#En cours d’écriture
E.V.O.L.V.E (Tome 1, Chapitre 6)
Contenu complet
Chapitre 6 : Découverte
Grand Désert
Le sol semblait bouillir. Des flaques noirâtres maculaient la terre, et des bulles éclataient lentement, perçant la surface, projetant une matière semblable à de la boue. Les projections fumaient au contact de l’air, et consumaient le sol en retombant, comme si il s’agissait d’une sorte d’acide gélatineuse.
La mâchoire de Liz se décrocha et resta ouverte quelques secondes, ses yeux reflétant la terreur qui émanait de ce phénomène inconnu.
Quelques mois plus tôt, elle survolait le village Déformé qui surplombait fièrement les dunes, comme pour montrer à la nature qu’ils étaient toujours là, vivants.
Il ne restait que des ruines, des poutres massives, gravées de motifs étranges semblables à des dessins d’enfants qui constituaient autrefois les palissades du village, dorénavant disparaissant peu à peu dans cette mélasse couleur nuit qui consumait tout autour d’elle. Les dunes elles-mêmes s’écroulaient, venant nourrir le flot fumant de matière progressant inexorablement à l’intérieur des terres.
Le phénomène semblait se propager sur toute la côte du continent, formant une immense tache noire sur le littoral jusqu’à perte de vue
Une fumée jaune caressa les narines de l’Exploratrice et de son amie avec une odeur âcre, rappelant celle du souffre, de la cendre froide et du métal rouillé.
Liz se précipita dans le laboratoire en entrainant Khoée qui lâcha un « Héééi ? » de surprise tout en laissant tomber sa tasse dans sa course forcée et malhabile. Liz ferma la porte avec force et rapidité.
« Met ça ! » ordonna Liz en pointant du doigt un des masques de protection.
Elle enfila le sien en moins de dix secondes après avoir reconnu l’aspect lourd et jaunâtre, senti l’odeur de cette fumée, chargée en gaz hautement toxiques. L’odeur du pathogène.
« Haiiii ! Peupopa. » Lança Khoée dans un souffle désespéré, ses bras tendus vers Liz, les sourcils froncés, semblant comprendre la gravité de la situation, mais incapable d’agir pour se protéger. Elle avait bien le masque en main, mais ses tremblements suivis par des spasmes colériques l’empêchaient de l’enfiler de façon correcte.
« Putain Khoée, déconne pas ! » Hurla Liz en l’entrainant de force vers la combinaison de protection intégrale. Khoée lui répondit par une moue déterminée et colérique en se servant de tout son poids pour que Liz ne la traine pas plus loin.
« Si tu ne mets pas ce truc… »
Khoée repoussa le doigt de Liz tendu vers la combinaison ; le ton changea et devint beaucoup plus froid, bien que dépourvu d’agressivité.
« Je sais que ça te fait chier, mais si tu ne mets pas ce truc t’es morte tu comprends ça !? C’est soit ça, soit je t’enferme dans le sas ! »
Liz désigna les vitres en plexiglas que composaient la seconde partie du laboratoire, avec en son centre la table d’opération.
Le regard de Khoée changea. La peur, la colère, l’incompréhension, et finalement la résignation apparurent à tour de rôle. Elle se détendit, et Liz lui enfila la combinaison complète, pour être certaine qu’elle ne puisse pas l’enlever.
Lorsque la porte du laboratoire fut ouverte à nouveau, le ciel n’était plus visible, et la lumière du soleil était voilée d’un épais brouillard jaunâtre englobant le ballon sonde et les deux femmes. Liz se félicita d’avoir opté pour la combinaison pour protéger sa partenaire, et vérifia l’étanchéité de son masque avant de sortir du sas de confinement.
Elle s’avança rapidement vers la radio.
« Liz au rapport. Toute la côte est rongée par ce que je suppose être le pathogène. Il se répand comme un incendie. Fumées toxiques abondantes, visibilité nulle. Sur zone de mission dans H-1. »
Elle se retourna vers Khoée, qui peinait à marcher dans son nouvel accoutrement.
« Je vais à la sonde, toi tu vas voir les photos d’accord !? »
Khoée ne répondit pas, fixa Liz quelques instants un air de défi dans les yeux, laissant planer un silence gênant dans l’air vicié. Elle se recroquevilla légèrement et laissa échapper quelques éclats de rire saccadés, une main cachant maladroitement son visage amusé. Elle finit par se renfrogner en constatant le regard dur de l’Exploratrice, puis se décida à se diriger lentement vers le laboratoire sans poser plus de problèmes, ce qui soulagea Liz.
« Elle n’est pas une Exploratrice, elle va mourir si elle reste avec moi », pensa durement Liz tout en montant les barreaux de l’antenne métallique qui menait à la sonde.
Lorsqu’elle arriva aux derniers barreaux, la voix stridente de Khoée qui hurlait telle une alarme parvint à ses oreilles.
« Chié. » Lâcha la jeune femme, perchée au sommet du ballon sonde. Elle ignora sa compère, malgré la boule d’angoisse qui lui tenaillait l’estomac. Il lui fallait les données du ballon.
Elle se hissa rapidement sur la passerelle, pivota pour attraper la rambarde de sécurité, et s’assurer avec la corde et le mousqueton de son baudrier. Au centre de la petite plateforme, un immense écran affichait quantités d’informations sur la composition de l’air, les sources de chaleur terrestres, le relief, les courants aériens, la pression atmosphérique et bien d’autres . Toutes les données du ballon sonde étaient là.
« Ok. Toutes les infos H-4, et tout en H+24, c’est là, j’envoie en développement. » Murmura Liz, les sourcils froncés, concentrée sur sa mission. Une légère secousse agita le ballon sonde, comme si quelque chose venait de frotter contre la plate-forme principale.
Elle redescendit l’échelle deux fois plus vite qu’elle l’avait montée.
L’appareil , un mastodonte de la taille d’un moteur de locomotive, était déjà en train de sortir des stocks de photos en pagaille lorsque l’Exploratrice surgit dans le labo, et constata quelque chose qui lui déplut au plus haut point.
Khoée n’était pas là.
Liz se saisit du panneau de commandement du ballon sonde. Les capteurs révélaient la présence d’éléments rocheux en forme pointues, un relief extrêmement inégal, et surtout extrêmement haut. Incompréhensible, cette zone était un désert. Un désert de sable rouge. Sans aucune montagne, juste des dunes orangées striées de rouge sang, à perte de vue.
L’Exploratrice sortit du labo, la panique commençait à gagner son regard cherchant désespérément Khoée. Sa tignasse brune hirsute apparut à l’avant de la plateforme, à une bonne trentaine de mètres de sa partenaire.
Lorsque Liz regarda l’horizon, elle constata le problème. Des colonnes de sables s’élevaient à plusieurs centaines de mètres de hauteur, et semblaient s’être solidifiées pour finir par former un mur qui couvrait l’horizon saturé de panaches de fumée jaune.
Plus le ballon sonde se rapprochait de la zone de mission, plus les piliers de pierre friable étaient hauts, et menaçaient l’aéronef qui faisait déjà s’effondrer le haut de quelques colonnes à mesure que les secousses devenaient de plus en plus violentes.
Liz rentra dans le laboratoire en furie, et ordonna au ballon sonde un énorme effort pour les faire monter plus haut que ces piliers, à huit cent mètres d’altitude au-dessus de leur position. La flamme devint gigantesque, et les soufflets de la machinerie s’activèrent furieusement, gonflant lentement l’énorme ballon du dirigeable.
« Allez, donne tout c’que t’as mon bébé ! » Lança Liz entre ses dents, la mâchoire serrée en constatant les dégâts. Les chocs ne posaient pas le plus gros du problème, car les masses de sable se détachaient facilement de leurs sommets. Cependant, le sable tombait à l’intérieur de la plateforme, et l’alourdissait, l’entrainant inexorablement vers un crash, à la manière d’un navire qui se remplit d’eau, le ballon sonde allait faire naufrage si il ne remontait pas en altitude très vite. Khoée était toujours là-bas, et ne semblait pas déterminée à bouger.
Liz s’élança hors du laboratoire une nouvelle fois et attrapa Khoée, tétanisée, regardant l’horizon fixement.
« On bouge ! Allez, c’est pas compliqué à comprendre ça, bouge ou on va crever toutes les deux ! Khoée ! » Hurla Liz à plein poumons.
L’intéressée se tourna lentement vers l’Explorarice, comme si elle était en train de flotter, les yeux révulsés, et s’effondra dans ses bras.
« Oh merde ! » Lâcha Liz, décontenancée, un air horrifié sur le visage. Khoée était agitée de spasmes extrêmement violents, si bien qu’elle faillit la laisser tomber au sol à plusieurs reprises. Elle parvint à la traîner péniblement jusqu’au laboratoire, duquel elle verrouilla l’entrée après une grosse secousse qui, cette fois, arracha une partie du bardage de la plate-forme.
Le choc projeta les deux femmes sur le mur situé à l’autre extrémité de la pièce, mais dans un réflexe, Liz parvint à protéger Khoée en lui servant de bouclier lors de l’impact. Un craquement retentit derrière elle, et une douleur brûlante lui déchira le dos, puis elle retomba sur Khoée, toujours inconsciente, continuant sa crise de spasmes.
Elle hurla. Son bras était paralysé par la douleur qui transperçait le bas de sa nuque. Des gouttes de sueur froide perlant sur son front, et, la vision brouillée, elle s’attacha à Khoée, puis s’attacha à une des rambardes de sécurité du labo avant de s’écrouler au sol et d’être trimbalée par les secousses et le mouvement désordonné de la plate-forme.
Une ultime secousse envoya sa tempe taper contre le coté de son casque, et elle perdit connaissance à son tour.
Lorsqu’elle se réveilla, la nuit était tombée, et du sang séché recouvrait une partie de son visage. Il commençait à coaguler autour d’une plaie assez importante pour nécessiter quelques points de suture sur son arcade. Elle voulut se relever, mais la douleur dans son dos était si atroce qu’elle ne parvint qu’à tourner légèrement la tête vers le tas de débris qu’était devenu le ballon sonde. Le conteneur qui renfermait le laboratoire était éventré, et par le trou béant, Liz pouvait observer les débris et la carcasse de sa machine.
Le laboratoire était en miettes, mais par miracle, l’appareil photo était encore en route, et sortait des clichés à allure régulière. La table d’observation et d’opération était brisée en trois endroits. Par un malheureux hasard, la pointe paratonnerre du ballon sonde était tombé sur elle, réduisant à néant l’accès aux données du ballon sonde. La plate-forme disloquée gisait un peu plus loin, toujours rattaché à l’énorme dirigeable. Ce dernier ressemblait à la voile d’un bateau maudit, déchirée de toutes part de façon anarchique.
Des parties essentielles étaient hors de son champ de vision, l’ordinateur de bord contenait toutes les données confidentielles du ballon sonde, ainsi que la balise GPS et le signal de détresse à envoyer au Lieutenant-Colonel.
Liz grimaca, il lui fallait de l’aide. Elle tira sur le bout de corde rattachée à Khoée, et si elle put constater sa présence grâce au poids inerte qu’elle peinait à trainer, elle ne pouvait pas la voir, et n’obtint aucune réponse de la part de son amie.
Elle tenta de l’appeler une douzaine de fois, sans plus de succès que de s’abimer la voix. La chaleur était écrasante, sa gorge desséchée par la déshydratation la faisait suffoquer à chaque nouvelle tentative de respiration, et la douleur était si violente provoquait vertiges et nausées.
Liz perdit conscience une nouvelle fois, puis elle revint à elle, secouée par un léger mouvement de balancier. Ses mains et ses jambes étaient liés entre eux. Des taches floues aux formes relativement humaines se déplaçaient avec elle.
Elle sombra de nouveau dans l’inconscience.
Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle ne savait pas où elle se trouvait, mais ce n’était certainement pas le paradis. Une odeur de terre poussiéreuse, de renfermé et de moisi lui saisirent les narines. Elle vomit de la bile en quantité, et fut surprise de constater la bassine posée à côté de son lit. Si elle était prisonnière, alors elle était plutôt bien traitée, ce qui était bon signe, même si la prudence était de mise. Elle ne connaissait toujours pas l’identité de ces gens qui l’avait sortie du ballon sonde. Et où était passée Khoée ?
Un mouvement trop brusque lui rappela instantanément ses blessures, et la douleur dans son dos l’empêchait de bouger normalement. Des cataplasmes d’argile parsemaient son corps, et au fur et à mesure que ses yeux s’habituaient à la pénombre de la pièce, elle constata avec stupeur que son pied droit n’était plus qu’un moignon recouvert par de nombreux bandages tachés de sang.
Elle vomit à nouveau, avec la sensation de sentir le monde s’écrouler autour d’elle. Soudain, la corde rattachée à son baudrier s’agita doucement.
« Khoée ? T’es là ? » Hasarda Liz, la voix cassée par le manque d’eau et l’acidité de la bile.
– Wiiii. C’eeest biiiiien ma douce. Voilaaaa, on va aller au dodo, lui chuchota lentement une voix presque enfantine bien qu’étrangement caverneuse.
– Qui est là !? Où est Khoée ? Paniqua Liz.
– Nooooooon, arrêête bougeeeer ! Maaaal. Sage ‘vec Laxence hmmmm ?
Une porte s’ouvrit brusquement.
« Haaaaa ! Kékananééé ! » Lança une voix féminine éraillée d’un air enjoué.
Liz entendit des pas se rapprocher, puis une main, petite et potelée lui tâta les bras, la nuque et le front. Puis elle apparut dans son champ de vision.
De longs cheveux noirs encadraient son visage rond au petit nez aplati et au sourire éclatant qui laissait échapper quelques dents pointues au placement irrégulier. Derrière sa paire de vielles lunettes, son regard était si expressif que lorsque Liz le croisa, elle fut immédiatement rassurée. La Déformée qui se tenait en face d’elle semblait d’une gentillesse presque irréelle.
Elle attrapa la corde du baudrier de Liz, et entrepris de défaire le noeud . Lorsqu’elle eu terminée, Liz réussit enfin a regarder autour d’elle sans que la douleur ne la paralyse.
Celui qui était rattaché auparavant à son baudrier était massif, au moins deux mètres de haut pour plus d’une centaine de kilos. Son visage semblait gonflé tant il était imposant et rond. Ses yeux étaient presque fermés, et il ne semblait pas porter grand intérêt à ses compagnons, regardant un coup le plafond, un coup le sol, puis un mur.
La femme aux cheveux noirs qui avait détaché la corde, quant à elle, était petite et rondouillette, ses cheveux descendant jusqu’à ses genoux, une cicatrice de brulure lui recouvrait la moitié droite du cou, et Liz était prête à parier que ses vêtements en haillons en cachait la plus grosse partie.
Derrière ses deux interlocuteurs, un vieil homme se tenait debout, et observait Liz d’un air tantôt sévère, tantôt curieux, sans dire un mot, se frottant nerveusement les mains, et agitant ses sourcils broussailleux dans une pagaille d’émotions indéchiffrables, sa tête dodelinant quelquefois de droite à gauche.
La femme aux cheveux noirs s’approcha de Liz d’un air sérieux, malgré sa démarche maladroite. Elle planta ses yeux dans ceux de l’Exploratrice et, tout en se frottant frénétiquement le bras droit, elle demanda, sure d’elle.
« Hadine ? »
– Hein ? Répondit Liz, désorientée et abasourdie par l’étrangeté de la situation.
– Ha-Hhh-Hadine !? Répéta la femme en se concentrant d’avantage sur son élocution.
E.V.O.L.V.E (Tome 1, Chapitre 5)
Contenu complet
Chapitre 5 : Exploration
Forêt Aquatique.
La radio s’alluma automatiquement et émit un son strident par trois fois, ce qui réveilla Liz instantanément. Elle s’assit sur le plancher du ballon-sonde, les yeux plissés, lorsque la radio crépita.
« Unité C, Exploratrice Liz, à vous. »
Elle attrapa la radio d’un mouvement de bras rapide et précis, comme une réaction automatique.
– Au rapport mon Lieutenant. Que me vaut l’honneur de cet appel à une heure si matinale ? A vous, répondit la jeune femme d’un ton enjoué malgré ce réveil brutal.
– On a un problème dans le Grand Désert, Marcus est injoignable, mais sa balise est toujours active, et ne bouge pas. Sa dernière transmission rapportait des faits de combats chez les villages Déformés, ainsi qu’une vague de déplacements, divisées en deux groupes, l’un dans la direction de la Citadelle, l’autre du côté de la Centrale. J’ai averti mes contacts dans les institutions politiques des deux cités, elles sont en train de se préparer à une menace éventuelle. Votre mission sera de retrouver Marcus, et de le ramener au Rempart avec le plus d’informations possibles. Votre vision aérienne et votre connaissance du terrain vous confèrent un avantage non négligeable. Vous partez immédiatement. Des questions ? A vous.
– Les Déformés quittent leurs villages à cause des combats ? Demanda la jeune femme, étonnée, et pourquoi se dirigent-ils précisément vers les cités ? Ils nous ont toujours évités. A vous.
– Aucune explication claire, Marcus n’avait aucune idée de la menace, il m’a transmis le fait que les Villages avaient des traces de combats, mais qu’il ne pensait pas que ceux du Grand Désert étaient en mesure de faire autant de dégâts aux villages. Des idées à soumettre ? A vous.
Liz ne répondit pas. Un Prédateur ne serait jamais assez puissant pour faire plus de dégâts que ceux du Grand Désert. Un conflit interne ? Non. Il n’aurait concerné qu’un seul village, et les Déformés hors des Villages ne seraient pas concernés, alors pourquoi ce déplacement ? La voix du Lieutenant-Colonel la tira de sa réflexion.
– Marcus pensait également à une fuite, mais n’avait pas de visuel sur une quelconque menace. A vous.
– C’est l’explication que je trouve la plus rationnelle, mais elle ne nous apprend pas grand-chose. Et fuir vers un nouvel ennemi, c’est un suicide, pas une fuite, pourquoi ne sont-ils pas partis au sud ? A vous.
– Ils ne savent peut être pas que nous sommes ici, nous n’avons eu aucun contact avec eux depuis les Pluies Pourpres il y a plus de vingt-cinq ans. Cette information sur une fuite potentielle nous apprend que les villages sont probablement vides, et qu’ils contiennent très probablement des réponses. Cependant ! Interdiction formelle de poser le pied à terre. Si vous avez un visuel sur un élément suspect, ou étrange, vous transmettez l’information et vous dégagez, reçu ? A vous.
– Bien reçu mon Lieutenant, il me faut sa dernière position. A vous.
– Peupa…popeuaa !
– C’était quoi ce bruit ?! A vous ?
– Un oiseau mon Lieutenant, rien de grave, pas d’inquiétude. A vous.
– Ok, soupira Ed, je vous envoie le point de dernière émission, vous y serez dans moins de quarante-huit heures. Terminé
– Reçu mon Lieutenant, terminé, confirma Liz à la hâte.
La radio s’éteignit avec un nouveau crépitement.
Liz enleva sa main de la bouche de son amie qu’elle tenait à distance du micro de la radio, laissant apparaitre un large sourire. Sa silhouette bougeait d’une façon si désordonnée qu’on aurait pu la confondre avec celle d’une marionnette dirigée par un ivrogne avec le hoquet.
« Popaaap ?!! »
Elle s’avança vers Liz, sur la pointe des pieds, avec une démarche maladroite, les pieds rentrés vers l’intérieur, les bras repliés à la manière d’un t-Rex.
« Khoée…tu vas finir par me faire virer avec tes conneries ! » Explosa Liz, le doigt levé en guise d’avertissement.
L’intéressée rigola en se cachant le visage derrière ses mains, puis saisit l’avant-bras de Liz d’un geste approximatif mais déterminé pour le placer à l’arrière de sa tête. Elle agita son bras de manière à faire bouger la main de l’Exploratrice dans sa tignasse de cheveux bruns, puis leva finalement la tête d’un mouvement brusque, et planta ses yeux rieurs d’un noir profond dans ceux de Liz, un immense sourire sur le visage.
Liz caressa doucement ses cheveux bruns, et Khoée sembla se calmer, malgré ses mouvements toujours raides et saccadés. Un doux sourire apparut sur le visage de Liz et se refléta dans les yeux brillants de la jeune femme.
« Tu finiras toujours par m’avoir hein ? » Murmura Liz d’un air exaspéré en essayant de se défaire de son étreinte. Khoée gloussa de nouveau, et colla sa tête contre la poitrine de son amie, les yeux rieurs.
« Bon, on doit partir, on retourne dans le Grand Désert…il y a quelqu’un qu’on doit aider la bas, tu comprends ? Comme toi, il est tout seul et il a besoin d’aide. »
Khoée ne bougeait plus, et la regardait à présent avec un air ébahi, les sourcils froncés, ses grands yeux remplis de questionnements qu’elle n’arriverait jamais à formuler.
********
Liz l’avait vue pour la première fois alors qu’elle analysait des zones mortes du Grand Désert. Un soir, en analysant une suite de photographies prises depuis les airs, elle avait distingué une forme humaine, en chien de fusil, seule, au milieu du sable, à quelques kilomètres de sa position.
Lorsqu’elle était retournée sur le site, pensant récupérer des échantillons ADN de Déformé, elle la trouva, inconsciente, à moitié recouverte par le sable, dans un état de déshydratation morbide, avec un pouls très faible. A première vue, elle avait l’air normale. Elle devait avoir le même âge que l’Exploratrice, et aucune malformation n’était présente sur son corps ou son visage, brulé par le soleil. Son collier, une plaque semblable a celle des animaux domestiques, semblait indiquer son nom : « Khoée ».
Liz l’amena à bord du ballon sonde et préleva un échantillon d’ADN. Elle constata avec surprise que rien n’indiquait une mutation due au pathogène dans son génome. Elle contacta aussitôt le Lieutenant-Colonel.
Les ordres étaient simples. Interroger cette fille sur sa présence dans une zone aussi isolée, inhabitée et dangereuse du monde. Sa survie était importante, pourquoi rien n’apparaissait aux analyses si elle vivait chez les Déformés, et si elle ne vivait pas ici, alors d’ou venait-elle ? Liz attendit que sa patiente se réveille.
Deux jours plus tard, elle lui posa la question : « Qui est tu ? »
Ce à quoi Khoée répondit avec son traditionnel « Peupaaa », quelque peu ramolli par son réveil. Elle ne mit que quelques secondes pour agiter frénétiquement ses bras et ses jambes, la bouche déformée par la peur et commencer à hurler.
Liz eu beau se protéger les oreilles, la voix stridente de la jeune femme lui écorchait les tympans, si bien qu’elle vacillait, comme si son oreille interne était touchée. Cette impression fut confirmée lorsque qu’elle sentit un épais liquide chaud couler le long de son cou. En quelques secondes, elle fut complètement désorientée, et la panique s’emparra d’elle.
Dans un mouvement désespéré, elle libéra difficilement de ses liens la fille qui la fixait, ses yeux sombres remplis de colère et de larmes, toujours en train de crier, dans l’espoir qu’elle sa calme.
Malheureusement, lorsque le dernier lien fut détaché, elle se mit en position pour riposter par reflexe.
Une bonne chose vu la vitesse à laquelle un coup de poing imprévisible vint heurter son avant-bras, manquant de quelques centimètres sa tempe.
Elle déclencha un coup de pied pour qu’il aille taper les cotes de la fille, mais cette dernière bougeait d’une façon si imprévisible qu’elle la manqua alors qu’elle se ruait sur Liz.
Deux mains à l’allure de serres, les doigts raidis, lui griffèrent le visage, manquant de l’éborgner.
Elle tomba à la renverse, poussée par son adversaire qui s’effondra sur elle. Sa tête tapa lourdement le sol, et le front de Khoée rencontra brutalement son arcade sourcilière. Elle s’évanouit.
Lorsque Liz se réveilla, du sang séché sur le visage et du sang frais sur ses lèvres, Khoée était en train de la secouer. La haine et la colère qui transparaissaient auparavant sur son visage s’étaient transformées en inquiétude. Le nez de Liz était cassé, et la douleur lui tapait jusque dans les tempes. L’Exploratrice sonnée se remit debout, et Khoée se recroquevilla, honteuse, sous ses mains, accroupie dans un coin du ballon-sonde, lâchant de petits cris aigus par intermittence. Liz se dirigea vers elle d’un pas déterminé, la mâchoire serrée, mais réfréna son envie de la jeter par-dessus bord.
Elle devait rester vivante, c’était les ordres. Mais, manifestement, elle était Déformée, quoi d’autre pouvait expliquer ce comportement ? Le fait que rien ne soit visible sur les analyses était anormal. Peut-être qu’elle devait refaire des analyses, mais comment, maintenant qu’elle était détachée ? Et si c’était quelque chose de nouveau, une déformation due à un pathogène inconnu ? Et, par-dessus tout, pourquoi ne l’avait-elle pas tuée pendant qu’elle était inconsciente ?
Elle secoua la tête, abasourdie par autant de questions qui la paralysait. Elle se dirigea vers sa radio en surveillant Khoée du coin de l’œil, et transmit les derniers évènements à son supérieur.
Le haut-parleur grésilla furieusement : « Vous êtes blessée !? A vous ! »
– Rien de grave mon Lieutenant, elle avait l’air plus terrorisée que réellement agressive, je pense que cette attaque était une réaction due à son instinct. Mes blessures sont superficielles, elle m’aurait tuée si elle avait voulu. A vous.
– Son instinct ? Elle n’est pas comme nous ? Vous m’aviez transmis des analyses qui ne montraient rien d’anormal. Et comment ça elle aurait pu vous tuer ? Il me faut des informations plus claires, concentrez-vous. Qu’a-t-elle dit ? A vous, répondit Ed d’une voix dure.
– J’ai peut être fait une erreur dans mes analyses, j’ai dû manquer quelque chose. Elle n’a prononcé que des cris, elle ne semble pas connaitre de mots, ou alors je ne connais pas ce langage. Sa position ainsi que ses mouvements sont étranges, elle semble secouée de spasmes. Je pense à un choc post traumatique. J’ai également envisagé la possibilité qu’un second agent pathogène se développe. A vous.
– C’est une possibilité en effet, souffla le Lieutenant-Colonel, qu’avez-vous envisagé par rapport au sujet ? A vous.
– J’ai envisagé de vous transmettre les informations et d’attendre vos ordres, actuellement elle n’est pas agressive, elle est dans un coin de la pièce comme un chien battu. A vous.
Ed soupira, et marqua un long temps de silence.
« Vous refaites des analyses, vous me les renvoyez, si elle est Déformée, vous la tuez. Si vous détectez un autre pathogène, vous la tuez, et vous poursuivez vos études sur votre sujet une fois neutralisé. Des questions ? A vous. »
– Lieutenant, si cette personne est en état de choc post traumatique, la supprimer nous priverait d’informations, s’indigna Liz. A vous.
– Actuellement, c’est le post choc traumatique supposé -il appuya fortement ce mot- qui nous prive d’informations, dont on ignore par ailleurs l’importance. Si elle n’est pas agressive, vous pouvez essayer de la faire reparler, mais j’ai peu d’espoir concernant cette solution. Je ne peux qu’aiguiller votre choix, au vu des circonstances. Une initiative personnelle à me soumettre ? A vous.
Liz marqua en temps de pause, puis reprit.
– Je demande une semaine pour faire la réunion, en parler à l’équipe, refaire mes analyses et attendre un possible rétablissement du sujet. A vous.
– Semaine accordée. Terminé, répondit Ed d’un ton sec.
– Reçu, terminé, conclut timidement Liz.
La semaine passa bien trop vite pour que Liz arrive à comprendre quoi que ce soit aux analyses de sa patiente. En effet, elle avait comparé à nouveau le génome de Khoée avec un génome Déformé, et elle ne présentait aucune mutation due au pathogène. Même après des tests avec une cinquantaine d’échantillons Déformés, ses analyses étaient bonnes. Liz savait qu’elle avait affaire à quelque chose d’inconnu.
Elle compara alors son propre génome avec celui de sa patiente. A première vue, rien ne semblait poser de problème. Elle était Normée. Elle passa des nuits entières à essayer de comprendre quelle était la différence entre son génome et celui de son sujet, qui ne présentait pas de signes de rétablissement au niveau cognitif. Elle était toujours apeurée, mais tentait de communiquer avec Liz, en émettant des petits cris dont l’Exploratrice ne comprenait pas le sens, s’il y en avait un. Liz ne l’avait pas enfermée, ou entravée à nouveau. L’expérience de ses cris horribles l’avait convaincue de laisser Khoée déambuler sur le ballon-sonde, de toute manière, elle ne pouvait pas s’échapper, leur véhicule étant situé à plusieurs centaines de mètres du sol. Elle avait récupéré quelque uns de ses cheveux coupés très courts, ce qui lui avait permis de refaire des analyses ADN sans avoir à reprendre du sang à son sujet. Elle avait été rasée, ce qui indiquait un lien certain avec quelqu’un d’humain, qui l’avait probablement abandonnée.
Ce fut la veille de la réunion que Liz trouva la réponse à ses questions. Le chromosome 15 était porteur d’une anomalie. Deux gènes étaient absents, ce qui avait eu pour conséquence de faire muter d’autres gènes de cette partie du chromosome. La seule explication de cette délétion des gènes était une maladie génétique.
Elle n’était pas Déformée, seulement atteinte d’une pathologie rare, surement inconnue. Ce qui n’avait aucune utilité pour le Lieutenant-Colonel, ou le reste de son équipe. Il n’y avait pas de risques de contamination, une pathologie génétique n’est pas contagieuse. Mais les ordres étaient clairs, l’Equipe en avait décidé ainsi. Liz devait l’abandonner à une mort certaine. Les Explorateurs se devaient d’être des soldats raisonnables, quels que soit les sacrifices à faire pour accomplir leur mission, mais Liz rechignait. Quelque chose n’allait pas.
Elle avait déjà tué, enlever la vie faisait partie de leur entrainement. Cependant, elle sentait que le regard profond de cette fille cachait bien plus de choses qu’elle devait comprendre et étudier. Etudier cette pathologie n’allait pas constituer un fardeau, mais plutôt une nouvelle mission. Après tout, elle était complètement capable de travailler sur l’élaboration d’un traitement à cette pathologie.
Sa mission d’Exploratrice constituait une énorme part d’observation et de prises de photos, pour ensuite en faire des cartes sur lesquelles étaient visibles des zones de vie, de mort, de danger et de ressources exploitables. Rien ne l’empêchait de travailler sur le génome de Khoée en plus.
Et s’il était possible qu’elle parle ? Et si elle détenait des informations capitales, et que cette maladie était une manière de crypter un être humain, pour qu’il ne puisse pas parler ? Des faits similaires lui avaient été rapportés à la Suspendue, quelques mois plus tôt, et il était certain que quelqu’un avait été en contact récemment avec Khoée.
Il y avait son collier, et le fait qu’elle avait été rasée, qui constituaient des éléments flagrants de contacts. Restait à trouver qui l’avait abandonnée, et pour cela, il fallait qu’elle parle.
Elle saisit de nouveau la radio, presque tremblante.
« Exploratrice Liz, unité C, au rapport mon Lieutenant. Je vous envoie les analyses complémentaires de mon sujet. Elles mettent en évidence une pathologie génétique rare, ou inconnue. J’ai éliminé le sujet par conviction qu’il n’était pas utile. Terminé. »
Elle reposa le micro rapidement, le visage blême. Elle se retourna lentement vers Khoée, les yeux dans le vide. Elle venait de désobéir pour la première fois à un ordre du Lieutenant.
*******
L’aube se levait à présent, projetant ses couleurs verdâtres striées de rouges orangés acides entre les roseaux immenses de la Forêt Aquatique.
Les panneaux solaires du ballon-sonde brillèrent de mille feux lorsque qu’il changea de cap pour faire route vers le Grand Désert.
Il était magnifique. Dire que les premiers ballons sondes n’étaient que des petites alvéoles blanches capables de monter à seulement quelques centaines de mètres de hauteur, pensa Liz.
C’était à peine croyable à la vue de l’hexagone volant de plus de cinquante mètres de diamètre, soutenu par un ballon immense, lui-même relié à un petit ballon, qui servait de sonde.
Deux compartiments distincts à l’allure de bungalows étaient les seuls endroits habitables du ballon-sonde. Un pour vivre, avec une cuisine, un lit, un bureau, des toilettes, une salle de bain, le tout regroupé dans une douzaine de mètres carrés. Le second compartiment était bien plus imposant. C’était le labo, là où elle recevait les photos émises par l’appareil surpuissant, de sa propre création, placé sous la plateforme. Des piles de notes étaient entassées sur le bureau, et le tableau blanc était recouvert d’algorithmes.
Fioles, microscopes, scalpel, kits de survie, journal de bord, table d’opération : tout dans ce qui composait sa vie d’Exploratrice était dans ce compartiment du ballon-sonde. Une sorte de jardin secret pour scientifique, éclairé par un néon bleuté.
La plateforme était bardée de plusieurs rangées de panneaux solaires et lunaires, servant à l’alimentation de la flamme. La chaleur reçue par les panneaux solaires était transmise au système d’allumage, qui chauffait un enduit inflammable, et dont l’intensité était contrôlée par un système de soufflets, ce qui permettait au ballon de flotter à une hauteur d’une dizaine de kilomètres. Une immense turbine, dirigée par un gouvernail, située sous la plateforme lui permettait également de se déplacer assez précisément pour éviter les incroyables végétaux de la Forêt Aquatique.
Tout ici était immensément grand. Les plus hauts bâtiments de l’Ancienne faisaient pale figure devant ces végétaux si imposants que certains couvraient le ciel sur des dizaines de kilomètres carrés. Les arbres aux branches dures comme la roche, ornés de leurs feuillages aux allures préhistorique, regorgeants d’espèces animales encore inconnues et de fruits mutants laissèrent bientôt place à l’immense étendue émeraude qui faisait face à Liz et Khoée.
L’océan Atlantique avait maintenant un autre nom, qu’il portait à merveille : L’Antique. Une ruine d’océan. Une étendue d’eau poussiéreuse et si opaque que la lumière du soleil ne passait pas au travers. Sa couleur verdatre lui donnait un aspect si fantomatique que de nombreuses histoires glaçantes sur des navires aux allures de carcasses flottantes, habitées par des silhouettes aux airs de morts-vivants étaient souvent racontées par les adolescents de La Suspendue pour se faire peur.
Liz avait eu la chance d’apercevoir de très rares formes de vie sur L’Antique, grâce à son appareil. Bien que la surface de l’eau soit trouble, et que les informations sur les créatures marines étaient extrêmement limitées, des créatures semblables à des lions de mer, très élancés, à la manière des lévriers, avec un pelage noir, semblaient avoir établi une colonie près de la Vielle Ile, et se reposaient sur les rochers.
La nuit était belle, sans nuages. Elle semblait être une des seules choses immuables de cet univers. Un drap noir enveloppait tout, et, au fur et à mesure que les derniers rayons du soleil disparaissaient derrière l’horizon, le ballon-sonde atteignait peu à peu le rivage du Grand Désert. L’eau verte s’était transformée en un marais teinté d’orange. A certains endroits, des épaves de porte-avions rouillés recouverts de vase perçaient la surface de l’eau pour finir par être recouverts de mousse brune et de champignons. Liz avait également repéré des espèces de crustacés exceptionnellement grandes sur certaines de ces rives, malheureusement, sa mission n’était pas de ramasser des crevettes géantes pour les étudier.
Elle avala la capsule de nourriture hebdomadaire avec son café, et se posa à son poste d’observation matinal, songeuse. Khoée ouvrit un œil, et manqua de tomber du hamac que lui avait fabriqué Liz.
« Héhai…popeupeupa. » Lacha Khoée à voix basse, visiblement mal réveillée.
– Tiens, prend ton café, répondit Liz en la servant.
Khoée se frotta les yeux, puis saisit le café des deux mains, pour que ses mouvements incontrôlés ne le renverse pas, et vida sa tasse d’une traite, en essayant de refreiner ses tremblements. Elle reposa la tasse d’un mouvement sec, et tourna son attention vers l’Exploratrice plongée dans ses pensées.
La radio crépita.
« Message à tous les Explorateurs ! Les Déformés n’attaquent pas la Citadelle, mais des campements ont été érigés dans la zone explorée, et ont été repérés ce matin par des habitants du Fourbi. La Centrale à subit une attaque, et essuyé de lourdes pertes malgré avoir réussi à faire battre en retraite les Déformés, il apparait que nous n’étions pas préparés convenablement face à la menace réelle. Ils n’ont pas véritablement de formation militaire, mais sont plus nombreux, et très agressifs. N’allez pas vers la Citadelle, ou la Centrale. Je répète. Interdiction formelle de s’approcher de ces deux Cités Etats. »
Ed marqua un temps de pause.
« Exploratrice Liz. Vous devez retrouver Marcus coute que coute, les informations qu’il détient sont capitales. Personne ne comprend ce qu’il se passe, les dirigeants de la Centrale sont aux abois, et la cité n’est pas prête pour un siège, ça pourrait mal tourner. La Citadelle refuse d’envoyer ses troupes et préfère protéger le Fourbi face à la menace éventuelle. Dans combien de temps serez-vous sur zone ? A vous. »
– Sur zone dans quatre heures mon Lieutenant. A vous.
– Des que vous localisez Marcus ou quelque chose de suffisamment suspect pour mériter une intervention, vous transmettez l’information. Vous aurez de nouveaux ordres suivant l’évolution de la situation. Terminé.
