarda attentivement avant de cracher dédaigneusement.

– Une ondine.

– Pas une, je suis LA Théodora.

Dit comme ça avec cette voix emplie de pouvoir et de confiance ce simple prénom sonnait comme un avertissement, ce qu’il était. La Théadora, une ondine puissante et incroyablement sauvage, enfin, c’était avant Théa. Il le prit pour ce que c’était puisqu’il recula d’un pas en plissant les yeux.

– Je vois que tu as un garde du corps, me siffla-t-il.

– Non, j’ai une amie.

Ma voix n’avait pas tremblé et Théa, sous mon commentaire, était encore plus fière que la se­conde d’avant. Jacques avait le regard troublé et pas franchement convaincu. L’air était glacial et je me disais que la conversation que je souhaitais, n’aurait jamais lieu alors que la confrontation que vou­lait Théa, semblait bien partie pour avoir lieu, elle.

– Je vois que tu es bien entourée. Je ne me doutais pas qu’en t’installant ici avec tous ces renégats, tu apprendrais la vérité, je les pensais plus intelligents et prudents. Ça ne change rien, je suis venu te récupérer.

Voilà, il ne faisait même plus semblant d’être poli ou vaguement humain. Il me faisait penser à Da­vid et mon estomac se serra. Ma petite voix, tiens qui revoilà, me soufflait de lever la tête et de ne rien montrer de ma peur. Oui, super facile à faire alors que tout ce que je voulais, c’était dis­paraître dans le plus petit trou de souris, si possible de l’autre côté du monde. Je n’avais pas trop le choix, je devais faire face. Après un instant de réflexion, je calquais mon comportement sur celui de Théa, en bien moins impressionnant.

– Je ne t’appartiens pas. Je ne t’ai jamais appartenu et si je devais appartenir à quelqu’un, ce ne serait pas à toi, mais à celui que j’ai choisi.

Ma voix tremblait un peu, mais restait ferme, ouf. Je me concentrais pour ne pas laisser mes mains trembler et surtout pour ne pas faire demi-tour pour m’enfuir. Ce que tout mon corps rêvait de faire. Je le regardais, ses yeux bleus n’avaient plus rien de ceux que j’avais tant vu et admiré alors que nous étions en couple, plus de douceur en eux, mais de la dureté et de la fureur. Il était le même homme, mais je voyais des diffé­rences subtiles comme pour les habitants du coin. Savoir leur vraie nature me permettait de la distin­guer en dessous des traits humains. Je n’étais pas sûre que ce soit un avantage à ce moment.

Il me détaillait de la tête au pied. Il me jaugeait et je voyais parfaitement bien dans sa manière de me regarder que pour lui l’affaire était déjà réglée. Il ne me laisserait pas ici et pour lui, j’étais déjà dans l’avion du retour à ses côtés.

Non, je ne paniquais pas, c’était bien pire. C’est alors que ma pe­tite voix me souffla que je devais mettre mon collier en avant. Il me fallut un moment pour me souve­nir que le petit hibou qui vivait sur ma peau était l’emblème de Livius et montrait aux autres vam­pires que je lui appartenais, enverrait-il le même message à Jacques ? La seule manière de faire qui me vint en tête, fut de jouer avec. Ça marcha au-delà de mes espérances. Les yeux de Jacques s’y ac­crochèrent, ses sourcils se froncèrent et il grogna, toujours furieux.

– Vampire, qui ?

Puis, il me regarda bien en face avec un rictus en ajoutant.

– Aucun mâle ne pourra t’éloigner de moi. Pas plus que la mort liquide dont tu te prétends l’amie.

Les mots froids tombaient entre nous. Je m’attendais presque à entendre un boum ou deux lorsqu’ils toucheraient le sol mais, non, rien ne se produisit. Je campais sur ma position, le menton levé. Du coin de l’œil, je remarquais que Théa flottait à quelques centimètres du sol. Si mes souvenirs étaient bons, c’était le signe qu’elle se préparait à se battre. Je maintenais le regard de cet homme que j’avais profondément aimé et qui devant moi n’était plus qu’un étranger. Je refusais de me montrer plus faible que je ne l’étais. Aujourd’hui, ni lui, ni moi n’étions les mêmes, je savais et lui se montrait sous son vrai jour.

– Je ne prétends pas qu’elle est mon amie, elle l’est tout simplement. Pour être bien précise, elle vit avec moi ainsi que mon autre amie Ada qui t’as conduit jusqu’ici. Comme tu t’en doutes, c’est une louve rouge. Tu vois, ma vie ici me convient. Je ne partirai pas, jamais, et encore moins avec toi.

Pas mal du tout, ma Sophie, clair et net et sans trembler, t’es une championne ma grande, mais pense à respirer ce serait mieux, me susurra la petite voix. Plus qu’à porter le dernier coup. vas-y ma grande ne le loupe pas.

– Tu as perdu tout droit sur moi en me giflant et aujourd’hui je ne suis plus cette gamine qui t’adorait. Maintenant je te laisse le choix, tu t’en vas sans faire d’histoire ou mon mâle comme tu dis et mes amies t’y aideront.

Respire idiote ! Je soufflais, fière de moi.

Il s’avança alors avec une vitesse incroyable et voulu me saisir le poignet, mais j’avais reculé d’un pas et Théa était déjà placée entre nous.

– Tu vas arrêter tes conneries. Tes parents sont d’accord. Tu vas renter avec moi et faire ce qui était prévu, m’épouser. Je ne te laisse pas le choix. Tu n’as pas ton mot à dire. Tes parents et moi avons déjà tout prévu, cesse de faire la gamine.

Sa voix grondait de rage et je savais que l’argument de mes parents était vrai. Ils devaient m’avoir déjà marié avec lui et prévu une flopée de petits-enfants, mais je n’étais plus celle d’avant. Je voyais dans ses yeux ce qu’il pensait vraiment et je savais qu’il allait me tuer si je persistais à lui te­nir tête. Bon ben, je persistais.

– Non.

J’avoue, ce simple mot lancé au visage furieux de mon ex, me demanda bien plus de courage que traverser le monde pour finir ici m’en avais demandé. Je serrais les poings pour me rassurer, je me labourais la paume avec mes ongles sans m’en rendre compte mais, au moins, j’arrivais à dévier mon esprit de la monumentale trouille qui envahissait toutes mes cellules et qui n’allait pas tarder à me paralyser. Il le sa­vait, il le sentait, j’en étais sûr.

Chapitre 19

Je me sentais de plus en plus tendue et je ne voyais pas comment je pourrais raisonner Jacques.

Bonjour, lança la voix faussement joyeuse d’Ada.

Je sursautais, mon cœur manqua plusieurs battements, elle faillit me faire mourir de peur, mais je n’osais pas lâcher Jacques des yeux, car lui aussi me fixait sans ciller.

Ce n’est pas avant de sentir une main se poser sur ma taille et des lèvres effleurer mon cou que je me rappelais qu’elle avait été le chercher, sa main se posa à plat sur mon ventre pour me faire reculer, juste assez pour que je sente son corps se coller au mien. Les lèvres dans mon cou laissèrent passer ses dents et il érafla ma peau. Je le sentais sourire et je vis un chan­gement dans le regard de mon ex. Livius me tenait encore plus serré contre lui. Son autre main remontait doucement le long de mon bras et son souffle sur ma nuque me faisait frisonner. Tout mon corps se détendit et je penchais la tête en arrière contre son épaule. J’étais sauvée. Je laissais échapper un soupir de soulagement et lorsque sa main quitta mon bras pour venir saisir ma gorge, je le laissais faire en fermant les yeux.

– Si tu pouvais gémir, ce serait encore plus convaincant, me souffla Livius au creux de l’oreille.

Je gémissais alors qu’il glissait sa langue le long de ma gorge. Pas parce qu’il me l’avait demandé, mais bien parce que la sensation de son corps contre le mien et celle de sa langue sur ma peau me faisait réagir. Je n’avais pas encore signé pour devenir nonne, je vous signale, pas encore et ce que mon corps me renvoyait en sensations, me prouvait clairement que je ne signerai jamais. Du coup mon gémissement n’avait rien de forcé ni de faux, mais plutôt tout de celui de plaisir que seul un amant devrait entendre. On accusera l’adrénaline…

J’entendis gronder de deux manières différentes, une, était de désir, l’autre de colère. Je ne voulais pas ouvrir les yeux. Je n’avais nulle envie de voir qui d’autre était dans la pièce. Je voulais rester seule dans ma bulle avec Livius mais le grognement de colère se transforma en fureur et m’obligea à re­venir sur terre.

– Vous avez un problème ? Demanda Livius d’une voix calme.

Et amusée ? Oui, il trouvait cela drôle, il me lâcha, me retourna et m’embrassa. Il m’embrassait et merde! Il embrassait terriblement bien et je le laissais faire, pire, je participais. J’étais fichue. Comment retrouver une relation normale, enfin normal pour nous, après ça ? Quoique le seul et unique neurone qui restait en état de réfléchir avait décidé que finalement, on s’en fou de l’après. Il m’engageait à profiter, à fond, du moment présent. J’en profitais donc passant mes doigts dans ses cheveux et en collant le moindre centimètre de mon corps au sien. Le gémis­sement qui s’échappa alors de mes lèvres n’exprimait rien de moins que l’envie que j’avais ignoré depuis plus d’un an. J’oubliais où j’étais, j’oubliais qui était présent, je goûtais avec gourmandise tout ce que Livius m’offrait. C’est lorsque l’une de mes jambes se leva pour s’accrocher à lui qu’il me relâcha, bien trop vite à mon goût et m’ordonna, oui, ordonna !

– Reste à côté d’Ada ! Je dois discuter avec cette chose.

Il me repoussa. Mon esprit se cracha par terre et mon corps obéit automatiquement. Je rejoins Ada qui regardait attentivement le plafond en souriant. J’étais tellement à côté de la plaque que je lançais un regard au plafond pour comprendre ce qu’elle regardait, avant que ma petite voix se fiche royalement de ma gueule et que je tilte sur le pourquoi du comment. En deux secondes, mes joues se transformèrent en phares rouges et brûlants et je me liquéfiais de honte. La meilleure preuve qu’elle était mon amie, fut qu’elle ne fit aucun commentaire sur ce qui venait de se passer, rien de rien.

Le combat de coq qui se passait au fond de la pièce, me rendit mes esprits. Livius se tenait en face de Jacques et se présentait tranquillement, sans élever la voix et sans avoir l’air impressionné ou mal à l’aise, bien au contraire. Il ne tendit pas sa main, mais se plaça à quelque centimètre de Jacques qui ne bougeait plus et ce qui m’étonnait le plus c’était que son regard avait passé d’arrogant à mal à l’aise, je voyais presque de la peur. Ada retrouvant la parole me disait :

– Il était impossible que ton ex ne connaisse pas Livius de réputation même s’il n’a pas reconnu le symbole à ton cou et n’a pas vu tout de suite qui t’embrassait. Il ne peut plus ignorer qui lui fait face. Théa sera déçue de ne pas pouvoir le tuer, mais je ne pense pas que ce mec s’en sorte sans problème. Livius tient trop à toi.

Je regardais Théa du coin de l’œil, elle avait vu mon regard et venait vers nous. Elle avait une mine boudeuse, sa proie venait de lui échapper. Elle tapait des pieds, les mains enfoncées dans les poches, elle semblait si déçue que je me mis à rire. Hé oui, la tension, la peur, le stress ressenti depuis le matin avait décidé de sortir sous forme de rire devant la mine de ma copine trop déçue de ne pas pouvoir tuer gaiement mon ex alors que les deux trucs débordant d’arrogance se jaugeaient au fond du salon.

Li­vius fut près de moi en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire.Il me prit dans ses bras et me fit tournoyer avant de m’embrasser fougueusement. Il me chuchota un t’es folle, mais génial puis me repo­sait et se tournait vers Jacques.

– Tu vois elle est tellement sûre qu’elle est mienne qu’elle rit à l’idée que tu puisses penser qu’elle t’aime encore. N’est-elle pas adorable ?

Puis, d’un ton bien plus sombre, en se rapprochant de Jacques, il précisa :

– Elle m’appartient.

Il avait à peine fini ses mots que Jacques s’élançait vers moi et s’écrasait à mes pieds. Pas tout compris moi, alors qu’il se relevait, je vis que son nez était en sang et qu’une balafre ornait sa joue. Rapide, ce fut. Jacques essuyait le sang qui coulait sur son visage, mais au lieu de reculer, il se jetait sur Livius et fini à terre avec une nouvelle coupure, au bras cette fois-ci. Il reculait, furieux et moins sûr de lui qu’à son arrivée, mais pas encore décidé à laisser tomber.

Alors, je sentis l’air autour de moi s’épaissir, devenir irrespirable, sans que je comprenne pourquoi. Ada disparut de mon champ de vision, enfin, elle ne disparut pas vraiment puisqu’un loup aux ba­bines retroussées l’avait remplacée. Puis j’entendis la chanson qui sortait des lèvres de Théa alors qu’elle s’élevait comme prise d’un ouragan qui ne touchait qu’elle. Cette chanson me donnait envie de vomir, quant à Livius, il restait immobile. Il n’aurait pas eu l’air plus calme s’il avait été dans son fauteuil à la maison. Il m’énervait de calme.

Devant moi, l’homme que j’avais aimé au point de vouloir l’épouser avait une fourrure épaisse et blanche qui le recouvrait et son corps semblait devenir flou, mal défini. Il ne se transformait pas aussi rapidement que ma louve, mais petit à petit, la forme d’un ours devenait tangible. Un ours im­mense debout sur ses pattes arrière qui répondait au grognement de la louve par un encore plus fort. Mince, il était terrifiant.

Ma petite voix se fit entendre, elle me fit remarquer que là je devais me calmer un peu. Tu n’as pas eu peur d’Ada en loup. Tu n’as rien dit quand Théa, c’est mis à voleter alors ta gueule, un ours pfff. Tu ne vas pas faire l’enfant. Ce n’est qu’un ours.

Mouais, mais un ours de plus de deux mètres qui n’avait pas l’air ravi et prêt à tailler en pièce mes amis et c’était de les perdre qui me faisait le plus peur. L’idée qu’ils se battent et soit blessé à cause de moi, me terrifiait encore plus que l’ours qui se dressait devant moi. Je hurlais.

– Jacques, ça suffit, arrête tes conneries !

Stop, pause, c’est moi qui ai hurlé ? Mais heu, il me prend quoi ? Non, parce que là-dedans j’étais quand même la seule qui risquait sa peau. Les quatre autres seraient peut-être blessés, mais moi… Mais bordel qu’est-ce qui m’avait pris ? Au secours ! J’avais envie de me frapper la tête contre un mur pour me remettre les idées en place et faire taire ma petite voix qui hurlait de joie dans ma tête en disant : vas-y mets en leur plein la vue. T’es la meilleure !

Bien sûr, ta gueule la voix, non mais te jure !

A première vue, il n’y avait pas que moi qui en étais surprise parce que plus un bruit ne se faisait en­tendre et que quatre paires d’yeux étaient braqués sur moi. Ils avaient l’air franchement estomaqués. Ben quoi, une petite humaine qui remet au pas quatre dangereux tueurs, à peine de quoi se prendre la grosse tête, non ?

Franchement non, je n’en menais pas large. Je ne me prenais pas pour ce que je n’étais pas. Non, je suis incapable de me battre contre eux, pas la moindre chance de m’en sortir vivante si le cas se présentait. J’avais juste eu un coup de gueule et je le regrettais déjà.

L’ours en face de moi devenait trouble et la louve sur mon côté avait perdu tous ses poils, en quelques instants les deux métamorphes étaient redevenus humains et me fixaient.

– Qu’est-ce que tu es ?

La question maintes fois posée venait cette fois de la bouche de mon ex. J’allais finir par croire que je n’étais pas humaine. Par contre, de là à penser que ma petite personne avait des pouvoirs extraordinaires, c’était risible comme si je pouvais faire plier les dingues qui peuplaient ma vie simple­ment en hurlant. Ridicule et même plus, ce n’était que par surprise que je les avais eus, rien d’autre. La petite chose que j’étais avait osé crier et c’était tellement inhabituel que ça les avait stoppés. Enfin pas tous, Théa était toujours au centre de sa tornade personnel. C’était risible, mais ça avait fonction­né. Le retour de visages humains autour de moi me fit du bien, sincèrement, je me sentais moins pe­tite, moins démunie, pas sauvée, mais mieux.

– Ça ne te regarde pas.

La réponse prononcée calmement venait de Livius, Ada me soufflait à l’oreille.

– Ne dis rien. Ne dis rien, laisse-le parler.

Mais franchement, ce sous-entendu sur ma soi-disant face cachée et non hu­maine ne me plaisait pas. Il y eut un duel de regard, le doute enflait dans celui de Jacques. Un truc lui échappait, il le sentait bien, mais ne voyait pas quoi.

– Je te croyais humaine souffla-t-il, je n’ai jamais senti que tu ne l’étais pas.

– On n’a jamais dit que les Bersek étaient les plus douées pour décrypter les énergies. Vous êtes de bon combattants, mais rien de plus.

Ada l’avait dit d’une voix dédaigneuse. Je ne l’avais jamais entendu parler ainsi. Elle n’était pas en colère, dangereuse, oui, mais pas en mode attaque. On aurait dit qu’elle parlait à une limace dégoû­tante. Mais, bon sang, il y avait combien de limaces dans cette histoire ? Note à moi-même trouver une autre analogie. On en revenait à cette idée stupide que je n’étais pas humaine, ça me fatiguait, mais à un point que vous ne pouvez pas imaginer.

Jacques reculait encore, son regard passait de Théa qui continuait à flotter à Ada qui se moquait clairement de lui, puis il se tournait vers Livius qui avait enfilé son masque de “je suis le meilleur et j’emmerde tout le monde parce que moi je sais”. Bref, il avait le visage du grand con de vieux vampire qu’il pouvait être parfois.

– La dernière louve rouge, la mort liquide et le tribun, tous prêts à se battre pour une femelle, c’est plus qu’une énergie quelconque qui m’échappe. Qu’est-elle réellement ?

Il me regardait de la tête au pied. Il me scannait les sourcils froncés. Il était clair qu’il ne comprenait pas ce que j’avais de spécial, lui non plus. Bienvenus au club ! Chers amis, vous qui tenez à comprendre, veuillez prendre un ticket et attendre votre tour pour tenter de percer le mystère et débrouillez-vous sans moi parce que moi, je n’en savais rien.

– Elle est Sophie, ma compagne et amie des deux femelles qui se trouve ici.

Ce fut la seule réponse qu’il reçut et même si j’avais envie de râler sur le pronom possessif et le terme femelle qui me faisait frémir. Je restais tranquille. Ce n’était pas le pire entendu depuis quelques heures. J’attendais que quelque chose se passe, n’importe quoi et si possible vite, ça m’arrangerait. Je me sentais de plus en plus mal à l’aise.

– Je pense qu’il est temps pour nous de rentrer, me dit le fier compagnon que la situation m’avait offerte.

Il passa un bras autour de ma taille, me poussait doucement en direction de la sortie quand Jacques lança :

– Elle reste mienne.

Il tournait en rond avec ses à moi, à moi, à moi. On n’avançait pas là et j’avais envie de dire à Théa : vas-y fait ce que tu veux. Je fermais les yeux, serrant mes paupières le plus fort possible. J’avais l’impression que rien ne permettrait d’avance, il considérait que je lui appartenais, je considérais que non. Livius, je ne savais pas ce qu’il pensait et là, tout de suite, je m’en moquais. Je voulais rentrer chez moi, retrouver ce semblant de normalité qui était ma vie aujourd’hui.

Je me retournais pour faire face, tout en moi se tendit de rage et de ras le bol. Je regardais Théa, bien en face et je m’entendis dire :

– Fais ce que tu veux, là, j’en ai marre.

À part Théa qui me lança un sourire radieux, les trois autres présents eurent l’air surpris enfin plutôt ahuri ou plutôt, oui je dirais qu’ils me regardaient comme si j’étais devenue folle.

Le monde de­vint flou. Une brume épaisse se mit à remplir la pièce, une brume humide et froide. L’ouragan per­sonnel de Théa semblait l’absorber. Elle était petit à petit entourée d’une brume dont les gouttelettes se regroupaient en filet d’eau de plus en plus épais et nombreux. En quelques instants, un torrent tournoyait autour d’elle. Un torrent qui grondait, mais qui n’empêchait pas la chanson basse qui sor­tait des lèvres de la rouquine de se faire entendre. Le son prenait de l’ampleur et l’eau prenait vie en un bras qui avançait vers Jacques. Plus la chanson devenait forte, plus le torrent d’eau grossissait, plus le bras d’eau s’épaississait.

Le Bersek se retrouva enveloppé d’une bulle d’eau qui semblait le coller quels que soient les gestes qu’il faisait. Il étouffait. Il se noyait. Il s’écroula à genoux, ses yeux me suppliant de tout arrêter. La chanson de l’ondine faisait vibrer toutes les cellules de mon corps. Elle semblait répondre à ma rage, à ma peur. Je ne voulais pas que ça cesse. Je voulais le voir mort. Rien d’autre ne comptait plus.

Je ne me re­connaissais pas. Je voulais la paix et si cela devait passer par sa mort, je m’en moquais. Une partie de moi enfuie bien profond se réveillait et avait pris les rênes de mes pensées. Une part sombre que j’ignorais posséder, mais bien réelle en cet instant. Je voulais le voir mort.

Et, Livius m’embrassa.

Un baiser doux, tendre qui me prit par surprise avalant ma colère. S’il avait été exigeant ou passionné, il n’aurait pas atteint cette partie de moi qui voulais juste la paix et le calme. Un baiser fougueux aurait probablement poussé mon côté sombre, mais pas cette douceur, cette tendresse que je sentais sur mes lèvres. Elle me donnait envie de plus de douceur, mais une par­tie de moi refusait de se calmer. Une partie de moi voulait qu’enfin Jacques me lâche et si pour cela il devait mourir, pas mon problème. Une autre partie me suppliait de refuser de passer ce cap, de rester Sophie, la petite humaine toute simple, de renoncer à laisser mon amie tuer encore une fois à cause de moi.

Je crois que c’est plutôt cette idée, lancée par la petite voix qui ne faisait pourtant que murmurer dans les tumultes de mes émotions qui me fit hésiter. Je ne pouvais pas demander ça à mon amie. J’avais déjà été la cause de la mort de David, peut être méritée pour mes amis, mais la punition était déme­surée de mon point de vue. Je ne voulais pas que Théa tue encore à cause de moi alors qu’il y avait d’autres solutions.

Je repoussais sèchement Livius et me concentrait sur Théa décidée à l’arrêter. Le flot qui l’entourait semblait impéné­trable. Je devais réussir à attirer son attention. Je l’appelais du plus fort que je pouvais. Pourtant, elle n’entendait rien entre sa chanson et le bruit de l’eau. Rien ne pouvait pénétrer son ouragan. Je déci­dais sans trop réfléchir de m’approcher. Je m’attendais à devoir contrer le courant de l’eau qui tour­billonnait. Je m’attendais à devoir lutter pour réussir à passer ce barrage tournoyant. Ce fut plutôt comme entrer dans une rivière, oui il y avait du courant, oui je tenais à peine debout, mais j’avançais doucement sans rencontrer la résistance impénétrable crainte. Je ne voyais plus que Théa qui ne voyait plus rien d’autre que sa proie. Je m’approchais en tendant les bras, un pas après l’autre, dou­cement pour ne pas me faire emporter. Une fois passé la barrière liquide, le calme me surprit. L’œil de l’ouragan, là où mon amie dirigeait le courant, était empli de vent, un vent léger et agréablement chaud. Elle ne me voyait pas. Elle ne m’entendait pas. Alors je fis la seule chose que je pouvais faire, je la tou­chais. Je l’attrapais pour la ramener contre moi et je la serrais fort dans mes bras en lui disant douce­ment avec toute la tendresse que j’avais pour elle :

– Arrête il a compris. Je ne veux pas que tu le tues, pas toi, pas comme ça. Je t’aime trop pour te laisser faire, s’il te plaît, arrête ! Je suis tellement désolée de te l’avoir demandé. Tu mérites mieux comme amie.

L’eau retomba d’un coup en me détrempant et je me pris la plus grosse et la plus longue engueulée de ma vie de la part de ma rouquine furieuse.

Elle était furieuse après moi, pas parce que je lui avais demandé de tuer Jacques, pas non plus de lui avoir demandé d’arrêter, mais totalement hors d’elle que je puisse penser un seul instant que j’étais une mauvaise amie. L’ordre des priorités de Théa n’était vraiment pas le même que le mien. Je la laissais hurler, pester, râler, me maudire jusqu’à ce que le calme fit son retour. Elle était rouge de colère, mais n’avait plus de voix. J’avais les oreilles qui sifflaient et les trois autres avaient des yeux ronds et des bouches béantes.

– Waou, fit Ada.

– Eh bien, fit Livius.

– Merci ! Souffla Jacques.

Du grand n’importe quoi ! Et moi ? Moi, je sautais sur Théa pour l’étouffer dans mes bras en lui as­surant que plus jamais, jamais de toute ma vie, je ne lui demanderais quelque chose de semblable. Je tenais trop à elle. Je dis le tout en pleurant à chaudes larmes.

Jacques restait étendu par terre à reprendre son souffle, Ada se tenait à côté de Livius et tous les deux me regardaient d’un drôle d’air. Je relâchais Théa et me tournais vers Jacques.

– Tu repars demain et tu ne reviens plus. Dis à mes parents que tout va bien pour moi que je suis heureuse. Que j’ai des amies et un ami que je leur présenterai si les choses deviennent sérieuses. Que ce sont des gens bien et que tu les as trouvés sympathiques. Si j’apprends que tu as fait la moindre remarque désagréable sur l’un d’eux. Je ferais en sorte que plus jamais tu ne puisses le faire. Suis-je assez clair ?

Il se releva et me fixait, toujours aussi furieux.

– Tu… commença-t-il.

Et je me mis à hurler.

– Non, je ne t’appartiens pas. Non, plus jamais je ne serais tienne. Je suis ici et j’y reste, je te déteste, comprends-tu bien, tu es un monstre, un salaud.

– Monstre, me coupa-t-il, et elle ?

Sa main montrait Théa. Je hurlais encore plus fort, poussée par ma petite voix qui jouait au coach dans ma tête, je m’étonnais moi-même, mais on ne touchait pas à mes amis.

– Elle est mon amie, j’ai confiance en elle et je t’emmerde. Tu n’es rien de plus qu’un abruti qui pense que la force permet tout. Je me fous du nombre de morts qu’ils ont fait. Je me fous de leur passé. Je me fous de ce qu’ils sont. Aucun d’eux ne m’a frappé. Aucun d’eux ne m’a donné d’ordres.

Bon d’accord ce n’était pas tout à fait vrai, on n’allait pas se prendre la tête pour des détails, je continuais alors que ma voix montait dans les aigus.

– Ils m’ont accepté tel que j’étais sans me dire que je n’étais rien ou pas assez ou trop. Eux, ils m’aiment réellement. Eux ont pris soin de moi. Eux m’ont protégé. Eux, je les aime, pas toi.

Je crachais les derniers mots en reprenant ma respiration pour continuer, mais je n’en eus pas le temps. Je le vis avancer, je vis ma mort dans ses yeux. Je n’avais pas le temps de bouger pour l’éviter. Je paniquais.

Je vis du sang qui coulait de sa bouche. Ses yeux remplis de fureur se voilèrent, ses genoux se plièrent. Il était à genoux devant moi sans que je comprenne comment. Avec lenteur, il s’écroula sur le côté, mort. Ça n’avait duré qu’un instant, un battement de paupière, je n’avais rien vu, rien compris, mais Jacques était mort. Le silence était solide autour de moi. J’avais l’impression que l’air était devenu si épais que j’arrivais à peine à respirer.

Je relevais les yeux du corps à mes pieds en remontant le long des jambes qui se tenaient derrière. Je m’arrêtais un instant sur un long couteau couvert de sang, puis sur la main qui le tenait, puis sur le visage de Livius droit devant moi. La rage déformait son visage, aucune autre émotion n’était visible. Il était juste fou de rage. Le silence s’éternisait. Rien ne bou­geait, puis Ada parla.

– Mince, je n’ai même pas eu le temps d’intervenir.

– Fais chier, il est trop rapide, propre et sans bavure, beau boulot, approuva Théa.

Elles avaient toutes les deux la voix bougonne. Je me tournais pour les regarder. Elles s’étaient rapprochées pour regarder de plus près, sans gêne. Je soupirais, je recommençais à respirer.

– Il aurait pourtant mérité de souffrir un peu plus, grinça Ada.

Voilà, rien de plus à dire, juste flûte trop rapide et trop bien fait, je te jure, je ne m’y ferais jamais.

– Préviens Albert ! Ordonna Livius.

Ada s’empara de son téléphone et discuta tranquillement avec le dénommé Albert. Elle parlerait de sa liste de course qu’elle ne serait pas plus émue. Il fallait vraiment que je m’enfonce dans le crâne qu’aucun de mes amis n’était tout doux, sinon ce genre de réactions allaient continuer à me mettre dans tous mes états. Et puis franchement, c’était la première fois que je voyais un homme, enfin non, enfin si, bref, c’est la première fois que je voyais un mort et je ne le prenais pas aussi bien que mes amis. Ben ouais, je m’effondrais, je m’évanouissais, Black out total. Vous pensiez quoi ? Que je prendrais tout ça tranquillement ? Ben non, je n’avais rien de la tueuse à sang-froid. Je n’étais qu’une petite humaine stupide.

Je ne touchais pas terre, des bras me saisir et m’allongèrent sur le canapé. J’ouvris les yeux pour voire trois paires d’yeux qui m’observaient avec appréhension. Je bougon­nais, agitais la main pour les faire reculer et me redressais lentement. Une fois assise, c’est un quatrième regard qui me troubla.

Un grand type au crâne rasé était debout quelques mètres plus loin, sa peau sombre s’ornait de tatouages et mes neurones pédalaient pour trouver d’où ils l’avaient déjà vu. Ils pédalaient dans le vide, je le reconnais, ils avaient eu leur compte. L’homme regardait la scène qui se passait devant lui, ses sourcils se levaient de plus en plus, preuve que le spectacle était assez surprenant, mais surtout ses yeux passaient sans s’arrêter sur l’équipe qui m’en­tourait. Remarquant que je louchais par-dessus leurs épaules, ils se retournèrent.

– Pas trop tôt, il ne fallait surtout pas te presser.

C’est Ada qui houspillait le nouveau venu.

– C’est qui ? murmurais-je.

– Alfred, le propriétaire de la station-service. Tu l’as déjà vu !

Oui, je l’avais déjà aperçu, enfin surtout ses pieds qui dépassaient parfois des voitures qu’il réparait, mais sans plus. Il ne figurait même pas dans un chapitre de mon livre, alors ma question suivante était, de mon point de vue, logique, pas aux leurs, vu les haussements d’yeux qui me firent face.

– Et pourquoi il est là ?

– Le clan Bersek est sous la responsabilité des miens quand ils quittent leur territoire.

Sa voix était grave et tranquille comme toute son apparence d’ailleurs, si on exceptait ses sourcils le­vés. Il nous laissa pour se planter au-dessus de Jacques et le souleva par la veste, le jeta sur ses épaules et sortit. Voilà, comme si de rien n’était et sans plus de commentaires. C’est Ada qui me fournit les explications

– Il va s’occuper de tout, prévenir la famille et leur expliquer ce qui s’est passé, décider avec eux ce qu’il faut faire du corps, prévenir le clan et faire les démarches pour que la disparition de ton ex soit expliquée. Je pense que ce coup-ci un accident d’avion serait une bonne façon d’éviter toutes les questions. Il a l’habitude de gérer, ne t’inquiète pas ton nom ne sera même pas pro­noncer.

– Heu, si quand même tout le monde savait qu’il venait me voir.

– Tu joueras l’émotion au pire, désolée pour lui, pour ses parents, mais rien de plus.

Mais bien sûr, tout simplement, sans me prendre la tête, elle rêvait. D’un mouvement de main, elle écarta mes protestations à venir.

– Nous ne sommes pas humains, tu te souviens ?

Oui, bon d’accord, ça finira bien par me rentrer dans le crâne, un peu, un jour.

– Allez on rentre, je passe prévenir Mona.

Voilà, on range Sophie et les grandes personnes gèrent le reste, mais comment allais-je pouvoir avaler ce qui s’est passé ?

Je traversais dans une sorte de brouillard les premiers jours puis au fils du temps ma nouvelle nor­malité repris ses droits. Avoir Ada et Théa comme amie aidait bien, Livius, lui disparaissait des se­maines durant, revenait quelques jours avant de repartir.

Il m’a fallu des semaines pour digérer la mort de Jacques. Comme Ada l’avait envisager, la version officielle fut l’accident d’avion. Mes parents me téléphonèrent pour me dire combien ils étaient désolés pour moi que ce drame arrive au moment où, enfin, nous allions nous réconcilier. Du moins c’était ce qu’il avait prétendu et me redire une centaine de fois qu’ils comprenaient que je préfère rester ici, loin des souvenirs. Je jouais sans trop de mal la fiancée choquée par la mort de Jacques, choquée je l’étais réellement, mais pas pour ce que s’imaginait ma famille. Tout avait été réglé et géré par Alfred d’une main de maître.

Une nouvelle routine s’installait, j’avais repris le travail et James me faisait faire l’inventaire entre deux clients, ce surcroît de travail me sortait de mes pensées négatives. Les repas du mardi avaient repris et le chouchoutage intensif prodigué par mes amis finissait doucement de me ramener à la vie. Je me sentais mieux, mais je m’en voulais toujours alors que pour tout le monde rien de grave ne s’était passé, différence énorme de manière de voir ce qui venait d’arriver, mais j’allais de l’avant.

Chapitre 20

À part une certaine ouverture d’esprit, acquise un peu de force, auprès des deux folles qui me servaient d’amies, la plus grande différence dans ma vie, était que le comportement des habitants avait bien chan­gé. Je n’étais plus l’étrangère, je n’étais plus une petite chose sans défense. J’en eus la preuve quand le mois d’octobre pointa son nez et que Suzanne me remit d’office derrière le stand de tarte, encore. Cette fois-ci, ce n’était plus parce qu’on ne me connaissait pas que les clients venaient acheter en grande quantité et rapidement mes tartes, mais au contraire pour éviter de me contrarier, et donc de contrarier mes amis, du moins c’est ce que prétendit Suzanne.

Je dois avouer que de voir Suzanne et Ada mourir de rire en me le disant fut un tantinet désagréable, entendre Théa assurer qu’ils avaient bien raison de se méfier avant d’imiter son fameux Conti-Dracula susurrant à tous les passants “je vais te manger”, fut des plus hilarant. Nous pleurions toutes les trois de rire alors qu’elle restait sérieuse en s’enroulant dans la nappe qui lui servait de cape et qu’elle s’en retournait à son stand de trucs bizarroïdes.

Les tartes vendues, Suzanne ravie me laissa pour aller s’occuper de son mari qui avait disparu de­puis un moment, plus attiré par la bière que par les tartes. Ada étant occupée avec ses chers touristes adorés, non, elle n’en avait dévoré aucun, enfin à ma connaissance. J’allais soutenir Théa à son stand ou l’emmerder selon elle.

Je plaide coupable, mais l’entendre doubler les prix, sans broncher le moins du monde, me faisait grincer des dents. Je lui faisais perdre des ventes selon elle. Elle me poussa loin en m’ordonnant d’aller pourrir la vie de quelqu’un d’autre et qu’elle me retrouverait plus tard, le tout dans un grand éclat de rire.

Ce que je fis me baladant pour la première fois sans garde du corps et sans avoir l’impression de risquer quelque chose. Le souvenir de David ne me revint qu’au moment du feu d’artifice, vite remplacé par les rires de mes amies.

Ma seule contrariété venait des absences de Livius. Bon d’accord notre relation n’était pas clair, pas simple, mais il avait toujours été là et sa présence me manquait, je n’y pouvais rien. D’un autre côté, Conti avait pris en douceur une place lors de nos petites bouffes du mardi soir et se mon­trait beaucoup moins vieux-jeu que prévu. Il supportait de mieux en mieux les remarques ironiques de Théa que je soupçonnais d’avoir toujours pour lui un petit faible, ce qu’elle niait absolument. Le seul problème de Conti était qu’il ne pouvait pas participer au repas et se sentait parfois comme le vieil oncle édenté qui attend sa purée, enfin, c’est Théa qui le qualifiait ainsi. C’est au cours de l’hiver qu’avec Ada nous avons joué aux petits chimistes pour aromatiser la nourri­ture liquide du pauvre oncle Conti. Ce ne fut pas à chaque fois une réussite, j’en conviens. Ils jouaient le jeu et les fous rires que ces grimaces de dégoûts produisaient resteront dans les annales.

Nous avions fini par trouver de quoi lui faire plaisir et il nous suivait entre entrée et dessert avec de petites quantités de sang goût fraise, chocolat ou café, ses préférés. Lorsque Livius était présent, une fois sur deux environ, il refusait avec obstination de tester nos créations et regardait Conti avaler avec plaisir ce qu’il qualifiait de sacrilège avec une mine dégoutté. Mine que Théa appelait sa tête de phobique de la nouveauté avant de préciser que certains vins tournent au vinaigre en vieillissant, heu­reusement d’autre devenaient des grands crus, ce qui faisait sourire Conti de toutes ses dents.

À Noël l’invasion fut totale, quarante-deux loups, ma famille d’adoption, ma sœur ondine, un patron sorcier, deux papa-vampires et moi. Si le nombre continuait à augmenter il faudrait pousser les murs. Là, les meubles étaient entassés dans une des chambres de l’étage. Les tables serrées au maximum et les sardines, pardon les invités, avaient juste la place de respirer.

Au cours de la soirée, j’avais tenté à plusieurs reprises d’ouvrir mes cadeaux arguant que nous étions le lendemain et que la tradition serait respectée, mais rien n’y fit.

Oui, je sais, je veux que l’on me res­pecte comme l’adulte que je suis, pourtant, Noël me faisait redevenir petite fille, c’est comme ça. Et puis j’avais reconnu les fameuses boîtes à biscuits que finalement j’adorais. Biscuits et écharpes avec bon­nets seraient cette année encore mes cadeaux, trois ans et hop, voilà une tradition qui se crée toute seule.

La soirée se finit à l’aube. Personne ne marchait plus très droit. Ha, bonne nouvelle, on avait enfin cessé de surveiller ma consommation d’alcool. Ce qui pour moi, était une vraie avancée.

Théa avait emménagé pour l’hiver ou pour toujours, je n’en étais pas bien sûr. J’en étais ravie, mais elle éparpillait ses affaires comme le petit Poucet ses cailloux et passait des heures sous la douche. Ça me rendait folle ! J’appréciais la vie qu’elle mettait dans la maison avec ses fous rires et je ramassais presque sans râ­ler ce qu’elle s’obstinait à semer.

Ada avait réintégré son chez-elle chéri, mais passait régulièrement pour nos marathons séries. Je m’étais inquiétée. J’avais peur qu’elle pense que Théa prenait toute la place. Ada m’avait rassu­rée, elle aimait son indépendance. Certes les loups vivent en meute, entre le clan des loups très présent en ville et son oncle, elle se sentait déjà assez entourée pour ne pas avoir envie de vivre en colocation surtout avec la pagaille que semait Théa avait-elle précisé puis elle s’était moquée de mes envies de calme pas vraiment respectées, elle n’avait pas tort.

Voilà trois ans que j’étais arrivée ici, voilà trois ans que ma vie avait pris un étrange tournant, riche d’amitié, sombre par le passé et le caractère de mes amis, cependant, rempli d’amour et de tendresse. J’avais fini par intégrer que le monde n’était pas tel que je l’avais pensé pendant plus de 26 ans. Il était bien plus riche. James m’avait fait comprendre que je n’avais fait que soulever le voile, mais soyons sérieux, je trouvais que ce qui avait été dévoilé me suffisait pleinement et je ne souhaitais pas en savoir plus.

Il faut toujours se méfier de ses souhaits.

Les choses sont devenues plus compliquées pour moi en mars. Pas ma faute, je tiens à le préciser, mais par le besoin protectionniste de Livius qui avait atteint des sommets et le rendait invivable, même pour Théa et qui nous avait toutes mises sur les nerfs. Il m’avait réveillé en pleine nuit pour discuter de ce que je devais faire ou pas plusieurs fois par semaine. Il avait fini de me rendre dingue en me secouant encore une fois au milieu de la nuit pour de mon point de vue me pourrir mes nuits, du sien pour me prévenir qu’Ada allait revenir à sa demande et qu’il serait absent deux semaines, colloque vampirique en cause. Il avait mis la moitié de la nuit pour m’expliquer ce qu’il comptait organiser pour ma sécurité.

Je vous explique, sa résurrection avait créé un mini séisme. Il n’était pas le plus vieux vampire en vie, cependant il faisait partie des dix plus vieux, ça Théa avait suffisamment insisté dessus pour que je comprenne.

Un conseil des dix régissait la totalité des clans vampires, un peu comme celui des huit qui régissait la ville sauf qu’eux croyaient en la démocratie, les trucs à dents longues beaucoup moins. Sa résurrection avait donc chamboulé l’ordre du conseil, crée un mini drame politique et secoué le cocotier en pierre du flegme vampirique. Après de longues discussions et remises en ques­tion, il fut décidé de lui rendre son rang enfin pour être précis, il reçut l’ordre de réintégrer son rang. Réintégration qui se ferait en grande pompe la semaine prochaine. Une semaine nécessaire pour res­pecter un protocole vieux et rigide et pompeux.

Il serait donc absent et dans sa tête d’anxieux papounet-vampire-protecteur, rôle qu’il s’était attribué tout seul, il lui fallait donc renforcer la sécurité ce qui me saoulait et pas que moi. Théa fomatait son meurtre dix fois par jour et disait à voix haute combien sa disparition ne saurait tarder. Ada tentait de rester neutre, par contre, elle avait trouvé un moyen de faire connaître avec humour ce qu’elle ressen­tait. Elle portait une veste avec Team Sophie peint dans le dos, sans dire un mot plus haut que l’autre. Il ne nous trouvait pas drôles. On le trouvait lourd. Conti avait même fini par lui propo­ser de dormir au pied de mon lit pour qu’il se calme. Va comprendre, il s’est pris une droite de Li­vius. Ada avait ajouté le symbole peace and love sur l’avant de sa veste et Théa avait proposé que je dorme dans la cave pour le rassurer. Elle était prête à m’enchaîner pour calmer le vampire. Bref, on était tendu.

Le week-end précédent le colloque des sangsues aux dents longues frisa le grand n’importe quoi. Alors que j’étais gavée de conseils sur la sécurité : ferme les portes à clefs, même celle de ta chambre, contrôle que les fenêtres soient toutes fermées correctement, etc. Théa lui fonça dessus, l’attrapa par le col et le tirait en pestant dans la cave. Ada et moi en avions conclu qu’une discus­sion animée allait avoir lieu et Ada alla chercher du pop-corn pour, à défaut de voir, profiter du son. Nous n’avons pas réagi aux cris, mais le bruit de cascade qui nous parvint nous inquiéta. Lorsque avec Ada nous avions ouvert la porte une Théa furieuse en jaillit en râlant. La cave était ravagée enfin, inondée serait plus juste.

– C’est chiant à noyer un vampire !

Nous n’en sûmes pas plus. Ada avait haussé les épaules et retournait au salon regarder la télévi­sion. Elle méritait la médaille d’or du stoïcisme. Je filais à la cave inspecter les dégâts et finis morte de rire en voyant Livius furieux et détrempé au milieu d’un lac souterrain. Deux conclusions s’imposaient : les travaux de la cave commenceraient au printemps et Livius ne pourrait rien en dire et il ne faut vraiment pas énerver Théa.

James débarqua trente minutes plus tard. Ada lui avait envoyé un message. Elle n’avait pas eu be­soin de voir l’état de la cave avant de demander de l’aide à qui de droit. Il regarda le désastre et s’occupa d’évacuer l’eau, Théa ayant refusé. Parfois, c’est pratique d’avoir un sorcier dans ses amis.

Il s’occupa aussi de calmer Livius et pour en finir une fois pour toutes avec cette dispute, lui promis de s’occuper personnellement de protéger la maison.

On n’allait jamais en finir.

Le soir Livius stressait. Théa boudait. James dessinait sur les murs et Ada était allé se promener en annonçant une patrouille autour de la maison et moi ? Moi, je voulais juste dormir. Drôle d’idée…

Je me lançais dans un marathon dvd et juste pour la vie infernale qu’il m’avait fait endurer toute la se­maine, je regardais Twilight, Je vous fais grâce de ses commentaires. Théa finit par me rejoindre sur le canapé. James intrigué se mit à regarder debout derrière nous, avant de finir mort de rire et Ada réapparut avec un bol de chips. Elle aimait les films comiques, m’avait-elle, confié un jour. Nous étions quatre contre un. Livius disparut dans sa cave. Enfin, le calme était revenu.

Livius parti dimanche en fin de soirée. Il avait commencé par redonner toutes les instructions de sé­curité possibles et imaginables, mais avait dû éviter de justesse un flot d’eau qui sortait de nulle part selon Théa et enfin, enfin, il nous laissa. Pff !

Je pensais que Théa était la plus épuisée par tant de conseil, mais c’est Ada qui claqua la porte der­rière lui et nous annonça que s’il n’était pas parti elle aurait fini par l’égorger. Ma reine de la zéni­tude ne l’était pas ! C’est soulagée et riante que nous nous jetâmes sur le canapé et toujours riantes que nous choisissions le programme de la soirée, pizza, chips et Sherlock. Ben quoi ? Nous n’étions toujours pas d’accord sur le meilleur des trois.

J’envisageais les semaines à venir comme un camp de vacances un peu dingue. Ada serait avec moi,même à la librairie. Une concession faite au frappa-dingue de la sécurité. Théa nous retrouverait pour les repas de midi. Une semaine fille pleine de rire, le programme rêvé après les jours de faites attention à ça ou à ci que nous avions traversés.

Le jeudi pointait son nez, nous étions toujours en total désaccord pour Sherlock. Rien à faire nous campions toutes sur nos positions. De guerre lasse, j’avais écumé le net à la recherche d’une nouvelle série qui pourrait nous mettre d’accord, Ada trancha avec Supernatural et la guerre du : c’est qui le plus mignon commença.

C’est installée confortablement sur le canapé entouré de mes amies que la semaine gueguerre de filles, connu un arrêt net. Alors qu’Ada rigolait de la manière dont mourait un vampire. Non elle n’avait rien contre, enfin si, mais contre un en particulier. Je commençais à me sentir mal. Une im­pression d’étouffement, un mal au cœur douloureux. Je respirais par à-coups, je me mis à gémir. Pa­nique générale ! Moi, parce que j’avais l’impression de faire une crise cardiaque, mes amies parce qu’elles n’y comprenaient rien. Je tombais à genoux tenant les mains sur ma poitrine, ça brûlait, ça faisait si mal que j’ai bien cru m’évanouir. Je pleurais, je hurlais. Puis je ne pouvais plus que gémir, re­croquevillée sur le tapis tout mon corps me brûlait et chacune de mes cellules hurlaient. J’avais l’impression de mourir et que l’on m’arrachait le cœur.

D’un coup la douleur cessa. Je pouvais à nouveau respirer. Je me sentais vide, tous mes muscles râlaient, mais je pouvais à nouveau respirer. Je reprenais mon souffle doucement et mon collier se détacha. Mon collier se détacha et tomba sur le tapis. Je le regardais sans comprendre. J’étais étourdie. J’étais mal à l’aise. J’avais l’impression d’avoir perdu quelque chose de précieux. Je restais là fixant le col­lier, incapable de réagir. Je fixais le collier qui s’était détaché.

C’est Théa qui réagit en premier. Elle se mit à pleurer. Théa pleurait. Je ramassais le petit hibou du bout des doigts, pour l’observer de plus près. Je ne comprenais pas et Théa pleurait. Dans mon brouillard j’entendais Ada parler, mais je ne comprenais rien. Ada parler, mais parler à qui ?

– Il faut que tu viennes immédiatement. Il y a un problème avec Livius. Non, je ne plaisante pas rapplique tout de suite !

Je relevais la tête, la voix d’Ada m’avait semblé étrange, mais je ne comprenais rien. Ada pleurait aussi. Moi, j’en étais incapable. Quelque chose était brisé. Théa vint me prendre dans ses bras et me serra fort, elle pleurait toujours. J’avais froid. Ada nous rejoint dans ce câlin qui m’étouffait à moitié. Elles pleuraient toutes les deux. J’étais perdue.

Doucement, elles me relevèrent. Ada me tenait si serrée contre elle que je pouvais à peine respirer. Je m’en foutais. Je ne voulais plus respirer. Je ne voulais pas sortir de la stupeur qui m’entourait. Elles pleuraient. Je ne pleurais pas.

Conti apparut sur le seuil, il s’était arrêté surpris. Ada lui fit un signe de tête et il suivit le mouve­ment des yeux. Il vit le hibou qui brillait dans ma main. Il regarda en blêmissant le collier. Il ne dit rien. Il disparut aussi brusquement qu’il était arrivé.

C’est à cet instant que je m’effondrais. Je ne savais rien de ce qui arrivait. Je ne comprenais pas. Je ne voulais pas comprendre. Ada et Théa s’occupèrent de moi. Elles m’avaient installée sur le canapé et Ada me caressait les cheveux. Son regard était embrumé, mais elle ne pleurait plus. Elle finit par me dire presque en chuchotant.

– Ma chérie, tu sais ce que ça veut dire, n’est-ce pas ?

Je secouais la tête.

– Le collier ne peut être ouvert que par son propriétaire, tu le savais.

J’opinai et je commençais à admettre ce qu’elle allait dire.

– Il ne s’ouvre pas par accident et tu savais aussi qu’il créait un lien entre vous.

Je l’avais compris et je l’avais maudit de m’avoir mis dans cette situation inconfortable.

– Donc, il est tombé.

Parlait-elle du collier ou de… Je ne voulais pas entendre la suite.

– Et si le collier tombe.

Je fermais les yeux.

– C’est que Livius est mort, a dit Théa. Arrête de la traiter comme une enfant. Si le collier se rompt le vampire est mort, c’est tout simple.

Elle avait, elle aussi, encore les larmes aux yeux. Elle avait dit ça d’une voix tremblante, mais dénuée de sentiments et elle serait les points. Ada baissa la tête sur un soupir et moi, je me mis enfin à pleurer en silence.

Et, je lui en voulais.

Et, je m’en voulais.

Dans ma tête tournait des j’aurais dû, il aurait fallu, des et si, et si pas. Je me sentais vide, sonnée. Je lui en voulais vraiment. S’il n’avait pas eu l’idée stupide de m’offrir ce collier et s’il avait fait plus confiance aux loups, jamais personne n’aurait su qu’il n’était pas mort et nous n’en serions pas là. De plus s’il ne m’avait pas mis ce collier le lien entre nous aurait été plus simple, plus clair, plus je n’en savais rien. Mais j’étais sûr que nous n’aurions pas navigué entre tendresse, attirance et mé­fiance. Notre relation aurait été plus claire, plus saine et je pleurais autant sur lui que sur ce qui n’avait pas été.

Ada me souleva délicatement du canapé et me porta dans ma chambre, me murmurant des mots de consolation sans suite. La musique que faisait sa voix me berçait. Elle me mit au lit, m’embras­sa le front et m’assura qu’elle viendrait me tenir au courant de tout. Pour l’instant, je devais me reposer. Elle n’avait pas tort, la douleur que j’avais ressentie m’avait laissée épuisée, mais ma tête ne voulait pas. Je la retenais secouais la tête, je ne voulais pas rester seule. Elle s’assit sur le lit et me frotta la main, restant sans un mot près de moi.

J’ai dû m’endormir parce que, quand j’ai ouvert les yeux, elle n’était plus là. Je ne me sentais pas reposée plutôt épuisée. Mes yeux se remplir à nouveau de larmes, je cachais mon visage dans mon coussin pour étouffer mes pleurs, pas de peine mais de rage. Allez comprendre. Je pleurais et plus mes larmes détrempaient mon coussin plus je me persuadais que c’était impossible. Je m’interdi­sais de réfléchir plus loin. Je refusais même le droit à ma petite voix d’intervenir, pas cette nuit, pas sur ce sujet.

Le lendemain matin, j’allais mieux. Une nouvelle journée s’annonçait et étrangement j’allais mieux. Le sentiment de perte, c’était calmé et je restais comme en attente de quelque chose. Je pensais que mon esprit avait besoin d’une confirmation et qu’en attendant, nier était une bonne manière d’éviter de devenir dingue. Je retrouvais mes amies à la cuisine. Personne ne parla. Personne n’en avait en­vie.

Ada en reine de l’organisation, avait prévenu James que je n’irais pas travailler. Si d’un côté j’en étais heureuse de l’autre sortir d’ici où tout me faisait penser à lui m’aurait fait du bien. Je me traî­nais. Je tournais en rond. J’attendais, je ne sais quoi. Théa avait disparu dans la matinée et Ada se tenait dehors à l’orée de la forêt et je tournais en rond. Doucement, je me faisais à l’idée de ne plus revoir Livius. Je regrettais de ne pas l’avoir plus questionné sur lui ou simplement d’avoir plus profité de sa présence. Je m’en voulais de ne pas avoir été sympa avec lui le soir de son départ. La mort donne toujours des qualités à ceux qu’elle prend et des regrets à ceux qui restent. J’étais emplie de regrets.

Théa réapparut en fin de journée, elle aussi regrettait ce dernier soir. Nous savions toutes les deux que rien ne nous donnerait bonne conscience. Son amitié avec Livius remontait à bien plus longtemps que la mienne et nous nous étions quittés énervés, rien ne pourrait changer ça.

Les soirées DVD n’étaient plus qu’une excuse pour ne pas aller se coucher trop tôt et se prendre la tête. Honnêtement, j’attendais le lundi avec impatience, le retour au travail m’obligerait à me sortir de cette apathie dans laquelle je traînais. J’en avais terriblement besoin. Mais, nous n’étions que samedi soir et le lundi ne me semblait devoir jamais arriver. J’attendais. J’attendais que quelque chose arrive, n’importe quoi.

  • Tout est normal !

    Tout est normal ?

     

 

Prologue

Il y a des histoires qui commencent avec des il était une fois, d’autres par un meurtre qui lance une enquête. La mienne commence par une gifle. Une gifle lancée par mon compagnon et arrivée sur ma joue. Cette gifle provoqua une réaction en chaîne quelque peu imprévisible.

Laissez-moi me présenter, je suis Sophie Baumgartner. J’ai vingt-six ans, brune aux yeux noisette, pas grande, mais pas petite ! Je plafonne à un mètre soixante. Je suis la troisième d’une famille de quatre enfants.

Ma famille est une famille parfaite. Des parents mariés depuis quarante ans, trois filles et un fils. Les deux aînés mariés, avec enfant, maison et chien. Moi, fiancée et bientôt mariée, mais sans travail, puisque pour mon homme, fidèle aux mêmes croyances que ma famille, la place de la femme est à la maison. J’étais heureuse dans mon petit monde de certitudes, coincée entre une mère qui me trouvait pas assez ou trop selon l’occasion et un futur mari qui m’avait persuadée que sans lui, je n’étais plus rien.

Vous voyez où je veux en venir ? Bien sûr…

L’homme merveilleux, aimé de mes parents, avait décidé de partir travailler à l’étranger, emportant avec lui sa femme. Elle, pas réellement ravie, s’était occupée de vendre meubles, bibelots et autres choses en prévision du grand départ et de la nouvelle vie qu’il voulait mener. Trois jours avant le grand départ, elle avait peur, peur de quitter son nid douillet, peur de quitter ceux qu’elle aimait, peur de se retrouver seule loin de tout ce qu’elle connaissait, alors elle refusa de partir comme ça après plusieurs mois de préparation. Je vous fais grâce de la conversation qui en suivit, elle s’étira lamentable entre des : tu ne peux pas me faire ça et des : tu n’es qu’une idiote et se finit par LA gifle.

L’avantage quand on a prévu de partir, c’est que pour quitter son ex, il n’y a plus grand-chose à em­baller, à peine une valise. Fuyant chez mes parents, déjà au courant par un coup de téléphone, je fus reçue avec un « t’es contente de tout foutre en l’air à cause d’un petit mouvement d’humeur, enfin tu as, dieu merci, le temps de réfléchir à ta connerie ! » Merci maman !

Deux jours plus tard, je savais deux choses : que jamais je ne retournerai avec mon ex et qu’il fallait que je parte d’ici et vite. Mes options ? Pas de boulot, pas d’amis prêts à m’héberger, ben oui, ce sont les mêmes que les siens, mais un billet d’avion déjà payé et l’argent de mes études pas faites sur mon compte.

Ce vol, nous devions le prendre ensemble et à chaque nouvel arrivant, je tressaillais de peur. À vingt minutes de l’embarquement, il n’était toujours pas là et je recommençais à respirer. J’allais partir seule et loin et ne jamais revenir, bref, j’allais faire exactement ce qui m’avait fait si peur. La vie de rêve dans ce pays, prévue avec mon ex servirait à quelque chose après tout : à ma renaissance. Bien décidée à mettre le plus de distance entre cette vie et la suivante, je me sentais forte, enfin, j’avais la trouille, mais une formidable envie de me prouver que non, je n’étais ni stupide, ni moche, ni inca­pable et que le nouveau monde m’appartenait.

Sauf que, arrivée à New-York, assise sur ma valise au milieu de la foule, je n’en menais pas large. Quoi faire, maintenant ? Où aller ?

Avisant une agence de voyage, je décidais de laisser le hasard décider, je fermais les yeux, attrapais un prospectus, voilà où j’irais. Contente de moi, je rentrais dans l’agence en tendant le prospectus à la jolie blonde qui s’y trouvait. Le hasard se planta grave. La demoiselle derrière son ordinateur me dit avec un grand sourire :

–  Ah, Paris au printemps, c’est magnifique.

Mais non, non, pas Paris, pas l’Europe, quel con ce hasard ! Je me décomposais, à ma tête, elle avait compris que quelque chose n’allait pas, alors elle me demanda ce que j’avais, je fondis en larme et en bégayant. Je lui narrais mon histoire, en finissant par un : je veux du calme. Elle était parfaite, elle m’écouta sans rien dire en me fournissant en mouchoir. Puis elle me dit :

– Du calme, de la nature et loin de lui. C’est ça ?

Je fis oui de la tête.

– Hé, Mandy, tu avais été où en vacances l’année passée, tu sais ce bled perdu ?

Sa collègue ap­procha.

– C’est perdu, mais joli, il y a un lac, un endroit rêvé pour se reposer.

– Vendu ! Répondis-je avec un grand sourire entre mes larmes.

Il faut vraiment que j’apprenne à réfléchir avant de parler, vol avec deux escales, puis changement d’appareil, puis à nouveau une escale, un trajet presque aussi long que Paris-New-York, Youpi ! Perdue, j’allais l’être et mon enthousiasme disparaissait à mesure que mes heures de vols augmen­taient. J’étais en fuite, avouons-le. J’allais, je ne savais pas où. Je n’avais rien à y faire.

Je devais trouver une idée ! Il me fallait un plan !

Le formidable pourquoi pas tu peux le faire c’était transformé en mais pourquoi l’as tu fait, puis en t’es qu’une idiote dès que j’ai posé un pied dans le minuscule avion douze places qui devait m’emme­ner dans un bled dont je ne suis pas capable de retenir le nom, coincée entre des marchandises di­verses et variées ou, à l’odeur, pas loin d’être avariées. Ben oui, agir avant de penser, ça pose par­fois des petits soucis surtout lorsqu’on ne l’a jamais fait.

Le fameux plan que je n’avais pas trouvé depuis, c’est le passager à côté de moi qui m’en donna l’idée. Il m’avait assommé de questions sur qui, où, quoi, comment, etc. Devant mes réponses pas claires, il en avait conclu que je cherchais une maison à acheter pour les vacances et pourquoi pas ?

Je cogitais dur, point un, acheter une maison, ce qui m’éviterait de faire demi-tour aux premières difficultés, du moins je voyais ça comme ça. Point deux, trouver du travail, dans une région touris­tique, je devrais m’en sortir. Point trois… Je n’avais pas de point trois, mon plan n’allait pas loin. Il avait juste l’avantage d’exister. Un peu… Voilà, un début, un presque rien, mais un peu.

Je profitais de la dernière escale, hé oui, encore une, pour faire ma recherche. Je tombais sur une an­nonce : Une maison à vendre avec travaux, cuisine, salon-salle à manger et une grande salle de bain au rez, trois chambres à l’étage, pas chère, loin d’être neuve et, d’après les photos, abandonnée depuis des années. Cette petite maison me semblait parfaite si j’évitais de penser à la somme incroyable de travaux qu’il faudrait pour juste la rendre habitable et je ne parle pas de confortable…

Bref, dans un élan de fol optimisme, j’avais appelé l’agence qui la vendait, baragouiné comme je pouvais mon intérêt et fixé un rendez-vous de visite. C’est emplie de fierté que je remontais dans le coucou volant qui allait m’amener vers mon coup de cœur.

J’étais épuisée, je sentais aussi mauvais que le carton qui restait à livrer et avec mes cernes sous les yeux, je devais ressembler à un panda sous calmant.

Voilà comment j’arrivais dans ma première nouvelle vie. Vous m’y suivez ?

Chapitre 1

En descendant de l’avion, j’étais super fière de moi ! Là, sur le banc devant la piste du mini aéroport, je doutais et plus j’attendais la voiture que j’avais cru comprendre que l’on m’envoyait, plus je paniquais. Pas une petite panique commune à tous, non, une vraie, immense, intense, explosive, dévastatrice, panique me lais­sant là, incapable de réfléchir et faisait tourner en boucle dans ma tête des scénarios catastrophes des plus terrifiantes.

J’ai une grande imagination. ce qui n’est dans ces moments-là, pas une qualité, croyez-moi, entre on m’a oublié et je vais me faire attaquer par un tueur en série ou un ours affamé, un loup peut-être ? D’ailleurs ce corbeau me regardait d’une drôle de manière, non ? Mon esprit s’amusait à me voir mourir de mille manières plus gores les unes que les autres. Ça a duré des heures soit 10 min que l’on se fie à mon esprit ou à mon téléphone qui ne sont pas du tout d’accord entre eux.

Au moment où une jolie brune souriante s’avança enfin vers moi en me tendant la main, un immense sou­rire aux lèvres, mon cerveau quitta mes talons où il se planquait et se remit à fonctionner, ouf !

– Bonjour. me dit-elle, en français !

Je la fixais hébétée, mais ravie, j’étais sauvée de l’ours, du loup, du corbeau et du tueur psychopathe qui m’avaient tous menacée !

– Je suis Ada, continua-t-elle, votre accent m’a soufflé que vous étiez de langue française.

– Bonjour, euh oui, enfin, je suis pas française enfin, mais oui, je parle enfin, c’est sympa que vous, enfin, c’est éton­nant, mais je, Sophie, enfin ravie, je suis.

Et au milieu de ce cafouillis verbal empli d’enfin, je lui tendis ma main en souriant.

– Sophie ? C’est ça ? Bienvenue ! Je ne vous ai pas trop fait attendre ?

Elle était plus grande que moi d’au moins une tête, pas difficile, je vous rappelle que je culmine à 1,60 m, non je ne suis pas petite, fine avec des yeux bruns pétillants qui illuminaient un visage un peu trop allongé, encadré d’une cas­cade brune tombant dans son dos et vêtue d’un petit tailleur pantalon bleu. Elle avait tout de la femme d’affaires et elle me détaillait curieuse, à côté d’elle, je devais ressembler à une sans-abri, avec mes poches sous les yeux, mon pantalon noir et mon t-shirt froissé.

– Désolée, bonjour Ada, je suis Sophie, je parle français et je suis vraiment ravie de vous rencon­trer ! Vous ne pouvez pas savoir à quel point !

J’avais réussi à faire des phrases sans bafouiller et sans trop me sentir idiote. Je lui souriais à pré­sent et me sentais sauvée.

– Je m’en doutais, pouffa-t-elle. Mais, ici, on dit, tu ! Viens, nous avons encore un bout de route avant la ville et je veux tout savoir de ce qui t’amène ici. Nous discuterons dans ma voiture.

Elle attrapa ma valise d’une main, la balança dans la voiture et fit le tour pour se mettre au volant, avant de s’inquiéter.

– Tu n’as rien d’autre ? Tes bagages arrivent plus tard ?

– Rien d’autre ! Juste moi !

Elle me fixa un instant, troublée et dit :

– Nouveau départ ?

– Oui !

Je la fixais fièrement, oui, nouveau départ et rien de mon passé ne devait avoir de place ici. J’étais fermement décidée à tirer un trait sur la gentille, timide et effacée Sophie.

– Alors tu as choisi le bon coin ! Tu verras, la ville est sympa, un peu perdu hors saison, mais on s’y sent bien.

– Pas grave, là tout ce que je veux, c’est du calme et du temps pour moi.

Elle rit de bon cœur et me fit un clin d’œil.

– Ce n’est pas avec les animations du coin que tu vas être débordée ! Je comprends mieux ton choix cette maison est en dehors de la ville, cinq kilomètres, ce n’est pas le meilleur moyen pour s’intégrer, mais si tu cherches le calme, tu vas le trouver. Bien que je pense que pour le début, tu devrais t’installer plus près du centre.

– Comment ça la maison, tu n’es pas envoyée par l’agence de tourisme ?

– Oui, mais je m’occupe aussi d’immobilier et d’autre chose. Je t’y conduirai demain et j’ai d’autres maisons à te montrer, tu sais. Pour le moment, je vais te déposer à l’hôtel, en ville, tu as réservé pour une semaine. Il faut bien ça pour s’habituer. Tu verras que c’est calme en cette saison.

Calée dans mon siège, je me laissais bercer par les paroles d’Ada qui me décrivait la petite ville, les coins à voir et que connaître pour m’y sentir chez moi. Elle insistait sur la froideur relative des habi­tants, peu enclin à faire confiance au premier regard, beaucoup arrivaient ici, pour ne pas rester, mais si je tenais bon, au moins une année, je verrais le changement dans leur comportement. Je lui parlais des raisons qui m’avaient amenée ici que du très banal finis-je par dire. Elle fit non de la tête et se lança dans un discours sur le courage de changer. Elle était d’une curiosité incroyable et d’une gentillesse intrigante pour la nouvelle arrivée que j’étais.

Je me sentais bien là, dans ce pick-up défoncé à écouter une parfaite inconnue me parler comme si nous étions de vieilles amies, démentant en même temps ces dires sur la froideur des gens du coin.

Puis elle me parla de la maison longtemps, sérieusement comme si elle tentait de me faire changer d’avis, trop loin, perdu dans les bois, difficile pour quelqu’un comme moi, elle insistait sur les his­toires de fantômes qui s’y rattachaient, de la difficulté des travaux, tellement que je finis par lui de­mander si elle souhaitait la vendre ou pas.

Elle me fixa et me dit :

– Ce n’est pas ça, mais il y a déjà eu quatre propriétaires et ils ne sont pas restés et j’ai envie que tu restes, au moins un peu, ce n’est pas souvent que je peux parler français et cela me manque, c’est ma langue maternelle et puis, la maison est vraiment loin de tout et en mauvais état, il faut bien le reconnaître, plein de travaux commencés et jamais finis. J’en ai d’autres à te montrer, tu sais, plus proche de la ville, mais quand même un peu perdu. Ce serait peut-être mieux ? J’ai bien compris que tu étais arrivée ici un peu par hasard et pour changer de vie, ce n’est pas tou­jours facile, alors pourquoi commencer par une maison si loin ? Tu pourrais t’installer en ville et voire comment tu t’y sens avant de t’isoler autant. Il n’y a pas d’urgence à acheter quelque chose, ce n’est pas ici que tu risques de perdre une maison si tu ne l’achètes pas tout de suite, gri­maça-t-elle. C’est tellement calme que la vente n’est qu’un passe-temps, je suis guide en mon­tagne le reste du temps et les locations se font par l’office de tourisme. Alors je peux te pro­mettre que même dans un an, la maison sera toujours là, si tu y tiens.

Que dire ? Que m’isoler était justement ce que je voulais, disparaître et prendre le temps de savoir qui j’étais puis m’intégrer, mais pas dans l’immédiat. J’aimais l’idée de vivre loin de tout, sans personne, sauf mon café ! Oui, parce qu’entre mon café et moi l’histoire d’amour était totale et éternelle. Voilà, une vie simple sans personne pour me prendre la tête, me juger, me blesser, me gou­verner. Devenir moi était le but de cette aventure, pas devenir membre émérite de la communauté.

– C’est ce que je souhaite, la ville, tu sais, je n’aime pas, trop de monde et de bruit pour moi. Je cherche le calme. J’en ai besoin là.

Elle rit franchement, un bon moment puis me montra la ville en question qui apparaissait entre les sapins. Ok, elle ressemblait plus à un gros village perdu dans la montagne qu’à une métropole, pas un seul bâtiment de plus de trois étages, une grande rue longeant le lac et des parcs, partout, beau­coup comme si la nature avait bien voulu céder quelques morceaux de terre de-ci de-là pour une mai­son, mais n’avait pas voulu abandonner le lieu.

Je me mis à rire aussi.

– Ce n’est pas tout à fait la ville que j’attendais, je le reconnais. Alors, je verrai ces maisons que tu as en réserve, mais pas au centre, on est bien d’accord ?

– Promis, tu verras, il y a le choix. Pour ces prochains jours, tu devras t’y faire, l’hôtel est sur la grande rue. Mais, je t’assure que ce sera calme, nous ne sommes pas en saison.

– Saison de quoi ?

– Ski et randonnée, deux des activités possibles ici, il y a aussi un peu de chasse.

Elle haussa les épaules et grimaça en le disant.

– Mais c’est plus loin, les chasseurs ne font qu’une halte ici. Tu sais skier ?

Là, j’éclatais de rire.

– Non, pourtant je viens d’une région de montagne pleine de station, mais je n’ai jamais appris. Par contre, le ski de fond ou les raquettes, oui.

Elle me fixa et se mit à rire.

– Alors tu pourras en faire sans aller plus loin, en hiver ce n’est pas la neige qui manque ici.

C’est de joyeuse humeur que je débarquais devant la façade fatiguée de l’hôtel : le royal ! Qui de­vait avoir été royal quelques siècles plus tôt. L’hôtel comme la ville semblait figé dans le passé, loin de nos temps modernes et j’en étais ravie.

