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162 - 227 minutes de temps de lectureMode de lectureL’Ultime Gardienne, T1. De l’attirance à l’espérance

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Résumé

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Lorsque le destin d’êtres exceptionnels se trouve mêler, les graines d’un nouvel espoir pourraient être parsemées.

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Gravement blessé et amnésique, Érélah est recueillie par Shaun, un jeune homme solitaire. Il panse ses blessures et lui offre son nom, ayant tout oublié de sa vie d’avant, jusqu’à son identité.

Pourtant, les stigmates du passé semblent planer sur son existence et viennent hanter certaines de ses nuits, les amenant à se questionner sur l’origine de ces tourments.

Oseront-ils aller jusqu’au bout de leur quête et affronter les fantômes du passé ? Parviendront-ils au bout de ce chemin, entre amour et douceur, mais aussi cruauté et violence ?

 

[ATTENTION – Roman pour public averti]

 

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Petit mot – Remerciements

Bonjour,

Promis, je ne serai pas longue. Tout d’abord, merci d’être venue découvrir mon histoire. C’est le premier tome d’une Saga Fantasy qui en contiendra donc plusieurs (je ne sais pas encore combien exactement). Le premier tome est entièrement écrit et le second est actuellement en cours d’écriture.

Mon univers s’inspire des légendes, des folklores de différentes cultures, mais aussi de mondes fantastiques ou fantasy qui existent. Ainsi, la rencontre avec de nombreuses créatures bien connues est inévitable, mais je les ai réarrangées selon mon envie et mon imagination.

Il y a de la diversité dans ce roman, quelques clichés, de l’amour bien évidemment, mais aussi des sujets plus délicats et des scènes de violence même si elles ne sont pas très développées. J’ préfère donc catégoriser ce roman pour un public averti et donc adulte.

Pour l’instant, je mets à disposition la première moitié du tome 1 environ : les 6 premiers chapitres ainsi que le chapitre spécial.

Bonne lecture et à très vite

Galatéa

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Carte

 

Pour cette saga, j’ai crée tout un monde qui est assez vaste et dont voici la carte :

CARTE_MONDE_UG

 

Certes, pour ce qui est du Tome 1, nos héros ne vont pas évoluer dans la totalité du monde. L’aventure débute au niveau de la Forêt des Tourments dans la charmante clairière nord, c’est-à-dire ici :

foret_tourment

Alors, oui, je l’ai réalisé à la main, je suis de la vieille école pour certaines choses 😉. Désormais, il est temps d’aller découvrir ce qui attends nos héros.

Bonne lecture 🥰

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-1- Réveil

 

[Partie I]

C’est le milieu de la matinée, il fait doux en ce début de journée printanière à proximité de la Forêt des Tourments. C’est une magnifique et gigantesque étendue sauvage qui possède une importante énergie naturelle. La flore y est particulièrement abondante et luxuriante, ainsi qu’en témoignent la présence de centaines d’espèces d’arbres, fleurs, champignons et autres plantes qui diffusent leur douce fragrance dans l’air environnant. Une faune tout aussi développée y est visible. On y croise facilement lièvres, poules sauvages, cervidés, scrofas[1] et autres charmants animaux, ainsi que de petits carnivores tels que fouines, renards ou lynx bleus. Quelques prédateurs dangereux sont également présents dans la partie plus profonde de la forêt comme serpents, ours, tigres d’Artémis, loups, mais aussi quelques loups de Fenrir. Rares sont ceux qui osent s’aventurer dans cette forêt et plus encore dans ses profondeurs.

La nature y est généreuse et la nourriture abondante, ce qui permet à de nombreuses créatures telles que fées, dryades, leprechauns, korrigans, satyres… de pouvoir vivre dans cette jolie forêt, loin du tumulte des civilisations.

Une brise légère se fait entendre dans le feuillage des arbres bien fourni, offrant un délicat frémissement. Certains sont encore en fleurs, d’autres ont commencé à former leurs fruits, ce qui offre un spectacle des plus sympathiques à observer. Le délicat chant de la rivière qui s’écoule en direction de cette belle étendue sauvage est également perceptible. Ce cours d’eau est à l’image de la forêt qu’il traverse, riche en vie lui aussi, puisque de nombreuses espèces de poissons, d’amphibiens, d’insectes, de crustacés et autres animaux d’eau douce, ainsi que de nombreuses plantes aquatiques y évoluent.

À la rivière, une jeune femme à la limite de l’inconscient, a l’impression d’être portée délicatement sans arriver à déterminer si c’est un rêve ou la réalité. Elle perçoit difficilement son environnement et n’est plus sûre de rien. Ses yeux sont clos et semblent vouloir le rester. Elle n’a plus la force de les ouvrir. Elle arrive à la conclusion qu’elle est sans doute plongée dans un rêve ou une illusion.

Quelques instants plus tôt, elle avait la sensation de flotter délicatement à la surface d’une étendue fraîche et paisible qui l’emportait vers sa destination sans savoir laquelle. Épuisée, essayer de comprendre est désormais au-dessus de ses forces. Dorénavant, elle ne ressent plus aucune douleur, plus aucune peur, plus rien, juste le calme qui l’entoure. Finalement, elle consent à se faire envelopper par cette douce sensation, puis se laisse emporter par ce sommeil profond qui lui tend les bras et l’enveloppe délicatement de son voile.

Un peu plus loin, dans une sympathique petite clairière à l’orée nord de la Forêt des Tourments, un jeune homme nommé Shaun, désireux de s’éloigner des civilisations et de leurs conflits, y a bâti sa maison. Elle est simple et modeste, construite solidement en bois au cœur de la clairière, loin de tout, et lui permet de vivre paisiblement en harmonie avec la nature. La générosité de la Forêt des Tourments lui offre tout ce dont il a besoin, il a juste à se servir et à prélever ce qui lui est nécessaire.

Maison

Comme toujours, il se prépare pour aller chercher quelques vivres afin de compléter sa réserve où il a déjà préparé la viande, mais aussi un peu d’eau fraîche. Il prend donc un panier pour y mettre baies et fruits de saison, ainsi qu’un bidon pour récupérer de l’eau à la rivière qui se trouve en contrebas.

Avant de partir, il jette un coup d’œil vers Lacky, son compagnon à quatre pattes, et l’interpelle pour savoir s’il veut l’accompagner et se balader. Bien évidemment, ce magnifique écureuil-renard ne rate jamais une occasion pour faire une sortie en pleine forêt avec lui. Dès qu’il l’apostrophe, ce petit farceur bondit et file à toute vitesse dans sa direction. Ils partent donc en exploration de ravitaillement. Shaun commence par récupérer quelques légumes et fruits, mais aussi des herbes médicinales. Il profite de la belle saison pour commencer à constituer ses réserves.

Afin de réaliser le plein d’eau, il dépose son panier à l’ombre, au pied de l’arbre avant de descendre la pente douce qui lui permet de rejoindre la rivière. Pour atteindre la berge aux galets, il doit longer la rive sur quelques mètres en direction du point de ravitaillement où le courant est plus doux, ce qui lui permet de se servir en toute sécurité dans une zone peu profonde. Arrivé à destination, il entre dans l’eau jusqu’aux genoux pour remplir le récipient. Pendant ce temps, Lacky se balade comme à son habitude le long de la rive en aval et s’amuse à sauter de branche en branche. Sa tâche accomplie, Shaun remonte avec son bidon et le dépose à côté du panier. Il se retourne pour s’assurer que son compagnon à quatre pattes est derrière lui, prêt à le suivre, mais à sa grande surprise, il n’est pas là. Il l’appelle, en vain. Il décide donc de redescendre pour s’assurer que sa petite boule de poils va bien, mais aussi savoir ce qui le retient. Shaun remonte la rivière, passe la berge aux galets et poursuit sa route jusqu’à la zone où Lacky s’amuse habituellement.

Il le retrouve positionné sur une branche en train d’observer quelque chose. Il s’approche et l’interpelle, mais le petit écureuil-renard ne fait pas attention à lui. Ce dernier poursuit sa route afin de visualiser ce qui peut l’occuper ainsi.

C’est à cet instant qu’il la voit, flottant à la surface de l’eau, telle un ange dormant sur un nuage. Elle est inconsciente, les traits fins de son visage sont détendus, ses lèvres sont très légèrement entrouvertes, comme si elle dormait. Ses cheveux longs, châtains, détachés, voltigent majestueusement au gré du courant, étalés au-dessus et tout autour d’elle.

Shaun est comme hypnotisé par sa beauté et la légère aura qu’elle dégage. Il la fixe sans pouvoir bouger. Il est incapable de détourner son regard de cet être aux allures angéliques, comme si une force l’attirait, l’empêchait de la quitter, le poussait à se focaliser sur elle. C’est à ce moment que Lacky se rend compte de la présence de son maître. Il le rejoint en se faufilant sur les branches, puis pose ses pattes avant sur son épaule et vient se frotter affectueusement à la joue de Shaun pour le sortir de ses pensées. Le jeune homme regarde son petit compagnon avec tendresse en laissant un léger sourire se dessiner sur son visage, lui fait une gratouille sous le cou avec son index, puis leur attention se porte de nouveau sur elle.

Son compagnon à quatre pattes quitte l’épaule de Shaun, retourne sur la branche où il se trouvait un peu plus tôt et regarde de nouveau cette belle inconnue pendant un instant. Finalement, il se redresse, tourne sa tête vers son maître puis l’incline légèrement et l’interroge du regard, l’air de dire : « Tu attends quoi pour la sortir de là ? ». Il observe la mimique de sa petite boule de poils et arque un sourcil, ne sachant pas lui-même ce qu’il va faire.

Alors que le regard de Lacky oscille avec douceur entre les deux, Shaun se décide finalement à approcher. Il entre dans l’eau, puis s’évertue à la libérer des branches qui la retiennent. C’est à ce moment qu’il se rend compte de son état : elle est gravement blessée. Plusieurs plaies sont présentes sur l’ensemble de son corps, avec une blessure particulièrement importante au niveau de son bas-ventre. Son teint est pâle et son pouls est faible. Elle semble avoir perdu beaucoup de sang, mais elle est encore en vie. Il décide donc de la sortir de l’eau et la prend délicatement dans ses bras, puis la blottit précautionneusement contre lui. Il la remonte jusqu’à sa demeure afin de pouvoir lui prodiguer les premiers soins, sans certitude de pouvoir la sauver.

Il dépose cette belle inconnue avec délicatesse dans la salle de bain, prend le temps de lui parler avec douceur et respect. Shaun se présente et lui explique ce qu’il va faire, comme si elle pouvait l’entendre, même s’il a parfaitement conscience que, compte-tenu de son état, il y a peu de chance que ce soit le cas. Il retire ce qu’il reste de ses vêtements en lambeaux et s’attèle à nettoyer avec précaution chacune de ses plaies, tout en continuant de lui parler et de lui expliquer régulièrement ce qu’il fait en même temps qu’il prend soin d’elle.

Certaines de ses blessures sont superficielles et résultent probablement de griffures ou de chocs dus au courant de la rivière qui l’a transportée. D’autres, bien plus graves, semblent découler d’une chute, de coups ou d’un combat éventuel, sans compter celle de son bas-ventre qui provient probablement d’une puissante attaque.

Malgré ses excellentes connaissances en alchimie médicinale, ce n’est qu’au bout de plusieurs longues heures qu’il termine de la laver, de panser ses blessures, d’appliquer les cataplasmes ou les onguents et de stabiliser son état. Désormais soignée, elle dort paisiblement dans son lit où il l’a confortablement installée. Les traits de son visage sont fins et doux. Shaun a l’impression de voir un ange. La respiration de la jeune femme est lente, mais stable. Il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour lui venir en aide. Désormais, c’est à elle de jouer, de se battre pour revenir.

[1] Le scrofa est un cochon sauvage

 

[Partie II]

Shaun choisit de redescendre récupérer son ravitaillement laissé quelques heures plus tôt au pied de l’arbre. Il fait l’aller-retour en vitesse afin de ne pas la laisser seule trop longtemps. À son retour, il passe par la chambre pour s’assurer que tout va bien, et, à sa grande surprise, il trouve Lacky couché près de cette belle inconnue, blotti juste au-dessus de son épaule, au creux de son cou. Il n’a jamais vu sa boule de poils agir ainsi, même avec lui, il est très surpris. Même si un lien particulier les unis d’une certaine manière, cet écureuil-renard n’est pas un animal de compagnie ordinaire, il a choisi de vivre aux côtés de Shaun, mais il garde son indépendance et sa liberté.

Certes, Lacky aime l’accompagner dans son quotidien, mais de là à se lier si vite à quelqu’un qu’il ne connaît pas, Shaun trouve cela surprenant et se demande si sa boule de poils n’aurait pas ressenti quelque chose de particulier chez cette belle inconnue. Au fond, lui aussi a éprouvé une sensation spéciale à la rivière quand il l’a vue, une sorte d’attirance inexplicable, sans compter cette impossibilité de la quitter du regard, comme s’il devait veiller sur elle. Après tout, les écureuil-renards sont des animaux pleins de surprises, on ne connaît que très peu cette espèce. Ils ont malheureusement été longtemps prisés pour leur magnifique allure, avec leur fourrure aux multiples couleurs, dégradés de marrons et de roux, leur visage splendide avec leurs grandes oreilles pointues. Sans oublier le côté envoûtant de leurs yeux profondément noirs, entourés d’un halo de couleur bleu intense, le tout accentué par leur col de fourrure plus claire.

Les Hommes leur ont conféré le mystique pouvoir de porter chance et d’amener la bonne-fortune, ce qui fait que de nombreux hauts dirigeants ont voulu en faire leurs animaux de compagnie. Mais l’écureuil-renard est un animal épris de liberté qui ne supporte pas de vivre enfermé ou enchaîné. Ainsi, beaucoup se sont laissés mourir une fois capturés. Ils sont donc devenus rares, voire très rares. Lacky est d’ailleurs le seul écureuil-renard de la forêt, ou tout au moins du secteur, puisque Shaun n’a croisé aucun autre individu de son espèce pour le moment.

Finalement, le jeune homme apprécie qu’elle ne soit pas seule, il va pouvoir préparer plus sereinement de nouvelles potions, baumes et onguents pour les prochains soins, mais aussi le repas et ranger les provisions fraîchement renouvelées. Il sait que Lacky viendra l’avertir s’il y a un problème.

L’état de la demoiselle s’améliore doucement de jour en jour. Elle est moins pâle qu’à son arrivée et semble reprendre vie petit à petit. Shaun s’occupe d’elle ainsi pendant un peu plus de trois semaines.

Au fil des jours et des soins quotidiens, il a remarqué la présence de plusieurs hématomes à différents stades d’évolution, répartis sur l’ensemble de son corps, mais aussi de nombreuses cicatrices antérieures à ses blessures au niveau de son dos, de ses bras et de ses cuisses. Leurs formes, leurs positions, mais aussi leurs superpositions lui font craindre de multiples mauvais traitements. Mais, il ne peut que faire des suppositions basées sur ses connaissances et ne veut porter aucun jugement hâtif sans avoir toutes les pièces du puzzle.

Malgré tout, elle cicatrise plutôt bien, étonnamment bien même, compte-tenu de la gravité de son état à l’origine. Shaun en déduit qu’elle se bat pour survivre et il l’aide autant qu’il peut chaque jour, même s’il ne comprend pas vraiment ce qui le pousse à vouloir prendre soin d’elle et la sauver. Lacky ne la quitte pas et veille sur elle, lui aussi. Ne connaissant pas son identité, Shaun a fini par l’appeler « mon ange » lorsqu’il s’adresse à elle.

Comme chaque après-midi, une fois qu’il a fini de préparer le nécessaire de soins et de reconstituer ses réserves de potions, il nettoie son plan de travail d’alchimie et passe la voir avant de cuisiner pour le dîner. Lorsqu’il arrive à la chambre, il aperçoit sa boule de poils assise, en train de regarder le visage de sa belle inconnue avec attention, ses longues oreilles relevées bien droites sur la tête, comme s’il était à l’affût. C’est à ce moment que Shaun entrevoit un léger mouvement au niveau des paupières de « son ange ». Son cœur s’emballe alors que Lacky se relève et s’approche encore plus du visage de la belle endormie.

Il la rejoint à son tour, son organe bat à tout rompre dans sa poitrine, si fort qu’il a l’impression qu’il va sortir de sa cage thoracique. Jamais Shaun n’aurait espéré la voir se réveiller si tôt. Il fait tout pour se calmer afin de pouvoir la rassurer et la guider. Lacky est tout excité par son réveil, ses pattes avant font des petits mouvements dans l’exaltation et il lâche quelques couinements de joie et d’encouragement.

Shaun met un genou à terre afin d’être à la hauteur du visage de sa belle inconnue. Instinctivement, il commence à lui caresser le front et les cheveux. Il lui parle, comme toujours, d’une voix douce et rassurante pour lui dire qu’elle est en sécurité.

Petit à petit, la jeune femme prend conscience de cette douce voix masculine qui l’encourage et lui répète qu’elle est en sécurité, que tout va bien, qu’elle n’est pas seule. Ce timbre lui semble étrangement familier et la rassure. Elle ressent également l’énergie apaisante, mais aussi attirante de ce précieux compagnon qui est auprès d’elle.

Elle sort petit à petit de son profond sommeil et ressent mieux son environnement : l’air doux de cette journée, l’odeur boisée des lieux, la douceur des draps dans lesquels elle est, les mouvements d’excitation de la petite boule de poils qui est à ses côtés, la main tendre qui caresse ses cheveux et son front, le délicat souffle chaud sur sa joue…

Elle a envie d’ouvrir les yeux pour mettre un visage sur ceux qui ont veillé sur elle, mais aussi pour accéder à leur demande de s’éveiller. Lentement, elle essaie de relever ses paupières. Malgré sa douceur, la luminosité du lieu est douloureuse lorsque la jeune femme la perçoit l’espace d’un instant. Elle essaie de bouger, mais son corps est engourdi. Immédiatement, son bienfaiteur le comprend. Il lui parle de nouveau pour la rassurer et lui suggère d’y aller doucement et par étape.

Elle se concentre donc de nouveau sur l’ouverture progressive de ses yeux. Elle s’habitue doucement à la délicate lumière ambiante. Elle ne reconnaît pas l’endroit, mais elle n’est étrangement pas inquiète. L’atmosphère des lieux est rassurante. La demoiselle tourne légèrement la tête vers la gauche pour découvrir le visage de celui qui se tient à ses côtés. Il a les cheveux châtains, plutôt courts, les yeux violets, un visage équilibré avec une mâchoire carrée. Cette dernière est délicatement recouverte d’une petite barbe de deux jours et son teint est légèrement hâlé. Il lui sourit. Son regard est bienveillant et cet être dégage une énergie apaisante. Elle ne peut empêcher un léger sourire d’apparaître en découvrant le visage de ce précieux compagnon.

C’est à ce moment que la boule de poils, qui se trouve à sa droite, vient se frotter affectueusement à sa joue pour lui signifier sa joie avec un petit couinement, ce qui ne manque pas de faire rire son hôte. Le sourire de la jeune femme s’étend un peu plus suite à cet acte de tendresse et à l’entente du chant du bonheur de ce précieux compagnon qu’elle apprécie et qui lui fait du bien. Même si ses idées sont encore floues, qu’elle ne réalise pas vraiment tout ce qu’il se passe, elle est heureuse de les avoir tous les deux à ses côtés au moment de son réveil.

Shaun lui laisse quelques instants pour reprendre un peu ses esprits. Il l’observe avec un regard doux qu’il plonge dans ses magnifiques iris ambrés. Là encore, il ne peut la quitter des yeux, happé par cette attirance inexplicable qui le pousse à rester près d’elle. Il ne peut lâcher son regard.

Il doit continuer à la rassurer et la guider. Il finit donc par prendre la parole.

— Tu dois te poser pas mal de questions. Je te promets de faire mon maximum pour te donner des réponses. Je m’appelle Shaun. Tu es ici chez moi. Tu n’as rien à craindre, tu es en sécurité. Le petit chenapan qui ne se décolle pas de ta joue s’appelle Lacky. Tu as été gravement blessée, je t’ai soignée, tes blessures guérissent bien, mais ne sont pas encore totalement cicatrisées. Tu dois faire attention, lui dit-il d’une voix tendre.

Elle entrouvre la bouche pour essayer de répondre. Elle voudrait tellement lui dire merci, mais aucun son ne semble vouloir sortir. Sa gorge est sèche, elle tente un murmure, mais n’y arrive pas, à son grand désarroi. Par chance, Shaun s’en aperçoit et la rassure.

— Vas-y doucement, ne t’inquiète pas. Je vais te ramener un peu d’eau, ça ira mieux après, lui dit-il avec affection.

Elle lui répond par un sourire en faisant un léger hochement de tête tout en clignant lentement une fois des yeux pour lui signifier qu’elle a compris. Elle le voit ainsi se relever et ne peut s’empêcher de le suivre du regard. Elle s’aperçoit que son bienfaiteur est grand, bien bâti, athlétique et sculpté comme un guerrier. Il est vêtu simplement d’un short et d’un débardeur laissant entrevoir sa magnifique musculature, mais aussi quelques cicatrices. Son aura est douce, harmonieuse et apaisante à ses sens.

Elle profite de son absence pour reporter son attention vers le chenapan qui se trouve à sa droite et qui ne l’a pas quittée. C’est un petit écureuil-renard au pelage roux et marron, magnifique, brillant et soyeux. Son regard noir, dans lequel elle aperçoit un brin de malice, ne la quitte pas. Ses yeux sont entourés de ce fameux halo bleu intense totalement hypnotisant. Elle plonge ses pupilles dans celles de Lacky et l’observe avec tendresse et émotion, accompagnées d’une pointe d’émerveillement. Ce dernier en profite pour venir se frotter affectueusement à sa joue. Elle ne peut s’empêcher de sourire à nouveau et profite de cet acte d’amour simple, mais tellement vrai.

Shaun revient et dépose le verre à proximité du lit. Puis, il lui explique, comme toujours, ce qu’il va faire pour l’installer en position semi-assise d’un ton tendre et calme. Sa voix lui semble tellement familière et agréable, qu’elle ne peut empêcher ses lèvres de s’étendre délicatement lorsqu’il s’approche d’elle. Finalement, il la relève avec douceur et cale quelques oreillers et coussins derrière elle.

La demoiselle a l’impression de ne rien peser en voyant la facilité avec laquelle Shaun la soulève, la manipule et l’installe confortablement. Elle est étonnée de la douceur et de l’attention dont il fait preuve avec elle. Cette dernière n’aurait jamais pensé qu’un homme ainsi taillé et fort puisse être si tendre et doux. Elle le regarde avec un mélange d’affection et d’admiration tout en arborant un petit sourire sincère.

Shaun s’assoit à côté d’elle sur le rebord du lit et l’aide à boire. L’eau qui coule dans sa gorge lui fait le plus grand bien. La jeune femme ne peut empêcher un soupir de satisfaction de lui échapper, ce qui le fait sourire et la fait légèrement rougir.

Elle essaie de nouveau de parler et réussit à faire sortir ce mot qu’elle voulait tant lui dire depuis l’instant de son réveil dans un infime murmure, légèrement tremblant d’émotion :

— Merci.

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-2- Dure réalité

 

[Partie I]

Elle regarde Shaun avec tendresse alors que celui-ci arbore un sourire sincère.

— De rien. Comment te sens-tu ? lui demande-t-il avec douceur.

— C’est encore… flou… lui chuchote-t-elle, hésitante.

Elle plisse inconsciemment les yeux tout en prononçant ces quelques mots alors qu’elle essaie de remettre ses idées en place.

— Prends ton temps, ne t’inquiète pas, lui suggère-t-il avec bienveillance. Quand tu te sentiras prête, je serai ravi de connaître ton prénom.

Il patiente sans la brusquer, assis à côté d’elle, silencieux, et caresse délicatement avec son pouce le dessus de sa main qu’il tient tendrement. Ce geste affectueux, il le fait instinctivement, sans même s’en rendre vraiment compte, poussé par cette attirance qui l’incite à être près d’elle.  La jeune femme reporte son attention sur lui, leurs regards se croisent de nouveau, puis elle essaie de reprendre la parole, toujours dans un léger murmure.

— Je… Je m’appelle…

Shaun lui sourit pour l’encourager à poursuivre, mais les larmes commencent à perler au coin de ses yeux lorsqu’elle prend la mesure de son incapacité à finir sa phrase. Elle ne connaît pas son identité. Pourtant, elle s’évertue à chercher l’information, mais cette dernière reste introuvable. Elle détourne le regard afin que son hôte ne voie pas le désarroi et la tristesse qui s’emparent d’elle à cet instant. Le sourire de son bienfaiteur s’efface lentement lorsqu’il se rend compte de son mal-être. Sa main gauche vient se poser délicatement sur la joue de la belle inconnue, puis son pouce essuie une larme qui commençait à couler et à humidifier son visage.

Erelah

Avec affection, il l’incite à relever ses beaux yeux ambrés vers lui. Son regard est empli de compassion pour elle.

— Que t’arrive-t-il ? Tu ne dois pas avoir peur. Tu sais, je…

Shaun ne finit pas sa phrase. Une pointe de tristesse accompagne la compassion dans son regard, il a compris la cause de son désarroi.

— Tu ne sais pas comment tu t’appelles, c’est ça ? lui demande-t-il finalement d’une voix douce et calme.

Pour toute réponse, la jeune femme n’est capable que de faire un léger non de la tête, tout en baissant les yeux et en laissant échapper un « pardon » à peine audible dans un murmure fébrile. Son incapacité à comprendre les causes de son état actuel, la plonge dans la culpabilité de ne pouvoir éclairer son sauveur et lui donner des réponses. La délicate caresse du pouce de Shaun sur sa joue la sort subtilement de ses tristes pensées. Timidement, elle relève les yeux vers celui qui l’observe avec bienveillance et compassion alors qu’un léger sourire réconfortant se dessine sur son visage.

— Tu n’as pas à t’excuser, voyons. Je me doute que tout cela ne doit pas être facile pour toi, mais ne sois pas trop triste. En attendant que ça te revienne, si tu veux, on peut réfléchir pour te donner un prénom. Qu’est-ce que tu en penses ? lui propose-t-il d’une voix gracieuse.

Ne la voyant pas réagir, Shaun penche légèrement sa tête et l’interroge affectueusement du regard tout en arborant un petit sourire sincère, son pouce caressant toujours délicatement sa joue. Réalisant ce qu’il vient de dire, la jeune femme ne peut empêcher un faible sourire d’apparaître même si toute sa tristesse ne s’est pas effacée. Elle le contemple avec une profonde reconnaissance et finit par faire timidement oui de la tête.

— Tu sais, je préfère quand tu souris, lui dit-il en maintenant un regard réconfortant.

Shaun retire délicatement sa main de la joue de sa belle inconnue et vient la poser sur son menton qu’il frotte tout en réfléchissant.

— Bon… voyons voir… Je crois avoir trouvé un prénom qui t’irait bien… Que penses-tu de… Érélah ? finit-il par dire.

Elle le regarde étonnée, elle ne connaît pas ce prénom, même si certains qui s’en approchent lui semblent familiers. Malgré tout, elle apprécie sa sonorité. Les joues de Shaun rosissent légèrement alors qu’il détourne le regard comme s’il était gêné. La jeune femme se rendant compte du malaise que sa réaction provoque, se reprend et arbore un air reconnaissant et heureux pour lui répondre d’une voix très légère, un peu plus forte qu’un murmure :

— J’adore ! Merci.

Il relève donc ses yeux vers elle, un petit sourire sur le visage. C’est à ce moment que Lacky refait son entrée et vient se coller de nouveau à la joue d’Érélah pour lui délivrer un câlin, accompagné d’un petit couinement de bonheur, comme pour approuver le choix de son maître. Cet acte d’affection les fait rire tous les deux, ce qui tire une légère grimace à la jeune femme dans la foulée, due à la douleur qui se déclenche au niveau de sa blessure au bas-ventre. Rire n’était peut-être pas la meilleure des idées. Shaun la regarde en répondant à son rictus par un autre avec un soupçon d’inquiétude au fond des yeux.

— Ta blessure au ventre était importante. Elle cicatrise bien, mais fais attention tout de même. J’aurais dû te prévenir, désolé, lui dit-il.

Elle le rassure immédiatement en laissant ses lèvres s’étendre délicatement, acte qu’il lui rend avec sincérité.

C’est à ce moment que le ventre d’Érélah choisit de gargouiller, au désarroi de cette dernière qui ne peut s’empêcher de rougir. Son bienfaiteur lui répond par un sourire en coin avec un regard tendre où elle peut apercevoir un brin de taquinerie. C’est ainsi qu’ils réalisent tous les deux que l’heure tourne. Il clôture donc ce premier échange dans le but de préparer le repas. Sans même s’en rendre compte, il dépose instinctivement un délicat baiser sur la tempe de la demoiselle avant de partir, au plus grand bonheur de cette dernière qui ne peut empêcher ses lèvres de s’étendre en le regardant affectueusement s’en aller. Lacky reste auprès d’elle pour lui tenir compagnie, même si Shaun lui a promis de faire vite pour qu’ils dînent ensemble.

Ce dernier ne réalise ce qu’il a fait qu’une fois dans la cuisine. Heureusement pour lui qu’elle ne le voit pas à ce moment-là, il a viré rouge pivoine et dépose une de ses mains sur son front tout en se demandant ce qui a bien pu lui passer par la tête pour faire une telle chose. Puis, il réalise que cet acte l’a rendue heureuse puisqu’elle souriait en le regardant partir. Il ne peut empêcher la joie de s’afficher sur son visage en se remémorant le regard qu’elle a posé sur lui. De nouveau, l’image de son ange vient emplir son esprit, avec ses magnifiques yeux ambrés qu’il vient de découvrir, iris à la beauté hypnotique, dans lesquels il a envie de plonger pour se noyer.

Afin de ne pas se laisser aller à des pensées tristes, Érélah décide de profiter de ce moment pour tenter de commencer à reprendre le contrôle de son corps, ne serait-ce qu’à minima, de ses mains pour manger tout à l’heure. C’est alors qu’elle essaie doucement de ressentir quelques sensations au niveau de ses membres supérieurs. Lacky l’observe d’un air interrogateur en penchant légèrement la tête sur le côté, se demandant sûrement ce qu’elle est en train de faire. Sans savoir pourquoi, la jeune femme décide de lui expliquer ses intentions, comme si un écureuil-renard pouvait comprendre et lui répondre. Elle a l’impression d’être une de ces mamies gâteuses qui parle à son chat, mais elle ne peut s’empêcher de discuter avec ce charmant petit animal. Ce dernier la regarde et incline sa tête de l’autre côté comme s’il essayait de comprendre ce qu’elle lui dit. Finalement, Lacky s’assoit gentiment à côté de sa main droite, sur le rebord du lit, puis l’observe patiemment.