– Bien reçu mon Lieutenant. Terminé.
La voix tendue de son supérieur n’annonçait rien de bon.
Lorsque le Grand Désert apparut, le paysage chaotique confirma les inquiétudes de Liz.
E.V.O.L.V.E (Tome 1, Chapitre 4)
Contenu complet
Chapitre 4 : Direction
La Souterraine
Son chapeau gris pale, brodé d’un fil doré « Stetson » était impeccable, et semblait venir d’une autre époque tant il contrastait avec le décor. Sa veste en cuir, où brillaient quelques médailles, ses bottes militaires et son treillis blanc taché de bleus verdâtres, ainsi que sa démarche rapide et assurée venait confirmer le fait qu’il n’avait rien à faire dans cet endroit.
Par terre étaient disposées des planches, pour la plupart pourries, de façon à ce que la boue n’empêche pas la circulation des rares habitants des environs. Des murs suintaient une matière visqueuse, semblable à de la bave, qui semblait provenir des pierres formant des amas cristallins qui défilaient dans le bord de son champ de vision.
Les couloirs étaient étroits, et pouvaient atteindre moins d’un mètre de large par endroits. Les galeries étaient nombreuses, creusées dans une roche granitique, et soutenues par d’immenses poutres métalliques prises dans la pierre, comme les racines d’un arbre.
L’air était chaud et humide. Evidemment, respirer sans un masque à oxygène était impossible, l’air était vicié, et très mal aéré. Une odeur rance et acide avait imprégné l’endroit.
L’écorce terrestre était devenue un refuge, puis un nid, et finalement, une fourmilière. Tout était réparti par niveaux, et chacune des quarante-six millions d’âmes qui peuplaient La Souterraine connaissaient leurs tâches quotidiennes selon leur emplacement de naissance.
Les ruines de l’Ancienne, New Delhi, étaient parsemées de campements aux airs paramilitaires qui couvraient les entrées de la cité. C’était le Premier.
Des miliciens améliorés étaient présents en masses, et la majorité portait le blason des Commandos, un ex-gang trans-humaniste aux activités plus ou moins douteuses qui cherchait à améliorer leur capacités physiques et sensorielles, avec comme unique objectif la survie et la protection des Nomades.
Les Nomades, eux, étaient dédiés à la recherche de ressources, ainsi qu’au repérage et à la gestion des mines d’Améthyste.
Tout ce qui était ramené du Premier devait passer par un contrôle de sécurité et une mise en quarantaine au Second, ou les Savants devaient identifier et archiver les objets ayant besoin de leur expertise. C’était aussi le pôle politique et juridique de la cité, les Dirigeants résidaient à l’Assemblée du Savoir, d’où émanaient toutes leurs décisions, tandis que les Gardiens jugeaient les criminels au temple des Justes.
Ensuite, le Troisième, le plus grand des étages, était consacré à l’exploitation des minéraux nécessaires à la fabrication d’énergie Oméga, qui étaient envoyées au laboratoire du Second pour être transformées, et stockées de nouveau au Troisième. Cet étage était un dédale de galeries immenses, et connaitre toutes les portes, trapes et ascenceurs relevait du miracle.
Le Quatrième était une prairie souterraine, un vrai bijou d’agronomie qui permettait aux habitants d’avoir des récoltes suffisantes pour non seulement nourrir la population mais également pour faire des réserves, ce qui permettait une capacité de survie non négligeable, et des échanges économiques. C’était cette prairie qui avait fait grimpé la population de la Souterraine en flèche, et avait permis son développement extrêmement rapide.
Le Cinquième, prévu pour le logement et le commerce de proximité des ouvriers, fut supplanté très rapidement par le Sixième, conçu pour les mêmes raisons. Puis les niveaux inférieurs furent créés.
Le Septième et le Huitième n’étaient pas une initiative des Dirigeants.
Les habitants les plus pauvres s’étaient mis en tête de creuser de nouvelles galeries eux même, afin de construire leurs habitations. Malheureusement, l’écroulement d’une artère principale du Sixième arriva bientôt, due à l’erreur d’un sans-abri un peu trop ambitieux. Les Dirigeants décidèrent alors d’appeler la population à contribution pour construire le Septième.
Les Commandos investirent beaucoup dans le projet, et si on salua leur geste généreux, ce ne fut que de courte durée. Au bout de deux mois après la fin de travaux bâclés, la première vague de disparitions de sans-abris sévissait déjà, mais cela ne se remarquait pas, car ils étaient vite supplantés par de nouveaux arrivants.
Six années après, les autorités trouvèrent le laboratoire des Commandos dans un endroit secret du Troisième, ainsi que des corps déformés, sur lesquels des expériences inhumaines avaient été menées. Certains n’étaient même plus identifiables, tant ils ressemblaient à des monstres.
Entre temps, pour échapper au gang, certains avaient creusé des galeries extrêmement rudimentaires et bien cachées, ou ils vivaient désormais en reclus. Ce fut la naissance du Huitième. On les voyait rarement monter jusqu’au Sixième, seulement pour acheter des stocks de nourriture avant de retourner se cacher. La grande majorité d’entre eux étaient reconnaissables aux mutilations, aux prothèses monstrueuses ou aux malformations qui marquaient leur corps déjà meurtri par leurs conditions de vie miséreuses.
Pourtant, l’homme au chapeau impeccable avançait, dans les galeries mal éclairées du Huitième, droit, sûr de lui, ses deux Makarovs sur ses côtés, harnachés à son buste. Son regard était vif, perçant, mais reflétait le calme. Sa barbe et sa longue moustache rousse lui bouffaient le visage. Il ne s’était pas rasé depuis quelques années maintenant. En même temps, avoir l’air propre au Huitième était non seulement inutile, mais risquait également de compromettre sa couverture. Ici, il n’était qu’un fou qui avait pour seul trèsor son couvre chef.
Une des galeries qu’il emprunta semblait être écroulée, et il s’arrêta devant l’amas de débris en tous genres qui trainaient sur le sol boueux, remua quelques décombres de vielles poutres en bois, quelques morceaux de toile, jeta un coup d’œil discret derrière lui, et souleva la trappe toujours couverte par un épais filet de camouflage. Cette dernière se referma automatiquement après son passage dans un cliquetis mélodieux qui indiquait la présence d’un verrou solide et inviolable.
Le passage était encore plus étroit que les galeries. C’était une cheminée d’au moins cinq mètres qu’il devait descendre à l’aide de la petite échelle taillée dans la roche. Il finit par déboucher sur une salle en forme de cloche, remplie de matériel informatique, éclairée par un lustre d’où émanait une lumière violette caractéristique de l’énergie Oméga.
Des câbles trainaient par terre et au plafond, quant aux murs, ils étaient recouverts d’un planisphère étrange, encore vierge par endroits, recouvert de fils de différentes couleurs, de punaises, de notes et autres gommettes.
Un petit escalier menait à une estrade, ou étaient disposés une chaise, un bureau, une étagère, un frigo, un réchaud, un lit et une table basse.
Le lieutenant-colonel Lyame était chez lui.
Il déposa ses courses fraichement achetées aux Producteurs du Quatrième, et posa ses deux armes sur le dossier de la chaise, avec précaution. Il s’assit, et fouilla dans le sac pour en sortir son contenu. Des conserves de légumes en tout genre, un jambon, des confitures, du pain, des pâtes, du lait, de la farine, des œufs, des capsules d’eau, une boite de cigarettes et de la bière. Il s’affaira à ranger sa nourriture et ses boissons dans le frigidaire, puis se dirigea, une aqua-capsule en bouche, vers les écrans, et la radio qui constituaient son centre de commandement.
Ceux qui étaient de simples Nomades n’avaient que quelques jours, tout au plus, pour effectuer leur mission avant de rentrer à La Souterraine. Leur objectif principal était de récupérer des ressources à l’extérieur de la cité, et de les ramener, avec, si possible, des informations sur les éventuelles mines exploitables de la région.
Cependant, son unité était composée de l’élite des Nomades. Des Explorateurs. Leur objectif était différent selon leur unité et leur position, et tous avaient leur domaine de compétence bien spécifique.
Recensement des espèces, disparues, en voie d’extinction, ou mutante ; analyse topographique au sol, et géographique depuis les airs, avec en option : observation du climat, et de la composition de l’atmosphère ; observation des zones d’activités hors clôtures, et renseignements sur les tribus Déformées ; prises d’échantillons spécifiques au sol, puis analyse de minéraux, végétaux et animaux mutants ; étude des différents écosystèmes, de leurs mutations et enfin ; élaboration d’un antidote stabilisant l’évolution du pathogène.
Voilà autant de missions que seuls trente Explorateurs devaient mener à bien.
Six unités de cinq Explorateurs, tous travaillant à un endroit spécifique du globe, mais en contact radio permanent avec le reste de leur unité.
Quant à lui, Edwin Johnson Lyame, il devait diriger ses troupes du mieux possible, depuis les tréfonds de la Souterraine, pour arriver à obtenir un maximum d’informations vitales à la survie de l’Humanité.
L’époque où il n’était qu’un jeune officier du Renseignement Mondial lui semblait lointaine à présent, mais il se rappelait avec une précision étonnante du jour de l’annonce de son départ pour la Souterraine. Il s’était senti fier, honoré de la confiance que le Sénat Global lui témoignait.
Il devait partir de rien, et tout construire pour une mission décisive. Le projet « E.V.O.L.V.E. » ayant dû être arrêté, du fait de la perte du Flotteur en 2081, ainsi que de la majeure partie de l’équipe, un nouveau projet devait remplacer l’ancien, malgré les efforts incroyables du professeur Falchet, ce dernier n’était plus en mesure de répondre aux attentes d’une telle mission.
Ed devait recruter des membres pour son équipe. Des personnes de confiance, capables, physiquement, mentalement et intellectuellement de remplir des missions spécifiques. La Souterraine n’était pas un endroit bénin pour établir un quartier général.
Pour commencer, sa planque était parfaite, ensuite, les meilleurs savants étaient à La Souterraine, et la capacité paramilitaire de la cité n’était pas négligeable. Il avait l’abri, et la main d’œuvre à proximité. De nombreux candidats se présentèrent, et le recrutement se termina rapidement, sans attirer l’attention, dans le plus grand secret.
Il avait toujours vu ça comme une chance, même après vingt années de service au Huitième, avec des reclus drogués, modifiés et agressifs pour seuls voisins, il le savait : si l’Humanité avait un espoir, c’était lui, et ses unités.
Tout n’avais pas été simple, loin de la même. La perte tragique de certains Explorateurs l’avait contraint à affiner son recrutement, pour essuyer le moins de sang possible sur sa conscience déjà bien entachée.
C’est lors du troisième recrutement qu’il avait rencontré Liz. Une des meilleures Exploratrice que cette planète abritait, sans aucun doute. Elle n’avait pas dix-huit ans quand elle s’était présentée à l’entretien. Pourtant, elle avait battu les records de deux des huit épreuves physiques, cinq records sur huit épreuves mentales, et elle avait le troisième meilleur quotient intellectuel de toutes ses recrues. Aussitôt, il l’engagea, et commença sa formation de deux ans sur le terrain. Elle avait été formée aux Sciences par une personne de sa famille, une personne importante, qui faisait partie de la cellule « E.V.O.L.V.E », le professeur Workensen, physicien, chimiste, éthologue, inventeur, géologue, philosophe et agronome. Un des plus grands scientifiques que le monde ait porté, souvent comparé à Einstein dans les années 2060, pour son travail sur l’extraction et la transformation de la citrine issue de l’améthyste, ayant permis la découverte de l’énergie Oméga.
Son arrière-petite-fille avait, de toute évidence, héritée des attributs intellectuels de son aïeul. A la fin de sa formation, après deux années de terrain avec un Explorateur aguerri, elle avait conçu un ballon sonde dirigeable, totalement autonome en énergie, et équipé d’appareils photos assez puissants pour cartographier la Terre depuis les airs, ce qui avait permis une avancée considérable des recherches, ainsi que la découverte des villages Déformés et d’espèces animales et végétales encore inconnues.
Le lieutenant-colonel alluma une cigarette, pris une énorme bouffée, et laissa la fumée s’échapper lentement de son nez et de sa bouche. Il était penseur.
Liz était devenue comme une fille pour lui, et lui comme un père pour elle. Les Explorateurs étaient une famille. La survie avait la faculté de rendre les liens entre humains extrêmement puissants, dans l’amour comme dans la haine. Lorsque les Explorateurs se retrouvaient seuls, en mission, avec pour seul contact avec le reste de leur équipe une radio, ces liens devenaient primordiaux, et indestructibles.
Une sonnerie sortit le militaire de ses songes. La radio de Marcus, Explorateur dont la mission était l’observation et le renseignement concernant les tribus Déformées du Grand Désert, était en train d’émettre. La réunion quotidienne n’était prévue que deux heures plus tard. Et Marcus était un soldat ponctuel, avisé, et un stratège militaire hors pair. Son appel n’avait rien de normal.
Ed se dirigea vers une console remplie de boutons, et appuya sur celui, clignotant, qui correspondait à la radio de l’Explorateur. La voix sèche, grave et tendue de Marcus résonna dans la salle.
-…state un déplacement anormal des populations Déformés. Des colonnes de plusieurs centaines d’individus semblent se diriger vers la Citadelle. Impossible de connaitre leurs intentions, mais cette formation rappelle celle d’une armée en marche rapide, ou un déplacement de réfugiés. D’après leur vitesse, j’estime leur arrivée d’ici soixante-douze minimum. De plus, les Déformés résidants hors des Villages semblent se regrouper, tout en se dirigeant vers la Centrale. Là encore, impossible de connaitre leurs intentions, aucune formation de déplacement n’est mise en place, c’est totalement anarchique, mais leur vitesse est conséquente. Je pense qu’ils seront à la Centrale d’ici quarante-huit heures maximum. A vous.
– Une idée de la cause de leurs déplacements ? A vous. Demanda son supérieur.
– Pour ceux du Grand Désert, je n’ai aucune explication à vous fournir, mais certains villages portent des traces de combats violents. Aucune idée sur ce qui a pu attaquer ces villages, mais ceux du Grand Désert auraient été incapables de faire des dégâts pareils. Je pense qu’il y a des réfugiés, mais je n’ai aucune certitude sur ce point. Il est également possible que les réfugiés soient tous morts, ou enrôlés de force dans une armée. A vous. Répondit Marcus à travers les enceintes qui grésillaient.
– Si des réfugiés Déformés se rendent à la Citadelle, ils ne trouveront que la mort. Et je pense qu’ils s’en doutent, c’est pour cela qu’ils ne sont jamais rentrés en contact…alors pourquoi se déplaceraient-ils maintenant, si ce n’est pour attaquer ? A vous.
– Pour fuir mon Lieutenant, annonça du tac au tac la voix du stratège. Mais je ne suis pas certain de leurs intentions, et je n’ai pas d’informations suffisantes pour identifier la menace. A vous.
– Bien, très bon boulot Marcus. Restez en dehors du conflit, ces informations sont suffisantes pour le moment. Et faites attention à vous. On se retrouve pour la réunion afin de trouver une solution avec le reste de votre équipe. Je vais contacter les autres, la réunion est avancée, dans H moins un. Terminé.
– Bien reçu, terminé.
La radio grésilla, et la transmission fut coupée. Sa cigarette, préalablement allumée, était déjà consumée d’un tiers. Il retira dessus, puis l’écrasa encore fumante dans le cendrier.
Il appuya sur un nouveau bouton, et pris la parole.
« Ceci est un message pour l’unité de Renseignements et d’Observation, réunion avancée à H moins un, ne soyez pas en retard les enfants ! Terminé. »
Puis il se laissa tomber, perplexe, sur l’assise de son fauteuil.
C’était la première fois que les Déformés quittaient leurs villages, il y avait forcément une raison. Et surtout, pourquoi marchaient-ils vers la Citadelle et la Centrale, après plusieurs dizaines d’années sans même une tentative de contact ?
Il espérait que Marcus trouve une réponse en moins d’une heure pour avoir de nouvelles informations lors de la réunion, mais il savait qu’il était impossible que l’Explorateur puisse y arriver. Et il lui avait demandé de rester prudent, hors du conflit.
Il se leva de nouveau, et s’approcha de l’énorme carte d’explorations.
Il analysa le planisphère une bonne dizaine de minutes, dans l’espoir de trouver une réponse dans l’amas de notes punaisées en annexes, sur le mur. Mais rien. Tout ce que son équipe avait rapporté n’expliquait en rien ce comportement nouveau. De plus, si les Déformés hors des Villages n’étaient pas responsables des attaques sur les Villages, alors qui ? Ou quoi ?
Aucun Gouvernant, de toutes les Cités-Etats du monde, n’étaient au courant de l’emplacement de ces villages, et seuls quelques dirigeants de la Centrale étaient au courant de leur existence. Ce n’était donc pas une attaque décidée par la Citadelle, ou la Centrale, ce qui aurait expliqué un mouvement en direction de ces villes.
Est-ce qu’un prédateur encore inconnu aurait pu déloger les Déformés de leurs villages ? Il en doutait fort. Les Déformés étaient les seuls habitants du Grand Désert, et ils étaient établis là depuis des dizaines d’années. Qu’une créature, ou même une meute de créatures mutantes puisse les faire fuir n’avait aucun sens.
Et quelle mission donner à ses troupes ? Est-ce qu’il n’était pas temps de regrouper les unités ? Non, ça ralentirait le rythme des explorations, et leur travail était fructueux, tous les jours des nouvelles arrivaient, avec des progrès dans chaque unité. La Centrale était satisfaite de leur travail, ils ne pouvaient pas se permettre de ralentir maintenant. Et puis, la Citadelle était lourdement armée, et la Centrale bien protégée. Ils n’avaient pas besoin d’équipe d’Explorateurs dans ce conflit. Mais qui d’autre qu’un Explorateur pouvait arriver à comprendre ce qui se passait. Et le regroupement des unités augmentait leurs capacités d’action et de réflexions.
L’heure passa très vite, au rythme des interrogations inextricables qui chahutaient les neurones du lieutenant-colonel Lyame. Il alluma une nouvelle cigarette, et s’assit de nouveau devant la console. Il appuya sur le bouton qui relayait ses communications à l’ensemble de l’unité Renseignement et Observation, afin qu’il puisse faire leurs réunions, une fois par semaine, dans des conditions optimales.
« Unité R/O, au rapport. » Annonça-il avec une voix protocolaire.
Une voix grave et féminine fut la première à répondre, suivie de près par ses camarades.
– Jess, au rapport mon Lieutenant.
– Sulvin, au rapport mon Lieutenant.
– Wilzon, au rapport mon Lieutenant.
– Mina, au rapport mon Lieutenant.
Un silence pesant s’installa, et se transforma, au fil des secondes, en malaise clairement visible sur le visage d’Edwin. La voix tremblante de Jess résonna dans la salle.
– Où est Marcus mon Lieutenant ? A vous.
E.V.O.L.V.E (Tome 1, Chapitre 3)
Contenu complet
Chapitre 3 : Déformation
Grand Désert
Le sol rougeâtre teinté d’ocres bougeait sous le poids des deux hommes, et rendait leur progression difficile. Celui qui ouvrait la marche planta sa canne dans le sable et s’arrêta. Son visage était recouvert d’un turban effiloché, mis soigneusement, de façon à ce qu’il soit protégé du vent. Sa tunique noire était recouverte de poussière qui s’échappait à chaque coup de vent, le faisant ressembler à un spectre dans une tempête.
Seuls ses deux iris d’un gris irréel étaient apparents, et scrutaient l’horizon d’un air inquiet.
Des buissons épineux en forme de dôme s’élevant à plusieurs dizaines de mètres de hauteur avaient poussés sur les ruines d’une ancienne civilisation, comme si des gratte-ciels végétaux avaient remplacés les constructions humaines.
C’était ces buissons qu’il craignait. Le vent se faisait de plus en plus violent, et arrachait quelques épines de ces végétaux gigantesques. Il savait que plus d’un de ses Frères étaient morts déchiquetés lors de tempêtes qui paraissaient innocentes, mais qui se révélaient dévastatrices, car chargées en épines de la taille d’un couteau.
Derrière lui, son compagnon suivait, son pantalon de lin grisâtre remonté quasiment aux aisselles.
Il était immense, au moins deux mètres et demi de haut, pour un petit mètre et demi de large. Sa tête ronde semblait posée directement sur ses énormes épaules carrées. Il avançait, sans autres protections qu’un poncho recouvert d’une cotte de maille trop petite qui lui couvrait la poitrine. Dans son dos, un meuble d’un bon mètre carré qui devait contenir leurs affaires était attaché, ce qui n’avait pas l’air de lui poser de problèmes. Bien que sa progression dans le sable soit lente, il cheminait tranquillement, son index gauche dans la bouche, et le droit levé au ciel, comme pour demander la parole.
Il arriva aux côtés de son partenaire et s’arrêta pour regarder d’un air distrait le paysage chaotique du Grand Désert.
Ses yeux bleus teintés de petites étincelles vertes étaient magnifiques, et son regard était celui d’un enfant, naïf, doux et innocent. Comme si un nourrisson était bloqué dans un corps de géant.
Il retira le doigt placé dans sa bouche, la laissa légèrement entrouverte d’un air étonné, puis parut se reprendre en sursaut. Il saisit alors l’homme au turban par le poignet, qui reprit sa canne en se laissant entrainer par le colosse sans poser la moindre question.
Il le conduisit à l’entrée d’un vieux bâtiment en ruine, dans le creux d’une dune. La tempête approchait, et lorsque la canne heurta la dalle en béton, l’homme au turban sembla se détendre.
Il tendit sa main tremblotante, à la recherche d’un appui, et trouva péniblement le vieux mur de pierres. De toute évidence, il ne voyait pas. Son compagnon gratta frénétiquement l’arrière de son crane en souriant, puis conduisit l’aveugle vers un coin de la pièce, ou il s’assit, manifestement épuisé.
« Merci Dony. » Murmura l’homme en train de défaire son turban, pendant que l’autre s’occupait déjà de combler l’entrée du bâtiment à l’aide de rochers et de pans de murs écroulés qui semblaient être faits de mousse tant il les trimbalait avec facilité.
Une fois l’entrée couverte, leur abri fut plongé le noir, faiblement éclairé par les interstices entre les rochers, ce qui ne les dérangea pas le moins du monde. L’abri était frais, coupé du vent chargé de chaleur, de sable et d’épines qui déferlait à l’extérieur en sifflant.
Lorsque le géant se rapprocha, légèrement courbé en avant pour ne pas heurter le plafond, son binôme avait quitté ses couches de vêtements et semblait avoir maigrit et rapetisser. Il était âgé d’une soixantaine d’années. Ses yeux étaient contournés par des cernes gonflés et de fins sourcils. Son nez bosselé avait été cassé plusieurs fois, et quelques vielles cicatrices lui marquaient la pommette et la joue gauche. Sa peau ressemblait à du cuir tanné, comme si il était resté au soleil depuis sa naissance. De ses omoplates sortaient deux excroissances, roses et nervurées.
Alors qu’il posait au sol un tapis sorti de sa sacoche, Dony s’affaira à se délester de son chargement, et sorti du meuble un réchaud, une lanterne, quelques bocaux remplis de vivres, puis commença a disposer les couverts pour l’heure du repas. Son compagnon quant à lui, choisissait avec soin ce qu’il allait préparer.
Ayant fini ces taches, le géant s’affala dans une position qui n’avait rien à envier aux plus grands empereurs romains, une main soutenant sa tête, et son index toujours tendu, semblant indiquer un des murs du bâtiment, pour aucune raison visible. Il resta la, en silence, son œil gauche légèrement déviant sur le côté, puis revenant à sa place initiale, avec un air penseur, son immense front plissé de rides, les sourcils relevés.
Une allumette craqua, et le réchaud fut allumé.
En quelques minutes, et de la fumée s’échappait déjà de la casserole, avec une odeur de haricots fermentés. L’aveugla ajouta quelques épices, et l’odeur ne s’améliora pas, mais il semblait y être habitué.
« Et voilà ! C’est prêt. » Dit-il après avoir longuement gouté son plat.
Il tendit sa main vers son compagnon, qui en retour lui tendit les assiettes pour qu’il puisse les servir.
Leurs gestes étaient précis, et semblaient couler de source, comme si une symbiose existait entre ces deux êtres hors du commun. Les louches de nourriture douteuse furent servies, et Dony avala son plat d’une bouchée, au sens littéral du terme, avant de boire d’un trait l’intégralité du pot d’eau, qu’il reposa en grinçant des dents, avec un petit « Hhmpf » de satisfaction.
Puis il reprit sa position, ses index rappelant dorénavant des vieux mouvements disco. Son partenaire, quant à lui, prenait son temps, en faisant attention à chacun de ses gestes.
Lorsqu’il eut finit son repas, il prit la parole d’un air déprimé.
« Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? Je ne sais pas pourquoi t’es v’nu avec moi Dony…y’avait que moi qui était banni. Je serai mort il y a de ça plusieurs semaines si tu n’étais pas là pour me guider… »
Dony passa un doigt dans une de ses narines, avant de le mettre à la bouche, puis de nouveau dressé dans les airs. Il grinça encore des dents, le regard dans le vide.
« Si j’avais survécu sans ton aide, ce qui est peu probable, je serai surement devenu fou à cause de la solitude. T’es un brave. J’sais pas ce qui va nous arriver, mais il est hors de question que nous mourrions dans ce désert. Il faut avertir les Normés. Ils n’ont pas conscience de ce qui se prépare…mais sais-tu seulement ou tu vas ? Tu es toujours arrivé à me protéger, mais il semblerait que l’orientation ne soit pas ton fort… » Dit-il en souriant.
Le géant se gratta l’arrière du crâne avec un rire tonitruant rappelant un dessin animé pour enfants.
« Heureux que ça te fasse rire, mais il faudrait être tout de même un peu plus sérieux. Nous manquons déjà de temps, et rester dans le Grand Désert nous rapproche plus de notre fin que de notre but…Lorsque nous marchons, je sens le sol sous ma canne devenir de plus en plus dur, nous sommes en train de le traverser, c’est certain, mais je n’ai aucune certitude concernant le chemin qu’il nous reste à parcourir. Et certaines de nos journées, j’ai la sensation de tourner en rond… »
« Nnhhhhhiiiiiié. »Répondit son compagnon en se mettant en tailleur difficilement, pour contempler ses mains sous tous les angles d’un air extrêmement concentré.
– Oui, je me doute que toi aussi tu t’inquiètes. Enchaina l’aveugle comme si il avait compris ce que voulais dire son ami, mais il nous faut persévérer. Et puis nous avons de la chance, pas un seul autre Banni n’a croisé notre route. Ceux qui survivent ici deviennent dangereux.
La luminosité baissait, indiquant l’arrivée imminente de la nuit, mais le vent continuait de souffler, et les cliquètements des épines contre la pierre résonnaient dans tout leur abri, donnant soudainement à la pièce une ambiance lugubre.
« Il va être l’heure de dormir Dony. Demain on reprend notre route, je sais que nous nous rapprochons, La Citadelle n’est plus très loin maintenant. »
Dit-il avec un air absent, un léger sourire acariâtre sur le visage, en repoussant son assiette vidée, les couverts soigneusement disposés à l’intérieur. Il inspira profondément.
C’était les mêmes paroles qu’il prononçait chaque soir, depuis déjà plusieurs semaines, ou quelques mois, et il était fatigué.
Est-ce que sa mission, prévenir les Normés de l’existence de la Nécrose était encore quelque chose de nécessaire ? Ou est-ce que cette chose puante qui faisait pourrir la terre avait déjà réussi à répandre ses spores assez loin pour toucher La Citadelle ? Est-ce qu’ils se rapprochaient réellement de La Citadelle, ou est-ce que c’était son esprit qui lui jouait des tours ? Est-ce que revenir au Village n’était pas la seule solution ? Une exécution rapide, propre valait elle mieux qu’une lente agonie dans le désert ?
Les Déformés l’avaient banni car prévenir les Normés étaient, selon eux, une trahison. Seuls les Normés avaient le pouvoir d’inventer une chose aussi destructrice que la Nécrose, disaient les Anciens. Il fut pris pour un traitre, et jeté dans le Grand Désert seul. S’il revenait, il serait mis à mort. Dony l’avait suivi, malgré les efforts des autres Déformés pour le retenir. Il était le Protecteur du Village.
Comment faisaient-ils pour inspirer un minimum de crainte aux Bannis maintenant que Dony n’était plus là ? Le Village devait être un champ de ruines à présent. Les Déformés n’avaient pas le combat pour vocation, seule comptait la survie, et, par extension, l’agriculture, la médecine et l’apprentissage des savoirs. A contrario, étaient Bannis tous les criminels des six Villages. Des Déformés agressifs, incontrôlables, certains étaient même attirés par le sang. Celui qui était le chef de leur milice, surnommé le Vampire, avait tué tous les Anciens de son Village car, d’après ses dires, il « avait soif de connaissances ». Ses victimes avaient été retrouvées vidées de leur sang. Et pas une seule trace d’hémoglobine ne maculait le parquet, seules de larges morsures situées sur différentes artères principales étaient visibles.
Un frisson parcourut la colonne vertébrale du non-voyant en repensant à ces évènements. Ou peut-être était-ce simplement dû à la baisse drastique de la température. Il s’emmitoufla dans sa couverture en laine. Le vent commençait à se calmer, et il se laissa porter par les doux sifflements filtrants à travers les rochers, pour arriver à enfin trouver le sommeil.
Un bruit sourd lui fit reprendre conscience, un second acheva de le réveiller. Quelqu’un, ou quelque chose, tapait contre les pierres entassées de leur abri, avec la ferme intention de rentrer, au vu de la violence des coups.
Dony était debout, devant l’entrée, poussant des cris inquiets, ses mains grattant son cou et le dessous de son menton.
« Huuuuuuuuuu…huuuuuuuu… »
Son compagnon lui toucha l’épaule, et Dony parut surprit. Il plaça un doigt dans sa bouche, et se lança dans un rugissement colérique tout en se mordant l’index, son front appuyé contre celui de son partenaire.
« Shhhhhhhh, dit l’aveugle en plaçant doucement ses mains sur la nuque du géant, calme toi, calme. Ce n’est rien. Se battre n’est pas nécessaire. » Enfin, je l’espère…ajouta-t-il en pensée, alors que le bruit sourd retentissait de nouveau contre les pierres, faisant tomber de la poussière du plafond.
Dony pris les mains du non voyant pour les poser sur ses oreilles. Il était sourd et muet, mais les vibrations émises par les chocs sur la pierre étaient en train de l’angoisser au plus haut point. Son regard, d’habitude fixe, perdu dans ses pensées, était devenu fuyant, et ses yeux enfantins ne reflétaient que la panique.
Une des lourdes pierres qui recouvrait l’entrée tomba au sol et éclata, envoyant des éclats de roche à travers la pièce. La lumière de l’aube éclairait désormais faiblement l’intérieur du bâtiment, et un visage humain couvert de poussière et de saletés jeta un coup d’œil rapide à l’intérieur.
« J’vois rien en d’dans. C’quoi c’bazar, zarb com’tout. Hier c’tait pas bouché. T’crois qu’les Déformés sont en d’dans ? Ou ptet’ que l’Fourbi est d’ja passé et les Rapaces ont tout bouché. » Demanda la voix claire d’un jeune homme.
– Si yavais des Déformés, tu s’rais d’ja mort, chibron qu’t’es. Répondit une seconde voix, plus grave, d’un ton agacé. Et les Rapaces ils marquent les endroits. Là ya pas d’marque, sont pas passés.
– J’entendais l’bruit j’te dis ! J’ai commencé à frapper, et y’avais une voix ! S’énerva le premier
– T’veux rentrer en d’dans pour vérifier ? Répondit d’un ton sarcastique le second.
– T’veux manger c’soir ou ben non ? Retourna son compère d’un ton égal. Bin faut aller voir en d’dans. Passeum’moi l’arme, j’vais en premier, t’suis.
– Pas question. C’mon arme, t’vas et j’te suis.
– Et si ya des Déformés en d’dans qui m’tuent ? J’pourrais pas m’défendre, tête de vide !
– C’moi qui t’défend ! T’sais pas tirer, tu loupes un poisson mort à deux pas ! Yeux de bousier !
La figure du non voyant apparut dans le mince faisceau de lumière qui éclairait l’abri. Les deux garçons étaient jeunes, entre dix et quinze ans, et sursautèrent en voyant l’homme aux yeux gris, avec une petite inspiration paniquée. Même sans la vue, la tonalité de leurs voix indiquait leur âge, mais aussi leur peur, et il se félicita d’être resté calme. Tuer ou blesser des enfants, affamés de surcroit, ne faisait pas parti de son credo. Le son d’une arbalète mise en joue dans sa direction le sortit de ses pensées et le ramena à la réalité.
« Bonjour, jeunes hommes, excusez-moi. Je m’appelle Henri. Merci de m’avoir secouru, sans vous je serais probablement mort d’ici quelques jours. Vous êtes mes sauveurs, je vous remercierai comme il se doit une fois que nous serons sortis de cet enfer.» Annonça-t-il avec un sourire radieux.
Dony se dirigea derrière son ami d’une démarche peu assurée. Il semblait encore terrorisé, les mains sous son menton. Lorsque son visage arriva dans la lumière, le garçon le plus jeune émit un petit miaulement apeuré, son binôme, quant à lui, tomba à la renverse en hurlant, tout en appuyant sur la détente de son arme. Le carreau parti très haut dans les airs, et vola au-dessus d’une dune de sable rouge dans un sifflement métallique.
« Huuuuuuuu…huuuuuuuuuu…huuuuuuuuuuu. »
– Tout va bien, tout va bien, répéta Henri à voix basse tandis que les enfants se relevaient, tout en posant discrètement une de ses mains sur la poitrine du géant, pour lui faire comprendre de rester dans l’ombre.
– C’est un Déformé ! Hurla le plus vieux des deux garçons, remettant l’arbalète en joue en direction de Dony, d’un air déterminé, le doigt sur la détente.
Henri s’interposa.
« Arrêtez ! Il est avec moi, je veux le livrer à La Citadelle ! »
– Avec toi ?! T’en es un aussi !? Répondit-il, en mettant de nouveau en joue Henri.
– Non, je l’ai capturé, je veux l’amener à La Citadelle, il peut être utile dans les champs !
– Les champs ? Ya pas d’ça à La Citadelle. Comment t’es arrivé ici, avec c’monstre, et pourquoi qu’y t’as pas mangé l’aut ? Pis t’viens d’où pour palabrer d’cte façon ? J’aime pas tes jactances, un aveugle qui capture un Déformé ! T’es pas du Fourbi, poursur ! Cria le plus jeune des deux, en brandissant son collier orné d’une plume noire. Paseuk’ on l’saurait c’genre de zarberies ! Tu viens d’où ? Demanda-t-il en faisant un effort qui semblait surhumain sur sa diction.
– Il n’est pas agressif, il est même plutôt docile. S’il n’y a pas de champ, il pourra servir aux travaux de force. C’est lui qui a mis ces rochers devant l’entrée, pour m’empêcher de le livrer je suppose. Vous m’avez sauvé la vie, et maintenant vous voulez ma mort ? Arrêtez, calmons nous, il nous faut discuter. Depuis quand n’avez-vous pas mangé ?
– Kesseuk’ sa peut’faire ? On mange si on remplit la mission. C’tout. Et là, trouver des ressources dans l’bazar, dit-il en désignant leur abri, c’est la mission.
– Vous avez donc réussi, puisque vous nous avez trouvés ! J’ai toutes mes affaires dans l’abri, Ils vous acclameront, mais si vous me tuez, ou me blessez, je ne suis pas sûr de pouvoir garantir votre sécurité. Je viens de La Centrale, je ne connais pas le Fourbi. Répondit Henri d’une voix forte, sûr de lui malgré son mensonge, car il savait que la Centrale était une ville assez importante et surtout assez éloignée de La Citadelle, a la fois connue de nom par les enfants, mais assez méconnue pour que les enfants le croient, a la différence du Fourbi et de La Citadelle.
Les enfants restèrent muets une dizaine de secondes en se regardant d’un air à la fois victorieux et inquiet. Le plus vieux reprit la parole d’un ton dur.
« Et comment qu’on fait maint’nant, poureut’ sortireud’ la ? Pis si lui il sort eud’d’dans, il va nous tuer, moi je dis ils le veulent pas vivant ! On le ramène mort ! »
– Moi il ne m’a rien fait, je pense que si je suis avec vous, rien ne nous arrivera. Je vais passer par le trou, il sortira de lui-même, je pense qu’il ne veut pas que je m’échappe. Et on arrivera jamais à le porter jusqu’à La Citadelle si il est mort, il est trop lourd.
Les deux enfants acquiescèrent, même si l’inquiétude se lisait sur leurs visages. Henri se hissa péniblement jusqu’au trou. Dony voulut l’aider à monter, mais il le repoussa discrètement pour que les deux enfants ne remarquent rien de suspect.
Lorsqu’Henri réussit à sortir de l’abri, il chuta d’un bon mètre, mais se releva aussitôt, en secouant sa tunique poussiéreuse. Ses malformations étaient parfaitement couvertes, et personne n’aurait pu soupçonner qu’il n’était pas Normé. Il passait pour un vieillard, aveugle, pauvre et sans défenses.
Dony repris ses hululements sinistres dès qu’il ne vit plus son compagnon. Sa tête immense ne passait même pas dans le trou par lequel Henri était sorti de l’abri. Lorsqu’il se mit à grogner en se mordant l’index, les deux garçons eurent un nouveau mouvement de recul.