La porte de la voiture juste claquée, une femme, la soixantaine, à l’allure de grand-mère, attrapa ma valise, faisant signe de la main à Ada qui me criait à demain en agitant la main.

– Bonjour, petite, contente de voir une amie de notre Ada, viens, je t’ai préparé notre meilleure chambre, je vais te monter un plateau, comme ça tu pourras te reposer tranquillement, le voyage à dû être long. Ah, la France, Ada s’en ennuie parfois, mais c’est bien si ses amies se décident à venir la voir, depuis le temps. Elle nous a dit que tu pensais à venir vivre ici, toi aussi, ce serait bien pour elle, les Européens ne réagissent pas toujours comme nous, mais tu t’y feras, elle va t’aider ce sera plus simple pour toi, voilà nous y sommes, ne t’inquiète de rien, repose-toi, le pe­tit déjeuner est servi à sept heures. Je reviens tout de suite avec de quoi manger. J’espère que tu aimes les patates douces, ma petite.

Noyée, j’étais noyée par un flot ininterrompu de paroles, lancés avec gentillesse, mais sans pause par une dame qui avait dû comprendre de travers les paroles d’Ada ou alors c’est que mon anglais était encore pire que je le pensais.

Dans le doute, je ne disais rien, souriante et hochant de la tête dès qu’elle reprenait sa respiration, j’espérai qu’elle ne verra là qu’une nana fatiguée et pas une idiote incapable de parler.

Elle m’abandonna dans une jolie chambre avec grand lit en plein centre, une table coincée sous la fenêtre et deux chaises. Une petite salle de bain sur le côté me faisait de l’œil et je cédais à son appel, ravie d’y découvrir une baignoire.

Alors que l’eau coulait, la porte s’ouvrit sans que personne frappe et la dame dont j’ignorais toujours le nom, les bras chargés d’un plateau, pointa son nez. Elle le posa sur la table près de la fenêtre, mit ses mains sur ses hanches, me fixa, sourit et disparu.

Voilà, je restais bête un instant, des gens froids ? Il devait y avoir erreur. J’avais l’impression d’être tombée dans la maison d’une lointaine cousine qui était ravie d’avoir de la compagnie et je crai­gnais qu’un interrogatoire en ordre arrive avec le petit déjeuner, voire que faire la vaisselle soit com­prise dans le lot, comme chez tata.

Pour le moment, mon estomac remit mon cerveau en marche et c’est décidé que je transportais le plateau dans la salle de bains où je m’installais dans la baignoire, le calant entre elle et le lavabo. Une heure plus tard, je me traînais mollement de la baignoire au lit et ne vis plus rien du reste de cette étrange journée.

L’interrogatoire redouté n’a pas eu lieu, je n’avais croisé personne, strictement personne. Une table était prête, oui parce qu’il n’y avait que ma table de mise, un couvert et un petit déjeuner gardé au chaud, voilà, c’est tout. Moi, les tables, les chaises et le mur, et rien d’autre. Je mangeais, remontais dans ma chambre et quant à huit heures Ada y frappa, j’étais à deux doigts de l’embrasser, tellement je ne sa­vais pas quoi faire.

Toujours en tailleur bleu, mais celui-ci bleu foncé, les cheveux attachés dans une queue de cheval serrée, il n’y avait que ces yeux pétillants de malice qui venaient contredire le sérieux qu’elle affichait.

À peine un bonjour lancé, elle m’attrapait le bras et me poussait vers la sortie.

– On a beaucoup de choses à voir, j’ai plusieurs maisons à te montrer. Tu vas voir, elles sont parfaites comme tu voulais des travaux tu as vraiment le choix, ce n’est pas la demande la plus cou­rante.

Une ville à cyclone, voilà où j’étais tombée. Hop, elles apparaissent, emportaient mon cerveau et boum, le vent retombait et je ne comprenais plus rien ni où j’étais.

– Euh, bonjour, oui, chouette. Si tu veux.

Elle pilla net devant la porte de l’hôtel et me regarda.

– Oh, pardon, je suis parfois trop enthousiaste. Je m’emballe d’un coup et j’oublie que me suivre n’est pas facile. On me le reproche tout le temps. Je pense trop vite et j’oublie de parler du coup, on ne sait pas où je vais, mon oncle s’en plaint tout le temps.

Elle avait l’air si désolée que je ris franchement.

– Me voilà prévenue, nous allons donc voire ces fameuses maisons avec travaux et ensuite celle dans les bois ?

– Oui, celle dans les bois, uniquement si tu n’as pas trouvé ton bonheur avant, tu sais garde l’esprit ouvert et puis tu n’es pas pressée, l’hôtel est vide en cette saison, donc tu peux garder ta chambre un moment. Mona te fera un prix, j’en suis sûr.

– Mona ?

– Oui, la patronne. Elle t’a accueilli hier.

Je fis une grimace en y repensant.

– Elle m’a attrapé, poussé dans l’escalier jusqu’à ma chambre en me sous-entendant que tes amies t’avaient laissée tomber et m’a planté là. Oh, elle m’a aussi amené à manger, mais a dû oublier les présentations, tu n’es pas la seule tornade du coin.

Ada, rougit, mais vraiment, elle devient écarlate, je sentais la chaleur qui se dégageait de ses joues. Elle baissa les yeux en marmonnant :

– J’ai trouvé plus simple de dire que je te connaissais. On est hors saison et Mona t’aurait fait crouler sous ses questions et c’est aussi plus simple pour ache­ter, les prix seront plus bas pour une amie que pour un touriste, alors je me suis permise…

Je comprenais, une amie, on l’accueille, une étrangère non, ce serait plus simple pour moi de me faire accepter en ville. Ce qui était gentil de sa part, mais je ne comprenais pas pourquoi cette fille tenait tant à ce que je reste.

– Pourquoi fais-tu ça pour moi ? On ne se connaît pas. Pourquoi tiens-tu tant à ce que je reste ?

– Tu sais, souffle-t-elle en regardant au loin. Je suis arrivée il y a seize ans, j’avais quatorze ans et la men­talité entre l’Europe et ici, je t’assure, c’est vraiment différent, j’ai eu du mal à m’y faire et puis parler français me manque réellement, j’ai l’impression de le perdre chaque année un peu plus et avec lui, ce sont des souvenirs qui partent.

Elle baissa la tête et regarda ses pieds.

– À ce point-là différent ? En quoi ? Et, si tu n’aimes pas la vie ici pourquoi es-tu restée ?

– Je n’ai pas dit que ça ne me plaisait pas, j’aime la vie ici. Juste que je ne me suis pas fait de vraies amies. Lorsque j’ai perdu mes parents, je suis venue vivre chez mon oncle, ma seule fa­mille. Il n’était pas prêt à s’occuper d’une ado de la ville. Elle rit doucement. Pauvre tonton, je lui en ai fait voir. Mon oncle n’est pas très sociable, il vivait loin de la ville et y a déménagé à mon arrivée. Les choses n’ont pas été simples. Je n’ai rien fait pour les rendre faciles. J’en suis consciente.

Il a vieilli et c’est vraiment ma seule famille. Je n’ai pas envie de partir loin de lui, même si depuis quelques années, il est retourné à sa cabane et moi, je suis restée en ville. Je me sens chez moi ici, mais avoir une amie avec qui partager me manque. J’aurais pu m’en faire, mais mes premières an­nées, tu sais, je n’ai pas été sympa et même pire. J’avais du mal à accepter d’avoir dû tout quitter et je l’ai fait payer à tous ceux qui m’approchaient.

Elle leva les yeux au ciel, ils s’étaient assombris alors qu’elle parlait.

– Bref, je ne me suis pas faite d’amies, alors, je me suis dit…

– Pourquoi pas la débile qui débarque dont ne sait où et sans savoir où elle met les pieds ?

– Non, tu n’es pas…

je l’interrompis en riant.

– Je rigole, mais je te comprends. Je pensais avoir des amis et ils m’ont laissé tomber, ce n’était pas réellement des amis. Alors, je peux comprendre. En plus, tu parles français, c’est un atout ma­jeur pour moi, une vraie chance en fait.

Je lui souris, elle me sourit en retour en me tendant la main elle dit :

– Salut, je suis Adeline Chérine, mes amis m’appellent Ada.

Je lui serrais la main.

– Salut, je suis Sophie Baumgartner et je t’interdis de m’appeler Soso…

Une poigne de main franche cella notre pacte. J’avais une amie apparue comme par magie alors que je pensais im­possible de m’en refaire une dans cette nouvelle vie. Une petite voix me souffla qu’il y avait certainement une arnaque là-dessous, j’y penserai plus tard pour le moment j’appréciais de connaître quelqu’un dans ma nouvelle vie.

Chapitre 2

Elle tint parole et me fit visiter, six maisons, toutes charmantes du même modèle que celle qui m’avait amené ici. Pas très grandes, deux étages, chauffage au bois et des travaux, beaucoup de tra­vaux, pour toutes.

Mais je ne craquais pas, il me manquait à chaque fois un quelque chose, un je ne sais quoi, rien n’y faisait, pas de coup de cœur pour elles. Dépitée, ma nouvelle amie finit par m’amener à ma maison.

Oui, ma maison, sans aucun doute possible, j’en étais tombée amoureuse sur la photo de l’annonce et ce sentiment devint une évidence quand je la vis et l’avoir à moi devint urgent.

Perdue, elle l’était, en mauvais état moyennement, les anciens propriétaires avaient commencé les travaux, mais rien n’était fini. Le toit perdait ses tuiles, les volets qui restaient pendaient et servaient de perchoirs aux corbeaux, la peinture n’avait de blanc que le souvenir.

Pour ouvrir la porte, il fallut à Ada un grand coup d’épaule et le grincement qui suivit me fit rire. Le salon était rempli de matériel et il était impossible d’en voir la taille, la cuisine datait de l’époque des fourneaux à bois et les chambres, seules pièces à peu près finies, étaient remplies de toiles d’araignée, seules habitantes du coin depuis longtemps. La maison était sur une petite butte dégagée, entourée d’arbres, cachée de la ville, probablement hantée insistait Ada.

Ok, une vieille maison de bois dans les bois, hantée, me faisait de l’œil et je craquais. Je la voulais ! Et, je la voulais maintenant, pas dans une année. Elle, pas une autre.

C’est une Ada soupirante qui me ramena en ville. Elle bouda jusqu’à ce que je lui dise :

– Boude pas, là au moins, tu as une excuse pour rester dormir, trop loin pour rentrer de nuit pour les jeunes filles sages que nous sommes.

Elle sourit, hocha la tête et rajouta :

– Et personne pour savoir à quelle heure et dans quel état on s’est couché…

J’éclatais de rire. Fin de la bouderie, début d’un concours de bêtises sur la curiosité des gens des petites villes et de comment éviter de se faire pincer quand on est un jeune du coin. C’est riant comme des petites filles que nous arrivions en ville, elle me traîna à son bureau où son chef, un gros type en tenu de chasse, me salua à peine d’un yo avant de replonger son nez dans son ordinateur. Elle me fit m’asseoir dans un joli canapé qui semblait s’être égaré dans un coin de la pièce et prit les documents de vente sur le second bureau. Elle les avait préparés au cas où, me dit-elle.

– Tu es vraiment sûr ? Tu ne veux pas y réfléchir encore ? Me redemanda-t-elle.

– Oui, je suis sûre, arrête maintenant sinon je t’engage pour les travaux !

La voix de son patron sonna dans la pièce.

– Parlez pas français ici, je veux pas qu’on vienne me dire que je suis un escroc qui profite des touristes.

– C’est pas une touriste, boss, répondit Ada, C’est une de mes amies qui vient s’installer ici. Elle loue pas, elle achète.

La tête du boss sorti de derrière l’écran.

– Elle achète ?

– Oui, et cash !

– Oh, mais le contrat est en anglais, pas dans sa langue.

– Je sais, mais elle parle aussi anglais, elle manque juste de pratique, pour ses débuts, c’est plus simple si je traduis.

– Ok, mais elle achète quoi ?

Elle me fixa et me demanda en anglais cette fois :

– Tu es sûr, vraiment ?

– Oui, dis-je, ou plutôt yes…

Le regard de son boss allait d’elle à moi, ses sourcils froncés, tentant de comprendre l’hésitation d’Ada.

– Elle veut laquelle ? Redemanda-t-il.

– La maison hantée, grimaça Ada.

– Ah, celle-là, tu lui as raconté ?

– Oui, enfin elle n’y croit pas, j’ai pourtant essayé.

– C’est ton amie, ton problème. Faites un tour à la bibliothèque avant la vente, ça pourrait lui faire changer d’avis.

Elle fit oui de la tête et même si j’insistais pour signer tout de suite, elle me proposa de prendre un peu de temps avant.

– Tu sais, il te faut une voiture et chiffrer les travaux et leur durée. Tu pourrais louer quelque chose en attendant et puis il faut tout commander, ici il n’y a pas beaucoup de magasins alors, tu vois…

Ce que je voyais surtout, c’est le manque d’entrain qui ressortait, le sien et celui de son boss, sans que je puisse voir en quoi cette maison était un monstre. Pour moi, ce n’était que croyances et médisances. La maison isolée pouvait sans aucun doute prêter à ce genre de légendes urbaines. Si fantômes il y avait, j’étais prête à leur tenir tête et à les virer de là parce que cette maison, je la voulais. Mais, je pouvais attendre encore un peu, je n’étais pas à un jour près et il me fallait recon­naître que oui, j’avais besoin d’une voiture, de quelqu’un qui me montre où tout acheter, du clou au lit. Donc en attendant, je pouvais prendre le temps de visiter la bibliothèque et les magasins du coin.

– Bon, d’accord, finis-je par dire en me levant du canapé. Tu as gagné. Allons voir cette biblio­thèque.

– Super !

Fut la seule réponse que j’eus et elle me poussa dehors en lançant un à demain à son boss. L’avantage des petites villes, c’est que tout est proche. Trois immeubles plus loin se trouvait l’école qui cachait une bibliothèque incroyable, une merveille, vraiment. La bibliothécaire d’une quaran­taine d’années, était blonde plus petites que moi avec des yeux verts à tomber. Une véritable poupée qui ne correspondait pas réellement à l’idée que l’on se fait de la bibliothécaire vieille fille et coincée. La petite dame discutait avec un homme grand, pâle et presque chauve. Ada me précisa que Flo tenait depuis peu la bibliothèque et que James, le vieil homme, était l’ancien bibliothécaire et lui correspondait à l’idée que l’on se fait d’un bibliothécaire, vieux, sérieux et peu souriant.

Ils discutaient en chuchotant, penchés sur un livre. Ils levèrent la tête en même temps et Ada se transforma d’un coup en petite fille gênée, au seul regard du vieux monsieur, ça me fit sourire. Flo vint vers nous et me fixa étonnée.

– Bonjour, dis-je.

– Bonjour, répondit-elle et elle ne dit plus rien d’autre.

Ada demanda timidement si je pouvais consulter les archives des journaux de la région à quoi un pourquoi et un haussement de sourcils lui répondirent.

– Je m’intéresse à la maison hantée !

Deux yeux glaciaux me fixèrent.

– Vous croyez à ses bêtises ?

Le ton était sec, agacé et elle ne me regardait plus, mais fixait Ada.

– Non, mais on m’a conseillé de me renseigner avant de l’acheter.

– Bien, les yeux verts pivotèrent vers moi, je comprends, vous savez les gens d’ici ont leurs lé­gendes.

– Je n’en doute pas, fis-je avec un petit sourire. Pourtant, j’avoue que connaître le passé de la maison serait un plus, si je trouvais des plans…

– Impossible, me coupa-t-elle, dans les coins les plans…

Son regard était interrogateur, bon sang, on pouvait lire dans ses yeux la moindre de ses émotions.

C’était troublant. Elle me fit signe de la suivre. La salle des archives, comme toute bonne salle d’ar­chive, était au fond, tout au fond, remplie d’armoires en métal avec une table au centre, le tout sentait la pous­sière, normal.

– Nous n’avons rien sur informatique, dit-elle, du moins rien de récent. James n’était pas…

La phrase laissée en suspens comme si personne ne pouvait comprendre à quel point ce James était hors du temps.

– Ce n’est pas grave, je préfère de loin le papier.

Elle me sourit d’un coup.

– Les jeunes et leurs ordinateurs ne comprennent plus rien aux livres, dit-elle en haussant les épaules.

– Et pourtant, le toucher, l’odeur, le plaisir de tourner les pages, dis-je pour compléter sa phrase.

Et hop, les yeux verts me scrutèrent plus intensément encore cette fois-ci, ils étaient tellement expressifs, mais leur propriétaire ne dit rien de plus que :

– Je vous laisse, Ada sait où chercher, n’est-ce pas ?

Sa voix se fit mielleuse lorsqu’elle lui parla et me fit froid dans le dos. Oui, Ada savait exactement où chercher et quels articles me faire lire. Le premier, le plus ancien, parlait de la découverte de la femme du premier propriétaire retrou­vée assassinée dans la cuisine, le mari étant porté disparut, mais suspect. Le second du troi­sième ou quatrième propriétaire retrouvé pendu dans sa chambre puis une série impressionnante d’article annonçant les nombreux accidents arrivés aux différents ouvriers engagés pour y faire des travaux puis quatre propriétaires différents avaient eu des pépins plus ou moins impor­tants, allant de la perte d’un doigt, resté coincé dans une porte, à une commotion due à une chute dans l’escalier.

Bon, je devais bien admettre que la maison n’aimait pas trop les étrangers. Si fantômes il y a, la femme du premier couple à y avoir vécu semblait être toute désignée, elle ou son mari, jamais re­trouvé, mais rien n’y faisait, je la voulais. Allez comprendre…

Je promis à Ada que si perte d’un doigt il y avait, je déménagerais tout de suite même si j’en avais neuf de plus. J’étais sérieuse, vraiment ! Mais, elle soupira, secoua la tête et me dit :

– Viens, j’ai faim !

Elle ne dit plus un mot jusqu’à ce que nous soyons assisse à la table d’un des deux restaurants de la ville. Le Grill, un simple nom justifié par les plats servi, tout était grillé de la viande aux légumes jusqu’aux nappes. Elle ne me dit pas un mot avant que nos plats arrivent. J’en avais profité pour re­garder les autres clients. Le restaurant était plein, pas une table de vide et les regards me passait des­sus, s’arrêtant sur Ada, avant de nous ignorer totalement.

– Tu m’en veux parce que je tiens toujours à acheter la maison ?

– Non, souffla-t-elle, je t’avoue que j’aurais préféré te voir rester en ville, c’est plus sûr, tu ne connais rien à la vie ici, mais j’aurais au moins tenté de te faire changer d’avis.

Elle pointa son menton vers la salle.

– Une réputation est vite faite ici, déjà te voir avec moi ne va pas t’aider alors si, en plus, tu achètes la maison maudite…

Du coup, je doutais de ne jamais m’adapter à cette ville. Elle ne semblait pas y être parvenue et bien que je comprenne son envie de se trouver une amie qui ne soit pas d’ici, je redoutais cette amitié, un peu trop rapide. Et, puis zut !

– He bien, au contraire, tu devrais être contente, d’un, personne ne saura jamais ce que j’y fais donc ce que tu y feras non plus. De deux, tu n’as pas besoin, avec moi, d’être ce que tu ne veux pas, je me fiche de ton passé, le mien n’est pas glorieux et franchement, je ne suis pas là pour me faire des amis. De trois, tu pourras les menacer de faire venir toutes tes folles d’amies de France pour les faire taire. Qui sait, je pourrais être un medium venu pour parler aux fantômes et c’est pour cela que je tiens à l’acheter, tes autres amies, sorcière, non ? Ça pourrait le faire ?

Un œil incrédule me fixa puis une lumière y dansa répondant à celle qui était dans mes yeux. Le rire nous prit par surprise. Vous savez, ce rire franc, heureux qui vous secoue de la tête au pied, magistral et renforcé par les regards sur nous.

Bien dix minutes plus tard, le calme revenu et difficilement maintenu, j’étais absolument convaincue d’être classée parmi les folles furieuses du coin.

– Si tu voulais passer pour quelqu’un de normal, c’est fichu…

– Tant mieux j’en avais marre d’être normal !

Je lui tirais la langue. Le pacte scellé la veille se renouvelait et mes doutes se turent, ça allait vite, mais je me sentais heureuse, finalement, je me fichais de ce que ces gens penseraient de moi, rappelez-vous, je ne suis pas venue me faire des amis. Une, c’était déjà bien plus que prévu. Elle passa la soirée à me montrer discrètement les personnes présentent, me faisant un petit topo sur leur vie, tout se savait ici. Le temps fila, je me sentais bien et mon « non » projet semblait prendre une tournure intéressante !

J’avais hâte et je me sentais prête à remuer des montagnes.

Chapitre 3

Refusant toujours de me laisser signer l’acte de vente, Ada m’avait fourni les papiers concernant la maison. Il y avait l’état des lieux, enfin surtout la liste des travaux à faire d’urgence et le devis des travaux. Mes économies n’y suffiraient pas si je devais faire appel à une entreprise. Une fois bien épluché la liste, j’en avais conclu, optimiste, qu’à part le toit, je devrais pouvoir tout faire de mes blanches mains. Je décidais par où commencer, la salle de bains me semblait être l’obligation d’ur­gence, puis je fis une magnifique liste de ce dont j’aurais besoin, longue de plusieurs kilomètres. Non, je n’exagérais pas. Elle commençait par trouver une voiture, ou un bus, ou un camion, enfin un n’importe quoi avec des roues et un coffre, un grand, au vu des travaux prévus et avec un budget serré, du neuf était impossible.

Impossible n’étant presque pas Ada, elle prit les choses en main et je me retrouvais devant une femme d’une cinquantaine d’années, grande, charpentée comme un bûcheron qui me fixait d’un drôle d’air. Mais, si vous savez, ce regard que les natifs d’un coin posent sur ceux qui débarquent et qui dit : toi tu ne vas pas faire de vieux os ici, charmant !

Sauf que sans trop savoir comment le regard se modifia au fur et à mesure qu’Ada me présentait et expliquait mes besoins. Je me retrouvais avec une jeep rouillée et une remorque qui l’était encore plus, en moins de dix minutes et la vente se conclut par :

– Tu peux payer en plusieurs fois si tu restes, sinon je reprends le tout quoique tu aies déjà payé.

Ok, c’était simple et précis.

– Merci madame.

– Pas madame, Suzanne, juste Suzanne.

– Merci Suzanne, fis-je en lui tendant la main.

Elle la saisit entre les deux siennes et après un instant dit doucement :

– Soit la bienvenue, la vie n’est pas facile ici, mais si tu t’accroches, tu devrais t’y plaire. Passes me voir si tu as besoin de quelque chose.

Elle nous fit un signe de tête avant de partir.

– La voiture, c’est fait. Viens, cette fois-ci, tu peux signer les papiers pour la maison ! Je t’ai obte­nu un rabais. Ils sont pressés de vendre.

J’avais loupé quelque chose, non ? Les papiers comme ça, boum et en vitesse, je vous prie. J’avais vraiment loupé quelque chose. Rien compris moi. Bref, en moins d’une semaine, j’avais une mai­son presque en ruine, une voiture qui ne valait pas mieux, une remorque qui grinçait tellement que l’on devait m’entendre de plusieurs kilomètres, un compte dans le seul magasin de bricolage du coin, le tout mis en place au pas de course par une Ada survoltée qui ne me laissait pas le temps de souf­fler.

En ville, on commençait à me reconnaître, l’attraction de la nouveauté ne s’essoufflait pas aussi vite que je l’avais espéré et les regards qui s’attardaient sur moi me mettaient mal à l’aise, j’avais hâte de pouvoir filer loin de tous. Oui, même loin d’Ada dont je ne comprenais pas l’enthousiasme frénétique de ces derniers jours et qui m’épuisait.

Papiers signés devant l’œil attentif de Bogdan, le patron d’Ada. Mon compte en banque dépouillé de beaucoup moins que prévu. C’est l’esprit conquérant et toute seule, comme une grande que je me rendis « chez moi » avec l’espoir fou, j’en suis consciente, de pouvoir rapidement m’y installer. Lorsqu’au dernier contour, la maison se fit visible, je stoppais net.

Chez moi, fut la seule chose à laquelle je pensais, chez moi et loin de tout. Un vrai bonheur m’envahit, sauvage, puissant, chez moi, toute seule.

Je restais là à contempler un long moment cette maison qui m’avait fait tant envie et qui aujourd’hui était en passe de devenir mon foyer. Je profitais du calme. Je profitais de ce sentiment de confiance qui grandissait en moi. Je prenais le temps de paniquer, un peu, devant l’ampleur de la tâche puis me décidais à me bouger. Je fis le reste à pied, le coin était si calme que je n’avais pas envie de troubler ce silence avec un moteur. Je m’approchais et caressais la porte du bout des doigts en murmurant.

– Salut, toi, c’est moi, tu penses que l’on va s’entendre ? J’en ai bien envie, tu sais.

Je restais là, devant cette porte ne sachant trop ce que je voulais faire puis je me traitais d’an­douille, ris un peu et ouvris cette fichue porte pour faire le tour de MA maison !

Rien de bien remarquable, il faut le reconnaître, une cuisine assez grande, séparée du salon-salle à manger envahi de matériel, dont il faudra bien que je fasse l’inventaire et une salle de bain où ne restait qu’un trône et un bout de miroir perdu au milieu de mor­ceaux de carrelage. Un désastre qui me fit soupirer. Arriverais-je à m’en sortir ? En regardant de plus près je fus pris de doutes monstrueux qui m’accompagnèrent à l’étage, là, les trois chambres étaient vides, les murs repeint et habitable en l’état, une fois délogées les centaines d’araignées qui les avaient colonisés.

Une odeur de moisi envahissait le tout. J’ouvrais les fenêtres, débloquais comme je pus les vo­lets qui restaient et laissais entrer le soleil et l’air pur. Le monstrueux doute qui me tenait compagnie ne résista pas à la vue sur les arbres et au silence qui régnait. Je voulais vivre ici et j’allais y arriver.

Laissant tout ouvert, j’attaquais l’inventaire de ce que contenait le salon, entre les fenêtres et les meubles rassemblés là, je trouvais un tableau noir où des dessins d’enfants à la craie étaient à moi­tié effacés. Je le posais contre un mur, le nettoyais avec ma manche et en riant, je notais : Bonjour à vous fantômes de la maison, je suis Sophie et je vais vivre ici, j’espère que nous serons amis dans un avenir proche.

Je rigolais et commençais à effacer ma demande d’amitié quand un klaxon m’interrompit. Ada arri­vait. Elle bossait quand elle ? Donc je disais, Ada arrivait avec dans sa voiture, le matériel com­plet de la parfaite femme de ménage. Elle avait même caché ses cheveux sous un long foulard. Je pouffais en la voyant.

– Tu changes de métier ?

– J’y songe, hors saison ce boulot est d’un ennui, tu n’imagines pas.

– Et nettoyer la maison t’as semblé une bonne occupation ?

– Non, mais te regarder faire, oui !

Elle me passa devant en me jetant un foulard.

– Au boulot, cria-t-elle comme le général qu’elle semblait être devenue avec moi.

C’est râlant ouvertement que je la suivis à l’intérieur et toujours en râlant devant son air faussement outré que nous avons attaqué la chasse aux araignées de l’étage.

J’étais alors, bien décidée à ne sor­tir de là qu’une fois les nettoyages finis, mais alors que je ramassais les débris de catelle dans la salle de bain. Je fus arrêtée net par le bout tranchant de l’une d’elle. Les doigts ça saigne, les miens en­core plus, ils saignent, vraiment, beaucoup. J’en mis partout, on pouvait me suivre à la trace, mince, et en plus un morceau était resté figé dans la coupure. Bien sûr, pas d’eau, pas de pansement, nous n’avions rien prévu.

Je râlais, pestais contre ma maladresse et les rire d’Ada ne m’aidèrent pas à me calmer. Je la fusillais du regard.

– Arre oi bin.. erci, finis-je par dire la bouche pleine de mon doigt, ce qui ne fit rien pour la cal­mer, bien au contraire.

Nettoyages terminés pour aujourd’hui, direction la ville et la pharmacie.

Une fois mon doigt déguisé en poupée, ma fierté écornée me poussa à abandonner ma soi-disant amie ricanante. J’étais trop fatiguée pour sortir et tout ce que je voulais, c’était un bon bain chaud et dormir. Mon doigt tapait encore et je me promis de commencer par m’équiper de gants dès le lendemain et en m’endormant, je songeais à tout ce que je devrais encore acheter.

Ada ne m’ayant pas laissé conduire, elle avait raison, j’aurais mis du sang partout, je devais me ta­per cinq kilomètres et des poussières à pied pour aller retrouver ma voiture.

En arrivant à la maison, je trouvais les fenêtres fermées. J’étais pourtant sûr de les avoir laissés ouvertes. Ada était probable­ment revenu les fermer, gentil à elle. J’effectuais un rapide tour et repartis en voiture cette fois-ci. L’achat de gants, achat hautement important, me ramenant en ville, je profitais pour étoffer un peu mon ma­tériel. Une brouette, une pelle et une ramassoire en fer me vengeraient de ces fichues catelles. Le reste de la journée, je l’occupais à contrôler ma liste et à réfléchir mollement assise dans le petit parc à ce qu’il me faudrait commander en premier. Je me décidais pour de nouvelles toilettes, ça, c’était urgent ! Réellement urgent !

Il me fallut plus d’une semaine pour vider tout le fatras qui s’entassait dans le moindre coin du rez, j’avais acheté un de ses abris de jardin en kit qui me serviraient d’entrepôt, cassé la pelle, plié la ra­massoire et découvert plusieurs muscles que j’ignorais posséder, eux aussi ignoraient qu’ils ser­vaient à quelque chose et leur réveil fut des plus douloureux.

L’absence d’Ada se faisait sentir, après les premiers jours où elle m’avait servi de nounous, elle avait repris son travail à plein temps, la sai­son avait commencé. Je souriais en pensant à elle à chaque fois que je passais devant le tableau noir, le jour où elle était venue fermer les fenêtres, elle avait répondu à mon message par un “moi aus­si” écrit avec soin à côté de ma note.

J’avançais dans les travaux, pas vite du tout, mais le temps était venu pour moi de quitter ma chambrette en ville. J’allais dormir sur un lit de camps, faire la cuisine sur un réchaud de camping, mais le plus important, j’avais des toilettes fonc­tionnelles. Le luxe !

Je n’avais pas revu Ada, je passais donc à son bureau pour lui annoncer mon emménagement. Elle n’y était pas. Son patron m’annonçant qu’elle était absente pour encore trois jours, je laissais un mot sur son bureau, un peu dépitée et je retournais pour la dernière fois à l’hôtel. Je vidais ma chambre et fis mes adieux à la ville avec soulagement. C’est euphorique que j’arrivais dans ma mai­son !

Euphorie qui une fois sur place ne dura que quarante-cinq minutes, maximum. Alors que je finissais mon installation de fortune, posant ma valise dans un coin du salon, trop flemmarde pour la monter dans une chambre et transportant mes affaires dans la salle de bain, mon front décida de faire une rencontre sonore avec la tablette du lavabo fantôme de la salle de bain. Ce fichu bout de porcelaine qui avait résisté à la destruction des anciens propriétaires, sûrement parce qu’il était plus que soli­dement fixé, c’est du moins l’impression qu’eut mon front. Je vis des étoiles, du sang couler devant mon œil, bobo, gros bobo et merde. J’enroulais ma tête dans une serviette après avoir désinfecté la plaie, avalais un cachet en râlant puis me couchais en espérant que ça passe. Pour une première journée, ce fut une journée mémorable, aïe !

Je me réveillais avec un atroce mal de tête et je ne bougeais pas. Je pris le temps de me souvenir de qui j’étais et où, d’être bien sûr que j’étais vivante que ma tête ne tournait pas trop. Ho, elle faisait mal, un mal de chien, mais je ne m’en tirais pas si mal. Un bon moment plus tard, je me levais en titubant en direction de la cuisine et de la petite pharma­cie qui s’y trouvait. J’avalais deux cachets, hésitais à en prendre un troisième et retournais me coucher. Grosse journée en vue.

C’est le soleil qui me réveilla le lendemain, ma tête allait mieux et bien que je me sentai vaseuse, mon estomac, lui, était en forme. Un café et deux tartines plus tard, je me dé­cidais à contrôler l’ampleur du désastre sur mon front. Une cicatrice légère au milieu d’une bosse, elle-même au milieu d’un bleu qui englobait mon œil et une partie de ma joue. Je ressemblais à un boxeur, le perdant bien sûr. Tablette de lavabo un, moi zéro !

Je ne sais pas pourquoi, je m’attendais à bien pire. Il me semblait avoir plus saigné, mais je ne trou­vais pourtant que quelques traces et uniquement à la salle de bain. Il faut croire que le choc avait été rude, sacrément rude, mais sans gros dégâts.

Dire que j’ai eu du mal à me remettre à mes travaux, n’est rien à côté du courage que je n’avais pas. Au fil de la journée, je passais plus de temps à rêvas­ser qu’à travailler. Je finis par m’installer dehors pour avaler mon sandwich, les journées rallon­geaient, le temps était plus doux et j’avais envie de profiter du soleil en ce début d’après-midi pour refaire le plein de volonté que je n’avais toujours pas et qui me faisait surtout tour­ner en rond. Lasse de mon manège et pour décider par où commencer, je finis par reprendre le ta­bleau noir, le nettoyais et commençais à noter :

Cuisine, ouvrir ou non ?

Sol, carrelage ou lino ?

Four, gaz ou électrique ?

Micro-onde ?

Salle de bain, place pour baignoire ou non ?

Quelles couleurs ?

Douche ?

Salon, mettre un nouveau sol ?

Garder la cheminée ouverte ?

Et ainsi de suite. La liste des questions s’agrandissait, celle des réponses ne bougeait pas. Le temps passait en interrogation et je me couchais en pensant à tout ce qui me restait à décider. Dans un grand élan de lucidité, je décidais de ne pas décider pour le moment ! Cette bonne résolution prise, je m’endormais.

C’est le hurlement suraigu d’une alarme qui me réveilla au petit matin. La sirène d’alarme se nom­mant Ada, était debout devant moi, gesticulante. Je crus comprendre des mots comme, folle, porte non fermée, visage défiguré, risque de mort, têtue et en danger, dit d’une voix si forte et aiguë que tous les chiens dans un rayon de dix km devaient hurler pour y répondre. Mon mal de tête était de retour ou était-ce un nouveau provoqué par le flot de parole qui se déversait sur moi ? Dans le doute, je re­fermais les yeux.

Oui, j’avais mal à la tête, oui, Ada hurlait, oui, il fallait arrêter ça.

– Bonjour, ça fait plaisir de te voir. Glissais-je rapidement alors qu’elle reprenait sa respiration.

– Ben pas à moi, répondit-elle tu as vu dans quel état tu es, dix jours et je te retrouve à moitié morte.

Sa voix tremblait un peu, me prouvant qu’elle était réellement inquiète.

– C’est rien, je t’assure, je me suis cognée, la tablette de la salle de bain a gagné, mais c’est plus moche que grave.

– As-tu mal à la tête ? Des vertiges ?

– Oui, non, mais oui, parce que tu hurles là.

– Non, je ne hurle pas, dit-elle en hurlant.

– Si, un peu quand même.

– Non, juste ce qu’il faut ! Et il faut bien que tu te rendes compte de tes bêtises, non ?

– Hurler, ça me donne plutôt envie de faire le contraire, répondis-je en riant.

Elle soupira, une fois, deux fois, trois fois, ferma les yeux, puis avec un quatrième soupire, dit beau­coup plus calmement :

– Quand j’ai trouvé la porte ouverte, j’ai eu peur que tu sois partie ou pire morte.

– Je ne suis ni partie, ni morte. J’ai juste un œil au beurre noir, qui va rester quelques jours avant de se transformer en joli arc-en-ciel et disparaître, rien de grave. Allez calme-toi. J’ai besoin d’un café, tu en veux un ? Ou plutôt une tisane ? Calmante ! Dis-je en riant.

Elle me suivit dans la cuisine et mon petit réchaud de camping fit sans broncher son travail.

Une tasse de café à la main, Ada ayant catégoriquement refusé la tisane, nous nous installions dans le jardin. De vieux rondins vermoulus nous servirent de chaises et je profitais du soleil.

– Bon, sang, tu ne t’es pas ratée, il est immense ce bleu.

– Yep, je sais, un sacré match, mais mon adversaire à tricher. Je ne l’avais pas vu venir.

Elle sourit en tendant un doigt pour me toucher. Je reculais la tête en vitesse de peur d’avoir mal et glissais du rondin, me retrouvant pleine de café, les fesses par terre.

– Ok, fit-elle, tu es un vrai danger pour toi-même, il va falloir que je passe régulièrement pour contrôler que tu n’as pas cassé quelque chose ou coincé, ou coupé…

Elle parlait sérieusement, enfin essayait, le rire pointait dans ses yeux. Je me relevais, secouais mes vêtements et alors que je passais devant elle, hautaine et fière, son rire fusa d’un coup. Je me retour­nais et la vis tenter d’essuyer les larmes de rire qui perlaient.

– Tes fesses, souffla-t-elle entre deux hoquets.

Je passais ma main sur elles, mince le pantalon était déchiré. Ok, j’étais ridicule, un œil au beurre noir et les fesses à l’air. Elle se fichait de moi, qui pouvais-je ? Je ruminais une vengeance en me préparant une nouvelle tasse de café. Pourtant, je reconnaissais que la voir était un vrai plaisir, j’appris que nous étions lundi, son jour de congé et qu’elle avait décidé de me traîner en ville. J’avais selon elle besoin de vêtement mieux adapté à mon mode de vie. Les éclairs dans ses yeux sous-entendaient, mieux adapté à ma maladresse. Je ne répondis rien, me drapais dans ce qui me restait de dignité et allais me changer. Mon œil au beurre noir ne passerait pas inaperçu et allait susciter des commérages pour plusieurs jours, mais comme je ne connaissais personne, je ferais avec. Je soupirais en souriant et en­filais des vêtements entiers.

Néanmoins, je passais une merveilleuse journée et quand je rentrais, les bras chargés de sacs, j’étais épuisée. Je ne sais pas où Ada puisse son énergie, mais moi, je n’en ai jamais eu autant.

C’est en souriant que je me préparais à manger et je m’installais dans mon salon pour recommencer à réflé­chir à ce que je voulais. En regardant le tableau, je fus étonnée de voir qu’Ada avait répondu à mes questions. Je pouvais lire à côté de ma liste des commentaires à cuisine, ouvrir ou non ? Un non-mur porteur était rajouté pour le reste le choix était entouré jusqu’à salle de bain ou douche et bain étaient entourés avec un si possible les deux, ajouté à côté.

Mais l’autre, quel culot ! Je rigolais en lisant ses choix. Arès tout pourquoi pas, un vrai petit gé­néral cette nana, mais qui n’avait pas tort, une douche et une baignoire, mmm, ce serait merveilleux. Je rangeais mes nouvelles affaires dont une salopette en jeans solide que j’avais tenu à acheter mal­gré les soupirs et les yeux au ciel à cause de mon mauvais goût, de mon amie. Demain, je m’attaquerai à la salle de bains et me vengerais de mon adversaire victorieux ! Na !

C’est plein d’entrain que j’attaquais bout par bout la maison. Le jardin avait pris des airs de camping sauvage, des abris en toiles s’amoncelaient, un par pièce et j’y entassais les choses que je voulais garder. J’avais même installé un véritable atelier. Je travaillais beaucoup et à force de me tromper, de casser, j’apprenais et j’étais fière de moi !

Le tableau noir en guide précieux se noircissait de pe­tites notes et de réponses, je ne comprenais pas comment Ada arrivait à les écrire aussi souvent. Trop occupée et trop fatiguée, je laissais de côté les choses étranges.

La salle de bains, pas complètement finie, avait maintenant une douche. Les catelles anciennes fai­saient un joli carré en son centre et la baignoire commandée n’arrivera que dans quelques se­maines, ici tout prenait des semaines.

J’avais recopié au propre les suggestions du tableau noir et finalement, elles semblaient me convenir ou alors mon côté petite fille obéissante n’avait pas totale­ment disparu ce qui mériterait que je prenne un instant pour y songer. Je le ferai plus tard, ce n’était qu’une réponse de plus à trouver. J’en avais déjà plein.

Comme aucun accident ni fantôme n’étaient venus me compliquer la vie, j’avançais, vraiment pas vite, mais j’avançais. Les journées étaient longues. Heureusement mes muscles hurlant de contrarié­té au début s’y faisaient, moins de courbatures, plus de travail et moi qui avais toujours été un peu ronde, j’avais trouvé le meilleur des régimes, bouge-toi et bosse ! Je vous le recommande.

Je me couchais avec les poules, bien plus tôt que le soleil qui traînait trop longtemps pour moi de­puis que l’été était arrivé et me levais avec le soleil. Un rythme soutenu, car je voulais avoir fini les gros travaux avant l’hiver. Je voulais avoir chaud et être bien installée pour affronter la neige.

Chaque jour était rempli de petits travaux qui n’avaient rien de compliqué sur le papier, mais prenait un temps fou. Un temps que je perdai régulièrement en soupir et raz le bol. Mon vocabulaire rageur partait du français et quand j’en avais fait le tour passait à l’anglais. Langue qui s’étoffait de jurons plus que d’autres mots, merci Ada.

Les jours passaient et se ressemblaient, inter­rompu par ses visites, qui ne servaient qu’à vérifier que je ne m’étais pas coupé un bras ou pire, car elle les passait à boire une bière assisse par terre et à me regarder faire, une aide précieuse…

Chapitre 4

J’avais pris l’habitude de faire mon programme sur le tableau noir. Liste que je prenais plaisir à tracer tous les soirs et qui me faisait soupirer par son peu d’avancement. J’avais bien compris que pour rester motivée, je devais me limiter à quelques lignes réalistes pour le lendemain. Ce soir-là, je notais finir la salle de bains, vider la cuisine, demander de l’aide pour sortir le vieux fourneau, voir s’il peut être réparé, enlever le sol et si encore temps démonter les placards. Quatre petites choses de rien du tout, mais de l’aide ne serait pas mal venue. Je soupirais. Pourquoi tout était-il aussi lourd ?

Bref, ça attendrait demain, le plus urgent était de filer me laver de toute la crasse accumulée dans la journée. Alors que je sortais de la douche, mon orteil fini dans un carton de catelle. Vous ai-je dit que la salle de bains n’était pas tout à fait finie ? Oui, elle est dans ma liste. Un carton de catelle, posé là par des lutins qui en avaient après moi, j’en étais persuadée, c’est beaucoup plus dur qu’un orteil. Je hurlais, les orteils, ça fait mal !

Sautillant en râlant, je partais à la recherche de ma trousse à pharmacie, glissais et finissais la tête contre la cheminée. Bobo. Mais, vraiment aïe, je vis mes copines les étoiles et merde, tout ça pour un orteil. Ma tête se mit à tourner et je ne vis plus rien.

Je me réveillais avec un mal de tête atroce, encore une fois. Le souvenir de mon œil encore bien présent dans la tête, je jugeais que là, c’était pire, vraiment pire. J’avais mal partout. Je pris un temps fou pour lentement m’asseoir et j’étirais muscles après muscles, jusqu’à ceux de ma nuque qui refusèrent de fonctionner, oh surprise !

Je devais me lever et me diriger vers la cuisine où se trouvait la trousse. Je ne serais capable de rien sans un cachet contre la douleur. J’étais mal, franche­ment et avant de me lever, je jetais un œil autour de moi, cherchant quelque chose pour m’aider à avancer. La trousse était là, pas à la cuisine, mais à un mètre de moi sur le sol, sauvée ! Je me levais doucement et tanguais dans sa direction. Me pencher fut une véritable prouesse tant ma tête cognait, mais j’y parvins en faisant très, mais alors très attention. J’avalais deux cachets, fit demi-tour en traînant la trousse et retournais me coucher en me promettant d’appeler Ada si des nausées apparaissaient.

Je ne le fis pas. Je dormis toute la journée et le lendemain, je me levais en mode zombie, la nuque raide pour trouver un mot mis sur la table de la cuisine. Quelqu’un y avait écrit : faites un peu plus attention ! J’ai sorti le fourneau pour vous avancer.

Je fixais la note bêtement, mon cerveau en panne refusait de comprendre. Qui avait sorti le fourneau qui pesait deux tonnes ? Ok, donc, heu, voilà, c’est quoi ce bordel ? Il y avait quelqu’un chez moi ? Mes pieds décidèrent de retourner au salon où mon corps, cerveau toujours absent, me fit tomber assise sur mon lit. Je restais là, bêtement, loin de la cuisine comme si d’un coup tout allait revenir à la normale. La douleur de ma tête me fit sentir vivante, ce fut du moins la seule chose qui me sem­blait normal.

Vous connaissez cette impression que votre cerveau gèle ? C’est au-delà de la panne simple et bête, rien, plus rien ne marchait dans ma fichue caboche. Un grand vide y régnait. Mon corps avait pris la relève, mais une fois réfugié au salon, il abandonna la direction des opérations. Plus rien, nada, néant total. Seuls mes yeux semblaient vouloir faire le boulot, enfin un peu, je voyais flou. À grand coup de respiration profonde, je tentais de reprendre mes esprits et de calmer la douleur. Non, je n’allais pas retourner voir la cuisine, enfin pas tout de suite. J’étais tentée de m’enfuir, mais sans l’aide de mes jambes ce n’était pas possible.

Deux pauvres neurones se remirent à fonctionner et tentaient à eux deux de réfléchir à la situation, pas bien, vraiment, rien de concret pour les aider. J’avalais un contre-douleur. L’un mes deux neurones eut l’idée idiote de me faire bouger les yeux. Ils se fixèrent sur le tableau noir où ma liste d’à faire s’étalait. Je la relisais : finir la salle de bain, vider la cuisine, demander de l’aide pour sortir le vieux fourneau, voir s’il peut être réparé, enlever le sol et si encore temps démonter les placards, rien à dire, sauf que, sauf qu’en dessous, juste en dessous « demandez quand vous avez besoin d’aide » était noté. C’était l’écriture d’Ada. Enfin me dit un de mes neurones, tu pensais que c’était l’écriture de… Ha, ha gros malin de te décider à analyser ça maintenant et l’autre neurone, celui qui n’était pas occupé à faire des conclusions désagréables, relu une bonne dizaine de fois le texte qui ne changeait pas. Il était donc possible qu’il soit bien là et que ce n’était pas une hallucination due au choc, comme celui de la cuisine. Et mince. Enfin peut-être, pour la cuisine, il faudrait que je re­tourne voir. Non, pas envie du tout et puis mes pieds ne voulaient pas.

Je restais là, un temps infini. Je fixais le tableau. Ma tête restait vide. J’étais en panne, panne totale.

Mon fichu estomac se moquant complètement de la situation se mit à gronder : du café dit-il ! Si, il l’a dit, j’en suis sûr. De toute façon au point où j’en étais un estomac qui parle, ce n’était que du nor­mal. Je fermais les yeux, fort, jusqu’à voir des petites lumières se balader contre mes paupières. Je respirais profondément. J’ouvris les yeux, le texte était toujours là, je me levais, celui de la cuisine aussi. C’était réel, je me fis une tasse de café, la bus, puis une deuxième avant de retourner au salon.

Je relus le texte pour la millième fois, mieux réveillée cette fois-ci, pas en forme, pas à l’aise, mais mieux réveillée. Un troisième neurone, sûrement boosté par le café se fit entendre. Il voulait faire un conseil à trois ou plus. Le conseil se teint et conclu que d’un, ça ne pouvait pas être Ada, de deux, c’était écrit en français. En français, bordel t’a noté, en français ! À part Ada personne ne le parlait ici. De trois, c’était plutôt gentil de m’avoir aidé, flippant, mais gentil. De quatre que mes yeux étaient des imbéciles de n’avoir pas lu jusqu’au bout. En effet, en dessous de la signature que je peinais à lire, un P.S. était rajouté. Il disait : il serait souhaitable que nous nous rencontrions, ne pensez-vous pas ? Quel soir vous conviendrait ? Amicalement Louis.

Enfin je pense, la signature commençait par un L, c’était sûr, le reste beaucoup moins.

Mais, bordel, c’était qui ce type ? Il faisait quoi chez moi ? D’ailleurs vu son message le premier jour, il était là avant moi. Les fantômes écrivent ? Sérieux ? Ok, panique ! Là, maintenant, tout de suite, fou le camp, putain de pieds de merde ! Ils ne bougeaient pas. Je ne bougeais pas.

Il y avait quelque chose, je devais y réfléchir. Vraiment, je devais prendre le temps d’y penser. Mais penser à quoi ? Au café dit neurone numéro trois, plein de café rajouta numéro quatre qui sortait de je ne sais où en baillant, ok, encore plus de café, c’était un bon début. Début à quoi ? Je n’en savais rien, mais mon mal de tête atténué par le cachet et le café me laissait un peu plus de place pour réfléchir.

Café en main, assise par terre, je regardais le jardin. Quelques neurones supplémentaires se ré­veillèrent et se joignirent à la longue conversation qui se tenait dans ma tête.

Bon, disait numéro trois, oui, c’était lui, n’en doutez pas, récapitulons. Récapituler quoi ? Franchement, aucune idée et puis, numéro quatre dit, on reprend depuis le début, ok les gars ? Et, là, ils se mirent au boulot. Mon cerveau gavé de café dégela. Je pouvais à nouveau penser.

Depuis le début donc, voyons, déjà depuis quel début ? Mon arrivée ou ma maison ? Je me levais, allais au tableau noir et notais, arrivée à la maison et là, je bloquais. Que c’était-il passé que je n’avais pas retenu, mais qui au fond de mon esprit s’était imprimé suffisamment pour que cette im­pression d’avoir loupé un truc énorme soit si présente et pourquoi cette impression ne vient que maintenant ? Tu étais crevée dit numéro un. Bon, passons.

Donc le premier jour, je me suis coupé le doigt et les fenêtres ouvertes, j’en étais sûr, elles étaient ouvertes, mais retrouvées le lendemain fermé. J’avais pensé à Ada mais non, alors, le fantôme ? Je grimaçais. Et, quoi d’autre ? Le sang, j’en avais mis partout et le lendemain, presque plus rien. Les fantômes font le ménage ? Je ricanais. Puis mon choc à la tête dans la salle de bains, un sacré coup et peu de sang. Je secouais la tête, non impossible, je délirais. Les désires sur le tableau noir, ceux du fantôme ? Tous les petits mots trouvés ? Mais, quand même c’était, non rien, ce n’était pas possible et voilà, mais…

La tête entre les mains, je me sentais vide. Je cherchais encore et encore ce que j’avais pu ne pas voir, ne pas considérer comme important. Je me mis à douter, une plaisanterie ? Un vagabond vivant dans la maison ? Il n’avait rien fait de mal pour le moment. Il m’avait aidé, mais pourquoi ces mots maintenant ? Je n’avançais pas, ne trouvait rien, ne comprenait pas.

Dans le flou et la panique, une idée germa. Une seule qui me semblait pouvoir m’apporter une ré­ponse. Il fallait que je retrouve mon calme, au moins un peu. J’effaçais le tableau noir, deux fois.
Quand les phrases dans ma tête se mirent dans un ordre que je jugeais correct, j’écrivis : Qui êtes-vous ? Que faites-vous là ? Pourquoi ne pas vous être montré avant ? Partez de chez moi !

C’était nul, mais n’ayant aucune autre idée, ça ferait l’affaire. J’attrapais vite fait mes clefs et fuyait ma maison.

Quand la ville fut en vue, je m’arrêtais, une partie de moi voulait fuir, une autre me disait que non, la fuite, j’avais déjà fait. L’envie de me battre pour ma nouvelle vie se disputait avec mon envie de me cacher. Arrêtée au bord de la route, je regardais la ville en tentant de décider quoi faire et puis zut ! C’était chez moi. L’autre-là n’avait rien à y faire. J’avais assez courbé l’échine, assez laissé les autres déci­der pour moi, n’est-ce pas, cette maison, je la voulais. D’accord, je reconnais qu’être seule n’est pas aussi facile que je ne le pensais, mais c’était ma maison.

Une petite voix au fond de moi susurrait doucement que je ne craignais rien. Elle avait du mal à se faire entendre entre panique et colère, mais elle était là, me rappelant que, oui, depuis le début je n’étais pas seule. Elle me soufflait que si problèmes il y avait, rien de grave ne s’était passé, que la pa­nique était mauvaise conseillère. Elle se faisait entendre entre les deux grosses musclées qu’étaient panique et colère, prenant le pas sur leurs directives. Si tu as peur, va dormir dans une chambre et ferme-la, la nuit, continuait-elle, tu ne risques rien sinon le pire serait déjà arrivé et puis il veut se présenter. Tu peux lui laisser une chance.

Je ne sais pas d’où cette petite voix sortait, mais sa douceur était persuasive et faisait taire ma panique, laissant la colère qui me poussait dans la même direction. Rentre chez toi et bats-toi pour. Oui, je l’aimais cette baraque, j’y avais passé des heures à la retaper, j’y avais des projets et non, je ne voulais pas la laisser, à personne, pas sans me battre, pas cette fois-ci.

Bien plus tard, je soupirais en sortant de la voiture. Je soupirais toujours en transportant mes affaires dans la plus grande des chambres. Je m’y installais en frissonnant, inquiète. Je restais là, assise sur le lit de camps, regardant autour de moi, la porte fermée à clef, une chaise coincée sous la poignée. Je ne savais plus quoi faire d’autre. Je me sentais à nouveau incapable, nulle, perdue comme si ces dernières semaines ne m’avaient rien appris. Une petite chose incapable d’affronter le monde et qui, réfugiée dans sa chambre, laissait le moindre problème la submerger. La seule chose qui sortait de ce marasme était que je voulais garder ma maison. Quitte à la partager ? Je n’en étais pas sûr. Pouvais-je faire confiance à cette petite voix ? Il me fallut des heures pour calmer le tourbillon de mes pensées et m’endormir.

Quelque chose était arrivé, je dormais et n’ai rien entendu. Pourtant, au petit matin, j’avais bien la preuve que quelque chose était arrivé, un message remplaçait le mien. Je pris le temps de boire un grand café noir avant de le lire, enfin deux, même si j’avais dormi la nuit avait été courte et mes neurones toujours sous le coup de la panique pédalaient dans le vide.

Debout en face du tableau, ma deuxième tasse de café en main, je m’obligeais à me calmer avant de lire ou plutôt à respirer avant de lire puis doucement, je levais les yeux. « Bonjour, je ne vous veux pas de mal. J’apprécie de savoir que ma maison est aujourd’hui aussi votre maison. Vous ne risquez rien, je vous le promets. Je pensais que mes petits mots avaient suffi à vous faire comprendre que vous n’étiez pas seule. Je suis navré qu’ils n’aient pas suffi. Pensez-y tran­quillement. Votre ami. Livius »

Bon, voilà et je faisais quoi moi maintenant ? Sa maison ? Non, ma maison ! Un de mes fichus neu­rones regardait la signature et me faisait signe que je m’étais gourée, pas Louis, Livius.

– Et alors connard, dis-je à haute voix, que veux-tu que ça change ?

Rien ça ne changeait rien. Je restais toujours là à ne pas savoir quoi faire. Pas avoir peur, il en avait de bonnes. Y penser, si seulement je pouvais juste penser. Fichue trouille, fichue colère, mais où était la petite voix tran­quille quand on avait besoin d’elle ? Partie, elle aussi, je me sentais seule, je me sentais perdue, mon cerveau ramait de nouveau et je faillis mourir lorsque mon téléphone sonna. Mon télé­phone sonnait. Put… mon téléphone, Ada ?

Ce n’était pas Ada, juste le magasin du coin qui m’annonçait l’arrivée de ma baignoire. Je raccrochais au nez du vendeur et appelais Ada qui ne répondit pas. Il fallait que je fasse quelque chose, n’importe quoi pour ne plus me sentir si stupide.

Je m’occupais les mains pendant une journée interminable, rien ne retenait vraiment mon attention et je sursautais au moindre bruit. J’avais même réussi à me faire peur toute seule en laissant tomber un crayon. La journée tirait en longueur, mon esprit bloquait. J’avais fini par me mettre au démon­tage des placards, transportant les portes dehors pour les poncer puis les repeindre. Je n’avais pas encore décidé de la couleur, mais je fis quelques tests, mes gestes étaient mécaniques, peu précis, trop occupé qu’était mon cerveau à analyser, décortiquer, comprendre, faire des conclusions et leurs contraires. Usée par ce méli-mélo de pensées, je finis par aller me coucher sans manger pour m’endormir à peine la tête posée sur l’oreiller, la fatigue nerveuse l’emportant. Notez que si la fatigue physique permet un bon sommeil, la fatigue nerveuse pas du tout !

À mon réveil, j’évitais le salon et filait à la cuisine. Le rituel du café réveil neurones effectué, je me posais en face du tableau, les yeux fermés, je respirais à fond et lu le nouveau mot qui était sur le tableau. « Merci d’être restée et de me faire confiance. Content de voir que vous vous êtes enfin installée dans une chambre. Bonne journée Sophie. P.S. Je préfère le bleu pour les portes des placards, mais faites comme vous le souhaitez. P.P.S. Vous buvez trop de café. »

Ho, ha, et ? T’es pas ma mère fut ma première pensée. Ok, ça ne volait pas haut, lui faire confiance ? Il rigolait là ? C’était juste dingue et j’étais dingue. J’avais des hallucinations à force de rester seule voilà. Néanmoins tout cela semblait bien réel.

Je n’avais toujours pas réussi à décider quoi faire alors voire où cette situation allait me mener pour­quoi pas. Finalement toutes les solutions envisagées me semblaient dingues. Je notais une réponse dans ce sens et attaquais la peinture bleue des placards, c’était aussi ma préférée, nous avions au moins des goûts en commun, me figes-je en ricanant.

Mon humour refit son apparition dans la journée, finalement la maison était bel et bien hantée. D’un fantôme parlant français, s’il vous plaît. Ce qui expliquait pourquoi les anciens propriétaires avaient fuis. Que des emmerdes avec ces Européens ! Du coup, comme j’en étais une, nous devrions nous entendre.

C’est dans cet état d’esprit que j’attaquais les jours suivants. Mon fantôme communiquait. Tous les jours, je trouvais un mot, ça allait de la couleur d’un mur à la supplication de ne pas détruire telle chose ou telle autre, jusqu’à sa désapprobation maintes fois exprimé sur ma consommation de café. De quoi je me mêle avais-je fini par lui écrire qu’il laisse donc mon histoire d’amour avec le café en paix.

Je découvrais petit à petit les goûts très vieux jeu de mon colocataire fantôme. Il voulait tout conserver, je voulais moderniser. Il ne lâchait rien, allant jusqu’à récupérer ce que je jetais pour le remettre dans la maison. Je ne lâchais rien moi non plus, je n’allais pas me laisser faire comme ça. Je me découvrais têtue et ma confiance en moi augmentait de jour en jour face à cet adversaire invisible.

L’aide qu’il m’apporta durant cette période, me permit d’avancer plus vite que prévu. Le sol de la cuisine fut arraché puis la baignoire posée devant la maison par le livreur, fut magiquement mise en place pendant la nuit. Je l’avais découvert doué en menuiserie et le laissa refaire la table et réparer les chaises.

Cela fonctionnait bien, une relation de confiance se tissait et j’aimais de plus en plus l’idée de cette étrange colocation, néanmoins je refusais ses demandes de rencontre. Il ne s’en forma­lisait pas, attendait quelque jour puis relançait l’invitation que je refusais. Je ne me sentais pas prête à conforter l’idée que je me faisais de lui à travers nos échanges avec une réalité que je craignais moins agréable.

Non, je ne l’imaginais pas beau, craquant et super musclé, mais vieux, barbu, style ermite en perdition et cette idée de lui me le rendait sympathique, bien plus que la version musclée et beau. J’appréhendais tellement cette rencontre que lorsque je l’entendais travailler la nuit, je faisais semblant de dormir. Un jour, il me faudra accepter la rencontre, mais pour le moment cette relation dingue me convenait et calmait mes appréhensions.

L’été tirait à sa fin quand le grand projet du toit fut inscrit sur le tableau noir. Je ne pouvais pas le faire seul et l’entreprise contactée devait arriver dans trois jours. Je notais donc sur notre tableau, oui, c’était devenu le nôtre, notre moyen de communication, que le toit serait refait à partir de lundi et que si tout allait bien serait fini le vendredi.

J’étais contente que ce gros chantier soit fait avant l’hiver. L’entrepreneur, Francis, qui supporta mes ap­pels presque six semaines avant de craquer, devait s’en occuper. Pour être honnête, je ne gagnais que suite à l’inter­vention de Suzanne, sa tante, qui une fois que je l’avais, sans savoir leur lien de parenté, mise au courant de la situation, fonça sortir son neveu de son bureau pour lui faire promettre de venir dès la semaine suivante.

Je profitais de passer la soirée avec Ada qui depuis le début de la saison n’avait plus de temps pour rien. Elle passa son temps à pester sur les touristes et regardait d’un œil noir ceux qu’elle croisait en ville. D’amicale et char­mante durant son travail, elle se transformait en monstre dès qu’elle quittait son rôle de guide, pour mon plus grand plaisir.

Je passais une agréable soirée à l’écouter se plaindre des gens de la grande ville et de leur équipe­ment hors de prix, mais totalement inutile ici. Elle en avait après les gens stupides qui confondaient randonnée en montagne et balade au bord de mer, les baskets, pas faites pour marcher, mais pour frimer, les ongles peints qui ne servent à rien, les bottes pas « cassées » avant la marche et qui faisait des ampoules à des citadins surpris d’apprendre que si, il fallait les porter avant, ainsi qu’à tout ce ou ceux qui n’étaient pas faits pour la montagne. Je l’écoutais en souriant ne l’interrompant que pour lui dire combien elle avait raison. Je n’avais pas envie, vu son humeur, qu’elle me râle aussi dessus puis je rentrais, bien contente de ne pas voir ces gens-là autour de chez moi et je m’écroulais au fond de mon lit pour un repos bien mérité. Elle était presque plus fatigante que les travaux.

Chapitre 5

– Sophie, Sophie, s’il te plaît, réveille-toi !

Une voix rauque me parvenait dans mes rêves, une voix qui parlait français avec un accent.

– Sophie, réveille-toi !

L’odeur du café me chatouilla le nez, mmm, je m’étirais en soupirant.

– Sophie, c’est important, réveille-toi !

Une main se posa sur mon épaule et me secoua doucement. Une main ? Je sursautais renversant la tasse que tenait une autre main devant mon visage. Assise d’un coup, je fixais deux yeux noirs qui me fixaient et je hurlais. L’homme recula d’un bond et me dit doucement :

– Sophie, calme-toi, c’est moi Livius.

Me calmer ? Me calmer ! Il était dans ma chambre ! Je pris le coussin et le lui jetais à la figure.

– Dehors ! Hurlais-je.

Il recula les mains en avant.

– Je vais à la cuisine vous refaire du café, il faut que l’on parle.

Et, il me planta là.

Mon cœur menaçait de sortir de ma poitrine par ma gorge, mes mains et mes jambes tremblaient. Il me fallut un bon moment avant de me souvenir d’où j’étais et de qui pouvait bien être ce type, Li­vius. Je mis ma tête entre mes genoux, ce qui ne servit à rien, pris de grandes inspirations pour me calmer, ce qui ne servit à rien non plus et me levait. Il allait m’entendre ! Je vous jure qu’il allait m’entendre l’autre là.

Il était sagement assis à la cuisine, une tasse de café posé loin devant lui et un petit sourire gêné sur les lèvres. Brun, la quarantaine, les yeux noir charbon, un visage taillé à la hache et une fossette sur la joue droite, il semblait bien plus grand que moi, fin, mais pas maigre. Il était bien loin de l’image du SDF poilus squattant mon sous-sol que je m’étais faite. Pas mignon, non, ça marchait pour les chatons, mais pas pour lui, beau ? Oui, mais d’une beauté sombre, il se dégageait de lui une force incroyable qui me mettait mal à l’aise.

J’attrapais la tasse de mauvaise grâce et le fixait mé­chamment presque déçue qu’il ne soit pas le gentil ermite que j’avais imaginé.

– Je ne voulais pas vous faire peur, mais vous avez le sommeil plutôt profond. Me dit-il douce­ment.

Les accents rauques de sa voix étaient étonnants, je le fixais sans rien dire. Il me fixait, lui aussi, mais pas en me détaillant, il fixait mes yeux y cherchant quelque chose. Puis, il dit dans un demi-sourire :

– Pas trop déçue ?

Toujours ses yeux au fond des miens, déçue, non mais plutôt mourir que de le dire puis j’eus très chaud, mon visage virait au rouge pivoine, le sale traître.

– Enfin, non, enfin, ça va, enfin…

Et voici, Sophie, la reine de la conversation dans son œuvre la plus connue, les enfin en cascades. Il allait me prendre pour une idiote à bafouiller en rougissant comme ça.

– Je ne voulais pas vous faire peur.

– Tu ! Le coupais-je.

– Te faire peur, corrigea-t-il.

Je bus mon café pour me donner contenance. Il était infect, vraiment imbuvable ! Ce qui eu l’avan­tage de refroidir mes joues et de remettre mon attention sur autre chose que ce demi-sourire.

– C’est important, il fallait que nous parlions.

– J’avais cru comprendre, marmonnais-je le nez dans la tasse. Et, de quoi ?

– Des ouvriers pour le toit.

Je relevais la tête, le ton plus que désagréable qu’il avait, n’annonçait rien de bon.

– Ben quoi les ouvriers ?

– Je n’en veux pas.

Net, simple et glacial, cinq petits mots qui semblaient dire, ils viennent, ils sont morts.

– Et vous compter refaire le toit tout seul ? Demandais-je. Il faut changer une partie de la char­pente.

C’est bien le café dégueulasse, ça me garde sur ma réserve. Bon, soyons honnête, ce n’était pas du tout la première question que j’avais à lui poser et de loin. J’en avais plein, merde, j’aurais dû les noter.

– Pourquoi la charpente ?

Tiens ses sourcils se froncent et ses yeux semblent encore plus noirs.

– Pourri !

Puisqu’il économisait ses mots, j’allais en faire autant. Je me levais pour refaire du café, du bon cette fois, le laissant réfléchir et me disant qu’au lieu de parler de charpente, je devrais lui demander d’où il sortait et pourquoi il parlait français et zut à la fin.

– Vous buvez trop de café.

Ha, ben oui, ça aussi, c’était super important.

– Je sais vous me l’avez souvent écrit. Je suis fatiguée, j’aime le café et pour le moment, c’est comme cela.

– La charpente est vraiment abîmée ?

Retour brutal à la discussion super importante qui m’a sorti du lit.

– Oui, il y a des fuites, des tuiles se sont déplacées et à force la charpente a pourri. Il vaut mieux changer les poutres. Je ne sais pas faire.

Il soupira, moi aussi, plus fort, exprès.

– Moyen de raccourcir leur présence ?

– Enlever et remettre vous-même les tuiles.

– Toi.

– Quoi moi ? Ça va pas ?

– Si je te dis tu, toi aussi, pas toi enlèves les tuiles.

Il sourit, un vrai, pas le truc de travers à moitié. On avançait, super. Je lui souris en retour.

– Donc je disais, pour que ça aille plus vite il faut que TU enlèves les tuiles avant leur arrivée, lundi. Je ne monterais pas sur le toit.

– Je vais m’en occuper. Conclut-il

Il y eut un long silence, ben voyons il va s’en occuper et la marmotte… Puis j’éclatais me faire réveiller pour ça ?

– Et c’est tout, pourquoi c’est un problème ? Finalement, ils viennent de jour et tu as l’air de vivre la nuit, va savoir pourquoi. Je ne vois pas en quoi leur présence te dérange à ce point-là ? Franche­ment, tu te prends pour quoi, me réveiller en pleine nuit alors qu’un simple mot aurait suffi. Et puis d’où tu parles français et d’où tu sors et… et… et…

Je croisais un regard noir, des sourcils froncés, une bouche pincée. 

– Mais, c’est vrai, quoi, mais enfin ? Chevrotais-je en me rasseyant le nez dans ma tasse de café.

Rougissants, bafouillant et maintenant chevrotante, le tiercé de la honte dans l’ordre. La petite voix douce se fit entendre dans ma tête. Tiens, la revoilà celle-là : calme-toi, regarde-le, il ne rit pas.

Non, il ne riait pas, n’avait même plus l’air en colère, il me fixait d’un air interrogatif.

– Tu as raison, nous avons à parler, mais je te propose de remettre ça à la fin des travaux.

Finit-il par lâcher du bout des lèvres.

– Ho, alors dans dix ans plus ou moins si je dois tout finir avant. Grinçais-je.

– Non, le week-end prochain, je répondrais à tes questions.

Il était super sérieux, presque raide, pas fâché, mais mal à l’aise et pas franchement ravi d’avance.

– Mouais, ça marche, plus de réveil au milieu de la nuit et plus jamais tu n’entres dans ma chambre. Marchandais-je en plus.

– Sauf si urgence.

Vu SES urgences, je doutais qu’il tienne parole. Le prochain réveille aurait certainement lieu pour un problème de plomberie ou parce que j’aurais envie d’inviter Ada à la maison. D’ailleurs en y pen­sant :

– Au fait…

Il me coupa.

– Retourne te coucher, si tu arrives à dormir avec tout ce café. Il faut que je m’y mette si je veux finir pour lundi.

Et il me planta là.

Je pris ma tasse, remontais dans ma chambre et je m’y enfermais. Je restais un long moment à écou­ter les bruits venant du toit et à réfléchir à cette drôle de rencontre. Le bruit au-dessus de ma tête continuait toujours, c’est alors que ma petite voix recommença : il est pas mal le fantôme ! Oui, un peu brute de décoffrage, mais à quoi fallait-il s’attendre d’un homme qui vit caché dans un sous-sol. Il avait dû faire un effort de tenu pour moi. C’est vrai que je m’attendais à un ours poilu et revêche. J’avais un ours pas poilu et franchement aussi revêche qu’imaginé, mais plus craquant. Je pouffais dans mon coussin, me traitait d’idiote et fermais les yeux, soulagée que mon fantôme n’en soit pas un.