Érélah ferme les yeux pour se concentrer, prend le temps de faire le vide dans son esprit et essaie de ressentir le peu d’énergie présent en elle. La jeune femme fait cela de façon instinctive et naturelle. Elle essaie donc de se focaliser sur le haut de son corps pour le moment et tout particulièrement sur ses organes de la préemption. Elle rouvre ses paupières et tente de faire un mouvement avec sa main droite pour délivrer un petit câlin à sa boule de poils préférée. À sa grande surprise, elle arrive à relever tout doucement son membre vers le cou de Lacky, tout en étendant son index. Bien évidemment, ce petit écureuil-renard espiègle a bien compris ce qu’elle tente de faire et s’empresse d’approcher son museau de la paume d’Érélah pour qu’elle le caresse, au plus grand bonheur de son compagnon à quatre pattes. Cet acte ne manque pas de la faire sourire et fait s’afficher un air heureux sur son visage.

C’est sur cette entrefaite que Shaun les rejoint dans la chambre avec le repas. Il les observe, se tenant dans l’encadrement, sans faire de bruit, profitant de la tendre scène qui s’offre à lui. L’odeur alléchante des aliments vient chatouiller les narines d’Érélah, lui mettant l’eau à la bouche et attirant son attention vers l’entrée de la pièce. Bien évidemment, son bienfaiteur a remarqué qu’elle réussit désormais à utiliser sa main droite. Il la félicite, mais lui suggère tout de même d’y aller doucement. Elle lui répond par un hochement de tête. Son regard est empli de joie avec un brin de fierté.

Shaun fait en sorte qu’ils puissent dîner ensemble et conseille à Érélah de manger doucement et en petite quantité, son corps n’étant plus habitué à se nourrir. Durant le repas, elle ne peut s’empêcher de poser quelques questions à son hôte qui lui répond avec plaisir. Elle apprend ainsi qu’elle se trouve au nord de la Forêt des Tourments, l’une des plus grandes étendues sauvages qui existent ; qu’il vit ici seul depuis plusieurs années par choix, sans pour autant l’interroger davantage sur cette décision. Elle estime qu’il est un peu tôt pour poser une telle question.

Érélah apprend également qu’il a pris soin de sa personne pendant un peu plus de trois semaines. Surprise par cette information, elle ne peut s’empêcher de l’interroger sur la manière dont il a pu la soigner et la maintenir en vie. Il lui explique donc que cela a été possible grâce à sa formation en alchimie médicinale qu’il a reçue par le passé. Elle lui permet d’avoir d’excellentes connaissances en médecine générale, mais aussi la maîtrise de nombreuses incantations et potions nécessaires pour soigner de multiples blessures et maintenir les fonctions vitales d’un patient. Découvrant cela, elle aimerait connaître plus de détails sur les conditions de son apprentissage, mais n’ose pas demander et se dit qu’elle aura tout le temps de s’en quérir plus tard.

Shaun lui révèle aussi que c’est lui qui a bâti cette agréable maison dans la clairière nord de la forêt. Même si c’est la plus éloignée de toute civilisation où personne ne vient s’aventurer, il lui indique que de nombreuses créatures vivent dans cette magnifique étendue sauvage, qu’il est possible de les connaître après s’être fait accepter par leurs peuples. Érélah garde cela en mémoire, elle est impatiente d’en apprendre plus, mais aussi de découvrir ces différents habitants qui vivent à proximité.

À peine le repas fini, elle se met à bailler. Manger et discuter l’ont visiblement fatiguée, ce qui n’étonne pas Shaun.

— Je sais que tu es réveillée depuis peu, et que dormir est probablement la dernière chose que tu veuilles faire. Mais, tu devrais te reposer de nouveau. Passer une bonne nuit de sommeil te serait bénéfique, lui suggère-t-il avec bienveillance.

Même si Érélah n’en a pas très envie, elle sait, qu’au fond, il est dans le vrai et que dormir lui permettra de récupérer, désormais qu’elle est de nouveau consciente, mais aussi nourrie.

— Tu as raison. Et, de toute façon, que je le veuille ou non, je tombe de fatigue, murmure-t-elle en souriant et en baillant.

Shaun s’approche d’elle, lui explique qu’il va enlever les oreillers et coussins afin de l’installer pour la nuit, puis s’exécute avec autant de délicatesse et d’affection qu’un peu plus tôt. Il la positionne confortablement dans le lit, s’enquiert de son bien-être et lui souhaite bonne nuit tout en déposant un tendre baiser sur son front. Il réalise de nouveau cet acte de façon instinctive, sans y réfléchir, comme si c’était naturel. Elle ferme ses yeux emplis de joie, en arborant un sourire sincère et tombe immédiatement dans un sommeil réparateur.

Son bienfaiteur a conscience qu’elle a besoin de repos et choisit donc de la laisser tranquille, même si, étrangement, il aurait souhaité passer plus de temps avec elle. Il ressort de la chambre, part en direction de la cuisine, puis se lance dans la vaisselle. Ses pensées dérivent naturellement vers sa belle inconnue, comme souvent ces derniers temps. Il ne comprend pas comment elle peut occuper autant son esprit alors qu’il ne la connaît pas, surtout que se lier à quelqu’un n’a jamais été dans ses habitudes, notamment avec la vie qu’il a menée.

Son enfance était emplie d’amour grâce à sa merveilleuse mère, mais il avait un père guerrier, peu présent, qui ne pensait qu’à être dur et froid avec son fils. Adolescent, il a très vite compris que son géniteur ne tenait pas à eux autant que sa femme le prétendait et tentait de s’en convaincre. Il a, d’ailleurs, fait le choix de rejoindre la Garde d’Odulim après la mort de celle-ci, étant donné qu’il ne s’entendait absolument pas avec son paternel. Il y a vécu durant quelques années. Ce fût un nouveau foyer, une nouvelle famille, même s’il ne s’est jamais vraiment lié à qui que ce soit, il y a trouvé un équilibre. Il s’y est illustré pour ses exploits en missions et avait même un certain succès parmi les femmes de La Garde. Pourtant, jamais aucune n’a réussi à faire réellement battre son cœur.

Lacky vient s’asseoir près de lui, sur le plan de travail, alors que Shaun soupire, perdu dans ses pensées. Finalement, il s’aperçoit que son ami à quatre pattes l’observe, les oreilles relevées tout en penchant la tête sur le côté, l’air de dire : « Alors, qu’est-ce qui te met dans cet état ? ». À cette vision, il ne peut s’empêcher de sourire en voyant à quel point cet animal sait être expressif. Comme toujours, il a l’impression qu’il pourrait presque parler. Le jeune homme s’accoude au plan de travail et cale son menton dans sa paume pour regarder son écureuil-renard en gardant ses lèvres étirées. Il finit par lui faire la discussion tout en lui grattouillant affectueusement la joue.

— J’ai l’impression que ça te fait bien rire que je sois un peu perdu, hein ?! Tu l’aimes bien, toi aussi ? lui dit-il en le regardant tendrement.

Lacky frotte sa tête à la main de son maître comme s’il souhaitait lui signifier son approbation. Shaun ne peut empêcher ses lèvres de s’étendre un peu plus.

— Bon, et si nous allions, nous aussi, nous reposer. Demain sera probablement une journée bien remplie. Il y aura beaucoup de soins à faire, affirme-t-il en invitant son compagnon à quatre pattes du regard.

C’est ainsi qu’il part en direction de la chambre et s’installe dans le hamac qu’il a tendu, il y a déjà quelque temps de cela, son lit étant occupé. Lacky va, bien évidemment, comme à son habitude, se coucher près d’Érélah. L’esprit de Shaun est encore en ébullition suite à cette journée, ses pensées repartent de nouveau vers elle. Il est heureux qu’elle soit enfin réveillée, il ne pensait pas que cela arriverait si tôt. Compte-tenu de la gravité de son état à l’origine, il n’était même pas sûr d’avoir ce bonheur un jour. Les questions la concernant ne cessent de fuser. Elle a réussi à se remettre en un temps assez court, il sait qu’il est doué en alchimie médicinale, mais tout de même, cela le trouble. Qu’elle ait été capable de reprendre un minimum le contrôle de sa main droite quelques heures après son réveil l’intrigue. Malgré tout, Shaun a hâte d’apprendre à la connaître. C’est sur cette pensée improbable qu’il finit par se laisser emporter par le sommeil.

 

[Partie II]

Le lendemain, deux âmes s’éveillent avec la luminosité et la fraîcheur de ce matin d’été. Voyant sa dulcinée sortir délicatement des bras de Morphée, il s’approche en douceur d’elle pour lui signifier, tout en caressant ses cheveux, qu’il va préparer le petit déjeuner. Elle lui répond avec un sourire et un léger hochement de tête. Shaun dépose de nouveau un tendre baiser sur la tempe de sa belle inconnue, là encore au plus grand plaisir de cette dernière dont l’étirement des lèvres s’agrandit un peu plus suite à cet acte. Le temps qu’elle finisse de se réveiller et ouvre totalement les yeux, son bienfaiteur est déjà de retour avec tout ce qu’il faut pour prendre des forces.

Il la remet en position semi-assise avec toute la délicatesse dont il sait faire preuve à son égard. Lorsque Shaun la prend dans ses bras pour la redresser, Érélah ne peut empêcher la tendresse d’apparaître dans son regard. Un frisson parcourt tout son être lorsqu’elle sent son parfum, si familier et agréable. Elle reste toujours délicieusement surprise de l’attention dont il fait preuve et qui contraste avec son physique imposant de grand guerrier, mais qui est en adéquation avec son aura douce et apaisante à ses sens.

Durant le petit déjeuner, elle sent que Shaun souhaite lui parler de quelque chose, mais qu’il n’ose pas aborder le sujet. Sentant sa gêne, elle décide donc de lancer la conversation, elle se doute de ce qui perturbe son hôte.

— Dis-moi, Shaun… Quel est le programme de la journée ? Je suppose que maintenant que je suis réveillée, il va y avoir pas mal de soins à faire. Je vois bien que je ne suis pas dans ma plus grande forme… l’interpelle-t-elle d’un timbre léger, ses cordes vocales ne lui permettant pas encore de mettre plus de tonalité.

Érélah accompagne ses paroles d’un sourire rassurant en laissant transparaître douceur et confiance dans ses yeux. Son intervention met son compagnon un peu plus à l’aise, malgré des joues légèrement rosies, son regard est un peu moins fuyant. Elle se doute bien que de nombreux soins vont être encore nécessaires : son ventre entier est toujours maintenu sous un bandage, ce qui indique que la blessure s’y trouvant n’est pas encore cicatrisée. De plus, elle n’a pas la moindre idée de l’étendue de cette dernière, ni même de celle des autres. Elle peut, en effet, apercevoir quelques lésions dont la guérison est plus ou moins avancée sur ses avant-bras, mais son corps entier pourrait en être recouvert. Sans compter qu’elle ne peut se mouvoir, donc Shaun va devoir être à ses côtés au quotidien pour l’épauler. Enfin, elle n’a pas la moindre idée de comment ils vont procéder pour récupérer la maîtrise de son corps.

Jusqu’à présent, elle était inconsciente lorsqu’il prenait soin d’elle, ce qui n’est plus le cas désormais, et cela change beaucoup l’ambiance et l’approche de ces tâches délicates. Elle prend également la mesure de tout ce qu’il a fait pour elle. Même si elle était inconsciente tout ce temps, la jeune femme n’a aucun doute sur le fait qu’il se soit bien occupé d’elle. En effet, elle a pu se réveiller, elle se sent bien, elle n’a pas de douleur et elle n’est pas sale. Sans compter que sa voix, son aura, son parfum, sa peau, tout en Shaun lui semble rassurant, comme si elle était accoutumée à sa présence. Elle se dit que c’est probablement dû au fait qu’il ait passé beaucoup de temps à ses côtés.

Érélah choisit donc de reprendre la parole pour lui faire comprendre qu’elle est consciente de tout cela. Elle veut le rassurer et qu’il sache.

— Tu sais, j’ai beau n’être réveillée que depuis hier soir, mais je me rends compte de tout ce que tu as fait pour moi durant tout ce temps. Je sais bien que pour me soigner tu n’as pas eu le choix, et j’ai bien conscience que, désormais, je suis réveillée et que cela change beaucoup de choses. Mais, je pense que tu as vu tout ce qu’il y avait à voir et sache que je ne t’en veux pas. Je suis même heureuse que tu l’aies fait, car grâce à toi et aux soins que tu m’as prodigués, je suis encore là, et… j’ai pu me réveiller. Tu m’as offert la chance de profiter à nouveau de la vie… lui avoue-t-elle avec beaucoup d’émotion. Merci…

Sur ces mots, son bienfaiteur ouvre deux grands yeux ronds d’étonnement. Il ne s’attendait pas à ce que son ange soit si franche. D’ailleurs, elle-même est étonnée de ce qu’elle vient d’avoir l’audace de dire. Elle ne se pensait pas si directe et finit avec les joues légèrement rosies.

Shaun lui a offert une chance de survie. Elle en a parfaitement conscience et souhaitait lui exposer cet espoir qu’il lui a donné. Mais, elle s’est laissée emporter par son élan et l’a exprimé bien plus intensément que ce qu’elle avait prévu. Son hôte la regarde avec émotion suite à son intervention tout en lui souriant. Il se rend compte qu’elle a, malgré tout, conscience de ce qu’il a fait pour elle. Il choisit donc de lui répondre naturellement.

— Et bien, comme d’habitude, il va falloir contrôler l’état de ta blessure au bas-ventre, peut-être la nettoyer, puis appliquer le baume cicatrisant, lui explique-t-il. Comme tu es réveillée, je pensais qu’il serait souhaitable de masser tes muscles avec une huile aux propriétés calmantes afin de commencer à les stimuler en douceur. Qu’en penses-tu ?

 — C’est toi le spécialiste, mais j’avoue que je ne refuse jamais un massage, lui répond-elle.

Elle accompagne ses paroles d’un regard légèrement taquin et d’un sourire sincère, qui en fait afficher un petit sur le visage de Shaun, heureux de voir qu’elle a de l’humour.

Le petit-déjeuner terminé, son bienfaiteur emporte le plateau à la cuisine, puis revient avec les baumes et huiles dont il va avoir besoin. Il dépose le tout dans la salle de bain où ils vont s’installer pour réaliser les soins. Il revient chercher Érélah, la prend avec délicatesse dans ses bras tout en lui expliquant ce qu’il va faire, comme toujours quand il s’occupe d’elle. Cette dernière ne peut s’empêcher de poser ses mains sur son torse tout en arborant un petit sourire lorsqu’il l’emporte.

Arrivée dans la pièce, la demoiselle constate qu’une zone lui est spécialement dédiée. Elle n’en revient pas. Il y a de quoi l’installer confortablement, avec à portée de main tout ce qui peut être nécessaire. Shaun la dépose avec bienveillance sur l’espace de soin, en position assise, tout en la soutenant. En effet, Érélah n’a pas encore suffisamment de force pour se maintenir ainsi sans aide.

Shaun, lui indique donc qu’il va s’installer derrière elle pour l’aider à garder sa posture afin de pouvoir retirer les bandages qui recouvrent sa blessure ventrale sans difficulté. Il se glisse délicatement dans le dos de cette dernière, se positionne à genou et la cale entre ses jambes en déposant le haut de son corps contre son torse. Il lui explique de nouveau ce qu’il va faire, puis remonte précautionneusement son haut pour découvrir son ventre afin d’accéder au bandage. Il essaie de rouler le maillot pour le garder relevé, mais sans succès. Il retombe systématiquement. Cette situation fait sourire la jeune femme qui ne peut s’empêcher de le taquiner, au grand désarroi de son bienfaiteur.

— Ce n’est pas comme ça que tu y arriveras, lui dit-elle.

Elle accompagne sa boutade d’un sourire en coin avec un petit regard amusé alors qu’elle tourne la tête vers lui. Puis, elle lui montre comment faire. Elle rassemble le bas du maillot sur l’avant, juste sous sa poitrine. Ensuite, elle le fait tourner une fois sur lui-même et passe la longueur de tissu créée par le décolleté. Finalement, elle tire sur le bout d’étoffe qui dépasse en dessous pour resserrer le tout, afin de maintenir le vêtement relevé qui cache juste sa poitrine désormais.

— Oh… Malin comme système, lui dit Shaun avec un petit sourire.

— Petit truc de fille, lui chuchote-t-elle tout en laissant ses lèvres s’étendre avec joie.

Cette réplique le fait légèrement rire, au plus grand bonheur d’Érélah.

— Je vais enlever le bandage maintenant, la prévient-il.

Ensuite, il dépose délicatement ses mains sur ses hanches, puis descend très légèrement son short pour libérer le bas du pansement qui était recouvert.

— Tu dois savoir que la blessure était très importante. Donc, attends-toi à voir une plaie assez grande. Je préfère te prévenir, lui murmure-t-il pour la préparer à ce qu’elle va découvrir.

Elle le regarde tendrement et lui répond en faisant un léger oui de la tête. Puis, il commence à retirer précautionneusement le bandage qui entoure le bas-ventre d’Érélah et le dépose à côté. Il la repositionne plus confortablement en la calant bien contre lui et s’assure qu’elle est prête. Après, il retire le pansement qui protège la plaie et la découvre délicatement. Elle a bien cicatrisé et Shaun prend le temps de bien le lui faire comprendre. En même temps qu’il lui expose ces éclaircissements, il passe prudemment ses doigts imprégnés de baume cicatrisant autour des berges de la plaie pour s’assurer que la guérison continue sa bonne évolution.

Érélah observe sa blessure sans un mouvement. Elle est longue, étendue sur la quasi-totalité de la largeur de son bas-ventre. Ses contours sont irréguliers et présentent fréquemment des prolongements ou des pics, comme si elle avait été frappée par une énergie électrique. Elle reste figée devant ce spectacle improbable. La cicatrisation de sa plaie est bien avancée : elle est encore rouge et légèrement brillante au centre, mais l’épidermisation a bien débuté. Elle n’ose même pas imaginer ce qu’elle devait être à l’origine, mais aussi le travail que cela a dû demander à son bienfaiteur pour la soigner et la remettre ainsi sur pied. Cela devait être quasiment inespéré qu’elle s’en sorte.

Shaun s’aperçoit que son ange est médusée, les yeux fixés sur sa lésion. Il caresse donc délicatement le dessus de sa main pour la sortir de ses pensées et la ramener.

— Tout va bien, lui susurre-t-il en la regardant avec compassion. Je me doute que ça doit faire un choc, mais tout va bien.

Il continue à lui parler avec douceur et à câliner sa main pour la rassurer, mais Érélah reste pétrifiée. Finalement, il dépose un tendre baiser sur sa tempe qui finit par la faire réagir. Elle reporte son attention sur lui, le regard un peu perdu. Il lui sourit, les yeux emplis d’affection et lui répète une nouvelle fois que tout va bien. Elle lui répond par un petit oui de la tête, puis observe de nouveau son ventre. Elle approche lentement sa main, légèrement tremblante, sans oser finir son mouvement. Elle la pose finalement sur celle de Shaun qui est délicatement installée sur sa hanche. Elle dirige ses iris vers lui, les yeux remplis d’émotion. À cet instant, elle prend la réelle mesure de ce qu’il a fait pour elle durant tout ce temps et lui murmure encore un doux « Merci » auquel il répond par un sourire.

— Désormais, on peut laisser la plaie sans pansement, à l’air libre, pour qu’elle finisse de guérir, mais tu devras tout de même faire attention, lui annonce-t-il avec satisfaction.

— Promis, lui répond-elle avec sincérité, accompagnée d’un hochement de tête.

Désormais, Shaun propose donc à Érélah de s’occuper de ses muscles. Il la cale confortablement en position semi-assise afin de pouvoir se libérer pour masser ses bras et ses jambes. Il lui suggère de débuter par le haut corps qu’elle arrive à mobiliser partiellement. Il s’installe à côté d’elle, applique quelques gouttes d’huile à base de Lavande et de Bleuet étoilé, puis démarre ses manipulations en commençant par le bras droit. Érélah ressent immédiatement les bienfaits du massage et le fait remarquer à son bienfaiteur dès qu’il a fini.

— Ça fait un bien fou. Comment est-ce que tu réalises cette prouesse ? lui demande-t-elle, les yeux emplis d’admiration.

— Je ne fais pas grand-chose, tu sais. J’essaie juste de t’aider. C’est toi qui accomplis le plus gros du travail, lui répond-il tout naturellement.

— Ne me fait pas croire que tu ne fais pas grand-chose. Je sens déjà la différence au niveau de mon bras. C’est comme si tout était plus… fluide… plus facile pour m’en servir, lui avoue Érélah tout en bougeant délicatement ses doigts, sa main, puis son bras. C’est quoi ton remède magique ?

— C’est une huile à base de Lavande et de Bleuet étoilé, qui a donc des vertus apaisantes, cicatrisantes et anti-inflammatoires, à laquelle j’ajoute un soupçon de Cardamine solaire et de Jacinthe d’eau pour favoriser la récupération d’énergie. Rien de très magique, lui avoue-t-il avec un petit rire amusé. En massant avec quelques gouttes d’huile, j’espérais pouvoir t’aider à favoriser la circulation d’énergie et la récupération de tes mouvements. Tes muscles n’ont pas servi ces derniers temps, donc il faut les aider un peu et, visiblement, ça te réussit bien.

Shaun passe au bras gauche et obtient les mêmes effets bénéfiques sur la jeune femme. Même si elle est loin d’avoir des mouvements totalement fluides, elle commence à récupérer un minimum de liberté pour se servir de ses membres supérieurs. Il contemple tendrement sa belle demoiselle, admirative, qui observe ses doigts qu’elle fait bouger à peu près comme elle veut. Elle finit par plonger son regard dans le sien. Il laisse transparaître toute la reconnaissance qu’elle a envers lui et toute la joie qu’elle éprouve. Elle ne peut s’empêcher de déposer sa main sur la joue de celui qui prend soin d’elle tout en le regardant avec émotion. Il dépose, à son tour, la sienne, affectueusement, sur la joue d’Érélah qui arbore un petit sourire de bonheur.

Elle se laisse emporter par le regard de Shaun et s’y perd. Une multitude de sentiments prennent naissance au plus profond de son âme. Elle se laisse envelopper par cette douce chaleur qui germe en elle. Portée par toutes ces sensations, elle initie un mouvement pour se rapprocher de lui, oubliant qu’elle n’est pas encore totalement maîtresse de son corps. Ce dernier la rappelle immédiatement à l’ordre, au grand dam de la jeune femme, ce qui les sort tous les deux de cet instant de complicité.

— Mon ang… Érélah ! se reprend Shaun. Ça va ? s’empresse-t-il de lui demander.

Il a bien vu une petite grimace apparaître sur le visage de son ange, enfin d’Érélah.

— Oui… Ça va… En même temps, ce n’est pas très malin de vouloir bouger lorsqu’on ne peut pas, lui répond-elle avec un brin d’humour pour détendre l’atmosphère.

Il arbore, à son tour, un petit sourire et lui propose de s’occuper de ses jambes. Il prend le temps de faire le point avec elle sur leur état, étant donné qu’elle est dans l’incapacité totale de les bouger, pour le moment. Finalement, toutes les sensations sont présentes, ce qui est bon signe, et Shaun s’évertue à bien le lui faire comprendre. Elle ressent le passage de ses mains sur toute la longueur, des pieds jusqu’aux cuisses, lorsqu’il les masse, ce qui est rassurant. Elle sent que le soin lui fait du bien, mais précise que la fluidité ressentie au niveau de ses bras n’est pas présente pour ses membres inférieurs.

— Cela va probablement être un peu plus long pour tes jambes, c’est sûrement dû à la localisation de ta blessure. On va y aller doucement et par étape, lui précise-t-il.

Ce dernier voit un brin de déception se glisser dans le regard d’Érélah suite à cette explication. Malgré tout, elle lui répond par un oui de la tête.

— Ne sois pas trop déçue. Il ne faut pas y aller trop vite non plus. Je me doute que tu as envie de pouvoir bouger, mais il faut que tu sois patiente. Et, je vais t’aider, je te le promets, poursuit-il avec compassion.

Érélah lui répond avec un tendre sourire, même si sa déception n’a pas totalement disparu. Elle a bien conscience que Shaun a raison : si elle se précipite, ce ne sera pas bon. Et puis, il lui a promis qu’il serait là pour l’aider, alors elle doit s’accrocher. Pour le moment, il lui suggère de faire une pause et de laisser les massages et l’huile faire leur effet.

Il lui propose de prendre un peu de repos le temps qu’il s’occupe de différentes tâches à accomplir. Pour cela, il l’installe confortablement sur le lit afin qu’elle puisse dormir pour récupérer si besoin. Shaun lui laisse également un livre pour passer le temps, de façon à éviter qu’elle s’ennuie durant son absence. Avant de sortir de la chambre, il s’assure tout de même une ultime fois que tout ira bien. Érélah le lui confirme, de nouveau, et le somme d’aller s’occuper du travail qu’il a à faire avec un petit rire. Son bienfaiteur lui sourit tendrement, une dernière fois, avant de sortir de la chambre et de laisser, un peu à contrecœur, son ange.

La jeune femme se retrouve désormais seule dans la pièce et laisse ses pensées dériver. Elle finit par observer de nouveau ses jambes et ses bras. Elle aperçoit ses nombreuses cicatrices fraîches dues aux blessures récentes, mais réalise que de plus anciennes sont également présentes. Elle ignore à quoi elles peuvent correspondre. Elle se fait la réflexion qu’une discussion sur ce sujet pourrait être nécessaire à l’occasion. Elle commence à prendre également la mesure de ce qui lui arrive au fil de ses réflexions.

Malgré la dure réalité, avec Shaun à ses côtés, Érélah se sent étrangement capable de soulever des montagnes et de faire face à cette épreuve, mais aussi à cette absence de mémoire et de souvenirs. Pourtant, elle semble apte à faire instinctivement certaines choses et conclut que des connaissances sont toujours présentes. Elle ne connaît pas leur étendue, mais elle n’a pas peur d’affronter la vérité qui pourra lui faire face.

 

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-3- Rattrapée par le passé

 

[Partie I]

Pour le moment, Érélah n’a pas envie de dormir. Elle reporte donc son attention sur le livre que lui a laissé Shaun : il traite des différentes flores et faunes, mais aussi des peuples qui évoluent dans les forêts. Elle est heureuse du choix qu’il a fait. Il va lui permettre de passer le temps, mais aussi de découvrir les plantes, les animaux et les éventuelles créatures voisines. La jeune femme lit paisiblement tout en prenant plaisir à compléter ses connaissances ou à en assimiler de nouvelles. Elle prend le temps de consulter consciencieusement les informations présentes dans l’ouvrage et se rend finalement compte qu’elle aime lire et apprendre.

Au bout d’un moment, la fatigue se faisant sentir, elle juge plus judicieux d’écouter son corps et de prendre du repos. Érélah sait qu’elle aura tout le temps de poursuivre sa lecture et son apprentissage après un petit somme. Elle repère la page, ferme le livre, le dépose précautionneusement un peu plus loin à côté d’elle, puis laisse sa tête se poser sur les oreillers et le sommeil l’emporter.

Plus tard, Shaun revient après avoir réalisé son expédition en forêt. Il l’a effectuée afin de récupérer ce dont il avait besoin : des vivres, des plantes médicinales, de l’eau, mais aussi quelques vêtements pour sa belle inconnue, que fées, leprechauns et autres créatures des peuples de la forêt lui ont confectionnés. En effet, une amitié très forte existe entre ces peuples et le jeune homme. Elle s’est rapidement tissée, elle est solide et perdure. Chacun aide l’autre dans différents domaines. C’est donc, tout naturellement et avec plaisir, qu’ils ont accepté de fabriquer quelques vêtements pour la jolie demoiselle que leur vieil ami a recueilli et héberge désormais, ce dernier leur rendant très régulièrement service.

Il laisse donc les vivres dans la cuisine avant de se diriger vers la chambre pour voir comment va Érélah et pour déposer les affaires. Lorsqu’il arrive dans la pièce, il s’aperçoit qu’elle dort encore. Il installe donc les habits sur le meuble, sans faire de bruit. Avant de repartir, son bienfaiteur ne peut s’empêcher de s’approcher de sa jolie dormeuse dans le but de déposer un tendre baiser sur son front. Ce comportement n’a jamais été dans ses habitudes, mais quand il s’agit d’elle, il y a tout un tas de petits gestes, de petites attentions, qu’il ne peut s’empêcher de faire, même s’il ne comprend pas pourquoi.

 Une fois à ses côtés, Shaun s’aperçoit qu’elle est en train de se réveiller, il met donc un genou à terre pour être à sa hauteur et la regarde tendrement sortir de son sommeil tout en arborant un petit sourire sincère. Érélah ouvre les yeux tout en sentant la douce aura de son compagnon, elle tourne la tête vers lui pour plonger immédiatement son regard dans le sien.

— Coucou, lui murmure-t-il tout en caressant délicatement sa joue.

— Coucou, lui dit-elle d’une voix à peine réveillée en laissant ses lèvres s’étendre. J’adore les réveils comme celui-là, j’en veux bien tous les jours.

— Je prends bonne note de ta suggestion, lui répond-il tout en riant légèrement.

Cette action emplit le cœur d’Érélah d’un sentiment de félicité : elle adore le chant de son rire.

— Sinon, manger un petit morceau te tenterait ? lui demande-t-il.

— Avec plaisir. Dormir, ça creuse, lui répond-elle avec humour.

 Elle arbore un petit regard taquin, ce qui ravit Shaun, heureux de la voir avec le moral malgré tout.

 Il prépare la table et revient la chercher, au plus grand bonheur de la jeune femme qui va sortir de la chambre. Lorsqu’il la soulève, elle ne peut s’empêcher de mettre ses bras autour de son cou. Le visage d’Érélah se retrouve ainsi à hauteur du sien. Elle le regarde tendrement pendant qu’il la transporte avec délicatesse jusqu’à leur destination.

Lorsqu’ils arrivent, la demoiselle découvre une ravissante cuisine, entièrement faite de bois. Un grand plan de travail, surplombé d’étagères, est installé sur le premier mur, suivi d’un évier. Enfin, une petite cheminée est présente sur le pan suivant. Une jolie table carrée trône au milieu de la pièce avec trois chaises. Une fenêtre au-dessus du point d’eau éclaire la zone d’une lumière délicate. En observant la table, elle voit deux assiettes posées l’une à côté de l’autre. Shaun s’assoit de profil, se cale contre le dossier de la chaise et la dépose avec délicatesse sur ses genoux de façon à ce qu’elle soit face à ses couverts.

Il maintient son bras dans le dos de son ange en assurant une bonne prise sur sa hanche avec sa main pour qu’elle ne risque pas de tomber en arrière, puis ils mangent tranquillement tous les deux.