Une bonne chose, au vu de la puissance avec laquelle les rochers qui recouvraient l’entrée furent éjectés, pour laisser le passage ouvert au géant furieux.
Le carreau d’arbalète vola, et se ficha dans son épaule droite, ce qui n’eut pas l’air de le déranger. Il marqua un petit temps de pause, en regardant le projectile dans son épaule, la bouche ouverte, puis il se dirigea d’un pas rageur vers celui qui tenait l’arbalète, et tentait de recharger tant bien que mal, tremblant, le visage blême.
Le géant attrapa l’arme des mains de l’adolescent sans efforts. Elle avait l’air d’un jouet dans ses paumes démesurées. Il serra le poing, et elle se fissura, puis explosa en plusieurs morceaux de bois.
« Hhmpf. » Lâcha Dony, manifestement satisfait du résultat.
Il regarda à nouveau le carreau planté dans sa chair. La cotte de mailles avait réduit le choc, et la pointe ne s’était enfoncée que de quelques centimètres dans sa peau. Il la retira avec un petit grognement, puis la rendit à son agresseur médusé, en souriant nerveusement, comme si il voulait s’excuser d’avoir détruit son arme.
Puis il retourna calmement auprès d’Henri.
« Vous voyez, il ne fera de mal à personne ! Voilà comment un pauvre vieillard aveugle comme moi a pu capturer un géant ! » Annonça-il triomphalement.
Une fléchette se ficha entre les omoplates de Dony, une seconde vola jusqu’au torse d’Henri, stupéfait, qui perdit connaissance, assommé par le venin. Deux fléchettes supplémentaires dans le torse du géant eurent finalement raison de lui, il s’effondra, inconscient.
Les Rapaces étaient arrivés.
E.V.O.L.V.E (Tome 1, Chapitre 2)
Contenu complet
Chapitre 2 : Eclaircissage
La Brulée
Le lance-flamme ne faiblissait pas, pourtant, la végétation semblait faite de pierres tant elle avait de mal à bruler. L’homme avançait doucement et prudemment, pour éviter qu’une épine ne transperce sa combinaison, ou pire, son corps. Sans parler du risque de tomber sur une de ces saloperies de plantes carnivore. Déjà cinq de ses collègues avaient perdus la vie face à ces monstres végétaux, et au moins une demi-douzaine d’autres avaient étés blessés.
Dire qu’il y a quelques années de ça, toute la population de La Brulée célébrait le retour des plantes, parlant même de signe divin, la fin de l’Age de Chute qu’ils disaient…s’ils avaient su à quel point ils se trompaient.
« Tout ça pour atteindre la Vielle Flèche des Anciens, la seule partie de toute la clôture où on trouve encore cette végétation de malheur. On ne connait même pas le but véritable…en tout cas, ça m’étonnerai que La Gouvernance veuille relancer le tourisme de masse. » Songea-il, un sourire nerveux sur le visage.
Les épines rougeoyaient, puis viraient au blanc avant de fondre, et de s’éclater au sol en petites billes éparses, comme si il s’agissait de métal en fusion. Des animaux ressemblant à des rongeurs, cachés sous les arbustes et autres feuillages détalaient à l’approche de la vague de feu qui déferlait sur leur abri.
Un second Eclaircisseur, avec un brassard noir au bras, indiquant un grade plus élevé, arriva aux côtés du premier, qui bougonnait encore contre la Gouvernance, et ses saletés de branches impossible à faire brûler.
« Hé, Luk. Arrête toi, c’l’heure d’la pause, c’bon, on r’prendra taleur ! » S’exclama le chef en lui donnant une tape amicale sur l’épaule.
Luk arrêta son engin, et partit sans même adresser une seule parole à son supérieur. Il s’assit au milieu de l’endroit qu’il avait fait brulé la veille, enleva son lourd casque, et souffla longuement. Il était fatigué de cet endroit, de ce travail, de La Gouvernance, de leurs secrets pour « le bien de la Cité ». Tout ce qu’il voulait en venant à La Brulée, il y a quinze années de ça, avec ses deux parents, c’était cultiver cette végétation qui reprenait vie. Puis ils avaient finis par payer le prix fort, en comprenant que cette végétation était non seulement très complexe à cultiver, mais surtout extrêmement dangereuse. Des espèces d’animaux sauvages avaient mutés, devenant plus agressifs, plus gros et plus robustes, ainsi que beaucoup d’espèces de plantes
Ce qui ressemblait à loup immense, avec des plaques osseuses semblables à celles d’un rhinocéros et la queue d’un reptile, hérissée de pointes, avait emporté son père alors qu’il travaillait au champ.
C’était la première fois qu’on voyait autre chose que des traces d’un Prédateur.
Luk n’avait que huit ans, et ils étaient arrivés à La Brulée seulement cinq mois auparavant.
Sa mère mourut quatre années après. Des vesses de loup mutantes avaient éclatées quelque part dans la végétation. Les spores portées par le vent étaient très agressives. Elles paralysèrent ses voies respiratoires, et elle mourut d’asphyxie en moins de cinq minutes après la première crise de toux. Son corps fut brulé sur place pour éviter de répandre l’infection, comme le voulait la procédure. Il alluma le bucher, et la regarda bruler une nuit entière, seul, jusqu’à ce que la Brigade des Orphelins le prenne sous leur aile.
Et voilà que maintenant, lui, brulait la végétation de La Brulée, qu’il devait à la base cultiver avec ses parents. Certes, les premiers temps, ça l’avait aidé à oublier, à se défouler contre ces choses immondes qui l’avaient privé de sa famille. Mais dorénavant, il se sentait seul, impuissant face au mur de ronces qui se dressait devant lui. Tout cela ne faisait plus aucun sens pour lui.
« On r’prend, la pause est terminée, tous à vos postes ! » Beugla le chef en agitant frénétiquement ses bras au loin.
Il souffla une nouvelle fois, pris une grande inspiration, puis remis son casque et repartit vers la zone encore rougeâtre et fumante dont il avait la charge. Le lance-flamme rugit, et aussitôt, et les plantes reprirent leur teinte blanche.
Soudain, quelque chose explosa et projeta une boule de gaz de plus de deux mètres de diamètre dans les airs. Par réflexe et par expérience, il avait réussi à reconnaitre la plante responsable de ce phénomène, Ecballium elaterium, ou concombre d’âne, ou du moins, sa version mutante. Cette plante répand ses graines dans l’air grâce à un gaz hautement inflammable lors de la floraison. En théorie, il ne pose pas de problème, sauf si vous le respirez trop longtemps, ou lorsqu’il rentre en contact avec un lance-flamme. C’était la première cause de décès chez les Eclaircisseurs.
Luk s’était jeté le plus loin possible en arrière. Il tomba durement sur son omoplate, et entendit un craquement sourd. Il gémit de douleur, mais réussit à se remettre sur pieds, l’épaule droite complètement démise et ses bottes quelque peu roussies, puis à marcher, bien que complètement désorienté, hors de portée de son lance-flamme qui prenait feu à son tour.
Alors que les autres Eclaircisseurs arrivaient en courant et hurlant, et que sa vision revenait à la normale, il remarqua quelque chose qui lui déplut au plus haut point : le réservoir d’énergie Oméga liquide de sa machine, bientôt en contact avec les flammes, au milieu d’au moins une vingtaine de concombres d’âne.
« Oh merde. »
Ce fut tout ce qu’il trouva à dire, les yeux écarquillés, avant de partir, clopinant et hurlant à ses collègues de faire demi-tour le plus vite possible. Lorsqu’il se trouva à leur niveau, à quelques dizaines de mètres de l’endroit de la première explosion, la seconde, bien plus terrible, se déclencha.
L’équipe au complet fut projetée sur au moins trois bons mètres de distance lorsque les flammes s’élevèrent comme une cathédrale dans le ciel, qui disparut d’un coup en un souffle furieux. L’impact au sol fut terrible, Luk sentit son épaule, déjà démise, casser complètement lorsque qu’une douleur aigue traversa son bras, et l’intégralité de son dos.
Il hurla, mais tenu bon. La douleur était si intense qu’il avait des sueurs froides, le visage extrêmement pale. Il n’était pas loin du malaise, mais réussit à se remettre sur pied avec l’aide de ses camarades.
Il n’était pas le seul à être blessé, sur les huit Eclaircisseurs de l’équipe, seuls trois étaient debout sans plus de problèmes que quelques ecchymoses. Les quatre autres, dont Luk, arrivèrent à se relever malgré leurs blessures. Le dernier de leurs équipiers gisait, inconscient, au sol. Sa tête avait heurté le sol, et il saignait légèrement d’une plaie à l’arrière de son crâne.
« Planteud’ merd’ ! » Pesta le chef, la cheville foulée, en s’appuyant sur son lance flamme pour tenir debout. « Faut qu’on rentre au Campement, l’a b’soin d’soins urgents. Et l’est pas l’seul j’crois ben… » Ajouta-t-il en regardant Luk, l’air inquiet.
– Et comment on fait hein !? On n’a pas de brancards, la moitié de l’équipe est blessée, et faudrait qu’on fasse les trois kilomètres de marche dans cet état ?! S’emporta Luk, appuyé sur un tronc d’arbre, en souffrance.
– On a l’radio, répondit le chef, y vont v’nir nous chercher ‘vekeul n’céssaire, reseut’ calme un m’ment, ‘longe toi s’tu veux.
– Rester calme ?! Hurla Luk en grimaçant, un œil fermé, de la sueur froide coulant sur ses tempes. Mais vous voulez quoi ? Qu’on se fasse buter par ses…saloperies, comme mes parents hein ? Cité de mort ! On va tous…y passer si on continue, vous comprenez ça les gars !? Et pourquoi !? Dites-moi…j’entends rien ! Mais c’est normal !! On ne sait pas, rien, pas une info ! On risque nos vies, sans raisons. Comptez plus sur m…
Luk ne finit pas sa phrase, il s’écroula sur le sol une nouvelle fois, inconscient. Les derniers mots qu’il entendit furent les cris de ses collègues répondant par l’affirmative à l’ordre incompréhensible donné par le chef.
Lorsqu’il se réveilla, la première sensation qui lui sauta à la gorge fut l’entrave. Son corps refusait de bouger, pourtant, aucun lien ne le rattachait au lit. Les minutes passèrent, puis les heures. Au moment où il crut pouvoir enfin être en capacité de lever le bras, une infirmière entra dans sa chambre, mais ne le remarqua pas.
« Bonjour ? » Lança Luk hasardeusement, la voix enrouée.
L’infirmière se retourna d’un coup sec, si surprise que sa bouche resta ouverte une seconde sans qu’un son n’en sorte.
« Bonjour, s’cuzez, répondit la jeune femme, vous allez ben ? »
– C’est plutôt vous qui êtes censée me le dire non ? C’est normal que j’arrive pas à bouger ?
– Oui, n’vous inquiétez pas, après être resté trois semaines dans l’coma c’normal, puis l’opération ‘range pas les choses, mais ça d’vrai r’venir d’ici une heure ou deux, le temps que…
Luk lui coupa aussitôt la parole.
« Attendez…trois semaines ? Et quelle opération ? »
– ‘Coutez, chuis pas l’médic, j’vais vous l’chercher y vous expliquera ça mieux qu’moi. Répondit-elle en agitant les bras, un brin de panique dans la voix.
Elle partit aussi vite qu’elle était apparue.
« Génial, pensa Luk, j’ai aucune idée de ce qui se passe, de ce qu’il s’est passé, et la seule personne qui rentre dans ma chambre, censée s’occuper de moi, à l’air d’avoir vu un Prédateur, alors que j’arrive à peine à bouger…qu’est-ce que c’est que ce bordel ? »
Quelques minutes passèrent, puis la porte grinça, laissant entrer une femme en blouse blanche, et un homme en costume que Luk ne connaissait que trop bien. Le Gouverneur Principal en personne.
« Bonjour m’sieur Aubert. Comment vous sentez vous ? » Demanda la médecin, souriante.
– Je ne sais pas ce qu’on m’a fait, ni ce qu’il s’est passé ces trois dernières semaines. Je ne peux pas bouger le moindre centimètre de mon corps, et la seule personne que je vois en me réveillant s’en va sans me donner d’explications, apeurée, pour vous chercher. Et vous ramenez le Gouverneur Principal avec vous, pour une raison que j’ignore. A votre avis, je me sens comment ? Répondit Luk froidement.
– Oui, vous avez besoin de réponses, je comprends, détendez-vous, je vais vous expliquer. Dit-elle d’une voix douce.
– Ya intérêt oui. Grogna Luk.
– Vous avez fait une chute qui a brisé votre omoplate, reprit le médecin, imperturbable, ainsi que votre clavicule. Ensuite, une seconde, plus grave, qui a brisé votre colonne vertébrale en deux endroits et fissurée sur plusieurs centimètres. Ca a comprimé votre moelle épinière. Vous étiez donc paralysé à votre arrivée. Nous avons retiré votre colonne vertébrale, que nous avons remplacée par une colonne de titane. Nous avons également remplacé votre omoplate, votre épaule, ainsi que votre bras. Vous n’arrivez donc pas à bouger pour le moment parce que votre corps est à la fois en train de sortir du coma, et de s’habituer au poids de sa nouvelle prothèse. D’ici douze à vingt-quatre heures, vous serez capable de vous déplacer, mais il faudra compter quelques semaines de rééducation avant de pouvoir commencer votre entrainement.
– Attendez, je tenais debout, je vous jure, je tenais debout !
– C’est l’adrénaline qui vous a fait tenir quelques secondes, et j’avoue que c’est assez impressionnant, mais c’est aussi ce qui vous a plongé dans le coma.
– Et vous avez dit mon entrainement ? Mon entrainement de quoi ? Et pourquoi vous m’avez soigné hein ? J’ai vu des gens mourir de blessures moins graves par manque de soins, alors pourquoi moi ? Demanda Luk, dégouté par ce qu’il venait d’entendre.
Le Gouverneur Principal, silencieux depuis le début de l’entretien, s’avança alors vers le patient et pris la parole.
« Monsieur Aubert. Votre supérieur nous a communiqué les doutes et les questionnements que vous vous posiez concernant votre mission d’Eclaircisseur. Vous ne saviez pas pourquoi vous risquiez votre vie, et j’en suis désolé, mais le devoir me contraint quelquefois au silence, pour le bien de la Cité. Cependant, je suis ravi du travail fourni par votre équipe. Il semblerait que la zone touchée par l’explosion ait ouvert un passage à travers la végétation. Nous sommes arrivés à l’Ancienne Flèche la semaine dernière grâce à vous, nous avons gagné des mois précieux sur notre emploi du temps.
– Et alors ? C’est pour ça qu’on me soigne ?
– En partie oui.
– En partie ?
-Vous êtes le fils de Tran Aubert, lui-même fils de la professeure Myriam Aubert, votre grand-mère, c’est exact ?
– Exact, je ne l’ai jamais connue, quel rapport avec l’Eclaircissage ? Demanda Luk, visiblement agacé par autant de mystères.
– J’y viens. Votre grand-mère faisait partie d’un groupe appelé « E.V.O.L.V.E », une cellule de crise destinée à protéger l’espèce humaine avant l’Age de Chute, et qui a œuvré à la protection de notre espèce après l’Age de Chute.
« Ouais bah ça à foiré. » pensa Luk. Le Gouverneur Principal continua sa tirade.
« Elle a disparu en 2081, avec son équipe, alors qu’elle était à bord du Flotteur, cependant, ses travaux, concernant le pathogène responsable des mutations sont censés être toujours dans les anciens locaux de la DGSE, qui employaient votre grand-mère. A côté de l’Ancienne Fleche. Et nous avons des raisons de penser que ces travaux peuvent nous apporter des réponses, peut-être même une solution au problème de la végétation. C’était le but véritable de l’Eclaircissage.
Votre père et votre mère vous ont appris les sciences, l’écrit et le parler des anciens. Nous savons que vous n’aurez pas la capacité scientifique d’exploiter les travaux de votre grand-mère, mais il nous reste quelques personnes qualifiées et capables de le faire, ce n’est pas le problème. Vous, vous avez les capacités pour réussir votre mission : repérer le local, trouver les documents et les ramener à La Brulée. Vous aurez deux jours de marche pour y arriver. Vous dirigerez une équipe de six soldats extrêmement bien armés et entrainés qui auront pour ordre de vous protéger. »
– Et si je refuse ?
– Mais ce n’est dans l’intérêt de personne enfin ! S’offusqua le Gouverneur Principal. Vous détestez cette végétation, au moins autant que tout le monde ! Cette mission peut nous permettre de changer la donne. De la détruire. D’explorer au-delà de la clôture. De cultiver, comme le souhaitaient vos parents et…
Luk coupa la parole de l’homme en costume sans une once d’hésitation ou de respect. Sa voix était si dure que tous savaient qu’il valait mieux qu’il ne soit pas en état de bouger.
– Ne parlez pas de mes parents. C’est La Gouvernance qui les a fait venir dans cet endroit maudit, avec vos belles paroles, et votre espoir stupide d’un soi-disant Jour Nouveau ! Vous dites que vous détestez la végétation ? Ha, c’est plus un signe divin maintenant ? Il vous a fallu quoi pour comprendre hein ? S’écria Luk, déjà essoufflé par l’effort, ce qui ne l’empêcha pas de continuer.
Trainer votre gros cul en dehors du Palais ? Perdre vos gardes du corps dans une attaque de Prédateurs ? Je ne pense pas. Vous n’avez aucune idée de ce que les gens vivent dehors. Votre Palais, c’est la véritable clôture. Parce qu’il y a trois semaines de ça, j’ai failli mourir, sur votre ordre, à l’intérieur de la clôture censée me protéger, comme mes parents ! Et vous, quand avez-vous risqué votre vie pour la dernière fois hein !? Demanda-t-il, un sourire méprisant sur le visage.
Vous ne faites qu’envoyer des gens à la mort, après vous les réparez, pour leur proposer d’autres missions à la con, et en plus, j’ai même pas les compétences pour exploiter les travaux de ma propre grand-mère selon vous ? Je refuse de continuer. Vous les voulez vraiment ? Vous voulez sauver le monde avec les travaux de ma grand-mère ? Allez-y, partez, et trouvez les, après tout, vous aussi vous savez écrire, lire et parler non ?
Alors, allez en enfer, vous et votre entrainement. Une fois que j’aurais fini ma rééducation, je m’en irai pour Le Rempart.
Luk serrait les dents, en sueur, les yeux injectés de sang. Tout son corps était tendu, si seulement il avait pu bouger ses bras, et décrocher la mâchoire de cet enfoiré de dirigeant sans scrupules, ça aurait été le plus beau jour de sa vie. Malheureusement, sa condition d’handicapé ne lui permettait que de passer pour un dément.
Le Gouverneur Principal ouvrit la bouche en fronçant ces sourcils hirsutes et grisonnants, le doigt levé, mais se ravisa. Il tourna les talons et sortit de la salle sans dire un mot, sous le regard médusé du médecin toujours présente.
« Vous y êtes peut être allé un peu fort non ? Vous devez montrer du respect aux Supérieurs, vous savez ? Ils nous ont toujours protégés…Monsieur Aubert ? » Chuchota la médecin, gênée par la situation.
– Allez-vous faire foutre. Fut la seule réponse qu’elle obtenu.
E.V.O.L.V.E (Tome 1, Chapitre 1)
Contenu complet
Chapitre 1 : 2105
La Citadelle.
Le terrain vague semblait désert, excepté les deux enfants et l’adulte qui leur faisait face. Un léger vent faisait flotter de la poussière rouge partout autour d’eux.
« Notre objectif, c’est l’partement R4 du troisième étage. On rentre, on cherche, on trouve, et on r’mène tout au Fourbi. Les lieux doiv’ être vides, ça fait deux semaines qu’on veille, ya pas eu d’entrées, ni de sortie. A vous de faire le job maintenant. »
Les deux enfants échangèrent un regard et un hochement de tête, puis s’en allèrent en silence. L’immeuble était éventré, une bonne partie des appartements, ou du moins ce qu’il en restait, étaient visibles de l’extérieur.
Leur cible était connue. Il vivait en ermite, mais ne semblait jamais manquer de rien. Quelques patrouilles du Fourbi avaient essayé de le sortir de là, pour récupérer ses ressources. Aucune n’était revenue. Pourtant, on le voyait chaque semaine faire sa réserve d’énergie Oméga. Et voilà deux semaines que personne n’avait de nouvelles de lui, et que son appartement demeurait silencieux.
C’était le moment de savoir ce qu’il se passait dans l’appartement. Voilà pourquoi le Fourbi faisait appel à eux, deux orphelins qui n’ont rien à perdre, et assez débrouillards pour comprendre que manger est la seule chose qui compte, et assez naïfs pour risquer leur vie pour les Rapaces.
« Wo ! Késtufé ! Fé noir ici, lumzi au lieu d’penser ! » Chuchota le plus âgé.
– Deux secondes, j’pense pas, j’chercheul plante, répondit le plus jeune au fouillant dans sa sacoche rapiécée.
La branche d’algue qu’il sortit de sa besace émit une lumière bleue, diffuse, mais suffisante pour discerner l’escalier pourri qui menait aux étages supérieurs. Des bouts de bois, de verre et de béton étaient étalés partout sur le sol de l’entrée. De nombreuses traces de sang maculaient les murs, et quelques bouts de carcasses manifestement humaines trainaient là, comme si un peintre abstrait avait été pris d’une folie créatrice mortelle.
« Tu crois kya des Déformés ? Ya keu pour faire c’genreu d’choses ! » Dit à voix basse le cadet.
– Des Déformés à coté d’la Citadelle. Pff. T’en a d’aut’ des histoires ? Allez, on monte, ‘tention aux trous.
Les planches craquaient sous le poids des deux enfants, mais aucune ne céda. Les couloirs de l’immeuble étaient déserts. Seul un cadavre les attendait devant le palier du troisième étage.
Son uniforme et son tatouage, une plume noire, montrait clairement son appartenance aux Rapaces. Sa tête pendait vers l’arrière, et son crane touchait son dos. Seul un bout de peau lui avait évité la décapitation.
Les enfants ignorèrent le corps et se dirigèrent discrètement vers l’appartement. L’aïné sortit une arbalète de son sac, et mis en joue la porte.
« Ouvre ça, doucement. » Ordonna-il d’un signe de tête.
Son cadet s’exécuta. Une seconde après l’ouverture, une odeur de moisi, de renfermé et de souffre agressa les narines des deux enfants. Le plus jeune eu un haut le cœur avant de se reprendre, et d’enfiler le masque qui pendait autour de son cou. Ils entrèrent, inquiets, bien que déterminés à accomplir leur mission.
L’entrée était délabrée. Le sol n’était qu’une dalle en béton, fissurée par endroit. Le papier peint qui recouvrait les murs était au sol, émietté dans un puzzle poussiéreux. Sur la droite, une entrée donnait sur la cuisine et le salon. Des livres par dizaines étaient disposés de façon anarchique sur une table et sur une vielle étagère. Des flacons, avec des inscriptions étranges, étaient rangés, bien plus strictement que les livres, une énorme cage en fer forgée, dont la porte semblait avoir été forcée de l’intérieur, était posée dans le coin de la pièce.
L’odeur était toujours plus forte, et semblait provenir d’une porte entrouverte qui donnait probablement sur une chambre.
En ouvrant, les deux enfants tombèrent nez à nez avec un autre cadavre, celui de l’ermite, allongé dans son lit, et probablement décédé de cause naturelle, une chose si rare pour l’époque que la vue du viellard dans son lit choqua bien plus les deux enfants que les cadavres qu’ils avaient vu en montant les étages de l’immeuble. Un nombre d’armes incalculable étaient accrochées aux murs, des épées, des couteaux, une hache, deux masses d’armes, une arme automatique, une douzaine de boites de munitions, un arc, une arbalète double coup, un grand stock de flèches, et un blaster Oméga.
Quelques livres trainaient par terre, mais un petit cahier se trouvait dans les mains de son propriétaire décédé. Les enfants restèrent bouche bée un instant, puis l’ainé s’adressa au plus jeune.
« Ya un trésor ici. Appelleul zot, on peut pas tout prendre. Dis leur ya rien à craindre, le pire, c’est l’scalier. »
Le garçon se dirigea vers une fenêtre, une pierre à la main, et la projeta en se couvrant le visage sur la vitre en piteux état qui explosa dans un fracas cristallin. Les Rapaces qui attendaient en bas ne tardèrent pas à sortir de leurs postes de tir, à l’affut. Le visage du chef se détendit une brève seconde lorsqu’il aperçut l’enfant leur faisant signe de monter.
En arrivant dans la chambre, l’équipe au complet resta bouche bée, comme les deux enfants quelques instants avant eux, devant cette scène incroyable. Un mort, naturel, avec un stock d’armes à faire rougir un armurier, c’était très loin d’être une chose que l’on voyait tous les jours, et bien que les Rapaces étaient plus vieux que les deux orphelins, c’était, pour la majorité d’entre eux, la première fois qu’ils voyaient un mort naturel. Ce privilège était normalement réservé aux Membres du Hall de la Communauté, les Dirigeants de la Citadelle. Dans le Fourbi, les plus vieux n’avaient pas leur place, et seuls les combattants les plus aguerris arrivaient a vivre au dela de quarantes années.
« Beau butin les tios. C’est pas ce à quoi j’pensais trouver mais ya de quoi contenter les gars de l’armurerie. Ya pas de bouf’ mais c’pas grave, on va vendre ça et racheter des stocks de conserves. Prenez ce qu’on laisse, c’pour vot’ paye. », lacha le chef en souriant.
En dix minutes, la chambre était quasiment vidée. Il ne restait que les livres, et quelques fioles sans contenu.
« Keski vont faire ‘vec tout ça ? » Demanda nerveusement le plus jeune.
– Y zon dis : Vendre le métal et acheter à manger.
– Pis ces ptis tubes pleins de liquides ‘vec des couleurs, keskeu c’était ? Moi j’donne pas un seul haricot si on m’refile ces choses-là, on dirait que c’viens pas d’not’ monde !
– S’en fiche, c’pas not’ problème. Rétorqua sèchement l’aîné. Nous on prend les livs pis on ramènera ça a la Taupe. Elle sra contente et on aura un repas c’soir.
Son frère acquiesça, et commença à vider l’étagère. Pendant que le second s’intéressait au carnet que le défunt gardait précieusement avec lui. Il lui arracha des mains, puis feuilleta quelques pages.
« Héba. Il devait y tenir pour s’accrocher autant à ce machin. Ya presque rien de marqué la d’dan. J’espereuk’ La Taupe trouvera des intérêts. Bon, t’as fini ? »
Le cadet regarda une dernière fois la pièce, puis hocha la tête sans dire un mot de plus.
« Faut pas rester là, c’pas sûr d’être hors clôture par ces heures, on repart au Fourbi. » Ajouta l’aîné avec un signe de la main.
Son frère lui emboita prestement le pas.
La nuit était déjà bien avancée, et la lune, bien que voilée par des nuages orangés, brillait assez pour que les deux garçons puissent se repérer et ils arrivèrent au Fourbi sans encombre.
Ils étaient enfin chez eux. Combien d’orphelins n’étaient jamais revenus de missions comme celle-ci ? Ils ne comptaient plus.
Les ruelles du bidonville étaient affreusement sales, et pourtant, cela ne semblait pas déranger grand monde. Des mendiants, des prostitués, des chasseurs de primes, des orphelins pillards, et quelques commerçants en boissons accomplissaient tous leurs besognes dans cette fange mécanique qu’était le Fourbi.
Les remparts en carcasses de porte-avions, de porte-contenairs, et autres structures métalliques dépassés renfermaient toute un système bien huilé d’habitations gérées par les Rapaces, qui servaient de police et de trafiquants. Malgré leurs activités illicites, les Dirigeants les laissaient faire pour plusieurs bonnes raisons. Les Rapaces s’occupaient de la collecte de ressources, d’informations, et géraient également les procès des affaires les plus banales. De plus, si La Citadelle devait subir une attaque, Les Rapaces avaient pour ordre de rassembler les habitants du Fourbi en âge de se battre et de défendre la Cité.
Les cinqs derniers étages du rempart métallique étaient appelé Le Nid, et étaient plus une caserne pour les Rapaces que de véritables habitations.
Les deux jeunes orpehlins cheminèrent dans le dédale de carcasses métalliques jonchant le sol pour arriver vers la place centrale, le Centre du Fourbi.
Soudain, deux mains se posèrent brusquement sur les épaules du plus vieux, qui fit volte-face en une demi seconde, la main sur la garde de son poignard, prêt à se battre contre son agresseur.
« Héééé ! caleum’ toi un peu non ? C’ek moi tsé ! », chantonna une voix féminine, une pointe de malice dans la voix.
– Bhara ! T’es folle, j’aurais pu t’envoyer ma lame danl’ vent’ ! Cervelle déformée va ! Répondit sévèrement le jeune homme légèrement vexé.
– Chuis contenteuk’ vous rentrez c’tout…parceuk’ c’pas toul’monde qui r’vient au cas où t’aurais oublié, cervelle déformée qu’t’es toi ! Renvoya la fille sans pour autant perdre son sourire. Z’avez trouvé quoi d’bien la bas ?
– C’était horrible, yavais des gens d’ici morts, et pis nous on sait pas trop à quoi ça sert skeu yavais la bas alors…
Un geste rapide et tendu de la main de l’aîné mis fin aux paroles du cadet.
« On doit rien dire, tout va a La Citadelle. Tout c’keu j’peux dire c’est qu’ils veulent racheter dla nourriture à la Communauté. Nous, on doit aller parler à La Taupe. C’t’ai bien d’te voir Bara, mais là on doit yaller, on a encore du travail. A plus tard. »
Les deux frères reprirent leur route, laissant de côté une jeune fille a l’air décontenancé.
Le Centre du Fourbi était une ruine circulaire faite en pierres. C’était le seul endroit du Fourbi qui demeurait propre, malgré sa taille. Un frigo trônait au centre de la place, comme éncastré dans le sol, et était constamment protégé par une brigade d’une douzaine d’hommes en treillis portant eux aussi l’insigne des Rapaces.
Les enfants passèrent le barage en montrant leur bracelets, et un soldat leur ouvrit la porte. C’était la l’entrée de La Citadelle.
Les souterrains étaient étroits, chauds et humides. Après quelques dizaines de mètres, la lumière devint plus forte, et la galerie s’ouvrait sur une vaste pièce pleine de métaux en tout genre. C’était là que l’on fabriquait les armes rudimentaires (épée, hache, couteaux, flèches…) pour le Fourbi et les armes de pointe pour la Communauté, lorsqu’une commande arrivait. Un deuxième barage de soldat les reconnus et les autorisa à passer d’un hochement de tête approbateur.
Une immense flaque de métal en fusion renvoyait des reflets orangés sur les murs, donnant à la pièce un aspect lugubre. De dos, un homme imposant travaillait à grand coups de marteau sur une pièce de métal destinée à devenir une arme. Son mouvement était parfaitement répété, précis et puissant.
Il se retourna, et trempa le fer chaud dans un bac d’eau froide. De la vapeur s’échappa furieusement du bac, puis l’arme fut déposée avec soin sur l’étal déjà bien rempli.
« Grosse journée Archie ?! » Cria un des deux garçons pour couvrir le bruit de la forge, tout en continuant son chemin.
Le forgeron leur répondit avec un salut amical, et un léger hochement de tête.
Quelques mètres après la forge, les enfants se dirigèrent vers un couloir qui semblait être un cul de sac. Le plus jeune s’accroupit, puis tira sur la trappe qui s’ouvrit sans un grincement. Les deux enfants disparurent dans le souterrain sans plus de bruits.
L’échelle descendue, et ils étaient arrivés chez La Taupe. Une grotte creusée dans l’argile, ou de nombreuses niches regorgeaient de livres en tous genres. Le silence qui régnait dans cet endroit était si intense que pas un des deux garçons n’ouvrit la bouche. Ils étaient enfin dans ce qu’ils considéraient le plus comme chez eux. Ils appréciaient déjà l’odeur du ragout, la chaleur de la grotte et le sentiment de sécurité qui en émanait.
Une voix tiraillée de vielle femme résonna contre les parois de la grotte.
« Ha ! Dan, Thom ! Je ne vous attendais plus ! J’ai bien cru que vous étiez restés hors clôture ! Venez, je suis derrière ! »
L’aîné s’avança vers le mur du fond, et appuya sur le rocher qui lui faisait face. Aussitôt, la pierre pivota et laissa un passage ouvert sur une grotte éclairée par une simple bougie, où était assise en tailleur La Taupe, un livre entre ses grandes jambes décharnées.
Elle ne portait qu’une tunique de lin et un manteau de fourrures, extrêmement rudimentaires. Sa peau était d’un gris blanchâtre inquiétant, pourtant, son sourire maternel renvoyait chez les deux enfants une joie qui faisait oublier son corps fatigué. Il ne lui restait que quelques fines mèches de cheveux blancs qui tombaient sur sa paire de lunettes, agrémentée de loupes et autres bibelots cliquetants et tombant sur les côtés. Ses yeux étaient petits, enfoncés, très sombres, mais son regard était étonnement doux.
La Taupe ferma le livre, en prenant soin de retenir la page, se leva et le posa sur un pupitre. Puis elle se tourna son visage anguleux vers les deux enfants.
« Alors, dit-elle d’une voix enjouée, qu’est ce qui a bien pu vous mettre en retard de la sorte ? Ce ne sont surement pas les livres, oh que non…vous n’êtes pas blessés au moins ? Il y a eu une attaque ?
– Non, tout va bien, c’est juste que cet endroit était vraiment très étrange. Répondit le plus âgé.
– Hmmmm. Si vous êtes ici, c’est qu’il y avait des livres ? Vous commencez à les connaitre pourtant, il n’y a rien d’étrange à cela, non, c’est autre chose. Il me faut des détails. Thom ?
Le plus jeune s’avança.
« Dis-moi, qu’as-tu vu la bas ? » Demanda doucement La Taupe.
– Yavais beaucoup d’morts. Pis yavais un gars chuis sur il était du Fourbi. Mais il avait plus de tête. Pis après on est allé dans l’partement, ça sentait la mort aussi. Mais une odeur différente, yavais moins d’sang. Alors on a vu l’ancien, il bougeait pu pis il avait un tout ptit liv ent’ ses mains. Mais c’est bizarre paskeu yavais preskeu rien d’crit d’sus.
Il marqua un temps de pause pour réfléchir, et ajouta :
« Yavais aussi plein d’tubes avec d’l’eau en couleur, ‘vec plein de couleurs, les Rapaces sont partis ‘vec, j’sais pas bien à quoi ça peut aider, moi si j’tai la Communauté, jeul boirai pas touca. »
– Et tu as bien raison ! En revanche, je te prierai de respecter le Langage. Ici, je garde le savoir parler des anciens, alors fait attention à tes paroles jeune homme, ou bien ils pourraient venir t’arracher la langue dans ton sommeil, lâcha La Taupe, un léger sourire en coin.
– Oui, c’est vrai, pardon, je suis désolé Madame Taupe. Répondit Thom en baissant les yeux.
– Haaa, voilà qui est nettement mieux, c’est bien, tu vois que tu peux y arriver si tu te concentre, dit-elle en passant une main décharnée dans les cheveux de l’enfant.
« Bien, donc, vous avez trouvé un petit livre, avec peu de choses écrites dedans, mais qu’un mort tenait entre ses mains. Montrez-moi. »
Dan sortit le journal de sa besace et le tendit à La Taupe. Elle effleura la couverture avec délicatesse.
« Il y a des lettres gravées dans le cuir, ça devait être un carnet important. « E. V. O. L. V. E ». Je ne comprends pas le sens de ces lettres, ça doit être un dialecte ancien, mais pas de chez nous, je dirais que ça vient du Nord. Voyons voir, de quand dates-tu petit journ… »
La Taupe ne finit pas sa phrase. Elle resta bouche bée et lu les quelques pages du journal en silence.
« Alors keseuk c’est ? » Demanda innocemment Thom.
Pour toute réponse, La Taupe planta ses yeux noirs dans les yeux de l’enfant. Thom y vit de l’espoir, de la tristesse, de la peur, mais surtout, quelque chose de très inhabituel chez elle : l’agitation. Elle semblait avoir perdu quarante ans en quelques minutes tant son énergie paraissait débordante.
« Une clé. » Répondit-elle dans un souffle.
– Jveux not’paye c’tout. Une clé ou un liv, pour nous c’pareil, n’a pas d’cof, n’sait pas lire. Nous faut à manger vite ! S’énerva Dan alors que La Taupe crapahutait frénétiquement d’une étagère à une autre.
Cette dernière s’arrêta net lorsque Dan eu terminé sa phrase.
« Surveille le Langage ! Tu ne comprends pas. Cette clé n’ouvre aucun coffre. Elle vient du passé, et peux rendre notre futur bien meilleur que ce présent miséreux… Ne parlez de ça à personne. Et évidemment que je vais vous payer, allez-vous installer, j’avais préparé du ragout comme convenu. » Répondit la vielle femme d’un air étrangement las.
« J’essaierai de comprendre vot’ bazar quand mon vent’ sra plein. Et mon langage c’est tout pareil qu’le vot’. Sauf que quand j’sors d’vot grotte, on m’comprend au moins. » Marmonna Dan en se dirigeant vers ce qui servait de cuisine à La Taupe.