Il n’y avait aucun mot sur le tableau le lendemain matin. Je sortis dans le jardin et vus des piles de tuiles posées en tas régulier contre la maison, je rentrais, me préparais un grand petit déjeuner que je dégustais tranquillement au soleil. Oui, je traînais, et alors ? Je m’offrais le droit de ne rien faire aujourd’hui, si monsieur le colocataire voulait se la péter en démontant tout seul le toit, qu’il le fasse. Aujourd’hui ce serait sans moi.

Je finis par appeler Ada pour lui proposer une pizza en ville et je partis sans trop attendre rejoindre mon amie. Sa pizza avalée, elle lorgnait sur la mienne. Je lui en tendis presque la moitié. Mais où met­tait-elle tout ça ? Ada se remit à se plaindre des touristes. Je commençais à penser qu’elle le faisait exprès, au fond, elle devait adorer s’en moquer.

L’après-midi fila mais je n’avais pas envie de ren­trer, pas aujourd’hui alors Ada, ravie, me traîna au cinéma où ce jouait un marathon Seigneur des An­neaux. Du pop-corn, du coca et plein de cochonneries, nous tiendraient compagnie. Si je devais ap­précier une chose chez mon amie, c’était que nos goûts étaient pareils, en matière de cuisine, de livres et de cinéma.

Repus de plus de sucre que je n’en avais mangé depuis un an, avec une envie pipi à me fendre le crâne, c’est vers quatre heures du matin que je rentrais. Je me garais, filais à la salle de bain et à peine étais-je assise, qu’on y frappa.

– Tout va bien ? Fit une voix inquiète, tu…

C’est pas vrai, pas maintenant.

– Oui, un moment, j’arrive. Coupais-je.

Depuis mon arrivée il avait toujours été super discret et là… Mais c’est pas vrai, pouvais-je faire pipi en paix ? Et puis, il avait quoi à être inquiet. Je soupirais, encore, ça devenait une manie. Je sor­tais de là pour trouver mon colocataire assis à la table de la cuisine, il était inquiet cela se voyait.

– Tu vas bien ? Il est tard.

– Oui je vais bien, je suis sortie avec une amie. Nous sommes allées au cinéma et le temps de rentrer… Je haussais les épaules en faisant un geste de la main. J’avais envie de faire autre chose aujour­d’hui.

Il hocha la tête.

– Je m’en suis douté quand j’ai vu que rien n’avait bougé. Il avait l’air penaud. J’ai contrôlé si tes affaires étaient toujours là et comme le temps passait, je me suis demandé si tu avais un pro­blème ou un accident et puis il n’y avait pas de mot sur le tableau.

Le demi-sourire était de retour, ironique à souhait, contre lui cette fois-ci. Je le fixais interloquée.

– Je suis sortie, depuis quand dois-je te prévenir ?

Je retins de justesse le : tu n’es pas mon père qui arrivait dans ma bouche. Bien ma fille, tu progresses et une ânerie de non dite, une.

– Ce n’est pas habituel, se justifia-t-il, tu es plutôt du style à te coucher tôt.

– Je suis habituellement tellement fatiguée que même si je le voulais, je ne pourrais pas me cou­cher tard. Aujourd’hui j’ai fait une pause et pris du temps dehors. J’en avais besoin.

– À cause de moi ?

Là j’hésitais entre le oui, tu me rends dingue et le non, tu n’es pas le centre du monde ou alors un peu ? J’optais pour ce dernier.

– Un peu, je ne comprends pas tout, nous nous connaissons seulement par écrit et je n’étais pas vraiment prête à te rencontrer pour de vrai et un peu parce que Ada est ma seule amie ici et pas­ser du temps avec elle me fait du bien.

– Je comprends.

Il en avait de la chance, moi, pas grand-chose.

– Bon, maintenant que tu es rassuré et que tu m’as vu vivante, la couche-tôt que je suis ayant lar­gement dépassé son heure de coucher va aller dormir.

Je faillis aller l’embrasser pour lui dire bonne nuit, mais au secours, quelle gourde ! Je déviais vive­ment pour attraper une tasse que je remplis d’eau pour en faire quelque chose et je filais sans plus attendre dans les escaliers.

– Bonne nuit Sophie, fit-il juste derrière moi.

Je me retournais d’un coup et mon visage fini dans sa poitrine, ma tasse contre son ventre. Je recu­lais, renversais tout et bredouillais une bonne nuit gênée. Il souriait franchement, me fit un clin d’œil et me laissa en disant :

– Si tu le demandes, je veux bien te faire un bisou de bonne journée demain matin.

Il se moquait de moi, j’avais les joues en feu et merde. Il se moquait de moi et je ne trouvais rien à répondre. Je montais en écrasant chaque marche pour bien montrer mon énervement, ce qui le fit rire et me rendis encore plus énervée. Bref, il était plus que temps que je dorme, au moins au fond de mon lit, je n’allais pas faire ou dire de bêtises puis je me rendis compte, il s’était inquiété et sans comprendre pourquoi, j’en étais ravie.

Le lendemain, un mot sur le tableau me donna la rage nécessaire pour faire en une journée ce que j’avais prévu de faire en deux. C’est bien la rage, ça permet d’avancer. Pourquoi étais-je de cette humeur merveilleuse ? Le mot sur le tableau disait : je n’ai pas osé te réveiller d’un baiser, tu étais rentrée tard et au vu de tes ronflements, j’ai pensé qu’il valait mieux que tu te reposes encore. Bonne journée.

Ha, ha très drôle ! J’en avais mal aux côtes de rire. Du coup, c’est en imaginant la tête du comique nocturne que je lavais et frottais les meubles stockés dehors. En levant la tête, je pus voir que le clown avait presque fini de démonter le toit. Demain tout serait prêt pour le neveu de Suzanne. You­pi, comme ça mon colocataire à l’humour défaillant se calmerait. Allais-je, oui ou non lui répondre et que lui répondre. La fatigue avait eu raison de ma mauvaise humeur, mais je ne voulais pas le laisser gagner comme ça. Je pris le temps et notais : Seul un prince charmant aurait pu me réveiller d’un baiser pas un fantôme. Bonne nuit. Il comprendrait ou pas.

Le matin, je me levais courbaturée, tiens, ça faisait longtemps. Une bonne douche plus tard, ma deuxième tasse de café en main, je regardais sur le tableau sa réponse : Je ne suis pas UN fantôme, mais je veux bien être le tien ! Bonne journée, ma belle au bois dormant.

Ok, Il avait gagné, car c’est en souriant que j’ouvrais aux ouvriers qui se présentèrent devant la porte. Francis me dit :

– C’est sympa d’avoir avancé le travail, tante Suzanne m’a fait promettre de venir cette semaine. Cependant, j’ai un autre chantier en cours. Il faudra que tu m’expliques comment tu as fait, sans vouloir être impoli, tu ne ressembles pas vraiment à une force de la nature.

Je ne répondis rien, mais il me faudrait penser à remercier mon fantôme pas charmant parce que si Francis n’avait qu’une semaine, l’opération rénovation du toit aurait capoté. Ce que je n’avais pas pré­vu, c’est l’énorme engin qui arriva peu après et auquel il fallut faire de la place.

Malgré mes doutes, Francis et son équipe travaillaient vraiment bien. Mémo personnel, faire plus confiance aux dires de Suzanne. En fin de journée, son équipe partie, Francis traîna pour boire une bière et discuter un peu.

Il m’avait vu au cinéma avec Ada et me demanda très sérieusement si j’avais choisi d’y aller ou si Ada m’y avait traînée de force. J’allais lui répondre sèchement quand j’aperçus son regard pétiller.

Je fronçais les sourcils et demanda pourquoi ?

– Je la connais depuis son arrivée, me confie-t-il. Elle était en classe avec mon frère. Sa réputation de terreur est méritée crois-moi. Elle en a fait voir à tous à son arrivée, une vraie rebelle.

J’en ris et lui répondis que non, j’aimais ce genre de film et que je les avais déjà vus plusieurs fois et que la seule chose que je pouvais reprocher à mon amie, c’était cette extraordinaire énergie. Elle m’épuisait parfois.

Il était parfaitement d’accord, nous avons parlé de tout et de rien, soudain il me dit que sa tante m’attendait pour manger samedi soir. Il avait failli oublier, elle ne l’aurait pas pardonné. Il me fit un clin d’œil puis me souhaita bonne soirée et fila avant même que je puisse refuser l’invitation.

L’urgence pour le moment était de me couler dans un bon bain chaud, le reste attendrait.

Le reste attendit plus que prévu, je m’étais endormie. Je sortis de là alors que la nuit était déjà tombée. Mince, j’avais trempé sacrément longtemps et je mourrais de faim. Je me séchais rapidement puis entourais ma serviette autour de mes cheveux et filais à la cuisine mettre mon repas à réchauffer, l’estomac gar­gouillant d’anticipation. J’y pénétrais comme un courant d’air et me figeais net.

Il était là, devant le micro-onde, un bol fumant à la main et son regard, ho, mon Dieu son regard. De surpris, il se fit curieux puis ravi ? Je le fixais et je réalisais en voyant son sourire apparaître que j’étais nue, une serviette enroulée sur ma tête comme seul vêtement. Et merde, merde, merde…

Mes pieds firent un demi-tour tandis que mes mains attrapaient le linge et le déplaçaient de ma tête à mon corps. Les escaliers furent montés en 2 secondes, la porte de ma chambre claquée et c’est trem­blante que je m’y appuyais pour reprendre mon souffle.

Non mais c’est pas vrai, il venait de me voire nue. J’étais passée par tous les rouges connus pour fi­nir avec un qui en plus chauffait sur mes joues. Je glissais le long de la porte et me pris la tête entre les bras. Je ne suis pas pudique, mais pas franchement à l’aise quand je suis nue. Je restais as­sise contre la porte en me sermonnant. Il n’y avait pas de drame, ce n’était rien, enfin, c’était pas grand-chose et puis il n’avait rien dit, pensé, j’en étais sûre, mais rien dit, c’était déjà ça de pris. Je reprenais contenance petit à petit et le léger coup donner contre ma porte me sortit de ma tornade de pensées.

– Sophie ? Ça va ?

Mon nom était juste soufflé très bas, doucement, presque un murmure. Il voulait juste me faire sa­voir qu’il était là.

– Oui ! J’arrive, un instant, dis-je.

Bon, finalement, il m’avait vu nue et puis ? C’était un accident rien de plus. Reprends-toi, tu n’es pas une nonne ! Lui peut-être, n’était-il pas ermite ? Il n’a même pas fait un geste alors arrête de baliser. Puis l’image me frap­pa, je l’imaginais en nonne. Mais c’est pas vrai ! L’image de mon fantôme en nonne flotta un mo­ment dans mon esprit et me permit de finir de me calmer. Le ridicule ne tue pas et l’imaginer ainsi me permettait de dédramatiser.

Arrivée à la cuisine, je vis que le bol était lavé, posé sur l’évier et lui était assis sagement à table. Je lui fis un petit signe de tête pour me donner contenance. Je fouillais dans mon frigo et en sorti un sandwich. Mon repas en main, j’allais m’asseoir en face de celui qui n’avait rien dit de­puis mon arrivée.

– Bonsoir Sophie, dure journée ?

Il parlait tranquillement, d’accord, faisons comme si rien ne s’était passé.

– Oui, épuisante ! Il a fallu faire de la place pour la grue et je me suis endormie dans la baignoire.

Bien, ma grande, tu n’as même pas bafouillé, tu as parlé normalement. Je fixais mon assiette, seul moyen que j’avais trouvé de ne pas le regarder. Un doigt vint se loger sous mon menton pour le sou­lever et ses yeux noirs cherchèrent les miens.

– Ne te prends pas la tête. Tu n’es pas la première femme que je vois nue et je te promets que tu ne risques rien !

Il avait un regard si sérieux et un sourire doux. Il ne lâchait pas mes yeux y cherchant je ne sais quoi. Je devais le prendre comment le : tu ne risques rien ? Je suis moche, c’est ça ? Ou il est gay ?

– Merci, mais je n’ai pas aimé la surprise.

Il sourit malicieux.

– Moi, oui et j’ai apprécié !

Il appuya ses dires d’un clin d’œil et me voyant rougir, il redevint sérieux et dit :

– Parlons d’autre chose, donc la journée fut fatigante, mais les travaux ont bien avancé.

– Oui, soufflais-je, le toit est démonté, plus vite que je ne le pensais. Francis et son équipe ont bien travaillé.

Il fronça les sourcils.

– Francis ?

– Oui, le charpentier où je ne sais quoi, le neveu de Suzanne, son entreprise est en ville.

– Et donc, les travaux dureront encore combien de jours ?

Il y avait comme un agacement dans sa voix, lui et sa sacro-sainte tranquillité !

– Demain, ils attaquent le remplacement. Francis m’a promis que ça ira vite. Ils sont venus en nombre pour finir au plus vite. Il est resté un mo­ment pour parler après sa journée, il m’a vu avec Ada au cinéma et m’a raconté les bêtises qu’elle avait faites plus jeune.

Je souriais à ce souvenir mais, quand je croisais son regard, mon sourire disparut. Il semblait fu­rieux et je ne comprenais pas ce que j’avais bien pu dire pour le mettre de cette humeur. Trop crevée pour y réfléchir et surtout bien décidé à ne plus réfléchir en ce qui le concernait, sinon j’allais paniquer et probablement déménager ailleurs. Encore une fuite et celle-là, je ne voulais pas la faire donc tout était normal venant de lui. Je biaisais.

– Je n’ai plus faim, je vais aller me coucher, demain sera encore une journée compliquée. Bonne nuit Livius.

– Bonne nuit, Sophie.

Je sentis son regard me suivre jusqu’aux escaliers et une fois dans ma chambre, je pris un minuscule temps pour réfléchir à cet étrange moment. Son humeur était si changeante que j’avais du mal à suivre. Il devait avoir passé trop de temps seul, puis son image en nonne revint à mon esprit et je fus pris d’un véri­table fou-rire qui me détendit et me permit de dormir sans rêves.

Chapitre 6

Francis était à l’heure et à la pause nous avons discuté de mon arrivée et des bruits qui courrait sur moi, alimentés par mon amitié avec Ada et des différences entre ici et l’Europe. Discussion lancée car se plaignait-il, mon café avait failli les tueuses et qu’Ada le buvait de la même manière. Je veux bien reconnaître qu’entre un expresso italien et le jus de chaussette servi dans le coin, la différence pouvait surprendre, mais j’insistais, le mien était meilleur, ils n’étaient que des mauviettes.

Je lui fis promettre de demander à Suzanne de ne pas en faire trop, précisant que je ne mangeais pas beau­coup et je ne buvais que peu d’alcool et lui rappelant que je devais encore rentrer. Il me promit de transmettre le message, mais précisa qu’avec sa tante, je n’aurais pas d’autre choix que de manger et boire. Au pire, il se ferait un plaisir de me ramener puisqu’il serait présent ainsi que la moitié de la famille ou je pourrais demander à Ada qui venait elle aussi.

Voyant ma tête, il se mit à rire et fuit avant que je ne puisse lui dire que non, je ne viendrais pas. Une fois assez loin de moi, il me dit en criant :

– Tu as dit oui, alors tu viens.

Il était mort de rire. Je m’étais fait avoir. Mais pourquoi avais-je accepté sans demander d’abord ce qui était prévu ?

Le soir arrivait et la seule chose que je souhaitais en ce moment était un bon repas suivit d’un dodo de compétition. Je traînais des pieds en entrant dans la cuisine, hésitais un instant et me fit des crêpes. Je sursautais en entendant un bonsoir, lancé depuis la porte. Mon colocataire était là, appuyé contre le mur et n’avait pas exactement la tête des bons jours.

– Ça sent bon, que prépares-tu ?

– Bonsoir, des crêpes, tu en veux ?

– Non merci, à plus tard, bon appétit.

Je répondis dans le vide un : merci bonne soirée. Il n’était déjà plus là, à croire que de me croiser le soir le dérangeait. Bon sang qu’est-ce qui m’avait pris d’accepter sa présence ? En étant honnête, je pense qu’une partie de moi était ravie de ne pas être seule, dur de changer du tout au tout en si peu de temps. La petite fille n’était jamais loin et faisait des retours pas toujours agréables pour celle que je souhaitais devenir.

Allez arrête, tu ne vas pas recommencer les prises de tête, à table, made­moiselle Sophie et au dodo !

Je ne l’ai pas revu. A vrai dire, je faisais attention de ne pas traîner plus tard que les journées d’été me le permettaient. Je filais dans ma chambre avant que la nuit n’arrive. Je laissais des petits mots, il y répondait et voilà, la situation me convenait.

Les tuiles retrouvaient le toit, le bruit du marteau ne m’avait pas vraiment dérangé, mon désagréable fantôme semblait attendre que je sois profondément endormie pour s’y mettre. Oui, bon d’accord, il n’était pas si désagréable que ça. Il faisait attention à moi, mais franchement il n’était pas facile à cerner.

Le vendredi matin, la note sur le tableau disait : le toit est presque fini, qu’as-tu prévu ? Sans signa­ture, sans bonjour. Alors, j’avais bien le droit de le trouver désagréable, non ? J’y avais répondu : comme je sors samedi soir, je pense que nous pouvons nous offrir un week-end tranquille, lundi il faudra attaquer les fenêtres.

Soit, j’avais maintenant une cuisine remise à neuf, une salle de bain de luxe, hé oui, j’avais bossé pour, un toit qui ne fuyait plus, mais je n’avais toujours pas changé les fenêtres. Les nouvelles achetées par les anciens propriétaires attendaient dehors et la cheminée ne servirait à rien si les courants d’air persistaient. Mais ce soir je sortais et franchement, j’en avais envie même si je craignais un peu le nombre d’invités présent. Au matin j’avais trouvé une note : amusez-vous bien avec votre Francis. Mais que diable venait faire Francis là-dedans ? Je répondais à l’invi­tation de Suzanne.

La journée s’étira, vraiment, beaucoup, horriblement. Je me traînais d’un coin à l’autre réfléchis­sant un moment à ce que je devais encore faire, un autre à cette étrange colocation ou plutôt au ca­ractère de mon fantôme, réussissant à ne rien faire de concret.

Je décidais de me préparer et de par­tir en ville. J’envoyais un message à Ada, priant pour qu’elle soit libre et abandonnais mon chantier, ma maison, mon fantôme et je l’espérais mes interrogations. Ada n’était pas libre, oh surprise. Je flânais donc en ville, le lèche-vitrine reste une occupation comme une autre.

À dix-neuf heures tapantes, une Ada survoltée, normale quoi, me sauta dessus pour m’emmener chez Su­zanne, imposant de prendre sa voiture et d’y arriver ensemble sans me laisser le temps de répondre. Je suivis en soupirant, elle m’y traînait en rayonnant, c’est donc avec des sentiments complètement différents que nous sommes arrivées, bien qu’elle m’ait assuré durant le trajet que j’allais adorer.

Ada entra sans frapper, criant :

– Coucou, c’est nous.

Auquel une dizaine de voix répondirent. Mince, mais ils étaient combien ? Une Suzanne en tablier à petite fleur surgit devant moi, me prit dans ses bras, me cassant sûrement deux côtes, me claqua deux énormes et bruyantes bises sur les joues en me souhaitant la bienvenue. Relâchée d’un coup, de cette formidable étreinte, je faillis tomber à la renverse. Je fus retenue par Francis qui murmura à mon oreille.

– Suzanne est un peu démonstrative, tu vas t’en remettre ?

Le ton était moqueur à souhait alors qu’il m’attirait contre lui en me retour­nant pour me claquer, lui aussi, deux énormes bises sur les joues.

Je rencontrais d’un coup, le mari de Suzanne, leurs enfants, un frère de je ne sais plus qui, le cousin de truc et un ami de la famille ou un membre de la famille, une amie de cousin truc et quelques autres personnes dont je ne compris ni le lien avec les autres, ni d’où ils pouvaient bien sortir. Je ne reteins aucun nom, fus embrassée à chaque fois et finis par me retrouver assise sur un canapé avec une assiette de petits fours sur les genoux. Étourdie, épuisée et pas vraiment sûre de ce qui venait de se passer, je subissais les conversations plus que je n’y participais.

Le reste de la soirée fut semblable, un peu comme se retrouver à une fête de famille, mais pas la sienne, où les repères sont inexistants et les gens, trop heureux de vous y accueillir, vous noient sous une tonne d’anecdotes dont vous ne comprenez rien. Je serais ingrate de dire que je passais une mauvaise soirée, car ce ne fut pas le cas, juste que je me sentais un peu submergée par tant de pa­roles, de gens et de nourriture.

À vrai dire, surtout de nourriture, Suzanne remplissait mon assiette de tout, de beaucoup, tout le temps. Elle semblait trouver que je devais prendre dix kilos avant la fin de la soirée. Ada à ma droite vidait régulièrement mon assiette. Je la remerciais à chaque fois par une grimace de soulagement. Je dois avouer que j’attendais le café avec impatience bien que je craignais qu’il ne soit que le jus de chaussette, habituel ici. Quel ne fut pas ma surprise quand je vis arriver devant mon nez un café dont l’arôme ne pouvait tromper, un vrai café ! Je le fixais un mo­ment puis en levant la tête, je vis Suzanne me faire un sourire.

– C’est ce que tu appelles du vrai café, non ?

– Oui, il semble parfait, merci

– Tu vois je t’avais dit, triple dose pour elle.

Je fixais Ada.

– Triple ? Mais, ils boivent de l’eau colorée ?

Mon air faussement effaré les fit rire aux larmes et Suzanne finit par répondre.

– Ada aussi, aime le café trop fort.

Elle leva les yeux aux ciels.

– Tu vois ce que j’ai dû endurer avant ton arrivée. Ils étaient tous persuadés que je faisais exprès de les contredire.

Alors que depuis que tu es là, ils savent que c’est juste une différence, notable cependant, entre eux et le reste du monde.

– Une vraie faute de goût d’ailleurs, ajoutais-je en rigolant.

Ada opina de la tête, Suzanne et Francis soupirèrent et le reste de la tablée se lança dans une discus­sion animée sur les différentes habitudes selon les régions. J’appris ainsi que Suzanne venait d’une famille anglaise, que le cousin truc avait de la famille en Australie et qu’en fait presque personne ici, n’était natif du coin.

Je me sentais un peu moins perdue dans cette assemblée, qui m’avait acceptée comme l’une des leurs. Ada me souriait. Suzanne s’inquiétait que j’aie assez mangé. Francis expli­quait à son père ou au mari de Suzanne ou à l’oncle machin, je n’en savais rien, les travaux que j’avais déjà faits dans ma maison. Celui-ci me félicitait en me demandant ce que je devais encore faire et la soirée avançait.

Lancée dans une discussion animée avec Francis, un mouvement avait attiré mon attention, une ombre derrière la fenêtre, une ombre que j’avais l’impression de connaître. Je fronçais les sourcils pour comprendre. L’ombre avait déjà disparu. Francis interprétant de travers mon froncement de sourcil, me dit :

– Je sais que c’est beaucoup de travail, mais il faut le faire, ta sécurité compte.

Je le fixais complètement perdue, mais de quoi parlait-il ? Ha oui, la cheminée…

– Je sais bien, il faut que je le fasse correctement, mais je ne sais pas si j’arriverai à tout finir avant l’hiver.

Il se lança dans une longue explication sur l’importance du risque incendie, ouf, bien rattrapé. Je perdis le fil de la conversation, perdue dans mes pensées. Francis fini par décréter que j’étais trop fatiguée et que je devais rentrer. Il héla Ada pour qu’elle me reconduise et en quelques minutes j’étais assise dans une voiture ceinture bouclée et la tête remplie de faites attention, bonne nuit, à bientôt, repose-toi ! Les joues encore vibrantes de baisers plaqués avec force et les côtes doulou­reuses d’étreintes énergiques, sans trop bien comprendre comment j’étais arrivée là. Je trouvais Ada épuisante, elle était calme et zen comparée au reste des invités. J’étais épuisée.

Le retour se fit dans le calme habituel d’Ada, elle parla non-stop.

– Alors tu vois, ils sont sympas non ? Je sais que ça fait beaucoup en une fois, mais tu verras tu t’y feras. Suzanne t’attend samedi prochain. C’est cool, non ? Comme ça, tu vas rencontrer tout le monde. Enfin tous les amis de Suzanne et sa famille. Tu seras plus vite adoptée. Ils t’ont trouvé adorable. Tu fais déjà partie des habitants, tu sais, pour beaucoup le boulot que tu as fait…

Je n’écoutais qu’à moitié, en partie parce qu’affolée à l’idée de remettre ça dans une semaine, en partie parce que inquiète, sans trop savoir pourquoi de ce qui m’attendait à la maison.

Sortie du dernier contour, la vue de ma maison dont la cuisine était éclairée, m’affola d’un coup. Je criais presque à Ada de s’arrêter là, tout de suite. Elle planta sur les freins et regardant de tous les côtés, elle me demanda pour­quoi.

– Il y avait un écureuil, fut la seule réponse que je trouvais. Enfin, j’ai cru. Je crois que j’ai dû m’endormir. Laisse-moi ici un peu d’air me fera du bien.

– Tu en es sûr ?

– On y est presque, je t’assure que ça me fera du bien.

Dix minutes plus tard, après avoir promis que, si, j’avais besoin d’un peu d’air et que non, je ne traî­nerai pas et que oui, j’avais probablement oublié d’éteindre les lumières. Dis trente fois merci et bonne soirée, assuré que je viendrais samedi prochain et que j’avais a-do-ré la soirée, je pus sortir de la voiture.

J’attendais en faisant au revoir de la main qu’elle fasse demi-tour avant d’avancer vers la lumière, mais quelle idiote j’étais de ne pas avoir pensé que mon colocataire pourrait être là. Il faudrait sortir de ce secret tôt ou tard et tôt serait mieux pour mes nerfs.

Alors que j’avançais dans le jardin, je le vis assis sur les marches devant la cuisine. Il me fixait sans rien dire. Arrivée à sa hauteur, je m’assis mal à l’aise et je me mis à fixer les objets que la lumière de la cuisine faisait apparaître sur le sol. Je sentais toujours son regard sur moi puis un murmure.

– Alors tu as passé une bonne soirée ?

– Oui, un rien étourdissante, mais la famille de Suzanne est vraiment adorable. Je suis invitée sa­medi prochain.

– Je vois.

– Tu vois quoi ?

Il ne répondit rien et son regard se perdit dans le vide.

– Tu vois quoi ? Insistais-je

– Tu t’adaptes plutôt bien.

– C’est gentil, mais là j’ai plutôt l’impression d’avoir survécu à un typhon.

Je me massais les côtes en souriant. Un typhon de bisous et de câlins qui m’avait laissée tout étour­die et pas complètement remise.

– Fait attention aux gens de la ville, ils ne sont pas tous comme Suzanne.

– Parce qu’il y en a d’autre comme Suzanne ou Ada ?

– Je disais juste que tout le monde ici, n’est pas aussi amical qu’elles.

– Je pense bien mais…

– Mais tu verras bien, fais juste attention !

– Côté gens incorrects, je pense avoir un peu de… enfin, j’en ai connu et je ne pense pas que, enfin… pas Suzanne en tout cas.

– Sois prudente, c’est tout.

Lâché dans un souffle comme à contre-cœur, une petite phrase de rien du tout qui me fit du bien. Bon sang, je m’étais attaché à lui au fil des jours et son absence due à sa froideur et sa colère des derniers temps m’avait plus blessée que je ne voulais l’admettre alors cette petite phrase me faisait du bien.

– Je tiens à toi aussi.

Je lui répondis en l’embrassant sur la joue. Je me levais, filais à la cuisine. Avant même d’y parvenir je sentis deux bras me saisir la taille, une tête se nicher dans mon cou et deux lèvres remuer contre ma peau. Un baiser doux, un soupir puis au creux de mon oreille un souffle rauque.

– Va te coucher il est tard, petit ange.

Il m’avait embrassée juste en dessous de l’oreille provoquant une pluie de frissons. Ses mains libé­rèrent mes hanches et alors que son corps s’éloignait du mien, j’eus froid. Je me retournais pour trouver la cuisine vide. Je restais là, ébranlée. C’était quoi ça ? Non, pas le baiser, pas son com­portement, mais ma réaction. Je suis pas idiote, c’était clairement du désir, mais je ne voulais pas. Je ne voulais pas ressentir de désir pour mon fantôme, pas plus que pour aucuns autres hommes du coin. Désirer quelqu’un c’est le bordel, ça me met la tête à l’envers, m’empêche de réfléchir et je vire stupide et soupirante, incapable de voir les défauts, avalant les mensonges comme du petit lait et me laissant berner, j’y étais déjà passée. Stop, stop, stop, hors de question de. Bien décidée à ne pas me laisser aller, je filais sous la douche pour me calmer parce que oui, mon corps lui, était un imbé­cile de première. Et, merde, je ne suis pas une sainte ! Loin de là ! J’ai des besoins comme tout le monde, mais je ne voulais plus avoir envie de, enfin si, mais pas comme ça, pas maintenant, pas lui.

Je ne le revis plus, le tableau noir repris son usage premier. Je notais le programme, il indiquait ce qui était fait, je lui souhaitais bonne soirée, il me souhaitait bonne journée. Mes nuits restaient com­pliquées, mon esprit l’imaginant devant ma porte, elles n’étaient plus vraiment reposantes. Je m’épuisais pendant la journée pour tenter de dormir. Je m’épuisais pendant la nuit pour tenter de ne pas penser, mais je tins bon.

Le samedi arriva comme un sauveur. J’allais faire face à plusieurs ouragans amicaux, mais cela me semblait plus calme et reposant que la semaine qui venait de passer. Je ne fus pas déçue. Il y avait encore plus de monde, dont bien sûr, je ne retins aucun nom, trop à manger, merci Ada, beau­coup de bruits, de rires et une Suzanne inquiète de ma petite mine. Mes joues et mes côtes subirent les assauts affectueux de tout le monde à l’arrivée comme au départ.

Je rentrais pour trouver la lumière de la cuisine allumée, mais personne ne s’y trouvait. Un mot sur le tableau me souhaitait une bonne soirée et une bonne nuit, c’était la seule trace de mon fantôme.

Les semaines se suivirent sur le même modèle ou presque. Mon cerveau reprenait le dessus, mes nuits se firent plus calmes, sans ruminations interminables sur mon colocataire et je pus me reposer vraiment.

La cheminée fut inspectée, réparée et attestée sans danger par un ami de Francis, David qui m’invita à sortir à chacune de ses visites. Il reçut la même réponse que celle donnée à Francis au cours des derniers samedi : merci, mais non merci. J’allais finir par être taxée de pénible ou de vieille fille frigide. Ada fut d’une aide précieuse en précisant à tous les invités de Suzanne, le samedi suivant, alors que Francis se montrait insistant, que, vu mon passé, un homme n’était pas une urgence pour le moment. Ils en conclurent que j’avais eu une grave déception, ce qui n’était pas faux, ce qui amena Francis à s’excuser de son insistance et à clore une fois pour toute, le sujet.

Sauf que si je m’en étais remise et que j’aurais pu faire de la place à un nouvel amant, même si je ne désirais ni David, ni Francis. Parce que pour le moment la situation n’était pas aussi simple que si mon fantôme n’existait pas.

L’automne s’installa, les journées raccourcissant, il me devenait de plus en plus pénible de me

coucher avant le soleil. Il fallait trouver un autre accord au moins avant l’hiver. Le tableau noir se vit promu médiateur. Je le couvrais de : il faut que l’on parle, formulés de toutes les manières pos­sibles et imaginables, auquel étaient répondu des : de quoi, sans autres commentaires.

Je tentais une autre approche en la jouant claire et nette : qu’allons-nous faire cet hiver, les jours raccourcissent et il serait bien que l’on trouve un moyen de cohabiter, à quoi me fut répondu un : ça ira, laconique.

Mon colocataire avait coupé suffisamment de bois pour chauffer la maison, au moins plusieurs hivers ou lors d’une mini glaciation, nettoyé le jardin de tout ce que j’y avais stocké et l’avait parfaitement rangé dans la cabane en bois qu’il avait construite. J’avais quant à moi, fini de changer les fenêtres et repeint le salon et une partie des chambres. Un canapé avait fait son apparition ainsi qu’une télé­vision et surtout d’un lecteur DVD. L’installation de ma super bibliothèque était en cours, car à force de me coucher avant le soleil, j’avais fini par dévaliser la petite librairie du coin, étonnant…

La maison perdait petit à petit son air de maison hantée et prenait doucement l’apparence du foyer que j’avais vu en elle.

Je laissais tomber les tentatives de discussions en septembre. Finalement, si nous devions nous croiser, arrivera ce qui devait arriver. Les jours devenant de plus en plus courts, je refusais de me ranger dans ma chambre de plus en plus tôt. Je l’annonçais sur le tableau, n’y trouvais aucune réponse le lendemain, excepté le “bonne journée” habituel.

Je m’intégrais beaucoup, grâce à Suzanne, un peu à contre-cœur à cause de mon fantôme. Je com­mençais à retenir les visages, quelques noms, pas beaucoup, je l’avoue. Je saluais gaiement les gens en ville, sortais de plus en plus le soir et me fis une nouvelle amie.

Elle travaillait dans une boutique qui vendait des articles artisanaux. Boutique ouverte en saison et qui pratiquait la vente à la tête du client. Je m’explique, un prix pour les touristes, un pour les habi­tants, un autre pour les habitués. Il valait mieux y arriver avec quelqu’un de connu du propriétaire ou de la vendeuse, ce que j’appris plus tard.

La première fois que j’y entrais, je craquais littéralement pour un tapis aux couleurs vivent, remplis de dessins stylisé d’animaux du coin. Quand je demandais le prix, je pâlis. Non, mais je devais vendre un rein pour l’avoir ? Je ne l’achetais pas, mais pris une petite lampe dont le prix me sembla plus correct. J’y retournais plusieurs fois et finis par engager la conversation avec la petite rousse derrière la caisse. Elle se nommait Théa et avait appris depuis peu que je n’étais pas une touriste. Elle était rouge de la tête aux pieds quand elle me présenta ses ex­cuses pour le prix demandé lors de mes achats précédent. C’est ainsi, que j’appris qu’en ville les touristes, comment dire, on les saignait volontiers alors qu’on faisait attention à ne pas exagérer avec les gens du coin. Ce qui expliquait pourquoi Ada m’avait traînée partout en me présentant comme une amie.

Les prix baissèrent sérieusement après notre discussion et je repartis avec le tapis qui soudain était tout à fait dans mes moyens. J’eus même droit à une remise important en guise d’excuse. Tapis et lampes voyagèrent de la boutique à la maison suivit par un couvre-lit en patchwork livré, un mer­credi, par une petite rousse survoltée comme tout le monde ou presque ici.

Elle resta manger puis revint le mercredi suivant puis Ada pris le temps de se joindre à nous puis le mercredi soir fut le re­pas copine de la semaine. Finalement, les habitudes se prenaient vite ici sauf une…

Chapitre 7

Je ne me faisais pas à l’idée de ne plus revoir mon fantôme qui comme au début se montrait discret, tellement que si des mots n’apparaissaient pas sur le tableau, j’aurais pu le croire parti. Alors que je m’étais fait tout un monde de sa présence, je n’avais plus envie de le voir disparaître. Je devais recon­naître que j’avais pris l’habitude et qu’il avait pris une place importante dans ma vie et si on excluait le passage du baiser dans le cou, il s’était comporté en grand frère. Bien que je n’aimais pas trop l’idée qu’il me voit comme une sœur. Il me manquait. Je me l’étais avoué un soir alors qu’enroulée dans une couverture devant la télévision, je me retrouvais à parler à voix haute. Stupide moi !

J’avais rencontré Théa, j’allais manger tous les dimanches chez Suzanne. Oh, j’avais oublié de vous dire, les repas du samedi soir ne permettant pas au plus jeune de profiter du cinéma ou de diffé­rentes sorties entre amis, le repas fut déplacé au dimanche midi enfin au dimanche une heure puis transformer en brunch. Je disais donc, le samedi, sorties, le dimanche, gavage chez Suzanne, le mer­credi, repas filles, le reste de la semaine, nettoyages, peintures et aménagement. Je n’avais pas le temps de m’ennuyer et pourtant je m’ennuyais. Je m’ennuyais de mon fantôme qui portait beau­coup trop bien son surnom depuis quelques semaines.

Septembre passa, octobre pointant le bout de son nez Ada devint comme folle. Son amour des tou­ristes ne se démentait pas et les repas du mercredi s’enrichirent de longues tirades sur la bêtise et les âneries de ses clients adorés, le tout saupoudré par les arnaques du boss de Théa. J’avais mal au ventre à force de rires. Le repas finissait toujours par la promesse de ne rien dire de ce qu’elles m’avaient confié, promesse que je renouvelais sans soucis, tellement j’aimais les entendre raconter leurs petites et grosses arnaques.

Octobre était aussi une période folle pour Suzanne et pour la moitié de la ville, la fête du saint patron de la ville ou du premier colon, selon les sources consultées, avait lieu le deuxième samedi du mois et monopolisait toute âme charitable à la ronde. Je fus engagée sans avoir pu dire non, ni bien com­pris comment d’ailleurs, pour tenir un stand de tartes fabriquées par toutes les femmes du coin. Juste pour la matinée m’avait promis Suzanne.

Je me retrouvais donc affublée du magnifique tablier à fleur de ladite Suzanne. C’est pas sérieux de vendre des tartes sans tablier avait-elle répliqué à ma protestation, placée derrière trois énormes tables croulantes sous des tartes à tout, des myrtilles à la viande en passant par les pommes ou le poulet. Je n’allais jamais savoir laquelle était à quoi. Je me voyais déjà vendre du poulet à la place des fraises et me faire hurler dessus par un touriste mécon­tent, mais je ne vis pas un seul touriste. Les tartes partirent comme des petits pains, achetées presque en­tières qui par le frère de la cuisinière qui par le mari. Je compris au fil de la matinée que les hommes du coin venaient acheter les tartes de leur cuisinière pour éviter que celles-ci, les tartes pas les cuisi­nières, ne restent invendues au soir et provoque le désespoir de celle-ci. Une jolie preuve d’amour vite démentie par un jeune homme qui me dit que si elle n’est pas vendue ce soir, ce serait à lui de la manger. Il me fit un clin d’œil et disparut avec la tarte. Voilà pourquoi avant même la fin de la matinée, j’avais tout vendu.

Suzanne apparue sur le coup dès onze heures m’expliqua que c’était parti plus vite que les autres an­nées. Normal, je ne connaissais pas assez les gens d’ici pour savoir qui avait fait quelle tarte. Je la re­gardais consterner et elle se mit à rire.

– Ne t’en fais pas, c’est tous les ans pareil, me consola la voix d’Ada, Suzanne a juste profité que tu sois moins connue pour se débarrasser au plus vite de tout ça. De plus l’argent va servir pour ré­nover le parc alors c’est pour la bonne cause.

Mouais, je retirais le tablier à fleur en ignorant le : ho, non il te va si bien, de ma future ex-amie et le tendis à Suzanne.

– Allez les jeunes, filez profiter de la journée, il y a plein à faire.

Finalement, je me consolais en m’octroyant le titre de vendeuse la plus rapide de la ville. Titre validé par Théa quand je lui expliquais. Elle tenait un stand rempli de comment dire, de trucs étranges, sur tout était indiqué artisans de la région et pour être honnête, je ne suis pas fan des animaux empaillés, ni des fourrures où l’on voit la tête de l’animal. Si je comprenais bien l’avantage de la fourrure dans le coin où les hivers étaient froids, je n’étais pas pour. Mon côté citadin restait bloqué sur l’idée que pour avoir de quoi faire tout cela, il avait fallu tuer un animal et je n’arrivais même pas à tuer les araignées alors, c’était incompréhensible pour moi et voilà. Mes deux amies levèrent dans un bel ensemble, les yeux au ciel. Je leur tirais la langue, fis promettre à Théa de nous rejoindre plus tard et filais au stand suivant.

Remplie à ras bord de hot-dogs, de gaufres et d’un tas d’autres nourritures grasses et sucrées, trois na­nas tentaient de digérer, affalées sur un banc. Même Ada avait déclaré forfait, c’est dire. Armées d’une tisane digestive, avait dit la vendeuse du stand, nous tentions de faire discret les burps que nos estomacs produisaient. Sexy les nanas. La soirée était déjà bien entamée et s’il n’y avait eu un feu d’artifice prévu dans un peu moins de trente minutes, je serais déjà rentrée chez moi, mourir dans mon canapé. Franchement, j’hésitais à me rouler jusqu’à ma voiture, mais je n’avais pas assez de courage pour bouger.

Après le feu d’artifice, Ada nous abandonna pour aller s’offrir un dernier verre et Théa baillait encore plus que moi, lorsque je donnais le signal du départ.

– Bon, c’est pas tout ça, mais faut rentrer.

Deux bises plus tard, je filais en direction de ma voiture, la longue agonie digestive avait au moins permis de dégager le parking, il ne res­tait que quelques voitures parsemées. En dépassant un quatre-quatre noir, je vis David qui ne marchait plus très droit. Il se dirigeait vers moi en me saluant de grand geste. Je le saluais en retour et continuais d’avancer vers ma voiture. Il me rattrapa, me saisit pas le bras et m’attira à lui et sans que je puisse rien faire m’embrassa. Son halène puait l’alcool. Je le repoussais de toutes mes forces, en tournant la tête de droite à gauche pour éviter sa bouche. Il me tenait fermement. Il ne me lâchait pas. Il marmonnait des : laisse-toi faire qui me glaçait le dos. Mince, il était bien plus fort que moi, complètement saoul aussi. Crier ? Vu le bruit de la musique, cela ne servirait à rien. Je tentais de le raisonner, peine per­due. Il était passé de laisse-toi faire à t’es une salope. J’avais envie de vomir. Je ne voyais pas com­ment me tirer de là.

Ma voiture n’était qu’à dix mètres si j’arrivais à me dégager, peut-être. Ses baisers se firent insis­tants. Sa bouche ne décollait pas la mienne. Sa main droite se glissa sous ma veste. Je tentais de lever mon genou, mais il était tellement collé à moi que j’arrivais à peine à bouger. Je sentais la nausée arriver. Je paniquais. Il était clair qu’il n’allait pas s’arrêter là. J’avais peur. Je pleurais. Je pouvais à peine respirer.

Je luttais pour rester debout, ne pas tomber pour ne pas me retrouver piégée sous lui. Je suppliais. Lui était parti dans un discours fait de tu vas aimer suis un bon coup et de tu fais envie et tu dis non alors il ne faut pas t’étonner. Merde. Le temps s’étirait. J’avais l’impression que ça ne servirait à rien de continuer à me débattre qu’il aurait de toute façon le dessus. Je ne voyais pas comment me tirer de là. Je le suppliais. Je me raccrochais à l’espoir que quelqu’un, n’importe qui passe par là. Il continuait à écraser ma bouche. Sa main avait fini par se glisser sous mon pull empoignant mon sein et le malmenant. Il pesait de tout son poids contre moi. Il me maintenait avec force contre lui. Il continuait son monologue.

Sous son poids, je basculais en arrière. Il me tomba dessus m’écrasant encore un peu plus contre lui. Je sentis sa main quitter mon dos pour s’accrocher à mon pantalon et tenter de l’ouvrir alors que son autre main ouvrait déjà le sien. Je hur­lais de panique. Je hurlais, je me tortillais pour me sortir de dessous lui. Je le suppliais encore de me laisser. Il riait en m’assurant que j’allais aimer. Sa main avait ouvert mon pantalon et tentait de se glisser entre mes jambes. Il reprit ma bouche pour me faire taire. Il serra son corps contre le mien et je sentais parfaitement bien l’envie qu’il avait. Je pleurais de plus en plus fort. Je gémissais de peur. Il se moqua de moi et il disparut.

Il disparut ? Je me recroquevillais en pleurant, de soulagement et de peur. Je n’arrivais pas à calmer mes larmes. Je tremblais. J’avais envie de vomir. Deux bras me saisir doucement. Je paniquais lorsque je me retrouvais plaquée contre un torse dur. Je voulais hurler. Je me débattais. Une voix douce se fit entendre, juste un murmure.

– Je suis là, mon ange.

Je me figeais hébétée à ce mot et ce fut le trou noir.

Je me réveillais en fin d’après-midi dans mon lit. J’avais mal partout. Les souvenirs de la nuit remontaient et les larmes coulaient à chaque fois. Je pris une longue douche m’arrachant presque la peau pour enlever l’impression des doigts de David qui y restaient accrochés. Je tremblais toujours de peur. Je restais en robe de chambre incapable de me motiver à autre chose qu’à pleurer.

Dire que je commençais à me sentir chez moi, en sécurité auprès des habitants, que je m’étais faite des amis et… et… Les sanglots firent cesser toutes réflexions. Je n’étais que douleur et pleurs. Je me traînais jusqu’au canapé et allumais la télévision, j’avais besoin de bruit pour me sentir rassurée.

Mon téléphone sonna. Je ne regardais même pas qui appelait. Je ne voulais voir personne.

Vingt mi­nutes plus tard, Ada défonçait la porte de la cuisine. Je ne bougeais même pas. Elle était avec Su­zanne et Théa. Elles me regardèrent. Elles ne posèrent aucune question. Mes amies me prirent dans leurs bras. Suzanne se mit à préparer du café. Je pleurais. Puis Théa, tout doucement, en me caressant les cheveux posa la question qui devait les rendre folles.

– Est-ce que ce connard t’a, enfin, est-ce que ?

Je secouais la tête vivement. J’entendis trois soupirs. J’eus presque envie de rire.

– Non, il a voulu, mais enfin, mais on est venu à mon aide. Quelqu’un l’a, enfin je sais pas trop. Mais, d’un coup, il n’était plus là.

En fait, même si je savais qui ce quelqu’un était, je n’avais pas tout compris. Je ne mentais pas. Un moment, il était là, l’instant d’après il ne l’était plus. Je regardais Théa.

– Mais com…

Ada me coupa.

– On a retrouvé David ce matin, il était salement amoché. Il a fallu du temps pour qu’il explique ce qui s’était passé. Il a fini par expliquer sa soirée quand Francis a menacé de remuer toute la ville pour trouver le coupable et lui casser la gueule. Je pense qu’il a préféré donner sa version quand il a su qu’on avait retrouvé ta voiture sur le parking et qu’on pourrait relier son passage à tabac avec toi. Il a tenté de te faire passer pour une allumeuse qui avait changé d’avis et qui était partie avec un autre type après que le type en question s’en soit pris à lui parce qu’il n’avait pas voulu le laisser t’emmener. C’était du moins sa version avant que Judicaël n’arrive et ne l’oblige à donner la bonne. Il ne lui a pas laissé le temps de se trouver des excuses ni d’inventer autre chose, il a fini par le menacer pour avoir la vérité et je t’assure qu’il l’a encore moins bien pris que nous.

On aurait dit qu’elle vomissait, rien que d’y penser. Suzanne était assise raide au bord de sa chaise et Théa me serrait fort contre elle.

– Il a eu de la chance, continua-t-elle. Si moi ou Francis l’avions surpris, ce n’est pas qu’amoché qu’il aurait été. Oh mon Dieu Sophie, jamais je n’aurais dû te laisser rentrer seule. Je m’en veux tellement.

– On s’en veut, on aurait dû rester avec toi.

– Vous ne pouviez pas savoir, soufflé-je.

Je me serrais encore plus contre Théa et Ada. Suzanne renifla, pas de peur ni d’émotions, elle reni­flait de fureur. Tout en elle était raide, furieux. Elles restèrent jusqu’au soir, s’assurant que j’allais mieux, me forçant à manger au moins un peu, me proposant de rester pour la nuit pour que je me sente en sécurité. Je finis par les mettre dehors en leur promettant de me coucher et de fermer tout à clefs, à double tour, même à triple et de coincer une chaise sous ma porte. Je promettais de prendre toutes les protections possibles et imaginables.

J’avais besoin de rester un peu seule, non, pas seule. J’avais besoin de voir et de remercier mon fantôme. Une fois mes amies parties, je fermais la porte à clef, éteignis toutes les lumières, me posais sur le canapé et attendis. Je finis par m’endormir. Une main posée sur ma joue me réveilla. Je sursautais, ouvris les yeux d’un coup et ne vit rien. Le noir était complet. Je paniquais et hurlais.

– Doucement mon ange, ce n’est que moi.

Soulagée et sans réfléchir, je me penchais en avant pour l’enlacer simplement pour le remercier, en­fin j’enlaçais ses jambes, ma tête à hauteur de…, mince, il s’était redressé. Et re-mince ma position, n’était pas, enfin, j’étais tout contre, bref, je sentais, oh merde. Il s’était redressé de partout et j’ap­puyais ma joue sur, voilà, voilà. Je virais au rouge carmin, les joues en feu, brûlantes contre son… Je bafouillais. Je le lâchais et m’écrasais par terre.

Il ne dit rien pendant que je réunissais le peu de dignité qu’il me restait. Il me tendit la main pour m’aider à me relever, me tira avec douceur entre ses bras. Il m’embrassa sous l’oreille et me mur­mura :

– Ça va aller ?

J’opinais de la tête et je soufflais ces mercis que j’avais à cœur de lui dire.

– Sans toi, je…

Je ne finis pas ma phrase, un doigt posé sur mes lèvres, m’en empêcha. La main posée dans mon dos me resserra contre lui et sa voix rauque me répondit.

– Si j’étais arrivé juste quelques minutes plus tard, jamais je ne me le serai pardonné.

– Tu es arrivé à temps. Rien de grave ne s’est passé.

– Rien de grave ?

Il releva la tête si vite que je partis en arrière, son bras dans mon dos me reteint alors que je l’enten­dais grogner d’une voix encore plus grave.

– Ce salaud a osé te toucher et tu dis que ce n’est pas grave ?

Sa vois vibrait de rage, tout son être semblait animé d’une fureur. L’entendre ainsi me coupait littéra­lement le souffle. Tout en lui, dégageait une puissance écrasante et bien que la fureur que je sentais ne m’étant pas destinée. Je me sentais toute petite devant lui. Je touchais son bras du bout des doigts, remontant vers sa joue. Je voulais juste le calmer. Le pire avait été évité et même si je ne me sentais pas bien, le pire avait été évi­té. Je le lui redis

– Tu es arrivé à temps. Le pire n’est pas arrivé grâce à toi. Si j’ai bien compris, tu m’as en plus vengée. C’était vraiment une chance que tu sois là, sans toi, j’aurais passé un mauvais moment

voir bien pire.

Je frissonnais à l’idée de ce qui aurait pu se passer, mais j’étais en un morceau, chez moi et je voulais juste remercier l’homme qui m’avait tiré de là. Je ne voulais penser qu’à ça. J’étais en sécurité chez moi. Il me serra contre lui, son visage enfoui dans mon coup. Je le sentais trembler d’une rage contenue contre moi. Je n’en menais pas large non plus et la bosse qui s’imprimait dans mon bas ventre focalisait mon attention.

Bien sûr, idiote, tu as failli te faire violer et la seule chose d’intelligent que tu trouves à faire, c’est te coller à un autre homme. Bien ma fille, tu es d’une logique parfaite sur le coup là. Reviens sur terre et décolle-toi de lui !

Je reculais un peu alors que ma main restait posée sur son torse et glissait en direction de… Je la stoppais ne sachant plus trop comment réagir. Il se dégagea d’un coup. Il m’embrassa sur la tempe et m’envoya dormir, car il était tard et que j’avais besoin de repos.

Mais non. Je suis pas d’accord là, c’est quoi ce délire ? Mais non alors ! Je le suivis à la cuisine pour lui dire que non, je n’allais pas dormir, enfin pas de suite. Je lui rentrais dedans. Il avait stoppé net. Me massant le crâne, je pestais contre lui. Il se pencha vers moi et murmura à mon oreille.

– Ça suffit mademoiselle Baumgartner, il est temps pour vous d’aller vous coucher.

Puis, il me fit pivoter et me poussa vers l’escalier. Le, vous, m’avait glacé, j’avançais, encore une fois perdue. D’accord, j’avais eu peur et d’accord, il me faudrait un peu de temps. Je re­connais que j’avais surtout besoin de douceur et grand seigneur, il n’en profitait pas et il me repoussait, mais ça ne me convenait pas. Fichu corps qui perdait le nord, fichu cerveau qui analysait trop, fichu fantôme trop correct. Là, je les haïssais tous.

Cette histoire provoqua petit à petit, un changement, mon fantôme se socialisa. Il passait depuis peu, ses soirées avec moi. Le nez dans un bouquin, un de ces vieux livres reliés de cuir écrit dans une langue que je ne connaissais pas, en râlant contre les séries débiles que je regardais. Il en avait sur­tout après Buffy que j’avais plutôt été contente de dénicher lors d’un vide-grenier. Lui n’aimait pas et le faisait savoir, moi, j’aimais et je faisais semblant de ne pas l’entendre. Il était assis sur un fauteuil de cuir qu’il avait sorti de je ne sais où alors que moi, je m’étendais sur tout le canapé, enroulée dans une couverture. Il s’occupait de remettre du bois dans la cheminée et je somnolais.

Il ne mangeait pas avec moi, apparaissant une fois que je m’étais installée devant la télévision. Il se faisait chauffer un bol de je ne sais quoi et me rejoignait au salon. Nous parlions peu. Sa présence était, je voulais m’en convaincre, suffisante, mais surtout j’avais besoin de me sentir en sécurité et l’avoir avec moi le soir, m’y aidait.

La journée Ada et Théa se relayait pour ne jamais me laisser seule. J’avais durement gagné le droit de passer mes soirées et nuits seule. Suzanne me couvait du regard et se montrait agres­sive dès qu’un homme de sa famille ou pas, me parlait trop longtemps selon elle. Toute la ville sa­vait ce qui était arrivé, toute la ville se sentait coupable. Je n’allais plus trop en ville.

Chapitre 8

Le temps semblait s’étirer sans fin et je m’occupais du mieux que je pouvais. Je me retrouvais démuni quand les chambres furent finies. Lits, ri­deaux et tapis installés, il ne me restait presque plus rien à faire. Tout se mettait en place et si la fa­çade devait encore être refaite, la neige et le froid extérieur m’en empêcheraient encore quelques mois. Il ne restait plus que la cave que son occupant m’interdisait.

Donc je traînais ma désolation de pièces en pièces, donc je virais invivable d’ennui, même s’il me restait les mercredis et les di­manches midi pour me changer les idées.

Fin novembre même mes mercredis me furent arrachés. Trop de boulot pour l’une, touristes à materner pour l’autre, et hop, plus personne ne venait manger. Les dimanches restaient une bouffée d’air même si de moins en moins de personne y était, eux aus­si avaient trop de travail. Je devais m’occuper et vite.

C’est ainsi que je me retrouvais à proposer à Suzanne de la décharger du repas du dimanche. Allez hop, tout le monde chez moi. L’avantage de cette situation était que je pouvais inviter Théa. Je pré­vins mon colocataire qui ne râla même pas à l’idée d’être envahi. La journée, c’était chez moi et puis je le lâchais un peu avec la cave. Nous y trouvions tous les deux notre compte.

Décembre pointa le bout de son nez, couvert de neige et bien froid et j’ai toujours aimé cette période pour les décora­tions de Noël, les lumières, les pères-Noël et le sapin. Je craquais littéralement pour une pluie d’étoiles à accrocher sous le toit ce qui fut la cause d’une première vraie dispute entre Livius et moi.

Je voulais fêter Noël, lui pas. Je voulais décorer, lui pas. Je voulais un sapin, lui pas. Je fulminais devant tant de non et fini par le menacer de tout faire en douce durant la journée. Il me répondit qu’il déferait toute la nuit. Je pestais, il restait calme. Je tapais du pied, il levait à peine les sourcils. Trois jours de tempête et rien n’avançait, le refus était toujours aussi net et mon envie toujours aussi forte. Je ne savais plus comment me faire entendre de cette tête de mule.

Ma maison était la seule à ne pas briller de décorations alors dépitées, je filais admirer celle de la ville. Une soirée à regarder les lumières des autres, à faire sauter de joie la petite fille en moi. Je traînais depuis des heures, pas pressée de rentrer quand je croisais Théa.

Nous nous sommes baladé, admirant les décorations, riant comme deux petites filles. Théa n’était pas plus croyante que moi, Noël était pour elle, un moment de joie dans l’hiver rien de plus. Pour moi, c’était surtout lié à mes souvenirs d’enfance. Mes parents sont très croyants.

La soirée s’avan­çant Théa me proposa de rester avec elle. Elle logeait en hiver à l’hôtel. La route menant à sa mai­son n’avait de route que le nom, gelée tout l’hiver, le chemin n’était pas sûr et son patron fatigué de la voir arriver en retard la moitié de l’année, avait trouvé comme solution de lui louer une chambre. Elle pestait un peu de ne vivre que six mois dans sa maison, mais était ravie de n’avoir plus la route à faire et elle se sentait comme chez elle chez Mona.

La soirée fut courte. Elle avait voulu me prêter un T-shirt qui resta coincé sur ma tête. Vous ai-je dit qu’elle est petite et toute fine ? La soirée pyjama fut faite sans pyjama ! Rien n’aurait pu m’aller et c’est enroulée dans une couverture que je m’installais dans le lit tout en continuant à papoter avec Théa.

Le lendemain matin, quand son réveil sonna, elle était en grande forme, moi en forme de zombie. Le manque de sommeil et moi ne sommes pas copain. Je me traînais jusqu’au café, jus de chaussette de l’hôtel puis, après un au revoir gai comme tout de sa part, à moitié baillé de la mienne, je filais chez moi prendre un vrai café ou deux.

Quand j’arrivais, rêvant de mon café, la lumière à la cuisine était allumée comme à chacune de mes absences. À peine avais-je éteint le moteur que Livius ouvrait ma portière. Il était furieux. Il me saisit par le bras, me tira dehors de ma voiture, grommelant je ne sais quoi. Il me poussa vers la cuisine, là je pouvais comprendre quelques mots : inconsciente, stupide et autre qualificatifs pas très sympathiques. Je fus auscultée, non mais vraiment, sous toutes les faces, retournée, palpée de partout. Non mais ça va pas ou quoi ? Je chassais les mains, poussais leur propriétaire et me plantais en face de lui.

– C’est quoi ton problème ? grondais-je.

– Tu as disparu toute la nuit, je ne t’ai pas retrouvée et…

– Et tu t’es dit que je m’étais de nouveau mise dans une sale position, soupirais-je en me passant la main sur le visage.

– Oui, soupira-t-il en écho

– J’étais avec Théa, j’ai dormi chez elle, enfin à l’hôtel. Il était tard et je ne voulais pas faire la route.

– Tu aurais pu prévenir !

Ben oui, voyons et comment ? Pas de téléphone dans la maison, je n’avais pas son numéro, s’il en avait un et je n’allais pas faire la route pour lui dire, au fait, je repars pour dormir en ville pour ne pas faire le trajet, mais bien sûr ! Je levais les yeux au ciel. J’allais répondre un oui papa, mais me mordis les lèvres.

– Reprenons. Je suis sortie hier après-midi pour aller en ville, j’avais envie de voir les lumières de Noël dans les jardins, j’ai traîné un peu, Théa m’a rejointe et voilà, rien de grave

– Tes satanées décorations !

Il vomit le dernier mot.

– C’est bon, j’ai bien compris que tu n’en voulais pas.

Je me dirigeais d’un pas lourd vers la machine à café si nous recommencions à nous prendre la tête j’en avais encore plus besoin. Comme aucune réponse ne me parvenait, je me retournais. Il me fixait, une sale habitude à mon avis.

– Ben quoi ?

– Mets tes fichues décorations si tu y tiens !

Il lâcha ces mots du bout des lèvres, fit demi-tour et disparut. Il me fallait vraiment un café. Café bu, suivit d’un autre puis le troisième en main, je sais, je suis accro, je me traînais jusqu’au salon où se trouvait l’emmerdeur de service.

– Ça veut dire quoi exactement ?

– Mets tes décorations puisque tu y tiens tellement, c’est assez clair, non ? Mais, je ne veux pas voir de crèche, rien de religieux !

– Ce n’est pas le côté religieux de Noël que j’aime, mes parents sont croyants, moi pas. C’est le côté lumière au cœur de l’hiver, c’est le côté réunion entre famille et amis que j’aime et les ca­deaux, aussi, faut pas les oublier.

Un doigt en l’air pour souligner ce fait important, je souriais à moitié moqueuse.

– Ah, oui les cadeaux, pas très religieux ça.

– Mais important !

Il éclata de rire.

– Dois-je comprendre quelque chose ?

Il haussa un sourcil.

– Même pas, j’aime les faire, c’est un vrai plaisir pour moi. Par contre, les recevoir c’est plus compliqué.

Froncement de sourcil, je m’expliquais.

– Je n’ai jamais reçu de cadeaux qui me plaisent réellement, des utiles, des qui aurait pu me plaire mais… Je n’ai pas, enfin, ce n’est pas que je sois pénible non, mais c’est comme si…

– Ta famille ne savait pas qui tu es, finit-il à ma place.

– Je suis le mouton noir.

Je grimaçais en le disant, parce que oui, j’étais le truc bizarre dans une famille bien sous tout rap­port, une famille croyante et pratiquante, pas moi et pourtant j’avais essayé de me couler dans le moule, rien à faire, je débordais du cadre. Il a dû voir quelque chose dans mes yeux, car j’étais dans ses bras et il me caressait le dos.

– Tu es parfaite comme tu es, mon ange, me souffla-t-il au creux de l’oreille.

Je soupirais en le repoussant.

– Ouais, on dira ça. Bon, je vais mettre les décorations avant que tu ne changes d’avis. Je te dis bonne nuit.

Je filais à l’étage où les achats décoratifs avaient échoué au cours des derniers jours. Mettant court à cette discussion qui me replongeait dans de mauvais souvenirs. J’étais en train de choisir par où commencer quand du pas de la porte, il intervint.

– Ne va pas te rompre le cou pour placer les lumières. Je m’en occuperai ce soir.

– Oh, hé, je ne suis pas aussi maladroite, protestais-je.

– D’accord alors ne va pas te casser une jambe…

Je me tournais, le fixais méchamment.

– Mais ça suffit, entre toi, Ada, Théa, Suzanne et Francis, on dirait que je suis en verre et que vous avez tous peur que je finisse par me casser. Je suis une grande fille, c’est clair ?

Aucune réponse autre qu’un demi-sourire moqueur et un ricanement, il ne me prenait pas au sé­rieux. Sans répondre, je pris un premier sac pour le descendre à la cuisine, lui passa devant en le­vant haut le menton, risquant de quelques millimètres de me casser la figure dans les escaliers, fis semblant de rien et restais digne jusque dans la cuisine où je rageais de l’entendre rire.

Je passais le reste de la journée à installer mes décorations. Un traîneau lumineux avec deux rennes magnifiques dont l’un avec un nez rouge, plein de petits animaux et une étoile. Je fis sauter trois fois les plombs. Je finis par crier Francis au secours dans mon téléphone et l’entendit me ré­pondre qu’il passait à midi, ce qui m’amena à calmer le jeu et à lui préparer un bon repas de remer­ciement.

Francis resta un peu plus longtemps que prévu, lui aussi, insistait pour que je ne me tue pas en met­tant les décorations le long du toit, mais franchement, je n’étais pas si maladroite que ça, je l’en­voyais promener en grognant que j’avais déjà un grand frère qui lui me fichait la paix.

– Il est de l’autre côté de la planète, il peut, me railla Francis. Suzanne va me tuer s’il t’arrive quelque chose. Se plaignait-il

– Pfff, oust, vilain !

Je le poussais à sa voiture.

– T’as pas du boulot autre que de me materner ?

– Si, mais moins risqué !

Je le frappais sur l’épaule, en fronçant les sourcils.

– File, méchant ! dis-je en souriant. Je te rappelle que j’ai retapé la maison sans me tuer.

– Oui et on ne sait toujours pas comment tu as fait !

Bon, c’est vrai, pas toute seule, mais j’avais bien bossé, faut pas l’oublier. Il finit par partir en se moquant de moi et en me promettant la pire des vengeances si je me blessais, je restais debout à lui faire des au revoir de la main jusqu’à ce que congelée, je rentre me réchauffer.

En fin d’après-midi la maison avait pris des airs de fêtes, ne manquait qu’un sapin pour parfaire le décor et bien sûr, les lumières sous le toit. J’attaquais le pain d’épice, tradition familiale, dans le vain espoir de réussir à en faire une maison. L’odeur était suffisante pour que je me sente retomber en enfance.

Je réalisais d’un coup que pour la première fois j’allais passer les fêtes seule. Le cafard me submergea. Les larmes se mirent à couler le long de mes joues sans que je puisse les arrêter. Je pleurais toujours en découpant le pain d’épice. Je pleurais encore en construisant la maison. Je pleu­rais sans cesse quand Livius entra dans la cuisine. La maison était montée, remplie de cure-dent pour tenir, j’avais mangé toutes les chutes, je frôlais l’indigestion et je pleurais sans bruit.

Deux bras me soulevèrent et je me retrouvais serrée contre lui. Ses lèvres contre mon front, il ne di­sait rien. Il me serrait. Mes larmes coulaient toujours doucement et je murmurais.

– Je ne veux pas passer Noël seule.

– Penses-tu que Suzanne ou Ada le permettront ? Tu vas te retrouver entourée de plus de gens qu’il m’est possible de supporter.

Je sentis ses lèvres s’incurver dans un sourire.

– C’est pas pareil, ce n’est pas ma famille.

– C’est mieux, eux t’ont choisi.

Là, il marquait un point, plusieurs même. Je restais songeuse, être entourée de ma famille dans la­quelle je m’étais toujours sentie étrangère ou être entouré d’étrangers avec qui je me sentais en fa­mille. Finalement, je serais mieux ici, non ? L’idée de passer les fêtes loin de ma famille me faisait mal, mais les passer entourée d’amis, de vrais amis, me mettait du baume au cœur.

Je soupirais, coinçais ma tête contre l’épaule de Livius et laissais mes larmes se calmer. Il ne disait toujours rien. Un long moment plus tard, mes pieds touchèrent le sol et mon fantôme, levant les yeux au ciel me dit :

– On va les mettre ces fichues lumières ?

Sa tête déconfite, sa moue boudeuse et ses yeux désespérés me firent rire. J’en avais mal au ventre alors qu’il se dirigeait, droit comme un I en direction de la porte.

– Tu as deux minutes pour me les apporter.

Je filais au salon, attrapais le sac et le lui tendis en moins de vingt secondes. Un énorme sourire aux lèvres, fière de moi. Il prit le sac, grogna et sortit. Je chopais ma veste et le suivit. Il me repoussa dans la cuisine d’un air grognon, m’enfila mon bonnet qu’il descendit jusqu’à mes yeux puis pris une écharpe qu’il noua au niveau de mon nez. Il recula d’un pas, admirant son travail. Je voyais à peine et ne pouvais presque plus respirer, mais il avait l’air satisfait. Merci papa ! C’est dingue ce be­soin de me materner qu’ils avaient tous, je n’arrivais pas à m’y faire.

Il nous fallut presque deux heures pour les mettre mes fichues lumières. Tout d’abord, parce que nous ne trouvions plus l’échelle, puis parce que nous n’étions pas d’accord de comment la mettre, enfin parce que je n’avais pas pensé à où la brancher. Il fallut tout démonter pour que la prise soit au bon endroit.

Seule possibilité pour la brancher, la prise de mon réveil, dans ma chambre. Je filais donc ouvrir ma fenêtre pour attraper le bout de câble qui pendouillait devant et le tirais pour le brancher. Je tirais si bien que le pied de Livius parti avec le câble qui s’y était enroulé, un gros merde, suivit d’un boum, me fit paniquer. Merde, merde, merde, je l’avais blessé, sûrement gravement, non tué, j’en étais sûr, c’était une sacrée chute. Je descendis l’escalier quatre à quatre, Oh mon Dieu, je l’avais tué.

Je retrouvais mon fantôme de chair et de sang, assis par terre à côté de l’échelle, le regard noir. Il était vivant. Ouf ! Mais sûrement blessé. Je courrais vers lui et me mit à le tâter de partout en deman­dant :

– Où as-tu mal, je suis… désolée, enfin, merde, je… Comment… je suis… oh lala…

J’étais parfaitement clair dans mes paroles et pas du tout complètement affolée. Pas du tout ! Il me posa la main sur la bouche, secoua la tête et se releva.

– Des bleus et des bosses ce n’est rien. Ta tentative d’assassinat n’a pas marché, je suis plus solide que ça. Par contre, ces horribles choses ne bougeront plus jamais de là, ne compte pas sur moi pour les enlever ou les remettre et je t’interdis de le faire toi-même. Suis-je bien clair ?

J’opinais de la tête vivement. Soulagée qu’il n’ait rien de grave, j’étais prête à lui promettre la lune pour me faire pardonner.

– Tu vas les allumer ou rester là à me regarder ?

Je filais dans ma chambre, tirais tout doucement sur le câble, ce qui me valut un commentaire moqueur.

– Vas-y tire, je suis dé­jà par terre.

Je branchais la prise, courus dehors pour voir et restais là, à admirer les étoiles qui tombaient en cascade le long de mon toit.

– Elles se reflètent dans tes yeux dit le cascadeur, en m’entourant de ses bras. Tu avais raison, le jardin est magique avec toutes ces lumières.

Je me laissais aller contre lui en souriant. Oui, il avait raison. C’était magique. Nous sommes restés là un long moment puis alors que je commençais à me transformer en petit glaçon, il se détacha de moi et me poussa vers la maison. J’étais transie de froid alors que lui, juste avec son pull ne sem­blait pas frigorifié. Ada était pareil, Théa était comme moi par contre, heureusement, qu’au moins une de mes connaissances ne supportait pas le froid.

Je me fis un chocolat chaud, éteignis toutes les lumières de la maison et debout derrière la fenêtre, je regardais mon jardin illuminé. Livius m’avait enroulée dans une couverture et me frottait les bras. Je me sentais bien, prête à attaquer les fêtes sereinement.

Ce ne fut pas si serein que ça, finalement. Ada rentra blessée de sa dernière randonnée, et donc d’une humeur frisant la perfection. J’en entendis de toutes les couleurs sur la bêtise crasse des touristes-citadins-abrutis qu’elle avait dus accompagner. Théa n’avait pas un moment de libre, trop occupée à ar­naquer les susnommés touristes, quant à Francis, il avait disparu, occupé pour dix jours m’avait annoncé Suzanne, il serait de retour pour les fêtes.

