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Dystopies, Science-fiction

📚Avis lecture – Malevil📚

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💗 Une jolie pépite 💗

Science fiction post-apocalyptique publié au début des années 70, chef-d’œuvre de la littérature française qui réunit toutes les notions du genre.

J’avais découvert ce livre dans le cadre de ma scolarité au lycée, il y a environ 25 ans. D’ailleurs, merci à ma prof de français de seconde sans qui je n’aurais sûrement jamais lu cette merveille. Adolescente, je l’avais beaucoup apprécié. Aujourd’hui, l’envie de le redécouvrir en tant qu’adulte m’a poussée à le relire et je l’ai autant aimé, si pas plus qu’à l’époque.

J’ai été ravie de retrouver Emmanuel et ses amis d’enfance (petit faible pour Peyssou d’ailleurs 😉 que j’ai encore malgré les années). Le début du livre nous remonte dans l’enfance d’Emmanuel et c’est important, car sans cela, nous ne pourrions comprendre ce qui a forgé ce personnage exceptionnel auquel je me suis énormément attachée encore une fois, mais aussi les lien qui les unissent. Emmanuel est un homme charismatique, un brin manipulateur, mais très inspirant également. D’ailleurs, tous les personnages que l’on rencontre, quels qu’ils soient, sont profonds et superbement bien construits. Vous vous attacherez à tous les Malevilliens et même d’autres, mais je n’en dirai pas plus, car je ne voudrais pas trop en dévoiler 😉  .

Robert Merle fait bien plus que nous plonger dans l’histoire de cette petite bande de survivants qui tente de s’organiser et de survivre dans une campagne ravagée après le cataclysme qui a détruit le monde (enfin, on l’imagine. Car pour le reste du monde nous n’en saurons pas plus). L’auteur dissèque les rapports humains, ouvre de nombreuses questions sur la condition humaine, la sécurité, la spiritualité, l’organisation sociale des survivants… mais aussi sur la condition de la femme.

Une jolie pépite qui vous tiendra en haleine jusqu’au bout afin de connaître ce qu’il adviendra de chacun des personnages, qu’on les aime ou non, d’ailleurs. Car, ce qui est aussi remarquable, c’est que l’on veut savoir ce qu’il adviendra de chacun d’eux, même des plus antipathiques.

Bref, une pépite à lire absolument !

*****

Résumé :

Une guerre atomique dévaste la planète, et dans la France détruite un groupe de survivants s’organise en communauté sédentaire derrière les remparts d’une forteresse. Le groupe arrivera-t-il à surmonter les dangers qui naissent chaque jour de sa situation, de l’indiscipline de ses membres, de leurs différences idéologiques, et surtout des bandes armées qui convoitent leurs réserves et leur nid crénelé ?

*****

📚Avis lecture – Marquer les ombres, Tome 1📚

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❤ Pépite coup de cœur ❤

Ce tome 1 est un vrai coup de cœur que j’ai dévoré. Les chapitres s’enchaînent en lien soit avec Cyra soit avec Akos. Deux personnages que tout oppose, puisque Akos fait partie d’une des familles aisées de Thuvé, les Kereseth, tandis que Cyra est la sœur du dirigeant de leurs ennemis les Shotet, Ryzek Noavek.

Les Shotet et les Thuvétistes sont deux peuples qui occupent la même planète dirigée par Thuvé. Ces derniers sont décrits comme une nation de pacifistes tandis que les Shotet comme des guerriers sauvages. Ce sont surtout deux peuples dont les coutumes et les rites les opposent en tout point.

Je me suis très rapidement attachée à Akos et Cyra, même s’ils sont aux antipodes l’un de l’autre au début et que rien ne permettait de voir leur chemin se croiser jusqu’à ce qu’Akos soit amené au manoir des Noavek.

Ryzek est l’un des personnages que j’ai adoré détester, tout comme Vas. Il y en a également plein d’autres que j’ai beaucoup aimé : Aoseh, Teka, Cisi, Jorek, Ori… Quant à Sifa, je ne sais pas encore si je dois l’aimer ou la détester. Elle est à la fois fascinante et mystérieuse, mais surtout difficile à cerner.

Je n’en dévoilerai pas trop pour ne pas risquer le spoil, mais l’évolution des personnages et de leurs relations est un point que j’ai vraiment adoré dans cette histoire. Sans compter les secrets qui semblent présents dans les deux camps.

Cyra est une héroïne comme je les aime. Considérée comme dangereuse et menaçante (ce qu’elle est), sa personnalité est bien plus complexe et attachante que le donne les apparences. Quant à Akos, il est doux et chaleureux, mais se révèle bien plus sombre que Cyra par moment. Je me suis énormément attachée à ces deux personnages dès le début, ce qui m’a fait d’autant plus aimer leur évolution au fil du temps.

En conclusion, une pépite coup de cœur pour moi dont la fin me donne envie de dévorer le Tome 2 avec impatience.

*****

Résumé :

Dans une galaxie dominée par une fédération de neuf planètes, certains être possèdent un “don”, un pouvoir unique. Akos, de la pacifique nation de Thuvé, et Cyra, sœur du tyran qui gouverne les Shotet, sont de ceux-là. Mais leurs dons les rendent, eux plus que tout autre, à la fois puissants et vulnérables.
Tout dans leurs origines les oppose. Les obstacles entre leur peuples, entre leurs familles, sont dangereux et insurmontables. Pourtant, pour survivre, ils doivent s’aider – ou décider de se détruire.

*****

Erreur 1073 – Tropes et Présentation

Cher lecteur, aujourd’hui, j’ai décidé de te parler de ma dystopie YA disponible sur mon Wattpad : May_Pik, j’ai nommé : Erreur 1073.

Erreur 1073 est une dystopie avec pour thématiques principales, la quête de bonheur et de liberté et la lutte contre le système de castes.

Dans ce roman, les êtres humains sont divisés en castes selon leurs habilités définies à la naissance. Par exemple, une personne née avec un bon taux de fertilité et une bonne empathie sera un reproducteur. Nous allons alors suivre la jeune Valentine, unique reproductrice de son école depuis toujours. Elle est donc solitaire et renfermée, mais va pour la première fois de sa vie susciter l’intérêt d’un de ses camarades de classe, Marcus, un bureaucrate. Ils vont tous les deux découvrir qu’ils sont des anomalies souvent éliminées par le gouvernement et quittent leur Cassis natale pour se lancer à la recherche des Data Center détenant la mémoire de l’humanité. Valentine et Marcus vont alors faire de nombreuses découvertes concernant les anomalies jusqu’à arriver aux abords de Paris où se situent les Data Center. Cependant, tout ne se passe pas comme prévu et ce qui rimait avec belles rencontres va alors rimer avec Enfer sur Terre.

Je ne t’en dis pas plus afin de ne pas te spoiler. Si tu as envie de lire Erreur 1073, rendez-vous sur mon Wattpad : May_Pik !

À très bientôt !

Love, 

May.

 

Présentation nuit blanche

 

Nuit blanche eBook : Wernert, Blaise: Amazon.fr: Boutique Kindle

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Disponible sur Amazon

Et si l’horreur se cachait derrière le quotidien ?

Quinze nouvelles. Quinze descentes dans les recoins sombres de l’âme humaine.

 

Corps brisés, esprits tourmentés, pulsions refoulées… Chaque histoire de Nuit Blanche vous entraîne dans une atmosphère glaçante où la réalité vacille.

 

Avec une plume crue, dérangeante et maîtrisée, Wernert Blaise sonde la monstruosité banale, celle qui pourrait frapper à votre porte, ce soir.

 

Ce n’est pas le surnaturel qui vous fera peur. C’est vous-même.

Nuit Blanche

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www.fnac.com
Bonjour j’ai l’honneur et le plaisir de vous présenter mon recueil de nouvelles : Nuit blanche paru chez Forbidden éditions.  En espérant que vous aurez envie de le lire !  Wernert Blaise 

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Monsters – Tome 1 L’Eveil de l’Hybride

Partie 1 : Est-ce un ange ?

 

Hôpital Saint Camille, Bry-sur-Marne, Paris, seize heures treize…

On entendait dans les couloirs des urgences, des cris anarchiques et étranglés d’une patiente, Noémie Ruggieri, vingt-deux ans, fraîchement amenée aux urgences à la suite d’un accident de la circulation ; État critique, dont une commotion cérébrale, de nombreuses fractures et contusions, moelle épinière gravement atteinte.

Elle fut prise en charge immédiatement, car elle avait perdu beaucoup de sang et des organes sensibles avaient été touchés.

Après 4 heures d’intervention, les médecins réussirent néanmoins à la stabiliser. Son état restait critique, mais si elle passait la nuit, alors ses chances de survie en serait multipliées.

Elle fut alors amenée en chambre, et l’ordre avait été donné qu’elle soit sous surveillance constante.

Son père, Thomas Ruggieri, un homme brun à la stature d’un colosse qui avait été appelé rapidement, et avait attendu tout ce temps était désormais à son chevet. Ce grand gaillard d’une quarantaine d’années semblait pourtant si fragile auprès de sa fille. Il lui serrait la main, lui parlait d’une voix tremblante, mais qui se voulait rassurante.

À vingt et une heures, la jeune infirmière d’origine asiatique, qui avait déjà fait moult allers-retours pour les soins de la jeune victime, était venue très gentiment lui indiquer que les visites se terminaient, et avec bienveillance, l’invita à aller se reposer et à revenir le lendemain.

Sa fille avait cessé de convulser, de crier, de pleurer… Et elle s’endormait, donc il préféra écouter les conseils de l’infirmière.

Il s’en alla, après avoir déposé un baiser tendre sur le front de sa « petite » et avoir adressé un sourire poli à la charmante nurse qui le lui rendit.

Presque minuit. Une voix douce et pénétrante sembla posséder l’entièreté de la chambre de la jeune convalescente.

Assise sur le bord du lit, la jeune infirmière aux jolis yeux en amande semblait s’adresser à elle.

« Encore des soins », pensait Noémie, dont les douleurs l’empêchaient de trouver le sommeil.

La morphine lui donnait la sensation d’être dans du coton, son corps était lourd et les possibilités de se mouvoir étaient plus que limitées.

Ses yeux injectés de sang la brûlaient et amenuisaient sa vision, posant un voile sombre partout où son regard se posait comme si elle était au fond d’un tunnel sombre. Le bourdonnement persistant dans ses oreilles lui procurait une sensation de vertige et une migraine continue. Les mots qu’elle peinait à entendre résonnaient dans sa tête. Tout était confus et sourd, ce qui la mettait dans un état de désorientation constant.

Elle sentit pourtant ses sensations changer soudainement…

Le tunnel sombre sembla s’auréoler de lumière, et même si le visage de l’infirmière restait relativement flou, les expressions de son visage reflétaient une bienveillance qui réconforta un peu Noémie.

Il en fut de même pour son ouïe. La sensation de migraine disparut, et les bourdonnements laissèrent place à un écho qui semblait presque irréel.