En début d’après-midi, Shaun suggère de réitérer les soins en réalisant une seconde séance pour ses jambes. Il veut effectuer de nouveau quelques massages, puis commencer à faire travailler ses membres inférieurs en les sollicitant doucement par des mouvements de bases. Ainsi, il l’installe confortablement en position allongée dans l’espace de soin et débute en passant ses mains avec quelques gouttes d’huile. Cet acte détend ses muscles locomoteurs et fait du bien à Érélah. Par la suite, il sollicite ses jambes avec des étirements passifs. Ces derniers demandent pas mal de ressources à la jeune femme pour y participer. À aucun moment durant la séance, elle ne se plaint ou ne se décourage. Pourtant, elle est éprouvante. Elle trouve, malgré tout, la force de faire un brin d’humour pendant les exercices. Lorsqu’il la rassoit à la fin de la session, il s’enquiert de son état, ayant bien conscience de l’épreuve que cela a été pour elle.

Érélah se remet doucement du travail qu’ils ont accompli et reprend tranquillement son souffle le temps que Shaun range l’espace de soin. Finalement, elle l’interpelle timidement, ne sachant pas vraiment comment effectuer sa demande.

— Shaun… je… j’aurai besoin de ton aide… finit-elle par dire d’une voix discrète.

Voyant sa gêne, il se rend près d’elle et lui sourit tendrement.

— Bien sûr. Que puis-je faire pour toi ? lui demande-t-il d’un ton doux, accompagné d’un regard rassurant.

— Et bien… j’apprécierai pouvoir… prendre une douche… mais… lui avoue-t-elle d’une voix faible tout en fixant ses doigts qu’elle triture.

— Et tu ne serais pas contre un peu d’aide, lui dit-il avec un regard réconfortant.

Érélah relève ses yeux vers lui, puis répond par un hochement de tête timide.

— Bien sûr, je vais t’aider. Ne t’en fais pas.

Shaun prépare donc tout le nécessaire de douche, puis retire son maillot et va la récupérer. Lorsqu’il s’approche d’elle, torse-nu. La jeune femme ne peut s’empêcher d’observer la magnifique musculature de son buste et s’aperçoit également que quelques cicatrices y sont présentes. Il se penche vers elle, puis la prend dans ses bras. Instinctivement, elle glisse ses mains autour de son cou alors qu’elle frémit au contact de la peau de son torse. Ce dernier se dirige vers le meuble et l’assoit délicatement dessus pour qu’elle soit à hauteur. Ensuite, il se positionne face à elle, les mains d’Érélah n’ayant pas quitté son cou.

Il défait avec précaution le système qui tient le haut de son ange relevé, puis le redescend affectueusement afin de recouvrir son corps. Il lui explique, comme toujours avec tendresse, qu’il va l’aider pour retirer le bas de ses vêtements. Érélah s’accroche donc plus nettement au cou de son bienfaiteur. Leurs visages se trouvent à quelques centimètres l’un de l’autre. Après, il positionne ses mains sur chacune des hanches de sa belle inconnue, la soulève délicatement et fait descendre son short ainsi que son sous-vêtement le long de ses fesses. Il la repose tout en douceur et fait glisser les habits le long de ses jambes pour les laisser tomber au sol, juste à côté.

— Tout va bien ? lui demande Shaun dans un murmure en la regardant tendrement.

— Oui, lui répond-elle d’une petite voix emplie d’émotion.

Elle garde ses mains autour de son cou et n’ose rien dire de plus, de peur de laisser transparaître le trouble qu’il provoque chez elle : tout son corps frémit et s’est légèrement échauffé.

— Je t’emmène. Tu es prête ? lui annonce-t-il.

Érélah resserre sa prise et fait un petit hochement de tête en guise de réponse, puis il glisse délicatement ses mains sous chacune de ses cuisses et la transporte jusqu’à la petite baignoire carrée.

— Je suis désolé, l’eau n’est pas très chaude et le réservoir a une capacité limitée, lui avoue-t-il.

— Ce n’est pas grave. Ce sera très bien, lui répond-elle avec un petit sourire sincère.

Shaun entre dans la baignoire, se met à genou, positionne délicatement les jambes d’Érélah de chaque côté des siennes et la dépose en douceur sur ses cuisses. Il garde une de ses mains sur les reins de la jeune femme pour qu’elle ne glisse pas et cette dernière maintient sa prise sur sa nuque. De sa main libre, il l’aide à ôter, avec subtilité, son haut qu’il dépose au sol. Le contact de la peau de son bienfaiteur sur la sienne électrise immédiatement tout le corps d’Érélah qui est entièrement parcouru par un frisson.

— Tout va bien ? Tu es bien installée ? s’enquiert-il.

Son regard est plongé dans celui de son ange qu’il observe avec émotion.

— Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu me le dis.

Elle lui répond en hochant la tête, incapable de faire sortir le moindre son de sa bouche et lui sourit timidement. Elle n’ose pas prononcer le moindre mot, de peur de laisser transparaître les puissantes sensations qui s’emparent d’elle. Érélah a instinctivement posé sa main libre sur le torse de Shaun qui lui propose de débuter. Il la mouille avec attention et tendresse, prend soin d’elle et l’aide quand elle a besoin avec bienveillance. Cet instant de détente et de douceur lui fait un bien fou, elle le savoure. Lorsqu’elle a fini, il se relève avec prévenance en la maintenant contre lui, puis attrape un drap de bain et la recouvre. Il sort de la baignoire et l’installe délicatement sur une seconde serviette posée au sol près du meuble. Il y adosse sa belle inconnue et l’enveloppe avec respect dans le linge afin de masquer son corps nu.

— Je te laisse quelques minutes, le temps de me laver moi-aussi, et je reviens t’aider ensuite, la prévient-il avant de repartir.

Lorsqu’il se retourne, Érélah aperçoit d’imposantes cicatrices qui parcourent tout le dos Shaun. Par respect pour lui, qui n’a, à aucun moment, posé un regard déplacé sur son corps nu, elle en fait de même et détourne son regard, empli d’émotions, alors qu’il se déshabille un peu plus loin, dos à elle. Cette dernière se concentre sur elle et commence à se sécher avec le linge dans lequel il l’a enveloppée un peu plus tôt.

Désormais lavé, il revient à ses côtés vêtu d’une serviette autour de la taille. Il l’aide à finir de se sécher et à s’habiller avec délicatesse, puis la ramène et l’installe dans la chambre, le temps de remettre la salle de bain en ordre. Érélah l’attend patiemment en regardant la nature par la fenêtre. Ses yeux sont rivés sur le feuillage des arbres et la verdure de la forêt qui s’offrent à elle depuis sa position. Elle repense à ce qu’il vient de se passer, aux cicatrices présentes sur le corps de Shaun ainsi qu’aux siennes, mais surtout à tout ce qu’elle a pu ressentir à son égard. Il ne la laisse pas indifférente, bien au contraire. Le contact de sa peau contre la sienne était presque enivrant. Cette sensation qu’elle a éprouvée à l’instant où leurs deux corps se trouvaient l’un contre l’autre, aucun mot ne pourrait la décrire.

C’était comme si son être tout entier voulait répondre à l’appel de celui de Shaun, au plus profond d’elle. Cette réponse n’était pas purement charnelle, il n’y avait pas que son corps qui voulait y répondre, mais aussi son âme et son cœur. Elle ne sait pas comment interpréter tout cela. Est-ce normal ? Est-ce une illusion ? Est-ce qu’elle fait fausse route ? Est-ce qu’il a ressenti quelque chose ?

Dans tous les cas, il n’a rien laissé transparaître lui permettant de trouver ne serait-ce qu’une infime réponse à l’une de ces questions. Elle n’est éveillée que depuis hier, elle ne le connaissait pas avant, elle le sent au fond d’elle et pourtant, tout en cet homme lui semble familier, comme si elle le fréquentait depuis un certain temps. Cet être est tellement apaisant et sécurisant, elle n’arrive pas à déterminer comment interpréter et considérer tout cela.

Totalement perdue dans ses pensées, la jeune femme ne voit pas Shaun revenir alors qu’il arbore un énorme sourire suite au spectacle qui s’offre à lui. En effet, il a bien compris qu’Érélah est partie dans ses pensées puisque son regard est perdu dans la nature et qu’elle ne réalise pas qu’il la contemple, mais, ce qui le fait sourire, c’est ce qu’il voit alors qu’elle rêvasse. Il s’approche d’elle pour capter son attention. Voyant la joie sur le visage de son bienfaiteur, elle ne peut empêcher ses lèvres de s’étendre tout en lui demandant ce qui le rend si content.

— Tu n’as donc pas remarqué. Tu devais être partie loin dans tes pensées, lui dévoile-t-il avec un petit rire et un regard amusé tout en continuant de s’approcher.

— Quoi… Allez, dis-moi. Arrête de me faire marcher, ne peut-elle s’empêcher de lui rétorquer avec ironie.

Shaun se penche vers sa belle inconnue pour lui chuchoter sa réponse à l’oreille. Étrangement, il ne peut s’empêcher de se rapprocher constamment d’elle, c’est plus fort que lui. Son souffle délicat sur le cou d’Érélah la fait instantanément frissonner alors que ses lèvres effleurent légèrement son oreille.

— Tes orteils dansent, lui susurre-t-il tendrement.

Il lui faut quelques dizaines de secondes pour réaliser réellement ce que Shaun vient de lui dire. Lorsqu’elle se rend compte qu’elle est en capacité de faire bouger ses doigts de pied, elle ne peut s’empêcher d’exploser de joie. Elle laisse sortir un petit cri de bonheur et le remercie encore et encore, puis finit par lui « sauter » au cou, au plus grand plaisir de ce dernier. La journée se termine ainsi calmement.

 

[Partie II]

Cela fait maintenant trois jours qu’ils travaillent pour qu’Érélah se relève de ses blessures. Son bienfaiteur l’aide dans son quotidien, la transporte quand elle en a besoin, la soutient dans la difficulté et la somme de se reposer beaucoup, aussi. Ce n’est pas toujours une partie de plaisir pour la jeune femme de se relever et Shaun, malgré sa douceur et son soutien indéfectible, sait y faire quand il s’agit de la motiver et découvre une vraie battante.

Ensemble, ils font une rééducation quotidienne. Érélah a récupéré le contrôle du haut de son corps sans trop de difficulté, même si elle n’a pas encore retrouvé une agilité complète. Difficile de savoir quelle était sa dextérité passée, mais pour une raison qui leur est incompréhensible, elle peine à reprendre le contrôle de ses jambes. Elle les ressent, a des sensations, arrive à les bouger désormais, mais quelque chose semble freiner sa récupération. La jolie battante commence à se déplacer seule sur des courtes distances et lentement : de la cuisine à la chambre, de la chambre à la salle de bain et à la vitesse d’une tortue, tout en s’aidant et se soutenant. La question étant de savoir d’où vient ce blocage, mais il est difficile de se baser sur ses antécédents.

Aujourd’hui, ils ont décidé de faire une pause, de se poser pour prendre le temps de profiter du soleil et surtout, Érélah va pouvoir enfin sortir de la maison. Une belle journée ensoleillée d’été fait enfin place après la grisaille et la pluie de ces derniers jours. Shaun propose de pique-niquer pour le déjeuner et de profiter de l’extérieur pour se ressourcer. Elle est tellement impatiente de pouvoir découvrir la clairière entourant la demeure. Son partenaire vient la chercher après avoir préparé leur petit coin de paradis. Il tend son bras à son ange qui le saisit avec plaisir en lui souriant et s’y accroche. Elle a du mal à tenir la distance, ils avancent donc doucement.

Ils sortent. Érélah s’arrête un instant sur la petite terrasse en bois devant la maison. Elle ferme les yeux et lève la tête en direction du soleil pour profiter de la douce chaleur de l’astre sur sa peau. Une délicate brise d’été, légère et chaleureuse, vient compléter cette sensation. La jeune femme ne peut empêcher un sourire radieux d’apparaître sur son visage. Les lèvres de Shaun s’étendent légèrement pour en dessiner un en réponse à celui de son ange. Il ne peut s’empêcher de l’observer avec tendresse, puis lui propose de continuer.

Il descend de la terrasse, s’installe face à elle et la saisit affectueusement par les hanches pour l’aider à passer la marche qui la sépare de la verdure. Érélah positionne ses mains sur les bras de Shaun, puis franchit fébrilement cet obstacle. Lorsqu’elle pose ses pieds nus sur l’herbe, c’est une explosion de sensations qu’elle découvre : la douceur des brins d’herbe qui la chatouille, la fraîcheur de l’humidité encore présente, la force de la terre qui la nourrit…

Elle ne peut s’empêcher d’arborer une expression de béatitude digne d’une enfant, tout en observant ses orteils qu’elle remue dans l’herbe. Quand Érélah relève la tête vers son protecteur, qui la tient toujours par les hanches étant donné qu’elle n’a pas lâché ses bras, son regard empli de joie vient se fondre dans celui de Shaun. Ce dernier la contemple avec tendresse et affiche un petit sourire sincère en voyant les mimiques présentes sur le visage de son ange. Elle les laisse transparaître sans aucune retenue, totalement naturellement, sans faux semblant, sans craindre le moindre jugement. Il savoure cette spontanéité, cette générosité, ce naturel qu’il n’a pas connu depuis si longtemps.

Érélah focalise son attention vers lui, puis dépose sa main sur la joue de Shaun avec émotion en lui murmurant un tendre “merci”. Elle prend le temps de graver ce précieux moment dans sa mémoire, en espérant ne jamais l’oublier. Ils restent ainsi quelques instants, jusqu’à ce que ses jambes se mettent à trembler, signe qu’elles commencent à fatiguer et qu’elles peuvent céder à tout moment. Son bienfaiteur se rapproche d’elle et ne peut s’empêcher de l’étreindre et la serrer contre lui pour lui éviter la chute, alors que cette dernière resserre doucement la prise de ses mains sur le bras et le cou du jeune homme pour se soutenir. Au moment où ses membres inférieurs s’apprêtent à céder, il la retient, puis la soulève délicatement et la porte. Elle met instinctivement ses bras autour du cou de ce précieux compagnon et cale sa tête contre lui.

À cet instant, l’odeur de Shaun lui est tellement agréable, comme toujours. Elle peine à appréhender la raison de ce fait, mais n’a pas envie de se questionner. Elle souhaite simplement profiter d’être dans ses bras où elle se sent si bien. Au même moment, cet acte provoque instantanément un frisson chez lui aussi, le parfum d’Érélah lui semble si doux à ses sens, au point qu’il ne comprend pas pourquoi elle arrive à le mettre dans un tel état.

 Shaun la porte jusqu’à leur petit coin de paradis alors qu’elle prend le temps d’observer la zone vers laquelle ils se dirigent. Cette dernière se situe juste en dessous de la maison. Une magnifique herbe verte tapisse le secteur, des fleurs sont présentes de-ci, de-là, et parsèment la clairière de couleurs. Son doux partenaire a étendu une nappe dans la partie où quelques arbres feuillus sont présents et offrent un endroit légèrement ombragé. Après cette petite région, la clairière descend en pente douce en direction de la forêt qui s’étend majestueusement devant eux. Arrivés à leur éden, il dépose Érélah avec délicatesse sur le carré de tissu où se trouve leur festin.

Ce moment la rend tellement heureuse qu’elle ne peut s’empêcher d’éveiller tous ses sens pour profiter au maximum des sensations : le délicat parfum de la nature qui les entoure et celui, discret, des aliments présents, le doux chant des oiseaux, mais aussi celui de la rivière qui s’écoule en contrebas, le paisible concert de la brise qui circule parmi les feuilles des arbres, le toucher soyeux de la nappe au contact de ses doigts et le moelleux du tapis d’herbe qui se trouve en dessous. Sans oublier la magnifique vision du paysage qui s’offre à eux dans cette petite clairière à l’orée de la forêt, où ils se sont installés à l’ombre légère de trois arbres, juste en dessous de la maison. Shaun trouve tellement charmant cet émerveillement digne d’une enfant dont fait preuve Érélah qu’il le savoure avec bienveillance et tendresse.

Il s’installe à ses côtés, puis ils mangent tranquillement tout en discutant de choses banales : la nature, le temps, la forêt, les créatures qui y vivent… Shaun n’aborde que des sujets futiles. Il ne trouve pas le courage de lui poser des questions sur elle alors qu’il meurt d’envie de la connaître. Il se traite intérieurement d’idiot et ne se reconnaît pas. Lui qui a toujours été une tête brûlée n’ayant peur de rien, il ne comprend pas ce qui le retient, pourquoi il n’ose pas. De son côté, Érélah se questionne sur elle-même, son amnésie persistante l’y pousse. Elle s’interroge également sur les causes d’une telle attirance pour cet homme qu’elle connaît peu, finalement. Ne sachant pas comment aborder tout cela avec lui, elle se laisse porter par la discussion sans évoquer de sujets trop personnels.

Le repas passe à une vitesse folle, tant pour l’un que pour l’autre. Shaun souhaiterait que cet instant ne finisse jamais. À la fin du déjeuner, Érélah désirant profiter encore un petit moment de l’extérieur, en fait la demande, au plus grand plaisir de son partenaire qui s’empresse, bien sûr, d’accepter. Ce dernier range les restes du pique-nique dans le panier, puis s’adosse contre l’un des deux troncs à proximité. Afin de permettre à sa partenaire de s’installer à ses côtés, il replie sa jambe droite pour assurer sa position. Elle ne peut s’empêcher de venir se caler contre lui, à la grande surprise de son protecteur, qui est parcouru par un nouveau frisson au moment où elle s’installe au creux de ses bras. Elle réalise cet acte instinctivement, naturellement, sans se poser de questions.

Par chance, elle pose sa tête contre le torse de son partenaire, qui est bien content qu’elle ne voit pas ses joues légèrement rougir, puis elle cale son dos contre la jambe repliée de celui-ci. La main droite d’Érélah vient se poser juste à côté de sa figure sur le torse de Shaun. Ce dernier ne peut empêcher un petit sourire sincère d’apparaître sur son visage, et son bras qui est posé sur le haut de son genou, vient se replier doucement sur son ange pour l’étreindre avec délicatesse. Elle ramène ses membres inférieurs pour se caler et savoure cet instant. Naturellement, il dépose sa tête sur le dessus de la sienne et profite de sa douce aura et de son parfum délicat.

Rien ne pourrait remplacer ce moment simple, mais magique, pour ces deux êtres. Érélah est tellement bien à cet instant, qu’elle ferme les yeux pour mieux le savourer et finit par s’endormir sans s’en apercevoir. Shaun sent le poids de son ange se déposer sur lui et comprend aussitôt qu’elle s’est assoupie. Spontanément, il dépose un tendre baiser dans ses cheveux. À cet instant, il sent sa main gauche se déplacer pour venir se faufiler sous son maillot, glisser sur son flanc et se positionner naturellement dans son dos. En même temps que les doigts de la jeune femme effleurent délicatement sa peau, tout le corps de Shaun est parcouru de frissons. Tout chez elle le trouble au plus haut point, jamais personne n’a réussi à provoquer une telle réaction chez lui.

C’est tout naturellement que son pouce caresse subtilement le bras d’Érélah sur lequel il a refermé un peu plus tôt son étreinte. Il profite de cet instant tellement serein. Il a l’impression d’être en harmonie totale avec elle, avec tout ce qui l’entoure, comme si tout était à sa place. Malgré son incapacité à comprendre la totalité des évènements, il refuse de marteler son esprit de questions et souhaite jouir de ce moment de bonheur. Ces interludes heureux et sereins sont si rares qu’il refuse d’en gâcher ne serait-ce qu’un, en laissant un afflux d’interrogations lui passer par la tête, et, pour une fois, choisit de profiter en toute simplicité.

En réponse à la caresse délicieuse du pouce de Shaun, celui d’Érélah en fait tout naturellement de même et effleure sensuellement le dos de ce dernier, en même temps qu’elle s’éveille doucement de sa courte sieste. Elle reprend petit à petit ses esprits et se rend compte qu’elle a glissé sa main sous les vêtements de son partenaire en dormant. Heureusement pour elle qu’il ne voit pas son visage à cet instant, ses joues sont en feu et ont viré au rouge pivoine. Elle n’ose bouger tant que le trouble ne s’est pas atténué un minimum. Après quelques minutes, sentant l’incendie se calmer, elle se risque à prendre la parole. Elle sait pertinemment que son bienfaiteur a senti son réveil, même s’il ne laisse rien transparaître.

— J’ai dormi longtemps ? lui demande-t-elle innocemment d’une petite voix.

— Je dirai environ vingt minutes, pas plus, lui répond-il dans un murmure, comme s’il ne voulait pas qu’ils sortent trop vite de cet instant de complicité.

Érélah ne quitte pas sa position, elle est tellement bien installée ainsi. Elle se risque à engager une conversation qu’elle n’a pas osée jusqu’à présent.

— Est-ce que je peux te poser une question ? Si tu ne veux pas répondre tu n’es pas obligé, je comprendrai, lui dit-elle en continuant de caresser son dos.

— Pose ta question, et j’essaierai d’y répondre, lui affirme-t-il en maintenant le mouvement de son pouce sur son épaule.

— Est-ce que tu veux bien me raconter comment tu m’as trouvée ? lui demande-t-elle d’une voix timide.

Quelques secondes, qui semblent être une éternité pour Érélah, s’écoulent avant que Shaun ne reprenne la parole. Ce dernier plonge son visage dans les cheveux de son ange avant de lui répondre.

— Bien sûr, je ne peux pas te refuser cette demande, voyons, lui déclare-t-il en déposant un doux baiser sur le haut de son crâne.

Bien évidemment, le jeune homme raconte les circonstances dans lesquelles il l’a trouvée. Tout, sauf le fait qu’il est resté figé, comme hypnotisé par sa beauté et son aura. Suite à son récit, Érélah relève son visage vers lui pour le regarder tendrement en souriant. Elle reprend la parole pour poser une seconde question qui lui brûle les lèvres depuis plusieurs jours.

— Est-ce que je peux te demander aussi ce qui t’as fait choisir mon prénom ? lui demande-t-elle, les joues légèrement rosies.

À cet instant, Shaun passe sa main gauche dans ses cheveux, puis frotte sa nuque en ayant un petit sourire gêné, tout en détournant son regard quelques secondes.

— Pour être honnête avec toi, quand tu étais inconsciente, j’avais souvent l’impression de voir un ange dormir… Du coup, je me suis dit que… que ce serait un prénom parfait pour toi, avoue-t-il en baissant légèrement les yeux de nouveau, l’espace d’un court instant.

Érélah est troublée par cet aveu auquel elle ne s’attendait pas et qu’elle trouve tellement beau. Elle ne peut se retenir et se jette au cou de son partenaire pour l’étreindre comme si sa vie en dépendait. Elle laisse une de ses mains remonter sur la nuque de son protecteur et sa joue effleurer la sienne. Ses lèvres viennent chatouiller délicatement l’oreille de Shaun et lui susurre de nouveau ce mot qu’elle ne cesse de lui dire depuis des jours : « merci ». Il lui rend son étreinte, plus timidement, et l’entoure légèrement de ses bras tout en arborant un petit sourire tendre et sincère. Mais, cela lui est bien égal, elle est heureuse, c’est la plus belle chose qu’on lui a jamais dite.

Elle décale légèrement son visage pour qu’il vienne à la rencontre de celui de Shaun. Elle laisse ses yeux exprimer ce qu’elle n’ose lui dire. Lorsque ce dernier plonge son regard dans celui de son ange, il se laisse emporter par les émotions qu’elle lui offre. Sa main remonte sensuellement vers la joue d’Érélah alors que ses yeux se portent, l’espace d’une seconde, sur ses lèvres qu’il meurt d’envie de goûter depuis des jours. Il reporte de nouveau son attention vers les fenêtres de l’âme de sa belle inconnue, qui l’invitent délicatement à s’abandonner à l’appel qu’elles lui délivrent en brillant d’une lueur sans équivoque.

 Il ne peut s’empêcher d’étreindre un peu plus sa délicieuse battante en réponse à cette douce demande, alors qu’elle se colle instinctivement à lui. Le regard d’Érélah se porte à son tour sur les lèvres de Shaun avant de replonger dans ses yeux. À cet instant, son cœur lui souffle de s’abandonner à l’appel de celui de son partenaire. Ce dernier approche avec douceur sa bouche de celle qui éveille en lui des sentiments que personne n’a jamais été capable de lui faire éprouver.

Il dépose finalement ses lèvres sur celles, veloutées, de son ange et lui délivre un doux baiser tout en retenue. Elle y répond avec volupté et lui permet ainsi de goûter à sa subtile fragrance sucrée. La bouche de Shaun continue d’effleurer doucement celle de sa délicieuse compagne dans une tendre succession de baisers, sans s’abandonner totalement, comme s’il souhaitait butiner avec finesse ses lèvres pour savourer leur doux nectar.

Érélah entrouvre légèrement sa bouche pour laisser sa langue se frayer un chemin. Elle effectue un éphémère et sensuel passage sur les lèvres de Shaun afin de lui délivrer une invitation à poursuivre la découverte. Par la même occasion, elle effleure discrètement la langue de son partenaire et y dépose un subtil goût de désir qui fait frémir tout le corps du jeune homme.

 Elle ne peut empêcher un sourire sincère de s’afficher sur son visage alors que la main de son partenaire caresse amoureusement sa joue. Pour la première fois, l’âme de Shaun a envie de répondre à l’appel de celle d’une douce jeune femme alors que leurs cœurs sont sur le point de s’abandonner l’un à l’autre.

 Une très légère douleur se fait sentir sur l’épaule gauche d’Érélah. Elle choisit purement de l’ignorer et la met en sourdine afin de poursuivre cet instant magique. Elle se colle un peu plus à son compagnon et laisse sa main remonter dans les cheveux de ce dernier, avant d’entrouvrir de nouveau légèrement sa bouche qui repart à la rencontre de celle de Shaun. Ce dernier laisse sa langue rejoindre celle de son ange pour répondre à sa voluptueuse invitation. Ainsi, elles se découvrent avant de se séparer, puis se retrouvent en se frayant un délicat chemin entre leurs lèvres qui s’ouvrent et se ferment en rythme, afin que chacun butine le doux nectar de l’autre.

Leurs souffles se mélangent, leurs étreintes se resserrent, leurs cœurs battent plus forts, leurs chaleurs corporelles augmentent légèrement et aimantent un peu plus les deux amants, alors que leurs âmes ne demandent qu’à s’harmoniser dans une ultime mélodie. Cet instant est bien plus parlant que tous les propos qu’ils pourraient se dire. Aucun mot n’est assez doux et puissant à la fois pour décrire ce qu’ils éprouvent et partagent durant ce magnifique moment.

Ils continuent ainsi pendant plusieurs minutes, comme si le temps était suspendu et qu’aucun événement n’était en mesure de le gâcher.  Bien évidemment, cela n’est possible que dans les contes de fées et Érélah n’a pas cette chance. La légère douleur qu’elle ressentait un peu plus tôt s’intensifie, à tel point qu’il lui semble que son épaule est marquée au fer rouge. Cette sensation l’extirpe de force de cet instant magique et l’oblige à interrompre leurs baisers de façon assez brusque.

Cette affreuse brûlure arrive à lui tirer un soupir de douleur et une grimace, ce qui alerte Shaun qui défait son étreinte, abasourdi par cette interruption soudaine. La vision de sa dulcinée souffrante le fait redescendre immédiatement de son petit nuage. Inquiet, il s’enquiert sans délai de son état. Cette dernière, ne voulant rien lui cacher, explique donc la cause de son mal-être.

Il écarte avec délicatesse le tissu qui constitue la bretelle large du haut de son ange. Quelque chose est apparu, ressemblant à un tatouage. Il est composé d’un grand cercle rouge avec un hexagramme remplissant son centre, orné lui-même d’autres cercles plus petits. Une silhouette bleue, semblant représenter un esprit ou un être supérieur, apparaît sur l’hexagramme au cœur du tatouage noir.

Sceau

Shaun se crispe suite à la vision qu’il vient d’avoir. Érélah a bien senti les muscles de son compagnon se contracter sous le coup du stress. Elle comprend immédiatement que cela ne présage rien de bon, même si elle ignore l’éventuelle signification de ce magnifique motif. Elle rassemble son courage pour relever son regard vers celui de son partenaire qui est devenu plus sombre. La demoiselle ne peut empêcher ses yeux de s’humidifier. Il s’en aperçoit et radoucit immédiatement l’expression de ses prunelles pour tenter de l’apaiser.

— Ne t’inquiète pas. On va tout faire pour comprendre ce qu’il t’arrive. C’est promis, lui dit-il avec douceur.

Il dépose sa main sur la joue d’Érélah en laissant son pouce la caresser.

— Allez, rentrons, lui propose-t-il.

La jeune femme n’est capable de lui répondre que par un hochement de tête. Elle n’a pas le courage de parler, de peur que sa voix déraille et que ses larmes se mettent à couler. Elle se demande ce qu’elle a fait pour ne mériter aucun répit. Shaun replie la nappe, la met sur le panier, prend le tout d’une main, puis la transporte affectueusement dans ses bras jusqu’à la maison. Pour sa part, Érélah laisse ses membres supérieurs glisser autour du cou de son partenaire et y enfouit sa tête dans l’espoir que tout ceci s’arrange, que cela ne soit rien. Son compagnon passe par la cuisine pour laisser le matériel de pique-nique sur la table et prend la direction de la chambre. Il dépose sa dulcinée avec précaution sur le lit. À contrecœur, elle défait son étreinte et le laisse s’asseoir sur le rebord à ses côtés.

Lacky, sentant probablement le mal-être et l’inquiétude d’Érélah, vient immédiatement se coller contre elle tout en frottant sa tête pour lui exprimer sa compassion, ce qui, malgré tout, arrive à faire apparaître un léger sourire sur son visage. Cette dernière n’ose même plus regarder son amant en face, elle garde la tête baissée. Elle a l’impression de le trahir, comme si elle venait de voler le bonheur qu’ils avaient juste devant eux, à portée de main, au bout de leurs doigts.

Pourtant, il dépose de nouveau sa main sur sa joue, son pouce essuie une larme qui coule et il l’incite doucement à relever ses yeux vers lui. Le regard de Shaun est empli de compassion dans lequel elle décèle aussi de l’inquiétude.

— Tu n’as pas à t’en vouloir. Je suis désolé si je t’ai inquiété. Mais, ce genre de sceau est très rare, et est issu d’une magie très ancienne que peu de personnes étaient capables de maîtriser avant et encore moins de nos jours. Je n’ai jamais eu l’occasion d’en voir de mes propres yeux. J’en ai vaguement entendu parler. C’est pour cela que je m’inquiète, lui déclare-t-il d’une voix douce, mais dans laquelle elle décèle un timbre anxieux.

