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Œuvre en cours d’écriture

🌹 Poésie – Muse 🌹

Muse

Muse qui susurre à mes oreilles,
Des mots et des vers sans pareil,
Me permettant de créer des merveilles,
Jamais je ne veux perdre ton aura de miel.

Tu inspires de jour comme de nuit,
Que le soleil brille ou que la lune luit,
Grâce à toi, mon esprit jamais ne s’ennuie,
Et mes doigts toujours en délivre le fruit.

Muse, jamais tu ne dois m’abandonner,
Ta divine essence toujours je vénèrerai,
Sans ton souffle, mon âme dépérirait,
Ma vie durant, je serai ton obligée.

signatureZ91zXsH

 

 

Qui suis-je, mes écrits et moi

EtherNoema ou Lapasseusesdhistoires ? Kesako ? Je suis une jeune autrice, on va dire bientôt 30 ( deux ans c’est large ! ^^), qui a commencé à douze ans par des poèmes puis des fanfictions et journaux intimes puis à créer des histoires originales par la suite.

 

Depuis 2021, après avoir écrit (toujours le cas aujourd’hui) des fanfictions sur UN DOS TRES avec Marta Ramos sur des carnets, j’ai découvert Wattpad, Noevel, Fanfictions.net et Scribay qui est maintenant l’Atelier des Auteurs.

 

Je vous passe les aventures en zigzagues d’un site à l’autre, puis de plus revenir car planning trop chargée et qu’aujourd’hui, je n’ai pas retenu la leçon :p

Il faut juste savoir que j’étais prédestinée à voguer dans les eaux arcs en ciels de magie, de bandes de copains prêt à tuer une créature sauf que via ADA (Ateliers des Auteurs), j’ai pu à force de vouloir répondre aux défis des autres, d’en proposer moi même, j’ai pu donc découvrir d’autres contrées.

Sciences-Fictions, futur en général, jeunesse, jeune adulte et même parfois de l’érotisme jusqu’à ma première longue histoire en ligne (55 chapitres environ) une darkromance sombre, très crus, très violente mais avec ce que j’incorpore aux maximums dans mes recettes : Une remise en question comme une morale, de l’espoir, de la paix après la douleur, parfois le poids du poids du passé et c’est déjà pas mal de cité ^^

J’ai découvert la Dark Romance par Nelra “Emprise Tome 1”.

Puis, après avoir mise de côté mon idée de roman jeunesse qui avait eu milles versions, un ok d’une ME et dont j’avais décidé d’écrire autre chose et que c’est toujours en pause, j’ai envoyé ma DarkRomance à 34 ME depuis Janvier parfois avec deux autres petits romans ayant de la romance.

Dix refus, d’autres sans nouvelles et une où j’attends le contrat pour discuter avant le rdv en visio dans le mois prochain. Pour trois textes avec du travail…Une maison d’ailleurs où le contrat permettra de voir si j’ai bien raison de me méfier d’après les avis du net.

En patientant, je me suis remis sur Kobo. J’y étais pour des petites nouvelles. J’ai donc mise en ligne sur Kobo :

“Voyage au bout de l’Enfer” et “Ma peine, ma haine” sous EtherNoema

Pour le moment, le premier est aussi sur Amazon KDP même pseudo. Bientôt version papier

Et le deuxième aussi.

Google play livre également, il y aura mes deux écrits.

 

Pour “Lapasseusesdhistoires”, sur Kobo, je n’ai pour le moment que mon recueil de poème “Les minutes sauvages”.

J’ai donc deux noms différents pour Ether, romance et tout genres de romances, un jour de l’érotique je verrais. L’autres donc pour les autres genres plus divers.

 

Etant nouvelle en autoéditon, je suis toujours à la recherche de lecteurs bien sûr mais surtout de commentaires pour savoir si malgré mes vérifications, la mise en page est ok comme les fautes ^^

 

Je suis sur Instagram et Thread “ethernoema_autrice” celui où je suis le plus active. Le lien de mon autre compte instagram dans la page profil.

PS: Je suis en ce moment en consultation de devis pour refaire ma couverture d’un ou deux de mes romans en vente. Je n’ai pas choisi encore un, en particulier. Si des graphistes sont présent, dans un style sombre, romance, mystère, m’écrire en Message privée ^^ 

Ici, je suis donc heureuse de partager mon petit parcours, mes liens de ventes avant celle de la boutique et donc de faire vivre le site juste né ! Je partagerais aussi mes écrits en cours prochainement !

Bonne journée à tous et vivre l’écriture, le partage ! 

Oser être soi

Osez être vous-même : Le chemin de l’authenticité révélé

Fatigué(e) des promesses de “bonheur parfait” et des injonctions à toujours être positif ?
Ce livre est pour vous.

Découvrez un guide franc et authentique qui démystifie les recettes miracles du développement personnel. Oubliez la formule magique pour être vous-même ; elle n’existe pas. Mais il existe un chemin, le vôtre, pour vous accepter pleinement et révéler votre véritable potentiel.

À travers mon propre parcours – j’ai moi aussi vécu un chaos où mes repères s’étaient envolés – je vous offre les clés pour :

– Accueillir toutes vos facettes, y compris vos “défauts”, et les transformer en atouts.
– Libérer vos émotions sans culpabilité, et comprendre leur pouvoir.
– Découvrir une créativité qui ne se limite pas à l’art, mais qui se trouve dans chaque aspect de votre quotidien.
– Rebâtir votre confiance en vous, non pas en vous forçant à changer, mais en vous connaissant et en vous respectant tel(le) que vous êtes.

Ce livre n’est pas une solution toute faite, mais une invitation à l’introspection profonde. Il vous poussera à vous poser les bonnes questions, à explorer vos zones d’ombre avec bienveillance et à transformer votre vie en acceptant votre singularité.

Osez être vous-même, sans faux-semblants. Le voyage est exigeant, mais la liberté d’être enfin soi est à portée de main.

🌱CHAPITRE 1

Y a t’il une formule magique pour être soi ? 

Vous cherchez la formule magique pour être vous-même ? L’astuce secrète, le raccourci qui va tout changer ? Je dois vous le dire : elle n’existe pas. C’est peut-être la première grande vérité à accepter. 

Ce livre ne vous donnera pas de solution toute faite, mais il vous offrira des clés pour découvrir votre propre chemin vers l’authenticité. Car chacun de nous est unique, façonné par un vécu singulier.

Avant même d’oser être soi, une question essentielle s’impose : quelle est la confiance que nous nous accordons ? Car sans une certaine confiance en soi, il est difficile de s’autoriser à être pleinement qui l’on est.

Alors, comment trouve-t-on ce chemin si particulier ? Comment bâtit-on cette confiance indispensable ? 

Pour ma part, c’est à l’âge de vingt ans que cette question a surgi en moi : qui étais-je ? Ma vie était alors sens dessus dessous. 

Mes projets venaient d’être anéantis, ma famille avait explosé, et l’existence que je connaissais n’était plus. Je me sentais complètement perdue. Au début, j’ai tenté d’avancer sans écouter mes douleurs. Mais j’étais totalement désorientée, mes repères envolés. Chaque nouveau pas se heurtait à un mur, comme si tout ce que je voulais dans la vie était devenu inaccessible.

J’ai alors compris que je ne maîtrisais pas tout de ma destinée. Ce fut le moment le plus bouleversant de ma vie. En silence, j’ai commencé à me poser des questions profondes sur moi-même, sur mon identité. Pourquoi tout s’écroulait-il autour de moi ? Qu’avais-je fait pour que ma route bifurque à ce point ?

J’ai d’abord sombré dans la culpabilité, alors même que cette situation n’était pas de mon fait. J’avais subi les conséquences des mauvais choix de mes parents. Je me sentais prise pour cible, comme si, pour certains, on m’avait jeté le mauvais œil.

Avec le temps, j’ai compris que tout ceci n’avait rien à voir. Ma vie a changé de cap pour me mettre sur un autre chemin, bien loin de celle que je pensais être.

Maîtriser mon avenir était devenu impossible pour moi. Comme si la destinée me plaçait à un endroit précis sans me demander mon avis. Mon cœur n’a pas accepté cette situation. Ma tête pensait que je devais survivre quoi qu’il arrive. Je ne rentrerai pas dans les détails de ce que j’ai vécu, je préfère le garder pour moi. J’ai juste envie de vous révéler que parfois, nous ne maîtrisons pas tout, hélas…

Certaines personnes choisissent tout dans leur vie et voient tout se mettre en place. Je ne fais pas partie de ces gens. Plus j’ai des projets qui me tiennent à cœur, plus je me sens poussée vers d’autres horizons. 

Depuis que mon chemin a dévié de la trajectoire pour laquelle j’avais bossé comme une dingue, j’ai vécu avec une sorte de faille énorme. Je l’ai même dessinée pour l’intégrer dans les jeux de cartes que j’ai créés, et l’ai nommée « ruine ». Un trou béant immense, comme un séisme violent séparant deux plaques sismiques. Cette souffrance m’a habitée pendant des années. J’ai alors commencé à travailler sur moi pour cicatriser. De là est née mon envie de mieux me comprendre et de libérer mon véritable potentiel. J’ai commencé à me poser des questions existentielles :

À quoi je sers ? Si je ne peux pas faire ce que je veux, pourquoi suis-je poussée à réaliser quelque chose que je ne veux pas ?

C’était violent. Mes vingt ans ne datent pas d’hier ; c’était la fin des années quatre-vingt-dix. À l’époque, le développement personnel, la loi d’attraction, la loi de Murphy n’étaient pas à la mode comme aujourd’hui. J’ai dû me dépatouiller seule. Je me suis tournée vers mes ressources personnelles, utilisant mon intuition, mon instinct et mon hypersensibilité. 

C’est ainsi que, aidée par des jeux de cartes, j’ai commencé à décoder mes émotions et celles des autres. J’utilisais alors un oracle pour ensuite créer mes propres jeux : j’avais ce besoin d’avoir un outil qui me ressemble. J’ai découvert que j’avais un don, celui de prédire certaines situations en fonction du décodage émotionnel de la personne face à moi.

Le destin me jouait un sale tour. Il me permettait de voir comment aider les autres à atteindre leurs objectifs en fonction de leur vécu et de leurs émotions. Cocasse, quand on découvre comment la vie a tourné. J’ai eu du mal à encaisser cette ironie. La formule « le cordonnier est toujours le plus mal chaussé » me collait superbement bien. La colère animait quotidiennement mon cœur. À l’époque, je ne m’étais pas encore lancée professionnellement dans le développement personnel. J’avais surtout besoin de comprendre, de ME comprendre. C’en était même vital.

De mon expérience, je peux vous révéler une évidence : il n’y a pas une seule formule magique pour « être soi », mais une multitude. Tout dépend de votre personnalité, de votre vécu. Méfiez-vous des personnes qui vous proposent des méthodes toutes faites, car elles n’existent pas. Ce qui vaut pour l’un ne vaut pas forcément pour l’autre. C’est en tout cas ce que j’ai compris dans mon cheminement vers la compréhension de soi. Nous sommes tous uniques, et ce que nous recherchons l’est également.

Le développement personnel ou le travail sur soi ne veut pas dire être toujours dans la pensée positive en permanence ou dans la loi d’attraction. 

Ces méthodes peuvent fonctionner pour certaines personnes mais pas pour toutes. Ne culpabilisez pas de ne pas attirer à vous cette fameuse énergie positive qui solutionnera tout dans votre vie. Il est normal de vivre des hauts et des bas. Il est naturel d’être négatif, en colère voire même pessimiste. Ce sont des émotions légitimes.

Est-ce que vos pensées sont limitées ? Non ! Est-ce que vos croyances sont trop ancrées ? Non !

Les freins, les peurs sont naturels. Ces instincts sont importants, c’est ce qui vous permet d’être en alerte en cas de danger.

Devez-vous obligatoirement dépasser vos zones de confort ? Non plus.

« Être soi », c’est apprendre à vivre avec vous-même. Découvrir qui vous êtes : vos limites, vos émotions, votre caractère, vos rêves, votre éducation…

Être soi n’est pas s’obliger à devenir quelqu’un d’autre. Transformer sa vie, d’accord, mais pas à l’encontre de qui vous êtes réellement.

J’avais envie de remettre l’église au milieu du village.

Ce que j’ai appris avec les années, c’est avant tout de respecter ce que vous êtes. Ensuite, de l’accepter. Accueillez vos défauts, vos qualités, vos erreurs, vos réussites. La première chose pour commencer à se remettre en question est de faire le bilan de votre vie, de vos actions, avec un regard éclairé, honnête et franc. Évitez de vous complaire dans vos mensonges ; assumez toutes vos facettes. Ce premier pas est le plus important : avoir une autocritique sans œillères, sans faux-semblants. Dans cette étape, soyez exigeant avec vous-même. Le but n’est pas de vous plaindre ou de vous victimiser, bien au contraire. Épluchez, détaillez vos actions et analysez les réactions qu’elles engendrent dans votre vie. Peut-être y a-t-il un mécanisme qui vous a échappé. Si c’est le cas, ce sera le premier indice à comprendre et à transformer.

Peut-on changer son caractère ou sa personnalité ? Pas forcément, mais vous pouvez évoluer. Si vous comprenez vos actions et vos réactions, vous apprendrez à connaître parfaitement vos mécanismes de fonctionnement. Bien plus que de se laisser vivoter ou d’accepter que la destinée vous mène à tel ou tel endroit : si vous avez la clé pour vous comprendre, votre vie se transformera. Elle ne sera pas parfaite, elle ne vous évitera pas les épreuves, non. Mais elle vous aidera à comprendre chacune de vos émotions. Savoir, c’est la connaissance, paraît-il. Alors, découvrez-vous.

À ce moment-là de votre lecture, vous allez sans doute vous dire : « Non, mais elle se moque de nous ! Elle a écrit précédemment que sa vie avait pris un autre chemin pour aller vers sa « destinée », et là, elle nous dit de mieux nous connaître. What ? Ahaha ! » Oui, oui, j’assume. J’ai cru au début qu’il y avait une forme de destinée. 

Mais avec le temps, en travaillant sur moi, j’ai compris que j’avais un mécanisme d’action qui m’avait éloignée de mon objectif. Si à l’époque j’avais eu les clés que j’ai aujourd’hui, j’aurais pu renverser la situation. Alors non, je ne regrette pas ce qui s’est passé. Je suis heureuse de comprendre aujourd’hui que j’aurais pu faire autrement. J’ai simplement fini par accepter d’être celle que je suis, avec mes failles, mes défauts et mes erreurs.

Des personnes peuvent vous mettre des bâtons dans les roues, mais à vous de ne pas vous laisser faire et de ne pas accepter tout passivement. Ensuite, soit vous vous battez pour y arriver, soit vous lâchez prise. Les deux solutions sont bonnes. Derrière chaque porte qui se ferme, une nouvelle s’ouvre. Donc, quelle que soit votre décision, votre route vous mènera quelque part. Peut-être pas là où vous vouliez en premier lieu, mais peut-être sur un chemin qui vous plaira davantage. Soignez votre cœur et votre ego pour faire le choix que vous devez assumer.

Oser être soi, c’est toutes ces petites choses à intégrer. Vous devez construire votre philosophie de vie et suivre le fil de cette trame ; vos projets pourront alors être alignés avec qui vous êtes au plus profond de vous.

Est-ce simple ? Pas forcément ! Tout dépend avec quoi vous vous débattez.