« Je dois rêver », songea alors la jeune femme alitée.

L’infirmière lui parlait d’une voix rassurante même si elle semblait à la fois lointaine et proche. Les mots eux, ne correspondaient pas vraiment au son réconfortant qu’elle entendait, pas toujours :

« Tout va bien se passer Noémie. Je suis ici pour prendre soin de toi. Tu vas enfin être délivrée. Je vais t’aider à quitter ce monde de douleur et te révéler enfin. »

La jeune Noémie, peinant à ouvrir ses paupières gonflées par le choc terrible de l’accident, se sentit soudain, en plus d’être complètement abasourdie par la morphine déjà administrée, désorientée par ce qu’elle entendait, ne sachant pas comment interpréter ces murmures. Était–elle sous l’influence des médicaments ? Cette voix était-elle réelle ?… Était-ce un ange ?

Elle redressa la tête autant qu’elle put, et distingua une silhouette à ses côtés. Dans la pénombre, se tenait une jeune femme aux longs cheveux noirs qui encadraient un visage lisse. En plissant ses yeux endoloris, elle croisa son regard étincelant. Qu’elle était cette expression ? Un mélange étonnant de douceur, et de détermination ? Tout semblait irréel dans la posture de cet être, et Noémie ne savait pas si elle pouvait, à ce moment précis, se fier à ses sens.

Elle n’était pas particulièrement croyante ou superstitieuse et, même si les vieilles histoires de ses parents ou autres récits modernes des youtubeurs sur le paranormal la faisaient souvent sourire, à ce moment précis, elle fut persuadée qu’un être mystique lui parlait. La seule chose qu’elle eut du mal à cerner était si elle comprenait bien le sens des mots qu’elle entendait : « Délivrée…. Quitter ce monde de douleur… Se révéler ». Les mots, prononcés lentement, lui auraient collé des frissons si les drogues ne faisaient pas autant effet, tant elle en percevait le double sens.

Lui voulait-elle du bien ? Ou allait-elle l’achever ici et maintenant ?

 « Qui êtes-vous ? Demanda-t-elle fébrilement, la voix tremblante.

  • Tout va bien, répondit chaleureusement la voix à ses côtés. Je suis ici pour toi Noémie ».

Pourtant, un sentiment trouble se déversa dans la tête de la jeune patiente. Un sentiment de réconfort dans la voix de l’ange à ses côtés, mais aussi un très, mauvais pressentiment l’envahirent. Comme si elle savait que quelque chose d’horrible allait lui arriver. Elle commença à se sentir piégée et, malgré tout ce flux négatif, un étrange soulagement coula dans ses veines, lui procurant une chaleur remontant de son ventre à sa poitrine.

« Vais-je mourir ?… Osa-t-elle alors. Vous allez me tuer n’est-ce-pas ? ».

Des larmes s’échappèrent des yeux enflés de Noémie sans que celle-ci ne puisse les contrôler.

C’est la deuxième fois aujourd’hui qu’elle se sentait aussi perturbée. Une coïncidence frappante ou l’ironie du sort pensa-t-elle.

Elle n’osa pas appeler à l’aide. À quoi bon ? De plus, la sonnette d’appel lui semblait si loin. Elle sentait la fin arriver. Elle ignorait juste quand et comment. Elle avait l’impression que son instinct lui ordonnait de fuir, mais que sa raison lui demandait de rester. Dans tous les cas, son corps n’y pouvait rien.

Sa confusion ne cessait de croître. Que faire ? Rien… Rien ne lui était possible dans son état.

L’ange sourit tendrement, mais ne trahit aucunement sa détermination à lui prendre la vie, elle, si meurtrie, mais semblant enfin se résigner à ce qui l’attendait.

« Avant de partir, je voudrais juste connaître votre nom », pleura doucement la condamnée.

Dans un dernier geste de tendresse, la soignante laissa glisser une caresse sur la joue de Noémie, affichant pour la dernière fois au regard de la jeune femme un sourire empreint de douceur. Elle se pencha doucement au-dessus de Noémie. Une étrange fumée bleuâtre s’échappa de ses lèvres entrouvertes et envahit la bouche de la jeune femme allongée. Le doux poison pénétra dans chaque cellule de son corps.

« Anako… Mon nom est Anako… », sourit la nurse, accompagnant Noémie à son dernier souffle.

Le regard de Noémie se voila puis elle perdit connaissance avant que la mort ne l’emporte inexorablement.

L’ange de la mort quitta lentement la pièce pendant que le moniteur lançait désormais l’alerte du décès de la jeune femme.

Une larme discrète s’écoula de son visage malgré la satisfaction du travail accompli.

D’autres soignants, n’ayant pas remarqué la présence de l’infirmière aux abords de la chambre, s’affairèrent au plus vite auprès de la patiente amenée plus tôt dans la soirée.

Ils tentèrent en vain de la réanimer. Une heure du matin, l’heure fatidique du décès fut annoncée par le médecin dans une résignation, mais aussi une incompréhension relative. Qu’avait-il bien pu se passer pour qu’elle décline si soudainement ? Visiblement, son état était loin d’être si stable que les examens l’avaient laissé présager.

Une voix vint soudainement ramener Anako à la réalité…

– « ANAKO !!! La chambre 203 a besoin de son traitement !!! Je peux te laisser t’en occuper ? » demanda alors Vanessa, une collègue de son service.

– Bien sûr, répondit Anako affichant un sourire courtois à sa collègue. Je m’en occupe tout de suite.

La jeune infirmière reprit son travail, comme si rien d’autre ne s’était passé. La sombre tâche qu’elle venait d’accomplir semblait déjà loin derrière elle.

Elle alla prendre le chariot à médicaments pour se diriger vers la chambre 203, lorsque le brancard portant le corps couvert de Noémie Ruggieri passa devant elle.

Anako suivit le trajet mortuaire de la jeune décédée, stoïque, puis reprit son activité, comme si tout ce qui était arrivé n’était qu’un entracte dans une pièce de théâtre morbide.

Mal de casque.

Mal de casque.

 

— Et mon cheval ?

Je voyais bien que le boucher s’en foutait. Il recousait, lentement, en faisant bien attention à ne pas piquer les doigts de l’infirmière qui nettoyait et graissait l’aiguille à chaque point. Elle n’avait pas de gants la pauvrette, mais sa main ne tremblait pas. C’est elle qui m’a répondu.

— Le brancardier a pris votre carabine, c’est un paysan de par chez moi…

Le boucher l’a coupée, de sa voix monocorde déjà tristement célèbre. Il a arrêté son geste.

— Silence, mademoiselle, je suis à un millimètre de la fémorale, taisez-vous, pour une fois que le blessé ne hurle pas. Reprenons.

Un paysan brancardier. Il a achevé mon Sidney proprement, adieu mon joli cob australien. C’est bien, il n’a plus mal, pas comme moi, sang d’là ! J’espère que le Boche qui nous a mitraillés crèvera dans son abri, tout seul avec sa Hotchkiss. Et le ventre ouvert, salopard ! Le boucher aura bientôt terminé, il aura un peu de mon sang sur sa blouse, pour foutre la trouille au prochain blessé avant de le faire hurler.

— Terminé. Terminé. Mademoiselle, allez nous chercher des cigarettes, je dois parler au caporal, vous nettoierez pendant ce temps-là. Et faites attendre.

Il me tourne le dos, s’affaire à un lavabo, retourne ses gants pis les jette. L’infirmière revient, elle nous allume les cigarettes et nous les fourre au bec. Elle est fichtrement jolie maintenant que la lumière électrique la claire en plein. Le boucher s’assoit sur un tabouret, face à moi, je me redresse sur les coudes. Ça tire, de Dieu d’là !

— D’où êtes-vous, caporal ?

— Aillevillers, en Haute-Saône, mais tout près de Plombières par les bois.

— Je vois. Une vallée reculée au pied des Vosges, quelques fermes isolées et des mariages entre cousins ? Mademoiselle, utilisez ce produit anglais, là, la bouteille jaune, liqueur de lord Dakin, vous voyez ? Faites une irrigation de la plaie avec ça avant de panser.

Elle répond docilement, sa voix prend déjà l’causer monocorde du boucher.

— Bien docteur. Irrigation de la plaie.

— Caporal, alors ces cousines ? Savez-vous si certaines ont la même chose que vous ? Sur les jambes ? Sur les cuisses ? Ne rougissez pas, nom de dieu ! Vous avez déjà vu leurs jambes, non ?

J’avais même vu plus que ça de certaines, à la Semouse, et dans l’étang près des forges, au frais creux de l’été, et pis à la Chaudeau, sous le pont, avec la Parisienne de chez Lanker qui avait peur de la bête dans la rivière…

— La peau de serpent ? Non, docteur.

— Il n’y a que vous ?

— Il y a mon oncle, oui, il en a sur les reins, le bas du dos. Quand ça le gratte il y met du saindoux, pis du miel, j’crois bien.

— Intéressant. Et aucune fille ou femme n’en a ?

J’ai pas répondu. Il aura qu’à demander au docteur Bolmont, il les voit lui les femmes d’Aillevillers. « Toutes et à tout âge ! », comme il se vante au bistrot. L’infirmière, pas de sa faute, me fait un mal de chien, cré nom, ça doit se voir, vu comment le boucher me regarde. Il refait son compte d’ampoules de morphine avec les paysans durs au mal.

— Vous êtes caporal, donc vous savez lire. Je vais bientôt vous écrire, pour cette histoire de peau, ça m’intéresse. Vous irez voir les gens là-bas, et vous leur poserez mes questions.

— Moi ?

— Oui. C’est votre deuxième blessure. Vous rentrez à la maison.

— Oye ouah ! Pas de ça docteur, j’aurai bougrement honte de rentrer avec juste une balle dans la cuisse, nenni ma foi ! Pas d’os, pas d’artères, bon dieu, je reste ici à me battre !

Le boucher m’a regardé droit dans les yeux, j’étais grandement furieux, la fumée de la cigarette me revenait dans l’œil, en me piquant encore plus l’envie de me relever. Il avait déjà cédé, je le voyais bien. L’infirmière avait fini, il me restait à trouver un cheval pour reprendre ma sacoche d’estafette.

— Bougre d’âne ! Comme vous voulez. Si le capitaine vous garde, ça le concerne. Je vous écrirai quand même mes questions. Voyez avec le sergent à la sortie, pour avoir un pantalon neuf.

 

* * *

 

Patrouille de nuit, pas tout à fait dans le no man’s land comme disent les Angliches. On a passé les ruines, les fils à ronces, mais là-bas c’est les gouillats et la rivière, et puis le pont, ou c’qu’il en reste, tenu par les Boches depuis ce matin. Ils ont foncé sur le derrière des « Sammies » et avec une grosse canonnade, les ont coupés de la ligne et rabattus vers les champs en haut de Fismette. C’était facile avec ces pauvres Américains qui veulent oublier leur guerre. Y a des blessés chez les gars de Pennsylvanie, de c’qu’on sait, mais il doivent passer par le pont pour rejoindre les ambulances avancées. On va aller voir si on peut chasser les Boches, cette nuit. Le lieutenant a combiné avec les artilleurs. Il a souvent les chocottes, mais c’te nuit il est avec nous. Il s’agit de ramper, et faut reconnaître que c’est un vrai serpent, il me suit sans plus de bruit qu’un orvet. On s’approche, on est dans la vue des sentinelles ennemies.