Érélah ne peut empêcher la peur de monter en elle. Ce n’est pas un tatouage, mais un sceau qui est apposé sur elle. Même si elle est incapable de comprendre ce que cela implique, le mot “sceau” a déclenché une angoisse indescriptible qui se répand et prend possession de son être. Elle a toutes les peines du monde à se contrôler malgré son ignorance. De multiples interrogations se bousculent dans sa tête, pourtant une certitude s’en dégage de façon instinctive : cela n’annonce rien de bon. Finalement, elle se résout à reprendre la parole d’une voix totalement éraillée.

— Est-ce que tu as une idée de ce que c’est ? lui demande-t-elle sans être sûre de vouloir vraiment entendre la réponse, tout en serrant les poings.

— Je suis incapable de te dire ce que c’est précisément. Je n’ai pas suffisamment de connaissances dans ce domaine. La seule chose que je peux t’affirmer, c’est que quelqu’un a apposé ce sceau pour sceller quelque chose, lui avoue Shaun avec compassion.

Érélah n’est pas apte à répondre quoi que ce soit à ce que vient de lui dévoiler son compagnon. Elle peine à réaliser que son passé semble la rattraper.

 

☽⭘☾

 

 

-4- Quête de vérité

 

[Partie I]

Érélah est perdue. Sa respiration s’accélère sous le coup du stress. Elle a des difficultés à mettre ses idées en place, tout se bouscule et se mélange, à tel point qu’une migraine se déclenche. Elle finit par poser ses doigts sur sa tempe pour la masser tout en fermant un œil, comme si n’en n’ouvrir qu’un pouvait permettre de réduire la luminosité perçue et donc la douleur.

Constatant son état, son compagnon lui suggère de s’allonger et de prendre du repos, le temps qu’il détermine les livres dans lesquels opérer les recherches. Elle n’a pas la force de le contredire et s’allonge finalement sur le lit en position fœtale, le regard dans le vide, totalement apathique. La voir ainsi lui fend le cœur. Shaun dépose un tendre baiser sur son front tout en caressant ses cheveux avant de partir en direction de la porte. Lacky est venu s’installer contre elle, il a ressenti son mal-être et semble inquiet lui aussi.

Le jeune homme sort de la chambre, attristé, mais il désire absolument comprendre et refuse de la laisser dans cet état. Il ne veut pas tirer, là encore, de conclusions hâtives. Malgré tout, il trouve que tout cela fait beaucoup : ses nombreuses cicatrices et, maintenant, ce sceau. N’étant pas un mage, il ne peut maîtriser ce type de magie d’ancrage, mais sait parfaitement que ce genre de signe sigillaire n’est pas anodin et, surtout, qu’il est ancien et nécessite beaucoup de puissance. Une de celles qui n’existent plus.

S’il veut espérer trouver une piste, il n’a pas trente-six solutions pour glaner quelques informations. Le dépoussiérage des vieux livres et parchemins est lancé dans la perspective de trouver des indices. Shaun ouvre la malle dans laquelle ils sont précieusement rangés pour ne pas être altérés et commence à chiner. Sur les différentes possibilités qui s’offrent à lui, il choisit de présélectionner les grimoires dans lesquels sont décrits les incantations draconiques, angéliques et démoniaques. Il espère trouver, dans une de ces catégories, quelques pistes permettant d’en apprendre plus. Il opte donc pour démarrer les recherches dans celui qui traite de la magie liée aux dragons, une espèce relativement ancienne.

Son protecteur referme la malle et dépose les livres sur l’étagère à proximité, en mettant celui qui l’intéresse en haut de la pile. Il se lancera dans les recherches ce soir puisqu’il faut d’abord récupérer quelques vivres et préparer le dîner, la journée étant bien avancée. Avant de commencer, il passe voir Érélah. Cette dernière s’est finalement endormie dans la position où elle se trouvait quand il a quitté la chambre.

Le repas préparé, il retourne auprès de son ange pour lui dire de venir manger. Elle est de nouveau réveillée, mais reste prostrée dans la même position et semble absente, le regard dans le vide. La voir ainsi l’attriste énormément. Il finit par se demander pourquoi le sort s’acharne sur elle. Finalement, il s’approche, met un genou à terre pour être au niveau d’Érélah et lui parle d’une voix douce en lui caressant les cheveux, pour essayer de capter son regard et la ramener de sa torpeur.

— Allons, ne déprime pas comme ça. Je te promets de tout faire pour comprendre et t’aider, lui déclare-t-il.

Il colle son front à celui de sa dulcinée pour l’inciter à réagir.

— Si tu veux qu’on y arrive, il faut que tu t’accroches. Viens manger pour prendre des forces. Ce soir, je démarre les recherches dans mes vieux grimoires, lui indique-t-il avec un regard tendre, mais déterminé.

Érélah relève doucement la tête et plonge ses yeux dans ceux de son doux partenaire. Ce dernier espère rallumer cette flamme qu’il voit habituellement dans ses magnifiques iris ambrés. Le nez de Shaun se retrouve collé à celui de sa compagne depuis qu’elle a initié son mouvement, mais il ne compte pas lâcher et soutient son regard jusqu’à ce qu’il aperçoive enfin une petite étincelle. Il ne peut empêcher un discret sourire d’apparaître, l’expression de ses iris se radoucit et les prunelles de sa jolie demoiselle s’humidifient légèrement. Il relance son invitation après avoir réussi à lui faire exprimer quelque chose.

— Alors ? Tu te joins à moi pour tenter de résoudre ce mystère… lui propose-t-il en continuant de caresser ses cheveux.

Finalement, Érélah lui répond avec un simple hochement de tête, mais c’est déjà un pas en avant.

— Allez, viens. Allons manger, lui suggère-t-il en prenant sa main.

Il garde son visage collé au sien. Érélah se résout finalement à se lever. Shaun enlace ses doigts aux siens pour l’encourager. En réponse, elle resserre l’étreinte de sa main sur la sienne et l’accompagne jusqu’à la cuisine, Lacky la suivant de près. Il sert les assiettes et ils s’installent l’un en face de l’autre pour se restaurer. À son grand étonnement, sa compagne se nourrit, doucement, mais sûrement, ce qui le fait sourire. Elle le regarde et arque un sourcil.

— Quoi ? lui dit-il avec une petite pointe d’ironie dans la voix.

Il prend un air innocent, auquel il ajoute un regard espiègle et un léger sourire en coin, dans l’espoir de détendre un peu l’atmosphère.

— Fais pas l’innocent. Cela ne marche pas avec moi, lui répond-elle en plissant les yeux avec un petit sourire en coin.

Il est heureux de sa façon de répondre. Retrouver son côté taquin lui fait du bien. Il lève les mains et se met à rire. L’entente du chant du bonheur de son précieux compagnon fait un bien fou à Érélah, comme toujours. Puis, elle se laisse, à son tour, emporter avec lui.

— Merci… lui dit-elle en gardant le sourire. Sinon, tu envisages de démarrer les recherches par où, si ce n’est pas trop indiscret ? Je sais, j’ai eu un moment de faiblesse, mais grâce à toi…

Elle ne finit pas sa phrase et regarde son partenaire avec affection et reconnaissance. Ce dernier l’observe en souriant, puis démarre son explication en lui indiquant qu’il a sélectionné trois livres pour débuter les recherches. Lorsqu’il parle des grimoires traitant des sorts draconiques, angéliques et démoniaques, la jeune femme ouvre des yeux ronds.

— Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as l’air surprise ? lui demande-t-il.

— J’ai quelques notions concernant les dragons, les anges et les démons, mais je dirai que ça ressemble plutôt à de vieilles histoires… Ces espèces existent encore… Vraiment ? Et… des grimoires sont disponibles… déclare-t-elle entre hésitation et émerveillement.

— Ils ne sont pas exactement comme dans les histoires ou les légendes des anciens temps. Certaines espèces ont disparu comme les anges et d’autres comme les dragons ou les démons existent encore, mais elles ne sont plus tout à fait comme à l’origine. Beaucoup ont changé ou évolué. Ce sont ces espèces très puissantes qui ont créé la plupart des rituels ou sortilèges que nous utilisons de nos jours, lui explique Shaun en voyant le regard d’Érélah s’illuminer.

Finalement, ils se plongent dans le premier livre qu’a choisi son bienfaiteur : celui qui traite des sorts draconiques. En première partie de cet ouvrage, les caractéristiques et aptitudes de cette race sont exposées. Érélah ne peut s’empêcher de s’attarder dessus. Elle s’enthousiasme devant toutes ces connaissances concernant les dragons qui ont habité ce monde fantastique et le peuplent encore.

Elle découvre ainsi que ces êtres extraordinaires ont la possibilité d’évoluer sous trois formes différentes. La première, humaine, où ils ressemblent à n’importe quel autre individu de race humanoïde. La seconde, hybride, mi-humaine/mi-dragon. Sous cet aspect, des ailes déployables et utilisables sont présentes dans leur dos, quelques écailles peuvent apparaître sur leur visage, leurs bras et leurs jambes, et certains arborent aussi des cornes ainsi qu’une queue de dragon. Puis, la dernière, où ils sont entièrement dragon, correspondant à leur apparence ultime, majestueuse et plus ou moins imposante selon leur puissance.

Lorsque cette créature est sous sa forme suprême, elle est proche d’un reptile géant pourvu d’ailes. Son apparence et sa couleur dépendent de son élément de prédilection et sont donc liées à la divinité sous laquelle elle est née. Au fil des explications, Shaun voit la fascination se dessiner sur le visage de sa compagne. Il est heureux qu’elle réagisse ainsi, qu’elle soit désireuse de mieux connaître et comprendre le monde qui l’entoure, et espère pouvoir lui transmettre un maximum de connaissances.

Érélah ne peut s’empêcher de poser plusieurs questions sur cette espèce. Elle la trouve merveilleuse et son compagnon prend le temps de lui expliquer les grandes lignes. Ainsi, elle apprend que les dragons peuvent, en général, passer d’une forme à l’autre sans difficulté dès qu’ils maîtrisent leurs pouvoirs. Il lui précise, malgré tout, que tous ne sont pas capables de prendre leur forme draconique pour diverses raisons. Les deux principales sont : une énergie trop faible ou le métissage entre espèces différentes. D’autres, préfèrent vivre quasi-exclusivement ou définitivement sous cette apparence, et demeurent sur l’île de DovahGol.

À cet instant, la jeune femme ne peut s’empêcher de porter ses yeux sur le croquis du continent, tout en chuchotant le nom de ce dernier.

DovahGol

Voyant cela, Shaun l’observe avec tendresse, un petit sourire sincère affiché sur le visage. Il poursuit ses explications sur ce peuple qu’il connaît parfaitement. Ainsi, son protecteur lui indique que les dragons naissent tous sous le signe d’une divinité qui leur associe un élément : le feu, la glace, le vent, la foudre… En entendant cela, Érélah lui demande de prendre encore un peu de temps pour explorer quelques informations supplémentaires. Elle le demande en faisant les yeux doux, de telle façon que son compagnon ne puisse résister, telle une enfant qui demande une douceur en répétant trois fois « s’te plaît ». Voyant cela, son compagnon ne peut s’empêcher de rire et accepte de lui donner les dernières grandes lignes avant de démarrer réellement les recherches.

Il termine ainsi en lui dévoilant qu’il existe : les dragons de glace, nés sous le signe de Chioné, la déesse de la neige et de la glace ; ceux de feu, nés sous le signe d’Héphaïstos, le dieu du feu et des forges. Sont également présents, les dragons de l’air, nés sous le signe d’Éole, le dieu du vent ; les dragons d’eau, nés sous le signe de Néhalienna, la déesse de l’eau. Ensuite, il lui indique qu’il existe aussi des individus nés sous le signe de Déméter, déesse de la fertilité et de la nature, qui ont des capacités liées aux attributs de leur divinité et donc un lien privilégié avec la nature. Enfin, il lui expose la dernière catégorie, les dragons nés sous le signe de Baal, le dieu de la foudre. À cet instant, les yeux de sa dulcinée se portent sur un portrait, alors qu’elle effleure délicatement de son doigt le nom inscrit en dessous, tout en chuchotant : « Reverse ».

Dragon_Reverse2

— Il est magnifique… chuchote-t-elle avec émotion. C’est à cela que ressemble un dragon sous sa forme ultime ?

— Chaque individu a sa propre apparence, mais oui, c’est la forme draconique de Reverse. Il fait partie des dragons les plus puissants qui existent. Il vit exclusivement sous cette forme. Il est l’un des Gardiens de DovahGol, lui précise-t-il.

Ce dernier observe son ange avec émotion alors qu’elle continue de caresser délicatement le portrait, admirative. Après quelques minutes, il lui propose de poursuivre vers la partie des incantations dans l’espoir de trouver une piste.

Malgré plusieurs heures de recherche, ils ne découvrent rien se rapportant au sceau, mais Shaun déniche un rituel draconique qui pourrait peut-être leur permettre de récupérer des informations. Il propose de regarder cela de plus près demain. Après une bonne nuit de repos, leurs idées seront plus claires. Ils partent ainsi se coucher.

 

[Partie II]

Cette nuit-là, le sommeil d’Érélah, habituellement calme, est plutôt agité. À de multiples reprises, sa respiration s’accélère, elle remue et se débat. Plusieurs gémissements lui échappent, si bien que cela finit par alerter et réveiller son compagnon. Il lui faut quelques minutes pour réaliser les évènements et comprendre que les gémissements et les “non” qu’il entend proviennent de sa dulcinée. Il opte pour une approche en douceur, mais avant qu’il ne soit arrivé, elle s’éveille en sursaut, tout en criant. Elle est assise, apeurée, haletante, transpirante et totalement désorientée, le cœur battant la chamade.

En réponse, Shaun accourt à ses côtés pour s’enquérir de son état. Mais, Érélah sursaute tout en ayant un léger mouvement de recul, puis se ratatine sur elle-même et met l’un de ses bras en protection devant son visage. Cette réaction inattendue stoppe net son compagnon dans son élan. Il n’ose bouger et attend au bord du lit, déconcerté. À l’instant où elle comprend qui se tient à ses côtés, elle se jette dans ses bras et s’accroche à lui tout en murmurant son prénom.

Aucun souvenir du songe ne lui reste en mémoire, hormis une terrible sensation de mal-être et de peur qui découlent de cette expérience et restent présentes de façon intense. Son protecteur l’étreint avec tendresse et bienveillance, tout en lui caressant le dos et les cheveux pour la calmer, même s’il est légèrement dérouté par sa réaction. C’est la première fois qu’il la voit réagir ainsi. Au fil des minutes, le tourment d’Érélah s’apaise progressivement. Sa respiration revient à la normale, ses tremblements s’estompent. Malgré tout, le sentiment de mal-être perdure et lui colle à la peau.

— Tout va bien. Je suis là, lui chuchote-t-il alors que le visage de sa compagne reste enfoui dans son cou. Ça va aller. Je suis là.

La jeune femme continue de s’accrocher à lui, comme s’il était le seul à pouvoir lui éviter de perdre pied. Il en conclut qu’un cauchemar puissant est probablement à l’origine de cette situation. Shaun glisse sa main le long de la nuque, puis du cou de sa dulcinée, pour finir par la remonter sur sa joue en même temps qu’il s’écarte légèrement. À ce moment, Érélah remonte la sienne du torse vers le cou de son bienfaiteur. Le trouble résiduel se lisant sur son visage, il continue de la rassurer tout en caressant sa joue avec son pouce. Il la regarde tendrement tout en lui murmurant les mêmes mots que précédemment.

— Shaun… s’il te plaît… reste… finit-elle par demander d’une voix légèrement tremblante.

Il demeure interdit devant cette demande, ne sachant quoi répondre.

— S’il te plaît… reste avec moi… répète-t-elle dans un murmure tout en s’accrochant un peu plus à lui.

Ressentant son mal-être et sa vulnérabilité, Shaun décide de s’installer auprès d’elle. Il l’incite à se recoucher avec douceur tout en lui promettant de rester à ses côtés. Érélah finit par se glisser sous les draps alors qu’il s’installe juste derrière elle, comme il s’y est engagé. Afin qu’elle ressente sa présence, il l’étreint avec délicatesse en déposant sa main sur son ventre alors qu’elle ne peut s’empêcher de la saisir aussitôt avec affection.

— Merci, murmure-t-elle.

— De rien. Si tu veux en parler, je suis là, lui susurre-t-il.

— Y a pas grand-chose à raconter. Je ne me souviens pas de mon rêve. J’ai juste gardé ces sensations désagréables qui ne veulent pas me lâcher, avoue-t-elle, encore troublée.

— Ne t’inquiète pas. Je reste auprès de toi. Essaie de te rendormir maintenant, lui suggère-t-il avec bienveillance.

Se sentant en sécurité aux côtés de Shaun, elle finit par retrouver le chemin des bras de Morphée.

Le lendemain matin, son compagnon est toujours auprès d’elle. Érélah dort couchée sur le côté, sa jambe du dessus légèrement repliée. Elle tient encore la main de son protecteur. Instinctivement, elle l’a remontée dans son sommeil et blottie contre sa poitrine. Durant la nuit, il s’est naturellement rapproché d’elle en dormant, attiré malgré lui. Il se retrouve dans la même position qu’elle, son corps collé au sien.

Doucement, les deux amants s’éveillent, chacun se sentant tellement bien à cet instant. Au fur et à mesure qu’il sort de son sommeil, Shaun réalise que son ange est lovée contre lui et qu’elle tient sa main blottie contre son buste. Il n’ose bouger, de peur de la réveiller, sans compter qu’il n’a pas envie de mettre fin à ce moment magique. Un petit sourire sincère apparaît spontanément sur son visage.

À son tour, sa dulcinée s’éveille tranquillement, et réalise la position dans laquelle ils se trouvent. Elle ne peut empêcher ses lèvres de s’étendre suite au bonheur d’être pelotonnée contre Shaun.

La voyant quitter les bras de Morphée, il dépose un tendre baiser dans ses cheveux et profite de son parfum délicat par la même occasion. En réponse, Érélah en délivre un sur sa main, puis la serre de nouveau contre elle.

— Bonjour, mon ange, lui murmure-t-il tendrement à l’oreille.

— Bonjour, lui répond-elle dans un chuchotement.

 Elle tourne légèrement la tête dans sa direction et lui sourit, se collant un peu plus à lui, au plus grand plaisir de ce dernier.

— Ça va ? lui demande-t-il.

— Oui. Beaucoup mieux grâce à toi, lui avoue-t-elle en le regardant affectueusement.

— Je serai toujours là pour toi, lui dit-il sans même réfléchir.

Il resserre son étreinte et dépose un tendre baiser dans son cou, au plus grand bonheur d’Érélah.

Après le petit déjeuner, ils se plongent dans ce rituel draconique « Miin Stin », qui pourrait permettre la récupération d’informations concernant le sceau. Ce sort semble assez simple à mettre en place, puisqu’il suffirait de prononcer une incantation, tout en faisant brûler de l’encens à base de Lavande. Son principe consisterait à dévoiler la vérité ou ce qui est caché. Érélah paraît relativement neutre, mais ce n’est pas le cas de son compagnon. En effet, ce dernier craint les effets secondaires qu’elle pourrait subir étant donné qu’elle n’est pas encore bien remise.

— Qu’est-ce qui te tracasse ? lui demande-t-elle, sentant l’hésitation de son bienfaiteur.

— Et bien… On ne sait pas quelle magie a été utilisée, ni comment le sceau a été apposé. Ainsi, je crains les éventuels effets secondaires lorsque j’effectuerai le rituel sur toi. Le problème… c’est que je ne peux absolument pas les prédire, même s’il y a peu de chance qu’il y en ait avec un simple sort comme celui-ci. Je ne suis pas serein à l’idée de prendre ce risque, lui avoue-t-il finalement d’un ton légèrement inquiet.

— Oh, Shaun… Si je dois subir quelques effets secondaires pour que l’on puisse en savoir un peu plus, je suis prête à le faire, car je sais que tu seras là pour prendre soin de moi, lui déclare-t-elle avec émotion tout en posant sa main sur la joue de son compagnon.

— Tu es vraiment sûre de toi ? lui demande-t-il une dernière fois.

Ce dernier obtient un mouvement de tête affirmatif avec un regard déterminé comme réponse.

— Ok. Alors, on mange. Tu te reposes en début d’après-midi, il faut que tu sois en forme, et on le tente après ta sieste. Cela te convient ? lui propose-t-il.

— Oui, chef ! s’exclame Érélah avec humour.

Shaun ne peut s’empêcher de sourire face à l’optimisme et à la détermination dont fait preuve sa compagne à travers cette réponse.

Le moment fatidique est arrivé. Shaun est tout de même inquiet de pratiquer ce rituel, même si ce sort reste basique. Cette désagréable impression lui colle à la peau, tel un mauvais pressentiment qui refuse de s’estomper.

Ils s’assoient en tailleur au sol, face à face, puis il allume l’encens. Il l’a choisi à base de Lavande, avec de l’Origan de lune accompagné d’une pointe de Cèdre de brume pour favoriser l’apaisement et la concentration. La douce odeur aromatique parfume rapidement la pièce, puis les deux autres senteurs la rejoignent. Elles se mélangent subtilement à la première pour offrir une atmosphère apaisante, propice à la méditation.

— Il faut que tu te détendes au maximum, que tu fasses le vide et te concentres sur le sceau. De mon côté, je ferai de même. Si nous ne restons pas focalisés sur les informations que nous souhaitons connaître à son sujet, cela risque de partir dans tous les sens, lui explique son partenaire.

— D’accord, je vais faire mon maximum pour rester focalisée. Mais… Pourquoi as-tu amené une petite dague ? lui demande-t-elle, surprise.

— Ne t’inquiètes pas, ce sera juste pour faire une entaille à la main que je vais poser sur le sceau. Je dois donner un peu de sang pour que le rituel puisse se faire plus efficacement. Mais, ce ne sera qu’une égratignure, et si cela nous permet de comprendre, alors je veux bien faire ce petit don, lui répond-il, un peu gêné.

Il espérait qu’elle ne demande pas, de peur qu’elle renonce. Érélah l’observe tendrement, sans aucun jugement ou reproche dans le regard pour cette petite cachotterie, et il se rend compte qu’il a été bien bête de ne pas le lui dire dès le début.

— Tu es prête ? lui demande-t-il une ultime fois.

Érélah lui répond par un hochement de tête avec un regard déterminé, puis ferme les yeux. Elle se détend et se laisse porter par les délicates effluves de l’encens, fait le vide dans son esprit et se concentre sur le sceau.

Son partenaire lui signifie qu’il débute le rituel : il entaille donc la paume de sa main droite, puis la glisse sous la bretelle du maillot et la dépose sur le sceau de son épaule gauche. Il ferme les yeux, se concentre à son tour, puis récite :

Mullaag wah kun arhg wah drem
Naal niin rii do shul arkh wah faal denek
Staadnau niin fus arkh niin lah
Naal daar sos wah dovah tol zu’u ofan
Alok niin vulom wo vonun faal vahzen
Tol mu aal koraav daar wo mu los vonuz[2]

Au moment où Shaun finit de prononcer l’incantation, il ressent l’énergie circuler, ce qui est bon signe. Il espère arriver à canaliser quelques informations. Il se concentre afin de diriger ce flux harmonieux, lorsque, soudainement, il perd le contrôle sur le rituel.

Une magie, d’une puissance bien supérieure à la sienne, prend le contrôle de l’environnement où il se trouve, puis l’emmène. Son âme est comme transportée hors de son corps, il n’a pas le choix et subit cette extirpation forcée.

Finalement, son esprit se retrouve face à un être qui semble fait de pure énergie. C’est une femme adulte, à priori en pleine force de l’âge, même s’il paraît difficile d’en déterminer la valeur. Elle a les cheveux longs, de couleur très claire, presque blancs. Ils sont tenus par une tiare et elle porte une cape à capuche sombre qui la recouvre. Elle ressemble énormément aux descriptions des mages de l’ancien temps qui sont faites dans les vieux grimoires.

Mage1

Shaun n’a pas le temps de réaliser ce qu’il se passe, ni même de dire quoi que ce soit, que la mystérieuse femme prend la parole.

— Bonjour, jeune dragon, dit-elle d’un ton neutre.

Il ne peut retenir un tic de surprise en entendant cette phrase et se demande comment elle a su. Par sécurité, il ne dévoile jamais sa race d’origine, ni ne laisse transparaître aucun signe permettant de la déterminer. Depuis sa terrible blessure qui l’a gravement amputé d’une grande partie de ses pouvoirs et lui a quasiment coûté la vie, il n’a d’autre choix que de masquer totalement son énergie et de ne dévoiler son espèce à personne. Ce dernier n’a pas le temps de prendre la parole que la mage le fait.

— Je suis navrée, nous avons peu de temps. J’irai donc droit au but. Je suppose que tu te poses beaucoup de questions concernant le sceau qui a été apposé sur cette jeune femme. C’est moi qui ai effectué le rituel, à contrecœur même si cela n’excuse en rien mon acte, lui avoue-t-elle avec un regard empli de regrets.

— Mais comment ? Pourquoi ? Quel est ce sceau ? Comment il fonctionne ? Est-ce que je peux faire quelque chose pour elle ? demande-t-il dans l’espoir d’aider sa compagne.

— Je ne pourrais malheureusement répondre à aucune de tes questions. Mais… je peux te transmettre quelques informations. Le sceau a une faille dans sa formulation, son grand cœur lui permettra de le contourner. Par contre… c’est à vous de trouver comment. Prend soin d’elle, c’est un être d’exception. Elle ne mérite pas ce qui lui a été fait… déclare-t-elle avec un brin de tristesse dans la voix.

L’ésotérique femme stoppe ainsi sa phrase lorsqu’un cri de douleur se fait entendre.

— Qu’est-ce que c’est ? demande Shaun qui s’inquiète grandement de l’origine de ce terrible éclat de voix.

— Nous devons clôturer notre échange. Elle est en train de revivre l’apposition du sceau qui est d’une douleur insoutenable. Elle ne tiendra pas longtemps. Veille sur elle jeune dragon, son destin est sans pareil. Elle est un être comme on n’en rencontre plus. Elle aura besoin de toi et de ton amour, lui révèle la mage.

Cette dernière disparaît tout en prononçant la dernière phrase sans que Shaun ait le temps de dire quoi que ce soit. Il est renvoyé dans son corps, confus. Au moment où il reprend conscience et ouvre les yeux, Érélah s’effondre lourdement au sol. Il se précipite vers elle tout en prononçant son surnom avec inquiétude. Elle est en sueur et tremble. Des larmes coulent sur ses joues. Elle est à peine consciente, sanglote et balbutie des mots qu’il n’arrive pas à comprendre.

Shaun la prend délicatement dans ses bras et la ramène contre lui pour essayer de la calmer. Il essuie ses larmes avec délicatesse. Progressivement, les tremblements d’Érélah s’estompent. Elle s’apaise et finit par sombrer dans un sommeil calme, éreintée par l’expérience qu’ils viennent de vivre. Il l’emmène dans la chambre et la dépose tendrement sur le lit pour qu’elle puisse récupérer. Elle dort profondément, sa respiration est équilibrée et légère.

Il va rapidement soigner sa main dans la salle de bain et revient veiller sur elle. Il ne veut pas qu’elle soit seule après cette expérience, même si Lacky est couché près d’elle, comme toujours. Shaun est encore perturbé par ce qui lui a été révélé et peine à tout comprendre. Il attend donc que son ange se réveille. Ensemble, ils arriveront peut-être à résoudre cette énigme.

Il est tout de même inquiet. Il ne l’a jamais vue dans un tel état de bouleversement, sans compter que revivre l’apposition du sceau n’aurait jamais dû arriver avec ce simple rituel. Cela implique qu’une magie sigillaire très ancienne et puissante ait été utilisée. Il ne voit que cette possibilité comme explication. Après tout, cette mystérieuse femme ressemblait aux descriptions des mages de l’ancien temps qui sont faites dans certains vieux grimoires. À sa connaissance, ces êtres font partie des plus puissants qui ont foulé ce monde, alors tout est possible.

Les dernières paroles de la mage tournent en boucle dans la tête de Shaun et ses pensées finissent par s’égarer. Il commence à somnoler alors que le sommeil profond d’Érélah s’allège, tout en devenant plus agité. Une phrase se met à résonner au plus profond de l’esprit de la jeune femme : « Il t’abandonnera désormais que tu ne peux plus lui offrir ce qu’il désire, ahahahahah… ».

Cette dernière s’éveille brusquement en hurlant et finit assise sur le lit. Shaun sursaute, puis accourt à ses côtés. La panique se lit dans son regard. Elle est complètement perdue, affolée et apeurée. Il pose avec délicatesse sa main sur sa joue pour attirer son attention, puis commence à lui parler avec douceur pour la rassurer, tout en câlinant sa pommette avec son pouce. Petit à petit, elle réalise qui se trouve en face d’elle alors qu’il se rapproche lentement tout en continuant de murmurer des mots rassurants. Finalement, il l’étreint affectueusement et caresse ses cheveux. Érélah finit par comprendre où elle se trouve.

Ses tremblements s’atténuent progressivement et sa respiration reprend un rythme plus serein. Doucement, elle retrouve ses repères et commence à réaliser ce qu’elle a vécu, alors que cette terrible phrase résonne de nouveau dans tout son être, tel un sombre écho. Immédiatement, elle passe ses bras autour du cou de Shaun et, d’une voix tremblante, l’implore de rester avec elle. Les supplications de sa bien-aimée lui brisent le cœur. Il s’en veut d’avoir réalisé ce rituel. Les larmes lui montent aux yeux et il finit par demander pardon à sa dulcinée.

— Pardonne-moi, mon ange, pour ce que je viens de te faire. Je suis désolé. Je n’aurai jamais dû te faire subir cela. Je suis là, je n’ai pas l’intention de te laisser. C’est promis, je reste avec toi, lui déclare-t-il, meurtri.

Il enfouit son visage dans le cou d’Érélah, au milieu de ses cheveux, monte sur le lit, puis s’y positionne à genoux. Il la soulève pour resserrer son étreinte et la coller à lui. D’instinct, elle passe ses jambes de chaque côté de celles de son compagnon pour se mettre à califourchon sur ses cuisses. À son tour, elle plonge son visage au creux du cou de son précieux partenaire pour y trouver refuge. Elle l’enlace intensément en resserrant ses bras autour de son cou et se colle entièrement à lui. Ce dernier enveloppe totalement le buste de son ange pour la maintenir près de lui.

Ils restent ainsi dans les bras l’un de l’autre, leurs corps entrelacés, sans qu’aucun des deux ne veuille mettre un terme à cette étreinte, afin de supporter le prix à payer pour leur quête de vérité.