Votre éducation vous a conditionné. Vous fonctionnez souvent comme vos parents et votre famille en général. Peut-être que ce conditionnement ne vous ressemble pas. Si vous vous sentez différent, si vous avez la sensation que vous n’arriverez jamais à être à la hauteur pour vos proches, alors comprenez que vous êtes simplement différent. Au lieu de rechercher la bénédiction des vôtres, apprenez à créer votre propre philosophie de vie, que ça plaise ou non à vos proches. Vous avez le droit d’être différent. Vous avez le droit de vivre la vie qui vous ressemble.

 

🌻Exercice pratique : 

Prenez un carnet et un stylo, décrivez votre « Moi » actuel en listant trois à cinq de vos comportements que vous souhaitez voir évoluer. 

Imaginez l’évolution qui vous semble juste si vous pouviez oser être vous même, sans aucune contrainte, sans aucune limite. 

Décrivez trois aspects qui vous serrez essentiels pour y arriver.

Exemple : Être plus serein, plus affirmé, plus créatifs, moins anxieux…

Le tout premier pas que vous pourriez faire, cette semaine, serait de prendre cinq minutes pour vous détendre, sans vous juger.

🌱CHAPITRE 2 : 

Être soi, Être vrai…

J’adore aborder ce sujet : « être soi, être vrai ». Souvent, face à cette idée, beaucoup me répondent : « Mais je suis déjà honnête avec moi-même ! Pourquoi ne le serais-je pas ? » J’ai toujours un petit sourire en coin quand j’entends cette phrase. Non, je plaisante… quoi que !

Moi aussi, je pensais être vraie. En réalité, je ne l’étais pas du tout. Comme tout le monde, j’avais des zones d’ombre que j’aimais occulter. Je ne le faisais pas exprès, je n’en avais absolument pas conscience.

J’ai tenté de transformer mes défauts pour m’améliorer. Seulement, à l’époque, je ne pensais pas qu’accepter mes faiblesses telles qu’elles étaient pouvait m’aider. J’ai compris que je n’avais pas à changer mes défauts, mais plutôt à les utiliser au moment opportun. Car ces failles pouvaient m’être utiles. Quand vous avez conscience de vos qualités et de vos défauts, il ne tient qu’à vous de les utiliser correctement pour vous exprimer au plus juste et construire la vie que vous souhaitez. Votre tempérament est une véritable boîte à outils que vous pouvez maîtriser et utiliser en fonction des situations. C’est cela, être maître de soi. 

Se connaître parfaitement est votre meilleur atout, et c’est ainsi que vous gagnerez en confiance en vous.

Vos actions déclenchent toujours une réaction. À vous de les assumer quoi qu’il arrive. Si vous êtes en équilibre avec vos pensées et vos actions, alors vous serez en confiance. Ce sera votre zone de confort personnel, celle qui vous permettra d’avoir tous vos atouts à disposition dans votre quotidien. C’est dans cet équilibre que vous pourrez véritablement lâcher prise sur le stress, les angoisses et les anxiétés qui vous habitent.

Respectez qui vous êtes sans faux-semblants.

Car il est tellement plus simple de se voiler la face, de se mentir à soi-même. Être dans le déni peut paraître confortable, mais au contraire, c’est ce qui vous déstabilisera le plus. Votre inconscient regorge de tout ce que vous préférez omettre. Cette situation est déjà votre plus gros mensonge.

Ne pas affronter ses émotions, passer au-dessus, se détourner du problème en disant : « Moi ? Tout va bien ! T’inquiète, j’ai vécu pire. » Mensonge ! Non, tout ne va pas bien.

Vivre ses émotions, les accepter, ne veut pas dire que vous êtes faible. Pleurer, hurler sont des réactions émotionnelles naturelles. Il est important d’exprimer ce que vous ressentez au moment où vous le vivez. Si ce n’est pas le cas, dites-vous que vos émotions reviendront un jour ou l’autre en mode “tsunami”, au moment où vous vous y attendrez le moins. Vous risquez de vous noyer dans vos douleurs.

Nombreuses sont les personnes qui pensent avoir surmonté des chocs émotionnels et qui se retrouvent un jour face à une situation similaire. À ce moment-là, le traumatisme se réveillera, ainsi que toutes les émotions que vous avez refusé d’assumer. Vous serez alors complètement bouleversé(e)s.

S’écrouler n’est pas une faiblesse. Et quand bien même ce le serait, où serait le problème ? Si vous êtes conscient de vos points faibles, vous deviendrez plus fort. Vous saurez s’il faut vous protéger de votre famille, de vos amis… Vous pourrez également discerner si vous avez besoin de prendre du recul, de dormir, de pleurer, de hurler…

Toute émotion que vous n’exprimez pas verbalement ressortira par un moyen ou un autre. Tout garder en vous peut provoquer de gros dégâts sur votre corps physique et sur votre santé mentale. Ne minimisez pas ce que vous vivez. Acceptez la réalité le plus rapidement possible, même si vous avez mal. Prenez le temps de panser vos blessures.

Accepter ses défauts, c’est accueillir le fait d’être : menteur, manipulateur, colérique, mou, hypocrite, non courageux… ce ne sont que des exemples.

Vous aimez mentir ? C’est ok. Vous avez tendance à manipuler, à vous victimiser ? C’est ok aussi… Accueillez toutes les parts de votre caractère et de votre personnalité. Il n’y a aucune honte à avoir. De plus, cette démarche ne concerne que vous. C’est votre travail personnel.

Une fois vos défauts établis, demandez-vous : pourquoi êtes-vous ainsi ? Y a-t-il une raison précise pour que vous vous comportiez ainsi ?

Quelques exemples plus précis :

La colère peut être une réaction utile pour vous défendre face à un trop-plein d’autorité, ou l’envie de vous imposer sans pouvoir le faire. À force d’encaisser, vous n’avez pas d’autre choix que d’utiliser la colère pour vous sortir de ce sentiment d’inconfort.

Essayez de trouver vos raisons. Êtes-vous né ainsi ? Ou l’êtes-vous devenu par l’entourage familial, sociétal, professionnel… Il est important de comprendre pourquoi vous vous comportez ainsi.

Si vous n’avez pas envie de décortiquer le pourquoi du comment, alors respectez-vous. Je vous donne simplement quelques pistes de travail pour mieux comprendre vos mécanismes d’action. Rien ne vous oblige à plonger dans tous ces questionnements intérieurs.

Je crois qu’il est essentiel de se connaître et d’être plus fort pour affronter les déceptions et les obstacles. Être vous-même ne vous empêchera jamais d’affronter les épreuves de la vie.

J’aime être prête à tout affronter. Même si j’ai mal, même si je m’effondre, je suis certaine qu’il y a toujours un autre chemin derrière chaque moment difficile. L’espoir est toujours présent quelque part dans mon cœur. Je peux m’éteindre et me rallumer aussi vite, tel le Phénix. Des renaissances, j’en ai vécues plusieurs. « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. » C’est exact. Vous serez malgré tout amoché(e)s par les coups reçus. Autant se relever, n’est-ce pas ?

Je vous conseille de prendre avec vous un carnet pour y noter tout ce qui vous vient à l’esprit lorsque vous pensez à vos défauts :

 — Est-ce que cela vous rend faible ?

 — Est-ce que cela vous agace ?

 — Pourquoi n’arrivez-vous pas à accepter pleinement qui vous êtes ?

Pour se comprendre, il faut s’interroger. Ce n’est que mon avis bien entendu. J’ai souvent constaté que lorsque vous vous posez les bonnes questions, vous obtenez les réponses qui vous sont essentielles pour avancer.

Puiser en vous pour plonger dans vos « mauvais » côtés est épuisant. Vos émotions vont être secouées, alors prenez le temps de laisser ce que vous ressentez s’exprimer. Soyez tolérant avec vous-même. Pensez à vous avant tout. Surtout si vous débutez un travail sur vous. L’air de rien, cela demande de l’énergie, du courage. Faire surgir vos émotions profondes bouscule. Je ne le dirai jamais suffisamment.

Pour conclure cette partie du livre : demandez-vous pourquoi vous souhaitez « oser être vous-même » ? Que recherchez-vous ? Concrètement, vous ne pouvez être personne d’autre que vous. Êtes-vous certain que ce que vous cherchez n’est pas déjà en vous ?

Je vous l’avais dit, j’adore que vous réfléchissiez à vos démarches. Je décortique toujours chacune des émotions. C’est ma spécialité.

 

🌻Exercice pratique :

Mon Passé, Mon Présent, Mon Pont

Prenez votre carnet : 

— Décrivez 3 à 5 choses que vous avez laissées derrière vous (une habitude, une relation, une vision de vous même…) 

— Décrivez 3 à 5 aspects de la personne que vous êtes aujourd’hui même si cela vous semble encore flou ou difficile à accepter. 

Quelles nouvelles perspectives vous viennent en y pensant. 

Maintenant construisez un pont en réfléchissant à la dindon dont les expériences de votre passé ont contribué à devenir la personne que vous êtes aujourd’hui 

Identifiez une force que vous tirez de votre passé et qui vous aide aujourd’hui.

🌱CHAPITRE 3 : 

Découvrir sa créativité

Quand je dis aux gens qu’ils sont créatifs, la première réaction est toujours la même : « Je ne suis pas doué(e) dans le domaine artistique. » Cette réponse me fait toujours sourire. (Rassurez-vous, pas mon sourire sadique, promis !) Tout le monde s’imagine que le mot « créatif » symbolise toujours les milieux artistiques. Sauf que c’est faux.

La créativité est partout dans votre quotidien. Avoir une idée, c’est être dans la créativité. Imaginez également le nombre de pensées que vous pouvez avoir dans votre journée, des pensées créatives. Mettre un enfant au monde est créatif. Créer n’importe quel projet, cuisiner, jardiner… Tout ce qui est de l’ordre de la nouveauté est en lien avec cette fameuse créativité.

Vous l’avez compris : lorsque quelqu’un vous dit que vous êtes créatif, c’est que vous l’êtes.

Pas besoin de faire une école d’art ou d’avoir du talent pour vous créer une belle vie. Même dans les pires moments, il y a toujours cette petite flamme prête à prendre pour vous pousser à voir le chemin qui est le vôtre.

Vous avez des richesses inexploitées qui dorment au fond de vous. Personne ne vous apprend à être créatif, à puiser en vous pour développer cette confiance que vous oubliez régulièrement.

Connaître son potentiel, c’est puiser au plus profond de soi. Se découvrir, c’est également savoir de quoi vous êtes capable. Comment le savoir ? En essayant, bien entendu. Pourquoi faire autrement ?

Vous n’avez pas besoin que qui que ce soit vous dise de quoi vous êtes capable. Vous pouvez le découvrir par vous-même.

Vous avez du potentiel. Tout le monde en a. Même si, pendant des années, on vous a rabâché le contraire. Même si vous n’étiez pas bon à l’école. Même si vos parents répétaient sans cesse que vous n’y arriveriez jamais. Écoutez ce qu’il y a dans votre cœur. Vivez vos projets ; s’ils ne fonctionnent pas, ce n’est rien. Vous en recommencerez un autre.

Cessez d’avoir peur de vivre.

Cessez de croire que vous êtes incapable de réussir.

D’ailleurs, qu’est-ce que la réussite ?

Est-ce le résultat ? Ou le parcours ?

Dans cette quête de soi, la réussite se trouve souvent dans la richesse du parcours et la découverte de vos capacités.

À l’heure où tout le monde parle de hauts potentiels, j’ai envie de dire : vous avez du potentiel. Chaque personne en a. Le tout est de ne pas se limiter, ni de s’interdire d’essayer.

Comment voulez-vous savoir ce qui est fait pour vous ?

Votre éducation, l’école, la famille, la société ne vous présentent souvent qu’une petite palette de possibilités… En réalité, vos possibilités sont illimitées. Ne laissez personne vous déstabiliser.

Reprenez confiance en qui vous êtes. Si vous n’êtes pas doué dans un domaine, essayez-en un autre. Rien de plus simple.

C’est dans la créativité de vos pensées que se trouve une partie de votre potentiel. Tout ce que vous avez envie de réaliser, faites-le ; c’est ce qui vous permettra de découvrir les tréfonds de votre potentiel.

Quand je pense que certaines personnes n’ont jamais découvert ce dont elles sont capables, mon cœur se serre. Je ne m’imagine pas un seul moment sans continuer à découvrir ce dont je suis capable.

Bien entendu, tout le monde n’est pas ainsi. Je le respecte. Donc, si vous souhaitez en savoir plus chez vous, n’hésitez pas, lancez-vous. Si ce n’est pas votre cas, c’est également ok ! Ne vous forcez en rien.

Cette quête de travail sur soi doit être un choix de votre part. Les raisons vous appartiennent. À chacun sa méthode ; le principal est que ça vous ressemble. Au plus vous serez à l’aise dans vos choix, au plus votre quête sera agréable.

Découvrir votre potentiel et votre créativité va vous exalter. Prenez le temps d’accueillir cette émotion ; vous pourriez ressentir un sentiment d’extrême puissance. Rassurez-vous, cette sensation passera vite.

Puiser dans la créativité, c’est ce que je fais continuellement. Cet exercice est celui qui m’amuse le plus. Aller puiser en moi, le plus loin possible pour pouvoir avancer, me découvrir, me révéler.

Avec le temps, j’ai découvert des facettes de moi que je n’aurais jamais soupçonnées, surtout si ma vie avait tourné autrement. J’ai trouvé la force de me renouveler en permanence. Affronter le chaos pour mieux me relever par la suite. Tel un phénix, j’ai appris à renaître de mes cendres. Échec après échec, je me suis relevée, comme si en moi l’espoir ne s’éteignait jamais. Même lorsque j’ai vacillé dans le noir le plus complet, j’ai toujours eu cette petite mèche qui restait allumée dans un coin de mon âme.

Il m’arrive de m’écrouler. Dans ces moments-là, c’est difficile, douloureux. Je suis comme vous. Alors j’enclenche le mode survie, ce qui me permet de plonger dans ma créativité pour y puiser mon potentiel. Celui que je n’aurais jamais soupçonné si je n’avais pas vécu toutes mes défaites.

Votre potentiel est illimité, la créativité l’est encore plus. Dites-vous que vos rêves, vos projets… le sont tout autant. Si ce que vous désirez le plus ne se réalise pas, dites-vous qu’il est possible d’avoir d’autres rêves. Au plus vous en avez, au plus vous pourrez les réaliser.

Travaillez sur vous. Apprenez à vous poser les bonnes questions. N’hésitez pas à explorer des chemins inexplorés.

Je sais que vous allez me demander comment faire pour découvrir votre créativité.

En réalité, c’est très simple. Il vous faut prendre conscience de qui vous êtes. Découvrir vos limites.

Pourquoi vous sentez-vous limité ?

Est-ce vous qui vous freinez ?

Ou vous a-t-on rabaissé dans vos envies ?

Essayez déjà de découvrir vos blocages. Ce serait un nouveau pas vers votre réalisation.

La prise de conscience de vos possibilités est importante. Je vous préviens, cette quête vous suivra toute votre vie. Vous évoluez, et à chaque nouvelle étape, de nouvelles capacités s’inviteront à vous. C’est ce que j’aime dans cette recherche de découverte de soi : les possibilités infinies qui s’offrent à vous.

Franchir cette étape, c’est un pas de plus vers la confiance en vous.

Le début de l’éveil, c’est le début de la compréhension de votre inconscient.