« Mangez tant que vous le voulez les enfants, je suis désolée mais j’ai vraiment beaucoup de travail à présent. Merci pour votre aide. » Dit La Taupe en retournant dans ses étagères, à la recherche d’un livre qu’elle n’arrivait manifestement plus à trouver.
« Hé ! T’la trouve pas un peu dans l’zarb La Taupe ? » Chuchota Thom
– Plus que d’habitude t’veux dire ? Répondit Dan, la bouche remplie de ragout. Elle remue ses livs, sur’ment qu’elle range, ça doit ben lui arriver des fois.
– Normal’ment elle mange avec nous ! Insista Thom, l’air inquiet. Pis elle nous dis pas de tout manger…Le liv qu’on a ram’né, comment elle a dit dja ? Le carnet ?
Dan acquiesça, le regard planté dans son assiette.
« Héba chuis sur ya kekchose de zarb avec ce bazar. T’as vu sa tête quand elle a lu ? En plus elle nous a rien raconté de ct’histoire ! Pis c’est un liv, un carnet ou une clé ? »
Dan posa ses couverts, et repris du ragout.
– Moi l’histoire de c’liv, si ça la rendue folle, j’préfère pas la connaitre, c’est un coup à finir Déformé ça, poursur. En plus on a d’quoi manger, on l’a mérité. Alors mange et pose pas d’questions, le ragout est bon, et si tu m’le laisse jeul prend ! Répondit Dan tout en servant une copieuse ration de ragout à son frère.
Ils passèrent leur repas sans plus de discussions. Lorsqu’ils eurent finis, ils se rendirent compte que quelque chose n’allait pas. La Taupe était sortie. Et La Taupe ne sortait jamais.
« Là, c’est vrai qu’elle est dans l’zarb. » Pensa Dan, l’estomac enfin plein.
Les deux enfants sortirent précipitamment du souterrain, avec la ferme intention de savoir ce que faisait la vielle femme hors de sa grotte.
« Hé, les tios ! Lança une voix rocailleuse, keseuk La Taupe fait en dehors ? C’pas bien la, keseuk vous lui avez fait ? »
– Rien du tout Archie, poursur, on a ramené not’ butin, des livs comme elle aime, pis on a mangé et après elle était partie. Tsé ou elle va ?
– L’es partie en courant, en direction du Hall de la Communauté. Alors faites pas de baza…
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Les deux enfants se mirent à courir le plus vite possible, le Hall de la Communauté était à dix minutes de marche, si ils arrivaient à rattraper La Taupe, ils pourraient enfin savoir quel secret renfermait ces livres, et pourquoi elle, qui ne sortait même pas chercher sa nourriture, s’était empressée de partir sans même dire un mot ?
De plus, voir la Communauté, et tenter de rentrer à leur service – ce qui est bien plus reluisant que de faire des missions suicides pour le compte du Fourbi – c’était dorénavant possible.
« Après tout, pensa Dan, c’est nous qu’on les a ramené de c’t’endroit maudit ces livs, on mérite bien un peu plus qu’le ragout d’la vielle, aussi bon soitil ! »
La dalle en béton lâchait des nuages de poussière sur le passage des deux jeunes.
Thom était à bout de souffle, mais il suivait son frère les poumons en feu. Le regard de La Taupe après qu’elle ait lu ce carnet n’arrivait pas à quitter ses pensées.
« J’dois la rattraper, et savoir l’histoire, c’tout c’qui compte ! J’veux pas qu’l’ancienne nous cache un bazar monstre ! »
Enfin, le Hall de la Communauté apparut, et au bout de l’immense tunnel, les grandes grilles vert kaki, les miradors, les pickups armés de mitrailleuses lourdes et les soldats en uniforme se dessinaient devant l’immense bunker qu’était Le Hall de la Communauté. Au pied des marches, derrière les grilles, La Taupe se dirigeait, escortée, vers l’entrée du bunker.
Dan redoubla d’efforts, priant pour avoir encore une chance d’arriver à temps. Thom hurla en direction des grilles, attirant alors l’attention des gardes en patrouille. Un coup de feu partit. Dan chuta lourdement.
« Non ! Arrêtez ! Ils sont avec moi, pourquoi avez-vous tiré espèce d’inconscient !? » Hurla La Taupe, s’arrachant de l’emprise des gardes avec une énergie insoupçonnée.
Elle courut vers le blessé sans se soucier des gardes, des éclairs dans les yeux, se maudissant intérieurement de n’avoir pas préparé plus de ragout pour les retenir plus longtemps, ou de n’avoir pas trouvé les livres qu’elle cherchait assez rapidement.
Thom était déjà aux coté de son frère, hurlant et pleurant, le suppliant de se réveiller. La Taupe écarta l’enfant doucement pour saisir le poignet de Dan.
« Il est vivant…pour le moment, mais si on fait rien il va mourir dans quelques heures, alors toi, tu lâches ton arme, et vous le transportez à l’infirmerie ! » gronda la vielle femme en direction du responsable.
– Bien Madame…lâcha le soldat honteux.
« Thom, tu vas avec ton frère, il aura besoin de toi. »
– Mais…keseuk j’vé faire ‘vec lui ? Yva mourir ? Jveux pas La Taupe ! Faukeus soit toi qu’il l’aide !
– Calme-toi. Répondit-elle en posant une main sur son épaule. Le médecin est un ami à moi. Et ton frère a besoin de lui pour les soins du corps, et de toi pour le soin moral, crois-moi. Je viendrais te chercher une fois que j’en aurais terminé. »
– Non ! La Taupe, keskispasse ?! Keseuk le liv il t’a raconté ? Jveux savoir pourquoi tu coures partout en dehors d’la grotte, et pourquoi mon frère se fait tirer d’sus ! Hurla-t-il, des larmes ruisselant sur ses joues.
Elle lâcha l’enfant.
« Tu auras tes réponses quand je reviendrais te chercher, c’est promis. En attendant va avec ton frère, que tu sois avec moi à l’intérieur n’arrangera en rien la situation. »
Elle fit volte-face, puis se retourna une dernière fois vers Thom.
« Quand tu verras le médecin, dis-lui que vous êtes des amis d’Eliza, et tout ira bien. »
lle détourna le regard et partit, escortée par six gardes, et laissant l’enfant en pleurs suivre le cortège qui se dirigeaient vers le camp militaire dressé sur le flanc du bunker.
Un homme petit et trapu, au crâne dégarni et à la barbe grisonnante, en blouse blanche, courait déjà vers le blessé, accompagné par deux infirmiers.
« Nom d’une pute borgne, c’tait quoi encore que c’coup d’péteux ?! Et pourquoi jme r’trouve ‘vec un gosse à soigner ? – Les soldat désignèrent le coupable sans hésiter –
« Keskilafé l’tiot la ? Un vrai danger, poursur, c’est un Déformé sur’ment, ça s’voit ben à sa sixième jambe, hein idiot ?! » S’emporta l’homme d’une voix emplie de rage, tout en gifflant durement le soldat d’un revers de main. Ce dernier ne trouva rien a redire, et, la machoire endolorie, retourna a son poste en espérant que le médecin se contenterai d’une gifle pour sanction et n’irai pas tout raconter à son supérieur.
« Bon, c’pas grave on s’calme, soupira-il. Allongez le, voilà, on enlève les vêtements avec délicatesse autour de l’endroit où la balle a pénétré ok ? J’prépare le sédatif et on y va. »
Les infirmiers s’exécutèrent en silence.
« D’accord. La balle est restée à l’intérieur, par chance elle n’a pas touché de point vital, mais elle a dû casser au moins une cote, causant l’évanouissement. Faut la retirer sans faire de dégâts, nettoyer et recoudre ok ? Et priez pour que mon diagnostic soit bon et que son poumon ne soit pas perforé. »
Les infirmiers hochèrent la tête simultanément. Thom toussa. Les infirmiers restèrent stoïques, mais le médecin sursauta alors qu’il s’apprêtait à sédater le jeune homme.
« Nom d’une pu…oublie ça tiot. Kestufé ici, n’faut pas rester là tsé ? »
– C’mon frère, Dan, dit-il en le pointant du doigt. On est des amis d’Eliza. Ajouta-t-il d’une voix hésitante.
– Ha. Eliza hein ? Ça m’étonne pas, elle arrive toujours à se créer des ennuis. Rétorqua le médecin en prenant étonnament soin de prononcer correctement chacun de ses mots.
– La Taupe, s’créer des ennuis ? On doit pas parler d’la même. Répondit Thom interloqué.
– Pour que tu arrives ici, dans ma tente, avec ton frère blessé, disant que tu es un ami d’Eliza, une amie que je n’ai pas r’vu d’puis belle lurette, peu importe comment tu l’appelles, je suis certain qu’on parle bien de la même personne, répondit-il avec un sourire nostalgique. T’inquiète pas, j’vais m’occuper d’ton frangin, il va s’en sortir. Va dormir un peu derrière, yen a pour un moment.
Thom s’exécuta sans poser plus de questions, les émotions de cette journée l’avaient épuisé.
Il sombra dans un sommeil sans rêves.
🌹 Poésie – Muse 🌹
Contenu complet
Muse
Muse qui susurre à mes oreilles,
Des mots et des vers sans pareil,
Me permettant de créer des merveilles,
Jamais je ne veux perdre ton aura de miel.
Tu inspires de jour comme de nuit,
Que le soleil brille ou que la lune luit,
Grâce à toi, mon esprit jamais ne s’ennuie,
Et mes doigts toujours en délivre le fruit.
Muse, jamais tu ne dois m’abandonner,
Ta divine essence toujours je vénèrerai,
Sans ton souffle, mon âme dépérirait,
Ma vie durant, je serai ton obligée.
![]()
Qui suis-je, mes écrits et moi
Contenu complet
EtherNoema ou Lapasseusesdhistoires ? Kesako ? Je suis une jeune autrice, on va dire bientôt 30 ( deux ans c’est large ! ^^), qui a commencé à douze ans par des poèmes puis des fanfictions et journaux intimes puis à créer des histoires originales par la suite.
Depuis 2021, après avoir écrit (toujours le cas aujourd’hui) des fanfictions sur UN DOS TRES avec Marta Ramos sur des carnets, j’ai découvert Wattpad, Noevel, Fanfictions.net et Scribay qui est maintenant l’Atelier des Auteurs.
Je vous passe les aventures en zigzagues d’un site à l’autre, puis de plus revenir car planning trop chargée et qu’aujourd’hui, je n’ai pas retenu la leçon :p
Il faut juste savoir que j’étais prédestinée à voguer dans les eaux arcs en ciels de magie, de bandes de copains prêt à tuer une créature sauf que via ADA (Ateliers des Auteurs), j’ai pu à force de vouloir répondre aux défis des autres, d’en proposer moi même, j’ai pu donc découvrir d’autres contrées.
Sciences-Fictions, futur en général, jeunesse, jeune adulte et même parfois de l’érotisme jusqu’à ma première longue histoire en ligne (55 chapitres environ) une darkromance sombre, très crus, très violente mais avec ce que j’incorpore aux maximums dans mes recettes : Une remise en question comme une morale, de l’espoir, de la paix après la douleur, parfois le poids du poids du passé et c’est déjà pas mal de cité ^^
J’ai découvert la Dark Romance par Nelra “Emprise Tome 1”.
Puis, après avoir mise de côté mon idée de roman jeunesse qui avait eu milles versions, un ok d’une ME et dont j’avais décidé d’écrire autre chose et que c’est toujours en pause, j’ai envoyé ma DarkRomance à 34 ME depuis Janvier parfois avec deux autres petits romans ayant de la romance.
Dix refus, d’autres sans nouvelles et une où j’attends le contrat pour discuter avant le rdv en visio dans le mois prochain. Pour trois textes avec du travail…Une maison d’ailleurs où le contrat permettra de voir si j’ai bien raison de me méfier d’après les avis du net.
En patientant, je me suis remis sur Kobo. J’y étais pour des petites nouvelles. J’ai donc mise en ligne sur Kobo :
“Voyage au bout de l’Enfer” et “Ma peine, ma haine” sous EtherNoema
Pour le moment, le premier est aussi sur Amazon KDP même pseudo. Bientôt version papier
Et le deuxième aussi.
Google play livre également, il y aura mes deux écrits.
Pour “Lapasseusesdhistoires”, sur Kobo, je n’ai pour le moment que mon recueil de poème “Les minutes sauvages”.
J’ai donc deux noms différents pour Ether, romance et tout genres de romances, un jour de l’érotique je verrais. L’autres donc pour les autres genres plus divers.
Etant nouvelle en autoéditon, je suis toujours à la recherche de lecteurs bien sûr mais surtout de commentaires pour savoir si malgré mes vérifications, la mise en page est ok comme les fautes ^^
Je suis sur Instagram et Thread “ethernoema_autrice” celui où je suis le plus active. Le lien de mon autre compte instagram dans la page profil.
PS: Je suis en ce moment en consultation de devis pour refaire ma couverture d’un ou deux de mes romans en vente. Je n’ai pas choisi encore un, en particulier. Si des graphistes sont présent, dans un style sombre, romance, mystère, m’écrire en Message privée ^^
Ici, je suis donc heureuse de partager mon petit parcours, mes liens de ventes avant celle de la boutique et donc de faire vivre le site juste né ! Je partagerais aussi mes écrits en cours prochainement !
Bonne journée à tous et vivre l’écriture, le partage !
Oser être soi
Contenu complet
Osez être vous-même : Le chemin de l’authenticité révélé
Fatigué(e) des promesses de “bonheur parfait” et des injonctions à toujours être positif ?
Ce livre est pour vous.
Découvrez un guide franc et authentique qui démystifie les recettes miracles du développement personnel. Oubliez la formule magique pour être vous-même ; elle n’existe pas. Mais il existe un chemin, le vôtre, pour vous accepter pleinement et révéler votre véritable potentiel.
À travers mon propre parcours – j’ai moi aussi vécu un chaos où mes repères s’étaient envolés – je vous offre les clés pour :
– Accueillir toutes vos facettes, y compris vos “défauts”, et les transformer en atouts.
– Libérer vos émotions sans culpabilité, et comprendre leur pouvoir.
– Découvrir une créativité qui ne se limite pas à l’art, mais qui se trouve dans chaque aspect de votre quotidien.
– Rebâtir votre confiance en vous, non pas en vous forçant à changer, mais en vous connaissant et en vous respectant tel(le) que vous êtes.
Ce livre n’est pas une solution toute faite, mais une invitation à l’introspection profonde. Il vous poussera à vous poser les bonnes questions, à explorer vos zones d’ombre avec bienveillance et à transformer votre vie en acceptant votre singularité.
Osez être vous-même, sans faux-semblants. Le voyage est exigeant, mais la liberté d’être enfin soi est à portée de main.

🌱CHAPITRE 1
Y a t’il une formule magique pour être soi ?
Vous cherchez la formule magique pour être vous-même ? L’astuce secrète, le raccourci qui va tout changer ? Je dois vous le dire : elle n’existe pas. C’est peut-être la première grande vérité à accepter.
Ce livre ne vous donnera pas de solution toute faite, mais il vous offrira des clés pour découvrir votre propre chemin vers l’authenticité. Car chacun de nous est unique, façonné par un vécu singulier.
Avant même d’oser être soi, une question essentielle s’impose : quelle est la confiance que nous nous accordons ? Car sans une certaine confiance en soi, il est difficile de s’autoriser à être pleinement qui l’on est.
Alors, comment trouve-t-on ce chemin si particulier ? Comment bâtit-on cette confiance indispensable ?
Pour ma part, c’est à l’âge de vingt ans que cette question a surgi en moi : qui étais-je ? Ma vie était alors sens dessus dessous.
Mes projets venaient d’être anéantis, ma famille avait explosé, et l’existence que je connaissais n’était plus. Je me sentais complètement perdue. Au début, j’ai tenté d’avancer sans écouter mes douleurs. Mais j’étais totalement désorientée, mes repères envolés. Chaque nouveau pas se heurtait à un mur, comme si tout ce que je voulais dans la vie était devenu inaccessible.
J’ai alors compris que je ne maîtrisais pas tout de ma destinée. Ce fut le moment le plus bouleversant de ma vie. En silence, j’ai commencé à me poser des questions profondes sur moi-même, sur mon identité. Pourquoi tout s’écroulait-il autour de moi ? Qu’avais-je fait pour que ma route bifurque à ce point ?
J’ai d’abord sombré dans la culpabilité, alors même que cette situation n’était pas de mon fait. J’avais subi les conséquences des mauvais choix de mes parents. Je me sentais prise pour cible, comme si, pour certains, on m’avait jeté le mauvais œil.
Avec le temps, j’ai compris que tout ceci n’avait rien à voir. Ma vie a changé de cap pour me mettre sur un autre chemin, bien loin de celle que je pensais être.
Maîtriser mon avenir était devenu impossible pour moi. Comme si la destinée me plaçait à un endroit précis sans me demander mon avis. Mon cœur n’a pas accepté cette situation. Ma tête pensait que je devais survivre quoi qu’il arrive. Je ne rentrerai pas dans les détails de ce que j’ai vécu, je préfère le garder pour moi. J’ai juste envie de vous révéler que parfois, nous ne maîtrisons pas tout, hélas…
Certaines personnes choisissent tout dans leur vie et voient tout se mettre en place. Je ne fais pas partie de ces gens. Plus j’ai des projets qui me tiennent à cœur, plus je me sens poussée vers d’autres horizons.
Depuis que mon chemin a dévié de la trajectoire pour laquelle j’avais bossé comme une dingue, j’ai vécu avec une sorte de faille énorme. Je l’ai même dessinée pour l’intégrer dans les jeux de cartes que j’ai créés, et l’ai nommée « ruine ». Un trou béant immense, comme un séisme violent séparant deux plaques sismiques. Cette souffrance m’a habitée pendant des années. J’ai alors commencé à travailler sur moi pour cicatriser. De là est née mon envie de mieux me comprendre et de libérer mon véritable potentiel. J’ai commencé à me poser des questions existentielles :
À quoi je sers ? Si je ne peux pas faire ce que je veux, pourquoi suis-je poussée à réaliser quelque chose que je ne veux pas ?
C’était violent. Mes vingt ans ne datent pas d’hier ; c’était la fin des années quatre-vingt-dix. À l’époque, le développement personnel, la loi d’attraction, la loi de Murphy n’étaient pas à la mode comme aujourd’hui. J’ai dû me dépatouiller seule. Je me suis tournée vers mes ressources personnelles, utilisant mon intuition, mon instinct et mon hypersensibilité.
C’est ainsi que, aidée par des jeux de cartes, j’ai commencé à décoder mes émotions et celles des autres. J’utilisais alors un oracle pour ensuite créer mes propres jeux : j’avais ce besoin d’avoir un outil qui me ressemble. J’ai découvert que j’avais un don, celui de prédire certaines situations en fonction du décodage émotionnel de la personne face à moi.
Le destin me jouait un sale tour. Il me permettait de voir comment aider les autres à atteindre leurs objectifs en fonction de leur vécu et de leurs émotions. Cocasse, quand on découvre comment la vie a tourné. J’ai eu du mal à encaisser cette ironie. La formule « le cordonnier est toujours le plus mal chaussé » me collait superbement bien. La colère animait quotidiennement mon cœur. À l’époque, je ne m’étais pas encore lancée professionnellement dans le développement personnel. J’avais surtout besoin de comprendre, de ME comprendre. C’en était même vital.
De mon expérience, je peux vous révéler une évidence : il n’y a pas une seule formule magique pour « être soi », mais une multitude. Tout dépend de votre personnalité, de votre vécu. Méfiez-vous des personnes qui vous proposent des méthodes toutes faites, car elles n’existent pas. Ce qui vaut pour l’un ne vaut pas forcément pour l’autre. C’est en tout cas ce que j’ai compris dans mon cheminement vers la compréhension de soi. Nous sommes tous uniques, et ce que nous recherchons l’est également.
Le développement personnel ou le travail sur soi ne veut pas dire être toujours dans la pensée positive en permanence ou dans la loi d’attraction.
Ces méthodes peuvent fonctionner pour certaines personnes mais pas pour toutes. Ne culpabilisez pas de ne pas attirer à vous cette fameuse énergie positive qui solutionnera tout dans votre vie. Il est normal de vivre des hauts et des bas. Il est naturel d’être négatif, en colère voire même pessimiste. Ce sont des émotions légitimes.
Est-ce que vos pensées sont limitées ? Non ! Est-ce que vos croyances sont trop ancrées ? Non !
Les freins, les peurs sont naturels. Ces instincts sont importants, c’est ce qui vous permet d’être en alerte en cas de danger.
Devez-vous obligatoirement dépasser vos zones de confort ? Non plus.
« Être soi », c’est apprendre à vivre avec vous-même. Découvrir qui vous êtes : vos limites, vos émotions, votre caractère, vos rêves, votre éducation…
Être soi n’est pas s’obliger à devenir quelqu’un d’autre. Transformer sa vie, d’accord, mais pas à l’encontre de qui vous êtes réellement.
J’avais envie de remettre l’église au milieu du village.
Ce que j’ai appris avec les années, c’est avant tout de respecter ce que vous êtes. Ensuite, de l’accepter. Accueillez vos défauts, vos qualités, vos erreurs, vos réussites. La première chose pour commencer à se remettre en question est de faire le bilan de votre vie, de vos actions, avec un regard éclairé, honnête et franc. Évitez de vous complaire dans vos mensonges ; assumez toutes vos facettes. Ce premier pas est le plus important : avoir une autocritique sans œillères, sans faux-semblants. Dans cette étape, soyez exigeant avec vous-même. Le but n’est pas de vous plaindre ou de vous victimiser, bien au contraire. Épluchez, détaillez vos actions et analysez les réactions qu’elles engendrent dans votre vie. Peut-être y a-t-il un mécanisme qui vous a échappé. Si c’est le cas, ce sera le premier indice à comprendre et à transformer.
Peut-on changer son caractère ou sa personnalité ? Pas forcément, mais vous pouvez évoluer. Si vous comprenez vos actions et vos réactions, vous apprendrez à connaître parfaitement vos mécanismes de fonctionnement. Bien plus que de se laisser vivoter ou d’accepter que la destinée vous mène à tel ou tel endroit : si vous avez la clé pour vous comprendre, votre vie se transformera. Elle ne sera pas parfaite, elle ne vous évitera pas les épreuves, non. Mais elle vous aidera à comprendre chacune de vos émotions. Savoir, c’est la connaissance, paraît-il. Alors, découvrez-vous.
À ce moment-là de votre lecture, vous allez sans doute vous dire : « Non, mais elle se moque de nous ! Elle a écrit précédemment que sa vie avait pris un autre chemin pour aller vers sa « destinée », et là, elle nous dit de mieux nous connaître. What ? Ahaha ! » Oui, oui, j’assume. J’ai cru au début qu’il y avait une forme de destinée.
Mais avec le temps, en travaillant sur moi, j’ai compris que j’avais un mécanisme d’action qui m’avait éloignée de mon objectif. Si à l’époque j’avais eu les clés que j’ai aujourd’hui, j’aurais pu renverser la situation. Alors non, je ne regrette pas ce qui s’est passé. Je suis heureuse de comprendre aujourd’hui que j’aurais pu faire autrement. J’ai simplement fini par accepter d’être celle que je suis, avec mes failles, mes défauts et mes erreurs.
Des personnes peuvent vous mettre des bâtons dans les roues, mais à vous de ne pas vous laisser faire et de ne pas accepter tout passivement. Ensuite, soit vous vous battez pour y arriver, soit vous lâchez prise. Les deux solutions sont bonnes. Derrière chaque porte qui se ferme, une nouvelle s’ouvre. Donc, quelle que soit votre décision, votre route vous mènera quelque part. Peut-être pas là où vous vouliez en premier lieu, mais peut-être sur un chemin qui vous plaira davantage. Soignez votre cœur et votre ego pour faire le choix que vous devez assumer.
Oser être soi, c’est toutes ces petites choses à intégrer. Vous devez construire votre philosophie de vie et suivre le fil de cette trame ; vos projets pourront alors être alignés avec qui vous êtes au plus profond de vous.
Est-ce simple ? Pas forcément ! Tout dépend avec quoi vous vous débattez.
Votre éducation vous a conditionné. Vous fonctionnez souvent comme vos parents et votre famille en général. Peut-être que ce conditionnement ne vous ressemble pas. Si vous vous sentez différent, si vous avez la sensation que vous n’arriverez jamais à être à la hauteur pour vos proches, alors comprenez que vous êtes simplement différent. Au lieu de rechercher la bénédiction des vôtres, apprenez à créer votre propre philosophie de vie, que ça plaise ou non à vos proches. Vous avez le droit d’être différent. Vous avez le droit de vivre la vie qui vous ressemble.
🌻Exercice pratique :
Prenez un carnet et un stylo, décrivez votre « Moi » actuel en listant trois à cinq de vos comportements que vous souhaitez voir évoluer.
Imaginez l’évolution qui vous semble juste si vous pouviez oser être vous même, sans aucune contrainte, sans aucune limite.
Décrivez trois aspects qui vous serrez essentiels pour y arriver.
Exemple : Être plus serein, plus affirmé, plus créatifs, moins anxieux…
Le tout premier pas que vous pourriez faire, cette semaine, serait de prendre cinq minutes pour vous détendre, sans vous juger.

🌱CHAPITRE 2 :
Être soi, Être vrai…
J’adore aborder ce sujet : « être soi, être vrai ». Souvent, face à cette idée, beaucoup me répondent : « Mais je suis déjà honnête avec moi-même ! Pourquoi ne le serais-je pas ? » J’ai toujours un petit sourire en coin quand j’entends cette phrase. Non, je plaisante… quoi que !
Moi aussi, je pensais être vraie. En réalité, je ne l’étais pas du tout. Comme tout le monde, j’avais des zones d’ombre que j’aimais occulter. Je ne le faisais pas exprès, je n’en avais absolument pas conscience.
J’ai tenté de transformer mes défauts pour m’améliorer. Seulement, à l’époque, je ne pensais pas qu’accepter mes faiblesses telles qu’elles étaient pouvait m’aider. J’ai compris que je n’avais pas à changer mes défauts, mais plutôt à les utiliser au moment opportun. Car ces failles pouvaient m’être utiles. Quand vous avez conscience de vos qualités et de vos défauts, il ne tient qu’à vous de les utiliser correctement pour vous exprimer au plus juste et construire la vie que vous souhaitez. Votre tempérament est une véritable boîte à outils que vous pouvez maîtriser et utiliser en fonction des situations. C’est cela, être maître de soi.
Se connaître parfaitement est votre meilleur atout, et c’est ainsi que vous gagnerez en confiance en vous.
Vos actions déclenchent toujours une réaction. À vous de les assumer quoi qu’il arrive. Si vous êtes en équilibre avec vos pensées et vos actions, alors vous serez en confiance. Ce sera votre zone de confort personnel, celle qui vous permettra d’avoir tous vos atouts à disposition dans votre quotidien. C’est dans cet équilibre que vous pourrez véritablement lâcher prise sur le stress, les angoisses et les anxiétés qui vous habitent.
Respectez qui vous êtes sans faux-semblants.
Car il est tellement plus simple de se voiler la face, de se mentir à soi-même. Être dans le déni peut paraître confortable, mais au contraire, c’est ce qui vous déstabilisera le plus. Votre inconscient regorge de tout ce que vous préférez omettre. Cette situation est déjà votre plus gros mensonge.
Ne pas affronter ses émotions, passer au-dessus, se détourner du problème en disant : « Moi ? Tout va bien ! T’inquiète, j’ai vécu pire. » Mensonge ! Non, tout ne va pas bien.
Vivre ses émotions, les accepter, ne veut pas dire que vous êtes faible. Pleurer, hurler sont des réactions émotionnelles naturelles. Il est important d’exprimer ce que vous ressentez au moment où vous le vivez. Si ce n’est pas le cas, dites-vous que vos émotions reviendront un jour ou l’autre en mode “tsunami”, au moment où vous vous y attendrez le moins. Vous risquez de vous noyer dans vos douleurs.
Nombreuses sont les personnes qui pensent avoir surmonté des chocs émotionnels et qui se retrouvent un jour face à une situation similaire. À ce moment-là, le traumatisme se réveillera, ainsi que toutes les émotions que vous avez refusé d’assumer. Vous serez alors complètement bouleversé(e)s.
S’écrouler n’est pas une faiblesse. Et quand bien même ce le serait, où serait le problème ? Si vous êtes conscient de vos points faibles, vous deviendrez plus fort. Vous saurez s’il faut vous protéger de votre famille, de vos amis… Vous pourrez également discerner si vous avez besoin de prendre du recul, de dormir, de pleurer, de hurler…
Toute émotion que vous n’exprimez pas verbalement ressortira par un moyen ou un autre. Tout garder en vous peut provoquer de gros dégâts sur votre corps physique et sur votre santé mentale. Ne minimisez pas ce que vous vivez. Acceptez la réalité le plus rapidement possible, même si vous avez mal. Prenez le temps de panser vos blessures.
Accepter ses défauts, c’est accueillir le fait d’être : menteur, manipulateur, colérique, mou, hypocrite, non courageux… ce ne sont que des exemples.
Vous aimez mentir ? C’est ok. Vous avez tendance à manipuler, à vous victimiser ? C’est ok aussi… Accueillez toutes les parts de votre caractère et de votre personnalité. Il n’y a aucune honte à avoir. De plus, cette démarche ne concerne que vous. C’est votre travail personnel.
Une fois vos défauts établis, demandez-vous : pourquoi êtes-vous ainsi ? Y a-t-il une raison précise pour que vous vous comportiez ainsi ?
Quelques exemples plus précis :
La colère peut être une réaction utile pour vous défendre face à un trop-plein d’autorité, ou l’envie de vous imposer sans pouvoir le faire. À force d’encaisser, vous n’avez pas d’autre choix que d’utiliser la colère pour vous sortir de ce sentiment d’inconfort.
Essayez de trouver vos raisons. Êtes-vous né ainsi ? Ou l’êtes-vous devenu par l’entourage familial, sociétal, professionnel… Il est important de comprendre pourquoi vous vous comportez ainsi.
Si vous n’avez pas envie de décortiquer le pourquoi du comment, alors respectez-vous. Je vous donne simplement quelques pistes de travail pour mieux comprendre vos mécanismes d’action. Rien ne vous oblige à plonger dans tous ces questionnements intérieurs.
Je crois qu’il est essentiel de se connaître et d’être plus fort pour affronter les déceptions et les obstacles. Être vous-même ne vous empêchera jamais d’affronter les épreuves de la vie.
J’aime être prête à tout affronter. Même si j’ai mal, même si je m’effondre, je suis certaine qu’il y a toujours un autre chemin derrière chaque moment difficile. L’espoir est toujours présent quelque part dans mon cœur. Je peux m’éteindre et me rallumer aussi vite, tel le Phénix. Des renaissances, j’en ai vécues plusieurs. « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. » C’est exact. Vous serez malgré tout amoché(e)s par les coups reçus. Autant se relever, n’est-ce pas ?
Je vous conseille de prendre avec vous un carnet pour y noter tout ce qui vous vient à l’esprit lorsque vous pensez à vos défauts :
— Est-ce que cela vous rend faible ?
— Est-ce que cela vous agace ?
— Pourquoi n’arrivez-vous pas à accepter pleinement qui vous êtes ?
Pour se comprendre, il faut s’interroger. Ce n’est que mon avis bien entendu. J’ai souvent constaté que lorsque vous vous posez les bonnes questions, vous obtenez les réponses qui vous sont essentielles pour avancer.
Puiser en vous pour plonger dans vos « mauvais » côtés est épuisant. Vos émotions vont être secouées, alors prenez le temps de laisser ce que vous ressentez s’exprimer. Soyez tolérant avec vous-même. Pensez à vous avant tout. Surtout si vous débutez un travail sur vous. L’air de rien, cela demande de l’énergie, du courage. Faire surgir vos émotions profondes bouscule. Je ne le dirai jamais suffisamment.
Pour conclure cette partie du livre : demandez-vous pourquoi vous souhaitez « oser être vous-même » ? Que recherchez-vous ? Concrètement, vous ne pouvez être personne d’autre que vous. Êtes-vous certain que ce que vous cherchez n’est pas déjà en vous ?
Je vous l’avais dit, j’adore que vous réfléchissiez à vos démarches. Je décortique toujours chacune des émotions. C’est ma spécialité.
🌻Exercice pratique :
Mon Passé, Mon Présent, Mon Pont
Prenez votre carnet :
— Décrivez 3 à 5 choses que vous avez laissées derrière vous (une habitude, une relation, une vision de vous même…)
— Décrivez 3 à 5 aspects de la personne que vous êtes aujourd’hui même si cela vous semble encore flou ou difficile à accepter.
Quelles nouvelles perspectives vous viennent en y pensant.
Maintenant construisez un pont en réfléchissant à la dindon dont les expériences de votre passé ont contribué à devenir la personne que vous êtes aujourd’hui
Identifiez une force que vous tirez de votre passé et qui vous aide aujourd’hui.

🌱CHAPITRE 3 :
Découvrir sa créativité
Quand je dis aux gens qu’ils sont créatifs, la première réaction est toujours la même : « Je ne suis pas doué(e) dans le domaine artistique. » Cette réponse me fait toujours sourire. (Rassurez-vous, pas mon sourire sadique, promis !) Tout le monde s’imagine que le mot « créatif » symbolise toujours les milieux artistiques. Sauf que c’est faux.
La créativité est partout dans votre quotidien. Avoir une idée, c’est être dans la créativité. Imaginez également le nombre de pensées que vous pouvez avoir dans votre journée, des pensées créatives. Mettre un enfant au monde est créatif. Créer n’importe quel projet, cuisiner, jardiner… Tout ce qui est de l’ordre de la nouveauté est en lien avec cette fameuse créativité.
Vous l’avez compris : lorsque quelqu’un vous dit que vous êtes créatif, c’est que vous l’êtes.
Pas besoin de faire une école d’art ou d’avoir du talent pour vous créer une belle vie. Même dans les pires moments, il y a toujours cette petite flamme prête à prendre pour vous pousser à voir le chemin qui est le vôtre.
Vous avez des richesses inexploitées qui dorment au fond de vous. Personne ne vous apprend à être créatif, à puiser en vous pour développer cette confiance que vous oubliez régulièrement.
Connaître son potentiel, c’est puiser au plus profond de soi. Se découvrir, c’est également savoir de quoi vous êtes capable. Comment le savoir ? En essayant, bien entendu. Pourquoi faire autrement ?
Vous n’avez pas besoin que qui que ce soit vous dise de quoi vous êtes capable. Vous pouvez le découvrir par vous-même.
Vous avez du potentiel. Tout le monde en a. Même si, pendant des années, on vous a rabâché le contraire. Même si vous n’étiez pas bon à l’école. Même si vos parents répétaient sans cesse que vous n’y arriveriez jamais. Écoutez ce qu’il y a dans votre cœur. Vivez vos projets ; s’ils ne fonctionnent pas, ce n’est rien. Vous en recommencerez un autre.
Cessez d’avoir peur de vivre.
Cessez de croire que vous êtes incapable de réussir.
D’ailleurs, qu’est-ce que la réussite ?
Est-ce le résultat ? Ou le parcours ?
Dans cette quête de soi, la réussite se trouve souvent dans la richesse du parcours et la découverte de vos capacités.
À l’heure où tout le monde parle de hauts potentiels, j’ai envie de dire : vous avez du potentiel. Chaque personne en a. Le tout est de ne pas se limiter, ni de s’interdire d’essayer.
Comment voulez-vous savoir ce qui est fait pour vous ?
Votre éducation, l’école, la famille, la société ne vous présentent souvent qu’une petite palette de possibilités… En réalité, vos possibilités sont illimitées. Ne laissez personne vous déstabiliser.
Reprenez confiance en qui vous êtes. Si vous n’êtes pas doué dans un domaine, essayez-en un autre. Rien de plus simple.
C’est dans la créativité de vos pensées que se trouve une partie de votre potentiel. Tout ce que vous avez envie de réaliser, faites-le ; c’est ce qui vous permettra de découvrir les tréfonds de votre potentiel.
Quand je pense que certaines personnes n’ont jamais découvert ce dont elles sont capables, mon cœur se serre. Je ne m’imagine pas un seul moment sans continuer à découvrir ce dont je suis capable.
Bien entendu, tout le monde n’est pas ainsi. Je le respecte. Donc, si vous souhaitez en savoir plus chez vous, n’hésitez pas, lancez-vous. Si ce n’est pas votre cas, c’est également ok ! Ne vous forcez en rien.
Cette quête de travail sur soi doit être un choix de votre part. Les raisons vous appartiennent. À chacun sa méthode ; le principal est que ça vous ressemble. Au plus vous serez à l’aise dans vos choix, au plus votre quête sera agréable.
Découvrir votre potentiel et votre créativité va vous exalter. Prenez le temps d’accueillir cette émotion ; vous pourriez ressentir un sentiment d’extrême puissance. Rassurez-vous, cette sensation passera vite.
Puiser dans la créativité, c’est ce que je fais continuellement. Cet exercice est celui qui m’amuse le plus. Aller puiser en moi, le plus loin possible pour pouvoir avancer, me découvrir, me révéler.
Avec le temps, j’ai découvert des facettes de moi que je n’aurais jamais soupçonnées, surtout si ma vie avait tourné autrement. J’ai trouvé la force de me renouveler en permanence. Affronter le chaos pour mieux me relever par la suite. Tel un phénix, j’ai appris à renaître de mes cendres. Échec après échec, je me suis relevée, comme si en moi l’espoir ne s’éteignait jamais. Même lorsque j’ai vacillé dans le noir le plus complet, j’ai toujours eu cette petite mèche qui restait allumée dans un coin de mon âme.