 

[2] Puissance de lumière et de paix
Par les essences du soleil et de la terre
Libère les forces et les magies
Par ce sang de dragon que je donne
Lève les ténèbres qui cachent la vérité
Que nous puissions voir ce qui nous est invisible

 

☽⭘☾

 

 

-5- Détermination

 

[Partie I]

Les deux amants se calment petit à petit dans les bras l’un de l’autre. Shaun s’excuse encore, il se sent coupable. Érélah sait très bien qu’il n’est pas fautif : il ne lui a fait aucun mal. Ils restent, ensemble, dans cette étreinte qui les soulage progressivement tous les deux. Finalement, ils s’écartent lentement l’un de l’autre. Elle choisit de garder son front collé à celui de son compagnon, comme si son contact lui était indispensable pour ne pas perdre pied. Sa main est posée sur sa nuque.

L’atmosphère se détendant, Lacky s’approche doucement et s’installe entre eux deux en déposant ses pattes avant sur la cuisse de son maître. Son regard ne cesse de passer de l’un à l’autre sans interruption, alors que les deux partenaires l’observent tendrement. Ils ont le même réflexe pour un petit câlin sur la joue, ce qui lui vaut deux grattouilles simultanées, une de chaque côté, au plus grand bonheur de leur boule de poils qui les gratifie de petits couinements de joie. Ils ne peuvent s’empêcher de rire timidement à cette scène. Ce petit écureuil-renard a vraiment le don pour remonter le moral.

Ils restent ainsi pendant quelques minutes, puis, finalement, choisissent de reprendre doucement leur vie quotidienne. Ils mangent sans parler, bien trop épuisés par cette expérience et partent se coucher. Au moment d’entrer dans le lit, Érélah ne se sent pas de dormir seule, encore bouleversée par ce qu’elle a vécu. Elle se risque donc à effectuer sa demande tout en serrant les draps, stressée. Shaun s’installe, bien évidemment, à ses côtés avec tendresse et elle vient se blottir immédiatement contre lui. Sa présence l’apaise instantanément. Elle se sent en sécurité, enveloppée dans son étreinte, et s’endort aussitôt.

Le lendemain, elle s’éveille doucement dans les bras de son protecteur. Elle ne les a pas quittés de toute la nuit et s’aperçoit que sa main est passée, une nouvelle fois, sous le maillot de Shaun pour se poser sur son flanc, comme si elle cherchait instinctivement le contact de sa peau.

Ils n’ont toujours pas parlé de ce qu’il s’est passé la veille. Érélah a bien conscience que Shaun s’en veut de ce qu’elle a vécu et que, pour cette raison, il n’ose pas aborder ce sujet délicat, lui qui se confie déjà peu. Après une bonne nuit de sommeil et une bonne douche, ses idées sont plus claires et elle refuse de se morfondre, de se laisser aller. Elle a survécu à ses blessures et se relève un peu plus chaque jour, alors, pour elle, pour lui, elle ne peut pas, ne veut pas renoncer.

Ils choisissent de s’installer confortablement sur les coussins de sol du coin bibliothèque, afin de discuter de ces péripéties et de confronter leurs informations. Érélah décide de prendre la parole en premier.

— Quand tu as fini de prononcer l’incantation, des fourmillements ont parcouru tout mon être et j’ai senti une énergie m’envahir, mais elle était douce, chaleureuse. Tout semblait calme et serein.  Puis, d’un seul coup, tout a changé. C’était comme si tout avait basculé… J’ai été comme saisie, puis emmenée de force ailleurs. Je me suis retrouvée dans le noir. Je n’arrivais pas à comprendre où je me situais, mais j’étais sûre d’une chose : je ne me trouvais plus ici avec toi… L’atmosphère était différente. Elle était devenue oppressante, pesante et malveillante… expose-t-elle d’une voix fébrile.

L’ambiance étouffante des lieux lui revient immédiatement en mémoire : l’odeur âcre, la froideur, l’angoisse, la noirceur, l’hostilité… L’ensemble de cet environnement malsain fait encore frissonner de peur tout son être. Malgré tout, elle expire pour relâcher la pression, puis trouve la force de poursuivre sa narration.

 — J’avais beau essayer de bouger pour tenter de voir ce qui m’entourait, de déterminer dans quel lieu j’avais été emmenée, mais je n’y arrivais pas. J’étais prisonnière… allongée sur le dos et attachée aux poignets, aux chevilles, mais aussi au niveau du front… Je… je me trouvais sur une surface froide, dure et inconfortable, comme de la pierre… Je… je n’pouvais rien faire. L’atmosphère qui m’entourait était malsaine, comme emplie de haine, poursuit-elle d’une voix légèrement éraillée.

Érélah interrompt son récit l’espace de quelques minutes pour souffler et se calmer afin d’être en mesure de continuer. Elle frotte machinalement ses poignets. Ses mains tremblent sous le coup de ce souvenir encore intensément présent dans son esprit. Par réflexe, lors de cette expérience, elle a tenté d’appeler Shaun à l’aide sur le moment, mais aucun son n’a pu sortir de sa bouche. Elle n’a pas pu être maître de ses intentions et a dû subir l’instant. Elle se souvient encore de la larme qui a coulé au coin de son œil.

Son compagnon, ressentant son mal-être, prend sa main et la caresse avec son pouce pour la soutenir. Ce geste simple, ainsi que son regard attentionné, l’aident à se calmer. Elle trouve le courage de reprendre son récit.

— J’ai senti quelqu’un s’approcher de moi. Il a saisi mes cheveux et les a tirés. Une vive douleur s’est déclenchée dans tout mon être… Il s’est installé à proximité de mon oreille. Je sentais son souffle, mais je pouvais à peine le discerner. Tout était tellement sombre. J’ai entendu sa voix… une voix grave et rauque, emplie de mépris et de haine me parler. Me dire qu…

Érélah s’interrompt de nouveau et baisse les yeux. Elle peine à poursuivre alors que le souvenir de la douleur, mais aussi de l’horrible phrase : « Il t’abandonnera désormais que tu ne peux plus lui offrir ce qu’il désire », résonne au plus profond de son âme. Elle souffle de nouveau et ferme les yeux, avant de les relever vers son partenaire qui tient toujours sa main en signe de soutien. Malgré le trouble qu’elle a vécu, la jolie battante continue de raconter.

— Que jamais il ne me laissera tranquille, qu’il était temps que j’aie ce que je mérite. Il a dit que les mots allaient être scellés, puis il s’est mis à rire, un rire glaçant et effroyable…

Érélah frissonne suite au souvenir de cet éclat de joie abominable qui résonne encore dans sa mémoire. 

— Il m’a dit que la garce que j’étais ne pourra pas y échapper désormais, que jamais je ne serais libérée et que jamais il ne se lasserait de jouer avec moi… finit-elle par laisser sortir d’une voix tremblante, ses yeux s’humidifiant légèrement.

Elle peine à retenir ses larmes et à garder sa voix stable. Elle souffle de nouveau pour calmer sa respiration légèrement saccadée. Un infime tremblement anime sa lèvre inférieure sous le coup de l’intense émotion. Elle n’a pas la force de prononcer cette horrible phrase qui résonne et l’effraie tant, comme si la dire à voix haute pouvait la rendre réelle et provoquer ce qu’elle énonce.

 Les craintes de Shaun concernant les cicatrices antérieures de sa bien-aimée se confirment, mais aussi une potentielle captivité en entendant sa dernière phrase. Il redoute ce qu’elle pourrait avoir vécu. Pour autant, il ne veut, pour le moment, pas lui en faire part, de peur de l’accabler un peu plus qu’elle ne l’est déjà. Érélah serre plus intensément la main de son compagnon, comme si elle essayait de puiser dans cette étreinte, la force de continuer. Il la regarde avec compassion et accentue, à son tour, sa prise sur le membre de sa dulcinée pour lui transmettre le courage de poursuivre, puis dépose son autre main sur sa joue tout en laissant son pouce la caresser.

— Il est parti en s’esclaffant de nouveau. Son rire glaçant résonne encore… Puis une femme est venue. Elle m’a parlé avec douceur en me demandant pardon pour ce qu’elle s’apprêtait à faire… et qu’elle porterait le poids de cette horreur pour l’éternité. Ensuite, tout n’était que douleur, une douleur insoutenable, finit-elle par avouer d’une voix totalement éraillée.

Elle stoppe la narration, ferme les yeux et baisse la tête. Shaun la prend dans ses bras pour la réconforter un peu plus. Immédiatement, elle enfouit son visage dans son torse et s’accroche de toutes ses forces au maillot de son amant pour se donner le courage de faire sortir ces derniers mots si difficiles à dire.

— Je… je n’ai… je n’ai pas le droit d’aimer un homme… Ce sont les mots que je ne dois pas oublier. Ceux qu’il a fait graver sur mon âme. Ceux qui sont scellés en moi… finit-elle par avouer dans un murmure fébrile en gardant sa tête enfouie dans le torse de Shaun.

À l’annonce de ces mots, son compagnon se crispe et s’immobilise quelques secondes, pétrifié par ce qu’il vient d’entendre. Ses soupçons et ses craintes sur le passé tourmenté de sa dulcinée se confirment un peu plus, mais après cette dernière révélation, il réalise que c’est probablement bien pire que ce qu’il pensait.

Il se reprend et resserre son étreinte, tout en se demandant comment quelqu’un a pu lui faire subir un supplice aussi cruel, aussi horrible. Pour le moment, il décide de ne pas aborder le sujet de ses cicatrices, ni de sa potentielle captivité passée. Il estime qu’elle a déjà bien assez à encaisser.

Malgré tout, il commence à entrevoir le sens de certaines paroles que la mage lui a tenues et veut qu’Érélah sache que tout n’est pas perdu.

— Oh, mon ange… Comment on a pu te faire quelque chose d’aussi cruel… Mais tu ne dois pas renoncer. J’ai pu avoir, moi aussi, des infos de la part de la mage qui a apposé le sceau, lui dévoile-t-il d’une voix remplie d’émotion.

 Alors qu’Érélah laisse les larmes ruisseler sur ses joues, à l’entente de cette annonce, elle s’écarte de son torse, puis le regarde avec un soupçon de surprise, d’intrigue, mais aussi une infime lueur d’espoir au milieu de sa tristesse et de ses pleurs. Il prend le temps d’essuyer les perles d’eau salée s’écoulant de ses yeux, avec délicatesse et tendresse, puis lui raconte son échange avec cette mystérieuse femme, tout en la gardant dans ses bras. Il lui explique tout, sauf la dernière phrase que l’ésotérique dame a prononcé en disparaissant : « Elle aura besoin de toi et de ton amour ». Il n’ose pas la dire. Tout au long de sa narration, elle le contemple, intriguée.

— Je ne vois pas comment je pourrais contourner le sceau. On ne connaît absolument pas son fonctionnement, et je t’avoue ne pas saisir totalement tout ce qu’elle t’a dit, déclare-t-elle un peu perplexe.

— Pour moi non plus, ce n’est pas très clair. Je ne visualise pas comment nous pourrions procéder, mais, au moins, on sait que c’est possible, lui répond-il.

Elle s’installe de nouveau contre lui. Instinctivement, Shaun referme affectueusement son étreinte sur elle. Être dans les bras de son amant la soulage malgré tout, elle y est bien. Il l’enlace ainsi pendant de longues minutes, en silence, afin de lui offrir douceur et réconfort que son cœur et son âme réclament. Elle peine à réaliser réellement toutes les conséquences de ce qui leur arrive, à comprendre tout ce que cela implique. Afin de ne pas sombrer dans le désespoir, elle choisit de cesser de se remémorer cette terrible expérience et de réfléchir à tout ceci, puis le suggère à son compagnon.

— Maintenant, on a les infos. J’n’ai pas envie de me triturer les méninges indéfiniment… On garde tout cela en tête et si une idée nous vient, alors on en reparle. Ça te va ? propose-t-elle finalement d’une petite voix timide.

Shaun approuve sa suggestion par un hochement de tête. Il n’arrive pas à visualiser ce qu’il peut faire pour lui venir en aide pour le moment. Mais, après ce que la mage lui a révélé, il est déterminé à l’aider pour trouver cette solution et, surtout, à veiller sur son ange, même si certains des dires de cette mystérieuse femme le troublent. Il a décidé, comme elle le lui a demandé, de rester auprès de sa bien-aimée et ce, quoi qu’il advienne. Elle mérite qu’il prenne soin d’elle.

Après ce qu’Érélah a vécu, il lui propose de profiter de cette belle et chaude journée d’été pour se détendre. Ainsi, il lui suggère une petite baignade à la rivière pour se changer les idées en début d’après-midi, ce qu’elle accepte. Elle part donc se changer pour mettre une tenue adaptée : elle opte pour des sous-vêtements fins qui pourront sécher facilement, ainsi qu’une petite robe courte facile à enfiler et à retirer. Cette dernière revient vers son partenaire en marchant doucement, pour lui signifier qu’elle est prête. Il lui tend son bras pour l’aider à avancer, comme d’habitude. Elle le saisit tout en laissant un léger sourire se dessiner sur son visage.

Il sait très bien qu’elle ne pourra probablement pas marcher sur toute la longueur du chemin qui les sépare de la rivière. Ses jambes n’ont pas encore suffisamment récupéré pour parcourir une telle distance, mais il ne veut pas non plus la surprotéger. Il lui suggère donc d’y aller doucement et de le prévenir quand se mouvoir deviendra trop difficile pour elle. Naturellement, Shaun se cale sur la vitesse de sa bien-aimée qui fait attention, avance tranquillement, mais sûrement.

Ils poursuivent dans la clairière, en direction de la forêt, puis passent à côté de leur petit coin de paradis où ils ont pique-niqué. L’espace d’une seconde, le souvenir de l’instant magique qu’ils y ont vécu lui revient, une pointe de bonheur emplit son cœur. Puis, la brûlure de l’apparition du sceau, sa formulation, ainsi que les terribles paroles du commanditaire de son apposition, viennent tout balayer pour laisser place à la tristesse, mais aussi à la terrible réalité que cela pourrait ne plus arriver désormais.

Afin de ne pas laisser le chagrin l’envahir, elle se concentre sur le chant mélodieux de la rivière qui parvient désormais à ses oreilles, mais aussi l’instant agréable qui approche alors qu’ils continuent de descendre. Ses membres inférieurs commencent à fatiguer, mais elle sait qu’ils ne sont plus très loin et souhaite poursuivre encore un petit peu sur la pente douce devant eux.

Ses jambes commencent à trembler, signe qu’elles atteignent leurs limites. Shaun se stoppe, lui fait face, puis glisse son bras autour de sa taille pour la soutenir. Même s’il a parfaitement conscience que son ange a fait d’énormes progrès en ayant réussi à marcher aussi loin, il lui suggère de ne pas en faire trop. Érélah s’accroche un peu plus à lui lorsque les muscles de son appareil locomoteur peinent à la soutenir et manquent de céder. Finalement, elle se résout à cesser la marche et laisse son bienfaiteur la porter le temps qu’ils longent la rivière jusqu’à leur destination finale. Elle passe ses bras autour de son cou, puis se délecte du paysage, mais aussi des délicates fragrances portées par la douce brise d’été qui s’offrent à ses narines.

— Regarde cette beauté, mon ange, lui dit-il en atteignant leur objectif.

Il s’arrête devant la berge alors qu’il prononce ces mots afin qu’elle puisse admirer ce magnifique paysage. En amont, s’offre une superbe étendue d’eau calme, parsemée par endroits de quelques rochers. Elle est alimentée par une splendide cascade qui se déverse dans un subtil mélange de finesse et de puissance. Le courant est important à ses pieds, mais la force d’écoulement se calme assez rapidement. Autour de la chute, les berges sont abruptes et ne permettent pas un accès aisé, ne laissant ainsi qu’un espace occupé par la forêt.

En aval, la berge est au niveau de la rivière qui s’écoule calmement. Un peu plus bas, quelques arbres ont chu et des branches trempent dans les flots. Le cours du fleuve s’anime de nouveau progressivement au fil de la descente, sans pour autant être violent.

Devant eux, se dévoile une rive délicate constituée de fins galets, cette dernière leur permet un accès en pente douce à l’étendue calme et dégagée. De l’autre côté, une zone similaire, mais plus petite, est présente, suivie d’une surface emplie de verdure avec quelques arbres, avant que la forêt ne reprenne ses droits.

Shaun se dirige vers un petit rocher à proximité, remet avec délicatesse sa dulcinée sur ses jambes, puis retire son maillot et l’invite à profiter d’un instant de détente. Érélah ne se fait pas prier et ôte sa robe. Il se positionne face à elle et dépose ses mains sur ses hanches pour l’aider à entrer dans l’eau en toute sécurité. Il recule doucement au fur et à mesure qu’elle avance jusqu’à ce que la poitrine de sa compagne soit à demi immergée. Ils savourent ainsi ce moment de détente, ensemble, simplement et découvrent qu’elle sait nager.

Au bout d’un moment, elle ne peut s’empêcher de chahuter comme une enfant et éclabousse son compagnon. Ce dernier finit par menacer de la faire couler alors qu’elle tente la fuite tout en riant. Elle le défie de l’attraper en même temps qu’elle lui envoie une nouvelle salve d’eau, même si elle sait très bien qu’elle n’a aucune chance face à lui. Il la rattrape en quelques secondes et se saisit d’elle en la prenant par la taille. Pour l’empêcher de mettre sa menace à exécution, Érélah passe ses bras autour du cou de Shaun et ses jambes autour de sa taille, puis le nargue gentiment en l’invitant à tenter de s’exécuter désormais. Bon joueur, il renonce à appliquer sa mise en garde avec un sourire taquin et lui concède gentiment la victoire.

Sa dulcinée profite de cette occasion, rit de bon cœur, sourit et oublie un peu sa tristesse, ce qui lui permet d’effacer légèrement la sienne, bien heureux de la voir se divertir ainsi. Cette dernière finit par l’observer tendrement alors que son visage se trouve à quelques centimètres du sien. Il ne peut s’empêcher de la regarder affectueusement à son tour, alors que le désir de sceller ses lèvres aux siennes l’envahit instantanément. Il se contient tout en tentant d’en laisser transparaître le moins possible. Il refuse de lui faire courir le moindre risque en se laissant aller. La dernière fois qu’il a succombé, le sceau est apparu sur l’épaule d’Érélah. N’étant pas en mesure de déterminer ce que cela pourrait déclencher désormais, il fait le choix de la prudence et préfère ne pas s’abandonner à son envie pour la protéger.

Ils profitent, encore un instant, de ce doux moment de baignade, puis décident de remonter en direction de la maison, tranquillement. La journée se finit ainsi sur une note légèrement moins triste.

 

[Partie II]

Petit à petit, au fil des jours, ils reprennent le cours de leur vie. Shaun est bien évidemment aux côtés de son ange, déterminé à la soutenir. Il s’évertue à ne pas dévoiler ses envies et s’efforce de les contenir : il refuse de la mettre en danger, ni même la tenter. Ensemble, ils continuent régulièrement les exercices pour qu’elle reprenne le contrôle de son corps. Cette dernière récupère progressivement sa mobilité. À aucun moment elle ne se décourage malgré toutes les difficultés auxquelles elle fait face.

Une nouvelle journée se termine. Ils sont tous les deux à la maison : son compagnon met le repas à mijoter alors qu’Érélah le rejoint doucement dans la cuisine. Il l’observe tendrement avancer dans sa direction, heureux des progrès qu’elle fait. Il arbore un léger sourire qu’elle lui rend. Alors qu’elle initie son pas, soudainement, son visage blanchit, puis elle s’effondre à terre, brusquement. Shaun n’a pas le temps de réagir et de la rejoindre. Son corps atterrit dans un bruit sourd lorsqu’il heurte violemment le sol. Elle a été incapable de retenir sa chute et n’a réussi qu’à tourner la tête pour ne pas prendre le parquet en plein visage. Elle est immobile et ne peut plus bouger. Cette dernière est allongée sur le ventre, sa joue contre le sol, ses cheveux sont étalés sur son dos, son visage et ses bras. Ses mains ont fini à proximité de sa figure qu’elle a tenté, instinctivement, de protéger dans sa chute.

Shaun se précipite vers sa compagne tout en prononçant son prénom avec inquiétude, puis se met à genoux, à ses côtés, pour s’enquérir de son état. La panique se lit sur le visage d’Érélah au moment où il la rejoint et qu’il écarte délicatement ses cheveux pour dégager sa figure. Il ne montre pas la sienne pour ne pas l’inquiéter davantage.

— Je… j’peux plus… bouger… lui dit-elle, avec difficulté, dans un murmure tremblant.

Il caresse sa joue tout en essayant de garder son calme. Il ne doit pas paniquer et rester rassurant s’il veut pouvoir la guider. S’il perd pied, lui aussi, cela ne fera qu’empirer l’état de sa bien-aimée, il le sait et s’efforce, donc, de garder les idées claires.

— Calme-toi, mon ange, lui susurre-t-il tout en maintenant son tendre contact.

Une larme perle au bord de son œil, puis coule lentement en suivant la courbe délicate de son nez.

— Respire doucement. Je sais, c’est effrayant, mais tu dois garder ton calme. Je suis là, poursuit-il d’une voix à peine plus forte qu’un chuchotement, afin de tout faire pour la rassurer.

Elle plonge son regard empli de détresse dans le sien qui exprime inquiétude et compassion.

— Je… je sens plus rien… lui avoue-t-elle fébrilement.

 Elle remue difficilement sa main pour l’emmener en direction de celle de son amant. Ce dernier s’en aperçoit et glisse immédiatement la sienne sous celle d’Érélah. Elle s’en saisit aussitôt pour acquérir son contact rassurant.

— Ça va aller, mon ange. Je suis là… Je reste près de toi, poursuit-il tout en caressant sa joue pour maintenir son calme.

L’étreinte de la main de sa bien-aimée sur la sienne s’accentue en même temps qu’une grimace déforme son doux visage. Elle appuie son front contre le sol, serre les dents et laisse sortir un grognement.

— Érélah ! Que se passe-t-il ? demande-t-il, voyant bien l’état de sa compagne se détériorer.

— Ça… argh… revient… peine-t-elle à dire entre deux grognements.

— Les sensations, tu les retrouves… murmure-t-il tout en essayant de comprendre.

— Ma… argh… colonne… essaie-t-elle de lui expliquer entre deux sursauts de douleur. J’ai… argh…  m… AAAHHH…

Elle ne finit pas sa phrase. La souffrance lui arrache un terrible cri.

— Ta colonne… Tu as mal à la base de la colonne, finit-il par déclarer.

Érélah n’est capable de lui répondre qu’en effectuant un léger hochement de tête, puis laisse de nouveau sortir un grognement de douleur, alors que son visage continue à se déformer sous le coup du supplice qu’elle subit.

— Je vais chercher ce qu’il faut pour te soulager…

Elle desserre sa prise afin de libérer son bienfaiteur. Ce dernier se lève et part en direction des baumes et potions qu’il possède.

Par chance, il a toujours un peu de tout d’avance et ramène un baume antalgique alors que la douleur arrache de nouveau un cri à son ange.

— Tiens bon. J’arrive, lui dit Shaun.

 Il la voit serrer ses poings, mais également contracter le moindre de ses muscles suite au calvaire qu’elle vit. Il se positionne à genou au-dessus d’elle, tout en lui expliquant ce qu’il va faire, puis remonte son vêtement afin de découvrir ses reins. Il prend du baume et le passe avec délicatesse sur le bas de son dos qu’il commence à masser, puis poursuit le long de sa colonne.

— Ça devrait te soulager rapidement, lui expose-t-il pour la rassurer un maximum.

En même temps qu’il prononce ces quelques mots, il poursuit précautionneusement les massages sans lésiner sur la quantité de baume. Progressivement, il sent les muscles de sa jolie battante se détendre, ses grognements diminuent, et elle commence à desserrer ses poings. Le baume est efficace. Au moment où Érélah laisse sortir un énorme soupir d’apaisement, il souffle de soulagement lui aussi. Une légère douleur est encore présente, accompagnée de nombreux fourmillements dans ses jambes, mais c’est de nouveau supportable.

— Merci… finit-elle par dire, dans un murmure fébrile et à peine audible.

— Je t’en prie, mon ange, voyons… je n’allais pas te regarder souffrir sans rien faire… lui avoue-t-il, encore sous le coup du stress.

— Je sais… mais… ça soulage tellement… lui affirme-t-elle avec reconnaissance.

Shaun est incapable de déclarer quoi que ce soit en réponse à ces derniers mots. Il continue de la masser tout en maintenant son regard tendre sur elle. Cette dernière l’observe du coin de l’œil et laisse un léger sourire se dessiner sur son visage.

— Encore un truc magique, finit-elle par rétorquer avec une petite pointe d’ironie.

— Bien évidemment, lui répond-il.

Il laisse sortir un très léger rire à la fin de sa phrase, soulagé, malgré tout, de la voir garder son humour. Il stoppe les massages, abaisse le haut de sa dulcinée, puis quitte sa position et s’installe de nouveau à ses côtés. Il pose délicatement sa main sur sa joue, la caresse avec son pouce tout en arborant un léger sourire. Une fois de plus, il s’enquiert, avec finesse, de son état, inquiet de ce qu’elle vient de subir. Tout s’est déroulé si vite, qu’il n’a pas eu le temps de prendre réellement la mesure de ce qu’il s’est passé.

Une très légère douleur est encore présente avec quelques fourmillements, mais rien d’insupportable. Shaun lui propose donc d’essayer de bouger avec précaution : Érélah se relève progressivement en s’appuyant sur ses coudes, puis débute, avec son aide, ses mouvements pour se mettre en position assise. Elle finit contre lui, harassée par ce qu’elle vient de vivre. Il se rend compte de l’état d’épuisement dans lequel elle se trouve : son visage est marqué par la fatigue, ses traits sont tirés, son teint est pâle et ses yeux n’ont de cesse de se fermer malgré sa volonté de les garder ouverts. Il l’emporte donc, avec la plus grande délicatesse, en direction de la chambre, puis l’installe confortablement dans le lit où elle s’endort quasi instantanément.

Le lendemain, malgré une bonne nuit de repos, Érélah affiche encore une importante fatigue suite à l’incident de la veille : des cernes sont présents sous ses yeux, ses traits sont marqués et son teint est terne. Ils essaient tout de même d’analyser, ensemble, ce qui a pu lui arriver. Elle s’efforce de lui décrire ce qu’elle a vécu, même s’il n’y a pas grand-chose à dire : son corps s’est mis sur arrêt, d’un seul coup, sans aucune alerte préalable. Plus rien ne répondait, absence totale d’énergie, plus aucune sensation au niveau de ses jambes. Elle ne les ressentait plus, sans compter qu’elle pouvait à peine bouger le haut de son corps. Elle s’est ainsi effondrée lourdement au sol, sans pouvoir se retenir. Elle n’a même pas eu le temps de mettre ses mains en protection pour son visage. Puis, d’un seul coup, tout est revenu avec une intense douleur, une souffrance indescriptible.

Shaun, malgré ses bonnes connaissances en alchimie médicinale, ne peut pas déterminer la cause de ce dysfonctionnement. Il prévient donc sa bien-aimée qu’il ne pourra agir que sur la douleur et la soulager si cela se reproduit. Ainsi, il fait le choix de la prévoyance, en se préparant au fait que cela puisse se réitérer.

Quelques jours plus tard, il choisit d’initier Érélah à la méditation, dans l’espoir de l’aider à récupérer. Malgré le repos important qu’elle a pris depuis sa crise de paralysie, la fatigue découlant de l’incident est encore présente et perdure dans le temps. Au bout de deux séances, il se rend compte que sa compagne est réceptive à l’énergie naturelle. Cette capacité pourrait probablement lui ouvrir la voie vers la maîtrise de certaines facultés. Mais, pour le moment, Shaun ne souhaite pas explorer cette possibilité, compte-tenu de son état, et se concentre donc sur la méditation, la récupération et la guérison, déterminé à la soutenir et à prendre soin de son ange.

 

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-6- Rencontres

 

[Partie I]

Les deux amants réalisent une séance de méditation. C’est de plus en plus aisé pour Érélah d’entrer en communion avec la nature. Spontanément, elle parvient à harmoniser son énergie avec celle de son environnement. Le beau temps est au rendez-vous, ils réalisent donc l’exercice en extérieur, sous les arbres où ils pique-niquent régulièrement. Une fois terminé, elle demande à son compagnon s’il n’a rien d’impératif afin de profiter, encore un moment, de cette belle journée et du soleil, en sa compagnie.

Ils s’installent donc contre l’un des arbres : Shaun s’y adosse alors que sa dulcinée se blottit au creux de ses bras, son dos calé contre son torse. Elle profite de la douce chaleur du soleil sur sa peau, en toute simplicité. Son compagnon l’enlace délicatement, puis dépose ses mains sur son ventre. Elle laisse les siennes glisser sensuellement sur les bras de ce dernier qui est instantanément parcouru de frissons alors qu’elle stoppe son mouvement lorsque ses membres supérieurs atteignent les siens, afin de le garder près d’elle.

Érélah ferme les yeux pour décupler ses autres sens et mieux ressentir cet instant : la peau de Shaun contre la sienne, son odeur rassurante, son aura apaisante, mais aussi, son souffle délicat qui vient chatouiller sa joue et son cou, alors qu’il tourne la tête vers elle pour l’observer tendrement, en arborant un petit sourire sincère.

— Tu es bien installée, mon ange ? lui demande-t-il affectueusement.

Les lèvres de sa bien-aimée s’étendent délicatement sous l’influence du bonheur.

— Oui, lui murmure-t-elle. Merci. C’est vraiment apaisant, j’adore.

Shaun maintient son étreinte sur elle alors que son sourire s’agrandit légèrement. Il cale son visage contre sa tempe, puis ferme les yeux à son tour, pour profiter de cet instant simple, mais magique, ainsi que du délicat parfum de sa dulcinée. Malgré tout ce qu’ils traversent, il apprécie toujours autant de l’avoir près de lui. Elle a un côté apaisant pour lui aussi. Les deux amants restent ainsi, l’un contre l’autre, profitant de la douce chaleur du soleil de l’après-midi sur leurs peaux.

Érélah finit par laisser sortir un léger soupir, mélange de soulagement et de questionnement : apaisement et réflexion s’affrontent souvent en son for intérieur. Elle apprécie énormément la paix et la sérénité que lui apporte Shaun, mais se pose tout de même beaucoup de questions sur ce qu’elle ressent, sur le sceau et ses interdits, sur ce qu’elle est, sur son passé… Il sent bien que le cerveau de sa bien-aimée commence à réfléchir alors que son cœur aspire à profiter de l’instant présent.

— Qu’est-ce qui te tracasse, mon ange ? se résout-il à lui demander dans un tendre chuchotement.

Il rouvre les yeux pour l’observer de nouveau.

— Désolée… Je n’voulais pas gâcher ce moment, s’excuse-t-elle.

— Tu ne gâches rien, voyons. On est bien installé. Je t’ai dans mes bras, lui répond-il avec un brin d’humour dans le ton de sa voix.

Cette intervention arrive à faire sourire timidement Érélah, malgré tout.