« Votre quête de découverte libérera votre potentiel. »

 

🌻Exercice pratique : 

Notez sur votre carnet : 

— Vos 3 forces inattendues, identifiez 3 de vos qualités ou vos trois talents sans les minimiser.

🌱 CHAPITRE 4 : Zone de confort ?

“L’équilibre pour atteindre votre épanouissement”

Oser être soi, c’est se libérer d’un carcan qui n’est pas le vôtre. Il s’agit de dépasser ce que je nomme la « zone grise » dans laquelle vous évoluez. Bienvenue dans cet espace où vous êtes peut-être enfermé—e, pensant qu’il s’agit de votre zone de confort. Un lieu où vous vivez sans réelle satisfaction.

Vous allez vous dire : « Mais que me raconte-t-elle ? Une zone grise ? Et la zone de confort, alors ? »

Dans ce chapitre, je vais vous parler de trois zones émotionnelles :

 — La zone grise

 — La zone de confort

 — La zone à risque

Je vous en dis plus maintenant, vous comprendrez rapidement. Promis.

Comme je suis gentille, je vais vous aider en vous posant quelques questions :

 — Vous sentez-vous à part ?

 — Avez-vous l’impression que personne ne vous comprend ?

 — Agissez-vous à cause des pressions de votre entourage ?

 — Avez-vous peur d’évoluer dans le domaine qui vous attire réellement ?

Si ces questions vous parlent, je vous annonce que vous êtes bel et bien en zone grise.

Qu’est-ce que la zone grise, me direz-vous ? C’est votre zone de survie, la sphère dans laquelle vous ne vous sentez pas en équilibre.

Imaginez que c’est la saison de l’automne et que sur votre chemin se trouve une multitude de feuilles glissantes. La zone grise, c’est exactement cela : un terrain instable et à déblayer pour avancer. C’est la zone émotionnelle que chacun essaie de soulager comme il le peut. Cette zone n’est en rien une zone de confort, bien au contraire.

La zone de confort, comme son nom l’indique, doit être confortable. Vous devez vous y sentir en sécurité, indépendant—e. C’est également dans cette zone que vous allez pouvoir recharger vos batteries en toute quiétude.

Revenons à la zone grise avant d’aller plus loin. Être émotionnellement bloqué dans cet espace vous rend bien plus fragile que vous ne l’imaginez. Imaginez que vous êtes prisonnier, enchaîné par des liens solides.

À chaque mouvement, une douleur insupportable vous oblige à rester immobile, vous épuisant inévitablement. Vous y perdez petit à petit votre énergie vitale. C’est exactement ce qu’est la zone grise. Elle vous retient fermement par vos peurs, vos blocages, la toxicité de vos relations… vous empêchant d’avancer, vous forçant à rester à votre place, ce qui vous épuise au fur et à mesure. Souvent, ces entraves agissent sur vous de manière inconsciente, rendant d’autant plus difficile d’en prendre la pleine mesure.

La seule façon d’y échapper serait de vous libérer de vos chaînes. Si vous n’y arrivez pas, vous vivrez des émotions frustrantes, angoissantes, mêlées de colère, de désillusions…

Sortir de cette zone, c’est faire un saut dans le vide. Aller vers l’inconnu. C’est ce que la majorité des personnes appellent « quitter sa zone de confort ». Or, vous vous leurrez : vous n’êtes pas dans une zone sécurisée. Ce sont simplement les chaînes qui vous retiennent, en vous berçant d’illusions. Alors, quittez sans regret cette zone qui vous étouffe chaque jour un petit peu plus.

Avancez un pas devant l’autre. Prenez conscience de ce qui vous bloque afin de vous en libérer rapidement.

Un petit rappel utile : personne n’a le droit de décider de votre avenir à votre place. Pensez à vous avant tout. C’est peut-être égocentrique, voire même individualiste, mais pour être sûr—e de vous, vous n’avez pas le choix.

L’avis des autres peut être intéressant s’il s’agit de critiques constructives pour vous aider à évoluer vers votre but, et non vous démolir. Vous n’avez qu’une seule vie, alors profitez-en au maximum pour vous réaliser. Personne ne mérite votre soumission et encore moins votre dévouement. Vous devez être libre de vos choix, en pleine conscience.

Vous libérer de cette pression qui vous étouffe un peu plus chaque jour n’est pas le plus simple. Le premier pas est déjà de prendre conscience que vous êtes libre de vivre la vie que vous souhaitez. Une fois que vous aurez réalisé qu’un autre chemin vous attend, vous vous sentirez déjà un peu mieux. Ensuite, le pas le plus difficile est celui de la désobéissance ou de l’affrontement tout dépend de votre situation. 

Si votre entourage vous met la pression, comprenez que vous devez vous en libérer. « Se libérer » ne veut pas dire tout quitter du jour au lendemain, ni effacer les personnes de votre vie, entendons-nous bien. Vous devez sentir que vous avez le contrôle sur vos choix et sur votre vie, pour apprendre à vous affirmer face à votre entourage. Cette prise de conscience vous aidera à aborder chaque étape de votre vie bien plus facilement. Vos choix, vos décisions, vous amèneront alors sur des chemins heureux. Bienvenue dans votre zone de confort.

Parlons de la « zone à risque » maintenant. L’étape ultime, celle de la prise de risque comme son nom l’indique. Il s’agit de quitter votre zone de confort pour réaliser vos plus grands rêves. Ayant trouvé l’équilibre, vous pouvez maintenant foncer tête baissée vers ce que votre cœur vous dicte, sans retenue.

Vous allez me dire : « Bon d’accord, super, mais où se trouve le risque dans cette démarche ? » J’y viens. Ne vous impatientez pas.

J’ai nommé cette zone « risque » précisément parce que beaucoup de personnes décident de se lancer directement de la zone grise à la zone à risque, pensant à tort être dans une zone de confort initiale. C’est un peu comme sauter en parachute sans vous être entraîné(e) avant. Si vous ne savez pas activer votre parachute, vous risquez de vous faire mal. Bien sûr, vous avez une chance de réussir, mais c’est une méthode très hasardeuse avec un faible taux de réussite. 

C’est dommage, car si vous aviez compris qu’il ne fallait pas brûler les étapes, vous auriez eu bien plus de chances de succès.

Je vous laisse méditer sur ces zones émotionnelles.

Récapitulatif :

 — Zone grise : frustrations, mal-être, doutes, blocages…

 — Zone de confort : équilibre, liberté, indépendance, épanouissement.

 — Zone à risque : Satisfaction, euphorie…

Alors, quelle zone préférez-vous ?

 

🌻Exercice pratique :

— Pensez à un aspect de votre vie que vous considérez comme imparfait à vos yeux. Un aspect qui vous rend anxieux. ( Votre zone grise) Au lieu de juger cet aspect tentez de le comprendre en notant ce qu’il vous apporte ou ce qu’il vous a appris. 

— Notez maintenant une vérité que vous vous êtes longtemps cachés. (Le coucher sur votre carnet peut-être libérateur).

« Bientôt la suite sera publiée, en attendant n’hésite pas à me laisser un commentaire pour me soutenir ⬇️ »

Faux Semblants

Et si la personne qui vous aime le plus était aussi celle qui vous mène à votre perte ?

Méline pense connaître Baptiste : son meilleur ami, son protecteur. Mais sous sa façade douce se cache un psychopathe brillant, dont l’amour toxique pour Méline le pousse à manipuler et à tuer. Pour sa “poupée de porcelaine”, Baptiste est prêt à tout, éliminant quiconque la blesse ou s’approche trop près.

Méline, elle, aspire à l’indépendance, ignorant qu’elle vit sous sa surveillance constante. Pourtant, autour d’elle, les disparitions et les accidents suspects se multiplient, des ombres discrètes que personne ne relie à son fidèle ami.

Quand une nouvelle mort inexplicable survient dans l’entourage de Méline, l’affaire est confiée au Capitaine David Pichau et au Lieutenant Nicolas Leclerc. Ce duo d’enquêteurs aux méthodes opposées, l’un guidé par une intuition déroutante, l’autre par une logique froide. se heurte à une hiérarchie soucieuse de discrétion.

Plongez au cœur d’un thriller psychologique sombre, où l’amour obsessionnel est une menace mortelle.

Méline découvrira-t-elle la vérité sur le masque de Baptiste avant qu’il ne soit trop tard ?

Chapitre 1 | La poupée de porcelaine

Méline croit connaître Baptiste, mais en réalité, elle ignore tout de son meilleur ami. Elle le juge joyeux, sensible, doux, empathique, généreux…

Il n’est rien de tout cela. La seule vérité concernant Baptiste est sa volonté de protéger celle qu’il aime, Méline ; la seule personne pour qui il éprouve du plaisir à tuer.

Naïve, Méline est bien loin de se douter de la véritable nature de son ami de toujours. Leur histoire, teintée d’une complicité forgée dans l’adversité, a commencé dès l’enfance : tous deux orphelins, l’orphelinat des coccinelles, leur a ouvert ses portes.

Dès que Baptiste posa les yeux sur Méline, il la compara à une poupée de porcelaine aux yeux émeraudes, belle, fragile. Il sentit son cœur battre dans sa poitrine pour la première fois. Alors, il fit une promesse silencieuse : celle de protéger cette petite fille qu’il voyait brisée.

C’est dans ce rôle de protecteur qu’il a bâti sa façade.

Petite, Méline était renfermée, conséquence des mauvais traitements dont elle avait été victime.

Baptiste ne supportait pas de la voir ainsi recroquevillée sur elle-même. Pour la faire rire, il prenait sur lui, apprit à devenir doux et gentil.

Tout ceci n’était qu’une comédie, un masque qu’il enfilait pour satisfaire celle qui, pour la première fois de sa vie, le rendait vivant.

Mais cette “vie” qu’il trouvait en Méline n’était qu’un écho tordu d’une autre forme de plaisir qu’il avait découverte bien plus tôt.

Baptiste avait perdu ses parents dans un incendie accidentel ; c’était la version officielle. La vérité est qu’il avait lui-même provoqué ce brasier qui avait dévasté sa maison et tué ses parents maltraitants.

À l’époque, tapi dans l’ombre, il avait aimé assister à ce spectacle. Il se souvient d’avoir ressenti un plaisir intense, la première émotion qu’il avait éprouvée depuis sa naissance. Sa seconde émotion fut face à Méline.

Diagnostiqué comme un enfant extrêmement intelligent, Baptiste s’en servait à merveille. Personne ne le soupçonnait jamais de rien ; son visage poupon et son sourire enjôleur de l’époque l’aidaient à se placer hors de tout soupçon, et il en jouait à sa guise.

Cette maîtrise précoce de la manipulation lui a permis de tisser sa toile protectrice autour de la douce Méline.

C’est ainsi qu’il s’est construit autour d’elle, la surveillant et la protégeant de tout. Lorsque Méline pleurait à cause de quelqu’un, enfant ou adulte, Baptiste intervenait.

Il y eut des empoisonnements malencontreux aux produits toxiques, des glissades dans les escaliers et d’autres accidents orchestrés par un Baptiste des plus créatifs.

Même si pour la directrice de l’orphelinat quelque chose clochait, elle accusa d’autres jeunes qui étaient de petits délinquants.

D’ailleurs, Baptiste se laissait intimider par ce petit groupe, s’octroyant ainsi la protection de la directrice.

Méline n’avait jamais rien soupçonné. Pas même les événements les plus sordides liés à sa propre protection. Même lorsque Hugo l’avait tourmentée en glissant ses doigts sous sa culotte. Baptiste, qui observait tout attentivement, avait remarqué l’attitude de ce jeune adolescent de quatorze ans, alors que Méline n’en avait que onze.

Hugo fut retrouvé mort dans la forêt, assassiné par un pervers qui passait par là. D’après la police, c’était un pédophile qui sévissait dans la région.

Baptiste s’en amusa : il connaissait bien le tueur, vu que c’était nul autre que lui-même.

Même à treize ans, il ne laissait jamais aucune trace. Il était fasciné par la science, mais également par tout ce qui concernait la médecine légale et la criminalistique.

Baptiste passa son baccalauréat à quatorze ans, alors que Méline peinait à réussir ses études. Cette divergence de chemins n’a fait que renforcer sa mainmise et son rôle dans la vie de Méline.

À dix-huit ans, Baptiste quitta l’orphelinat. Il avait suffisamment gagné d’argent en inventant une application internet qu’il avait revendue à prix d’or. Il réussit à sortir Méline de l’orphelinat grâce à son avocat. Depuis lors, il s’occupe d’elle.

Méline était reconnaissante de tout ce que Baptiste avait fait pour elle. Bien souvent, elle s’en voulait de ne rien pouvoir faire en retour. Elle aurait aimé le soutenir davantage, mais Baptiste se montrait toujours fort et mature pour eux deux. Il était simple pour Méline de se reposer sur lui.

La prévenance de Baptiste faisait fondre son cœur depuis qu’il s’était approché d’elle. Il lui avait souri, en lui tendant la main. Il était le seul à la voir, elle, à l’écouter, à la consoler. Il était tout pour elle.

Méline le savait depuis ses quinze ans : elle était amoureuse de son meilleur ami. Un secret qu’elle n’était pas prête à révéler à qui que ce soit, et encore moins à la personne concernée. Il était hors de question qu’elle perde l’homme le plus important de sa vie.

Elle espérait secrètement que Baptiste la verrait un jour comme une femme, et non comme la petite fille perdue qu’elle avait été par le passé.

Méline avait aujourd’hui vingt-cinq ans. Elle ne vivait plus avec Baptiste et ne dépendait plus de lui. Elle avait quitté leur maison commune cinq ans plus tôt, la mort dans l’âme. À l’époque, elle avait eu besoin de prendre du recul face à un Baptiste de plus en plus possessif, qui finissait par l’étouffer. Il critiquait tout ce qu’elle faisait, ainsi que les amis qu’elle fréquentait.

Elle l’aimait, mais elle souhaitait vivre sa vie librement, même si cela déplaisait à celui qui lui avait tendu la main. Aussi, dès qu’elle fut enseignante, elle prit son indépendance. Il était temps que chacun vive sa vie.

À son grand étonnement, Baptiste l’avait aidée à trouver son nouveau logement et à s’y installer correctement.

Méline ignorait simplement que son appartement était truffé de caméras vidéo cachées, toutes installées par Baptiste. Il gardait ainsi un contrôle à distance sur la vie de Méline.

Chapitre 2 | La traque commence

Méline avait pris Marcel comme on adopte une habitude. Un jeune homme de son âge, certes, mais qu’elle voyait avant tout comme une distraction nécessaire à son équilibre personnel.

La pudeur, Méline ne connaissait plus. Depuis ses dix-huit ans, les rapports sexuels étaient réguliers. Elle ne voyait aucun intérêt à s’amouracher, surtout émotionnellement. S’amuser avec ses partenaires, voilà ce qui comptait. Marcel lui offrait des moments plus qu’agréables, et elle le voyait fréquemment depuis des mois. Il était beau, un charisme évident, mais sa conversation était creuse. Cela tombait bien, Méline ne lui demandait pas de débats profonds. Pourtant, ces dernières semaines, l’ambiance avait changé. La relation avait glissé vers une dynamique qui plaisait de moins en moins à Méline.

Marcel appelait de plus en plus, se montrait possessif. Il avait même commencé à critiquer son physique, lui suggérant de perdre du poids. Méline l’ignorait. Elle se sentait bien dans son corps, et personne ne la ferait douter de qui elle était.