Il m’arrive de m’écrouler. Dans ces moments-là, c’est difficile, douloureux. Je suis comme vous. Alors j’enclenche le mode survie, ce qui me permet de plonger dans ma créativité pour y puiser mon potentiel. Celui que je n’aurais jamais soupçonné si je n’avais pas vécu toutes mes défaites.
Votre potentiel est illimité, la créativité l’est encore plus. Dites-vous que vos rêves, vos projets… le sont tout autant. Si ce que vous désirez le plus ne se réalise pas, dites-vous qu’il est possible d’avoir d’autres rêves. Au plus vous en avez, au plus vous pourrez les réaliser.
Travaillez sur vous. Apprenez à vous poser les bonnes questions. N’hésitez pas à explorer des chemins inexplorés.
Je sais que vous allez me demander comment faire pour découvrir votre créativité.
En réalité, c’est très simple. Il vous faut prendre conscience de qui vous êtes. Découvrir vos limites.
Pourquoi vous sentez-vous limité ?
Est-ce vous qui vous freinez ?
Ou vous a-t-on rabaissé dans vos envies ?
Essayez déjà de découvrir vos blocages. Ce serait un nouveau pas vers votre réalisation.
La prise de conscience de vos possibilités est importante. Je vous préviens, cette quête vous suivra toute votre vie. Vous évoluez, et à chaque nouvelle étape, de nouvelles capacités s’inviteront à vous. C’est ce que j’aime dans cette recherche de découverte de soi : les possibilités infinies qui s’offrent à vous.
Franchir cette étape, c’est un pas de plus vers la confiance en vous.
Le début de l’éveil, c’est le début de la compréhension de votre inconscient.
« Votre quête de découverte libérera votre potentiel. »
🌻Exercice pratique :
Notez sur votre carnet :
— Vos 3 forces inattendues, identifiez 3 de vos qualités ou vos trois talents sans les minimiser.

🌱 CHAPITRE 4 : Zone de confort ?
“L’équilibre pour atteindre votre épanouissement”
Oser être soi, c’est se libérer d’un carcan qui n’est pas le vôtre. Il s’agit de dépasser ce que je nomme la « zone grise » dans laquelle vous évoluez. Bienvenue dans cet espace où vous êtes peut-être enfermé—e, pensant qu’il s’agit de votre zone de confort. Un lieu où vous vivez sans réelle satisfaction.
Vous allez vous dire : « Mais que me raconte-t-elle ? Une zone grise ? Et la zone de confort, alors ? »
Dans ce chapitre, je vais vous parler de trois zones émotionnelles :
— La zone grise
— La zone de confort
— La zone à risque
Je vous en dis plus maintenant, vous comprendrez rapidement. Promis.
Comme je suis gentille, je vais vous aider en vous posant quelques questions :
— Vous sentez-vous à part ?
— Avez-vous l’impression que personne ne vous comprend ?
— Agissez-vous à cause des pressions de votre entourage ?
— Avez-vous peur d’évoluer dans le domaine qui vous attire réellement ?
Si ces questions vous parlent, je vous annonce que vous êtes bel et bien en zone grise.
Qu’est-ce que la zone grise, me direz-vous ? C’est votre zone de survie, la sphère dans laquelle vous ne vous sentez pas en équilibre.
Imaginez que c’est la saison de l’automne et que sur votre chemin se trouve une multitude de feuilles glissantes. La zone grise, c’est exactement cela : un terrain instable et à déblayer pour avancer. C’est la zone émotionnelle que chacun essaie de soulager comme il le peut. Cette zone n’est en rien une zone de confort, bien au contraire.
La zone de confort, comme son nom l’indique, doit être confortable. Vous devez vous y sentir en sécurité, indépendant—e. C’est également dans cette zone que vous allez pouvoir recharger vos batteries en toute quiétude.
Revenons à la zone grise avant d’aller plus loin. Être émotionnellement bloqué dans cet espace vous rend bien plus fragile que vous ne l’imaginez. Imaginez que vous êtes prisonnier, enchaîné par des liens solides.
À chaque mouvement, une douleur insupportable vous oblige à rester immobile, vous épuisant inévitablement. Vous y perdez petit à petit votre énergie vitale. C’est exactement ce qu’est la zone grise. Elle vous retient fermement par vos peurs, vos blocages, la toxicité de vos relations… vous empêchant d’avancer, vous forçant à rester à votre place, ce qui vous épuise au fur et à mesure. Souvent, ces entraves agissent sur vous de manière inconsciente, rendant d’autant plus difficile d’en prendre la pleine mesure.
La seule façon d’y échapper serait de vous libérer de vos chaînes. Si vous n’y arrivez pas, vous vivrez des émotions frustrantes, angoissantes, mêlées de colère, de désillusions…
Sortir de cette zone, c’est faire un saut dans le vide. Aller vers l’inconnu. C’est ce que la majorité des personnes appellent « quitter sa zone de confort ». Or, vous vous leurrez : vous n’êtes pas dans une zone sécurisée. Ce sont simplement les chaînes qui vous retiennent, en vous berçant d’illusions. Alors, quittez sans regret cette zone qui vous étouffe chaque jour un petit peu plus.
Avancez un pas devant l’autre. Prenez conscience de ce qui vous bloque afin de vous en libérer rapidement.
Un petit rappel utile : personne n’a le droit de décider de votre avenir à votre place. Pensez à vous avant tout. C’est peut-être égocentrique, voire même individualiste, mais pour être sûr—e de vous, vous n’avez pas le choix.
L’avis des autres peut être intéressant s’il s’agit de critiques constructives pour vous aider à évoluer vers votre but, et non vous démolir. Vous n’avez qu’une seule vie, alors profitez-en au maximum pour vous réaliser. Personne ne mérite votre soumission et encore moins votre dévouement. Vous devez être libre de vos choix, en pleine conscience.
Vous libérer de cette pression qui vous étouffe un peu plus chaque jour n’est pas le plus simple. Le premier pas est déjà de prendre conscience que vous êtes libre de vivre la vie que vous souhaitez. Une fois que vous aurez réalisé qu’un autre chemin vous attend, vous vous sentirez déjà un peu mieux. Ensuite, le pas le plus difficile est celui de la désobéissance ou de l’affrontement tout dépend de votre situation.
Si votre entourage vous met la pression, comprenez que vous devez vous en libérer. « Se libérer » ne veut pas dire tout quitter du jour au lendemain, ni effacer les personnes de votre vie, entendons-nous bien. Vous devez sentir que vous avez le contrôle sur vos choix et sur votre vie, pour apprendre à vous affirmer face à votre entourage. Cette prise de conscience vous aidera à aborder chaque étape de votre vie bien plus facilement. Vos choix, vos décisions, vous amèneront alors sur des chemins heureux. Bienvenue dans votre zone de confort.
Parlons de la « zone à risque » maintenant. L’étape ultime, celle de la prise de risque comme son nom l’indique. Il s’agit de quitter votre zone de confort pour réaliser vos plus grands rêves. Ayant trouvé l’équilibre, vous pouvez maintenant foncer tête baissée vers ce que votre cœur vous dicte, sans retenue.
Vous allez me dire : « Bon d’accord, super, mais où se trouve le risque dans cette démarche ? » J’y viens. Ne vous impatientez pas.
J’ai nommé cette zone « risque » précisément parce que beaucoup de personnes décident de se lancer directement de la zone grise à la zone à risque, pensant à tort être dans une zone de confort initiale. C’est un peu comme sauter en parachute sans vous être entraîné(e) avant. Si vous ne savez pas activer votre parachute, vous risquez de vous faire mal. Bien sûr, vous avez une chance de réussir, mais c’est une méthode très hasardeuse avec un faible taux de réussite.
C’est dommage, car si vous aviez compris qu’il ne fallait pas brûler les étapes, vous auriez eu bien plus de chances de succès.
Je vous laisse méditer sur ces zones émotionnelles.
Récapitulatif :
— Zone grise : frustrations, mal-être, doutes, blocages…
— Zone de confort : équilibre, liberté, indépendance, épanouissement.
— Zone à risque : Satisfaction, euphorie…
Alors, quelle zone préférez-vous ?
🌻Exercice pratique :
— Pensez à un aspect de votre vie que vous considérez comme imparfait à vos yeux. Un aspect qui vous rend anxieux. ( Votre zone grise) Au lieu de juger cet aspect tentez de le comprendre en notant ce qu’il vous apporte ou ce qu’il vous a appris.
— Notez maintenant une vérité que vous vous êtes longtemps cachés. (Le coucher sur votre carnet peut-être libérateur).

« Bientôt la suite sera publiée, en attendant n’hésite pas à me laisser un commentaire pour me soutenir ⬇️ »
Faux Semblants
Contenu complet
Et si la personne qui vous aime le plus était aussi celle qui vous mène à votre perte ?
Méline pense connaître Baptiste : son meilleur ami, son protecteur. Mais sous sa façade douce se cache un psychopathe brillant, dont l’amour toxique pour Méline le pousse à manipuler et à tuer. Pour sa “poupée de porcelaine”, Baptiste est prêt à tout, éliminant quiconque la blesse ou s’approche trop près.
Méline, elle, aspire à l’indépendance, ignorant qu’elle vit sous sa surveillance constante. Pourtant, autour d’elle, les disparitions et les accidents suspects se multiplient, des ombres discrètes que personne ne relie à son fidèle ami.
Quand une nouvelle mort inexplicable survient dans l’entourage de Méline, l’affaire est confiée au Capitaine David Pichau et au Lieutenant Nicolas Leclerc. Ce duo d’enquêteurs aux méthodes opposées, l’un guidé par une intuition déroutante, l’autre par une logique froide. se heurte à une hiérarchie soucieuse de discrétion.
Plongez au cœur d’un thriller psychologique sombre, où l’amour obsessionnel est une menace mortelle.
Méline découvrira-t-elle la vérité sur le masque de Baptiste avant qu’il ne soit trop tard ?

Chapitre 1 | La poupée de porcelaine
Méline croit connaître Baptiste, mais en réalité, elle ignore tout de son meilleur ami. Elle le juge joyeux, sensible, doux, empathique, généreux…
Il n’est rien de tout cela. La seule vérité concernant Baptiste est sa volonté de protéger celle qu’il aime, Méline ; la seule personne pour qui il éprouve du plaisir à tuer.
Naïve, Méline est bien loin de se douter de la véritable nature de son ami de toujours. Leur histoire, teintée d’une complicité forgée dans l’adversité, a commencé dès l’enfance : tous deux orphelins, l’orphelinat des coccinelles, leur a ouvert ses portes.
Dès que Baptiste posa les yeux sur Méline, il la compara à une poupée de porcelaine aux yeux émeraudes, belle, fragile. Il sentit son cœur battre dans sa poitrine pour la première fois. Alors, il fit une promesse silencieuse : celle de protéger cette petite fille qu’il voyait brisée.
C’est dans ce rôle de protecteur qu’il a bâti sa façade.
Petite, Méline était renfermée, conséquence des mauvais traitements dont elle avait été victime.
Baptiste ne supportait pas de la voir ainsi recroquevillée sur elle-même. Pour la faire rire, il prenait sur lui, apprit à devenir doux et gentil.
Tout ceci n’était qu’une comédie, un masque qu’il enfilait pour satisfaire celle qui, pour la première fois de sa vie, le rendait vivant.
Mais cette “vie” qu’il trouvait en Méline n’était qu’un écho tordu d’une autre forme de plaisir qu’il avait découverte bien plus tôt.
Baptiste avait perdu ses parents dans un incendie accidentel ; c’était la version officielle. La vérité est qu’il avait lui-même provoqué ce brasier qui avait dévasté sa maison et tué ses parents maltraitants.
À l’époque, tapi dans l’ombre, il avait aimé assister à ce spectacle. Il se souvient d’avoir ressenti un plaisir intense, la première émotion qu’il avait éprouvée depuis sa naissance. Sa seconde émotion fut face à Méline.
Diagnostiqué comme un enfant extrêmement intelligent, Baptiste s’en servait à merveille. Personne ne le soupçonnait jamais de rien ; son visage poupon et son sourire enjôleur de l’époque l’aidaient à se placer hors de tout soupçon, et il en jouait à sa guise.
Cette maîtrise précoce de la manipulation lui a permis de tisser sa toile protectrice autour de la douce Méline.
C’est ainsi qu’il s’est construit autour d’elle, la surveillant et la protégeant de tout. Lorsque Méline pleurait à cause de quelqu’un, enfant ou adulte, Baptiste intervenait.
Il y eut des empoisonnements malencontreux aux produits toxiques, des glissades dans les escaliers et d’autres accidents orchestrés par un Baptiste des plus créatifs.
Même si pour la directrice de l’orphelinat quelque chose clochait, elle accusa d’autres jeunes qui étaient de petits délinquants.
D’ailleurs, Baptiste se laissait intimider par ce petit groupe, s’octroyant ainsi la protection de la directrice.
Méline n’avait jamais rien soupçonné. Pas même les événements les plus sordides liés à sa propre protection. Même lorsque Hugo l’avait tourmentée en glissant ses doigts sous sa culotte. Baptiste, qui observait tout attentivement, avait remarqué l’attitude de ce jeune adolescent de quatorze ans, alors que Méline n’en avait que onze.
Hugo fut retrouvé mort dans la forêt, assassiné par un pervers qui passait par là. D’après la police, c’était un pédophile qui sévissait dans la région.
Baptiste s’en amusa : il connaissait bien le tueur, vu que c’était nul autre que lui-même.
Même à treize ans, il ne laissait jamais aucune trace. Il était fasciné par la science, mais également par tout ce qui concernait la médecine légale et la criminalistique.
Baptiste passa son baccalauréat à quatorze ans, alors que Méline peinait à réussir ses études. Cette divergence de chemins n’a fait que renforcer sa mainmise et son rôle dans la vie de Méline.
À dix-huit ans, Baptiste quitta l’orphelinat. Il avait suffisamment gagné d’argent en inventant une application internet qu’il avait revendue à prix d’or. Il réussit à sortir Méline de l’orphelinat grâce à son avocat. Depuis lors, il s’occupe d’elle.
Méline était reconnaissante de tout ce que Baptiste avait fait pour elle. Bien souvent, elle s’en voulait de ne rien pouvoir faire en retour. Elle aurait aimé le soutenir davantage, mais Baptiste se montrait toujours fort et mature pour eux deux. Il était simple pour Méline de se reposer sur lui.
La prévenance de Baptiste faisait fondre son cœur depuis qu’il s’était approché d’elle. Il lui avait souri, en lui tendant la main. Il était le seul à la voir, elle, à l’écouter, à la consoler. Il était tout pour elle.
Méline le savait depuis ses quinze ans : elle était amoureuse de son meilleur ami. Un secret qu’elle n’était pas prête à révéler à qui que ce soit, et encore moins à la personne concernée. Il était hors de question qu’elle perde l’homme le plus important de sa vie.
Elle espérait secrètement que Baptiste la verrait un jour comme une femme, et non comme la petite fille perdue qu’elle avait été par le passé.
Méline avait aujourd’hui vingt-cinq ans. Elle ne vivait plus avec Baptiste et ne dépendait plus de lui. Elle avait quitté leur maison commune cinq ans plus tôt, la mort dans l’âme. À l’époque, elle avait eu besoin de prendre du recul face à un Baptiste de plus en plus possessif, qui finissait par l’étouffer. Il critiquait tout ce qu’elle faisait, ainsi que les amis qu’elle fréquentait.
Elle l’aimait, mais elle souhaitait vivre sa vie librement, même si cela déplaisait à celui qui lui avait tendu la main. Aussi, dès qu’elle fut enseignante, elle prit son indépendance. Il était temps que chacun vive sa vie.
À son grand étonnement, Baptiste l’avait aidée à trouver son nouveau logement et à s’y installer correctement.
Méline ignorait simplement que son appartement était truffé de caméras vidéo cachées, toutes installées par Baptiste. Il gardait ainsi un contrôle à distance sur la vie de Méline.

Chapitre 2 | La traque commence
Méline avait pris Marcel comme on adopte une habitude. Un jeune homme de son âge, certes, mais qu’elle voyait avant tout comme une distraction nécessaire à son équilibre personnel.
La pudeur, Méline ne connaissait plus. Depuis ses dix-huit ans, les rapports sexuels étaient réguliers. Elle ne voyait aucun intérêt à s’amouracher, surtout émotionnellement. S’amuser avec ses partenaires, voilà ce qui comptait. Marcel lui offrait des moments plus qu’agréables, et elle le voyait fréquemment depuis des mois. Il était beau, un charisme évident, mais sa conversation était creuse. Cela tombait bien, Méline ne lui demandait pas de débats profonds. Pourtant, ces dernières semaines, l’ambiance avait changé. La relation avait glissé vers une dynamique qui plaisait de moins en moins à Méline.
Marcel appelait de plus en plus, se montrait possessif. Il avait même commencé à critiquer son physique, lui suggérant de perdre du poids. Méline l’ignorait. Elle se sentait bien dans son corps, et personne ne la ferait douter de qui elle était.
Un matin, elle avait retrouvé Marcel qui l’attendait devant le grand portail du lycée où elle enseignait. Il était en plein milieu du passage, à la vue de tous les élèves, ce qui avait fortement ennuyé Méline. Furieuse ce jour-là, elle avait traversé la rue de rage, sans un regard pour l’homme qui s’immisçait dans sa vie.
Elle hésita à se rendre au commissariat pour porter plainte, préférant attendre de voir si Marcel oserait recommencer. C’en était trop. La jeune femme décida, à la fin de ses cours, de mettre fin à cette relation pour passer à autre chose. Elle lui avait envoyé un SMS pour cesser cette relation absurde. À part un “vu”, elle n’avait eu aucune autre réponse. Elle pensa naïvement que Marcel avait compris et que tout était enfin terminé. Sauf qu’il n’en était rien. Elle le découvrit en voyant Marcel devant la devanture du petit salon de thé, Le Cosy, leur lieu de retrouvailles, à Baptiste et elle, chaque lundi.
La jeune femme n’aimait pas que ses conquêtes croisent la route de Baptiste. Elle savait son meilleur ami très protecteur, et elle se demandait comment celui-ci allait réagir s’il prenait connaissance des agissements de Marcel. Marcel, ne percevant pas le malaise de Méline, s’avança vers elle. Sûr de lui, conquérant, il était vêtu de son jean noir, d’une chemise de la même couleur et de son éternelle veste en cuir. Il jouait avec ses clés, un tic nerveux qu’il avait lorsqu’il était au bord de l’implosion. Il devait faire comprendre à Méline qu’elle ne pourrait pas se libérer de lui aussi facilement. Il décida que ce jeu devait cesser. Méline devait lui appartenir et surtout lui obéir, en bonne petite chose qu’elle était. Un souffle glacial s’abattit sur sa nuque, une présence dans son dos qui le mit mal à l’aise. Il ne comprenait pas qui pouvait lui donner une telle sensation. Il se retourna vivement face à un homme pas plus grand que lui, vêtu d’un costume gris pâle, d’une chemise blanche, l’homme d’affaires dans toute sa splendeur. Un visage doux, un sourire en coin qui le narguait, un regard qui le mit en alerte. Des yeux sombres, menaçants, qui tranchaient avec l’allure de l’homme face à lui. Un frisson lui glaça le sang. Il ne s’expliquait pas cette réaction. Il resta coi quelques secondes, se rappelant pourquoi il était ici.
Il chercha Méline du regard. Elle était en face de lui, fixant l’homme à ses côtés. Aucun doute, ces deux-là se connaissaient. Étaient-ils en couple ? L’avait-elle trompé ? Cela pourrait expliquer l’attitude de l’homme, du moins, c’est ce que se disait Marcel. Le temps s’était refroidi. Un vent glacial s’abattait sur eux. Ils étaient tous les trois figés, comme un arrêt sur image. Méline, sur ses gardes, se demandait comment Baptiste allait réagir face à un Marcel qui la menaçait. Marcel tentait d’analyser la scène, pensant qu’il avait le dessus sur la situation en prenant Méline en flagrant délit avec son petit ami officiel. Il s’en félicita. Baptiste avait enfin face à lui celui qu’il avait maintes fois observé derrière la caméra. Il savait que ce type était un prédateur, il pouvait le sentir au plus profond de ses entrailles. Si ce type était devant Le Cosy ce matin, c’est qu’il suivait Méline. Baptiste l’avait déjà surpris à fouiller l’appartement de la jolie rousse. Il l’avait déjà pris en chasse il y a une dizaine de jours pour l’étudier de plus près.
Baptiste savait quoi faire de cet homme qui avait décidé de s’en prendre à Méline. Un seul prédateur avait le droit d’être à ses côtés : lui. C’est ce que pensait Baptiste à cet instant précis.
Méline fit le premier pas en direction de Baptiste pour rechercher sa protection. — Pour une fois, tu es à l’heure. C’est à marquer d’une pierre blanche. Le ton léger adopté par Méline ne trompa pas Baptiste qui la connaissait par cœur : son sourire qui n’atteignait pas ses yeux, sa voix sciemment adoucie, c’était tout sauf naturel. Sans parler des raideurs de son corps qu’elle tentait de masquer. Baptiste n’était pas dupe. Méline se retourna vers Marcel, faussement surprise. — Que fais-tu ici ? Tu te promènes dans le coin ? Bien entendu, tous les trois savaient que ce scénario était un mensonge. Mais Méline avait envie d’y croire et surtout de désamorcer la situation. Marcel sourit de toutes ses dents, pensant qu’il perturbait ce moment. En un sens, c’était vrai. Mais il n’avait aucune idée des pensées assassines de Baptiste. Baptiste serra son amie contre lui, l’embrassa tendrement sur la joue et sur le front, comme à son habitude. Sauf que ce matin, son geste était beaucoup plus possessif. Marcel serra les dents à cette vue. Il comprenait que l’homme face à lui n’était pas un adversaire facile. Quelque chose chez cet inconnu le rendait perplexe. Il n’arrivait pas à mettre le doigt dessus. Cet homme n’était pas plus surpris que ça de le voir ici. Marcel avait même l’impression que cet homme le connaissait déjà, ce qui le mit très mal à l’aise. — Heureux de te voir, Méline. Tu nous présentes ? insista Marcel, provocateur. Il était hors de question qu’il se laisse écraser par l’homme qui serrait Méline dans ses bras avec possessivité.
— Oui, bien sûr. Méline était mal à l’aise, les deux hommes le savaient pertinemment. — Baptiste, je te présente Marcel. Mon ex, précisa-t-elle. Marcel grimaça légèrement des dents, ce qui n’échappa pas à Baptiste qui lui ajusta un sourire poli. — Marcel, voici Baptiste, mon meilleur ami, insista-t-elle. Les deux hommes se serrèrent la main dans une ambiance tendue. Marcel affirma sa supériorité en écrasant la main de Baptiste, qui lui avait conservé une poigne tranquille. Un rictus apparut sur le visage de Baptiste.
Méline observait les deux hommes silencieuses. Elle ressentit pour la toute première fois le danger émaner de son meilleur ami.
Sans le savoir Marcel était devenu la proie de Baptiste, cet instant scella le destin de Marcel.

Chapitre 3 | La fin programmée
Marcel termina sa journée comme à son habitude en se rendant à sa salle de musculation. Aujourd’hui plus que jamais, il avait besoin de se défouler. Il y avait beaucoup de monde en ce mercredi soir, il en avait l’habitude mais il détestait tout ce remue-ménage.
Depuis sa rencontre avec Méline et le fameux Baptiste, il n’avait plus approché la jeune femme. Non pas par peur, mais parce qu’il réfléchissait à cet homme qui était à ses côtés et à ce qu’il avait ressenti en sa présence. Il voulait en savoir plus sur cet étranger. Perdu dans ses pensées, Marcel ne faisait pas attention à ce qui se passait autour de lui.
Il ne s’imaginait pas être suivi depuis de nombreux jours et pourtant, une ombre silencieuse le traquait. Baptiste ne lâchait pas sa proie des yeux, ses pupilles sombres fixées sur Marcel avec la patience d’un prédateur.
Il avait mûrement réfléchi à la manière de s’en débarrasser, esquissant mentalement divers scénarios.
Une envie primaire, presque jubilatoire, le poussait à le torturer dans son sous-sol insonorisé, à lui arracher des hurlements fibre par fibre. Mais cela attirerait bien trop l’attention s’il agissait de la sorte.
La disparition de cet homme pourrait inquiéter son entourage, et Baptiste détestait les complications. Parce que Baptiste le savait pertinemment : cet homme n’était pas célibataire. Il vivait en couple avec une femme, une femme aussi naïve que Méline, une autre de ces âmes simples, à ses yeux.
Baptiste ne comprenait pas comment cette femme pouvait ne pas se rendre compte de ce qu’était réellement l’homme qui partageait sa vie. Contrairement à lui, Marcel ne s’embarrassait pas à cacher sa véritable nature. Il n’était pas un psychopathe, non, pas même un être digne d’une attention clinique, juste un simple connard.
C’était en tout cas l’analyse, froide et définitive, qu’en faisait Baptiste. Une analyse qui scellait le destin de Marcel.
Après quelques recherches discrètes, la vérité s’était dévoilée : la femme qui partageait la vie de Marcel était infirmière. Une infirmière. L’information avait fait germer une idée, non pas juste “lumineuse”, mais éclatante de perversité dans l’esprit de Baptiste.
Il allait empoisonner Marcel. Et il avait décidé que ce serait aujourd’hui.
Le chaos organisé de la salle de sport était une aubaine, une couverture parfaite. Chaque recoin grouillant de corps, chaque angle mort dans le ballet incessant des sportifs, Baptiste l’avait scrupuleusement cartographié dans son esprit.
Il avait fait attention d’éviter chaque caméras de surveillance. Il n’était pas fou, juste calculateur, et il ne voulait laisser aucune trace de son passage, aucune empreinte numérique ou physique.
Ceci devait être perçu comme un accident banal, une simple crise cardiaque, l’issue tragique d’un effort trop intense.
Pourtant, Baptiste était frustré. Cette façon de mourir, trop clémente, lui laissait un goût amer. Il aurait préféré la lente agonie, la peur palpable. Il
assisterait malgré tout à son effondrement, à ses derniers instants. Il se contenterait de ça.
Marcel, comme à son habitude, aimait s’abreuver de ces boissons énergisantes aux couleurs criardes. Baptiste avait repéré sa bouteille dans le filet latéral de son sac de sport, posé nonchalamment sur le banc.
D’un geste fluide et presque invisible au milieu du brouhaha ambiant, il réussit à la subtiliser. Ses doigts fins recouvert de gants en latex, effleurèrent le bouchon, déjà ouvert par Marcel.
Un sourire mince, presque imperceptible, étira ses lèvres. Marcel, dans sa négligence, venait de l’aider.
Un petit frisson de plaisir parcourut Baptiste. La mort, pour cet “simple connard”, était à portée de main.
Tout ceci n’était qu’un jeu d’enfant pour Baptiste. Avec un sourire sadique et parfaitement contenu, il sortit une petite fiole de sa poche intérieure. Le liquide incolore, presque inodore, se déversa sans un bruit dans la bouteille énergisante de Marcel, se mêlant sans effort au liquide bariolé.
Il la referma avec une précision chirurgicale, puis la replaça, imperceptiblement, dans le sac de Marcel.
Marcel était tellement perdu dans le labyrinthe de ses pensées, hanté par l’image de Baptiste, qu’il n’avait absolument rien vu.
Seul un picotement étrange dans la nuque l’avait fait tressaillir. Il jeta un œil autour de lui, ses yeux balayant la foule indifférente, mais il n’y avait personne qui le fixait.
Pourtant, la sensation qu’il venait de ressentir, cette imperceptible piqûre, ressemblait étrangement à celle qui l’avait parcouru le jour de sa rencontre avec Baptiste.
Il ria intérieurement à cette pensée, un rire sec et amer. Devenait-il paranoïaque ? Lui, le prédateur, réduit à se méfier de son ombre ? C’était ridicule.
Il se reprit rapidement, secouant la tête pour chasser ces “idées folles”, avant de récupérer dans son sac de sport sa petite serviette éponge et sa bouteille énergisante.
Marcel se rafraîchit le visage, l’eau froide tentant d’éteindre l’agitation intérieure, avant de sortir des vestiaires.
Il était prêt à en découdre avec les appareils de musculation, à purger son esprit par l’effort physique.
Il porta la bouteille à ses lèvres et but une bonne gorgée. Cette fois, le goût détonnait, une subtile amertume se mêlant à la saveur artificielle qu’il connaissait si bien. Il vérifia la date de péremption à tout hasard, son pouce frottant le plastique. C’était impossible, il venait juste d’acheter cette bouteille.
Une nouvelle pensée douteuse tenta de s’insinuer, mais il l’écarta, avec l’obstination de l’homme qui refuse de voir l’évidence. Il devait certainement dérailler.
Alors qu’il essayait de rationaliser l’irrationnel, un homme qu’il connaissait bien, un habitué de la salle, vint lui parler, le saluant bruyamment. Cette interaction fortuite le distrayait de ses idées jugées ridicules, le tirant temporairement du piège dans lequel il s’enfonçait.
Pendant ce temps, Baptiste l’observait. Caché dans l’ombre d’un appareil de musculation, ses yeux noirs suivaient chaque mouvement de Marcel.
La satisfaction gonflait sa poitrine à la vue de Marcel ingurgitant le poison dans une seconde gorgée.
Un lent sourire se dessinait sur ses lèvres, un sourire que personne ne vit, et encore moins Marcel.
Doucement, insidieusement, le poison se répandait dans l’organisme de Marcel.
Puis, ce fut le choc. Une douleur foudroyante transperça le thorax de Marcel, une étreinte glaciale qui le saisit à gauche, précisément au niveau du cœur.
Son visage se contracta, il s’agrippa à sa poitrine, le souffle coupé, l’air refusant d’entrer dans ses poumons.
Autour de lui, la salle de sport, jusque-là bruyante et chaotique, se transforma en un kaléidoscope flou. Tout tanguait, les lumières scintillaient, et une lourdeur insupportable irradiait le long de son bras, engourdissant ses doigts.
Il ne comprenait pas, ne pouvait pas comprendre ce qui lui arrivait.
Autour de lui, le murmure de la salle se mua en un crescendo d’affolement. Des voix paniquées s’élevèrent. “Appelez les secours ! Quelqu’un !”.
Des gestes désordonnés, des premiers secours tentés par des inconnus. Mais tout cela ne servait à rien, Baptiste le savait.
Il voyait la vie quitter les yeux de Marcel.
Un frisson délicieux le parcourut alors qu’il jubilait de voir Marcel dans cet état de détresse absolue, sa fin programmée, inéluctable. Il aurait aimé que Marcel le voir avant de mourir mais il accepta la situation actuelle.
Le corps de Marcel s’effondra lourdement. Marcel n’était plus. Sa vie lui avait été arrachée, silencieusement, méthodiquement, pour la plus grande satisfaction de Baptiste.
À partir de maintenant, Méline serait libre. Et c’était tout ce qui comptait pour lui.

Chapitre 4 | Une Affaire Délicate
Le commandant Artus Menin appela ses deux meilleurs hommes, le capitaine David Pichau et le lieutenant Nicolas Leclerc.
Les deux agents étaient reconnus pour leur flair et leur persévérance. S’il y avait anguille sous roche, ils la trouveraient, telles de véritables fouines qui ne lâchent jamais rien.
Le matin même, le commandant Menin avait été contacté par le commissaire divisionnaire, lui-même réveillé aux aurores par le procureur de la République. Autant dire que l’affaire s’annonçait très délicate.
La nièce du procureur venait de perdre son fiancé et elle était convaincue que la mort de l’homme qu’elle aimait n’était pas naturelle.
Les deux hommes pénétrèrent dans le grand bureau du commandant, qui ressemblait à un véritable champ de bataille administratif. Des piles de dossiers jaunis et éparpillés s’amoncelaient sur chaque surface disponible : le bureau, les étagères bancales, et même le sol, formant de petites montagnes instables.
L’air, lourd et confiné, portait l’odeur entremêlée de café froid, de papier vieilli et d’une pointe de tabac froid, malgré l’interdiction de fumer.
La lumière du jour peinait à percer les stores à demi fermés, laissant le bureau dans une pénombre poussiéreuse qui donnait aux liasses de documents des allures de spectres figés. Chaque objet semblait raconter une histoire inachevée, une enquête en suspens, un crime jamais vraiment oublié.
— Bonjour, messieurs, j’ai une affaire pour vous, déclara le commandant.
Nicolas et David attendaient, impatients. Ils étaient souvent convoqués pour des dossiers d’envergure, mais en ce moment, ils s’occupaient d’affaires sans grande importance. Ils s’ennuyaient un peu, alors cette convocation matinale était un signe positif.
Artus Menin hésita à leur présenter cette affaire qui n’avait rien d’un grand dossier. Tout portait à croire que le procureur voulait simplement rassurer sa nièce, qui refusait d’admettre la mort de celui qu’elle aimait.
Sa grimace et son hésitation mettaient sur les nerfs le lieutenant et le capitaine.
— Fermez la porte, demanda-t-il, s’accordant un instant de réflexion.
David et Nicolas échangèrent un regard méfiants. David croisa les bras, sa mâchoire se crispant légèrement. Artus Menin se passa la main dans les cheveux.
— Je ne vais pas passer par quatre chemins, dit-il, fixant ses hommes avec une assurance feinte avant de se lancer. Le commissaire a été réveillé aux aurores par le procureur de la République. Sa nièce… Il chercha ses mots. Sa nièce a perdu son fiancé. Il avait vingt-huit ans et il est mort d’un arrêt cardiaque dans une salle de musculation.
David et Nicolas furent déçus, mais n’en laissèrent rien paraître. Ils connaissaient la hiérarchie : lorsqu’un procureur demandait un service, ils ne pouvaient en aucun cas refuser. Quoi qu’ils en pensent, ils allaient devoir enquêter.
— Voici le dossier. D’après les témoins, l’homme venait à peine d’utiliser le banc de musculation. Pas d’exercices de cardio, rien. Il a fait une crise cardiaque, comme ça, d’un coup.
David haussa un sourcil, ouvrant le dossier que lui tendait le commandant Menin. Il eut cette étrange intuition que quelque chose clochait. Il lut rapidement le dossier : il y avait une incohérence entre le récit de la fiancée et l’emploi du temps de la victime. Marcel Lorgniau disait qu’il travaillait comme architecte à son compte, mais l’enquête ne révélait aucune activité professionnelle. Il vivait malgré tout chichement. Drogue ? Ce fut la première question que David se posa.
Nicolas, quant à lui, récupéra le rapport d’autopsie. Tout avait été vérifié : pas de drogue, pas d’alcool, pas de produits suspects. L’homme était en très bonne santé.
— Vous attendez une confirmation que sa mort était bien naturelle ? demanda Nicolas.
Vu les éléments, il n’y avait rien de compromettant, tout paraissait normal.
David n’était pas du même avis. Il leur arrivait souvent de ne pas être d’accord sur les affaires, mais ils ne se prenaient jamais la tête, bien au contraire. Ils trouvaient intéressant de confronter leurs différents points de vue, ce qui les aidait énormément dans l’avancement de leurs dossiers.
— Je vous demande de faire une enquête sur ce type, voir à qui on a affaire. Rien de plus. Si des éléments viennent s’ajouter, nous aviserons. Pour le moment, la nièce du procureur doit être rassurée sur la vie parallèle que menait son fiancé.
— Très bien, répondit David.
— Enquêtez avec discrétion, s’il vous plaît.
— Cela va de soi, répondit Nicolas.
Les deux hommes quittèrent le bureau bordélique de leur commandant pour se réfugier dans le « placard à balais » qui leur servait à tous deux de bureau.
L’endroit, à peine plus grand qu’un cagibi, sentait le vieux bois et une vague odeur de produit d’entretien.
Des étagères chargées de cartons poussiéreux et de rapports oubliés encadraient leurs deux petits bureaux métalliques, à peine éclairés par un néon qui clignotait parfois, agaçant les nerfs de Nicolas.
— Tu en penses quoi ? demanda Nicolas à David.
— Je ne sais pas trop. Si on se fie aux éléments de l’autopsie, rien n’a été trouvé dans le dossier. Un homme en bonne santé qui fait subitement un arrêt cardiaque pendant une séance de sport… Ça arrive.
Nicolas pensait la même chose. Même s’il trouvait triste que l’homme soit mort si tôt, cela pouvait effectivement arriver.
— Par contre, reprit David, en posant le dossier sur son bureau, la vie du type n’est pas claire. On peut toujours enquêter là-dessus et voir où ça nous mène. Le type ne travaillait pas mais avait un sacré train de vie ; il faudrait se renseigner s’il avait des économies quelque part. Et toi, tu as quoi ?
— D’après un témoin de la salle de sport, un certain Michel Dubois, adepte des haltères, il paraîtrait que ce fameux Marcel y rencontrait des filles et s’en donnait à cœur joie. Le témoin avait même précisé qu’il était “un vrai Don Juan des machines”.
David souffla, une frustration palpable dans l’air. Il se pinça l’arête du nez, un geste qu’il faisait souvent quand une affaire s’annonçait décevante.
Ce dossier n’avait rien d’extraordinaire. Un adultère, un trafic de drogue, ou même les deux, mais rien de plus. Il était légèrement déçu.