— Tout cela va peut-être te paraître bizarre. Mais, cette tranquillité, cette paix que nous avons ici… j’ai l’impression de la retrouver, enfin. Comme si je l’avais perdue, comme si on me l’avait enlevée… Je n’sais pas trop comment l’expliquer, mais… j’ai l’impression qu’on m’avait arraché à ma vie paisible et que, désormais, je la retrouve avec toi, ici… Crois-tu que ce soit possible ? finit-elle par déclarer.

— Tout est possible, mon ange, malheureusement… D’expérience, j’ai appris qu’avec la cupidité et la soif de pouvoir de certains individus, rien n’est impossible… Certains font du mal avec une telle facilité… lui dévoile Shaun avec émotion alors qu’Érélah resserre son étreinte sur ses bras.

— C’est pour cette raison que tu es venu vivre ici… finit-elle par dire entre affirmation et questionnement.

— En partie, oui, lui répond-il.

Elle plonge son regard dans le sien et y voit beaucoup d’émotions, mais surtout beaucoup de tristesse.

— Au moins, ici, nous sommes loin de leur méchanceté, complète-t-elle tout en comprenant que son amant est particulièrement affecté par ce sujet.

Elle réalise aussi qu’il n’est pas prêt pour en dire plus. Elle se doute que son partenaire ne dévoilera pas si facilement son existence antérieure, mais aussi qu’une histoire particulièrement lourde se cache derrière ce silence. Son passé lui appartient, elle ne se voit pas lui demander quelque chose qu’elle ne peut elle-même lui donner. Érélah vient déposer avec douceur son visage dans le cou de Shaun, tout en lui murmurant un doux “merci” alors que ce dernier resserre affectueusement son étreinte sur elle.

Ils restent ainsi pendant quelques instants, puis rentrent. La fatigue ne se voit presque plus sur le visage de sa bien-aimée, mais Shaun préfère s’assurer que les séances de méditation portent leur fruit et qu’elle récupère comme il se doit. Elle lui confirme qu’elle n’a pas encore totalement recouvré son état habituel, mais qu’elle se sent mieux désormais. Par sécurité, il préfère prévoir un repas riche en vitamines pour ce soir et demain, et va donc récupérer quelques denrées pour compléter ce qu’il avait prévu. Il le lui signifie, puis prend la direction de la porte.

— Shaun, attends, l’interpelle-t-elle avant qu’il parte.

— Oui. Qu’y a-t-il ? lui demande-t-il avec douceur.

— Je voudrais orienter ma lecture. Est-ce que tu peux me dire les peuples qui vivent à proximité, s’il-te-plaît ?

— Bien sûr. Je te conseille de t’intéresser aux fées des végétaux, aux dryades, mais aussi aux leprechauns et korrigans. On peut également croiser quelques satyres. Voilà, c’est les principales espèces que je côtoie, plus ou moins régulièrement. Tu vas arriver à tout retenir ? finit-il par lui demander avec taquinerie.

Elle lui répond en lui tirant la langue avec un petit sourire dessiné sur le visage.

— Je suis amnésique, pas sénile, lui rétorque-t-elle avec ironie, tout en riant légèrement.

Elle s’installe confortablement dans le coin bibliothèque, sur les coussins de sol et dépose le livre sur la petite table basse à proximité alors que le sourire de Shaun s’agrandit.

— Ah si, tu peux aussi regarder les lutins. On ne les voit quasiment jamais, du coup j’ai failli les oublier, lui dit-il en mettant une bonne dose d’ironie dans sa voix sur le mot « oublier » alors qu’il est prêt à partir.

— Failli oublier… hein… ne peut s’empêcher de répondre Érélah.

Elle affiche un petit sourire en coin et un brin de défi au fond des yeux qu’elle plisse légèrement. Voyant cela, Shaun ne peut que relever le challenge offert et se dirige donc vers sa bien-aimée au lieu de sortir. Il l’observe avec un soupçon de malice et d’envie dans les yeux. Il se penche délicatement vers elle, tout en maintenant le contact visuel. Cette dernière rougit légèrement suite à la façon dont il la regarde alors qu’il s’approche d’elle. Satisfait de la réaction provoquée, il dépose un tendre baiser sur la tempe de son ange, puis lui murmure sensuellement un “à tout à l’heure” mielleux, tout en affichant un petit sourire victorieux. Elle l’observe partir alors que ses lèvres s’étendent avec sincérité. Elle s’est laissée emporter par le regard de son compagnon et est totalement sous le charme.

Durant l’absence de Shaun, elle se plonge dans la lecture du livre et s’intéresse aux peuples qu’il lui a suggérés, jusqu’à ce qu’un bruit de pas se fasse entendre à l’extérieur. Pensant qu’il est de retour, elle se lève et part en direction de la fenêtre qui est ouverte. Elle s’appuie sur le rebord et dirige son attention vers le léger stimulus sonore qu’elle perçoit. À sa grande surprise, ce n’est pas son compagnon qui rentre à la maison, mais un loup qui s’est introduit dans la clairière, et pas un avorton en prime… Elle contient de justesse un petit cri de surprise, mais c’est peine perdue, l’animal a détecté sa présence.

Il la fixe. C’est un regard intense et mystérieux que le prédateur pose sur elle. Lorsqu’Érélah croise ses pupilles couleurs pierre de lune, elle est immédiatement happée par ses yeux magnifiques et hypnotisants. Elle se laisse emporter et observe ce gigantesque loup avec fascination. Il est bien plus grand qu’un individu classique, au moins trois fois la taille, ses poils sont plus longs et foncés avec des reflets noirs bleutés envoûtants.

Étrangement, Érélah n’a pas peur. Les yeux de ce mystérieux loup ne sont pas menaçants : il la contemple avec curiosité. Elle découvre un être au cœur empli de liberté, de fidélité et de sagesse. Le canidé maintient son regard sur elle, comme s’il cherchait à sonder l’âme de la créature qui se tient en face de lui. Finalement, la jolie battante finit par chuchoter un nom sans s’en apercevoir : « Modik », alors qu’elle est totalement sous l’emprise hypnotique de ce magnifique individu qui demeure, majestueusement, devant elle. Il finit par détourner délicatement son regard, comme s’il avait obtenu ce qu’il voulait, puis repart fièrement en direction de la forêt. Elle reste légèrement pantoise à la fenêtre suite à l’expérience qu’elle vient de vivre avec cette somptueuse créature. À l’arrivée, un petit sourire s’affiche sur son visage.

Érélah s’apprête à replonger dans sa lecture quand Shaun revient. Elle referme le livre avant de lever les yeux vers lui.

— Alors, tu as bien avancé ? la questionne-t-il.

— J’ai quasiment tout fait, sauf les lutins. Oh, je suis tombée aussi sur les Ents, y en a par ici ? lui demande-t-elle.

— Sûrement, mais je n’ai pas eu le plaisir d’en rencontrer. Ils sont assez discrets, sans compter que je reste entre la clairière et le domaine des fées des végétaux. Je ne pense pas qu’il y en ait dans ce secteur, lui dévoile-t-il. D’ailleurs, j’espère bien pouvoir t’emmener quand tu auras suffisamment récupéré. Je suis sûr que le territoire des fées te plaira.

— J’ai hâte ! Si je comprends bien, tu évolues dans un territoire bien précis, conclut-elle.

— Oui, en effet. C’est similaire au principe de territorialité des prédateurs. Je ne vais pas sur leur territoire et ils ne s’aventurent que peu sur celui où j’évolue. Souvent, c’est juste pour le traverser, lui dévoile-t-il.

— Tu as donc réussi à trouver un équilibre, même avec les animaux, commente-t-elle avec émerveillement.

— Oui, lui répond-il avec un petit sourire sincère.

— Est-ce qu’il peut arriver que des prédateurs s’aventurent dans la clairière ? finit par demander Érélah.

— Normalement, non. Parfois, un jeune téméraire vient jeter un coup d’œil, mais c’est tout. Pourquoi ? Tu as vu quelque chose ? lui demande Shaun qui s’inquiète de sa question.

— Eh bien, un énorme loup est venu… mais, il n’est resté qu’un instant, puis il est reparti après m’avoir observée à la fenêtre…

— Un loup ? Énorme ? Quelle taille ? la questionne-t-il entre préoccupation et étonnement.

— Trois fois plus grand qu’un loup classique, au moins, je dirai, lui avoue-t-elle, timidement, sentant l’anxiété de son partenaire.

— Impossible… murmure-t-il à moitié perdu dans ses pensées.

— Mais, il n’était pas menaçant. Il m’a juste fixée un instant, puis est reparti dans la forêt. Il n’a rien fait, lui dévoile-t-elle. Qu’est-ce que c’était comme loup ?

— Je pense que c’était probablement un loup de Fenrir. Je ne vois que cette possibilité… Mais, ce n’est pas leur domaine… Normalement, ils sont à plusieurs dizaines, voire plus d’une centaine de lieues d’ici, dans la forêt très profonde, vers le lac Gilverse, à proximité de la montagne de Fengsal. Ils ne s’aventurent que rarement en dehors de leurs terres. Ils ont tellement été traqués à une époque, qu’ils ont fini par s’enfoncer dans les profondeurs de la nature afin de s’éloigner de ceux qui sont incapables de les comprendre, finit-il par lui dévoiler, particulièrement intrigué par ce que vient de lui révéler son ange.

— Si je te dis qu’il semblait satisfait de ce qu’il a découvert avant de partir, tu trouverais cela bizarre… finit-elle par chuchoter timidement.

— Que veux-tu dire…. murmure son partenaire dans un mélange de surprise et de préoccupation.

Érélah, légèrement nerveuse à l’idée de raconter une telle expérience, triture ses doigts tout en hésitant à se lancer.

— Il m’a fixée un bon moment, les yeux dans les yeux, mais il n’a jamais été agressif. Je l’ai ressenti plutôt… en quête de quelque chose. Je… Je n’sais pas comment j’ai compris tout cela… Je le sais, c’est tout… Mais, Modik… Oui, c’est son nom. Modik a plongé son regard dans le mien, comme s’il… s’il voulait savoir qui j’étais au fond et me laisser voir qui il était, lui aussi… Et puis, il est parti. Si c’est possible, je dirai même qu’il est parti en souriant légèrement. Enfin, c’est l’impression que j’en ai eu. Comme s’il était satisfait de ce qu’il avait découvert… finit-elle par lui dévoiler, légèrement fébrile.

Shaun n’est pas capable de répondre quoi que ce soit à ce qu’elle vient de lui dire. En même temps, comment réagir à une telle révélation… Un loup de Fenrir qui vient dans la clairière pour observer sa compagne et lui “dévoiler” son nom, pour finalement repartir le sourire aux lèvres après avoir obtenu ce qu’il voulait. C’est plutôt cocasse, même presque risible : il en rirait bien, s’il n’avait pas peur de vexer son ange qui semble déjà mal à l’aise de raconter cela. En définitive, il dépose un tendre baiser sur sa tempe, tout en affichant un petit sourire.

— Ce n’est pas habituel qu’il vienne par ici. Après, te confirmer ou non ce que tu as ressenti, j’en suis incapable. Par contre, je préfère que tu restes prudente si un nouveau prédateur vient dans la clairière, et surtout préviens-moi, d’accord ? lui dit-il.

— Promis, lui répond-elle.

 

[Partie II]

Au fil des jours, Érélah récupère et commence à se déplacer de mieux en mieux, sur des distances beaucoup plus longues. Même si elle doit encore marcher doucement, ses jambes recouvrent progressivement force, muscles et endurance. Pour le moment, aucun nouvel incident n’est venu perturber son évolution, mais, malgré tout, Shaun s’est fait une bonne réserve de baume antalgique, dont certains bien dosés.

D’un point de vue méditation, la jeune femme fait de gros progrès également, puisqu’elle arrive à ressentir les auras à proximité, même s’il faut qu’elle se concentre bien pour cela. Elle amorce subtilement la mise en résonance de son énergie avec celle de la nature. Elle n’en dispose, pour le moment, pas d’une grande quantité, mais elle est tout de même suffisante pour établir une faible connexion.

Shaun lui propose donc une petite balade en forêt comme détente aujourd’hui, au plus grand plaisir de sa dulcinée qui espère pouvoir rencontrer certains peuples habitant cette magnifique étendue sauvage. Il l’emmène tranquillement se promener, en passant par des chemins qu’elle peut pratiquer sans difficulté. Ils s’enfoncent doucement dans la forêt. Son compagnon la guide : il connaît parfaitement ces lieux, il y vit depuis plusieurs années et sait où se délimite le territoire dans lequel il peut circuler librement. Il lui explique où sont les zones à éviter, celles vers lesquelles elle ne doit jamais s’aventurer : certains prédateurs dangereux y vivent. Shaun l’a découvert à ses dépens parfois, ce qui explique une partie de ses cicatrices.

Finalement, ils poursuivent jusqu’à une zone où se trouve une clairière possédant un énorme hêtre. Ce dernier semble très vieux puisqu’il possède un large tronc. L’énergie de cet endroit est apaisante, reposante et ressourçante. Elle est différente du reste de la forêt, tout comme la végétation qui y est présente. Un petit ruisseau traverse cette éclaircie, poursuit son écoulement en direction de l’énorme arbre, pour finalement circuler au pied de celui-ci. Une herbe bien fournie, parsemée de splendides fleurs offrant un nuancier de magnifiques couleurs, tapisse l’étendue. Répartis de-ci de-là, de superbes buissons de fleurs et plantes y poussent. Une quantité incroyable de papillons aux couleurs de l’arc-en-ciel y évoluent. Une multitude d’abeilles, de colibris dorés, de libellules et autres merveilleuses petites créatures virevoltent autour des fourrés fleuris et butinent.

Plusieurs petits animaux sont également présents et ne semblent pas effrayés par leur présence, au plus grand étonnement d’Érélah qui savoure ce spectacle grandiose avec une émotion non dissimulée.

— Où sommes-nous ? demande-t-elle dans un murmure entre questionnement et émerveillement.

— Nous sommes dans le territoire des fées des végétaux, lui dévoile Shaun avec un petit sourire en coin, tout en observant l’émerveillement sur le visage de sa dulcinée.

— Le domaine des fées… c’est magnifique… chuchote-t-elle.

Elle le fait sans même s’apercevoir qu’elle pense à voix haute, au plus grand plaisir de son partenaire, qui ne se lasse jamais de voir cette expression de fascination s’afficher sur son visage.

— Bonjour, mon vieil ami. Je vois que tu t’es enfin décidé à me la présenter, dit sur un ton amusé la petite fée.

Cette dernière se tient juste devant eux, en vol stationnaire au niveau du visage de Shaun et arbore un sourire en coin à son attention.

— Bonjour, Alvina. Je vois que tu aimes toujours taquiner, lui répond-il, bon joueur.

Érélah regarde, admirative, la créature volante. Elle trouve son énergie agréable, mais également grande compte-tenu de sa petite taille, puisqu’elle doit faire une vingtaine de centimètres. Elle a une apparence humaine. Son teint est clair. Elle arbore un joli visage aux traits fins et doux. De longs cheveux lisses, de couleur marron-gris très clair, viennent délicieusement l’agrémenter. Elle possède également six magnifiques ailes aux reflets de diverses couleurs. Enfin, elle porte un petit haut et une jupe à l’image de la forêt, verts et marrons.

— Bonjour, jolie Érélah. Je me nomme Alvina et je suis ravie de pouvoir enfin te rencontrer, lui dit la petite fée avec un joli sourire, alors qu’elle se décale pour lui faire face.

— Bonjour, Alvina. Je suis enchantée moi aussi de te rencontrer et te remercie de m’accueillir dans ce magnifique domaine, lui répond-elle, émerveillée.

— Je t’en prie. Saches que tu seras, tout comme ton compagnon, toujours la bienvenue ici, lui dévoile Alvina. Fais comme chez toi.

À la fin de sa phrase, la jeune fée s’écarte de devant Érélah tout en tendant son bras pour l’inciter à avancer à la découverte du domaine. Elle sonde le regard de Shaun qui fait un petit hochement de tête, tout en arborant un doux sourire. Il glisse sa main sur ses reins pour l’inciter à poursuivre la marche. Elle avance doucement pour profiter du magnifique spectacle qui s’offre à elle. Alvina vole à ses côtés et remarque qu’elle ne se déplace pas encore normalement, mais reste impressionnée par ses progrès.

— Tu dois être une sacrée battante, lui dit la jolie créature féérique, au plus grand étonnement d’Érélah.

Cette dernière ne peut masquer sa surprise, ce qui fait sourire son compagnon, puis Alvina reprend la parole.

— Lorsque Shaun nous a demandé de l’aide pour te fabriquer des vêtements, tu étais encore inconsciente. Et, lorsqu’il les a récupérés, tu venais juste de te réveiller et tu ne pouvais pas te déplacer. En moins d’un cycle de Séléné[3], non seulement tu marches, mais tu as été capable de venir jusqu’ici. Permets-moi donc de te féliciter.

— M… Merci… balbutie Érélah avec les joues légèrement rosies.

Puis, elle finit par réaliser tout ce que vient de lui dire Alvina et se reprend pour poursuivre.

— Et, permets-moi également de te féliciter. Enfin, de vous féliciter, toi et tous ceux qui ont participé à la confection de ces magnifiques vêtements. Si un jour vous avez besoin, j’espère pouvoir vous aider.

— Ne t’inquiète pas, nous l’avons fait avec plaisir, lui répond Alvina. D’ailleurs, si je peux te voler Shaun un petit moment, j’aurai besoin de ses bras musclés. Mais, promis, je n’en ai pas pour longtemps.

— Tu n’as pas besoin de ma permission, lui répond Érélah en riant.

Son amant dépose un tendre baiser sur sa tempe tout en lui demandant de rester dans la clairière pendant qu’il donne un coup de main.

— Ne t’inquiète pas. Cet endroit est tellement beau et possède une énergie ressourçante. Fais ce que tu as à faire sans te préoccuper. Quant à moi, je vais profiter de la compagnie de toutes ces petites boules de poils et de plumes, lui dit-elle avec un grand sourire sincère.

Sa réponse ne manque pas d’en faire apparaître un sur le visage de son partenaire, ainsi que sur celui de la jeune fée.

Ils partent donc tous les deux. Érélah, quant à elle, s’approche tranquillement du grand hêtre. Elle s’assoit sur un petit rocher à proximité du ruisseau, enlève ses sandales, dépose ses pieds nus dans l’herbe touffue de la clairière et savoure cette atmosphère apaisante.

Plusieurs petits animaux s’approchent d’elle, au début, timidement. La jeune femme leur parle d’une voix douce, tout en leur promettant qu’elle ne leur fera pas de mal. Finalement, Lacky vient s’installer juste à côté d’elle et dépose ses pattes avant sur les cuisses de sa douce maîtresse. Cet acte finit de convaincre un viverrin[4], un peu plus courageux ou curieux que les autres, de venir près d’elle. C’est une magnifique petite boule de poils aussi mignonne que l’écureuil-renard, arborant une fourrure souple et soyeuse qui se colore d’un dégradé de noir au blanc en passant par des nuances de gris. Il possède une tête ronde attendrissante, parée de magnifiques yeux aux pupilles dorées, sur laquelle sont présentes deux jolies petites oreilles pointue. Ce compagnon est plutôt court sur pattes, avec une queue touffue qui lui donne une allure de peluche.

Érélah le laisse sentir ses mains pour le rassurer et lui permettre de donner sa confiance, doucement. Il finit par se tenir à ses côtés. Son choix lui vaut plein de caresses et de gratouilles en récompense, au plus grand bonheur de ce dernier qui la gratifie de petits couinements de joie. Elle ne peut s’empêcher de rire sincèrement tout en lui parlant affectueusement. Toute la petite troupe de lapins, de procyons[5], d’écureuils gris, ainsi que quelques petits batraciens et oiseaux curieux, s’approchent finalement d’elle, au plus grand bonheur de la jeune femme qui profite de ce moment exceptionnel, empli de sincérité et savoure cette bonne compagnie.

Au bout d’un moment, ils finissent par retourner à leurs occupations. Érélah en profite donc pour regarder tout autour d’elle et observer ses compagnons gambader, les oiseaux voler, les grenouilles sauter, les poissons nager… Son regard, préalablement focalisé sur la vie du ruisseau, remonte vers le grand hêtre lorsqu’elle aperçoit quatre sabots se trouvant sur l’herbe, de l’autre côté, à proximité de l’arbre. Ses iris remontent le long des pattes, recouvertes d’un pelage blanc, pour découvrir l’animal qui lui fait face. Lorsque ses yeux lui révèlent cet être, elle n’en revient pas et en reste bouche bée. C’est le grand cerf blanc, Sylvan, qui se tient face à elle, majestueux et fier. Il l’observe avec bienveillance. Elle ne peut cacher son émerveillement devant l’esprit de la forêt, cet être de légende. Elle se lève délicatement de son rocher, se tourne face à lui et s’incline légèrement pour le saluer avec respect.

Une fois relevée, elle l’observe de nouveau. Il plonge son regard dans celui d’Érélah et fait un pas vers elle. Fascinée, cette dernière ne peut s’empêcher d’avancer doucement à sa rencontre. Ses yeux oscillent entre le grand cerf et le ruisseau dans lequel elle dépose avec délicatesse ses pieds nus afin de poursuivre son avancée vers lui. L’esprit de la forêt fait de nouveau un pas vers elle alors que celle-ci se trouve désormais sur l’autre berge. Elle l’observe avec émerveillement et profond respect. Il la contemple avec bienveillance.

Érélah ne peut s’empêcher d’approcher lentement sa main de son museau. Sylvan cligne délicatement des yeux et souffle par les naseaux. Elle finit par poser ses doigts, puis sa paume sur la tête de l’animal, et la caresse avec légèreté tout en souriant. Le grand cerf ferme et ouvre ses paupières au rythme de son doux effleurement alors qu’elle le contemple avec émotion et respect. L’esprit de la forêt fait osciller subtilement sa tête. La jeune femme ne peut s’empêcher d’approcher un peu plus de lui et finit par poser, précautionneusement, son front contre celui du cervidé tout en fermant les yeux et en caressant ses joues.

Cet instant magique pour elle, l’est aussi pour ceux qui regardent la scène, un peu plus loin. Ils n’en reviennent pas, mais ne ratent pas une miette pour autant et contemplent ce spectacle, immobiles et silencieux. En effet, Shaun, Alvina et ses compagnons, qui s’apprêtaient à rejoindre Érélah, observent ébahis, sans oser bouger, ce tableau qu’ils n’auraient jamais cru possible un jour.

Finalement, la jeune femme s’écarte avec douceur du grand cerf blanc tout en le regardant, profondément émue et troublée, puis ce dernier s’incline majestueusement devant elle pour lui signifier sa bénédiction. L’esprit de la forêt reporte son attention vers le groupe qui les observe, puis plonge son regard dans celui de Shaun et fait un petit signe de tête, comme s’il le remerciait d’avoir pris soin d’elle. Il n’en revient pas. Jamais il n’aurait cru avoir un tel honneur, et répond, à son tour, avec un léger signe de tête, tout en regardant Sylvan avec respect. Cette considération que lui a offert cet être de légende, ne fait que le conforter encore plus dans la résolution qu’il a prise quelque temps auparavant : prendre soin de son ange et rester à ses côtés quoi qu’il advienne.

Érélah observe également cet échange avec émotion, puis le grand cerf blanc la regarde une dernière fois et repart en direction de la forêt. Elle reste immobile et le contemple regagner majestueusement son domaine, profondément émue et touchée par ce qu’elle vient de vivre. Ses amis reprennent leur marche pour la rejoindre, encore ébahis de la scène à laquelle ils viennent d’assister.

— Mais qui est-elle donc… finit par chuchoter Alvina, qui se pose beaucoup de questions après ce qu’elle vient de voir.

Shaun n’a pas de réponse à cette interrogation et l’observe tendrement avec un petit sourire dessiné sur le visage. Il se pose cette question lui aussi. Malgré tout, cet événement lui permet d’entrevoir partiellement les raisons pour lesquelles Lacky s’est attaché si vite à elle, mais aussi pourquoi il ne peut s’empêcher de veiller sur elle. Il ne s’explique toujours pas cette attirance mystérieuse qu’il éprouve à son égard depuis le premier jour. Mais, il commence à appréhender la mesure de certains propos que la mage a tenus, même s’il ne comprend pas encore tout. Cela le dépasse probablement.

Ce que Sylvan vient de faire avec elle n’a jamais été observé de mémoire d’êtres vivants et n’est pas conté dans les livres, pas même dans les vieux manuscrits. Il y aurait peut-être une ou deux légendes des temps anciens dans les peuples les plus ancestraux, qui racontent quelque chose de similaire, mais ce n’est même pas certain.

Ils rejoignent Érélah qui s’aperçoit que d’autres créatures se sont jointes à Shaun et Alvina : une fée, deux leprechauns et deux korrigans. Elle ne peut s’empêcher de sourire en les voyant et traverse de nouveau le ruisseau pour venir à leur rencontre. Son compagnon s’approche d’elle et lui tend sa main qu’elle s’empresse de saisir. Elle vient se blottir contre lui, ce dernier la regarde avec tendresse en arborant un petit sourire.

Alvina vient également vers elle afin de lui présenter ses amis : Finn et Callum, les leprechauns ; les korrigans, Yaël et Yann, mais aussi sa jeune sœur Layla.

Les yeux d’Érélah s’attardent d’abord sur ces messieurs, d’une taille relativement faible, puisque les korrigans mesurent un peu plus d’un pied et demi, et les leprechauns presque le double. Ces derniers sont vêtus d’un costume vert, accompagné d’un magnifique haut de forme dans les mêmes tons, sous lequel on devine une jolie chevelure rousse. Leurs vêtements, qui rappellent la couleur de leurs pupilles, se marient magnifiquement bien avec leur visage rond sur lequel est présent un joli sourire, entouré d’une barbe bien fournie dans les mêmes teintes que leurs cheveux.

Quant à leurs confrères plus petits, ils portent un ensemble plus foncé, proche du noir, ainsi qu’un chapeau plat finissant de faire ressortir leurs grandes oreilles légèrement pointues sur lesquelles il repose. Leur peau brunâtre, très fine, est propice à l’apparition de fines ridules déjà présentes. Leur physique, légèrement ingrat, est accentué par la présence de leur nez imposant au milieu du visage. Ils arborent, malgré tout, un petit sourire et des yeux emplis d’espièglerie qui rappellent que, tout comme leurs cousins les leprechauns, ils peuvent être capables d’une grande générosité, mais aussi de cuisantes vengeances.

Son attention se reporte ensuite sur la jolie Layla, qui, en apparence, ressemble légèrement à sa sœur avec ses magnifiques ailes, même si elles sont plus petites et moins colorées, compte-tenu de sa jeunesse. Elle a, par contre, de jolis cheveux courts dans les tons gris clair, tenus par un serre-tête orné de délicates décorations. La jeune créature féérique possède, elle aussi, une tenue à l’image de la nature avec une jupe et un haut marron et vert.

Érélah les salue tous lorsque la jeune fée s’approche d’elle et l’inonde de questions avec un débit soutenu, tellement excitée de la rencontrer et encore plus désireuse d’apprendre à la connaître après l’événement auquel ils ont tous assisté.

— Salut ! D’où viens-tu ? Comment es-tu arrivée ici ? Comment as-tu rencontré Shaun ? De quelle race es-tu ? Quels sont tes pouvoirs ? Que…

— Layla, arrête ! dit Alvina tout en s’interposant. Cela ne se fait pas ! Enfin ! C’est malpoli !

— Ce n’est pas grave, ne t’inquiète pas, se permet de dire Érélah tout en regardant les deux fées avec tendresse.

Elle se décale légèrement pour visualiser de nouveau la jeune sœur de son amie féérique, avant de reprendre la parole.

— Je suis ravie que tu souhaites en apprendre plus sur moi, mais, malheureusement, je ne pourrais pas répondre à toutes tes questions, jolie Layla.

Cette dernière arbore un air déçu suite à la réponse d’Érélah. Constatant cela, la demoiselle s’approche d’elle, puis lui caresse délicatement la joue avec son index tout en lui souriant avec sincérité.

— Ne sois pas trop triste, jolie Layla. Je ne peux pas répondre à toutes tes questions parce que, pour la plupart, je ne connais pas moi-même les réponses, lui avoue-t-elle.

La petite créature féerique l’observe, incrédule, l’espace d’un instant.

— Je ne me souviens de rien de ma vie d’avant, complète-t-elle délicatement.

— Layla, on te l’a expliqué en plus, tu abuses, lui rétorque Alvina.

Cette dernière se retourne vers Érélah avant de reprendre la parole avec un petit air gêné.

— Je suis désolée, ma petite sœur est parfois envahissante et un peu trop… expansive.

— C’est bon. Ce n’est rien, répond-elle en arborant un petit sourire et un regard attentionné envers les deux fées.

— Je suis désolé de vous interrompre… Mais, nous allons devoir reprendre la route pour voyager en toute sécurité, finit par dire Shaun.

— Ne t’inquiète pas Layla, nous reviendrons vous voir. Et, si tu veux, nous pourrons discuter ensemble, lui dit Érélah en voyant l’air triste présent sur le visage de la jeune fée.

Finalement, les deux amants prennent congés de leurs amis féeriques, en leur promettant de leur rendre de nouveau visite bientôt, puis rentrent tranquillement à leur domicile.

 

[3] Séléné est l’astre de la nuit, l’équivalent de notre lune
[4] Le viverrin est un animal qui ressemble à un doux mélange de chien et de raton-laveur
[5] Le procyon est l’autre nom du viverrin

 

[Partie III]

Érélah subit de nouveau un incident. Mais, cette fois-ci, elle est capable de sentir venir la crise quelques secondes avant qu’elle ne se paralyse et chute. Cela lui permet de prévenir Shaun, qui récupère un baume avant de venir la rejoindre dans la pièce d’à côté. Comme la fois précédente, une énorme fatigue s’ensuit pendant plusieurs jours, mais la battante qu’elle est ne se laisse pas décourager. Même si son partenaire se doute que ces paralysies découlent probablement de sa blessure, il ne peut pas déterminer précisément le phénomène à l’origine de ces perturbations et ne peut que continuer à soulager la douleur quand elle revient.

Malgré tout, ce dernier fait le choix de demander audience auprès du Conseil des Anciens qui assiste le roi et la reine des fées. Il sait que leur avis est perspicace, prudent et sage. Il s’est entretenu avec eux à de maintes reprises. Ils ont, bien évidemment, accepté de le recevoir pour écouter sa requête. Il les rejoint dans le petit jardin où ils affectionnent de s’installer pour discuter à la belle saison.