C’est le moment pour les prises de guerre de se rappeler à mes bons souvenirs.

Hier on a trouvé une cave sous une ferme en ruine, et des bocaux de haricots blancs, ceux que je préfère, les lingots du nord. Mais voilà, faut que les musiciens répètent, comme dit Thiébaud. De c’coup là, j’suis une vraie mitrailleuse, rien à faire. À chaque rafale, le lieutenant en rajoute une, et souffle :

« Taisez-vous, mais taisez-vous, Baudouin ! »

Je sens que Poinsard va éclater de rire. Heureusement, on arrive à « la carriole », un truc en béton qui vient sûrement du pont, quand le génie l’a fait exploser en 14. Le lieutenant regarde par-dessus ce parapet bien placé, je ne sais pas s’il voit bien les Boches, mais il a l’air d’avoir une idée.

— Qui nage bien ? Vous, Baudouin ?

— Oui, mon lieutenant, et je ferai moins de bruit qu’en rampant, pas vrai ?

— Traversez, il faut savoir comment ils sont embusqués de l’autre côté. Et vous, Poinsard, arrêtez de rigoler et montez par les ruines, avec deux autres, ralliez les Amerloques et prévenez-les : À minuit pile, le sixième enverra trois ou quatre obus dans l’eau, à l’ouest du pont. Ce sera le moment. On prendra le pont avec les « Sammies ». Baudouin, avez-vous une montre ?

— Oui, je la mets dans ma toile cirée, avec mon pistolet.

— Bien, allez ! En chemise et grouillez-vous. Poinsard ?

— On y va, lieutenant, on y va !

La Vesle était froide, mais pas autant que la lune en hiver. J’ai remonté un peu le courant, histoire de me camoufler dans les remous du moulin. Je n’ai rien senti venir, mais d’un coup, elle était là, sinueuse et caressante, chuchotant dans mon oreille.

— Tu as menti au docteur, paysan, cela va te coûter une vache.

Je n’ai même pas sursauté. Elle s’enroulait autour de moi, plus fluide que l’eau, plus câline que l’été et plus douce que la blaude en soie de Besançon de ma mère…

— Une vache ? Une bique, une géline, oui, même pas, un niaud ! Peute écailleuse, tu serais vite en cage s’il te voyait. Qu’est-ce que tu veux, la Vouivre ? On m’attend.

Elle m’entraînait vers le fond, je distinguais par instant son corps ondoyant, ses courbes lascives, dans la lumière rouge venue de son front. L’eau était chaude, ses ailes incandescentes m’effleuraient, ses cuisses embrasées m’enserraient… elle voulait encore et toujours la même chose, elle savait comment l’avoir, comment me posséder.

— On m’attend, la Vouivre. Rends-moi mes habits et reviens demain…

— Quand tu seras mort ?

Elle me fixe de ses beaux yeux de perle, son escarboucle bat doucement, à la façon d’un cœur rouge, et sa bouche cherche la mienne…

— On m’attend, rends-moi…

— Oui, je t’attends, viens…

 

* * *

 

— Tu vois. Sans moi tu serais mort, regarde bien !

Les Boches sont là, vingt soldats tout en noir, serrés en bloc, avec leurs casques recouverts de toile, la tête de mort, les lettres KPz… les soldats d’élite du KronPrinz. Et avec eux, six hommes en longs manteaux plus clairs, dispersés alentours, portant une lance au bout enflammé et une grande bouille dans le dos, comme pour le lait. Mais j’avais vu ça sur des dessins interdits venus en douce de Vauquois, c’est du feu grégeois, un lanceur de flammes mortelles.

Ma compagne serpentine me remet la tête sous son aile, et nous glissons vers la Vesle, invisibles dans les joncs et le coassement lancinant des grébeusses. Elle m’a tout enlevé, ma chemise, mon ceinturon, ma montre et mon pistolet. Je sens l’eau atteindre mes jambes.

— Arrête voir, arrête voir ! Mes copains, Poinsard, Thiébaud et les autres ! Rends-moi mes habits ! Il est tard si faut ! J’ai meilleur temps de mourir ! C’est la minuit, la Vouivre, dis-moi ? Tu sais le temps des hommes ! Dis-moi ?

— Oui, c’est la minuit, mon dernier né, tu veux mourir et me laisser seule ?

— Non, je veux… je sais pas, des hommes vont mourir par ma faute, d’où je suis qu’un beuillot sous tes caresses.

Un coup de départ nous arrive, les obus montent. Un tir plongeant. Compte à trois et ils seront là, sur nous !

— Trop tard, laisse-moi maintenant, je dois les sauver, je sais pas comment !

Je vais me jeter sur eux comme le tavin sur le taureau, leur prendre une arme pour piquer au mieux. Je cours vers le pont en breuillant, le premier obus arrive, il fait un long feu dans l’eau. Tout soudain un droit-vent me plaque au sol, et ça passe au-dessus de moi. Une flamme terrible, avec le bruit d’un gros foyard qui s’abat ! Le pont explose, les obus du sixième tonnent en chapelet. Je m’envole et je me sens projeté dans l’eau, dans la Vesle. Tout au fond. Ça me fait mal dans la poitrine comme la beugne d’un sabot…

 

* * *

 

— Bon dieu, qu’est-ce tu fous à poil ? Habille-toi, c’est pas fini !

La voix est lointaine, mais familière, l’accent de chez nous…

— Thiébaud ?

La voix se rapproche.

— Non, chaud busard, c’est Clémenceau ! Les Boches se sont fait sauter, on sait pas quoi ! Ils sont retranchés autour du moulin d’aval. Le lieutenant m’a envoyé t’chercher pasqu’il t’a vu tomber à la flotte.

— Oui, je…

— Allez, tout ton barda est là, rejoins-nous fissa, paysan !

Et il s’enfonce dans la nuit. La bataille crépite de l’autre côté du pont. Le feu n’est pas éteint. Je retrouve mon ceinturon, mon pistolet, mes croquenots, il me faut du temps, mes oreilles sifflent et j’ai les doigts naisis. J’coiffe enfin ma bourguignotte en grimpant sur les débris du pont. Deux « Sammies » sont là, planqués derrière des tas de pierres. Ils me regardent en rigolant, ils ont l’air fin avec leurs casques plats achetés aux Angliches. Des balles couinent par au-dessus de nous, je me jette à l’abri.

— C’est toi, homme poisson. On attend toi. Suis-nous. Suivez-nous ?

— Je vous suis, les gars.

Sur le tablier du pont, on a de l’eau jusqu’aux mollets. Mon pied se prend dans quelque chose de chaud. Devant moi, les Pennsylvaniens ne bougent plus.

— Es-tu mort, mon dernier né ?

— C’est toi qui…

Bien sûr c’est elle, la Vouivre, qui d’autre vole et crache le feu. Le lieutenant m’a vu tomber à l’eau, l’a-t-il donc vu aussi, c’te serpentine ?

— Tu vois, la Vouivre, je suis pas mort, tu m’as sauvé. Comment te remercier ?

— Tu l’as déjà fait, tu m’as ouvert les yeux. Adieu.

— Adieu ? Mais où tu vas ?

— Là où l’homme ne sait pas que le monde est à lui.

L’eau s’est refroidie d’un coup, les soldats ont trébuché en jurant. La guerre les appelait, je les suivais. On a rejoint des uniformes, là, en retrait derrière un pan de mur. Le lieutenant avait remisé sa bourguignotte pour coiffer son képi.

— Baudouin, nom de dieu ! Qu’est-ce que vous avez foutu ? Vous avez fait sauter les Boches ? Vous étiez à poil !

— Mon lieutenant, j’ai été pris dans des remous, j’ai perdu mes affaires. J’ai fait comme j’ai pu.

— Bon, le régiment arrive, on est relevés en attendant de partir sur la Marne. Rejoignez Poinsard au moulin d’aval. Et…

Il se cale face à moi en rebeuillant que les sous-offs n’entendent pas. Je le devine qu’il va parler. Il a vu quelque chose.

— Baudouin, j’ai vu… j’ai cru voir… avez-vous vu quelque chose ?

— Mon lieutenant, je n’avais plus d’arme, j’ai couru pour en voler une, et je crois qu’un obus du sixième a touché des munitions sur le pont, de ce coup là.

— Vous croyez ?

— J’suis un caporal, mon lieutenant. Et ma foi je crois en Dieu.

— Foutu Comtois ! Allez rejoindre Poinsard qu’on en finisse avec les Bavarois.

Les Bavarois en question s’étaient laissé prendre en ratte par les deux sergents et nous autres, et depuis la voie de chemin de fer par une compagnie du dix-septième chasseurs. Ils voulaient pas se rendre, comptant sur les hommes en noir, p’têt bien. Alors j’ai réfléchi, et c’était pas difficile, j’ai breuillé vers Wetzell, l’Alsacien.

— Wetzell, dis leur qu’les soldats noirs du Kronprinz ont bresillé !

— Quoi ?

— Ils ont brûlé !

Et j’ai pris un coup sur la caboche, un t’ché coup qui sonnait comme le grand bourdon de Luxeuil.

 

* * *

 

Ça m’arrive encore d’y penser. De regretter de ne pas lui avoir demandé. Pas faute d’en avoir envie, comme ce matin, quand on est allé tous les deux ramasser les sacs de phosphate vides, en bas de la haie. Il y en avait deux un peu plus loin, pris dans les fils de ronces et déniapés par la rosée. J’ai vu qu’il avait ce regard clair braqué sur l’horizon, sur des choses qui me dépassaient, qui m’auraient sans doute envoûté. Ça brillait dans l’ombre de sa casquette, ça brillait comme des perles. Sûrement qu’il allait rien dire.

Mais il a parlé, en se baissant à ma hauteur, et en levant à demi le bras, pour désigner d’un index crochu les deux sacs.

— Regarde voir, ça me rappelle les Allemands morts dans les barbelés, au Markstein.

— C’est toi qui les avais tués, grand-père ?

Il s’est redressé, les poings aux hanches, il gardait la tête baissée, comme s’il vérifiait la bonne répartition des grains de phosphate semés la veille.

— Non, pas ceux-là. Mais une fois avec Sidney, c’était mon cheval, un joli cob australien…

— Comme le Gamin ?

— Non, bien plus petit que le Gamin, et bien plus rapide, je portais des ordres importants dans une sacoche, vers Reims, beau temps clair, pas trop de bois, tout à découvert dans c’te plaine à blé. Alors j’allais vite, ensuite j’allais doucement, tu vois, et puis je tirais à droite, je feintais à gauche. T’as d’jà vu les tchevreûs ? Ah non, t’es trop petit pour la chasse encore.