Nicolas le secoua gentiment. Un sourire en coin, il tentait de briser la morosité de son coéquipier.
— Je te propose d’aller nous renseigner. Commençons par la salle de sport. Il y allait tous les jours. Au moins, on aura de quoi s’occuper.
David acquiesça.

Chapitre 5 | Premiers doutes
David ronchonnait durant tout le trajet. Nicolas, exaspéré, lui demanda de s’expliquer.
— Depuis le début de cette affaire, quelque chose te tracasse, tu peux m’expliquer ?
Un grognement inaudible sortit de la bouche de David qui était sur le point d’imploser. Sa mâchoire se serrait, signe habituel d’une frustration grandissante. Ses yeux gris, habituellement perçants, étaient plissés de contrariété. Il tenta de se calmer et de mettre au clair ses pensées, parce qu’il le savait, Nicolas était bien plus rationnel que lui.
— J’ai cette intuition qui me colle à la peau.
David avait lâché la bombe. Nicolas roula des yeux, comme souvent. Un fin sourire moqueur étira ses lèvres. Il connaissait l’intuition de son collègue et avait du mal à s’y faire, mais l’expérience de leur collaboration lui avait appris que David avait toujours raison. Alors, il prêta une oreille attentive.
— Depuis que j’ai lu le dossier de ce type, quelque chose me dérange. Nous ne savons toujours pas ce qu’il fait dans la vie. Vu son train de vie, c’est certainement illégal. Et… il s’arrêta au milieu de sa phrase, le silence de la voiture devenant soudain plus lourd.
Nicolas lui laissa le temps de s’exprimer pendant qu’il conduisait en direction de l’appartement de Marcel Lorgniau.
— Je ne sais pas, c’est bizarre. Le gars est jeune, en bonne santé, il ne faisait même pas de cardio, il commençait à peine sa séance de sport quotidienne avant de s’écrouler. Quelque chose cloche, je le sens, mais rien ne le prouve.
Nicolas comprenait ce qu’exprimait son collègue. Il fit une petite moue. Ses sourcils se froncèrent légèrement, une ride d’inquiétude apparaissant sur son front.
Il n’avait pas l’intuition de son collègue, mais il avait une analyse de la situation qui le dérangeait.
Il conduisait en suivant les instructions du GPS. Comme l’avait précisé David, Lorgniau vivait dans le plus beau quartier de la ville. Des façades haussmanniennes s’élevaient avec une élégance discrète, les arbres taillés avec soin bordaient des trottoirs immaculés. Un monde trop parfait pour une affaire aussi trouble.
— Et toi, qu’en penses-tu ?
David avait remarqué les silences de son collègue, ce qui signifiait qu’il réfléchissait à cette affaire sous un angle différent du sien, comme toujours. Nicolas était plus analytique, il ne voyait que les faits et rien d’autre. Ce qu’appréciait David.
— La demande du procureur m’irrite. Le fait que la hiérarchie se soit mise en branle pour une affaire aussi simple m’agace. Le type est mort d’une crise cardiaque, d’accord il était jeune et en bonne santé mais je suis désolé de le dire ces choses là arrivent.
Nicolas ne supporte pas les passe-droits et encore moins lorsqu’un supérieur insiste pour les voir sur une affaire en particulier qui ne requiert pas entièrement leur véritable capacité professionnelle.
David le savait pertinemment. Il vit la tension monter dans les épaules de Nicolas, un signe qu’il connaissait bien. Pris d’un doute, Nicolas fit une proposition à son collègue.
— Et si nous rendions une petite visite à la fiancée avant de nous rendre chez Lorgniau ?
Le sourire de David s’afficha. Ses lèvres s’étirèrent, révélant une pointe de malice.
— Bonne idée. D’après ce que j’ai relevé dans le dossier, il habite non loin de Lorgniau. Nous pourrions faire d’une pierre deux coups.
Nicolas était satisfait. Il n’oubliait pas que la jeune femme était infirmière, elle avait donc accès à des produits spécifiques qui pouvaient peut-être disparaître de l’organisme. Cette idée le fit rire. David s’étonna et dévisagea son collègue, l’air interrogateur. Ses sourcils se haussèrent de surprise.
— Je me disais que la fiancée était infirmière, ce qui signifie qu’elle connaît les médicaments et qu’elle y a peut-être accès. Dans le prolongement de ma pensée, je me disais qu’il était peut-être possible qu’un produit ait pu disparaître de l’organisme.
David éclata de rire, ce qui amusa son collègue. Ses yeux pétillèrent d’amusement.
— Je déteins réellement sur toi, ne put s’empêcher d’ajouter David. Habituellement, c’est moi qui émets ce genre d’hypothèse. Reste à ta place, veux-tu ?
Son ton était joueur, de la malice brillait dans ses yeux.
— Heureusement qu’elle n’est pas pharmacienne ! s’amusa David.
Nicolas hocha la tête. Un rire discret secoua ses épaules.
— L’hypothèse aurait été encore meilleure.
Les deux hommes restèrent quelque peu silencieux. Nicolas gara la voiture non loin de l’immeuble où résidait Laura Dutilleul. Ils sortirent tous deux de la voiture sans un mot échangé, s’avançant vers l’entrée.
Nicolas cherchait le nom Dutilleul au niveau de l’interphone. David, quant à lui, scanna les lieux. Un immeuble chic, trop chic pour une simple infirmière, pensa t’il, une incongruité qui résonnait avec sa sensation de malaise.
La porte de l’immeuble s’ouvrit, bousculant violemment Nicolas. David rattrapa à temps son collègue pour lui éviter une chute douloureuse. La jeune femme aux longs cheveux auburn se figea, le visage livide, s’empressa de s’excuser lorsqu’elle remarqua l’homme s’agrippant à son ami pour éviter de tomber. Il se remit droit sur ses deux jambes.
La jeune femme s’était empourprée face à sa maladresse. Ses joues s’étaient enflammées, peignant une vive gêne sur son visage délicat.
David la détailla : un visage fin, délicat, de très longs cheveux auburn, des yeux gris, légèrement boursoufflés d’avoir beaucoup pleuré. Une idée germa dans la tête du policier. Quelque chose clochait au-delà du simple chagrin.
— Bonjour. Ce n’est rien, mon collègue va bien, rassurez-vous. Puis-je vous demander si vous connaissez Madame Dutilleul ? Elle vivrait ici, mais mon collègue n’a pas trouvé son nom.
La jeune femme souleva un sourcil. Un pli d’incompréhension barra son front.
— Je suis Laura Dutilleul.
Elle avait bien entendu le mot « collègue ». Elle se demandait si c’étaient les hommes que son oncle avait assignés sur l’affaire de son fiancé décédé. Laura était surprise de l’attitude de son oncle. Lorsqu’elle l’avait appelé au secours, elle n’avait pas cru qu’il l’avait pris au sérieux.
Les deux hommes face à elle la dévisagèrent, surtout le plus grand des deux. Il se présenta :
— Capitaine Pichau, se présenta-t-il. Et mon collègue le lieutenant Leclerc.
La jeune femme était ravie, ces deux policiers tombaient à pic. Une lueur inattendue apparut dans ses yeux fatigués. Un léger sourire de soulagement se dessina sur ses lèvres fines.
— J’ai justement besoin de votre aide, suivez-moi.
Les deux hommes se regardèrent, surpris par l’audace de la jeune femme. Un sourcil de Nicolas se haussa imperceptiblement. David, lui, eut un plissement des yeux amusé.
— En quoi pouvons-nous vous aider ? demanda Nicolas.
Laura s’agaçait face à eux. Elle fit un pas en arrière, comme si la révélation était trop lourde pour rester immobile. Elle avait honte de leur annoncer qu’elle avait découvert que Marcel avait une autre petite amie qu’elle. Elle l’avait déjà surpris à la tromper une fois, mais c’était de l’histoire ancienne. Sauf que cette fois-ci, c’était tout autre : elle avait eu vent que Marcel avait une autre femme dans sa vie et que cette relation durait depuis plusieurs semaines.
Elle avait fouillé dans le portable de son défunt fiancé et elle était tombée sur de nombreux messages très explicites. Laura avait malgré tout du mal à y croire. Elle avait réussi à trouver cette femme. Laura partait justement la confronter.
— Mon fiancé avait une autre femme dans sa vie, se confie-t-elle, sa voix presque un murmure, chargée de colère et de douleur. J’allais justement la confronter.
Nicolas se renfrogna. Il détestait les gens qui se prenaient pour des inspecteurs, comme si leur métier était si simple. Un souffle exaspéré lui échappa, à peine perceptible. Son visage se durcit, une légère moue de dégoût esquissée au coin de ses lèvres.
Quant à David, il dressait un portrait de Lorgniau qui collait davantage à son intuition. Deux femmes, un triangle amoureux, une vengeance. David savait qu’il allait loin dans ses réflexions, mais il ne pouvait écarter aucune piste. Contrairement à son collègue, il était prêt à suivre la jeune femme.
Nicolas, lui, encaissait mal l’attitude de Laura Dutilleul. Pour qui se prenait-elle à jouer à la justicière ? Elle avait déjà réussi à impliquer son oncle qui avait fait pression sur ses supérieurs. Nicolas ne supportait pas ce genre de personne qui utilisait leur piston.
La suite sera bientôt mise en ligne, en attendant n’hésite pas à me laisser un commentaire pour me soutenir et me motiver ⬇️
Chapitre 5 Le Vent-du-Nord
Contenu complet
Serment des Voiles Marchandes :
« Ce que je vends, je protège. Ce que je promets, je livre.
Si je trahis, que la mer me garde. »
—
Le Vent-du-Nord, long vaisseau à coque sombre et voiles blanches cerclées d’or terni, fendait le port de Nerhaël comme une bête silencieuse.
Son étrave sculptée, représentant une chimère marine aux crocs ouverts, semblait prête à mordre l’écume. Les cordages tendus vibraient encore du voyage, et le bois du pont portait l’odeur familière du sel, de la résine chauffée, et du cuir tanné. Des balises gravées de runes d’eau s’illuminaient doucement à la proue. Discrètes, mais anciennes. Ce navire appartenait à un autre âge de la mer.
La capitaine descendit d’un pas moins assuré que d’habitude sur les planches humides du quai, une main discrètement posée sur son flanc gauche.
Agathe Néraé, capitaine de la guilde des Voiles Marchandes.
Grande, l’allure habituellement affûtée d’un rapace en plein vol, elle marchait avec une raideur nouvelle. Comme si quelque chose dans ses côtes protestait à chaque mouvement. Son chapeau de capitaine, incliné juste ce qu’il faut pour ne jamais dissimuler son regard, portait une plume blanche prise dans une bague d’argent, mais la plume était tachée, et l’argent terni. Ses vêtements, chamarrés de teintes marines et de broderies céladon, sentaient l’embrun séché et les vents tropicaux, mais aussi quelque chose de plus âcre. De la poudre. Du sang séché. À sa hanche pendait une lame effilée, fine comme une langue d’écume, dont le pommeau gravé évoquait des vagues figées. La garde portait des traces sombres, récentes.
Sa rune d’eau brillait faiblement sous son gant droit, comme un reflet fugace dans un miroir de pluie.
Elle traversa la ville à pas mesurés.
Les pavés étaient encore tachés de noir, les volets clos, les murs striés de cendres. Des Arpenteurs en faction saluèrent son passage d’un hochement de tête sobre. Elle répondit cette fois, d’un geste las mais respectueux. Un enfant courait avec un seau, poursuivi par une vieille femme qui boitait. Des relents de fumée froide persistaient dans les ruelles.
Nerhaël pansait ses plaies, et Agathe reconnaissait ce parfum de ville blessée.
Quand elle poussa la porte de la Chope Brisée, l’odeur la frappa de plein fouet : viande grillée, oignons fondus au miel, pain croustillant, genièvre sec. Un souffle de chaleur, presque fraternel, lui monta au nez. Elle ferma les yeux un instant, inspira profondément.
Pour la première fois depuis des semaines, ses épaules se détendirent.
Avvallino l’attendait, accoudé au comptoir, une bouteille ouverte et deux verres prêts. Sa veste était encore maculée de cendres séchées.
— T’es en retard, Néraé.
— J’ai pris le temps de compter mes dents. Il m’en reste encore quelques-unes.
Il leva les yeux vers elle, et son expression changea. Le sourire s’effaça.
— Qu’est-ce qui t’est arrivé ?
— Rien qu’un bon repas et une nuit au sec ne puissent arranger.
Elle s’approcha, s’assit avec précaution et saisit le verre. Un léger tremblement agita sa main.
— Toujours ce tord-boyaux de genièvre noir…
— Je l’ai gardé au chaud pour toi. Mais cette fois, tu le bois lentement.
Elle sourit, brièvement. Il lui glissa un plat fumant : saucisses rôties, lentilles au sel de roche, oignons confits et un trait de jus brun épais. La fumée monta en volutes, mêlée à celle de la cheminée.
Ils mangèrent en silence un moment. Elle avalait chaque bouchée comme si c’était la première vraie nourriture depuis longtemps.
— Tu te rappelles de Valchev ? dit-elle finalement.
— Bien sûr. Toi qui gueulais des ordres avec ce torchon rouge au bout d’un bâton.
— Tu disais que ça ressemblait à un drapeau de blanchisseuse.
— Je le pense encore.
Il la regardait du coin de l’œil, attendant. Elle qui parlait toujours la première, qui menait toujours la danse, restait là à triturer sa fourchette.
— C’était plus simple à l’époque, dit-elle finalement.
— Qu’est-ce qui s’est compliqué, Agathe ?
Elle ne répondit pas tout de suite. Son regard se perdit vers la fenêtre, vers le port où son navire se balançait doucement.
— J’ai croisé des voiles. Noires. Loin au large.
— Des pillards ?
— Non. Trop organisées. Trop… silencieuses.
Elle se tourna vers lui, et il vit quelque chose qu’il n’avait jamais vu dans ses yeux : de l’incertitude.
— Elles me suivaient, Avvallino. Pas pour attaquer. Juste… pour observer.
Un silence s’installa. Le crépitement du feu dans l’âtre semblait soudain très fort.
— Et toi ? demanda-t-elle. Cette ville a l’air d’avoir goûté au tonnerre.
— On a eu de la visite. Le genre qu’on n’invite pas.
Avvallino posa son verre, observa le visage d’Agathe dans la lumière dansante. Les rides au coin de ses yeux s’étaient creusées, et cette façon qu’elle avait de regarder par-dessus son épaule, comme si les voiles noires pouvaient surgir à travers les murs… Il connaissait cette tension. Il l’avait vue chez d’autres. Chez ceux qui avaient touché à quelque chose de plus grand qu’eux.
— Monte, dit-il finalement. La chambre du fond. On parlera mieux là-haut.
Elle termina sa bouchée, se leva avec précaution. La lame à sa hanche tinta contre la rampe en bois.
Le bois grinça doucement sous leurs pas. Le couloir était sombre, feutré par les tapis élimés que Fiona avait posés là autrefois. Des lanternes à huile diffusaient une lumière dorée sur les murs.
Agathe suivait Avvallino de près, mais son regard fut attiré par une porte entrouverte. Une fragrance légère en émanait, mélange de fleurs séchées et d’une magie imperceptible, ancienne, presque vibrante.
À l’intérieur, deux silhouettes reposaient sur un lit large : Pearl et Fiona, endormies dans une intimité silencieuse. La jeune femme runée tenait la main de Fiona contre sa poitrine, ses cheveux blonds épars sur l’oreiller.
Agathe s’arrêta net.
Son souffle se coupa. Sa main libre se porta instinctivement à sa côte blessée, comme si une ancienne douleur se réveillait.
— Tu la connais ? demanda Avvallino à voix basse.
Elle resta immobile trop longtemps. Ses lèvres s’entrouvrirent, se refermèrent. Quand elle parla enfin, sa voix était étrangement sourde :
— Pearl…
Un battement. Un silence.
— Je l’ai croisée autrefois. Sur un pont de pierre, dans le sud. Elle n’était qu’une enfant, mais… elle brillait déjà. Comme une étoile trop proche de l’eau.
Sa main se crispa sur la rampe.
— Elle était seule ?
— Non. Il y avait… quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui n’aurait pas dû être là.
Avvallino la fixa intensément. Il connaissait ce ton chez elle, cette façon qu’elle avait de parler des choses qu’elle préférait taire.
— Agathe…
— Pas maintenant.
Elle se détourna brusquement de la porte, mais pas avant qu’il n’aperçoive quelque chose d’inhabituel sur son visage. De la culpabilité, peut-être. Ou du regret.
Il tendit la main et, doucement, la guida vers la chambre du fond.
—
La pièce au bout du couloir était leur havre depuis des années. Un refuge pour ceux qui avaient besoin de mots à huis clos. Les murs y étaient plus épais, doublés de laine et de liège. Une fenêtre étroite laissait deviner les premières étoiles sur la mer.
Il referma la porte, alluma une bougie au centre de la table. L’odeur du suif mêlée à celle du sel et du cuir remplit la pièce.
Agathe ôta son chapeau, révélant ses cheveux bruns tressés serré contre son crâne. Quelques mèches grises qu’il ne se souvenait pas avoir vues. Elle s’assit lentement, grimaça imperceptiblement.
— Alors ? Raconte-moi ce qui s’est passé ici.
Avvallino resta debout un moment, l’observant. Elle qui ne montrait jamais ses faiblesses semblait ce soir… humaine. Fatiguée. Inquiète.
— Ils étaient là à l’aube. Une voile noire, pas de pavillon. Un seul navire, mais plein à craquer. Des silhouettes masquées, armure d’os, magie que je n’avais jamais vue.
Il s’assit en face d’elle.
— Marcus a tenu les docks. Pearl était là, et d’autres. Ils ont repoussé l’attaque, mais…
— Mais ?
— Ils ne cherchaient pas à piller. Ils cherchaient quelque chose. Ou quelqu’un.
Agathe ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, ils étaient troubles.
— Ces voiles que j’ai croisées… elles descendaient vers le sud. Vers Letharielle.
— Tu crois qu’ils reviendront ?
— Je crois qu’ils ne sont jamais vraiment partis.
Un silence s’abattit entre eux. Dehors, le vent faisait grincer les volets.
Agathe fixait la flamme, ses doigts tapotant nerveusement la table. Avvallino attendait. Il la connaissait suffisamment pour savoir qu’elle arriverait aux vraies questions à son rythme.
— Cette fille, Pearl… commença-t-elle finalement. Elle a changé, depuis…
— Depuis quoi ?
— Depuis la dernière fois que je l’ai vue.
Le ton était étrange. Presque maternel. Avvallino haussa les sourcils.
— Tu ne m’as jamais parlé de l’avoir connue.
— Il y a beaucoup de choses dont je ne parle pas.
Elle but une gorgée de genièvre, grimaça.
— Elle ne sait pas, n’est-ce pas ? Ce qu’elle a fait ?
— Qu’est-ce qu’elle a fait, Agathe ?
Un long silence. Dehors, une mouette cria.
— Peut-être rien. Peut-être tout.
Elle se leva, alla à la fenêtre. Le port s’endormait, mais quelques navires montraient encore des lumières. Des veilleurs. Des inquiets.
— Reste cette nuit, dit Avvallino. Tu as l’air d’en avoir besoin.
— Les quais ne sont pas sûrs ?
— Les quais, peut-être. Mais toi, tu ne l’es pas.
Elle voulut protester, mais les mots se coincèrent dans sa gorge. Il avait raison. Pour la première fois depuis longtemps, Agathe Néraé ne se sentait pas invincible.
— D’accord. Mais demain matin…
— Demain matin, on parlera. De tout.
Elle hocha la tête, épuisée. Dans le couloir, une latte craqua. Un rêve agité, peut-être, derrière la porte voisine.
Le calme n’était qu’une respiration avant la tempête, et ils le savaient tous les deux.
—
L’aube glissa sur Nerhaël comme une caresse froide, teintant les pavés humides d’une lumière dorée et incertaine. Les premières fumées montaient des cheminées, mêlées aux dernières brumes de la nuit.
Dans la cuisine de la Chope Brisée, Avvallino s’activait déjà autour du fourneau. Ses gestes étaient précis, familiers, mais une raideur dans ses épaules trahissait les préoccupations qui l’avaient tenu éveillé une partie de la nuit. L’odeur du pain grillé et du thé fort remplaçait progressivement celle du genièvre de la veille.
Agathe descendit l’escalier, plus droite que la veille, mais ses yeux portaient encore les traces d’une nuit agitée. Elle avait remis son chapeau, renoué ses cheveux, mais quelque chose dans sa démarche trahissait une fatigue qu’elle n’arrivait plus tout à fait à masquer.
— Bien dormi ? demanda Avvallino sans se retourner.
— J’ai dormi. C’est déjà ça.
Elle s’assit à la table, accepta la tasse qu’il lui tendit. Le thé était fort, amer, exactement comme elle l’aimait.
— Fiona et Pearl ?
— Encore en haut. Pearl reprend des forces. Fiona veille.
Un silence s’installa. Agathe touillait son thé, perdue dans ses pensées. Avvallino finit par s’asseoir en face d’elle, croisant les bras.
— Alors ? Tu avais dit qu’on parlerait de tout.
Elle leva les yeux vers lui, sembla peser ses mots.
— Ces voiles noires que j’ai croisées… elles n’étaient pas seules. J’ai vu des signaux lumineux entre elles. Coordonnés. Quelqu’un les dirige.
— Tu penses à qui ?
— Quelqu’un qui a les moyens de mobiliser plusieurs navires, de les équiper, de les faire naviguer en formation. Quelqu’un qui s’intéresse à vos Porte-rune.
Avvallino se raidit.
— Nos Porte-rune ?
Elle le fixa par-dessus sa tasse, un demi-sourire ironique aux lèvres.
— Allons, vieux renard. Tu crois que j’ai traversé la moitié de l’océan pour boire ton genièvre ?
Elle but une gorgée, laissa le silence porter sa remarque.
— Pearl n’est pas la seule que tu abrites ici. Marcus non plus. Cette cité devient un refuge. La question est : pour qui fuyez-vous ?
Avant qu’il puisse répondre, des pas résonnèrent dans l’escalier. Légers, mais déterminés. Pearl apparut dans l’embrasure, Fiona sur ses talons. La jeune femme avait meilleure mine que la veille, mais ses yeux restaient cernés. Sa rune luisait faiblement sous sa chemise de lin.
Elle s’arrêta net en voyant Agathe.
Un long regard s’échangea entre elles. Reconnaissance mutuelle, méfiance, et quelque chose d’indéfinissable. Comme deux bêtes sauvages qui se jaugent.
— Pearl, dit Agathe d’une voix étrangement douce. Tu as grandi.
— Capitaine Néraé.
Le titre tomba comme une pierre dans l’eau. Froid, distant. Pearl ne bougea pas de l’embrasure.
— Tu peux t’asseoir, dit Avvallino. Elle ne mord pas.
— Ça dépend des jours, répliqua Agathe avec un sourire en coin.
**[Dialogue plus subtil et progressif]**
Pearl hésita, puis s’approcha lentement. Fiona resta debout derrière elle, une main protectrice sur son épaule. L’atmosphère était tendue, mais pas hostile. Plutôt… attentive.
— Tu étais là, dit Pearl finalement. Au pont d’Astherne.
Agathe ne répondit pas immédiatement. Elle fixait Pearl avec une expression indéchiffrable.
— J’étais là, confirma-t-elle. Et toi, tu n’étais qu’une gamine perdue dans quelque chose de plus grand qu’elle.
— Je n’étais pas perdue.
— Non ? Alors explique-moi ce qui s’est passé.
Pearl détourna le regard. Ses doigts se crispèrent sur sa tasse.
— Je… Je ne me souviens pas de tout. Il y avait du sang, des cris. Et puis cette lumière aveuglante. Quand je me suis réveillée, le pont était… fendu. En deux.
— Fendu, répéta Agathe doucement. Oui, c’est un mot.
Un silence inconfortable s’installa. Fiona resserra sa prise sur l’épaule de Pearl.
— Qu’est-ce que vous voulez exactement, capitaine ?
Agathe se leva, alla à la fenêtre. Le port de Nerhaël s’éveillait lentement, mais tout paraissait fragile, précaire.
— Ce que je veux… ce que je veux, c’est que les choses redeviennent simples. Mais ce n’est plus possible, n’est-ce pas ?
Elle se retourna vers eux, et son expression était sérieuse.
— Les attaques se multiplient. Pas seulement ici. Des îles entières se taisent. Des navires disparaissent. Et partout où je vais, j’entends parler de la même chose : des voiles noires, des créatures masquées, et toujours cette question : « Où sont les Porte-rune ? »
Pearl pâlit.
— Vous pensez qu’ils nous cherchent ?
— Je pense qu’ils vous ont trouvés.
Agathe retourna à la table, mais ne se rassit pas. Elle disparut un instant dans l’escalier, et redescendit avec un petit sac en cuir noir, finement ouvragé, orné de runes marines ciselées.
— Les Îles de Læthe m’ont confié quelque chose. Pour des moments comme celui-ci.
Elle posa le sac sur la table, devant eux. Avvallino haussa les sourcils.
— Tu ne distribues pas ce genre de cadeaux au hasard, Agathe.
— Non. Je ne le fais pas.
Elle dénoua le sac lentement, presque cérémonieusement. À l’intérieur : trois pierres plates, noires, gravées chacune d’un glyphe différent. L’une brillait faiblement d’un bleu humide. Une autre exhalait une chaleur sourde. La dernière semblait aspirer la lumière.
Pearl se pencha malgré elle. Sa rune réagit, pulsant plus fort.
— Pierres de lien, murmura-t-elle. Je croyais qu’elles avaient disparu.
— Quelques-unes restent. Pour les moments critiques.
Agathe caressa l’une des pierres du bout du doigt.
— Elles permettent de communiquer. Sur de grandes distances. Instantanément. Mais seulement entre ceux qui partagent… certaines capacités.
Le sous-entendu était clair. Pearl et Avvallino échangèrent un regard.
— Et en échange ? demanda Avvallino.
— En échange, vous ne serez plus seuls. Vous ferez partie d’un réseau. D’autres havres, d’autres Porte-rune. De l’information, de l’aide mutuelle.
Elle reprit les pierres, les remit dans le sac avec précaution.
— Mais aussi des responsabilités. Des devoirs. Des risques.
— Quels risques ? demanda Fiona.
Agathe fixa Pearl.
— Le risque de découvrir ce que tu as vraiment fait au pont d’Astherne. Et ce que ça signifie pour nous tous.
Pearl ferma les yeux, sa main cherchant instinctivement celle de Fiona.
— Et si on refuse ?
— Alors vous affrontez ce qui vient… seuls.
Un long silence s’installa. Dehors, les mouettes criaient au-dessus du port. La vie continuait, fragile et obstinée.
Finalement, Pearl ouvrit les yeux. Son regard était résolu, mais inquiet.
— Qu’est-ce que ça change, exactement ?
Agathe sourit pour la première fois depuis son arrivée. Un sourire triste, mais réel.
— Ça change que tu ne subis plus. Tu agis.
Pearl tendit la main vers le sac, hésita, puis le toucha du bout des doigts.
— Montre-moi comment ça marche.
—
Chapitre 4 Vision Onirique
Contenu complet
—
Des bruits sourds, comme étouffés par l’eau, montaient du rez-de-chaussée. Voix entrecoupées, tintement de verreries, chocs amortis de pas sur le bois. La taverne vivait encore, mais Pearl n’y était déjà plus.
Elle flottait quelque part entre deux souffles.
Une chaleur douce l’enveloppait, trop douce. Sa peau tremblait sous la sueur sèche. Sa rune palpitait faiblement. Une lueur pâle sous la crasse et le sang.
Elle voulait parler. Appeler Fiona. Mais seul un soupir rauque franchit ses lèvres.
Sa main chercha à bouger. Rien. Son esprit luttait pour revenir. Des éclairs de lucidité : la voix de Fiona, claire, inquiète, lointaine.
« Pearl… Tu m’entends ? » Un murmure. Une prière.
Elle sentit son propre poids disparaître soudain, comme happé. Son corps chutait. Doucement, lentement, dans la lumière. La chaleur devint blanche, aveuglante.
Elle crut reconnaître un parfum : celui de la mer, mêlé à celui du bois brûlé, du fer chaud et de l’herbe piétinée. Les traces de Nerhaël encore gravées dans ses sens.
Puis elle heurta un sol dur, froid. Pas de douleur. Juste une secousse.
La lumière s’éteignit.
Autour d’elle, tout était noir. Mais le sol sous son corps n’était pas rugueux. Il était lisse, presque parfait. Une surface translucide, comme du verre noir.
Elle cligna des yeux. Quelque chose luisait sous ses pieds.
Un battement.
Non, un frémissement.
Elle se pencha, vacillante. L’instinct de survie la faisait bouger à peine, comme une bête blessée.
Et là, sous la surface, elle vit.
Un œil. Gigantesque. Fermé.
Elle se figea, glacée.
Le silence était absolu. Et pourtant, elle entendit son propre cœur cogner dans sa poitrine. La rune à son poignet réagit faiblement, comme attirée par la présence.
L’œil s’ouvrit. Brutalement.
Une fente verticale noire, auréolée d’ombres mouvantes. Il la fixait. Il la voyait. Il attendait.
Pearl ne bougea pas. Elle n’avait même plus la force de fuir. Juste le souffle court, les mains crispées contre le sol. Une larme de rage glissa sur sa joue.
Elle avait peur. Elle le sut. Et lui aussi.
Un rire monta, lent, grinçant, comme raclé dans une gorge sans fond. Pas un rire d’homme. Pas un rire vivant.
« Tu m’as vu. »
La voix était partout, en elle, au-dessus, en dessous.
« Tu reviendras. »
L’œil se referma.
Le noir tomba.
Et Pearl, emportée par ce néant silencieux, perdit toute notion de temps.
Le sol glissa sous elle, et le souffle de l’air sembla retenir son rythme. Un frisson glacial traversa sa peau tandis que le silence se faisait plus dense, presque palpable.
Une voix douce, familière, perça le voile épais :
« Pearl… Respire… Je suis là… »
Le son venait de loin, comme filtré à travers l’eau, lent et étouffé. Son corps refusait d’obéir, alourdi comme une ancre. Un goût métallique de sang lui envahit la bouche, mêlé à l’âcre parfum du bois brûlé.
Sa rune palpitait faiblement, comme un battement de cœur incertain.
Peu à peu, un poids se leva de ses paupières. Elle sentit le grain rugueux du tissu sous sa joue, la chaleur douce d’une main qui pressait son front humide. Un souffle chaud effleura son oreille, porteur d’une promesse :
« Tiens bon, Pearl. Tu es plus forte que ça. »
Son regard s’accrocha à un halo flou, à la silhouette immobile d’une femme aux cheveux couleur de cuivre. Fiona. Autour d’elles, les murmures et les bruits lointains : des voix, un craquement, le tintement d’un verre posé sur la table. La taverne, toujours vivante en bas.
Les ombres de la nuit reculèrent peu à peu, et la lumière du matin filtra par une fenêtre. Pearl sentit son souffle revenir, irrégulier mais réel. Son corps répondait enfin, lentement, maladroitement. Sa gorge la brûlait, et chaque muscle protestait comme si elle avait combattu toute la nuit.
Elle ferma les yeux, puis les rouvrit, prête à reprendre la lutte, à se relever.
—
Une journée s’était écoulée depuis l’assaut sur les docks.
Le bastion des arpenteurs s’était refermé sur lui-même, comme un corps blessé.
Dehors, la pluie fine lessivait les pavés noircis, effaçant lentement le sang séché. Dedans, tout n’était que murmures, pas feutrés, et odeurs de fièvres contenues.
Dans l’infirmerie, l’air avait changé. Il portait à présent le parfum d’herbes brûlées, d’eaux infusées et de draps propres. Des tintements de verreries et le bruit discret de linges essorés accompagnaient les souffles inégaux des blessés.
Puis la porte s’ouvrit.
Pas d’urgence, pas d’éclat. Juste le grincement lent d’un bois ancien et une poussée d’air frais, chargé de l’odeur d’écorce mouillée et de rivière battante. Elle entra, seule.
Yssandra.
Drapée dans une cape d’un bleu de nuit profonde, ourlée d’un fil d’argent qui captait la lumière comme le givre, elle semblait glisser plus que marcher. Sa présence n’appelait ni regard ni révérence. Elle les imposait.
Sous la capuche abaissée, son visage paraissait avoir échappé au temps. Pas jeune, pas vieux. Juste… intact. Ses yeux, d’un bleu mouvant, fixèrent le corps fiévreux de Marcus.
Elle s’agenouilla sans un mot, effleurant son torse d’une main nue.
La rune d’eau, gravée dans son cou, s’illumina d’une lueur douce, presque paresseuse.
Une brume turquoise s’éleva de ses paumes, fluide comme un soupir de mer. Elle vibrait, vivante, froide mais enveloppante. L’air se chargea d’une humidité étrange, plus dense, comme dans les cavernes profondes ou les sanctuaires oubliés.
Le poison sous la peau de Marcus résista. Un instant.
Puis il recula, lentement, repoussé par la magie comme par un reflux implacable. Les veines pâlirent. La fièvre quitta le front en perles silencieuses. Un râle remonta de la gorge, suivi d’une toux, sèche mais pleine.
Marcus ouvrit un œil. Son regard, encore trouble, se posa sur elle avec un mélange de reconnaissance et de stupeur muette.
Yssandra ne dit rien. Elle avait vu ce regard cent fois.
Sans un mot, elle se releva. Son geste était net, son expression lisse. Puis elle se détourna, sa cape froissant à peine le silence.
Le claquement de ses bottes sur la pierre guida bientôt son escorte dans le couloir. Ils se formèrent derrière elle comme un seul corps, prêts avant d’être appelés.
Les Crocs du Déclin.
Six ombres suivaient la sienne.
— Këlis, Porte-rune de foudre, aux cheveux blancs hérissés comme une tempête prête à tomber. Son regard fuyait les murs ; ses doigts crépitaient, impatients.
— Barun, Porte-rune de terre, silhouette trapue et musculeuse, couvert de cuir durci et de boue séchée. Ses pas résonnaient comme des marteaux sur une enclume.
— Syrr, Porteuse de feu, silhouette fine et impassible, les yeux rougis par l’éclat intérieur de sa rune. Elle semblait brûler de l’intérieur, déjà ailleurs.
— Ifren, jeune manipulatrice de l’eau, ses gestes précis, son regard vide de crainte.
— Vaen, éclaireur, non-runé, dont le regard fouillait l’obscurité comme une lame cherche une faille. Deux dagues d’argent battant ses hanches à chaque pas.
— Et Durran, le silencieux, à la stature de muraille, dont l’œil gauche incrusté d’une rune rouge brillait faiblement, comme une braise au fond du crâne. On disait qu’il voyait les mouvements avant qu’ils ne se produisent.
Ils atteignirent la salle du Conseil, encore baignée de torpeur.
Les conseillers de Nerhaël, encore marqués par les débats de la veille, avaient laissé un arrière-goût amer dans l’air. Les longues heures de dissensions traînaient encore sur les visages. Les parchemins étaient froissés. Les plateaux, vides. L’air, sec et lourd d’un feu éteint.
Yssandra ne s’annonça pas.
Elle entra. Les autres la suivirent. Comme un bloc.
Le silence se fit naturellement, sans qu’un seul mot fût prononcé. Elle s’avança. Ses bottes claquèrent une fois. Puis plus rien.
Ses yeux balayèrent l’assemblée.
— Vous débattez. C’est bien.
Sa voix, grave, usée mais limpide, tomba comme une pluie froide sur un foyer tiède.
— Mais pendant ce temps, les Brumes se reforment.
Un murmure parcourut les bancs. Elle s’en désintéressa.
— La question n’est pas s’ils reviendront.
Elle s’arrêta. Sa voix se durcit.
— La question est : serons-nous prêts à les briser cette fois ?
Elle laissa le silence s’installer, puis ajouta, plus bas :
— … ou devrons-nous nous agenouiller, enfin, pour rejoindre les cendres.
Un silence de plomb s’abattit sur l’assemblée. Quelques conseillers échangèrent des regards inquiets. D’autres serrèrent les poings. Tous comprenaient qu’un nouveau chapitre venait de s’ouvrir.
Chapitre 3 La Chasse
Contenu complet
|Nerhaël|
Le ciel pâle de l’aube baignait Nerhaël d’une lumière grise, presque métallique.
Une brume fine rampait encore entre les ruelles, léchant les pavés souillés de sang. Autour des corps inertes, le silence n’était plus celui du combat, mais celui, plus lourd, de ce qui suit. Un silence que les souffles hachés des survivants et les plaintes des blessés n’arrivaient pas à briser.
Les visages des Porte-rune, couverts de cendres, d’éclats et de poussière, reflétaient une stupeur hébétée plus qu’une victoire. Ils étaient debout, mais vacillants. Vainqueurs, peut-être, mais à quel prix ?
Des civils sortaient prudemment des maisons éventrées, les yeux rougis, les bras serrés contre eux. Certains restaient figés, incapables de détacher leur regard des corps disloqués.
Le vent léger agitait les voiles noires d’un navire solitaire, amarré au quai principal. Sans un bruit, il se détachait lentement, glissant sur l’eau comme s’il ne pesait rien. Il s’éloignait dans la brume, effaçant son passage comme un souvenir qui refuse de s’imprimer.
Marcus rassembla les Porte-rune encore debout, leur souffle court, leurs regards vides. Il était pâle, l’épaule en sang, mais sa voix, elle, restait droite.