C’est un endroit vraiment féerique où sont harmonisés de charmantes constructions et des parterres fleuris aux multiples couleurs qui ravissent les yeux. L’espace a été agencé avec goût pour offrir une atmosphère apaisante. Un magnifique kiosque hexagonal dans les tons violets, roses et bleus attend quiconque souhaite profiter de cette place. Il suffit de gravir les quelques marches qui mènent à celui-ci pour s’y installer. Il est ouvert entre chaque pilier afin de laisser entrapercevoir, dans toutes les directions, le sublime paysage qui l’entoure. Pour agrémenter ce lieu, une courette se trouve juste à côté, au milieu de laquelle une jolie petite fontaine ronde trône et délivre une délicate chute d’eau perpétuelle. Le subtil chant de celle-ci permet de parfaire cette ambiance exceptionnelle.

Il y retrouve Amlach, son protecteur qui a veillé sur lui durant sa longue et pénible convalescence, mais également Lomion, Othar et Thalion. Il découvre aussi un nouveau visage qu’il connaît peu. Une fée qui doit être légèrement plus jeune que ces messieurs, même s’il est difficile de donner un âge aux fées des végétaux. En effet, une fois arrivées à l’âge adulte, elles vieillissent lentement en apparence.

Shaun ne peut retenir un léger tic de surprise lorsqu’il les rejoint, puis les salue avec respect avant de s’asseoir près d’eux.

— Bonjour, mon petit, lui dit Amlach avec un tendre sourire. Permets-moi de te présenter Kementari, qui fait partie du Conseil désormais. Kementari, je te présente Shaun, un précieux compagnon de nos peuples et de la forêt, qui participe grandement à ce que notre nature soit florissante.

— Enchantée de te rencontrer, jeune ami de la nature, lui déclare Kementari.

Cette dernière le regarde intensément, comme si elle le sondait pour déterminer à qui elle a à faire, alors que Shaun incline légèrement sa tête pour la saluer avec respect.

— Tout l’honneur est pour moi, répond-il.

— Que peut-on faire pour toi, mon jeune ami ? lui demande Thalion avec bienveillance.

— Je vous remercie de me recevoir. Je sais que votre temps est précieux, commence Shaun avec respect.

— Épargne-nous le protocole de politesse, mon enfant. S’il y en a bien un qui peut s’en passer, c’est toi, lui dit Lomion avec un petit sourire sur le visage.

Ces paroles en dessinent un, discret, sur celui des autres, mais aussi chez Shaun.

— Expose-nous ta demande, mon petit, lui dit Amlach avec bienveillance.

Shaun prend donc le temps d’expliquer, le plus précisément possible, ce qui arrive à Érélah. Il leur expose qu’il ne peut déterminer les causes et leur demande donc conseil sur quels soins pourraient l’aider.

— Nous sommes navrés, mais aucun de nos peuples ne peut te prêter assistance sur ce domaine. Nous pouvons, comme toi, soigner beaucoup de blessures et de maladies… Mais, ce que tu nous décris ici, semble bien particulier, lui répond Kementari.

— Ses séquelles résultent sans nul doute de l’attaque qu’elle a subie. Les seuls êtres qui pourraient, éventuellement, faire quelque chose pour déterminer les causes exactes et, peut-être, remédier à son problème, se trouvent parmi les mages, complète Amlach.

— Ce qui signifierait, pour vous… un retour à la civilisation. Sans pour autant avoir la certitude de trouver la bonne personne qui accepterait de lui prodiguer des soins, ajoute Othar avec compassion.

— Peu de mages ou de guérisseurs sont capables de soigner ce type de blessures, complète Thalion avec bienveillance à son tour.

Shaun les écoute avec attention et respect, en silence alors que tout ce qu’ils lui disent se bouscule dans sa tête. Retourner à la civilisation, il ne le fera que s’il n’a vraiment pas d’autre choix.

— Retourner à la civilisation… finit-il par chuchoter, perdu dans ses pensées.

— Qu’est-ce qui te préoccupe tant, mon petit ? finit par demander Amlach.

— Vous connaissez les raisons qui me poussent à ne pas y retourner… finit par dire un peu timidement Shaun.

— Bien évidemment. Nous ne pouvons oublier l’état dans lequel nous t’avons trouvé, lui répond Amlach avec émotion, alors que certains souvenirs remontent.

Shaun l’observe dans un mélange de bouleversement et de reconnaissance. Les peuples de la forêt, et tout particulièrement celui des fées des végétaux, lui ont évité la mort. Il leur doit tellement. Sans compter qu’Amlach est resté à son chevet durant sa longue et pénible convalescence. De plus, cette existence lui convient parfaitement. Il a, enfin, trouvé la paix que tant d’êtres recherchent en vain toute leur vie.

Il garde finalement le silence et se perd dans ses réflexions. C’est tellement difficile de peser le pour et le contre. Il ne peut déterminer quel est le risque pour la vie de sa dulcinée, mais il sait très bien que si les mauvaises personnes viennent à le reconnaître, il la met en danger. Sans compter, le risque qu’on la retrouve également… Les Anciens l’observent avec bienveillance, et comprennent qu’un important dilemme se joue au sein de leur ami.

— Mon enfant… dit Amlach pour le ramener. Nous comprenons le dilemme qui se joue pour toi, mais il n’y a pas que ton sort qui t’inquiète, n’est-ce pas ?

— Eh bien…

Shaun hésite. Peut-il en parler avec eux alors qu’il n’en a même pas discuté avec son ange…

— C’est délicat. Je ne l’ai même pas abordé avec elle… Je… je n’voulais pas l’accabler plus qu’elle ne l’est déjà…

— Tu sais que tu peux nous solliciter autant que de besoin. Nous ne sommes pas là pour te juger, lui rappelle Thalion.

Shaun lui répond avec un petit hochement de tête, et, finalement, se décide à confier ses craintes concernant le passé oublié de sa bien-aimée. Il parle avec eux de son amnésie, de ses cicatrices, de ses cauchemars dont elle n’a aucun souvenir, mais extrêmement perturbants, du sceau inconnu apposé sur son épaule, sans pour autant rentrer dans tous les détails. Malgré tout, il leur expose, tout de même, ses déductions et ses craintes. Les Anciens l’écoutent avec attention et laissent transparaître énormément de compassion durant son récit.

— Vous comprenez, il n’y a pas que ma sécurité en jeu, si ses… détracteurs venaient à savoir qu’elle est en vie… s’ils la retrouvaient… s’ils l’emmenaient de nouveau… je… je ne me le pardonnerais jamais… finit-il par leur avouer avec une émotion non dissimulée dans la voix.

— Nous comprenons mieux maintenant… lui confie Amlach, touché.

— Nous avons discuté aussi de ce qu’il s’est passé avec Sylvan… lui avoue Kementari. Tout ceci nous dépasse probablement. Il faut le reconnaître. Nous ne pouvons pas te dire quoi faire, mais je ne peux que te conseiller de suivre ton cœur. Alors, écoute ce qu’il te susurre.

— Et elle, que souhaite-t-elle ? finit par lui demander Thalion.

Shaun détourne légèrement le regard. Il n’a jamais osé lui demander si elle souhaitait rester vivre ici avec lui ou partir. Au fond de lui, il a peur de la réponse. Alors, il ne demande pas. Il sait que c’est égoïste…

— Tu n’as pas osé lui demander, mon petit, n’est-ce pas ? finit par dire Amlach.

Shaun lui répond timidement d’un mouvement de tête négatif.

— Tu as peur qu’elle ne souhaite pas rester… finit par lui dire Othar alors qu’il reste immobile.

— Qu’est-ce qui te fais penser qu’elle ne souhaiterait pas vivre, ici, avec toi ? demande Thalion à son tour.

Shaun soulève les épaules pour lui signifier qu’il n’en sait rien, avant de, finalement, reprendre la parole.

— Je n’sais pas… Je n’ai jamais vraiment été doué pour ça… finit-il par avouer timidement.

— Peut-être qu’elle attend juste que tu lui proposes de rester… lui suggère Kementari avec un petit sourire.

Shaun la regarde surpris.

— Cela ne t’est pas venu à l’idée… complète-t-elle.

— Non, avoue-t-il dans un murmure à peine audible.

Un petit sourire finit par se dessiner sur son visage alors qu’il se perd dans ses pensées.

— Faut vraiment que j’arrête de faire l’idiot et que je me reprenne, sinon je vais finir par la perdre, pense-t-il à voix haute.

Les Anciens l’observent avec bienveillance et affection, surtout Amlach. Shaun les remercie chaleureusement pour tout, puis prend congé de ses précieux conseillers. Il est temps pour lui de rentrer. Il ne veut pas laisser sa dulcinée seule trop longtemps.

Son plus fidèle ami le raccompagne. Il en profite pour continuer à discuter et lui prodiguer quelques derniers conseils.

— Écoute ton cœur, mon petit. Je sais qu’il est difficile de faire confiance après ce que tu as vécu. Mais, tu es aussi celui qui peut comprendre le mieux sa souffrance et inversement, lui confie Amlach. Vous avez traversé des moments difficiles tous les deux, la vie n’est jamais simple…

— Je sais… mais… murmure Shaun timidement alors qu’il regarde son confident avec émotion.

— Qu’y a-t-il ? Qu’est-ce qui te fait peur ? lui demande finalement Amlach.

Ce dernier voit bien que quelque chose tracasse son petit protégé.

— Je… commence-t-il.

Shaun finit par laisser sortir un soupir.

— C’est difficile à expliquer. Jamais je n’ai ressenti un tel… besoin de prendre soin de quelqu’un… finit-il par avouer, alors que l’être féerique le regarde avec bienveillance.

— Tout se passera bien. C’est quelqu’un de bien, lui dit-il pour le rassurer.

— Tu as raison, mais… tout cela m’effraie… Je n’veux pas la faire souffrir… et je n’veux pas souffrir… finit par lâcher Shaun.

— Laisse les choses se faire d’elles-mêmes, sois patient, mon petit, lui conseille finalement Amlach.

Il lui répond par un sourire timide. Savoir qu’il peut compter sur son vieil ami et parler à cœur ouvert avec lui, sans aucun jugement, le soulage et l’aide énormément. Finalement, il se dit que le conseiller est dans le vrai. À quoi bon se torturer inutilement.

— Allez, va. Tu l’as laissée bien assez longtemps seule. File donc la retrouver, lui rétorque Amlach avec un petit sourire taquin.

Il a bien compris que Shaun tient beaucoup plus à Érélah qu’il ne veut se l’avouer, et que c’est probablement cela qui l’effraie tant, lui qui ne s’est jamais vraiment lié à qui que ce soit. Il est aussi convaincu que son protégé n’a pas dévoilé toutes les difficultés auxquelles ils font face. Mais, pour autant, il juge bon de laisser les choses évoluer naturellement, c’est bien mieux ainsi.

Shaun repart avec des conseils plein la tête et des vêtements plein les bras. En effet, l’automne approchant à grands pas et sa fraîcheur avec lui, ses amis de la forêt ont jugé bon de confectionner des tenues un peu plus chaudes pour Érélah, ainsi que quelques nouvelles pour lui. Cela fait plus d’une dizaine de jours qu’ils y travaillent. Ils ont donc profité de son passage chez eux pour les lui remettre, sans compter que l’hiver pointera très vite le bout de son nez, même si pour le moment c’est la pleine saison d’été.

Lorsqu’il rentre, Érélah est installée confortablement sur le lit : elle bouquine et récupère tranquillement de sa nouvelle crise de paralysie, la fatigue se faisant encore légèrement sentir. Elle lève les yeux du livre lorsqu’il franchit la porte de la chambre et arbore un sourire sincère en le voyant.

— Je vois que tu reviens les bras bien chargés. Je parie qu’ils nous ont encore gâtés, lui dit-elle avec joie.

— Oui, tu as tout compris, lui répond-il avec le sourire.

Elle se lève en douceur pour s’approcher.

— Il faudra que je les remercie la prochaine fois que j’irai avec toi. Ils sont adorables de me confectionner tout ça. Au moins, je suis sûre que je n’aurai pas froid cet hiver, dit-elle tout naturellement.

À cet instant, il sait, avec certitude, qu’elle n’a aucune intention de partir. Elle veut rester. Il réalise qu’il a été bien bête d’envisager, ne serait-ce qu’une seconde, qu’il en soit autrement.

Il dépose les vêtements sur le meuble alors qu’Érélah, en digne femme, ne peut s’empêcher de regarder tous ceux qui lui sont destinés, les uns après les autres. Shaun l’observe affectueusement alors qu’une évidence lui saute aux yeux : c’est à ses côtés qu’il souhaite vivre jusqu’à la fin de ses jours. Lorsqu’elle reporte son attention vers lui pour lui demander son avis, tenant une robe devant elle, Érélah découvre l’émotion présente dans les yeux de son compagnon.

— Shaun… tout va bien ? demande-t-elle, inquiète de voir le regard qu’il porte sur elle.

Il continue de la contempler, les yeux scintillants d’une multitude de sentiments qui l’envahissent.

Érélah murmure de nouveau son prénom alors qu’elle dépose sa main sur sa joue pour le sortir de ses pensées et le ramener à la réalité.

— Désolé. Je ne voulais pas t’inquiéter. Je me suis laissé emporter en t’observant, avoue-t-il avec un petit sourire timide.

— Oh… Je ne pensais pas que j’étais à ce point envoûtante… répond sa dulcinée, avec un petit sourire en coin et un brin de taquinerie au fond des yeux.

— Tu n’as pas idée… chuchote-t-il, tout en déposant sa main sur la joue de son ange.

Puis, il se rapproche d’elle, ce qui fait légèrement empourprer les joues d’Érélah. Au moment où il se rend compte de ce qu’il vient de dire, il rougit légèrement à son tour, mais reste ravi de la réaction de sa compagne. Il la trouve encore plus belle avec ses joues rosies. Il ne peut empêcher un petit sourire de bonheur d’apparaître, tout en caressant avec son pouce la pommette de sa dulcinée qu’il continue d’observer tendrement. Cette journée se finit sur une note plus légère pour Shaun, rassuré de savoir qu’elle souhaite rester vivre ici.

 

[Partie IV]

Érélah remise, ils sont retournés voir leurs camarades du domaine des fées et elle a eu l’honneur de connaître les membres du Conseil des Anciens, mais aussi la plupart des êtres des différents peuples de la forêt. Les deux amants profitent de leur après-midi en compagnie des fées, leprechauns, korrigans et autres charmants petits animaux de la clairière. Shaun, comme toujours, profite de sa présence dans la clairière pour aider ses occupants dans différents travaux, tout particulièrement la consolidation des différentes maisons du village des fées en vue de l’hiver. Érélah, quant à elle, observe ses amis s’affairer depuis le petit jardin. Elle profite d’un instant de calme après le passage de la tornade Layla qui l’a bombardée de questions.

Elle reporte son attention sur son compagnon qu’elle ne peut s’empêcher d’observer tendrement avec un petit sourire affiché sur le visage. Un peu plus loin, Amlach se rend compte du regard qu’elle porte sur son protégé. Cet acte fait étendre les lèvres de celui-ci pour en dessiner un chez lui aussi. Il comprend immédiatement qu’il a eu raison de laisser les choses se faire naturellement et que ces deux-là vont bien ensemble.

Malgré tout, il s’aperçoit, qu’au fil des minutes, l’inquiétude se fraie un chemin au fond des magnifiques pupilles ambrées de la jeune femme, derrière sa tendresse. Il décide donc de rejoindre Érélah pour s’enquérir gentiment de ce qui peut bien la perturber. Il arrive à ses côtés et se pose avec élégance sur le petit muret tout en arborant un délicat sourire et en la regardant avec bienveillance.

À chaque fois qu’Érélah pose les yeux sur Amlach, il lui semble que la bonté est une seconde nature chez le conseiller. Tout en lui reflète cette façon d’être, tant par le physique, que par la gestuelle ou par l’énergie qu’il dégage. Son visage, aux traits fins, est adouci par ses cheveux argentés qui favorisent son apparence bienveillante. Ses vêtements, légèrement moulants au niveau du torse et dont le style rappelle la forme de certaines tenues de combat, toujours dans les tons gris, font ressortir sa musculature dessinée. Cette dernière accentue l’aura rassurante et apaisante que dégage ce splendide être féerique et laisse deviner un guerrier prêt à protéger son peuple et les êtres qui lui sont chers. Tout cela est sublimé par ses magnifiques ailes, allant du violet au bleu foncé, que la nature a su accorder avec magnificence au reste de la créature exceptionnelle qu’est cet individu.

— Amlach, dit-elle avec délicatesse, tout en faisant un petit signe de tête respectueux pour saluer le conseiller.

— Érélah, mon enfant, lui répond-il avec un petit sourire. Comment te portes-tu ?

— Plutôt bien. Merci, lui expose-t-elle.

— Puis-je te poser une question, ma petite ? se résout-il à lui demander.

— Bien sûr, lui indique-t-elle, légèrement surprise par sa demande.

— Qu’est-ce qui te tracasse, mon enfant ? lui demande-t-il d’un ton doux. Je vois bien l’inquiétude se frayer un chemin au milieu de ton regard tendre.

Érélah plonge ses pupilles dans celles bienveillantes d’Amlach et laisse ses magnifiques iris ambrés se remplir d’émotion transcrivant ses inquiétudes, sans pour autant réussir à faire sortir un mot. Elle a envie d’exprimer ses craintes, ses doutes, mais, les dire, c’est aussi les rendre réels et les soumettre au jugement d’autrui.

— N’aie crainte, mon enfant. Je ne suis pas là pour te juger. Tu peux parler librement, lui dit finalement Amlach en la voyant incapable de parler.

— Je sais. Shaun m’a dit qu’il parlait souvent avec vous et que vous étiez de bon conseil, lui avoue Érélah avec beaucoup d’émotion. Merci…

— Pourquoi me remercies-tu déjà ? Je n’ai encore rien fait, lui déclare le conseiller avec un petit sourire.

—  Vous avez toujours veillé sur Shaun et vous continuez à veiller sur lui. Alors, merci du fond du cœur, lui expose-t-elle avec une émotion non dissimulée.

— De rien, ma petite. Shaun est un bon garçon. Je me suis rapidement attaché à lui, lui avoue à son tour Amlach.

— Oui. J’ai beaucoup de chance qu’il m’ait recueillie et… je… eh bien… Je n’veux pas le faire souffrir. Je… je n’sais pas si je m’y prends toujours bien. Je n’sais pas si je pourrais lui offrir tout ce qu’il mérite. Je… finit par faire sortir Érélah avec une voix fébrile, tout se bousculant dans sa tête.

— Tout se passera bien, mon enfant. Tes doutes sont tout à fait naturels : nous les ressentons tous un jour ou l’autre. Que tu souhaites ne pas le faire souffrir est tout à ton honneur, lui dit Amlach avec douceur.

Il dépose tendrement sa main sur le bras de la jeune femme, afin de maintenir un contact rassurant pour elle.

— Mais… et si je ne pouvais pas lui offrir tout ce qu’il veut. Si… si je ne le méritais pas, se résout à dire Érélah.

Elle reporte son attention sur son précieux compagnon pendant quelques instants avant de plonger, de nouveau, son regard dans celui de son interlocuteur. Ce dernier continue de l’observer avec bienveillance, sans aucun jugement au fond des yeux. Il comprend rapidement qu’elle a les mêmes craintes que Shaun et choisit de la rassurer, comme il l’a fait quelque temps auparavant pour son protégé.

— Laisse les choses se faire naturellement, mon enfant. Je sais que Shaun n’est pas un grand bavard et qu’il se confie peu. Tu dois savoir qu’il a beaucoup souffert par le passé. Je suis heureux que tu partages sa vie. Tu lui fais énormément de bien. Je ne l’ai jamais vu autant épanoui que depuis que tu es là. Je ne devrais peut-être pas te dire tout cela, mais je vois que tu as besoin d’être rassurée. Alors, ne sois pas inquiète, finit par lui confier Amlach.

— Merci, lui dit Érélah.

Elle dépose délicatement sa main sur celle de l’être féerique qui est toujours positionnée sur son bras.

— Je me doute qu’il a beaucoup souffert, même s’il ne m’en a pas vraiment parlé. En même temps, je ne lui imposerais pas. Son passé lui appartient. Si un jour il veut se confier, je serais là, mais s’il ne souhaite pas le faire, je le comprends aussi. Je me vois mal lui demander quelque chose que je n’peux pas moi-même lui donner…

— Tu es quelqu’un de bon, mon enfant, n’en doute jamais. Merci à toi, lui murmure Amlach avec émotion.

Le conseiller maintient ses iris plongés dans ceux de la jeune femme. Ils restent ainsi pendant plusieurs minutes, en une sorte de communion silencieuse. Leurs regards emplis d’émotion restent fixés l’un à l’autre. Aucun mot n’est prononcé. Ils ne sont pas nécessaires. Une larme d’émotion perle au coin des yeux d’Érélah. Elle finit par briser le silence en laissant sortir un timide « merci » à peine audible accompagné d’un doux sourire.

Les deux confidents finissent par rompre délicatement leur contact au moment où Alvina interpelle la jeune femme pour lui demander un coup de main. Cette dernière prend donc congés du conseiller. Elle le remercie de nouveau, puis s’éloigne le cœur plus léger. Même si toutes ses craintes ne sont pas apaisées, elle sait qu’elle contribue à l’épanouissement de Shaun, malgré tout. Elle repart donc rejoindre ses camarades de la clairière et son précieux compagnon, sous le regard bienveillant et aimant d’Amlach.

Ils poursuivent ainsi différentes activités. Au bout d’un moment, Shaun suggère à sa dulcinée de faire une pause le temps qu’ils finissent. Même s’il ne veut pas la surprotéger, il préfère tout de même faire attention. Si elle en fait trop, elle risque la crise. Cette dernière en a parfaitement conscience, elle sent bien, de toute façon, qu’il ne faut pas qu’elle insiste de trop. Elle leur signifie donc qu’elle va s’installer près du ruisseau le temps qu’ils terminent tranquillement. Shaun dépose un tendre baiser sur sa tempe avant de la laisser s’éloigner doucement.

 

[Partie V]

Elle sort du village des fées pour aller s’installer à proximité, sur le rocher près du cours d’eau où elle a rencontré Sylvan, le grand cerf blanc. Elle s’assoit sur le morceau de pierre, retire ses chaussures, pose ses mains derrière elle pour prendre appuis dessus, puis ferme les yeux et profite de l’atmosphère ressourçante et apaisante du domaine. Un petit sourire se dessine naturellement sur son visage alors qu’une légère brise vient compléter ses sensations. Cet endroit est vraiment magique.

Elle profite, détendue, de cet instant de bien-être, tout en écoutant les délicats sons de la vie de la clairière : l’eau du ruisseau qui s’écoule, la brise dans le feuillage des arbres, le bourdonnement des petits butineurs, le chant des oiseaux… Soudainement, elle perçoit une odeur inhabituelle ainsi qu’un bruit de pas inconnu se dirigeant dans sa direction, ce qui la met en alerte. Lorsqu’Érélah ouvre les yeux pour déterminer ce qui est en approche, elle découvre qu’un jeune satyre se tient face à elle, à quelques mètres.

Cet être, mi-homme mi-bouc, possède donc des jambes recouvertes de fourrure, se terminant par des sabots, semblables à ceux de l’animal. Il est vêtu d’un pagne dans les tons bistres qui recouvre largement ses hanches et descend jusqu’à mi-cuisses. Il est tenu à la taille par une magnifique ceinture couleur bronze. Celle-ci est assortie au gilet léger sans manches, allant du brun à l’ocre, qu’il porte, ouvert, à même la peau. Le vêtement laisse entrapercevoir sa musculature en plein développement, tout comme sa pilosité naissante sur son torse. Les traits de son visage sont assez doux et sa chevelure fluide, châtain, qui descend jusqu’à mi-nuque finit d’affiner ses contours. Ses cornes sont également en pleine croissance. Ses yeux marron doré sont fixés sur elle. Il l’observe, partagé entre méfiance, stupéfaction et attirance.

En effet, le jeune satyre est surpris de trouver une splendide créature comme elle à cet endroit de la clairière. Il connaît toutes les nymphes qui vivent dans les environs, sans compter qu’elle n’a ni l’odeur, ni l’essence des membres de cette espèce, malgré sa beauté. Il se doute bien qu’elle n’est pas là par hasard. Les animaux de la clairière sont à proximité d’elle, ce qui implique qu’elle ne leur est pas inconnue. Pourtant, il ne l’a jamais vue. Il reste interdit et la contemple, totalement figé.

Érélah n’ose bouger, elle-même partagée entre crainte et curiosité, même si ce jeune faune ne semble pas dangereux. Elle peine à déterminer si c’est un adolescent ou un jeune adulte, compte-tenu de son physique en développement. Avant même qu’elle n’ait eu le temps de faire un choix, un second individu surgit dans la clairière aux côtés de celui qui se tient face à elle. Celui-ci est plus âgé, en pleine force de l’âge puisque ses cornes sont bien plus imposantes, sa pilosité et sa musculature plus développées et les traits de son visage marqués par la vie. Il s’apprête à réprimander son cadet, lorsqu’il porte son attention sur Érélah.

— Oh… dit-il tout en la dévorant des yeux. Je comprends mieux pourquoi tu ne me rejoignais pas. Dis donc, Dax, tu nous as trouvé un joli petit lot, là…

L’adulte dit tout cela en posant sur elle un regard qui ne laisse aucun doute sur ses intentions, alors qu’il la scrute de haut en bas. Érélah est immédiatement parcourue d’un frisson irrépressible, mélange de peur, de colère et de dégoût, en voyant la façon dont le satyre l’observe. Poussée par un effroi primaire incontrôlable dont elle ne connaît nullement les origines, elle se relève rapidement du rocher. Tout son corps se crispe et réagit instinctivement pour se mettre sur la défensive sans qu’elle ne puisse avoir d’autre réaction. À cet instant, la raison n’est plus là, seule la crainte s’exprime.

Elle effectue quelques pas à reculons pour mettre de la distance entre eux deux. Le satyre, aimant s’amuser, fait deux pas dans sa direction. Il continue de la dévorer des yeux tout en affichant un petit sourire narquois sur le visage.

— N’approchez pas ! dit-elle très sèchement tout en laissant transparaître méfiance et colère dans son regard.

Cette objection pique au vif le faune, bien plus qu’elle ne le devrait. Fortement vexé de ce rejet sec, il pousse le jeu plus loin qu’à son habitude. Sur l’instant, c’est le seul moyen qu’il a trouvé pour exprimer sa blessure : faire mal comme il vient de souffrir de ce refus.

— Houhou… Mais, c’est qu’elle a du caractère la p’tite ! Hein ! lui rétorque-t-il.

L’individu passe sa langue sur ses lèvres, comme s’il salivait devant un délicieux dessert.

— Arrête, Raek ! Tu lui fais peur ! dit finalement Dax, le jeune faune.

Ce dernier tente de retenir son aîné par le bras, après avoir vu le regard qu’elle pose sur son homologue. Il a bien vu la frayeur dans les yeux de la jolie créature et a pris la mesure de l’impact qu’a l’attitude de son compère, contrairement à lui.

— Mêles-toi de ce qui te regarde ! Gamin ! vocifère-t-il, tout en le faisant lâcher prise.

 Raek bouscule son cadet qui manque de tomber dans le ruisseau et finit sur les fesses. Contrairement à Dax, son aîné, aveuglé par la douleur du rejet, ne prête pas suffisamment attention à ce qu’il provoque chez celle qu’il vient de rencontrer.

Voyant la chute, Érélah ne peut s’empêcher de laisser sortir un léger sursaut dans sa voix en même temps qu’elle prend une vive inspiration. Par réflexe, elle tend une main dans la direction du jeune faune. Raek reporte son attention sur elle tout en l’observant avec envie et désir, un petit sourire toujours affiché sur le visage. Voyant cela, la respiration de la jeune femme s’accélère alors qu’elle fait un pas en arrière pour maintenir une distance entre eux et qu’elle positionne un de ses bras devant sa poitrine, en protection.

— N’aie pas peur ma jolie, je ne te veux aucun mal… Bien au contraire, je ne te veux que du bien, lui rétorque-t-il sur un ton empli d’envie.

— N’approche pas ! s’écrie-t-elle, d’une voix chargée de panique.

 Alors qu’elle fait quelques pas en arrière, dans la précipitation, Érélah perd l’équilibre et s’effondre au sol. À peine a-t-elle touché le tapis d’herbe que Raek augmente sa vitesse d’approche. Elle part immédiatement à reculons en poussant sur ses mains et ses pieds pour s’éloigner le plus possible de son assaillant. C’est peine perdue ! Il avance plus vite qu’elle n’est capable de reculer. Finalement, elle se positionne sur le côté en plaquant au sol son avant-bras gauche pour prendre appui dessus, place son second bras devant son visage qu’elle tourne, replie ses jambes qu’elle recroqueville contre elle et ferme intensément les yeux pour ne pas voir ce qui lui arrive dessus. Les secondes passent et rien ne se produit, à sa grande surprise. Elle comprend immédiatement pourquoi à l’instant où elle entend la voix de Shaun.

— Recule, Raek… dit son protecteur sur un ton calme, mais extrêmement sec.

Son compagnon se tient juste derrière elle. Son aura est moins douce que d’habitude et nettement plus importante, signe qu’il est prêt à en découdre s’il le faut. Lorsqu’Érélah rouvre les yeux et tourne la tête, elle s’aperçoit que Lacky ainsi que deux viverrins se trouvent entre elle et Raek, prêts à en découdre eux aussi puisque leurs poils sont hérissés. Elle aperçoit les deux sabots de son assaillant qui se trouvent à deux mètres d’elle : il ne recule pas, mais n’avance pas non plus. Il reste immobile, pour le moment. Elle refuse de remonter ses yeux vers lui, elle n’est pas encore prête à faire face à son regard qui la perturbe au plus haut point.

— Je t’ai dit de reculer, Raek, répète son amant sur le même ton que précédemment. Ne m’oblige pas à me répéter encore une fois.

— Tsss… Si on peut même plus s’amuser maintenant… finit par dire le satyre.

Ce dernier fait demi-tour et repart en direction de la forêt sans demander son reste.

— Pas une once d’humour ! s’écrie finalement Raek.

Ne voyant plus les sabots de son assaillant, Érélah abaisse son bras. Elle reporte son attention un peu plus loin devant elle et plonge son regard dans celui de Dax qui ne s’est pas encore relevé. Ce dernier l’observe avec émotion. Elle y détecte aussi de la compassion et un brin de tristesse.

— Dax ! Amène ton cul ! lui beugle Raek au loin.

Le jeune satyre se relève, murmure un « désolé » à peine audible à l’attention d’Érélah, puis il s’incline légèrement devant Shaun pour s’excuser et part. Son compagnon, quant à lui, se baisse immédiatement à sa rencontre pour s’enquérir de son état.

— Je suis désolé, mon ange. Tu n’es pas blessée ? lui demande-t-il.

Elle se redresse et se blottit dans ses bras, encore légèrement tremblante.

— Je n’crois pas, lui répond-elle d’une petite voix fébrile.

— Que s’est-il passé ? demande Alvina qui vient d’arriver toute affolée.