— C’est quoi ça un tchevreû ?

— Un chevreuil, un cul-blanc, qu’on dit des fois. Bien fait pour la fuite, bien fait pour la marmite. Bon alors je galopais, et parfois ça sifflait. Des balles, pas que l’vent ! Et une fois, juste devant moi, dans le même chemin, pfiout ! Aux oreilles ! Sidney a fait un écart pour éviter le tireur, c’était un jeune homme, du coup, une estafette comme moi mais à vélo. Il était tombé. Et il réarmait pour me reviser ! Mais moi j’avais pas besoin de réarmer, et c’était lui ou moi, tu comprends ?

— Un duel, grand-père ?

— C’est ça. Et Sidney il comprenait ça, il se tenait droit, sans bouger d’un poil, comme s’il visait lui aussi. Après ça j’ai pris le coup de carabine du jeune homme, mais c’était rien, dans le gras des côtes du bas. J’ai pris aussi son courrier et j’ai trissé.

— Et c’est vrai que tu as une balle dans ta tête ?

— C’était plus tard, j’en ai aucun souvenir. C’te balle, elle est pu là, mais j’ai un bout d’acier de casque entre l’os et la cervelle, comme qui dirait un de ces éteuillons sous la laine des moutons, t’sé ? Ça me donne un drôle de mal de casque.

Il s’est passé la main derrière l’oreille, glissant les doigts sous sa casquette.

— Quand ça m’greville là-d’dans, j’ai l’impression que je vois des choses, des belles choses étranges…

Il regardait vers l’ouest, par-delà les bois du Lyaumont, non, un peu en-dessous, vers les forges ou vers la Chaudeau. Une petite cloche a retenti, ding, ding, du côté de la ferme.

— On remonte, c’est le dix-heures. Du lard, des œufs, un coup de vinaigre dans la poêle, et du gros pain. Pis si la Marie sort aux poules, on piquera un coup de rouge, tout petit.

— D’accord !

— Et après on descendra beuiller les génisses à la mouille, pis on ira à la Chaudeau.

— Ça s’appelle comme ça parce qu’il y a de l’eau qui est chaude ?

— Ça arrivait… avant ta grand-mère.

Aucune idée du sens de c’te réponse, je suis trop petit encore, c’est c’que j’me dis. Grand-mère a fait refroidir l’eau ? Y a des mystères sous sa casquette, pas juste un bout d’acier. Ses yeux qui voient loin regardent la ferme, après les cerisiers.

— J’te montrerai la source chaude. Quand tu s’ras plus grand, t’y mèneras ta bonne amie. Tu prendras ta besace, pour si t’as faim. Et puis on prendra aussi une lampe et on attendra la nuit, pour voir…

— Pour voir quoi, grand-père ?

Il s’est arrêté. Il souriait, puis il s’est baissé pour se gratter la jambe avant de repartir.

— Pour voir si quelqu’un vient.

 

Alban, l’enfant prodige tome 1: Naissance du pouvoir suprême

CHAPITRE 1

Dimanche 13 juin 1993, minuit

  Une nuit où la lune brillait de mille éclats. La luminosité qu’elle apportait était spectaculaire. Elle luisait haut dans le ciel et les étoiles scintillaient étrangement. Ce n’étaient que de petits détails et personne ne semblait s’en soucier, excepté un homme de grande carrure. Il portait une longue cape noire et des habits sombres. Il avait un regard sinistre et froid. Son visage était démuni de sourire. Tout laissait croire, dans son apparence, que seule la méchanceté se dégageait de cet individu. Tout le monde le traitait de monstre. Il aimait passer pour un malfaisant. En réalité, il détenait le titre de grand mage noir, un être dépourvu de sentiment, l’un des plus grands mages noirs que la terre ait jamais porté. Il s’appelait Titan, mais ce n’était qu’un surnom. Il ne fallait jamais prononcer son vrai nom, car il détestait l’entendre résonner à ses oreilles. De toute façon, rares étaient ceux qui le connaissaient vraiment et qui demeuraient encore vivants pour le dire. Quiconque avait proféré ce mot interdit résidait désormais au fond d’une tombe avec des vers qui le rongeaient.

Il semblait attendre quelqu’un ou quelque chose, peut-être un événement auquel il voulait assister. Il guettait la voûte céleste, comme si un spectacle allait s’y manifester.

   Puis, son visage afficha un sourire narquois. Apparemment, ce qu’il escomptait se produisit. En effet, le ciel sembla s’assombrir et bientôt, de gros nuages se formèrent. D’un côté, des gros nuages noirs et de l’autre côté, des blancs, peu nombreux et minuscules. Ils se mirent à se rapprocher hâtivement, s’ils continuaient à ce rythme-là, ils allaient se heurter de plein fouet. Pourtant, au moment où ils risquaient de se percuter, un éclair déchira le firmament tout entier. Les clairs se mirent à grandir et à s’étaler, jusqu’à engloutir les sombres. Puis, dans un long sifflement, tout redevint calme et paisible.

   Titan se retourna subitement, manquant de se déplacer la colonne vertébrale dans la précipitation. Il ne paraissait plus réjoui du tout. Il marchait maintenant dans le silence. Seuls le bruit de sa cape qui volait au vent et celui de ses pas troublaient la tranquillité.

   Il tourna au coin de la rue Mouftard et avança vers un immense portail en fer. Cette porte de métal n’avait pas fière allure. Il s’arrêta net devant les grilles qui paraissaient ordinaires, un peu effrayantes à cause de leur peinture noire miroitante. Cependant, un détail manquait et non des moindres, puisqu’il ne disposait d’aucune poignée. Titan avait pourtant l’air bien décidé à vouloir l’ouvrir pour entrer dans l’effroyable jardin qui se tenait derrière les barreaux. Comment allait-il y parvenir ? Peut-être tenterait-il de l’escalader ? Impossible, il s’avérait trop haut et les pointes aiguisées à son extrémité trop acérées. De plus, les barres horizontales qui l’ornaient se révélaient extrêmement glissantes. Pas de point d’appui pour se hisser par-dessus. À première vue, il n’existait aucun moyen pour s’y infiltrer. Le grand mage noir fixait cet obstacle, sur son visage ne transparaissait aucune inquiétude. Il ne semblait pas se poser de questions. Il paraissait sûr de s’introduire à l’intérieur. Il savait exactement où il se rendait. Il passa sa main gauche en demi-cercle sur la grille sans la toucher. Et il prononça distinctement :

— Ouvre-toi, Titan, couronné chef des mages noirs, te l’ordonne.

   Après quelques instants, pendant lesquels le portail ne sembla pas vouloir bouger, il s’entrebâilla enfin devant l’homme, très lentement, en grinçant atrocement. Toutefois, Titan ne s’en souciait pas, cela ne le dérangeait pas le moins du monde. Il resta un moment à fixer l’espace qui s’offrait à lui. Il se décida finalement à passer le seuil et à s’engouffrer dans ce qui paraissait être : « Le jardin des ombres ». Il s’appelait ainsi, car c’était l’endroit le plus sombre et le plus inquiétant de la ville. Ce lieu effrayant ne disposait d’aucune herbe, d’aucun arbre garni. Telle, la belle verdure des vastes jardins les jours de beau temps, où le soleil tape sur les champs verdoyants. Au printemps, quand les oiseaux chantent le bonheur qu’ils respirent en comtemplant la palette de couleurs magnifiques de cette gracieuse nature. Ce parc n’avait rien de toutes ces somptueuses descriptions. Absolument rien de comparable, à l’intérieur se tenait un espace très différent. Des roses rouges fanées s’étalaient partout avec leurs épines très pointues et aiguisées, prêtes à s’enfoncer profondément dans la chair. Il n’y avait pas de pelouse fraîche, mais uniquement de mauvaises herbes coupantes et desséchées. Les arbres effrayaient les passants, surtout la nuit. Pas la moindre feuille verte sur leurs ramures ni aucune feuillaison. Jamais ils n’en avaient possédé, même pas une seule. Le bois se présentait nu, sans habillage, et cela, quelle que fût la saison. Parfois, certains habitants jugeaient qu’avec la brise, ils semblaient vivants. Mais ce soir-là, ils remuaient comme jamais, néanmoins pas au rythme du vent, ils s’agitaient dans tous les sens. Leurs branches craquaient étrangement. Cela ressemblait à une effroyable symphonie. Ce vacarme était difficile à supporter, pourtant, Titan n’y faisait pas attention. Il s’avança vers une petite porte en marbre noir à peine visible, dissimulée derrière de longs feuillages bruns tombant jusqu’au sol, peu de gens soupçonnaient son existence. Il écarta le rideau naturel du revers de sa main gauche et prononça une phrase incompréhensible pour quiconque, car seuls les mages noirs comprenaient ce langage. Heureusement, les autres individus ne pouvaient reproduire ces mots assemblés en une longueur inimaginable et complètement illogique. Sinon, ils auraient pu être imprudents et décider de s’aventurer dans cet abominable lieu. La voix de Titan, était encore plus effrayante que lors de ces propos précédents, énoncés en français. Son timbre stoppa net les arbres qui s’immobilisèrent. Le silence était tel que si une mouche volait, les voisins les plus proches auraient pu l’entendre de loin. Mais cela ne dura pas longtemps. La porte s’ouvrit dans un fracas assourdissant. Titan pénétra par l’un des nombreux accès qui menaient dans ce que beaucoup surnommaient l’enfer.

CHAPITRE 2

Dimanche 13 juin 1993, minuit cinq

   Les pas de Titan résonnaient dans un long couloir, en enfer, le sol et les murs s’avéraient être en pierre. Dans la pénombre, difficile de dire exactement quelle en était la matière. Mais la roche renvoyait le bruit de cette allure pressante à travers cet interminable corridor sombre et froid. Il s’enfonçait de plus en plus dans l’obscurité. Les rochers des remparts étaient d’un noir de jais. Ces énormes blocs semblaient si fragiles et pourtant ils étaient très robustes. Des hommes ou plutôt des mages noirs avaient tenté durant des siècles de percer un passage, ils pensaient découvrir des trésors cachés. Leurs aspects déformés, certains endroits creux et d’autres bossus lui donnaient une allure étrange. D’innombrables trous crevaient la façade. Ils ressemblaient à une énorme météorite dans laquelle des gens auraient taillé un tunnel pour pouvoir y faire une galerie. Il se trouvait que ce n’était pas une supposition parmi tant d’autres, il s’agissait réellement d’un objet venu de l’espace. Il s’était révélé si gigantesque que Satan, le premier grand mage noir, avait décidé de le façonner ainsi, le jour où il avait entrepris d’établir ses quartiers dans les profondeurs de la terre.