Le compte à rebours avait commencé. Je me rendis compte que contrairement à ce que je m’étais imaginé, la plupart de mes amis voyaient les fêtes comme Théa, un bon moment à passer en famille.

J’avais profité des vacances forcées et de l’humeur radieuse de ma meilleure amie pour faire les deux heures de route qui séparait notre petite ville de la prochaine. Journée achat cadeaux, lui avais-je annoncé, ce qui me valut un fait chier, encourageant. Son en­thousiasme fut tel, qu’en fin de matinée nous avions à peine fait cinq magasins. A ce rythme-là, il me faudrait la semaine pour tout faire et bien plus de patience que je n’en avais pour la supporter.

Elle me laissa tomber comme une vieille chaussette quand elle reconnut dans la foule un de ses voi­sins. Elle le supplia de la ramener, elle semblait prête à se mettre à genoux. Non, je ne fus même pas vexée, si, un peu, mais juste un peu, j’étais trop contente de pouvoir finir mes achats sans le dober­man qui se traînait en râlant derrière moi.

Deux heures plus tard j’avais fini. La citadine en moi s’était réveillée et le bain de foule dans les magasins m’avait fait du bien. Je rentrais le coffre plein de cadeaux et l’humeur chantante. À vrai dire, je massacrais tous les chants de Noël qui passaient à la radio, c’était chouette.

Arrivée à la maison, j’eus la surprise d’y trouver un sapin dans le salon et un Livius y accrochant des pommes en guise de boules. Je lui sautais au cou, lui claquant un énorme baiser sur la joue. Le plantant là, je filais faire du pop-corn à la cuisine pour en faire des guirlandes. Me retournant je le vis planté sans avoir bougé, l’air ébahi. Je lui fis mon plus énorme sourire et lui dit :

– Suis trop contente, il est superbe !

– Merci, j’espérais bien qu’il te fasse plaisir, sinon il ne serait jamais arrivé là. Tu fais quoi ?

– Du pop-corn pour les guirlandes, bien sûr !

– Bien sûr…

Je passais la soirée à confectionner des kilomètres de guirlande et à expliquer à Livius où et com­ment les mettre. Il fut parfait, ne râlant que quelques centaines de fois sur mon exaspérante idée puis sur ma tendance à exagérer, même pas vraie.

Je montais en excitation de jour en jour. Mon pre­mier Noël, oui bon, le premier loin de ma famille, mais mon premier à moi, à ma manière. Plus on s’en approchait plus je virais infernal, mais adorable, oui, même si seule Théa le trouvait. Les autres me supportaient de moins en moins. Ils allaient s’en remettre.

Chapitre 9

Deux jours avant la date fatidique la cuisinière de Suzanne tomba en panne. Je la vis débarquer en sueur, les bras charger d’un truc qui devait être la plus grosse dinde jamais vue. Elle me passa de­vant comme une folle en direction de ma vieille cuisinière et mis sa dinde dedans avant de dire.

– Ouf, chez toi elle passe.

Ha bon, bonne ou mauvaise nouvelle ? Du point de vue de Suzanne la nouvelle avait l’air parfaite, moi, je ne voyais pas encore les conséquences.

– Je vais prévenir tout le monde, nous passerons Noël ici. On ne va pas tout transporter deux fois.

Elle sortit la dinde du four, la fourra dans mon frigo en virant presque tout son contenu pour y arri­ver, m’embrassa sur les deux joues et sorti en téléphonant à je ne sais qui pour annoncer que le re­pas de Noël se ferait chez moi.

Heu… oui, mais non, là ça allait poser problème et me demander et mon fantôme alors ? Mon télé­phone sonna, Ada me remerciait d’accepter de recevoir tout le monde parce que j’étais la seule à avoir un four assez grand. Bon la seule aussi à avoir assez de place, mais c’était semble-t-il secon­daire, le four d’abord, les chaises après. Elle me raccrocha au nez avant que je ne lui réponde.

Le téléphone re-sonna et une Théa toute timide me demanda si, comme c’était chez moi, peut-être que, enfin si j’étais d’accord, elle pourrait venir, mais seulement si j’avais envie. Je lui répondis mais tu viens bien sûr et elle raccrocha. Puis j’eus Francis pour me dire qu’il amenait tout demain, puis Suzanne pour me dire de ne pas m’inquiéter elle s’occupait de tout. Je fixais bêtement mon té­léphone, debout dans la cuisine, incapable d’intégrer les différents ouragans qui venaient de se dé­chaîner.

Mon colocataire me trouva ainsi. Surpris, il me demanda :

– Un problème ?

– Il semblerait que Suzanne ait décidé de faire son repas de Noël ici, je n’ai rien pu dire.

J’étais encore perdue, mes sourcils étaient froncés et je parlais en fixant mon téléphone.

– Il y a moyen de les mettre dehors ?

– Je pense pas, soufflais-je en lâchant enfin mon téléphone pour fixer mon fantôme.

– Ça devait arriver, commenta-t-il en haussant les épaules. Je me ferais discret pour la soirée.

– Mais non, grinçais-je, c’est pas à toi de…

Sa main se posa sur ma bouche pour me faire taire. Je détestais cette manie. Il me fit un clin d’œil puis dit :

– Je n’avais pas prévu de faire la fête, tu le sais bien, je passerai une soirée tranquille à lire et toi, tu vas être l’hôtesse la plus merveilleuse du monde.

Il m’embrassa le bout du nez et se prépara son bol me laissant là, digérant les événements. Je sursautais quand le téléphone sonna. Suzanne au bout du fil me demandait si j’avais un congéla­teur et un deuxième frigo, tout ne passerait pas dans le mien. J’eus à peine le temps de dire non qu’elle me raccrochait au nez pour me rappeler trois minutes plus tard et me dire que Francis me li­vrerait le tout demain avant de raccrocher. Je levais mes yeux pour voir le truc qui me servait de colo­cataire s’étrangler de rire le nez dans son bol, pffff.

– Elle est impossible, dis-je.

– Elle en a l’air, rigola-t-il.

Je regardais tout ce qu’elle avait viré du frigo pour y mettre le monstre, pardon la dinde. Je mis le tout dans un sac et le posais dehors, vu les températures, ça ne risquait rien.

– Mauvaise idée, fit Livius.

– Pourquoi ? Ça risque de geler c’est tout.

– Ça va attirer les animaux. Donne, on va leur trouver de la place !

On leur en a trouvé en jouant au Tétris. Le lendemain ma cuisine fut envahi, tôt le matin, par Francis qui me livrait un énorme frigo qui trouva une place dans la petite réserve, puis il arriva, je ne sais pas trop comment à y coincer le congélateur bahut. Mes boites de conserves virées de là, déménagèrent dans une des chambres à l’étage. Francis voulait les descendre à la cave, je l’en empêchais prétextant que l’escalier était mort et que je n’avais pas prévu de le réparer avant le printemps.

– Tu devrais faire venir quelqu’un pour le refaire, c’est dangereux les escaliers.

Et, les bêtes sauvages et les échelles et… et… et… tout était dangereux pour moi si je les écoutais. Moins de dix minutes plus tard, un type que je ne connaissais pas frappa à ma porte, déposa des caisses de légumes sur le palier, me salua et parti avant même que je puisse réagir. Suzanne surgit droit après, elle s’en empara et fila dans la cuisine.

Ouragan Suzanne sur place, accrochez-vous ! J’allais la rejoindre, reçus un tablier à petite fleur, pas le même qu’à la foire, mais elle en avait combien ? Et, je fus mise au travail. Lorsque le tas d’éplu­chure dépassa ma tête, Suzanne me permit d’arrêter. Elle n’avait pas cessé de parler de son mari, de son neveu, de la voisine, bref, le tour complet de la ville ou presque en cancans et petites histoires. J’avais mal aux mains. J’étais saoulée de paroles et épuisée par l’énergie qu’elle déployait. Les lé­gumes furent coupés, émincés en moins de temps que j’avais mis à les éplucher. Elle m’expliquait sa recette au fur et à mesure et m’assurait que tout serait meilleur réchauffé sauf la purée et la dinde qu’elle préparerait demain.

Une fois ma cuisine dévastée, elle fila, plein à faire s’excusa-t-elle. Je rangeais mollement quand une voix derrière moi me fit sursauter.

– C’est un vrai chantier !

– Oui et c’est que le début, je ne sais même pas combien de personne vont débarquer demain.

– Tu ne le lui as pas demandé ?

Je me tournais vers lui, mon regard disait tout.

– D’accord, je n’ai rien dit. Un café ?

– Même dix ne suffiraient pas.

Il m’en prépara un, mis son bol à réchauffer et pendant que je buvais mon café en fixant le vide, il fit comme tous les soirs, bol avalé, lavé, rangé. Je soupirais, je me sentais si molle que de le voir bouger m’épuisait.

– Va prendre un bain se moqua-t-il. Je te réveillerai dans une heure.

– Même pas la force d’y aller.

Ma tête tomba sur la table pour bien signifier que là, je ne bougerai plus. Morte, j’étais. Il me soule­va et me déposa dans la salle de bains. Il en sortit en claquant la porte.

– Dans une heure, je te réveille !

Je lui tirais la langue, il ne le vit pas. Une heure plus tard, il me réveillait en tambourinant contre la porte. Je coulais hors de la baignoire, m’enroulais dans ma robe de chambre et sortis en baillant. Il se marrait. Je le haïssais. Je fus soulevée et transportée devant ma chambre. Il n’y entra pas, mais m’ouvrit la porte.

– Bonne nuit, pauvre petit ange fatigué !

– b’nuit vous !

Je ne pris pas la peine d’enlever mon peignoir, je me glissais entre les draps et dormis. Suzanne dé­barqua à l’aube, oui bon d’accord, à huit heures, les bras chargés de nappes, couverts et services. Je comptais rapidement quarante assiettes, quarante ? Mon Dieu ! Quarante ! Ça ne passera jamais, on va se retrouver plus serré que des sardines dans mon salon. Il faudra un chausse-pied pour tous nous faire rentrer à moins qu’ils ne comptent asseoir la moitié sur les genoux de l’autre. Je commençais à regarder ma table, elle ne suffirait jamais et je n’avais pas la place pour en mettre d’autres, d’ailleurs comment je m’étais retrouvée là-dedans moi ? J’étais perdu dans mes pensées quand Ada surgit.

– Je mets où les tables.

– Regarde avec la petite comment elle veut faire. Il faudra pousser un peu le canapé, j’en ai peur.

Donc résumons. Quarante personnes allaient débarquer dans quelques heures, il me faudrait vider la moitié de la maison et je n’avais pas mon mot à dire. C’était limpide.

J’allais dans le salon et commençait à donner des ordres aux deux cousins, me semblait-il, de Suzanne qui atten­daient là. La télévisons et son meuble disparurent à l’étage, suivit du canapé, du fauteuil et du tapis. Le vais­selier prit le même chemin. Il ne restait que ma table qui fut mise en long et d’autres apparurent par magie, bon d’accord, portées par les cousins et Ada pour former un U dans mon salon.

J’oubliais, le sapin déménagea de son angle pour se retrouver à côté de la porte de la cuisine. Ben oui, il gê­nait pour les chaises et j’avais refusé de le voir grimper dans une chambre. Franchement, le sapin quoi ! Vers dix heures, une petite voix se fit entendre.

– Je peux aider ?

Théa toute mal à l’aise était à la porte de la cuisine. Je lui sautais au cou en lui disant d’entrer. Il fallait mettre les nappes et tout et tout, elle ne serait pas de trop. Suzanne lui jeta un drôle de coup d’œil, mais me voyant lui prendre le bras pour la tirer au salon, ne dit pas un mot. Ada était déjà en train de se prendre la tête avec un cousin qui mettait les nappes à l’envers. Je virais les cousins, at­trapais les nappes et dit à Ada.

– Bon, chef comment tu les veux, ces fichues nappes ? Nous sommes à tes ordres, mais n’oublie pas, tu es chez moi !

Théa pouffa, Ada râla. Les nappes furent mises ainsi que les couverts. Il était à peine midi que tout était en place, nous avions un peu d’avance. Ada disparut, un truc à faire et je me retrouvais avec Théa qui fixait mon sapin.

– J’aime beaucoup tes décorations, les pommes, c’est plus vivant que les boules en verre. Savais-tu qu’avant les sapins étaient décorés de pommes tous les hivers pour fêter le solstice ?

– Non, je ne savais pas.

Elle avait l’air rêveuse, perdue dans ses songes puis elle me prit la main avant de demander :

– Tu as prévu quelque chose pour décorer les tables ?

– Non, pas vraiment, tout c’est passé si vite, je n’avais même pas prévu de tout déménager.

– Viens, on va trouver quelque chose.

Je l’amenais à l’étage pour fouiller dans les décorations toutes neuves qui s’y trouvaient, elle fixa son choix sur des petits anges en verre et quelques boules bleues. Je la laissais décorer les tables et filais à la cuisine pour demander à Suzanne si elle avait besoin d’aide et je compris que non quand elle me vira de là. Bon, ben, voilà, plus qu’à attendre.

À quatre heures Ada réapparut suivie de Francis et de ses parents. Puis, par petit groupe, tout le monde arriva. Mes joues furent mises à l’épreuve, mes côtes protestèrent et Théa disparaissait der­rière moi à chaque arrivée. Je finis par la prendre dans mes bras et à lui affirmer qu’elle avait plus que bien d’autre le droit d’être là. Elle était mon invitée et si cela dérangeait quelqu’un, il n’avait qu’à aller fêter Noël ailleurs, car ici, c’était chez moi et qu’en tant qu’amie, elle y était toujours la bien­venue. Je le dis assez fort pour que Suzanne qui avait toujours ce drôle d’air quand elle la regardait m’entende, en fait tous m’avaient entendu et Théa se détendit d’un coup. Elle redevint le petit lutin drôle que j’avais plaisir à voir. La soirée s’annonçait parfaite

On a trop bu, bien rit et ainsi respecté à la lettre la tradition. Vers deux heures du matin, les premiers invités partirent, leurs cadeaux encore emballés sous le bras. On les ouvre le vingt-cinq au matin ici, non mais, m’avait houspillée Suzanne alors que je tentais d’en déballer un en douce, je compris vite que la tradition était importante et mis de côté ma curiosité.

Suzanne voulu rester pour m’aider à ranger, je la poussais dehors lui promettant qu’entre Théa, Ada et moi, ça ne prendrait pas long. Je finis par virer Ada qui avait oublié de me dire qu’elle partait en rando dans moins de quatre heures et je proposais à Théa de rester dormir à la maison si elle voulait bien m’aider à ranger. Elle était de si bonne humeur que le rangement se transforma en jeu. La vais­selle était à moitié lavée, entassée dans la cuisine. Les nappes furent mises en tas sur une table et les restes rangés dans le grand frigo.

L’heure du dodo avait depuis longtemps été dépassée. On se traîna à l’étage, se souhaitant en baillant bonne nuit.

La nuit fut courte. Je tombais du lit à neuf heures. Des coups répétés se faisaient entendre. Francis et ses cousins étaient devant la porte, frais et fringuant, j’étais derrière la porte les cheveux en ba­taille et des cernes sous les yeux. Mais, que cette famille pouvait être épuisante de bonne santé ! Heu­reusement, le truc roux qui descendait les escaliers dans un de mes t-shirts qui lui faisait robe, en râ­lant, les cheveux en bataille et des cernes presque aussi noirs que les miennes, me rassura. J’ouvrais aux trois énervés, leur dit de se débrouiller et filais à la cuisine rejoindre ma rouquine préférée pour nous faire du café. Les tables, nappes et assiettes disparurent alors que nous faisions un concours d’apnée en café que j’étais bien décidée à gagner quand je signalais à Francis que le frigo et le congélateur étaient encore là, il me dit qu’ils resteraient là, cadeaux de Suzanne.

Théa me regarda, je regardais Théa en haussant les épaules. Les trois trucs montés sur ressort finirent de tout emporter. Francis avait insisté pour que je garde des restes. Je l’avais supplié de tout prendre, soutenue par Théa dont autant la mine que l’es­tomac était plus proche des miens que des leurs. Une bonne soupe serait plus que suffisante après une bonne sieste ou l’inverse. Francis voulu encore redescendre mes meubles. Comme j’étais fatiguée de le voir tourner comme une hélice, je lui certifiais que j’allais me débrouiller toute seule. Il n’insista pas, il avait à faire. Je lui fis au revoir de la main et après un long regard désabusé, Théa et moi remontions nous coucher.

Je me relevais à quatre heures, l’estomac toujours en mode digestion intensive, ma seule envie était de boire un café, assise sur mon canapé, canapé qui n’était plus à sa place. Théa, levée avant moi, avait descendu la télé et son meuble, une partie du matériel qui devrait se trouver dans le vaisselier et avait balayé et récuré le salon et la cuisine. Efficace la demoiselle ! Me voyant arriver, elle me fit un énorme sourire et fila chercher les coussins du canapé.

– Je vais les chercher comme ça on pourra au moins s’asseoir, avait-elle lancé en remontant comme une furie.

N’y avait-il que moi qui ne pouvais plus en avant ? Ils avaient quoi tous ? Plus l’habitude des excès que moi certainement. Théa revint les bras chargés, elle balança les coussins par terre et me poussa dessus.

– Reste là, je vais te faire ton café !

Excellente idée ! Elle avait même remis le sapin à sa place et à ses pieds les cadeaux reçut qui ne de­vaient pas être ouverts avant, ben, avant aujourd’hui. Curieuse, je tendais déjà la main pour attraper le premier quand un bol de truc noir et fumant arriva devant mon nez. Oh bonheur !

– Tu ouvres le mien en premier ?

Elle me tendit un tout petit paquet, emballé d’un papier bleu. Elle aimait vraiment le bleu. Je ne pris même pas la peine de boire mon café. J’attrapais le paquet et après l’avoir retourné dans tous les sens, l’ouvris super curieuse et déjà ravie du cadeau. Je restais sans voix devant le minuscule cœur en pierre qui s’y trouvait. Je l’observais longuement et la petite voix de Théa intervint.

– Je sais que c’est pas grand-chose. Je l’ai trouvé dans la rivière à côté de chez moi. Tu sais comme tu es ma première amie fille, je me suis dit que…

Elle parlait la tête baissée alors je la pris dans mes bras en disant :

– Il est magnifique. J’adore !

Parce que oui, il était magnifique, la pierre grise était striée de blanc et érodée par l’eau, elle était douce au toucher. Je lui claquais deux énormes bises sur les joues.

– Tu es génial, merci.

Ses yeux se remirent à pétiller et je lui tendis mon cadeau, j’avais trouvé un petit pendentif en forme de larme ou de goutte plutôt, en verre teinté de bleu, sa couleur préférée et je l’avais suspendu à un cordon de cuir blanc. Sans qu’elle ne le voie, je croisais les doigts dans mon dos, j’espérais tel­lement qu’il lui plaise.

– Tu sais, tu n’avais pas besoin de m’offrir quelque chose, commença-t-elle, pouvoir passer la soi­rée ici plutôt qu’à l’hôtel, était déjà beaucoup.

Elle faisait tourner le paquet dans ses mains sans l’ouvrir.

– Tu aurais passé la soirée seule ?

– Pas vraiment, mais avec les clients de l’hôtel et la famille de Mona. Ce n’est pas pareille.

Et, hop, la tête se rebaissait sur une petite moue dépitée.

– Oui, comme Ada quoi, finalement on fait un chouette trio. Pas de famille pour nous et si ma réputa­tion dans le coin n’est pas trop mauvaise, tu devrais entendre ce que ma famille dit de moi.

Elle releva la tête d’un mouvement brusque et la surprise se lut dans ses magnifiques yeux.

– Mais toi, t’es adorable.

– Pas pour tout le monde. Je haussais les épaules. Je ne suis pas venue ici pour rien, je fuyais ma famille, mon ex et mes problèmes…

Elle ne répondit pas et ouvrit son cadeau. C’est avec des yeux remplis de larmes qu’elle sortit le petit pendentif de sa boite. Elle le retourna, l’inspecta et finit par le mettre à son cou puis fila à la salle de bain comme une furie. Je la suivis.

– Il te plaît ?

Elle admirait son reflet et caressait la petite larme. Elle se jeta dans mes bras.

– Il est parfait, vraiment !

Je crus entendre dans le soupir qui suivit, mon premier vrai cadeau. J’avais du mal entendre.

Théa n’avait sous le sapin qu’un autre paquet de la part d’Ada, une bouteille. Pour moi, notre amie avait déniché quatre livres en français, j’étais ravie.

Théa fila avant que je n’ouvre les autres, la route, la nuit, etc. j’avais plutôt l’impression qu’elle ne voulait pas que je me sente gênée d’ouvrir mes autres cadeaux, alors qu’elle n’en avait plus. Nous nous fîmes un énorme câlin sur le pas de la porte et j’y restais, agitant la main, jusqu’à ce que sa voiture disparaisse.

De retour sur mon coussin, je déballais mes cadeaux, un tablier à fleur de la part Suzanne, oh com­bien ironique, mais drôle, un bon d’achat de la librairie de Francis, de vieux DVD de la part de Joe, mais c’est qui lui ? Des boîtes de biscuits en nombre, le cadeau fourre tout quand on ne connaît pas. Des écharpes tricotées, ok, je suis frileuse, le bonnet le plus moche que je n’aie jamais vu, chaud, mais moche le truc et au fond une petite boîte sans papier.

J’avais le bonnet sur la tête, dix écharpes autour du cou, le tablier sur l’épaule, une montagne de boîte à biscuits à côté de moi et la petite boite en main quand un rire fusa à ma gauche.

– Tu as été gâtée, on dirait, il y avait un concours de l’écharpe la plus moche ?

C’était méchant, pas tout faux, soyons honnête, mais méchant.

– Ils ne me connaissent pas bien, alors, les biscuits et les écharpes, c’est plus simple.

J’avais toujours la boîte dans les mains et je devais avoir l’air stupide enroulée dans mes écharpes en plus j’avais trop chaud.

– Et original, vraiment !

Il s’approcha et pris la boîte de mes mains.

– Celui-là, il est de ma part.

Il tournait et retournait la petite boîte avant de me la rendre.

– Je croyais que tu ne fêtais pas Noël ?

– Je ne le fête pas, mais je peux faire des cadeaux comme tout le monde, enfin pas des horreurs pareilles.

Il venait de voir le tablier et le pointait du doigt. J’ignorais sa remarque, intriguée par la boîte, émue à l’idée qu’il avait pensé à moi. En l’ouvrant, je découvris un pendentif doré, un hibou minuscule sur une branche avec comme deux lunes de part et d’autre de la branche, enfin plutôt en dessous. C’était d’une finesse incroyable, car malgré sa taille, deux ou trois centimètres tous les détails étaient visibles. La branche était remplie de motifs et les plumes du hibou étaient grises. Une petite merveille !

– Si tu virais les horreurs que tu as autour du cou que je puisse te le mettre ?

Sa voix était rauque et je relevais la tête surprise

– Il est magnifique, c’est fou, tu n’aurais pas dû.

Il était en train de m’enlever les écharpes qu’il jetait au sol.

– N’en fais pas une maladie, c’est un vieux truc, je me suis dit qu’il te plairait. Savais-tu que le hibou est symbole de sagesse, je vais espérer qu’en porter un t’évite de te blesser.

Vieux sûrement, truc pas d’accord, il était trop beau pour être traité de truc. Qu’il me plaise, oh que oui, qu’il me rende sage, fallait pas rêver non plus. Sans plus attendre il saisit la boîte et me passa le collier autour du cou et je fis comme Théa, le plantant là pour filer à la salle de bain le regarder dans le miroir. Il était absolument magnifique et je le caressais du bout des doigts un long moment.

Lorsque je retournais au salon, Livius n’y était plus, il lavait son bol à la cuisine. Je l’y rejoins et me coulais entre ses bras.

– C’est une merveille, soufflais-je.

Il m’embrassa le bout du nez, pris le pendentif entre deux doigts puis reposa contre ma peau en di­sant.

– Je trouve qu’il te va bien.

Il ne me regardait pas, il ne regardait que le hibou au creux de mon cou. Je restais là, blottie contre mon fantôme en me disant qu’il avait eu raison, un Noël loin de ma famille pouvait être magique tant mes nouveaux amis étaient incroyables quand je me souvins que j’avais moi aussi un cadeau pour lui. Je m’échappais de ses bras, filait dans ma chambre et revint en courant presque tenant son paquet.

– Pour toi !

Fière de moi, les bras tendus, j’attendais qu’il le prenne, mais il l’ouvrit alors que je le tenais tou­jours. J’avais trouvé une édition de Sherlock Holmes reliée en cuir, un beau livre. Bon, j’ignorai s’il aimait les livres policiers, mais qui n’aime pas Sherlock ? J’eus droit à un baiser sur le nez, à un mer­ci qui m’avait semblé sincère et à bonne nuit. Avais-je fait un bide ?

Alors que je me flagellais mentalement de n’avoir pas su trouver le bon cadeau, il s’occupa de descendre son fauteuil et une partie du vaisselier. Je pris une longue inspiration et allais le voir. Il était installé dans son fauteuil mon livre entre les mains et avait commencé sa lecture. Perdue dans mon autocritique, j’en conclus qu’il voulait juste être poli et vexée comme un pou, je lui souhaitais bonne nuit et filais d’un pas ra­geur dans ma chambre. J’avais l’impression qu’une écharpe ne lui aurait pas moins fait plaisir. Pfff

La remise en place du salon m’occupa le lendemain. Les petits mots de remerciement que je m’appliquais à écrire, deux jours de plus, je me promis de retenir les noms à partir de la tout de suite, je ne savais même pas à qui je disais merci, frustrant.

Chapitre 10

Nouvel an arriva, je le passais avec Théa à l’hôtel, il y avait des animations plein les rues et nous fîmes honneur au champagne offert par la maison, je crois bien que notre interprétation des chan­sons qui passaient à la radio restera dans les mémoires, oh pas dans les nôtres heureusement.

La rou­tine revenait, les mercredis avec les filles me manquaient et même si les dimanches midi étaient de retour chez Suzanne, qui avait décrété qu’on m’avait bien assez dérangé, ils rythmaient bien mon manque d’activité.

J’avais tenté à plusieurs reprises de sous-entendre que la cave devait enfin, voilà, faudrait s’y mettre. Mon fantôme virait sourd à chaque fois, donc je laissais tomber.

L’ennui devenait pénible, le froid intense et les jours longs, très longs, non mais vraiment longs. Je traînais mon ennui partout. Je de­vais sentir l’ennui à des kilomètres alors que tous ceux que je connaissais en ville courraient partout. La saison d’hivers battait son plein et moi, je tournais en rond.

Il me fallait une occupation. Je m’essayais au tricot. Je fis de magnifiques serpillières qui auraient dû être des pulls, pas concluant du tout. Puis je testais la peinture, à part pour peindre les murs, j’étais nulle. Je me lançais dans la sculpture sur bois, trois doigts transformés en poupée plus tard Livius balança le tout à la poubelle, m’interdisant de continuer. Je devais faire quelque chose de ma vie.

C’est quand on touche le fond que les miracles se produisent, le mien arriva sous la forme d’un li­braire dépassé. Alors que j’écumais plusieurs fois par semaine la librairie, fallait bien s’occuper et qu’à cause de mes nouvelles résolutions, je demandais pour la quatrième fois son nom au gentil monsieur dernière le comptoir pour ne pas dire une connerie, une voix sortit de l’arrière-boutique pour dire :

– Vous prenez pas la tête. Il ne restera pas longtemps. Il me lâche.

Je me dévissais la tête pour observer le vieux type qui me parlait. Rhaa, je le connaissais, c’était, haaa c’était, mais merde, d’où je l’avais vu lui ?

– James Andersen, ancien bibliothécaire, nous nous sommes croisés peu de temps après votre arri­vée

– Ha, heu, oui, enchantée.

– Je vous disais donc, mademoiselle Sophie que mon vendeur quittait la ville pour tenter sa chance ailleurs, alors ne prenez pas la peine de retenir son nom !

Ok, donc il semblerait que mon incapacité à retenir le nom de gens était connu, il fallait vraiment que je fasse des efforts, parce que là j’avais compris, tiens prends ça dans les dents, moi je connais ton nom.

– Ce qui me dérange le plus, continua-t-il, c’est quand cette saison trouver un remplaçant va être difficile.

Je levais le doigt avant même que mon cerveau n’enregistre le tout.

– Moi, je suis libre, tout de suite si vous en avez besoin, je n’ai rien de prévu avant plusieurs mois.

Le doigt en l’air comme à l’école, j’avais parlé avant même d’y avoir vraiment réfléchi. Au fond pourquoi pas, mon anglais s’était amélioré au cours des dimanches et de mes mercredis entre fille et je connaissais presque par cœur les rayons de la librairie pour y avoir traîné mon ennui des jours durant.

Je vous passe le comment du pourquoi, mais le lundi suivant, je commençais à faire la poussière dans la librairie en attendant un potentiel client. Je voyais s’envoler mon ennui et mieux encore je me mettais à espérer que ce travail deviendrait mon travail. La routine reprit un rythme qui me convenait bien.

Deux mois plus tard j’étais toujours derrière le comptoir de la librairie et même si j’étais ma meilleure cliente, presque la seule d’ailleurs, les jours passaient gaiement. Je retrouvais mes mercredis midi filles, plus chez moi, mais à la pizzeria du coin, la seule de la ville tenue par Adisorn et Rasamee, deux Thaïlandais vraiment sympathiques. Non, ne vous moquez pas, leurs noms sont écrits sur toutes les cartes de menu, à force je les ai rete­nus. Mes bonnes résolutions, vous vous rappelez ?

Je disais donc, les repas filles du mercredi avaient recommencé même si Ada nous lâchait régulièrement. Mes dimanches étaient remplis de trop de nourriture avalée chez Suzanne et le reste de la semaine, je mangeais sur le pouce coincé entre les cartons dans la réserve. Mon colocataire s’était de nouveau transformé en fantôme. Je ne le croi­sais presque plus, Mes soirées à regarder des séries, sans râleur à côté, étaient devenues mon petit plaisir.

L’hiver s’étirait puis le printemps pointa son nez, je troquais mon bonnet moche et mes écharpes tricotées mains pour une écharpe fine. Le fond de l’air restait frais en soirée. Puis l’écharpe rejoignit la penderie avec les pulls et je sortis les chemisiers, enfin ! Le mois de mai était là et j’appréciais tous les jours un peu plus Théa qui, elle aussi, gardait une veste sur les épaules alors qu’Ada était déjà en tongs, nous nous faisions traiter de frileuses et nous l’assumions plutôt bien à deux contre une.

Je n’étais plus la seule cliente de la librairie, la curiosité de savoir que la nouvelle travaillait là, atti­rait du monde. Monde qui n’osait pas repartir sans rien acheter. Monsieur Andersen m’assura qu’il n’avait jamais eu un mois de mai aussi rentable. Je fus confirmé à ma place.

Ma nouvelle vie me plaisait, mes amis étaient incroyables et j’envisageais l’avenir avec un bonheur que je n’avais pas ressenti depuis longtemps. La pauvre petite chose arrivée ici il y a un an, avait disparu, laissant place à une nana bien dans sa peau.

Ada me sauta dessus un jeudi matin pour me dire que la boutique serait fermée l’après-midi, James était d’accord. Finalement, elle me fit fermer tout de suite et me traîna derrière elle.

– Faut que je te montre un truc, avance, plus vite !

Avancer ? Il me fallait presque courir pour me maintenir à sa hauteur. Elle me poussa dans l’hôtel puis me tira dans la grande salle, le tout au pas de course. J’étais essoufflée et quand je finis par la rejoindre, je me statufiais. Il y avait un « bon anniversaire » accroché contre le mur, plein de ballon partout et mes amis.

– Ça fait un an que tu es arrivée ! Me dit Ada. Fallait bien le fêter, non ? Tu te rends compte, qui au­rait pensé que tu allais tenir ?

Pas moi, en fait, un an, un an que j’étais arrivée déjà ? J’avais la bouche ouverte, les yeux exorbités et je me mis à pleurer. Ce fut la panique en deux secondes, Suzanne me prit dans ses bras, Ada me serrait une main dans les siennes, Théa me frottait le dos et Francis se marrait.

Merci, Francis, le voir rire me permis de retrouver un peu de cervelle, pour murmurer entre deux sanglots :

– C’est trop, fallait pas.

Je fus traînée et assise à table entourée de ces gens formidables qui, je ne comprendrais jamais pourquoi, m’avaient adoptée aussi facilement.

Quoique, j’appris que le mari de Suzanne avait parié que je ne passerai pas l’hiver. Rhaa, Judicaël quel prénom impossible, donc Judicaël avait parié que je ne passerai pas l’hiver, les paris variaient entre fin octobre et mars, même Ada avait parié, la traîtresse !

Elle se justifia par mon passage d’ennui profond qui l’avait fait craindre un départ pour ailleurs. Elle se justifia d’une toute petite voix contrite encore plus quand il s’avéra que Théa avait parié que je resterais, elle ! Ce fut un chouette moment entre amis et je rentrais sur un petit nuage, un an ! Waouh, je n’en revenais pas.

Au milieu de la nuit, mon téléphone sonna, c’était ma mère. Vive le décalage horaire ! Elle me demanda de but en blanc quand je rentrais maintenant que mon année sabbatique était finie. Quand je lui dis que non, je ne rentrais pas, elle me fit bien comprendre en hurlant ce qu’elle pensait de ma crise d’ado­lescence tardive. J’étais une inconsciente qui allait finir sous les ponts ou pire à la charge de mes frères et sœurs qui, eux, avaient réussis etc, etc. je connaissais par cœur le discours.

C’est en mettant le téléphone sur haut-parleur et en buvant stoïquement un café que je répondais à intervalle régulier des oui mais, non mais, ça va aller ou je comprends mais…

Je n’essayais même pas de finir une phrase, j’attendais patiemment que ma mère en finisse. Je savais qu’une fois qu’elle au­rait raccroché, j’aurais droit au même discours de ma sœur aînée qui rajouterait, mais tu sais on t’aime, c’est pour ça qu’on s’inquiète puis mon grand-frères le ferait aussi, en étant moins virulent et en précisant qu’il faut comprendre les parents, c’est pas moi, c’est eux qui s’inquiètent. Quand il aura raccroché ma petite sœur m’enverra un texto me remerciant de foutre le bordel pour faire mon intéressante. Une fois qu’ils m’auront bien tous prédit le pire, ils me lâcheront et je n’en entendrai plus parler, jusqu’à la prochaine fois.

Je regardais dans le vide, ma sœur parlait, parlait, parlait. Mon fantôme entra, écouta un moment, me fit une grimace qui faillit me faire rire. Pas bonne idée, mais alors pas du tout, ne pas rire quand grande sœur faisait la morale sinon j’en reprendrais pour le double. Je haussais simplement les épaules.

Il s’installa en face de moi et écouta très attentivement. Il se décomposa au fur et à mesures. Je lui fis signe de se taire et profitait que ma sœur raccroche pour lui dire.

– Ma mère vient de lui dire que je ne rentrerais pas. J’ai même pas réussi à dire que j’avais un tra­vail ici. Ils pensaient tous qu’à la fin de mon année sabbatique, je rentrerai la queue entre les jambes.

Mon frère appela et les reproches reprirent.

– Un an ? Mima Livius.

Je fis oui de la tête et murmurait loin du téléphone.

– Un an, aujourd’hui !

Il fit bravo des deux mains sans un bruit puis alors que je désespérais que mon frère se taise, il dit à voix haute :

– Quand allez-vous finir de vous écouter parler, c’est le milieu de la nuit et votre sœur travaille de­main.

Et, merde non, il n’avait pas osé, mais ce n’est pas vrai, il allait empirer la situation.

– Qui êtes-vous ? Questionna sèchement mon cher et adorable frère.

– Un de ses locataires, répondit courtoisement mon coloc

– Un de tes quoi ?

– Locataires, compléta tranquillement le fourbe qui me toisait alors que je me décomposais.

– Tu as des locataires ?

– Je viens de vous le dire. Un de ses locataires. Il se moquait de moi en continuant. Vous avez de la chance de n’avoir pas réveillé Mademoiselle Théa, elle est un peu revêche au réveil.

– Sophie qu’est-ce que ça veut dire ?

Je coupais le haut-parleur, fusillait du regard mon « locataire » et répondis à mon frère. Oui, j’avais une maison et oui, je louais des chambres. Je ne pouvais pas lui révéler que je partageais la maison avec un homme dont je ne savais presque rien et que ledit homme venait de s’amuser à ses dépens ou avait tenté de me défendre, à choix.

Étrangement, il raccrocha dès l’explication bancale donnée. Je savais qu’il allait téléphoner à ma mère qui elle-même téléphonera à ma sœur et que l’une d’entre elle finirait par me téléphoner pour à nouveau me faire la morale sur cette fois-ci le thème de tu ne nous dis rien.

Je ne soulignerai pas qu’on ne m’avait pas laissé parler et attendrais que ça se tasse. Depuis le temps, je ne me prenais plus la tête. Je fis un pâle sourire au pire locataire de l’année en lui précisant que c’était gentil, mais ne servirait à rien, j’allais avoir droit à un nouveau sermon alors que j’en voyais le bout.

– Retourne te coucher et éteint cet engin de malheur !

Mais combien de fois m’avait-il envoyé au lit ? Je crochais sur cette question en allant me coucher. Bonne fille qui obéit.

Les téléphones familiaux n’eurent plus lieu au milieu de la nuit, mais très tôt le matin. Je fus estoma­quée quand je me rendis compte que ce que ma mère retenait était en un, que j’avais une maison as­sez grande pour y loger du monde, en deux, que je gagnais de l’argent et c’est tout. Je n’insistais pas. Les téléphones se calmèrent. Je repris ma petite vie.

Chapitre 11

C’est le mois suivant que tout bascula. Il faisait beau et chaud. Un soleil radieux m’accompagnait tout au long de la journée et arrivait même à percer au milieu des livres. Je mangeais à midi, sur un banc profitant du bienfait du soleil. Je troquais mes chemises contre des hauts à petites bretelles ou de petites robes. Je vivais en tong, comme la moitié des habitants, et étais capable de repérer un tou­riste à dix mètres. J’étais devenu du coin. Je me sentais du coin.

Ce mercredi-là, avec Théa nous avions décidé de manger sur l’herbe du parc. Tout se passait bien quand je retirais le châle que j’avais mis. Elle resta immobile à fixer mon pendentif. Elle blêmit en me demandant sèchement :

– Qui t’a offert ça ?

– Il était dans mes cadeaux de Noël.

– Tu te souviens de qui te l’a offert ?

– Non, pas vraiment il faudrait que je cherche.

Même si j’en avais assez de cacher ce gros pan de ma vie, je ne me sentais pas prête à l’avouer à mon amie, alors que je voyais bien que ces yeux revenaient sans cesse sur le collier.

– Et si on se faisait une soirée fille, je passe prendre des pizzas et on se retrouve chez toi pour se regarder ta série débile là.

– Laquelle ? Tu trouves toutes mes séries débiles. 

– La fille blonde et le beau mec et son père

– Fringe ?

Elle fit oui de la tête, cool, ce serait sympa, je lui dis oui.

L’après-midi passé, la boutique fermée sans avoir vu per­sonne, c’est toute contente que je filais en direction de ma maison. Théa était déjà devant la porte avec deux énormes cartons dans les mains.

Installée dans le canapé, les cartons de pizza vides sur la table basse, je digérais en écoutant la rousse expliquer sa journée. L’arnaque aux touristes fonctionnait à plein, j’étais heu­reuse que dans ma petite boutique ce sport ne se pratiquait pas, les prix des livres étaient fixes, tant mieux. Quatre épisodes de ma série débile plus tard, le quatrième ayant été exigé par Théa qui voulait abso­lument voir la suite, je finis par l’abandonner sans regrets. Je notais dans un coin de ma tête de lui of­frir la série complète, débile pour elle peut-être, mais addictif, tout en montant me coucher.

C’est vers quatre heures du matin que des voix me réveillèrent, persuadée qu’elle s’était en­dormie devant la télévision allumée, je me motivais pour descendre l’éteindre, la télévision pas Théa.

À mi-chemin, je stoppais net, ce n’étaient pas les voix des acteurs que j’entendais, mais celles Théa et de Livius. Bon, une discussion s’imposait, flûte, m’approchant pour intervenir, je restais figée en entendant Livius.

– Qui de toi ou de moi représente le plus grand danger pour elle ? Si j’avais voulu la blesser, ce serait déjà fait, ne penses-tu pas ? J’ai eu plus d’un an pour. Mais, toi, contrôles-tu vraiment tes instincts ?

Un silence.

– Avec elle ce n’est pas pareil. C’est mon amie. Elle ne risque rien.

– Alors tu peux comprendre qu’elle ne risque rien avec moi.

Ok, ils parlaient de moi, mais c’était quoi ce bordel, qu’avais-je à craindre de Théa et comment se connaissaient-ils. Parce qu’ils se connaissaient, là j’en étais sûr. J’avançais pour me montrer, bien décidée à tirer au clair ces étranges paroles. C’est Théa qui me vit en premier. Elle se figea. Livius ne se tourna pas, il passa sa main sur son visage et dit :

– Bonsoir Sophie, désolé de t’avoir réveillé et si tu venais t’asseoir ?

Ben non, je voulais rester debout moi et surtout je voulais des réponses.

– De quoi parliez-vous ?

Mes yeux allaient de l’un à l’autre, Théa répondit.

– C’est à cause du collier, je l’ai reconnu, alors je voulais savoir pourquoi tu l’avais et surtout si tu savais qui te l’avait offert.

Elle fit un geste du menton en direction de mon colocataire. Il se tourna vers moi pour répondre.

– Je connais Théa depuis longtemps.

– Et comme tu ne m’avais pas dit que tu n’étais pas réellement seule ici, je voulais…

Elle s’arrêta net.

– Elle voulait être sûre que tu me connaissais bien.

Ben, non, je ne le connaissais pas bien du tout.

– Et ?

– Et comme dans le coin je ne suis pas très appréciée, tu as bien vu comment Suzanne me regarde, continua-t-elle.

– Oui et ?

– Je n’ai pas bonne réputation

– Moi, encore moins, dit-il.

– Ok, en quoi vos réputations risquent de me faire du mal ?

Parce que oui, si je me moquais complè­tement de ce qu’on disait d’eux, je ne me moquais pas de ce que je venais d’entendre, deux énormes soupirent me répondirent.

– C’est une façon de parler. Tu sais les gens parfois se comportent.

– Comme des cons et vous pensez que j’en suis aussi. C’est pas crédible là.

J’étais énervée de les voir noyer le poisson, sans vraiment me répondre. On évitait de me regarder dans les yeux, on admirait ses chaussures. Ils me prenaient pour une débile.

– Bon, il va falloir que vous arrêtiez de me mentir tous les deux. Quel est vraiment le problème ?

S’il me restait un doute sur le fait qu’ils me mentent, là je n’en avais plus aucun. Théa avait pâli et Livius regardait par-dessus ma tête. Certes mon mur était très joli, mais pas à ce point-là. Je ta­pais du pied.

– J’attends !

Le concerto pour soupires en do mineur se fit entendre. Théa tomba plus qu’elle ne s’assit sur le ca­napé et Livius me fit signe de m’asseoir. L’heure des révélations avait sonné et j’étais bien décidée à ne rien lâcher avant d’avoir eu la vérité.

– Bon par où veux-tu que l’on commence ? Dit Théa en me serrant la main

– Par le début ? Enfin, commençons par : vous vous connaissez depuis quand ?

– J’ai rencontré Livius à mon arrivée ici, il m’a aidé à trouver un coin qui me convenait.

D’accord, donc en gros une dizaine d’années, elle n’avait pas plus de 30- 35 ans.

– De gros problème avec ma famille m’avait poussé à m’éloigner. Je ne connaissais personne et j’étais en pleine révolte. Toi, tu es arrivée en douceur, tu voulais avoir la paix, moi, je suis arrivée furieuse et je cherchais, bref, je n’étais pas là pour me faire des amis.

– D’où ta mauvaise réputation…

– Entre autres, continuât-il. Elle a logé chez nous, le temps de trouver où aller. Carata l’aimait bien.

– Carata ?

Il ferma les yeux, ceux de Théa se remplirent de larmes.

– Ma compagne, elle est morte.

Ok, sujet sensible, très sensible à voir la tête de Théa.

– Je suis…

– Il y a longtemps maintenant, donc je disais, Théa est restée ici le temps de trouver où se loger.

– Tu ne m’as jamais dit que tu connaissais la maison, lui reprochais-je.

– C’est plus tout à fait la même et te dire que j’avais connu un des anciens propriétaires aurait ser­vi à quoi ? Je pensais qu’il était parti.

– À éviter tout ce merdier ?

Ils grimacèrent tous les deux.

– Il faut la comprendre, à la mort de Carata, j’ai disparu, je ne voulais plus voir personne. Elle a pensé que j’étais parti, c’est normal.

Ça, je pouvais comprendre, même si je me sentais blessée de ne pas avoir été mise au courant. Voilà bien la preuve que je ne connaissais rien de lui. Rien d’eux. Je touchais mon pendentif, Théa fixait ma main.

– Tu as reconnu le collier parce que tu l’avais déjà vu. C’est pour ça que tu m’as demandé qui me l’avait offert. Ne me dites pas qu’il était à elle.

Je t’en supplie, pas le collier d’une morte à mon cou, s’il te plaît. Pas ça !

– Carata ne l’a jamais porté, ce collier est dans ma famille depuis longtemps.

Sec, net, précis, n’en demande pas plus disait sa voix. Bon, mais, du coup se posaient plein d’autres questions.

– Alors pourquoi me l’as-tu offert ?

– On en parle plus tard, tu as demandé depuis le début, non ?

Sans me laisser répondre il continua.

– Donc après son décès, je ne voulais plus voir personne. Je voulais qu’on me laisse en paix, tu peux comprendre ?

Oui, son grand amour est mort, il s’est retiré du monde pour la pleurer, jusque-là, ça allait. Si j’ou­bliais la tristesse infinie que je ressentais. Pour changer de sujet, je demandais :

– Et tu as joué sur la croyance que la maison était hantée pour faire fuir les nouveaux habitants.

– Oui, on peut dire ça, c’est ma maison.

Re coup de poignard au cœur, sa maison oui, pas la mienne, des larmes perlèrent à mes yeux. J’étais l’étrangère ici.

– Quand j’ai vu le collier, j’ai compris qu’il n’était pas parti et je me suis demandée pourquoi tu n’avais jamais parlé de lui et je me suis inquiétée parce qu’il n’est pas, enfin, il n’a pas l’air de… c’est un…

Elle se tue, cherchant visiblement ses mots.

– Un quoi ?

– Heu, tu ne sais pas ? Ho, je n’aurais pas dû.

Elle avait blêmi d’un coup, Livius se mit à genoux en face de moi, me prit les mains, plissa les lèvres et finit par dire sèchement :

– C’est bon, Théa, je pense que tu peux te taire.

Elle baissa la tête, mais continua.

– Il va bien falloir le lui dire.

– Je sais.

Deux mots murmurés les yeux fermés, sa bouche ne faisait qu’un trait, tout en lui était tendu et mon imagination partit en vrille. C’était un tueur en série, non un agent secret, non, c’était un pervers qui dormait avec le cadavre de sa femme et c’est pour cela qu’il m’interdisait la cave, non, il avait juré de vivre la nuit pour être avec le fantôme de sa femme, non, il était, stop, stop Sophie, tu te calmes et tu écoutes. J’étais complètement paniquée, car je m’attendais au pire quand il continua presque en chuchotant.

– Sophie, je vis la nuit, tu l’as bien remarqué ?

Je fis oui de la tête et d’ailleurs, c’était saoulant.

– J’ai pu déplacer la cuisinière seul, elle est plutôt lourde. Comment ai-je pu le faire ?

Oh qu’elle était bonne cette question-là. Il n’avait pas l’air super musclé, style haltérophile, c’est vrai.

– Je n’y ai même pas réfléchi, avouais-je

Les yeux de Théa doublèrent de volume et Livius secoua la tête.

– Tu es vraiment un ange, incroyable.

– Elle l’est. Confirma Théa.

Là je doutais que ce fut un compliment, idiote, naïve serait bien meilleure comme qualificatifs.

J’eus droit à un baiser sur le front.

– Donc résumons, je vis la nuit, j’ai beaucoup de force, je suis rapide et je peux tomber d’une échelle sans me faire mal. Je suis…

À son regard, il attendait une réponse. Mes neurones se mirent à faire des brasses, je nageais. Il avait bien remarqué que rien ne sortait de ma petite caboche. Il ferma les yeux, baissant la tête sur un sourire.

– Le soir, je bois toujours un bol de ?

Pas de café, sinon il ne l’aurait pas demandé comme ça, un bol de quoi ? Mince, mes neurones ne fai­saient plus de brasses, ils coulaient. Je savais qu’un truc énorme m’échappait, la connexion ne se faisait pas. Je me sentais idiote, mes neurones ne coulaient plus, ils étaient portés disparus et les se­cours n’arriveraient jamais à temps.

Je le fixais. Il avait posé une main sur ma joue et de son pouce caressait ma tempe, il attendait et moi je pataugeais. Théa intervint.

– Imagine que l’on est dans une de tes séries. Je suis certaine que tu sais.

Dans mes séries ? Mon fantôme serait quoi ? Mes yeux se posèrent sur l’étagère et je passais en revue mes DVD. Je tombais sur Supernatural puis sur Buffy et je secouais la tête, faut pas exagérer non plus. Dans ces séries-là, il serait un vampire sauf que les vampires, ça n’existe pas ! Un tueur en série recherché ? Un alien tant qu’on y est ! Dans mes séries, il n’y avait que ça. Ha non, j’oubliais les zombies. Nan, pas possible.

– Montre-lui !

– Laisse-lui encore un peu de temps pour tout assembler.

Sauf que je n’assemblais rien du tout. Je me tournais vers Théa et l’interrogeais du regard.

– As-tu confiance en lui ? Me demanda-t-elle.

Je pris le temps de réfléchir. Depuis mon arrivée, il m’avait aidée avec la maison, sortie des griffes de David et m’avait toujours bien traitée. Jamais il ne m’avait rabaissée ou jugée ou blessée. Je n’avais pas peur de lui, même si son caractère n’était pas toujours facile, mais je ne connaissais pas grand-chose de sa vie, enfin, carrément rien. Avais-je confiance en lui ?

Ma petite voix qui sortait toujours dans les moments où mes neurones ne me servaient plus à rien, intervint. T’es con, disait-elle, je te rappelle que tu as accepté de vivre avec lui sans trop te poser de question et que tu ne l’as jamais regretté. Arrête de te pourrir la tête dit oui et assume la suite !

La suite était justement le pro­blème, mais le pouce sur ma tempe, les yeux noirs attentifs et le soupir qu’il semblait retenir, finit par avoir raison de ma peur. Je me noyais dans ses yeux et dit :

– Oui, j’ai confiance en toi.

Le soupir retenu sortit et il souleva mon menton.

– Je ne te ferais jamais de mal, je te le promets à nouveau. Jamais. Quoi qu’il arrive !

Je fermais les yeux, il prit mon visage entre ses mains et tout doucement me releva la tête.

– Regarde-moi, mon ange. Regarde-moi attentivement !

J’ouvris les yeux et les fixais sur les siens. Il fit un petit non de la tête en indiquant sa bouche. Je fron­çais les sourcils. Merde, je rêvais ou j’hallucinais ou je devenais folle ?

Deux canines étaient en train de s’allonger devant mes yeux et pas qu’un peu. C’est quoi ce délire ?

Ok, c’était la merde. Comme j’étais une jeune femme équilibrée et bien dans ses baskets, mon cer­veau se mit en grève et mes muscles tétanisèrent. Boum, je tombais en panne, plus rien ne fonction­nait, enfin, non, un truc fonctionnait, ma terriblement énervante petite voix qui était en train de bondir de tous les côtés en hurlant des c’est trop cool, youpi et autres joyeusetés. La conne ! Elle jouait à la balle élastique dans mon crâne. Je sentais venir la migraine.

Elle se calma un peu et devint toute douce en me faisant le résumé : bon, tu n’avais rien vu, normal quand on pense que les vampires n’existent pas, on ne cherche pas de preuve. Là, quand même, tu dois reconnaître que des preuves, il y en a. Oui, là je pouvais admettre que les preuves étaient solides, surtout les deux dents qui étaient toujours sorties et que je fixais sans pouvoir m’en détacher. Sauf que même si j’adorais les séries avec des vampires, des loups-ga­rous et des zombies, là on n’était pas dans une série.

Mais bon sang, dans quoi m’étais-je fourrée. C’est ton ami, continua la petite voix. Ne l’oublie pas. Il te fait confiance, tu crois qu’il montre qui il est à tout le monde ? Franchement, tu en as de la chance et puis tu lui fais confiance souviens-toi ! Oui, c’est vrai, enfin j’avais confiance dans mon fantôme. Fantômes, vampires repris la voix, du pareil au même. Allez arrête de faire l’autruche et réagit. Mais oui, hurler me semblait une bonne idée ou m’évanouir ?

Une partie de moi réagissait, je sentais à nouveau la caresse de son pouce sur ma tempe et la main de Théa qui me frottait le dos. Je croisais son regard. Incroyable ce qu’il semblait inquiet. Je crois que c’est cette lueur de peur que j’y voyais qui me décida à revenir dans le monde des vivants. Un mot s’échappa de mes lèvres.

– Vampire ?

Les crocs disparurent, ses yeux se fermèrent et il fit juste oui de la tête.

– J’ai besoin d’un verre.

Ben oui quoi, je ne pouvais pas douter de ce que je voyais, pas besoin de me pincer. Sauf qu’il fallait l’avaler, pas le verre, la vérité. Sa tête lorsque je disais ça, faillit me faire rire. Théa revenait déjà avec un grand verre qu’elle me fourrait dans les mains. Je ne sais pas ce que c’était, mais je me mis à tousser, les larmes me piquèrent les yeux et l’émail de mes dents parti voir ailleurs s’il y était, à peine la première gorgée avalée. Ça me fit un bien fou.

– Ça va ? Comment te sens-tu ? Demanda mon fan… non mon vampire.

– Si je suis pas devenue folle enfin, ça devrait aller, enfin, c’est juste que, enfin les vampires, en­fin ça n’existe pas, enfin je croyais, enfin.

Allais-je arrêter de dire enfin ? Merci mon cerveau pour me soumettre à cet instant précis la seule question qui n’avait aucun intérêt.

– Tu le savais, accusais-je Théa.

– Je savais que les vampires existent, mais ils sont supers discrets, m’informa Théa. Plus que les loups, eux, ils laissent des traces partout.

Ha, oh, les loups, ok, on va où là ? Et hop, une gorgée du truc trop fort pour faire passer cette nou­velle information.

– Mais tu sais, ce ne sont pas les pires, continuait la rousse.

Je levais la main pour l’arrêter, paniquée.

– Laisse-moi déjà digérer le fait que les vampires et je suppose par loup que tu veux dire loup-ga­rou, existent, d’accord. Pour quelqu’un comme moi, c’est déjà trop.

– Tu prends plutôt bien la chose. Tu trouves pas Livius  ?

Lui ne disait rien, mais observait attentive­ment. Ses mains reposaient sur mes genoux et il s’était légèrement reculé. Je ne sais pas ce qu’il cherchait à voir en moi. Je ne savais toujours pas si c’était réel ou non.

– Tu vas avoir besoin de temps pour digérer.

Il leva la main et la garda en l’air. Il était indécis et me scrutait. Le léger mouvement de recul que j’avais eu ne lui avait pas échappé. Sa main retomba et il se releva pour s’éloigner.

– Je vais vous laisser en discuter, le jour ne va pas tarder.

Il était lugubre et je me sentis mal d’avoir eu ce recul, mais il pouvait comprendre. J’avais de bonnes raisons là. J’avais un peu peur, beaucoup en fait. Il ne dit rien de plus, me fit un signe de tête et dis­parut au sous-sol Théa grimaçait un peu et voulu relancer la discussion.

– Non, s’il te plaît, là, j’ai besoin d’un moment, seule. Si tu pouvais rentrer chez toi, ce serait sympa. Je, j’ai vraiment besoin de réfléchir tranquillement.

– Tu es sûre, je pense qu’il faut qu’on en parle, tu as des questions à poser et je ne vais pas te lais­ser seule dans un moment pareil.

Il me fallut presque une heure pour la convaincre de partir. Car, non, je ne voulais pas en parler et non, je ne voulais rien savoir de plus. Là déjà, c’était trop. Elle finit par céder de guerre lasse.

– D’accord et ne t’inquiète pas, je préviendrais James que tu es malade, comme ça tu as la journée pour, enfin, tu pourras rester tranquille, puisque c’est ce que tu veux.

Je la remerciais, lui souhaitais une bonne journée et montais m’enfermer dans ma chambre. Je vou­lais être seule. Quand j’entendis la porte se refermer et la voiture de Théa démarrer, il y eut dans ma tête comme une tempête. J’étais assise sur mon lit, incapable de dormir ni de réellement penser. Je restais ainsi toute la matinée. Je n’avais ni faim, ni soif, mais je m’obligeais à avaler une soupe. J’avais l’impression de bouger dans du coton dense. Le moindre geste était compliqué et me demandait plus d’énergie que je n’en avais.

Chapitre 12

Dans l’après-midi, un vent de panique me tomba dessus, un truc énorme. Je tremblais de la tête aux pieds et si j’étais toujours incapable de réfléchir correctement, toutes les fibres de mon corps criaient à la panique alors j’y cédais.J’attrapais ma valise, y fourrais de tout en vrac, descendis quatre à quatre l’escalier et filais sans m’arrêter à ma voiture. Je ne pris même pas la peine d’ouvrir le coffre, je jetais la valise sur le siège passager et je fuis, encore. Fuyant ce que mon petit cerveau refusait de considérer comme réel. Juste fuir.

Je roulais droit devant, tentant de ne réfléchir à rien. Tellement à rien que j’oubliais que les routes ici, ne sont pas vraiment des boulevards et après des heures à lutter entre les trous, les bosses et les chemins de terre, j’étais épuisée et je m’étais perdu. La nuit avait fini par tomber, brouillant encore plus mes repères. Il valait mieux attendre le jour pour reprendre la route. Je me glissais à l’arrière, contrôlais que j’avais bien fermé les portes et les fenêtres, me recroquevillais sur le siège et fermais les yeux.

Les larmes arrivèrent à ce moment-là et je versais toute l’eau de mon corps. J’étais secouée de san­glots impossibles à arrêter. Je pleurais sur moi, sur mon idiotie de n’avoir rien vu, de ses amis qui m’avaient menti sur quoi d’autre encore ? Je m’apitoyais sur mon sort. Je m’épuisais de chagrin. Rien d’autre ne comptait plus que mes larmes qui semblaient ne pas vouloir se tarir.

J’avais physiquement mal au cœur. Je me sentais plus nulle qu’à mon arrivée. Je pleurais, c’était tout ce que je pouvais faire. J’étais au milieu de nulle part. J’étais seule. J’avais peur du noir cette nuit et ma lampe de poche montrait des signes de faiblesse et j’étais perdue dans tous les sens du terme. Tout ce que je pouvais faire, c’était pleurer.

La crise durait encore quand on frappa à la vitre. Je relevais la tête et croisais des yeux noirs. Je ne voulais pas lui parler. D’un coup, je me sentais en colère, tout ça c’était sa faute. Je secouais la tête et la plongeait entre mes bras en collant mon nez contre le siège. Mais, qu’il me fiche la paix, qu’ils me fichent tous la paix !

– Ouvre, sinon je casse la vitre !

– Non !

Il se prenait pour qui ?

– Sophie, ouvre ! Je n’hésiterai pas à casser la vitre.

Mais, bien sûr, continu à me menacer comme ça j’aurais confiance. Il était dingue ou quoi ? Je rele­vais la tête. Il avait le front appuyer contre la vitre et son inquiétude était visible.

– Sophie, mon ange, ouvre-moi s’il te plaît !

Je ne sais pas si c’est d’entendre ce doux surnom, la voix qu’il avait ou le s’il te plaît que je ne lui avais jamais entendu dire. Les yeux noirs étaient suppliants. Il restait là à me regarder. Je déverrouillais la porte sans plus réfléchir. Il entra, ne dit rien, me prit contre lui en soupirant.

– Tu m’as fait une peur bleue. J’ai cru, j’ai cru…

J’étais dans ses bras, il me serrait contre lui, m’embrassant les cheveux. Il ne disait plus rien, mais ne desserrait pas son étreinte. Mon corps me trahissait en se détendant contre lui. J’étais furieuse une seconde plus tôt et maintenant, je restais sans rien dire, blottie contre lui. Je suis d’une logique sans faille.

Au bout long d’un moment, il souffla à mon oreille.

– Tu veux bien rentrer à la maison, je sais que c’est difficile à accepter, tu sais, partir n’est pas la bonne solution. Théa est morte d’inquiétude.

Je ne l’écoutais qu’à moitié parce que ma petite voix faisait un vacarme de tous les diables dans ma tête, trop heureuse de retrouver son, mon vampire. Elle faisait des cabrioles l’idiote et hurlait, tu vois il tient à toi. Mais bien sûr… Elle refusait de se taire et c’est elle plutôt que moi qui répondis

– C’est juste que…

– C’est difficile à avaler, finit-il à ma place

– Mouais et pas qu’un peu.

Il me serra plus fort.

– La vérité n’est pas toujours le mieux.

– Mais elle est préférable.

– Pas toujours, crois-moi, pas toujours.

Il ne dit plus rien. Je tentais de donner un ordre dans tout ça. Je ne sais pas combien de temps passa avant qu’il ne demande :

– Tu préfères renter en voiture ou que je te ramène ?

Là, sa question était bizarre, je relevais la tête.

– Je vais te révéler un secret de plus, je ne sais pas conduire. Alors, soit tu laisses ta voiture ici et je te porte pour rentrer, soit si tu n’es pas trop fatiguée, tu conduis pour nous ramener.

Il me fit une grimace penaude et j’éclatais de rire. Ho, bon sang que ce rire me fit du bien.

– Je ne le dirai à personne. Promis ! Sauf que je ne sais pas du tout où nous sommes, je me suis perdue.

– À dix minutes de la maison à peine je te guiderais.

Ok, j’avais donc tourné en rond et je n’étais pas allée loin. J’avais raté ma fuite, bravo, bien joué ! Note à moi-même faire des plans avant de fuir.

Une fois devant la maison, je me retrouvais dans des bras qui me serraient fort, à croire qu’il avait peur de me voir encore fuir. Il me faut avouer qu’une partie de moi y avait songé. La porte s’ouvrit sur une Théa livide et en pleurs, mon cœur se serra encore plus si c’était possible.

– C’est bon, je l’ai retrouvée et en un morceau

Le soupire que poussa Théa me fit me sentir mal, elle s’était vraiment inquiété. Je ne pus pas y réfléchir, j’étais déjà dans ma chambre où avec une infinie douceur il me posa sur mon lit.

– Tu veux boire ou manger quelque chose ?

– Un grand verre d’alcool, fort !

Je reçus un baiser sur le nez.

– Sale gamine, je reviens, je vais te chercher un de tes affreux cafés et de l’eau. Promets-moi de ne pas bouger.

Gamine ? Au fait, il avait quel âge ? Gamine possible du coup, je fis oui de la tête. Je n’avais de toute manière plus aucune force. Ma petite voix était toute triste à l’idée qu’il ne voyait en nous qu’une gamine et je me sentais réellement comme une gamine prise en faute. Papa inquiet de sa fifille qui avait fuguée, mais soulagé de l’avoir retrouvée et la mettant au lit, voilà l’impression qu’il me donnait.

Le café bu, il remonta les draps presque sous mon nez et me caressa encore les cheveux. Voilà, papa met sa petite fille au lit. J’avais envie de pleurer tellement cette impression me faisait sentir mal. Il resta là, attendant que je m’endorme tout en me chuchotant que j’étais ici chez moi et qu’il ferait tout pour que je m’y sente bien et en sécurité. J’avais envie de hurler merci papounet, mais je ne dis rien. La caresse de ses doigts dans mes cheveux était si douce que je m’endormis, épuisée.

C’est Théa qui me réveilla en fin de journée, je me sentais toujours fatiguée. Elle déposa sur mes genoux un plateau contenant deux tartines et une cafetière remplie à raz bord d’un breuvage noir qui sentait divinement bon.

– Je n’ai jamais connu quelqu’un qui boive autant de café. Je me suis dit qu’une tasse ne serait pas assez. Les tartines sont à la confiture de mûres, je n’ai pas trouvé celle aux myrtilles.

– Je l’ai finie, mais mûres, c’est bien aussi.

Ma voix était éraillée, ma gorge me faisait mal et même si je me sentais mieux, je redoutais le mo­ment où il faudrait parler. Alors, je mangeais le plus lentement possible. Elle attendait que je fi­nisse. J’en étais à ma quatrième tasse de café quand elle saisit le plateau.

– Je te laisse ton café et le temps de te lever. Après il faudra que l’on discute de cette horrible ten­dance que tu as à fuir.

Avant que je ne puisse lui répondre la porte se refermait sur elle. Et voilà, c’était ma faute. Ben voyons ! Et, puis la fuite, c’est bien. Moi j’aime bien.

Étrangement après ma crise de panique, je me sentais bien, fatiguée, épuisée, mais bien. En arrivant à la cuisine, je trouvais mon vampire et Théa, ils me scrutaient et j’allais faire demi-tour quand elle me prit dans ses bras en pleurant. Là, je me sentais coupable. Ah, flûte, je ne devrais pas, mais les larmes de Théa…

Je répondis à son étreinte. Bon, à première vue, mon amie avait eu peur.

– Mes côtes ne t’ont rien fait, lâchais-je.

– Tu nous as fait une sacrée peur, renifla Théa, alors tes côtes peuvent payer pour.

– Et si tu la laissais respirer ?

Je fus poussée dans le salon, assise sur le canapé à la même place qu’hier, sauf que là, en face de moi ils avaient l’air encore plus mal à l’aise.

– Bon, heu je commence, dit Théa.

– Attends, en premier, Sophie, je comprends, tu as dû faire face à quelque chose que, comment dire. Tu as dû accepter une réalité un peu différente. Je comprends ta réaction, mais je tiens à te prévenir que si tu fuis à nouveau…

Il ne lui manquait qu’une paire de lunettes et le doigt en l’air pour ressembler à monsieur Carron mon prof de math alors qu’il nous sermonnait. Stop, je devais me concentrer pour ne pas laisser mon esprit dé­river.

– Je ne fuirais pas, il me fallait un peu de recul pour digérer et ma foi, paniquer un peu.

Ils levèrent les yeux au ciel.

– Bon d’accord, beaucoup. Mais, pour ma défense, j’ai été élevée dans la foi catholique et je ne suis pas croyante. Alors croire en…, en…, en ça…, en toi

Je levais les mains en signe de paix.

– Je veux dire que, enfin, c’est pas, non enfin, c’est beaucoup, enfin ça fait un choc, enfin non, pas un choc enfin, si.

Le retour des enfin en cascade, mais fermes là, Sophie, fermes là ! Je repris ma respiration, en souf­flant un bon coup.

– Je veux bien croire que c’est vrai. J’ai des millions de questions, mais pour le moment, c’est le gros bordel dans ma tête. Je ne sais pas quelles révélations m’attendent encore et à vos têtes, il y en a. Je n’ai pas envie de tout entendre. Là, c’est déjà assez, je me sens déjà stupide. Vous vous rendez compte que pour moi, tu n’étais qu’un type agoraphobe avec quelques ma­nières étrange et que je ne me suis pas posé plus de question. Une vraie idiote. Vous avez du bien rire.

Théa ne souriait pas, mais alors pas du tout et c’est avec un air presque sévère qu’elle me dit.

– Non, tu n’as pas été idiote, juste trop confiante et ne le prend pas comme un défaut. Pour moi, cette confiance n’a pas de prix. Écoute, je comprends que tout te dire d’un coup n’est pas la meilleure façon de faire. Même si ne plus avoir à te mentir serait pour moi, pour nous, une vraie délivrance. Alors, je te propose que tu prennes le temps de parler à Livius et à digérer déjà ce cô­té-là. Quand tu te sentiras prête viens me voir. Il n’y a aucune urgence, je tiens juste à tout te dire. Plus de mensonges ! Si je ne t’ai pas parlé avant, c’est par peur de te perdre, car je tiens beau­coup à toi. Quand on ne t’a pas trouvé hier, j’ai craint le pire. J’ai bien compris qu’il te fallait du temps, donc téléphone-moi quand tu veux. Promis ?

Je promettais, soulagée de ne pas avoir à faire face à plus ce soir. Elle partit avec timide au revoir. Je me retrouvais seule face à mon… face à un vampire. Que lui dire ? Plein de questions avaient tourné dans ma tête et là, je n’en trouvais pas une seule. Tout ce qui me venait me semblaient si stu­pide. Je ne trouvais rien à dire, je cherchais quand je m’entendis demander.

– Quand j’ai acheté la maison ai-je aussi acheté le vampire ?

Merde, je l’ai dit à voix haute. Moi qui faisais de l’ironie dans ma tête, pourquoi cette question-là justement. Mais quelle idiote, pauvre conne, tu n’avais rien de mieux à demander, franchement. Bravo Sophie, on sent que tu as bien pris le temps de réfléchir à ce qui était important de savoir. Non, parce que lo­gique, il fallait commencer par…

Son rire interrompit mon autoflagellation. Il riait, à gorge dé­ployée. Bon, au moins un qui était détendu lorsqu’il reprit son sérieux, il s’installa dans son fau­teuil et en regardant le vide, il me dit :

– Je me suis réveillé pour trouver un mot sur un tableau noir. Je l’ai relu plusieurs fois. Je me suis de­mandé quel genre de créature pouvait croire aux fantômes. Par amusement, j’y ai répondu. Quelque temps plus tard, alors que je voulais te mettre dehors, je t’ai trouvé allongée sur ton lit de camp. Quand tu t’es retournée dans ton sommeil, tu avais une énorme bosse sur le front et un bleu que je voyais grandir. Tu semblais si fragile. Je me suis persuadé qu’après ça tu laisserais tomber. Tu es bien plus têtue que tu en l’air. Au fil des jours, je voyais ton travail et la maison re­naître comme tu ne semblais pas troublée par mes notes j’ai pensé que tu savais que j’étais là. Et il y a eu cette nuit où je t’ai entendu tomber quand je suis sorti de la cave, tu convulsais.