— Raek était sur le point de s’en prendre à Érélah… dévoile Shaun avec inquiétude.

— Oh, il va m’entendre celui-là ! Il exagère ! Il sait très bien qu’il y a des règles à respecter ! rétorque la jeune fée, énervée.

Shaun aide sa compagne à se relever tout en la gardant dans ses bras, et l’étreint avec douceur et délicatesse pour finir de la calmer. Il s’en veut de ce qu’elle vient de vivre. Il ne pensait pas qu’elle pouvait courir un tel danger dans la clairière. Il sait que Raek peut parfois être un peu insistant, mais de là à aller si loin, il ne s’y attendait pas. Il va devoir être plus vigilant.

— Que veux-tu ? Tu trouves que c’n’est pas suffisant ! hurle Alvina au visage du jeune Dax, ce qui sort Shaun de ses pensées.

— Je veux juste m’excuser, répond calmement le jeune faune en levant les mains.

Ces dernières paroles calment immédiatement la fée qui le regarde tout de même avec méfiance, alors qu’elle se maintient en vol stationnaire face à lui, les bras croisés et le regard sérieux.

Le satyre reporte son attention vers les deux amants et s’approche tout doucement d’eux.

— Je suis vraiment désolé de ce qu’a fait Raek. Il n’est pas comme ça d’habitude. Je ne comprends pas ce qui lui a pris. J’ai essayé d’en parler avec lui, mais je me suis fait envoyer bouler méchamment. Je pense qu’il s’en veut… même s’il refuse de l’avouer… Je tiens à m’excuser pour lui, il n’aurait pas dû aller si loin… leur avoue Dax, timidement.

— Merci… lui répond Érélah avec un discret sourire reconnaissant.

Le jeune faune lui répond par un petit hochement de tête alors que ses lèvres s’étendent légèrement, puis il s’incline afin de les saluer et se retourne pour partir.

— Attends… l’interpelle Érélah.

Dax stoppe son mouvement et lui fait de nouveau face alors qu’elle sort délicatement des bras de Shaun, pour s’approcher lentement de lui.

— On n’a pas eu l’occasion de se présenter… Je m’appelle Érélah, lui dit-elle timidement.

— Moi, c’est Dax. Ravi de te rencontrer, lui déclare-t-il, bien heureux malgré tout de faire sa connaissance.

— Moi aussi, lui affirme-t-elle naturellement.

Cette simple réponse dessine un petit sourire sur le visage du jeune satyre. Il ne peut s’empêcher de la regarder avec des yeux brillants d’une multitude d’émotions.

— Je suis vraiment désolé, lui dit-il de nouveau avec compassion. Raek est souvent lourd et insistant quand il est face à une jolie demoiselle, mais, d’habitude, il n’agit pas de façon aussi déplacée et intrusive.

Érélah ne peut s’empêcher de rougir légèrement lorsqu’elle réalise ce qu’il vient de dire : elle est jolie… Un petit sourire en coin apparaît sur le visage de Dax quand il voit ses joues rosies. Lui-même la trouve vraiment belle et se délecte de ses pommettes divinement colorées, trahissant son trouble.

Shaun sait que les satyres apprécient les jolies femmes. Il comprend rapidement que le jeune Dax n’est pas insensible aux charmes de son ange et il ne peut que le comprendre. Malgré tout, même s’il connaît la réputation de Raek qui les aime tout particulièrement, il n’a jamais eu vent d’un tel comportement de sa part.

— As-tu une idée de ce qui a pu déclencher une telle réaction ? finit par lui demander Shaun d’une voix inquiète.

— Non. Je ne vois pas. Il n’est pas comme ça d’habitude, vraiment… lui répond le faune.

— Je te remercie, lui dit-il, malgré tout.

Dax lui fait un petit signe de tête en témoignage de respect, puis ne peut s’empêcher de reporter son attention sur la magnifique et envoûtante créature qui se tient en face de lui. Il aimerait pouvoir la toucher, même du bout des doigts, effleurer sa peau qui semble si douce. Mais, après ce qu’il s’est passé, même s’il est attiré par Érélah, il n’ose pas. Pourtant, l’envie de s’approcher d’elle, de la toucher, de la sentir, de la blottir contre lui, de la caresser, de la découvrir, est tellement présente, qu’elle en est presque obnubilante. Cela lui demande beaucoup de concentration pour ne pas céder, ne pas se laisser aller à ces tentations. Jamais il n’a ressenti cela si intensément et n’a eu autant de difficulté à se retenir.

— J’essaierai de savoir, mais je ne sais pas s’il acceptera de m’en dire plus, avoue finalement Dax.

Shaun lui répond par un petit signe de tête.

— Je devrais vous laisser. Je vais aller le voir, complète-t-il.

Le jeune satyre leur fait un petit signe de tête pour tous les saluer. Il s’apprête à partir quand Érélah l’interpelle et saisit délicatement son poignet pour le retenir. Dax s’arrête et se retourne, surpris de son acte alors qu’elle laisse la main de son nouvel ami glisser dans la sienne. Ce dernier ne peut s’empêcher de la saisir et laisse son pouce caresser le dessus du membre de cette sublime créature : il trouve sa peau tellement douce et soyeuse. Elle le regarde avec reconnaissance. Elle réalise aussi le courage que cela a dû lui demander pour revenir leur faire face après l’attitude de Raek.

— Merci… lui murmure-t-elle avec émotion.

Un petit sourire sincère se dessine sur le visage de Dax, tellement heureux de la savoir près de lui. Le jeune faune n’ose rien dire. Il se contente de sourire tout en prenant le temps de mémoriser les moindres courbes de la jolie Érélah. C’est à cet instant qu’il se rend compte de la présence de cicatrices sur le haut de ses bras. Il opte pour ne rien faire transparaître.

Il choisit de lui offrir un dernier petit sourire charmeur, de caresser une ultime fois sa main, de prendre une dernière inspiration de son délicat parfum, puis fait volte-face et repart en direction de la forêt sous le regard doux de cette divine amie de la nature.

L’après-midi se termine. Les deux amants saluent donc leurs compagnons du pays des fées et prennent la direction de leur clairière à l’orée nord, pour rentrer à leur domicile. Alvina les observe repartir alors que Shaun entrecroise ses doigts à ceux de sa bien-aimée pour lui prendre la main, acte qui fait dessiner instantanément une expression de bonheur sur le visage d’Érélah. Layla s’approche de sa sœur et l’interpelle.

— Dis… C’est moi où Shaun est différent depuis quelque temps, fait-elle remarquer.

— Qu’est-ce que tu veux dire ? lui demande son aînée.

— Je ne sais pas, j’ai l’impression que quelque chose a changé… lui répond sa jeune sœur.

— Maintenant que tu le dis, c’est vrai qu’il sourit plus et il est plus joyeux depuis qu’Érélah partage sa vie. Il était moins expressif avant, dit finalement Alvina avec un petit sourire.

— Oui, tu as raison, c’est ça ! rétorque Layla avec entrain. Tu as remarqué la façon dont elle l’observe ? Elle tient à lui, hein ? Il compte pour elle ?

— Oui, ne t’inquiète pas. Elle prend soin de lui, c’est certain. Elle tient à lui, étant donné la façon dont elle le regarde. Tout comme elle compte pour Shaun, lui répond-elle.

Alvina a bien compris que sa jeune sœur s’inquiète du bonheur de son vieil ami.

— Oui, tu as raison, lui répond Layla. Je suis contente de les savoir ensemble. Ils méritent tous les deux d’être heureux.

— Je suis bien d’accord avec toi. Ils ont bien assez souffert, l’un comme l’autre, complète-t-elle.

 Cette dernière continue de regarder la zone par où sont partis les deux amants, alors que sa jeune sœur repart vaquer à ses occupations. La petite fée reste intriguée, mais aussi fascinée par Érélah.

— Elle est intrigante… Qui est-elle donc ? murmure Alvina alors qu’elle réfléchit à voix haute sans s’en apercevoir.

Les deux amants sont presque de retour, l’entrée de leur clairière est en vue. Ils s’apprêtent à remonter lorsqu’Érélah ne peut s’empêcher de se retourner vers la forêt et fixe une zone dense et boisée.

— Qu’y a-t-il, mon ange ? lui demande Shaun en se focalisant, à son tour, sur l’endroit qu’elle observe.

Il se concentre, pourtant il ne voit, ni ne ressent rien.

— J’ai eu l’impression qu’on nous observait, mais ce doit être mon imagination qui me joue des tours, finit-elle par dire.

— Je ne ressens rien. Mais, il y avait peut-être un animal qui est parti, lui répond son partenaire avec un sourire.

— Oui, tu as sans doute raison. De toute façon ce n’était pas hostile, lui précise-t-elle tout en regardant une dernière fois le secteur qui l’intrigue avant de partir.

Finalement, ils rentrent. La journée se termine calmement. Quelques nuages de chaleur typiques se forment au loin, comme souvent en fin de journée chaude d’été.

 

[Partie VI]

Cette nuit-là, un orage, assez violent, éclate : la nuit s’illumine de puissants éclairs, le vent souffle fort, la pluie s’abat violemment, le tonnerre gronde intensément… Le sommeil d’Érélah est également perturbé. Son compagnon se lève. Il doit s’assurer que la maison est apte à faire face à la tempête et qu’ils sont en sécurité. Pendant ce temps, l’agitation de sa dulcinée endormie augmente : elle serre ses draps, se cambre dans son sommeil, plie et déplie ses jambes et n’a de cesse de tourner sa tête à droite, à gauche. Elle se débat et répète plusieurs fois « non ».

Alors que Shaun s’apprête à revenir dans la chambre, un énorme éclair s’abat à proximité, accompagné d’un grondement puissant, trouvant résonance dans l’habitation en faisant légèrement trembler les murs. C’est à ce moment qu’Érélah tombe du lit à force de se débattre dans son sommeil. Sa tête heurte le sol assez violemment. Voyant cela, il se précipite immédiatement vers elle, sans réaliser qu’elle est en plein cauchemar, encore plongée dans son songe.

Lorsqu’il pose ses mains sur elle pour la saisir afin de s’enquérir de son état, elle se débat et le griffe pour le faire lâcher prise tout en répétant : « Non ! Non ! Laissez-moi ! Non ! ». Afin de ne pas la blesser plus, il relâche sa prise alors qu’elle s’éloigne en rampant sur le sol tout en déclarant : « Jamais je ne me soumettrai ! Jamais ! ». Elle finit par atteindre le mur de la chambre, tente de se relever, puis s’effondre de nouveau au sol haletante, transpirante et reste face contre terre sous le regard inquiet de son amant.

Un nouveau coup de tonnerre illumine la nuit et interrompt le silence qui est retombé. Érélah s’éveille en sursaut et sort de son violent songe. Elle pousse un cri tout en s’asseyant, puis part à reculons pour se caler dos au mur. Son cœur bat la chamade. Sa respiration est rapide et saccadée. Sa poitrine se soulève et s’abaisse dans un rythme effréné. Son corps entier est pris de légers tremblements. Des larmes perlent au coin de ses yeux qui parcourent la pièce. Elle est affolée, totalement perdue, à la limite de la panique et ne sait plus où elle se trouve.

Shaun s’approche doucement d’elle tout en lui parlant avec douceur et lui répète que tout va bien, qu’elle est en sécurité à la maison, qu’il est là. Après plusieurs minutes, Érélah finit par réaliser qu’il est à proximité. Elle prononce plusieurs fois son prénom dans un murmure fébrile tout en tendant une main hésitante et légèrement tremblante vers lui, alors qu’une larme roule sur l’une de ses joues. Lorsqu’elle attrape le membre de son protecteur, elle s’y accroche comme si sa vie en dépendait. Shaun l’attire vers lui. Elle finit par se blottir dans ses bras, puis dépose ses paumes contre son torse nu, perturbée par cette sensation désagréable qui lui colle à la peau et particulièrement intense cette fois-ci. Son amant glisse délicatement une de ses mains sur sa nuque et l’autre dans son dos pour l’étreindre avec douceur.

— Tout va bien, mon ange. C’est fini. Tu es en sécurité, lui répète-t-il de nouveau avec tendresse. C’est fini. C’était un cauchemar. Tu es à la maison avec moi. Tout va bien.

Érélah enfouit son visage au creux du cou de Shaun afin d’essayer de se calmer. Progressivement, elle reprend le contrôle de sa respiration : son odeur, son étreinte et son aura l’aident à s’apaiser.

Soudain, un nouveau coup de tonnerre s’abat, la faisant sursauter. Instinctivement, son corps et son esprit, encore sous l’emprise résiduelle du violent songe, se remettent en alerte.

— Ce n’est qu’un orage. Tu es en sécurité dans la maison, lui répète-t-il avec délicatesse, tout en caressant sa joue avec son pouce.

Elle plonge son regard dans le sien : elle y trouve une ancre de sécurité qui lui permet de finaliser son apaisement et l’aide à reprendre le contrôle de ses émotions. Sa respiration retrouve son rythme basal, ses tremblements s’estompent, même si la sensation que lui laisse son cauchemar persiste, le regard tendre de son partenaire lui fait du bien.

Elle laisse glisser ses mains sur son torse nu : l’une remonte vers son cou alors que l’autre évolue en direction de son épaule pour longer son bras. Elle stoppe son mouvement lorsqu’elle sent des griffures fraîches sur le buste et le biceps de Shaun. L’inquiétude avec un soupçon d’incompréhension se frayent un chemin dans ses iris ambrés. Elle chuchote son prénom alors que ce dernier maintient un regard empli de compassion. Elle reporte son attention sur les éraflures et comprend rapidement qu’elle seule peut être à l’origine de ces traces.

— Qu’est-ce que j’ai fait… murmure-t-elle, honteuse. Non, non, non…

Elle prononce ces derniers mots tout en fixant, bouleversée, le sang qui a légèrement rougi le bout de ses doigts.

— Calme-toi. Ce n’est rien. Ce ne sont que des égratignures, lui chuchote-t-il tendrement.

Ce dernier sent le stress se frayer, de nouveau, un chemin chez son ange.

— Comment j’ai pu… Non… je… balbutie-t-elle, alors que sa voix s’étrangle et que ses yeux s’humidifient légèrement.

— Tout va bien. Ce n’est rien. Je te l’ai dit, ce ne sont que des égratignures, lui répète-t-il tout en caressant sa joue et en la regardant affectueusement.

— Pardonne-moi, murmure Érélah alors qu’il lui sourit tendrement.

— Il n’y a rien à pardonner, mon ange. Tu n’as rien fait de mal.

Il dépose son front contre celui de sa bien-aimée. Cette dernière ferme les yeux alors qu’une nouvelle larme coule doucement sur sa joue. Elle dépose sa main sur la nuque de son compagnon tout en maintenant le contact de leurs visages.

— Mais je t’ai blessé… Tu ne mérites pas cela. Tu prends tellement soin de moi… et moi… je… lui avoue-t-elle avec tristesse, honte et culpabilité qu’elle ne peut dissimuler.

Ces puissants sentiments l’empêchent de finir sa phrase alors qu’elle resserre son étreinte sur la nuque de son amant.

— Tu ne l’as pas fait volontairement. Tu n’as rien à te reprocher, lui répète-t-il avec douceur.

Il caresse amoureusement sa nuque pour tenter de l’apaiser.

— Peut-être… lui répond-elle, tout en écartant délicatement son front du sien. Mais… tu mérites tellement plus, tellement mieux que…

Là encore, elle n’a pas la force de terminer sa phrase et baisse les yeux.

— Ne dit pas de bêtises. Tu es quelqu’un d’extraordinaire, lui murmure-t-il.

— Comment le savoir. Peut-être que si le sceau a été apposé, il y avait une raison, et puis… mes cauchemars sont violents. Tu en portes la preuve ce soir. J’étais peut-être quelqu’un de mauvais… avoue-t-elle, soudainement.

— Non… Je ne peux pas te laisser dire de telles bêtises, s’empresse de déclarer Shaun.

Ce dernier comprend immédiatement qu’elle est assaillie de doutes à cet instant. Il l’incite délicatement à relever ses yeux vers lui en positionnant avec douceur ses doigts sous son menton.

— Ce que tu es aujourd’hui est tout ce qui compte pour moi. Et je suis sûr que tu étais quelqu’un de bien avant. Tu es quelqu’un d’exceptionnel. Tu ne mérites pas les horreurs qu’on t’a fait. Et on trouvera la solution. Je ne renoncerai pas. Je ne t’abandonnerai pas, finit par lui dire Shaun déterminé.

 Érélah le regarde, profondément émue. À cet instant, les fenêtres de son âme brillent d’une intensité telle, proportionnelle à tout ce qu’elle voudrait pouvoir ressentir pour lui et qu’elle contient intensément au plus profond de son être. Elle a parfaitement conscience qu’elle ne peut pas lui offrir tout ce qu’elle voudrait à cause du sceau. Elle ne veut pas lui faire courir le moindre risque, même si elle est prête à tous les prendre pour lui, sans aucune hésitation. Mais, elle refuse qu’il soit blessé par sa faute, alors elle retient ses sentiments pour le préserver.

— Shaun, je…

Elle s’approche de nouveau de lui, colle son front au sien, puis dépose ses mains de chaque côté de son visage tout en lui murmurant encore un tendre « merci ». Elle dépose un doux baiser juste à côté des lèvres de son compagnon. Elle ne peut lui offrir plus pour le moment, mais, désormais, elle n’abandonnera pas non plus.

— Je ne renoncerai pas, moi non plus, finit-elle par affirmer.

Shaun la prend dans ses bras et l’étreint tendrement. Finalement, il lui suggère de retourner se coucher. Il restera, bien évidemment, à ses côtés cette nuit, comme à chaque fois qu’elle fait ses horribles cauchemars.

Pour le moment, aucun souvenir ne lui reste en mémoire, mais ses craintes se confirment un peu plus suite aux paroles qu’elle a eu cette nuit. Pour autant, il préfère, pour l’instant, ne pas aborder ce sujet délicat avec elle. Il estime qu’elle doit déjà faire face à suffisamment de difficultés, sans compter qu’il ne sait pas quelle approche utiliser.

Érélah retrouve rapidement le sommeil, blottie dans les bras de son précieux compagnon, entourée de son odeur et de son aura rassurante et apaisante. Ses doutes s’estompent. Elle compte bien, quoi qu’il advienne, tout faire pour savourer son quotidien auprès de ce merveilleux être qui partage sa vie dans cette magnifique forêt des Tourments, mais aussi profiter des belles rencontres qu’elle a faites. L’une d’entre elles reste un souvenir précieux, qu’ils ont tous gravé dans leur mémoire : celle avec l’esprit de la forêt, Sylvan.

 

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– Spécial Rencontre – Loup de Fenrir

Le domaine de Fenrir abrite une espèce ancestrale que la plupart des autres créatures peinent à comprendre. Pourtant, derrière leur fougue et leur immense puissance, se cache un être majestueux comme on en rencontre peu. Les Hommes les ont rapidement craints, compte-tenu de leur taille imposante et de leur caractère impulsif. Beaucoup ont considéré cet animal d’exception comme dangereux et impétueux. Pendant longtemps, ils ont été pourchassés dans l’espoir d’exterminer chaque individu appartenant à cette espèce : elle effrayait plusieurs populations. La persécution était telle que les descendants du légendaire Fenrir ont choisi de s’enfoncer dans la forêt profonde, loin des civilisations qui ne souhaitaient pas cohabiter.

Depuis plusieurs décennies, ils vivent dans leur domaine, reclus, loin des autres. Les canidés leur ont abandonné une grande partie de ce monde et ont laissé une part de leur rôle de protecteurs. Ne souhaitant pas décevoir un peu plus Gaïa, ils vivent en harmonie avec la nature et s’évertuent donc à maintenir ce précieux lien avec la déesse mère. Malgré tout, ils savent pertinemment qu’ils ne sont pas la seule espèce qui a cette vocation : d’autres gardiens de la nature existent, même s’ils sont de moins en moins nombreux depuis la disparition du plus important d’entre eux lors de la dernière grande guerre.

Actuellement, une légère effervescence est présente parmi la meute : cela fait deux ou trois fois que des membres ressentent une énergie entrer en résonance avec celle de Gaïa, une de celle qui n’a pas été ressentie depuis si longtemps, qu’ils en avaient presque oublié la possible existence. Elle est faible, mais bien présente. Pourtant, ils ne pensaient jamais une telle éventualité arriver de nouveau. La soi-disant prophétie de l’ancien temps ne serait pas qu’un mythe ? Dans l’exaltation, plusieurs font remonter cette vieille croyance oubliée.

Vraie ou fausse, une chose est certaine : ils doivent savoir si ce qu’ils ressentent est bien réel ou s’ils sont dans l’erreur. Mais, aussi, quelle créature est capable d’une telle prouesse ? Quelles sont ses intentions ? Qui est-elle ? Où vit-elle ?… Beaucoup de questions ! Afin d’avoir des réponses, une seule action est possible : partir à sa rencontre et, donc, quitter le domaine pour découvrir cet être d’exception qui pourrait être apparu.

Un volontaire se propose immédiatement : Modik, l’un des plus vaillants, des plus puissants, mais aussi des plus sages de la meute, même s’il n’est pas l’un des plus vieux. Il est le plus à même de déterminer si cette créature est dangereuse ou non, d’évaluer si elle doit être protégée ou si elle menace l’équilibre du monde et, dans ce cas, d’agir en conséquence avant qu’il ne soit trop tard.

C’est ainsi que la décision est prise : l’heure est venue de quitter le domaine et de suivre la piste de cette énergie, faible, mais si spéciale, pour trouver l’individu qui est à l’origine et établir qui il est et ce qu’il est. Par chance, sa route le conduit au cœur de la Forêt des Tourments. Retourner parmi les civilisations n’est pas nécessaire, surtout que bon nombre d’entre elles oublient le respect et le lien précieux que chaque être a avec la nature. Cette première piste est rassurante. Avec un peu de chance, cette âme est apparue parmi l’un des peuples de la forêt. En tout cas, il l’espère au plus profond de son cœur.

Il continue son avancée, confiant et inquiet à la fois de s’enfoncer vers le nord de la forêt… Il n’y a pas de civilisation humaine là-bas, mais, plus il avance et plus l’odeur d’un dragon est perceptible. Même si l’individu occupant cette zone camoufle son aura et son énergie, son flair ne peut le tromper. La fragrance de ces êtres, même s’il n’en a pas croisé depuis bien longtemps, il ne l’a pas oubliée et son nez ne fait jamais d’erreur. Il se déplace avec discrétion et détermine l’étendue du territoire de ce dangereux rival. Certes, la plupart d’entre eux sont connus pour leur sagesse, mais prudence est mère de sûreté, sans compter que celui-ci semble vivre ici depuis un certain temps, son odeur imprègne clairement son fief.

Il réussit à entrapercevoir ce mâle et trouve également sa demeure. À son grand étonnement, il évolue exclusivement sous sa forme humaine. Modik peine d’ailleurs à ressentir la partie draconique de cet individu, comme si elle était en sommeil ou affaiblie. Il ne s’attarde pas plus sur lui, ce n’est pas cet être qui l’intéresse, mais bien la créature qui vit à ses côtés. Désormais, il en est certain, c’est cette jeune femme qui est à l’origine de l’énergie qu’ils ont ressenti, le doute n’est plus possible.

Elle ne reste jamais longtemps seule : le dragon ne la quitte presque pas. S’approcher d’elle va être compliqué. Le loup va devoir user de patience et de ruse. Grâce à son flair, il a réussi à percevoir tout de même son odeur. Désormais elle est enregistrée, il pourra la reconnaître parmi les autres. Étrangement, sa fragrance est douce et attirante à ses sens, il est donc certain qu’elle ne fait pas partie des humains, à son grand soulagement.

Malgré tout, la délicate senteur de cette demoiselle provoque un certain trouble chez lui. Son instinct le pousse à vouloir demeurer à ses côtés, à veiller sur elle. Mais, Modik reste un être sage : il sait que son cœur indique souvent la voix à suivre, mais sa raison le pousse toujours à confirmer ce que lui chuchote son for intérieur. Le canidé tient à s’assurer qu’elle mérite son respect et sa protection avant de la lui accorder et, pour cela, il n’y a qu’une seule solution : s’approcher d’elle et la confronter. Mais, pour réussir cette prouesse, son compagnon ne doit pas être présent. Il va donc falloir user de patience pour disposer d’une telle possibilité.

Cela lui prend donc plusieurs jours, mais aussi d’interminables heures à guetter, observer, surveiller, dans l’attente que le dragon quitte sa tanière, pour s’approcher de sa belle dulcinée.

Enfin, une occasion s’offre à lui. Le protecteur de la demoiselle a quitté sa demeure. Modik s’assure une ultime fois que son rival est bien parti, puis remonte donc en direction de la tanière de ce dernier. Le nez au ras du sol, il renifle les odeurs, puis se décide à sortir de la zone boisée et avance discrètement en direction de la construction. Il hume l’air pour s’assurer que la divine créature est bien seule : les effluves, délicatement portées par la brise, le confirment. Désormais, il ne reste plus qu’à l’attirer à lui.

Il s’avance un peu moins discrètement, la truffe frôlant la terre tout en gardant ses sens en alerte ainsi que la forêt sous surveillance du coin de l’œil. Il ne faut pas que le dragon débarque, il ne veut pas prendre le risque d’aller à l’affrontement. La voici à la fenêtre. Mission réussie !

Malgré un léger mouvement de recul au moment où elle l’aperçoit, la jeune femme ne part pas et n’a visiblement pas peur. Elle l’observe même avec des yeux brillant d’émerveillement. Étrangement, cet acte empli de joie le cœur de Modik. N’ayant pas le temps pour ces distractions, il focalise son esprit sur sa mission : déterminer ce qu’elle est et qui elle est.

Le canidé fixe immédiatement les deux magnifiques iris ambrés de son interlocutrice et plonge son regard dans celui de la demoiselle afin de l’emmener avec lui, l’espace d’un instant. Il sonde son âme, mais aussi son être tout entier. Elle ne cherche pas à dissimuler ce qu’elle est et révèle naturellement à Modik la douce créature qui sommeille en elle : un être qui ne demande qu’à aimer malgré une importante souffrance ancrée au plus profond de son être, d’une telle intensité qu’elle arrive à atteindre le cœur du loup qui se serre de douleur. Pourtant, le sien, elle refuse de laisser la cruauté des Hommes l’abîmer. Lui, le voit, même si, elle, n’en a pas conscience.

Désormais, il sait que c’est un esprit comme on en rencontre peu : un de ceux qui refuse la fatalité, un de ceux qui se bat quoi qu’il advienne, une âme lumineuse que la violence et la cruauté n’a pas réussi à ternir. Maintenant, il n’attend qu’une chose, qu’elle lise à son tour qui il est, si elle y parvient. De tout son for intérieur, il espère que son instinct ne se sera pas trompé. Même s’il s’avère qu’elle est loin d’être la créature si exceptionnelle que sa meute espérait qu’il rencontre, qu’elle ne semble pas correspondre à celle que la soi-disant prophétie décrit, malgré tout, à l’image de la jeune femme qui se tient face à lui, il ne renoncera pas. Alors que son âme appelle la sienne afin qu’elle perçoive son nom, elle finit par le chuchoter.

Il est désormais temps de couper ce lien, même s’il a envie de poursuivre. Modik est resté bien trop longtemps à découvert, sans compter que le compagnon draconique pourrait revenir à n’importe quel moment. Le loup détourne doucement le regard pour stopper ce merveilleux lien qui les unissait, avec une certitude : son âme est radieuse et ne doit pas ternir. Il repart en direction de la forêt, mais choisit de rester tout de même encore quelque temps pour s’assurer de son évolution. Une étrange attirance le pousse à veiller sur elle, même s’il va devoir annoncer à son peuple que ce n’est pas l’être exceptionnel qu’ils attendent tous depuis si longtemps.

Plusieurs jours ont passé, le moment pour lui de retourner au sein de la meute est arrivé, mais il tient à la voir une dernière fois. Il prend donc la direction de la clairière des fées où elle se trouve actuellement. Modik reste vigilant, le but n’étant pas de se faire repérer juste avant de quitter les lieux. Il se tient à bonne distance, son excellente vue lui permet malgré tout de l’apercevoir. Lorsque ses yeux se portent sur elle, il peine à croire le spectacle qui s’offre à lui : Sylvan en personne est venu à la rencontre de la douce âme sur laquelle il a veillé durant toute cette période. Et il lui donne sa bénédiction. Impossible !

Jamais une telle chose n’est arrivée. Serait-elle… non… Elle ne correspond pas… ou alors… elle est annonciatrice… non plus… Aucune évidence ne lui vient. Il doit en référer aux anciens de la meute. C’est la meilleure solution. Dorénavant, le retour ne peut plus attendre, même s’il souhaiterait rester à ses côtés et veiller sur elle. Il sait qu’elle ne risque rien, son compagnon draconique la protège.

Après cette merveilleuse scène, il choisit de s’éclipser discrètement. Il recule délicatement de son point d’observation et pivote à gauche pour repartir lorsqu’il aperçoit un autre rival face à lui et pas des moindre : un tigre d’Artémis. Heureusement, pas n’importe lequel : Gandrak, l’un des plus avisés et réfléchi de son espèce.

Tigre_d-artemis

Ils se retrouvent tous les deux dans une position identique puisqu’ils ont opéré, en miroir, le même mouvement. Le félin et le canidé se font face : deux prédateurs que tout oppose depuis la nuit des temps. Deux individus de force, de taille et de puissance presque égales, tous deux opérants en tant que gardiens de la nature. Modik ne veut pas et ne doit pas partir à l’affrontement. Il garde donc son calme. Étrangement son adversaire en fait autant alors qu’ils s’observent mutuellement, jusqu’au moment où chacun arrive à une conclusion identique : ils sont tous les deux là pour la même raison.

Ils reportent, de façon coordonnée, leur attention vers la sublime créature qui les a conduits ici, puis se regardent de nouveau. Aucun son n’est émis, aucun grognement, ils ne sont pas utiles. Chacun sonde les fenêtres de l’âme de son interlocuteur. L’évidence leur saute à la truffe : ils veillent tous les deux sur elle, ce qui ne fait que les conforter dans leur choix.

Modik doit retourner auprès de sa meute pour exposer ces derniers évènements. Il effectue donc un léger signe de tête respectueux à l’attention du tigre alors que ce dernier lui répond de la même manière. Le canidé prend donc congés de son rival et repart rejoindre le domaine de Fenrir et ses congénères.

Pour la première fois, un loup de Fenrir et un tigre d’Artémis ne finiront pas leur rencontre par un affrontement violent. Pour la première fois, une sublime créature, par sa simple présence, par sa simple existence, a permis à deux espèces que tout oppose, qui ne se supportent pas, de trouver une raison de se tolérer, de trouver une raison de collaborer dans un but commun : veiller sur un être à part, différent des autres.

 

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