Un matin, elle avait retrouvé Marcel qui l’attendait devant le grand portail du lycée où elle enseignait. Il était en plein milieu du passage, à la vue de tous les élèves, ce qui avait fortement ennuyé Méline. Furieuse ce jour-là, elle avait traversé la rue de rage, sans un regard pour l’homme qui s’immisçait dans sa vie.

Elle hésita à se rendre au commissariat pour porter plainte, préférant attendre de voir si Marcel oserait recommencer. C’en était trop. La jeune femme décida, à la fin de ses cours, de mettre fin à cette relation pour passer à autre chose. Elle lui avait envoyé un SMS pour cesser cette relation absurde. À part un “vu”, elle n’avait eu aucune autre réponse. Elle pensa naïvement que Marcel avait compris et que tout était enfin terminé. Sauf qu’il n’en était rien. Elle le découvrit en voyant Marcel devant la devanture du petit salon de thé, Le Cosy, leur lieu de retrouvailles, à Baptiste et elle, chaque lundi.

La jeune femme n’aimait pas que ses conquêtes croisent la route de Baptiste. Elle savait son meilleur ami très protecteur, et elle se demandait comment celui-ci allait réagir s’il prenait connaissance des agissements de Marcel. Marcel, ne percevant pas le malaise de Méline, s’avança vers elle. Sûr de lui, conquérant, il était vêtu de son jean noir, d’une chemise de la même couleur et de son éternelle veste en cuir. Il jouait avec ses clés, un tic nerveux qu’il avait lorsqu’il était au bord de l’implosion. Il devait faire comprendre à Méline qu’elle ne pourrait pas se libérer de lui aussi facilement. Il décida que ce jeu devait cesser. Méline devait lui appartenir et surtout lui obéir, en bonne petite chose qu’elle était. Un souffle glacial s’abattit sur sa nuque, une présence dans son dos qui le mit mal à l’aise. Il ne comprenait pas qui pouvait lui donner une telle sensation. Il se retourna vivement face à un homme pas plus grand que lui, vêtu d’un costume gris pâle, d’une chemise blanche, l’homme d’affaires dans toute sa splendeur. Un visage doux, un sourire en coin qui le narguait, un regard qui le mit en alerte. Des yeux sombres, menaçants, qui tranchaient avec l’allure de l’homme face à lui. Un frisson lui glaça le sang. Il ne s’expliquait pas cette réaction. Il resta coi quelques secondes, se rappelant pourquoi il était ici.

Il chercha Méline du regard. Elle était en face de lui, fixant l’homme à ses côtés. Aucun doute, ces deux-là se connaissaient. Étaient-ils en couple ? L’avait-elle trompé ? Cela pourrait expliquer l’attitude de l’homme, du moins, c’est ce que se disait Marcel. Le temps s’était refroidi. Un vent glacial s’abattait sur eux. Ils étaient tous les trois figés, comme un arrêt sur image. Méline, sur ses gardes, se demandait comment Baptiste allait réagir face à un Marcel qui la menaçait. Marcel tentait d’analyser la scène, pensant qu’il avait le dessus sur la situation en prenant Méline en flagrant délit avec son petit ami officiel. Il s’en félicita. Baptiste avait enfin face à lui celui qu’il avait maintes fois observé derrière la caméra. Il savait que ce type était un prédateur, il pouvait le sentir au plus profond de ses entrailles. Si ce type était devant Le Cosy ce matin, c’est qu’il suivait Méline. Baptiste l’avait déjà surpris à fouiller l’appartement de la jolie rousse. Il l’avait déjà pris en chasse il y a une dizaine de jours pour l’étudier de plus près.

Baptiste savait quoi faire de cet homme qui avait décidé de s’en prendre à Méline. Un seul prédateur avait le droit d’être à ses côtés : lui. C’est ce que pensait Baptiste à cet instant précis.

Méline fit le premier pas en direction de Baptiste pour rechercher sa protection. — Pour une fois, tu es à l’heure. C’est à marquer d’une pierre blanche. Le ton léger adopté par Méline ne trompa pas Baptiste qui la connaissait par cœur : son sourire qui n’atteignait pas ses yeux, sa voix sciemment adoucie, c’était tout sauf naturel. Sans parler des raideurs de son corps qu’elle tentait de masquer. Baptiste n’était pas dupe. Méline se retourna vers Marcel, faussement surprise. — Que fais-tu ici ? Tu te promènes dans le coin ? Bien entendu, tous les trois savaient que ce scénario était un mensonge. Mais Méline avait envie d’y croire et surtout de désamorcer la situation. Marcel sourit de toutes ses dents, pensant qu’il perturbait ce moment. En un sens, c’était vrai. Mais il n’avait aucune idée des pensées assassines de Baptiste. Baptiste serra son amie contre lui, l’embrassa tendrement sur la joue et sur le front, comme à son habitude. Sauf que ce matin, son geste était beaucoup plus possessif. Marcel serra les dents à cette vue. Il comprenait que l’homme face à lui n’était pas un adversaire facile. Quelque chose chez cet inconnu le rendait perplexe. Il n’arrivait pas à mettre le doigt dessus. Cet homme n’était pas plus surpris que ça de le voir ici. Marcel avait même l’impression que cet homme le connaissait déjà, ce qui le mit très mal à l’aise. — Heureux de te voir, Méline. Tu nous présentes ? insista Marcel, provocateur. Il était hors de question qu’il se laisse écraser par l’homme qui serrait Méline dans ses bras avec possessivité.

— Oui, bien sûr. Méline était mal à l’aise, les deux hommes le savaient pertinemment. — Baptiste, je te présente Marcel. Mon ex, précisa-t-elle. Marcel grimaça légèrement des dents, ce qui n’échappa pas à Baptiste qui lui ajusta un sourire poli. — Marcel, voici Baptiste, mon meilleur ami, insista-t-elle. Les deux hommes se serrèrent la main dans une ambiance tendue. Marcel affirma sa supériorité en écrasant la main de Baptiste, qui lui avait conservé une poigne tranquille. Un rictus apparut sur le visage de Baptiste.

Méline observait les deux hommes silencieuses. Elle ressentit pour la toute première fois le danger émaner de son meilleur ami.

Sans le savoir Marcel était devenu la proie de Baptiste, cet instant scella le destin de Marcel.

Chapitre 3 | La fin programmée 

Marcel termina sa journée comme à son habitude en se rendant à sa salle de musculation. Aujourd’hui plus que jamais, il avait besoin de se défouler. Il y avait beaucoup de monde en ce mercredi soir, il en avait l’habitude mais il détestait tout ce remue-ménage.

Depuis sa rencontre avec Méline et le fameux Baptiste, il n’avait plus approché la jeune femme. Non pas par peur, mais parce qu’il réfléchissait à cet homme qui était à ses côtés et à ce qu’il avait ressenti en sa présence. Il voulait en savoir plus sur cet étranger. Perdu dans ses pensées, Marcel ne faisait pas attention à ce qui se passait autour de lui.

Il ne s’imaginait pas être suivi depuis de nombreux jours et pourtant, une ombre silencieuse le traquait. Baptiste ne lâchait pas sa proie des yeux, ses pupilles sombres fixées sur Marcel avec la patience d’un prédateur.

Il avait mûrement réfléchi à la manière de s’en débarrasser, esquissant mentalement divers scénarios.

Une envie primaire, presque jubilatoire, le poussait à le torturer dans son sous-sol insonorisé, à lui arracher des hurlements fibre par fibre. Mais cela attirerait bien trop l’attention s’il agissait de la sorte.

La disparition de cet homme pourrait inquiéter son entourage, et Baptiste détestait les complications. Parce que Baptiste le savait pertinemment : cet homme n’était pas célibataire. Il vivait en couple avec une femme, une femme aussi naïve que Méline, une autre de ces âmes simples, à ses yeux.

Baptiste ne comprenait pas comment cette femme pouvait ne pas se rendre compte de ce qu’était réellement l’homme qui partageait sa vie. Contrairement à lui, Marcel ne s’embarrassait pas à cacher sa véritable nature. Il n’était pas un psychopathe, non, pas même un être digne d’une attention clinique, juste un simple connard.

C’était en tout cas l’analyse, froide et définitive, qu’en faisait Baptiste. Une analyse qui scellait le destin de Marcel.

Après quelques recherches discrètes, la vérité s’était dévoilée : la femme qui partageait la vie de Marcel était infirmière. Une infirmière. L’information avait fait germer une idée, non pas juste “lumineuse”, mais éclatante de perversité dans l’esprit de Baptiste.

Il allait empoisonner Marcel. Et il avait décidé que ce serait aujourd’hui.

Le chaos organisé de la salle de sport était une aubaine, une couverture parfaite. Chaque recoin grouillant de corps, chaque angle mort dans le ballet incessant des sportifs, Baptiste l’avait scrupuleusement cartographié dans son esprit.

Il avait fait attention d’éviter chaque caméras de surveillance. Il n’était pas fou, juste calculateur, et il ne voulait laisser aucune trace de son passage, aucune empreinte numérique ou physique.

Ceci devait être perçu comme un accident banal, une simple crise cardiaque, l’issue tragique d’un effort trop intense.

Pourtant, Baptiste était frustré. Cette façon de mourir, trop clémente, lui laissait un goût amer. Il aurait préféré la lente agonie, la peur palpable. Il

assisterait malgré tout à son effondrement, à ses derniers instants. Il se contenterait de ça.

Marcel, comme à son habitude, aimait s’abreuver de ces boissons énergisantes aux couleurs criardes. Baptiste avait repéré sa bouteille dans le filet latéral de son sac de sport, posé nonchalamment sur le banc.

D’un geste fluide et presque invisible au milieu du brouhaha ambiant, il réussit à la subtiliser. Ses doigts fins recouvert de gants en latex, effleurèrent le bouchon, déjà ouvert par Marcel.

Un sourire mince, presque imperceptible, étira ses lèvres. Marcel, dans sa négligence, venait de l’aider.

Un petit frisson de plaisir parcourut Baptiste. La mort, pour cet “simple connard”, était à portée de main.

Tout ceci n’était qu’un jeu d’enfant pour Baptiste. Avec un sourire sadique et parfaitement contenu, il sortit une petite fiole de sa poche intérieure. Le liquide incolore, presque inodore, se déversa sans un bruit dans la bouteille énergisante de Marcel, se mêlant sans effort au liquide bariolé.

Il la referma avec une précision chirurgicale, puis la replaça, imperceptiblement, dans le sac de Marcel.

Marcel était tellement perdu dans le labyrinthe de ses pensées, hanté par l’image de Baptiste, qu’il n’avait absolument rien vu.

Seul un picotement étrange dans la nuque l’avait fait tressaillir. Il jeta un œil autour de lui, ses yeux balayant la foule indifférente, mais il n’y avait personne qui le fixait.

Pourtant, la sensation qu’il venait de ressentir, cette imperceptible piqûre, ressemblait étrangement à celle qui l’avait parcouru le jour de sa rencontre avec Baptiste.

Il ria intérieurement à cette pensée, un rire sec et amer. Devenait-il paranoïaque ? Lui, le prédateur, réduit à se méfier de son ombre ? C’était ridicule.

Il se reprit rapidement, secouant la tête pour chasser ces “idées folles”, avant de récupérer dans son sac de sport sa petite serviette éponge et sa bouteille énergisante.

Marcel se rafraîchit le visage, l’eau froide tentant d’éteindre l’agitation intérieure, avant de sortir des vestiaires.

Il était prêt à en découdre avec les appareils de musculation, à purger son esprit par l’effort physique.

Il porta la bouteille à ses lèvres et but une bonne gorgée. Cette fois, le goût détonnait, une subtile amertume se mêlant à la saveur artificielle qu’il connaissait si bien. Il vérifia la date de péremption à tout hasard, son pouce frottant le plastique. C’était impossible, il venait juste d’acheter cette bouteille.

Une nouvelle pensée douteuse tenta de s’insinuer, mais il l’écarta, avec l’obstination de l’homme qui refuse de voir l’évidence. Il devait certainement dérailler.

Alors qu’il essayait de rationaliser l’irrationnel, un homme qu’il connaissait bien, un habitué de la salle, vint lui parler, le saluant bruyamment. Cette interaction fortuite le distrayait de ses idées jugées ridicules, le tirant temporairement du piège dans lequel il s’enfonçait.

Pendant ce temps, Baptiste l’observait. Caché dans l’ombre d’un appareil de musculation, ses yeux noirs suivaient chaque mouvement de Marcel.

La satisfaction gonflait sa poitrine à la vue de Marcel ingurgitant le poison dans une seconde gorgée.

Un lent sourire se dessinait sur ses lèvres, un sourire que personne ne vit, et encore moins Marcel.

Doucement, insidieusement, le poison se répandait dans l’organisme de Marcel.

Puis, ce fut le choc. Une douleur foudroyante transperça le thorax de Marcel, une étreinte glaciale qui le saisit à gauche, précisément au niveau du cœur.

Son visage se contracta, il s’agrippa à sa poitrine, le souffle coupé, l’air refusant d’entrer dans ses poumons.

Autour de lui, la salle de sport, jusque-là bruyante et chaotique, se transforma en un kaléidoscope flou. Tout tanguait, les lumières scintillaient, et une lourdeur insupportable irradiait le long de son bras, engourdissant ses doigts.

Il ne comprenait pas, ne pouvait pas comprendre ce qui lui arrivait.

Autour de lui, le murmure de la salle se mua en un crescendo d’affolement. Des voix paniquées s’élevèrent. “Appelez les secours ! Quelqu’un !”.

Des gestes désordonnés, des premiers secours tentés par des inconnus. Mais tout cela ne servait à rien, Baptiste le savait.

Il voyait la vie quitter les yeux de Marcel.

Un frisson délicieux le parcourut alors qu’il jubilait de voir Marcel dans cet état de détresse absolue, sa fin programmée, inéluctable. Il aurait aimé que Marcel le voir avant de mourir mais il accepta la situation actuelle.

Le corps de Marcel s’effondra lourdement. Marcel n’était plus. Sa vie lui avait été arrachée, silencieusement, méthodiquement, pour la plus grande satisfaction de Baptiste.

À partir de maintenant, Méline serait libre. Et c’était tout ce qui comptait pour lui.

 

Chapitre 4 | Une Affaire Délicate

Le commandant Artus Menin appela ses deux meilleurs hommes, le capitaine David Pichau et le lieutenant Nicolas Leclerc.

Les deux agents étaient reconnus pour leur flair et leur persévérance. S’il y avait anguille sous roche, ils la trouveraient, telles de véritables fouines qui ne lâchent jamais rien.

Le matin même, le commandant Menin avait été contacté par le commissaire divisionnaire, lui-même réveillé aux aurores par le procureur de la République. Autant dire que l’affaire s’annonçait très délicate.

La nièce du procureur venait de perdre son fiancé et elle était convaincue que la mort de l’homme qu’elle aimait n’était pas naturelle.

Les deux hommes pénétrèrent dans le grand bureau du commandant, qui ressemblait à un véritable champ de bataille administratif. Des piles de dossiers jaunis et éparpillés s’amoncelaient sur chaque surface disponible : le bureau, les étagères bancales, et même le sol, formant de petites montagnes instables.

L’air, lourd et confiné, portait l’odeur entremêlée de café froid, de papier vieilli et d’une pointe de tabac froid, malgré l’interdiction de fumer.

La lumière du jour peinait à percer les stores à demi fermés, laissant le bureau dans une pénombre poussiéreuse qui donnait aux liasses de documents des allures de spectres figés. Chaque objet semblait raconter une histoire inachevée, une enquête en suspens, un crime jamais vraiment oublié.