Il fit un geste pour me faire taire alors que j’allais protester.

– Tu convulsais à ce moment-là. Il haussa les épaules en secouant la tête. Je ne sais pas pourquoi je t’ai fait boire de mon sang, juste un peu. Ajouta-t-il en me voyant grimacer. Je ne vais pas t’ap­prendre que le sang de vampire guérit.

– Ah, parce que c’est vrai ? Et, le reste ? Demandais-je.

– Attends, je répondrais à tout après. Laisse-moi finir que tu comprennes. Ensuite, il y a eu cette ordure qui s’en est pris à toi. C’est là que j’ai réalisé que je tenais à toi. Incroyable, je tenais à une humaine, maladroite, mal dans sa peau et terriblement naïve. Le comble pour un des miens, une vraie gageure. Impossible, me suis-je dit, mais si je suis honnête, je dois le reconnaître, je tiens à toi.

Je me renfrognais. Bon, d’accord il n’avait pas tout tort, mais pas besoin de le dire comme ça !

– Ne te vexe pas ! Dit-il en pointant un doigt vers moi. Tu ne vas pas me dire que tu ne l’es pas. Malgré cela, tu as éveillé le même sentiment chez Théa. Nous tenons à toi, une humaine.

Bon, il allait vraiment finir par me vexer. Il prononçait le mot humain comme moi, je dirais limace, avec un dégoût non feint.

– C’est bon, j’ai compris. Une humaine, idiote, maladroite et naïve. Sympa merci.

Il me souriait moqueur.

– Oui et à laquelle je tiens. Le jour où tu t’es fait agresser par ce connard. J’ai fini par comprendre que tu étais plus importante que je ne voulais l’admettre. Je pensais juste que je tenais à toi, car tu ramenais de la vie dans la mienne. C’est ce qui s’est passé ce jour-là qui m’a poussé à t’offrir le collier.

Je touchais le petit hibou en fronçant les sourcils.

– Pourquoi ? Il a quoi ce collier ?

Il y avait un truc qui allait me déplaire, parce qu’il passait sa main nerveusement dans ses cheveux et avait fermé les yeux. Ho, comme je ne la sentais pas la nouvelle révélation. Il me répondit enfin

– Il, enfin le hibou est mon emblème, je ne suis pas tout jeune, tu t’en doutes. C’était une tradition qui s’est perdue. Peu de jeune vampire choisissent un symbole. C’est surtout que… Ne te fâche pas d’accord. C’est juste un moyen d’indiquer…

Oui, d’indiquer quoi ? Mais bon sang accouche !

– Ton symbole autour de mon cou, ça veut dire quoi ?

Il prit une grande inspiration et lâcha :

– Il indique que tu m’appartiens aux autres vampires.

Ok bon. Là non, j’allais me mettre à hurler quand il continua très vite.

– Et pas qu’à eux, mais ce n’est pas ce que tu crois.

– Ouais et je crois quoi ? Demandais-je entre mes dents serrées.

– Théa l’a reconnu, tu t’en doutes.

– Oui et ?

– Elle n’est pas la seule.

Oh, mais j’allais le découper en morceau s’il ne finissait pas très vite son explication. Je bouillais de rage.

– C’est le moyen que j’ai trouvé pour te protéger, c’est tout !

– Me protéger de quoi ? Les vampires sortent la nuit et la nuit, je suis ici ou avec du monde.

– Pas que des vampires. Sophie, Théa n’est pas humaine et vit le jour et elle n’est pas la seule ici.

Bon, de ce point de vue-là, je pouvais comprendre, pas en être contente, mais comprendre. Même si cette explication pas franche me faisait sentir encore plus idiote qu’avant. Théa n’était pas humaine et qui d’autre ? Et, puis si c’était son symbole alors…

– Pourquoi m’as-tu dit que Carata ne l’avait jamais porté si c’est une protection ?

– Elle n’en avait pas besoin, elle était vampire.

La réponse avait fusé et je me sentis stupide d’avoir posé cette question et encore plus de la pointe de jalousie que j’avais ressenti en apprenant qu’il avait une compagne. Reviens à la réalité, déjà qu’elle n’est plus vraiment ce que tu connaissais, concentre-toi sur l’important.

– Et moi, j’en ai besoin, car je ne suis qu’une petite humaine idiote.

– Non, toi, tu en as besoin parce que je tiens à toi, toute humaine que tu sois.

Je haussais les épaules, agacée.

– Je peux toujours l’enlever !

Il fronça le nez et ses dents sortirent. Oups…

– Non, tu ne peux pas.

Il le dit dans un grognement et de rage, je glissais mes mains dans ma nuque pour ouvrir le collier. Sauf que je ne trouvais pas le fermoir. Mes yeux s’arrondirent alors que je le fixais.

– Vieille magie, dit-il.

Là, il avait l’air de ce qu’il était, loin de mon fantôme agoraphobe, il se rapprochait bien plus du prédateur. Je tremblais, il s’en aperçut et soupira.

– Écoute, je te l’enlèverai dans quelque temps, si tu y tiens. Il ne t’oblige à rien !

Donc bonne nouvelle, on pouvait l’enlever.

– Mais tu penses que j’en ai besoin, soufflais-je

Il ne répondit pas.

– Garde-le, le temps de trouver toute la vérité.

Ce n’était pas un ordre plus une demande. Je triturais le hibou. La pauvre humaine que j’étais, avait-elle besoin de protection ? Il semblerait bien que oui. De la sienne ? Et, contre qui ? D’autres vampires, des loups et quoi d’autres ? Je sentais la panique revenir. Il me fallut de longues minutes pour la calmer et pouvoir répondre.

– D’accord, pour le moment je le garde.

Un soupir de soulagement me répondit. Je continuais.

– Vampires, loup et quoi d’autre ?

Tant qu’à faire autant me foutre la trouille du siècle d’un coup, me soufflait mon énervante petite voix. Tant qu’à faire…

– Un peu de tout.

Ok, on n’allait pas loin avec une telle révélation. Un peu de tout donc…

– Théa est mieux placée que moi pour te répondre. Je ne sors plus assez.

Vu comme ça, il n’avait pas tort. Je demandais sans grand espoir.

– Et Théa est ?

– Une ondine, elle t’expliquera ce qu’elle est mieux que moi.

Je relevais la tête d’un coup, j’étais certaine qu’il ne répondrait pas.

– Plus de mensonges ! J’ai promis !

Bon, plus de mensonge et des réponses, allez Sophie pose tes questions. Courage, par où commen­cer ?

– Parle-moi des tiens ? Des vampires.

– Pas grand-chose à dire, on se nourrit du sang, pas forcément humain.

Là, j’étais intriguée.

– Nous avons besoin de sang, mais du sang reste du sang. Le goût change et celui des humains est meilleur. Je ne vais pas te mentir, il apporte plus d’énergie et calme notre faim plus long­temps, mais nous pouvons boire du sang animal. Nous vivons la nuit et dormons le jour, ça reste vrai.

– Pourquoi reste ?

– Nous ne brûlons pas comme une torche au soleil. Disons que c’est plus comme des coups de so­leil qui nous affaiblissent, mais les plus vieux résistent à cette brûlure et peuvent passer plusieurs heures au soleil, toutefois nous préférons la nuit.

– Vous vivez très vieux ?

– Sans accident oui. Il y a peu des nôtres qui vivent des milliers d’années entre les morts violentes et une sorte de dépression, d’ennui qui fait que beaucoup se laissent mourir au bout d’un mo­ment. Notre nombre reste assez stable. Le temps passant, l’immortalité perd de son attrait.

Il disait ça d’un ton si désabusé que je compris qu’il avait dû ressentir cet ennui.

– Tu es vieux à ce point ?

– Je suis vieux.

– Et moi une gamine, marmonnais-je. Tu as dit qu’ils se laissaient mourir ? Comment ?

– Contrairement aux idées reçues nous ne sommes pas des cadavres ambulants, c’est plus comme une mutation. Voilà pourquoi nous avons besoin de sang, il nous apporte vitamines et nutriments sans avoir à digérer. Je ne connais pas tout le processus, mais certains des nôtres sont devenus des experts. La plupart n’y songent même pas.

– Donc pour vous laisser mourir, vous ne vous nourrissez plus ?

– Tu as compris. Nous arrêtons de nous nourrir, c’est souvent la mort que choisissent les plus vieux. Le seul problème, c’est le temps que prend ce mode de suicide. Rester au soleil ou se faire tuer est bien plus simple, en cessant de manger, nous nous momifions petit à petit, mais restons conscient et vivant pendant ce temps.

Ma petite voix et moi n’avions pas envie d’en entendre plus, on était un peu dégoûtées. Il dut le sen­tir, car il se leva pour prendre mon visage dans ses mains. Au moment où il commença sa phrase des coups violents se firent entendre. Je sursautais lorsque la porte claqua contre le mur et où Ada folle furieuse déboulait dans le salon en hurlant :

– Lâchez-la !

Il m’embrassa le bout du nez avant de se redresser en disant.

– Tu voulais que ça aille doucement que tu puisses digérer les révélations les unes après les autres, désolé, je crains que tout sorte ce soir.

Ada interloquée nous regardait tour à tour en demandant.

– Qu’est-ce que ça veut dire ?

– Que Livius, ici présent m’a avoué être un vampire que Théa est une ondine et…

Je faisais un geste vague de la main. Ada avait blêmi.

– Alors tu sais que je suis une louve !

Ha ben non, ça pas, mais bon, allez je n’étais plus à ça prêt. Et, hop, une vérité de plus.

– Théa n’avait rien dit. Lui répondit Livius.

Je me levais sans plus faire attention au vampire moqueur et à la louve blême. Je fonçais sur le bar, en sortis une bouteille et en avala de grandes gorgées directement au goulot. Finalement, une gueule de bois me semblait aller dans le sens de cette nuit.

Ada me l’arracha des mains, me prit dans ses bras et gémit.

– Je voulais te le dire, mais je n’ai jamais trouvé le bon moment et puis c’est pas facile comme aveu.

– Suis plus à ça prêt, lui répondis-je.

– Et puis la vérité, c’est bien.

Oui, bien sûr, faut juste l’avaler. Elle renifla contre mon épaule et me lâcha. Je repris la bouteille et me rassis. Voilà quoi faire d’autre ? Qu’est-ce qui allait encore me tomber sur la tête ?

– Il y a quelqu’un en ville de normal ? Enfin d’humain à part moi ?

Ada secoua la tête, non

– Pas beaucoup et la plupart savent ce qui se passe. Et, il y a James, il est sorcier, c’est presque comme un humain.

À la bonne heure, je bossais pour l’être qui se rapprochait le plus d’un humain. Youpi, non, je ne suis pas sarcastique ! D’accord, un peu et pendant qu’on y est…

– Et les touristes ?

– Moitié-moitié, dit Ada.

Prévisible, allez une gorgée pour Sophie et une grosse.

– Au fait, qu’est-ce que tu fais là ?

– Je viens de rentrer et j’ai appris que tu étais malade. Je venais voir comment tu allais.

– Moi pas encore malade, demain oui, mais pas encore, marmonnais-je le nez dans ma bouteille.

Ma bouteille disparut, pouf, envolée. Je croisais le regard sévère du vampire-colocataire-protecteur et papa à ses heures. Je tentais de la rattraper, mais purée qu’il était rapide. Je ne demandais même pas son retour, à la bouteille pas au vieux truc et je filais m’en prendre une autre. Na ! Je fus soulevée sans ménagement et jetée sur le canapé. C’est pas drôle un vampire.

– Tu as assez bu. Tu vas avoir une belle gueule de bois demain.

– Bah, c’est mieux que de réfléchir, je peux fuir si c’est ça.

Ça grognait, pas que le truc à dent longue, Ada aussi, pas drôle.

J’étais assise et je boudais. C’était mon droit ! Je boudais si je voulais. Honnêtement, j’avais trop bu et la fatigue me tombait dessus. Tout me tomba dessus et je me mis à pleurer. Papa-vampire me souleva et me mit au lit en me grondant. Ada me fit un gros bisou sur le front et le lit se mit à tanguer dangereusement. Alcool et mer déchaînée ne sont pas un bon mélange. Je ne les loupais ni l’un ni l’autre quand je vomis. Bon, tire ! Hurla ma petite voix dans ma tête. Après tout devint flou.

Dire que j’avais la gueule de bois était bien en dessous de ce que je ressentais. Je n’arrivais à me le­ver qu’au troisième essai. Il me fallait d’urgence un café et un cachet. Oh, surprise, je trouvais à la cuisine Ada et Théa assises sagement qui devaient attendre que ma majesté se lève. Enfin, majesté des poubelles serait plus juste, vu comment je me sentais.

Une tasse apparu son mon nez et une main charitable me tendit un cachet. Ouf, sauvée ! Je tombais plus que je m’asseyais. Deux bouchent grimaçaient un sourire en face de moi, elles ne dirent rien me laissant retrouver le peu de dignité qu’il me restait. Théa fut la première à se lâcher.

– Il semblerait que tu aies un moyen de défense efficace !

Ses yeux pétillaient et elle faisait de gros effort pour se retenir de rire. Ada avait l’air moins joyeuse.

– La petite humaine fait ce qu’elle peut.

– Et ça marche, fit-elle dans un éclat de rire, en tout cas ça a marqué !

Son rire raisonnait dans ma tête. Mince, j’allais passer une journée de merde. Je frottais mes yeux sous le regard goguenard d’Ada.

– Vas-y moque-toi !

– Même pas, tu es assez punie et c’est en partie notre faute, tu as beaucoup à digérer.

Elle était super sérieuse alors que l’autre était rayonnante.

– Et si on passait une fin de journée tranquille, sans rien de…

– Il va falloir parler, grimaça Ada.

– On parlera…

Mais, pas aujourd’hui, ni demain. J’allais tout faire pour.

Chapitre 13

Je pris encore deux jours de repos, refusant toutes discussions avec mes amies. J’en avais assez à di­gérer et toute information complémentaire n’était pas la bienvenue. Je voulais retrouver mon calme et ma petite vie.

Rappelez-vous je suis venue ici pour recommencer une vie tranquille loin des drames ! Pas pour ce bordel sans nom.

Mon retour à la librairie fut un vrai bonheur, retour à la nor­mal me disais-je. Bon, pas tout à fait, je regardais les habitants différemment, ce que j’avais mis dans les différences entre l’Europe et les USA, se transformait en différence entre humain et, et quoi d’ailleurs ? Une partie de moi refusait de savoir, l’autre tentait de deviner.

J’étais mal dans ma peau et Théa me rendait folle. Son besoin de tout me révéler, alors qu’elle avait promis d’attendre, la rendait nerveuse, explosive même. Autant Ada était devenue calme et attentive à ne pas me mettre mal à l’aise, autant Théa ressemblait à une boule magique qui rebondissait par­tout. Quant à papa-vampire, lui restait sombre, discret et horriblement paternel.

Je me raccrochais à mes habitudes. Tout va bien dans le meilleur des mondes ! Viendrait le temps où je devrais ouvrir un peu plus la porte de cette nouvelle vie, pour le moment je m’accrochais comme je pouvais. Vous pouvez en penser ce que vous voulez, tout ce que je voulais, c’était rester dans l’ignorance, encore un peu.

C’est le dimanche que je compris qu’il n’y aurait pas de retour possible et que tout avait bel et bien changé. Lorsque j’arrivais chez Suzanne et qu’au lieu d’être accueillis par toute une troupe, je me retrouvais seule avec Ada. Suzanne me prit dans ses bras, me collant au passage ces habituelles énormes bises, puis me serrant toujours contre elle, elle me dit :

– Je suis tellement heureuse que tu sois restée. La plupart des humains fuient quand ils nous dé­couvrent alors pour te laisser un peu respirer, Judicaël a décidé que tu n’avais pas besoin d’en­tendre plus et que nous reprendrions les repas une fois que tu te sentiras vraiment à l’aise.

À ce que je comprenais, on me chouchoutait encore plus. Je n’avais pas super bien réagi, alors on me laissait un peu d’air, mais j’étais toujours là et pour mes amis, ça faisait toute la différence. De l’air, j’allais en avoir besoin et de beaucoup…

Un jour monsieur Andersen décida qu’il était temps pour moi d’arrêter de faire l’autruche. Il posa devant mon nez un livre duquel dépassait des marques pages.

– J’ai indiqué les noms de tes connaissances et leurs clans. Je pense qu’il est temps pour toi, d’ar­rêter de te cacher.

Ben, non, je trouvais mon attitude plutôt agréable, ne pas se prendre la tête, ne rien vouloir savoir, rester zen et tranquille. Je ne vois rien, je ne sais rien, mon nouveau mantra ! Qui ne semblait ne convenir qu’à moi.

– Au moins fait le pour Théa ! Elle va devenir folle si elle doit encore se taire.

Là, il n’avait pas tort, elle virait sur les nerfs. Elle allait finir par exploser et me coincer pour tout me dire d’un coup. Je me massais les tempes en soupirant. Ils allaient tous me rendre dingue à force.

– Allez le plus dur est fait. Tu as accepté que le monde n’est pas tel que tu le pensais, le reste n’est que des détails, ne joue pas à la gamine.

Oulà, il m’avait vexée. Déjà que tout le monde me maternait, lui hors de question ! Je relevais la tête et il me fit un clin d’œil. Il savait qu’il avait tapé juste !

– Leur vie est bien plus longue que la nôtre, nous ne sommes que des enfants pour eux.

Vu l’âge de mon patron, je ne devais même pas être sortie du berceau. Je fis oui de la tête, mais plu­tôt que de découvrir dans un livre la vérité, j’envoyais un message à Théa pour l’inviter à la maison.

Elle n’était pas survoltée en arrivant, c’était bien pire. Nous avons parlé une bonne partie de la nuit. Elle est une ondine, ça je le savais, particularité de son clan dont, heureusement, elle est la seule re­présentante ici, noyer gaiement les jeunes filles. Si, si elle a dit gaiement !

Elle me précisa à plu­sieurs reprises que moi, elle n’avait pas envie de me noyer, une chance pour moi, un vrai coup de bol ! Ça expliquait ses nombreuses remarques sur le fait que j’étais sa première amie femme, souf­fla ma petite voix.

Au fil de la soirée, je me rendis compte que c’était surtout de me dire qu’elle ne me voulait pas de mal qui lui tenait à cœur, puisqu’elle ne répondait pas à la moitié de mes questions dont une qui me titillait : son âge.

– Je suis plus vieille que j’en ai l’air et pour te donner une idée, je suis presque aussi vieille que LUI Oui, parce que depuis la révélation de la nature de mon colocataire, elle en parlait en disant LUI.

Je ne savais pas trop quoi penser. Oh, j’étais heureuse de n’avoir provoqué aucune envie de meurtre chez mon amie, mais avoir une tueuse comme amie, est-ce bien raisonnable ?

Je compris l’importance de cette révélation quand, alors qu’elle me redisait combien elle était contente de ne pas avoir envie de me noyer, papa aux dents longues fit son apparition. Il avait entendu la fin de la conversation et fixait Théa les sourcils froncés.

– Pas envie ? Tu veux dire que tu te contrôles ?

– Mais non, explosa-t-elle, pas envie ! L’idée ne m’a même pas traversé la tête ! Au début, je me suis dit que je l’aimais bien et que l’envie me prendrait plus tard. C’est déjà arrivé et puis une humaine de plus ou de moins. Mais, non, rien n’est venu même pas quand nous nous sommes baignées ensemble !

J’appris une nouvelle chose : un vampire, ça peut blêmir

– Baignées ensemble ?

Il avait la voix aussi blanche que le teint.

– Oui, tu te rends compte. Même pas là !

– Sophie, on ne se baigne pas avec une ondine !

– Mais si elle peut avec moi, insista Théa. Et j’adore ça !

Elle était à nouveau montée sur ressort et sautillait de joie devant un Livius transformé en statue. Je fis une mini crise de panique quand j’assimilais qu’une ondine, une humaine et une baignade…

Ha, non, c’était pas une bonne idée. Puis ma petite voix se mit à se marrer, un peu tard pour s’en in­quiéter. Mouais, elle n’avait pas tort. La statue blanchounette debout devant Théa due en conclure la même chose et se remit à parler.

– Et comment tu expliques ça ? Tu as perdu ton besoin de tuer ?

– Oh non, je dois éviter de trop traîner avec Ada, si Sophie n’est pas là, je suis tentée. Je dois vrai­ment faire attention parce que les loups, c’est pas comme les vampires, ça ne ressort pas de l’eau quand on les noie et je ne pense pas que Sophie me le pardonne, alors je gère.

Elle finit sa phrase en baissant la tête alors que lui levait les yeux au ciel. Pensez à prévenir Ada de ne pas traîner avec l’autre folle dingue. Quoi qu’elle dût être au courant ainsi que toute la ville ; ce qui expliquait les regards de travers de Suzanne…

La tueuse rousse se tourna vers moi.

– C’est ma nature, je lutte contre mais c’est ma nature et en ville, on me craint un peu, je me suis laissé emporter parfois. La ville borde le lac alors… Toi, tu ne risques rien, je te le promets ! Ja­mais je ne te ferais de mal !

Elle avait les yeux suppliants. Elle se tenait debout devant moi. Je crois qu’elle venait de se rendre compte de ce que je pouvais ressentir. Théa était une tueuse, mon colocataire proba­blement aussi. Mais, qu’est-ce que je foutais là au milieu ? Je lorgnais du côté du bar quand un non, sec fusa. Mince repérée, il ne m’avait pas vraiment pardonné de lui avoir vomi dessus. Ma petite voix se marrait au souvenir et Théa le regarda, étonnée.

– Ton amie ne supporte pas bien l’alcool. Dit-il. Demande à Ada !

Oui, bon une fois, juste une où j’ai un peu abusé faut pas non plus en faire un drame.

– J’avais de bonnes raisons. Fis-je en levant le menton.

Théa se marra, lui pas. Je souris. Sale gamine disait les yeux noirs, ceux de Théa passaient de l’un à l’autre, elle se retenait de commenter, c’était visible.

J’en rajoutais, j’en étais consciente, mais que pouvais-je faire d’autre ? Comme j’étais bien décidée à ne pas me rendre malade des révélations qui me tombaient dessus, énerver papa-vampire m’offrait une diversion. Je lui tirais donc la langue et proposait à Théa une fin de soirée plus tranquille devant la télévision.

Pour faire râler mon copropriétaire, je proposais Buffy. Théa ne connaissant pas, elle fut un amour d’amie en disant oui, malgré le commentaire désagréable qui tomba du fauteuil et elle fut encore plus une alliée quand elle trouva Angel super sexy et se mit à baver dessus au grand dam du vrai vampire du coin.

Et ce fut ma vie. Faire enrager le vieux vampire pas drôle, voir Théa rire de toutes ses dents, rayon­nante et profiter du calme relatif d’Ada. Et oui, à côté de la bombe rousse, ma grande brune semblait calme, c’est dire. Je profitais de chaque instant où nous n’étions que tous les deux, Théa prenant de plus en plus de place. Ada comprenait et trouvait drôle de me voir suivie par une ombre rousse qui regardait presque tout le monde de travers, enfin tous ceux qui m’approchaient. Je le supportais sans peine, j’avais compris que l’amitié d’Ada et de Théa m’avait évité bien des ennuis. Depuis l’été, le collier visible à mon cou complétait mes gardes du corps.

À mon arrivée, on me regardait de travers, car j’étais nouvelle, aujourd’hui on me regardait de travers à cause de mes fréquentations. Rien ne changeait vraiment et ça me convenait parfaitement !

Je posais peu de question, le livre de monsieur Andersen trônait sur ma table de nuit, mais je ne l’avais pas ouvert, je ne me sentais pas prête à franchir une nouvelle étape.

Je finis par éviter mon vampire, me conduire comme une idiote pour le faire râler avait perdu de son charme. Je redoutais l’arrivée de l’hiver et de ses longues nuits où il serait plus difficile de ne faire que le croiser. Mon comportement avec lui posait problème à Ada mais faisait marrer Théa. Je n’y pouvais rien, me faire traiter de gamine ne me donnait que l’envie d’en être une.

L’été s’étira, rempli de sortie entre fille, de repas en petit comité et de rien de neuf en fait. J’arrivais presque, à occulter les révélations.

C’est l’arrivée de l’automne qui provoqua chez moi une réaction, mais pas celle que tout le monde attendait. Plus la date de la fête de la ville approchait, plus je montais sur les nerfs ne supportant plus rien. Je refusais toute sortie et passais mes soirées enfermées dans ma chambre. Je revivais mon agression presque chaque nuit, provoquant l’arrivée en mode ouragan d’un papa-vampire inquiet et consolant. Moi qui pensais avoir bien géré…

La date se rapprochant, Ada était venue m’assurer que rien ne m’arriverait, que je ne serais jamais seule, qu’elle ne me lâcherait pas de la journée, ni de la soirée et pour une fois Théa était silencieuse, elle devait toujours s’en vouloir.

Le jour dit, je ne fus effectivement pas une minute seule, Suzanne tint le stand de tarte avec moi, ce qui nous prit la journée. Ada passait régulièrement voir comment je me sentais et Théa avait installé son stand en face des tartes. J’étais sous haute surveillance. Néanmoins, je voyais David partout. Je me décidais à demander à Suzanne si elle savait où il était.

– Non, personne ne l’a vu partir de la ville. Vu ce qu’il t’a fait, personne n’a pris la peine d’aller le voir à la clinique.

Elle renifla méprisante et ne dit rien de plus. Plus tard dans la journée, je reposais la question à Ada.

– Il a été banni, je pensais que tu le savais, David avait passé outre les ordres de Judicaël, notre chef de clan. On ne pardonne pas la désobéissance.

– Les ordres ?

– Tu as la protection de Suzanne, elle t’adore et ce que Suzanne veut…

Et, hop, encore un garde du corps, mais combien en avais-je ? Je soupirais, le savoir banni et hors de la ville ne calma pas vraiment mon angoisse. La ville accueillait plein de touristes en cette période, il pouvait se glisser parmi eux. Mais au moins, il ne se montrerait pas devant Ada. Plus l’heure du feu d’artifice approchait, plus je paniquais.

Théa avait tenu à s’installer sur le même banc, pour exorciser, avait-elle dit. Ça ne marchait pas. Franchement, je n’arrivais ni à me détendre, ni à profiter des feux. Je me dandinais sans cesse sur le banc, c’est là qu’elle murmura à mon oreille.

– Je t’assure qu’il ne reviendra plus.

Sa voix était sèche et assurée. D’un coup deux fils dans mon cerveau se connectèrent et je la fixais.

– Quoi ? Il s’en était pris à toi et je n’avais tué personne depuis un moment alors lui…

Elle haussa les épaules et se remit à manger sa glace. Ben oui quoi, semblait-elle dire, je suis ce que je suis et lui ne méritait rien de mieux, que du normal. Je ne sais pas comment expliquer ce que j’ai ressenti. C’était un mélange de soulagement et d’ahurissement, un peu de peur aussi de la voir si calme. Elle avait tué un méchant qui selon elle le méritait amplement et puis ça lui avait fait du bien de se lâcher un peu. On allait pas en faire une maladie. Si un peu quand même, un peu beaucoup même. Non ?

– Tu l’as eu avant nous, s’étonna Ada. Tu as été rapide !

Ha ben non, Stop une minute hein ? Quoi ?

– Je ne voulais pas vous le laisser, s’excusa Théa.

Ben voyons, tout est normal !

– Je te comprends, répondit Ada.

Ben pas moi, je les écoutais l’air complètement effaré et j’assimilais que mes amies ne col­laient pas vraiment avec l’image que j’avais eu d’elles. Normal, tout est normal… Mouais non, rien n’est normal. Je me pinçais l’arête du nez.

– Allez, ne prend pas les choses comme ça. Au moins tu es tranquille, il ne reviendra pas.

– Et personne n’osera plus t’approcher, ricana Ada.

– Comment ça plus personne n’osera m’approcher ? Couinais-je.

Ada désigna la petite rousse qui regardait sa glace comme si elle était l’objet le plus important au monde.

– Disons que notre amie a sa petite réputation, mais elle ne s’était jamais prise à un loup, on est plutôt coriace.

– Et ? Demandais-je effarée.

– Et quand sa réaction, on dira ça comme ça, sera su même les loups éviteront de se la mettre à dos.

Je fixais incrédule la petite rousse qui se la jouait timide sauf que dans ses yeux luisait une lueur de fierté non dissimulée. Rappelle-toi Sophie, tout est normal.

– Elle ne risque pas d’ennui ?

– Notre justice est un peu plus expéditive que la vôtre, expliqua Ada en haussant les épaules.

– Oui, juste un peu plus.

– Ce que tu dois comprendre, reprit Ada, c’est que nous ne sommes pas de gentils nounours. Nos règles sont strictes et la mort fait partie de notre nature.

– Si nous vivons plus ou moins en paix, c’est parce que nous ne laissons rien passer. Continua Théa, nos guerres ne sont pas si lointaines.

– Donc si je résume, David a désobéi à un ordre de son chef de clan et méritait la mort pour ça ?

– Oh non, fit Théa. Il méritait la mort parce qu’il s’en était pris à toi et que j’avais été clair, tu es mon amie.

Je fermais les yeux un instant. Elle disait ça si calmement.

– Il avait été banni pour avoir désobéi ce qui a permis à Théa de te faire justice sans crainte de re­présailles des loups.

Ben voyons, soyons clair, on ne tue pas n’importe comment ! Au secours !

– Et s’il n’avait pas été banni ?

– Je ne risquais rien, je sais faire disparaître les preuves.

Elle disait ça avec un mouvement négligeant de la main et un haussement d’épaule.

– Les règles des autres clans, je m’en fiche.

Et, c’était clairement ce qu’elle pensait, pas le moindre remords, pas la moindre émotion. Il le méri­tait et que les autres soient ou pas d’accord, elle s’en moquait totalement. Ma petite voix me souffla que finalement, il valait mieux avoir une psychopathe comme amie et protectrice que de figurer à son tableau de chasse. Mouais, vu comme ça, en effet.

On ne parla plus jamais de David. Je pus constater que la nouvelle du jugement de Théa était connue par le discret, mais réel vide qui s’était fait autour de moi.

Nous évitions de parler de meurtre commis par l’une ou l’autre de mes amies. Parce que oui, je les considérais toujours comme mes amies et je ne me sentais pas mal à l’aise en leur présence, ce qui restait incroyable pour une partie de moi, enfin, tant qu’elles évitaient de parler de chasse, noyade ou autres habitudes de leurs clans. Là, j’avoue que mon côté petite humaine fragile ressortait. Elles se taisaient net dès que je me mettais à grimacer. Elles étaient adorables avec moi.

J’avoue que je supportais bien mieux leur protection que celle du truc à dent longue à la maison. Lui me rendait folle, si à chaque cauchemar il débarquait dans ma chambre pour me rassurer, il se montrait si distant le reste du temps que je n’arrivais plus trop à le cerner.

J’avais fini par demander à Théa ce qu’elle en pensait, elle tapota mon collier et me dit :

– Il tient beaucoup plus à toi qu’il ne veut l’admettre et tu es si jeune. Là-dessus, on se ressemble, lui et moi. L’idée de te survivre n’est pas des plus agréables. C’est pour cela qu’il se protège, moi, au contraire, j’ai décidé d’en profiter à fond.

Et elle me claqua deux bisous sur la joue. Franchement, je fus surprise qu’elle ne les pince pas. J’al­lais finir par me promener avec un biberon avec ces deux-là.

Noël me prouva qu’elle avait raison. J’avais refusé de me rendre chez Suzanne pour le passer tran­quillement à la maison avec Théa. Ada et son oncle avaient choisi de se joindre à nous et avaient embarqué monsieur Andersen. Après le repas, Théa alla déterrer Livius qui finit la soirée avec nous, gros effort de sa part, pour me faire plaisir avait-il grommelé. Mon petit monde se limitait à moins de dix personnes. C’était amplement suffisant ! Surtout quand on connaît les personnes.

Pour nouvel an par contre, je fus traînée par deux furies dans la ville voisine. Une nouvelle boîte avait ouvert et elles voulaient y passer la soirée. C’est en traînant les pieds que j’y allais, poussée par les deux folles. Alors que mes amies se déhanchaient, j’incrustais la forme de mes fesses sur un siège du bar.

La soirée al­lait être longue cependant elles ne me lâchaient pas des yeux et venaient régulièrement s’assurer que j’allais bien et n’avais besoin de rien. Partir n’étant pas une option, je noyais cette envie sans grande conviction dans les cocktails. À chaque fois qu’on m’approchait, hommes ou femmes, je voyais rap­pliquer en vitesse non pas une mais mes deux gardes du corps. Du coup je discutais avec le barman qui, intrigué par le comportement des deux dingues, m’avait posé des questions. Il compatissait, mais trouvait la situation hilarante, pas moi. La soirée n’en finissait pas. Je sais qu’elles n’avaient que de bonnes intentions, mais, franchement, si je n’avais pas autant bu, j’aurais piqué la voiture pour rentrer.

Aux douze coups de minuit mes joues furent mal menées par les deux cinglées et alors que mon voi­sin de bar se tournait vers moi pour m’embrasser comme tout le monde. le barman tendit la main pour l’en empêcher sans que je comprenne pourquoi. Son geste n’avait pas été assez rapide et l’homme qui m’avait à peine touché le bras, hurla et regarda sa main d’un air étonné. Elle était recouverte de cloques. Je restais figée en la regardant et j’hallucinais, les cloques guérissaient rapidement puis je levais les yeux vers l’homme qui semblait aussi perdu que moi et je constatais que ses canines étaient sorties. Mon voisin de bar était un vampire. Je ne pus pas réfléchir plus longtemps.

– Voilà qui est intéressant, dit une voix derrière moi. Il y a longtemps que je n’en avais pas vu.

Je me retournais surprise. En face de moi, se trouvait un homme d’une cinquantaine d’années, grand, mince, les cheveux aussi noirs que ceux de Livius et des yeux d’un bleu profond.

– Vous permettez que je regarde de plus près ?

Il montrait mon pendentif du doigt avant que je puisse répondre mes deux gardes du corps réappa­raissaient. Il leva les mains et sans se démonter dit :

– Allons, on se calme ! Geraldo Conti, se présenta-t-il, je suis le propriétaire, je suis bien intrigué par la présence d’une humaine accompagnée d’une louve et d’une ondine dans mon repaire. Si nous allions au calme ? Je suis dévoré de curiosité.

Il leur fit un clin d’œil et me fit signe de la main de le suivre. Là, j’avoue, je n’ai pas tout compris quand Ada siffla d’admiration et que Théa se mit à glousser. C’est qui lui ? Et entendre glousser Théa était, comment dire, tellement incongru que j’en restais sans voix. Je me levais un peu mal à l’aise et alors que mes deux amies me poussaient, je traînais des pieds en suivant le curieux qui nous mena dans une alcôve un peu à l’écart, commanda du champagne et resta un long moment à fixer mon collier.

– Alors comment une humaine a-t-elle pu finir dans un bar ouvert pour les autres espèces ?

J’indi­quais du doigt les deux nanas qui m’accompagnait.

– Je vois et avec de telles accompagnatrices, vous ne risquiez pas grand-chose, encore plus avec ceci.

Il pointait un doigt vers le pendentif.

– Je suis heureux de savoir que Livius est sorti de sa quarantaine. Comment va ce vieil emmer­deur ?

Ses yeux avaient quitté le hibou pour se planter dans les miens et milles questions semblaient y tourner.

– Égal à lui-même, répondit à ma place Théa. Rigide, têtu et associable.

Il se tourna vers elle, mais pointa un doigt sur moi.

– Et comment expliques-tu ceci ?

Elle haussa les épaules.

– Disons qu’avec Sophie les choses ne s’expliquent pas vraiment.

– C’est peu dire, compléta Ada.

Un long moment passa, lui réfléchissait à ce qui venait d’être dit. Ada et Théa sirotaient tranquille­ment leur champagne et moi, comme d’habitude, je nageais. Rien de neuf, je le reconnais. Un jour, j’arriverai peut-être à ne pas me sentir complètement larguée. Bha non, je n’y croyais même pas.

– Ce qui m’étonne le plus après le collier, c’est votre comportement à toutes les deux. Mon bar­man m’a signalé que vous étiez arrivées toutes trois ensembles et que vous deux, ne lâchiez pas des yeux cette demoiselle.

– C’est une amie, firent-elles en cœur.

Là, je dois dire que sa tête faillit me faire éclater de rire. Pour une fois, je n’étais pas la seule complè­tement larguée.

– Comme je te l’ai déjà dit, avec Sophie les choses ne s’expliquent pas vraiment.

Le sourire de Théa était moqueur et se tournant vers moi elle compléta.

– Mais on aime ça, c’est différent.

Mouais était-ce moi qui étais différente ou elles ? La question se posait non ? En tout cas pour moi, elles l’étaient. Ils étaient tous étranges et différents et les deux rayons laser qui sortaient des yeux de notre hôte et qui me passaient au crible pour comprendre, me le prouvait.

Je voyais bien qu’il n’arrivait pas à comprendre ce que j’avais de spécial, comme moi non plus, je ne voyais pas, je me contentais de siroter doucement, très doucement mon verre. Ces longues pauses si­lencieuses ne semblaient pas déranger mes amies, pour moi, c’était un supplice tant j’étais fixée.

Il fit claquer sa langue et finit par rompre ce silence.

– D’accord, je ne comprends pas, mais d’accord, elle ne peut être qu’unique pour avoir de tels protecteurs. Il faut m’en dire plus Théa, j’y tiens.

Théa fit un oui de la tête et en haussant les épaules lui répondit :

– Si je comprends, je t’expliquerais. Pour le moment fait comme tout le monde, prends les choses comme elles viennent.

Ok, je n’étais pas la seule à ne rien comprendre et si elle venait de le dire calmement, lui semblait avoir pris la foudre sur la tête. Je levais mon verre et dit :

– Bienvenue au club de ceux qui ne comprennent rien, contente de ne pas être la seule.

Là, j’eus trois regards sur moi, je haussais les épaules.

– Ben quoi ? Ça fait un moment que je ne cherche plus à comprendre. Moi, je nage depuis mon arrivée ici.

Ada me sourit.

– C’est vrai, mais pour nous, c’est une première alors que…

Elle se tut net.

– Alors que pour la petite humaine que je suis, c’est normal d’être larguée. Complétais-je amer.

Et hop, re long silence, c’est cool, on avançait bien, c’était constructif. Non, je ne suis pas sarcas­tique ! Ma petite voix, elle, oui. Elle se bidonnait de voir à quel point j’intriguais et se réjouis­sait que je mette un peu de bordel. Une sale bête cette petite voix.

Je fus prise d’un bâillement phénoménal, trop calme pour moi cette fin de soirée, et j’avais encore trop bu. Je pensais que la discussion à peine entamée allait reprendre, mais le type là, le Geraldo me sourit en me tendant une carte.

– Vous êtes fatiguée, il est temps de rentrer. Donnez ça à Livius et dites-lui que je passerais le voir. Où puis-je le joindre ?

Alors là, bonne question, je grimaçais mon ignorance, regarda mes amies qui semblaient aussi igno­rantes que moi et finit par lui dire d’attendre l’appel de l’asocial. Ada se levait déjà comme si elle n’avait attendu que le droit de me ramener. Théa faisait de même quand il me dit.

– Dites-lui bien que je suis heureux pour lui.

Mouais, heureux, pourquoi ? Allez encore une question dont je n’aurais pas de réponse. Je tentais d’en obtenir durant le trajet de retour, mais la seule réponse que je reçus de Théa fut de le lui demander directement.

Mes gardes du corps me posèrent à 10 cm de ma porte et attendirent que je sois dedans avant de repartir. La raison ? Il n’y avait pas de lumière à notre arrivée mon papa-vampire devait être absent. Ne vou­lant pas oublier de lui transmettre ce message énigmatique, je collais la carte sur le tableau noir et laissais un mot. Contente de moi, j’allais cu­ver mes cocktails au fond de mon lit. Hum, bonheur !

Chapitre 14

Bonheur qui ne dura qu’un instant quand un orage entra dans ma chambre. Je m’envolais du lit, ti­rée de là, d’une main ferme par un vampire en rogne qui me criait dessus. Oulà, ma pauvre tête, j’ouvris les yeux très doucement, regardais le pénible d’un regard flou et secouant la tête pour en chasser la brume, je demandais :

– quèquia ?

Il arrêta de hurler, bon point ! Il soupira et me traîna à la cuisine où il me fit un café. Oh, la bonne idée. Il restait debout, raide en face de moi et dardait ses yeux sur moi. Le café bu, je redemandais :

– Qu’est-ce qu’il y a ?

– Qu’est-ce que ça veut dire ?

Il me tendait la carte de l’autre là.

– J’ai pas noté ?

– Oui, mais je veux une explication.

– Je suis sortie avec Ada et Théa pour aller fêter nouvel an en boîte, un type s’est brûlé en me touchant et ce type est venu pour me parler.

J’avais débité le tout d’une voix monotone, pas vraiment certaine de ce qu’il voulait savoir.

– Que voulait le type qui s’est brûlé ?

– Me faire une bise pour nouvel an.

Ne pas faire de longue phrase, être précise pour pouvoir retourner mourir au fond de mon lit le plus vite possible.

– Et lui ? Demanda-t-il en me montrant la carte.

– Prendre de tes nouvelles et comprendre ce que je faisais avec elles.

– Avec qui ?

– Ben, avec qui ? Ada et Théa qui d’autre ?

Pour sortir avec quelqu’un d’autre, il faudrait déjà que ces deux-là me lâchent un peu ou soient mortes, personne n’oserait m’inviter tant qu’elles étaient aussi présentes.

– Qu’as-tu répondu ?

– Rien, c’est Théa et Ada qui ont parlé. Au fait, pourquoi l’autre type s’est brûlé ? Je n’ai pas eu de réponse.

– Il n’avait pas à te toucher. Elles ont dit quoi exactement ?

– Que j’étais bizarre.

En résumé, c’est bien ce qu’elles avaient dit, non ?

– Elles ont dit quoi ?

Il était furieux, enfin ce n’était plus la même colère. Il me fixait outré alors que celle qui aurait dû se vexer, c’était moi.

– Elles ont dit qu’avec moi les choses ne s’expliquaient pas. C’est comme ça qu’elles l’ont formu­lé.

Il s’assit en face de moi. Il était plus calme et opinait de la tête.

– C’est une bonne manière de le dire, c’est juste.

– Je sais que mon amitié avec une ondine est particulière, mais je ne vois pas en quoi les autres sont concernés, pas par mon amitié, mais en quoi je suis différente pour les autres. Soupirais-je.

Il se mit à me caresser la joue, sans rien répondre, encore. Il posa la carte sur la table.

– Et lui, il a dit quoi ?

– Il m’a dit de te dire qu’il passerait te voir et qu’il était heureux pour toi, mais il n’a pas dit pour­quoi.

– Pourrais-tu l’appeler pour moi ?

– Pour lui dire quoi ?

– Pour me le passer au téléphone, je n’en ai pas, je te rappelle.

Voilà encore une bataille qu’il me faudrait mener, voiture, téléphone, ordinateur étaient pour lui des objets dont il ne voulait pas et que surtout il ne comprenait pas. De mon point de vue, le pratique de tout ça était bien plus important que son refus. Il allait apprendre à s’en servir, parole de Sophie.

– Maintenant ?

– C’est un des miens, il ne dort pas encore.

Oh surprise, je ne l’aurai jamais deviné. Prends-moi pour plus cruche que je ne le suis et tu verras combien tu vas me le payer. Je plissais les yeux, piquée au vif.

– Ne fais pas cette tête, je ne me moquais pas, appelle-le !

– Oui, chef, à vos ordres chef !

Il grogna, une sale gamine entre ses dents alors que je composais le numéro. Je n’attendis pas que l’autre réponde, je lui filais l’appareil en mode haut-parleur dans les mains et lui dit :

– Je vous laisse entre adulte et la sale gamine va se coucher.

Je le plantais là pour retourner tout oublier au fond de mon lit pendant environ dix minutes. Il avait appuyé sur il ne savait pas quoi et avait coupé le micro. Vingt minutes plus tard, il coupa l’appelle sans le vouloir et ne savait pas comment rappeler. Au troisième réveil, je le haïssais et j’avais la preuve qu’il était urgent de lui acheter un téléphone. Je dormais le nez à moitié dans une tasse de café quand, enfin, la conversation se termina. Pour ma défense, il était six heures du matin, j’avais une nuit blanche der­rière moi, je n’avais rien compris de ce qu’ils disaient et aucun café au monde aurait pu lutter contre ma fatigue.

C’est une main toute douce qui se posant sur ma joue me réveilla. Je râlais un laisse-moi dormir, puis je fus transportée dans mon lit où un baiser sur le front plus tard, je me retrouvais seule et où je ne dormis plus, normal. Ma petite voix passait en revue la soirée et la nuit, elle voulait absolument me montrer qu’il s’était passé quelque chose d’important. Heureusement, la dose de cocktail et de champagne avalé eu raison d’elle. Je pouvais enfin dormir et ne penser à rien, puisque de toute manière, je n’aurais aucune réponse à mes questionnements.

Les fêtes disparurent dans le lointain et au cours du mois de février, les repas entre filles reprirent,. Francis et monsieur Andersen s’étaient tout naturellement invités, nous avions déplacés nos repas, du mercredi midi au mardi soir ce qui nous permettait de profiter de plus de temps. Livius faisait des apparitions, mais ne comprenait pas ce rituel.

Au cours du printemps, Suzanne et Judicaël vinrent par moments grossirent les rangs. Mona, vous vous souvenez ? Mais, si, la patronne de l’hôtel, invitée par Théa fini par s’incruster. Non, c’est pas gentil, elle est adorable, elle avait trouvé l’ambiance tellement sympa qu’elle nous rejoint avec plaisir. Les soirées du mardi soir, choisi je l’avoue pour mon amour d’Agatha Christie, cherchez, vous comprendrez, étaient pleines de rires. Je savais que j’étais de loin la plus jeune et que mes invi­tés étaient tous, différents, dirons-nous, mais l’ambiance générale était à la plaisanterie. Nous riions beaucoup, mangions trop et sous le contrôle de tout le monde, je buvais peu, sans commentaire.

Alors que j’écoutais Francis se plaindre de sa tante, on frappa à la porte et j’y découvris Monsieur Geraldo Conti, Conti pour les amis, m’avait-il, précisé. Invité par Livius à passer, mais pas prévenu de l’assemblée disparate qui traînait par là le mardi. Je l’entendis murmurer alors qu’il saluait mes invités.

– Ondine, loups, sorcier, fée et humaine, rassemblés au même endroit et passant la soirée en­semble.

– Et vampire, faut pas l’oublier, un ici, fis-je en le désignant, un là-bas, fis-je en montrant Livius qui pointait son nez.

– Et vampire opina-t-il, un sacré mélange que vous avez là.

– Mes amis, lui affirmais-je.

– Encore plus surprenant. M’avoua-t-il. Il faut vraiment que vous trouviez le temps de m’expli­quer comment tout cela est arrivé.

Oui, alors on allait vite être à court de mots puisque je n’en savais fichtrement rien. Sauvée de cet étrange intérêt par l’autre vampire, je poussais tout le monde au salon pour boire le café, jus de chaussette pour les six petites natures, vrai café pour deux d’entre nous et verre de sang pour les deux derniers. Je finissais doucement par m’y faire, du moins je n’avais plus de haut le cœur en le voyant boire et depuis que j’avais vu arriver des poches de sang étiquetées dans le deuxième frigo, je n’imaginais plus qu’il avait égorgé un pauvre écureuil ou avait prélevé sur un humain inconscient sa dose quotidienne, mais je préférais et de loin quand il le buvait dans un bol et que je ne voyais pas la couleur qui ne pouvait pas passer pour du vin rouge.

Judicaël mit la main sur un digestif, en propo­sa à tout le monde, sauf à moi, bien sûr, me prouvant que non, le comique à répétition n’est pas drôle, mais alors pas du tout, vous pouvez me croire. La soirée s’étirait et je voyais bien le regard de Conti passer des uns aux autres sans cesse, intrigué. C’est quand il ne restai plus que Théa qu’il posa la question qui lui brûlait les lèvres.

– Mais comment est-il possible que tous ces clans se supportent ?

– L’effet Sophie ! Annonça en riant Théa, je l’avais dit, c’est inexplicable, mais c’est comme ça.

– C’est quoi le problème des clans ? Lançais-je.

– J’ai rarement autant de clans représentés au même endroit pour juste passer du bon temps. La dernière fois que j’avais vu une fée tolérer un sorcier remonte loin.

– Mona est présente chaque fois, elle adore nos soirées. Et j’aime beaucoup Mona

– Durant les guerres, les sorciers ont tué plus de fées que tout autre clan, une idiote rumeur qui fai­sait du sang de fées un puissant ingrédient pour les contres-sorts

Ok, stop on rembobine, il faut reconnaître qu’avec tout ce que j’avais à vous dire j’avais omis de vous parler de ce que pensent mes amis des représentations humaines de leurs espèces. Alors comment dire, je ne vais pas m’étaler sur ce que Théa pense de Paracelse pour elle, il avait de sérieux problèmes avec les femmes, probablement impuissant ou avec une ex dont il n’avait pas que de bons souvenirs et dont il s’était vengé, puisqu’il avait représenté son espèce en blonde fadasse passant le temps à se coif­fer et les fées en petites choses toutes fragiles, les sirènes belles mais avec une queue de poisson et enfin vous voyez ce que je veux dire. Je ne dirais pas non plus tous les adjectifs qu’elle utilisa pour décrire sa pensée, mais vous en avez une idée.

Pour les autres, les descriptions n’étaient pas non plus très juste, mais au moins un peu moins éloigné de la réalité. Quant aux loups, ils se fichaient de la repré­sentation qu’on pouvait faire d’eux, un loup reste un loup dans toutes les descriptions, des brutes épaisses soumis à la loi de la meute, pas totalement vrai, mais pas faux.

Revenons à ce qui m’intriguait à ce moment-là, il avait bien parlé de guerres ? Conti vu mon étonnement.

– Chère mademoiselle, je crois qu’il vous reste beaucoup à découvrir.

Puis se tournant vers Livius.

– Quant à toi mon ami, tu as bien plus à me raconter que tu ne me l’avais laissé croire, je suis mort de curiosité !

Que dire, j’étais ravie d’entendre quelqu’un d’autre que moi poser des questions et cerise sur le gâ­teau, Conti ne lâchera rien, j’en étais sûre. Je m’installais confortablement dans le canapé à côté de Théa et fixais papounet-vampire en attente de réponses, déjà prête à me délecter de la discussion à venir. Théa répondit avant Livius.

– On te l’a déjà dit, l’effet Sophie…

Mouais, Ok, ça ne voulait rien dire ça. Il se tourna vers elle.

– Développe !

– Je ne sais pas comment expliquer ni ce qui se passe réellement, mais juste que je n’ai pas envie de la tuer, que les loups ressentent le besoin de la protéger et que Mona l’a évité à son arrivée pour ne pas avoir à la charmer. Tu sais, les fées, elles nous protègent, mais Mona ne voulait pas que Sophie soit prise dans le charme, remarque même Andersen a refusé.

– Quoi ?

La question fusa au même instant de ma bouche et de celle des deux vampires.

– Oui, quand tu es arrivée, tu as logé à l’hôtel. Normalement, Mona aurait dû te charmer pour que tu ne restes pas ici. Tu voulais t’installer et c’est la procédure habituelle. Les nouveaux logent un temps à l’hôtel, Mona les charme et ceux qui sont humains ressentent le besoin de repartir et ne restent pas, mais le lendemain tu voulais toujours rester, donc Ada a pensé que tu devais être une sorcière, alors que non. Mona lui a avoué qu’elle n’avait pas pu se résoudre à te charmer, quelque chose l’en empêchait. L’effet Sophie !

Elle haussa les épaules comme si tout était dit.

– C’est pas normal, pas normal du tout, souffla papounet.

– Ça n’est jamais arrivé, compléta Conti.

– Et Andersen, demandais-je ?

– Oh lui, rien à voir, pouffa-t-elle, il a simplement dit qu’un peu de nouveauté était la bienvenue, mais je suis persuadée que c’était pour agacer les huit.

– Les huit ?

– Les chefs de clans, répondit Conti. Nous n’en avons pas parlé lors de nos dernières réunions !

Bon, donc ce type-là, était chef de clan, je notais. Je notais aussi qu’il y en avait sept autres.

– Normal, Mona n’avait pas envie de le dire et Andersen est son propre chef de clan, rigola Théa.

Conti grimaça et me fixa.

– J’aimerais vraiment savoir ce que vous êtes.

– Comment ça, ce que je suis ? Je suis une humaine tout ce qu’il y a de plus normal…

– Non, je ne pense pas que vous soyez si normal que ça, pas de sorcière dans votre lignée ? Des mages ? Ou d’autres non-humains ?

– Des curés et des nonnes, ça compte ? raillais-je.

Là, je dois dire que leurs têtes à tous les trois étaient fabuleuses.

– Famille catholique à fond, je l’ai déjà dit non ?

– Oui, souffla Livius, beaucoup de prêtres ?

– Pas mal, oui, et à chaque génération au moins une nonne. Ma tante Annette l’est et puis il y a un cousin de ma mère qui est moine, pourquoi ?

Ils grimacèrent les trois.

– On n’est pas vraiment copain, murmura Théa

J’éclatais de rire.

– Je ne suis pas croyante, tu te souviens, pour moi tout ça, ce sont des.

Je m’arrêtais net. Ok, j’allais dire des croyances imbéciles, mais si eux, vampires, ondines et tous les autres existaient alors se pouvait-il que ? Je secouais fermement la tête, non cette question-là, j’y avais répondu il y a des années, au grand dam de ma famille, d’ailleurs.

– Je ne suis pas croyante, reprenais-je. J’ai grandi entourée de la foi des membres de ma famille, mais petit à petit je me suis détachée de tout ça. Je trouvais étrange qu’un être que l’on dit par­fait, enfin bref, j’ai cessé de croire petit à petit et je m’en porte bien.

– Amusant, donc vous n’êtes pas une des nôtres. Reste que le comportement de vos amis est un peu étrange.

Je haussais les épaules.

– Pour moi, depuis mon arrivée tout est étrange, contente de voir que je ne suis pas la seule.

Il me bombarda de questions et râlait de mes non-réponses. Pour lui il y avait quelque chose chez moi qu’il se devait de découvrir. Je laissais faire en répondant au mieux. Théa et Livius se marraient en douce en l’écoutant s’énerver de ma si grande normalité. Humaine, j’étais, humaine, je restais. Au bout d’un moment, ne trouvant plus rien à me demander, il fixa Livius et dit :

– Je suis sûr que ton humaine cache quelque chose. Il n’y a rien qui puisse expliquer que tous la respectent et qu’elle soit si calme devant nous, regarde-la. Les humains sentent instinctivement que nous sommes des prédateurs et elle, elle fonce dans le tas sans problème.

– Elle n’a pas vraiment le sens de l’auto-préservation, fit Livius avec un clin d’œil dans ma direc­tion. Elle a plutôt tendance à se mettre dans la situation inverse.

– J’avais cru comprendre, venir dans la région, déjà, c’est risqué, mais dans cette ville et dans cette maison. Vouloir absolument y venir sans rien sentir même au bout de plusieurs mois, c’est évident que son radar à danger n’est pas des meilleurs.

– Quant à se baigner avec une ondine…

Les yeux de Livius se levèrent au plafond alors qu’il di­sait ça, ceux de Conti lui sortirent de la tête puis se fixèrent sur moi.

– C’est peut-être ça finalement, murmura Conti, sa confiance.

Il se frottait le menton et nous regardait tour à tour.

– Tu penses que c’est la confiance qu’elle a pour nous qui fait qu’elle ne risque rien ? Peut-être pour les autres, mais ça ne marche pas pour les miens. Nous jouons avec la confiance des humains, ça ne changerait rien.

Théa fron­çait les sourcils si fort en disant ça qu’on ne voyait presque plus ses yeux et avait l’air perdue dans ses souvenirs.

– Alors, je ne vois pas, conclus Conti.

Livius lui mit une énorme tape dans le dos en riant.

– Fais avec, comme nous ! Mesdemoiselles, il est temps d’aller dormir pour vous et de discuter pour nous.

Théa releva la tête surprise et marmonna un mais bien sûr vieux chnoque en le fixant d’un air mau­vais. Je me reteins de rire alors qu’elle se levait et filait en direction des chambres en lançant :

– Tout est une question d’état d’esprit vieux débris. Viens Sophie, laissons donc les vieux discuter ensemble, nous avons mieux à faire qu’écouter les souvenirs poussiéreux de ces deux vieillards décrépits.

Je la suivis en rigolant devant l’air outré de Conti. Oui, nous avions mieux à faire, j’avais un million de questions sur ce type à poser à Théa. Une fois enfermées dans ma chambre, je regardais Théa qui me fit un oui de la tête et commença à me raconter.

En résumé, Conti, vampire de son état, cadet de Livius, avait pris la tête du clan à la disparition de celui-ci. Il aimait le luxe, les femmes, bref, c’était un condensé de clichés à lui tout seul. Ils étaient amis de longue date, mais concurrant de presque aussi longtemps. Il avait été l’amant de Théa, une folie passagère, m’assura-t-elle, ce qui expliquait les gloussements de nouvel an. Il était l’un des der­niers vampires d’origine européenne, ce qui le plaçait d’office dans les plus vieux, jeune continent oblige, de Mésopotamie, il aimait à le préciser. Vieux, très vieux et fier de l’être. Mais, quel âge avait donc mon papounet-vampire ?

Conti était un tel ramassis de clichés qu’à force d’entendre les histoires que Théa avait sur lui, j’étais morte de rire. Il aurait pu sans souci prendre la place de Dracula dans un film. Je fis la remarque et fus prise d’une crise de fous-rires infernal quand Théa, levant un sourcil me souffla d’un air machiavélique :

– Et pourquoi penses-tu qu’il a choisi Conti comme nom de famille ? le Conti-Dracula…

J’en pleurais de rire et les mimiques de mon amie n’arrangeaient rien alors que je tentais de toutes mes forces de me calmer. Elle s’était drapée dans mon couvre-lit, avait sorti ses dents et battait de l’air comme une chauve-souris. Elle murmurait d’un ton lugubre.

– Ton sang, je veux ton sang, au moment où la porte s’ouvrit sur deux vampires incrédules et fâchés. Ou vexés ?

Ce fut trop pour moi, la crise de fou-rire me reprit, incontrôlable, j’en avais mal au ventre, aux joues, par­tout, mes larmes coulaient et j’étais pliée en deux. Impossible de me calmer, dès que je levais les yeux, je voyais les deux vieux tirer une tête de dix pieds de long et si je ne les regardais pas, je voyais l’air faussement navré de Théa.

Livius finit par secouer la tête et faire signe à Conti-Dracula de nous laisser. Théa vint alors me prendre dans ses bras en me frottant le dos puis une fois sûr qu’ils étaient repartis, elle me souffla :

– En plus, cette espèce a une haute opinion d’elle-même et pas le moindre humour. Tous de vieux cons.

Elle me fit un clin d’œil et me laissa seule pour reprendre mes esprits. C’est un bon moment plus tard que je me couchais, le sourire toujours aux lèvres. Je ne dormais tou­jours pas quand j’entendis ma porte s’ouvrit doucement. Livius était là et dans un murmure, me deman­dait si je dormais. Je fis non de la tête et il vint doucement s’asseoir sur le lit. Il me fixait avec un petit sourire et finit par me dire :

– Vous êtes deux pestes.

Je fis oui de la tête.

– Je ne sais pas ce qu’elle a pu te dire avant cette interprétation hasardeuse, mais je tenais à te prévenir que je n’ai pas pu refuser de reprendre la tête de mon clan. La hiérarchie chez les vam­pires est assez strict. Cependant, ça ne changera pas grand-chose, Conti va continuer de s’occu­per des affaires courantes et sa maison restera notre lieu de réunion, tu ne seras pas envahie. Propose à Théa et Adeline de s’installer ici, pour quelque temps du moins, je me sentirais plus tranquille ! La nouvelle de mon retour risque de provoquer des remous et te savoir seule la nuit, n’est pas pour me plaire.

– Théa vit déjà à moitié ici et Ada a du boulot. Fis-je en haussant les épaules.

– Oui, mais faire savoir que les loups ont un pied-à-terre ici, ainsi que la présence de ta Théa évi­teront bien des soucis. La réputation de Théa fait déjà bien son travail, mais le nombres de loups est un excellent argument pour calmer les plus téméraires. Se faire chasser par une personne ou plusieurs centaines change la donne.

Là, j’étais inquiète.

– Je risque quelques choses ?

Il prit ma joue dans sa main et du pouce me caressa la tempe.

– Si fragile, murmura-t-il, et pourtant…

Ouais, bon, il me passait de la pommade pour me faire avaler son histoire de clan. Solide moi ? À d’autres, je soupirais.

– C’est la merde à ce point-là ?

– Pas vraiment, c’est juste que je ne fais pas confiance à certains membres de mon clan, j’ai ap­pris à me méfier et mon retour n’arrange pas tout le monde. Je préfère être prudent.

– Je demanderai à Ada, je ne vois pas pourquoi elle dirait non.

Le silence se fit, il promenait toujours son pouce sur ma tempe, mais son regard était figé sur le hibou qui pendait autour de mon cou. Il finit par le prendre dans ses doigts et joua avec un moment.

– Si tu ne me l’avais pas offert, personne ne saurait que tu es revenu, soufflais-je

Il eut un sourire triste.

– Si je ne te l’avais pas offert, j’aurais déjà dû tuer la moitié des vampires de la ville.

J’ouvris les yeux comme des soucoupes.

– Hein ?

Il se pencha vers moi, posa un bref instant ses lèvres sur mon cou puis se relevant il dit :

– Les vampires aiment le sang neuf, tu es nouvelle et ton sang a une odeur particulièrement agréable, comme une étiquette qui dit “produit fermier, bio, élevage de qualité”. Les jeunes vam­pires arrivent à peine à résister à ce genre de publicité. A vrai dire, même moi parfois.

Il eut un petit rire et disparut.

Ben voyons, me voilà reléguée à poulet fermier, sympa, merci ! Sauf que l’idée d’être tentante ne me convenait pas, mais alors pas du tout, impossible de dormir après une telle révélation, en soupi­rant, je me glissais vers la chambre de Théa, frappais un petit coup et entrouvris la porte.

– Théa, je peux dormir avec toi ?

– Qu’est-ce qui t’arrive ?

Je lui expliquais en deux mots, elle se bidonna en me lançant :

– Pas trop tôt, tu ne te rends pas compte le nombre de fois où on est intervenu avec Ada.

Elle tapota son lit pour m’y inviter. Je m’y glissais en lui disant merci, merci pour m’avoir protégée, merci de me laisser être l’an­douille que je suis et merci pour m’avoir fait un peu de place dans son lit.

– Allez ne te prends pas la tête, avec nous, tu ne risques rien et puis un vampire, c’est facile à éliminer et l’avantage, c’est qu’il n’y a pas de cadavre à dissimuler.

– Tu en as déjà tué à cause de moi ?

Là, je me sentais mal.

– J’aurais bien aimé, mais Ada a préféré leur faire comprendre ce qu’ils risquaient en te tournant autour. Il paraît que prévenir c’est courant, mais je trouve que ça prend trop de temps. En tuer quelques-uns pour l’exemple, c’est plus ma manière de faire, tu vois. Après quelques morts, plus besoin de signaler qu’il est dangereux de t’approcher.

C’était plus clair, mais pas vraiment à mon goût.

– Et puis continua-t-elle, après David, ils ont été nettement moins nombreux à te penser fragile et sans défense.

– Franchement, plus j’en apprends, plus je me sens fragile et sans défense. Vous avez dû me prendre pour une sacrée idiote. J’ai rien vu, rien compris. Et, sans toi et Ada…

Je frissonnais à l’idée de tout ce qui aurait pu m’arriver. Elle rigolait franchement à côté de moi, un rire clair et contagieux. Je me mis à rire aussi, un peu de ma stupidité, un peu de soulagement, beaucoup de reconnaissance envers mes amies.

– Tu n’as jamais été sans défense, Ada y a veillé. Elle ne te l’a jamais dit ? S’étonna-t-elle en voyant ma tête. Pourquoi penses-tu qu’elle t’ait présenté à Suzanne ? C’est la femme de son chef de clan, si elle t’aimait bien, Ada était convaincue qu’elle obligerait son mari à te protéger. Tu es sous la protection des loups presque de­puis ton arrivée. Il en rôde toutes les nuits autour de ta maison.

Où comment se sentir encore plus conne !

– Tu as quoi d’autre à m’avouer ?

– Je n’avoue rien, j’explique ! Donc Suzanne ayant apprécié ta nature, continua-t-elle en se fi­chant clairement de moi, les loups t’ont protégé de loin et Livius a rencontré Judicaël pour lui signaler que tu étais aussi sous sa protection. Judicaël n’a rien dit à Ada, mais il lui a interdit de tourner toutes les nuits autour de la maison. Tu la connais, elle aurait préféré ne plus travailler que de te laisser seule.

– Livius est passé voir Judicaël ?

– Oui, quelques jours après les travaux du toit. Je pense qu’il devait se dire que son odeur avait été repérée et qu’on se douterait qu’il y avait vampire sous roche. C’est à cause de cette protection que je ne te connaissais pas, grinça-t-elle d’un coup, énervée. On a tous pensé que tu étais la compagne humaine d’un loup, venue ici pour se cacher. La plupart des clans n’aiment pas la mixité alors personne n’a vraiment cherché à te connaître. Heureuse­ment que tu es passée à la boutique, on aurait loupé plein de choses.

– Tu m’as arnaquée alors que tu savais que j’habitais ici ?

– Pour moi, tu étais avec les loups. Elle haussa les épaules. Et, ils ne m’aiment pas trop.

– J’avais remarqué, dis-je en riant. La tête de Suzanne quand elle t’a vu, se passait de mots.

– Finalement je t’ai trouvée sympa et en me renseignant, j’ai appris que tu n’appartenais pas aux loups. J’ai été curieuse de comprendre pourquoi ils te protégeaient alors je suis venue te livrer. La suite, tu la connais.

Oui, la suite, je la connaissais, une improbable amitié avec une tueuse, un peu psychopathe et la protection absolue de sa part pour le reste de ma vie.

– C’est pas un peu vieux jeu, cette histoire d’appartenance ?

– Oui, mais quand on sait l’âge de certains d’entre nous, on comprend que l’évolution a eu de la peine à à passer par eux. Les anciennes traditions sont bien implantées. Ils restent bien ancrés dans leurs habitudes.

Ses yeux pétillaient de rires et en repensant aux deux vampires du coin, le fou-rire me reprit.

– Avec ces deux là, on a dû s’arrêter à l’âge des cavernes !

Et, l’un des deux n’avait-il pas sous-entendu qu’il avait parfois envie de me mordre, à vrai dire, lui aussi ? Mon rire cessa net et je chassais ce souvenir de ma tête, Théa ne le laisserait pas faire, j’en étais persuadée.

L’avantage de dormir auprès d’une tueuse qui vous protégera quoi qu’il arrive et contre tout, était que les cauchemars restaient à distance. Je mis un moment à me souvenir d’où j’étais et de pourquoi puis l’odeur de café frais me tira hors de la chambre de Théa.

Ada était à la cuisine, tentant d’expliquer comment faire de vraies crêpes à une Théa pas convaincue. Le spectacle était incroyable, si on prenait en compte la montagne de valises échouées près de la porte, montagne qui semblait dire, je m’installe pour des semaines et pas moins.

– C’est quoi tout ça ?

– Mes affaires pour quelques jours, on m’a prévenue que tu aurais besoin de ma présence pour un moment.

– Tu comptes vivre ici six mois ? Et, qui t’as prévenue ?

– Livius et non pas six mois, c’est juste de quoi tenir une semaine ou deux.

– Les loups abîment beaucoup leur vêtements, tu verras pourquoi un jour. Livius craignait que tu ne demandes pas à Ada de venir.

Voilà que pouvais-je répondre, merci de me traiter en gamine stupide et incapable, ce que j’étais à leurs yeux me semblait-il et je dois l’avouer un peu aux miens depuis quelques jours.

– Il est prêt le café ? Fut tout ce que je demandais.

Chapitre 15

La vie suivit son cours. La seule exception, pour laquelle je m’étais battue, a ma surveillance rapprochée, était de pouvoir prendre ma voiture toute seule. Il y avait une raison à ça, Ada avait toujours des déplacements et Théa était un vrai danger au volant. Non, je n’exagère pas ! Elle roulait comme elle vivait, à toute vitesse.

Les semaines passèrent sans que rien, du moins rien de mon point de vue, ne se passe. Nos soirées marathon de série passèrent de Fringe à Code Quantum, prêté par un ami de Francis, puis de Z Na­tion à Sanctuary.

Théa craquait invariablement pour le gentil de l’histoire, Ada pour le musclé et moi pour le torturé. Nos différences de goût nous entraînaient dans de longues discussions philoso­phiques, le tien est moche, le mien est mieux, très profonde comme réflexion, de vraies gamines. Puis vinrent les Sherlock ! Si Ada ne jurait que par l’interprétation de Robert Downey Jr., mon cœur craquait pour Benedict Cumberbatch et Théa, enfin le côté ultra féministe de Théa, avait trouvé en Jonny Lee Miller un Sherlock passable, mais en Lucy Liu, une Watson incroyable. Notre amitié faillit ne pas s’en remettre alors qu’avec Ada nous avions osé dire qu’un Watson devait avoir une moustache. Remarque à peine faite que la guerre éclata dans mon salon !

Les coussins volaient bas et les cris de sioux de Théa nous perçaient les tympans pendant qu’Ada et moi sautions de tous les côtés pour éviter les coussins. Trois furies en training se cour­sant en riant à travers la moitié de la maison furent stoppées net par l’intrusion d’un inconnu.

Il nous fixait d’un air ébahi, debout à l’entrée de la cuisine. En deux secondes, ma belle brune dispa­rut remplacée par un loup brun qui dépassait ma taille, les babines retroussées et le grognement qu’elle émettait vibraient jusque dans mon ventre. Quant à Théa, elle flottait à plusieurs centimètres du sol comme si un vent ne soufflait que pour elle et ses yeux émettaient une lueur de danger. Elle chantonnait, c’était un son bas et franchement désagréable. Je restais un long moment bloquée à les regarder. Je ne les avais jamais vues ainsi et la puissance qui émanait d’elles était palpable et me coupait presque le souffle. Elles étaient incroyables et je voyais en cet instant ce que je n’avais fait qu’entre apercevoir dans leurs paroles. Elles étaient dangereuses. Elles étaient puissantes et même si je n’avais pas vraiment de point de comparaison et que je ne me fiais qu’à ce que j’avais entendu, je les voyais presque invincibles et totalement flippantes.