   Titan continuait à cheminer dans les ténèbres. Soudain, au loin, il distingua une faible lueur. Ses pas commençaient à retentir derrière lui. La lumière s’amplifiait davantage, le bout du couloir semblait proche. Il perçut alors, à l’extrémité du souterrain, des voix humaines qui discutaient. Ils ne paraissaient pas entendre les pas de Titan approcher, plongés dans leur conversation, ils continuaient à parler tranquillement. Tellement pris dans leurs bavardages, ils ne virent pas le grand mage noir apparaître. Les trois individus, assis sur les dalles en pierre noire polie, ne remarquèrent pas l’arrivée de leur maître dans la pièce. L’un d’eux, courbé en deux sur le sol, s’appelait Tork, un être stupide et sans cervelle. Il s’esclaffait sans gêne devant les blagues de Morgan. Ce dernier se moquait du danger, il ne pensait qu’à s’amuser, mais ses jeux pouvaient en déranger certains. Car sa distraction favorite était d’attraper un rat et de le vider entièrement de son sang et de ses organes. Ensuite, il disait à cet idiot de Tork de l’offrir à leur chef. Celui-ci, agacé de cette stupide coutume, faisait dévorer cet immonde repas à Tork qui riait bêtement, très content que son maître lui offrît quelque chose.

   N’ayant toujours pas repéré Titan à l’embrasure de la porte, Morgan poursuivait, essayant d’imiter leur chef en colère. Ce qui était fréquent, vu l’intelligence et l’excellente servitude que lui apportaient ses larbins.

   Nauriac, allongé sur le sol, râlait à cause du vacarme que produisaient ses compagnons ; gros paresseux, il passait la plupart de son temps à dormir.

— Oh ! La ferme, Nauriac, viens plutôt rire avec nous de cet affreux Titan qui crie comme un coq. Cot, Cot, Cot… à longueur de journée, plaisanta Morgan.

   Il plaça ses mains sous ses bras, en tapant du pied et bougeant la tête d’avant en arrière pour imiter le roi de la basse-cour.

   Nauriac releva lentement la tête pour dire à Morgan d’arrêter ses âneries et de le laisser se reposer. À ce moment-là, il aperçut, derrière son ami, le visage menaçant et crispé de Titan. Nauriac devint pâle et tout tremblant, il leva le doigt pour prévenir les deux autres que leur maître se trouvait avec eux. Mais Morgan croyant qu’il s’effrayait de son audace, affirma d’un air heureux, fier de lui, le torse bombé :

— Mais oui, je sais, cher ami, je possède un talent incontestable. Si, au lieu de dormir à tout bout de champ, tu suivais mon exemple, tu pourrais sans doute avoir une petite chance de m’égaler. Il faut savoir prendre des risques dans la vie. Je ne pense pas que c’est comme ça que tu réussiras, mon vieux.

   Quand Tork s’arrêta enfin de glousser, en se relevant pour reprendre un peu sa respiration, il entrevit à son tour le grand mage noir bouillonnant de colère derrière Morgan. Il devint brusquement silencieux, les yeux fixés sur son maître. Morgan savait parfaitement que quand cet abruti se mettait à se tordre de rire, personne ne pouvait le stopper. Sauf Titan. Il perçut alors un raclement de gorge suivi d’un souffle glacial qui le parcourut tout le long de sa nuque, jusqu’à se répandre dans l’ensemble de son corps. Sans même examiner derrière lui, il sut qu’il se trouvait là, en train de le fixer, hors de lui. Se retournant lentement, il sentit le sol se dérober sous ses pieds. La terre semblait tourner à la vitesse de la lumière et quand il se retrouva nez à nez avec son patron, son cœur parut s’arrêter. En admettant qu’il en possédât un. Après tout, sûrement en avait-il un comme tout le monde, mais le sien devait être noir, recouvert de méchanceté. Titan s’étira de toute sa hauteur en fixant son pitoyable serviteur d’un regard foudroyant, et prononça distinctement :

— Toi, immonde petit être, te moquerais-tu de moi ? Oserais-tu défier ma colère ? Prosterne-toi devant moi, le tout puissant mage noir, car aujourd’hui, ma fureur est terrible. Certes, je viens d’apprendre il y a quelques jours à peine que l’ancien grand mage noir Mortan est mort, me léguant ses pouvoirs. Mais à l’heure où je vous parle, bougre d’idiots, la plus puissante force du monde est en train de naître. Le pouvoir suprême se révèle pour la treizième fois, vous savez ce que cela signifie : le don unique, mélange de mal et de bien. Ne pouvant être détruit que par les deux parties, cet affreux sage et moi-même. Donc, la guerre semble être en marche, nous ne pouvons admettre que le bien s’empare de cette puissance. Alors, allons prendre ce bébé, si petit, mais si précieux. Rallions-le à notre cause. Ensemble, relevez-vous et marchez avec moi vers le chemin de la vengeance. Ce soir, c’est notre jour de gloire, c’est le moment de prendre de l’avance sur le bien et de l’anéantir.

   Les serviteurs dévisagèrent leur maître avec stupeur. N’osant le contredire, ils restèrent cois et ne firent aucun commentaire, surtout qu’au vu de la scène précédente, ils se trouvaient en mauvaise posture. Ils savaient que Titan se vengerait de cet affront, mais en attendant, ils le suivraient. Ils se redressèrent, car ils s’étaient tous agenouillés devant lui, et crièrent d’une seule et même voix :

— Maître, où vous irez, nous irons. Nous vous servirons jusqu’à notre dernier souffle, tel est notre serment. À bas le bien, et vive le mal !

   Titan se retourna, faisant claquer sa cape. Il partit d’un pas pressé et décidé, ses esclaves sur ses talons, bien rangés en file indienne.

CHAPITRE 3

Dimanche 13 juin 1993, minuit huit

   Au même moment, dans une petite allée étroite et isolée, dans un coin sombre de la rue d’Aristot située à Verlant, une femme aux longs cheveux châtains allait donner naissance à l’être le plus exceptionnel jamais conçu. Elle était belle malgré les circonstances. Elle possédait des yeux d’un vert émeraude et de petites oreilles légèrement décollées, des doigts longs et fins, une bouche délicate avec des lèvres toujours roses, de jolies petites fossettes sous ses yeux en amande. Elle disposait de la carrure d’une princesse, elle semblait éclatante de vie, en d’autres circonstances, elle aurait souri. Elle paraissait plutôt petite et très mince. Elle se révélait si menue que les gens pouvaient distinguer ses côtes sous sa peau bronzée. Avant qu’elle ne soit enceinte bien sûr. Cette femme dans la souffrance grimaçait, allongée par terre entre deux poubelles. Ce n’était pas un lieu très confortable pour donner vie à un enfant.

   Un homme se tenait agenouillé à ses côtés, lui tenant fermement la main droite. Une stature plutôt grande, avec des cheveux bruns et des yeux bleus. Un nez un peu crochu. Une peau mate. Il était mal rasé. Il semblait fatigué, le visage pâle et les traits tirés. Les cheveux tout ébouriffés, il ressemblait à une personne qui ne dormait pas depuis des semaines. Il arborait la carrure d’un boxeur, toujours les poings serrés quand il se mettait en colère ou stressait. Ce qui paraissait être le cas ce soir-là, mais peut-être cela venait-il de sa courte carrière de boxeur amateur au lycée ? Il avait une petite tache de naissance sur la joue droite.

   Cet homme et cette femme se nommaient : Rose et Robert Milford.

   Un événement vint rompre le silence. Un long hurlement que Rose émit. Son mari se précipita vers elle pour lui mettre un morceau de bois entre les dents, car il ne fallait pas qu’ils soient repérés. Beaucoup de mages noirs ne souhaitaient pas la venue au monde de cet enfant.

   Robert se releva d’un bond, il venait d’entendre un bruit de pas, d’abord très lointain, mais qui se dirigeait rapidement vers eux. Rose aussi distingua ces claquements, son visage se crispa subitement.

— Nous sommes fichus, dit l’homme paniqué, je crois qu’ils arrivent. Ils vont attendre que notre enfant naisse, après quoi ils nous tueront et partiront avec notre fils.

   Le visage de sa femme refléta un mélange de terreur et de douleur. Robert qui, pris de panique, réalisa que pendant quelques instants, il avait oublié la présence de son épouse, s’avança vers elle. Il lui agrippa la main fermement et lui murmura, délicatement et avec tendresse :

— Je suis désolé, ma chérie, je ne voulais pas t’effrayer. Je sais que ça semble difficile pour toi d’accoucher dans de telles conditions, mais ils approchent. Je te demande de me pardonner si j’ai failli à ma promesse, cependant je tiendrai ma parole. Je te défendrai jusqu’à donner ma vie, nous nous battrons pour sauver notre enfant. Sois courageuse et garde en tête que je t’aime et t’aimerai toujours, mon ange.

   Il lui baisa la main, les larmes aux yeux. Elle pleurait, peut-être à cause de la douleur, du courage ou de l’amour que lui portait son mari.

— Oui, d’accord, mon cœur, je t’aime, prononça Rose d’une petite voix.

   Tout se bousculait dans sa tête, elle allait mourir sans pouvoir prendre son enfant dans ses bras. Une catastrophe pour leurs familles, plus d’héritier. C’était ce que les mages noirs voulaient le plus au monde. Elle et son mari le savaient bien. Les bruits de pas se rapprochaient précipitamment. Les amoureux s’enlacèrent et se donnèrent leur dernier baiser avant la mort.

   Les foulées retentissaient sur le sol en pierre. Les mêmes pavés où Rose était allongée. Elle sentait les dalles vibrer à chaque enjambée. Elle pressentit qu’il devait y avoir deux personnes ou peut-être plus, car elle percevait des pas précipités et d’autres plus lents. Difficile de deviner le nombre de gens qui approchaient, à cause de l’écho.

   Robert avait les mains moites. Les individus se devinaient à proximité, ils pouvaient maintenant entendre le souffle haletant des nouveaux arrivants. Une ombre apparut au coin de la rue. Il serra les poings, prêt à se battre.

CHAPITRE 4

Dimanche 13 juin 1993, minuit dix

— Ce sont eux ! s’écria Robert.

   Après une courte réflexion, il reprit :

— Non, impossible, il ne viendrait pas seul et il se déplace rarement sans soutien. Ça m’étonnerait qu’il n’apparaisse pas en personne, il n’enverrait jamais un de ses serviteurs à sa place.

— Il me semble avoir discerné plusieurs pas, répondit Rose, inquiète.

— Finalement, je ne crois pas que ce soit les mages noirs. Ils ne seraient pas là si tôt. Normalement, ils ne devraient être au courant que depuis quelques minutes, peut-être même qu’ils ne savent encore rien. Ce qui serait une chance supplémentaire pour nous. Mais de toute façon, même s’ils en sont informés, le temps qu’ils s’organisent et qu’ils arrivent, nous serons, j’espère, déjà loin, répliqua Robert.

— Pas eux ? Tu crois ? Alors qui est-ce ? interrogea sa femme.

   Plongés dans leur conversation, ils n’aperçurent pas la silhouette qui se cachait dans la pénombre à quelques mètres d’eux. Dès qu’ils la distinguèrent, ils sursautèrent.