— Ceux d’entre vous qui n’ont pas été formés à tuer, vous avez une autre tâche. Allez vers les blessés. Stabilisez. Rassurez. Aucun ne doit mourir aujourd’hui.
Il désigna du menton les runes d’eau et de terre, puis ajouta :
— Formez des binômes. Cherchez dans les ruelles, dans les caves. On ne laisse personne à l’ombre.
Son regard glissa sur chacun, puis s’arrêta sur Pearl.
Un simple regard. Un ordre silencieux.
Elle acquiesça, le visage fermé, comme taillée dans une pierre blanche tachée de sang.
Pearl s’élança sans un mot, sans un regard pour Marcus. Elle fendait la fraîcheur matinale, muette, rapide, résolue. Ses bottes soulevaient des volutes de poussière grise, et derrière elle, la ville restait suspendue.
Elle ne regarda ni les blessés, ni les survivants. Chaque battement de cœur la poussait en avant. Vers la taverne. Vers Fiona. Vers les quelques âmes qu’elle espérait encore vivantes.
Pearl disparut au coin d’une ruelle. Marcus s’effondra lentement contre un pilier noirci, les paupières lourdes. La lumière blafarde de l’aube dansait autour de lui comme une dernière braise.
La chasse venait de commencer.
Et Nerhaël, encore engourdie, ne savait pas encore qu’elle portait l’odeur de la peur.
—
Le battant de la porte avait été déverrouillé dès les premiers cris.
À l’intérieur, la pénombre régnait encore, troublée seulement par la lueur des flammes qu’Avvallino entretenait avec soin sous le chaudron suspendu. L’air sentait le bois mouillé, le fer brûlé… et le bouillon au lard.
Fiona, les bras encore couverts de sang séché, était penchée sur Rima, étendue sur une table dégagée. La blessure à sa jambe s’était rouverte sous l’effort, mais la jeune fille serrait les dents, le regard rivé au plafond noirci. Ses mains tremblaient malgré elle.
— Ça va passer, murmura Fiona. Elle déchira une bande de toile propre avec les dents, puis resserra le pansement avec des gestes sûrs. Tu es en vie. C’est tout ce qui compte.
Rima hocha faiblement la tête. Elle ne pleurait pas. Plus maintenant.
Derrière elles, deux Porte-rune plus âgés avaient pris le relais de ceux tombés à l’extérieur.
Ils s’appelaient Maerwyn et Obren. Leurs runes étaient ternes, usées, mais leur présence rassurait. Solides comme des vieux chênes.
Ils distribuaient des ordres calmes, précis :
— Compresses d’eau. Pas trop froide. Gardez-les éveillés. Ce garçon-là a une fracture. Là, doucement.
Les blessés étaient nombreux. Des civils, deux Porte-rune inconscients, et un gamin d’à peine dix ans, en état de choc, que Fiona avait ramené dans ses bras.
Dans un coin, Avvallino versait le contenu d’un flacon ambré dans un grand pot de terre, où mijotait un bouillon épais et doré aux racines douces, éclats de lard fumé et feuilles de torra séchées, rehaussé d’un trait de vinaigre de pomme noir.
— C’est pas du raffiné, mais ça remet les jambes sous un homme, déclara-t-il sans lever les yeux.
Il tendit un bol fumant à Maerwyn, qui acquiesça d’un grognement approbateur.
Avvallino faisait aussi griller ses galettes de floume directement sur les pierres plates du foyer, les retournant à la main. Une odeur de noisette grillée emplissait lentement la pièce.
— Bois ça, Rima, dit Fiona, en lui glissant un bol entre les mains.
La jeune fille hésita, huma le liquide, puis but par petites gorgées.
Ses doigts cessèrent un instant de trembler.
Maerwyn s’approcha, posa une main rugueuse sur l’épaule de Fiona.
— Tu t’en es bien sortie. Continue comme ça.
Et pour la première fois depuis l’aube, Fiona sentit un souffle d’apaisement naître dans sa poitrine. Pas de triomphe. Juste… un peu de chaleur revenue.
Derrière la porte toujours close, le monde pouvait bien attendre encore quelques instants.
—
Les rues dévastées de la ville portuaire semblaient respirer dans un silence de mort.
Un souffle lourd, chargé de poussière, d’ombres et de sang froid.
Pearl avançait. Pas après pas. Son épée longue cognait contre sa hanche, trop lourde à porter, inutile à lever. Son bras droit pendait, fourbu, engourdi, sa rune éteinte comme une braise noyée.
Alors, elle dégaina sa petite dague, fine et bien affûtée, qu’elle portait au creux de la cuisse. Elle n’avait que ça. Une arme courte, modeste. Et ce qui lui restait de rage.
Un craquement de bois la fit pivoter. Là, à quelques pas, dans l’éclat mourant d’une lanterne suspendue, un homme fouillait une échoppe éventrée. Une forge, à en juger par les étincelles mortes sur l’enclume renversée. Le forgeron gisait là, face contre les braises, la peau noircie, l’arrière du crâne enfoncé.
Le pirate, dos tourné, était grand, lourd, accroupi comme un vautour.
Pearl bondit sans bruit. Sa gorge brûlait. Son souffle haché résonnait dans ses tempes. Elle se jeta sur lui sans avertissement.
Le choc fut brutal. Le pirate, surpris, trébucha mais ne tomba pas. Il se retourna d’un geste ample, balayant l’air d’un marteau volé à l’atelier. Pearl se baissa, manqua de peu d’y laisser le crâne.
Elle roula au sol, se releva avec maladresse, la dague tremblante dans sa main.
Le second coup faillit l’abattre. Elle recula, heurta un établi. Puis, dans un élan de désespoir, elle s’élança à nouveau sur lui, visa le flanc, planta la lame dans la chair.
Le pirate hurla. Il la repoussa violemment, mais elle tint bon, s’agrippant à sa tunique, enfonçant la lame encore, jusqu’à sentir le sang jaillir chaud sur sa paume.
Ils tombèrent ensemble, roulèrent au sol.
Pearl finit au-dessus. Elle leva la dague. Frappa. Une fois. Deux. Trois. Jusqu’à ce que l’homme s’immobilise. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que le silence et ses propres halètements.
Elle resta là, penchée sur le cadavre, incapable de bouger, la main crispée sur la poignée, les jambes en feu.
Son regard se perdit dans les braises mourantes de la forge.
Un cri d’enfant. Loin, mais pas assez pour l’ignorer.
Pearl se releva lentement, s’aidant d’un mur, les muscles tétanisés. Elle recracha du sang. Son sang ? Elle ne savait plus. Son ventre la lançait. Son épaule en sang pendait toujours.
Elle marcha.
Au détour d’un angle, elle la vit : une fillette traînée par un pirate famélique, le regard fou, un coutelas à la main.
Il n’eut pas le temps de la voir arriver.
Pearl fondit sur lui, lame courte en avant. Il se retourna trop tard.
La dague lui trancha la gorge. Une ligne nette, sanglante.
L’homme chancela. Elle le poussa d’un coup d’épaule. Il s’écroula sur les pavés.
L’enfant s’était recroquevillée contre un mur, muette, secouée de tremblements.
Pearl s’agenouilla près d’elle. Peinait à respirer. Une main sur sa propre cuisse, l’autre tendue vers la petite.
— C’est fini… tu vas aller… à la taverne. Tu sais où c’est ?
La fillette hocha la tête, les joues salies de larmes et de cendres.
Pearl l’aida à se redresser, essuya du revers de sa manche un filet de sang sur son front. Puis la laissa partir. Elle la regarda courir, petite silhouette brisée, vers une lumière lointaine.
Quand Pearl atteignit la taverne, son pas n’était plus qu’un glissement.
Le jour se levait franchement, mais sa vision dansait. Des taches noires dévoraient les bords de son regard.
Deux Porte-rune, l’épée à la main, la reconnurent.
— Pearl ?
Elle acquiesça d’un signe de tête à peine perceptible, puis s’effondra à genoux.
— Ouvrez.
La porte s’ouvrit. La chaleur en jaillit comme un baume.
Des odeurs de pain rassis, de bouillon, de bois brûlé. Des voix calmes, du mouvement.
Quelqu’un la rattrapa sous les épaules. Elle sentit des bras puissants l’aider à se redresser.
Elle fit trois pas. Un monde.
Puis la lumière du foyer l’enveloppa, et elle disparut à l’intérieur.
Les murmures de l’Ombre
Contenu complet
Bonjour à tous !
Alors si l’on commençait par dévoiler un “toutipeu” les thèmes de ce roman ?
Vous l’aurez compris, on a :
– une héroïne,
– un héros
– et un salopard…
Ça vous va ?
Vous voulez quoi d’autre ? … Heu, la couverture ?
C’est pour bientôt, promis ! Alors, je vous invite à suivre les étapes de cette prochaine sortie.
Les murmures de l’Ombre
Contenu complet
Bonjour à toutes et à tous !
Comme vous le savez certainement, j’ai plusieurs projets en cours :
“Entre silences et promesses” qui sort chez @lceditions d’ici peu.
“Un miroir pour deux”, prévu en fin d’année ou début 2026 chez @firstflighteditions.
“Même les étoiles savaient” roman pour lequel je viens de terminer le premier jet et qui patiente gentiment, le temps d’arriver à maturation (oui, oui, comme le bon vin !)
Et il y avait CE roman, ma “briquette” écrit depuis quelque temps, mais qui avait besoin de tellement d’attention que je l’ai laissé de côté.
SON HEURE EST VENUE !
Êtes-vous prêts et prêtes à suivre cette aventure ? Il sera auto édité, donc, j’ai du boulot, mais je peux vous révéler des petits bouts au fur et à mesure de la construction de ce livre, ça vous tente ?
Chapitre 2 Le fracas des lames
Contenu complet
Autour du puits, les civils s’étaient massés en silence, ou presque. Les plus jeunes pleuraient à moitié, blottis contre leurs mères. Les blessés gémissaient, soignés à la hâte par Rima, pâle mais déterminée, et par deux apprentis Porte-rune aux gestes encore maladroits. L’un avait la rune de l’eau. Il appliquait de la glace pour contenir les saignements. L’autre, une marque tellurique sur le front, murmurait des paroles de réconfort à un vieillard blessé. Fiona faisait la navette entre les enfants et les adultes, distribuant couvertures et mots doux. Elle tenait bon. Parce qu’elle devait tenir. Parce que Pearl était dehors.
Avvallino, lui, gardait l’entrée de la taverne, couteau de cuisine en main. Il ne parlait pas. Il observait. Le silence qu’il dégageait imposait le calme. Mais la peur rampait.
Et soudain, elle bondit.
Un hurlement. Puis deux. Une silhouette jaillit d’un toit effondré : un pirate crasseux, les yeux fous, hurlant un chant obscène. Il brandissait une machette et s’élança vers les civils. Avant même que quiconque ne réagisse, un second surgit derrière la foule, un poignard à la main, les yeux braqués sur une mère accroupie.
La panique éclata.
– ILS SONT LÀ ! hurla quelqu’un.
Le premier pirate courait déjà vers le puits. Il n’atteignit jamais sa cible. Avvallino l’intercepta sans un mot. Son bras fendit l’air : le couteau de cuisine se planta dans la gorge du brigand avec une précision chirurgicale. L’homme tomba à genoux, les mains sur sa plaie, et s’effondra dans un gargouillis.
Le second tenta de reculer, pris de panique. Les apprentis Porte-rune réagirent, un bouclier d’eau puissant vint déséquilibrer l’assaillant, le jetant à terre. Le garçon au front marqué tendit la main : une vrille de racines émergea du sol et enserra les jambes du pirate, le clouant au pavé. Rima se redressa, le front couvert de sueur.
– À couvert, vite !
Fiona aida les enfants à se recroqueviller sous une charrette renversée. Le calme revint, brutalement. Le pirate encore vivant grogna sous les liens végétaux, mais n’inspirait plus de peur.
Avvallino essuya lentement son couteau sur la tunique du mort.
– Si d’autres s’approchent, ils finiront comme lui.
Fiona lui lança un regard plein de gratitude mêlé d’inquiétude.
– Pearl va tenir, dit-elle doucement. Elle doit tenir.
Et dans le tumulte au loin, le hurlement d’une lame enflammée déchirait encore la nuit.
~~~
|Pearl L’Éclat Implacable|
Ils étaient six.
Six pirates hurlants, bardés de lames, le regard noyé dans la fureur et la folie.
Ils encerclèrent Pearl, pensant la noyer sous le nombre. Ils n’en eurent pas le temps.
Sa rune pulsait à son poignet droit comme un cœur trop plein, irradiant une lumière blanche qui, par instants, virait à l’or. Sa lame ruisselait d’éclats aveuglants. Ses yeux, d’ordinaire calmes, s’emplirent d’un feu ancien.
Elle inspira une seule fois, courte, tendue.
Puis elle attaqua.
La première frappe fut un trait de lumière. Un cou tranché, un corps effondré. Elle pivota sur elle-même, esquiva un coup, coupa net un bras qui volait encore lorsqu’elle transperça le second assaillant. Elle enchaînait avec une grâce presque irréelle. Comme si une volonté plus vaste dansait à travers elle. Son cri fendit l’air, une vibration pure qui fit trembler les vitres. La rune sur son poignet se mit à brûler.
Le troisième pirate voulut fuir. Pearl tendit la main : la lumière jaillit en un arc aveuglant, le frappa de plein fouet et l’enflamma de l’intérieur. Il chuta, un hurlement coincé dans la gorge.
Le quatrième eut juste le temps de lever son épée. Pearl le désarma d’un revers de poignet, se glissa sous sa garde, planta sa lame dans sa cage thoracique jusqu’à la garde. Un grondement sourd accompagna l’impact.
Les deux derniers s’élancèrent en même temps. Elle bondit entre eux, une explosion de lumière jaillit de son corps. Un dôme éphémère, brutal, les projeta à plusieurs pas.
Elle n’en laissa aucun se relever. Le silence se fit autour d’elle. Il ne restait que son souffle court. La lumière qui vibrait encore.
Autour d’elle, les Porte-rune ralentirent, figés. Un jeune au regard d’acier recula d’un pas. La femme au manteau de cuivre, celle de la terre, la fixa longuement, presque effrayée.
Et tous reculèrent d’un souffle, se souvenant des mots que Marcus murmurait parfois à voix basse :
« Vous ne la comprenez pas encore. Elle n’est pas juste douée. Elle est née de la rune. Elle est ce que nous avons peur de devenir. »
Et Pearl, les tempes bourdonnantes, ne vit rien de tout cela. Elle se tourna, sa lame encore fumante, et courut rejoindre Marcus.
~~~
|Marcus L’Écarlate|
Le duel continuait.
Marcus souffrait. Son épaule saignait abondamment. Chaque respiration brûlait dans sa poitrine. Mais il tenait.
Face à lui, la bête hurlait à la lune absente, la hache toujours levée, les muscles gonflés d’une rage insensée. Marcus para une nouvelle frappe. Le choc fit trembler son bras jusqu’à la clavicule. Il recula, feinta, tenta un revers. L’autre esquiva à peine. Il ne sentait rien. Rien d’humain dans ce colosse, sinon la haine.
– Tu vas tomber, Porte-rune ! cracha l’ennemi.
Marcus sourit, les dents rouges.
– Pas aujourd’hui.
La rune de feu s’embrasa. Sa lame s’allongea d’une langue incandescente. Il fit tournoyer son épée, décrivant des cercles de chaleur autour de lui.
Le pirate fonça.
Marcus pivota sur son pied arrière, le laissa s’engager, et au dernier instant, il glissa sous la hache. Tout son poids se projeta dans le mouvement. Sa lame fendit l’air en une trajectoire parfaite, chirurgicale, définitive. Le cou du monstre céda dans un shlak humide et sec à la fois.
La tête roula sur les pavés.
Le corps demeura debout une seconde, avant de s’écrouler dans un fracas sourd.
Soudain, au loin, des cris. De victoire, de peur, de stupeur.
Marcus se tenait là, ruisselant de sueur et de sang, le souffle court, sa rune encore rougeoyante.
Tous le regardaient. Même les Porte-rune. Pearl arriva juste à temps pour le voir se redresser et murmurer, presque pour lui-même :
– Alors c’est ça… une légende, hein ?
Ils se souvenaient, maintenant, pourquoi on l’appelait l’Écarlate.
~~~
Le combat était terminé.
Mais le silence, lui, pesait plus lourd que les cris. Pearl se tenait debout, au milieu des corps.
Ses bras pendaient le long de son corps, couverts de sang qui n’était pas le sien. Sa lame fumait encore, tiède.
Autour d’elle, tout semblait s’être figé. Comme si le monde, lui aussi, retenait son souffle.
Une odeur épaisse lui brûlait les narines : celle du fer, du cuir mouillé, des entrailles déchirées. Le sang couvrait les pavés en traînées noires, gluantes. Des morceaux de chair, de tissu, de vie… éparpillés comme des feuilles mortes.
Elle inspira, mais l’air avait changé. Il était lourd, saturé. Chaque respiration goûtait la mort. Son cœur cognait dans sa poitrine comme une bête enfermée. Ses tempes pulsaient.
Sa rune luisait encore faiblement. Un dernier battement de lumière blanche, puis plus rien. Éteinte. Elle baissa les yeux.
Le pirate qu’elle avait brûlé gisait là, les orbites vides, figées dans une expression de terreur pure. Il n’était plus qu’une carcasse noircie, une coquille vidée.
Ses doigts tremblèrent. Ce n’était pas la première fois. Elle avait tué avant. Elle était formée pour ça. Mais quelque chose, cette fois… quelque chose s’était ouvert en elle. Ou brisé.
Son regard glissa vers les autres corps. L’un avait le visage jeune. Trop jeune. Un duvet encore tendre au menton. Un autre avait gardé, même dans la mort, un air de surprise. Comme s’il n’avait jamais cru que ça finirait là. Pas comme ça.
Elle sentit sa gorge se serrer. Pas de larmes. Juste un nœud. Un vertige. Une solitude immense, glaciale, comme un gouffre qui s’ouvrait en elle.
Les sons revinrent lentement, étouffés :
Des pas qui couraient. Des gémissements au loin. Des cris d’appel. Mais Pearl n’écoutait plus.
Elle se laissa tomber à genoux, une main au sol, l’autre posée sur son front.
Un souffle. Deux.
Elle ferma les yeux. Dans le noir de ses paupières, la lumière avait laissé une trace. Comme une cicatrice de feu.
Elle se vit, l’espace d’un instant, de l’extérieur : une silhouette baignée de lumière, le regard incandescent, le geste implacable.
Et ce n’était pas elle. Pas vraiment. Quelque chose en elle se réveillait. Ou prenait trop de place. Elle n’en savait rien. Elle n’osa pas y penser plus.
Des mains se posèrent sur ses épaules. Des voix l’entouraient à nouveau.Quelqu’un l’appelait. Peut-être Fiona. Peut-être Agathe. Elle ne savait plus.
Pearl se redressa lentement, les traits figés, les yeux vides. Elle n’avait pas froid. Et pourtant, elle frissonnait.
~~~
🖋Ecriture, Mes avancées – Saga L’Ultime Gardienne T1🖋
Contenu complet

L’Ultime Gardienne T1. De l’attirance à l’espérance
“Lorsque le destin d’êtres exceptionnels se trouve mêler, les graines d’un nouvel espoir pourraient être parsemées”
Le premier tome de ma Saga est enfin dans une version aboutie. Il nécessitera une dernière réécriture, mais elle se fera lorsque j’aurai suffisamment avancé dans les tomes suivants. Pour l’instant, 6 volumes sont prévus.
Trois années, c’est le temps que ce premier bébé m’aura demandé. Oui, c’est mon tout premier abouti 🤭. Je me suis lancée pour la première fois dans l’écriture durant l’été 2021 avec cette histoire qui me trottait dans la tête depuis tant d’années. J’ai osé franchir le pas et poser les mots pour démarrer cette superbe aventure qu’est l’écriture 💖.
Un Teaser pour découvrir le 1er tome qui, je l’espère, saura donné envie. Désormais, il est temps de se mettre dans l’écriture du second tome 😊.
J’en dévoilerai plus sur l’univers de ma Saga – Hélaeryon – dans d’autres publications. Cet univers est très vaste et peuplé de nombreuses créature. Il sera probablement amené soit à évoluer, soit à voir peut-être naître d’autres histoires en plus de cette saga (rien n’est encore décidé 😉).
A très vite 🥰
🌹 Poésie – Orion et Séléné 🌹
Contenu complet
Orion et Séléné
Orion est un puissant enfant du jour,
Le soleil guide ses pas, toujours.
Dans sa lumière, il puise toute sa force,
Avec son déclin, son sommeil s’amorce.
Séléné est une douce fille de la nuit,
Qui évolue à l’ombre de celle-ci.
Sous la lumière lunaire, elle s’épanouit,
Et s’endort lorsque la nuit s’évanouit.
L’un après l’autre, ils doivent évoluer,
Sans jamais pouvoir se parler, se saluer.
Tout comme jour et nuit s’enchaînent,
Leurs éveils solitaires s’alternent.
Côte à côte, ils ne peuvent se tenir,
Condamnés à voir l’être aimé dormir.
Si longtemps, ils se sont ainsi observés,
De la douleur, ils n’ont pu se préserver.
Le sommeil de l’âme sœur,
A fini par briser leur cœur.
De ne pouvoir jamais s’unir,
Ils ont commencé à dépérir.
Ne pouvant abandonner les amoureux,
Gaïa leur a offert deux moments précieux,
Deux magnifiques météores lumineux,
Où jour et nuit se côtoient parmi les cieux.
Le temps que chacun laisse place au suivant,
Les amoureux peuvent enfin se sentir vivants,
Éveillés, ensembles, durant ces deux instants,
L’aube et le crépuscule deviennent leur temps.
L’un s’éveillant avent que l’autre ne s’endorme,
Leur permettant enfin de découvrir les formes,
De l’âme sœur tant aimée et si longtemps désirée,
De pouvoir enfin caresser et serrer l’être tant admiré.
![]()
Erreur 1073 – Tropes et Présentation
Contenu complet
Cher lecteur, aujourd’hui, j’ai décidé de te parler de ma dystopie YA disponible sur mon Wattpad : May_Pik, j’ai nommé : Erreur 1073.
Erreur 1073 est une dystopie avec pour thématiques principales, la quête de bonheur et de liberté et la lutte contre le système de castes.
Dans ce roman, les êtres humains sont divisés en castes selon leurs habilités définies à la naissance. Par exemple, une personne née avec un bon taux de fertilité et une bonne empathie sera un reproducteur. Nous allons alors suivre la jeune Valentine, unique reproductrice de son école depuis toujours. Elle est donc solitaire et renfermée, mais va pour la première fois de sa vie susciter l’intérêt d’un de ses camarades de classe, Marcus, un bureaucrate. Ils vont tous les deux découvrir qu’ils sont des anomalies souvent éliminées par le gouvernement et quittent leur Cassis natale pour se lancer à la recherche des Data Center détenant la mémoire de l’humanité. Valentine et Marcus vont alors faire de nombreuses découvertes concernant les anomalies jusqu’à arriver aux abords de Paris où se situent les Data Center. Cependant, tout ne se passe pas comme prévu et ce qui rimait avec belles rencontres va alors rimer avec Enfer sur Terre.
Je ne t’en dis pas plus afin de ne pas te spoiler. Si tu as envie de lire Erreur 1073, rendez-vous sur mon Wattpad : May_Pik !
À très bientôt !
Love,
May.
Chapitre 1 : Lueurs d’albâtre
Contenu complet
« Il n’y a pas de maître des runes. Seulement des porteurs, et des survivants. »
Fragment de litanie oubliée
~~~
| Nerhaël, port occidental |
Le port de Nerhaël s’éveillait doucement sous une lumière pâle. Les premières voiles s’étaient détachées de l’horizon, glissant sur les eaux d’encre comme des fantômes matinaux. Pearl avançait sans but précis, sa cape rabattue contre le vent humide. Les pavés luisants reflétaient les lanternes encore suspendues aux auberges fermées, et une odeur mêlée de sel, de poisson et de bois brûlé flottait dans l’air.
Elle avait quitté la taverne avant l’aube, sans prévenir Fiona ni Marcus. Par besoin de silence, ou pour fuir les questions qu’elle sentait venir. Dans sa paume, la rune gravée vibrait doucement d’une lumière d’albâtre, comme un cœur étranger tapi sous la peau. Depuis son dernier songe, elle avait du mal à la faire taire.
Un marchand somnolent faisait rouler des tonneaux vers un entrepôt. Plus loin, deux enfants en haillons jouaient à faire semblant d’être des Porte-rune, traçant des glyphes dans la poussière avec des bâtons de bois.
Elle s’arrêta un instant près de l’un des docks, observant un vieux marin assis sur un tabouret, en train de réparer un filet. Il leva les yeux vers elle.
– Vous cherchez quelqu’un, p’tite flamme ?
Elle sourit à peine. Le surnom n’était pas rare depuis que sa rune s’était illuminée devant les siens. La lumière appelle les regards.
– Non. Juste… je regarde la ville s’éveiller.
Le vieux hocha la tête, comme si c’était une réponse valable. Puis il ajouta, d’un ton tranquille :
– Alors regardez bien. Y’aura pas toujours des matins calmes, ici.
Elle le fixa un instant, cherchant une note d’ironie, mais il s’était déjà replongé dans son ouvrage.
Une cloche sonna depuis la tour des Arpenteurs. L’heure du relais. Les patrouilles allaient changer. Elle y retrouverait sans doute Marcus, raide comme un bâton, à faire ses tours sans sourire. Un devoir, disait-il. Comme si le monde tenait debout par la seule volonté de ceux qui gardaient la ligne.
Pearl hésita. Ses pas la menèrent plus loin, vers les ruelles étroites bordées d’étals de fruits étranges, de potions marines et de charmes à demi-légaux. Des voix de vendeurs commençaient à jaillir, mêlées aux cris des goélands. Une jeune femme chantait dans une langue oubliée, accompagnée d’un instrument à cordes dissonant.
Et tout semblait paisible.
Les rues de Nerhaël s’étiraient dans un calme matinal presque trop parfait. Pearl longeait les quais, la tête légèrement penchée, le regard pris entre les voiles amarrées et les ombres des mâts qui s’étiraient sur les dalles. La ville n’était pas encore tout à fait éveillée. Juste un peu bruissante, comme si elle murmurait dans son sommeil.
Elle s’arrêta brièvement en apercevant ce navire sans nom, niché à l’écart, voile noire repliée, étrangement silencieux. Une marque gravée sur la proue, un cercle fendu, attira son œil.
Un souffle glacé effleura sa nuque. Elle fronça les sourcils.
Encore…
Mais elle secoua la tête.
Non. Pas maintenant. Pas toujours. Arrête de voir le mal partout, Pearl…
Elle détourna les yeux et reprit sa route, forçant son esprit à ne pas s’y attarder. Elle n’était pas en patrouille, pas en mission. Juste une Porte-rune fatiguée, juste une illusion.
Le pavé humide céda la place à des planches grinçantes lorsqu’elle monta le petit escalier menant à la taverne d’Avvallino. À travers les fenêtres, une lueur dorée filtrait déjà, et les sons familiers de casseroles qu’on heurte, de couteaux qu’on affûte et de voix endormies réveillèrent quelque chose en elle.
Un fumet gras de pain grillé, de ragoût d’écrevisses et d’herbes chaudes lui caressa les narines. Une odeur de vie. De foyer.
Son pas se fit plus lent. Une mèche de cheveux lui tomba devant les yeux. Elle ne la repoussa pas. Pour une fois, elle se surprit à ne pas se presser. Elle monta les trois dernières marches comme on rentrerait chez soi.
Elle poussa la porte.
– T’es revenue, toi, lança la voix rocailleuse d’Avvallino derrière son comptoir. J’allais envoyer un filet te chercher.
Il lui adressa un clin d’œil, les mains pleines de farine et le tablier taché de sauce. Dans l’âtre, un feu ronflait doucement. Fiona riait dans la cuisine en se chamaillant avec Rima à propos de la quantité de sel dans la marmite.
Le silence dans son cœur commença à se fissurer. Un coin de ses lèvres s’étira. Pas un sourire plein, non. Mais presque. Son éternel air taciturne faillit se dissiper.
Et alors,
les cloches.
Une. Deux. Trois. Urgentes. Frappées à toute volée depuis la tour du port.
Puis un cri.
Puis d’autres.
Le vacarme des bottes. Des lames. Du bois brisé.
Pearl se retourna vers la porte, son cœur déjà au pas de course.
Sa rune brûla violemment sous sa peau.
Cette fois, sans ambiguïté.
Nerhaël, encore ensommeillée, venait d’être éventrée.
~~~
Les cloches hurlaient, déchirant l’air calme comme un couteau la peau d’un fruit trop mûr.
Pearl resta figée un instant dans l’entrebâillement de la porte, le regard tendu vers l’extérieur, les muscles déjà prêts à bondir. Mais elle ne bougea pas.
Pas tout de suite.
Derrière elle, le silence avait chuté comme un voile de givre.
Avvallino s’était figé, un torchon suspendu dans la main, la vapeur du plat s’évanouissant doucement dans l’air froid. Son regard noir avait perdu toute chaleur.
– Ne fais pas la folle, grommela-t-il, d’un ton plus bas qu’un souffle. T’as pas à…
Il s’interrompit en croisant son regard. Il savait. Il savait qu’elle n’écouterait pas.
Fiona, debout dans l’embrasure de la cuisine, tenait toujours une louche. Ses doigts tremblaient à peine, mais c’était suffisant. À ses côtés, Rima semblait s’être réduite à une ombre, pâle et pétrifiée. Tous leurs regards, anxieux, la suivaient déjà.
Pearl inspira profondément. Une fois. Deux fois.
Puis elle tourna les talons et monta quatre à quatre l’escalier vers la chambre. Ses bottes frappaient le bois comme un glas.
Le coffre de voyage l’attendait au pied du lit, lourd, solide, marqué des routes qu’il avait déjà connues. Elle l’ouvrit d’un coup sec.
À l’intérieur : le gilet de cuir renforcé, la ceinture d’attache, les deux bracers gravés. Son équipement de Porte-rune. Elle les enfila sans un mot, les gestes nets, assurés, presque rituels. Chaque boucle refermait un peu plus la peur sous sa peau.
Dans un compartiment doublé de tissu sombre, reposait l’arme.
Le présent d’Angus.
Une lame droite, longue et élégante, ciselée de runes anciennes. Le métal, clair et profond, luisait doucement même dans l’ombre, comme s’il reflétait une lumière venue d’ailleurs.
Pearl la sortit lentement du fourreau. La lame vibra dans sa main. Et sa propre rune, gravée à la base de sa paume, s’embrasa d’un éclat d’albâtre. L’air sembla se figer un instant autour d’elle.
Elle descendit sans un mot.
Fiona voulut dire quelque chose, mais aucun son ne sortit.
Rima recula d’un pas, comme si la magie qu’elle portait irradiait quelque chose d’incompréhensible.
Avvallino la regarda passer, le poing serré. Les mâchoires nouées de colère contenue.
Mais il ne la retint pas.
La porte claqua derrière elle.
Et Pearl se mit à courir.
Les rues de Nerhaël vibraient du vacarme des cris, du bois qu’on fracassait, du métal contre le métal. Le ciel, encore lavé d’aube, semblait indifférent au carnage. Des silhouettes s’élançaient entre les bâtisses, des portes volaient en éclats, et les premières flammes grimpaient déjà sur une charpente, léchant le bois sec comme des langues affamées.
Au bout d’une allée, près du grand escalier menant aux docks, elle le vit.
Marcus.
Il était debout au milieu des débris, droit comme un menhir, torse nu sous un manteau déchiré. Sa carrure large imposait un calme presque brutal. Des cicatrices anciennes zébraient ses bras, mais c’était son regard qui frappait le plus, un gris profond, comme du silex mouillé. Impitoyable.
La rune de feu sur son poignet brillait d’un éclat féroce, tremblant presque de rage contenue. Des gerbes d’étincelles couraient déjà sur la lame qu’il tenait à deux mains. Un glaive épais, plus lourd que celui de Pearl, taillé pour fendre l’armure autant que les portes.
Quand leurs regards se croisèrent, il hocha simplement la tête.
– T’as pris ton temps, souffla-t-il, sans sourire.
– Je suis là maintenant, répondit Pearl. L’épée haute. Le souffle déjà court.
Un cri perça l’air.
Trois silhouettes en armure de cuir sombre surgirent depuis un escalier adjacent, visages dissimulés sous des foulards noirs. Sur leur tempe gauche, tatoué en rouge, l’emblème de la Fraternité des Brumes.
Ils fondaient déjà sur eux.
~~~
La ville hurlait.
Nerhaël, perle tranquille des côtes occidentales, s’était changée en piège de sang et de flammes.
Les premiers pirates, surgis des ombres, n’étaient plus des silhouettes furtives.
Ils formaient une meute brutale et disciplinée, déferlant depuis les docks comme une vague noire.
Ils bondissaient sur les étals, renversaient les charrettes, pourchassaient les civils sans la moindre hésitation.
Des corps heurtaient le pavé dans des gerbes de sang. Des portes volaient en éclats. Des enfants étaient arrachés à leur sommeil.
Les torches pleuvaient sur les toitures. Les bottes salies de sel et de violence piétinaient les rues.
Un cri aigu déchira l’air.
Pearl, postée à l’angle d’un passage en contrebas, l’aperçut : une femme traînée par les cheveux par deux hommes. Elle se débattait faiblement, le regard fixe de terreur. Non loin, un homme s’était effondré, abattu d’un coup de hache dans le dos alors qu’il tentait de fuir.
Pearl serra la garde de son arme.
– Je la vois, dit-elle à Marcus. On n’a pas le temps.
La Fraternité des Brumes ne pillait pas. Elle anéantissait.
Alors, Pearl et Marcus entrèrent dans la danse.
La lame runique de Pearl traçait dans l’air une courbe d’argent pur. Elle fendit la gorge d’un pirate d’un revers net. Un autre s’élança, elle para, glissa sur sa droite, planta sa lame dans le creux de sa hanche. Il hurla. Elle le fit taire.
À ses côtés, Marcus frappait comme un forgeron enragé.
Sa grande épée de feu décrivait des arcs rouges et dorés. Lorsqu’il frappa un pirate en pleine poitrine, la rune s’embrasa : le choc explosa en une gerbe de flammes, carbonisant les chairs, projetant deux autres assaillants au sol.
– T’as vu le navire ?! lança-t-il entre deux souffles.
– Voile noire. Cercle fendu. Aucun pavillon connu.
– Fraternité des Brumes, affirma Marcus. Ils viennent pas pour l’or. Ils viennent pour nous.
Et soudain. Un rugissement dans l’air.
Un Porte-rune fendit les cieux depuis les toits. Son manteau claquait dans son sillage. Il atterrit sur un groupe d’assaillants dans une explosion de vent tranchant, dispersant les corps comme des feuilles mortes.
Une seconde silhouette surgit : une femme vêtue de cuivre et de lin blanc. Elle ouvrit les bras vers le sol. D’un geste, elle invoqua la terre et des piliers de roche jaillirent pour dresser une barricade entre les civils en fuite et les pirates.
Un troisième Porte-rune apparut à l’angle d’une boutique effondrée. Jeune, le regard vide, les bras levés. Une onde de givre s’étira comme un souffle de mort, gelant les jambes d’une escouade ennemie.
Pearl fondit sur eux, lame au poing, sans ralentir.
La rue entière devint un champ de bataille surnaturel.
Flammes. Gel. Roches. Vent.
Les pouvoirs telluriques se libéraient sans retenue, chaque impact portait la colère d’un monde ancien réveillé.
Mais Pearl n’avait qu’un objectif.
Elle repéra la femme à nouveau, repoussée contre un mur de pierre, les mains en sang, à moitié inconsciente. Un des pirates levait déjà la lame.
– Pas elle, pas aujourd’hui.
Elle bondit, glissa sous une hallebarde, fendit un flanc, esquiva une masse. Le pirate s’était retourné, trop tard. Pearl enfonça sa lame dans sa clavicule, le repoussa d’un coup de genou, trancha la gorge du second.
La femme haletait, les yeux vides de larmes. Pearl lui attrapa le bras.
– Va. Le vieux Puits. Y a des Arpenteurs là-bas.
– M… merci…
Pearl n’attendit pas. Déjà d’autres ennemis arrivaient.
Et alors, il apparut.
Un chef.
Pas un simple pirate. Une montagne.
Six pieds et demi. Nu-torse malgré le froid du matin, le corps peint de glyphes rouges et noirs. Ses bras énormes semblaient gonflés de rage.
Il portait une hache d’abordage dans chaque main.
Ses yeux, jaunes, luisaient comme ceux d’un fauve.
Mais ce n’est pas cela qui fit reculer Pearl.
C’était la rune.
Au centre de son torse, dissimulée sous l’encre noire, une marque pulsait. Obscure. Vivante. Une rune tordue, fendue en son milieu, comme si elle luttait contre son propre porteur. Une rune d’ombre.
– MARCUS ! hurla-t-elle.
Trop tard.
La bête chargeait déjà.
Marcus ne bougea pas. Il planta ses pieds dans la terre noire et rugit à son tour. Sa rune s’embrasa, inondant sa lame d’une lumière incandescente.
Le choc fut titanesque.