— Bonjour, messieurs, j’ai une affaire pour vous, déclara le commandant.

Nicolas et David attendaient, impatients. Ils étaient souvent convoqués pour des dossiers d’envergure, mais en ce moment, ils s’occupaient d’affaires sans grande importance. Ils s’ennuyaient un peu, alors cette convocation matinale était un signe positif.

Artus Menin hésita à leur présenter cette affaire qui n’avait rien d’un grand dossier. Tout portait à croire que le procureur voulait simplement rassurer sa nièce, qui refusait d’admettre la mort de celui qu’elle aimait.

Sa grimace et son hésitation mettaient sur les nerfs le lieutenant et le capitaine.

— Fermez la porte, demanda-t-il, s’accordant un instant de réflexion.

David et Nicolas échangèrent un regard méfiants. David croisa les bras, sa mâchoire se crispant légèrement. Artus Menin se passa la main dans les cheveux.

— Je ne vais pas passer par quatre chemins, dit-il, fixant ses hommes avec une assurance feinte avant de se lancer. Le commissaire a été réveillé aux aurores par le procureur de la République. Sa nièce… Il chercha ses mots. Sa nièce a perdu son fiancé. Il avait vingt-huit ans et il est mort d’un arrêt cardiaque dans une salle de musculation.

David et Nicolas furent déçus, mais n’en laissèrent rien paraître. Ils connaissaient la hiérarchie : lorsqu’un procureur demandait un service, ils ne pouvaient en aucun cas refuser. Quoi qu’ils en pensent, ils allaient devoir enquêter.

— Voici le dossier. D’après les témoins, l’homme venait à peine d’utiliser le banc de musculation. Pas d’exercices de cardio, rien. Il a fait une crise cardiaque, comme ça, d’un coup.

David haussa un sourcil, ouvrant le dossier que lui tendait le commandant Menin. Il eut cette étrange intuition que quelque chose clochait. Il lut rapidement le dossier : il y avait une incohérence entre le récit de la fiancée et l’emploi du temps de la victime. Marcel Lorgniau disait qu’il travaillait comme architecte à son compte, mais l’enquête ne révélait aucune activité professionnelle. Il vivait malgré tout chichement. Drogue ? Ce fut la première question que David se posa.

Nicolas, quant à lui, récupéra le rapport d’autopsie. Tout avait été vérifié : pas de drogue, pas d’alcool, pas de produits suspects. L’homme était en très bonne santé.

— Vous attendez une confirmation que sa mort était bien naturelle ? demanda Nicolas.

Vu les éléments, il n’y avait rien de compromettant, tout paraissait normal.

David n’était pas du même avis. Il leur arrivait souvent de ne pas être d’accord sur les affaires, mais ils ne se prenaient jamais la tête, bien au contraire. Ils trouvaient intéressant de confronter leurs différents points de vue, ce qui les aidait énormément dans l’avancement de leurs dossiers.

— Je vous demande de faire une enquête sur ce type, voir à qui on a affaire. Rien de plus. Si des éléments viennent s’ajouter, nous aviserons. Pour le moment, la nièce du procureur doit être rassurée sur la vie parallèle que menait son fiancé.

— Très bien, répondit David.

— Enquêtez avec discrétion, s’il vous plaît.

— Cela va de soi, répondit Nicolas.

Les deux hommes quittèrent le bureau bordélique de leur commandant pour se réfugier dans le « placard à balais » qui leur servait à tous deux de bureau.

L’endroit, à peine plus grand qu’un cagibi, sentait le vieux bois et une vague odeur de produit d’entretien.

Des étagères chargées de cartons poussiéreux et de rapports oubliés encadraient leurs deux petits bureaux métalliques, à peine éclairés par un néon qui clignotait parfois, agaçant les nerfs de Nicolas.

— Tu en penses quoi ? demanda Nicolas à David.

— Je ne sais pas trop. Si on se fie aux éléments de l’autopsie, rien n’a été trouvé dans le dossier. Un homme en bonne santé qui fait subitement un arrêt cardiaque pendant une séance de sport… Ça arrive.

Nicolas pensait la même chose. Même s’il trouvait triste que l’homme soit mort si tôt, cela pouvait effectivement arriver.

— Par contre, reprit David, en posant le dossier sur son bureau, la vie du type n’est pas claire. On peut toujours enquêter là-dessus et voir où ça nous mène. Le type ne travaillait pas mais avait un sacré train de vie ; il faudrait se renseigner s’il avait des économies quelque part. Et toi, tu as quoi ?

— D’après un témoin de la salle de sport, un certain Michel Dubois, adepte des haltères, il paraîtrait que ce fameux Marcel y rencontrait des filles et s’en donnait à cœur joie. Le témoin avait même précisé qu’il était “un vrai Don Juan des machines”.

David souffla, une frustration palpable dans l’air. Il se pinça l’arête du nez, un geste qu’il faisait souvent quand une affaire s’annonçait décevante.

Ce dossier n’avait rien d’extraordinaire. Un adultère, un trafic de drogue, ou même les deux, mais rien de plus. Il était légèrement déçu.

Nicolas le secoua gentiment. Un sourire en coin, il tentait de briser la morosité de son coéquipier.

— Je te propose d’aller nous renseigner. Commençons par la salle de sport. Il y allait tous les jours. Au moins, on aura de quoi s’occuper.

David acquiesça.

Chapitre 5 | Premiers doutes

David ronchonnait durant tout le trajet. Nicolas, exaspéré, lui demanda de s’expliquer.

— Depuis le début de cette affaire, quelque chose te tracasse, tu peux m’expliquer ?

Un grognement inaudible sortit de la bouche de David qui était sur le point d’imploser. Sa mâchoire se serrait, signe habituel d’une frustration grandissante. Ses yeux gris, habituellement perçants, étaient plissés de contrariété. Il tenta de se calmer et de mettre au clair ses pensées, parce qu’il le savait, Nicolas était bien plus rationnel que lui.

— J’ai cette intuition qui me colle à la peau.

David avait lâché la bombe. Nicolas roula des yeux, comme souvent. Un fin sourire moqueur étira ses lèvres. Il connaissait l’intuition de son collègue et avait du mal à s’y faire, mais l’expérience de leur collaboration lui avait appris que David avait toujours raison. Alors, il prêta une oreille attentive.

— Depuis que j’ai lu le dossier de ce type, quelque chose me dérange. Nous ne savons toujours pas ce qu’il fait dans la vie. Vu son train de vie, c’est certainement illégal. Et… il s’arrêta au milieu de sa phrase, le silence de la voiture devenant soudain plus lourd.

Nicolas lui laissa le temps de s’exprimer pendant qu’il conduisait en direction de l’appartement de Marcel Lorgniau.

— Je ne sais pas, c’est bizarre. Le gars est jeune, en bonne santé, il ne faisait même pas de cardio, il commençait à peine sa séance de sport quotidienne avant de s’écrouler. Quelque chose cloche, je le sens, mais rien ne le prouve.

Nicolas comprenait ce qu’exprimait son collègue. Il fit une petite moue. Ses sourcils se froncèrent légèrement, une ride d’inquiétude apparaissant sur son front.

Il n’avait pas l’intuition de son collègue, mais il avait une analyse de la situation qui le dérangeait.

Il conduisait en suivant les instructions du GPS. Comme l’avait précisé David, Lorgniau vivait dans le plus beau quartier de la ville. Des façades haussmanniennes s’élevaient avec une élégance discrète, les arbres taillés avec soin bordaient des trottoirs immaculés. Un monde trop parfait pour une affaire aussi trouble.

— Et toi, qu’en penses-tu ?

David avait remarqué les silences de son collègue, ce qui signifiait qu’il réfléchissait à cette affaire sous un angle différent du sien, comme toujours. Nicolas était plus analytique, il ne voyait que les faits et rien d’autre. Ce qu’appréciait David.

— La demande du procureur m’irrite. Le fait que la hiérarchie se soit mise en branle pour une affaire aussi simple m’agace. Le type est mort d’une crise cardiaque, d’accord il était jeune et en bonne santé mais je suis désolé de le dire ces choses là arrivent.

Nicolas ne supporte pas les passe-droits et encore moins lorsqu’un supérieur insiste pour les voir sur une affaire en particulier qui ne requiert pas entièrement leur véritable capacité professionnelle.

David le savait pertinemment. Il vit la tension monter dans les épaules de Nicolas, un signe qu’il connaissait bien. Pris d’un doute, Nicolas fit une proposition à son collègue.

— Et si nous rendions une petite visite à la fiancée avant de nous rendre chez Lorgniau ?

Le sourire de David s’afficha. Ses lèvres s’étirèrent, révélant une pointe de malice.

— Bonne idée. D’après ce que j’ai relevé dans le dossier, il habite non loin de Lorgniau. Nous pourrions faire d’une pierre deux coups.

Nicolas était satisfait. Il n’oubliait pas que la jeune femme était infirmière, elle avait donc accès à des produits spécifiques qui pouvaient peut-être disparaître de l’organisme. Cette idée le fit rire. David s’étonna et dévisagea son collègue, l’air interrogateur. Ses sourcils se haussèrent de surprise.

— Je me disais que la fiancée était infirmière, ce qui signifie qu’elle connaît les médicaments et qu’elle y a peut-être accès. Dans le prolongement de ma pensée, je me disais qu’il était peut-être possible qu’un produit ait pu disparaître de l’organisme.

David éclata de rire, ce qui amusa son collègue. Ses yeux pétillèrent d’amusement.

— Je déteins réellement sur toi, ne put s’empêcher d’ajouter David. Habituellement, c’est moi qui émets ce genre d’hypothèse. Reste à ta place, veux-tu ?

Son ton était joueur, de la malice brillait dans ses yeux.

— Heureusement qu’elle n’est pas pharmacienne ! s’amusa David.

Nicolas hocha la tête. Un rire discret secoua ses épaules.

— L’hypothèse aurait été encore meilleure.

Les deux hommes restèrent quelque peu silencieux. Nicolas gara la voiture non loin de l’immeuble où résidait Laura Dutilleul. Ils sortirent tous deux de la voiture sans un mot échangé, s’avançant vers l’entrée.

Nicolas cherchait le nom Dutilleul au niveau de l’interphone. David, quant à lui, scanna les lieux. Un immeuble chic, trop chic pour une simple infirmière, pensa t’il, une incongruité qui résonnait avec sa sensation de malaise.

La porte de l’immeuble s’ouvrit, bousculant violemment Nicolas. David rattrapa à temps son collègue pour lui éviter une chute douloureuse. La jeune femme aux longs cheveux auburn se figea, le visage livide, s’empressa de s’excuser lorsqu’elle remarqua l’homme s’agrippant à son ami pour éviter de tomber. Il se remit droit sur ses deux jambes.

La jeune femme s’était empourprée face à sa maladresse. Ses joues s’étaient enflammées, peignant une vive gêne sur son visage délicat.

David la détailla : un visage fin, délicat, de très longs cheveux auburn, des yeux gris, légèrement boursoufflés d’avoir beaucoup pleuré. Une idée germa dans la tête du policier. Quelque chose clochait au-delà du simple chagrin.

— Bonjour. Ce n’est rien, mon collègue va bien, rassurez-vous. Puis-je vous demander si vous connaissez Madame Dutilleul ? Elle vivrait ici, mais mon collègue n’a pas trouvé son nom.

La jeune femme souleva un sourcil. Un pli d’incompréhension barra son front.

— Je suis Laura Dutilleul.

Elle avait bien entendu le mot « collègue ». Elle se demandait si c’étaient les hommes que son oncle avait assignés sur l’affaire de son fiancé décédé. Laura était surprise de l’attitude de son oncle. Lorsqu’elle l’avait appelé au secours, elle n’avait pas cru qu’il l’avait pris au sérieux.

Les deux hommes face à elle la dévisagèrent, surtout le plus grand des deux. Il se présenta :

— Capitaine Pichau, se présenta-t-il. Et mon collègue le lieutenant Leclerc.

La jeune femme était ravie, ces deux policiers tombaient à pic. Une lueur inattendue apparut dans ses yeux fatigués. Un léger sourire de soulagement se dessina sur ses lèvres fines.

— J’ai justement besoin de votre aide, suivez-moi.

Les deux hommes se regardèrent, surpris par l’audace de la jeune femme. Un sourcil de Nicolas se haussa imperceptiblement. David, lui, eut un plissement des yeux amusé.

— En quoi pouvons-nous vous aider ? demanda Nicolas.

Laura s’agaçait face à eux. Elle fit un pas en arrière, comme si la révélation était trop lourde pour rester immobile. Elle avait honte de leur annoncer qu’elle avait découvert que Marcel avait une autre petite amie qu’elle. Elle l’avait déjà surpris à la tromper une fois, mais c’était de l’histoire ancienne. Sauf que cette fois-ci, c’était tout autre : elle avait eu vent que Marcel avait une autre femme dans sa vie et que cette relation durait depuis plusieurs semaines.

Elle avait fouillé dans le portable de son défunt fiancé et elle était tombée sur de nombreux messages très explicites. Laura avait malgré tout du mal à y croire. Elle avait réussi à trouver cette femme. Laura partait justement la confronter.

— Mon fiancé avait une autre femme dans sa vie, se confie-t-elle, sa voix presque un murmure, chargée de colère et de douleur. J’allais justement la confronter.

Nicolas se renfrogna. Il détestait les gens qui se prenaient pour des inspecteurs, comme si leur métier était si simple. Un souffle exaspéré lui échappa, à peine perceptible. Son visage se durcit, une légère moue de dégoût esquissée au coin de ses lèvres.

Quant à David, il dressait un portrait de Lorgniau qui collait davantage à son intuition. Deux femmes, un triangle amoureux, une vengeance. David savait qu’il allait loin dans ses réflexions, mais il ne pouvait écarter aucune piste. Contrairement à son collègue, il était prêt à suivre la jeune femme.

Nicolas, lui, encaissait mal l’attitude de Laura Dutilleul. Pour qui se prenait-elle à jouer à la justicière ? Elle avait déjà réussi à impliquer son oncle qui avait fait pression sur ses supérieurs. Nicolas ne supportait pas ce genre de personne qui utilisait leur piston.

 

La suite sera bientôt mise en ligne, en attendant n’hésite pas à me laisser un commentaire pour me soutenir et me motiver ⬇️

Chapitre 5 Le Vent-du-Nord

Serment des Voiles Marchandes :

« Ce que je vends, je protège. Ce que je promets, je livre.
Si je trahis, que la mer me garde. »

Le Vent-du-Nord, long vaisseau à coque sombre et voiles blanches cerclées d’or terni, fendait le port de Nerhaël comme une bête silencieuse.

Son étrave sculptée, représentant une chimère marine aux crocs ouverts, semblait prête à mordre l’écume. Les cordages tendus vibraient encore du voyage, et le bois du pont portait l’odeur familière du sel, de la résine chauffée, et du cuir tanné. Des balises gravées de runes d’eau s’illuminaient doucement à la proue. Discrètes, mais anciennes. Ce navire appartenait à un autre âge de la mer.

La capitaine descendit d’un pas moins assuré que d’habitude sur les planches humides du quai, une main discrètement posée sur son flanc gauche.

Agathe Néraé, capitaine de la guilde des Voiles Marchandes.