   L’individu dissimulé dans l’ombre fit un pas en avant et ils découvrirent son visage à la lueur du réverbère. Un homme de petite taille, avec un ventre bien rond et des épaules carrées. Il était chauve avec une petite barbe blanche. Des yeux marron très clair. Il détenait de fines rides sur le front et de grosses joues boursouflées. La sueur coulait de son front à grosses gouttes. Il sortit un mouchoir de la poche intérieure de sa robe et leur sourit. Rose lui rendit son sourire et lui dit d’une voix soulagée :

— Bonsoir, père Léon, je me doutais bien que vous nous rejoindriez.

— Je ne manquerais cet événement pour rien au monde. Je me trouvais présent à ta naissance, Robert, en tant qu’assistant du père Joseph. Comment avez-vous pu penser un seul instant que je ne viendrais pas ?

— Excuse-nous père Léon. Je savais que vous alliez apparaître, mais je ne pensais pas que vous seriez là si vite, vu que vous ignoriez notre position. Avant que vous vous dévoiliez, nous avons d’abord cru que les mages noirs venaient nous tuer et prendre notre enfant, s’exclama Robert, paniqué.

— Pardonnez-moi, cher ami. Pourquoi n’ai-je pas prévenu de mon arrivée ? Comment ai-je pu être aussi stupide ? Je n’ose imaginer la frayeur que vous avez pu ressentir. Mea culpa. Par chance, je suis…

   Un bruit provenant de derrière les poubelles l’interrompit. Ils sursautèrent au tintement assourdissant d’un couvercle en fer qui tombe. Ils retinrent leur souffle et Rose repensa aux nombreux pas entendus. Quand le père Léon avait surgi seul, elle avait pensé à un écho, à présent, ce fracas l’effrayait.

   Elle fixa son mari, elle lisait sur son visage une expression inquiète. En le découvrant ainsi, elle se rappela le jour où ils avaient appris qu’elle portait l’enfant que tout le monde attendait. Mais son attitude à ce moment-là se mêlait d’inquiétude et de bonheur. Tandis que ce soir, il ressemblait à une personne extrêmement anxieuse. Elle ne pouvait supporter de voir son époux dans cet état. Elle détourna les yeux pour les poser sur le père Léon. Ce qu’elle découvrit fut très surprenant. Il souriait en direction de l’endroit d’où provenait le vacarme. Ce dernier constata que Rose l’observait. Il s’arrêta brusquement de sourire en pensant qu’il omettait un point capital. Il s’avança vers elle et lui parla d’une voix rassurante :

— Oh ! Suis-je bête. Avec toute cette agitation et ce stress, j’ai complètement oublié de vous présenter mon assistant, frère Jean.

   Changeant soudain de ton, il s’adressa à l’homme qui attendait, apeuré, dans l’ombre.

— Mais voyons, mon cher, ne sois pas empoté, viens près de moi, invita le père Léon avec impatience.

   Rose et Robert observèrent attentivement le coin sombre, s’attendant à apercevoir le frère Jean, mais rien ne se passa. Ils se retournèrent vers le père Léon, ils s’inquiétaient, car ils vivaient dans l’angoisse permanente depuis qu’ils avaient appris que Rose était enceinte de cet être exceptionnel. Ils prirent peur que quelqu’un ne vînt enlever leur enfant pour en faire un monstre.

   Le père Léon interrompit les pensées obscures du couple.

— Je vous prie de l’excuser, il se montre très timide et depuis que je lui ai confié cette mission, il vit dans la crainte.

   Il se retourna pour s’adresser à son assistant.

— Allez, viens, il ne t’arrivera rien. Il faut que tu m’aides à mettre cet enfant au monde. Ensuite, nous les cacherons, lui et sa famille. Ils seront en sécurité à l’abbaye, où ils ne risqueront plus rien. Bon, tu sors maintenant et presto.

   Le frère Jean quitta alors la pénombre. C’était un jeune homme d’environ vingt-cinq ans. Il se révélait grand et maigre. Il portait la tonsure et apparemment des cheveux châtains comme le laissaient paraître ses larges sourcils épais et touffus. Il disposait d’un long nez pointu. Autrefois, certains de ses camarades de classe l’appelaient « l’oiseau », car, il faisait penser à un volatile. Ses joues creuses et son teint pâle étaient éclairés par des lèvres plutôt roses. Ce qui pouvait parfois choquer certaines personnes qui le croisaient. Cependant, cela était extrêmement rare, car il ne sortait pas souvent. Il restait confiné dans l’enceinte de l’abbaye à longueur de journée.

   Robert s’approcha doucement de lui pour le rassurer :

— Bonsoir ! Je me présente, Robert Milford, content de vous rencontrer, frère Jean.

   Celui-ci fixait avec des yeux écarquillés l’homme qui lui tendait la main. Robert espérait qu’il lui serre la main en retour. Mais cet homme ne le fit pas et le dévisageait comme s’il était face à un extraterrestre. Il crut qu’il était effrayé, donc il l’interrogea :

— Pourquoi me fixez-vous comme ça ? Je ne vais pas vous manger. Vous n’avez quand même pas peur de moi ? Si ?

   Le père Léon ricana :

— Il ne vous répondra pas, il est muet depuis quatre ans.

— Comment est-ce arrivé ?

— Ben, commença le père Léon, il se rendait…

— ARGHH !!!

   Un cri de douleur l’interrompit, et tous se retournèrent. Rose hurlait de douleur. Elle serrait son poing gauche jusqu’à enfoncer ses ongles dans la paume de sa main. De la droite, elle tenait fermement sa belle robe vert émeraude offerte par son mari. Parce qu’il trouvait qu’elle allait parfaitement avec ses yeux et il s’avérait qu’il avait raison. En effet, la robe, à quelques nuances près, possédait la même couleur que ses iris.

   Son mari se précipita pour lui mettre un morceau de bois entre les dents. Père Léon, agenouillé à côté de Rose, lui dit solennellement en se relevant :

— C’est l’heure. Le travail commence. L’enfant arrive.

CHAPITRE 5

Dimanche 13 juin 1993, minuit treize

   Le visage de Rose pâlit tout à coup. Bien sûr, elle savait qu’elle allait accoucher, mais elle aurait préféré que cela survienne plus tard. Elle avait un mauvais pressentiment au fond d’elle. Elle devinait que les mages noirs les retrouveraient n’importe où. Ils ne lâcheraient pas l’affaire, ils voulaient cet enfant. Ils iraient jusqu’au bout et ne reculeraient devant rien. Elle redoutait d’être séparée de son fils.

— Il faut y aller maintenant. Robert, tu t’occupes de l’empêcher de crier comme tu peux. Il est capital de faire le moins de bruit possible. Frère Jean, prends l’eau, les serviettes et tout le matériel qui se trouve près de la poubelle. Allez vite, cria père Léon dans un moment de panique. Et toi, Rose, il va falloir te préparer à pousser, et surtout, n’oublie pas de respirer, en suivant l’enseignement de notre brave Solaris. Dommage que l’enfant naisse plus tôt que prévu, sinon elle t’aurait assistée dans cette lourde tâche.

   Déjà qu’il paraissait difficile d’accoucher dans la rue, sans soins médicaux, alors quand vous deviez mettre au monde un nouveau-né qui attirait toutes les convoitises… Tous étaient énormément stressés. Robert s’agitait, il n’arrêtait pas de changer de position. Un coup, il s’asseyait en tailleur, la tête entre ses mains, puis il se mettait à genoux. La plupart du temps, il s’accroupissait, regardait tout autour de lui et tendait l’oreille pour essayer d’entendre si quelqu’un approchait.

   Frère Jean n’arrêtait pas de faire craquer ses doigts ou de tapoter nerveusement sur ses cuisses. Le père Léon, lui, paraissait le plus détendu de tous. Son secret : se concentrer sur l’accouchement en essayant d’oublier le danger et la menace qui pesaient sur eux.

— Allez, maintenant il faut pousser, encouragea père Léon.

   Rose refusait, mais malheureusement elle y était obligée. Elle prit une profonde inspiration et poussa aussi fort qu’elle pouvait. Elle savait que c’était la procédure habituelle que le père Léon lui ordonne de pousser ou de souffler. Cependant, cela l’agaçait et pour couronner le tout, son mari, comme tous les époux, répétait stupidement tout ce que le père Léon disait. Mais un ton plus haut et plus vite. Ce qui énervait davantage Rose. Cela ne paraissait pas assez difficile, il fallait qu’il en rajoute. Comme si c’était lui qui accouchait !

   Rose agrippa Robert par le col de sa chemise, se hissa légèrement et lui lança méchamment :

— Je ne suis pas sourde, je t’en prie, tais-toi.

   Elle se laissa retomber lourdement sur le sol.

   Il prit un air sérieux et compréhensible.

— D’accord, chérie, pardon, je voulais juste t’aider.

— Je sais, mais tu m’aiderais plus en te taisant, mon cœur.

   Robert lui sourit tendrement en lui caressant la main.

Le visage du père Léon s’illumina.

— Je commence à voir la tête, allez, un dernier effort, poussez à fond. Le plus fort possible. Soufflez, soufflez, soufflez… Maintenant, poussez, poussez, poussez, allez… le voilà…

   Le père Léon resta figé, les yeux grands ouverts. Rose épuisée, ne remarqua pas son expression, fort heureusement. Robert, lui, oui et s’inquiéta :

— Quoi ? Que se passe-t-il ? Il y a un problème ? C’est normal qu’il ne pleure pas ?

   Rose releva la tête avec les dernières forces qui lui restaient.

— Qu’y a-t-il ? Mon bébé, il va bien ? demanda-t-elle, haletante.

   Le père Léon, dans la panique, ne prit pas le temps de leur répondre. Il ordonna à frère Jean :

— Vite, apporte-moi les ciseaux pour que je coupe le cordon, prends la couverture aussi.

   Ce dernier se précipita, il avait tout aperçu. Il savait que l’enfant que tout le monde attendait était mort. Au teint blanchâtre du nourrisson, il pouvait deviner que cela faisait plusieurs heures, voire plusieurs jours. Leur espoir s’anéantit, le mal allait englober leur monde pour plusieurs siècles. Le grand mage blanc précédent avait rendu l’âme deux jours auparavant. De plus, chose rare, il se trouvait que c’était le grand-père de l’enfant. Si aucun autre ne prenait sa succession, le bien était détruit. Le mal gagnerait. Cet enfant se révélait être le treizième grand mage blanc, plus puissant que tous les autres. Impossible d’imaginer qu’il fût décédé.

   Frère Jean tendit les ciseaux, les larmes aux yeux.

   Rose et Robert comprirent la situation à la mine triste et abattue de frère Jean et de père Léon et s’effondrèrent en pleurs.

   Le père Léon coupa le cordon, séparant ainsi la mère et son enfant. À cet instant, une chose incroyable et impensable se produisit. Les doigts du bébé bougèrent légèrement, son ventre se mit à se soulever et s’abaisser. Son cœur commença à battre, l’enfant ouvrit les yeux. De somptueux yeux bleu azur étincelants. Sa peau reprit une couleur normale. Père Léon sourit et tendit le nouveau-né à ses parents :

— Voici l’enfant prodige, il paraît vivant et en bonne santé. Nous pouvons appeler ça un miracle.