Les haches du monstre frappèrent en croix. Marcus para. Un cri d’acier, une gerbe d’étincelles. Il fut repoussé de trois pas, grogna. Il contre-attaqua, fendit l’air, toucha. La hache gauche de l’ennemi vola en éclats.
Mais l’autre frappa Marcus à l’épaule.
Un coup violent, profond.
Le feu jaillit en retour.
Les deux géants se faisaient face.
Ils frappaient. Reculaient. Grognant. Saignant.
Leurs lames hurlaient des siècles de haine.
Et la rune noire du chef, elle guérissait ses plaies à vue d’œil. Comme si l’ombre buvait la douleur.
Pearl tenta de s’approcher.
Mais une salve ennemie la coupa net : six pirates fonçaient droit sur elle.
Elle jura, reprit sa garde, et se jeta dans la mêlée.
~~~
PROLOGUE
Contenu complet
|Fragment scellé des Chroniques du Silencieux. Consigné dans les fondations closes de Letharielle. L’auteur n’a jamais reparu|
« Ils croient encore que le sol leur appartient.
Ils foulent les pierres mortes, ignorants du prix déjà payé, aveugles aux failles qui soupirent sous leurs pas.
Il fut un temps où les cités s’élevaient haut, fières, éclatantes, où la mer s’étendait, profonde et grise, jusqu’aux confins oubliés.
Mais l’avidité creuse plus profond que les racines, et le pouvoir dévore plus sûrement que le feu.
Ceux d’avant ont brisé la chair du monde. Ils ont sondé les lignes telluriques, cherché à tordre les fondations mêmes du continent, persuadés d’en extraire un savoir plus vaste que leur propre chair.
Mais ce qui sommeille sous la pierre ne se laisse ni nommer, ni dominer.
Quand ils sont tombés, la terre s’est ouverte, le ciel s’est assombri, et la mer elle-même a fui.
Le sel s’est déposé comme une plaie blanche sur les cendres encore chaudes, et là où s’étendaient les eaux, le désert s’est refermé.
Les cités d’avant sont devenues poussière, avalées par la brume et l’oubli.
Les cartes se sont effacées, les noms se sont tus.
Quelques enclaves s’accrochent encore aux cicatrices du monde, bâties sur le mensonge et la peur.
Letharielle, dressée sur les failles comme un funeste mirage.
Nerhaël, rongée par le vent salé, les os blanchis et les songes brisés.
La Fourche du Sel, carrefour fragile, où même la poussière murmure à qui sait écouter.
Ils l’appellent Haute Assemblée, comme s’il restait quelque chose à gouverner.
Les Sept se dressent, silhouettes figées, prétendant maintenir l’équilibre, mais même leurs voix se perdent dans les fractures du sol.
Les porteurs brandissent leurs Runes, gravées dans la chair, brûlées dans la pierre, ignorant qu’à chaque trait tracé, c’est un peu plus de mémoire ancienne qui saigne.
Ce qui dort en dessous n’a pas pardonné.
Et le monde, fissuré, se souvient mieux que les hommes. »
~~~
|Fragment des Chroniques du Silencieux — Récit tardif, transcrit dans l’ombre des conclaves interdits|
« Ceux d’en haut détournent le regard, croyant que le danger viendra du ciel ou des plaines mortes.
Ils ignorent encore ce que les montagnes du Sud renferment sous leur croûte craquelée.
Le sel ne s’y dépose pas. Le vent y meurt avant d’atteindre les cimes. Même les porteurs y craignent leurs propres traces.
Ce n’est pas la pierre seule qui y sommeille, mais les restes d’un serment oublié, scellé avant la chute des anciens.
Dans les cavernes effondrées, sous les falaises pelées, rampent des souvenirs plus anciens que la Haute Assemblée.
Certains racontent que les lignes telluriques s’y brisent comme du verre sous la paume d’un traître.
D’autres parlent d’une faille béante, trop profonde pour être mesurée, là où le monde se plie sur lui-même.
Mais tous se taisent quand la nuit tombe, car c’est là que flotte le Vell-Naüth.
On croit le ciel vide, on le croit immobile.
Pourtant, son ombre revient toujours, traînée noire suspendue dans les hauteurs, vêtement déchiré d’un deuil ancien.
Le Vell-Naüth ne parle pas.
Il ne frappe pas.
Mais il veille, immuable, patrouille d’un autre âge, traçant dans l’air froid un avertissement que seuls les porteurs endormis perçoivent encore.
Ce que l’on cache sous les montagnes, ce que l’on oublie dans les abîmes, il l’observe sans relâche.
Il compte les jours.
Il attend les failles.
Il n’y a pas de paix, tant que son ombre rôde. »
~~~
Terre de Cendre
Contenu complet
Dans les terres fracturées de la Haute Assemblée, les Porte-rune sont les derniers à canaliser les lignes telluriques. Ils parlent à la pierre, à la cendre, au feu et parfois, à ce qui dort sous la surface.
Ici, la magie n’est ni douce, ni brillante.
Elle marque, consume, exige.
Elle lie les vivants aux secrets oubliés du sol.
Et parmi ceux qui la manient, Pearl n’a jamais cherché la lumière. Elle la porte malgré elle.
Ancienne orpheline devenue Arpenteur Blanc, Pearl patrouille les routes entre falaises, forêts et ports, là où le Conseil des Sept étend son autorité fragile. Sa rune luit d’un éclat doré, un don qu’elle ne comprend pas, une menace pour certains.
Lorsque les voix se mêlent aux songes, lorsque les morts chuchotent des noms interdits, Pearl comprend qu’elle n’est pas seulement porteuse d’une rune ancestrale. Elle est la clef d’un monde qui s’effondre.
Magie, trahison, fuite, amour et chute.
Bienvenue dans un univers où chaque mot brûle, et où les cendres ne sont jamais tout à fait froides.
La Fiancée Disparue – Tropes et Présentation
Contenu complet
Cher lecteur, aujourd’hui, j’ai décidé de te parler d’un des premiers livres que j’ai écrits, j’ai nommé : La Fiancée Disparue.
La Fiancée Disparue est une novella de romantasy divisée en deux parties : La Fiancée Disparue et Le Royaume Maudit.
Les thématiques principales de cette novella sont l’amour interdit, la disparition et la trahison, la quête de soi et de bonheur, et la lutte pour les droits des personnes membres de la communauté LGBTQIA+.
Dans la première partie intitulée La Fiancée Disparue, tu pourras enquêter sur la disparition d’Éléonore, fiancée du dauphin de France, tandis que dans la seconde partie, j’approfondis la relation d’Éléonore avec Séraphina, son amie d’enfance et petite amie. Je ne te donne pas plus d’éléments concernant cette novella volontairement, car elle est riche et je ne veux pas te spoiler, mais ce que je peux te dire c’est qu’il y a une alternance de points de vue très immersive, avec des lettres, des extraits de journaux, de journal d’intime…
La Fiancée Disparue est disponible sur mon Wattpad : May_Pik. N’hésite pas à y faire un tour et me donner ton avis !
À très bientôt,
Love,
May.
Dangerous Love ( sur wattpad : lien de l’histoire : https://www.wattpad.com/story/392983066-dangerous-love-tome-1 )
Contenu complet
CE N’ÉTAIT PAS PRÉVU
7 h 30. House of Windsiar Nestor
Emma
Les yeux grands ouverts pointant vers le plafond, j’essaie d’assimiler mes souvenirs d’hier soir. Tout est dans le désordre dans ma tête, les événements de la veille sont en pagaille. Je suis restée allongée sur le lit durant encore cinq minutes de plus, avant de me lever discrètement. Je ne dois surtout pas le réveiller, sinon la situation risque de devenir encore plus gênante.
J’aperçois ma robe parterre, elle est complètement bousillée, impossible à porter. Je retrouve mes sous-vêtements getter dans un coin, je les prends puis les mets, même si cela me dégoûte. Sérieusement, qui porte ses sous-vêtements déjà utilisés ? Eh bien, moi, je viens de le faire et je n’en suis pas fière. J’avance jusqu’au placard qui se trouve juste en face du lit. Je l’ouvre puis prends un pull. C’est pour compenser ma robe qu’il a détruite. Après avoir mis le pull, je marche doucement jusqu’à la porte, mes escarpins en main. J’ouvre la porte de la chambre discrètement et sort, puis la referme derrière moi avec la plus grande discrétion possible.
Bon, maintenant, il ne reste plus qu’à rentrer chez moi. Soudain, une porte s’ouvre, une petite fille en sort, la pièce juste en face de moi. Des cheveux d’un noir corbeau couvrent sa tête, elle possède les mêmes yeux gris que son père. Son regard, posé sur moi, commence à me mettre mal à l’aise. Je finis par briser le silence.
– Salut, tu t’appelles comment ?
Eh bah Emma, tu ne sais plus comment faire une conversation ou quoi ?
Ouais, je sais que j’aurais dû dire autre chose, mais c’étaient les seuls mots qui m’aient traversé l’esprit.
– Bonjour, je m’appelle Leonora, toi ?
Ouf ! Elle m’a répondue. Bon, à présent, il faut poursuivre la conversation.
– Moi, je m’appelle Emma, je suis une amie à ton papa.
– Ah, d’accord, papa dort ?
– Oui.
Elle fronce les sourcils, une moue boudeuse se dessine sur son visage.
– Il avait promis de me faire des crêpes !
Oh. À cause de moi, elle n’aura pas ces crêpes ce matin. Devrais-je aller réveiller son père ? Non, je ne peux pas. Si, j’ai bien dit, si je le fais, il faudrait que je lui adresse la parole et je suis sûre et certaine que nous serons tous les deux mal à l’aise.
– Je peux te les faire à sa place si tu veux.
– Faire quoi ?
– Faire les crêpes.
Un grand sourire apparaît sur son joli visage. J’ai bien fait de le lui proposer, avec son sourire, elle ferait craquer n’importe qui.
– C’est vrai ? Tu vas vraiment me les faire ?
– Mais oui, montre-moi où est la cuisine pour que je te les fasse rapidement.
– D’accord, répondit-elle, l’air ravie.
Elle prend ma main dans la sienne puis se met à marcher vers les escaliers. Je la suis sans rien dire d’autre, non pas que je ne veuille pas parler, mais plutôt parce que la voir marcher avec cet enthousiasme me plait bien. Arrivé dans la cuisine, je remarque que tout est nouveau. C’est magnifique, les quittes de cuisine sont un mélange entre un style anglais et américain, cela rend la cuisine encore plus sophistiquée.
– Aller, je vais te faire les meilleures crêpes du monde !
Dis-je avec un grand sourire, ce qui la fit rire.
Je commence par préparer la pâte et la mets au frigo, puis je prépare une crème fouettée. Vous devez sûrement vous demander pourquoi je fais ça ? Eh bien, vous comprendrez à la fin. Ouais, je suis une vraie petite cachottière.
Quelques minutes plus tard, je sors la pâte du frigo, puis commence à faire cuire les crêpes. Après avoir fini de les préparer, je prends de la crème et dessine un smiley avec un grand sourire et le pose devant Leonora. J’ajoute des fraises pour faire les yeux. Leo me lance un regard puis à la crêpe avant d’éclater de rire. Ce qui a pour effet de me faire sourire.
– Voilà les meilleures crêpes du monde.
– Waouh, c’est magnifique !
Elle prend la crêpe dans ses mains et commence à la déguster. Et la chose que je voulais le plus réapparaît sur son visage, le sourire le plus radieux qui puisse exister dans le monde. En plus, avec ses deux petites fossettes qui apparaissent sur ses joues, ça la rend encore plus mignonne.
– C’est super bon, Emma !
– Je suis ravie que cela te plaise. Il est temps pour moi de rentrer, Leonora. Quand ton père se réveillera, dis-lui que j’ai adoré la nuit dernière et que je lui ai pris son pull.
– Tu peux m’appeler Leo, si tu veux. Pourquoi est-ce que tu dois partir, on est bien comme ça ?
Je prends un ton léger pour lui répondre, sans trop en dire non plus.
– Si je reste trop longtemps ici, ma famille va s’inquiéter pour moi.
– Est-ce que tu reviendras nous rendre visite ?
J’ai envie de lui dire oui, mais soyons honnêtes, je ne reviendrai jamais ici. Peut-être qu’on se croisera un jour, mais ce n’est certainement pas pour tout de suite et je ne veux surtout pas lui donner des faux espoirs.
– Je ne sais pas, Leo.
– Je vois, dit-elle avec une expression boudeuse sur le visage. Toi et mon père, vous êtes en couple, non ?
Holà, là, je ne m’y attendais pas. Avec ce visage tout mignon, je ne pensais pas qu’elle me poserait une question pareil.
– Euh, ton père et moi, on n’est pas en couple.
Je suis désolée, Leo, mais je ne suis ni en couple avec ton père et ne pense pas pouvoir revenir ici. J’ai juste couché avec lui, rien de plus.
Je descends du tabouret, puis prends mon sac avant de contourner la table et de venir déposer un bisou sur la joue de Leo. Je lui dis au revoir et part, en retenant une folle envie de revenir et de la serrer dans mes bras.
Quand je suis enfin en dehors de la propriété, j’appelle un taxi. Oui, j’ai bien dit propriété. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais cela ressemble à un manoir au temps de la première reine Élisabeth. La cour devant est magnifique, comme s’il y avait quelqu’un qui vient s’en occuper tous les mois.
J’ai couché avec qui, au juste ?
8 H 45. HOUSE OF BRAY
À mon arrivée à la maison, je me dirige directement vers ma chambre. Je ne veux absolument pas adresser la parole à ma mère, ni même la croiser. La question ne se pose pas trop, avoir 20 ans et vivre chez ses parents n’est pas facile. Car ils veulent toujours contrôler votre vie. Et moi, je veux de la liberté, qu’on me laisse faire mes propres choix, même si c’est de la merde après.
J’ouvre la porte de ma chambre, avant d’entrer, j’entends la voix de ma mère m’interpeller, comme si elle avait attendu mon retour depuis ce matin. Dois-je me retourner et l’écouter me sermonner comme si j’étais une gamine au lycée qui est rentrée après son couvre-feu, ou dois-je l’ignorer et entrer dans ma chambre ? Non, je ne vais pas l’ignorer, même si cela m’énerve. Je vais lui dire le fond de mes pensées, lui dire les quatre vérités. Elle doit comprendre que je ne pourrais jamais être la fille qu’elle veut que je sois, je ne serais jamais parfaite comme elle le souhaite.
– Bonjour à toi, maman.
– Emma, ne sois pas désagréable dès le matin. Où est-ce que tu étais hier soir ?
– Alors maintenant, dire bonjour à sa mère, c’est être désagréable ?
Je prends une grande inspiration, essaie de ne pas être violente dans mes paroles.
– Maman, je te rappelle que j’ai 20 ans et bientôt 21 ans. Ce qui signifie que je suis une adulte, je n’ai pas besoin de te dire tout ce que je fais dans ma vie. Et j’ai le droit de faire ce que je veux et où je le veux, sans te le dire.
– Pas tant que tu vivras sous ce toit !
Le regard posé sur le sien, j’essaie de contrôler la colère qui commence à m’envahir du mieux que je peux, mais c’est difficile.
– Donc, d’après TES mots, si je veux vivre ma vie sans que tu aies à la contrôler, je dois partir d’ici, c’est ça ? Eh bien, ne t’inquiète pas, je vais partir d’ici et on verra si ta loi va me suivre.
– Emma, arrête tes conneries, sérieusement, ça commence à me saouler !
– Ce ne sont pas des conneries, c’est ce que je vais faire.
J’entre dans ma chambre et claque ma porte, assez fort pour que cela l’énerve encore plus. En fait, j’aurais dû prendre cette décision depuis longtemps. Je me demande pourquoi, est-ce que je n’ai pas pris cette décision bien avant ?
Julia.
Oui, je suis restée juste pour elle, j’ai supporté les railleries de ma mère uniquement pour elle. Mais aujourd’hui, je n’en peux plus. Tout humain a des limites, et aujourd’hui, j’ai atteint la limite des choses que je peux supporter.
Tout ce que j’espère, c’est que Julia comprendra pourquoi j’ai pris cette décision.
21 H 42.
La journée s’est déroulée sans que j’aie eu besoin de sortir de ma chambre. À l’heure du repas, je ne suis pas descendue. Julia m’a apporté le déjeuner et le dîner dans ma chambre, m’évitant de croiser ma mère. Oui, toutes les deux, nous sommes vraiment en guerre.
J’ai occupé le reste de mon temps à lire, il fallait absolument que j’oublie Cheveux-blond et Leo. Oui, ces deux-là n’ont pas arrêté d’envahir mes pensées et de me troubler.
Soudain, mon téléphone sonne, je vois le nom de Kyle s’afficher. Je décide de répondre rapidement et attends qu’il commence à parler.
– Allô ?
– Emma Bray est à l’appareil, je t’écoute.
Il éclate de rire, je le suis juste après. Je ne sais pas ce qui m’a pris de rire comme ça, mais cela fait du bien de me lâcher comme ça.
– Alors, comment s’est passée ta soirée d’hier ?
C’est du Kyle tout cracher. Il ne me tourne pas en bourrique pour que je lui dise quelque chose, mais me pose directement la question.
Ouais, ce gars est sans gêne et c’est pour ça que c’est mon meilleur ami.
– Incroyable !
Je l’entends soupirer, il doit sûrement être agacé, et il doit avoir compris que je fais exprès.
– Ma chère Emma, je veux tous les détails de cette soirée.
– Pour la faire courte, j’ai couché avec un père célibataire hyper beau gosse, et je n’ai pas détester.
– QUOI ?
Et c’est parti pour un tour d’explication interminable.
– Tu as bien entendu, mon chou, je ne blague pas. J’ai vraiment réussi à le faire, sans m’en fuir à quatre pâtes.
– Attends ! Laisse-moi deux minutes pour assimiler toutes ces informations. Toi, Emma Elena Bray. Une jeune femme qui a un traumatisme contre les hommes, qui n’accepte pas qu’un homme s’approche plus d’un mètre d’elle, a réussi à coucher avec un homme inconnu. C’est ça ?
– Oui, Sherlock.
Je l’imagine sûrement en train de se passer les doigts dans les cheveux, essayant de croire ce que je lui ai dit.
– T’a-t-il laissé des marques ?
– Des marques de suçon ?
– Oui.
– Si c’est de ça que tu parles, oui. Il m’en a fait.
– Prends une photo de ton coup et envoie là.
Je m’exécute et lui envoie la photo. Il a continué à me poser beaucoup d’autres questions sur Adrian et sa fille, et j’ai dû y répondre. Je me suis endormi comme ça, sans éteindre mon téléphone, en espérant avoir une meilleure journée demain. De toute façon, qu’est-ce qui pourrait bien mal tourner ?
À suivre…
NOUVELLE FICTION COURTE
Contenu complet
SYNOPSIS
Une histoire banale d’interrelations qui démontre que la jalousie peut être exprimée et
ressentie par tous peu importe qui vous êtes et pour différents motifs.
Une bande de jeunes adultes d’origine sociale aisée vivant une vie oisive avec les
hormones en ébullition qu’ils assouvissent en couchant les uns avec les autres. Damian
20 ans sort avec Jessica 19 ans mais à déjà couché avec Laura 19 ans et Florence 18 ans,
Marcus 21 ans sort avec Laura mais a déjà couché avec Jessica et a interagis
sexuellement avec Florence. Un seul melting pot de coucheries multiples qui va générer
des tensions, des suspicions et des jalousies.
Parmi eux, seul Terry 28 ans le grand frère
de Damian n’ayant touché aucune des filles restera un fantasme pour elles car
évidemment l’inaccessible attire, mais c’est sans compter l’arrivée d’une nouvelle jeune
femme qui va venir tout bouleverser…
À cette fille !
Contenu complet
À Cette Fille
À toi ces mots, chère inconnue !
Même si je reste discret ;
Dans mon cœur vit ton reflet nu.
Vers les étoiles, ton secret.
Cet écrit te paraîtra fou,
Mais sache que je t’estime.
L’âme d’un poète se voue
À la beauté, son ultime.
La mienne, je la cherche encore !
Souvent, c’est la mélancolie
Qui révèle mon sombre décor.
À toi, mon cœur, sans folie !
Peut-être, n’aurai-je ton cœur.
Hélas ! Ce n’est le but que je vise.
Dans tes yeux, je trouve bonheur,
Et me voilà artiste, qui brise.
Comme le disent ceux qui espèrent.
Le temps passe et triste, j’admire
Ton pas léger, qui trouble, opère.
Aujourd’hui, ton charme m’attire.
Et je sens renaître cet art
Sublime. Ô chère, ton silence
M’apprend ! Et sais que nulle part,
Je n’oublie ta douce présence.
Un des plus beaux doux soupirs,
C’est d’écrire ton innocence.
J’avoue, ma belle, que ces désirs
Me hantent plus que l’aisance.
À toi ces mots, chère inconnue !
Même si je reste discret ;
Dans mon cœur vit ton reflet nu.
Vers les étoiles, ton secret.
🌹 Poèsie – Frôlés par l’amour 🌹
Contenu complet
Frôlés par l’amour
Tu es le premier que j’ai osé attirer,
En posant sur toi un regard enflammé,
Jamais auparavant je n’avais admiré,
Une autre âme en étant si déterminée.
Ton attention j’ai fini par obtenir,
Vers moi tu as commencé à venir,
Mon cœur avait envie de te retenir,
Mais, ma timidité m’a fait m’abstenir.
Nous avons fait doucement connaissance,
Pour la première fois de mon existence,
Je souhaitais découvrir tes fragrances,
Et le mot unir prenait tout son importance.
Mais, ce n’est pas moi que tu as choisie,
Vers elle tu as finalement tourné ta vie,
Pensant ton existence emplie de poésie,
Sur mon propre chemin j’ai donc poursuivi.
Nos parcours se sont inlassablement frôlés,
Comme s’ils devaient se rapprocher,
Cherchant perpétuellement à s’enrouler,
Pour l’un à l’autre tenter de s’accrocher.
Ton aventure à ses côtés,
Ne s’est finalement pas avérée,
Être l’idylle de toute beauté,
Dans laquelle elle t’avait attiré.
Vers moi tu es finalement revenu,
Ton être me cherchant ardemment,
Mais, mon cœur n’était pas parvenu,
À se remettre de cet évènement.
Alors que tu souhaitais corriger,
Ce mauvais choix du passé,
Mon âme était encore trop affligée,
Pour parvenir à le discerner.
Par peur de souffrir je n’ai pas su attraper,
Cette nouvelle chance d’être à tes côtés,
Comme une idiote j’ai laissé m’échapper,
La seule chance de réaliser cette éventualité.
Des croisements sont-ils encore accessibles,
Pour que nos chemins un jour s’entremêlent.
La crainte que désormais cela soit impossible,
Devient une vérité de plus en plus formelle.
Désormais, il n’est guère possible,
D’espérer pouvoir réaliser cette union,
Nos chemins semblent si inaccessibles,
Pour laisser une place à la communion.
Nos cœurs battront-ils un jour à l’unisson ?
Nous pardonner, est-il un espoir envolé ?
Ressentirons-nous un jour ce frisson ?
Ou, l’amour continuera-t-il à nous frôler ?
![]()
Ça a toujours été toi – Tropes et Pitch
Contenu complet
Bonjour à toi, cher lecteur. Aujourd’hui, j’ai décidé de partager avec toi les tropes (thématiques) de mon court roman Ça a toujours été toi, publié aux éditions Les 3 colonnes.
Comme tu peux le voir dans l’illustration du post, Ça a toujours été toi est une romantasy qui se tient dans un monde post-apocalyptique, à la suite d’une catastrophe radioactive sans précédent. À la suite de cette catastrophe, une nouvelle génération d’êtres humains née. Certains restent des êtres humaines “lambda”, dépourvus de pouvoirs magiques, tandis que d’autres développent des pouvoirs plus ou moins importants. Né alors un système de castes dans lequel la classe sociale est déterminée par les pouvoirs magiques. La famille royale originelle est composée de Maxinus, tous puissants qui se caractérisent physiquement par une chevelure rose. Leurs plus grands ministres et alliés sont les Magnos Alpha aux cheveux rouges, ou les Magnos Bêta. Moins la personne est pourvue de pouvoirs magiques, (Magnos Epsilon par exemple), plus son rang est bas dans la société. Jusqu’aux Paulins, aux cheveux bleus, les sans-pouvoir qui sont pour la plupart réduits en esclaves par les classes supérieures.
Dans Ça a toujours été toi, nous suivons les points de vue d’Aloysia, la princesse héritière du royaume d’Océinium et Maxinus, et de Zéphaniel, un jeune Paulin esclave d’une Duchesse. Leurs histoires vont se croiser pour ne plus jamais se dissocier et Aloysia, grande fervente de l’égalité pour tous, va militer aux côtés de Zéphaniel pour un gouvernement plus libre, sans système de castes. Leur amitié évoluera en amour interdit qui leur causera du tort, mais va également les rendre plus grands.
Tu aimes les romans courts YA (young adult – à partir de 12 ans) et les aventures mêlées de causes nobles et d’amour ?
Alors Ça a toujours été toi est fait pour toi !
Publié en décembre 2024 aux éditions Les 3 colonnes et désormais disponible sur commande en librairies et sur internet (FNAC, Cultura, Amazon…) !
Tu n’aimes pas la romantasy ? N’hésite pas à faire un tour sur ma page WATTPAD : May_Pik, j’y ai publié la plupart de mes écrits des 6 dernières années, il y a de la romantasy M/F ou F/F, de la fantasy, de la dystopie et de la romance sombre !
J’espère que ce petit post t’aura plu et donné envie de lire mes écrits !
À très bientôt !
Love,
May.
The Blue Daggers – Extraits et Dossier de Soumission en ME
Contenu complet
Bonjour à toi, cher lecteur. Si tu as lu mon précédent post sur The Blue Daggers, tu sais que j’ai écrit une dark romance que j’ai soumise en ME il y a environ trois semaines. Aujourd’hui, j’ai décidé de te partager quelques extraits exclusifs afin de mieux cerner mon œuvre, mais également de te donner envie de la lire, évidemment ! Je vous expliquerai aussi comment je soumets mes manuscrits en ME.
Extrait du chapitre 1 : TW mention de drogues dures et d’alcool
— Assieds-toi, reprend Alex en faisant de même, suivi d’Ashton puis de moi-même. Très bien. Comme je suis le plus loquace et le plus diplomatique de nous deux, je vais t’exposer les faits.
— Ma mère, qui a séjourné à Londres durant ses années de lycée et d’université, était amie avec feu Jason Moore. Elle a accumulé une dette de près de 500 000 livres envers lui et vous souhaitez désormais que je la rembourse, énoncé-je tel un discours préparé à l’avance.
— En résumé, oui, acquiesce le trentenaire. Cependant, c’est plus complexe que cela. Ta mère était en effet une très grande amie de Jason. Elle était jeune et influençable et il l’a vite embarquée dans nos affaires illicites. Néanmoins, ce qu’il n’a pas anticipé – ce que personne n’a anticipé – c’est qu’elle devienne rapidement accro à toutes sortes de drogues, dont l’alcool, l’héroïne et la cocaïne.
Extrait du chapitre 4 :
— Jolie jeune fille à vendre ? répété-je, prenant lentement mesure de ce qu’Ashton me déclare. Tu veux dire que vous baignez également dans le trafic d’êtres humains ? m’exclamé-je, ahurie.
— Hey, calmos minus. Nous, tout ce qu’on va faire, c’est voler des bijoux. Je ne compte pas te vendre à un vieux galeux !
Extrait du chapitre 8 : TW allusion à des actes de pédophilie
— Le requin, déclaré-je, de chaudes larmes coulant désormais le long de mes joues. C’est…c’était le copain de ma mère. De mes trois ans jusqu’à mes onze ans. (Je prends une grande inspiration dans l’espoir de me donner du courage.) Il…il m’a fait du mal.
Je prends plusieurs inspirations et expirations hachurées par mes pleurs et sert un peu plus fort les mains de mon hébergeur.
— Qu…quand j’étais enfant, il s’arrangeait souvent pour se trouver seul avec moi à l’heure du coucher.
Extrait du chapitre 11 :
— Ne dis plus jamais ça, murmure Ash en se saisissant de ma main libre pour la porter à ses lèvres. « It’s in the stars. It’s been written in the scars on our hearts. We’re not broken, just bent
And we can learn to love again ».
Extrait du chapitre 12 : TW violence
— Un mot, petite Miller, raille le molosse avant d’à nouveau armer son poing pour me frapper dans les côtes.
— Va te faire foutre, réussis-je à articuler malgré la douleur qui irradie mon corps tout entier.
Extrait du chapitre 16 :
— Je suis brisée, répété-je, empêchant Ash d’en dire plus. Tu as bien vu tout à l’heure, quand tu m’as aidé avec ma robe. Si je n’avais pas eu ce flash-back, on se serait embrassés non ?
— Azu’, susurre-t-il en attirant ma tête contre son cœur, même s’il avait fallu attendre des mois pour t’embrasser sans que tu n’aies peur j’aurais attendu.
Extrait du chapitre 21 : TW mention de sang et d’un personnage mourant
— Non ! pleuré-je en secouant l’homme qui a pris tant d’importance dans ma vie récemment. Non, reste avec nous ! Papa ! le supplié-je en me jetant sur son torse maculé de sang.
J’espère que ces quelques extraits t’auront éclairé sur la dynamique de ma dark romance !
Venons-en à la soumission de manuscrits en ME :
Tout d’abord, avant de soumettre un manuscrit en ME, assure-toi que ton manuscrit est le plus abouti possible. Cela passe par une relecture-réécriture, une bêta-lecture, une correction de l’orthographe, la grammaire, la syntaxe et j’en passe.
Puis, renseigne-toi sur la ligne éditoriale des ME, cela t’évitera d’être noyé sous des tonnes de refus. Par exemple, une ME qui ne publie que de la fantasy n’acceptera pas une romance historique.
Une fois que tu as trouvé la ou les ME susceptibles d’être intéressées par ton manuscrit, renseigne-toi sur la méthode d’envoi du manuscrit requise. Certaines ME n’étudient que les manuscrits reçus par voie postale, d’autres ceux reçus par mail, et d’autres, ceux reçus par un formulaire présent sur leur site internet. Fais bien attention à respecter ce mode d’envoi sous-peine que ton manuscrit ne soit pas étudié !
Maintenant, renseigne-toi bien sur le site de la ME afin de savoir avoir quoi accompagner ton manuscrit. Cela peut être un résumé sans spoilers, un synopsis complet avec spoilers, une lettre d’intention, une biographie et tant d’autres choses. Fais bien attention à envoyer tous les documents demandés sous peine que ton manuscrit ne soit pas étudié !
Enfin, viens le moment tant attendu, ton manuscrit est abouti, tu es certain qu’il respecte la ligne éditoriale de la ME visée, tu peux envoyer ton manuscrit et ses documents d’accompagnement !
Ceci est bien évidemment un guide court et résumé, n’hésitez pas à revenir vers moi pour de plus amples détails, je peux consacrer un post entier à la soumission de manuscrit en ME, voir, me concentrer sur une ME en particulier.
J’espère que ce post t’aura été utile et qu’il t’a donné envie de lire plus de The Blue Daggers.
À très bientôt !
Love,
May.
The Blue Daggers – Introduction et Prologue
Contenu complet
Bonjour ou bonsoir à toi qui liras ces quelques lignes !
Comme je l’expliquais dans mon précédent post, je suis auteure de fantasy et de romance principalement. J’ai récemment soumis le manuscrit d’une dark romance en ME (maison d’édition) et souhaite vous partager mon parcours d’écriture et quelques extraits.
La dark romance ou littéralement “romance sombre” est une romance qui traite de sujets sombres tels que les traumatismes infantiles ou la violence. Elle est donc destinée à un public averti et majeur ! Dans The Blue Daggers, il est donc question de surmonter ses traumatismes, mais également de viol(ence). J’indiquerai les TW (trigger warning) au début de chaque extrait qui en comportera.
Je vais également vous proposer une playlist de chansons à écouter pour vous mettre dans l’ambiance du roman.
Sans plus attendre, voici la playlist liée à The Blue Daggers (disponible sur Spotify :
Dying On The Inside – Nessa Barrett
Good Girl – Isabel LaRosa
Let The World Burn – Chris Grey
Play With Fire – Sam Tinnesz, Yacht Money
Don’t Blame Me – Taylor Swift
Love Me – Ex Habit
WONDERLAND – Neoni
Cinderella’s Dead – EMELINE
Gasoline – Halsey
RUNRUNRUN – Dutch Melrose
Call Out My Name – The Weeknd
Him & I – G-Easy, Halsey
Labour – Paris Paloma
What It Means To Be A Girl – EMELINE
Trouble – Camylio
TW pour le prologue : mention de drogues dures.
Bonne lecture !
Dédicace : À toutes les gentilles filles à qui on a volé leur innocence…
Prologue
« Welcome to London ! »
20 H 41. Mon taxi s’arrête enfin en face de mon immeuble. Mon appartement. Mon nouveau chez-moi. Seule. Le chauffeur m’aide aimablement à décharger mes deux immenses valises avant de me laisser seule sur le trottoir désert. Là, je prends une grande inspiration et souffle un grand coup avant d’entamer l’ascension des deux étages me séparant de ma future demeure – un petit studio meublé avec toilettes et salle d’eau sur le palier, mais cela sera toujours mieux que de vivre avec ma mère – où j’espère pouvoir m’octroyer une nuit de sommeil profond bien mérité.
Je dois m’arrêter sur le palier du premier étage, à bout de souffle et dégoulinante de sueur. Alors que je prends mon courage à deux mains pour tenter de hisser mes deux bagages à l’étage supérieur, des bruits de pas provenant du second étage me mettent en état d’alerte maximale.
Relax, Azu’, ce ne sont que tes voisins.
Je reprends alors mon dur labeur et après quelques longues minutes qui me paraissent des heures, je me retrouve devant l’appartement numéro 6, une angoisse inexplicable me tiraillant l’estomac.
Certainement l’angoisse naturelle de se retrouver face à l’inconnu…
Après une énième inspiration profonde, je sors la petite clé récupérée à l’agence immobilière plus tôt de ma poche et l’enfonce dans la serrure qui émet un léger cliquettement.
Et, c’est à cet instant que l’Enfer décide de s’abattre sur moi. Je n’ai pas besoin d’allumer la lumière pour constater la présence d’un homme dans ma pièce à vivre. Mon instinct me crie de m’enfuir au plus loin, cependant quelque chose chez cet inconnu me paraît presque familier. Je décide alors d’allumer la lumière pour prendre connaissance de ses traits.
— Bonsoir Azurine, souffle la voix rauque du jeune homme que je peux désormais détailler sans aucune retenue.
— Bonsoir … ? tenté-je, marchant sur des œufs.
— Ashton, se présente le jeune homme au physique imposant, m’adressant un sourire carnassier. Ashton Moore. Tu peux m’appeler Ash. Mais, me voilà malpoli, ajoute-t-il en se levant, m’imposant sa taille vertigineuse et sa carrure athlétique. Bienvenue à Londres, darling !
— Est-ce que je suis censée vous connaître ? osé-je demander face à tant d’enthousiasme.
— Ça, c’est à moi de le savoir et à toi de le découvrir, sourit-il énigmatique.
— Bien, que faites-vous chez moi ?
— Azurine, nous deux, nous ne sommes pas si différents. Nos enfances ont toutes les deux été chaotiques et nous avons tous les deux dû y faire face avec beaucoup de courage. Cependant, ce qui nous différencie, c’est notre entourage. Malsain pour ta part. Une vraie famille pour la mienne. (Il marque une pause, son sourire en coin creusant une fossette atrocement séduisante sur sa joue.) Et, vois-tu, ta mère a amoncelé des dettes envers mon père à l’époque à laquelle elle vivait à Londres. Dettes que tu vas désormais rembourser.
— Il doit y avoir erreur, ma mère n’est pas une sainte, mais elle n’a de dette envers personne, me défendis-je.
— Toutes les preuves sont dans le dossier que j’ai posé sur ta table basse, reprend Ashton toujours aussi posément. Prends en connaissance et je te recontacterai d’ici à quelques jours, ajoute-t-il en se rapprochant dangereusement de moi, toujours plantée dans l’entrée du studio. Ce n’est pas la peine pour toi de chercher du travail, tu travailleras pour nous, reprend-il en replaçant une mèche blonde derrière mon oreille.
— Nous ? l’interrogé-je, interloquée.
— Bonne soirée, darling, conclut le jeune homme avant de quitter mon appartement sans un dernier regard en arrière.
Je me laisse alors tomber sur le canapé convertible qui occupe la majorité de la pièce et prends doucement mesure de l’ampleur des quelques minutes précédentes. Alors, comme si mes membres ne m’appartenaient plus, je me saisis du dossier posé sur la petite table basse écaillée et parcours minutieusement chaque mot, chaque image, chaque preuve impliquant ma mère – alors âgée de 16 ans – dans des affaires de drogues dures.
Impossible pour moi de rester assise là à ne rien faire. Je me mets alors à ranger mes affaires dans le peu de rangements que possède mon studio et entame ensuite un ménage approfondi, comme pour effacer toute trace de la venue de cet Ashton Moore. Comme si je pouvais me réveiller demain et avoir rêvé cet échange ubuesque.
Finalement, alors que l’horloge murale affiche les 03 H 00 du matin, je finis par sombrer dans le sommeil, assommée par la fatigue physique et émotionnelle.
N’hésite pas à laisser un commentaire pour me donner un avis constructif sur ce prologue. Passe une bonne fin de journée.
Love,
May.