Grande, l’allure habituellement affûtée d’un rapace en plein vol, elle marchait avec une raideur nouvelle. Comme si quelque chose dans ses côtes protestait à chaque mouvement. Son chapeau de capitaine, incliné juste ce qu’il faut pour ne jamais dissimuler son regard, portait une plume blanche prise dans une bague d’argent, mais la plume était tachée, et l’argent terni. Ses vêtements, chamarrés de teintes marines et de broderies céladon, sentaient l’embrun séché et les vents tropicaux, mais aussi quelque chose de plus âcre. De la poudre. Du sang séché. À sa hanche pendait une lame effilée, fine comme une langue d’écume, dont le pommeau gravé évoquait des vagues figées. La garde portait des traces sombres, récentes.

Sa rune d’eau brillait faiblement sous son gant droit, comme un reflet fugace dans un miroir de pluie.

Elle traversa la ville à pas mesurés.

Les pavés étaient encore tachés de noir, les volets clos, les murs striés de cendres. Des Arpenteurs en faction saluèrent son passage d’un hochement de tête sobre. Elle répondit cette fois, d’un geste las mais respectueux. Un enfant courait avec un seau, poursuivi par une vieille femme qui boitait. Des relents de fumée froide persistaient dans les ruelles.

Nerhaël pansait ses plaies, et Agathe reconnaissait ce parfum de ville blessée.

Quand elle poussa la porte de la Chope Brisée, l’odeur la frappa de plein fouet : viande grillée, oignons fondus au miel, pain croustillant, genièvre sec. Un souffle de chaleur, presque fraternel, lui monta au nez. Elle ferma les yeux un instant, inspira profondément.

Pour la première fois depuis des semaines, ses épaules se détendirent.

Avvallino l’attendait, accoudé au comptoir, une bouteille ouverte et deux verres prêts. Sa veste était encore maculée de cendres séchées.

— T’es en retard, Néraé.
— J’ai pris le temps de compter mes dents. Il m’en reste encore quelques-unes.

Il leva les yeux vers elle, et son expression changea. Le sourire s’effaça.

— Qu’est-ce qui t’est arrivé ?
— Rien qu’un bon repas et une nuit au sec ne puissent arranger.

Elle s’approcha, s’assit avec précaution et saisit le verre. Un léger tremblement agita sa main.

— Toujours ce tord-boyaux de genièvre noir…
— Je l’ai gardé au chaud pour toi. Mais cette fois, tu le bois lentement.

Elle sourit, brièvement. Il lui glissa un plat fumant : saucisses rôties, lentilles au sel de roche, oignons confits et un trait de jus brun épais. La fumée monta en volutes, mêlée à celle de la cheminée.

Ils mangèrent en silence un moment. Elle avalait chaque bouchée comme si c’était la première vraie nourriture depuis longtemps.

— Tu te rappelles de Valchev ? dit-elle finalement.
— Bien sûr. Toi qui gueulais des ordres avec ce torchon rouge au bout d’un bâton.
— Tu disais que ça ressemblait à un drapeau de blanchisseuse.
— Je le pense encore.

Il la regardait du coin de l’œil, attendant. Elle qui parlait toujours la première, qui menait toujours la danse, restait là à triturer sa fourchette.

— C’était plus simple à l’époque, dit-elle finalement.
— Qu’est-ce qui s’est compliqué, Agathe ?

Elle ne répondit pas tout de suite. Son regard se perdit vers la fenêtre, vers le port où son navire se balançait doucement.

— J’ai croisé des voiles. Noires. Loin au large.
— Des pillards ?
— Non. Trop organisées. Trop… silencieuses.

Elle se tourna vers lui, et il vit quelque chose qu’il n’avait jamais vu dans ses yeux : de l’incertitude.

— Elles me suivaient, Avvallino. Pas pour attaquer. Juste… pour observer.

Un silence s’installa. Le crépitement du feu dans l’âtre semblait soudain très fort.

— Et toi ? demanda-t-elle. Cette ville a l’air d’avoir goûté au tonnerre.
— On a eu de la visite. Le genre qu’on n’invite pas.

Avvallino posa son verre, observa le visage d’Agathe dans la lumière dansante. Les rides au coin de ses yeux s’étaient creusées, et cette façon qu’elle avait de regarder par-dessus son épaule, comme si les voiles noires pouvaient surgir à travers les murs… Il connaissait cette tension. Il l’avait vue chez d’autres. Chez ceux qui avaient touché à quelque chose de plus grand qu’eux.

— Monte, dit-il finalement. La chambre du fond. On parlera mieux là-haut.

Elle termina sa bouchée, se leva avec précaution. La lame à sa hanche tinta contre la rampe en bois.

Le bois grinça doucement sous leurs pas. Le couloir était sombre, feutré par les tapis élimés que Fiona avait posés là autrefois. Des lanternes à huile diffusaient une lumière dorée sur les murs.

Agathe suivait Avvallino de près, mais son regard fut attiré par une porte entrouverte. Une fragrance légère en émanait, mélange de fleurs séchées et d’une magie imperceptible, ancienne, presque vibrante.

À l’intérieur, deux silhouettes reposaient sur un lit large : Pearl et Fiona, endormies dans une intimité silencieuse. La jeune femme runée tenait la main de Fiona contre sa poitrine, ses cheveux blonds épars sur l’oreiller.

Agathe s’arrêta net.

Son souffle se coupa. Sa main libre se porta instinctivement à sa côte blessée, comme si une ancienne douleur se réveillait.

— Tu la connais ? demanda Avvallino à voix basse.

Elle resta immobile trop longtemps. Ses lèvres s’entrouvrirent, se refermèrent. Quand elle parla enfin, sa voix était étrangement sourde :

— Pearl…

Un battement. Un silence.

— Je l’ai croisée autrefois. Sur un pont de pierre, dans le sud. Elle n’était qu’une enfant, mais… elle brillait déjà. Comme une étoile trop proche de l’eau.

Sa main se crispa sur la rampe.

— Elle était seule ?
— Non. Il y avait… quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui n’aurait pas dû être là.

Avvallino la fixa intensément. Il connaissait ce ton chez elle, cette façon qu’elle avait de parler des choses qu’elle préférait taire.

— Agathe…
— Pas maintenant.

Elle se détourna brusquement de la porte, mais pas avant qu’il n’aperçoive quelque chose d’inhabituel sur son visage. De la culpabilité, peut-être. Ou du regret.

Il tendit la main et, doucement, la guida vers la chambre du fond.

La pièce au bout du couloir était leur havre depuis des années. Un refuge pour ceux qui avaient besoin de mots à huis clos. Les murs y étaient plus épais, doublés de laine et de liège. Une fenêtre étroite laissait deviner les premières étoiles sur la mer.

Il referma la porte, alluma une bougie au centre de la table. L’odeur du suif mêlée à celle du sel et du cuir remplit la pièce.

Agathe ôta son chapeau, révélant ses cheveux bruns tressés serré contre son crâne. Quelques mèches grises qu’il ne se souvenait pas avoir vues. Elle s’assit lentement, grimaça imperceptiblement.

— Alors ? Raconte-moi ce qui s’est passé ici.

Avvallino resta debout un moment, l’observant. Elle qui ne montrait jamais ses faiblesses semblait ce soir… humaine. Fatiguée. Inquiète.

— Ils étaient là à l’aube. Une voile noire, pas de pavillon. Un seul navire, mais plein à craquer. Des silhouettes masquées, armure d’os, magie que je n’avais jamais vue.

Il s’assit en face d’elle.

— Marcus a tenu les docks. Pearl était là, et d’autres. Ils ont repoussé l’attaque, mais…
— Mais ?
— Ils ne cherchaient pas à piller. Ils cherchaient quelque chose. Ou quelqu’un.

Agathe ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, ils étaient troubles.

— Ces voiles que j’ai croisées… elles descendaient vers le sud. Vers Letharielle.
— Tu crois qu’ils reviendront ?
— Je crois qu’ils ne sont jamais vraiment partis.

Un silence s’abattit entre eux. Dehors, le vent faisait grincer les volets.

Agathe fixait la flamme, ses doigts tapotant nerveusement la table. Avvallino attendait. Il la connaissait suffisamment pour savoir qu’elle arriverait aux vraies questions à son rythme.

— Cette fille, Pearl… commença-t-elle finalement. Elle a changé, depuis…
— Depuis quoi ?
— Depuis la dernière fois que je l’ai vue.

Le ton était étrange. Presque maternel. Avvallino haussa les sourcils.

— Tu ne m’as jamais parlé de l’avoir connue.
— Il y a beaucoup de choses dont je ne parle pas.

Elle but une gorgée de genièvre, grimaça.

— Elle ne sait pas, n’est-ce pas ? Ce qu’elle a fait ?
— Qu’est-ce qu’elle a fait, Agathe ?

Un long silence. Dehors, une mouette cria.

— Peut-être rien. Peut-être tout.

Elle se leva, alla à la fenêtre. Le port s’endormait, mais quelques navires montraient encore des lumières. Des veilleurs. Des inquiets.

— Reste cette nuit, dit Avvallino. Tu as l’air d’en avoir besoin.
— Les quais ne sont pas sûrs ?
— Les quais, peut-être. Mais toi, tu ne l’es pas.

Elle voulut protester, mais les mots se coincèrent dans sa gorge. Il avait raison. Pour la première fois depuis longtemps, Agathe Néraé ne se sentait pas invincible.

— D’accord. Mais demain matin…
— Demain matin, on parlera. De tout.

Elle hocha la tête, épuisée. Dans le couloir, une latte craqua. Un rêve agité, peut-être, derrière la porte voisine.

Le calme n’était qu’une respiration avant la tempête, et ils le savaient tous les deux.

L’aube glissa sur Nerhaël comme une caresse froide, teintant les pavés humides d’une lumière dorée et incertaine. Les premières fumées montaient des cheminées, mêlées aux dernières brumes de la nuit.

Dans la cuisine de la Chope Brisée, Avvallino s’activait déjà autour du fourneau. Ses gestes étaient précis, familiers, mais une raideur dans ses épaules trahissait les préoccupations qui l’avaient tenu éveillé une partie de la nuit. L’odeur du pain grillé et du thé fort remplaçait progressivement celle du genièvre de la veille.

Agathe descendit l’escalier, plus droite que la veille, mais ses yeux portaient encore les traces d’une nuit agitée. Elle avait remis son chapeau, renoué ses cheveux, mais quelque chose dans sa démarche trahissait une fatigue qu’elle n’arrivait plus tout à fait à masquer.

— Bien dormi ? demanda Avvallino sans se retourner.
— J’ai dormi. C’est déjà ça.

Elle s’assit à la table, accepta la tasse qu’il lui tendit. Le thé était fort, amer, exactement comme elle l’aimait.

— Fiona et Pearl ?
— Encore en haut. Pearl reprend des forces. Fiona veille.

Un silence s’installa. Agathe touillait son thé, perdue dans ses pensées. Avvallino finit par s’asseoir en face d’elle, croisant les bras.

— Alors ? Tu avais dit qu’on parlerait de tout.

Elle leva les yeux vers lui, sembla peser ses mots.

— Ces voiles noires que j’ai croisées… elles n’étaient pas seules. J’ai vu des signaux lumineux entre elles. Coordonnés. Quelqu’un les dirige.
— Tu penses à qui ?
— Quelqu’un qui a les moyens de mobiliser plusieurs navires, de les équiper, de les faire naviguer en formation. Quelqu’un qui s’intéresse à vos Porte-rune.

Avvallino se raidit.

— Nos Porte-rune ?

Elle le fixa par-dessus sa tasse, un demi-sourire ironique aux lèvres.

— Allons, vieux renard. Tu crois que j’ai traversé la moitié de l’océan pour boire ton genièvre ?

Elle but une gorgée, laissa le silence porter sa remarque.

— Pearl n’est pas la seule que tu abrites ici. Marcus non plus. Cette cité devient un refuge. La question est : pour qui fuyez-vous ?

Avant qu’il puisse répondre, des pas résonnèrent dans l’escalier. Légers, mais déterminés. Pearl apparut dans l’embrasure, Fiona sur ses talons. La jeune femme avait meilleure mine que la veille, mais ses yeux restaient cernés. Sa rune luisait faiblement sous sa chemise de lin.

Elle s’arrêta net en voyant Agathe.

Un long regard s’échangea entre elles. Reconnaissance mutuelle, méfiance, et quelque chose d’indéfinissable. Comme deux bêtes sauvages qui se jaugent.

— Pearl, dit Agathe d’une voix étrangement douce. Tu as grandi.

— Capitaine Néraé.

Le titre tomba comme une pierre dans l’eau. Froid, distant. Pearl ne bougea pas de l’embrasure.

— Tu peux t’asseoir, dit Avvallino. Elle ne mord pas.

— Ça dépend des jours, répliqua Agathe avec un sourire en coin.

**[Dialogue plus subtil et progressif]**

Pearl hésita, puis s’approcha lentement. Fiona resta debout derrière elle, une main protectrice sur son épaule. L’atmosphère était tendue, mais pas hostile. Plutôt… attentive.

— Tu étais là, dit Pearl finalement. Au pont d’Astherne.

Agathe ne répondit pas immédiatement. Elle fixait Pearl avec une expression indéchiffrable.

— J’étais là, confirma-t-elle. Et toi, tu n’étais qu’une gamine perdue dans quelque chose de plus grand qu’elle.
— Je n’étais pas perdue.
— Non ? Alors explique-moi ce qui s’est passé.

Pearl détourna le regard. Ses doigts se crispèrent sur sa tasse.

— Je… Je ne me souviens pas de tout. Il y avait du sang, des cris. Et puis cette lumière aveuglante. Quand je me suis réveillée, le pont était… fendu. En deux.
— Fendu, répéta Agathe doucement. Oui, c’est un mot.

Un silence inconfortable s’installa. Fiona resserra sa prise sur l’épaule de Pearl.

— Qu’est-ce que vous voulez exactement, capitaine ?

Agathe se leva, alla à la fenêtre. Le port de Nerhaël s’éveillait lentement, mais tout paraissait fragile, précaire.

— Ce que je veux… ce que je veux, c’est que les choses redeviennent simples. Mais ce n’est plus possible, n’est-ce pas ?

Elle se retourna vers eux, et son expression était sérieuse.

— Les attaques se multiplient. Pas seulement ici. Des îles entières se taisent. Des navires disparaissent. Et partout où je vais, j’entends parler de la même chose : des voiles noires, des créatures masquées, et toujours cette question : « Où sont les Porte-rune ? »

Pearl pâlit.

— Vous pensez qu’ils nous cherchent ?

— Je pense qu’ils vous ont trouvés.

Agathe retourna à la table, mais ne se rassit pas. Elle disparut un instant dans l’escalier, et redescendit avec un petit sac en cuir noir, finement ouvragé, orné de runes marines ciselées.

— Les Îles de Læthe m’ont confié quelque chose. Pour des moments comme celui-ci.

Elle posa le sac sur la table, devant eux. Avvallino haussa les sourcils.

— Tu ne distribues pas ce genre de cadeaux au hasard, Agathe.

— Non. Je ne le fais pas.

Elle dénoua le sac lentement, presque cérémonieusement. À l’intérieur : trois pierres plates, noires, gravées chacune d’un glyphe différent. L’une brillait faiblement d’un bleu humide. Une autre exhalait une chaleur sourde. La dernière semblait aspirer la lumière.

Pearl se pencha malgré elle. Sa rune réagit, pulsant plus fort.

— Pierres de lien, murmura-t-elle. Je croyais qu’elles avaient disparu.

— Quelques-unes restent. Pour les moments critiques.

Agathe caressa l’une des pierres du bout du doigt.