   Les parents du petit pleuraient à chaudes larmes, mais cette fois de bonheur. Rose prit son fils dans ses bras et le serra tendrement en le berçant. Robert passa sa main gauche sur le visage de son garçon et de la droite, il soutint la tête de sa femme. Il embrassa avec douceur son enfant sur le front et lui sourit. Le bébé le regarda et lui rendit son sourire. Il s’avérait incroyablement éveillé, surtout pour un nourrisson qui était encore mort quelques instants plus tôt.

   Robert se redressa subitement :

— Avec toute cette agitation, nous n’avons pas vraiment pensé au prénom.

— Si, moi j’y ai réfléchi, je souhaite l’appeler « Alban ». Qu’en dites-vous, Alban, c’est bien ? répliqua Rose.

   Robert sourit à sa femme :

— Oui, Alban, ça me plaît bien.

   Frère Jean et père Léon acquiescèrent d’un signe de tête, l’air réjoui. Tout allait bien, ils en avaient presque oublié la menace. Cela ne dura pas longtemps, des bruits de pas vinrent troubler le silence. Des pas décidés. Cette fois, plus aucun doute, les mages noirs arrivaient, il fallait agir et vite. Sinon, tout était fini.

CHAPITRE 6

Dimanche 13 juin 1993, minuit vingt

Comment faire ? Rose était encore trop faible pour pouvoir courir, elle les retarderait plus qu’autre chose. Père Léon ne pouvait pas prendre le risque. Il fallait réfléchir très vite, mais Robert fut le plus rapide. Pendant que les pas approchaient de plus en plus, il exposa son plan aux autres :

– Ma femme ne pourra pas suivre. Donc, si elle vient et qu’ils nous rattrapent, ils sauront que l’enfant est né et que nous l’avons caché. Je vais rester ici avec elle pour tromper les apparences. Père Léon partira devant pour mettre mon fils à l’abri, nous vous rejoindrons plus tard. Frère Jean, vous vous tiendrez en retrait derrière, mais assez éloigné pour que, s’ils vous saisissent, ils ne voient pas Alban leur échapper. Si ce cas-là arrive, vous garderez votre calme. Ils vous interrogeront, mais quand ils comprendront que cela ne sert à rien, nous aurons gagné un peu plus de temps.

   Père Léon prit l’enfant des bras de Rose ; elle l’embrassa tendrement et ajouta, à l’adresse de père Léon :

— Nous nous retrouverons à la chapelle, où ils ne pourront pénétrer. À tout à l’heure.

   Robert caressa le front de son petit garçon. Père Léon partit en courant en serrant Alban contre sa poitrine, emmitouflé dans la couverture fournie par son assistant.

   Le couple regarda s’éloigner leur bébé. Avant que Robert ne dise quoi que ce soit, frère Jean, acquiesça d’un signe de tête en guise d’approbation et il s’esquiva en marchant hâtivement dans la même direction que père Léon.

   Il se retourna une dernière fois pour faire un signe de la main aux parents avant de disparaître. Robert pivota vers sa femme et lui sourit :

– Ne t’inquiète pas, tout ira bien, notre fils va être mis à l’abri et nous le verrons plus tard. Pour l’instant, tenons-nous sereins et attendons.

   Rose lui rendit son sourire et lui prit la main.

— Je ne m’en fais pas, le plus important est que nous soyons ensemble. Espérons que tout se passera bien, que nos amis mèneront notre petit Alban au refuge. Tu sais, je…

   Un cri l’interrompit ; c’était le grand mage noir qui criait contre ses serviteurs.

   Titan, dans une rage noire, insultait les abrutis qui étaient sous ses ordres.

— Vous êtes vraiment stupides. Je vous chuchote depuis tout à l’heure de ne pas faire de bruit et de rester tranquilles. Et toi, imbécile profond, hurla-t-il en s’adressant à Tork, tu me marches sur le pied. Comment as-tu osé ? Bougre d’idiot, crétin absolu !

   Ce dernier, agenouillé devant son chef, pleurnichait presque :

— Pardon, pardon, excusez-moi, ça n’arrivera plus, je suis désolé. Maître, soyez indulgent, épargnez-moi.

   Le grand mage noir le foudroya du regard. Les deux autres magors savaient que leur coéquipier n’aurait pas dû ajouter cette dernière phrase. Le patron détestait que les gens lui demandent clémence. Ils connaissaient la sentence qui lui serait infligée. Titan tendit sa main gauche au-dessus du front de son larbin. Il courba légèrement ses doigts, comme s’il tenait une boule au creux de sa main.

   Tork, qui venait de comprendre ce qui allait lui arriver, blêmit tout à coup. Déjà qu’il était très pâle, comme tous les magors. Cette blancheur semblait surtout due au manque de soleil, car ils sortaient le plus souvent au cours de la nuit et voyaient rarement la lumière du jour. Ils possédaient des yeux colorés soit de noir, soit de rouge.

   Titan contracta ses muscles et des ondes rouges, pratiquement invisibles à l’œil, jaillirent de sa main et s’abattirent sur le front du pauvre Tork. Au moment où le maléfice le heurta, le partisan se tordit de douleur. Sans pouvoir crier, il souffrait intérieurement. Du sang sortait de son nez, de ses oreilles et de ses yeux. Son cerveau allait exploser sous les vibrations que lui lançait son maître. Pour amplifier sa douleur, Titan avec son autre main serra son cœur de l’intérieur. Il ne pouvait toujours pas hurler, car son chef maintenait sa langue immobile. Il tremblait et se tortillait dans tous les sens. Le grand mage noir relâcha un peu la prise, jusqu’à reposer ses mains le long de son corps en interrompant le sortilège.

   Il lui marmonna, comme si rien ne s’était produit :

— Maintenant, tu te relèves et tu te tais. Je ne veux plus entendre un son sortir de ta bouche à moins que je ne t’y autorise. Compris ?

   Tork se redressa difficilement, en acceptant la punition sans poser un regard sur son maître. Il se remit avec difficulté dans le rang, prêt à repartir.

— Bien, nous pouvons continuer à présent ? interrogea Titan.

— Oui, maître, répondirent en chœur Morgan et Nauriac.

— Tork ? questionna le grand mage noir.

   Surpris qu’il lui adresse la parole, il sursauta et s’empressa de dire :

— Euh… Oui maître, oui Titan, le plus grand des plus grands.

   Ils reprirent leur route, l’un derrière l’autre. En tête, Titan marchait avec empressement. Leurs pas résonnaient bruyamment sur les dalles. Il espérait que si jamais ces abrutis qui luttaient pour le bien entendaient leur marche, ils paniqueraient et commettraient une erreur fatale.

   Ils virent enfin le bout de la rue. Dès qu’ils émergèrent de l’obscurité, ils aperçurent le couple au milieu de l’allée.

   Il dit à ses serviteurs :

— Nous allons attendre que l’enfant naisse et nous l’emporterons. Ils ne sont que deux, ils ne pourront pas fuir. Postez-vous autour d’eux et empêchez-les de tenter quoi que ce soit. Notre triomphe est proche.

   Ils se placèrent en cercle derrière Rose et Robert qui paraissaient effrayés. Qu’allait-il advenir d’eux quand ils apprendraient que l’enfant était né et avait été mis en sécurité, là où ils ne pourraient l’atteindre ?

CHAPITRE 7

Dimanche 13 juin 1993, minuit trente

   Père Léon continuait sa course dans la ruelle sombre. Il se retourna. Plus personne derrière lui. Mais où se cachait frère Jean ? Il s’inquiéta, se demandant s’il ne lui était rien arrivé de grave. Peut-être se trouvait-il entre les griffes des mages noirs ? Il posa les yeux sur l’enfant, qui le regardait sans ciller. Maintenant qu’il le voyait de plus près, il distingua la même petite tache de naissance que son père, sur sa joue droite. Sauf que la sienne paraissait beaucoup moins visible. Il l’apercevait à peine, semblable à un point écrit au stylo. Avec le temps, sans doute doublerait-elle de volume, comme celle de son géniteur. Ce bébé semblait tellement petit qu’il avait du mal à imaginer que ce garçonnet possédait un si grand pouvoir…

   Plongé dans ses pensées, il ne remarqua pas tout de suite le bruit de pas qui se dirigeait vers eux. Pris de panique, il chercha un endroit où se dissimuler. Il aperçut un petit coin plus sombre que le reste de l’allée. À cet endroit se trouvaient quatre grosses poubelles cylindriques en fer. Il s’accroupit entre elles. De la rue, ils ne pourraient pas le repérer, car il faisait trop noir. Lui, en revanche, suivait tout ce qui pouvait s’y passer, en regardant entre deux poubelles. Il se tapit dans la pénombre, juste à temps. La personne qui s’approchait déboula en trombe du coin de la rue voisine. L’homme courait et s’arrêta brusquement. Les mains posées sur les genoux, légèrement courbé, il semblait essoufflé. Père Léon le reconnut alors et s’en réjouit. Il chuchota à l’homme :

— Frère Jean, frère Jean, enfin te voilà…

   Il allait sortir de sa cachette, quand il s’aperçut que son ami, ayant identifié sa voix, s’avançait en agitant les bras dans tous les sens comme pour prévenir d’un danger, il avait l’air effrayé. Frère Jean le rejoignit laborieusement, car il ne distinguait rien.

— Que se passe-t-il ? Pourquoi galopes-tu comme ça ? demanda père Léon en sachant parfaitement qu’il ne lui répondrait pas.

   Son compagnon pointa du doigt l’endroit d’où il venait, et ses yeux se remplirent de terreur. Père Léon abaissa le bras de son assistant. Il lui fit comprendre qu’il comprenait de quoi il voulait parler. Les mages noirs arrivaient. Frère Jean tremblait. Ils lui faisaient très peur depuis qu’il avait eu affaire à eux, ils l’avaient torturé et enfermé pendant trois jours. Sans aucune raison, juste pour s’amuser. Cela faisait partie de leur nature, cela représentait un jeu pour eux.

   Père Léon posa sa main droite sur l’épaule de son disciple. Il le regarda avec tristesse. Il imaginait ce qu’il pouvait ressentir et en fut peiné.

   Ils entendirent au loin, les pas des ennemis qui se rapprochaient à grande vitesse. Père Léon regarda l’enfant qui le fixait inlassablement, sans détourner son attention. En fait, depuis qu’il se trouvait dans ses bras, le petit l’observait sans discontinuer. Entendant les pas, le bébé se mit à pleurer.

— Chut ! Chut ! S’il te plaît, ne pleure pas, supplia-t-il, embarrassé.

   Alban cessa aussitôt de geindre. Père Léon se tourna vers son assistant et lui demanda :

— Peux-tu le prendre ? Je vais me mettre devant vous pour éviter qu’ils vous voient ; s’ils y parviennent quand même, je pourrai tenter quelque chose et vous aurez le temps de fuir. Tu mettras le petit en sécurité, si ça se passe mal, promis ?

