Le jardin invisible
Le village d’Aubépine vivait dans la peur depuis la découverte de Marguerite, la boulangère, retrouvée morte devant sa maison avec une fleur bleue posée sur elle. Trois autres victimes furent découvertes ensuite, toujours sans blessure, toujours accompagnées d’une fleur différente.
L’enquêteur Élias arriva au village pour résoudre cette étrange affaire. Aucun témoin, aucune arme, aucune trace du coupable.
Une vieille femme l’observa depuis le bord de la route. « Vous cherchez un assassin… mais les fleurs ne tuent personne. Elles annoncent seulement ceux qui vont disparaître. »
Les indices conduisirent Élias jusqu’à une forêt oubliée. Une courte pluie tomba sur les arbres tandis que la brume avançait entre les troncs. Le froid semblait venir de la forêt elle-même.
Au bout du chemin se trouvait un vieux manoir abandonné. Élias entra dans les couloirs poussiéreux à la recherche de réponses.
Dans une salle à manger, il découvrit une bouteille de vin encore pleine au centre d’une table préparée pour cinq personnes, alors que seules quatre victimes étaient connues.
Une porte claqua au fond du couloir.
Une silhouette de femme apparut quelques secondes avant de disparaître dans l’obscurité.
Élias poursuivit son enquête jusqu’à la bibliothèque.
Un homme était couché au sol, mort depuis peu, avec une fleur dorée entre les mains. Une fine neige tomba soudain dans la pièce fermée.
À côté du corps, une enveloppe attendait.
« Les fleurs blanches gardent les souvenirs. La fleur bleue rappelle le passé, la fleur jaune protège les promesses, la fleur rouge marque les serments brisés, et la fleur d’or choisit celui qui fermera le jardin. Ne cherche pas le meurtrier. Cherche celui qui écrit les poèmes. »
Élias releva les yeux.
La fleur d’or avait disparu. À sa place, quelques pétales reposaient sur le sol.
La nuit recouvrit le manoir. Les ombres semblaient bouger derrière les fenêtres brisées.
Élias quitta les lieux avant l’aube.
Les recherches durèrent plusieurs mois. Aucune preuve. Aucun suspect. Aucun coupable.
Puis une cinquième victime fut retrouvée près d’un lac, tenant une fleur bleue dans sa main.
À côté d’elle, un poème était écrit :
Une fleur bleue, comme mes yeux amoureux.
[FLEURES_BLANCHES_on]Une fleur blanche, comme ta robe ce Dimanche.[FLEURES_BLANCHES_off]
Une fleur jaune, comme mon cœur qui rayonne.
[FLEURES_ROUGES_on]Une fleur rouge, si un jour tu m’épouses.[FLEURES_ROUGES_off]
[FLEURES_OR_on]Une fleur en or, parce que je t’aime encore.[FLEURES_OR_off]
L’auteur resta inconnu. L’affaire fut classée sans jamais être résolue.
Chaque printemps, une nouvelle fleur apparaissait quelque part dans la région. Et un nouveau poème suivait.
Le jardin invisible continuait de fleurir dans le silence.