— Elles permettent de communiquer. Sur de grandes distances. Instantanément. Mais seulement entre ceux qui partagent… certaines capacités.

Le sous-entendu était clair. Pearl et Avvallino échangèrent un regard.

— Et en échange ? demanda Avvallino.

— En échange, vous ne serez plus seuls. Vous ferez partie d’un réseau. D’autres havres, d’autres Porte-rune. De l’information, de l’aide mutuelle.

Elle reprit les pierres, les remit dans le sac avec précaution.

— Mais aussi des responsabilités. Des devoirs. Des risques.

— Quels risques ? demanda Fiona.

Agathe fixa Pearl.

— Le risque de découvrir ce que tu as vraiment fait au pont d’Astherne. Et ce que ça signifie pour nous tous.

Pearl ferma les yeux, sa main cherchant instinctivement celle de Fiona.

— Et si on refuse ?

— Alors vous affrontez ce qui vient… seuls.

Un long silence s’installa. Dehors, les mouettes criaient au-dessus du port. La vie continuait, fragile et obstinée.

Finalement, Pearl ouvrit les yeux. Son regard était résolu, mais inquiet.

— Qu’est-ce que ça change, exactement ?

Agathe sourit pour la première fois depuis son arrivée. Un sourire triste, mais réel.

— Ça change que tu ne subis plus. Tu agis.

Pearl tendit la main vers le sac, hésita, puis le toucha du bout des doigts.

— Montre-moi comment ça marche.

Chapitre 4 Vision Onirique

Des bruits sourds, comme étouffés par l’eau, montaient du rez-de-chaussée. Voix entrecoupées, tintement de verreries, chocs amortis de pas sur le bois. La taverne vivait encore, mais Pearl n’y était déjà plus.

Elle flottait quelque part entre deux souffles.

Une chaleur douce l’enveloppait, trop douce. Sa peau tremblait sous la sueur sèche. Sa rune palpitait faiblement. Une lueur pâle sous la crasse et le sang.

Elle voulait parler. Appeler Fiona. Mais seul un soupir rauque franchit ses lèvres.

Sa main chercha à bouger. Rien. Son esprit luttait pour revenir. Des éclairs de lucidité : la voix de Fiona, claire, inquiète, lointaine.

« Pearl… Tu m’entends ? » Un murmure. Une prière.

Elle sentit son propre poids disparaître soudain, comme happé. Son corps chutait. Doucement, lentement, dans la lumière. La chaleur devint blanche, aveuglante.

Elle crut reconnaître un parfum : celui de la mer, mêlé à celui du bois brûlé, du fer chaud et de l’herbe piétinée. Les traces de Nerhaël encore gravées dans ses sens.

Puis elle heurta un sol dur, froid. Pas de douleur. Juste une secousse.

La lumière s’éteignit.

Autour d’elle, tout était noir. Mais le sol sous son corps n’était pas rugueux. Il était lisse, presque parfait. Une surface translucide, comme du verre noir.

Elle cligna des yeux. Quelque chose luisait sous ses pieds.

Un battement.

Non, un frémissement.

Elle se pencha, vacillante. L’instinct de survie la faisait bouger à peine, comme une bête blessée.

Et là, sous la surface, elle vit.

Un œil. Gigantesque. Fermé.

Elle se figea, glacée.

Le silence était absolu. Et pourtant, elle entendit son propre cœur cogner dans sa poitrine. La rune à son poignet réagit faiblement, comme attirée par la présence.

L’œil s’ouvrit. Brutalement.

Une fente verticale noire, auréolée d’ombres mouvantes. Il la fixait. Il la voyait. Il attendait.

Pearl ne bougea pas. Elle n’avait même plus la force de fuir. Juste le souffle court, les mains crispées contre le sol. Une larme de rage glissa sur sa joue.

Elle avait peur. Elle le sut. Et lui aussi.

Un rire monta, lent, grinçant, comme raclé dans une gorge sans fond. Pas un rire d’homme. Pas un rire vivant.

« Tu m’as vu. »

La voix était partout, en elle, au-dessus, en dessous.

« Tu reviendras. »

L’œil se referma.

Le noir tomba.

Et Pearl, emportée par ce néant silencieux, perdit toute notion de temps.

Le sol glissa sous elle, et le souffle de l’air sembla retenir son rythme. Un frisson glacial traversa sa peau tandis que le silence se faisait plus dense, presque palpable.

Une voix douce, familière, perça le voile épais :

« Pearl… Respire… Je suis là… »

Le son venait de loin, comme filtré à travers l’eau, lent et étouffé. Son corps refusait d’obéir, alourdi comme une ancre. Un goût métallique de sang lui envahit la bouche, mêlé à l’âcre parfum du bois brûlé.

Sa rune palpitait faiblement, comme un battement de cœur incertain.

Peu à peu, un poids se leva de ses paupières. Elle sentit le grain rugueux du tissu sous sa joue, la chaleur douce d’une main qui pressait son front humide. Un souffle chaud effleura son oreille, porteur d’une promesse :

« Tiens bon, Pearl. Tu es plus forte que ça. »

Son regard s’accrocha à un halo flou, à la silhouette immobile d’une femme aux cheveux couleur de cuivre. Fiona. Autour d’elles, les murmures et les bruits lointains : des voix, un craquement, le tintement d’un verre posé sur la table. La taverne, toujours vivante en bas.

Les ombres de la nuit reculèrent peu à peu, et la lumière du matin filtra par une fenêtre. Pearl sentit son souffle revenir, irrégulier mais réel. Son corps répondait enfin, lentement, maladroitement. Sa gorge la brûlait, et chaque muscle protestait comme si elle avait combattu toute la nuit.

Elle ferma les yeux, puis les rouvrit, prête à reprendre la lutte, à se relever.

Une journée s’était écoulée depuis l’assaut sur les docks.

Le bastion des arpenteurs s’était refermé sur lui-même, comme un corps blessé.

Dehors, la pluie fine lessivait les pavés noircis, effaçant lentement le sang séché. Dedans, tout n’était que murmures, pas feutrés, et odeurs de fièvres contenues.

Dans l’infirmerie, l’air avait changé. Il portait à présent le parfum d’herbes brûlées, d’eaux infusées et de draps propres. Des tintements de verreries et le bruit discret de linges essorés accompagnaient les souffles inégaux des blessés.

Puis la porte s’ouvrit.

Pas d’urgence, pas d’éclat. Juste le grincement lent d’un bois ancien et une poussée d’air frais, chargé de l’odeur d’écorce mouillée et de rivière battante. Elle entra, seule.

Yssandra.

Drapée dans une cape d’un bleu de nuit profonde, ourlée d’un fil d’argent qui captait la lumière comme le givre, elle semblait glisser plus que marcher. Sa présence n’appelait ni regard ni révérence. Elle les imposait.

Sous la capuche abaissée, son visage paraissait avoir échappé au temps. Pas jeune, pas vieux. Juste… intact. Ses yeux, d’un bleu mouvant, fixèrent le corps fiévreux de Marcus.

Elle s’agenouilla sans un mot, effleurant son torse d’une main nue.

La rune d’eau, gravée dans son cou, s’illumina d’une lueur douce, presque paresseuse.

Une brume turquoise s’éleva de ses paumes, fluide comme un soupir de mer. Elle vibrait, vivante, froide mais enveloppante. L’air se chargea d’une humidité étrange, plus dense, comme dans les cavernes profondes ou les sanctuaires oubliés.

Le poison sous la peau de Marcus résista. Un instant.

Puis il recula, lentement, repoussé par la magie comme par un reflux implacable. Les veines pâlirent. La fièvre quitta le front en perles silencieuses. Un râle remonta de la gorge, suivi d’une toux, sèche mais pleine.

Marcus ouvrit un œil. Son regard, encore trouble, se posa sur elle avec un mélange de reconnaissance et de stupeur muette.

Yssandra ne dit rien. Elle avait vu ce regard cent fois.

Sans un mot, elle se releva. Son geste était net, son expression lisse. Puis elle se détourna, sa cape froissant à peine le silence.

Le claquement de ses bottes sur la pierre guida bientôt son escorte dans le couloir. Ils se formèrent derrière elle comme un seul corps, prêts avant d’être appelés.

Les Crocs du Déclin.

Six ombres suivaient la sienne.

— Këlis, Porte-rune de foudre, aux cheveux blancs hérissés comme une tempête prête à tomber. Son regard fuyait les murs ; ses doigts crépitaient, impatients.

— Barun, Porte-rune de terre, silhouette trapue et musculeuse, couvert de cuir durci et de boue séchée. Ses pas résonnaient comme des marteaux sur une enclume.

— Syrr, Porteuse de feu, silhouette fine et impassible, les yeux rougis par l’éclat intérieur de sa rune. Elle semblait brûler de l’intérieur, déjà ailleurs.

— Ifren, jeune manipulatrice de l’eau, ses gestes précis, son regard vide de crainte.

— Vaen, éclaireur, non-runé, dont le regard fouillait l’obscurité comme une lame cherche une faille. Deux dagues d’argent battant ses hanches à chaque pas.

— Et Durran, le silencieux, à la stature de muraille, dont l’œil gauche incrusté d’une rune rouge brillait faiblement, comme une braise au fond du crâne. On disait qu’il voyait les mouvements avant qu’ils ne se produisent.

Ils atteignirent la salle du Conseil, encore baignée de torpeur.

Les conseillers de Nerhaël, encore marqués par les débats de la veille, avaient laissé un arrière-goût amer dans l’air. Les longues heures de dissensions traînaient encore sur les visages. Les parchemins étaient froissés. Les plateaux, vides. L’air, sec et lourd d’un feu éteint.

Yssandra ne s’annonça pas.

Elle entra. Les autres la suivirent. Comme un bloc.

Le silence se fit naturellement, sans qu’un seul mot fût prononcé. Elle s’avança. Ses bottes claquèrent une fois. Puis plus rien.

Ses yeux balayèrent l’assemblée.

— Vous débattez. C’est bien.

Sa voix, grave, usée mais limpide, tomba comme une pluie froide sur un foyer tiède.

— Mais pendant ce temps, les Brumes se reforment.

Un murmure parcourut les bancs. Elle s’en désintéressa.

— La question n’est pas s’ils reviendront.

Elle s’arrêta. Sa voix se durcit.

— La question est : serons-nous prêts à les briser cette fois ?

Elle laissa le silence s’installer, puis ajouta, plus bas :

— … ou devrons-nous nous agenouiller, enfin, pour rejoindre les cendres.

Un silence de plomb s’abattit sur l’assemblée. Quelques conseillers échangèrent des regards inquiets. D’autres serrèrent les poings. Tous comprenaient qu’un nouveau chapitre venait de s’ouvrir.

Chapitre 3 La Chasse

|Nerhaël|

Le ciel pâle de l’aube baignait Nerhaël d’une lumière grise, presque métallique.

Une brume fine rampait encore entre les ruelles, léchant les pavés souillés de sang. Autour des corps inertes, le silence n’était plus celui du combat, mais celui, plus lourd, de ce qui suit. Un silence que les souffles hachés des survivants et les plaintes des blessés n’arrivaient pas à briser.

Les visages des Porte-rune, couverts de cendres, d’éclats et de poussière, reflétaient une stupeur hébétée plus qu’une victoire. Ils étaient debout, mais vacillants. Vainqueurs, peut-être, mais à quel prix ?

Des civils sortaient prudemment des maisons éventrées, les yeux rougis, les bras serrés contre eux. Certains restaient figés, incapables de détacher leur regard des corps disloqués.

Le vent léger agitait les voiles noires d’un navire solitaire, amarré au quai principal. Sans un bruit, il se détachait lentement, glissant sur l’eau comme s’il ne pesait rien. Il s’éloignait dans la brume, effaçant son passage comme un souvenir qui refuse de s’imprimer.

Marcus rassembla les Porte-rune encore debout, leur souffle court, leurs regards vides. Il était pâle, l’épaule en sang, mais sa voix, elle, restait droite.

— Ceux d’entre vous qui n’ont pas été formés à tuer, vous avez une autre tâche. Allez vers les blessés. Stabilisez. Rassurez. Aucun ne doit mourir aujourd’hui.

Il désigna du menton les runes d’eau et de terre, puis ajouta :

— Formez des binômes. Cherchez dans les ruelles, dans les caves. On ne laisse personne à l’ombre.

Son regard glissa sur chacun, puis s’arrêta sur Pearl.

Un simple regard. Un ordre silencieux.

Elle acquiesça, le visage fermé, comme taillée dans une pierre blanche tachée de sang.

Pearl s’élança sans un mot, sans un regard pour Marcus. Elle fendait la fraîcheur matinale, muette, rapide, résolue. Ses bottes soulevaient des volutes de poussière grise, et derrière elle, la ville restait suspendue.

Elle ne regarda ni les blessés, ni les survivants. Chaque battement de cœur la poussait en avant. Vers la taverne. Vers Fiona. Vers les quelques âmes qu’elle espérait encore vivantes.

Pearl disparut au coin d’une ruelle. Marcus s’effondra lentement contre un pilier noirci, les paupières lourdes. La lumière blafarde de l’aube dansait autour de lui comme une dernière braise.

La chasse venait de commencer.

Et Nerhaël, encore engourdie, ne savait pas encore qu’elle portait l’odeur de la peur.

Le battant de la porte avait été déverrouillé dès les premiers cris.

À l’intérieur, la pénombre régnait encore, troublée seulement par la lueur des flammes qu’Avvallino entretenait avec soin sous le chaudron suspendu. L’air sentait le bois mouillé, le fer brûlé… et le bouillon au lard.

Fiona, les bras encore couverts de sang séché, était penchée sur Rima, étendue sur une table dégagée. La blessure à sa jambe s’était rouverte sous l’effort, mais la jeune fille serrait les dents, le regard rivé au plafond noirci. Ses mains tremblaient malgré elle.

— Ça va passer, murmura Fiona. Elle déchira une bande de toile propre avec les dents, puis resserra le pansement avec des gestes sûrs. Tu es en vie. C’est tout ce qui compte.

Rima hocha faiblement la tête. Elle ne pleurait pas. Plus maintenant.

Derrière elles, deux Porte-rune plus âgés avaient pris le relais de ceux tombés à l’extérieur.

Ils s’appelaient Maerwyn et Obren. Leurs runes étaient ternes, usées, mais leur présence rassurait. Solides comme des vieux chênes.

Ils distribuaient des ordres calmes, précis :

— Compresses d’eau. Pas trop froide. Gardez-les éveillés. Ce garçon-là a une fracture. Là, doucement.

Les blessés étaient nombreux. Des civils, deux Porte-rune inconscients, et un gamin d’à peine dix ans, en état de choc, que Fiona avait ramené dans ses bras.

Dans un coin, Avvallino versait le contenu d’un flacon ambré dans un grand pot de terre, où mijotait un bouillon épais et doré aux racines douces, éclats de lard fumé et feuilles de torra séchées, rehaussé d’un trait de vinaigre de pomme noir.

— C’est pas du raffiné, mais ça remet les jambes sous un homme, déclara-t-il sans lever les yeux.

Il tendit un bol fumant à Maerwyn, qui acquiesça d’un grognement approbateur.

Avvallino faisait aussi griller ses galettes de floume directement sur les pierres plates du foyer, les retournant à la main. Une odeur de noisette grillée emplissait lentement la pièce.

— Bois ça, Rima, dit Fiona, en lui glissant un bol entre les mains.

La jeune fille hésita, huma le liquide, puis but par petites gorgées.