L’intrus, un jeune homme blond, recula en mettant les mains devant lui et bredouilla qu’il venait voir son tribun.

– Votre quoi ?

Il ne m’entendit pas entre les grognements et cette horrible et flippante chanson.

– Ça suffit les filles, dit Livius d’une voix sèche.

Ada plantée devant moi, continuait à fixer l’inconnu toujours sous sa forme de loup. Théa remit pied à terre et me dit d’une voix plus grave que d’ordinaire :

– Tribun est le titre des chefs vampires, des vieux vampires.

– Merci.

Livius vient vers moi, passant à côté de la louve en lui disant de se calmer. Il me prit dans ses bras, posa un léger baiser sur mes lèvres et en se reculant dit :

– Je reviens vite ma chère, je vous laisse sous bonne garde. Et, se tournant vers l’homme qui était de plus en plus ébahi. Je vous avais dit de m’attendre dehors. Vous avez de la chance qu’elles soient de bonne humeur. La prochaine fois, elles n’attendront pas pour attaquer.

Ils nous plantèrent là. Je regardais Théa qui se gondolait en face de moi alors qu’Ada redevenait une belle brune à poil sans poils. Elle aussi trouvait la situation marrante, moi moins.

– Il s’est passé quoi là ?

– De la stratégie, gloussa Théa. Un coup de maître.

Bon, Ok, d’accord, on se foutait de moi et je ne comprenais rien au jeu de stratégie qui venait de me tomber dessus.

– Explique !

– Tu n’as vraiment pas compris ? En t’embrassant, il te désigne comme sa compagne à l’autre abruti qui va faire sa commère comme tout bon vampire et le dire à tout le monde. En l’ayant fait venir ici, il a fait en sorte que son pion nous voie en position d’attaque pour te défendre, et ainsi faire comprendre à tout le monde que tu n’es pas seule lorsqu’il est absent et qu’il faudrait être dingue pour s’attaquer à toi puisque tes gardes du corps sont assez connues pour être dissuasives. Il faudrait être fou pour s’attaquer à moi. Au fait Ada, je ne savais pas que tu étais une louve rouge, je pensais que ton espèce avait disparu.

– Il ne reste que mon oncle et moi, fit-elle les lèvres pincées.

– Au moins c’est encore plus dissuasif que les gris ou les noirs, s’il avait pu, il aurait fait dans son pantalon le pauvre pion.

Bon, petit récapitulatif m’a fait ma petite voix, papounet-vampire, inquiet de la nouvelle situation avait fait déménager Ada et Théa pour que tu ne sois jamais seule, De plus, il fait en sorte que son clan te prenne pour quelqu’un d’important à ses yeux et avec une protection rapprochée, Je voulais bien comprendre. Il avait paré à toutes les éventualités. Je n’aimais ni l’idée ni la façon. Le seul point agréable était la présence des deux cinglées. Au fait, elle avait dit quoi sur Ada ? Une louve rouge ?

– Ada, je sais que tu n’aimes pas trop qu’on se mêle de tes affaires, mais, une louve rouge est si différente des autres ?

Son regard se voila, elle soupira et alors que j’étais certaine qu’elle ne me répondrait pas, elle dit :

– Il existe quatre races de loup, les noirs sont les plus courants ici, ils sont originaires de ce conti­nent. Les gris sont les plus nombreux, Asie, Russie, Europe, leurs territoires sont très variés. Les blancs restent concentrés dans les pays nordiques. Les roux ou rouges sont eux originaire d’Afrique du Nord, mais ont été assimilé au gris. Il n’existe plus de lignée pure. Mon oncle et moi sommes déjà des métisses, mais nous avons gardé les caractéristiques des roux, les autres les ont perdus. Lors de la der­nière guerre, nos clans ont refusé de prendre part au conflit. Nous avons été massacrés en représailles.

Et, elle se tut.

– Elle date de quand cette dernière guerre ?

– De quand date la dernière des humains ?

Surprise, je répondis :

– Il y en a toujours une en cours.

Elle ferma les yeux, se frotta la nuque. J’attendais sans rien dire, mais elle ne semblait pas décidée à me répondre.

– Les loups aiment la guerre, enfin la grande majorité. Il y a sûrement des loups dans vos conflits en cours et certains ont dû les favoriser. Notre dernière guerre de clan date de votre der­nière guerre mondiale. Des accords ont été signés peu après, trop de perte, vos armes ont évolué plus vite que nous. Elles ont fait suffisamment de mort pour que nos clans décident de ne plus prendre parti dans les conflits humains.

Théa avait répondu d’un ton monocorde en regardant par terre. Ada regardait au-dehors et moi, je me sentais mal à l’aise, s’ensuivit une longue, longue discussion sur les faits de guerre, les clans, les amis perdus et les raisons d’une telle boucherie. Je n’écoutais pas, je les regardais tour à tour et je m’étonnais de les voir parler sans passion d’événements aussi terribles. En fait, pas sans passion, mais avec du recul et un respect tangible. C’est lorsque Ada dit qu’avoir été bannie était moins terrible que ce à quoi elle s’attendait, que je tiquais.

– Bannie ?

Le mot sorti comme un cri. Elles me regardèrent, soupirèrent et dire en chœur

– Oui, tu pensais qu’on était là pourquoi ?

Parce que le coin était sympa, la ville jolie, le calme de la nature apaisant, il y avait, de mon point de vue, une dizaine de bonnes raisons. Elles ont dû voir que je ne percutais pas, normal. Théa se mit à rire.

– Tu crois que tu es où ?

Dans le trou du cul du monde, faillis-je répondre, mais à leurs têtes, il y avait encore quelque chose que j’avais loupé. Je soupirais.

– Je n’en sais rien à première vue.

– La ville des bannis, joli petit coin dans les montagnes placé sous la surveillance de José, géant de son état, où ont été casé les indésirables de chaque clan.

– Les indésirables ?

– Les meilleurs soldats si tu préfères. Ceux que les autres clans ne voulaient pas voir circuler libre­ment, ceux dont on préférait ne pas se souvenir, ceux qui dans l’histoire ont tout perdu parce qu’ils ont fait ce qu’on attendait d’eux. Ceux qui furent sacrifiés dans les jeux politiques pour, soi-disant, promettre la paix. On s’est débarrassé de nous. On nous a écarté du reste du monde. On nous a volé nos vies. On nous a parqué dans cette région, zou, fini plus de problème.

La colère contenue dans ses paroles me fit l’effet d’un coup à l’estomac. Je les fixais, incrédule. Oh, je savais bien qu’elles n’étaient pas de gentilles petites dames, je l’avais bien compris, mais je n’avais jamais pensé aux raisons de leur présence ici. Avant même que je puisse en demander plus, Ada changea complètement de discussion.

– Je maintiens toujours que Robert Downey Jr. est le meilleur Sherlock Holmes !

– Peut-être, mais au moins Lucy Liu est badasse en Watson, faut prendre en compte les caractères secondaire et pas que le grand détective !

J’intervenais pour calmer la longue discussion qui pointait son nez.

– Je suis d’accord que mettre plus de femme dans l’histoire est sympa, mais si on se tient aux livres alors Elementary s’en éloigne beaucoup.

– Faut les mettre aux goûts du jour, c’est tout, s’obstina Théa.

– Alors dans ce cas-là, l’adaptation avec Benedict Cumberbatch est la meilleure. D’ailleurs la sé­rie garde le nom de Sherlock Holmes.

– Et les femmes dedans sont des cruches aussi ?

La féministe de la première heure en Théa fulminait. Une seule solution s’imposait.

– Ada file enfiler quelque chose, on va avoir une longue nuit devant nous.

Elles me regardèrent intriguer. Je filais à ma bibliothèque et en sorti un DVD de la première saison d’Elementary, un du Sherlock de la BBC et un avec Robert Downey Jr et leur montra.

– Reste plus qu’à tout regarder pour savoir si les femmes sont cruches et les Sherlock et Watson trop machos. Qui me suit ?

Elles ont filé comme le vent, Ada en direction de sa chambre enfiler une tenue décente, Théa en di­rection de la cuisine en hurlant qu’elle s’occupait du pop-corn, pendant que je remettais les coussins du canapé en place. Parce que oui, il est beaucoup plus important de décider quelle version est la meilleure que de parler du passé trouble de mes amies, pas vrai ?

Au retour de Livius nous dormions toutes trois affalées sur le canapé, gavée de pop-corn et toujours pas d’accord sur le meilleur Sherlock. Je ne le vis pas rentrer, je ne le vis pas secouer la tête en sou­riant, pas plus que je ne vis la personne qui le suivait et qui disparut dans la cave avec lui. Non, je ne vis rien, mais Ada, oui. Elle nous secoua doucement puis le doigt posé sur ses lèvres, elle nous fit signe de la suivre à l’étage. Là, sans un mot elle prit un papier et nota ce et qui elle avait vu. Théa blêmit puis rougit de rage et avant que nous ne comprenions ses intentions, elle fila à la cave. Elle en claqua la porte si fort que le bruit résonna. Ada me prit par le bras pour m’empêcher de la suivre. Elle me poussa doucement sur le lit, s’y assit et me dit

– C’est une histoire à régler entre elles, il n’aurait pas dû amener Katherina ici alors que Théa était présente. Du moins pas sans la prévenir d’abord. Ne nous en mêlons pas, ça risque de faire des étincelles. Il faut espérer qu’il avait de bonnes raisons de la faire venir.

– Qui est Katherina ?

– Une Baba Yaga, une sorcière russe, précisa-t-elle devant mon regard vide. Elle vit encore plus loin de la ville que mon oncle. Ce sont des solitaires. Elle est arrivée avec le clan de Judicaël. Elle n’est pas méchante, mais Théa et elle, se sont battues pour la possession d’une source et Katherina n’a pas vraiment été correct. Une vieille histoire, ne t’inquiète pas même si Théa est un peu rancu­nière, ça devrait aller.

Mais au bout de trente minutes, j’étais convaincue que ça n’irait pas. Les bruits qui nous prove­naient du sous-sol, donnaient l’impression que la maison allait s’écrouler. Je tenais encore cinq mi­nutes et contre l’avis d’Ada, je filais en direction de la cave. Ma sadique petite voix me murmurait, cool comme ça tu vas pouvoir, enfin, refaire cette fichue cave, mais mon amitié pour Théa me disait de foncer m’assurer qu’elle allait bien.

Livius se tenait sur le canapé, calme, tranquille, l’air pas inquiet du tout. Ada me suivait de près et finit par me stopper avant que je ne puisse descendre.

– Laisse-les faire, me dit-elle, ne t’en mêle pas, viens, on va attendre avec lui !

Elle me tenait fermement et me fit tomber dans le canapé. Je fulminais. Mais pourquoi aucun d’eux ne réagissait aux hurlements et autres bruits sourds qu’on entendait. Je tentais de me relever, Livius me bloqua.

– Laisse-les s’expliquer, elles font toujours pareil. Elles vont se calmer. J’aurais dû le prévoir, mais je ne pensais pas vous trouver encore au salon.

– Si tu m’avais prévenue, j’aurais fait en sorte que nous n’y soyons plus avant que tu ne rentres, c’était jouer avec le feu de les mettre sous le même toit.

Il soupira en grimaçant.

– Je pensais que depuis le temps…

– Es-tu certain de bien connaître Théa ?

Ils éclatèrent de rire. Tout était normal. Tout allait bien. Rien de grave ne pourrait arriver. Je remontais mes genoux contre mon torse et y enfuis ma tête. Ils allaient tous me rendre dingue. Ada me passa la main dans le dos pour me réconforter. Elle me souffla.

– Théa n’est pas une petite chose fragile et Katherina n’est pas assez idiote pour la provoquer plus que nécessaire. Elles vont finir par se calmer. Ne t’inquiète pas.

En effet, les cris se firent moins perçants. Les murs cessèrent de trembler puis ce fut le silence.

Théa sortit de la cave, le menton relevé et les yeux encore étincelants. Elle était fière. Une femme qui semblait terriblement âgée complètement détrempée et encore plus contrariée, la suivait.

– Tu vois, me dit Ada, elles en ont fini.

Oui, j’avais remarqué le niveau sonore était revenu à la normale sauf que Théa ressemblait à un chat qui vient d’avaler un bol de crème et que l’autre ressemblait à la crémière qui se l’était fait piquer et le soupir qui émanait du seul mâle de la pièce m’intriguait. Je me tournais vers lui, mais il ne me regardait pas, il avait les yeux fermés et la bouche pincée, l’air vraiment contrarié. Théa se jeta sur le canapé entre lui et moi, le poussant sans ménagement.

– Alors j’attends, dit-elle.

Je me tournais vers elle en fronçant les sourcils.

– Tu attends quoi ?

– Que le vieux chnoque ici présent s’excuse et que l’autre là, se comporte en être civilisé enfin au­tant que possible, il ne faut pas rêver.

– Je n’ai pas à m’excuser d’inviter qui je veux chez moi.

– C’est pas chez toi ! C’est chez Sophie et elle tolère de te laisser le sous-sol. Mais franchement, si elle décide de te virer, je serais ravie de l’aider. Sait-on jamais, tu pourrais avoir un souci durant la journée, les accidents, ça arrive.

Elle l’avait coupé net et fait sa tirade d’une voix forte. Ok, bon, voilà qui m’étonnait, je pensais que ces deux-là s’aimaient bien. Je me tournais pour regarder la cause de tout ce bordel qui ne regardait personne, mais fixait le mur comme si sa vie en dépendait. Je me tournais vers Théa et Livius, lui les lèvres pincées, la fixait droit dans les yeux et elle me tournait le dos pour le regarder bien en face. Je me tournais vers Ada qui me fit un clin d’œil en haussant les épaules. Le silence s’éternisait et je faillis mourir d’une crise cardiaque quand la voix de la vieille femme s’éleva.

– Bonsoir mademoiselle, fit-elle, je suis Katherina, monsieur Conti m’a demandé de venir parler avec votre a…, votre, avec Livius. Je crains que Conti ait omis de préciser plusieurs choses comme la présence de. Elle tendit la main en direction de Théa. Il semble qu’il n’avait pas trouvé important de prévenir Livius non plus.

Elle était toujours raide comme un piquet, ne me regardait pas un instant et fixait tellement le mur que j’étais tentée de me retourner pour voir s’il était taché ou je ne sais quoi.

– Elle est venue à la demande de Conti pour s’assurer que nous n’étions pas sous la coupe d’une sorcière assez puissante pour cacher sa nature, soupira le vampire à côté de moi.

– Quoi ?

Fut tout ce que je pus dire. Moi ? Une sorcière ? Je devais avoir l’air complètement abruti, car il ri­cana.

– Conti est du genre prudent et voir réunis au même endroit plusieurs clans lui a semblé tellement anormal qu’il a cherché toutes les explications possibles.

Je me tournais vers Katherina qui fixait toujours obstinément le mur. Je tentais d’attirer son atten­tion pour entendre sa version, mais elle m’ignorait.

– Elle a peur que tu la charmes si elle te regarde, grinça Théa, ça se dit puissant, mais c’est mort de peur devant la première humaine qui ne rentre pas dans le cadre. Elle a cherché partout des pentacles ou des marques de magie et comme elle n’a rien trouvé, elle s’est convaincue que tu agissais par l’esprit.

Je regardais Théa les yeux ronds et la bouche grande ouverte sur un oh qui ne voulait pas sortir.

Elle me rendit mon regard en haussant sourcils et épaules avec un sourire narquois. Je retrouvais ma voix.

– C’était ça votre dispute ?

– En partie, nous avions un vieux litige à régler d’abord puis, franchement, je n’allais pas la lou­per. Si Conti croit être le premier à s’être posé des questions sur toi, il se trompe. Je pense que la moitié des habitants ont fait des recherches pour comprendre. Tu penses que James t’a engagé sans contrôler ?

Non, je pensais qu’il avait juste besoin d’une vendeuse et que je faisais l’affaire à défaut de mieux. Je tombais de haut.

Vous dire mes sentiments à cet instant serait totalement impossible. J’oscillais entre fureur, décep­tion, honte et peur. Je me sentais mal en résumé et un peu conne, beaucoup conne. Et, vous savez quoi ? Un petit coup s’imposait. Je me levais, me dirigeais vers le bar, prenais une bouteille et, grosse amélioration, un verre. Je filais vers la cuisine pour ne plus voir les quatre personnes qui étaient chez moi. Je posais le verre et la bouteille sur la table, me rendis dans la réserve en sortis de la glace vanille et je me préparais un petit frappé Bayles-vanille. Ben quoi ? Pas de honte à se remonter le moral d’une manière ou d’une autre.

Mon verre en main, une paille dedans, je retournais au salon où personne n’avait bougé ni parlé. Je me posais entre mes amies, balançais mes pieds sur la table basse et allumais la télévision tout en si­rotant mon frappé.

TOUT EST NORMAL !

Je tombais après un zapping féroce sur le retour des tomates tueuses, parfait ! Je m’employais à ignorer totalement les autres personnes présentes dans la pièce. Non, je ne boudais pas. Non, je ne dé­lirais pas. J’en avais juste marre.

Il fallait être clair, il y avait quatre statues dans mon salon dont trois qui me fixaient d’un air ahuri, bon l’autre regardait toujours le mur, rien à y redire. Moi, je regardais mon film et je les ignorais. Je sentais bien qu’ils réfléchissaient à mon comportement et n’y comprenaient rien. M’en fiche, à eux de nager un peu.

C’est Ada qui rompit le silence.

– C’est qui l’acteur ? Sa tête me dit quelque chose.

– George Clooney.

– Il est vachement jeune là, siffla Théa.

Le silence revient, je restais concentrée sur le film.

– Et c’est tout ? Vous ne réagissez pas plus ?

C’était une voix grave qui venait de s’élever dans le salon, je sursautais et me tournais vers la vieille femme qui avait arrêté d’admirer le mur pour poser les yeux sur moi. Je la regardais distraitement sans m’attarder puis sans rien dire, je retournais mon attention sur le film.

Ils étaient quatre à me fixer, je sentais leurs regards sur moi. Non, je ne dirais rien, je ne bougerai pas, je ne réagirai à rien. J’en avais marre. C’était tout simple, je voulais qu’on me fiche la paix. Pas envie d’être un pion dans le jeu politique de l’un ou un objet à surveiller pour d’autres, pas plus envie d’être une petite chose à protéger pour mes amies. J’étais en train de me poser, réellement, la ques­tion d’un retour en Europe, un retour à la normale et l’envie en ce moment était très forte. Je fixais l’écran en mâchouillant ma paille. Pour dire vrai, je cogitais comme une malade sur les événements et les révélations de ces derniers mois, me demandant combien il y en aura encore. Je pris une dé­cision, enfin, ma petite voix m’en a soufflé une. Le livre d’Andersen, et si je le lisais enfin, lui qui dor­mait sur ma table de nuit. Je me levais, posais mon verre à la cuisine et sans regarder personne, je fi­lais dans ma chambre saisir l’objet et quelques affaires de rechange. J’avais besoin d’un autre environnement et je trouvais la petite chambre à l’hôtel de plus en plus intéressante. Je redescendais presque en courant les escaliers et je chopais mon sac et mes clefs de voiture avant de lancer aux quatre ahuris dans mon salon.

– Amusez-vous bien, j’ai besoin de calme !

Et je les plantais là.

Chapitre 16

Je n’arrivais pas à l’hôtel. À peine sorti, je tombais sur une voiture qui venait de s’arrêter. Le conducteur ne m’était pas inconnu, monsieur Andersen me fixait intensément puis sembla comprendre la situation et ouvrit la portière côté passager.

– Monte ! J’ai l’impression que tu as besoin de calme et de réflexion et j’ai une chambre d’ami qui devrait faire l’affaire pour un moment de solitude. Si ça te dit. Je pensais arriver à temps pour éviter à Théa et Katherina de s’entre-tuer, mais la maison est toujours debout et je n’entends pas de cris, donc ça doit aller.

Je ne pris même pas la peine de réfléchir et je m’installais dans la voiture. Une fois arrivés chez lui, il m’amena dans une petite chambre mansardée au dernier étage de sa maison, au-dessus de la li­brairie et me demanda si j’avais besoin de quelque chose. Je lui fis non de la tête tout en regardant cette chambre dépouillée, un lit, une table, une chaise et rien, enfin si, une petite salle d’eau sur le côté. Il me fit un petit sourire, hocha de la tête et il me laissa seule.

Je restais là comme une conne puis m’allongeais sur le lit pour réfléchir, mais je m’endormis. Lorsque je me réveillais, le soleil était déjà haut dans le ciel, ne sachant pas trop quoi faire, je restais assise les yeux dans le vague et si un coup n’avait pas retentit contre la porte, je pense que je serais restée là, à regarder le vide pour le restant de ma vie.

Monsieur Andersen se tenait devant la porte un plateau dans les mains. Il me fit un petit sourire et dit :

– Tu peux rester ici le temps nécessaire, je pense que personne n’a besoin de savoir où tu es.

Je l’interrompai.

– Je n’ai pas besoin d’un protecteur de plus, là j’en ai mon compte.

Il partit d’un éclat de rire franc et joyeux.

– Non, non, tu m’as mal compris. Je ne vais pas me transformer en protecteur ou te garder enfermée. Dis-toi que je comprends mieux que tu ne le penses ta position. Ils sont par­fois invivables avec leurs manières et ils oublient trop vite que leurs connaissances et leur âge, ne sont pas les nôtres.

– Pourtant, monsieur Andersen, vous n’êtes pas humain alors…

– Alors, je suis un mage et mon espérance de vie, bien que plus longue que celle d’un humain ne dépassera pas les deux cents ans, pas des millénaires comme Théa ou Livius, me sourit-il. Rien à voir !

Il me tendit le plateau rempli de mon petit déjeuner.

– Je sais que c’est beaucoup à avaler entre les mensonges, les non-dits et les oublis de tes amis. C’est dans leur nature et je trouve que tu prends les choses plutôt bien, tu restes étonnement calme. Un trait de caractère qui n’arrête pas de m’étonner. Profite de rester tranquille et de lire un peu ! Laisse-les s’inquiéter et se prendre la tête, c’est leur tour. Je pense que ça leur fera du bien d’être incapable de tout surveiller. Ils ont un peu trop pris l’habitude de te couver, ici ils ne te trouveront pas. Et, je m’appelle James.

Il me planta là sans un autre commentaire. Interloquée, je posais le plateau sur la petite table et me servit un café-jus de chaussette infecte, tout en repensant à ce qu’il venait de me dire en ne sachant pas trop quoi en faire. Je regardais un instant les œufs brouillés qui ne me disais rien et me recouchait pour me rendormir presque aussitôt.

Il me réveilla en rentrant, étonné de me trouver encore endormie. Je ne sais pas pourquoi, mais son air inquiet et attentif, l’expression de compréhension que je lisais dans ses yeux provoqua chez moi une réaction inattendue. Je me jetais dans ses bras et pleurais toutes les larmes de mon corps, il ne dit rien se contentant de me frotter le dos, tient ça devient une habitude pour les gens du coin. Après un temps infini, je me calmais, reniflais et levais les yeux vers l’individu qui ressemblait, de mon point de vue, le plus à un humain et lui soufflais.

– J’en ai marre de tout ça. Je veux rentrer chez moi.

– Allez, calme-toi, tu tiens bien le choc, mieux que tous ceux qui sont passés là avant toi. Tu prends les choses comme elles viennent sans tenter de caser cela dans une logique qui n’a rien à y faire et tu restes toi-même. C’est surprenant, mais c’est une bonne manière de faire. Cependant, je reconnais que tu as besoin d’une pause loin de tout ça et de calme pour réfléchir.

Il me fit me lever et du doigt m’indiqua le livre qui traînait sur le sol

– Tu devrais vraiment le lire. La maison est à toi, je dois m’absenter quelques jours. Prends le temps nécessaire ! Ma maison est protégée, la magie te cachera aux yeux de tous. Ils en ont besoin, perdre le contrôle n’est pas ce que tes amis apprécient le plus, fit-il en m’offrant en sourire démoniaque. Ils vont devenir fous et ce sera plus facile pour toi de prendre du recul sans être tout le temps en leur compagnie. Réfléchis, calme-toi, prends tout le temps dont tu as besoin ! Tu es ici chez toi.

Je devais avoir l’air d’une grosse andouille, les yeux et le nez rouges, les joues encore trempées de larmes et le regard vide. Cool, je me sentais vraiment bien. Si, si vraiment.

J’attrapais le livre et me jetais sur le lit. Je le regardais comme si c’était un crapaud visqueux ou un truc qui allait me sauter à la figure, à peine ouvert. Je le retournais dans tous les sens sans réussir à me décider.

En soupirant, je regardais les petits marques pages qui en dépassaient, portant le nom de toutes les personnes que je connaissais en ville. Toutes ! Elles y étaient toutes. Pas un humain n’était dans mes connaissances. Je tripotais le livre toujours hésitante et finit par l’ouvrir au marque-page qui portait le nom de Théa. Je pris une grande inspiration, soufflais fort et me mit à lire.

Ce que je trouvais le plus étonnant, n’était pas les détails sur les ondines qui finalement ne représentaient que deux chapitres et je savais par Théa que son clan était un des seuls vraiment dangereux. Mais ces pages donnaient les détails de la vie de Théa et que de la vie de Théa. Certes, pas tous les détails si son nom complet, La Théadora était bien écrit en majuscule, je ne trouvais pas son âge, ni les lieux de son enfance. Son histoire semblait ne commencer qu’avec la submersion de l’île de Santorin en moins mille-six-cent quelque chose, ce qui, si je calculais bien, lui donnait presque quatre mille ans.

Waw, je pouvais me sentir comme une gamine encore longtemps. Ce qui sous-entendait que Livius était encore plus vieux. Voilà, gamine j’étais, gamine je resterai, cool le petit aperçu de leur âge me faisait me sentir encore plus mal, minable aussi.

Je regardais la page indiquée comme celle d’Ada, même topo, le premier chapitre donnait les caractéristiques de la race et me permit d’apprendre que les métamorphes, loups et autres, vieillissaient vraiment moins vite que moi, puis uniquement celle d’Ada. De sa naissance, en 1980, donc, elle aussi, ne faisait pas son âge, au meurtre de sa famille et à sa vengeance total jusqu’à sa vie de ses dernières semaines alors que le livre était dans ma chambre.

Passant sur le comment, passant sur le pourquoi, je lus attentivement tous les détails sur mes amis soudain affamés d’en apprendre plus sur ce monde que dorénavant je côtoyais et dont les membres avaient oublié de préciser suffisamment de détails pour que je considère qu’ils m’avaient tous menti.

Au fur et à mesure de ma lecture, je me sentais de plus en plus fragile, jeune et je me sentais totalement idiote. Je ne comprenais toujours pas pourquoi, ils s’étaient liés à moi, mais pourquoi ils me protégeaient, devenait à chaque page plus compréhensible. Leur comportement avec moi s’expliquait et je leur en étais à chaque ligne plus reconnaissante.

Je restais cachée trois jours qui me firent le plus grand bien. J’avais étudié à fond les différentes personnes que j’avais rencontrées depuis mon arrivée ici. J’avais tenté de me donner toutes les chances de ne plus me mettre en danger ou à défaut de ne plus obliger mes amis à me défendre.

J’avais aussi, pris la décision de rester et de prendre une part active dans ma vie et ne plus laisser tout le monde décider pour moi. Si, j’y arriverai, je m’en étais auto-persuadée. On ne se moque pas ! C’est remplie de confiance en moi que je décidais de rentrer dans Ma maison, dans ma nouvelle vie, j’avais le menton haut et je me sentais prête à conquérir cette vie.

Enfin que j’avais décidé d’y rentrer parce qu’à peine trois minutes après avoir fermé la porte de chez monsieur Andersen, de chez James, qu’Ada flanquée de Suzanne, furieuses, échevelées et franchement remontées après moi, me tombèrent dessus en hurlant.

Pour faire clair, les seuls mots que je pus comprendre tournaient tous autour de t’es folle, inquiets, plus jamais et idiote. J’en ai fait un résumé, mais vous avez compris la teneur de la majestueuse en­gueulade que je me pris. Pendant qu’Ada s’époumonait en cœur avec Suzanne, une fusée rousse me sauta dessus en me serrant si fort que j’en eus le souffle coupé et trois côtes sûrement fêlées puis me relâcha pour unir sa voix à celle des deux autres.

Je laissais faire, franchement qu’auriez-vous fait à ma place ? Je laissais la tempête se calmer sans tenter de me justifier ni de réagir, une vieille habitude que j’avais prise lors des discours de ma mère. J’étais devenue maître dans le mouvement de tête qui ne voulait rien dire, mais qui pouvait faire croire que j’écoutais. Une fois le pire, pas passé, mais calmé, je pris ma petite voix et leur dis :

– J’avais besoin de calme et je n’étais pas perdue, mais juste chez monsieur Andersen, chez James et si j’ai bien compris dans le seul endroit en ville où vous ne pouviez pas me retrouver. Franchement, je ne suis pas stupide au point de me mettre en danger. J’ai bien compris qu’ici ce n’était pas le coin le plus sûr pour moi. J’en ai marre que vous me preniez pour une idiote finie, mais je peux comprendre que vous vous soyez inquiétées.

Silence, soupirs, yeux au ciel, les miens, la conversation avançait bien. Je lançai sûre de moi.

– Et puis c’était que trois jours et mon patron était au courant de mon absence puisque je squattais chez lui, rien de si terrible. Si vous ne vous calmez pas, je repars en vacances, loin de vous.

Franchement, je voulais bien reconnaître qu’elles avaient dû s’inquiéter, mais dans le coin que pouvait-il se passer en trois jours ?

– On était tous inquiets, ne pas te retrouver…On a imaginé le pire, dit Théa en fermant les yeux.

– J’ai quand même le droit de vivre sans être tout le temps collée à vous !

– Oui, bien sûr, grinça Ada. Mais pas sans, pas si, pas comme ça, au moins donne des nouvelles.

Je haussais les épaules.

– Je suis venue dans cette ville chercher le calme, on ne peut pas dire que c’est ce que j’ai trouvé. Alors un peu de temps pour souffler ne me semble pas être trop demandé.

Là, elles avaient toutes trois l’air gênées.

– Je sais ma petite, finit par dire Suzanne, je sais, ce n’est pas vraiment ce que tu pensais, mais ne crois-tu pas que c’est ce que tu recherchais ?

Mais, elle me prend pour qui elle ? Désolée, mais non, du calme, c’était trop demandé ? Je soupirais, une fois, deux fois et en prenant toujours de grandes inspirations, je les regardais tour à tour.

– Je vous aime toutes les trois. Vous êtes des amies géniales. Je n’en ai jamais eu comme vous. Mais arrêtez de me surprotéger. Qu’à mon arrivée, comme je ne savais rien, vous vous êtes oc­cupées de me rendre la vie facile, je vous en suis reconnaissante que je puisse vivre sans avoir à m’inquiéter des dangers qui pourraient me tomber dessus, avec de la population du coin, c’est fabuleux. Je sais bien que ce n’est qu’à vous que je le dois. Néanmoins, je pense que depuis quelques semaines, vous exagérez et franchement je me sens étouffer. Je n’ai plus dix ans et puis je voulais prendre le temps de…

Je sortis le livre de James de mon sac et le leur montrais, Suzanne pâlit, elle connaissait donc l’existence du livre et son contenu.

– Tu l’as lu ?

– Oui.

– Oh !

Elle ne dit plus rien, vraiment plus rien. Elle regardait par terre, mal à l’aise, mais Théa réagit différemment, un peu comme je l’avais imaginé en fait.

– Cool, alors tu sais, je me demandais quand tu te déciderais, depuis le temps que tu l’as et qu’as-tu pensé de mon histoire ?

Elle était sérieusement curieuse, pas inquiète pour deux sous. Ses yeux verts plantés dans les miens.

– T’en as bavé.

Voilà tout ce que je trouvais à dire à mon tour. Oui, mon amie aussi étrange que dangereuse, en avait bavé. Elle était la seule de son espèce à avoir été bannie, toutes les autres ondines avaient plus ou moins reçu le pardon et continuaient leur vie d’avant, pas elle. Elle avait payé pour les autres. Enfin, elle n’avait pas rien fait, loin de là, elle était si j’en croyais les écrits, la tueuse la plus proli­fique de son espèce. Cependant, lors du traité de paix, elle seule fut sacrifiée en signe de bonne vo­lonté de son clan et se retrouver ici, loin des siens, comme une pestiférée, n’avait pas amélioré son caractère. A son arrivée en ville plusieurs disparitions lui étaient imputées et quelques bagarres plu­tôt sanglantes, mais elle semblait s’être calmée au fil des années et se tenir presque à carreau depuis mon arrivée.

Les autres clans avaient banni plusieurs des leurs comme Suzanne et Judicaël et les cinquante membres de leur meute qui ont été rejoints par quelque centaine d’autres loups au fil des négocia­tions. Donc, personne ici n’est tout blanc ni tout doux. Je m’étais interrogée sur la paix qui régnait malgré tout en ville et je ne voyais pas comment de tels soldats avaient pu se ranger sans souci. Finalement ce n’était pas mon problème. Non, mon problème était plutôt de leur tendance ultra protectrice avec moi. Attention ! Je ne niais absolument pas que j’avais toujours besoin de protection. J’avais déjà bien compris qu’ici je n’étais rien, mais depuis nouvel-an, c’était l’escalade. C’était parti de la petite humaine innocente et soyons honnête, stupide à la petite humaine qui savait, mais que l’on de­vait couver et je n’appréciais pas.

– Pas tant que ça. La voix de Théa coupa mes réflexions. Plus de la solitude que du coin.

Sa voix était douce sans colère, juste des regrets puis elle redevint le feu follet dont j’avais l’habi­tude

– Maintenant qu’on t’a retrouvée, il va falloir discuter d’un léger problème dont je peux me char­ger si tu veux. Mais elles, elle fit un signe de tête vers les louves, ne sont pas vraiment d’accords

– Un problème ?

– Bien des choses se sont passées en trois jours ! Râla Ada.

– Et un nombre impressionnant de messages sont arrivés sur ton téléphone. Un certain Jacques a tenté de te joindre au moins une centaine de fois.

Ok, donc mon ex avait tenté de me joindre, mais était-ce le problème ?

– C’est lui le problème, pourquoi ?

– Il arrive en fin de semaine.

Je grimaçais et je posais la question la plus sensée qui me venait en tête.

– Et ça change quoi ? Il va loger à l’hôtel, donc Mona pourra…

– Le faire repartir, mais pas l’empêcher de te voir, finit Ada.

– Hé bien je le verrais, ça change quoi ? Je m’attendais à voir débarquer mes parents un jour. Vous ne les connaissez pas, mais ça va finir par arriver. Alors que ça commence par lui ou par eux, ce n’est pas la catastrophe. Vous pensiez me cacher ? Pourquoi ? C’est un humain, donc je peux parfaitement gérer. Ce n’est que mon ex pas un dragon qui débarque, autant y faire face et le faire repartir vite fait.

Je trouvais cela même mieux. Je ne ressentais plus rien pour lui depuis longtemps. Non, ce n’est pas vrai, je lui en veux toujours pour la gifle, mais pas au point de laisser Théa régler le problème. L’idée faillit me faire marrer.

– Et non, Théa, dis-je en la fixant, ce n’est pas parce que c’est mon ex que tu dois te croire obligée de le tuer. C’est un connard. Il a eu un geste qu’il n’aurait jamais dû avoir, mais qui ne mérite pas la peine de mort. Et puis vous devriez le remercier, je ne serais jamais arrivée ici sans ça.

Je ne le leur dis pas, mais j’en étais persuadée qu’il venait à la demande de mes parents pour me convaincre d’en finir avec ma crise d’adolescence tardive et revenir à la maison comme la bonne fifille que je de­vrais être selon eux. Il allait être déçu. J’imaginais sans peine les réactions des deux folles qui me servaient d’amie-garde du corps et tueuses à temps partiel, s’il se montrait trop têtu ou qu’il tentait de m’intimider. Voilà, une chose qui avait changé, il ne me faisait plus peur.

– De toute façon, dit celle-ci, Suzanne et Ada ont réfléchi ensemble à une solution et elles pensent que ça te conviendra.

– Une solution à quoi ?

– Pour le faire partir rapidement, dit Suzanne, qu’il comprenne bien qu’il n’est pas le bienvenu, mais nous en parlerons une fois rentrées. Livius vire dingue.

Je fus poussée jusqu’à la voiture d’Ada et je ne reçus aucune réponse à mes questions sur l’humeur de Livius. Je me calais dans mon siège en fronçant les sourcils. Qu’allait-il encore m’arriver ? Que me réserverait ma mini-fugue avec le vampire-colocataire ? Qu’avaient-elles encore inventé ? Pourrais-je, un jour, retrouver le calme que je désirais ?

Le trajet du retour se fit en silence, moi derrière, le front appuyé contre la vitre, Suzanne raide comme la justice sur le siège passager avant, Ada lèvres serrées au volant, Théa nous suivant dans sa voi­ture. On aurait juré que nous nous rendions à l’enterrement d’un ami proche, mais non, nous ren­trions chez moi dans la joie et la bonne humeur.

Mes bonnes résolutions semblaient disparaître avec la distance qui se réduisait entre la ville et mon chez-moi. J’avais la trouille qui remontait, le nœud dans mon estomac en était la preuve. J’avais occulté ce besoin maladif que Livius avait de me protéger et ce que j’avais lu sur lui me le présentait sous un jour plutôt particulier. Je comprenais le pourquoi de ce comportement de papa inquiet. Pourtant, j’avais du mal à associer les deux visions que j’avais de lui, celle du livre et celle du papa-vampire qui vivait avec moi.

Vieux, à ce point-là, je ne me l’étais jamais imaginer. Il était plus vieux que les pyramides et avait dû voir leurs constructions. Conti et lui étaient mésopotamiens. J’avais noté dans un coin de ma tête de contrôler dates et lieux, mais je n’avais pas pris le temps de le faire durant ma retraite. Ce qui m’avait frappé, c’est qu’il avait choisi de vivre ici. Il n’était pas parmi les bannis de son peuple. Pourtant, il avait préféré suivre sa compagne et son ami Conti et ce qui me mettait dans tous mes états et m’inquiétait, étaient les événements qui ont suivi, l’amenant à disparaître.

Sa compagne Carata, assassinée par un clan de vampire rivale, lors de son absence pour un conseil où sa présence, en tant que représentant des vampires du coin était obligatoire. À son retour, il avait retrouvé sa maison en feu et la tête décapitée de sa femme mis bien en vue sur le porche. Sa réaction fut, à mes yeux, terriblement violente. Non seulement, il tua les responsables, mais fit disparaître toutes les lignées ascendantes et descendantes des responsables, soit presque trois cents vampires tués dans cette course à la vengeance. Vengeance comprise et admise par les siens, mais qui avait fait de lui, l’un de vampire les plus meurtriers et l’avait fait entrer dans la légende.

Puis, il avait disparu.

Plus aucun écrit jusqu’à mon arrivée. Le livre n’avait donné aucune explication sur ce retour en « vie ». Juste que ça correspondait, plus ou moins, à mon installation dans la maison et ça me foutait la trouille, parce que le livre n’avait pas levé le voile sur grand-chose pouvant expliquer cette relation étrange qu’il y avait entre nous.

Je me traitais d’idiote, il ne fallait pas que je me laisse aller à paniquer. Je devais me tenir à mes dé­cisions et ne plus subir sans réagir et d’être une idiote d’humaine, certes, mais pas une marionnette, même si pour mes amis les raisons de me protéger semblaient plus que valable et pour moi aussi, si je me montrais honnête.

C’était d’un pas décidé que je poussais la porte et entrais avant de me figer et de faire demi-tour. Voi­là, j’étais une grande fille et je décidais de ne plus me laisser marcher dessus et je ne paniquais pas. Non, du tout, mais alors pas du tout, je ne paniquais pas ! Mais, que foutait tout ce monde chez moi ? C’est donc, avec convictions et fierté que je faisais demi-tour. Ada me chopa par un bras, Théa me poussa sur le ventre pour me faire reculer et Suzanne voyant que je résistais, m’attrapa par l’autre bras pour me faire rentrer. Voilà, c’était donc à moitié soulevée par les deux louves et maintenue par Théa que je rentrais chez moi, en marche arrière, sous le regard étonné des gens qui squattaient mon salon.

Je sentais bien combien on me respectait et combien on respectait mon libre arbitre. Bref, tout est normal. Je n’avais pas déjà dit ça ? Donc je redisais encore une fois tout est normal !

Posée presque de force sur le canapé, la mine boudeuse, je regardais les intrus qui squattaient ma maison, en face de moi se tenait Mona, Livius, Conti, Judicaël, Katherina et Bogdan, le boss d’Ada, et tous me regardaient de travers. Mes bonnes résolutions fondaient comme neige au soleil. Je me ratatinais dans le canapé, oui, je faisais à cet instant vraiment grande fille sûr d’elle et décidée à se faire respecter. On ne se moque pas de moi ! Je voudrais vous y voir. Ada s’assit à côté de moi avec le sourire de travers et Théa se jeta de l’autre côté en rebondissant et me faisant sursauter. Elles se mar­raient.

Bon, voilà, voilà…

– Elle était où ? demanda Mona.

– Chez moi, dit James en passant la porte avec un sourire allant d’une oreille à l’autre.

Tiens man­quait plus que lui. Ils se retournèrent tous et le fixèrent. Il leva les mains en signe de paix devant les regards assassins qui le fixaient.

– Elle avait besoin de s’éloigner un peu de vous, de nous. Vous la traitez comme une enfant. Elle l’est pour vous, mais pour une humaine, elle est adulte, plus une enfant depuis longtemps et elle est capable de prendre ses propres décisions si vous lui donniez toutes les données et pas seulement des bouts arrachés de-ci de-là. Vous avez de la chance qu’elle ait ce caractère. Accepter notre exis­tence, accepter nos secrets, accepter ce besoin de la surprotéger, nous accepter tel que nous sommes, sans demander plus. Il était normal de la laisser un peu souffler loin de nous, franchement vous auriez dû le faire avant et je lui ai fourni les informations nécessaires que vous n’avez pas eus envie de donner.

– Il lui a refilé son bouquin traqueur, se marrait Théa.

Là je dois dire que les têtes en face de moi se tendirent sérieusement, il y eut des grognements et des soupirs.

– Bien, reprit James, on ne va pas en faire une maladie, elle n’est plus une enfant, martela-t-il. Le savoir permet de mieux éviter les problèmes, au lieu de juste les gérer pour elle et de tout lui cacher.

Il avait l’air si calme et tranquille que je regardais plus attentivement autour de moi. Tous les autres semblaient contrariés et tendus. Ce que j’avais appris sur eux me permettait aujourd’hui de voir dans leurs expressions ce qu’ils étaient derrière le masque. Surtout, ça me permettait de me rendre compte que seule Théa assumait totalement et pourtant si quelqu’un avait à se reprocher quelque chose, c’était bien elle. Là, je dois admettre que l’avoir pour amie était une chance, le contraire aurait été une fin rapide pour moi. J’en frissonnais, mais la rouquine me fit un clin d’œil et souriait.

– Ils ont tous l’air super coincé, tu ne trouves pas ?

Je repensais à son imitation de Conti-dracula, me mordis les lèvres pour ne pas rire alors que tous ceux présents tiraient la tronche puis elle rajoutait.

– Et puis sont tous super vieux et super vieux jeu.

Je pouffais devant ses yeux qui pétillaient et craquait définitivement alors qu’elle concluait.

– Je suis plus vieille qu’eux, plus dangereuse et nettement plus dans le coup, moi.

Je me mis à rire franchement. Car oui, elle était plus jeune dans sa tête que moi et plus dangereuse que tous ceux présents. Je l’avais bien compris, mais surtout elle ne se prenait pas au sérieux dès que j’étais dans les parages comme pour me prouver qu’elle ne me voyait pas comme une enfant et que son amitié était des plus vraie. J’aimais ça. Calmée nette, par le regard tueur et furieux de papounet-vampire, je demandais entre mes dents :

– Il est vraiment furieux après moi ?

– Il s’est inquiété, tu vas te faire engueuler, mais ne l’écoute pas, c’est qu’un vieux ronchon.

Bonne description sauf qu’après ce que j’avais appris, je comprenais mieux son inquiétude et je me sentais mal à l’aise. Il ne me restait plus qu’à subir sans rien dire l’engueulade que j’allais me prendre.

– Ils font quoi tous là ?

Continuais-je sans oser regarder qui que ce soit.

– Nous nous sommes invitées à une réunion des huit. Je n’ai jamais réussi à m’y incruster.

– Tu n’y es pas ?

– Je suis sous l’autorité de Mona. Du moins, ils le croient.

Elle me grimaça un sourire et fit semblant d’être super attentive à ce qui se passait autour de nous.

– Je pense que la réunion devrait être reportée puisqu’il n’y a rien à débattre d’important et que la présence de plus que les huit, nuit à la réunion. Fît la voix grave de Katherina

Elle était raide comme une planche et avait repris son inspection du mur derrière moi. James le re­marqua et lui fit la remarque. Elle lui répondit d’un ton encore plus sec

– Elle n’est ni sorcière, ni elfe, ni fée, ni quoi que ce soit de connu. Je sais pourtant qu’elle n’est pas qu’humaine. Mais comme ce n’est pas le but de ce conseil, je ne vois pas pourquoi je devrais la supporter donc je vais m’en aller, si certains souhaitent rester qu’ils le fassent.

Elle fit une mimique qui disait qu’elle ne le voulait pas, c’était parfaitement clair. Elle se leva, fit un geste de tête en direction des autres et sortit suivie par Bogdan et Mona. Et hop, trois de moins en res­tait cinq, loup, sorcier, ondine et vampires, tiens au fait, ils faisaient quoi les deux sangsues debout en pleine journée ?

– Vous ne dormez pas ?

– Les avantages de l’âge, me répondit Conti dans un sourire.

Je le lui rendis, mais la mine sévère de Livius me fit me coller à Théa qui me souffla dans l’oreille.

– Pas de panique. Ada et moi on lui fait sa fête s’il t’attaque.

Ada assura doucement.

– Demande et on se le fait sans souci. J’ai besoin de calmer mon stress, c’est une bonne solution plutôt que de t’égorger.

Théa éclata de rire. Moi, je me sentais super mal à l’aise et cherchais dans le regard de la brunette si oui ou non, elle le pensait. Son regard glacial me fit mal au cœur, puis je vis un éclair qu’elle n’arri­vait pas à retenir, un éclair de moquerie planqué tout au fond, mais bien réel. Impulsivement, je l’embrassais sur la joue en lui demandant pardon de l’avoir inquiété. Elle me prit dans les bras et nous fûmes rejointes par Théa.

Là, si j’étais franche, je me sentais à la maison, en sécurité et heureuse de l’accolade de mes amies. J’étais simplement bien. J’étais à ma place. Ne me demandez par comment ces deux pestes avaient pris tant de place dans mon cœur. Pourtant, je me sentais plus proche d’elles que de mes sœurs et à ce moment précis, je comprenais que jamais je ne partirais d’ici parce que ici, c’est chez moi.

 

 

 

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Sunshine™

Contenu complet

Table des matières :

  1. Sunshine™
  2. Le concours
  3. L’espace Safrane

1 : Sunshine™

2083. District Épicuris, Néo-Paris. 6h du matin.

La sonnerie du réveil vous tire du lit. Vos paupières, encore engourdies de sommeil, se soulèvent peu à peu ; et votre premier réflexe est de jeter un coup d’œil à travers le vasistas de votre chambre.

Le ciel est gris, comme toujours.

Pourtant, cette nuit encore, vous le rêviez couleur azur, strié de quelques nuages d’un blanc immaculé…

Bah ! Toujours cette même vision de l’ancienne Terre, celle d’avant le Grand Trouble.

Des images rémanentes d’un passé que vous n’avez pas connu, mais qui semble pourtant gravé dans votre inconscient de manière indélébile.

À moins que ce ne soit cette supposée mémoire génétique qui s’exprime au travers de vos songes ? Peut-être ces quarante dernières années n’auront pas encore eu raison du souvenir collectif des 302 040 autres ?

Hélas, c’est bien tout ce qu’il avait fallu : moins d’un siècle de consumérisme effréné pour transformer la jadis planète bleue en désert de grisaille…

Voilà le monde dans lequel vous avez vu le « jour ».

Une terre stérile, où ne pousse plus que des arbres d’acier et de béton : forêts de buildings jointes en labyrinthiques mégalopoles, grouillantes de vos congénères humains ; les derniers êtres « vivants », condamnés à une existence morne et vide de sens, de tout but.

De tout but ?

Non.

Il demeure encore une chose, une seule, qui pousse les gens à vivre…

Vous pénétrez dans votre minuscule salon aux allures de cellule ; puis, tout en vous habillant sans conviction, vous allumez votre TV. Les informations internationales se terminent à peine, et à vrai dire, vous n’aviez aucune intention de les regarder.

Non. Vous attendez la suite…

Et vous n’êtes certainement pas le seul qui patiente ainsi, statique devant son poste.

L’écran devient blanc, marquant la transition entre le journal télévisé et le reste du programme.

Inconsciemment, vous faites le décompte : 3, 2, 1…

Soudain, un arc-en-ciel de couleurs étincelantes apparaît, sur fond d’une musique rythmée et entraînante. Votre visage se décrispe : voilà le moment que vous attendiez !

Enfin le fameux nom, qui depuis toujours trouve sa place au plus profond de votre cœur, vient s’incruster tel un message de félicité dans ce tableau coloré : « Sunshine»

Apparaissent alors à l’écran une vingtaine de jeunes filles, toutes plus jolies les unes que les autres, qui lancent à l’unisson un « Bonjour ! » chaleureux.

Transporté de bonheur, vous ne pouvez empêcher vos lèvres de leur murmurer une réponse ; mais qu’importe : seul dans votre appartement, vous êtes libre de vous enthousiasmer à loisir…

Toutes les demoiselles arborent des sourires radieux. Leurs uniformes, composés d’une belle robe à volants, d’un tablier, et d’un ruban noué autour du cou, affichent des couleurs aussi chatoyantes que l’univers onirique dans lequel elles évoluent.

Se promenant dans un monde pareil à celui dont vous avez rêvé toute la nuit durant, elles sont accompagnées par une voix douce, qui énonce le discours de la publicité.

Vous l’écoutez avec délice, bien que, pareil à un hymne, vous l’avez appris par cœur depuis fort longtemps

« Si vous ne supportez plus votre morne quotidien, venez aux confiseries Sunshine ! Venez redécouvrir le bonheur ! »

Le décor change, et montre dorénavant l’intérieur d’une somptueuse boutique.

Sur un espace immense, du sol au plafond, sur tous les murs, s’étalent quantités de douceurs et sucreries. Les charmantes jeunes filles, réunies sous une splendide verrière, au centre de cet édifice aux allures de palais, exécutent alors une révérence face à la caméra, et clament en chœur :

« Bienvenue aux confiseries Sunshine ! »

L‘une d’elles sort du rang, et vous la reconnaissez immédiatement : il s’agit de Vanille, la plus célèbre de toutes. Sur ses épaules tombe une cascade de boucles blondes, qui rivalisent d’éclat avec sa robe dorée. Même au travers de l’écran, sa beauté est telle que votre cœur commence à s’emballer. Vous laissez faire : c’est devenu si rare de ressentir cela…

« Venez dès à présent découvrir notre vaste gamme de chocolats et friandises. dit-elle de sa voix cristalline. Des saveurs les plus classiques aux plus innovantes, nos sucreries sauront à coup sûr vous surprendre, et vous régaler ! »

Vous soupirez tant vous aimeriez déjà vous trouver dans la boutique : dans ce paradis gourmand et enchanteur, en compagnie de ces superbes jeunes femmes, connues du monde entier sous le sigle « A.R.O.M.E.S™ » (Adorables Représentantes Originales des Mets Emblématiques de Sunshine).

Chacune d’elles est la personnification d’une saveur proposée par la firme : Cerise, aux lèvres d’un rouge acidulé ; Caramelle, belle brune langoureuse ; Amande, dont les yeux savent allumer la passion dans tous les cœurs ; Mûre, à l’aspect aussi sombre que délicat… ou bien sûr Vanille, l’aînée du groupe, la toute première révélée au public ; dont la chevelure solaire est devenu aussi bien le symbole de son parfum que de l’entreprise tout entière !

Car Sunshine est pour ainsi dire l’astre autour duquel gravitent les derniers plaisirs de cette triste vie, et les A.R.O.M.E.S autant de rayons qui réchauffent les cœurs esseulés ; comme le vôtre…

« Aujourd’hui, les maîtres confiseurs de Sunshine sont heureux de vous présenter leur toute dernière création ! »

En entendant cette annonce, vous ouvrez des yeux grands comme des soucoupes.

Un nouveau produit Sunshine ?

Voilà un événement qui n’était plus arrivé depuis longtemps !

Quelle nouvelle merveille avaient-ils pu imaginer ?

À quoi ressemblera l’ambassadrice de la nouvelle gamme ?

Votre excitation grimpe : la tension en devient presque palpable dans la pièce …

À moins que ce ne soit celle de toute la ville ? De toute la planète !

Rien n’importe plus dans la vie des gens que Sunshine : une nouveauté est toujours accueillie comme un véritable bouleversement pour la société !

Les A.R.O.M.E.S se regroupent maintenant devant un grand rideau rouge, et c’est au tour de Guimauve de s’avancer pour parler aux spectateurs.

Elle arbore de longues tresses roses, et une robe bariolée.

Sa voix est extraordinairement douce, pareille à la préparation qu’elle représente :

« Chers amis ! Aujourd’hui, nous avons le plaisir d’inaugurer l’apparition d’une nouvelle saveur, dans la palette déjà fabuleuse des goûts proposés par la plus grande entreprise de sucreries du monde ! »

« Et la seule… » pensez-vous, affable.

Rien ni personne ne peut concurrencer Sunshine : il est impossible de faire de meilleurs produits que ceux réalisés par la firme !

« Pour vous, poursuit Guimauve, Sunshine a redécouvert, et réintroduit, un ingrédient perdu depuis le Grand Trouble ! »

Depuis le Grand Trouble ! Il s’agit donc d’une relique du passé !

Le Grand Trouble est la date à laquelle la Terre a définitivement changé : le cataclysme qui a modifié la face du Monde à jamais.

Depuis ce temps, et la disparition quasi totale de la biodiversité, l’Homme ne subsiste plus que grâce à des nutriments purs, et non plus des aliments…

Plus de « viande », mais un agrégat de protéines et lipides prenant la forme d’une gelée brunâtre que tout le monde, y compris vous, se force à avaler pour rester en vie.

Non pas que son goût soit désagréable, non… bien pire : ça n’a aucun goût !

Même constat pour les féculents, les légumes, les fruits… Ils n’existent plus !

Seulement des pâtées de glucides, de fibres, etc.

Quant aux boissons, seule l’eau traitée demeure potable. Mais là encore : aucune saveur ; hormis peut-être un arrière-goût désastreux dû aux produits chimiques…

C’est pourquoi Sunshine qui, grâce à sa science et son talent, a su recréer les saveurs oubliées de l’Ancien Monde, est devenu le dernier repère qui importe dans la vie des gens.

Même l’art de cette époque est lié à Sunshine !

Comment trouver l’inspiration dans ce monde gris et froid ?

Seules les confiseries de l’enseigne apportent couleur et lumière !

Il est donc logique qu’elles soient au cœur de toutes créations à travers le monde.

Que ce soit la littérature, le cinéma ou encore la musique ; on ne trouve que des œuvres sur Sunshine. Et surtout, pléthore d’histoires mettant en scène les A.R.O.M.E.S : véritables superstars omniprésentes dans tous les milieux culturels.

Et ce matin, les artistes vont découvrir leur nouvelle muse…

« Ainsi, continue Guimauve, après l’arrivée de Pistache et Anis, qui ont rencontré un grand succès auprès du public, je vous prie d’accueillir la nouvelle recrue des A.R.O.M.E.S : Safrane ! »

Le rideau s’ouvre, et votre cœur manque un battement.

Sur la scène, entourée par des montagnes de chocolats et de bonbons, se trouve une ravissante jeune fille, à la crinière flamboyante.

Son uniforme reprend les nuances de sa magnifique chevelure, donnant un ensemble aux couleurs vives, qui s’accorde à merveille avec son visage gracieux.

Quant à ses yeux, ils rayonnent tels deux flammes bleues ; captivant votre regard vers cette apparition angélique.

Elle est si belle ! Peut-être plus belle encore que ses sœurs…

Avec un sourire d’une blancheur éclatante, elle exécute à son tour une révérence devant la caméra, puis déclare d’une voix charmante :

« Bonjour à tous ! Je m’appelle Safrane. Ravie de faire votre connaissance ! Je représente la nouvelle gamme de confiseries de Sunshine, élaborée à base d’un ingrédient novateur : le safran. »

Derrière elle, un immense écran s’allume, projetant l’image d’une jolie petite fleur mauve, d’où dépassent des pistils ayant l’exacte même couleur que les cheveux de la jeune fille.

« Voici un Crocus Sativus, de la famille des Iridaceae. Le safran est une épice extraite de cette fleur. »

La caméra fait alors un zoom sur l’image, montrant l’intérieur du crocus.

« Ces pistils que vous voyez à l’écran sont à la base de la production du safran : c’est en les faisant sécher que l’on obtient l’épice, conditionnée sous forme de poudre. »

Ses explications trouvent leur représentation sur le moniteur, qui montre pas à pas le processus.

« Cette épice est extrêmement délicate à produire ! En effet, avec une fleur de crocus, on ne peut obtenir que six milligrammes de safran sec ! Voilà pourquoi, avant le Grand Trouble, il s’agissait d’un ingrédient valant plus cher que l’or ! »

Toutes ces informations bourdonnent dans votre tête : Sunshine vient de ressusciter un produit qui vaut plus cher que l’or !

Ce n’est pas un événement que vous êtes en train de vivre, c’est une révolution !

Et qui de mieux que la superbe Safrane pour annoncer une telle découverte ?

« Grâce à des recherches acharnées, Sunshine est fier de vous proposer sa nouvelle ligne de chocolats et sucreries à base de safran ! Il s’agit là d’une gamme de luxe, réservée aux plus fins connaisseurs ! Mais par-delà son prix, je pense que vous souhaitez surtout connaître le goût du safran, n’est-ce pas ? » lance-t-elle avec un sourire malicieux.

Vous voici suspendu à ses lèvres : attendant l’évocation de la nouvelle saveur…

« Le safran est une épice au goût unique ! Il ne peut être comparé à nul autre… Alors, si vous souhaitez embarquer pour cette toute nouvelle aventure gustative : il attend que vous veniez le déguster dans une des boutiques des confiseries Sunshine ! Venez vite le découvrir ! À bientôt ! »

Diable ! Vous n’en saurez donc pas plus sur cet ingrédient mystérieux !

Mais déjà connaissez-vous au moins sa représentante : elle s’appelle Safrane, et elle est absolument sublime !

Vous gardez vos yeux rivés sur la jeune femme, tandis qu’elle rejoint ses camarades pour saluer la caméra.

Le flash publicitaire se termine alors, ouvrant sur un nouvel aplat irisé.

Et apparaît pour la dernière fois le nom de la marque :

« Sunshine ».

2 : Le concours

Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre, et vous engouffrez dans le wagon du tramway. D’un geste souple, vous déposez votre attaché-case dans le compartiment réservé, et vous asseyez en dessous. Aujourd’hui, le temps vous semble plus léger ; pure impression bien sûr, car il est toujours aussi lourd et pesant…

Ce n’est pas la chaleur, mais un sentiment perpétuel d’asphyxie, identique à celui ressenti en altitude. Le ciel, couleur de plomb, est pareil à un immense couvercle d’autoclave ; emprisonnant la myriade d’êtres humains sur cette Terre, et les faisant mijoter dans un air gras, presque huileux.

Peut-être est-ce le manque d’oxygène ? Peut-être est-ce la surcharge en dioxyde de carbone ?

Voilà longtemps que l’on a cessé de se poser la question…

Mais pour vous aujourd’hui : cette vapeur infâme s’apparenterait presque à un air frais, pur et vivifiant, charriant des parfums exquis !

Même le wagon gris filant à travers la capitale n’est plus aussi terne. Les gens assis là affichent un grand sourire, qui tranche en tout point avec la mine abattue et découragée exposée d’ordinaire.

Ils ont l’air… heureux.

Vous vous détendez, et vos pensées s’envolent doucement vers ce qui vient d’embellir votre journée ; ou plutôt vers « celle ».

« Vu votre air, vous avez découvert Safrane vous aussi ! » vous dit un homme corpulent au visage jovial, assis en face de vous.

Avant même que vous n’ayez nommé dans votre esprit la charmante jeune fille, elle vous est à nouveau rappelée ; comme si sa venue annonçait un nouvel espoir pour le monde entier !

« Qui a pu la manquer ? répondez-vous, allègre.

— Ceux qui n’ont pas eu de chance ! lance votre interlocuteur.

— Ah ça oui ! Mais ce n’est qu’une question de temps, heureusement pour eux ! »

Un coup d’œil sur le journal numérique que tient ce sympathique bonhomme, et vous découvrez sur la une Safrane, tout sourire.

Un soupir vous échappe : partout ses magnifiques yeux semblent vous scruter ; et c’est un sentiment assez accablant pour le célibataire trentenaire que vous êtes…

C’est alors qu’un bandeau rouge apparaît sur la couverture, avec la mention « Flash spécial ! » ; et la photographie de la nouvelle A.R.O.M.E.S laisse place à celle d’un homme âgé, aux cheveux blancs coiffés en arrière. D’épais sourcils broussailleux encadrent une paire de lunettes fines, juchées sur un nez aquilin et surplombant une belle moustache soigneusement taillée.

Il porte un costume de velours brun, ainsi qu’une longue écharpe, au nœud de laquelle brille une broche d’or représentant un soleil.

Vous reconnaissez bien sûr l’homme le plus célèbre du monde : Armand Sunshine, fondateur et directeur de la société Sunshine !

En dessous de son portrait, le tabloïd annonce : « Concours exceptionnel ! »

« Excusez-moi, pourriez-vous me dire de quoi parle l’article ? demandez-vous à l’homme avec qui vous avez engagé la conversation.

— Bien sûr ! »

Dépliant son appareil, il tapote brièvement l’écran pour accéder aux dernières nouvelles ; et l’expression affable de son visage devient de plus en plus solennelle, tandis que des « Incroyable ! » et des « C’est dingue ! » commencent à retentir çà et là dans le tram…

« Alors là, c’est quelque chose ! vous dit-il enfin. Écoutez ça ! »

Il se racle la gorge, puis commence à lire à voix haute :

« Pour célébrer l’arrivée de Safrane parmi les A.R.O.M.E.S : Sunshine organise un grand concours ! L’heureux gagnant aura l’immense privilège de visiter l’usine N°1 de la firme, le saint des saints de la sucrerie, située ici : à Néo-Paris !

— Visiter le Q.G de Sunshine ! vous écriez-vous. C’est grandiose !

— Et ce n’est pas tout ! renchérit-il. Le vainqueur passera une semaine là-bas, avec friandises à volonté, et service digne d’un roi ! Mais le meilleur, la plus belle récompense, c’est que son guide sera… Safrane en personne ! » déclare le petit homme dodu avec emphase.

Abasourdi par la nouvelle, vous avez du mal à trouver vos mots. Seul vous échappe un faible : « Hallucinant…

— N’est-ce pas ? Et il pourra rencontrer le Pape de la confiserie, le grand manitou du chocolat : Armand Sunshine !

— Comment fait-on pour gagner ce concours ? demandez-vous d’un souffle.

— Alors, de ce qu’ils en disent : il vous faut la carte de platine ; qui a été déposée dans une seule tablette de chocolat au safran, par M. Sunshine lui-même !

— Et quel est le prix de ces tablettes ?

Votre interlocuteur prend quelques secondes pour chercher l’information dans son journal.

— Aïe, c’est là que le bât blesse : on parle d’une trentaine de crédits… C’est bien plus cher que toutes les autres ! s’exclame-t-il. Mais c’est ce que disait Safrane après tout : le safran est une épice de luxe !

— Alors je ne vais pas pouvoir beaucoup tenter ma chance… déclarez-vous en pensant à votre maigre salaire.

— Ah ça non ! Et de toute façon, les boutiques seront très vite en rupture de stock ! Des milliers de gens vont être prêts à sacrifier tout leur argent pour espérer décrocher un tel sésame ! »

« Des milliers ? pensez-vous. Des millions oui ! ».

C’est un concours mondial, toute l’Humanité sera en compétition ! C’est une opération marketing de premier ordre. L’entreprise doit avoir prévu des réserves considérables…

Mais combien de temps tiendront-elles face à la ruée ? Un mois ? Une semaine ? Trois jours ?

Les gens vont se jeter dessus, dépenser sans compter !

Et la carte peut se trouver dans n’importe quelle tablette, n’importe où dans le monde !

Bon, se donner le tournis avec de tels chiffres ne vous avancera à rien…

De toute manière, vous voici à votre arrêt. Vous vous levez et ramassez votre bagage.

« Eh bien merci pour l’information. dites-vous à votre voisin d’en face. Et bonne chance pour le concours !

— Haha merci, pareillement ! Bonne journée à vous ! »

Voilà des encouragements bienvenus, car il ne sera certainement pas aisé de marier l’excitation procurée par le concours avec la morosité de votre job de conseiller en assurance…

Vous préféreriez d’ores et déjà vous rendre directement en boutique pour acheter une tablette de chocolat au safran ! Mais le prix : trente crédits ! Presque votre budget hebdomadaire de sucreries ! Autant que cinq tablettes classiques ou huit sachets de guimauves…

Combien de fois pourrez-vous tenter votre chance ? En rognant sur votre part de rations nutritives, peut-être trois fois ? Mais ces tentatives devront être espacées ; et la carte sera sûrement trouvée avant… Quel dilemme !

Vous savez que malgré vos efforts, vous allez passer toute la journée à y réfléchir…

Vous arrivez à votre agence : un bloc de béton ajourné de quelques fenêtres, pur produit de la créativité architecturale contemporaine.

Vous engageant dans ce temple de la vacuité, vos collègues vous saluent d’un :

« Eh ! Tu connais la nouvelle ?

À quoi vous répondez :

— Laquelle ? Safrane ou le concours ?

— Les deux ! C’est sensationnel ! Il nous tarde à tous 17h, que l’on puisse aller tenter notre chance.

— Je n’imagine même pas le trafic… Les boutiques vont être archi-bondées !

— Bah, c’est ça à chaque lancement de gamme… Ils doivent commencer à avoir l’habitude ; et les vigiles sont bien entraînés.

— Ça oui ! Depuis que M. Jod est en charge de la sécurité, il n’y a plus eu un seul débordement.

— On ne risque pas de lui refiler une assurance à lui, il n’en a pas besoin. » conclut l’un d’eux ironiquement.

Sunshine s’était prémuni très tôt d’un habile service de sûreté afin de sécuriser ses sites de production, ses cargaisons et ses boutiques.

En effet, l’entreprise avait par le passé été victime de son succès, et essuyé nombre d’attaques et de cambriolages. C’est pourquoi le rôle de chef de la sécurité était dorénavant primordial, au même titre que celui de responsable du département scientifique.

Ces deux personnalités étaient donc les plus influentes de la firme ; après M. Sunshine lui-même bien sûr.

Avant le grand trouble, Sunshine n’était qu’une petite affaire familiale française, créée par un jeune artisan-confiseur. Lorsque l’écosystème de la planète a montré de graves signes d’épuisement, les gouvernements ont réduit progressivement l’exploitation des ressources naturelles, provoquant une flambée des prix ; notamment pour les denrées alimentaires.

Face à la crise, M. Sunshine décida, avec le concours de quelques amis scientifiques, de faire des recherches sur la préservation des arômes employés en confiserie.

Mais plutôt que d’utiliser des dérivés chimiques, ils parvinrent à recréer fidèlement in vitro les saveurs et ingrédients voulus, et purent devancer la concurrence sur l’approvisionnement.

Même les géants de l’agroalimentaire ne furent pas en mesure d’égaler cette réussite technique, dès lors jalousement gardée.

Tandis que les dépôts de bilan se comptaient par milliers : Sunshine affichait une croissance exponentielle de ses ventes, et de ses bénéfices ; pour à terme devenir leader du marché.

Finalement, les derniers ingrédients naturels furent épuisés, les fabriques de rations nutritives nationalisées ; et Sunshine demeura la seule entreprise alimentaire privée au monde.

Armand Sunshine, alors âgé d’une quarantaine d’années, était devenu l’homme le plus influent de la planète. Une réussite professionnelle aussi fulgurante avait de quoi laisser rêveur !

Partir de rien et arriver au sommet à la seule sueur de son front…

Sunshine avait emporté la partie car il s’appuyait sur les dernières espérances de l’Humanité : il avait combiné ces songes épars en une ultime fantaisie, un dernier bastion de la foi face au désespoir. Son titre de « Pape de la confiserie » était finalement des plus équivoques…

D’aussi loin que vos souvenirs remontent, il avait toujours guidé votre vie et celle de vos semblables, tel un père universel veillant avec soin sur son abondante progéniture.

Et chacune des A.R.O.M.E.S était un nouveau miracle, une étape de plus dans l’avènement d’une nouvelle genèse.

Voilà pourquoi ce concours ressemble pour vous à un événement providentiel : l’on aurait pu vous proposer une visite du Paradis en pension complète, et avec Saint-Pierre pour guide ; que cela vous aurait moins séduit. Mais après tout, soyons honnêtes : si respectable soit l’apôtre, il n’est pas en mesure de rivaliser avec le charme de Safrane…

Non, cela ressemble plus aux anciennes croyances nordiques : après avoir vaillamment combattu (et nul doute que pour obtenir la carte de platine, il vous faudra triompher de maintes épreuves), voici qu’une superbe valkyrie vous conduit au Valhalla, pour prendre place au banquet d’Odin. Mais y sert-on seulement des confiseries ? Épineuse question…

L’idée d’installer une ligne d’approvisionnement directe entre Sunshine et les divers édens de chaque religion occupe votre esprit pendant de longues minutes ; et après avoir convenu que Charon pourrait avantageusement remplacer son obole par un rouleau de réglisse, vous avez fini de classer vos dossiers.