   Père Léon scruta frère Jean avec insistance. Ce dernier donna son approbation. Quand son supérieur lui tendit le rejeton, celui-ci arrêta de contempler père Léon et tourna ses yeux vers frère Jean avant même d’échoir dans ses bras.

— Fais attention, les voilà. Je les perçois, ils sont proches. Ils ont sûrement entendu le bébé crier.

— D’acc… D’accord, fais… fais atten… attention toi auss… aussi, répliqua frère Jean en bégayant.

   Père Léon le dévisagea, abasourdi :

— Comment se fait-il que tu parles ? Pourquoi maintenant ? Ça fait tellement longtemps que tu n’as pas prononcé un mot.

— Je… je ne sais p… pas, rétorqua-il, quand j’ai po… posé m… mon regard sur l’en… l’enfant, j’ai eu… une… vague de cha… chaleur et je me suis m… mis à par… parler s… sans m’en rendre compte. C… c’est mer… merveilleux.

   Père Léon regarda le petit, il était né depuis une vingtaine de minutes environ et il avait déjà fait un miracle.

   Les magors surgirent au bout de la rue. Père Léon et frère Jean retinrent leur souffle.

— Ils sont où ? Toi aussi, tu as entendu un bébé pleurer ? s’exclama Morgan.

— Oui, c’est ce que j’ai cru, mais je n’en suis pas sûr, dit Nauriac en bâillant.

   Il marchait en raclant les pieds, les yeux ensommeillés.

— De toute façon, nous tenons les parents. Ils nous diront bien où est l’enfant, sinon…

   Morgan tapa son poing dans sa paume gauche et l’enfonça très fort dans le creux de sa main. Il ajouta, avec un sourire ironique :

— Nous allons les tuer, les écrabouiller. Décampons, ils ne sont pas ici. Espérons que nous attraperons le nourrisson avant qu’ils le cachent.

— Oui, tu as raison, après, nous pourrons rentrer dormir, râla Nauriac.

— Tu m’énerves, tu ne penses qu’à ton appétit grandissant et ton sommeil quasi permanent, cria Morgan en s’éloignant de l’autre côté de la rue.

   Nauriac le suivit nonchalamment.

Père Léon et frère Jean, qui avaient retenu leur respiration autant que possible jusque-là, éclatèrent. Ils avaient eu beaucoup de mal à éviter de respirer pour ne pas être surpris.

   Père Léon rompit le silence qui s’était installé :

— Ce n’est pas vrai, ils ont découvert le pot aux roses. Pauvres Robert et Rose, c’est de ma faute. Pourquoi avoir permis ce plan stupide ? Il faut aller les sauver.

   Frère Jean l’en empêcha en le retenant par le bras.

— Non… il f… faut que nous me… mettions le pe… petit à l’abr… l’abri. Il f… faut s’en te… te… tenir au pl… plan

   Père Léon consentit, les larmes aux yeux :

— Tu as raison, c’est juste un moment de panique. Emmenons le petit à la chapelle, et si ses parents ne viennent pas dans les deux heures qui suivent, nous le confierons à sa grand-mère qui s’occupera de lui en leur absence.

   Il ne voulait pas admettre que Robert et sa femme devaient sûrement être éteints ou que cela ne saurait tarder. Il espérait qu’ils pourraient trouver un moyen de s’échapper. Père Léon et frère Jean se regardèrent, compatissants à leur malheur, et reprirent leur chemin en direction de la chapelle.

CHAPITRE 8

Dimanche 13 juin 1993, minuit quarante-cinq

   Ils arrivèrent tous les trois à destination. Ils se trouvaient devant le petit portail au bout du sentier. Ils voyaient la chapelle sur les hauteurs, au sommet de la piste recouverte de dalles en pierre.

   Père Léon ouvrit le portail qui grinça légèrement. Leurs pas résonnèrent dans la montée, un léger vent caressait leur visage. Alban, toujours blotti dans les bras de frère Jean, observait partout autour de lui. Il avait l’air triste, comme s’il avait compris que ses parents n’étaient plus de ce monde. Encore quelques efforts et ils atteindraient la lourde porte. Personne n’osait parler. Ils avaient un peu froid et hâte d’entrer se réchauffer près du feu. Enfin, ils touchaient au but. Au moment où ils posaient les pieds sur le palier, la lumière en haut du porche s’illumina. Frère Jean leva les yeux, stupéfait.

— Q… qui a all… allumé ?

   En effet, cela s’avérait curieux, car c’était une très vieille veilleuse qui ne s’embrasait qu’à l’aide d’une allumette. Père Léon, moins surpris que son assistant, contempla le nourrisson et lui chuchota tendrement, en se penchant vers lui.

— Tu as raison, nous n’y voyons pas grand-chose, je te remercie d’avoir éclairé.

   Frère Jean, la bouche grande ouverte, pointa son doigt vers l’enfant. Avant d’avoir pu prononcer un mot, père Léon ajouta à l’oreille de son second, comme un secret :

— Oui, je sais, c’est impressionnant, mais il va falloir nous y habituer.

   Frère Jean resta bouche bée, ne croyant toujours pas au miracle auquel il venait d’assister. Il dévisagea l’enfant avec étonnement, pendant que son supérieur déverrouillait le battant avec une grande clé toute rouillée.

— Eh b… ben, p… pas croy… croyable ! s’exclama frère Jean avant de pénétrer dans la demeure.

   Une vague de chaleur les enveloppa. Ils ne s’étaient pas rendu compte qu’il faisait si frais dehors, avant de franchir le seuil. Même l’été sur les hauteurs de la ville, il ne faisait pas très chaud, par rapport à la rue où ils se trouvaient, quelques minutes plus tôt. Le froid était plus intense en altitude. Sûrement était-ce dû à la proximité d’un des accès à l’enfer au centre de l’agglomération.

   Un homme se tenait agenouillé devant la cheminée. Il était petit et maigre, le crâne dégarni. Il portait une robe marron foncé tenue par une corde. Il avait les oreilles décollées et très grandes. Il ressemblait à Dumbo, le petit éléphant dans le dessin animé. L’individu se retourna en entendant la porte se fermer. Il possédait un long nez crochu et des yeux marron très clair.

— Ah ! C’est vous ! Alors tout s’est bien passé ? lança-t-il d’une voix aiguë.

   Remarquant que personne ne lui répondait et que tous baissaient la tête, il ajouta :

— Je vois l’enfant, je le trouve très mignon. Oh ! Qu’il est beau ce bout de chou, s’exclama-t-il en déviant de la conversation. Mais où sont Robert et Rose ? Ils arrivent après ?

   Il observa Alban, en attendant qu’ils lui assurent que tout allait bien. Père Léon essaya de s’exprimer sans faire trembler sa voix :

— Non, frère Michel, ça ne s’est pas déroulé comme nous l’aurions voulu. Robert et sa femme ont été capturés par les mages noirs. Ils doivent certainement avoir été tués maintenant.

   Frère Michel baissa la tête et s’excusa, avant de fondre en larmes :

— Oh ! Désolé, je l’ignorais. Pauvre petit.

— Tu ne pouvais pas le deviner. Allez, ça va aller, rassura père Léon à frère Michel. Où sont frère Laurent et frère Pierre ? demanda-t-il.

— Frère Laurent se trouve dans la cuisine et frère Pierre dans la cave ; il range, organise et fait l’inventaire des bouteilles de vin pour la fête, mais…

   Il se tut, comprenant que la cérémonie n’aurait pas lieu, et se remit à pleurer de plus belle en songeant à ses amis décédés.

— Va me les chercher et si tu possèdes assez de courage pour ça, tu dois leur annoncer la mauvaise nouvelle. Moi, je ne crois pas que j’en aurai la force.

   Frère Michel approuva et déguerpit dans le couloir. Père Léon s’effondra sur le divan :

— Donne-moi le bébé, frère Jean. Tu pourrais aller lui préparer un biberon ? Il doit avoir faim.

— D’acc… d’accord, affirma-t-il en empruntant à son tour le même couloir que son collègue.

   Frère Michel réapparut quelques minutes plus tard avec frère Laurent et frère Pierre, en larmes derrière lui.

— Oh ! Mon ami, quelle horreur ! s’écria un des deux individus, plutôt enrobé, il s’avança vers père Léon qui sursauta à son entrée dans la pièce.

  Frère Laurent, qui venait d’apparaître, arborait des cheveux châtains, la coupe au bol, des yeux noisette, de grosses joues rouges, bien rondes. Son nez ressemblait à une patate. Sa large bouche était recouverte de chocolat. Frère Laurent s’avérait être un excellent cuisinier, mais il était tellement gourmand qu’il mangeait une grande partie de ce qu’il confectionnait. Un bon cuisinier goûte toujours ses plats pour, par la suite, pouvoir les améliorer, invoquait-il pour sa défense.

   Il se jeta dans les bras de père Léon qui venait de se lever. Surpris par le poids, il faillit retomber sur le canapé, il mit le bras pour protéger le nouveau-né.

— Allons, allons, un grand gaillard comme toi, pleurer ainsi. Reprends-toi, voyons, nous devons rester calmes et garder notre sang-froid pour l’enfant.

— Oui, tu as raison… Oh ! Le beau bébé, s’écria-t-il, remarquant enfin Alban.

— Faites voir, pleurnicha frère Pierre qui n’avait pas osé s’exprimer jusque-là.

   Il arborait des cheveux blonds et frisés avec une coupe au carré, des yeux bleu foncé, des joues creuses, un nez légèrement aplati. Il s’occupait des archives de la chapelle. Il était très organisé et aimait bien le rangement.

   Il s’avança d’un air solennel et jeta un rapide coup d’œil au nourrisson.

— C’est vrai qu’il est mignon, affirma-t-il en s’éclaircissant la voix, essayant de ne pas éclater en sanglots.

   Père Léon allait s’adresser à frère Pierre quand il fut interrompu par frère Jean qui déboula dans la pièce, sans s’apercevoir de la présence de ses confrères.

— Ç… ça… y… est… père… Lé… Léon. J’ai le bib… biberon.

   Tous, sauf père Léon qui savait déjà que frère Jean avait recouvré l’usage de la parole, restèrent abasourdis. Ils fixèrent leur ami qui parut gêné de la situation, car il voulait le leur apprendre autrement et dans d’autres circonstances.

— Oh ! Mais tu parles ! s’étonna frère Laurent.

— Incroyable ! renchérit frère Michel.

— Comment est-ce arrivé ? sollicita frère Pierre.

   En guise de réponse, leur camarade pointa du doigt le bébé.

— Je n’y crois pas. Je savais qu’il serait puissant, mais pas à ce point, s’exclama frère Pierre.

   Un bruit fracassant interrompit la conversation. Une silhouette noire apparut sur le pas de la porte. Ils ne pouvaient voir son visage, car premièrement, la lumière de la lanterne s’était éteinte avec le vent. Et deuxièmement, la personne était encapuchonnée.

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