Ses doigts cessèrent un instant de trembler.

Maerwyn s’approcha, posa une main rugueuse sur l’épaule de Fiona.

— Tu t’en es bien sortie. Continue comme ça.

Et pour la première fois depuis l’aube, Fiona sentit un souffle d’apaisement naître dans sa poitrine. Pas de triomphe. Juste… un peu de chaleur revenue.

Derrière la porte toujours close, le monde pouvait bien attendre encore quelques instants.

Les rues dévastées de la ville portuaire semblaient respirer dans un silence de mort.

Un souffle lourd, chargé de poussière, d’ombres et de sang froid.

Pearl avançait. Pas après pas. Son épée longue cognait contre sa hanche, trop lourde à porter, inutile à lever. Son bras droit pendait, fourbu, engourdi, sa rune éteinte comme une braise noyée.

Alors, elle dégaina sa petite dague, fine et bien affûtée, qu’elle portait au creux de la cuisse. Elle n’avait que ça. Une arme courte, modeste. Et ce qui lui restait de rage.

Un craquement de bois la fit pivoter. Là, à quelques pas, dans l’éclat mourant d’une lanterne suspendue, un homme fouillait une échoppe éventrée. Une forge, à en juger par les étincelles mortes sur l’enclume renversée. Le forgeron gisait là, face contre les braises, la peau noircie, l’arrière du crâne enfoncé.

Le pirate, dos tourné, était grand, lourd, accroupi comme un vautour.

Pearl bondit sans bruit. Sa gorge brûlait. Son souffle haché résonnait dans ses tempes. Elle se jeta sur lui sans avertissement.

Le choc fut brutal. Le pirate, surpris, trébucha mais ne tomba pas. Il se retourna d’un geste ample, balayant l’air d’un marteau volé à l’atelier. Pearl se baissa, manqua de peu d’y laisser le crâne.

Elle roula au sol, se releva avec maladresse, la dague tremblante dans sa main.

Le second coup faillit l’abattre. Elle recula, heurta un établi. Puis, dans un élan de désespoir, elle s’élança à nouveau sur lui, visa le flanc, planta la lame dans la chair.

Le pirate hurla. Il la repoussa violemment, mais elle tint bon, s’agrippant à sa tunique, enfonçant la lame encore, jusqu’à sentir le sang jaillir chaud sur sa paume.

Ils tombèrent ensemble, roulèrent au sol.

Pearl finit au-dessus. Elle leva la dague. Frappa. Une fois. Deux. Trois. Jusqu’à ce que l’homme s’immobilise. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que le silence et ses propres halètements.

Elle resta là, penchée sur le cadavre, incapable de bouger, la main crispée sur la poignée, les jambes en feu.

Son regard se perdit dans les braises mourantes de la forge.

Un cri d’enfant. Loin, mais pas assez pour l’ignorer.

Pearl se releva lentement, s’aidant d’un mur, les muscles tétanisés. Elle recracha du sang. Son sang ? Elle ne savait plus. Son ventre la lançait. Son épaule en sang pendait toujours.

Elle marcha.

Au détour d’un angle, elle la vit : une fillette traînée par un pirate famélique, le regard fou, un coutelas à la main.

Il n’eut pas le temps de la voir arriver.

Pearl fondit sur lui, lame courte en avant. Il se retourna trop tard.

La dague lui trancha la gorge. Une ligne nette, sanglante.

L’homme chancela. Elle le poussa d’un coup d’épaule. Il s’écroula sur les pavés.

L’enfant s’était recroquevillée contre un mur, muette, secouée de tremblements.

Pearl s’agenouilla près d’elle. Peinait à respirer. Une main sur sa propre cuisse, l’autre tendue vers la petite.

— C’est fini… tu vas aller… à la taverne. Tu sais où c’est ?

La fillette hocha la tête, les joues salies de larmes et de cendres.

Pearl l’aida à se redresser, essuya du revers de sa manche un filet de sang sur son front. Puis la laissa partir. Elle la regarda courir, petite silhouette brisée, vers une lumière lointaine.

Quand Pearl atteignit la taverne, son pas n’était plus qu’un glissement.

Le jour se levait franchement, mais sa vision dansait. Des taches noires dévoraient les bords de son regard.

Deux Porte-rune, l’épée à la main, la reconnurent.

— Pearl ?

Elle acquiesça d’un signe de tête à peine perceptible, puis s’effondra à genoux.

— Ouvrez.

La porte s’ouvrit. La chaleur en jaillit comme un baume.

Des odeurs de pain rassis, de bouillon, de bois brûlé. Des voix calmes, du mouvement.

Quelqu’un la rattrapa sous les épaules. Elle sentit des bras puissants l’aider à se redresser.

Elle fit trois pas. Un monde.

Puis la lumière du foyer l’enveloppa, et elle disparut à l’intérieur.

Les murmures de l’Ombre

Bonjour à tous !

Alors si l’on commençait par dévoiler un “toutipeu” les thèmes de ce roman ?
Vous l’aurez compris, on a :
– une héroïne,
– un héros
– et un salopard…

Ça vous va ?

Vous voulez quoi d’autre ? … Heu, la couverture ?

C’est pour bientôt, promis ! Alors, je vous invite à suivre les étapes de cette prochaine sortie.

Les murmures de l’Ombre

Bonjour à toutes et à tous !

Comme vous le savez certainement, j’ai plusieurs projets en cours :
“Entre silences et promesses” qui sort chez @lceditions d’ici peu.
“Un miroir pour deux”, prévu en fin d’année ou début 2026 chez @firstflighteditions.
“Même les étoiles savaient” roman pour lequel je viens de terminer le premier jet et qui patiente gentiment, le temps d’arriver à maturation (oui, oui, comme le bon vin !)

Et il y avait CE roman, ma “briquette” écrit depuis quelque temps, mais qui avait besoin de tellement d’attention que je l’ai laissé de côté.

SON HEURE EST VENUE !

Êtes-vous prêts et prêtes à suivre cette aventure ? Il sera auto édité, donc, j’ai du boulot, mais je peux vous révéler des petits bouts au fur et à mesure de la construction de ce livre, ça vous tente ?

Chapitre 2 Le fracas des lames

Autour du puits, les civils s’étaient massés en silence, ou presque. Les plus jeunes pleuraient à moitié, blottis contre leurs mères. Les blessés gémissaient, soignés à la hâte par Rima, pâle mais déterminée, et par deux apprentis Porte-rune aux gestes encore maladroits. L’un avait la rune de l’eau. Il appliquait de la glace pour contenir les saignements. L’autre, une marque tellurique sur le front, murmurait des paroles de réconfort à un vieillard blessé. Fiona faisait la navette entre les enfants et les adultes, distribuant couvertures et mots doux. Elle tenait bon. Parce qu’elle devait tenir. Parce que Pearl était dehors.

Avvallino, lui, gardait l’entrée de la taverne, couteau de cuisine en main. Il ne parlait pas. Il observait. Le silence qu’il dégageait imposait le calme. Mais la peur rampait.

Et soudain, elle bondit.

Un hurlement. Puis deux. Une silhouette jaillit d’un toit effondré : un pirate crasseux, les yeux fous, hurlant un chant obscène. Il brandissait une machette et s’élança vers les civils. Avant même que quiconque ne réagisse, un second surgit derrière la foule, un poignard à la main, les yeux braqués sur une mère accroupie.

La panique éclata.

– ILS SONT LÀ ! hurla quelqu’un.

Le premier pirate courait déjà vers le puits. Il n’atteignit jamais sa cible. Avvallino l’intercepta sans un mot. Son bras fendit l’air : le couteau de cuisine se planta dans la gorge du brigand avec une précision chirurgicale. L’homme tomba à genoux, les mains sur sa plaie, et s’effondra dans un gargouillis.

Le second tenta de reculer, pris de panique. Les apprentis Porte-rune réagirent, un bouclier d’eau puissant vint déséquilibrer l’assaillant, le jetant à terre. Le garçon au front marqué tendit la main : une vrille de racines émergea du sol et enserra les jambes du pirate, le clouant au pavé. Rima se redressa, le front couvert de sueur.

– À couvert, vite !

Fiona aida les enfants à se recroqueviller sous une charrette renversée. Le calme revint, brutalement. Le pirate encore vivant grogna sous les liens végétaux, mais n’inspirait plus de peur.

Avvallino essuya lentement son couteau sur la tunique du mort.

– Si d’autres s’approchent, ils finiront comme lui.

Fiona lui lança un regard plein de gratitude mêlé d’inquiétude.

– Pearl va tenir, dit-elle doucement. Elle doit tenir.

Et dans le tumulte au loin, le hurlement d’une lame enflammée déchirait encore la nuit.

~~~

|Pearl L’Éclat Implacable|

Ils étaient six.

Six pirates hurlants, bardés de lames, le regard noyé dans la fureur et la folie.

Ils encerclèrent Pearl, pensant la noyer sous le nombre. Ils n’en eurent pas le temps.

Sa rune pulsait à son poignet droit comme un cœur trop plein, irradiant une lumière blanche qui, par instants, virait à l’or. Sa lame ruisselait d’éclats aveuglants. Ses yeux, d’ordinaire calmes, s’emplirent d’un feu ancien.

Elle inspira une seule fois, courte, tendue.

Puis elle attaqua.

La première frappe fut un trait de lumière. Un cou tranché, un corps effondré. Elle pivota sur elle-même, esquiva un coup, coupa net un bras qui volait encore lorsqu’elle transperça le second assaillant. Elle enchaînait avec une grâce presque irréelle. Comme si une volonté plus vaste dansait à travers elle. Son cri fendit l’air, une vibration pure qui fit trembler les vitres. La rune sur son poignet se mit à brûler.

Le troisième pirate voulut fuir. Pearl tendit la main : la lumière jaillit en un arc aveuglant, le frappa de plein fouet et l’enflamma de l’intérieur. Il chuta, un hurlement coincé dans la gorge.

Le quatrième eut juste le temps de lever son épée. Pearl le désarma d’un revers de poignet, se glissa sous sa garde, planta sa lame dans sa cage thoracique jusqu’à la garde. Un grondement sourd accompagna l’impact.

Les deux derniers s’élancèrent en même temps. Elle bondit entre eux, une explosion de lumière jaillit de son corps. Un dôme éphémère, brutal, les projeta à plusieurs pas.

Elle n’en laissa aucun se relever. Le silence se fit autour d’elle. Il ne restait que son souffle court. La lumière qui vibrait encore.

Autour d’elle, les Porte-rune ralentirent, figés. Un jeune au regard d’acier recula d’un pas. La femme au manteau de cuivre, celle de la terre, la fixa longuement, presque effrayée.

Et tous reculèrent d’un souffle, se souvenant des mots que Marcus murmurait parfois à voix basse :

« Vous ne la comprenez pas encore. Elle n’est pas juste douée. Elle est née de la rune. Elle est ce que nous avons peur de devenir. »

Et Pearl, les tempes bourdonnantes, ne vit rien de tout cela. Elle se tourna, sa lame encore fumante, et courut rejoindre Marcus.

~~~

|Marcus L’Écarlate|

Le duel continuait.

Marcus souffrait. Son épaule saignait abondamment. Chaque respiration brûlait dans sa poitrine. Mais il tenait.

Face à lui, la bête hurlait à la lune absente, la hache toujours levée, les muscles gonflés d’une rage insensée. Marcus para une nouvelle frappe. Le choc fit trembler son bras jusqu’à la clavicule. Il recula, feinta, tenta un revers. L’autre esquiva à peine. Il ne sentait rien. Rien d’humain dans ce colosse, sinon la haine.

– Tu vas tomber, Porte-rune ! cracha l’ennemi.

Marcus sourit, les dents rouges.

– Pas aujourd’hui.

La rune de feu s’embrasa. Sa lame s’allongea d’une langue incandescente. Il fit tournoyer son épée, décrivant des cercles de chaleur autour de lui.

Le pirate fonça.

Marcus pivota sur son pied arrière, le laissa s’engager, et au dernier instant, il glissa sous la hache. Tout son poids se projeta dans le mouvement. Sa lame fendit l’air en une trajectoire parfaite, chirurgicale, définitive. Le cou du monstre céda dans un shlak humide et sec à la fois.

La tête roula sur les pavés.

Le corps demeura debout une seconde, avant de s’écrouler dans un fracas sourd.

Soudain, au loin, des cris. De victoire, de peur, de stupeur.

Marcus se tenait là, ruisselant de sueur et de sang, le souffle court, sa rune encore rougeoyante.

Tous le regardaient. Même les Porte-rune. Pearl arriva juste à temps pour le voir se redresser et murmurer, presque pour lui-même :

– Alors c’est ça… une légende, hein ?

Ils se souvenaient, maintenant, pourquoi on l’appelait l’Écarlate.

~~~

Le combat était terminé.

Mais le silence, lui, pesait plus lourd que les cris. Pearl se tenait debout, au milieu des corps.

Ses bras pendaient le long de son corps, couverts de sang qui n’était pas le sien. Sa lame fumait encore, tiède.

Autour d’elle, tout semblait s’être figé. Comme si le monde, lui aussi, retenait son souffle.

Une odeur épaisse lui brûlait les narines : celle du fer, du cuir mouillé, des entrailles déchirées. Le sang couvrait les pavés en traînées noires, gluantes. Des morceaux de chair, de tissu, de vie… éparpillés comme des feuilles mortes.

Elle inspira, mais l’air avait changé. Il était lourd, saturé. Chaque respiration goûtait la mort. Son cœur cognait dans sa poitrine comme une bête enfermée. Ses tempes pulsaient.

Sa rune luisait encore faiblement. Un dernier battement de lumière blanche, puis plus rien. Éteinte. Elle baissa les yeux.

Le pirate qu’elle avait brûlé gisait là, les orbites vides, figées dans une expression de terreur pure. Il n’était plus qu’une carcasse noircie, une coquille vidée.

Ses doigts tremblèrent. Ce n’était pas la première fois. Elle avait tué avant. Elle était formée pour ça. Mais quelque chose, cette fois… quelque chose s’était ouvert en elle. Ou brisé.

Son regard glissa vers les autres corps. L’un avait le visage jeune. Trop jeune. Un duvet encore tendre au menton. Un autre avait gardé, même dans la mort, un air de surprise. Comme s’il n’avait jamais cru que ça finirait là. Pas comme ça.

Elle sentit sa gorge se serrer. Pas de larmes. Juste un nœud. Un vertige. Une solitude immense, glaciale, comme un gouffre qui s’ouvrait en elle.

Les sons revinrent lentement, étouffés :

Des pas qui couraient. Des gémissements au loin. Des cris d’appel. Mais Pearl n’écoutait plus.

Elle se laissa tomber à genoux, une main au sol, l’autre posée sur son front.

Un souffle. Deux.

Elle ferma les yeux. Dans le noir de ses paupières, la lumière avait laissé une trace. Comme une cicatrice de feu.

Elle se vit, l’espace d’un instant, de l’extérieur : une silhouette baignée de lumière, le regard incandescent, le geste implacable.

Et ce n’était pas elle. Pas vraiment. Quelque chose en elle se réveillait. Ou prenait trop de place. Elle n’en savait rien. Elle n’osa pas y penser plus.

Des mains se posèrent sur ses épaules. Des voix l’entouraient à nouveau.Quelqu’un l’appelait. Peut-être Fiona. Peut-être Agathe. Elle ne savait plus.

Pearl se redressa lentement, les traits figés, les yeux vides. Elle n’avait pas froid. Et pourtant, elle frissonnait.

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