La valse des clients peut débuter ; tout comme votre calvaire…

C’est une demi-douzaine de personnes qui défilent devant vous ce matin, avec un même mot d’ordre :

« Pardonnez-moi, mais je suis pressé(e) : il faut que j’aille tenter ma chance au concours ! Donc si l’on peut faire vite… »

Ah ça ! Si l’on pouvait faire vite !

Si ces gens pouvaient remplir eux-mêmes leurs dossiers plutôt que de venir vous ennuyer !

Ils sont pressés…

Et vous ? Vous qui marnez dans votre bureau sordide depuis des heures à les écouter se plaindre, sans même savoir si vous pourrez vous rendre à temps dans une boutique ; vous ne l’êtes pas, peut-être ?

La pause-déjeuner vous apparaît comme un soulagement ; du moins jusqu’à ce que vous ne dégainiez votre ration du midi…

Entendre le bloc de gelée qui s’écrase avec un chuintement dans votre assiette en plastique vous fait presque monter les larmes aux yeux.

Les conversations entre collègues s’éteignent, laissant chacun au deuil de son appétit.

Les visages se crispent, et les cuillères planent au-dessus de ce spectacle navrant, semblant craindre le contact de la bouillie comme des chats échaudés.

Qui sera le brave qui frappera le premier ?

Votre voisin de droite ; ouvrant le bal d’une manière ô combien classique : coup plongeant dans la masse, remontée du poignet, ouverture de la bouche, basculement de la cuillère, fermeture de l’orifice, grimace de dégoût…

Sur ce modèle, les autres entament leur « repas » ; et après avoir considéré votre chemise cartonnée comme une alternative presque envisageable, vous les rejoignez dans leur misère gustative.

Le combat dure dix minutes. Les rations sont finalement assimilées ; mais vos papilles ayant déjà déclaré forfait avant l’engagement, le seul véritable vainqueur de ce duel malheureux est l’écœurement : que l’on peut lire sur tous les visages.

Personne ne semble vouloir s’attarder sur ce tragique épisode du quotidien, et chacun rejoint son bureau le ventre plein, la langue sèche et la mort dans l’âme.

Mais alors que vous vous dirigez vers le vôtre, vous apercevez l’un de vos collègues qui, avec un air de conspirateur, fouille dans la doublure de sa veste, et en retire une tige d’Angélique confite.

Il contemple d’abord l’emballage, sur lequel la photo de l’A.R.O.M.E.S éponyme lui adresse un clin d’œil complice ; puis lentement, il ouvre le plastique, se saisit de la friandise, et la croque avec délicatesse, son visage s’illuminant peu à peu d’un sourire de délice…

3 : L’espace Safrane

16h55. Vous enclenchez le décompte dans votre tête, et commencez à ranger votre bureau. Si d’ordinaire les journées de travail ne sont pas des plus exaltantes, celle-ci vous a juste paru interminable ! Heureusement que vos années d’expérience se sont muées en une sorte d’automatisme procédurier, vous permettant d’accomplir votre labeur sans vraiment y prêter attention. Sinon, vos contrats d’assurance ressembleraient à un recueil de brèves de comptoir : emplis de doutes, d’espoirs et de calculs générés pêle-mêle par votre cerveau anxieux !

En vérité, vous avez passé cet après-midi à élaborer avec minutie une routine dont vous lancerez l’application dès que retentiront 17h.

Votre esprit, déjà formaté par ces longues heures de réflexion, n’aura plus qu’à lire la partition réglée comme papier musique ; à la manière de ces vieux pianos de western…

Il ne vous manque que le signal.

La trotteuse de votre montre achève lentement sa révolution, alors que vous empoignez votre attaché-case. Elle dépasse le neuvième cran : vous vous levez.

Et la voilà qui rencontre le douzième, tandis que votre pied enjambe déjà le seuil ; et que la sonnerie de la pointeuse retentit.

Fin de journée.

Enfin !

Ce n’est pas sans une certaine fierté que vous jetez un coup d’œil à vos collègues, relevant à peine la tête de leur paperasse, alors que vous vous élancez d’un pas agile vers la sortie.

Ce seront toujours des challengeurs en moins pour une place dans le monorail, dans les tourniquets de la station ; et donc dans la file d’attente de la boutique.

Ah ! Cela peut sembler mesquin de votre part ; mais quand il s’agit de Sunshine, c’est chacun pour soi… Et de toute manière, cette tension que vous procure le concours est source d’une grisante adrénaline, que le morne quotidien aurait bien peu de chance d’engendrer.

Alors pourquoi ne pas se prendre au jeu ? Cela fait tant de bien de ne plus se sentir désœuvré, mais en quelque sorte investi d’une mission : d’une quête menant vers une formidable récompense !

Il faut bien rêver après tout…

Le temps de cette courte réflexion, vos pas vous ont déjà conduit à la station la plus proche, avant qu’elle ne soit gagnée par le grand rush de début de soirée ; exactement comme vous l’aviez prévu. Vous entendez derrière vous enfler la rumeur, le grondement de centaines de chaussures sur les trottoirs : la marée humaine refluant des bureaux vers le métro.

La devançant de quelques mètres, vous prenez place sur la banquette du wagon, près de la sortie, et resserrez vos jambes alors qu’arrive l’ouragan…

En une poignée de secondes, plusieurs dizaines de personnes se ruent à l’intérieur de la rame, et, propulsées par leur élan, s’aplatissent presque sur les vitres.

Alors que chaque centimètre carré devient l’objet d’une lutte acharnée et silencieuse : où l’on écrase le pied de son voisin sans se départir de sa civile impassibilité ; le signal de fermeture des portes sonne la fin du round.

Les battants métalliques, arbitres de la rencontre, viennent séparer les nez des voyageurs dans et hors du wagon ; et ceux restés sur le carreau affichent une grimace de déception, regrettant de n’avoir pu gagner leur place dans la rame bondée à l’atmosphère suffocante.

Le menton posé sur votre mallette, vous attendez patiemment que les stations défilent.

Il vous semble déraisonnable de vous rendre à la boutique principale sur les Champs-Caramélisés : la place du Soleil doit être noire de monde…

Mais bon, l’avantage d’être à Néo-Paris : c’est qu’il y a une boutique Sunshine pour chacun des vingt districts ; et après mûre réflexion, vous décidez de tenter votre chance place Vanille.

Une fois la rame arrivée à destination, vous vous extirpez de la masse inerte : luttant pour que votre bagage ne reste pas entravé dans l’amas de chair, le bras tendu devant vous pour remonter le flot des nouveaux arrivants.

Parvenu aux escalators, vous poussez un soupir de soulagement : le plus dur est fait !

En cette fin d’après-midi, la place Vanille bruisse d’activité.

Les gens vont et viennent sous le regard de la plus célèbre des A.R.O.M.E.S, dont la statue de cuivre toise toute l’esplanade du haut de sa colonne.

Il y a là un nombre incalculable de touristes fraîchement débarqués : certains se contentent de prendre des clichés du lieu, agglutinés pour la plupart autour du monument central ; tandis que d’autres rejoignent leurs chambres au Ritz, reconnaissables à la bedaine rebondie qui déforme leur smoking, signe extérieur d’une certaine aisance sur le budget « sucreries ».

Et ils ne risquent pas de maigrir en venant ici…

Car à quelques minutes à pied se trouve l’une des plus importantes boutiques de Sunshine, qui a remplacé les anciennes « Galeries Lafayette ».

C’est là votre but, et vous vous dirigez vers l’entrée d’un pas énergique.

Deux vastes portes tambours absorbent le flux de clients sur la gauche, pour en relâcher le même nombre sur la droite, tel un gigantesque aspirateur.

Encadrant ces issues, des agents de sécurité veillent à la bonne conduite des visiteurs, les mains croisées derrière le dos, et les rangers rivées au trottoir.

Ils arborent des visages parfaitement impassibles ; mais derrière leurs épaisses lunettes noires, vous sentez un regard inquisiteur qui se darde en tous sens, à la recherche de la moindre infraction. Toutefois, cela ne vous dérange pas : un honnête citoyen n’a rien à craindre.

À l’époque, les boutiques n’avaient que quelques vigiles pour empêcher les tentatives de vols. Dorénavant il s’agit de brigades entières d’agents de la firme, entraînés et équipés pour répondre à toutes les situations de crise. Leur nombre a connu une nette augmentation depuis que Christopher Jod a pris ses fonctions, voilà plus de cinq ans.

En tant que chef de la sécurité, il a fait des hommes sous ses ordres une organisation ultra-performante ; rendant parfaitement caduque une quelconque présence policière à proximité des établissements gardés. Ce travail exceptionnel lui a valu une grande popularité auprès des masses : l’érigeant en véritable champion du paisible consommateur contre le dangereux hooligan.

En jouant quelque peu des coudes, vous vous immergez dans la foule ; et êtes avalé par la porte qui, pareille à un sas, vous fait pénétrer dans un tout autre univers…

À la froide grisaille du ciel succède la lumière éclatante de milliers d’ampoules, qui se reflètent dans l’extraordinaire coupole en verre du plafond ; emblématique de ce lieu qui abritait jadis les « Grands Magasins ». Les rudes pavés de la rue se sont mués en un moelleux tapis couleur vermeille, changeant les claquements de talons en de petits pas feutrés.

Malgré l’affluence, vous vous sentez comme chez vous, dans un écrin de douceur et de détente.

Cette boutique était pour ainsi dire l’ancienne capitale de Sunshine, avant l’ouverture de leur nouvelle unité sur la plus célèbre avenue du Monde. C’est une sorte de bibliothèque de la Gourmandise, où règnent le calme et la tranquillité ; là où son homologue des Champs-Caramélisés est un formidable centre de créativité et de dynamisme.

Le bâtiment est un gigantesque dôme s’élevant sur cinq étages ; et tout le long de son périmètre, sur des balcons finement ouvragés, de nombreux espaces proposent dans leurs rayons les différentes saveurs de la firme.

Chacun est aménagé selon la thématique de leur A.R.O.M.E.S respective : rose et blanc pour Guimauve, avec une abondance de coussins et de poufs moelleux ; noir de jais et fauteuils apparence cuir pour Réglisse ; orange acidulé et mobilier tout en rondeurs pour Clémentine, etc.

Bien entendu : le plus important d’entre eux demeure l’espace de Vanille.

Ses rayonnages dorés brillent tant qu’ils éblouissent les clients pendant quelques secondes, avant qu’ils ne puissent les distinguer clairement.

Votre ami Alain vous avait dit que l’on ressentait la même chose lorsque l’on regardait directement le Soleil autrefois ; avant que le Grand Trouble ne le change en une lueur ténue, filtrant au travers de lourds nuages opaques…

Âgé d’une soixantaine d’années, Alain était de l’ancienne génération qui avait connu la Terre d’avant le cataclysme ; ce qui représentait pour lui une véritable malédiction, car comme il disait si bien : «  On ne peut regretter que ce que l’on a perdu… »

Il avait été témoin de l’effondrement de la société : de l’Humanité luttant désespérément pour sa survie sur une planète qui lui était devenue hostile… et, au milieu de cet indescriptible chaos, de l’émergence de Sunshine ; porteuse d’espérance pour cette civilisation à l’agonie.

Aussi chérissait-il l’entreprise, tout en prenant soin de faire perdurer la mémoire de l’Ancien Monde ; en conservant livres, films, magazines… bref, tous fragments de la culture d’antan qu’il parvenait à dénicher sur son temps libre de retraité.

C’est cette étrange passion qui vous avez conduit à approcher cet homme, que beaucoup qualifiaient de « marginal » ; posant ainsi les bases d’une belle amitié.

Étant en quelque sorte son seul « disciple », il adorait converser avec vous du temps jadis : des arts et des lettres, du « jardinage »… autant de termes étranges, mais que vous trouviez captivants. Il en parlait avec une telle flamme qu’il parvenait à vous faire presque entrevoir ces merveilles disparues avant même votre naissance.

Cela vous changeait de vos contemporains, avec lesquels les seules discussions passionnées ne concernent bien évidemment que Sunshine…

Mais si resplendissante soit la vitrine de l’espace Vanille, ce n’est pas là votre but.

Vous poursuivez donc votre route au milieu de cet éden gourmand ; jusqu’à ce qu’une nouvelle fois, vos yeux soient aveuglés par une intense lumière.

Vanille à nouveau ? Mais vous connaissez l’établissement comme votre poche !

Ce n’est pas possible…

Et en effet, vos pas vous ont bel et bien mené à votre objectif : car en place de l’habituelle teinte dorée, vous découvrez un étonnant camaïeu rouge-orangé.

Une douce chaleur semble émaner de l’endroit, comme une voluptueuse invitation…

Votre cœur s’emballe : vous y êtes, le rêve de votre journée se réalise enfin !

C’est un véritable voyage en terre inconnue que vous offre Sunshine ! Car, hier encore, vous n’aviez jamais entendu parler du safran… (Alain, si prolixe fût-il, ne pouvait vous avoir montré tous les prodiges de l’ancien Monde.) Mais aujourd’hui, vous allez découvrir une saveur inédite ; et surtout, l’espace d’une nouvelle A.R.O.M.E.S ! Une nouvelle lueur d’espoir dans votre morne vie ! Alors, fébrile mais empreint d’une détermination décuplée, vous entrez dans cet éblouissant sanctuaire :

« Bienvenue à l’espace Safrane ! »

Tout de suite sur votre droite, une vendeuse vient de s’incliner à votre passage.

Elle arbore la tenue réglementaire des boutiques Sunshine : tailleur, chemisier, et tablier ; le tout aux couleurs de son A.R.O.M.E.S.

C’est une très jolie jeune femme, ce qui ne vous surprend guère : la sélection pour travailler dans le magasin place Vanille étant des plus drastiques…

Vous appelant par votre nom, elle vous demande si elle peut vous aider.

Bien sûr, c’est la première fois qu’elle vous voit ; mais Sunshine tient particulièrement à ce que la réception de ses clients soit la plus personnalisée et chaleureuse possible.

C’est pourquoi, dès lors que vous possédez une carte client, les portiques placés à l’entrée de chaque espace signalent votre arrivée par l’intermédiaire d’oreillettes aux vendeuses et chefs de rayon. Vous acceptez son invitation, puis lui demandez :

« Je suis venu pour le concours : j’aimerais savoir comment l’on peut y participer ?

— Je serais ravie de vous l’expliquer ! Si vous voulez bien me suivre… »

Lui emboîtant le pas, vous vous dirigez ensemble vers le centre de la boutique.

De nombreux clients ont déjà commencé leurs emplettes, assistés eux aussi de leurs vendeurs. Mais l’affluence ne perturbe en rien l’ambiance feutrée, les gens se parlant à voix basse, dans le respect de la solennité du lieu.

Acheter chez Sunshine ; c’est un peu comme aller à la messe le dimanche : il y a un caractère sacré au fait de s’offrir, au milieu de toute cette morosité, un petit instant de bonheur.

Poursuivant votre chemin, vous arrivez devant un podium monumental, débordant de tablettes de chocolat au Safran : une véritable corne d’abondance !

Et, au centre de ce superbe étalage, trône une pure merveille : une statue grandeur nature de la splendide Safrane, entièrement sculptée en chocolat ! Le réalisme de l’œuvre est saisissant !

Pas un détail ne manque : le drapé de son uniforme, sa longue chevelure, son sourire radieux…

« C’est le grand artiste Sanders Vallejo qui en est l’auteur. vous explique la jeune vendeuse. Elle sera exposée ici toute la durée du concours ; puis transférée au musée du Louvre. C’est un immense honneur de l’avoir avec nous ! Mais qui sait, peut-être que la carte de platine se trouve aussi dans notre boutique ? dit-elle avec un sourire enjoué.

— Ce serait formidable ! répondez-vous. Donc elle peut se trouver dans l’une de ces tablettes ?

— Exactement ! Elles sont à trente crédits l’unité. lance-t-elle en pointant du doigt les petits rectangles soigneusement emballés. Mais si vous en achetez trois, cela ne vous fera que quatre-vingts crédits !

— Merci, mais je vais n’en prendre qu’une : en espérant que la chance soit avec moi…

— Je l’espère pour vous, Monsieur ! Je vous laisse choisir celle que vous désirez ! »

Pour un choix, il est sacrément ardu ! Il doit y avoir plusieurs centaines de tablettes ne serait-ce que sur cet étalage (ce qui en réalité ne représente qu’une infime partie du nombre total de tablettes dans le monde susceptibles de contenir le précieux sésame)… mais vous avez déjà l’impression que c’est là, à cet instant précis, que se joue le concours ; et le reste de votre vie !

Votre main s’élève par-dessus le monticule : elle s’élève tout d’abord en direction de Safrane. Vous regardez une nouvelle fois sa magnifique statue. Il y a quelque chose dans son regard qui vous rassure, et apaise vos doutes…

« Il est temps de se lancer, inutile de faire durer le suspense. vous dites-vous. Et puis, il me tarde de savoir quel goût a le safran… »

Vous abaissez la main, sans lâcher Safrane des yeux, et vous saisissez une tablette.

Sur le papier glacé entourant la confiserie, c’est le même sourire rayonnant que vous retrouvez, tout à côté de la marque « Sunshine ». Au moins la photo de la nouvelle A.R.O.M.E.S pourra-t-elle rejoindre ses consœurs dans votre collection d’emballages de la marque…

« Celle-ci ? vous demande poliment la jeune vendeuse.

— Celle-ci. lui répondez-vous avec un sourire.

— Parfait. Vous verrez, le safran est une saveur fantastique !

— Je n’en doute pas ! Voici ma carte.

— Désirez-vous un autre produit ?

— Non merci, ce sera tout.

— Très bien ! Je finalise vos achats. »

Sortant un petit lecteur de la poche de son tablier, elle le pointe dans votre direction, puis le range prestement, sans se départir de son sourire.

En l’espace d’un instant, ce sont trente crédits en moins sur votre compte, mais une tablette de choco-safran dans vos mains ; et l’espoir de, peut-être, changer de vie.

« Merci beaucoup pour votre achat, monsieur ! J’espère que vous serez notre grand gagnant ! Passez une excellente fin de journée !

— Merci à vous, au revoir ! »

À peine avez-vous fini votre phrase que la vendeuse s’éloigne déjà en direction d’autres clients.

Vous aimeriez passer plus de temps dans cet endroit merveilleux ; mais il se fait tard, et contempler des sucreries que vous ne pouvez pas vous offrir minerait votre moral.

Vous avez ce pour quoi vous êtes venu, et il ne vous tarde qu’une chose : ouvrir votre paquet !

« D’ailleurs, autant en profiter pour rendre visite à Alain, et partager ce moment avec lui. » pensez-vous.

Cette décision prise, vous vous dirigez vers la sortie, tout en serrant la tablette contre votre cœur.

(À Suivre…)

Le Peuple S.A.

Contenu complet

« LE PEUPLE S.A. »

Un feuilleton désopilant et politique signé Schwartz-Belqaçem de l’Ecole de l’Aire de Sampans

SAISON 01 – EPISODE 01

LORSQUE RENE ANTOINE, celui dont on dit qu’il pèse plusieurs billions, pousse la porte de l’agence Curtis & Curtis au 159 de la rue Philippe-Triaire, Zaza, la rousse occupée à redresser la copie du « David & Goliath » de Michelangelo Merisi dit le Caravage, est loin de se douter que sa vie va basculer en même temps que l’escabeau d’occasion que lui a fait apporter David Petkovic, la crapule qui lui sert de patron…

Lorsque le même René Antoine né à Mandelieu d’une Dornett-Crabos et d’un Dreyfuss à la mode de Bretagne, s’installe dans le fauteuil à bascule réservé à David Petrovic, il ignore ce que pourra être sa réaction lorsqu’il sortira le pognon et le plaquera cash sur son bureau….

Lorsque Icelui Petkovic pousse la porte de ce qui est son agence immobilière et remarque le burnous qui enveloppe les épaules de René Antoine, le Wegener posé sur la pile de ses dossiers et la pâleur extrême de sa secrétaire, il comprend qu’un homme capable de sidérer Zaza Dumont, de s’asseoir à sa place et de feuilleter ses livres de comptes sans son autorisation est susceptible de lui attirer pas mal d’ennuis : « Bonjour, s’entend-il dire, est-ce que les papiers sont prêts ? »

Il est des moments, dans la vie (what else ?) où l’on perd le sens des réalités. Petkovic a reçu un coup de fil de son avocat lui parlant d’un intéressement à leurs affaires de la part d’une grosse légume, mais si vite…

René Antoine n’a pas l’air armé. Il est là, ses énormes Doc Martens posées sur la moquette – les mains à plat sur le faux acajou du bureau mais Petkovic – qui avait sévi lors de la guerre de Bosnie et s’était refait une santé en effectuant de ténébreuses missions pour Blackwater en Afrique – n’en restait pas moins méfiant.

« David Petrovic, n’est-il pas ? Si vous restez debout, ça va nous prendre un bout de temps, or du temps c’est de l’argent et il ne nous reste pas beaucoup, d’accord ? »

Lorsque Ka’an hypnotise Mowgli dans « Le Livre de la Jungle » il sait que le gosse ne restera pas éternellement sous son charme : René Antoine sort adoncques une serviette bourrée de bifferons jusqu’à la gueule du sac de voyage qu’il tient coincé entre ses énormes cuisses.

— C’est pour vous, Petrovic, vous pouvez compter, ensuite je vous prierai de prendre votre nécessaire ou de vous faire aider par Madame Dumont. J’ai du pain sur la planche, voyez-vous, il s’agit de changer le monde.

Pétrifiée du côté du palmier nain du Yémen que Zaza Dumont lui a offert pour son 70e anniversaire, Petkovic, tout en rousseur livide, se demande d’où sort le type en burnous qui le transperce du regard et souffle des narines comme un buffle dont la sieste aurait été troublée par une Jeep de touristes suisses. Il fait deux pas en direction de la serviette, en renverse le contenu et, ébahi, lève les yeux vers Antoine qui a gardé son chapeau manufacturé à Frankfurt-Am-Main…

— Un bâton en dollars, c’est ça ?
— Un bâton pour les murs et 400 000 pour le fonds et les faux frais.
— C’est un peu ric-rac, non ?
— C’est ric-rac, mais je m’occupe de la déclaration et des problèmes fiscaux. Petrovic ôte ses Ray Ban et fait tourner sa Piguet autour de son poignet…
— J’hésite. Vous comprenez que vos manières sont expéditives… D’un autre côté, si vous avez des compétences en changement du monde…
Antoine plaque son Wegener sur une pile de factures et fixe Petkovic : « Si j’ai un conseil à vous donner, camarade, c’est de prendre ce qui vous est dû et de débarrasser le plancher. Car je vous assure, toutes vos planètes ne sont pas alignées… »

Petrovic désigne Zaza comme s’il était son avocat au prudhomme : « Et d’elle, vous allez faire quoi ? Je vous la vends ou je vous la prête ? »

« Je la prends en charge, le devance René. Je suis l’ami du petit personnel et des syndicats. »

Petrovic a une tête à faire passer Bela Lugosi pour une vendeuse chez Séphora… Le moment est critique, ou il défouraille ou il traite…

— Pour la franchise « All Buildings, Boston », vous comptez faire comment ?

Planquée derrière son palmier, Zaza épie René dans un miroir… : un caractère fascinant avec ses interminables jambes, ses bras mous comme une trompe et ses oreilles décollées comme les éléphants.

— Ce n’est plus votre affaire. Dans le quartier, ça va changer de musique, c’est moi qui vous le dis.

Rêveur, Petkovic actionne le rideau métallique qui donne dans la rue et regarde dans la direction de la Statue du Grand Poète. C’est à ce moment là que le billionnaire René Antoine lui donne son congé en ces termes :

— Petkovic, vous n’avez pas le choix, débarrassez-moi de ces cartons, je ne veux pas d’ennuis avec les Brigades d’Octroi ou avec vos associés.

(A Suivre)

SAISON 01 – EPISODE 02

Résumé de l’épisode précédent et contexte

LE QUARTIER où René ou André Antoine venait de s’installer était en ruines pour cause d’émeutes lors du Grand Chambardement. Il avait fallu débrancher toutes sortes de câbles et remplacer les matériaux composites par des matériaux plus sûrs faciles à trouver localement. Dans certains secteurs de la Généralité, cela donnait le spectacle d’un vaste gruyère minéral qu’on devait franchir sur des planches posées sur d’interminables alignements de parpaings.

CELA TOURNAIT ET VIRAIT dans la tête d’Albert Veillet-Lavallée, l’inoxydable reporter des « Affiches » : la voix d’un collègue au bigo :

— Le type est complètement ouffe ! Il pousse la porte des commerces de la rue Philippe-Triaire, il fait sortir les clients s’il y en a, il invite le patron ou la patronne à tirer les rideaux, et hop, il les exproprie à grands coups de biffetons !

— Comment ça, il les exproprie ? – fait Albert V.L.

— Eh bien oui, comme je t’ai dit, il sort une malle de sa voiture, il en tire des paquets de billets tout frais sorti de la Banque Geral et il les tend avec un acte de vente aux commerçants qui s’étouffent à moitié, ils protestent tous, d’accord, mais ils acceptent tous !

— Ils acceptent sans protester ?
— Ben oui, il est convainquant, sézigue, si tu voyais le morceau…
— Il est violent ? Violent, non, disons péremptoire.
— A quoi il ressemble ?
— Jamais vu ça de ma vie, il porte des pompes de skin à armatures, un jean XXL délavé, une ceinture en toile rose et une banane sous le bide : il a une espèce de chemise en drap ; un gilet de loufiat rayé jaune et noir trop petit pour lui ; un burnous beige avec une capuche ; et le même chapeau que Derrick à ses débuts…

— Tu as essayé de lui parler ?
— Pourquoi j’aurais fait ça ?
— Ben, tu es journaliste aussi, ça se fait, de poser des questions, quand on est journaliste…
— J’ai essayé… J’ai essayé mais à la manière dont il m’a fixé…
— Comment ça, tu te dégonfles, maintenant ? (Silence, crachats)
— Je m’en suis bien gardé parce que j’ai eu un mauvais pressentiment.
— Tu donnes dans le pressentiment maintenant ?
— Non… Mais ce type a quelque chose de pas humain…
— Tu ne vas pas me dire que tu as repiqué à ce truc et que tu vois des fantômes partout…?
— Ce type est dingue, Albert, il fait peur sans produit !
— Et pourquoi il te fait peur ?
— Tu l’auras voulu ! Il a trois yeux !
Stupéfaction d’Albert V.L, raclement de gorge, quasi éternuement…
— U’ Pasqua’, tu vas pas me dire que tu as rechuté ?
— Qu’est-ce que t’es con ! Ce que je te dis là, c’est qu’il a vraiment trois yeux ! Il a

deux yeux comme toi et moi et un troisième en plein front, une verrue qui brille comme une agate et qui te fout sacrément mal à l’aise.

Albert se gratte l’arrière de la tête et change son mobile d’oreille.
— Tu me dis qu’il va se fournir en pognon dans sa voiture, c’est ça ?
— Ca paraît dingo mais c’est bien ça.
— Il doit y avoir des sommes considérables, s’il fait toute la rue avec ses sacs de billets ?
— Ca paraît fou mais c’est ce que j’ai vu de mes yeux vu.
— Il a un complice, alors ? Il ne laisse quand même pas son pognon sans surveillance pendant qu’il négocie.
— T’es sacrément fortiche, mon Bébert ! Dans la bagnole, y’a une vieille   emmitouflée dans son col de renard, les mains pelotonnées dans son manchon, sa mère, probablement… »

(A suivre)

SAISON 01 – EPISODE 03

Résumé de l’épisode précédent et contexte

RENE OU ANDRE, bref, l’homme en burnous et Wegener qui venait de faire irruption Rue Philippe Triaire dans le but de changer le monde ne s’était pas toujours appelé Antoine. Selon le pays et la ville où il officiait, il se faisait appeler Henri Crabos, Paul Dreyfuss, Sylvain ou Harry Antoine, Gene Hickerbottom, Henry Foster ou Adam de Bilderberg. Difficile dans ces conditions de trouver des traces vérifiables de son existence dans les registres de l’état-civil et même dans les fadettes d’Interpol ou du ministère de l’Intérieur. Issu d’une famille de financiers de calibre mondial, il s’était éloigné de Wall Street dans les années 80 et s’était payé une décennie sabbatique. Comme il avait mordu l’oreille d’un actionnaire majoritaire lors d’un conseil d’administration, un vieux juif cultivé, Ariel Lipouchkine, l’avait baptisé « Stavroguine », du nom du héros des « Démons » de Dostoïevski. Victime d’un accident vasculaire le jour de ses 40 ans, il avait été opéré à Madrid et en était revenu avec la passion des taureaux. A l’analyste que le conseiller de la holding familiale lui avait adressé à Pampelune, il avait déclaré qu’il ne serait jamais plus un Crabos, un Dreyfuss ou Foster eu égard à sa décision d’utiliser sa fortune pour changer le monde.

(A suivre)

SAISON 01 – EPISODE 04

Résumé de l’épisode précédent et contexte

LE COMMISSAIRE LETONDEUR a reçu un coup de fil de son pote journaliste Veillet- Lavallée. Il y a une épidémie de suicides rue Philippe-Triaire, dans le quartier du Q., secteur jadis florissant. Letondeur porte un flyer de la RAF, un Levis gris et des Church Torpille à boucle. La scène se passe dans de sa tête :

« POURRITURE D’OREILLETTE, saloperie de parasites ! Rue Philippe-Triaire, c’est près de la Statue du Grand Poète, c’est ça ? Si je n’accélère pas, les Brigades d’Octroi et la Milice seront là avant moi. Où est mon WGPS, où est mon Tazer ? Bordel, quel désastre, un vrai champ de ruines. Rue Vignal, rue Merulana, rue Klug, Fowgay Drive… J’y suis ! Vaderetrosatanas : trois macchabées écrabouillés sur le macadam !

« Ecartez-vous ! Département Détective. Quelqu’un a assisté à la scène ?
— Moi, pas moi, moi, pas moi !
Trois témoins se bousculent, deux gonzesses et un gamin tenant en laisse un petit vieux qui claque des dents.
— Vous habitez la rue ?
— Pas moi, non, pas moi, non !
Il n’y a pas un habitant du quartier parmi les témoins oculaires. Sur les 29 pas-de- porte de la rue, seul le Cao-Bang est ouvert. Arnulf y a déjà bu des coups : un charbon-buvette qui faisait guinguette depuis la Naqba hongroise. Il ôte ses bésicles et lève les yeux : pas une fenêtre ouverte, pas un péquin au balcon, même pas la traditionnelle mémé voyeuse…

Letondeur ne fait ni une ni deux, il s’approche d’une dondon chauve qui tourne et retourne ses marrons dans un brasero défoncé. Parmi les mecs occis, elle dit qu’il y a son mec. Ses babouches sont maculées de sang, mais elle touille ses châtaignes comme si de rien n’était…

— Votre mec s’écrase la tronche sur le bitume, tout le quartier est en émoi et c’est tout ce que ça vous fait ?

— C’est pas parce qu’on couche qu’on s’aime…
— Il faisait quoi, comme boulot ?
— Il était inspecteur d’assurance intérimaire au noir.
— Vous êtes sûr de ce vous avancez ?
— Tout à fait bien sûr, demandez à mon père.
— Et il fait quoi, votre père ?
— Il travaillait comme vigile au Géant Total-Global, de l’autre côté du Port autonome, maintenant il vend des idées géniales d’occasion aux birmans de l’Entreterre.
— Vous connaissez les autres victimes ?
— Pas du tout, je n’ai aucun Chinois sur mon carnet d’adresses.
— Vous pensez qu’ils sont tombés ensemble, qu’il n’y a eu qu’un seul service ? La touilleuse de châtaignes se prend un retour de flamme dans les narines, c’est Gros Gavroche, un recycleur de la rue Merulana qui répond à Arnulf :
— Parole ! Ils sont tombés d’un coup, mais l’un après l’autre… J’veux dire qu’ils ne se sont pas écrasés exactement ensemble.
— Logique, fait Arnulf en se grattant les aisselles. Si tu avais bossé la chute des corps au lieu de dévaliser les cadavres sur les barricades, tu comprendrais pourquoi. » Letondeur est un pro, rien ne l’époustoufle. Il pousse la porte du Cao Bang et s’adresse au Grand Saïd, un va-chercher du quartier de l’université quand il y avait une université…
« Bonjour Saïd, Commissaire Letondeur, Vous connaissiez les victimes ?
— Pas du tout, ce ne sont pas des gars du coin.
— Qu’est-ce qui s’est passé, à votre avis ? Qu’est-ce qu’il leur est arrivé ?
— Une histoire de gonzesses, ou bien alors une histoire de fric. Pas un empoisonnement alimentaire en tout cas. Vous savez, les causes des crimes et des suicides, c’est les mêmes depuis Abel et Romulus. »

Il y a un bruit à l’arrière du Cao. Arnulf distingue l’ombre d’une nana en tablier qui déguerpit. Il est vif comme la poudre, le Commissaire, il écarte Saïd d’un coup de coude et chope la fille par un pied au moment où elle va se carapater.

« Me laisser, me laisser, pas de papier, me laisser ! »

« Merdre, fait Arnulf Letondeur, cette fille ne comprend rien aux questions que j’lui pose ! »

La fille baisse sa culotte, elle a un croupion de pintade mal plumée et elle ne sent pas la rose.

(A suivre)

SAISON 01 – EPISODE 05

Résumé de l’épisode précédent et contexte

UN ELEPHANT EN BURNOUS se présentant comme un billionnaire, rachète toutes les boutiques de la rue Vignal, au cœur dévasté de ce qui a été le quartier de l’Université. C’est le signal d’une épidémie de plongeons par la fenêtre et d’évacuations forcées du Quartier du Q., non loin de la Statue du Grand Poète. Albert Veillet-Lavallée, le doyen des faits-diversiers de la Généralité, et Arnulf Letondeur, le commissaire de la Division “Enquêtes Spéciales”, se perdent en conjectures…

« ALLÔ, VEILLET ? Mais qu’est-ce que tu fous, tu t’es recouché ? Sors de ton p… de pageot et réponds-moi ! »

La voix de Gordon Le Michon, le rédac-chef des « Affiches », ne fait ni chaud ni froid au doyen des Rouletabille de la Généralité, il fourre sa tronche piquetée de comédons au plus profond de son polochon et jure qu’il finira sa sieste.

Son rédac-chef ne lâche pas le morceau :

« Veillet, si tu ne retournes pas tout de suite rue Philippe-Triaire, je fous le feu à tes archives !

— N’fais pas l’con, Gordon ! Bon dieu, mais comment vous allez faire quand je serai à la retraite ? J’suis de congé, ce matin !
— Congé, mon cul. Deux autres abrutis ont fait le grand saut, on ne va pas se laisser doubler par les gars de “La Blatte Daily”, quand même !
— Calme toi, Gordon, ce n’est pas comme si les Bulgares attaquaient ! Et puis j’ai des observateurs sur place.
Saloperie de conscience professionnelle, grogne A.V-L en glissant ses viandes dans son benne et en se tartinant l’épi. Rue Il fallait qu’il mette la main sur U’ Pasqua’ qui à c’t’heure là prenait son apéro pas loin de la Statue du Grand Poète…

Quand il est dans la rue, Albert Veillée-Lavallée, dit le Bert, jette un coup d’œil à gauche, puis un coup d’œil à droite, enfin un coup d’œil dans son dos. Comme il le fait chaque fois qu’il passe sous ses fenêtres, il constate que la dernière prof d’allemand du Quartier du Q. n’est pas rentrée de sa leçon de batik au Secours Birman. Les rues ne sont plus très sûres depuis qu’on a supprimé les soupes populaires et qu’il faut acheter son pain et son vin dans le ghetto bulgare. Coup de pot, U’Pasqua boit bien des anisettes au Cao Long.

« U’ Pasqua, t’en reprends une ? Moi ce sera un déci de fendant… Dis moi, vieille crapule, comment t’expliques que le quartier se soit vidé tout d’un coup, j’ai pas vu un visage connu depuis la Statue…

Pascal U’ Pascal, né en Ancienne Corse avant le Typhon ne s’explique rien ni ne comprend rien.

— Et pourquoi t’y comprends rien ?

— Ben parce que tout s’est produit en moins d’un mois, l’Eléphant en burnous s’est pointé et tout le monde s’est évaporé d’un coup. C’est bien simple, y’a même plus une pute !

— Il se serait passé quoi, à ton avis ? Ils seraient passés où, tous ces gens ?
Pascal au carré n’a pas de réponse.
— Mais dis-donc, y’avait pas ton pote de régiment qui habitait dans le coin, on pourrait l’interroger ?
U’ Pasqua n’aime pas qu’on lui perturbe les biorythmes lors de l’apéro mais il opine et ils franchissent une porte moisie au début de la rue Vignal.
— Merdre, merdre, merdre, interjette Pasqua. Impossible de glisser sa clé dans la serrure, on dirait que l’autre crétin s’est enfermé de l’intérieur !
Arnulf ne fait ni une ni deux, il défonce la porte avec son pied-de-bouc télescopique.

Pétard ! La fenêtre grande ouverte, les rideaux déchirés et les meubles réduits en cubes à la tronçonneuse.

— Qu’est-ce t’en penses, Pasqua ?

— Qu’on devrait se pencher pour voir s’il y a un tas de viande rouge sur le pavé, non ?

Silence réprobateur de Letondeur…

— Ne me regarde pas comme ça, les assassins sont p’t-être des pompiers. Ils calent leur échelle la nuit dans la rue et v’lan, leurs victimes finissent en chair à saucisses sur le macadam…
— T’es génial, le Corse, tu me croiras pas, tu me crois si je te dis que j’ai trouvé un casque de pompier devant le bistrot ?
— Tu te paies ma tête, c’est ça ? N’empêche, y’a un blême ! Si tu calcules l’angle entre la fenêtre dont les plongeurs ont sauté et l’endroit où ils se sont crashés, il y a une dizaine de mètres de décalage. A croire qu’ils ont tous rampé dans le même sens pour chercher de l’aide…

— Pasqua’, toi qui a plus d’intuition que de cervelle, si tu devais commencer ton enquête par un bout, quel bout tu choisirais ?

— J’irai voir l’éléphant en burnous. Depuis qu’il a posé ses valises dans le coin, on nage dans le bizarre…

(A suivre)

SI VOUS VOULEZ LA SUITE, ENVOYEZ LES ETOILES….

la Cigale de Jean de La Fontaine Réhabilitée

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 Nouvelle    LA CIGALE de Jean de La Fontaine réhabilitée.

Synopsis :

Petite mise au point d’une nine de Provence un peu tristounette que l’on ait
fait passer notre belle cigale pour une
frivole cagole, chantante et dansante.

Avec tout mon respect et admiration à Jean de La Fontaine

Cher Toi, Sieur Jean de La Fontaine que j’apprécie tant.
J’aurais bien aimé que tu ne nous escagasses pas notre cigale bien-aimée,
emblème de notre belle Provence qui avec ses cymbalisations enchante nos esgourdes, berce nos siestounes à l’ombre du figuier odorant,
la cruche d’eau fraîche à nos côtés.

À ta décharge j’en conviens, à ton époque tu ne pouvais pas connaître la vie de cette belle gracieuse.
L’éthologie a vu le jour en 1940. Je ne t’en tiens  donc pas rigueur.

Je vais, si tu le permets, la réhabiliter.
La peucherette, ne mérite pas cette disgrâce, fan de chichourle.

(Ci-dessous, en minuscules le texte original  de Jean de La Fontaine et en MAJUSCULES le texte de la nine Fanny.

_ La cigale, ayant chanté tout l’été,
se trouva fort dépourvue
quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
de mouche ou de vermisseau.

LA BELLE CHANTEUSE S’EN MOQUE COMME DE SA PREMIERE ELYTRE DE TES MOUCHES OU AUTRES VERMISSEAUX.
ELLE SE DÉLECTE UNIQUEMENT DE LA SÈVE DES PLANTES ET DES ARBRES.
SI TU L’AVAIS SU, JE SUIS PRESQUE CERTAINE QUE TU AURAIS TROUVÉ UNE AUTRE BESTIOLE À ÉPINGLER.

_ Elle alla crier famine
chez la fourmi sa voisine,
la priant de lui prêter
quelques grains pour subsister
jusqu’à la saison nouvelle.

LE GRAIN N’EST PAS NON PLUS UNE RÉGALADE POUR CETTE GRACIEUSE.

SACHE, CHER JEAN, TU PERMETS QUE JE T’APPELLE AINSI ?
SACHE QUE LA PAUVRETTE NE PASSERA PAS L’HIVER, PAS QU’ELLE MOURRA DE FAIM, NON IL Y A PLÉTHORE DE NOURRITURE POUR ELLE.
ELLE MOURRA CAR C’EST SON DESTIN DE CIGALINETTE.
UNE FOIS QU’ELLE A ACCOMPLI SON DEVOIR DE MÈRE, QU’ELLE A DÉPOSÉ SES ŒUFS DANS LES BRINDILLES DU CHAMP ENSOLEILLÉ, ELLE S’ÉCLIPSE DISCRÈTEMENT, DISPARAÎT, ET MEURT.

PAUVRE DE NOUS, TU N’IMAGINAIS PAS  CELA !

_ Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’Oût, foi d’animal,
intérêt et principal

TA PAUVRE FOURMI SE TROUVERAIT FORT MARRIE  SI LA CIGALINETTE LA REMBOURSAIT UNIQUEMENT EN SÈVE DE PLANTE.

_ La fourmi n’est pas prêteuse ;
C’est là son moindre défaut…

_ Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.

— Nuit et jour à tout venant,
je chantais, ne vous déplaise.

CHER JEAN, NOTRE CIGALETTE N’EST PAS UNE GROSSE FEIGNIASSE, PARDI, DURANT 3 À 5 ANS FIGURE-TOI, QUELLE A VÉCUE SOUS LA TERRE, ELLE A CREUSÉ DES GALERIES, ELLE A MUÉ PLUSIEURS FOIS, S’EST NOURRIE DE LA SÈVE DES RACINES DES ARBRES.

— Vous chantiez ? J’en suis fort aise.
Eh bien ! Dansez maintenant

LA CIGALETTE MIGNONETTE NE CHANTE PAS, C’EST SEULEMENT LE SIEUR CIGALON QUI CHANTE POUR MARIER SA BELLE NINE.
IL NOUS L’ENCHANTE LE COQUINOU PAR SES CYMBALISATIONS QUI NOUS BERCENT OU NOUS SAOULE PARFOIS.

SANS RANCUNE,   CHER JEAN ET MERCI POUR TOUTES TES FABLES.

Mes iles de Lérins

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                     Nouvelle     Mes Iles de Lérins

SYNOPSIS :

Un lieu magique hors du temps, une balade sur les Îles de Lérins à Cannes, de mon enfance à mon adolescence et à l’âge adulte.
Imprégnez vous de la douceur, des senteurs et sons pour une immersion vers des sensations d’ envies d’être là ici et maintenant.

Chapitre I :Prologue.

Je suis née il  en 1956 dans un pays de cocagne, là où les cigales cymbalisent et où est né mon accent chantant, sur les collines dominant la lumineuse baie de Cannes.

Du plus loin que je me souvienne il y a un endroit qui m’a Touché au cœur.

À regarder comme cela, oh ! Peuchère cela peut vous sembler banal.
Deux petites îles posées dans la baie de Cannes.
À peine à 20 mn en bateau.
Elles sont allongées presque côte à côte en parallèle du littoral.
Enfant je les voyais comme deux jolies baleines endormies entre le bleu du ciel et de la mer.
Ce sont les iles de Lérins.

Qui y est allé, en est revenu enchanté.
Qui n’y a pas encore posé le pied, j’espère, qu’à travers ces humbles mots, aura envie de les découvrir, de s’y laisser enchanter.

La première île, la plus grande, Sainte Marguerite de plus  de trois km de long et moins d’un km de large.
On y trouve le Fort Royal édifié, en 1617, par le Duc de Guise et la légende du Masque de fer, qui y aurait été emprisonné.

La deuxième Saint-Honorat.
De plus d’un km de long  et à peine la moitié de large, elle abrite un monastère de moines cisterciens qui cultivent la vigne et font un bon vin.
Un havre de paix.
Les iles de Lérins sont domaines protégés, sans voitures.

Chapitre II : Vers une île.

J’ai 7 ans, petite gringalette, cheveux noirs bouclés, peau dorée, yeux bruns , je réalise fan de chichourle qu’aujourd’hui avec papa et maman, nous allons à l’île Sainte Marguerite.
J’y arrive par la mer en navette, la traversée sur l’eau qui clapote est excitante, le ciel bleu pur dans lequel tournoient mouettes et goélands majestueux, m’écarquillent les yeux.
La côte s’éloigne, l’île se rapproche.
Le bateau accoste sur une terre sauvage.

C’est, de tous mes sens… sens dessus dessous, que je commence le voyage.

Les yeux éblouis, le ciel bleu azur, l’eau transparente vert pâle, la ligne des pins d’Alep d’un vert profond, tordus par les éléments, enracinés dans cette terre de Provence si particulière, rouge orangée, mon cœur exulte.

Nous prenons le sentier sablonneux qui traverse l’île dans sa largeur, c’est l’allée des eucalyptus, je pense que c’est de là que me vient mon amour des arbres.
Ces eucalyptus géants, centenaires, dont l’écorce s’écaille en longs rubans blancs nacrés, dont les feuilles élancées d’un vert doux et leurs fruits en forme de cônes bleutés, embaument l’air chaud, vibrant de leurs fragrances  camphrées, pour une pitchounette telle que moi c’est l’ivresse olfactive.

De part et d’autre de ce chemin s’étend la forêt méditerranéenne, chênes verts, myrtes, pins d’Alep, cystes, oliviers.
Une senteur de garrigue marine.
Les cigales chantent de bon cœur et enchantent nos esgourdes.
L’air est chaud, la brise marine à peine perceptible.
Je suis si petite, que ce foisonnement de couleur, de senteur, de bruissement me tourne un peu la tête.
Avec mes parents j’arrive de l’autre côté de l’île, la mer scintillante apparaît. Je suis au lieu dit « Les pierres  plates », nommées ainsi par les Cannois.
Une succession de criques rocheuses plus ou moins grandes, parsemées de grandes roches plates où nous aimons nous installer.
Les criques sont surplombées par les tortueux pins d’Alep.
Pour la pitchounette rêveuse que je suis, ils sont crocodiles, serpents, éléphants… Je les aime.

J’ai le sentiment d’être à l’autre bout du monde dans ce lieu sauvage, préservé.
En face,  l’île Saint Honnorat, entre les deux des voiliers et petits bateaux se balancent au gré de la houle.

En maillot je fonce dans un trou d’eau entre les roches, et telle une éthologue en herbe je passe des heures à observer la mini faune marine dans cette petite bassine naturelle.
Les arapèdes, coquillages à chapeau chinois, collées au rocher, papa en décolle une petite au couteau, j’y aperçois une ventouse ressemblant à la chaire d’un escargot, papa la sort avec son canif et la mange, je suis horrifiée. Pauvre de nous jamais je ne mangerai cela !
Je retourne à mes observations.
Les tentacules roses d’une petite anémone de mer dansent au flux et reflux de l’eau dans la cavité rocheuse, c’est hypnotisant.
Un ravissant minuscule crabe sort de sa cachette, il se déplace latéralement, vif, rapide, zou voici qu’il disparaît sous la roche.
Un bernard-l’hermite affublé d’une coquille à perruque d’algues vertes ondulantes inspecte les lieux, de minuscules bigorneaux avec une jolie coquille en ellipse vert sombre s’accrochent à la roche.
Sur le fond se trouvent de petits coquillages, des morceaux de verre polis, telles des émeraudes, joyaux des mers,  des petits galets de jolies formes.
Je ramasse ces trésors, pour ma boîte à souvenir. Dès que je l’entre ouvre,  les couleurs, les odeurs, m’envahissent, j’ai le sentiment d’être de cette terre-là.

Chapitre  III : Son et lumière.

J’ai 10 ans, mon tonton nous fait la surprise avec ma petite cousine d’aller assister à un spectacle qui restera gravé à jamais dans ma mémoire.
Le tonton nous embarque de nuit sur la navette des îles de Lérins.
Les deux petites étions excitées et aux anges.
Nous allions assister au son et lumière de l’île Sainte Marguerite.
Du bateau qui longe l’île commence l’émerveillement. De la musique, des lumières de couleurs  éclaboussent le bas du fort Royal. L’histoire de l’île Sainte Marguerite nous est contée d’une belle voix.
La visite se poursuit, une fois accosté, la lumière se révèle au fur et à mesure de notre avancée vers le Fort Royal. C’est intimidant, étonnant, mystérieux.
Nous apprenons l’histoire du masque de fer emprisonné ici, cela fait un peu peur.
L’ambiance est particulière, la chaleur monte du sol, les effluves végétales sont prégnantes, la mise en scène « son et lumière » est féerique.
Pleines de sommeil, la tête emplie d’images, de son, de sensations nous retournons vers Cannes sur une mer d’huile sombre, parsemée du reflet d’étoiles et de la lune bienveillante.

Chapitre IV :A fleur de peau

J’ai 15 ans, longue, sportive brunette avec mes copains copines, nous aimons passer une journée à l’île sainte Marguerite.
Une bande de joyeux drilles, sportifs.
Nous sommes tous d’ici, nous aimons nos îles.
C’était un temps où les poubelles étaient des paniers en fil de fer, accrochées aux pins.
Idéales pour des parties endiablées de basket-ball.
Nos pauvres cigalettes aux alentours avaient pris la poudre d’escampette.
S’ensuivait la baignade délicieuse dans l’onde bleue rafraîchissante.
Les posidonies, longues herbes marines,  sanctuaire naturel de la faune marine forment de grands tapis verts sombres, elles sont le poumon de la Méditerranée.
Toujours cette sensation de bout du monde, d’un lieu exceptionnel que nous chérissions.
Du haut de notre adolescence  cette île était LA nôtre.
Nous aimions la balade le long du sentier de randonnée qui fait le tour de l’île.
Nous évoquions les émotions de notre enfance, de nos premiers pas sur cette île, chacun avec son ressenti, son histoire.
Sous l’ombre des pins et chênes nous progressions, parfois jacassant, souvent silencieux, à l’écoute, yeux grands ouverts à cette nature sauvage.
À l’Est de l’île, à sa pointe nous avions trouvé de tristes bâtisses, des blockhaus vestiges d’un passé pas si lointain.
Il paraît qu’ils n’ont pas servi faute de canons. Tant mieux !
Ils sont devenus un terrain de jeu, nous faisions des parties de cache-cache à l’intérieur.
L’âge des premiers émois, l’éveil de nouveaux sens, des  mains qui se frôlent dans le noir, des mots chuchotés, des lèvres effleurées.

Les iles pour les petits Cannois, c’est aussi ces instants suspendus.

Chapitre V : Sérénité

Je suis adulte, c’est ma période île Saint Honnorat, l’île des moines cisterciens avec leur monastère et leurs vignes.
Étant jeune j’y suis peu allée.
Quel dommage !
Elle est merveilleuse cette île.
Depuis, j’en profite.

De l’embarcadère de Saint-Honorat nous voyons en face l’île Sainte Marguerite, et la baie de Cannes s’épanouir sous nos yeux émerveillés.
Avec mon mari, nous traversons l’île dans sa largeur, les sentiers sablonneux sont la réplique botanique de l’autre île, senteur, douceur.
Nous découvrons des parcelles de vigne, avec parfois des frères cisterciens en plein travail.
C’est dépaysant de trouver cette végétation sur une petite île.
La balade se poursuit, nos cigalettes sont au rendez-vous.
Arrivés de l’autre côté de l’île le panorama est époustouflant, la mer à perte de vue.
Du bord de notre île, appuyés sur le tronc d’un pin presque allongé  peut être fatigué des vents d’hiver, nous sommes plongés dans l’infini horizon marin.
Sur le chemin nous croisons d’adorables petites chapelles du Xe siècle, un four à boulet de canon de l’époque napoléonienne.
Cette île est plus petite, mais regorge de curiosités.
En longeant le sentier du bord de mer vers l’Est, nous arrivons sur une allée plantée de palmiers, de parterre de géraniums, d’oliviers, de lauriers roses.

Au fond se dévoile le monastère cistercien.
Une sensation d’être allé très loin en terre étrangère.

Notre crique préférée se situe en contrebas, cachée par une végétation dense.
Là se trouve mon petit paradis, une succession de trois mini-criques, avec une petite plage de galets en camaïeux gris. Un épais tapis de posidonies séchées nous accueille, tel un matelas gris naturel, moelleux, étrange, à l’odeur un peu iodée.
De pique-nique, en siestounes bercées par le clapotis des vaguelettes, de baignades dans l’onde claire, fraîche sous le cagnard… le paradis je vous dis !
Le monastère n’est pas ouvert à la visite, mais on peut y faire des retraites.
La boutique de souvenirs, ne m’a pas laissé une grande impression.
L’abbaye de Saint Honnorat est somptueuse, on y accède par un petit sentier clos, bordé à sa gauche d’une glycine ancienne qui croule sous les grappes fleuries mauves aux effluves sucrées et de pimpants rosiers grimpants.
L’entrée avec son péristyle en arc de cercle ouvragé nous accueille et nous enchante, avant d’entrer dans l’abbaye.

Comme beaucoup d’entre nous j’ai été confrontée à un deuil, celui de mon papa dont je n’arrivais pas à m’apaiser.
Je suis entrée dans ce sanctuaire majestueux, il y régnait une pénombre réconfortante et surtout un silence absolu, j’ai ressenti un bien-être immense, le repos du corps, enfin, se fait sentir.
Je fonds en larmes, je suis apaisée (je ne suis pas croyante).
Ce lieu m’a empli par son calme, son silence, sa fraîcheur, sa beauté.
Il y a des lieux qui vous bouleversent.
Pour chacun d’entre nous il est unique.

À côté sur le bord de l’eau s’élève, une tour carrée fortifiée du XIIe siècle de plusieurs étages, restaurée.
Mon deuxième lieu de bien-être.
Au dernier étage, se trouve une terrasse face à l’horizon, la mer à perte de vue.
Le silence, le vent, le bruit des vagues, des oiseaux de mer, la brise, la douceur du soleil, tout cela, pour moi, contribue à l’instant, celui où je suis moi face à moi.
L’île de Saint-Honorat est un joyau bien préservé.

Chapitre VI :Epilogue.
Cannes et ses Îles de Lérins, un écrin que nous chérissons.

Dans mon enfance l’embarcadère pour les iles était dans Cannes au vieux port à côté de l’actuel palais des festivals (qui n’existait pas).

On pouvait prendre un billet pour les deux îles et donc aller facilement d’une île à l’autre.
De nos jours l’embarcadère se trouve de l’autre côté du nouveau port au quai Laubeuf avec un immense parking.
Il n’est plus possible de faire les deux îles avec le même billet.
Deux compagnies privées se partagent les trajets, l’île Sainte Marguerite possède sa compagnie, et Saint Honorat la sienne : celles des moines.
C’est le progrès…

Ce qui restera et je l’espère immuable, c’est le côté préservé et sauvage de ces lieux uniques.

J’emmènerai mes petits-enfants au « son et lumières » de Sainte Marguerite.

Libéco

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libeco-avril-17-a»

Les dirigeants de la société LiBéCo invitent les familles des tours à rejoindre leurs nouveaux dômes en prétextant l’obsolescence des immeubles.
Tandis que les enfants partent par voie aérienne, deux pères quittent discrètement le cortège des adultes dans l’intention de découvrir ce que cache cet exode forcé.

 

 

De l’accent Provençal

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                Nouvelle     De L’accent Provençal

Prologue

Petite Provençale déracinée un temps en la très belle Normandie,  j’ai été moquée de cet accent chantant venu du soleil. Cette nouvelle est prétexte à redonner ses lettres de noblesse à l’accent du sud. Chez nous on dit  « l’assent » avec une intonation chantante. Ensoleillez vous au grès de ces mots égrenés de notes chaudes, vibrantes, simples. Ecoute amie toi qui te moque de mon assent.

””

Je suis née provençale, au pays des cigales qui stridulent dans les pins parasols, de la garrigue avec ses senteurs envoûtantes, de cyste aux pétales de soie blancs ou roses dont les feuilles veloutées enivrent nos sens d’une subtile  odeur poivrée, des pins parasols tortueux aux effluves de résine,
de l’olivier séculaire, majestueux au feuillage gris-vert, généreux en fruits qui me font saliver oh fan de chichourle rien que de t’en parler.

Amie moqueuse comment voudrais tu
Que mon assent, soit pointu, ou neutre.
Tu l’auras compris il vient de cet environnement lumineux, odorant, vibrant.

Mon accent, fait partie de cette terre de Provence, il est moi.

Et voui, peucherette je n’arrive pas à prononcer comme toi, L1ndi, chez moi c’est lindii ,
Je ne dis pas rôse, mais rause, je ne sais pas  mettre la bouche en cul de poule .
Mon phrasé est ouvert, généreux, il est ensoleillé. On y distingue les syllabes qui s’envolent telles des parpaillous.

Cet accent vois tu, il vient de loin, il est gai, les expressions y sont imagées.

On aime peut être l’emphase, en fait c’est la générosité du cœur qui éclabousse les mots, comme l’onde fraiche d’une source cachée.

Amie, entends tu la douceur, la chaleur de mes mots ?

Il est vrai nous avons parfois des expressions qui peuvent paraître à l’estranger  déconcertantes.

Ma mémé elle me disait, petite va me cueillir s’il te plaît un faï de thym et de romarin.
Je m’empressais de lui ramener le précieux et odorant butin de la garrigue.  Ah peuchère quelle fragrance !
Mémé disait, Pitchoune je vais farcir le lapin du thym et mettre le romarin sur les pommes de terre coupées en carrés tout autour avé l’huile d’olive.
Ma gallinette, le thym et le romarin c’est le Centre.

  Amie, comment veux tu qu’avec de telles merveilles je puisse parler la bouche pincée ! Les mots roulent  en sons chantants.

Le soleil brille, il fait chaud, on cherche l’ombre et la fraîcheur de la bâtisse, en y entrant,
on s’esclame bou ‘diou, coquin de sort, qué cagnar, qué sudagne. Et on boit la citronnade fraîche dans l’ ombre  de la maïoune. (maison)

Cette vie, dans ces lieux de cocagnes nous  donne le soleil dans la voix.

Le soleil, ça brille, ça chauffe, ça ne peut que nous donner cet air chantonnant.

Maintenant que tu sais d’où vient mon assent  ensoleillé, l’accepteras tu plus facilement, même si m’entendre ainsi t’escagasse ?

Le choix de la lionne.

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»

Le choix de la lionne.

 

Steph n’avait pas eu besoin de faire semblant.

La douleur revenait, et elle ne se cachait plus. Elle apparaissait dans ma voix, dans mes yeux, dans mes gestes. Moins de gestes qu’hier et plus que demain, a contrario du ridicule message de la médaille.

Il l’avait offerte il y a longtemps, à « sa lionne indomptable », comme il disait. Elle était partie se cacher dans l’ombre des acacias, le jour où elle avait senti que la gazelle courrait toujours plus vite qu’elle, le jour où elle avait réalisé que la gazelle préférait se laisser rattraper par…

Pourquoi est-ce que j’avais gardé cette horreur ? Plus qu’hier et moins que demain… Quelle dérision, la vie se chargeait d’inverser le processus.

Il n’avait pas eu besoin de faire semblant, non. Ses larmes avaient ponctuées les miennes, elles les avaient accompagnées, pour un temps, pour ne pas être en reste. Quelle part pour moi, quelle part pour lui ?

Et réciproquement, aurait dit Maxou.

Oui, Maxou avait raison. Quelle part de mes propres larmes était pour moi, et quelle part était pour Steph ?

Peu, en fait, très peu.

Pour « sa lionne indomptable » ?

Une réunion d’épouses délaissées pour cause de coupe d’Afrique des nations avait sonné le glas de la formule, par la grâce de Maxou, l’intransigeante.

— Le mien, il m’énerve avec ses lions indomptables ! Je lui en…

— C’est quoi les lions indomptables ?

— L’équipe du Cameroun, rien de plus que des encouillés footeux, en fait, hein, et quand on sait comment sont montés les lions, en plus…

— Dis donc, Maxou, tu disais pas ça à propos de Bikana, l’autre jour…

Pour les fleurs épisodiques ?

Elles marquaient les jours de la gazelle, après tout, comme les coupons de sa carte bancaire me l’avaient appris, un jour où le ménage avait débordé sur son bureau. Les bouquets coûtaient deux fois plus chers que ceux que j’achetais moi-même. Un hasard, sans doute ?

Pour le bricolage, pour l’entretien de la maison, pour l’amour qui restait entre nous ?

L’ordre de mes pensées me donnait la réponse.

— Steph, il faut qu’on parle sérieusement, toi et moi.

— Maintenant ? Tu ne préférerais pas…

— Non.

— Bon, mais tu n’as pas l’air bien…

— Il n’y en a pas pour longtemps, Steph.

Il a blêmi, je n’avais pas voulu faire de double sens, ni d’humour noir, mais tant pis, ce n’était plus le moment de finasser, le temps pressait, et la douleur aussi. Elle était nouvelle, celle là, sauvage, vigoureuse, pas encore apprivoisée. Elle mordait plus fort, mais moins longtemps. L’autre, la vieille, elle faisait partie de moi à présent, elle avait sa place dans mon corps, devant à droite. La place du mort. Sûre d’elle, elle se faisait oublier, elle contemplait sa victoire dans mon déclin quotidien.

— Je vais partir, Steph, faire une petite promenade…

— Par ce temps ? Mais…

— Je vais m’en aller deux heures, environ, et pendant ce temps, tu pourras faire tes valises.

— Mes valises ? Mais…

— Oui. Tu n’habites plus ici, Steph, et moi non plus. Ne discute pas. Pars rejoindre Virginie, ou Émilie, je ne sais plus, et reste près d’elle. Si elle veut de toi, ou barre-toi à l’hôtel, comme tu veux, mais je veux être seule pour dire adieu à la maison.

— Mais c’est idiot, je veux rester avec toi, mon amour, elle ne compte pas.

Le double sens me tentait, je n’ai pas résisté.

— Oh si ! Tu t’en apercevra bien assez tôt, Steph. Mais ne me prends plus d’énergie, s’il te plaît, j’en ai trop besoin, ne discute pas et fais ce que je t’ai demandé.

— Mais…

Je me suis retournée, un instant, j’ai mis dans mes yeux le regard de la lionne. Il l’a vu, il a eu une tentation de recul, invisible mais perceptible. Je n’avais pas envie de hurler, et pas la force surtout, pourtant je pensais si fort qu’il a dû entendre, et comprendre.

— Mais, mais, mais… Mouton !

Il faisait froid, il pleuvait par instant. Un peu. Je ne retournerai pas vers le village, je cherchais l’endroit. L’endroit où je me sentirai bien. Dommage qu’il n’y ait pas d’acacias ici. La forêt sentait bon.

Il faisait nuit, j’avais trouvé l’endroit. Jolie vue. Quelques étoiles, mais pas trop, pour que le ciel ne se montre pas indiscret. Le couchant, tout ensanglanté, tout chaud, se faisait nuit peu à peu, se calmait avec une lenteur étudiée. L’est, futur vainqueur de l’obscurité, se marquait du halo de la ville, invisible derrière les collines, bavant de toutes ses fenêtres la débauche des lumières artificielles.

La forêt sentait bon.

Quelques bruits, tout près, trop près. Mon sang s’est affolé, puis s’est calmé. Qu’est-ce qui pouvait me faire plus peur ? Quelle bestiole était plus horrible que celles que j’avais apportées avec moi ? Elles étaient vaincues, mais elles ne le savaient pas encore. La jeune douleur fantasque et la vieille douleur sage allaient perdre le combat devant la lionne. Adossée au tronc de mon acacia, je voyais toute la savane devant moi, je voyais tous les endroits qui portaient mes traces, je voyais les herbes foulées, aplaties par les jeux de ma jeunesse, je voyais les longues traces paisibles des projets de mes jours, des rêves de mes nuits, je voyais les tourbillons et les volutes des folles amours fugitives, les deux longues avenues des sages amours assouvies, assoupies, et les deux petites traces qui partaient vers d’autres prairies, loin là-bas, vers d’autres vies. Les traces de mes petits…

La forêt sentait bon.

L’hélicoptère est revenu aujourd’hui, mais mollement, sans insister, les hommes en noir et leurs chiens sont loin, là-bas, sur Bretigney, à la poursuite d’un renard, d’un chevreuil. La lionne échappe à leur entendement. La lionne a maîtrisé les monstres qui la dévorent, ici, en s’appuyant contre l’écorce vive. La broussaille a choisi d’être savane, le chêne a choisi d’être acacia…

La lionne a le choix d’être indomptable…

Montenois, jeudi 13 décembre.

Elodie

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un passé brillant. Parce que, à mon avis, quand on arrive à combiner roman et rigueur historique, fiction et réalité, utopie et certitude, rêve et imagination, on obtient un beau mélange qui nous ouvre les horizons insoupçonnés des lectures captivantes et particulièrement attachantes.
Élodie est donc l’exemple typique de la personne passionnée de romans, assidue dans ses choix et en même temps très liée aux vertus de la bienséance, de l’amitié et du désintéressement. J’ai tenté dans ce roman de
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reproduire fidèlement notre première rencontre et ses suites, l’atmosphère qui a prévalu lors de nos discussions et de nos recherches pour retrouver le journal de Jugurtha. Ainsi, j’aurais atteint mon objectif en mettant en scène, au milieu de son manoir en Bretagne, cette femme aux goûts exceptionnels. Car en réalité, les faits, les choses et les événements n’existent que s’ils sont décrits ou racontés par les auteurs qui les ont vus ou vécus. Leurs contenus résonnent en nous, bien après que nous avions terminé de les lire. Je crois bien que c’est cet amour de la lecture, cette perspective de s’évader grâce aux rêves, vers les rivages lointains de l’univers des elfes et des anges, qui a poussé la belle châtelaine rencontrée aux Galeries Lafayette, à Paris, à garnir sa bibliothèque et à montrer son amour immodéré des mots et de la langue.
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I
J’avais accompagné Élodie jusqu’à la gare Montparnasse. Elle devait prendre le TGV, en direction de la Bretagne. Je ne savais réellement rien de son passé, de sa jeunesse, de ses espérances. En effet, je l’avais croisée pour la première fois aux Galeries Lafayette où elle était venue faire quelques achats. Nous avons fait connaissance dans un rayon de vente de vêtements, tenue par Bariza, une jeune parente à moi. Après les présentations d’usage, je fus amené à penser que j’avais affaire à une femme bien éduquée, instruite et séduisante. Puis, nous avons conversé spontanément, sur de nombreux sujets. Elle éprouvait, me dit-elle, une grande passion pour la littérature et les livres abordant tous les thèmes. Certaines lectures sont plus significatives que d’autres et marquent les étapes de notre propre vie. Notamment les romans où elle puisait, m’affirma-t-elle encore, toutes les ressources de l’imaginaire et tous les moyens de s’évader vers des horizons insoupçonnés moins stressants. La vie à Paris, bien que fort
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intéressante et enrichissante à plus d’un titre, présentait parfois les aspects d’un tourbillon épuisant, sans cesse renouvelé. Il fallait par conséquent de temps à autre, s’offrir un voyage reposant vers les espaces magiques de la création intellectuelle. C’est ainsi que nous nous étions raconté notre parcours respectif, sur un ton léger, comme si nous étions des amis de longue date. La glace fut brisée dés le début de notre conversation. Moi, venu de Marcimeni, près de la lointaine Constantine, perchée sur le fleuve Rhumel, je donnais libre cours à mon désir de me confier à une personne bien sympathique et bien agréable, à qui j’avais révélé mes origines chaouïes et constantinoises. Je ne manquais pas de lui livrer mes impressions, mes préférences, mon métier d’ancien cadre de l’administration des domaines, actuellement retraité. Si ma retraite m’avait permis maintenant de vivre en dehors du banal statut de commis au service de l’État que j’avais servi pendant trente-quatre ans, en revanche, je me sentais indépendant, heureux, libre comme le vent, libre de voyager où je veux. Et surtout, je possédais cette merveilleuse possibilité de satisfaire mon amour de la lecture, et d’enterrer définitivement l’étude rébarbative des dossiers administratifs. J’avais passé une grande partie de ma vie à jouer au scribouillard,
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dans le style ordinaire du rond-de-cuir décrit par Courteline. Je rentrais dans la catégories des personnels de bureau, dont le rôle essentiel consiste à rédiger des rapports pleins des habituelles formules hiérarchiques répétitives. Mon long itinéraire dans les dédales complexes et complexés des corridors des ministères et des wilayas1 ne m’avait laissé aucun souvenir durable. Bien au contraire.
Maintenant, j’aspirais tout simplement à me changer les idées. Quant à Élodie, elle avait dépassé la quarantaine mais sa beauté nordique éblouissante ne laissait apparaître aucune flétrissure. Cela étant, je compris, à entendre ses paroles, qu’elle avait gravé à jamais dans sa mémoire, les passages les plus significatifs d’auteurs célèbres ou moins connus, dont elle gardait le souvenir pareil à des pierres précieuses enfermées dans un écrin de velours. Elle était au courant de la parution de tous les livres nouveaux, vendus à la FNAC, aux Galeries Lafayette, ou au niveau des autres grandes librairies parisiennes, des récentes productions artistiques et romanesques, des moindres détails qui composent l’univers des lettres. Notre
1 Wilayas : Terme désignant l’équivalent de préfectures.
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discussion ne fut pas sans attraits. Nous vîmes combien nous partagions les mêmes idées, les mêmes goûts et les principes irréfragables d’une conduite morale au-dessus de tout soupçon. Bref, j’étais venu en France pour quelques semaines de vacances, profitant de mon visa touristique délivré par le Consulat général français à Alger, pour parcourir en voyageur attentif, les régions fertiles de la Beauce et de la Brie, outre l’avenue des Champs Élysées, le boulevard Haussman et bien d’autres quartiers de la capitale de l’Hexagone. Et en même temps, l’occasion m’était offerte, ce jour de printemps ensoleillé, où le mois de mai verdissait les près et mettait une variété de couleurs dans les jardins parisiens, d’évoquer avec mon interlocutrice, sur un ton gai et emprunt d’une sincérité inattaquable, les voies mystérieuses de la Providence, qui nous mettait ainsi en présence l’un de l’autre, sans aucun préalable. Nos chemins et nos destins s’étaient ainsi croisés, sans que je puisse affirmer, s’il s’agissait d’un hasard, d’un destin guidé ou d’un événement bien déterminé.
― Vous voudrez bien, me lança-t-elle à un moment donné de notre dialogue, venir nous rendre visite en Bretagne. Vous verrez, cela vous plaira beaucoup. J’y possède ma résidence
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principale. Je serais très heureuse de vous y accueillir. Mon père étant décédé, j’y vis avec ma mère et ma fille…
Il va sans dire que cette proposition éveillait ma curiosité et répondait à mon voeu de dépaysement, dans les endroits les plus pittoresques de la France.
― Je vous remercie infiniment pour votre invitation, répondis-je. Vous êtes vraiment très aimable et d’une gentillesse à toute épreuve. Pourtant, vous me connaissez à peine. Mais c’est avec un grand plaisir que j’accepterai de me déplacer vers une région aussi riche sur tous les plans et dont vous me feriez savoir, j’en suis sûr, les aspects les plus attachants. Croyez-moi, je suis touché au fond du coeur, par tant de délicatesse. Je serais également enchanté de voir votre famille. Votre geste amical démontre une ouverture d’esprit qui vous honore énormément.
J’avais mis beaucoup de chaleur dans mes propos, lui laissant entendre ainsi combien j’étais enthousiasmé à l’idée d’élargir mes connaissances géographiques et humaines. Élodie semblait accorder beaucoup d’importance à l’intérêt que je manifestais pour son offre. Ses
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voyages à elle, de temps à autre, à Paris, pour l’achat d’articles de qualité aux Galeries Lafayette, lui permettaient de se plonger dans une atmosphère autre que celle des bocages bretons. Sur sa lancée, elle n’omettait pas de se promener sur les boulevards des Capucines et de Saint-Michel, à la recherche de librairies offrant les dernières nouveautés littéraires, histoire de les feuilleter et de s’imprégner de l’odeur caractéristique de leur papier. Chemin faisant, elle empruntait les rues situées aux alentours de la Place des Vosges, donnant accès à plusieurs musées réputés, à des boutiques élégantes et à des restaurants de grande renommée ; ensuite elle prenait invariablement, la direction de la place Vendôme afin d’admirer les bijoux fastueux exposés dans les vitrines des bijoutiers-joailliers nombreux en cet endroit. Et aussi elle se réservait suffisamment de temps pour faire un saut dans les hippodromes de la périphérie parisienne où elle aimait admirer les courses de chevaux à la réputation bien assise. La plus noble conquête de l’homme constituait une force d’attraction à laquelle, elle ne pouvait résister.
Quand nous nous séparâmes sur les quais de la gare, après qu’elle m’a donné son adresse exacte en Bretagne, et son numéro de téléphone,
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il fut entendu d’un commun accord, que je ne tarderai pas longtemps à la rejoindre. Je lui fis donc la promesse de m’embarquer le plus tôt possible en direction du château qu’elle possède à quelques dizaines de kilomètres de Rennes. Étant donné ma disponibilité immédiate et mon statut de vacancier, je n’avais pas de grosse difficulté à envisager un tel programme et à aménager l’horaire adéquate dédiée pour ce faire. Impossible de refuser la perspective charmante de renforcer ce lien amical et de visiter une région située au bord de l’océan Atlantique, connue pour son climat salubre, sa côte escarpée, son hospitalité et son histoire millénaire. Il n’en demeure pas moins vrai que je devais me préparer à ce déplacement sans rien laisser au hasard. Car je ne pouvais m’empêcher d’éprouver une certaine appréhension, nonobstant le côté romanesque de l’événement. Je ne connaissais Élodie que depuis quelques heures. Même si elle avait formulé son invitation de façon spontanée, directe et sans arrière-pensée, il me fallait prendre toutes les précautions nécessaires susceptibles de m’éviter de fausses manoeuvres ou de maladresses préjudiciables à une aussi bonne entente fraîchement acquise. Il fallait ménager l’avenir sans trop brusquer le cours du destin. Mon
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souhait le plus vif était de ne laisser aucun nuage planer sur cette amitié intervenue si à propos, remplie du parfum de la nouveauté.
De retour dans l’appartement où j’étais hébergé provisoirement chez Bariza, et situé au bord de la Seine, je ne manquais pas de prévenir cette dernière de mon projet de voyage en Bretagne. D’un geste fort expressif, Bariza manifesta sa satisfaction.
― Yacine, je suis très contente de te voir aller à l’intérieur du pays. Puisque, après tout, c’est le but de ton voyage en France. Cela te changera un peu de l’air parisien ainsi que les idées. Et puis, ton excursion chez Élodie te permettra de découvrir une autre réalité, à savoir l’hospitalité proverbiale des Bretons. En tout cas, ton séjour là-bas te sera bénéfique à plus d’un titre, j’en suis persuadée…

»

Catharsys

Contenu complet

Fabien est prisonnier d’un lieu où cohabitent médecins et scientifiques. Il ne se rappelle plus qui il est, ni ce qu’il fait dans cet étrange endroit. Après avoir subi privations, tortures, et tests, les savants décident de passer à la phase suivante en réveillant ses souvenirs. En quoi consistera cette étape et quel sera l’objectif final de cette expérience ?

Faux roman d’initiation dans le fantastique, des faux-semblants et des chausse-trappes parsèment le récit, le passé et le présent s’imbriquent pour former un puzzle mystérieux. Laissez-vous porter et ne perdez pas le fil car ce labyrinthe est rempli de pièges…

Prologue

Ils me traînent jusqu’à cette chaise, m’attachent le torse au dossier avant de menotter mes chevilles aux pieds métalliques.

Ils ne me font toujours pas confiance malgré le temps passé ici…

Au même moment, l’un d’eux démarre l’ordinateur. Je le vois placer le curseur de la souris sur ce code. Toujours le même…

Ils sortent.

De nouveau, je me retrouve devant ce moniteur contraint de regarder cette liste. Au début, ne saisissant pas ce qu’ils attendaient de moi, j’avais cliqué au hasard sur les lignes diverses du programme ; toutes contenaient une combinaison alphanumérique incompréhensible…

Désormais, je me contente de choisir celle que le curseur m’indique : deux lettres, deux chiffres, deux lettres, je les connais par cœur : FZ33UF.

C’est à chaque fois la même rengaine et n’en comprenant toujours pas la signification, j’ai abandonné l’idée de lui donner un sens.

Depuis combien de temps suis-je coincé ici ? Je sens cette foule d’hommes en blouse blanche m’épier du matin au soir, planqués derrière l’immense baie vitrée, dans mon dos. Combien de jours à sentir leur regard, même quand je suis persuadé qu’ils ne sont pas dans la pièce, à les deviner s’agiter dans tous les sens ?

Malgré les sangles, je peux tourner légèrement la tête. J’ai déjà pu les observer, je me contente désormais des autres perceptions…

À quoi bon les regarder ? Ficelé comme je suis, Je n’ai aucun moyen d’agir.

Ils effectuent toujours les mêmes gestes, au même rythme ; le temps semble figé malgré la course de certains… Je dois penser à autre chose, si je ne veux pas devenir cinglé !

Ce qui me manque le plus, ce sont les odeurs. Ici, tout est aseptisé, ce qui a déteint sur mes émotions.

Pour échapper à ces données, j’observe ma chambre, encore une fois : un lit, une chaise et cet ordinateur… Pas d’armoire ni de table de chevet. Rien d’autre que cet ordinateur et ce maigre mobilier. Ni cadre, ni couleur pour égayer cette pièce blanche, ternie par les années. Il n’y a aucune ouverture sur l’extérieur : tout respire l’oppression.

*

Lors de mon unique tentative de fuite, quasiment aboutie, j’avais attendu qu’ils ouvrent la porte pour me faufiler par l’embrasure. L’un des médecins avait crié, mais j’avais été trop vif pour qu’il m’attrape.

Courir ? À quoi bon ? Je m’étais retrouvé à déambuler dans une multitude de couloirs qui se ressemblaient tous : interminables et éclairés par des néons blafards. J’étais totalement désorienté.

À mesure que j’avançais, l’angoisse me gagnait, nouant un peu plus ma gorge à chaque pas. Ils ne se donnaient même pas la peine de me chercher. J’évoluais dans ce dédale sans repère ; tombant sans arrêt sur des cellules qui ressemblaient à la mienne : des cobayes attachés sur une chaise fixant aveuglément leur moniteur. Tout comme moi, ils s’abîmaient les yeux sur ces foutus codes…

Je devenais fou : combien étions-nous à endurer cela ? Pourquoi nous ? Avions-nous quelque chose de spécial ? Si oui, qu’était-ce ?

Personne ne me suivait. Me testaient-ils ? M’observaient-ils, tel un rat de laboratoire dans un labyrinthe, sachant pertinemment que je ne trouverais pas la sortie ?

Le complexe semblait sans fin. Aucun escalier ni ascenseur…

Impossible ! Ce lieu devait bien avoir une issue quelque part ! J’essayais de rationaliser quand, soudain, surgissant de nulle part, un commando lourdement armés. J’étais dans leur viseur.

Avant de pouvoir réagir, je reçus un choc en pleine poitrine et m’écroulai lamentablement.

*

Première phase : dénutrition progressive.

Le trou noir. Seul le réveil fut marquant : une gifle violente assénée par l’un des gardes.

« Alors comme ça on veut jouer au dur ?

Je ne vois pas de quoi vous parlez, répondis-je du tac au tac.

Tu ne feras bientôt plus le malin. Je peux t’assurer que c’est la première et dernière fois que tu nous fais ce coup-là. Tu n’auras pas de seconde chance. Tu peux me croire. »

Je ne répliquai pas, mais mon sang bouillonnait dans mes veines… Véritable moulin à paroles, mon interlocuteur rajouta :

« Tu as perdu ta langue ? ricana-t-il. Tant mieux, tu n’as pas besoin de l’ouvrir. »

Inconsciemment, je serrai les poings et l’autre le remarqua.

« C’est que tu mordrais, si tu avais des dents. J’ai de la chance que tu sois attaché, s’amusa-t-il, avant de me menacer de son Taser.

Finies les plaisanteries ! », déclara un autre garde.

Le retour à ma cellule ne fut pas aisé : ils m’avaient menotté les pieds et sanglé les mains derrière le dos. Celui qui m’avait tiré dessus pressait son arme dans le creux de mes reins pour que j’avance plus vite. Je manquai plusieurs fois de trébucher. Certains m’invectivaient, d’autres se moquaient de moi durant ce parcours interminable.

Je me retrouvais dans cette chambre nue et glaciale, et ils me poussèrent sans ménagement sur le lit, comme un vulgaire sac de patates. L’un d’eux me délia les poignets, mais aussitôt après il me ficela aux barreaux métalliques de la couchette.

Ils commencèrent ensuite leur travail de conditionnement et rationnèrent de plus en plus ma nourriture. Ils devaient certainement me droguer, puisqu’à certains moments, mes pensées devenaient floues.

Cependant, je ne pouvais refuser de boire ce qu’ils m’offraient, craignant la déshydratation.

Physiquement, je m’affaiblissais de jour en jour. Psychologiquement c’était l’enfer : je perdais de plus en plus les pédales à force de passer la majeure partie de mon temps à regarder ces combinaisons énigmatiques. Continuellement attaché, ils restaient toutefois près de moi, me forçant à fixer l’écran, pendant qu’ils se délectaient de mon ignorance.

Dès qu’ils observaient mon indifférence pour ces chiffres et lettres, ils me rouaient de coups, m’insultaient jusqu’à ce que je reprenne. Ils finirent par me révéler que le code représentait ma nouvelle identité avant de…

Seconde phase : la torture.

La seconde étape débuta. Ils retirèrent l’ordinateur et le remplacèrent par une grande bassine remplie de glaçons. Au début, je ne compris pas où ils voulaient en venir, mais cela ne tarda pas.

Ils continuaient de m’enchaîner sur la chaise, mais désormais, ils me questionnaient, me laissant à peine le temps de répondre. Ils répétaient en boucle — Qui es-tu ? Que recherches-tu ? Pour qui travailles-tu ? — entrecoupés de chocs électriques des Tasers lorsque je ne répondais pas suffisamment vite. D’autres fois, ils me plongeaient le crâne dans l’eau glacée durant ce qui me semblait être d’interminables minutes, puis me redressaient sans ménagement.

J’ignorais combien de temps dura ce rituel. On avait retiré ma montre ainsi que l’horloge de la chambre. Je ne disposais d’aucun repère temporel dans cette pièce oppressante. Seule la cicatrisation de mes brûlures, de plus en plus profondes et nombreuses, m’offrait une vague notion sur la durée de ce calvaire.

Au début, je déclinais mon matricule, FZ33UF, puis comme je ne savais pas ce qu’ils attendaient de moi, je me murais dans le silence. Devant le manque d’efficacité, je répondais ce qui me passait par la tête, cependant ça ne semblait pas non plus leur convenir, car les tortures perduraient… Peu importaient mes propos, ils ne cessaient de me poser inlassablement ces mêmes questions.

Ayant épuisé toutes les options que mon cerveau pouvait concevoir, je m’enfermais dans un mutisme total, ce qui ne les empêchait nullement de poursuivre leur manège.

Combien de temps dura cette torture ? Le temps semblait se figer… Les cycles se répétaient sans cesse, pas un instant de répit excepté le sommeil et des repas de plus en plus maigres…

Troisième phase : renutrition et resociabilisation.

Heureusement pour moi, une autre étape se déclencha. Je ne sais pas pourquoi, mais leurs méthodes évoluèrent. J’en ressentis un soulagement immense. Peut-être s’étaient-ils rendu compte de l’impasse où ils me menaient ? Quoi qu’il en fût, la nouvelle approche me convenait mieux.

Pour commencer, ils stoppèrent leurs sempiternelles questions. Ensuite, une autre équipe prit le relais : je reçus la visite de nouveaux médecins, plus chaleureux que leurs prédécesseurs. Ceux-ci me donnèrent des livres, des mots croisés, du papier ainsi que des crayons.

Un matin sur deux, je devais soit vaquer à des activités artistiques, soit répondre à un docteur qui venait discuter avec moi. Ce dernier, petit et chauve, avec un ventre assez rebondi, arborait constamment un sourire aux lèvres. Sa voix agréable et bienveillante m’inspirait confiance. Même son nom prêtait à sourire : il s’appelait Amigo d’après sa blouse. Celle des autres était anonyme.

Certes, il me posait des questions, mais elles restaient somme toutes banales : « Comment vous sentez-vous aujourd’hui ? Avez-vous bien dormi ? »

Au fil du temps, un lien se tissa entre nous. Même si je savais qu’il faisait partie de mes ravisseurs, je l’aimais bien, ce petit bonhomme. C’était la seule personne qui se donnait la peine d’être aimable avec moi ici, et j’avoue que cela me faisait du bien.

Après le déjeuner, ils continuaient de m’attacher sur la chaise et remettaient l’écran d’ordinateur. Les après-midi étaient toujours aussi longs, à scruter ces combinaisons indéchiffrables.

Côté nutrition, ils me réhabituèrent à une alimentation équilibrée. Je repris des forces. Cependant, je me sentais la plupart du temps groggy : je suppose qu’ils dissimulaient des médicaments dans la boisson ou dans les plats… Vu mon état, je ne risquais pas de m’évader : je tenais à peine sur mes jambes.

Quatrième phase : vers une nouvelle expérience.

Il y a quelques jours, le docteur Amigo m’a annoncé que je leur avais donné satisfaction et que la prochaine étape commencerait bientôt. J’ai été surpris de cette information, à la fois impatient de connaître un nouveau changement, mais également inquiet : que prévoyaient-ils pour moi ?

Amigo m’a rassuré comme il a pu et m’a affirmé que je devais faire confiance à ses remplaçants. Il ne s’occuperait plus de moi ici, mais continuerait à m’observer d’un autre poste. Au moindre problème, il reviendrait me rendre visite.

Il ne me restait plus qu’à attendre la suite de la procédure.

*

Ce matin, un homme entre et vient me voir.

« Comment te sens-tu aujourd’hui ? »

Je décide de jouer le jeu. Je ne veux pas leur montrer que je suis usé… Ils n’auront pas ce plaisir.

« Bien. Même si je ne comprends toujours pas ce que je fais ici.

Ne t’inquiète pas. Tu auras des réponses… Un jour.

Vous savez rassurer, vous. »

L’homme se fend d’un sourire avant de continuer.

« Nous allons pouvoir passer aux choses sérieuses.

Les choses sérieuses ?

Tu ne crois pas que nous allons te garder ici à ne rien faire ? »

Je le fixe intensément, mais cela ne le gêne pas plus que ça. Au contraire, il s’en amuse.

« Tu devrais voir ta tête, tu ferais peur à ta propre mère. »

J’esquisse un sourire imperceptible et décide de tenter ma chance.

« Pourriez-vous me retirer ces menottes ? Elles me brûlent les poignets et engourdissent mes doigts.

Bien essayé, mais je ne suis pas né de la dernière pluie. On ne peut pas te faire confiance, tu nous l’as prouvé par le passé. Néanmoins, à ta place, j’aurais également tenté ma chance.

J’aurais essayé, marmonné-je.

Tu es solide. D’ailleurs, c’est pour cette raison que nous avons décidé de passer à l’étape suivante. Nous pensons que tu es prêt.

Prêt pour quoi ?

Chaque chose en son temps. Regarde plutôt ceci et dis-moi si ça te rappelle quelque chose. »

Il me montre une photo de moi, entre dix et douze ans. Je suis entouré de mes parents. Derrière nous, le soleil illumine les cimes enneigées des Alpes.

« Ce sont mes parents et moi. Quand j’étais gosse. Où l’avez-vous eue ?

Aucune importance. Concentre-toi sur la photo. Quels souvenirs te rappelle-t-elle ?

Elle a été prise pendant des vacances à la montagne. Elle ne m’évoque rien d’autre.

Bien. Quels sont les prénoms de tes parents ?

C’est quoi cette question ? Pourquoi voulez-vous que je vous donne les prénoms de mes parents ?

Réponds.

Si ça vous fait plaisir. C’est… »

Le trou noir. Il ne dure que quelques instants, mais semble s’éterniser ; pendant ce laps de temps, je suis incapable de me les remémorer.

Heureusement, les données me reviennent. Les données, terme curieux, mais c’est exactement ce que je ressens sur le coup ; comme si une personne extérieure avait surfé sur le net pour me transmettre ces informations…

Comment ai-je pu oublier que mes parents s’appellent Valentino et Marie ? C’est du délire. Ce n’est franchement pas rationnel et je préfère ne pas trop m’attarder sur cette impression qui me fait flipper.

« C’est bien. Tu es prêt. Je te le confirme. Mes collègues vont venir te chercher pour t’allonger sur le lit. Pas de bêtise, ils sont costauds et tu n’es pas en grande forme. J’espère que tu as bien profité de ton dernier repas.

Que voulez-vous dire ?

Ta prochaine nourriture sera spirituelle. Elle nous aidera pour la suite.

Spirituelle ? Vous aidera ?

Cesse de te torturer avec ces questions. Tu n’auras pas de réponse tout de suite. Tu savais ce qui t’attendait. Tu as signé.

J’ai signé quoi ?

On dirait que ta mémoire te joue des tours. Tu t’es porté volontaire.

Je ne me souviens pas avoir signé quoi que ce soit.

Assez parlé. Ils ne vont pas tarder. »

Le docteur – ou scientifique – part et je me retrouve à nouveau seul. Je ne sais pas quand, ni comment, ni pourquoi je suis arrivé ici. J’ai beau essayer de visualiser la signature d’un document, rien ne me revient.

Quelques minutes plus tard, d’autres blouses blanches arrivent.

« Patient FZ33UF, c’est ton tour, ordonne un médecin sans lever les yeux de sa fiche.

Vous ne pouvez pas m’appeler par mon prénom ? demandé-je, agacé.

Avance-toi.

Et comment le pourrais-je ? »

Le savant me regarde. Il se rend alors compte que je ne peux bouger.

« Libérez-le. Et toi, ne tente rien de stupide », me précise-t-il.

Peu après, ils m’allongent sur le lit. Je me débats, mais ils sont nombreux et me sanglent au matelas. D’autres apportent des électrodes. Je force sur les liens tant que je peux, en vain. Certains me tiennent les jambes ainsi que les bras pendant que leurs compères m’installent l’appareillage sur tout le corps, crâne compris. Ensuite, la pièce se vide. Me voici désormais seul.

Une attente interminable commence. J’essaie de mettre mon cerveau en pause, cependant mon esprit bouillonne. Enfin, la porte s’ouvre. C’est avec un réel soulagement que je vois arriver le docteur Amigo.

« On va pouvoir commencer l’expérience. Tu as réussi les premiers tests, mais c’est maintenant que tout commence. On va te faire revivre tes souvenirs et tu devrais récupérer petit à petit la mémoire. Crois-moi, ce ne sera pas drôle tous les jours.

Je ne pense pas que vous allez récolter des infos intéressantes, soupirai-je.

Ta mémoire renferme des trésors inestimables pour nous. »

Ces propos me font bondir – on nage en plein délire. Je n’ai rien à cacher. J’ai une vie tout à fait banale ! – et j’entrouvre l’armure que je me suis forgée.

« Des trésors ? Vous devez vous tromper de personne. Et même si c’était le cas, que cherchez-vous ? Quel est votre but ?

Tu es trop curieux. Ne t’inquiète pas, nous savons ce que nous faisons. »

Amigo marque une pause avant de reprendre.

« Laisse-moi t’expliquer : tes souvenirs pourront te sembler étranges, voire déconnectés de la réalité. Il est possible que tu doutes de ton comportement, de ta façon de parler. C’est parfaitement normal. Laisse-toi guider. Ton objectif n’est pas d’analyser tes souvenirs, mais d’en collecter le plus possible. Plus tôt tu te rappelleras, plus tôt tu sortiras d’ici. Garde cela en tête.

Pourquoi ne devrais-je pas analyser mes souvenirs ? C’est ridicule, j’ai vécu ces événements, ils vont forcément faire remonter des émotions.

Je ne dis pas que tu ne ressentiras rien. Évite de perdre ton temps avec des questions qui ne te mèneront nulle part. Cependant, nous ne pouvons contrôler ton esprit, tu seras seul juge de ce qu’il convient de garder ou non de ta mémoire.

Ça va durer combien de temps ?

Tout dépend de toi. Dès que nous aurons obtenu nos réponses, nous te libérerons. »

Je ne suis pas dupe. Je bous d’une rage intérieure, mais ne le montre pas… Qu’on en finisse !

Amigo poursuit :

« Le premier souvenir risque de t’ennuyer.

M’ennuyer ?

On va tester ta patience, c’est aussi simple que cela. Et maintenant, je vais t’injecter un produit pour te détendre. Tu plongeras dans tes souvenirs et n’auras plus conscience d’être ici, avec nous. C’est un long voyage qui va commencer. Petite précision, tu auras à peine douze ans dans ces segments mnésiques. Cela te laisse une idée du temps que l’expérience va durer… »

Avant de me piquer, il me glisse à l’oreille que je m’appelle Fabien. Ensuite, je sombre.

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Jean De Ségur, fils des hautes terres

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Jean De Ségur, fils des hautes terres

Chapitre 1 – Le temps de l’apprentissage

 Je me prénomme Jean, seigneur sur les hautes terres d’Auvergne. Mon château tout comme moi-même, sommes sous le sceau de Dieu et des croisades mais également de la pratique et la défense de la foi chrétienne d’occident. Les préceptes moraux avec lesquels je suis en accord et qui m’ont été inculqués par mes paires tant au sein de ma famille, que de l’église ou auprès des membres de mon ordre, me permettent de gérer ma vie matérielle mais surtout spirituelle, avec la plus grande droiture et la plus grande fermeté. Mon apprentissage de la vie et de ses valeurs les meilleurs, m’ont également été inculquées au fil de mes expériences et rencontres.

 La Haute-Auvergne, terre de contraste, qui m’a vu naitre et grandir. Terre où l’on peut passer, en quelques lieues, d’une vaste cité très peuplée à des territoires des plus sauvages, vierges de toutes vies, hormis la faune et la flore sauvage et quelques troupeaux surveillés par de jeunes pâtres solitaires, en passant par quelques villages et hameaux, peu nombreux et très dispersés.

 Je n’ai jamais supporté cet esprit de castes, imposé par la noblesse et le clergé, je l’ai simplement tolérée sous la pression sociale, ne pouvant changer la situation et ne trouvant que peu d’échos à mes idées trop novatrices pour mon époque. Je me suis cependant toujours accommodé du confort matériel que me procurait ma naissance mais également et surtout, quand le moment fût venu de prendre en main le domaine familial et de façon pleine et entière, ma charge de seigneur, avec la possibilité de peser si modestement que cela puisse être sur un changement de point de vue des autres membres de la noblesse locale. Il s’agissait également pour moi d’être, autant que possible, disponible, attentionné et protecteur non seulement auprès des miens mais également auprès de mon personnel et de la population vivant sur mon fort vaste domaine et dont j’ai toujours considéré certains, si ce n’est comme des amis, comme des membres à part entière de ma famille. J’ai toujours eu une conscience très forte du lien humain qui nous unissait et éclairait nos vies. La pression de mon environnement m’a toujours poussée à ne pas en faire trop étalage.

 Céline, la fille de ma nourrice fut la première personne à qui je m’en confiais, j’en expliquerai les raisons plus tard. Je comprenais que le peuple, à force de privations et d’humiliations, saurait, un jour prendre son destin en main et tomberait peut-être à nouveau sous le joug d’une autre forme de caste de nantis avides de richesses et de pouvoir. Il n’est de pire liberté que celle à laquelle on nous laisse croire.

 Je naquis dans le château de mes parents. Durant les premiers jours de ma vie j’y restais afin d’être présenté à ma famille ainsi qu’aux seigneurs locaux. Je devais ensuite, durant les cinq années qui suivirent, être élevé par un couple de nos gens, dans un corps de ferme à proximité du château. Cette tradition familiale, pratiquée chez nous depuis des générations, avait pour but de contribuer à m’enseigner durablement de fortes et seines valeurs, dont l’humilité ainsi que la valeur des personnes et des choses. Je fu élevé avec ma sœur de lait, Céline, fille des fermiers qui avaient en charge mes besoins éducatifs et matériels. Aussi, ai-je toujours eu une grande confiance et entretenu une grande complicité avec celle qui compte parmi les personnes en qui j’attachais la plus grande importance et à qui je faisais don de ma plus haute estime.

 Pendant ces quelques années, je n’eus que rarement la visite de mes parents, cela faisait partie de la vision qu’ils avaient de mon éducation. A mes cinq ans, ils jugèrent qu’il était temps pour moi de rejoindre le giron de la famille au sein du château. J’y fu amené par mes parents adoptifs que je ne voulais point quitter, à ces gens que je ne connaissais quasiment pas et que l’on m’avait présenté comme ceux qui, par la grâce de Dieu, m’avaient donné la vie. Fort heureusement je devais rester très proche moralement et physiquement des braves et simples gens qui avaient commencés à m’élever et m’éduquer.

 Mon père, Jacques, était un homme aussi terrible qu’extrêmement bon. Grand, massif, les cheveux noirs comme la nuit, à l’esprit vif. Une profonde et large cicatrice, héritée des croisades, lui barrait une grande partie du visage. Sa voix, parfois de tonnerre, était très grave et portait la parole ainsi que les intonations d’un homme instruit et sage.  Son honnêteté et sa loyauté n’étaient plus à prouver depuis bien longtemps. Quand mon père souriait ou que son rire retentissait, bien souvent, je ne voyais plus la cicatrice qui marquait son visage, comme s’il elle avait disparu. D’ailleurs, elle s’est effacée de nombreux souvenirs que j’ai de ces moments-là.

 Tout comme ma mère, Anne de Gourdon-Murat, il avait un grand respect pour les petites gens, bien que gardant une certaine condescendance dut à son rang et une éducation qui l’avait beaucoup marquée en ce sens.

 Ma mère quant à elle, avait la silhouette fine, la peau très claire et de longs cheveux roux. Douce et discrète, elle avait parfois cette dureté féminine qui me glaçait le sang. Sa voix très légèrement tintée d’une sonorité grave, était un enchantement à écouter. Elle était issue d’une très ancienne famille de la haute noblesse limousine. Mes parents tenaient de là, leur grande fortune et leur fort pouvoir sur une très vaste contrée qui dépassait largement les limites de leur domaine. Mon père avait gagné ses lettres de noblesse, aux croisades, bien avant ma naissance. Le mariage de mes parents avait été arrangé de sorte que les deux familles respectives puissent accroitre leur pouvoir en Auvergne et Limousin. Il s’agissait également de se rapprocher de l’ordre militaire de Salomon, dont la commanderie principale est basée sur les hauts plateaux à proximité de la cité de Murat. Cet ordre militaire, très puissant en occident comme en orient, y était également très redouté et respectés, mais très mal vu du clergé, de la monarchie et des Templiers, bien que toléré, car, entre autres, très ouvert aux autres cultures et religions. En terre sainte, son but était de faire en sorte que Chrétiens, Juifs et Musulmans, puissent croire, pratiquer leur culte et de façon générale vivre dans la paix et le respect les uns des autres. Cet ordre, bien que très puissant n’était pas très riche, son pouvoir lui venait de la grande valeur militaire de ses chevaliers mais également et surtout de leurs grandes valeurs morales. Mon père était des leurs.

 La mansuétude offerte à l’égard de cet ordre tien à sa puissance militaire et politique, qui, pour les pouvoirs en place, tant religieux que temporel, était une véritable menace pour les autorités du royaume de France. Outre ceci, chacun trouvait son intérêt à ce que l’ordre de Salomon reste en place afin de conserver et asseoir plus encore un pouvoir sur le royaume et en terre sainte.

 A l’âge de sept ans mon père me confiait aux soins de ses gens, afin que j’apprenne à m’occuper convenablement des chevaux, à monter en selle, à chasser. J’apprenais également l’usage des armes tout en étant au service de mes parents. Mon éducation morale fut d’abord confiée à l’abbé Boudet, ancien templier, pour qui mon père était à la limite de l’hérésie, du fait de son appartenance à l’ordre du temple de Salomon. Les deux hommes ne s’entendaient guère, cependant mon éducation tant religieuse, littéraire, que mathématique et scientifique, était entre de fort bonnes mains.

 Chaque jour, je bénis encore ces heures passées auprès de Céline, celle qui était déjà une des personnes les plus importantes de ma vie. Son regard d’un magnifique marron, dans lequel j’adorait plonger le mien, m’inondait de bonheur tout comme ses longs cheveux d’un beau châtain qui couronnaient une fine silhouette qui laissaient planer chez moi une grande sensation de quiétude. Céline avait une personnalité enjouée, vive, intelligente, mais surtout très attachante, tellement humaine. Je l’adorais et elle me le rendait bien, avec le même plaisir.

 Mes fins d’après-midi lui étaient en grande partie consacrées. Je courais chez ses parents, afin de lui rapporter toutes les connaissances que l’abbé m’enseignait. Je la regardais avec la plus grandes des tendresses, apprendre à tracer les lettres sur de vieux parchemins trouvés au château et qui servaient également à mon propre apprentissage. Il en était de même à l’écouter déchiffrer des textes.

 Son père, Louis qui craignait presque autant le courroux du mon père que celui de Dieu, l’avait entretenu au sujet de ses inquiétudes concernant notre si grande amitié et notre apprentissage commun. Mon père lui rétorquait qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter, qu’il fallait laisser faire les évènements et qu’il ne voyait là que la complicité fort plaisante de deux êtres très attachés l’un à l’autre et que Céline avait tout autant que n’importe qui d’autre, le droit à ouvrir son esprit à la réflexion et aux connaissances de notre vaste monde et de ce qui l’entoure.

 

 Je dois la vie à ce modeste paysan. Lors d’un hiver fort rigoureux et à la suite de quelques négligences, je subissais un fort mauvais coup de froid, et dû garder le lit pendant deux semaines dont les deux premiers jours furent vraiment critiques et auraient dû m’être fatals. L’extrême onction me fut donnée par l’abbé Boudet. J’étais perdu.

 Mes parents ne se résignant pas à cette situation, le bon Louis qui était connu et reconnu, d’un certain nombre de personnes, comme un sorcier, était mandé à mon chevet. Pendant des heures, aidé de mon père, il pratiqua des rites et prépara des potions, séculaires, dont il était un des rares à détenir le précieux secret. Tout se fit dans la plus grande discrétion. Seul quelques personnes en furent informées. Ma mère, elle-même, très dévote, n’en a jamais rien su. Mon père, Louis et moi-même, risquions le bûcher.

 

  Je passais une grande partie de mes journées à me préparer à devenir chevalier, tandis que pour Céline, être au service du château, était déjà une réalité. J’ai toujours eu du mal à accepter que sa vie puisse ne se résume aux travaux des champs, aux corvées diverses dont celles du bois et l’entretien des pièces du château, des meubles et tapisserie ainsi que la préparation des repas, tout comme sa mère Marie.

 

  Outre le fait que le rapport d’amis proches entre Céline et moi, s’était transformé en amour partagé, l’adolescent que j’étais devenu était particulièrement assaillit de questions diverses. Mon père et moi, étions très proches et débâtions parfois savamment, souvent de sujets aussi divers que variés. Conversations auxquelles se mêlait parfois ma mère qui était très cultivé et dont la pensée savait s’ouvrir et raisonner de façon assez poussée, sur de nombreux sujets. Cependant un certain obscurantisme religieux et un conformisme social assez marqué, l’empêchait, comme de nombreuses autres personnes de notre époque, de s’intéresser et d’accorder pleinement du crédit à des sujets tel que le sort des petites gens mais surtout à un certain nombre d’élément qui régissent notre monde comme notre univers et que l’on appelle, la science et la métaphysique. Mon père, bien que n’ayant pas beaucoup étudié, avait également un grand sens de son environnement et une culture très importante, acquise au gré des expériences qui avaient façonnées sa vie et sa personnalité. Il m’était donc apparu évident de l’entretenir au sujet des liens que je souhaitais avoir avec Céline. A dix-sept ans, je connaissais depuis longtemps les règles qui s’imposaient dans la noblesse. Il m’était strictement interdit d’épouser une roturière et bien qu’il fût en accord avec moi sur le principe d’aimer et d’épouser la personne de son choix, mon père me fit bien comprendre que Céline n’aurait jamais d’autre statut que celui toléré de maîtresse. Il en profitât pour m’annoncer mon mariage prochain avec Alix de Val Castel, comme ma mère, elle tenait sa filiation d’une grande famille du limousin ce qui permettait à la mienne d’honorer son rang dans la noblesse et d’accentuer mais également d’étendre de nouveau son pouvoir sur les deux provinces. Je m’en remis, non sans une grande amertume, à la décision de mon père.

 

 Le jour de mon mariage, je fus un des premier dans la cour. Le groupe de gitans que mon père avait mandé afin d’animer la noce, était là également.

 Jayden, le chef du clan s’approcha de mon père, ils se connaissaient depuis l’enfance, leur amitié était honnête, solide et profonde.

Le temps d’une étreinte virile durant laquelle tous deux se regardèrent droit dans les yeux ; les liens d’une grande fraternité et d’une forte complicité étaient palpables.

 Jayden lui dit :

 

  • « Jacques, je suis très heureux et honoré que tu nous ais convié au mariage de ton fils. Les miens le sont tout autant. Tu as su garder un grand cœur et ton esprit ouvert aux autres. Que Dieu te garde ! »

 

 Ce à quoi mon père répondit :

 

  • « Jayden, fils du vent, tu me fais l’honneur ainsi que les tiens, d’être là aujourd’hui, en ce moment si particulier et si heureux pour ma famille dont vous faites partie. Nous en sommes tous ravis. Vous serez toujours les bienvenues comme cela a toujours été le cas.

 

 

 

 Lors des festivités, je fus présenté au grand maître de l’ordre de Salomon, Hugues De La Mazière, cousin germain de ma mère, afin que je puisse servir l’ordre en tant qu’écuyer. Mon rôle se limiterait durant les premières années à aider les chevaliers de la commanderie lors des tournois mais également lors de nos sorties afin de protéger des brigands, les terres, les biens ainsi que les gens qui travaillaient sur le domaine de la commanderie. Mon aide fut également précieuse lors de différentes guerres qui marquèrent cette époque. Ceci dans l’attente d’être à mon tour chevalier et de pouvoir partir à mon tour en croisade, non pour défendre ma culture, mes valeurs et ma religion, contre d’autres, mais bien au contraire faire que les esprits se libèrent, s’ouvrent à la lumière de la connaissance dans ce qu’elle a de meilleur, mais également que les peuples puissent se respecter et s’unir.

Pas d’erreur sur la personne.

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Ce n’est pas mon nom. C’est pourtant la bonne adresse. Je viens d’arriver ici et je sais que la maison n’est plus habitée depuis des années. Le papier est neuf, ce n’est pas un courrier oublié.

Une carte de Noël.

Je n’en avais jamais reçue, même quand j’étais petite. Et puis cela fait des années et des années qu’elles sont virtuelles, ces cartes.

J’aime bien, elle est fermée avec un sticker en forme de sceau à l’ancienne, non, c’est vraiment de la cire, une fine couche de cire rouge… Pour l’ouvrir il faut… Je viens de comprendre cette expression… Briser le sceau.

Ce sera définitif, en brisant la cire, j’endosserai solennellement l’identité de la destinataire. Je souris en réalisant qu’en cet instant, je suis la seule personne au monde à faire ce geste.

Je deviens Annabella Fox.

 

« Très chère amie,

lorsque vous êtes partie au collège, ce fut un jour triste.

Lorsque vous êtes partie à l’école d’infirmière, ce fut un jour triste.

Lorsque vous êtes partie à Hawaï, ce fut un jour triste.

Lorsque la bombe qui visait l’USS Pennsylvania vous a emportée avec l’infirmerie et  les vingt-sept autres blessés, ce fut un jour triste.

Mais aujourd’hui, vous êtes de retour, très chère amie, c’est un beau jour.

Ne repartez pas. »

                            Norfolk, Virginia, le 24 décembre 1941.

 

 

CE2

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Exercice à rendre jeudi.
Écrivez une lettre au Père Noël avec 3 vœux, 1 pour vous, 1 pour un(e) proche, 1 pour l’humanité.

 

Steeve Richardin ma lettre

 

Cher pere NOEL,

moi je voudrais bien un vélo pour aller ché mon copain Adrien fére mes devoir avec son papa qui l’aidde et on joue au foot dans la pelouse.

Et puis un jeu de skrable neuf pour madame Pétas da coté parsse que elle a plus le “e” et le “i” et le “u”, elle a juste le “a” et le “o” qand maman dis qu’ils joue au skrable.

Et sil te plait que tout le monde il a une maison tout seul avec un papa et une pelouse.

Et la couleur pas rose pour le vélo. sil te plait.

 

Les Mânes de l’Ombre

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La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas.

 

Charles Baudelaire

Prologue

 Hélène se réveille. Elle a dû sombrer un instant. Elle souhaite ouvrir les yeux, mais elle a peur. Très peur. Seul le silence règne. Elle redoute ce qu’elle va découvrir dans la pièce sordide. Peut-être est-il sorti ? L’observe-t-il ? Reste-t-il terré dans un coin telle une hyène salivant devant sa future proie ? Son bâillon est imbibé de bave. Elle l’a supplié de ne pas lui introduire la boule de tissu dans la bouche. Impassible, il lui a décoché un regard froid et pénétrant. Alors, elle a abdiqué. 

 Elle n’a plus prononcé un mot depuis. Dans les yeux de son bourreau, elle n’a perçu que du vide. C’est là qu’elle a compris. Elle ne sortira pas vivante de ce calvaire. Terrorisée, elle a uriné sous elle comme une petite fille. Il n’a eu aucune réaction. Elle devine alors son habitude face à ce genre de réaction. Elle n’est pas la première qui passe entre ses mains. Que va-t-il donc lui faire ? 

 Elle ose enfin regarder autour d’elle. Soulagée, elle constate que le prédateur est absent, cette accalmie durera seulement quelques minutes. Observant le décor, elle comprend très vite les projets de son ravisseur. Une table en métal est installée sur une grande bâche en plastique. Sur la droite, posés sur un chariot, des instruments de torture, minutieusement nettoyés, la narguent. Deux grosses bassines en inox sont disposées sous la table. Une caméra domine le plan de travail.

 Lorsqu’elle entend le bruit d’une clé dans la serrure de l’antre, elle est saisie d’épouvante. Elle espère succomber rapidement. L’homme en noir s’approche d’elle d’un pas lourd et affirmé. Elle sent une nouvelle fois le liquide chaud couler entre ses jambes. Il s’accroupit face à elle et plonge son regard terrifiant dans le sien. Hélène ressent la jubilation de son ravisseur, elle est si perceptible. Les larmes reprennent, en silence cette fois. Résignée à devenir le pantin d’un monstre sans pitié, elle se lève quand il lui ordonne de se lever d’un simple geste de la main.  

  1. Le pendu de la Villa Montmorency

 

 Jean Dumon s’apprête à quitter l’hôpital. Suite à deux appendicites, l’ablation d’un fibrome et la visite de quatre patients avant intervention, le chirurgien apprécie troquer sa tenue de travail contre son costume flambant neuf. Il entend les rires d’internes dans le couloir. La voix joyeuse d’une infirmière résonne. Celle-ci raconte une blague graveleuse à ses collègues et la narre formidablement bien, ce qui suscite une effusion d’éclats de rire à la fin de l’histoire. Jean ne peut s’empêcher de sourire en entendant la chute. À sa sortie du vestiaire, le petit groupe dans le couloir reprend son sérieux et le salue avec courtoisie. Au sein du milieu hospitalier, le métier de chirurgien inspire une sorte de « statut » haut de gamme. De par son élégance naturelle associée à une attitude distinguée, Jean Dumon impose le respect. 

 Quelques minutes plus tard, il empoigne le volant de sa Maserati 3200 GT. Perdu dans ses pensées, il conduit machinalement son bolide. Devant la grille de la Villa Montmorency, un des gardiens l’accueille solennellement et lui donne accès à l’enclave la plus huppée de Paris. La voiture à l’abri dans le garage, Jean prend soin de la verrouiller car même au sein du ghetto chic dans lequel il ne se passe jamais rien, il conserve une forme de vigilance. Sûrement une vieille habitude qu’il a gardée de ses parents. Dans la cuisine, il soulève le couvercle du faitout orange et observe que Maria, la femme de ménage, a préparé un bœuf bourguignon. Il pourrait lui demander de ne venir que deux ou trois fois par semaine, mais elle possède un tel talent de cuisinière que la place de chef a pris le dessus sur son rôle premier de technicienne de surface. Jean Dumon n’a guère le temps de cuisiner. Grâce à Maria, il savoure chaque soir des mets délicieux. Il émet une seule exigence : elle doit concocter ses repas tous les jours et en quantité. Cela lui permet de manger correctement le week-end et lorsqu’elle prend ses congés. Il se sert généreusement et se rend dans le salon. C’est une habitude quotidienne, du moins lorsqu’il n’opère pas pendant la soirée. Il allume le téléviseur et dîne devant les informations qui passent en boucle. 

 

 Un bruit provenant de l’étage détourne son attention. Il reste immobile, à l’affût. Un boucan jaillit au-dessus de lui. Il est revenu. Il se trouve en ce moment dans son bureau. Il cherche. Jean Dumon devine qu’il balance les babioles et les livres à travers la pièce. Son cœur bat à tout rompre. Il va devoir se rendre à l’étage et l’affronter une fois encore. Alors, il pose sa fourchette et se lève, le visage grave. Il gagne l’escalier et chemine silencieusement dans l’obscurité. La peur le tenaille mais une nouvelle confrontation s’impose. Un mélange de dégoût et d’angoisse l’enveloppe au fur et à mesure de son ascension. Car il en est conscient, raisonner le diable demeure une expérience effroyable…

 

Marc Sevin embrasse sa femme avant de quitter le domicile familial. Les enfants dorment, il est très tôt. Jules, son collègue de la brigade criminelle du mythique 36 quai des Orfèvres, l’attend dans la voiture. Marc ferme à peine la portière du véhicule qu’il démarre déjà.

         –    Salut ! Fais-moi un bref récap…

–    Un type s’est pendu. Sa femme de ménage l’a retrouvé dans son bureau.            

  • Qu’est-ce que l’on vient faire là-dedans ?
  • Le toubib qui constate le décès a remarqué des traces douteuses sur le visage et sur le cou de la victime.
  • Je vois. 

 Marc reste silencieux durant le trajet. C’est la première fois qu’il va pénétrer à l’intérieur de la villa Montmorency. Il s’agit d’une résidence fermée située sur une butte du quartier d’Auteuil dans le 16e arrondissement. Elle est limitée par la rue Poussin au sud, la rue Bosio au sud-est, la rue Raffet au nord-est et le boulevard de Montmorency au nord-ouest. D’une superficie de six hectares, la villa est l’enclave la plus privée et la plus huppée de Paris. Elle est habitée par des capitaines d’industrie, des personnalités du show-biz et d’héritiers de grandes familles. Cent-quatorze propriétaires résident dans ce ghetto chic. On y accède exclusivement sur invitation. L’entrée principale se trouve dans la rue Poussin.

 À leur arrivée, ils découvrent au numéro 12 une haute grille noire. Jules approche la voiture devant une barrière baissée, ce qui les empêche d’accéder au quartier le plus sélect de France. Un gardien vient à eux et leur fait signe d’ouvrir la vitre. Malgré la carte de la DRPJ sous les yeux, il inspecte d’un coup d’œil vigilant l’habitacle de la voiture et leur laisse l’accès au bout de quelques secondes lesquelles paraissent interminables. Jules et Marc s’engouffrent dans les allées ombragées de la cité interdite. Ils découvrent des villas opulentes, des hôtels particuliers et des demeures cossues noyées par la glycine. Face à eux, un rond-point puis une rue rectiligne. Un panneau indique « Avenue des Tilleuls ». Marc se rappelle que Mylène Farmer vit dans cette avenue. Il l’a lu dans un des magazines que sa femme laisse traîner dans les toilettes. L’atmosphère paisible et calme du quartier dénote totalement avec l’agitation parisienne qu’il connaît. 

 Les voilà enfin dans l’avenue des Peupliers. Un attroupement de voitures se remarque devant une gigantesque maison austère. Dans le salon, une femme brune et rondouillarde pleure. Elle est assise dans un fauteuil, près d’une immense cheminée. Ses sanglots sont entrecoupés par le bruit désagréable lorsqu’elle se mouche. Il s’agit sûrement de la personne qui a trouvé le corps. Jules fait signe à Marc de gravir l’escalier. Sont accrochés le long du mur des cadres contenant des photos de famille. Les visages sont fermés. La pose est figée, presque solennelle. Les personnes sur les portraits semblent appartenir à une autre époque, elles baignent dans une atmosphère semblable à celle des films de Tim Burton.

 Le bureau est plus petit qu’il ne l’imaginait. Le médecin est seul dans la pièce. Il observe le cadavre tout en prenant des notes. Le corps, accroché à une poutre, ballotte légèrement dans le vide. Le crissement léger et régulier de la corde accentue le glauque de la situation. Le toubib montre à Marc quelques hématomes visibles à l’œil nu sur le cou de la victime.

  • J’ai fini. Vous pouvez prendre la suite. Je vais dire aux gars de le décrocher et de l’emmener. 
  • Ok. On vous rejoint tout à l’heure pour l’autopsie.

Pendant que l’équipe s’occupe de décrocher le corps, Marc retourne au rez-de-chaussée. Il retrouve la femme brune dans le salon. 

  • Bonjour Madame, je suis Marc Sevin de la criminelle. J’ai quelques questions à vous poser. C’est bien vous qui avez retrouvé le corps de monsieur Dumon ?
  • Oui, j’ai déjà tout raconté à vos collègues tout à l’heure.
  • Je comprends Madame. Cependant, c’est moi qui suis chargé de l’affaire maintenant. Alors, nous allons tout reprendre depuis le début. J’ai bien conscience que cette expérience soit traumatisante. C’est pourquoi nous allons réaliser cet interrogatoire en douceur. Est-ce que c’est bon pour vous ?

 La femme se mouche une nouvelle fois et hoche la tête de haut en bas. Elle se tamponne les yeux avec un mouchoir en papier et regarde Marc, l’air totalement désemparé. Il lui prend la main avec douceur pour la rassurer.

  • Ça va aller, lui dit-il.

Elle reprend son calme et ses larmes cessent progressivement.

  • Comment vous appelez-vous ?
  • Maria. Maria Michel.
  • Très bien Maria. Où habitez-vous ?
  • Je vis ici, à la villa. Nous sommes logés dans une petite maison, au fond de l’avenue des Sycomores.
  • Combien y a-t-il de gardiens ?
  • Nous sommes trois couples de gardiens, sans compter les veilleurs de nuit.
  • Que faisiez-vous chez monsieur Dumon ?
  • Je travaille chez lui tous les matins pendant trois ou quatre heures. Je m’occupe du ménage, des repas et du linge. 
  • À quelle heure arrivez-vous ?
  • En général, je suis ici à 6 h 30 le matin.
  • Comment et quand avez-vous rencontré cet homme ?
  • Il y a une dizaine d’années, peu de temps après son arrivée à la villa. Monsieur Dumon avait alpagué mon mari pendant sa tournée. Il recherchait une personne de confiance pour faire le ménage chez lui. Mon époux a tout de suite perçu sa gentillesse. Il m’en a parlé le soir même. J’ai rencontré mon futur employeur dès le lendemain. Il était différent de la plupart des résidents. Certaines personnalités de la villa n’éprouvent aucune considération pour nous, les employés de maison. Nous ne représentons rien à leurs yeux. Lui se montrait bien plus humain et bienveillant envers le personnel. Alors, j’ai accepté de travailler pour lui.
  • Je vois, répond Marc avec un léger sentiment d’amertume.
  • Quel travail exerçait monsieur Dumon ?
  • Chirurgien.

Marc est surpris. Les revenus d’un chirurgien ne suffisent pas pour s’offrir un logement dont le prix avoisine les dix millions d’euros.

  • Vous en êtes sûre ?
  • Oui, absolument.

Après quelques secondes de réflexion, il poursuit l’interrogatoire.

  • Lorsque vous êtes arrivée ce matin, pourquoi vous rendre directement à l’étage ?
  • J’ai vu de la lumière. À cette heure-là, mon employeur est déjà parti. Alors, je suis montée afin d’éteindre. C’est là que je l’ai vu. Oh mon dieu, le pauvre homme ! J’ai prévenu la police immédiatement.
  • Avez-vous remarqué quelque chose d’inhabituel dans le comportement de monsieur Dumon ces derniers temps ? Est-ce que quelque chose a été volé ?
  • À vrai dire, je le croise rarement. Comme je viens de le dire, mon employeur n’est déjà plus chez lui à 6 h 30. Choquée de le voir accroché à la poutre, je n’ai absolument pas prêté attention aux objets de valeur. Je suis allée dehors et j’ai guetté l’arrivée des policiers. Je ne voulais pas rester seule dans la maison…

 Marc souhaite vivement que la femme de ménage retourne dans le bureau afin d’en vérifier le contenu. Il réfléchit un instant à la formulation afin qu’elle accepte sa demande sans paniquer. Il la regarde droit dans les yeux et lui reprend la main.

  • Maria, j’ai besoin de vous. Il est important de savoir si un élément a disparu. Pour l’instant, nous allons nous concentrer sur le bureau. Le sol est jonché de livres et de bibelots. Visiblement, quelqu’un cherchait quelque chose, je veux savoir de quoi il s’agit. 
  • Je ne comprends pas. Vous pensez que monsieur Dumon a été assassiné ?
  • C’est une hypothèse. Vous constituez une aide précieuse dans cette affaire. Vous seule connaissez les lieux. J’ai besoin de vous, Maria.

La femme hoche la tête et se lève lentement. Elle donne l’impression de vouloir retarder la montée des marches. C’est alors que Marc comprend.

  • Rassurez-vous Maria, le corps n’est plus présent.

 Il devine le soulagement de son unique témoin. Marc précède la femme de ménage car il préfère entrer le premier dans le bureau. Jules prend des clichés et cesse immédiatement son activité lorsqu’il aperçoit Maria. Le but est d’éviter la distraction de la seule personne en mesure de les aider. Elle observe la pièce tout en regardant régulièrement la poutre à laquelle était suspendu le corps.

  • Prenez votre temps. Chaque détail a son importance. 
  • D’accord. Je n’avais pas remarqué ce capharnaüm ce matin.

 Les deux hommes observent en silence. Maria scrute les objets à terre et semble les disposer mentalement à leur place d’origine. Elle s’approche du bureau de façon délicate, de manière à ne pas endommager la scène du crime présumé.

  • Le tiroir ! Il est ouvert !

Marc s’approche et constate la même chose.

  • Effectivement. Notre « voleur » a fouillé à l’intérieur et ne l’a pas refermé.

Maria le regarde, interdite.

  • Ce tiroir est toujours fermé. Il est impossible de l’ouvrir. Seul monsieur Dumon possède la clé. Je crois qu’il la gardait sur lui.

 Jules, muni de gants, l’ouvre complètement. Il est vide. Une trace rectangulaire est visible sur le bois. Celle-ci ressemble fortement aux empreintes laissées depuis de nombreuses années par un grand cahier. Jules prend la parole.

  • Que vous a dit votre employeur à ce sujet ?
  • Pas grand-chose. Je pouvais venir dans cette pièce à ma guise. Il a simplement précisé que ce tiroir était fermé à clé parce qu’il contenait quelque chose de très important à ses yeux. Il a ajouté qu’il agissait ainsi non pas par un manque de confiance en moi mais par mesure de sécurité. Nous en sommes restés là.
  • Avez-vous remarqué autre chose d’inhabituel ici ?
  • Aucunement. Rien ne manque.

 Jules remercie Maria et reste dans le bureau afin d’effectuer d’autres clichés. Marc raccompagne la femme au salon et l’interroge au sujet du fonctionnement de la villa Montmorency. Les premiers instants, elle paraît mal à l’aise pour dévoiler certains aspects de cette vie à part. Elle finit enfin par se lancer et dévoile des éléments intéressants. Marc apprend que deux types de population se côtoient à la villa Montmorency. Il y a les vieilles familles qui se transmettent les maisons de génération en génération. Puis, il y a les très riches arrivés ces vingt dernières années. Selon Maria, ces deux mondes se parlent peu, voire pas du tout. En effet, leurs intérêts diffèrent. Deux personnes influentes (dont elle tait le nom) par leur poids financier usent de leur pouvoir afin de sécuriser les lieux au maximum. Quant aux vieilles familles, elles tentent de freiner l’ardeur des riches afin d’éviter l’explosion des charges mensuelles.

 Comme dans les quartiers plus modestes, les gens d’ici se détestent mais de façon cordiale. Il existe parfois des conflits explosifs entre résidents qui n’hésitent pas à s’insulter dans la rue. Mais il y règne surtout beaucoup de haine et de non-dits. Il y a un règlement intérieur d’une trentaine de pages. Celui-ci est établi par l’association syndicale de copropriétaires. Les résidents ont l’interdiction d’organiser une fête nocturne et aucun bruit n’est toléré. Un simple barbecue en famille n’est pas réalisable. Comme le précise Maria, la moindre maison ne se négocie pas à moins de trois millions d’euros. Elle mentionne qu’un célèbre opticien tente de vendre la sienne à trente-cinq millions d’euros. Marc éprouve alors du dégoût pour les résidents de cette cage dorée.

  • Quelles sont les autres obligations pour les propriétaires ? demande-t-il, curieux.
  • Eh bien, les charges des résidents comprennent l’entretien des voies, les travaux d’adduction d’eau, le ramassage des ordures et l’élagage des arbres. Il y a une interdiction formelle de laver sa voiture avec un tuyau d’arrosage. Concernant les véhicules, la limitation est de 25 km/heure. Les employés de maison doivent se garer à l’extérieur de la villa, seuls les propriétaires peuvent circuler librement en voiture dans les allées. Ils n’ont le droit qu’à deux voitures, enfin, je veux dire deux voitures garées devant leur maison à condition de placer le macaron de la villa sur le pare-brise. De plus, les travaux, quelle qu’en soit la nature, sont surveillés. La hauteur des bâtisses ne doit pas excéder plus de neuf mètres. La simple réalisation d’une véranda requiert l’accord des voisins. Par obligation esthétique, les décorations des façades doivent être harmonisées. Et lorsque c’est nécessaire, il est fortement recommandé de repeindre son portail ou d’élaguer les arbres dont les branches dépassent dans la rue. Sinon, le conseil syndical procède aux travaux et adresse la facture au propriétaire concerné. Chaque arbre coupé doit être remplacé par un autre de la même espèce.
  • Dis-donc ! Le règlement ne rigole pas ! ironise Marc. De quelle façon sont protégés les résidents ?
  • Nous sommes trois couples de gardiens et des veilleurs de nuit sécurisent l’ensemble de la villa. L’ensemble est associé à un système de vidéosurveillance très élaboré, sans compter les propriétés qui en sont également équipées. 

Marc reste pensif quelques secondes. Ces privilégiés sont ultra-protégés. Il se dit qu’il est donc très difficile pour un individu de pénétrer à l’intérieur.

  • Ok Maria. Admettons que j’ôte mon identité de flic, comment dois-je m’y prendre pour entrer dans ce beau quartier ?

La femme sourit timidement.

  • Vous resterez dehors, et ce, malgré tous les arguments possibles et inimaginables.
  • Pourquoi ?
  • Tout simplement parce qu’il existe un registre des visiteurs. Si l’un des propriétaires des lieux reçoit du monde, il doit en informer les gardiens en mentionnant l’identité de son invité et les gardiens se passent le mot. L’invité en question doit prouver son identité ou remettre un carton d’invitation. Ici, les visites spontanées n’existent pas. Les propriétaires informent les gardiens d’une visite, les gardiens filtrent et contrôlent les entrées.

 Marc fronce les sourcils. En effet, si la thèse du meurtre est maintenue par le légiste, la piste d’un assassin au sein de la villa Montmorency n’est pas à exclure. Avec une sécurité grandement instaurée en ces lieux, il est peu probable que le coupable soit un individu autre qu’un des résidents.

  • Pouvez-vous me décrire monsieur Dumon ?

À cette question, Maria sourit. Marc peut ressentir l’affection sincère que la femme éprouvait pour son employeur.

  • Monsieur Dumon était un homme bon et généreux. Il se montrait bien plus humain que la plupart des gens d’ici. Il me rémunérait grassement et ne lésinait jamais sur le montant des étrennes. Certains le prenaient pour un sauvage. Mais en réalité, il se montrait juste discret. Il ne se mêlait pas des histoires entre résidents. D’ailleurs, il échangeait peu avec les autres habitants et ne participait que très rarement aux réunions organisées par le syndicat. Il paraissait au-dessus de tout cela.
  • Que pouvez-vous me dire sur son passé ? J’avoue être surpris qu’un chirurgien vive au milieu d’hommes d’affaires et de personnalités du show-biz. Le salaire de votre employeur ne suffit pas à financer une maison dans ce quartier. 
  • Il ne parlait pas de cela. Selon les rumeurs, il aurait perçu un très gros héritage. Je crois savoir que son père possédait une scierie et aurait fait fortune grâce à cette activité.
  • Parlait-il de sa famille ?
  • Très peu. À vrai dire, il évitait le sujet.
  • Pouvez-vous me décrire une journée type lorsque vous travaillez ?
  • J’arrive à 6 h 30 dans la maison.
  • Par où entrez-vous ?
  • Par le garage. Je possède un jeu de clés que monsieur Dumon m’a donné.
  • Ensuite, j’enlève mes chaussures. Je laisse toujours une paire de chaussons dans la maison afin de ne pas salir le travail que j’ai effectué. En général, je commence par la chambre. Je récupère les vêtements sales et s’il y a un costume sur la chaise, je le prends et le dépose au pressing un peu plus tard. Puis, j’aère la pièce le temps de refaire le lit. Si besoin, je nettoie. J’ouvre l’ensemble des volets à l’étage avant de me rendre à la cuisine. Je me prépare un café, je précise que l’autorisation m’a été donnée, sinon, je ne me le permettrais pas. Tous les matins, je trouve une enveloppe sur la table dans laquelle se trouve de l’argent. La consigne est de préparer un repas différent pour six personnes chaque jour. Je réalise une liste des courses de façon à ne rien oublier et je me rends au marché afin d’acheter le nécessaire avec l’argent laissé par monsieur Dumon..
  • Excusez-moi, pourquoi préparer un plat pour six personnes alors que l’homme vivait seul ?

Les joues de Maria rosissent légèrement.

  • Je crois qu’il était très friand de ma cuisine. Le fait d’avoir des repas préparés en quantité lui permettait de ne pas cuisiner pendant mes jours d’absences. Il congelait les restes en portions individuelles.

Marc se dit que monsieur Dumon était une personne organisée. Ce procédé est judicieux.

  • J’ai remarqué deux véhicules dans le garage. Les deux appartiennent à votre employeur ?
  • Oui. Pour se rendre à son travail, il utilise… Je veux dire, il utilisait la voiture. Le 4×4 servait davantage le week-end et certains soirs.
  • Merci Maria. S’il le faut, je reviendrai vers vous. Pour l’heure, je vous libère.
  • Ah oui, j’allais oublier ! Qui d’autre travaille ici ?
  • Personne. Il n’y a que moi.

 La femme se lève immédiatement et prend congé. Marc visite la maison après son départ. Il découvre l’univers du suicidé et prend soin d’observer les moindres recoins de chaque pièce. L’ameublement est moderne, les pièces sont grandes et lumineuses, la décoration soignée. Le style épuré renforce la propreté des lieux. Alors qu’il se trouve dans la véranda, il remarque un homme sur le trottoir. Il semble à l’affût, attisé par la curiosité. Il épie les faits et gestes des policiers. Marc décide d’aller à la rencontre de ce personnage avant qu’il ne file. Lorsqu’il approche du type, il constate un style vestimentaire décontracté. Un lewis troué, un tee-shirt noir avec le visage de Jim Morrison plaqué sur le torse, des baskets aux pieds.

  • Bonjour Monsieur. Puis-je vous aider ?
  • Bonjour. Qui êtes-vous ?
  • Je suis Marc Sevin, police judiciaire.
  • Que s’est-il passé ici ?
  • Un de vos voisins s’est pendu.
  • Oh… Le chirurgien a mis fin à ses jours ! Incroyable !

Marc profite de la situation pour en apprendre un peu plus.

  • Vous le connaissiez bien ?
  • Non, pas trop. On se disait bonjour par politesse. Je n’accrochais pas avec ce gars. Il était bizarre.
  • C’est-à-dire ?
  • Cela m’arrivait de le croiser, parfois il me saluait avec un sourire et un air agréable. D’autres jours, il m’ignorait. Il passait fier au volant de son 4×4, comme si j’étais un parfait étranger. Quelle arrogance ! Du coup, je n’ai pas souhaité entretenir une quelconque relation avec lui. J’ai horreur des lunatiques.
  • Je comprends. Où habitez-vous ? 
  • Dans l’avenue des Peupliers. La maison moderne avec les baies vitrées. Au numéro 10.
  • Ok. Depuis combien de temps vivez-vous ici ? 
  • Presque trois ans.
  • Merci. J’ai besoin de connaître votre identité.

 

 L’homme, surpris par la question, répond sans broncher. À entendre sa réponse, Marc se sent stupide. Sans même s’en rendre compte, il a échangé avec un célèbre joueur de l’équipe de France de football. Il ne tente même pas de rattraper le coup, en fait, il s’amuse du grotesque de la situation. Le sportif s’éloigne, avec cette démarche qui caractérise bien les footballeurs. Comme si un oursin siège dans son slip et que ses épines frottent l’intérieur des cuisses. Le policier ne peut s’empêcher de sourire. Jules le rejoint, l’appareil photo dans les mains.

  • On y va ?
  • Ouais, le toubib nous attend pour l’autopsie.

 Marc se sent soulagé de quitter les lieux, il ne se sent pas à l’aise. Ici, chaque maison et chaque voiture lui rappellent qu’il n’est pas à sa place. Cela lui renvoie en pleine gueule son statut de petit flic de la crim’, avec son modeste salaire et son petit crédit. Jules l’observe.

  • C’est spécial chez les riches, hein ? dit-il amusé.
  •  L’ambiance est particulière… 
  • Quand je suis venu ici la première fois, j’ai méprisé tous ces gens.

Surpris, Marc regarde son collègue, interrogatif.

  • En 2003, le corps d’une riche propriétaire a été retrouvé près de son domicile. Il avait été enveloppé dans des sacs-poubelle. La cause du décès était due à une balle dans la tête, la pauvre femme était décédée depuis deux jours. Le lendemain, nous avons retrouvé son employée. Elle vivait avec son conjoint dans une petite maison, au fond du jardin. Elle aussi a été découverte morte, prise en sandwich entre le matelas et le sommier dans sa chambre, le corps également enfermé dans des sacs, une balle dans la tête. Le lendemain, nous avons interpellé son conjoint. Il tentait de pénétrer à l’intérieur de la maison de la propriétaire. Ce taré a sorti un 22 long rifle et l’a retourné contre lui. Cet homme était un alcoolique fini. Nous avons appris que leurs employeurs souhaitaient les licencier dans un futur proche. Assez âgés, ils désiraient du personnel de maison qui puissent conduire. Ce qui n’était pas possible avec le couple employé, la femme n’ayant pas le permis. Quant à son conjoint, il se l’était fait retirer à cause de son addiction. La thèse établie est que l’alcool et la jalousie ont entraîné chez lui un énorme pétage de plomb.  Je suis revenu à la villa Montmorency deux ans plus tard. C’était au tour du célèbre architecte Cacoub, un intime de Jacques Chirac, âgé de quatre-vingt-quatre ans à l’époque. Son épouse et lui avaient été pris en otage. Des individus avaient fait irruption dans la maison et violenté les employés de maison. Ils avaient saucissonné le couple et dérobé l’équivalent de 500 000 euros en bijoux et en espèces. C’est depuis ce malheureux événement que la sécurité des lieux a été renforcée.
  • Tu m’étonnes ! Autant de personnalités aisées regroupées au même endroit ! Cela ne peut que susciter un vif intérêt pour des individus mal intentionnés.

 

 L’institut médico-légal se situe 2 place Mazas, le long du quai de la Rapée, dans le 12e arrondissement. En moyenne, 3 000 corps passent à cette adresse, 2 000 sont autopsiés et 1 000 examens externes, c’est-à-dire sans incision, sont effectués. Jules et Marc entrent dans une petite pièce dans laquelle sont présents le médecin légiste ainsi qu’un officier de la police technique. Ce dernier décrit la scène telle qu’elle est apparue à son arrivée chez la victime. La connaissance des signes thanatologiques est primordiale pour mettre ses éléments en évidence lors de la prise de clichés numériques. Ce technicien en scène de crime réalise un album photographique lié à cette enquête-décès, où il situe le corps de la victime dans l’espace et dans le temps. Ce n’est qu’à ce moment que le médecin légiste et l’officier de police judiciaire peuvent procéder ou faire procéder aux prélèvements et aux conditionnements de vêtements et bijoux en vue d’identification ou pour rechercher d’éventuelles déchirures, traces biologiques ou micro traces comme les bris de verres, peinture, résidus de tir etc… Quelques minutes après l’arrivée des policiers, le médecin commence l’examen du corps. Il progresse de la tête vers le tronc puis aux extrémités des membres. 

  • Je suis sûr à 80 % que ce type était déjà mort avant d’être pendu. Je pense que quelqu’un l’a étranglé. Regardez.

 Jules et Marc s’approchent et constatent des traces pouvant s’apparenter à celle d’une strangulation. La corde en a laissé également mais bien plus en hauteur. Au cours de l’examen, le légiste note la présence d’une dent cassée et de plusieurs hématomes sur les bras. Cependant, il va devoir procéder à un examen interne afin de verrouiller sa thèse et ainsi démontrer les éléments visibles à l’extérieur par les éléments trouvés à l’intérieur. L’état des tissus ne ment jamais. Les incisions profondes réalisées avec un scalpel au niveau des masses musculaires (dos, bras, cuisses, mollets, fesses) consistent à mettre en évidence des zones ecchymotiques sous-cutanées et/ou intramusculaires potentiellement dues à un traumatisme (empoignement, strangulation, coup, lutte, etc.). Il arrive parfois qu’une trace ne soit pas apparente à l’œil nu alors qu’une simple crevée au niveau d’une masse musculaire peut permettre la visualisation d’un hématome. Marc n’aime pas cette « dissection » du corps. Cela lui retourne le ventre à chaque fois.

  • Avant de commencer, je vais effectuer une radio du thorax.

 Quelques minutes après, la fracture d’une côte est visible. Ensuite, il réalise les crevées, lesquelles confirment son hypothèse. Jean Dumon s’est battu avec son assaillant. Les coups portés ont été violents, cependant c’est sous l’effet d’une forte strangulation qu’il est mort.

– Le type sur la table ne s’est pas suicidé. Vous pouvez y aller les gars, je vous apporte mes conclusions tout à l’heure.

 

 De retour au 36, Marc prend connaissance du procès-verbal qui comporte l’intégralité des éléments laissés sur place. Il visionne les photos du corps et celles prises dans le bureau. Il rédige de façon officielle le contenu de son entretien avec Maria. Il en fait de même avec le sportif. Après la relecture complète de son rapport, il prend conscience de la complexité de l’affaire. L’enquête va être réalisée à un endroit où le silence est d’or. À première vue, le suspect est un résident de la villa Montmorency. Oui, mais qui ?  Un gardien ? Un employé de maison ? Un voisin ? Un complot entre résidents ? Un entretien individuel de chaque propriétaire s’avère indispensable. Avec ces gens de la haute, Marc n’a pas d’autres choix que de mettre de côté ses préjugés. La sonnerie du téléphone l’arrache à ses pensées et la voix de Jules résonne dans le combiné.

  • On décolle ! Un bras vient d’être retrouvé dans une poubelle.

Marc soupire. Une nouvelle affaire voit à peine le jour qu’une deuxième s’installe déjà. Toutes ces horreurs, cesseront-elles un jour ?